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Paradoxe entre la ferveur lors de la présence du pape et la violence des lycéens cette semaine

By Défense et géopolitique

Un paradoxe saisissant : la ferveur spirituelle lors de la visite papale et l’extrême violence des lycéens la semaine suivante.

Par Viviane MEYER, membre de la commission Défense

Un paradoxe saisissant : la ferveur spirituelle lors de la visite papale et l’extrême violence des lycéens la semaine suivante.

La visite du pape Léon XIV en France a été marquée par une ferveur populaire exceptionnelle des jeunes, contrastant violemment avec les violences urbaines et lycéennes qui secouent le pays depuis plusieurs jours.

La visite du pape a semblé un moment d’unité nationale, loin des clivages politiques qui animent régulièrement la France, le pape incarnant l’ordre, la paix, la spiritualité.

Ces deux événements, survenus à quelques jours d’intervalle, illustrent une fracture profonde dans la société française, entre espoir spirituel et désespoir social.

Des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées à Paris pour acclamer le pape, notamment des jeunes, répondant massivement à l’appel de l’Église. L’ambiance était sereine, joyeuse et bienveillante : la police a été applaudie, aucun incident n’a été signalé, et les rues de la capitale étaient ornées de drapeaux français et de sourires.

1. Les violences lycéennes : un chaos social et politique

Un discours victimaire et des revendications budgétaires, portés par une partie de la jeunesse qui se présente comme marginalisée, bien que l’État consacre déjà des moyens extrêmement importants. Les revendications budgétaires, formulées cette semaine alors que la violence sévit et que des dégradations très importantes sont constatées (même sur des lycées récemment rénovés, ce qui entraîne de nouveaux coûts extrêmement élevés, comme le lycée Mandela à Nantes, 62 millions d’euros en 2014), illustrent une nouvelle fois la propension de certaines banlieues à se poser en victimes d’une société qui ne tient pas ses promesses à l’égard de sa jeunesse. Comment tenir sa promesse devant un tel rejet de l’école ? Quelles sont leurs véritables revendications, eu égard à quels besoins ?

L’extrême gauche (LFI) est pointée du doigt pour avoir instrumentalisé ces mouvements, avec des accusations de complicité de certains enseignants et de manipulation de mineurs. Ces manipulations visent à déstabiliser le gouvernement dans une période préélectorale, en utilisant des mineurs pour attiser le chaos.

Il faut souligner le rôle des casseurs « professionnels », qui deviennent les mercenaires du chaos et sont souvent extérieurs au lycée : il est absolument évident. Le problème fondamental est l’incapacité du système à les maîtriser. C’est une guerre culturelle qui s’ébauche, avec l’école pour cible des extrêmes.

Il est à noter que la majorité des lycéens soutiennent les revendications (meilleures conditions d’études, moyens pour les établissements) mais désapprouvent les méthodes violentes. 90 % d’entre eux condamnent les violences : agressions de policiers, jets de projectiles, incendies.

2. Le paradoxe : deux France qui ne se connaissent pas et qui ne se reconnaissent pas

Une France de jeunes qui croient encore en l’avenir, en l’espoir d’une vie spirituelle apaisée autour d’une unité nationale.

Une autre France qui se détruit, qui casse, qui est violente, qui est instrumentalisée de façon probablement inconsciente par des discours politiques souvent haineux pour notre pays.

Un autre aspect est le rapport à l’autorité et aux institutions. La figure papale est choisie, désirée, alors que l’école et, plus largement, les institutions républicaines sont vécues comme imposées, voire défaillantes. Deux perceptions radicalement différentes d’une même Nation à un même moment.

Les questions qui se posent sont : comment agir véritablement ?

  • Faudrait-il plus de répression concrète, d’application immédiate des peines (même courtes) pour ces mineurs extrêmement violents ?
  • Faudrait-il des parents plus impliqués et concernés, car actuellement démissionnaires de leur rôle fondamental ?
  • Faudrait-il des mesures matérielles, financières, judiciaires, sociales, pour redonner force et vigueur au rôle de parent, c’est-à-dire les rendre responsables des actes violents et destructeurs de leurs enfants ?
  • Faudrait-il plus d’écoute aussi pour certaines des revendications des lycéens ? Il semblerait qu’un sentiment de précarité et d’abandon soit ressenti. Cette écoute devrait être suivie de mesures effectives afférentes, dans un délai assez court.

Le véritable défi est : comment faire Nation avec une jeunesse dont l’une est baignée par la transcendance et l’appartenance, et l’autre par la rupture, le rejet et les revendications ?

Comment construire la société française de demain ?

  • Réinventer, réhabiliter le travail au-delà de l’emploi traditionnel ;
  • Reconstruire un récit collectif au-delà de la fragmentation des imaginaires issus des réseaux sociaux, créer un narratif commun.

« Détruis-toi pour te connaître, construis-toi pour te surprendre ; l’important n’est pas d’être, mais de devenir. » F. Kafka

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France – Saint-Siège : une relation diplomatique singulière

By Défense et géopolitique

Entre relation et protocole

Par Alenxandru Andrei, membre de la Commission Défense & Relations Internationales

La visite de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre 2026, a rappelé que la relation entre Paris et le Saint-Siège ne relève pas seulement du protocole. L’ambassade de France près le Saint-Siège est la plus ancienne représentation diplomatique permanente française à l’étranger, et ce lien conserve aujourd’hui une utilité politique et diplomatique réelle.

La relation a pourtant connu une rupture profonde au début du XXe siècle. En 1904, la visite du président Émile Loubet au roi d’Italie, puis le conflit autour de plusieurs évêques français, provoquent une grave crise. La France rappelle son ambassadeur et rompt officiellement ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège le 30 juillet 1904. La loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 met ensuite fin au Concordat sur l’essentiel du territoire français.

Les relations sont rétablies en 1921, après près de dix-sept ans d’interruption. La France ne revient pas au Concordat, mais rétablit une relation diplomatique stable avec Rome.

Une exception subsiste cependant en Alsace-Moselle. Ces territoires étant allemands en 1905, la loi de séparation ne s’y est pas appliquée. Aujourd’hui encore, l’évêque de Metz et l’archevêque de Strasbourg sont nommés selon une procédure associant le président de la République et le Saint-Siège. Cette survivance juridique maintient un lien institutionnel particulier entre Paris et Rome.

L’intérêt de cette relation dépasse largement les questions religieuses. Le Saint-Siège dispose d’un réseau diplomatique mondial, d’une présence ancienne dans de nombreuses régions sensibles et d’un accès à des acteurs politiques, religieux et sociaux parfois difficiles à atteindre par les canaux classiques.

Lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron à l’Élysée le 25 septembre, Léon XIV a abordé plusieurs dossiers internationaux : Ukraine, Proche-Orient, Afrique, climat et intelligence artificielle. Il a appelé la France à demeurer « un artisan infatigable de paix et de multilatéralisme ». À Metz, trois jours plus tard, il a développé son discours sur l’Europe, le droit international et l’héritage de Robert Schuman.

Le Liban, les chrétiens d’Orient, Jérusalem ou encore le dialogue interreligieux constituent également des sujets sur lesquels la France et le Saint-Siège disposent d’intérêts communs.

Les désaccords demeurent néanmoins importants sur plusieurs sujets de société. La question de la fin de vie est aujourd’hui l’un des principaux points de divergence : la France a adopté en août 2026 une loi créant un droit à l’aide à mourir, alors que le Saint-Siège maintient son opposition à l’euthanasie et au suicide assisté.

Pour la France, l’intérêt est donc moins religieux que diplomatique. Le Saint-Siège reste un réseau d’information, d’influence et de médiation présent sur des terrains où les États ne disposent pas toujours des mêmes relais.

La question est simple : la France utilise-t-elle pleinement ce canal, notamment au Proche-Orient, en Afrique et dans les dossiers où facteurs politiques, religieux et communautaires s’entremêlent ?

L’histoire de la relation franco-vaticane montre en tout cas que, malgré les crises et les divergences, Paris et Rome ont toujours fini par considérer qu’il était préférable de maintenir le dialogue.

 

Sources principales : France Diplomatie ; Présidence de la République ; Saint-Siège ; Conseil d’État ; Sénat ; Légifrance ; archives gouvernementales françaises.

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Le marché européen de l’électricité

By Défense et géopolitique

Un enjeu de souveraineté pour la France

Par Alexandru, membre de la Commission Défense & Relations Internationales

Peu de sujets illustrent aussi bien la tension entre intégration européenne et souveraineté nationale que le marché de l’électricité. La France possède le premier parc nucléaire d’Europe, une électricité décarbonée à plus de 95 % et parmi les moins chères du continent. Pourtant, le prix qu’elle paie ne dépend pas seulement de son parc : il se forme à l’échelle européenne, selon des règles qu’elle ne maîtrise pas entièrement. Comprendre ces règles, c’est comprendre une part de notre marge de manœuvre économique.

Comment se forme le prix. Le marché européen fonctionne selon l’« ordre de mérite »: à chaque instant, les centrales sont appelées de la moins chère à la plus chère, et c’est le coût de la dernière centrale nécessaire pour équilibrer le réseau qui fixe le prix payé à toutes les autres. Quand cette centrale marginale brûle du gaz, le prix du gaz détermine celui de l’électricité — y compris pour un kilowattheure nucléaire produit à coût bien inférieur. Le couplage des Bourses européennes prolonge ce mécanisme au- delà des frontières : un prix formé ailleurs se propage jusqu’à nous. C’est le cœur du paradoxe français : un avantage physique réel, insuffisamment traduit dans le prix, surtout aux heures de pointe.

La réforme de 2024 : une victoire partielle. Après la crise de 2022 (prix de gros au-delà de 1 000 €/MWh, plus de 600 milliards d’euros de soutien public dans l’UE), la France, l’Espagne et la Grèce ont réclamé un « découplage » structurel des prix de l’électricité et du gaz. L’Allemagne, les Pays-Bas et les pays nordiques ont défendu le statu quo. Le compromis, en vigueur depuis le 16 juillet 2024 (règlement UE 2024/1747 et directive 2024/1711), maintient la tarification marginale sur les marchés de court terme, mais généralise les instruments de long terme : contrats pour différence (CfD) bidirectionnels pour soutenir les capacités bas-carbone, et facilitation des contrats d’achat d’électricité (PPA). La France n’a pas obtenu le découplage qu’elle demandait ; elle a obtenu les outils pour contourner en partie le problème.

Les leviers dont dispose la France. Ces outils sont déterminants. Le CfD de quarante ans prévu pour les futurs EPR2, les contrats d’allocation de production nucléaire ouverts à l’industrie, les PPA de long terme : tous visent à reconnecter le prix payé au coût réel de production, plutôt qu’au prix marginal du gaz. La réforme prévoit aussi un mécanisme de crise permettant, sur décision européenne, de fixer temporairement des prix pour les PME et les industriels. Autant de marges à utiliser pleinement.

