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Élevage bovins

Élevage français à l’été 2026 : Entre sécheresse et Shamonda

By Santé

La météo est un facteur de sécurité et de souveraineté

Par Aurore, membre de la commission CRSI santé

L’Histoire nous rappelle que la météo est un facteur de sécurité et de souveraineté. Pour les moins convaincus, allez voir le film Pressure d’Anthony Maras qui pointe le rôle essentiel de James Stagg, chef météorologue des forces armées alliées en juin 1944…

Cet été, les médias se sont, à juste titre, focalisés sur les impacts directs de la canicule et de la sécheresse sur l’agriculture dans son ensemble : atteintes à la sylviculture, à la viticulture, aux productions de fruits, perte de rendement des cultures, etc.

Notre élevage, nos animaux de rente, ont aussi souffert cet été de manière directe. Les épisodes caniculaires ont décimé certains élevages aviaires et « éclaircit » les rangs de quelques élevages porcins… La sécheresse a jauni les prés devenus incapables de nourrir de manière exclusive les bovins qui y pâturent. Les réserves de nourriture sont sorties des hangars, ce qui met en péril l’approvisionnement fourrager des bêtes pour l’hiver prochain.

Conséquences : certains éleveurs songent à faire abattre des animaux pour réduire leur cheptel qu’ils ne pourraient nourrir en totalité avec les répercussions sur le prix de la viande que l’on imagine (chute des cours dans un premier temps puis hausse du prix de la viande française) et importations à prévoir qui n’arrangeront pas notre balance commerciale agricole.

Se cumulent donc le manque de pousse de l’herbe, donc de nourriture, et la chaleur. La chute de production laitière française était assurée car ces conditions météo ne permettaient pas aux vaches de produire autant en volume. De plus, la qualité de leur lait a été altérée avec un taux protéique moins élevé et des répercussions sur les prix de vente et la transformation de ce lait (fromages). Même en Bretagne, le rendement apparent a diminué de 11 % entre les semaines 25 et 26 (fin juin). La collecte française a chuté de 0,6 % ce juillet par rapport à juillet 2025.

Valeur de la virologie vétérinaire

A côté de ces éléments très médiatisés, l’arrivée d’un nouveau virus sur notre territoire est passé quasi inaperçue… Et dans un sens, tant mieux, nos agriculteurs n’avaient pas besoin d’un nouvel emballement médiatique après l’épisode de la DNC* en début d’année qui a laissé des traces.

Dès le début de l’été, des bovins ont présenté des syndromes aigus, le plus souvent d’évolution rapide et bénigne. Le système de surveillance sanitaire vétérinaire a parfaitement fonctionné, preuve que des services compétents et efficaces perdurent en France. Rapidement, l’Ecole vétérinaire de Toulouse a isolé le virus : il appartient au genre des orthobunyavirus du sérogroupe Simbu apparenté au virus de Shamonda, nous l’appellerons Shamonda, c’est plus court. Bravo à l’équipe scientifique pour cette première mondiale !

Identifié dans l’Est de la France, le virus a rapidement gagné jusqu’à la Normandie et le Centre-Val-de-Loire. Sa distribution géographique réelle est très sûrement sous-estimée.

L’Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas et le Liechtenstein sont touchés également (à l’heure où l’article est écrit).

Ce virus Shamonda est transmis par des moucherons de type culicoïdes, connus pour propager d’autres maladies animales en France telles la FCO** et la MHE***. Nature, agriculture et santé animale…

Identifié pour la première en 1965 au Nigéria, personne ne peut actuellement expliquer la manière dont ce virus est arrivé sur notre sol… L’analyse génétique montre que les souches virales détectées sont proches d’une ancienne lignée nigériane et que les virus Shamonda « allemands » et « français » sont presque identiques.

Shamonda, Schmallenberg et nouveau-nés

Aucune réglementation sanitaire n’existe puisque Shamonda n’était, jusqu’ici, pas présent en Europe. Pas d’abattage obligatoire donc, pas de restriction de mouvement, les transports de bovins sont possibles, même vers l’étranger. Les agriculteurs apprécieront (ou pas).

Aucun vaccin n’existe, ce qui n’est pas si grave puisque les animaux malades ne meurent pas, rappelons que l’affection est bénigne. Cependant, il est noté des chutes de production laitières temporaires allant, à l’échelle du troupeau, de 15 à 75 %. Des avortements ont été rapportés, ce point suscite des interrogations pour l’avenir. En effet, Shamonda est proche d’un autre virus, celui de Schmallenberg, qui a provoqué dès son arrivée en France de nombreuses malformations fœtales des ruminants nouveau-nés en 2011-2012.

La surveillance se porte désormais sur les prochaines périodes de mise bas chez tous les ruminants. Les ovins et caprins devraient être sensibles à ce virus, mais les données sont actuellement très limitées pour ces deux espèces. L’enjeu est de taille car les bovins nouveau-nés sont à la fois des productions ou sous-productions pour les élevages allaitants ou laitiers, mais les génisses à naître cet hiver permettent surtout le renouvellement futur des troupeaux. Ajouté à l’abattage possible de têtes de bétail que l’on ne peut nourrir, faute de fourrage, ce ne serait pas une bonne nouvelle…

Par ailleurs, fin août, le RESPE**** vient d’annoncer une première détection du virus Shamonda dans le cerveau de deux chevaux en Suisse. Tous les services vétérinaires sont mobilisés pour explorer les conséquences de ce passage viral en France. Pour le moment, tout se passe bien, les professionnels de la santé animale travaillent efficacement et dans le calme.

* DNC : dermatose nodulaire contagieuse (des bovins).

** FCO : fièvre catarrhale ovine.

*** MHE : maladie hémorragique épizootique (des bovins).

**** RESPE : Réseau d’épidémio-surveillance en pathologie équine.

Sources :

  • https://www.franceagrimer.fr/sites/default/files/2026-09/NCO-NOT -LAI-2026-08_1.pdf
  • https://envt.fr/actualites/emergence-dun-nouvel-orthobunyavirus/
  • https://www.eurosurveillance.org/docserver/fulltext/eurosurveillance/31/33/eurosurv-31-33-pdf?expires=1789461542&id=id&accname=guest&checksum=A547A9323BE1A473AF22265A77370AA7
  • https://agriculture.gouv.fr/maladies-animales-le-virus-de-schmallenberg
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Ecrans et natalité : l’impact du virtuel est réel

By Numérique, Santé

 

Par Aurore, membre de la commission CRSI santé

Projet transversal des commissions numérique et santé

 

Dans une réflexion intergroupe au CRSI, le sujet des « écrans » est apparu comme incontournable et nombreux sont les liens existants entre notre santé et ces outils numériques. Pour ceux qui douteraient, lire les articles récents qui relatent les procédures judiciaires actuelles opposant les États américains aux plateformes numériques[1]…

Cependant, à côté des effets les plus connus du grand public sur notre santé, c’est-à-dire surtout une perturbation de notre vie relationnelle, psychologique, avec des risques d’addictions, les écrans pourraient-ils avoir des effets sur notre santé « reproductive » ?

La natalité, ou plutôt la chute de la natalité qui préoccupe l’Occident, est plurifactorielle. Un rapport récent de l’Assemblée nationale liste les principales explications retenues actuellement[2] :

Facteurs économiques

– coût du logement

– coût de la garde d’enfant

– difficultés pour trouver un emploi

Arbitrage carrière / parentalité

– allongement des études pour les femmes

– difficultés à concilier vie professionnelle et vie privée

Evolutions socio-culturelles

– besoin de réussite individuelle

– progression du célibat, crise de la conjugalité

– société de plus en plus « no kids »

– anxiété accrue

Infertilité

  • augmentation de l’âge au premier enfant

La liste des causes d’infertilité n’est pas exhaustive, s’ajoutent : tabac, augmentation de l’âge de la paternité, perturbateurs endocriniens, polluants, augmentation des maladies chroniques, augmentation de l’obésité, sédentarité, usage de drogues, troubles du sommeil, etc.

En France, le taux de naissances vivantes entre 1980 et 2025 (y compris Mayotte depuis 2014) est illustré par le graphique 1 ci-dessous :

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Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381380

 

Parmi les causes de baisse de la natalité, une semble peu étudiée : l’impact des smartphones sur nos vies. Le travail de chercheurs étasuniens, Caitlin K. Myers et Ezekiel Hooper (NATIONAL BUREAU OF ECONOMIC RESEARCH), vient d’apporter, en juin dernier, quelques pistes supplémentaires à ce sujet[3].

Le nombre de naissances (enfants vivants) pour 1000 femmes (âgées de 15 à 44 ans) est resté constant aux USA entre 1980 et 2007. Il était de l’ordre de 65 à 70 naissances / 1 000 femmes. En 2024, ce taux chute à 54 enfants pour 1 000 femmes. La baisse aux USA est d’environ 22 % depuis 2007, cf. graphique 2.

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Graphique 2 : déclin du taux général de fécondité, pour les femmes âgées de 15 à 44 ans. L’iPhone 1 est introduit aux USA en 2007[4].

Or, cette année-là, le premier smartphone de la firme Apple est mis sur le marché et commercialisé uniquement via l’opérateur AT&T. Une comparaison des zones géographiques desservies par cet opérateur est faite avec les zones qui ne l’étaient pas. Les résultats indiquent que la chute des naissances en lien avec l’accès à l’iPhone 1 est de 4,5 à 8 % chez les 15 à 19 ans et de 3,2 à 6,6 % chez les 20 à 24 ans. Il persiste une différence statistiquement significative pour les femmes plus âgées, mais elle est moins marquée.

Selon ces auteurs, la diffusion de l’iPhone 1 expliquerait 33 à 52 % du déclin du taux de fécondité* chez les femmes de 15 à 44 ans. Cela se justifierait notamment par la réduction de l’interaction entre les personnes, l’accroissement de la consommation de contenus pornographiques et la réduction de la fréquence des rapports sexuels.

Une autre étude a été menée sur la chute de la fécondité chez les adolescents en lien avec le digital[5]. Elle conclut qu’il existe, aux USA et au Royaume-Uni, une accélération de cette chute chez les adolescents depuis 2007 et l’arrivée du premier smartphone.

Le 9 novembre 1965, une panne géante de courant à New York avait marqué les esprits et, neuf mois plus tard, des journalistes avaient publié de nombreux articles sur une augmentation nette des naissances, de manière erronée car les statistiques ont depuis infirmé leur dires[6]. Une soirée sans écrans, la télévision à l’époque, ne suffit pas pour rendre plus prolifiques les couples !

Certes, les écrans ne sont probablement pas les premiers responsables de la chute de fécondité observée partout dans le monde, et ce parfois depuis la fin du XXe siècle[7], mais leur usage en augmentation constante, l’impact qu’ils ont sur les relations humaines, l’isolement qu’ils procurent parfois, les dérives qui y sont associées, notamment concernant la consommation de pornographie, et l’évolution de la société humaine en recherche accrue de plaisirs immédiats (cf. les articles sur les écrans[8] et l’addiction[9]) sont autant de facteurs qui éloignent les individus physiquement les uns des autres et donc d’une vie de couple et de famille qui suppose le plus souvent de se projeter dans un futur trop lointain pour certains…

 

* Le taux de fécondité est le rapport du nombre de naissances vivantes de l’année à l’ensemble de la population féminine en âge de procréer c’est-à-dire de 15 à 50 ans pour les données françaises (source Ameli, https://www.ameli.fr/assure/sante/devenir-parent/concevoir-un-enfant/sterilite-pma-infertilite/baisse-de-la-fertilite-et-de-la-fecondite-pourquoi)

 

Sources : 

[1] https://www.lefigaro.fr/medias/danger-des-reseaux-pour-les-mineurs-meta-verse-17-milliards-de-dollars-pour-regler-son-proces-aux-etats-unis-20260826

 

[2]   https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/natalite/l17b2474-ti_rapport-information

 

[3] https://www.nber.org/papers/w35310

 

[4] https://www.nber.org/papers/w35310

 

[5] https://homepages.uc.edu/~moscoshn/Personal_webpage/papers/Smartphone_web.pdf

 

[6] https://www.persee.fr/doc/estat_0336-1454_1970_num_18_1_2019

 

[7] https://atlantico.fr/article/decryptage/hausse-du-nombre-de-smartphones-chute-de-la-natalite-et-si-nos-telephones-etaient-un-coupable-trop-facile-couples-naissance-enfants-bebes-David-Le-Breton-Laurent-Chalard-Pascal-Neveu

[8] https://www.crsi-france.fr/la-cyberdependance-chez-les-jeunes/

[9] https://www.crsi-france.fr/ecrans-et-addictions-physiologie-du-plaisir/`

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Réseaux sociaux : une loi de majorité numérique finalement censurée

By Numérique, Santé

Note transversale des groupes numérique et santé, 3/3.

Selon l’institut Reuters, les réseaux sociaux sont devenus la première source d’information dans le monde, dépassant pour la première fois en 2026 les médias traditionnels. Et le phénomène est encore en devenir puisque la moitié des 18-24 ans s’informent exclusivement via les réseaux sociaux.

 

Par François Bargoin, membre de la commission CRSI Numérique

 

  1. La loi dite de majorité numérique

  2. Une efficacité discutable pour un positionnement essentiellement politique

  3. Fin de l’anonymat

  1. Un climat hostile aux réseaux sociaux

  2. Le Conseil constitutionnel censure

 

1. La loi dite de majorité numérique

En conclusion d’un parcours législatif commencé en janvier, la version finale du texte, élaborée par une commission mixte paritaire, a été votée par les deux assemblées le 21 juillet dernier.

Ce texte prévoit une interdiction effective des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans dès le 1ᵉʳ septembre pour les nouveaux comptes, et au 1ᵉʳ janvier 2027 pour les comptes existants. Des exceptions sont prévues pour « les encyclopédies en ligne » et pour « les projets numériques à vocation éducative ».

Il est également prévu l’interdiction des téléphones portables dans les collèges et les lycées dès la rentrée prochaine.

 

2. Une efficacité discutable pour un positionnement essentiellement politique

L’efficacité réelle du texte voté est largement sujette à caution, pour au moins deux raisons fortes.

Tout d’abord, l’expérience Australienne (premier pays à avoir interdit les réseaux aux moins de 16 ans en décembre 2025) montre que les jeunes ont déployé beaucoup d’imagination pour contourner l’interdiction : utilisation de VPN pour se localiser fictivement dans un pays étranger, usurpation d’identité, photos vieillies par l’IA, accès sous le compte des parents, et souvent avec leur accord … Les premiers bilans publiés en Australie montrent que 85 % des jeunes de moins de 16 ans continuent à utiliser les plateformes interdites.

Ensuite, l’interdiction des réseaux constitue un nouvel exemple de chevauchement du droit national et du droit européen.

En effet, la prérogative d’imposer des outils et des obligations aux plateformes est une compétence de l’UE, conformément au Digital Service Act (DSA).

Dans ce contexte juridique, le texte voté en France formule un principe d’interdiction aux moins de 15 ans, mais il est totalement muet sur les outils permettant la mise en œuvre de l’interdiction, ainsi que sur les sanctions. Il appartiendra donc aux plateformes d’intégrer le ou les outils qu’elles jugent nécessaires. Et dans la mesure où lesdites plateformes devront composer avec des mécanismes qui seront probablement imposés ultérieurement par l’UE, il est permis de s’interroger sur ce qui sera réellement fait au 1ᵉʳ septembre 2026.

