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Santé

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Intoxication alimentaire : Peut-on réduire les SHU pédiatriques ?

By Santé, NASA

Des contrôles accrus de services vétérinaires renforcés et une information éclairée des parents et des professeurs des écoles sauveraient peut-être des vies d’enfants.

Par A. Hamelin, responsable des commissions Santé et NASA

Certaines intoxications alimentaires illustrent significativement l’imbrication des notions de nature, agriculture, santé animale et santé humaine, concept plus connu sous le nom « une seule santé ».

En France, le syndrome hémolytique* et urémique** ou SHU touche principalement les enfants, surtout de moins de trois ans et plus globalement de moins de 15 ans car l’âge est un facteur de risque important de SHU. Ce syndrome est provoqué par une toxine produite par certaines bactéries Escherichia coli encore appelées E. coli entérohémorragiques.

Réservoir animal

Le réservoir principal de ces bactéries productrices de Shiga-toxine est le tube digestif des ruminants (ovins, bovins, caprins). Le mode de transmission le plus courant est l’ingestion d’aliments contaminés par la toxine et consommés crus ou peu cuits :

       – viande et plus souvent viande hachée,

       – produits laitiers au lait cru,

       – fruits et légumes crus non pelés,

       – eau contaminée.

Ces aliments sont souvent contaminés par les matières fécales des ruminants porteurs de la bactérie qui produit cette toxine. La contamination est souvent liée à une hygiène défectueuse lors de la traite ou de l’abattage des animaux, mais l’humain peut aussi se contaminer par contact avec des animaux de ferme ou par leur environnement.

Les symptômes d’appel les plus typiques sont une diarrhée profuse qui devient hémorragique avec peu ou pas de fièvre, compliquée par une atteinte rénale avec altération de l’état général et une pâleur liée à l’anémie. Il existe des formes cliniques variées et moins classiques avec des troubles nerveux par exemple. Pour les patients âgés de moins de 16 ans, le SHU doit être obligatoirement déclaré aux agences régionales de santé. Le SHU représente la principale cause d’insuffisance rénale aiguë chez l’enfant de moins de trois ans en France où le taux de mortalité reste proche de 1%.

Intoxication tueuse d’enfants

Une fois le diagnostic établi, les investigations épidémiologiques pour déterminer les sources de contamination ne sont mises en œuvre que lorsque plusieurs enfants sont atteints de SHU et que ces cas sont groupés dans le temps et l’espace. En 2022, 252 cas pédiatriques ont été enregistrés par Santé publique France, un record comme le montre le graphique 1 ci-dessous. Cette année-là, ont sévi plusieurs épidémies dont une de très grande ampleur (58 enfants touchés dont 50 ont présenté un SHU et deux enfants décédés) liée à la consommation de pizzas surgelées et insuffisamment cuites par les parents malgré les conseils de préparation de l’industriel explicités sur l’emballage.

En juin 2025, à Saint-Quentin, dans l’Aisne, une petite fille de 11 ans est décédée des suites de l’ingestion d’une viande de mouton contaminée, achetée dans une boucherie halal et très probablement issue d’un trafic de viande clandestin et d’un abattage illicite de moutons. Six bouchers ont été récemment mis en examen par le Parquet de Paris.

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Respect des règles

Pour les particuliers, la prévention du risque alimentaire de SHU est connue :

  • respect de la chaîne du froid,
  • hygiène du réfrigérateur et séparation des produits crus et cuits,
  • hygiène du plan de travail et des ustensiles de cuisine,
  • lavage des mains systématique avant la préparation des repas, en sortant des toilettes      ou après avoir changé les couches d’un nourrisson,
  • lavage des légumes, des fruits et des herbes aromatiques,
  • cuisson à cœur des viandes hachées notamment,
  • respect des consignes de cuisson des plats cuisinés,
  • éviter les laitages crus pour les enfants de moins de 5 ans.