Le front ouvert : les aides d’État. C’est aujourd’hui le point chaud. Le financement public des EPR2 — prêt bonifié couvrant 60 % du programme, adossé au fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, et CfD — a été notifié à la Commission le 19 novembre 2025. Le 31 mars 2026, celle-ci a ouvert une enquête approfondie au titre des règles relatives aux aides d’État. Des pays hostiles au nucléaire, l’Autriche en tête, pourraient contester toute validation, comme ils l’ont fait pour Hinkley Point C au Royaume-Uni et Paks II en Hongrie. L’issue conditionne le calendrier de la relance nucléaire française.

Enjeux pour la souveraineté française. Trois points méritent une vigilance particulière de notre commission : défendre à Bruxelles le droit de traduire l’avantage nucléaire en compétitivité industrielle, sans quoi une rente construite par plusieurs générations profitera moins à notre industrie qu’elle ne le devrait ; obtenir une reconnaissance pleine et rapide du nucléaire dans le cadre des aides d’État, à parité avec les renouvelables ; et peser sur les futures évolutions du marché pour que le prix payé se rapproche du coût réel de production. La souveraineté énergétique ne se joue pas seulement dans nos centrales : elle se joue désormais aussi dans les textes européens.

Sources principales : Conseil de l’UE et Parlement européen (réforme EMD, règlement2024/1747, direc5ve 2024/1711) ; Commission européenne (aide d’État SA.119469) ; CRE ; RTE.

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Le jumeau numérique en santé

By Droit, Santé

Intérêt actuel et perspectives à long terme

Par Patrick Houvet, membre de la commission Santé

Projet transversal Santé-Droit, note 1/2

 

La médecine Prédictive, Personnalisée, Préventive et fondée sur la Preuve (4P) est à l’aube de son avènement grâce aux apports incessants et exponentiels de l’intelligence artificielle (IA).

Transposé de l’industrie, où il désigne la réplique virtuelle d’une machine ou d’un système, suivie en temps réel pour anticiper pannes et coûts, le jumeau numérique (JN, « digital twin ») s’impose aujourd’hui comme l’une des promesses fortes de la médecine numérique. La santé en attend beaucoup : tester de nouvelles idées, personnaliser les traitements, explorer les interactions entre organes, médicaments ou dispositifs [2].

Cette note, appuyée sur la littérature récente et sur un ensemble de documents français et internationaux, vise à cerner l’intérêt actueldu jumeau numérique – ce qui est réellement disponible – et son intérêt à long terme – les promesses, jusqu’à la perspective d’un jumeau attribué à chacun et nourri toute une vie -, en distinguant l’un de l’autre et en pesant les questions éthiques que la seconde soulève.

1.Un concept précis, souvent galvaudé

Le terme est attribué à Michael Grieves, qui définit en 2002 le jumeau numérique comme une « modélisation d’espaces en miroir » [1]. Appliqué à une personne, il s’agit d’« d’une représentation mathématique simplifiée d’un individu donné, paramétrée à partir des données spécifiques d’un patient » pour aider le clinicien à comprendre son état et son évolution [2]. La littérature retient trois conditions cumulatives : une réplique virtuelle personnalisée, une mise à jour dynamique par un flux de données bidirectionnel entre l’original et son double, et une capacité prédictive au service de la décision [3][4]. Un vrai jumeau suppose donc trois composants : le patient physique, sa réplique virtuelle, et l’échange permanent entre les deux [4].

La confusion est fréquente, et il faut s’en garder [1]. Adapter une prothèse d’après des patients aux caractéristiques identiques n’est pas un jumeau numérique : il manque la liaison permanente et en temps réel entre modèle et réalité. La revue la plus large disponible le confirme : sur 149 études publiées entre 2017 et 2024 se réclamant du jumeau numérique, 12 % seulement répondent à la définition stricte ; le reste relève du modèle statique, de l’ « ombre numérique » (flux de données à sens unique, environ 9 %) ou de la cohorte de patients virtuels [3]. On décrit ainsi des niveaux de maturité croissants : jumeau statique, fonctionnel, « ombre » alimentée en temps réel, puis jumeau « intelligent » capable de prédire [4].

Le travail de cadrage conduit en France par la Cellule éthique de la Délégation au numérique en santé affine encore ces distinctions. Le groupe d’experts préfère le terme de « représentation » à celui de « réplique », toute fidélité absolue étant jugée inatteignable, et souligne que le mot « jumeau » est lui-même problématique : il suggère une identité avec la personne, alors qu’il ne s’agit que d’une construction réductrice – certains proposent d’ailleurs « avatar » [13].

Le jumeau numérique doit aussi être distingué des données ou patients « synthétiques » (cohortes fictives), des avatars pédagogiques et des modèles de simulation classiques, dépourvus de personnalisation en temps réel [13]. Du côté de l’ingénierie, un jumeau se définit comme un système logiciel qui non seulement reflète son original mais peut agir sur lui et apporter une valeur opérationnelle ; deux traits le séparent d’un simple modèle de simulation : l’accès aux données (en temps réel ou différé) et l’hybridation entre modèles déductifs (issus des lois physiques) et inductifs (appris des données), qui réduit l’incertitude [14].

2.Un déploiement à plusieurs échelles

L’intérêt du jumeau numérique ne se comprend qu’en distinguant les niveaux auxquels il s’applique, du plus intime au plus collectif.

2.1. L’organe et le patient

En cardiologie, appliquer à un double virtuel les mesures de débit et de pression permet d’évaluer des paramètres du cœur difficilement accessibles autrement [2]. Le jumeau numérique d’un anévrisme de l’aorte sert à fabriquer une endoprothèse sur mesure et à simuler, avant l’intervention, les complications possibles [1]. Le champ s’étend à l’oncologie, aux maladies cardiovasculaires, à la réanimation, à l’ostéoporose et au cerveau – les cinq premiers cas d’usage du programme européen EDITH [2]. En France, le projet MEDITWIN développe des jumeaux virtuels personnalisés d’organes, du métabolisme ou de tumeurs, en neurologie, cardiologie et oncologie [15]. Un atout particulier concerne les maladies rares : faute d’effectifs suffisants pour des essais classiques, on peut « ajouter des patients virtuels » [2].

2.2. La chirurgie viscérale et l’orthopédie

En chirurgie, les usages déjà décrits couvrent la planification préopératoire, l’éducation du patient en réalité virtuelle, l’entraînement avec retour haptique*, le guidage peropératoire en réalité augmentée et le test in silico** de dispositifs [4] ; des prototypes existent pour la chirurgie de la base du crâne (Twin-S) ou l’évaluation du rétrécissement aortique (CardioVision) [4]. En orthopédie, les travaux portent sur la prédiction d’usure d’une prothèse de genou, l’analyse par éléments finis d’une fracture du plateau tibial, les simulateurs d’arthroscopie de hanche, l’identification d’axes de mouvement pour la prothèse de cheville robotisée, le rachis scoliotique et la traumatologie (reconstruction et suivi d’implant en peropératoire) [4][5]. A titre d’exemples, la société française Twinsight ( https://twinsight-medical.com ) construit, à partir des images du patient et par apprentissage profond, un jumeau orthopédique dynamique pour personnaliser le positionnement d’un implant ; elle part du constat que 60 % des patients ont de bons résultats chirurgicaux mais restent gênés lors de gestes simples, et vise l’extension à la hanche, au rachis à l’épaule et au pied [6]. Une thèse strasbourgeoise (2022) a développé un jumeau numérique du doigt pour optimiser un garrot digital (ForgetMeNot) et déterminer la pression de serrage évitant la nécrose des tissus mous [7].

2.3. Le dispositif médical

La modélisation et la simulation par ordinateur, avec l’analyse par éléments finis, permettent de prédire résistance, flexibilité et durabilité d’un implant sans multiplier les prototypes physiques [8]. La simulation prédictive génère aussi de vastes jeux de données pour entraîner l’IA sans recourir aux données réelles des patients ni aux tests sur l’animal, et autorise des études cliniques in silico sur un nombre illimité de patients virtuels de tous phénotypes [8]. C’est le modèle de bureaux d’étude tels que Philomec, qui accompagnent les fabricants de la conception à la certification.

2.4. Le service, l’hôpital et le territoire

À l’échelle organisationnelle, il existe déjà des jumeaux numériques de services : urgences en France (CHU de Saint-Étienne), soins intensifs aux États-Unis, radiologie en Irlande, parcours de soins Covid-19 [1]. Alimenté en temps réel, un tel jumeau peut alerter sur les points de rupture (lits, ressources, compétences) et éclairer, à l’échelle d’un territoire, la mutualisation des moyens ou le transfert de patients [1]. Le jumeau numérique d’un hôpital pris dans son ensemble, lui, n’existe pas encore : il supposerait de rapprocher les sphères gestionnaire, soignante et technique [1].

3.L’intérêt actuel : ce qui est déjà là

Les bénéfices tangibles aujourd’hui sont d’abord la personnalisation (choisir et fabriquer l’implant le mieux adapté), la planification chirurgicale, la réduction des prototypes et des délais de développement, et la maîtrise des coûts [6][8]. Les jumeaux numériques ne remplacent pas le médecin : ils intègrent des données de plus en plus nombreuses et aident à trouver la solution la mieux adaptée au patient [2].

Le mouvement est aussi institutionnel et réglementaire. En Europe, le programme EDITH (19 partenaires, une centaine de signataires d’un manifeste) a produit une feuille de route et cinq cas d’usage prioritaires [2] ; la Commission a engagé plus de 100 millions d’euros (dont 80 au titre d’Horizon Europe) et lancé, le 26 juin 2025, le développement d’une plateforme du « jumeau humain virtuel » [9]. Aux États-Unis, la FDA reconnaît la simulation numérique : sa recommandation finale de novembre 2023, adossée à la norme ASME V&V 40, encadre la « crédibilité » d’un modèle pour un « contexte d’usage » donné et vise explicitement les essais in silico et la planification préopératoire [10]. Les cabinets d’études estiment enfin le marché à plusieurs dizaines de milliards de dollars à l’horizon 2030 [12] – chiffre à prendre avec prudence, mais révélateur de l’attente.