Dans ces conditions, la loi ressemble davantage à une déclaration d’intention qu’à un texte abouti. Il est clair qu’il y a eu un empressement français à être le premier pays européen à légiférer sur le sujet. D’autres pays, l’Espagne et la Grèce notamment, souhaitent aussi légiférer sur les réseaux sociaux, mais attendent l’avancée des travaux menés au niveau européen.

Cet empressement obéit à des motivations qui sont avant tout politiques ; volonté de donner du contenu à la fin du quinquennat ; volonté du Président d’apparaître comme un leader sur ces questions, à l’échelle européenne et mondiale ; positionnement en protection des Français et de la jeunesse ; positionnement volontariste sur les questions de souveraineté nationale et numérique.

Le vote du texte a été une victoire politique. Le Président s’est immédiatement félicité « d’une avancée majeure » et a mis en ligne une vidéo (sur ces mêmes réseaux sociaux…) dans laquelle il montre sa persévérance sur le sujet et il se félicite de ce que « la France ouvre la voie en Europe pour la protection de nos enfants, de nos adolescents ».

Le Président Macron a d’ailleurs été suivi par les censeurs de tous bords qui voudraient limiter l’expression sur les réseaux sociaux : citons Marine Tondelier, réclamant dans Libération l’interdiction de X en cas « d’ingérence constatée » ou encore Thierry Breton, toujours surprenant, demandant après l’affaire de Ceuta que « les frontières numériques de l’Europe soient renforcées » et que l’UE « impose à ses partenaires un contrôle des réseaux et des plateformes en s’inspirant du DSA ».

 

3.  Fin de l’anonymat

La fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux est un premier coup à la liberté d’expression. Selon les outils qui seront mis en place, tous les utilisateurs devront présenter leur carte d’identité ou une reconnaissance faciale sur internet. Qui aura la garde de cette masse de données personnelles ? Quel niveau de sécurité pour ces données, sachant le nombre élevé de piratages de données constatés récemment ? Ne faut-il pas craindre qu’il s’agisse d’une porte ouverte à d’autres types de contrôles et de restrictions ?

Le principe officiel mis en avant est le « double anonymat » : la plateforme (TikTok, Instagram, etc.) ne doit pas connaître l’identité de l’utilisateur. Elle reçoit seulement une attestation binaire du type « a plus de 15 ans ». Le prestataire de vérification (par exemple France Identité) ne doit pas savoir pour quel site la vérification est demandée. Ainsi, en théorie, aucune des deux parties ne détient à la fois l’identité et l’usage. Les documents d’identité ou les images faciales sont traités par le tiers, souvent avec suppression après vérification (minimisation des données exigée par le RGPD).

Reste qu’en pratique, les données transitent par des prestataires (l’État via France Identité, etc.). Le cloisonnement dépend de la qualité de l’architecture. Et de toute façon, les données permettant la traçabilité des propos tenus sur les réseaux existeront quelque part.

 

4. Un climat hostile aux réseaux sociaux

Le vote du texte de majorité numérique intervient dans un climat général où les réseaux sociaux sont décrits comme le lieu de toutes les manipulations, contre lesquelles il faudrait impérativement protéger la population.

Au-delà de la protection de la jeunesse, la tentation est forte de maîtriser, réguler, contrôler ces nouveaux espaces informationnels, qui jouent un rôle d’importance croissante. Plusieurs actualités récentes montrent que des dispositifs sont mis en place qui pourraient facilement servir à censurer ce qui se dit sur les réseaux et à réguler la liberté d’expression dans l’espace public.

  • En juillet, une mission sénatoriale proposait de créer un observatoire de la désinformation et demandait un encadrement plus strict des créateurs de contenu et des plateformes. Le sénateur Laurent LAFON parlait même « d’ingérence intérieure». Un oxymore qui a choqué car il pourrait conduire à considérer comme une menace toute mobilisation sur les réseaux sociaux qui aurait une influence significative sur l’opinion.
  • L’ARCOM identifie les créateurs de contenu sur les réseaux comme des médias qui vont influer sur la prochaine élection présidentielle, mais qui malheureusement échappent encore à tout contrôle. L’ARCOM voudrait leur appliquer les mêmes règles qu’aux médias traditionnels.
  • Des manipulations grossières concernant E. Philippe, R. Glucksmann, et G. Attal, pourtant d’un faible niveau de visibilité sur les réseaux, sont opportunément dévoilées et font aussitôt les titres de la presse.
  • Une nouvelle commission est installée pour la prochaine élection présidentielle. Cette commission « indépendante » composée de hauts fonctionnaires vise à lutter contre les ingérences étrangères et à réagir rapidement aux campagnes numériques susceptibles d’altérer le débat démocratique. Parallèlement, les peines encourues « pour atteinte à la sincérité du scrutin» sont alourdies et un nouveau référé permettra à un juge de faire cesser immédiatement la diffusion de contenus « manifestement inexacts ou trompeurs ».

Nous ne développerons pas ici ces nouveaux dispositifs, ce pourrait être l’objet d’un autre dossier.

Contentons-nous d’observer qu’ils pourraient servir à exclure certains propos jugés non conformes, à étouffer le débat démocratique, à commander le retrait de publications dissidentes, et à pénaliser certaines plateformes.

Et qu’ils auront aussi un effet dissuasif, l’autocensure étant toujours la forme la plus aboutie de la censure.

5. Le Conseil constitutionnel censure

Dans sa décision du 14 août, le Conseil constitutionnel a censuré l’article 1er du projet de loi. (L’interdiction des téléphones portables dans les collèges et lycées est maintenue.) Concrètement, l’objectif de protection de la jeunesse n’est pas remis en cause, mais deux motifs sont invoqués :

Tout d’abord, le texte excluait du périmètre d’interdiction les seules encyclopédies en ligne et les répertoires éducatifs. Le conseil a considéré que ces exceptions étaient insuffisantes et laissaient dans le champ de l’interdiction « des services de communication en ligne dont les risques pour la santé et la sécurité des mineurs ne sont pas établis ».

Ensuite, le Conseil constitutionnel a jugé que les modalités d’application étaient trop restrictives et portaient atteinte à la liberté d’expression et de communication, d’une manière qui « n’est pas adaptée, nécessaire et proportionnée à l’objectif poursuivi » ; d’une part parce qu’il n’existait aucun moyen permettant à l’autorité parentale de « décider de lever l’interdiction, d’en limiter la portée ou d’autoriser l’accès à certains services » ; et d’autre part en obligeant toute personne, même majeure, à faire la preuve de son âge, sans qu’il soit prévu les « conditions et les limites dans lesquelles il devra en être justifié ».

Au vu de l’engagement du Président sur cette question, de nombreux observateurs ont considéré que cette décision constituait « un revers », voire « un camouflet ». Emmanuel Macron s’est efforcé de réagir rapidement, en chargeant le Premier ministre de travailler, d’ici la fin de la mandature, à une « nouvelle rédaction juridiquement robuste », tenant compte de la décision du Conseil constitutionnel ainsi que du cadre européen.

Reste que, entre droit européen et Conseil constitutionnel, la voie pour un texte « juridiquement robuste » est étroite.

En effet, avant la version finale issue de la commission mixte paritaire, la version du texte élaborée par le Sénat le 31 Mars prévoyait deux choses : que l’interdiction ne concernerait que les réseaux susceptibles de nuire à l’épanouissement physique, mental ou moral, et figurant sur une liste établie par un arrêté du ministre chargé du numérique, pris après avis de l’ARCOM ; et que l’accès aux réseaux ne figurant pas sur la liste interdite serait conditionné à l’accord d’au moins un des responsables légaux.

Cette version du Sénat aurait donc pu satisfaire le Conseil constitutionnel … mais pas la Commission européenne ! Celle-ci avait estimé le 6 juillet que la version sénatoriale du texte n’était pas pleinement compatible avec le DSA. En cause notamment le pouvoir excessif confié à l’ARCOM (pouvoir de proposer les plateformes interdites, signalement des manquements de plateformes établies dans d’autres États), et la volonté de la commission de « minimiser la fragmentation des systèmes nationaux qui pourrait créer une insécurité juridique ou affaiblir l’application des règles ». Autrement dit, chaque pays ne peut pas faire ce qu’il veut et interdire les plateformes qu’il veut.

La même démonstration peut être faite sur les modalités de contrôle de l’âge. Il semble compliqué de satisfaire à la fois le Conseil constitutionnel, qui sanctionne le texte pour absence de conditions, de limites et de garanties légales dans la vérification de l’âge, et le DSA, qui définit la capacité à imposer des obligations et des vérifications aux plateformes comme une compétence de niveau européen.

Les partisans de la liberté d’expression se réjouiront de la censure de ce texte.

Reste que cette décision illustre une nouvelle fois l’irruption de plus en plus prégnante du Conseil constitutionnel comme un acteur législatif majeur.

Plus largement, cette séquence sur l’interdiction des réseaux sociaux montre que les volontés du Parlement et du Président, tous deux élus par le peuple, ne suffisent pas même lorsqu’elles sont convergentes, et doivent naviguer entre un droit européen de plus en plus développé, et un Conseil constitutionnel toujours plus présent.

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La cyberdépendance chez les jeunes

By Numérique, Santé

Note transversale des groupes numérique et santé, 2/3

 

Par Bruno Mahieux, membre de la commission CRSI Numérique

 

Une société ultra-connectée

Notre société évolue dans un monde où les écrans et le numérique occupent une place prépondérante dans le cercle familial : ce sont plus de 10 écrans par foyer recensés en France. Cette abondance d’équipements n’est pas sans conséquence sur nos comportements au quotidien.  Selon une étude du PEW Research publiée en septembre 2025(1), plus de 2 Français sur 3 utilisent internet plusieurs fois par jour, dont 28 % reconnaissent l’utiliser presque constamment, quel que soit l’équipement utilisé (smartphone, PC, montres, tablettes, consoles de jeux).   Comme dans la plupart des pays occidentalisés, les jeunes adultes sont beaucoup plus présents sur les réseaux sociaux que leurs aînés : près d’un sur deux a entre 18 et 34 ans.

Cette hyperconnectivité n’épargne pas nos enfants et adolescents :  Dès le plus jeune âge, ils disposent d’équipements qui leur sont dédiés : entre 7 et 12 ans, le nombre d’équipements détenus par chaque petit Français est en moyenne de 1,6 ; cette moyenne passe à 2,9 dans la tranche d’âge des 13-19 ans. La détention d’un smartphone est devenue la norme dès l’âge de 13 ans (ils sont 89 % à en disposer) et un ordinateur personnel est détenu par 69 % des adolescents de 13 ans et plus.

La cellule familiale n’est pas la seule responsable de cette surexposition au numérique : les écrans sont également accessibles à l’école, souvent dès le plus jeune âge (selon les données fournies par la direction du numérique (DNE), près de 60 % des écoles maternelles disposent d’un accès internet !)

 

Des pratiques problématiques

Les parents sont de plus en plus confrontés à des pratiques problématiques de la part de leurs enfants, avec une perte de contrôle en termes de temps passé et d’usage :

Selon la cinquième édition du baromètre CNL/Ipsos bva « Les jeunes Français et la lecture », publiée le 14 avril 2026(2), les jeunes âgés de 7 à 19 ans consacrent, sur leur temps libre, 3 heures par jour aux écrans. Ce résultat est encore plus marqué chez les 16-19 ans qui y dédient toujours plus de 5h quotidiennes (hors école / études / travail).  À titre de comparaison, les jeunes Français consacrent en moyenne seulement 18 minutes par jour à la lecture de livres.

Au-delà du temps passé devant un écran, ce qui pose problème est l’usage fait des écrans par les enfants et les adolescents.

Toujours selon le Centre National du Livre, les jeux vidéo dominent chez les 10-15 ans, surtout chez les garçons, alors que les réseaux sociaux prennent le relais chez les 16-19 ans.

Selon une enquête menée par l’ARCOM en 2025(3), plus de quatre jeunes sur cinq âgés de 11 à 17 ans utilisent tous les jours au moins une grande plateforme en ligne.  44 % des jeunes accèdent aux réseaux sociaux avant 13 ans.

Pour les cas les plus extrêmes, un usage excessif peut dériver vers l’addiction, dans ce cas, la perte de contrôle devient pathologique et est susceptible d’être prise en charge par un médecin spécialisé.

 

Le modèle économique des réseaux sociaux

L’usage compulsif des réseaux sociaux par nos enfants est loin d’être un dommage collatéral du numérique.  Il est le fruit d’une stratégie assumée et voulue où le bien-être des utilisateurs n’est clairement pas la motivation première.

Les réseaux sociaux étant gratuits pour l’utilisateur, leur modèle économique est entièrement dépendant des revenus publicitaires, payés par les annonceurs.  Ces revenus sont directement liés au nombre de publicités vues et donc au temps passé sur l’application.

La conséquence majeure de cette logique :  les contenus proposés ne sont pas ceux qui informent, instruisent ou enrichissent mais ceux qui captent le plus l’attention des utilisateurs.

Le design des réseaux sociaux est conçu à cet effet :  design épuré et facile à comprendre, conçu principalement pour un fonctionnement sur un smartphone de préférence à un ordinateur, couleurs vives, images et vidéos prioritaires sur le texte, système de notifications en temps réel, utilisation de symboles universels (les émoticônes), tout est pensé pour maximiser le temps passé sur l’application, un objectif souvent appelé engagement dans l’industrie.

Le temps passé alimente aussi un autre objectif business : la rétention. Un utilisateur qui consulte ou publie du contenu chaque jour et qui commente attire d’autres utilisateurs (effet de réseau) et devient moins susceptible de partir à la concurrence.

Pour la plupart, les propriétaires de ces réseaux sociaux sont des entreprises cotées en bourse, évaluées par les marchés en fonction de ces indicateurs d’engagement. Il est donc essentiel de maximiser le temps passé sur une application en captant l’attention de l’utilisateur le plus longtemps possible. L’utilisateur final n’est donc pas un client, mais un produit proposé aux annonceurs !

 

Les mécanismes d’addiction

Les phénomènes d’addiction sont le fruit de mécanismes technologiques simples ayant un ressort psychologique avéré sur le comportement des utilisateurs.  Ils ont fait l’objet d’études approfondies de la part de leurs concepteurs, et leur efficacité n’est plus à démontrer. Ils peuvent se résumer à trois méthodes principales.

Le contenu infini et la lecture automatique

Ce mécanisme, utilisé dans tous les réseaux sociaux, consiste à faire défiler le contenu proposé en supprimant toute rupture dans sa présentation (c.-à-d. une fin de page ou un passage à la page suivante).  Sur TikTok, Instagram Reels ou YouTube Shorts, le principe est le même : la vidéo suivante démarre automatiquement, supprimant toute rupture qui pourrait inciter l’utilisateur à s’arrêter.

Les mécanismes de notifications

Les notifications sont des messages d’alerte visuels ou sonores, courts par nature, pour vous avertir d’une nouvelle activité sur votre réseau social :  il peut s’agir de la publication d’un nouveau contenu, d’un message ou de la réaction d’un ami à vos propres publications.  Ces notifications sont présentées sous forme de métriques (nombre de vues, nombre de likes) qui transforment l’interaction sociale en indicateurs mesurables.  Elles renforcent le besoin de reconnaissance de la part de ses amis ou de sa famille.  Ce besoin de réagir est d’autant plus puissant qu’il est souvent le résultat de réactions d’amis ou de membres de la famille avec lesquels il existe un lien affectif fort, inscitant à réagir, ou à répondre.