Des bactéries, des profs et des vétos

Pour limiter au maximum ces intoxications, les parents doivent être mieux informés. Des cours d’hygiène alimentaire pourraient par exemple être proposés aux jeunes parents pendant le congé de maternité ou parental. Il faut également améliorer l’information concernant les modes de préparation des plats cuisinés en augmentant leur visibilité sur les emballages et en attirant l’attention sur les risques encourus d’une cuisson ou d’un temps de réchauffage insuffisants. La plupart des bactéries sont tuées par une élévation de température adaptée et pendant un temps suffisamment long. Une cuisson des viandes hachées à cœur (70°C) élimine les E. coli entérohémorragiques responsables de SHU.

Par ailleurs, il faut mieux informer les professeurs qui emmènent leurs élèves dans les fermes pédagogiques sur les risques encourus et leur rappeler qu’il faut éviter le contact de jeunes enfants avec les vaches, moutons, chèvres, etc., et leur environnement. Rappeler qu’en cas de contact, le lavage des mains (eau et savon) doit être systématique avant que l’enfant ne porte ses doigts à sa bouche.

Et peut-être tout simplement, mais en premier lieu, donner de réels moyens, financiers et humains, aux services vétérinaires de la DDPP*** pour contrôler les commerces alimentaires sensibles et les usines agro-alimentaires, pour contrôler les élevages clandestins de ruminants, pour lutter contre les abattages illégaux de ruminants en France et donc contre le trafic de viande…

*hémolytique : en lien avec la destruction les globules rouges, provoque une anémie.

** urémique : en lien avec une élévation de la concentration de l’urée dans le sang.

*** DDPP : Direction départementale de la protection des populations.

Sources :

https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/Bilan_SHU_2022.PDF

https://med.stanford.edu/content/dam/sm/pednephrology/documents/secure/Hemolytic-uremic-Syndrome.pdf

https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses-d-origine-alimentaire/article/syndrome-hemolytique-et-uremique-shu?TSPD_101_R0=087dc22938ab2000c4841da19951ced13982cfb90e72f855f29e2c64070bf70425432080c61e0e1a08196cb94f14300058c3efe411b2538e51dac65145e27b07058310dc9aa0f04d866b0a02f83336fc48c367690feebe8e9060dddfe70582e0

https://www.anses.fr/en/system/files/MIC-Fi-EscherichiaColi.pdf

santé

Le point sur le poids des Français

By Santé

L’évolution de la corpulence des Français met-elle en jeu leur santé et notre système de protection sociale ?

Par Aurore et Stéphane, membres de la commission Santé

Projet Plan FORME, note 3

La note précédente montrait que notre population vieillit, facteur sur lequel nous ne pouvons pas agir directement. Néanmoins, la pratique de l’exercice physique, une alimentation adaptée et la conservation des liens sociaux peuvent limiter les conséquences de ce vieillissement. Cette note montre qu’une partie importante de notre population souffre de problèmes de poids, et sur ce point nous pouvons, et nous devons, agir…

Ne pas se résumer à un nombre

L’IMC, ou indice de masse corporelle, est un moyen simple de situer son poids par rapport à une moyenne [1]. Pour le calculer, il faut diviser son poids exprimé en kilogramme par sa taille (en mètre) élevée au carré : IMC (kg/m2) = poids (kg) / taille (m) x taille (m).

Un IMC entre 18,5 et 25 kg/m2 indique un poids optimum. Des IMC compris entre 25 et 30 kg/m2 vous classent en surpoids, et au-dessus de 30 kg/m2 vous souffrez d’obésité (trois stades sont décrits). A l’opposé, le sous-poids est associé à des IMC inférieurs à 18,5 kg/m2. Les cas d’anorexie mentale sont associés à des sous-poids allant de 17 à 15 kg/m2 notamment pour les stades les plus graves.