En France, l’essor est également structuré. Le projet MEDITWIN, soutenu par France 2030 sur la période 2024-2029, réunit sept instituts hospitalo-universitaires, le CHU de Nantes, l’Inria, Dassault Systèmes et plusieurs start-ups pour industrialiser et valider cliniquement des « produits de santé virtuels » [15]. Le programme national EDT (Engineering Digital Twins, Inria / France 2030) cherche pour sa part à unifier une ingénierie du jumeau aujourd’hui fragmentée, autour d’une plateforme ouverte [14]. Et, signe que la réflexion accompagne le déploiement, la Cellule éthique de la Délégation au numérique en santé a lancé en 2025 un groupe de travail (GT15) dédié à l’éthique des jumeaux numériques, dans le prolongement du Cadre de l’éthique du numérique en santé (2023) et de ses cinq principes : bienfaisance, non-malfaisance, autonomie, justice et écoresponsabilité [13].

4. L’intérêt à long terme : du soin ponctuel au compagnon d’une vie

C’est ici que se joue la perspective la plus transformatrice. Les capteurs portés en continu – de la montre connectée au capteur sous le matelas – fournissent le flux qui rend possible une personnalisation permanente [11]. On peut alors imaginer le passage d’un jumeau ponctuel, construit pour une intervention, à un jumeau biographique : attribué à la naissance et nourri toute la vie par l’imagerie, la biologie, la génomique, le dossier de soins et les objets connectés, il accompagnerait la trajectoire de santé de la personne.

Un tel jumeau permettrait un glissement du descriptif vers le prédictif, puis vers le prescriptif. Prédictif d’abord : suivre les trajectoires de santé et intervenir avant l’apparition de la maladie : l’ambition de projets comme MEDITWIN, qui simulent l’évolution d’organes ou de tumeurs pour agir en amont [15][11]. Prescriptif ensuite, selon la vision que vous formulez : une IA suffisamment nourrie pourrait recommander, voire « autoriser », des choix de traitement, d’activité physique et, de proche en proche, de mode de vie, le patient recevant des indications qui soutiennent ses décisions et son auto-prise en charge [11]. Cette logique rejoint les usages en gestation : essais cliniques in silico et bras de contrôle virtuels [8], maladies rares [2], et, à terme, un jumeau « corps entier » intégré et interopérable – l’image de la « forêt » que promeut l’écosystème européen [2][9]. Le groupe d’experts français juge d’ailleurs nécessaire d’anticiper dès maintenant ce jumeau « idéal », double complet de l’individu, qui reste une promesse mais pourrait vite devenir réalité, afin d’en prévenir les dérives [13].

5. Limites, défis et conditions de réussite

Cette perspective ne se réalisera qu’à des conditions exigeantes, et elle soulève des questions qui ne sont pas seulement techniques mais éthiques.

5.1. Verrous scientifiques et techniques

La validation reste le maillon faible : la vérification, la validation et la quantification des incertitudes ne sont mentionnées que dans 2 des 149 études recensées [3] ; en orthopédie, le niveau de preuve demeure précoce (une revue de cadrage ne retient que 14 études, dont un seul essai randomisé) [5]. S’y ajoutent la qualité et la représentativité des données, le risque de biais et l’opacité – la « boîte noire » – des modèles d’IA [4][5].

Du point de vue de l’ingénierie, les verrous sont désormais bien identifiés : absence de cadre d’ingénierie unifié, interopérabilité et fédération de jumeaux, fidélité et fiabilité, cybersécurité (le NIST recense quatorze critères de confiance), passage à l’échelle, conformité réglementaire et sobriété énergétique [14]. La fragmentation de l’écosystème est explicitement pointée en France comme en Europe [9][14], de même que les enjeux juridiques, de propriété intellectuelle et de protection des données [2][13].

5.2. Questions éthiques

Le projet d’un jumeau nourri toute une vie déplace la frontière entre aide à la décision et prescription du comportement.

Le premier risque est ontologique : transposer la personne en un jeu de variables, puis confondre la représentation avec l’individu lui-même, jusqu’à le réduire à ses données [1,13].

Le deuxième tient au poids de la prédiction. Une trajectoire de vie relève souvent de l’incertitude, non du risque calculable. Les simulations produisent des probabilités, non des certitudes. « Vous êtes à risque » peut vite devenir « vous serez malade, si… », la probabilité se muant en assignation, en obligation. L’enjeu, souligné en référence à Ricoeur, est de préserver la capacité d’agir du sujet, ce « soi capable » de récit et de bifurcation : le modèle éclaire et calcule, mais il ne doit pas prescrire ni abolir la liberté d’agir [13].  Dans le même esprit, la simulation ne saurait remplacer le jugement clinique : la sagesse pratique et l’examen clinique au chevet ne se réduit pas au savoir démonstratif de l’algorithme [13].

La relation de soin elle-même se transforme : du couple classique patient-médecin, on passe à une « quadrangulation » où s’ajoutent le jumeau et ses concepteurs, redistribuant confiance et responsabilités [13]. Le consentement doit alors devenir évolutif et réversible, pour éviter que l’adhésion à un modèle présenté comme « optimal » ne se substitue au choix du patient ; un consentement n’est pas une soumission à l’algorithme [13]. La responsabilité, en cas d’erreur issue d’une simulation, se dilue entre médecin, concepteur, fournisseur et établissement ; l’explicabilité devient une exigence, et la justice sociale un impératif, sous peine d’une médecine à deux vitesses, réservée aux mieux connectés et aux mieux assurés [13][11].

Une dimension enfin est souvent oubliée ou éludée : la soutenabilité. Capteurs, stockage et entraînement des modèles reposent sur des infrastructures lourdes et très énergivores. Une éthique du jumeau numérique impose la minimisation des données, la mutualisation des infrastructures et une IA « frugale », en hiérarchisant les usages cliniquement utiles [13][14].

Enfin, reste le défi épistémologique : accepter qu’il n’existe pas « une seule bonne solution définitive », mais des solutions multiples selon le contexte [1]. Le jumeau numérique est un instrument d’aide et de simulation et non un oracle ni un double : il représente sans incarner, éclaire sans décider, et ne remplace ni le jugement du clinicien ni la liberté du patient [2][13].

Conclusion

L’intérêt actuel du jumeau numérique est réel mais ciblé et inégal selon les échelles : le dispositif est déjà mature pour la conception de dispositifs, déjà utile pour la planification de certaines chirurgies, mais il reste émergent pour le patient « intégré » et expérimental pour l’hôpital.

Son intérêt à long terme est potentiellement considérable – médecine prédictive et préventive, essais in silico, et jusqu’à un jumeau attribué dès la naissance qui recommanderait des choix de santé et de vie. Mais cette promesse engage autant la technique (validation, interopérabilité, fiabilité, sobriété) que l’éthique et notre conception de la liberté individuelle.

La montée en puissance des cadres français et européens – MEDITWIN, EDT, EDITH, et le futur groupe éthique GT15 – montre que ces deux exigences avancent désormais de front.

Pour le clinicien, l’enjeu immédiat n’est pas d’attendre un jumeau parfait, mais de savoir distinguer un vrai jumeau numérique d’un simple modèle, d’accompagner sa validation, et de garder au centre la personne – une représentation, jamais un double – et surtout, in fine, la décision humaine.

Cette note sera suivie d’une seconde qui synthétisera les réflexions de la commission CRSI-Droit sur cette nouvelle technologie, porteuse de nombreuses questions, notamment concernant nos données personnelles. L’aspect législatif est nécessaire pour éviter les dérives possibles liées aux avancées technologiques.

*retour haptique : retour permis par une technologie qui reproduit en temps réel la sensation du toucher dans un environnement virtuel, à l’aide d’accessoires tels que des gants, une combinaison, etc.

**In silico : Se dit d’une méthode d’étude effectuée au moyen d’ordinateurs (dont les puces sont principalement composées de silicium), permettant d’analyser des données et de modéliser des phénomènes, en biologie et en bio-informatique, notamment (définition du Larousse).

Sources

[1] S. Bertezène (CNAM, chaire de Gestion des services de santé), « Hôpital : les « jumeaux numériques », un nouvel outil de simulation », Le blog du CNAM (d’après The Conversation), 2021-2022, et support de cours « Les jumeaux numériques dans le secteur de la santé ».

[2] Inria, « Santé : un écosystème européen consacré au jumeau numérique » (programme EDITH, équipe SimbiotX), 13 mai 2024.

[3] A scoping review of human digital twins in healthcare applications and usage patterns, npj Digital Medicine, 2025 (149 études, 2017-2024).

[4] Digital twins for the era of personalized surgery, npj Digital Medicine, 2025.

[5] The AI-powered orthopedic digital twin : a new paradigm for personalized diagnosis, surgical simulation and prognostic management – a scoping review, Art Int Surg, 2026.

[6] Twinsight SAS (Surgitwin), présentation de la technologie de jumeaux numériques orthopédiques, twinsight-medical.com, 2025.

[7] J. J. Hidalgo Diaz, « Vers le développement d’un jumeau numérique du doigt pour l’optimisation d’un garrot digital », thèse de doctorat en biomécanique, Université de Strasbourg (dir. N. Bahlouli et S. Facca), 2022.

[8] P. Renard, « Accélérer le développement des DM en orthopédie grâce à la simulation » (société Philomec), DeviceMed.fr, 2 avril 2024.

[9] Commission européenne, « Virtual Human Twins Initiative », digital-strategy.ec.europa.eu, 2025.

[10] FDA, recommandation finale sur la crédibilité de la modélisation et de la simulation par ordinateur pour les dispositifs médicaux, 17 novembre 2023 ; norme ASME V&V 40.

[11] One Patient, Two Worlds : Digital Twins for Everyday Prevention and Care, IEEE Pulse, 2025.

[12] MarketsandMarkets, « Digital Twins in Healthcare Market », 2025 (estimation de marché).

[13] Délégation au numérique en santé (Cellule éthique), « Jumeaux numériques en santé : enjeux, définitions et problématiques éthiques », note de cadrage pour le futur groupe de travail GT15, septembre 2025.

[14] P. Vicat-Blanc, B. Combemale, et al., « La Fabrique des Jumeaux Numériques : verrous scientifiques, technologiques et perspectives du programme EDT », Revue de l’électricité et de l’électronique, 2026 (programme national Engineering Digital Twins, Inria / France 2030).

[15] Projet MEDITWIN (Dassault Systèmes, Inria, sept IHU, CHU de Nantes, start-ups), France 2030, 2024-2029 ; présenté en annexe de la note de cadrage DNS [13].

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Le point sur l’espérance de vie en France

By Santé

Projet Plan FORME, note 2

Stéphane, Aurore, membres de la commission Santé

La prévention médicale vise à maintenir chaque citoyen en bonne santé et le plus longtemps possible. Or, notre pays voit sa population vieillir. Les futurs programmes politiques pour l’élection présidentielle de 2027 prendront-ils en compte cette situation ? Afficheront-ils des propositions telles que conservons notre forme ou bien soyez acteur de votre santé ?