Les algorithmes de recommandations personnalisés

Les plateformes collectent en permanence les données qui résultent de nos comportements devant l’écran, qu’elles soient explicites (par exemple, nos recherches, nos commentaires ou même nos réactions sous forme de likes ou d’émoticônes), ou implicites (notre temps de visionnage d’un contenu, notre localisation, nos données sociales).

En analysant nos comportements et nos actions, les algorithmes apprennent en continu ce qui capte le plus l’attention de chaque utilisateur.  Ils adaptent les flux d’informations diffusés en fonction de ses préférences, de son réseau social et de son historique, dans le but de renforcer l’engagement de l’utilisateur.

Ces mécanismes, qui s’apparentent aux techniques de Machine Learning(4), sont particulièrement efficaces chez les jeunes, dont l’usage est beaucoup plus impulsif que chez les adultes, créant un flux de données particulièrement riche.

Plus l’usage est intense, plus l’algorithme affine sa précision et plus l’utilisateur restera connecté, créant ainsi un cercle vicieux où l’utilisateur devient captif de son application préférée.

Ces techniques simples, incitant les utilisateurs finaux à consulter leur téléphone en permanence, de peur de manquer une information essentielle à leurs yeux, sont un mécanisme très puissant qui s’apparente à celui des machines à sous : la peur de rater une bonne occasion (Fear Of Missing Out), en l’occurrence une information, un scoop, un message d’un ami ou d’un membre de la famille.

Cette frénésie de l’usage est d’autant plus forte qu’elle est le fruit de contenus générés par des proches, ce qui renforce les réactions émotionnelles et le sentiment d’obligation de répondre.

 

Faut-il interdire les réseaux sociaux ?

Face à la place prépondérante prise par les réseaux sociaux, de plus en plus de pays décident de limiter ou d’interdire leur accès aux plus jeunes. Le 21 juillet dernier, le Parlement français a adopté définitivement la loi interdisant les réseaux sociaux tels que TikTok, Facebook, Instagram ou Snapchat aux moins de 15 ans.

La France était ainsi le premier pays européen à tenter d’instaurer une majorité numérique.  Elle suivait l’exemple de l’Australie qui avait fixé la majorité numérique à 16 ans.  Le Canada, le Royaume-Uni ainsi que de nombreux pays européens devraient suivre d’ici la fin de 2026.

Initialement prévue pour entrer en vigueur le 1er septembre 2026, cette loi a pourtant été invalidée par le Conseil constitutionnel. C’est en soi une bonne nouvelle, car la solution visant à interdire purement et simplement l’accès aux réseaux sociaux en dessous d’un certain âge interroge.

Chacun conviendra qu’il est nécessaire de chercher des mécanismes de régulation pour contenir les effets destructeurs sur la psyché de nos enfants.  Le débat n’est pas de savoir si les enfants doivent être protégés des réseaux sociaux, mais plutôt de savoir comment y parvenir.

Tout d’abord, parce que cette loi semblait  ignorer les aspects positifs de certains réseaux sociaux :  ils créent des liens, développent la pratique des technologies collaboratives qui sont devenues incontournables dans les entreprises, ils peuvent informer ou donner une voix à des personnes qui ne seraient pas entendues dans d’autres circonstances.  Il existe aujourd’hui de nombreux outils pédagogiques accessibles au travers de ces plateformes. Ils sont fréquemment utilisés par les enseignants à des fins éducatives.

D’autre part, parce que l’expérience australienne démontre qu’il existe des moyens de contourner l’interdiction :  le VPN (Virtual Private Network) est un outil logiciel permettant aux adolescents les plus technophiles de contourner les restrictions au niveau national. Mais une simple ouverture de compte sous un faux âge, voire l’utilisation d’un compte d’un proche peut suffire.

Enfin, parce que la divulgation de l’âge des utilisateurs implique la mise en place d’un contrôle numérique sans précédent au niveau des plateformes concernées, qui cette fois concerne tout le monde, quel que soit l’âge.  Au-delà des risques de cybercriminalité que cela va engendrer, c’est la question de nos libertés individuelles et de la protection de nos données personnelles qui est posée.

Interdire l’usage des réseaux sociaux aux plus jeunes paraît d’autant plus absurde que les adultes ne sont pas exempts de tout reproche en la matière, y compris sur leur lieu de travail(5). Au contraire, ils sont souvent un mauvais exemple pour leurs enfants.

De ce point de vue, la censure du Conseil constitutionnel rejoint les recommandations de nombreux experts(6) qui privilégient des mécanismes de régulation des usages au niveau des plateformes plutôt qu’une interdiction basée sur l’âge.

 

 

Former plutôt qu’interdire 

Plutôt que d’interdire, ne faut-il pas éduquer et mieux former nos enfants aux usages numériques ?  Bien souvent, l’âge est moins le problème que le milieu social dans lequel l’enfant évolue.

Une meilleure éducation au sein des familles est essentielle. Ces habitudes prises dès l’enfance auront un impact économique certain lorsque ces enfants deviendront adultes et intégreront le monde du travail.

Des solutions existent :  à commencer par des pratiques d’autolimitation des usages

  • S’imposer des règles au quotidien
  • Recourir aux fonctionnalités de limitation d’usage
  • N’avoir que les applications essentielles
  • Se contraindre par un appareil limité

Il pourrait également être judicieux d’imposer des paramètres par défaut adaptés à l’âge et de les rendre efficaces sans l’action des jeunes utilisateurs : pas de publicité personnalisée sur les comptes des jeunes, pas de flux sans fin, pas de lecture automatique de contenu, pas de systèmes de récompense basés sur l’utilisation.  Ces techniques sont déjà appliquées dans le monde de l’audiovisuel, où les programmes sont classifiés en fonction de l’âge.

Les opérateurs télécoms ont un rôle à jouer

Même s’ils ne détiennent pas les plateformes des réseaux sociaux, les opérateurs de télécommunications constituent un rouage essentiel dans leur utilisation, car ils en contrôlent l’accès.

Si la technologie ne peut pas à elle seule assurer la sécurité physique et mentale de nos enfants, elle peut y contribuer via la mise en œuvre de mesures simples :

  • Protéger les utilisateurs face au cyberharcèlement, indépendamment de l’équipement, du réseau ou de l’application qu’ils utilisent.
  • Assister les parents en les aidant à surveiller, guider et protéger leurs enfants grâce à des outils de contrôle que leurs enfants ne pourraient pas contourner.
  • Fournir les données nécessaires pour s’assurer de l’adéquation des contenus proposés avec l’âge des enfants.

A l’image des banques qui protègent nos avoirs financiers, les opérateurs de télécommunications deviendraient ainsi des tiers de confiance, responsables de la sécurité de nos communications et de nos données.   Imagine-t-on choisir une banque qui serait dans l’incapacité d’assurer la sécurité de notre argent ?

 

Sources :

1. https://www.pewresearch.org/short-reads/2025/09/08/most-adults-across-24-countries-are-online-at-least-several-times-a-day/

2. https://centrenationaldulivre.fr/sites/default/files/2026-04/%C3%89tude%202026%20-%20Les%20jeunes%20Fran%C3%A7ais%20et%20la%20lecture%20-%20Rapport%20Complet.pdf

3. https://www.arcom.fr/sites/default/files/2025-09/Dossier_presse_protection_mineurs.pdf

4. Le machine learning est une branche de l’intelligence artificielle qui permet aux ordinateurs d’apprendre à partir de données et de s’améliorer par l’expérience, sans avoir été programmés pour cela de façon explicite

5. Dans une journée de travail, les salariés consacreraient entre 20 mn et deux heures 30 par jour à des activités non professionnelles sur leur smartphone. S’y ajoute le temps nécessaire, non négligeable, pour se reconcentrer après chaque interruption. (Les Echos 5 septembre 2025)

6. Lire à ce sujet un article paru dans le Handelsblatt du 4 août 2026 https://nachrichten.handelsblatt.com/cde8dec12b5ba411d3d4de3dc1d4b1b446d369a52a4a148e508f0e55e583d589995e4d36ae83fb6d280eaf450e4360f90100243679?product=hb&utm_medium=in&utm_source=app&utm_campaign=verschenken

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Ecrans et addictions : physiologie du plaisir

By Numérique, Santé

La commission santé en partenariat avec la commission numérique s’est penchée sur les problèmes d’addiction aux écrans qui soulèvent mille questions, notamment auprès des adolescents. Cet article présentera quelques éléments du fonctionnement cérébral de manière simple, donc simplifiée, afin que tous puissent comprendre qu’il est assez facile de se laisser happer par l’addiction aux écrans.

 

Par Aurore, membre de la commission CRSI Santé

 

Note transversale des commissions Numérique et Santé, 1/3

 

Plantons le décor !

Notre système nerveux perçoit et analyse les éléments de notre environnement. Il élabore la pensée, stocke des informations, communique avec l’extérieur, régule les fonctions de l’organisme et contrôle la fonction motrice. Certains voudraient l’assimiler à un ordinateur ou l’inverse ! En anatomie, on distingue le système nerveux central (SNC) du système nerveux périphérique. Nous nous intéressons ici au SNC, protégé par le crâne et le rachis*, et plus particulièrement à l’encéphale. Le tissu nerveux est le plus complexe de notre organisme ; il se compose d’environ 100 milliards de neurones chez l’humain. Le neurone en est l’unité structurelle et fonctionnelle ; son fonctionnement de base est « électrique ». Les molécules chimiques qui servent de messagers entre deux neurones sont appelées neurotransmetteurs.

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Schéma 1 : Le circuit de la récompense. Il est constitué de structures cérébrales en interrelation : striatum ventral gauche ou noyau accumbens, septum, amygdale, hippocampe, cortex préfrontal. Source : https://acces.ens-lyon.fr/acces/thematiques/neurosciences/fiches-pedagogiques-profs/fiches-pedagogiques-banque-neuropeda/pet-scan-dopamine-et-circuit-de-recompense-sujet-13242

En 1954, Olds et Milner ont, par leurs expériences, montré que la stimulation électrique de certaines aires cérébrales, chez des rats, entraînait une satisfaction si intense qu’elle leur faisait perdre toute sensation de faim et de soif, jusqu’à en mourir.

D’un point de vue biologique, l’humain, comme les autres vertébrés, possède certains mécanismes physiologiques qui lui assurent de meilleures chances de survie. Au niveau cérébral, un ensemble de structures anatomiques appelé « circuit de la récompense » est l’un d’eux (cf. schéma 1). Pourquoi se nomme-t-il ainsi ? Certains actes associés à un retour positif (prise de nourriture par exemple) procurent du plaisir et sont donc mémorisés plus facilement. Tous les individus cherchent à les répéter pour obtenir le même plaisir et le même bénéfice.

 

Tous dopés à la dopamine

Pour schématiser, cette sensation de plaisir, déclenchée par un acte, est liée à l’activation de neurones qui libèrent un neurotransmetteur appelé dopamine. Ces neurones dits à dopamine sont situés dans l’aire tegmentale ventrale et contrôlent le circuit de la récompense.

Dans des conditions normales, l’activité des neurones dopaminergiques augmente à l’occasion de récompenses (nourriture, boisson, sexualité…). Avec l’apprentissage, ce n’est plus la récompense qui active ces neurones, mais juste les signaux qui annoncent son arrivée.

Par exemple, un chaton qui réussit pour la première fois à attraper une souris, qui la goûte, active ce circuit. Il retiendra alors le geste et la proie qu’il a mangée et qui ont conduit à cette sensation gustative plaisante. Le chaton améliorera ses gestes, ses techniques d’affût jusqu’à devenir un redoutable prédateur, garantie de sa survie en milieu naturel.

L’humain est, contrairement au chat, lui, un animal social. Vivre en groupe est un de ses besoins vitaux. Ainsi, les comportements qui lui permettent de tisser des liens avec ses congénères, de les renforcer, activent là aussi le circuit de la récompense (compliments, sourire, acquiescement à un acte ou à une idée, etc.).

Pour faire simple là encore, lors de l’usage d’écrans pour aller sur des réseaux sociaux, la réception d’un like, d’un cœur ou d’un émoticône positif, qui suit un message envoyé sur ces mêmes réseaux, a le même effet, « d’un point de vue de la physiologie cérébrale », qu’un encouragement donné de vive voix.

 

Shoot de like

Toutefois, si la récompense est systématique ou trop prévisible, le circuit ne s’active pas aussi puissamment. Imaginez que votre employeur vous complimente toutes les heures ; cela ne vous fera pas le même effet que s’il vous gratifie verbalement de temps en temps et à l’improviste. Le côté aléatoire et l’incertitude liés à la présence de likes, ou pas, augmentent notre envie de récompense et donc, pour certains, l’envie de se connecter toujours à leur réseau social numérique préféré.

Ce circuit de la récompense fonctionne aussi sur l’immédiateté : « je mets un message, j’attends un retour dans l’instant si possible : un like, un cœur, un émoticône ». Plus je vais surfer sur les réseaux sociaux, plus j’ai de chances d’en avoir et très vite. Je cherche mon shoot de dopamine en quelques clics !

Alors, apprendre une leçon, faire une évaluation en classe le lendemain et recevoir sa note dix jours plus tard… c’est loin de procurer ce plaisir immédiat !

Vous comprenez donc pourquoi beaucoup d’enfants préfèrent, si on leur en laisse l’occasion, surfer sur le web plutôt que de réviser leurs cours… C’est juste, dans l’immédiat, plus agréable.

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Graphique 1 : Proportions pondérées d’enfants scolarisés en maternelle et élémentaire en France hexagonale, ayant accès aux réseaux sociaux (à la connaissance des parents) selon l’âge. Enabee (2022). Source : https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/881687_spf00006175.pdf

 

Cortex, cœurs et conséquences

Évidemment, quand notre cerveau est dopé à la dopamine, et que d’un coup, zéro like, aucun cœur, privé de portable, le cerveau de nos enfants, préados ou ados, est en manque. Ils peuvent alors ressentir une certaine anxiété. C’est à ce moment-là que le mot « accro » ou « dépendance » peut être employé. L’ado ne surfe plus pour son seul plaisir, mais pour éviter de ressentir un mal-être ou de faire disparaître ce malaise. Comme le fumeur et sa première cigarette du matin, l’ado cherche dès l’aube à retrouver de manière quasi automatique sa dose de dopamine ! La répétition des prises de dopamine fait passer de l’abus à la dépendance… Quand on voit le nombre d’enfants de 3 à 11 ans qui sont sur les réseaux, cf. graphique 1, il est impératif que le politique prenne en compte ces problématiques !

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Extrait de l’infographie Toluna Harris – Baromètre des comportements numériques. Source : https://www.drogues.gouv.fr/publication-des-resultats-de-la-quatrieme-edition-du-barometre-mildecaharris-interactive-sur-les

Biologiquement, il existe des contre-pouvoirs à ce circuit ! Le cortex préfrontal, situé à l’avant de l’encéphale, est le siège de la volonté et de la planification (cf. schéma 1). Il peut contrebalancer les effets du striatum ventral, mais il n’est pas mature avant l’âge d’environ 25 ans. Voilà une des raisons pour lesquelles nos ados restent sensibles aux comportements possiblement addictifs.