Cependant la pesée et l’IMC ne sont pas des critères suffisants pour aborder les problématiques médicales liées au poids. Il faut également regarder à quoi correspond cette masse, est-elle grasse ou maigre ? A volume égal, le muscle pèse plus lourd que la graisse. Il faut aussi évaluer la répartition de cette masse grasse sur le corps, est-elle abdominale ou pas ? Les conséquences peuvent être très différentes pour la santé de la personne. Les consultations de nutrition ne sont malheureusement pas toujours proposées sur l’ensemble du territoire.

Une population qui grandit

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Depuis 1970, la population française prend environ 1 cm tous les dix ans, cf. tableau 1. Malheureusement cette augmentation de taille s’accompagne aussi d’une prise de poids, plus marquée depuis le début des années 1990 et qui touche toutes les classes d’âge, preuve que le vieillissement n’est pas seulement en cause [2]. Les femmes en sous-poids représentaient 8,5 % de la population des 18-65 ans en 1981, ce chiffre est tombé à 6,7 % en 2003.

Une population qui grossit

Le surpoids et l’obésité se définissent comme une accumulation anormale ou excessive de graisse et sont considérés comme des facteurs de risque majeurs pour de nombreuses maladies non transmissibles telles que le diabète de type II, les maladies cardiovasculaires, les maladies métaboliques, les problèmes articulaires et certains cancers [3]. Une méta-analyse récente de juin 2026 [4] pointe l’association d’un IMC élevé à un risque accru de 19 cancers, suggérant que l’adiposité de la personne peut être un facteur de risque pour certains cancers.

L’Inserm* réalise depuis 1997 et jusqu’à 2012 des enquêtes (Obépi-Roche) pour estimer la prévalence du surpoids et de l’obésité en France. Ces enquêtes ont été poursuivies par la Ligue contre l’obésité en 2020 et 2024, le graphique 1 montre la nette progression de l’obésité en France qui a plus que doublé depuis 1997. L’enquête de 2024 fait apparaître, par exemple, que 36 % des personnes souffrant d’obésité sont traités ou ont été traités pour de l’hypertension artérielle, 20 % pour de l’arthrose ou de l’apnée du sommeil.

L’obésité doit être considéré comme un problème de santé publique majeur et sa prévention comme une priorité nationale.
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A retenir pour la France

  • 18 % des adultes sont en situation d’obésité en 2024, soit environ 10 millions de personnes.Les écarts varient selon la catégorie socio-professionnelle (21 % chez les ouvriers, 13 % chez les cadres) et les revenus du foyer (25 % dans les foyers ayant des difficultés économiques, 14 % dans les foyers plus aisés).
  • Environ 31 % des adultes sont en surpoids, un taux resté quasi stable depuis 20 ans.
  • 48,8 % des adultes de la Métropole sont concernés par un excès de poids (surpoids + obésité), et 51,8 % pour les habitants des DROM-COM**.
  • En quarante ans, précisément entre 1981 et 2024, le nombre de personnes obèses en France a été multiplié par plus de trois, passant de 5,3 % à 17,9 %.
  • Un décès sur 5 est lié à l’alimentation selon le cinquième et dernier Plan national nutrition santé ou PNNS 5 (2026-2030) !

Les problèmes de poids des Français les prédisposent à des affections chroniques et invalidantes dont le coût ne cesse de croître pour la collectivité. En 2023, selon la CNAM***, 25 millions de patients, souffrant de problèmes de poids ou non, ont été traités pour une maladie chronique, soit 37 % de la population française. Les remboursements de leurs soins représentent 62 % des 202 milliards de dépenses de santé remboursées cette année-là. Les projections de la CNAM évaluent à 3 à 6 % de patients supplémentaires touchés par une maladie chronique en 2035.

Le groupe santé du CRSI proposera un plan de prévention global de santé, le plan FORME, car faire attention à son poids, c’est prendre soin de soi. C’est aussi prendre soin de son système de santé, donc de son pays.