Au 1er janvier 2024, la France comptait environ 68 millions d’habitants. Les personnes âgées de 75 ans et plus représentent près de 10 % de la population française, soit une augmentation de 19 % entre 2014 et 2024 (France métropolitaine et Départements et Régions d’Outre-Mer). Celles de 90 ans et plus représentent 1,4 % de la population française (1).

31 000 centenaires vivaient en France en 2024, soit trente fois plus qu’il y a 50 ans.

Vivre vieux

L’espérance de vie à la naissance représente la durée de vie moyenne d’une génération fictive soumise aux conditions de mortalité par âge de l’année considérée (2). En 2025, cet indicateur annonçait 85,9 ansd’espérance de vie à la naissance pour les femmes, contre 80,4 ans pour les hommes, soit un écart de 5,5 ans. L’espérance de vie à la naissance s’est allongée d’environ 30 ans en France depuis les années 1920, pour les deux sexes, cf. graphique 1, elle est notamment liée à la diminution de la mortalité infantile.

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Il y a une autre façon d’aborder l’espérance de vie : donner une espérance de vie à un âge donné. L’espérance de vie des Français à 65 ans a augmenté entre 1996 et 2025, cf. tableau 1.

On distingue donc d’une part l’espérance d’une femme née en 2025, elle peut espérer vivre jusqu’à 85,9 ans et d’une femme de 65 ans en 2025 qui peut espérer vivre encore 23,6 ans.

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L’espérance de vie en bonne santé est la durée de vie moyenne en bonne santé – c’est-à-dire sans limitation irréversible d’activité dans la vie quotidienne ni incapacités – d’une génération fictive soumise aux conditions de mortalité et de morbidité de l’année. Elle caractérise la mortalité et la morbidité indépendamment de la structure par âge (4). On parle aussi d’espérance de vie sans incapacité.

  • Depuis 2008, les femmes, à la naissance, ont gagné 1,3 an d’espérance de vie totale, mais perdu 5 mois d’espérance de vie sans incapacité.
  • Depuis 2008, les hommes, à la naissance, ont gagné 2,4 ans d’espérance de vie totale, mais seulement 1 an sans incapacité.

 

capture d’écran 2026 09 29 à 11.42.31On peut donc vivre longtemps, mais pas forcément en bonne santé ou sans incapacité, cf. graphique 2. L’objectif du plan FORME proposé par la commission santé du CRSI est d’allonger au maximum l’espérance de vie en bonne santé par l’adoption de mesures simples et pragmatiques afin que l’écart entre les deux indicateurs se réduise au maximum cf. tableau 2.

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« L’espérance de vie à 65 ans en 2024 était, pour les femmes, de 11,8 ans sans incapacité et 18,5 ans sans incapacité forte (handicap), et pour les hommes 10,5 ans sans incapacité et 15,8 ans sans incapacité forte. Depuis 2008, l’espérance de vie à 65 ans sans incapacité a progressé de 1 an et 9 mois pour les femmes et pour les hommes. L’essentiel de cette hausse a eu lieu entre 2008 et 2019 (6). »

Comparaison avec nos voisins

Selon les sources Eurostat (cf. tableau 3), en 2024, les Français ont moins d’années de vie en bonne santé à la naissance que la moyenne des habitants des 27 pays européens, 10 ans de moins que les Italiens.

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En France, depuis 2008, les données officielles confirment que l’on vit plus longtemps, mais pas forcément en meilleure santé. L’âge d’apparition des maladies chroniques recule plus lentement que celui de la mortalité. Chez les hommes, la progression de l’espérance de vie sans incapacité reste toutefois plus rapide que chez les femmes, réduisant l’écart entre les deux sexes sur cet indicateur.

Résumons

Depuis un siècle, l’espérance de vie à la naissance a considérablement progressé en France, passant d’environ 51 ans pour les hommes et 55 ans pour les femmes dans les années 1920 à respectivement 80,4 et 85,9 ans en 2025. En revanche, l’espérance de vie « en bonne santé » (sans incapacité) stagne, voire recule légèrement pour les femmes : les années de vie supplémentaires gagnées sont de plus en plus des années vécues avec une maladie chronique ou une incapacité.

 

S’inspirer d’Okinawa

Le Japon est très certainement le pays qui a le plus de centenaires en bonne forme. Le professeur de santé publique Craig Willcox (8) étudie ce phénomène depuis près de cinquante ans. Trois facteurs principaux sont mis en avant pour expliquer la bonne forme des personnes très âgées habitant sur l’île d’Okinawa : le régime alimentaire, les pratiques sociales et les facteurs génétiques. Leur alimentation est notamment basée sur une grande quantité de légumes et de fruits, plus de poisson que de viande, la patate douce plutôt que le riz. Ce régime est plus pauvre en calories que le nôtre.

D’où l’enjeu majeur de mettre en place un Plan FORME qui axera les solutions sur la pratique de l’exercice physique, et notamment du renforcement musculaire, et sur la promotion d’une alimentation adaptée pour limiter les conséquences de ce vieillissement. Il est aussi parfaitement envisageable d’adapter les pratiques sociales suivies par les Japonais au modèle français. Garder des liens sociaux et mettre l’accent sur l’entraide est réalisable et souhaitable. Nos aînés doivent continuer le plus possible une activité, au besoin même lucrative pour compléter leurs revenus comme cela se fait à Okinawa. L’espérance de vie en bonne santé varie en France selon les régions et les départements, il faut utiliser au maximum les données disponibles de nos institutions (par exemple : INSEE*, DREES**) et les résultats de nos chercheurs (9,10,11) pour dégager les pratiques locales qui expliquent ces différences et les développer au besoin.

Pistes de solutions adaptées à la France hexagonale :

  • Promouvoir de manière plus accentuée le régime alimentaire méditerranéen ou crétois (variante) qui a prouvé sa valeur pour améliorer l’espérance de vie en bonne santé, grâce notamment à ses effets protecteurs sur le système cardiovasculaire et sur la prévention de certains cancers (12). Cette alimentation riche en légumes, fruits frais et secs, céréales complètes, légumineuses, huile d’olive, fromage de chèvre ou de brebis (crétois) et en petits poissons gras serait même protectrice de la maladie d’Alzheimer. Il y a de nombreux avantages à ce régime alimentaire :
    • Simplicité de la cuisine qui ne nécessite pas de compétences particulières.
    • Régime avec des plats variés qui peut convenir à tous les goûts.
    • Les aliments inclus peuvent provenir de circuits courts français qui favorisent notre agriculture et limitent l’empreinte carbone liée au transport des produits.
  • Promouvoir des lieux d’échange pour les personnes âgées en centre-ville pour réduire leur isolement, prévenir les troubles cognitifs. La solitude tue aussi ! (13). Les commerces de proximité sont très nombreux à être fermés et dans toutes les villes, petites et grandes. Les mairies gagneraient à ouvrir un lieu, central, proche des transports en commun, et qui comporterait trois espaces:
    • Un pour donner des cours, conférences, conseils, etc. aux personnes âgées, dans le but non seulement d’être informées ou diverties, mais aussi de maintenir leurs capacités cognitives par l’apprentissage de nouvelles choses.
    • Un deuxième pour que ces personnes âgées donnent des cours de soutien, des conseils de vie aux plus jeunes notamment (but lucratif possible). Nos aînés ont acquis des sommes de connaissances et d’expériences dont chacun pourrait profiter en allant les consulter dans ce lieu !
    • Un dernier espace destiné à la convivialité, muni d’un four à micro-ondes, pour tisser des liens autour d’un repas, préparé à l’avance, mais pris en commun. Un espace de discussion, un espace de jeux (de société, de cartes, etc.), de travaux manuels (tricot, couture, etc.).
  • Les propositions pour améliorer l’exercice physique seront traitées dans des notes ultérieurement.

 

* INSEE : Institut national de la statistique et des études économiques.

** DREES : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques.

SOURCES

  1. https://www.parlons-fin-de-vie.fr/wp-content/uploads/2026/07/atlas-2026-bat.pdf
  2. https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1374
  3. https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/chiffres-graphiques-tableaux/mortalite-en-france-en-chiffres-esperances-vie – esperance-de-vie-femme-homme
  4. https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c2017
  5. https://www.insee.fr/fr/statistiques/3281641?sommaire=3281778
  6. https://www.vie-publique.fr/en-bref/296722-esperance-de-vie-en-bonne-sante-65-ans-les-derniers-chiffres
  7. https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/sdg_03_11/default/table?lang=fr
  8. https://www.nationalgeographic.fr/voyage/bien-veillir-zones-bleues-okinawa-lile-ou-lon-vit-centenaire
  9. https://shs.cairn.info/revue-regards-2023-1-page-43?lang=fr
  10. https://shs.cairn.info/revue-population-2021-2-page-225?lang=fr
  11. https://shs.cairn.info/atlas-mondial-des-femmes–9782080435859-page-14?lang=fr

12.https://hal.univ-lorraine.fr/hal-01732335

  1. https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/la-solitude-tue-prematurement_175015
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L’innovation au profit de la sécurité civile

By Sécurité/Justice

L’ingéniosité mise au bénéfice de la modernisation des outils

Par les Jeunes CRSI

Si certaines inventions n’ont que peu changé dans l’histoire de la sécurité civile, tels que le célèbre outil, la hache des sapeurs-pompiers, d’autres ont bien évolué. Ainsi, la pompe à eau (ou à bras) de l’antiquité a laissé place au début du XXe siècle, aux pompes motorisées. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais cela est sans compter sur l’ingéniosité mise au bénéfice de l’amélioration et de la modernisation des outils et matériels.

Le début du XXIe siècle a permis de voir l’optimisation des lances incendies, à l’instar de la lance dysphasique (société française ZELUP et brigade des sapeurs-pompiers de Paris), qui par la combinaison de l’air avec l’eau, permet un usage raisonné de l’eau (plus économe et moins destructeur), une augmentation de l’efficacité et améliore la protection des sapeurs-pompiers. Mais cette lance entrouvre d’autres horizons dépassant sa fonction initiale d’extinction par l’eau. En effet, le transport d’air pourrait être utilisé pour les sapeurs-pompiers, la pression pneumatique pourrait être utilisée pour certains outils et enfin l’air froid pourrait être utilisée dans une finalité de rafraichissement (par exemple des tenues et le corps des sapeurs-pompiers).

Notre siècle actuel permet également de capitaliser sur la robotisation qui a marqué le siècle dernier. Ainsi, lors du célèbre incendie de la cathédrale de Notre-Dame de Paris du 15 avril 2019, le robot téléopéré Colossus de la société françase Shark Robotics a contribué à la lutte contre le sinistre par son engagement dans les zones trop dangereuses et exposées. Son utilisation est également très courante pour les feux de parking et structures dont l’engagement des soldats du feu est rendue compliquée. C’est d’ailleurs, pour préserver la vie des sapeurs-pompiers, que ces robots sont utilisés en Ukraine, pour limiter l’exposition et les pertes humaines des personnels engagés dans des actions de secours aux populations.