La prévention est donc primordiale car l’addiction aux écrans peut être liée à :

  • Une consommation augmentée de confiseries, sodas et snacks.
  • Une consommation augmentée de tabac, d’alcool, voire de drogues.

En 2017, une étude de l’Inserm sur 800 enfants montrait que  « plus les garçons passent de temps devant des écrans à 2 ans, plus ils ont un pourcentage de masse grasse corporelle élevé à 5 ans. Leur temps d’écran à 2 ans était d’ailleurs associé à un recours plus fréquent aux aliments transformés de type snacking / fast-food ».

Il peut être donc observé certaines conséquences délétères sur la santé :

  • Physiologiques : syndrome de l’œil sec, troubles musculosquelettiques, TCA** jusqu’à l’obésité, myopie, dégradation de la qualité du sommeil avec une dette de sommeil retrouvée chez 30 % des 15-19 ans, etc. ;
  • Psychologiques : isolement, perte de confiance en soi, dépression, etc. ;
  • Cognitifs : retard du développement lors de l’usage excessif d’écrans, surtout durant la petite enfance. Cela peut entraver le développement des capacités psychomotrices et freiner le développement du langage par l’absence d’interaction sociale.

Quand on résiste à l’attrait des récompenses immédiates (les likes, les cœurs) offertes par les réseaux sociaux, notre cortex se renforce et freine alors plus facilement l’activité du striatum ventral. Il faut prendre, ou faire prendre, conscience que l’on recherche des récompenses dans certaines situations (solitudes, difficultés d’apprentissage, sollicitation par des notifications, etc.). Cela permet de mieux réagir à ces éléments déclencheurs qui poussent vers les écrans.

 

Des pistes pour s’en sortir

Pour apprendre à résister à la tentation, voici quelques pistes :

=> essayer de limiter le temps d’écran, mais cette solution est peu efficace ! C’est comme avec le paquet de bonbons, on dit qu’on en mange un, et on ne s’arrête plus !

=> détourner le regard de la source addictive, choix plus pertinent. Tous les addictologues recommandent aux ados de ne pas travailler à côté de la source qui peut les distraire ; le smartphone doit être éteint et en dehors du bureau où ils travaillent pour ne pas être tentés par la vue ou par l’ouïe (notifications sonores).

=> faire autre chose quand l’envie devient pressante et remplacer une addiction par une passion (musique, sport, jeux de société, etc.). Le transfert vers une autre activité donne les meilleurs résultats pour décrocher des écrans.

Le site gouvernemental français souligne : « en 2023, la France compte 92,8 % de foyers connectés et 47,4 millions d’internautes mensuels. Deux Français sur trois se connectent chaque jour sur les réseaux sociaux et les messageries instantanées. Les usages se concentrent majoritairement sur le smartphone, facilitant la connexion en tout lieu et à tout moment. »

Et combien d’ados dépendants des écrans ?

Il existe une très grande variabilité dans la relation des jeunes aux écrans, suivant leur milieu socio-économique, l’implication de leurs parents dans leur éducation, leur vulnérabilité propre. Il est nécessaire que les parents, en premier lieu, mais aussi l’enseignement national accompagnent nos jeunes vers une utilisation appropriée de ces outils, qui, bien utilisés, seront possiblement d’un intérêt majeur dans leur découverte du monde actuel.

Néanmoins, les grandes firmes du numérique ont très bien compris comment exploiter notre physiologie naturelle, la détourner à leur profit et elles ne s’en privent pas ! Deux articles, à suivre, et issus de la commission CRSI numérique, présenteront respectivement les moyens employés par ces entreprises pour rendre accros nos ados et l’actualité sur la loi dite de majorité numérique.

 

Sources :

* rachis : colonne vertébrale qui abrite la moelle épinière, l’autre partie, avec l’encéphale, du système nerveux central.

** TCA : troubles compulsifs de l’alimentation, maladies à la fois physique et psychique.

https://www.drogues.gouv.fr/lessentiel-sur-les-usages-problematiques-decrans

https://institutducerveau.org/lexique/dopaminergique-voie

https://planet-vie.ens.fr/thematiques/animaux/systeme-nerveux-et-systeme-hormonal/le-circuit-de-la-recompense

https://www.drogues.gouv.fr/que-nous-dit-la-science-des-addictions

https://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2016/03/PAGES-DE-1283-1296.pdf

https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/appel_090419.pdf

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Sédentarité des Français : Voulons-nous enterrer nos enfants ?

By Santé

Prévenir les maladies est bien plus efficient que de les soigner.

 

Par Aurore & Stéphane, membres de la commission CRSI santé

 

Deux thèmes majeurs occupent la commission santé du CRSI. Insécurité et perte de souveraineté augmentent aussi dans le secteur du soin. Notre système de santé plonge à tous les niveaux, à tel point que, parfois, nous nous demandons si la France peut encore soigner ses patients. Ainsi, la prévention des maladies est fondamentale pour tous les membres du groupe CRSI santé. Nous aborderons ici le thème de la sédentarité et du manque d’activité physique qui menacent les Français, spécialement les jeunes qui ont un ennemi impromptu : la chaise !

 

« Et la chaise tue… »

Avec plus de 3 583 milliards de dettes(1), un montant des intérêts qui s’élève à plus de 77 milliards en 2026 et des dépenses de santé toujours croissantes, qu’attendons-nous pour prévenir les maladies chroniques dont la prévalence* ne cesse de grimper ?

Le Pr Carré est professeur émérite en physiologie cardiovasculaire (Faculté de médecine, Université de Rennes 1) et également cardiologue et médecin du sport (CHU Rennes). Il participe aux recherches sur les liens entre activité physique et sportive et santé dans le Laboratoire Traitement du Signal et de l’Image, à l’Université de Rennes 1. Depuis plus de 40 ans, il étudie, mais aussi mobilise et alerte tous les décideurs politiques et les acteurs de terrain qui pourraient agir pour que nous restions en bonne santé le plus longtemps possible(2).

L’espérance de vie en bonne santé dans différents pays européens est précisée dans le tableau 1 ci-dessous. En France, en 2024, elle est en moyenne de 63,6 ans, 10 ans de moins qu’en Italie !

Notre espérance de vie en bonne santé n’a progressé que d’un an en 20 ans contre 3,5 ans pour l’Italie et presque 7 ans pour la Suède. En 2022, les dépenses courantes de santé étaient pour la France de 11,8 % du produit intérieur brut contre 9 % pour l’Italie. Cette dernière dépense donc presque 3 % de moins pour sa santé, mais environ deux fois plus pour la prévention médicale (cf. graphique 1) et ses citoyens vivent en moyenne dix ans de plus en bonne santé !

Tous en Italie …

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Tableau 1 : Années de vie en bonne santé à la naissance (Hommes et femmes confondus) (b) rupture de série, (e) estimé. Source Eurostat(3).

En effet, la prévention** est le parent pauvre de notre pays. Dans une récente interview(4), le Pr Carré déclare que le ministère de la Santé ne consacre qu’une faible partie de son budget à la prévention ; le reste est majoritairement pour les malades ; logiquement, « il devrait s’appeler le ministère de la Maladie ». En France, les dépenses de prévention représentent une part relativement faible de l’un des budgets de santé les plus élevés de l’Union européenne, environ deux fois moins que l’Italie ou que l’Allemagne, cf. graphique 1 ci-dessous. La dépense française courante de santé au sens international (DCSi) chute un peu en 2024, à 11,4 % du produit intérieur brut, ce qui représente tout de même 332,6 milliards d’euros dont 8,7 milliards pour la prévention institutionnelle(5).

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Graphique 1 : Dépenses de santé allouées à la prévention en proportion des dépenses de santé courantes, 2013, 2021 et 2023 (ou année la plus proche). Source OCDE(6).

Déçu des décideurs

Le Pr Carré estime que l’un des freins vient notamment du ministère de l’Économie qui ne voit pas l’intérêt de dépenser de l’argent pour la prévention, par exemple pour éviter la survenue d’affections chroniques. Un comble quand l’on sait que la Cour des comptes estime le contraire(7). Selon son rapport de 2021, la prévention du cancer, des maladies neuro-cardio-vasculaires et du diabète de type II serait d’un grand bénéfice pour la collectivité. En effet, ces trois affections touchent 10 millions de personnes (15 % des assurés sociaux) et représentent 23 % des dépenses de l’assurance maladie (47 milliards €).

Par ses précédentes notes, le groupe CRSI santé a entamé un travail sur la prévention, cf. articles sur la prévention de la myopie(8) et de la sarcopénie(9) notamment. Nous devons être acteurs de notre santé car, comme le dit François Carré, « nous ne pouvons pas vivre dans un autre corps humain que le nôtre », nous n’en avons qu’un et nous devons en être souverains.

En janvier 2026, M. Lecornu, le Premier ministre, confie une mission sur la prévention primaire au député Cyrille Isaac-Sibille du Rhône(10). Très bien, mais le sujet est connu et devrait être vraiment promu depuis fort longtemps pour notre santé et pour notre budget ! 

Vous avez dit 2027 ?

Certains découvriraient-ils la lune dans un contexte d’élection présidentielle ?

« Puisqu’en haut, ils ne nous écoutent pas », le Pr Carré s’est uni à 16 experts indépendants issus du monde du sport, de la santé et des médias pour créer un collectif, « Pour une France en forme », en 2018(11). Ils agissent auprès des acteurs de terrain où la prise de conscience s’accélère comme le montrent les propositions de campagne lors des dernières élections municipales. Par exemple, pour certains candidats, la voie cyclable serait désormais vue aussi comme une proposition « santé » pour favoriser l’activité physique pour tous.

Néanmoins, dans une conférence de 2023, François Carré regrette : « Nous sommes dans un pays qui ne comprend pas l’intérêt de la prévention ». Malgré tout, il continue de diffuser les informations, les idées et les actions existantes auprès d’un large public, notamment les écoles, comme tout médecin devrait le faire pour améliorer la santé de ses concitoyens. « La Grande Cause Nationale 2024 a permis à l’activité physique de gagner du terrain dans la vie de beaucoup de Français, mais il reste encore du chemin à faire pour que toute la France bouge et soit en forme », a estimé le Pr Carré dans un communiqué de presse de janvier 2025 sur le site du ministère des Sports :  https://www.sports.gouv.fr/la-grande-cause-nationale-2024-bilan-d-une-annee-placee-sous-le-signe-de-l-activite-physique-et.

 

Des malades par millions

« Bouger, bien manger, bien dormir », « 3B » pourrait être son slogan. Le fait de pratiquer une activité physique fait chuter le risque de souffrir de multiples maladies chroniques pourtant très fréquentes : hypertension artérielle, diabète de type II, bronchite chronique, insuffisance rénale chronique, etc.

Nos muscles au travail, de même que tous nos organes, produisent des molécules qui nous soignent. Le Dr Martine Duclos*** appelle cela « notre pharmacie ambulante » dont la porte reste fermée si nous sommes au repos. « La sédentarité est la première cause de mortalité évitable et la quatrième cause de mortalité mondiale », souligne le Pr Carré(12). Son impact sur les jeunes générations fait craindre le pire car la proportion de personnes pratiquant une activité physique reste insuffisante, cf. carte 1 ci-dessous pour les adultes et Tableau 2 ci-après pour les jeunes gens. « En Europe, nous sommes champions de l’addiction à la chaise », déclare le Pr Carré (cf. tableau 2) et selon lui, « la chaise tue ! ».

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Carte 1 : Proportion d’atteinte des recommandations d’activité physique. Par région, chez les femmes et les hommes, en France hexagonale et dans les DROM en 2021. Source : Santé Publique France(13).

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Tableau 2 : Proportion d’enfants atteignant les recommandations d’activité physique, selon le sexe, la classe d’âge et le niveau de diplôme de l’adulte de référence du ménage. Etude Esteban (2014-2016). Source : Santé Publique France(14).

 

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que six adultes sur dix et un enfant sur trois seront obèses en 2050. Entre 2020 et 2030, nous aurons, en plus, sur la planète, 500 millions de malades souffrant d’une affection chronique !

En France, tous les 5 ans, on attend entre 750 000 et 1 million de malades chroniques en plus…

À combien se monte notre déficit budgétaire déjà ? Vous avez oublié ???

Face à un nombre croissant de malades, on peut se poser cette question : « mathématiquement, sommes-nous face à un problème de taille ? Quel que soit le nombre de médecins formés, tous les citoyens français pourront-ils être soignés ? ».

Et nous provoquions le débat dans un article récent avec ce titre : « La France ne soigne plus ses patients(15) ». Il est aujourd’hui factuellement faux, mais demain ?

Déficit budgétaire abyssal, impéritie politique, inertie étatique…

+ manque de médecins, par ailleurs insuffisamment formés sur la prévention,

+ tsunami de malades chroniques, qui prendront tous les jours un médicament…

= cocktail explosif si nous ne faisons rien !

 

Ados en danger

À 15 ans, beaucoup de nos adolescents adoptent des comportements (addictions, alimentation, sédentarité) qui se traduisent par une augmentation de leur pression artérielle. Celle-ci reste dans les normes, certes, mais elle s’élève par rapport aux générations précédentes. Nos ados font déjà le lit favorisant une maladie coronarienne et leur futur infarctus… Car cette affection grave touche de plus en plus de jeunes de 30 ans !

Le diabète est également en progression chez nos jeunes. Il n’est plus exceptionnel de le rencontrer avant l’âge de 19 ans alors qu’il était autrefois considéré comme une maladie de la cinquantaine. Ainsi, selon les données de Santé publique France(16), la prévalence du diabète traité par insuline des jeunes de 0 à 19 ans a augmenté de près de 39 % entre 2012 et 2020 (France, hors Mayotte).

Le coût des affections chroniques s’élèvera d’autant que ces maladies toucheront des individus de plus en plus jeunes puisqu’ils seront traités sur des périodes de plus en plus longues et aussi pour de nombreuses complications possibles. L’encart ci-dessous montre le coût supplémentaire du diabète en France entre 2015 et 2024, +3,3 milliards d’euros !

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Source : https://www.federationdesdiabetiques.org/information/diabete/chiffres-france

Pour le Pr Carré, une question doit nous tarauder : « sommes-nous la génération de parents qui enterrera ses enfants ? ». A l’échelle mondiale, selon l’OMS, 81 % des adolescents, âgés de 11 à 17 ans, étaient physiquement inactifs.

 

Il faut de manière urgente inverser les courbes.

Il est encore possible d’agir.

Les études scientifiques le prouvent et les moyens à mettre en place ne sont pas si compliqués, notamment en milieu scolaire. En plus, « L’activité physique améliore le bien-être social, mental et physique de chacun » (Seizièmes Rencontres de Santé respiratoire France(17), Sénat, 17 novembre 2023).

Il est aujourd’hui recommandé au moins 30 minutes pour les adultes et 1 heure pour les enfants d’activité physique par jour, nous n’avons pas dit le mot sport… Les adolescents français sont 119e sur 146 en ce qui concerne l’activité physique et sportive dans le classement mondial (https://www.info.gouv.fr/actualite/promouvoir-lactivite-physique-et-sportive-pour-la-sante-des-jeunes). Selon, l’Anses****, parmi les enfants de 11 à 17 ans, 49 % font plus de 4 h 30 d’écrans et/ou moins de 20 mn d’activité physique par jour et présentent un risque sanitaire très élevé(18).