Les pistes de solutions sont :

  • Augmenter les données sur le sujet. Les enquêtes sont parfois réalisées par téléphone, certaines sont face à face, mais pas toutes. Pour avoir une meilleure estimation de la situation pondérale des français et apprécier l’évolution de la prévalence de l’obésité sur une longue période en France, les médecins pourraient renseigner, de manière anonymisée, une base de données publique réservée exclusivement aux chercheurs en nutrition.
  • Donner des moyens supplémentaires aux chercheurs notamment en nutrition, en endocrinologie, etc. Comprendre mieux la perte ou la prise de poids d’un individu est fondamental pour agir de manière plus ciblée.
  • Informer de manière plus efficace les risques liés à la malnutrition.
  • Augmenter l’accessibilité à des consultations de nutrition sur l’ensemble du territoire français.
  • Analyser les échecs de la politique de santé effectuée jusqu’ici et revoir les plans de prévention de l’obésité mis en place. Le second Programme national nutrition santé ou PNNS 2 (2006-2010) avait fait de la lutte contre l’obésité un enjeu essentiel des politiques de santé publique. Le PNNS 4 (2019-2023) visait comme objectif : « Mieux prendre en charge les personnes en surpoids, dénutries ou atteintes de maladies chroniques » [5]. L’objectif 16 était de dépister et de prendre en charge des personnes souffrant d’obésité. Les résultats ne sont pas au rendez-vous, l’obésité continue de progresser comme le montrent le graphique 1.
  • Inclure pendant le congé maternité, dans la partie qui situe avant la naissance de l’enfant, des cours d’alimentation. Durant cette période, la femme est plus réceptive aux conseils en matière de nutrition pour elle et pour son enfant. Ces cours seraient dispensés en présentiel ou en distanciel si besoin. Ils pourraient être également dispensés aux pères lors de leur congé de paternité.
  • Offrir une consultation de nutrition pédiatrique dès que la courbe de croissance de l’enfant montre un risque de surpoids et assurer le suivi de la famille au long cours. La plupart des enfants ont un suivi régulier chez le médecin ou le pédiatre pendant leur croissance, le renvoi vers un nutritionniste doit être automatique dès les premiers signes de surpoids.
  • Proposer une consultation de nutrition spécifique dédiée à la femme en préménopause pour limiter le risque de prise de poids à cette période de bouleversements hormonaux. Cela concerne la moitié de la population des 40 – 50 ans.

* Inserm : Institut national de la santé et de la recherche médicale.

** DROM-COM : Départements et Régions d’Outre-Mer / Collectivités d’Outre-Mer.

*** CNAM : Caisse nationale d’assurance maladie.

Sources :

  1. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2009-09/table_imc_230909.pdf
  2. https://shs.hal.science/halshs-00278898v1
  3. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/les-dossiers-de-la-drees/240717_DD-Surpoids-Obesité
  4. 4.https://www.nature.com/articles/s42255-026-01542-8
  5. https://www.reseau-national-nutrition-sante.fr/fr/orientations-du-pnns-4.html
santé sécurité

La cybersécurité dans le secteur de la santé

By Numérique, Santé

Quand le risque cyber devient un risque sanitaire

Par Jean, membre de la commission Santé

La transformation numérique du système de santé a profondément modifié la nature du risque cyber. Le dossier patient informatisé, l’imagerie médicale, la télémédecine, les objets médicaux connectés, les entrepôts de données et désormais l’intelligence artificielle ont fait du système de santé un immense écosystème numérique.

Cette numérisation contribue indéniablement à améliorer la qualité des soins en améliorant certains traitements difficilement réalisables de manière manuelle. Elle crée cependant, en parallèle, une dépendance forte aux systèmes d’information. Ainsi les établissements de santé qui subissent une cyberattaque, ne sont pas seulement exposés à un risque de perte ou de compromission des données. Ils peuvent également se retrouver privés d’une partie voire de la totalité de leur capacité à soigner et à prendre en charge efficacement les patients.