Ces deux exemples illustrent les partenariats pouvant se mettre en place entre des unités militaires ou services départementaux de sapeurs-pompiers et des sociétés françaises ou européennes. L’écosystème de la sécurité civile reposant majoritairement sur des établissements publics départementaux (SDIS) à l’exception de Paris/petite couronne (BSPP) et de Marseille (BMPM) ou encore des unités nationales (BMSC), ces partenariats se font pour chaque projet, en fonction des besoins et moyens des structures publiques à l’échelle locale.

L’ère numérique offre également de nouvelles opportunités qui ont pu être investies par des certaines sociétés afin de répondre aux besoins des services d’incendie et de secours. A titre d’illustration, dans la lutte contre les feux de forêt, la société Firetracking permet l’analyse par intelligence artificielle des images de 12 sites de caméras dispersés dans les massifs d’Indre-et-Loire. Entrainée à détecter les signes d’un départ d’incendie, tels les panaches de fumées, la surveillance est donc en continu et moins couteuse en moyens humains. Les nombreux exemples liés à l’IA se multiplient en même temps que le développement de cette technologie.

Contrairement au domaine de la défense, très structuré par l’Etat, qui a créé le 1er septembre 2018 une agence de l’innovation de défense (AID) (1,173 milliard d’euros engagés en 2025 pour 187 nouveaux projets de recherches, 158 projets d’accélération de l’innovation et 20 projets d’innovations participatives internes), le domaine de la sécurité civile est décentralisé ce qui ne l’empêche pas de voir les projets d’innovation se développer.

L’avenir promet donc à la sécurité civile de nombreuses innovations et nouveautés, dans un siècle marqué par de nombreux changements (transformation climatique, retour des conflictualités, rigueur budgétaire …).

 

BSPP : Brigade de sapeurs-pompiers de Paris

BMPM : Bataille de marins-pompiers de Marseille

BMSC : Brigade des militaires de la sécurité civile

SDIS : Service départemental d’incendie et de secours

État de droit

OQTF toujours et encore…..

By Sécurité/Justice

La France est certainement le pays d’Europe le plus touché

Par Raphael Piastra, maitre de conférences – HDR en droit public des Universités

La liste est longue des drames causés par ces individus qui n’ont plus rien à faire sur notre territoire mais qui y sont tout de même.  Et encore on ne nous dit pas tout sur ces OQTF. Reda Belhaj confie récemment dans #100Frontieres : «La priorité en ce moment, c’est d’arranger les statistiques». Quelques exemples.

A la Défense, fin août dernier, un jeune trentenaire est sauvagement assassiné après une tentative de vol par un Soudanais. Son OQTF date de décembre 2022….

Avignon : un refus de donner une cigarette se termine par un menton arraché à coups de dents, deux hommes arrêtés dont un sous OQTF (https://policeetrealites.com). Si  ce n’est pas là un acte d’ensauvagement à l’état pur, c’est quoi ? En 2005, la politologue et haute fonctionnaire française Thérèse Delpech a été la première à contribuer à la diffusion de ce vocable avec son livre qui reçut le prix Femina (1).

Avant ce fait terrible, il existe une litanie d’autres. Le plus emblématique reste celui de Philippine tuée le 20 septembre 2024 dans le Bois de Boulogne, par un suspect sous OQTF. Voilà donc ce que l’on peut découvrir, avec effroi, de façon assez régulière depuis quelques mois,  à la une de l’actualité. Avant d’être social ou sociétal, c’est avant tout lourdement factuel. Des étrangers, illégalement arrivés sur le sol de France le plus souvent connus des services judiciaires et sous le coup d’une OQTF, commettent des délits ou des crimes.  Rappelons que le coût annuel de l’immigration illégale dépasse les deux milliards d’euros (https://www.infomigrants.net). Dans le contexte de quasi faillite où nous vivons, il y aurait là de réelles économies à faire. En fermant le robinet des aides par exemple. En coupant la source, vous devenez bien moins attrayant. En renvoyant systématiquement dans le pays d’origine avec interdiction de retour sur le territoire national.

On s’aperçoit à chaque fois que, si l’OQTF avait été réalisée, on n’en serait pas arrivé là. Avec des si….Voyons  les grandes lignes de cette procédure  avant d’étudier quelques principaux éléments de mise en œuvre.

1. Les grandes lignes de la procédure

OQTF : un terme qui est devenu plus qu’ « à la mode » notamment dans le monde médiatique et encore plus sur les réseaux.  Pour ce faire il a suffi de quelques horribles crimes commis par des gens qui n’avaient rien à faire sur notre sol. Mais qui y étaient car rien ne pouvait les en empêcher (surtout pas Schengen)… Mais tant de contre-vérités sont dites à ce propos. Regardons-y de plus près.

La décision d’éloignement ou d’obligation de quitter le territoire français est prise par le préfet, notamment en cas de refus de délivrance de titre de séjour ou de séjour irrégulier. C’est la situation d’un étranger qui ne possède pas les documents l’autorisant à rester en France. La préfecture peut décider de placer l’étranger en centre de rétention administrative (CRA). En France, la durée maximale en centre de rétention administrative (CRA) est fixée à 90 jours en régime général. Elle peut être étendue jusqu’à 210 jours pour les personnes condamnées pour des faits d’une particulière gravité ou liées au terrorisme (loi Rodwell), sous le contrôle du juge des libertés et de la détention (JLD). Le délai maximal de rétention fixé par la directive européenne « retour » est de 18 mois (2).

Depuis la loi Valls du 31 Décembre 2012 le séjour irrégulier en France n’est plus un délit pénal. Ce qui fut une erreur monumentale. Cette loi ne facilite évidemment pas le travail des forces de l’ordre. Ainsi lorsque les policiers constatent une simple situation irrégulière (absence de papier par ex), ils ne peuvent ni interpeler, ni mettre en garde à vue (sauf situation de flagrance). Pour entrer dans le détail, l’obligation de quitter le territoire français (loi du 24 juillet 2006) est la mesure la plus usitée dans l’arsenal d’éloignement des étrangers – avant l’expulsion et la reconduite à la frontière. Elle concerne les étrangers présents sur le territoire national depuis plus de trois mois et visés par un refus de séjour (non renouvellement ou refus de délivrance de la carte de séjour ou d’une autorisation provisoire de séjour – APS, débouté du droit d’asile), en situation illégale (entrée irrégulière, validité du visa dépassée, contrôle de police…) ou présentant une menace pour l’ordre public. L’étranger peut être placé en centre de rétention administrative ou assigné à résidence.

La rétention administrative permet de maintenir dans un lieu fermé (centre de rétention administrative) un étranger qui fait l’objet d’une décision d’éloignement, dans l’attente de son renvoi forcé. La rétention est décidée par l’administration. Elle peut être prolongée par le juge quand le départ immédiat de l’étranger est impossible. A noter que dans des recommandations publiées au Journal officiel le 22 juin 2023, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) a constaté les conditions de vie indignes des personnes retenues dans les centres de rétention administrative en France. Elle a notamment mentionné « une carcéralisation des CRA ». De son côté l’administration explique ce renforcement de la sécurité par l’évolution du profil des étrangers retenus qui seraient de plus en plus des sortants de prison. De plus l’allongement du temps de rétention crée des tensions de plus en plus vives.  La Contrôleuse a transmis des recommandations au gouvernement (3). On sait qu’il faut construire des CRA. Mais là encore la dette nous paralyse !

Si l’OQTF peut être exécutoire sans délai, l’étranger dispose généralement de 30 jours pour quitter le territoire. L’OQTF mentionne le pays où il devra être renvoyé s’il ne quitte pas le territoire national de son propre chef et dans les délais fixés. L’étranger peut contester l’OQTF auprès du tribunal administratif (le recours est alors suspensif), ou devant un juge des libertés et de la détention dans le cas où il est retenu dans un centre de rétention. Les associations humanitaires (ex : GISTI, LDH) apportent tout l’appui nécessaire aux recours grâce à leurs avocats militants.

L’OQTF ne doit pas être confondue avec un arrêté d’expulsion. Un arrêté d’expulsion entraîne un éloignement immédiat du territoire national ou, à défaut, peut être assorti d’une mesure d’assignation à résidence ou de placement en centre de rétention administrative. Une OQTF doit être exécutée dans un délai de 30 jours et par les propres moyens du ressortissant étranger. Cette marge de manœuvre n’est d’ailleurs pas sans poser problème.

Ce qui est essentiel à étudier c’est le ratio entre les OQTF exécutées et celles prononcées. Il s’établissait à 13,5 %, selon les données de la Direction centrale de la police aux frontières. Depuis, ce taux s’est dégradé, malgré l’engagement d’Emmanuel Macron en 2019. Il est passé de 12,4 % en 2018, à 12 % en 2019, puis 6,9 % en 2020, et enfin 5,6 % pour le premier semestre 2021 (4).

2. L’exécution des OQTF

Le problème le plus aigu qui se pose est celui de l’exécution des OQTF. La France est le pays de l’UE qui a le plus de problèmes à cet égard notamment avec l’Algérie. Entre 2012 et 2021, le taux d’exécution des OQTF, qui porte sur l’ensemble des OQTF prononcées, n’a cessé de diminuer, atteignant même un taux inférieur à 10 % depuis la crise sanitaire de la Covid. Le taux d’éloignement des étrangers placés en centre de rétention administrative (CRA) se situe en dessous des 45%. Ce taux concerne les seuls étrangers retenus en CRA qu’ils soient retenus pour une OQTF (61,54%), une procédure Dublin (19,5%) ou autres (5).

Au début de son second mandat E. Macron avait annoncé que le taux d’exécution des OQTF allait arriver à 100%. Ce qu’aucun pays au monde ne peut réussir (6). Aujourd’hui on en est à peine à 10 %, redisons-le.

Quelles explications sont fournies à ce chiffre très faible en matière d’OQTF (qui n’est pas le moins mauvais de l’UE tout de même) ? Trois principales.