Tous nous devrions donner l’exemple. Parents, employeurs et médecins. « Ne pas attendre la pilule qui fait tout et n’importe quoi ! » comme le dit le Pr François Carré (Conférence à l’espace des sciences, Rennes(19), 24 février 2024). Les futurs candidats à l’élection présidentielle doivent prendre conscience que la prévention n’est pas une option, c’est la seule solution pour que les Français vivent plus longtemps en bonne santé et pour que notre budget de la santé n’explose pas.

Ayons enfin une vision de long terme en santé !

Elle passe par la prévention.

Quel homme politique dira « nos enfants ne doivent plus faire des maladies de vieux » ?

Les médecins doivent être mieux formés sur les prescriptions qui aident leurs patients au quotidien. Il ne s’agit pas de supprimer les médicaments, mais de prescrire aussi, et en premier lieu le plus souvent, de l’activité physique adaptée au patient. Ne pas le faire est une perte de chance pour le patient, et selon le Pr Carré, une faute professionnelle du médecin qui ne le ferait pas.

L’être humain est né pour bouger, nous pouvons tous le faire et à tout âge.

Vous commencez quand ?

 

Sources :

* La prévalence reflète la proportion de patients touchés par une maladie à un instant t.

** La prévention a été définie en 1948 par l’organisation mondiale de la santé (OMS) comme l’ensemble des mesures « visant à éviter ou réduire le nombre et la gravité des maladies, des accidents et des handicaps ».

*** Martine Duclos : Médecin endocrinologue et physiologiste, service de médecine du sport, CHU Clermont-Ferrand, Université Clermont Auvergne, INRA, UNH, Unité de Nutrition Humaine, CRNH Auvergne, Directrice scientifique de l’Observatoire National de l’Activité Physique et de la Sédentarité, Clermont-Ferrand.

**** Anses : Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

 

1. https://horloge-de-la-dette-publique.com/dette-publique-france/

2. https://www.frm.org/fr/actualites/francois-carre

3. https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/sdg_03_11/default/table?lang=fr

4. https://www.youtube.com/watch?v=BU6UfNPXjyM

5. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2384508 – graphique-figure1

6. https://www.oecd.org/fr/publications/panorama-de-la-sante-2025_2f564c6c-fr/full-report/health-expenditure-on-prevention-and-primary-healthcare_e65bf24a.html

7. https://www.ccomptes.fr/fr/documents/57947

8. https://www.crsi-france.fr/etre-acteur-de-sa-sante-lexemple-de-la-myopie/

9. https://www.crsi-france.fr/etre-acteur-de-sa-sante/

10. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053353451

11. https://pourunefranceenforme.fr/

12. https://www.emro.who.int/fr/noncommunicable-diseases/causes/physical-inactivity.html

13. https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/772669_spf00005577.pdf

14. https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/772669_spf00005577.pdf

15. https://www.crsi-france.fr/la-france-ne-soigne-plus-ses-patients-lexemple-de-la-penurie-de-medicaments/

16. https://www.santepubliquefrance.fr/diabete/donnees

17. https://www.youtube.com/watch?v=U9W5p7VrCV0

18. https://www.anses.fr/fr/content/inactivite-physique-et-sedentarite-chez-les-jeunes-lanses-alerte-les-pouvoirs-publics

19. https://www.youtube.com/live/oRlg8cKANbs

Image Rottweiler

Morsures canines – Changer de paradigme

By Santé

Cet article fait suite au précédent(1) intitulé « Morsures et santé : mieux vaudrait prévenir que guérir ».

 

Par Aurore, membre de la commission CRSI santé

 

 

L’adage, verbe valoir au présent, est connu, encore faut-il qu’il soit systématiquement appliqué… Car être acteur de notre santé, un axe de réflexion du groupe CRSI santé, commence par se prémunir contre des risques sanitaires et médicaux, mais aussi par s’informer, de manière adaptée et au bon moment, pour éviter ces risques.

En santé, les campagnes massives soutenues par les pouvoirs publics et les grands médias ne suffisent pas. Pour preuve, le slogan « Manger cinq fruits et légumes par jour » n’empêche pas la courbe de l’obésité de grimper…

Pour ce qui concerne les risques de morsures, information et prévention doivent passer par les acteurs de terrain : vétérinaires, médecins, chirurgiens, infirmiers, aides-soignants et auxiliaires de soins vétérinaires, mais aussi éleveurs de carnivores domestiques, animaleries, etc.

Nous avons donc choisi de présenter, dans ce second opus, une liste de propositions concrètes qui s’appuient notamment sur le tissu de professionnels de santé déjà existant. Certaines propositions dépendent cependant du pouvoir politique.

L’année 2027 sera peut-être l’occasion d’en débattre !

L’objectif est donc de réduire au maximum le nombre de morsures en France, estimées à 250 000 par an(2). On rappelle que 54 % des Français possèdent un chien ou un chat. Ici nous aborderons uniquement les mesures qui visent à réduire les morsures liées aux chiens, qui sont près de 10 millions sur notre territoire…

 

– Première mesure : informer les propriétaires en amont de l’achat

Les morsures proviennent régulièrement de gestes inappropriés de la part d’humains envers les animaux, ces gestes sont liés à une méconnaissance de l’animal. Il est nécessaire de renforcer l’information des futurs propriétaires sur les animaux qu’ils envisagent d’acheter, leurs spécificités, leurs besoins au quotidien, le coût d’entretien d’un animal, etc.

Beaucoup de personnes n’ont pas conscience de l’engagement que constitue l’adoption d’un chien ou d’un chat. Les nombreux abandons qui existent en France en témoignent, près de 117 000 chiens et chats ont été pris en charge par des associations, refuges et fourrières en 2024, presque 40 000 ont été refusés par manque de place. En 2025, 281 000 à 398 000 chiens et chats ont été abandonnés(3) toujours en France. En Suisse, depuis 2019, les morsures de chiens sont en augmentation dans tous les cantons, en particulier dans celui de Neuchâtel, qui enregistre un bond de 50 %. En cause, une augmentation des adoptions pendant et après la pandémie de Covid, le choix de races inadaptées et l’origine des chiens (élevages étrangers parfois peu respectueux des animaux).

Les gens prennent donc souvent un animal sans trop réfléchir à ses besoins, mais pour combler leur solitude, par effet de mode lié à l’esthétique d’une race, par impulsivité ou encore pour se protéger dans un contexte d’insécurité où avoir un chien apparaît, pour beaucoup, dissuasif contre les délinquants. De plus, les futurs maîtres cherchent aussi le moindre coût, acquièrent donc des chiots vendus moins cher et provenant de l’étranger où les conditions d’élevage et les conditions sanitaires sont moindres. Les chiots sont souvent moins bien socialisés. Ils peuvent être au cœur de trafics très lucratifs dont les acquéreurs se rendent alors complices. Enfin, certains propriétaires débutants et non informés n’éduquent pas toujours correctement leurs animaux, ce qui rend ces derniers inaptes à la vie en société humaine.

Mise en pratique :

=> pour toutes les personnes qui n’ont jamais possédé de chiens, ni de chats, il serait obligatoire de consulter un vétérinaire en amont d’un futur achat afin d’être informé sur les multiples points à prendre en compte lors de l’acquisition d’un animal. Cette consultation serait bien sûr à la charge du futur acquéreur. L’entretien annuel d’un animal a un coût. Le budget annuel pour un chien de taille moyenne reste très variable, mais peut aller de 800 à plus de 1 200 euros (hors frais vétérinaires pour maladie/trauma). La consultation préachat sera l’occasion de responsabiliser les futurs acquéreurs, tout animal doit être a minima nourri et donc coûte de l’argent pour ce faire.

  • à la fin de cette consultation spécifique, un document serait édité par le vétérinaire et serait obligatoirement à présenter lors de l’achat ou de l’adoption d’un chien ou d’un chat.
  • un autre document, résumant les points abordés et les situations de la vie où le chien peut être plus anxieux, donc possiblement plus dangereux, sera remis aux futurs maîtres et contre-signé par eux.

=> un fichier centralisé pourrait réunir tous ces documents et serait consultable par les éleveurs, les refuges et les vétérinaires. Ce fichier pourrait être confié à l’i-cad*.

=> la formation continue des propriétaires serait un des leviers les plus directs pour réduire les morsures liées à une mauvaise éducation. Il est possible d’envisager des MOOC, mis à disposition gratuitement par les instances vétérinaires, sur un site dédié et sur lequel pourraient s’identifier les nouveaux propriétaires.

 

– Deuxième mesure : former les enfants au respect de l’animal et à l’adoption des gestes qui sauvent

Comme souvent, l’éducation est la mère des batailles. Les enfants côtoient chiens et chats régulièrement puisque 54 % des Français possèdent une de ces deux espèces. Sans formation, les enfants ne peuvent comprendre et interpréter les réactions des carnivores domestiques. Ils sont donc plus vulnérables lors de réactions vives, voire agressives. Il faut dès le plus jeune âge apprendre aux enfants à respecter l’animal qui vit avec eux, ce qui suppose de connaître a minima ses besoins vitaux : ne pas le déranger quand il dort, quand il mange, etc. Ensuite, il faut leur apprendre les parties du corps de l’animal qu’il ne faut pas malmener, puis enfin leur apprendre les gestes à adopter face à un chien ou un chat inconnu, voire agressif : ne pas courir, ne pas crier, etc.

Mise en pratique :

=> Editer, par exemple, un album de coloriage pour les enfants de maternelle afin qu’ils apprennent à reconnaître les animaux et les différentes parties de leur corps, cf. photo 1.

=> Editer, par exemple, un album pour les classes de CP qui explique les gestes à ne pas faire sur l’animal et les gestes à adopter en cas d’agressivité d’un chien, cf. photo 1.

=> Utiliser ces albums au cours de leçons de prévention, adaptées à l’âge de l’enfant.

=> Enseigner la prévention des morsures dans le cadre de la SVT au collège, avec des informations plus étoffées et en lien avec les cours déjà existants, notamment sur les germes, les infections, les zoonoses, le monde animal.

=> Augmenter la visibilité du programme PECCRAM** reconnu par le Ministère de l’Agriculture et de la Santé. Ce programme est intégré aux programmes scolaires en Suisse et en Grande-Bretagne(4). Il existe donc depuis les années 2000, mais reste confidentiel faute de financement public ; ce contraste entre l’existence d’un outil et son absence de déploiement est percutant.

=> Projeter en classe des films d’animation de sensibilisation au risque de morsures et aux gestes qui sauvent.

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Photo 1 : Cahier d’activité pour les enfants de maternelle et de primaire, promu par les vétérinaires états-uniens dès les années 1990. Copyright, Etta M. Agan and Joanna E. Burnette, 1997.

 

– Troisième mesure : extension de la déclaration des morsures et mise en place d’un fichier national des chiens mordeurs

Aux termes de l’article L. 211-14-2 du CRPM***, lorsqu’une personne s’est fait mordre par un chien, c’est d’abord au détenteur du chien de « se dénoncer » à la mairie de son domicile pour se voir appliquer des contraintes pouvant aller jusqu’à l’euthanasie de son animal. Ensuite, le propriétaire est tenu de soumettre son chien à une évaluation comportementale pratiquée par un vétérinaire dont le résultat est communiqué au maire de la commune de résidence du chien. Dans la pratique, peu de propriétaires d’animaux mordeurs font cette démarche.

Par ailleurs, l’article L. 211-14-2 du CRPM précise que  « tout professionnel en ayant connaissance  (de la morsure) dans l’exercice de ses fonctions »  doit aussi la déclarer. Donc vétérinaires, médecins, chirurgiens, infirmiers, policiers, etc. sont normalement obligés de procéder à cette déclaration au maire s’ils en ont connaissance. Les vétérinaires peuvent aussi déclarer la morsure via le site I-Cad(5).

Mais les outils de mesure qui devaient déjà être en place d’un point de vue légal et administratif n’existent toujours pas ! À quoi servent nos lois ?

Ainsi, une proposition de loi, datant de février 2021(6), visant à mieux prévenir les morsures de chiens faisait déjà le constat de notre impéritie législative : « La loi du 20 juin 2008 prévoyait (article 1) la création d’un observatoire national du comportement canin ; mais celui-ci n’a jamais été créé. Le décret n° 2011-768 du 28 juin 2011 l’a purement et simplement supprimé et a instauré (article D. 211-3-4 du CRPM) la publication annuelle, par le ministre chargé de l’agriculture, d’un rapport sur les résultats des évaluations comportementales des chiens mentionnés aux articles L. 211-14-1 et L. 211-14-2. Ce rapport n’a été publié qu’en 2014.  Par ailleurs, l’article 25 de la loi du 5 mars 2007 prévoit que le Gouvernement présente tous les trois ans au Parlement un rapport qui dresse le bilan de la mise en œuvre de l’ensemble des dispositions législatives et réglementaires relatives aux chiens dangereux. Ces rapports n’ont jamais été produits… »

Mise en pratique :

=> offrir la possibilité également aux détenteurs de chiens mordeurs de procéder à la déclaration de la morsure via les vétérinaires et aux victimes de morsures de procéder à la déclaration de la morsure via les médecins, les chirurgiens, ou les vétérinaires. Cela soulagerait les maires qui, jusqu’alors, devaient enregistrer les déclarations des propriétaires de chiens mordeurs et qui n’auraient plus à le faire. Néanmoins, un point juridique se pose quant à la confidentialité médicale, les médecins, qui soigneraient une victime de morsure, pourraient-ils déclarer cette morsure sans le consentement de la victime ? L’article L. 211-14-2 du CRPM, tel que rédigé actuellement, semble déjà les y contraindre, la déclaration devant, pour le moment, être faite aux seuls maires. Mais il semble que cela ne soit presque jamais exécuté en pratique…

=> l’enregistrement des déclarations de la part des victimes et des détenteurs de chiens mordeurs pourrait se faire via l’I-Cad. Pour le moment, ce sont seulement les vétérinaires qui peuvent enregistrer les morsures sur I-Cad. Ce fichier pourra être consulté par les vétérinaires qui connaîtront ainsi les antécédents des chiens qu’ils examinent en consultation. Il permettra ainsi de connaître le chiffre des morsures déclarées annuellement.

 

– Quatrième mesure : améliorer la prise en charge des animaux mordeurs

Les animaux qui ont mordu l’ont fait dans des circonstances particulières. Ils doivent être évalués par un vétérinaire afin premièrement de s’assurer d’une éventuelle dangerosité à court, moyen et long terme, mais aussi surtout pour contrôler l’absence de virus rabique chez le chien au moment de la morsure. Seul un nombre insuffisant de propriétaires, mais aussi de professionnels de santé, connaît les démarches obligatoires qu’un chien mordeur doit suivre d’un point de vue médical. Les vétérinaires s’en étonnent régulièrement !