Selon le rapport public 2025[1] de l’Agence du numérique en santé (ANS) concernant les signalements d’incidents de sécurité informatique, l’ANSSI[2] a traité 3 586 événements de sécurité et 1 366 incidents confirmés ; 10 % des incidents concernaient le secteur de la santé (troisième secteur le plus touché).

Cette vulnérabilité tient également à la structure des systèmes d’information hospitaliers. Un établissement peut agréger des centaines d’applications, des dispositifs médicaux connectés, des systèmes parfois anciens, des logiciels métiers spécialisés et de multiples interconnexions avec des laboratoires, professionnels libéraux, prestataires, hébergeurs ou autres établissements. Le rapport de l’ANS précité souligne notamment la multiplication des logiciels, les connexions avec les prestataires, le Shadow IT[3] et l’interdépendance croissante des systèmes.

Un article[4] du Portail de l’Intelligence économique va dans ce sens. Il souligne la dette technique des systèmes d’information des établissements de santé, la multiplication des applications et la difficulté à disposer d’une cartographie exhaustive du patrimoine numérique.

[1]https://esante.gouv.fr/sites/default/files/media/document/ANS_CERTSante_Rapport_Public_Observatoire_Signalements_ISSIS_2025_VF_0.pdf

[2] ANSSI : Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information est l’autorité nationale en matière de cybersécurité et de cyberdéfense en France. L’ANSSI est placé sous l’autorité du secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale.

[3] Le Shadow IT désigne « des SI réalisés et mis en œuvre au sein d’organisations sans l’approbation du Directeur informatique »  – source ANSSI

[4] https://www.portail-ie.fr/univers/2025/complexite-systeme-information-hospitalier/

 

Dès lors, la cybersécurité dans le secteur de la santé ne devrait plus être appréhendée uniquement comme une fonction support de la Direction du Système d’Information (DSI). Elle devient une composante de la sécurité des soins et, à une échelle supérieure, de la résilience nationale.

Pour faire face à ces menaces, le secteur de la santé est soumis, depuis plusieurs années, à un renforcement de son cadre réglementaire et légal. La frise suivante présente l’évolution du cadre juridique relatif aux exigences de cybersécurité applicable au secteur de la santé.

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Le secteur de la santé, une cible stratégique pour les cyberattaquants

Les travaux prospectifs[1] évoqués par Thomas Gomart ont bien identifié la menace cyber comme revêtant un caractère systémique en raison de « l’enchevêtrement des enjeux et l’imbrication des acteurs publics comme privés ». Les trois grilles de lecture suivantes permettent d’en appréhender les principales dimensions.

[1] « Guerres invisibles, nos prochains défis géopolitiques » de Thomas Gomart

Première grille de lecture, les données de santé comme actifs lucratifs

Les établissements de santé constituent des cibles particulièrement intéressantes pour les groupes de cyberattaquants en raison de la combinaison de trois facteurs : ils détiennent des données sensibles au sens du Règlement Général sur la Protection des données à caractère personnel (RGPD), sont fortement dépendants de leurs systèmes d’information et peuvent subir des conséquences majeures en cas d’interruption de service.

Par ailleurs, les données de santé présentent une caractéristique particulière dans le sens où ces dernières sont difficilement révocables. En effet, une carte bancaire compromise peut être remplacée. Un antécédent médical ou un génome ne peuvent l’être. Cette caractéristique accroît leur intérêt pour les cyberattaquants, qui peuvent chercher à en tirer une valeur pécuniaire au moyen de différentes fraudes (usurpation d’identité, fraude à l’assurance, rançon ou extorsion…).

Selon l’Agence du Numérique en Santé[1], les actes de malveillance ont considérablement augmentés (+22% par rapport à 2024). En 2025, l’agence recense 223 actes de compromissions du système d’information, 28 attaques de nature rançongiciel [2](ransomware) et 165 attaques de type phishing (hameçonnage).