  • D’abord le nombre de recours déposé et les annulations d’éloignement sur décision judiciaire (12,3 % en 2021 selon le rapport Buffet). Ensuite l’administration ne peut contraindre certains étrangers à quitter le territoire (mineur, conjoint de Français depuis au moins 3 ans, parent d’un enfant français, allocataire d’une rente d’accident du travail, nécessité de soins en France, attestation d’un séjour régulier depuis au moins dix ans…).
  • Également les effectifs et les moyens des forces de l’ordre interdisent de retrouver toutes les personnes expulsables.
  • Encore le refus des pays d’origine (Maroc, Tunisie, Algérie, Sénégal, Mali, Guinée, Côte d’Ivoire) de délivrer un laissez-passer consulaire (document de voyage délivré à un ressortissant ne possédant plus de document d’identité afin de permettre son transport). Avec la délivrance du document nécessaire à l’application de l’OQTF, se pose aussi la question des délais : selon le rapport du sénateur Buffet (mai 2022), seuls 53 % des laissez-passer consulaires délivrés en 2021 l’ont été dans un délai utile à l’expulsion. Pour forcer ces gouvernements à mieux collaborer, la France peut décider de restreindre les visas délivrés à leurs ressortissants. Avec certains pays comme l’Algérie ça ne marche pas vraiment et ce n’est pas d’aujourd’hui. Quelle que soit d’ailleurs l’attitude développée par notre exécutif. Quelle que soit aussi la génération, le pouvoir algérien entretient l’idée d’une dette de la France liée à la colonisation (7).

Il faut s’arrêter un peu ici sur une procédure qui explique en grande partie les problèmes rencontrés avec les OQTF. Lorsque les personnes à renvoyer ne disposent pas d’un titre d’identité, l’État doit donc obligatoirement obtenir l’accord du pays d’origine, à travers l’émission de ce qui s’appelle un laissez-passer consulaire. S’il n’y a pas ce laissez-passer, il n’y a pas d’exécution de l’OQTF possible. C’est le nœud gordien.  Le problème se pose avec acuité avec les ressortissants algériens. Le laissez-passer consulaire est un titre exceptionnel de voyage délivré à tout ressortissant algérien non immatriculé, pour lui permettre de rentrer en Algérie, en cas de perte ou de vol de son passeport. Comme nous l’a confié un ancien conseiller d’ambassade : avec les dossiers algériens il y a presque toujours un problème quant aux pièces à fournir (photo pas aux normes, délais vite dépassés). D’autant que la demande du laissez-passer doit être introduite auprès du consulat 72 heures avant le départ. A noter que ce titre est valable uniquement pour le retour en Algérie, pour un seul voyage et par la voie la plus directe.

Les démarches entreprises par la France pour obtenir ces documents n’aboutissent cependant que dans la moitié des cas. Le doublement de la durée de rétention en 2019 (à voir pour celle de 2026) n’a pas modifié significativement cette situation, les obstacles étant principalement d’ordre diplomatique. Car, dans la grande majorité des cas, ce sont effectivement des considérations diplomatiques qui incitent des Etats à une grande souplesse ou au contraire à une certaine rigidité dans la délivrance de laissez-passer. Redisons-le les tensions (historiques) entre l’Algérie et la France sont un exemple patent. Rappelons le cas hautement symbolique de Boualem Sansal (La Légende, Grasset, 2026). Et puis, on le dit peu, mais les négociations entre les deux pays si elles se « normalisent » selon L. Nunez, ont toujours un enjeu humain. Ce fut Boualem Sansal. C’est à présent Christophe Gleizes. Dernier otage en Algérie,  le journaliste sportif a été condamné en première instance, le 29 juin 2025, à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications à but de propagande nuisant à l’intérêt national » (8). Sa peine a été confirmée en appel le 3 décembre 2025. Ce type de condamnation, qui veut tout dire et rien dire,  est coutumier dans les régimes autoritaires. Car il faut aussi le rappeler au risque de déplaire, l’Algérie est un régime autoritaire. En effet dans la pratique quotidienne,  le système politique est largement dominé par un exécutif fort axé autour de la présidence de la République et fortement influencé (et même soumis) par l’institution militaire, dans un cadre institutionnel qu’on ne peut qualifier autrement qu’autoritaire. Ainsi que le note fort justement notre collègue  Mouloud Boumghar, professeur de droit public à l’université de Picardie-Jules-Verne : « aujourd’hui, nous sommes entrés dans une phase dictatoriale pour plusieurs raisons : la remise en cause du pluralisme, l’instrumentalisation politique de l’accusation de terrorisme, définie très largement, et un contexte politique marqué par une militarisation et un chauvinisme conservateur assumés » (9). Il faut aussi préciser que les Algériens sont les plus nombreux parmi les étrangers visés par une OQTF (10).

Pour achever, un ancien conseiller de J. Chirac nous a expliqué voici quelques années, qu’avec lui, les choses étaient finalement assez simples. Selon ledit conseiller « Chirac est ami avec à peu près toute l’Afrique. Notamment avec le roi du Maroc (ndlr : Hassan II) et sa famille. Il y a un lien quasi familial. Quand il y a des problèmes persistants en matière d’immigration délinquante,  il n’y a pas à l’époque d’OQTF mais des expulsions. Pour débloquer certaines situations Chirac appelle en direct son ami le roi Hassan et « négocie » les laissez-passer consulaires contre des visas. Simple et efficace ! ». Quant aux rapports avec l’Algérie de Zeroual puis de Bouteflika, Chirac sait aussi les gérer et ce de façon personnelle le plus souvent. De tous les présidents de la Vè, le héraut corrézien est celui qui a été le plus souvent sur le continent africain. Près d’une quarantaine de fois en deux mandats. Son surnom fut d’ailleurs longtemps « L’africain » (11).

Ces temps semblent révolus  et les successeurs ont à présent à piloter la sortie d’une « françafrique » qui n’a pas totalement disparu (12).  Pour être diplomate, il faut savoir parler plusieurs langues, y compris le double langage (Carey Mac William). Et, il faut le reconnaitre, Chirac et ses prédécesseurs savaient faire.

Il va falloir se pencher urgemment sur ces laissez-passer consulaires pour finaliser ces OQTF. Rappelons que pour la jeune Philippine l’accord  sur le laissez-passer est survenu le lendemain de sa remise en liberté par le JLD. L’allongement du délai de rétention voté voici peu permettra peut-être de mettre la société mieux à l’abri  des dangereux délinquants ou criminels étrangers. Encore faut-il avoir un nombre suffisant de CRA et le personnel pour les gérer. Dans la dernière décennie, le nombre de places de rétention administrative a progressé de manière continue sur le territoire métropolitain. Ainsi, le nombre de places théoriques en CRA est passé de 1 488 en 2017 à 1 959 en 2024, soit une hausse de près d’un tiers (31,7 %) en sept ans. S’y ajoutent 141 places dans les 28 LRA permanents. La France disposait ainsi, fin 2024, de l’une des plus grandes capacités de rétention en Europe. Mais le plus grand manque est celui des personnels (13). Reste que le problème le plus aigu qui persiste avec l’Algérie devra être traité en priorité par le nouveau ou la nouvelle locataire de l’Elysée en 2027. Une partie non négligeable de notre sécurité en dépend. Arrivera-t-on à dépasser voire transcender, l’héritage d’une histoire complexe ? Cela passe certainement d’abord par une remise en cause du traité de 1968. L’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 fixe un statut migratoire spécifique, dérogatoire et avantageux aux Algériens.  Il donne aussi à ces derniers un droit au séjour facilité et la possibilité du regroupement familial (consacré sous VGE).  Il a été modifié trois fois (1985, 1994, 2001). Il suscite de nombreux débats. En tout état de cause, et au risque d’une tautologie, la réalité de 1968 n’est plus du tout celle de 2026. Ce traité n’a a priori plus lieu d’être.

Notes :

  • Thérèse Delpech, L’Ensauvagement. Le retour de la barbarie au XXIe siècle, Pluriel, 2005. Rappelons qu’en 1999, le mot « sauvageon » avait été lancé par le ministre de l’intérieur Jean-Pierre Chevènement pour désigner les mineurs récidivistes.
  • europea.eu, 4/11/2014
  • https://www.cglpl.fr
  • https://www.liberation.fr, 22/10/2022.
  • Le système européen de Dublin (asile) est, en droit européen, le principe central selon lequel un seul pays est responsable du traitement d’une demande d’asile pour éviter qu’une personne ne dépose des dossiers dans plusieurs pays (le terme très inadéquat est « forum shopping »), https://etrangers-en-france.interieur.gouv.fr.
  • En effet dès 2019, Emmanuel Macron avançait, dans une interview Valeurs actuelles, l’objectif de porter à 100 % le taux d’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF). Un engagement jugé irréaliste par de nombreux commentateurs et spécialistes.
  • Boris Cyrulnik, Boualem Sansal, France-Algérie, résilience et réconciliation en Méditerranée, Odile Jacob, 2020 ; Pierre Vermeren, France-Algérie : de 1962 à nos jours : histoire d’une relation pathologique, Taillandier, 2026.
  • https://www.franceinfo.fr
  • https://www.lemonde.fr/afrique, 10/2/2023.
  • En 2024 un document est passé assez inaperçu. Il s’agit d’un rapport parlementaire pour avis rédigé par la députée Renaissance Brigitte Klinkert. Rendu le 16 octobre dans le cadre de la mission « immigration, asile et intégration » du projet de loi de finances 2025, il se focalise sur le cas des « étrangers ressortissants du Maghreb ». Ainsi, en 2023, parmi les 137 730 étrangers de toutes nationalités visés par une OQTF, plus d’un tiers sont originaires du Maghreb. De ce rapport on peut conclure aussi qu’entre les laissez-passer consulaires et les visas se conduit un rapport diplomatique proche du jeu de dupes (https://www.lejdd.fr, 25/11/2024). Selon un récent rapport de la Cour des Comptes, près de 44 % des OQTF prononcées concernent des citoyens algériens.
  • Cyril Bensimon, Jacques Chirac et l’Afrique, une amitié particulière, Le Monde, 26/9/2019.
  • Thomas Borrel (dir.), Amzat Boukari-Yabara (dir.), Benoît Collombat (dir.) et Thomas Deltombe (dir.), L’Empire qui ne veut pas mourir : Une histoire de la Françafrique, Éditions du Seuil, 2021.
  • https://www.senat.fr.
forme

Plan de prévention de santé : Le « Plan FORME »

By Santé

Faire prendre conscience des éléments qui permettraient d’améliorer la santé de notre population

Par Stéphane, Aurore, membres de la commission santé

Cette note a pour objectif de poser certains des futurs axes de travail de la commission santé qui touchent à la prévention en santé. Nos travaux sont destinés à faire prendre conscience des éléments qui permettraient d’améliorer la santé de notre population — en particulier celle des enfants et des personnes âgées — notamment au travers de propositions concrètes autour de l’alimentation et de l’activité physique.

Les raisons d’agir vite

De nombreuses études scientifiques montrent qu’il existe des liens entre certains facteurs de risque, certains comportements, certains types d’aliments et l’évolution de maladies chroniques comme l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires ou certains cancers.

Pour notre bien commun et celui de notre pays, prenons rapidement conscience de la nécessité de mener la lutte contre la sédentarité par la promotion de l’activité physique, et de favoriser une meilleure alimentation avec moins d’aliments transformés, moins de sucre, une meilleure qualité des protéines et des graisses.