Rappelons donc qu’un chien mordeur doit être mis sous surveillance pendant les 15 jours qui suivent la morsure ; cela dans le but de s’assurer qu’au moment de la morsure, il n’était pas excréteur du virus de la rage, zoonose mortelle, et donc que la personne mordue n’a pas pu être contaminée, elle aussi, par ce virus. Les victimes mordues sont prises en charge par les médecins et/ou chirurgiens, et si besoin dirigées vers un centre antirabique dont la liste est disponible via ce lien : https://www.pasteur.fr/fr/file/65702/download.

N’oublions pas qu’en France, selon l’Institut Pasteur, en 2023, plus de 3 000 personnes ont reçu un traitement préventif, ou prophylaxie post-exposition (PPE), après une exposition à risque et 70 % de ces personnes venaient d’un pays étranger, cf. Tableau 1.morsures 2 2

Tableau 1 : Répartition des expositions potentielles au virus rabique lors de morsure canine, selon les pays où la morsure a eu lieu et pourcentage de personnes traitées préventivement contre la rage en France en 2023. Source : https://www.pasteur.fr/fr/file/61624/download

Mise en pratique :

 

=> améliorer l’information des médecins, chirurgiens, pharmaciens sur l’existence d’une surveillance obligatoire par un vétérinaire sanitaire de l’animal mordeur pendant 15 jours, et ce dans l’objectif de protéger la victime de morsure d’une éventuelle contamination par le virus de la rage (arrêté du 21 avril 1997, animaux visés à l’article 232-1 du Code rural). Pour plus d’informations,  ce lien : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F24028

=> renforcer le suivi des chiens mordeurs qui n’est pas enregistré dans les systèmes d’information du ministère de tutelle (SIGAL ou RESYTAL). La Direction générale de l’alimentation (DGAL) ne demande pas, à notre connaissance, de statistiques de suivi.

=> il faut rendre plus accessible la liste des vétérinaires qui acceptent de faire cette évaluation des chiens mordeurs. Historiquement, les DDPP, Directions départementales de la protection des populations, avaient la liste départementale des vétérinaires évaluateurs. Et heureusement, maintenant cette liste, devenue nationale, figure sur le site de l’Ordre des vétérinaires(7). Facile à trouver, quand on sait où chercher !!

=> mettre le compte rendu des vétérinaires évaluateurs accessible à tout vétérinaire via le fichier I-Cad.

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Photo 2 : Staffordshire Bull Terrier ou bull terrier du StaffordshireCette race est non concernée par la loi de 1999, mais confondue avec les Pitbulls beaucoup plus grands et plus lourds. Crédit photo : Droits réservés.

 

– Cinquième mesure : abroger la loi n° 99-5 du 6 janvier 1999 sur les chiens dits dangereux et les lois qui y sont associées.

En France, les chiens susceptibles d’être dangereux sont classés en deux catégories distinctes par l’article L. 211-12 du CRPM, en fonction de leurs caractéristiques morphologiques raciales. La catégorie 1 réunit les chiens dits d’attaque (American Staffordshire Terrier non inscrit au LOF****, mastiff, tosa), la catégorie 2 réunit les chiens nommés de garde et de défense (American Staffordshire Terrier inscrit au LOF, rottweiler, tosa) … Le Patou qui garde les moutons en montagne n’est pas en catégorie 2, ni les malinois de l’Armée française !

La suppression de cette loi est proposée pour plusieurs raisons :

– Cette loi contient une erreur ! L’arrêté d’application du 27 avril 1999 établit la liste des types de chiens susceptibles d’être dangereux. Or, cette liste comporte un nom de race de chien qui n’existe pas : le Staffordshire terrier(8). Depuis longtemps, de nombreux propriétaires se sont vus régulièrement interpellés à tort car ils possédaient un Staffordshire Bull Terrier ou « bull terrier du Staffordshire » qui n’est pas la race inscrite dans cette loi… cf. photo 2.

– La stérilisation des chiens de première catégorie, qui visait à terme leur disparition, a été inefficace, car notamment des chiots issus de croisements d’autres races peuvent être catégorisés en liste I. Par ailleurs, la population de chiens American Staffordshire Terrier, en liste II, a triplé entre 1999 et 2005, donc davantage de chiens dits « dangereux » !

– Cette loi relie faussement des critères raciaux à une potentielle dangerosité. L’ANSES(9) explique l’inefficacité de cette loi : aucune étude scientifique ne prédit l’agressivité d’un chien en fonction de sa race ou de son type racial. D’ailleurs, il n’y a pas de plus forte prévalence de morsures par des chiens de catégorie 1 et 2, comme définis dans cette loi. Au total, 94 % des chiens mordeurs sont hors catégorie.

Le rapport de l’ANSES d’octobre 2020(10) cite notamment une étude faite en France : « Dans huit services d’urgence d’hôpitaux français, Sarcey et al. (2017) ont analysé 485 accidents de morsure de personnes. Dans cette étude, 6 % (22/357) des chiens responsables des morsures étaient des chiens de catégories 1 et 2 au sens de la réglementation française. Les taux de morsures sévères dues aux chiens de catégories (41 %) n’étaient pas différents de ceux constatés pour les chiens non catégorisés (46 %). D’après Ricard et al. (2010), qui ont analysé les mêmes 485 cas de morsures, les races les plus représentées étaient le berger allemand (10 % des morsures), le Labrador (9 %) et le Jack Russell Terrier (6 %). Cette étude ne permet cependant pas de conclure sur la tendance à mordre de certaines races puisque la répartition des chiens par race n’est pas connue dans la population générale canine. »

– Cette loi pèse sur la pratique des vétérinaires qui sont confrontés régulièrement à des questions de propriétaires de chiots : « mon chiot sera-t-il identifié et évalué comme devant être en liste I ou II, et donc soumis à un permis de détention, très contraignant ? ». Il est difficile de déterminer si un chien est apparenté à un pitbull avant l’âge de 8 mois. Les critères d’évaluation morphologique ne concernent que les animaux adultes(11).

– Une partie des États-Unis, les Pays-Bas ou l’Italie, qui avaient adopté des catégorisations similaires, les ont abandonnées après avoir constaté leur inefficacité dans la réduction du risque de morsure.

– Les propriétaires de ces chiens catégorisés sont donc abusivement discriminés, leur chien doit être muselé lors des sorties, voire stérilisé. Ils doivent payer une assurance particulière et présenter un bulletin n° 2 du casier judiciaire vierge, ce qui n’est pas demandé aux autres propriétaires de chiens potentiellement tout aussi dangereux.

– Cette loi n’a pas fait reculer le nombre de morsures de chiens en France puisque la très grande majorité des chiens mordeurs n’entrent pas dans ces deux catégories de la loi de janvier 1999.

–  Cette loi est détournée, soit par l’importation illégale de chiens comme le montrent certains faits divers récents(12), soit par la détention de chiens issus de croisements et ne rentrant pas dans les critères morphologiques complets énoncés par la loi et donc lui échappant totalement…

– L’abrogation de cette loi libérerait du « temps de policiers » qui n’auraient plus besoin de faire des contrôles complexes et totalement inutiles.

– L’abrogation de cette loi libérerait du « temps de maire » pour les mêmes raisons, nos édiles ont d’autres chats à fouetter !

– Ces chiens dits catégorisés semblent particulièrement visés par des actes de cruauté et d’abandon. En effet, certains de ces chiens, parce que présumés dangereux, sont utilisés comme des accessoires de mode ou des objets facilement « jetables »…

– L’article L211-11 du CRPM impose déjà aux maires, ou aux préfets, des obligations concernant la prévention du risque de morsure canine : « Si un animal est susceptible, compte tenu des modalités de sa garde, de présenter un danger pour les personnes ou les animaux domestiques, le maire ou, à défaut, le préfet peut prescrire à son propriétaire ou à son détenteur de prendre des mesures de nature à prévenir le danger ». Il est donc déjà question de prévention des dégâts pouvant être infligés par des chiens. Pourquoi des lois en plus ?

Mise en pratique :

=> abroger la loi du 06 janvier 1999 pour preuve d’incompétence et vice de forme. Faire de même pour les lois associées (loi n° 2008-582 du 20 juin 2008).

=> mettre en parallèle un contrôle plus strict des chiens « illégaux », c’est-à-dire sans papiers et introduits illégalement en France, lutter plus sévèrement contre le trafic animal et mettre en place un suivi plus strict des chiens mordeurs. Les animaux issus de ces trafics ne sont pas élevés dans des conditions favorables à leur équilibre psychique, donc potentiellement plus à risque de troubles du comportement.

=> proposer l’élaboration d’un code urbain de bonne conduite du chien en ville, identique pour toutes les villes de France et informer les citadins de l’existence de ce code. Le Code rural semble ancien pour certains articles et n’est plus adapté à la vie actuelle des animaux dans la ville. Certaines mairies ont déjà établi des principes de bonne conduite  pour les chiens citadins.

La loi du 06 janvier 1999, votée sous le coup de l’émotion, et qui contient une erreur dans la dénomination des races qu’elle vise, a montré son incompétence pour protéger les Français. Les morsures n’ont pas diminué en France parce que 94 % des chiens qui mordent n’appartiennent pas aux catégories visées par cette loi.

Cette loi n’est presque plus contrôlée, le port de la muselière est difficilement suivi par les propriétaires, surtout en période de grosses chaleurs où les chiens ont besoin d’haleter la gueule ouverte pour rafraîchir leurs corps !

A quoi sert de la conserver ? Cela mobilise des énergies qui seraient mieux employées par ailleurs et condamne à mort certains de ces chiens qui ne peuvent être secourus du fait de leur race…

La gestion des morsures implique a minima l’identification des animaux, leur éducation, la responsabilisation des propriétaires, l’information du grand public ainsi que la déclaration systématique des morsures de chiens. La prise en charge des animaux mordeurs est indispensable, médicalement et légalement.

Acquérir un animal doit se préparer, ce n’est pas un jouet !

 

Abréviations :

* I-Cad : Société dont la mission est de gérer le Fichier national d’identification des carnivores Domestiques en France. Créée en 2012 et cogérée par la Société centrale canine) et le Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral).

** PECCRAM : Programme d’éducation à la connaissance du chien et au risque d’accident par morsure

*** CRPM : Code rural et de la pêche maritime

**** LOF : livre des origines français

 

Sources :

1. https://www.crsi-france.fr/morsures-et-sante-prevenir-plutot-que-guerir/

2. https://www.crsi-france.fr/morsures-et-sante-prevenir-plutot-que-guerir/

3. https://www.depecheveterinaire.com/entre-281000et-398000-chiens-et-chats-abandonnes-en-france-en-2025-selon-l-ocad_67A0598A4374B172.html?utm_campaign=317365465-Newsletters&utm_medium=email&_hsenc=p2ANqtz-90uaQLVZmN25FjssxHmmN0NgdyTJliM8jMj2OaFiM0kRAyrCPS3ZrA_TvFHVR9ZA7sIt_uiIw18tZUmfDuMxp736fLPw&_hsmi=143081584&utm_content=143081584&utm_source=hs_email

4. https://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-43424QE.htm

5. https://www.i-cad.fr/

6. https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b3916_proposition-loi.pdf

7. https://extranet.veterinaire.fr/annuaires/veterinaires

8. https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/11/questions/QANR5L11QE47948

9. https://www.anses.fr/fr/content/chez-les-chiens-la-race-ne-suffit-pas-pour-predire-et-prevenir-le-risque-de-morsure

10. https://www.anses.fr/system/files/SABA2015SA0158Ra.pdf

11. https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000210847/

12. https://www.franceinfo.fr/faits-divers/femme-enceinte-tuee-par-des-chiens/mort-d-elisa-pilarski-quatre-ans-de-prison-avec-sursis-requis-a-l-encontre-de-christophe-ellul-ainsi-que-l-euthanasie-de-son-chien-curtis_7847372.html

ESTEVES Caroline (2010), les chiens dangereux : un problème toujours présent, des solutions qui se dessinent, thèse Med. Vet, Université Claude-Bernard Lyon 1

https://www.lepointveterinaire.fr/publications/le-point-veterinaire/article/n-454/analyse-sur-le-rapport-de-l-anses-relatif-au-risque-de-morsure-de-chien.html

https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04826219v1

https://academie-veterinaire.fr/fileadmin/user_upload/DossiersThematiques/BienEtreAnimal/Guide_diffuse_par_les_DDPP_La_reglementation_en_matiere_de_chiens_dangereux.pdf

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Insécurité en santé : le cas des vétérinaires

By Santé

Un précédent article, « Insécurité en santé : L’exemple des violences faites aux professionnels de santé », de Stéphane Aillaud, traitait de l’insécurité dans le milieu de la santé humaine. À la suite, cet article traite du même sujet dans le monde vétérinaire.

 

Par Nathalie PEJANOVIC, membre de la commission CRSI santé

 

« Le coup a projeté l’otoscope dans ma mâchoire. Tu fais mal à mon chien là, a-t-il dit. Abasourdie, j’ai pensé que le chien m’avait cognée d’un mouvement brusque de sa tête alors que j’examinais son oreille. Mon ASV* était sous le choc, pétrifiée ; à son regard, j’ai tout de suite compris : le coup, c’est le propriétaire du chien qui me l’avait porté ! », raconte le Dr X, vétérinaire.

Ce témoignage glaçant, une des réalités de terrain du métier de vétérinaire, m’est rapporté cette semaine par une consœur d’une ville cossue du Val-de-Marne.

Notre profession, vouée au bien-être animal et auréolée d’une image d’Epinal de « gentil docteur des animaux », n’était, jusqu’en 2013, pas considérée comme une profession exposée aux risques de violences… Les temps ont changé !

Les vétérinaires sont l’objet d’agressions et d’incivilités en hausse constante depuis 2022 (cf. graphique 1).

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Graphique 1 : chiffres des agressions et incivilités subies par les vétérinaires, selon leur sexe, entre 2022 et 2026 (année en cours). Source : https://extranet.veterinaire.fr/observatoires/incivilites

Nature des agressions

Les agressions verbales sont majoritaires (60 %), mais les agressions physiques, les menaces ainsi que le harcèlement font partie du quotidien, de même que les vols dans les cabinets et les dégradations des véhicules professionnels, cf. graphique 2.

Les réseaux sociaux sont aussi devenus le nouveau champ des conflits entre propriétaires d’animaux et vétérinaires : entre avis dénigrants, menaces et harcèlement numérique. Dans une profession majoritairement libérale, c’est la réputation de la clinique qui est mise à mal avec un impact non négligeable sur la pérennité de l’entreprise.

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Graphique 2 : panorama des agressions et incivilités faites aux vétérinaires en 2025. Source : https://extranet.veterinaire.fr/observatoires/incivilites

Quelle cible ?

Les vétérinaires libéraux sont la cible principale des agressions, cf. graphique 2, mais le personnel de soin ainsi que les collaborateurs sont aussi concernés par ces faits, quel que soit leur lieu d’exercice, rural ou urbain. Ainsi les agressions ont-elles lieu majoritairement durant l’exercice quotidien (78,4 %), en journée (84 %), et la plupart du temps par un client (92 %).

Auteurs des infractions

Bien sûr, les conduites addictives (usage de stupéfiant, alcool), les personnes souffrant de troubles psychiques ou les comportements délinquants sont à même d’engendrer des actes violents.