Le CERT [3]Santé a d’ailleurs confirmé que les fuites de données sont considérées comme l’un des risques les plus préoccupants.

Pour illustrer le caractère lucratif de ces fuites, les données volées peuvent être revendues[4] sur le DarkWeb[5]. Selon les estimations publiées par KeeperSecurity, leur valeur peut aller de quelques dollars pour certaines données d’identification à des montants beaucoup plus élevés pour des dossiers médicaux particulièrement complets.

[1]https://esante.gouv.fr/sites/default/files/media/document/ANS_CERTSante_Rapport_Public_Observatoire_Signalements_ISSIS_2025_VF_0.pdf

[2] https://www.cert.ssi.gouv.fr/uploads/CERTFR-2026-CTI-002.pdf

[3] Le CERT Santé (Computer Emergency Response Team) est une entité assurant le traitement des signalements des incidents de sécurité. Il assure également une mission de prévention et d’alerte face aux cybermenaces et partage les recommandations indispensables aux établissements de santé et organismes publics pour minimiser les effets de la menace (source esante.gouv.fr).

[4] https://www.keepersecurity.com/assets/pdf/infographic-how-cybercriminals-make-money.pdf

[5] Le DarkWeb est un Internet clandestin qui nécessite l’utilisation d’un protocole particulier pour y naviguer (source cyberdico de l’ANSSI)

Source : Extrait du site « keepersecurity »

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Légende : estimation du prix de vente des données volées

  • compte Spotify : 0,21$
  • compte Hulu : 8,61$
  • compte Netflix : 8,32$
  • Accès à un compte Paypal : 247$
  • Numéro de sécurité sociale : 1$
  • Permis de conduire : 20$
  • Carte de crédit : 50$
  • Passeport : 62$
  • Information médicale : 60$

 

Deuxième grille de lecture, la santé comme cible de déstabilisation

La Santé figure parmi les secteurs participant aux activités d’importance vitale[1](OIV). Elle compte notamment deux services essentiels liés aux établissements de soins de santé et à la fabrication de produits pharmaceutiques.

La perturbation des infrastructures de santé peut ainsi générer un effet psychologique particulièrement important, supérieur à celui provoqué par l’atteinte à de nombreuses autres infrastructures. En effet, elle touche une population au moment où celle-ci est particulièrement vulnérable.

Les opérations de sabotage et de dénis de service (DDoS) peuvent ainsi poursuivre des objectifs de visibilité, de coercition ou de déstabilisation.

Dans le panorama de la cybermenace 2025, l’ANSSI évoque des opérations de déstabilisation et de sabotage s’inscrivant notamment dans un contexte de tensions géopolitiques et de soutien français à l’Ukraine.

La prudence dans l’attribution de ces opérations demeure toutefois essentielle. L’ANSSI constate une érosion des frontières entre acteurs étatiques et cybercriminels, caractérisée notamment par la circulation des outils, des techniques désormais renforcées par l’IA et parfois des infrastructures.

Dans cette perspective, les infrastructures de santé constituent une cible particulièrement sensible dans le cadre d’une stratégie hybride. Une cyberattaque peut présenter un coût relativement limité pour son auteur, être difficile à attribuer et produire des conséquences potentiellement importantes.

Elle permet ainsi d’agir sous le seuil du conflit armé traditionnel, tout mettant à rude épreuve la résilience des infrastructures essentielles d’un État.

[1] https://ledieu-avocats.fr/oiv-ose-critical-entities-projet-directive-ue-decembre-2020/

Troisième grille de lecture, l’espionnage – la donnée de santé comme actif de puissance

Un CHU n’est pas uniquement un lieu de soins. Il constitue également un centre de recherche susceptible de détenir des résultats d’essais cliniques, des données génomiques, des données d’imagerie, des travaux de recherches, des algorithmes et des partenariats avec des entreprises pharmaceutiques. L’écosystème de santé constitue ainsi un patrimoine informationnel considérable.