La liste ci-dessous des principaux éléments qui doivent nous pousser à agir le plus vite possible est longue et malheureusement non exhaustive, citons sans aucune hiérarchie :

  • Une espérance de vie en bonne santé quasi stagnante
  • Un nombre croissant de Français qui souffrent de problèmes de poids
  • Une alimentation ultra-transformée en expansion
  • Un équilibre nutritionnel malmené chez beaucoup de Français
  • Le diabète est toujours en progression
  • Les risques de maladies cardiovasculaires sont sous-estimés
  • Les cancers explosent
  • Les maladies psychiatriques sont insuffisamment prises en charge, etc.

Les objectifs du plan Forme

Nous tenterons d’expliquer, sous forme de notes synthétiques, l’évolution des affections les plus courantes dans notre pays et les causes les plus citées et reconnues. Sur ces bases, nous proposerons des solutions les plus pragmatiques et simples possibles. Elles constitueront le socle d’un plan d’attaque contre ces affections, nous l’appellerons pour le moment « Plan FORME ». Il sera organisé majoritairement autour de deux axes : la promotion de l’exercice physique et le retour à des habitudes alimentaires qui concourent à un meilleur équilibre des apports nutritionnels.

La santé des Français ne se dégrade pas par fatalité, mais par une accumulation de choix — individuels, mais aussi politiques — qui privilégient trop souvent la thérapeutique au détriment d’une véritable politique de prévention. C’est un coût pour les Français eux-mêmes, pour leur santé et leur porte-monnaie, mais aussi un coût pour le budget de la France qui est amputé de ressources financières qui pourraient être utilisées ailleurs (instruction, défense, protection de la nature et de l’agriculture, etc.).

Nos travaux à venir se déclineront sur la forme de textes courts et intitulés « Le point sur… » pour faciliter la lecture et la compréhension des enjeux de santé. Nous espérons ainsi peser dans les débats de la prochaine campagne présidentielle de 2027.

robot

Humanoïdes, souveraineté et compétitivité

By Numérique

Entre risques et progrès

Par un adhérent du CRSI

Le 19 avril dernier a eu lieu la deuxième édition du semi-marathon couru de Pékin par des humanoïdes.

Alors qu’en 2025, ils – les humanoïdes – étaient 21 au départ et que seuls 4 avaient obtenu leur t-shirt de finisher, ils étaient 100 à s’aligner cette année. Des participants plus nombreux, mais surtout bien plus performants, et le temps du vainqueur 2026 interpelle : 50 minutes. Non seulement il bat le meilleur temps établi par un homme (57 minutes), mais surtout, il améliore le précédent record établi par un robot de presque 2 heures !  En un an, on conviendra que ce n’est pas un progrès marginal, mais plutôt un grand saut en avant – réussi.

Ces progrès ont profondément marqué le chancelier Merz qui a piqué une colère à la tribune en rentrant de Chine où il avait pu serrer la pince de quelques humanoïdes et les admirer dans une démonstration de Tai-Chi. Plus une semaine ne passe sans donner à voir une nouvelle image choc, comme récemment un policier de Shanghai suivi comme par son ombre par un « robocop » ou des humanoïdes de la société Figure AI, américains ceux-là, sur une chaîne de tri dans un centre logistique.

On pourra valablement se demander si la forme humaine du robot n’est pas un phénomène de mode. Etait-il nécessaire pour ces robots de tri d’avoir deux jambes et deux pieds ? Seraient-ils plus performants en ayant des formes plus adaptées à leur mission ? C’est sans doute vrai pour des tâches très particulières ou pour des contraintes physiques ou spatiales spécifiques. Ainsi un véhicule autonome n’est rien d’autre qu’un robot doté d’un simple châssis muni de 4 roues et d’une intelligence dédiée à analyser le trafic et son environnement. Ainsi, « l’auto-mobile » porte enfin proprement son nom ! Dans le cas d’un robot multitâche, évoluant dans un environnement conçu, dimensionné et habité par les hommes, celui-ci gagne à être humanoïde : par exemple pour monter les escaliers, ouvrir une porte, etc.

Mais la question n’est en fait pas là, ce débat est vain. Il y aura des humanoïdes, des formes nouvelles, et des hybrides, comme le barman du film « Passengers ».   Mais tous auront – ont déjà – en commun d’être des objets articulés doués d’une certaine capacité d’analyse, de décision et d’action. Par commodité, appelons-les tous « humanoïdes ».

Les emplois, je choisis ce mot à dessein, que l’on peut trouver pour nos humanoïdes sont nombreux. Dans les métiers dangereux, répétitifs et fatigants, demandant peu d’initiative (au moins pour un temps), les robots pourront se substituer à l’homme ou l’accompagner et l’assister.

Une étude réalisée aux Etats-Unis arrive à cette conclusion : 60 millions de postes sont amenés à être occupés par des humanoïdes. Un tiers d’une population active de 170 millions ! Comme toute étude prospective, elle repose sur des hypothèses, mais celles-ci sont connues et la méthode est rigoureuse : Pour chaque métier, tel que recensé par l’administration américaine, on applique un taux de remplacement. Pour un métier répétitif et dangereux : 80 % ; métier demandant de l’improvisation, taux de remplacement : nul. Même si ce nombre est surévalué, même s’il ne s’agit pas toujours de substitution 1 pour 1 (il faudra quand même quelques hommes contremaîtres pour diriger une équipe d’humanoïdes), le taux de pénétration dans l’industrie sera très significatif. Et pour certains, une fois l’industrie convertie, c’est vous et moi qui pourrons bénéficier des services d’un humanoïde à demeure. Gageons que les plus anglophiles pourrons le programmer pour parler avec les voix de Mr Carson ou de Mrs Hughes dans la série Downtown Abbey. L’aspirateur robot Dreame aura alors rejoint le vieil iMac au rayon des objets obsolètes, avec le 78 tours du grand-père.

Jean Marc Jancovici a bien raison de nous rappeler que le niveau de vie au salaire médian est encore supérieur à celui d’un grand bourgeois au XVIIe siècle et que notre consommation énergétique correspond à l’énergie de travail de 200 personnes. Alors que le parc de machines et l’énergie abondante devraient, s’ils disparaissaient, être remplacés par 200 esclaves pour le service de chaque homme moderne, Elon Musk n’annonce qu’un, voire deux humanoïdes par personne. C’est plus parlant et plus concret que la comptabilité kWh établie par Jancovici, mais alors, le nombre de 60 millions de postes annoncés par l’étude citée plus haut paraîtront bien ridicules en regard de ce parc d’humanoïdes domestiques.

Pour arriver à ce résultat, il aura fallu résoudre quelques questions qui n’ont rien de secondaires : quelle sera la nouvelle relation au travail dans ce mode de substitution, comment se fera la répartition de la valeur dans un mode de production encore plus capitaliste, à quoi seront affectés les gains de productivité qui résulteront de cette rupture ?

Comment ces humanoïdes accompagneront-ils les évolutions des populations vieillissantes et les flux de population ?

Il y a un grand risque pour les pays européens de perdre encore en compétitivité et en souveraineté. Ce risque est majeur et encore incompris.

Jusqu’à présent, l’Europe a participé d’une façon ou d’une autre aux innovations. Elle a pu en bénéficier, parfois conserver les gains de productivité, fruits de l’innovation, parfois les partager, jamais elle n’a été totalement hors-jeu. Et les chaînes de production européennes ont pu se maintenir, et lorsque nous étions amenés à délocaliser la production physique, nous restions bénéficiaires de l’innovation, grâce aux brevets, ou à la gestion de la complexité (les emplois tertiaires) nécessaire au bon fonctionnement de la production délocalisée.

Mais dans cette rupture qu’est l’IA incarnée, l’Europe risque fort d’être dépassée.  Demain, une chaîne de montage automobile devra acheter des robots américains ou chinois pour rester compétitive (de ce point de vue, c’est peut-être une chance, car les disparités de coût du travail seront gommées, ou tout au moins atténuées).  Mais la compétitivité obtenue sera relative et partielle.

Là où un ouvrier coûte 100, le robot coûtera 50 à son concepteur et nous sera facturé 75 (c’est l’ordre de grandeur). Le gain sera donc partagé et s’exportera sous forme d’un creusement du déficit commercial. Et puisque le robot n’est finalement qu’un logiciel, nécessitant des mises à jour, on peut craindre une forme de chantage à la bonne conduite.

Arthur Mensch, fondateur de Mistral, vient d’alerter les députés français sur ce risque de transfert de valeur, conséquence d’une dépendance à l’IA américaine. Un développeur informatique aujourd’hui ne code plus, mais produit 20 fois plus de code qu’il y a cinq ans. Dans une équipe où subsistent les questions de coordination et de communication, le gain de productivité est de 5 plutôt que de 20, mais cela est néanmoins considérable.

Alors que cette question, dans l’univers des services intellectuels, commence à peine à être appréhendée, se dresse déjà le danger de nouveaux transferts et de pertes de compétitivité liés aux robots.  A la vitesse à laquelle ceux-ci sont développés, en Chine, en Corée et aux Etats-Unis, comment envisager rattraper notre retard ?

Espérons en tout cas que les récents mouvements d’humeur du Président Trump interdisant les dernières versions des IA Anthropic aux non-américains, qui semblent réveiller nos politiques, continueront de les aiguillonner et de les tenir en alerte au moment de protéger le capital de sociétés françaises comme AMI Labs, (Advance Machine Intelligence Labs, fondée par Yann Le Cun), Mistral (fondée par Arthur Mensch) ou encore Genesis AI (co-fondée par Théophile Gervet, cette start-up spécialisée dans les modèles d’intelligence artificielle permet de reproduire à l’aide de robots les mouvements les plus complexes comme ceux de la main).  Espérons également que ces mêmes politiques sauront favoriser Dassault Systèmes, clef dans les systèmes d’apprentissage aux robots, aider au développement de Wandercraft (robots français, en test chez Renault) ou encore travailler avec les Allemands de Neura.

lits hopitaux

Lits d’hôpitaux : La France accueille-t-elle tous ses patients ?

By Santé

L’évolution du nombre de lits d’hôpitaux n’est pas liée qu’au seul progrès médical

Aurore, Yannick, membres de la commission CRSI santé

La question de l’évolution et globalement de la diminution du nombre de lits d’hospitalisation est l’un des axes majeurs de notre politique de santé. Elle répond certes à des impératifs budgétaires, mais aussi à l’évolution des technologies médicales.

En 2024, la France compte 534 lits d’hôpitaux* pour 100 000 habitants déclarés, la moyenne européenne se situe à 507 (cf. Graphe 1). Selon les pays, notons qu’il peut exister des différences de comptabilisation des lits selon leur nature (public/privé, EPHAD, etc.).