Mais le facteur déclenchant peut être plus banal :

  • Client qui exige d’être pris immédiatement sans rendez-vous pour une urgence qui n’en est pas une ;
  • Propriétaire dans le déni face à une guérison impossible de son animal, qui rejette la faute sur le praticien ou l’accuse d’incompétence ;
  • Refus des règles d’officine ouverte**, le client exigeant alors une délivrance de médicaments en dehors de tout cadre légal ;
  • Facture jugée trop élevée, contestée, et parfois non réglée… Nous rappelons que tous les frais vétérinaires sont soumis à une TVA de 20 %…

De même, lors de missions sanitaires, les vétérinaires sont en première ligne et se heurtent, et depuis peu, à l’incompréhension des éleveurs face aux abattages massifs dans le cadre de maladies contagieuses des animaux d’élevage, comme ce fut le cas pour la dermatite nodulaire contagieuse ou DNC. Les vétérinaires ont été la cible de pressions et de menaces par certains éleveurs alors qu’ils exerçaient dans le cadre de leur mandat sanitaire sous l’autorité des instances ordinales. Cf. l’article « Plaidoirie rurale » paru dans les travaux des adhérents du CRSI.

Conséquences

Dans ce contexte, les conséquences sont :

  • Psychologiques et personnelles : mal-être, perte de confiance, épuisement professionnel, dépression ;
  • Difficultés de recrutement et de pérennisation du personnel vétérinaire ;
  • Arrêts de travail, voire démissions et risque de diminution de la qualité des soins.

67 % des vétérinaires disent que leur moral est affecté, 37 % craignent l’épuisement professionnel et 17 % songent à quitter la pratique médicale. Ces chiffres sont particulièrement préoccupants dans un contexte où plusieurs régions connaissent déjà une pénurie de vétérinaires.

Dans le cadre des missions sanitaires à risque, Matthieu Mourou, vice-président du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires, alertait en décembre 2025 sur « le risque de perte de confiance entre les éleveurs et les vétérinaires et l’impact négatif sur les vocations, avec pour conséquence un effet délétère sur le maillage vétérinaire en rurale déjà très affecté et un risque de désertification ».

Pistes d’action

Informer

Les vétérinaires peuvent déclarer, auprès de leur Ordre, les incivilités et les agressions qu’ils subissent. Celles-ci sont répertoriées dans « l’Observatoire Ribbens », outil statistique créé en 2005, par le Conseil national de l’Ordre, en hommage au Dr vétérinaire Alain Ribbens décédé des suites d’une attaque à l’arme blanche.

La profession dispose depuis d’un inventaire des agressions et des incivilités subies par les vétérinaires libéraux (cf. graphique 1).  Ces données statistiques permettent d’intervenir auprès des pouvoirs publics afin de mettre en place des programmes de protection des professionnels. Ainsi, en juillet 2013, le « protocole sécurité » applicable aux professionnels de santé a intégré les vétérinaires, mais l’information gagnerait à être encore mieux diffusée auprès d’eux.

Et depuis le printemps 2026, un amendement a ajouté les vétérinaires à la liste des professions contre lesquelles des menaces constituent un délit « d’outrage », aux côtés des dépositaires de l’autorité publique, pompiers et professionnels de santé (article 222-7 et suivants du Code pénal). Une avancée que salue David Quint, président du SNVEL ****, sans oublier de noter que les délits devront être suivis de poursuites effectives…

Se former à la communication

Face à des individus agressifs, il est important de savoir éteindre un conflit qui couve.

– La Gendarmerie nationale propose une formation aux élus pour désamorcer les conflits et s’appuie sur l’expertise du GIGN*** et du RAID****. Pourquoi ne pas ouvrir ces formations aux vétérinaires ?

– Augmenter et améliorer la formation des étudiants au sein des écoles vétérinaires sur les modalités d’interaction avec les propriétaires, qui est largement insuffisante. Les cours consacrés à la communication sont majoritairement destinés à une communication scientifique entre confrères et à la gestion et management de l’entreprise. Prendre le temps d’écouter le propriétaire : ses doutes, ses requêtes afin de pouvoir répondre au plus près de ses besoins. Reformuler et acquérir son approbation. S’assurer que le discours est bien compris, validé et accepté ; voilà autant d’éléments qui apaisent la relation.

Mettre en place des protocoles

Gérer la relation en clinique et former le personnel afin de limiter les conflits en amont est indispensable. Cela implique la mise en place de protocoles clairs pour bannir les comportements abusifs. L’Ordre des vétérinaires édite déjà des fiches pour les vétérinaires, à destination du grand public.

– Avoir recours à un document écrit, qui récapitule les actes qui vont être réalisés, leur coût, les difficultés pouvant survenir ainsi que leurs conséquences, permet de bien fixer les objectifs de chacun.

– Afficher les tarifs et les règles de délivrance des médicaments afin de rappeler la loi.  Modifié par Ordonnance n°2007-613 du 26 avril 2007 – art. 46 () JORF 27 avril 2007

– Editer une charte de comportement pour informer la clientèle. Pourquoi ne pas lancer une campagne de sensibilisation du grand public sur l’exemple de celle lancée en 2025 par la direction de la communication et du mécénat de l’AP-HP dans les GHU et les hôpitaux pour sensibiliser tous les usagers aux incivilités commises à l’encontre des professionnels de l’AP-HP ?

– Certaines cliniques vont même jusqu’à s’équiper d’un sas d’accès afin de filtrer les clients. Une de mes proches consœurs en a installé un, après un braquage à main armée.

– Enfin, à l’instar de nombreuses cliniques, refuser des clients (68 %) ou les mettre à la porte (51%) sont des pratiques qui deviennent progressivement une composante normale de la gestion des établissements vétérinaires et qui ne devraient pas l’être !

Gérer l’e-réputation

Le cyberharcèlement accompagne désormais presque toutes les incivilités. Il devient important pour les établissements de développer une stratégie de gestion de la réputation numérique et des attaques en ligne :

– Former les équipes à la réponse professionnelle aux critiques numériques.

– Documenter, le cas échéant, les cas de diffamation ou de harcèlement.

Le problème est systémique et nécessite une réponse collective

Les incivilités doivent être reconnues comme un enjeu majeur de santé au travail. Les incivilités ne sont pas seulement un problème relationnel avec les clients, mais un véritable enjeu de santé psychologique et de rétention des professionnels. Stratégiquement, les organisations vétérinaires devraient considérer les incivilités comme un facteur de risque professionnel comparable au stress ou à la surcharge de travail.

L’ampleur du phénomène et la perception d’une augmentation des incivilités suggèrent qu’il ne s’agit pas simplement de cas isolés. Les réponses les plus efficaces devront probablement être collectives, impliquant : les Ordres professionnels, les associations vétérinaires, les réseaux de cliniques et les institutions de formation vétérinaire.

 

* ASV : auxiliaire spécialisé vétérinaire.

** Officine ouverte : contrairement aux pharmaciens, la réglementation interdit à votre vétérinaire de prescrire un médicament sans avoir effectué au préalable un examen clinique de l’animal et fait un diagnostic.

*** GIGN : Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale.

**** RAID : Recherche, assistance, intervention, dissuasion.  

***** SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral.

 

Sources

https://www.veterinaire.fr/je-suis-veterinaire/mon-exercice-professionnel/les-fiches-professionnelles/lobservatoire-des-agressions-et-des-incivilites

https://www.lefigaro.fr/conjoncture/climat-insurrectionnel-messages-haineux-en-pleine-crise-de-la-dermatose-les-veterinaires-pris-pour-cibles-20251214

https://www.depecheveterinaire.com/creation-d-un-delit-d-outrage-a-veterinaire-cette-initiative-repond-a-une-demande-de-longue-date-de-la-profession_679B4E7FB869A667.html

https://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/gendinfo/actualites/2025/la-gendarmerie-nationale-propose-une-formation-aux-elus-pour-desamorcer-les-conflits

https://fafvac.org/data/documents/Enquete-sur-les-Incivilites-envers-les-veterinaires-20-avril-2026.pdf

https://www.veterinaire.fr/je-suis-veterinaire/mon-exercice-professionnel/les-fiches-professionnelles/animaux-de-compagnie-la-delivrance-lexecution-de-lordonnance

https://www.aphp.fr/actualites/fait-le-maximum-pour-votre-sante-le-minimum-cest-de-nous-respecter

https://eve.vet-alfort.fr/local/envasyllabus/syllabuspage.php?id=557

https://www.depecheveterinaire.com/creation-d-un-delit-d-outrage-a-veterinaire-cette-initiative-repond-a-une-demande-de-longue-date-de-la-profession_679B4E7FB869A667.html

 

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Morsures et santé : mieux vaudrait prévenir plutôt que guérir

By Santé

Par Aurore, membre de la commission CRSI santé

Dans le cadre du concept d’une seule santé où la santé humaine est liée à celle des animaux et de l’environnement, l’exemple de la prévention des morsures par les carnivores domestiques nous apparaît pertinent. D’une part, 54 % des Français possèdent un chien ou un chat, d’autre part, nos choix, nos actes envers les carnivores domestiques qui partagent notre vie peuvent soit nous conduire à des risques de blessures parfois mortelles, soit au contraire à nous en protéger.

Un des thèmes de réflexion de la commission CRSI santé porte sur la façon « d’être souverain de sa santé ». Au plan individuel, cette notion pourrait se concevoir comme le souhait de conserver le pouvoir sur sa santé, d’en être le maître ou l’acteur qui agit soit pour rester en bonne santé, soit pour participer activement à sa guérison, en association synergique avec l’équipe soignante en charge de notre maladie.

De même, « être acteur de sa santé » pourrait tout aussi bien signifier participer au bon fonctionnement du système de soins, en agissant vertueusement pour ne pas générer à la collectivité des dépenses inutiles, en préservant notamment les ressources humaines, techniques et thérapeutiques mises à disposition et remboursées pour une grande part en France. Enfin, en étant acteurs de leur santé, les patients participent aussi au progrès médical, au travers d’associations de malades par exemple et influencent même, dans certains cas, les politiques de santé par leur retour sur le fonctionnement qu’ils observent, subissent ou analysent parfois.

Ainsi, toute action visant à préserver la santé humaine et à diminuer les coûts des soins pour la Sécurité sociale est intéressante à étudier. En effet, les morsures animales faites aux humains, que nous traiterons ici, pourraient être évitées pour une part non négligeable. Nous nous intéresserons principalement aux morsures faites par les chiens bien que les chats en soient aussi responsables. Rappelons qu’il y a dans notre pays 9,6 millions de chiens et 16,6 millions de chats (Baromètre FACCO-ODOXA 2025-2026), cf. carte 1.

carte morsures de chiens

Carte 1 : Taux de possession de chiens par les ménages français (I-Cad/Insee).Base de calcul : population enregistrée dans le fichier I-Cad, chiens âgés de moins de 13,5 ans et non déclarés décédés au 31 décembre 2025.

https://www.calameo.com/ingenium-animalis/read/00821768308d33581cf86

Carnassières et compagnie

Étonnamment, en France, aujourd’hui, il reste difficile de chiffrer le nombre de morsures d’humains par des carnivores domestiques. Il est presque plus facile de savoir que 15 000 personnes se font mordre par des humains chaque année dans notre pays ! L’estimation donnée par les services vétérinaires, les centres de traitement antirabique et les publications médicales avoisine les 250 000 morsures d’humains par des animaux et par an. En 2004, le Centre de documentation et d’information de l’assurance (CDIA) a même fait état de 500 000 morsures annuelles.

L’exposition des Français aux morsures de chiens et de chats est mal connue. Une étude de 2021 de Crozet et al., faite à partir d’un questionnaire anonyme fondé sur le volontariat et diffusé sur les réseaux sociaux entre 2019 et 2020, offre quelques pistes. Les données indiquent que les Français se font plus souvent mordre par un chat que par un chien (7,8 % contre 3,1 % au cours des cinq dernières années). L’incidence annuelle calculée dans cette étude s’élève à 43 morsures de chat contre 10,4 morsures de chiens pour 1 000 personnes, mais les morsures de chiens conduisent cinq fois plus souvent à une consultation médicale (15,7 % contre 3,1 % pour les chats).

En 2010, la thèse vétérinaire du Dr Esteves indique que sur l’ensemble des accidents provoqués par des chiens, (morsures, chutes, chocs), 40 % surviennent chez les moins de 15 ans, dont 16 % chez des enfants entre 1 et 5 ans. Une méta-analyse de De Keuster souligneque dans 40 à 86 % des cas, l’enfant interagit directement avec le chien au moment de la morsure, et à son initiative. Dans 33 à 40 % des cas, la morsure surgit alors que l’enfant veut caresser le chien ou jouer avec lui. Les morsures de chiens représentent une part importante des accidents évitables chez les enfants (https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S109002330500119X).

Les décès par morsures sont rares (43 morts sur https://www.crsi-france.fr/wp-content/uploads/2026/08/Image-morsure-215×300.jpegune trentaine d’années), mais les deux tiers touchent, là encore, des enfants de moins de 15 ans. Certaines affaires défraient cependant la chronique judiciaire, comme celle de cette femme de 29 ans, enceinte de 6 mois, qui est décédée, en 2019, seule en forêt, des suites de plus de 50 morsures de la part du chien qu’elle promenait, appartenant à son compagnon. Ce chien est entré de façon illégale sur le territoire français et a été dressé par le compagnon de la victime au mordant à leurre suspendu, ce qui est une pratique totalement interdite en France. Le compagnon était donc jugé pour «  homicide involontaire par agression d’un chien sans circonstance aggravante ». Le 11 juin dernier, il a été condamné à quatre ans de prison avec sursis par le tribunal de Soissons. Le chien doit être euthanasié. L’appel interjeté par la défense le 19 juin suspend cette dernière décision.

Si les décès par morsures demeurent rares, les dégâts liés aux morsures ne le sont pas !

Crocs et causes

Les principales causes de morsures sont :

– le chien mord pour mettre à distance la personne qu’il considère comme une menace. Ces agressions sont souvent décrites par les éthologues comme essentiellement de nature réactionnelle et relationnelle, elles sont contrôlées et en général ne provoquent pas ou peu de lésions. L’exemple est un enfant qui dérange un chien qui dort ou un adulte qui tente de séparer deux chiens qui se battent.

– le chien mord par prédation. Le chien attaque ce qu’il assimile à une proie ; ce n’est pas considéré comme une agression. Le plus souvent, la proie est un objet assimilable en mouvement, tel qu’un joggeur, un cycliste, un enfant ou une balle. L’attaque ne s’arrête normalement qu’une fois la proie mise à mort. Certains chiens ne feront pas de prédation sur un petit enfant en présence de leur maître, mais ce comportement peut exister en leur absence. Pour un chien, un enfant en bas âge, qui ne marche pas, n’est pas reconnu comme un humain, mais comme une proie de petite taille. D’où la recommandation de ne jamais laisser un enfant seul avec un chien.

– le chien est atteint d’un trouble du comportement. La morsure est dite non contrôlée par l’animal et génère des blessures spectaculaires et vulnérantes.

– le chien est mal éduqué ou maltraité par ses maîtres.