Cette masse d’informations possède, par essence, une valeur économique et scientifique, notamment pour la recherche pharmaceutique, l’épidémiologie et l’entraînement de modèles d’intelligence artificielle entre autres. La possession de ces données peut ainsi constituer un avantage significatif, ce qui les expose à des menaces cyber spécifiques.

Ces menaces peuvent viser, par exemple, à capter[1] des résultats de recherche, des essais cliniques ou des innovations avant leur publication, des bases génomiques ou épidémiologiques, des informations sur les capacités hospitalières ou stock et plus généralement, des informations permettant d’évaluer les vulnérabilités sanitaires d’un pays.

La cybersécurité rejoint ici directement la sécurité économique et la souveraineté sanitaire.

[1] https://www.ege.fr/infoguerre/les-enjeux-strategiques-des-donnees-de-sante-pour-la-france

Vers une approche dynamique, passer d’une logique défensive de la cybersécurité à une doctrine de résilience sanitaire

Depuis plusieurs années, la France considère la cybersécurité du secteur de la santé comme un véritable enjeu stratégique, notamment à travers du programme CaRE (Cybersécurité accélération et Résilience des Etablissements). Celui-ci vise à renforcer durablement la sécurité et la résilience cyber des établissements de santé.

Une nouvelle étape est en train d’être franchie. En effet, il ne s’agit plus de considérer la cybermenace comme un élément susceptible de perturber le fonctionnement nominal d’un service, mais d’évaluer la capacité de celui-ci à résister et à maintenir ses missions essentielles dans une situation de tension extrême. Il s’agit ainsi de passer d’une logique de cybersécurité à une véritable doctrine de cyberrésilience.

Le 7 octobre 2026 doit avoir lieu la première séance publique de discussion du projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité.

Lors du colloque Souveraine Tech consacré à la résilience des infrastructures et technologies critiques, le député Philippe Latombe a insisté sur cette notion de résilience compte tenu de la recrudescence des cyberattaques et des opérations de sabotage et de déstabilisation précédemment évoquées. Le Vice-Amiral d’escadre Marc-Antoine de Saint-Germain a, par ailleurs, insisté sur l’importance de disposer d’une capacité à résister face à une menace continue et extrême, et à fonctionner en mode dégradé, en considérant ce type de situation non plus comme exceptionnel, mais comme une hypothèse à laquelle les organisations doivent être régulièrement préparées.

Dès lors il apparaît essentiel d’organiser le système de santé et son écosystème de manière à ce qu’une cyberattaque ne puisse pas provoquer ou aggraver une crise sanitaire.

Dans cette dynamique, les propositions suivants se veulent être des axes de réflexion pour arriver à atteindre un niveau de résilience satisfaisant.

  1. Faire de la cybersécurité une composante de la sécurité des soins. La continuité numérique devrait être traitée au même niveau que la continuité électrique, l’approvisionnement en médicaments ou la disponibilité des équipements médicaux critiques. Les directions des établissements et les instances médicales devraient être directement associées à la gouvernance cyber.
  2. Cartographier réellement le patrimoine numérique des établissements de santé en intégrant les prestataires de services et l’ensemble de la chaîne allant de la donnée aux infrastructures, afin de maîtriser la chaîne de dépendances dans son ensemble.
  3. Construire une capacité réelle de fonctionnement en mode dégradé, y compris sans informatique. Chaque activité clinique critique devrait disposer de procédures effectivement testées : urgences, bloc opératoire, pharmacie, biologie, imagerie, prescription et admissions…
  4. Tester régulièrement la gestion de crise dans des conditions réalistes, afin d’en vérifier l’efficacité en cas d’incident majeur, en veillant notamment à intégrer aux exercices les prestataires et fournisseurs critiques.
urgence

URGENCES : Comment mieux accueillir les patients ?