 

 

capture d’écran 2026 09 24 à 16.55.29Graphe 1 : Total des lits d’hôpitaux en 2024 par pays européen (1) – Les lits d’hôpitaux comprennent des lits pour les soins curatifs, les soins de longue durée et les soins de réadaptation (soins somatiques et psychiatriques)

La France se situe donc dans la moyenne européenne pour ce qui concerne le nombre de lits d’hôpitaux pour 100 000 habitants déclarés, comme le montre la carte 1 ci-dessous :

capture d’écran 2026 09 24 à 14.40.09Carte 1 : Nombre de lits dans les hôpitaux par État membre, en 2023 (2)

 

Cependant, le nombre de lits hospitaliers diminue depuis plusieurs années comme le montre le graphe 2. La France a perdu 45 700 lits d’hospitalisation complète entre 2024 et 2013, soit environ 11 %. Entre ces dates, cette baisse se fait de manière quasi constante et continue (cf. pente de la courbe en bleu foncé).

Une partie de cette baisse est expliquée par les innovations médicales et chirurgicales qui permettent des soins moins lourds pour les patients, ces derniers pouvant justes être hospitalisés la journée (soins ambulatoires). En effet, les diagnostics sont plus rapides, la circulation des informations cliniques est accentuée par les systèmes d’information et les connections entre les différents équipements médicaux. En ce qui concerne la chirurgie, les techniques opératoires ont considérablement évoluées. Elles s’appuient sur des informations cliniques précises obtenues en amont. Grâce à cela et aux outils chirurgicaux modernes (robots par exemple) les durées d’intervention sont nettement plus courtes et la période de rétablissement post-opératoire également. Ces éléments contribuent à la diminution des durées de séjour et du nombre de lits. Ces technologies modernes nécessitent des moyens importants que les hôpitaux de taille moyenne ont du mal à mobiliser. Ils sont, de fait, les plus touchés par la diminution du nombre de lits de chirurgie.

En 2013, les établissements de santé ont pris en charge près de 12 millions de séjours d’hospitalisation complète contre 10,8 millions en 2024, soit 97,2 millions de journées d’hospitalisation complète (établissements de soins de longue durée, ou SLD, exclus). Ces lits sont occupés en 2024 à plus de 80 % toutes disciplines confondues, soit + 1,5 % depuis 2022.

Tout cela explique également le nombre croissant de lits d’hospitalisation partielle, moins d’une nuitée et appelé aussi lits ambulatoires, qui a augmenté de 23 200 places en 11 ans pour atteindre 91 100 place fin 2024. Les hospitalisations partielles ont augmenté passant de moins de 15 millions en 2013 à 20,5 millions en 2024.

Enfin, l’attente des patients doit être intégrée, toute choses égales par ailleurs, ils préfèrent passer le moins de temps possible à l’hôpital. La condition de la réussite de cette politique des lits d’hôpitaux est le développement des moyens de prises en charge au domicile. Pour les personnes âgées dépendantes, le développement de ces moyens est aussi une condition pour retarder le plus possible l’admission en EHPAD. La somme de ces différents éléments correspond aux évolutions majeures de notre temps.

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Graphe 2 : Évolution du nombre de lits et de place d’hospitalisation partielle entre 2013 et 2024 (3)

 

Le graphe 3 ci-dessous montre l’évolution de la capacité d’accueil selon les secteurs. Pourtant en parallèle d’une baisse des lits en psychiatrie, les besoins de cette discipline ont explosé, notamment depuis la crise de la Covid-19 et pour les adolescents surtout.

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Graphe 3 : Lits d’hospitalisation complète entre 2003 et 2024 (4)

Résumons, entre 2013 et 2024, donc en 11 ans, il y a +23 200 places d’hospitalisation partielle d’un côté et -45 700 places d’hospitalisation complètes de l’autre…

Le bilan est-il négatif ? Fin 2024, le sénateur Maurey (5) s’interroge : « […] le nombre de lits en soins critiques a baissé de 1,7 % (entre 2020 et 2021), […] notre pays a accéléré les fermetures de lits d’hôpitaux depuis la crise du covid-19, notamment celles de lits en soins critiques ».

La réponse officielle faite au sénateur Maurey est celle-ci : « En ce qui concerne les soins critiques plus précisément, un nouveau cadre réglementaire a été défini en 2022 pour tirer les leçons de la crise covid. Il prévoit notamment de rehausser les ratios de personnels non médicaux pour les unités de soins intensifs, introduit une flexibilité du nombre de lits pour permettre à tous les établissements de faire face à des besoins de prise en charge saisonniers ou de plus grande ampleur et structure les filières de soins critiques à l’échelle de chaque région ». Elle suggère plus une volonté de suradministration qu’une réflexion sur la question du manque de personnel médical pour conserver des lits.

Les attentes sur des brancards, régulièrement médiatisés, dans les services d’urgence laissent penser que le nombre de lits d’hospitalisation ou sa répartition sur le territoire est possiblement inadaptée. Elle est, en tous les cas, hétérogène comme le montrent les cartes 2 et 3. Cependant, il ne faut pas sous-estimer, comme causes de ces attentes, la désorganisation de la prise en charge et, là encore, le manque de personnel puisque le taux d’occupation des lits n’est pas de 100%.

En ce qui concerne les urgences, la clé est la coopération avec la médecine libérale pour éviter les engorgements des services d’accueil d’urgence. Il faudrait une structure double, l’une hospitalière, l’autre libérale.  Elles devraient être implantées de façon proche et fonctionner en continu. Le centre 15, qui gère les appels, dirigerait les cas qui lui semblent peu graves vers la structure libérale. Les expériences, déjà en place, sont prometteuses. Sur ce point la puissance publique devrait poser des objectifs forts et contraignants notamment au secteur libéral. Que diront les futurs programmes pour la présidentielle de 2027 sur ce point ?

capture d’écran 2026 09 24 à 14.43.57

En 2013, chiffres INSEE disponibles (7), la France comptait environ 66,13 millions d’habitants recensés (population au 1er janvier). En 2024, la population de notre pays est proche de 68,64 millions, soit près de 2,5 millions de personnes de plus à soigner. Par définition, les personnes en situation irrégulière et non recensées ne figurent pas dans ces chiffres, et leur besoin en matière de soins est mal connu.

Alors que la population française s’accroît et vieillit, le nombre d’hospitalisations complètes chute depuis plus de 10 ans… Notre espérance de vie en bonne santé n’a progressé que d’un an en 20 ans contre 3,5 ans pour l’Italie et presque 7 ans pour la Suède (8). Elle était en 2024 de 63,6 ans, les deux sexes confondus. Or, notre espérance de vie à la naissance (9) est en 2025 de 85,9 ans pour les femmes et de 80,3 ans pour les hommes.  Il y a donc une longue période où nos aînés vivent tout en souffrant de maladies…

Ils auront donc probablement besoin de lits d’hôpitaux longue durée. La compensation ne pourra pas se faire avec les lits proposés par les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Ils offrent en moyenne 111 places pour 1 000 habitants de 75 ans ou plus (10). Ce chiffre varie grandement selon les départements, par exemple : 60 places pour le Corse, 130 pour l’ouest de la France. Les capacités d’accueil des Ehpad ont certes augmenté entre 2007 et 2019, mais on note une baisse de 0,8 % depuis 2019.

Il reste difficile de tirer des conclusions sur la qualité de la prise en charge des patients sur le simple comptage des lits. « L’hospitalisation complète des patients ne peut être considérée comme la seule modalité de prise en charge et le nombre de lits comme le seul indicateur de la qualité des soins » rappel le ministère auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l’accès aux soins (5).

N’oublions pas que la capacité des hôpitaux (publics mais aussi, à ne jamais oublier, privés) à répondre aux crises sanitaires majeures est un sujet qui doit nous mobiliser. Ces crises peuvent être des pandémies, des conflits, des accidents majeurs, des actes terroristes, des crises sécuritaires internes graves. L’hôpital possède déjà des outils de mobilisation de ressources qui lui sont propres (hôpital en tension, plan blanc, coopération avec les Préfets sur le plan rouge). Néanmoins, cette dimension spécifique doit être travaillée et accentuée. Au regard des futures crises à venir, la capacité de réaction coordonnée des hôpitaux de notre territoire devient un élément crucial d’une politique régalienne solide.

Par ailleurs, si la réduction de lits d’hospitalisation complète est actée, s’accompagne-t-elle d’assez de moyens de lutte pour la prévention des affections chroniques ? On peut imaginer, en théorie, qu’une politique de prévention efficace permettrait de faire baisser le recours à l’hospitalisation.

* Les lits d’hôpitaux sont ceux qui sont régulièrement entretenus et dotés de personnel et immédiatement disponibles pour les soins des patients admis. Ils couvrent les lits pour accueillir les patients qui sont officiellement admis (ou hospitalisés) dans un établissement pour un traitement et/ou des soins et qui restent au moins une nuit. Il s’agit notamment des lits dans tous les hôpitaux, y compris les hôpitaux généraux, les hôpitaux de santé mentale et de toxicomanie et d’autres hôpitaux spécialisés, que le lit soit occupé ou non. Les statistiques présentées excluent les tables chirurgicales, les chariots de récupération, les civières d’urgence, les lits de soins le jour même, les lits pour nourrissons en bonne santé, les lits dans les services qui ont été fermés pour quelque raison que ce soit, les lits provisoires et temporaires, ou les lits dans les établissements de soins infirmiers et résidentiels.

SOURCES :

(1) https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Healthcare_resource_statistics_-_beds

(2) https://www.touteleurope.eu/societe/cartes-quels-pays-europeens-comptent-le-plus-de-lits-dans-les-hopitaux/

(3) https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse-documents-de-reference/panoramas-de-la-drees/260520-Etablissements-de-santé-en-2024

(4) https://evaluation.securite-sociale.fr/home/maladie/1-5-1-capacite-d-accueil-des-eta.html

(5) https://www.senat.fr/questions/base/2024/qSEQ241001035.html

(6) https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2021-07/Fiche 02 – Les capacités d’accueil à l’hôpital.pdf?TSPD_101_R0=087dc22938ab20001f02d6f3a23ac54b540518c7f23180163a0bb748355de0f259a03b90c726b56308809069481430004e701f2af2acf9f57b3542daefbc7a18dabaebcae64238d5e10ae1510a52f9b22b12a84a4c369f7f7dac40747dfdcf92

(7) https://www.insee.fr/fr/statistiques/8721185?sommaire=8721209&q=population

(8) https://www.crsi-france.fr/sedentarite-des-francais-voulons-nous-enterrer-nos-enfants/

(9) https://www.insee.fr/fr/statistiques/2416631

(10) https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2025-09/PAPH – Fiche 09 – Les établissements d’hébergement pour personnes âgées_0.pdf