– le chien est entraîné à l’attaque et au mordant. Les chiens-policiers entraînés au mordant, apprennent à mordre avec l’ensemble de la gueule, alors que la plupart des chiens ne mordent qu’avec les crocs. Les morsures des chiens entraînés sont donc plus graves et aussi souvent multiples, cf. figure 1 ci-dessous.

chiens policiers

Figure 1 : Comparaison de morsures par des chiens policiers (entraînés au mordant) et des chiens domestiques.Extrait de la thèse vétérinaire du Dr ESTEVES Caroline, ENVL, 2010

Homo sapiens et Canis lupus familiaris

Ces causes sont ici énoncées du point de vue du chien. Néanmoins, il est tout aussi acceptable de considérer que les morsures sont liées à une erreur de comportement de l’humain face à l’animal. Une méconnaissance du comportement des carnivores, de la manière de les éduquer, de les entretenir conduit inévitablement à l’apparition de situations conflictuelles et potentiellement génératrices d’agressions.

Intuitivement, les humains s’approchent de face, en se regardant dans les yeux et parfois avec une main en avant ; c’est une posture souvent rencontrée chez les primates lors d’une approche amicale. Les humains ont donc tendance à adopter cette attitude, qui leur est naturelle, lors d’une rencontre avec un chien. Or, cette approche faciale peut être considérée comme menaçante pour l’espèce canine ; les chiens peuvent alors se sentir agressés (cf. figures 2 et 3).

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Figures 2 et 3 : A gauche, une approche trop menaçante. A droite, une posture plus adaptée pour un chien peureux et non agressif. Source : Herron et Shreyer 2014, https://doi.org/10.1016/j.cvsm.2014.01.010

Parmi les solutions, qui seront toutes développées dans un second article, il apparaît donc nécessaire que les propriétaires s’informent et se forment sur le comportement canin (ou félin) en amont de leur achat. Rappelons qu’aucun enfant ne doit être laissé seul en présence de chiens, ni de chats d’ailleurs !

Il faut également mieux former nos enfants au respect de l’animal, à sa biologie et à l’adoption des gestes qui sauvent en cas d’agression. Il peut être envisagé une extension de la déclaration des morsures et la mise en place d’un fichier national des chiens mordeurs. L’amélioration de la prise en charge des animaux mordeurs est aussi un axe de réflexion.

Crocs et conséquences

Les principales conséquences des morsures sont de plusieurs ordres :

– physiques. La majorité des cas sont bénins, mais là encore ce sont les enfants qui présentent les lésions plus graves. À côté de lésions physiques fonctionnelles parfois invalidantes, certaines lésions altèrent l’esthétique, surtout quand les morsures touchent le visage de la victime. On se souvient de la première greffe du visage, il y a plus de 20 ans, sur une femme de 38 ans, mordue pendant son sommeil par sa chienne croisée Labrador (27 novembre 2005, équipe de chirurgie maxillo-faciale du professeur Devauchelle du CHU d’Amiens).

– infectieux. Les morsures sont toujours considérées comme infectées par des germes qu’il est parfois difficile d’éliminer. En effet, la salive des chiens et chats contient en moyenne plus de 100 bactéries par ml ! Les chiens engendrent un taux d’infection de 50 % environ après morsure et les chats un taux de 63 % (chiffres des Hospices civils de Lyon, 2025). Les traitements antirabiques sont aussi régulièrement administrés aux personnes mordues, surtout celles attaquées au visage.

– psychologiques.

Le plus souvent, la personne mordue connaît le chien et l’attaque a lieu au domicile. Un rapport sur les séquelles de morsures édité en avril 2011 indique d’ailleurs que les morsures sont plus nombreuses et plus graves quand la victime connaît le chien.

En cas de morsures, et surtout de chat, qui sont plus profondes, plus petites et donc parfois paradoxalement plus rassurantes pour le blessé, vous pouvez consulter le site Ameli : https://www.ameli.fr/assure/sante/urgence/morsures-griffures-piqures/morsure-chien-chat.

Quant aux démarches suite à une morsure, les recommandations se trouvent sur le lien : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F24028.

Le propriétaire d’un chien mordeur doit consulter un vétérinaire, ce qui est rarement fait (23,5 % pour les morsures de chiens et 17,2 % pour les morsures de chats selon l’étude de Crozet et al de 2021 citée plus haut) alors qu’il y a obligation de mise sous surveillance sanitaire de l’animal. Les vétérinaires sont en effet munis d’un mandat sanitaire dans le cadre de la réglementation liée à la rage, zoonose mortelle.

Ajoutons à ces conséquences, corporelles et psychiques pour la victime, le coût engendré pour la collectivité par cette prise en charge des morsures. Il faut compter les consultations et les soins médicaux et chirurgicaux directs suite à la morsure, les éventuelles prises en charge psychologiques, le coût des traitements antibiotiques directs et indirects (en cas d’antibiorésistance par exemple), le coût des traitements antirabiques si nécessaire, les hospitalisations, etc.

chien aurore

Photo 1 : Chien, le 30 juillet 2026, dans un quartier de Strasbourg. Morphologiquement de type pitbull, il est promené sans muselière, contrairement à ce qu’impose la loi de 1999. Crédit photo : Droits réservés.

Les hommes politiques ont essayé de limiter les morsures canines, mais dans un contexte émotionnel et sans l’avis des vétérinaires notamment. Ainsi, dans les années 1990, le phénomène des chiens dits « dangereux » occupe les médias ; les populations canines qui circulent dans les banlieues inquiètent. La loi n° 96-647 du 22 juillet 1996 est alors votée : « l’utilisation d’un animal pour tuer, blesser ou menacer est assimilée à l’usage d’une arme ». Elle cible le phénomène de délinquance lié aux chiens molosses et de type pitbull (cf. photo 1). Elle sera suivie de la loi dite des chiens dangereux, loi n° 99-5 du 6 janvier 1999 relative aux animaux dangereux et errants et à la protection des animaux, elle-même complétée par la loi n° 2008-582 du 20 juin 2008 renforçant les mesures de prévention et de protection des personnes contre les chiens dangereux. Ces lois n’ont en aucun cas fait chuter le nombre de morsures en France et nous proposerons des pistes de réflexion à ce sujet dans le second article.

Les morsures par des carnivores domestiques sont nombreuses en France et assez mal documentées, mais nous tous sommes concernés et les jeunes enfants sont plus gravement touchés. N’oublions pas que, dans les grandes villes surtout, les chats sont désormais plus nombreux. Ils sont aussi une source d’agression par morsure et griffures.

Bien des cas pourraient être évités, ce qui serait heureux pour les victimes de morsures, parfois graves et invalidantes, mais aussi pour le système de soins (moins d’urgences de ce type à gérer) et pour la collectivité, en diminuant les frais liés à ces morsures et en libérant du « temps de médecin et de chirurgien ».

Un second article fera suite et abordera les mesures simples et concrètes que les pouvoirs publics pourraient facilement mettre en œuvre pour diminuer leur nombre.

Sources

ESTEVES Caroline (2010), les chiens dangereux : un problème toujours présent, des solutions qui se dessinent, thèse Med. Vet, Université Claude-Bernard Lyon 1

https://institut-main.fr/les-morsures-animales/

https://www.franceinfo.fr/faits-divers/femme-enceinte-tuee-par-des-chiens/mort-d-elisa-pilarski-quatre-ans-de-prison-avec-sursis-requis-a-l-encontre-de-christophe-ellul-ainsi-que-l-euthanasie-de-son-chien-curtis_7847372.html

https://www.i-cad.fr/

https://www.la-spa.fr/app/uploads/2025/09/SPA_Abandon_Etude_FR_Web.pdf

https://www.lepointveterinaire.fr/publications/le-point-veterinaire/article/n-454/analyse-sur-le-rapport-de-l-anses-relatif-au-risque-de-morsure-de-chien.html

https://www.facco.fr/chiffres-cles/les-chiffres-de-la-population-animale-2/

https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04826219v1

https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/somme/amiens/il-y-a-20-ans-isabelle-dinoire-recevait-la-premiere-greffe-partielle-de-visage-au-monde-realisee-par-le-chu-d-amiens-3256111.html

https://aeema.vet-alfort.fr/images/Documents/Ressources_en_épidémiologie/Revue_épidémiologie_et_santé_animale/Publications/2021/AEEMA_2020-05-Crozet_resume-F-A.pdf

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La France soigne-t-elle encore ses patients ?

By Santé

Exemples de parcours de soins dysfonctionnels

 

Par Jean Luc Vérine, Chirurgien Urologue, membre de la commission CRSI santé

 

Le groupe santé du CRSI, récemment créé, souhaite partager des expériences, individuelles certes, mais parfois éclairantes sur le dysfonctionnement de notre système de soins. Il ne s’agit aucunement de critiquer les soignants, qui sont des professionnels remarquables et dévoués, mais de pointer les éléments à améliorer dans le cadre d’un travail de réflexion sur le système de soins français.

Les faits qui suivent corroborent de nombreuses situations vécues et rapportées par des patients. Ils témoignent d’un profond dysfonctionnement, pour le dire pudiquement, du système hospitalier public français. Les causes sont multiples et pas nécessairement liées à l’absence de moyens financiers.

Patient, médecin et crise cardiaque

2017, François, 63 ans, présente un tableau typique d’infarctus du myocarde alors qu’il habite en montagne. Il est 3 heures du matin. Sa femme appelle le 15 qui décide de l’envoi de secouristes. Les secours arrivent avec du retard et sans médecin ; ils se sont perdus dans le village faute d’adresse correcte ! Celle de François ne correspond pas à celle répertoriée au SDIS (Service départemental d’incendie et de secours) . Le domicile du patient restait, de toute façon, difficile à trouver par manque de signalisation de la rue. La mairie avait oublié d’installer des panneaux, pourtant prêts depuis plusieurs mois. À quoi tient votre vie ?

Le médecin de l’équipe arrivera environ trois quarts d’heure plus tard… Dans l’attente, la douleur du patient ne peut être soulagée.

Le diagnostic d’infarctus est confirmé. François, installé dans la camionnette des pompiers, doit être mis sous oxygène. Le pompier répond : « La bonbonne d’oxygène est vide ». Le médecin utilisera la sienne… Il en avait une pleine, fort heureusement !

La présence de l’urgentiste dans la camionnette est faite sur demande du patient qui est médecin lui-même, et non sur instruction des pompiers. C’est pourtant la procédure imposée partout dans le monde !

Arrivés au service des urgences, pompiers et médecin sont orientés vers la salle de coronarographie sans qu’aucun soignant ne les accompagne, contrairement, là encore, à la procédure obligatoire. Et l’équipe de pompiers se perd dans cet hôpital, pourtant tout neuf, mais qui ne comporte aucune signalisation…

Le cardiologue attendait, lui, dans la salle de coronarographie depuis déjà 2 heures…

La fin est heureuse et le patient sauvé, mais ce premier exemple montre la succession de négligence, de légèreté, d’insouciance, voire de fautes graves, involontaires certes, mais trop souvent dues à une mauvaise organisation, un manque de remise en cause, un manque de rigueur témoins d’un manque d’encadrement et d’autorité des responsables impliqués dans la prise en charge d’une affection grave qui demande une réponse urgente et parfaitement réglée.

La France, mauvaise soignante ?

Le pronostic vital de l’infarctus du myocarde se joue toujours dans les premières heures de prise en charge. La mortalité dans les premières heures est due à la survenue d’un arrêt circulatoire par troubles du rythme paroxystique ventriculaire. Ces troubles peuvent être traités avant même l’admission en service de soins intensifs si les services d’urgence, compétents, suffisamment équipés et bien organisés, agissent à temps. Le taux de mortalité en Europe, selon les chiffres de l’OCDE, est donné par le graphique 1. Malheureusement, les chiffres français n’y figurent pas ! Par ailleurs, la France est un des pays d’Europe comportant le moins de défibrillateurs mis à la disposition de la population.

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Mortalité dans les 24 heures et dans les 30 jours suivant une hospitalisation pour un infarctus aigu du myocarde, taux basés sur des données non couplées, 2023 (ou année la plus proche).

Source : https://www.oecd.org/fr/publications/panorama-de-la-sante-2025_2f564c6c-fr/full-report/mortality-following-acute-myocardial-infarction-ami_b9d475c3.html

Comme le montre le premier cas exposé, des problèmes subsistent en amont de la prise en charge spécifique qui, elle, reste globalement de bonne qualité. Ici, la désorganisation des services municipaux et le manque de coordination entre eux et le SDIS a généré un délai d’intervention qui aurait pu être fatal. Les adresses auraient dû notamment être communiquées au SDIS à l’instant de la modification faite par la mairie et non pas après des délais de validation administratifs trop longs. On peut également s’interroger sur les raisons pour lesquelles une direction hospitalière laisse traîner plusieurs mois une signalétique qui devrait être parfaitement installée, avant même le premier jour d’ouverture de l’hôpital !

D’une manière générale, l’acheminement du patient, l’arrivée aux urgences et la prise de RDV de consultation pourraient être améliorés. Il arrive qu’une attitude fautive du personnel soignant aux urgences ne puisse être expliquée non pas par un manque de moyens mais par un manque d’autorité des supérieurs. Les délais d’attente sont parfois trop longs et non adaptés à l’urgence du problème à traiter. On le voit aussi, par exemple, en dermatologie pour des affections potentiellement graves, comme le mélanome malin, examinées trop tardivement.

Patients livrés à eux-mêmes ?

Un homme âgé de 72 ans, solide gaillard, est hospitalisé à l’hôpital depuis 8 jours, pour une sciatique. Il souffre énormément malgré l’administration de morphine. Les médecins, qui se succèdent, ne l’ont jamais réellement examiné. Ils ne l’ont informé de rien, notamment d’aucun des résultats des examens qu’il a subis. Un de ses amis, médecin, l’examine à sa demande lors d’une visite de courtoisie. Le patient souffre en fait d’une sciatique paralysante dont la prise en charge est urgente (éventuelle indication chirurgicale à visée décompressive).

L’issue est là aussi heureuse, mais que se serait-il passé sans la visite d’un ami médecin ?

Notre pays glisse-t-il, épisodiquement certes, vers un chaos médical ? Le coût de notre protection sociale est pourtant le plus élevé d’Europe et, à toutes choses égales par ailleurs, les soignants sont les moins bien payés.

Aucune loi ne corrigera cette déliquescence de notre médecine. Les politiques s’empareront-ils de ce problème ? L’échéance de 2027 sera-t-elle l’occasion de faire le bilan et surtout de réagir à ces situations qui n’ont pas lieu d’être dans un grand pays dit développé ?

Il est fondamental de révolutionner l’orientation et la formation des médecins en changeant complètement l’état d’esprit et en restituant l’autorité et les contrôles nécessaires.

Il est urgent d’instaurer une parfaite communication des informations entre les différents services qu’ils soient médicaux ou administratifs.

Il est vital de mettre en place les conditions d’une restauration de l’encadrement et de l’autorité dans les services médicaux.

Il est essentiel de repenser le poids du personnel administratif qui ne doit pas se substituer au personnel médical, mais rester à son service.

Penser des hôpitaux plus petits, plus autonomes, comme le sont les cliniques privées, en les remplaçant par des ESPICétablissements de santé privés d’intérêt collectif.

Déléguer certaines missions au secteur privé et faire jouer la concurrence.

Imposer la présence contractuelle d’associations de patients qui sont aujourd’hui les seuls réels contrepouvoirs.

Voilà autant de pistes de réflexion pour pallier ces aventures malheureuses de patients français car, encore aujourd’hui, la France ne soigne pas tous ses patients de manière optimale.

Et toutes les histoires ne finissent pas bien !