By Santé

L’effet « ciseaux »

Par Yannick Le G. , membre de la commission santé

Les conditions, en termes de temps d’attente, de l’accueil des patients au sein des services d’urgences se sont globalement dégradées. Le temps d’attente moyen était de 2h15 en 2013, il est en 2023 de 3h10. Ce temps comprend l’attente mais aussi le temps de réalisation d’examens médicaux pour poser un premier diagnostic (biologie, imagerie, avis d’un spécialiste). Notons que la moitié des patients admis aux urgences y reste moins de 1H35 alors que pour 5% des admis le temps d’attente y est supérieur à 15 heures. Les temps d’attente les plus longs sont liés souvent à la recherche de lits d’accueil.

Le nombre de structures d’accueil en urgence est resté stable (723 en 2014 et 719 en 2023) mais le recours aux soins d’urgences a crû considérablement. Il a doublé en 30 ans (11 millions d’admissions en 1996 contre plus de 21 millions actuellement). Il y donc un effet « ciseaux ». 

Propositions : 

Généraliser la prise en charge duale et complémentaire entre urgences hospitalières et la médecine de ville. Des expériences existent. Des structures composées de médecins libéraux, situées près des services d’urgences permettent de prendre en charge les cas les moins lourds et diminue la saturation des services. Il faut systématiser ce type d’organisation. 

Etablir par départements, sous l’égide des Préfets, des objectifs précis (délais, moyens mobiles, niveau de gravité, permanence…) en terme d’accueil des patients en urgence. Notre tissu sanitaire de proximité est modelé autour des structures hospitalières principales du département. Ce niveau est donc pertinent. La définition des objectifs et leur respect doit reposer sur l’ensemble des hôpitaux, les établissements de santé privés (ils assurent actuellement 20% des admissions en urgences) et bien sûr les médecins libéraux,

Prioriser, notamment pour les personnes âgées, les admissions directes dans les services de soins sans passage aux urgences pour éviter là aussi la saturation des services et l’attente des patients.

santé et ia

Le jumeau numérique en santé

By Droit, Santé

Intérêt actuel et perspectives à long terme

Par Patrick Houvet, membre de la commission Santé

Projet transversal Santé-Droit, note 1/2

 

La médecine Prédictive, Personnalisée, Préventive et fondée sur la Preuve (4P) est à l’aube de son avènement grâce aux apports incessants et exponentiels de l’intelligence artificielle (IA).

Transposé de l’industrie, où il désigne la réplique virtuelle d’une machine ou d’un système, suivie en temps réel pour anticiper pannes et coûts, le jumeau numérique (JN, « digital twin ») s’impose aujourd’hui comme l’une des promesses fortes de la médecine numérique. La santé en attend beaucoup : tester de nouvelles idées, personnaliser les traitements, explorer les interactions entre organes, médicaments ou dispositifs [2].

Cette note, appuyée sur la littérature récente et sur un ensemble de documents français et internationaux, vise à cerner l’intérêt actueldu jumeau numérique – ce qui est réellement disponible – et son intérêt à long terme – les promesses, jusqu’à la perspective d’un jumeau attribué à chacun et nourri toute une vie -, en distinguant l’un de l’autre et en pesant les questions éthiques que la seconde soulève.

1.Un concept précis, souvent galvaudé

Le terme est attribué à Michael Grieves, qui définit en 2002 le jumeau numérique comme une « modélisation d’espaces en miroir » [1]. Appliqué à une personne, il s’agit d’« d’une représentation mathématique simplifiée d’un individu donné, paramétrée à partir des données spécifiques d’un patient » pour aider le clinicien à comprendre son état et son évolution [2]. La littérature retient trois conditions cumulatives : une réplique virtuelle personnalisée, une mise à jour dynamique par un flux de données bidirectionnel entre l’original et son double, et une capacité prédictive au service de la décision [3][4]. Un vrai jumeau suppose donc trois composants : le patient physique, sa réplique virtuelle, et l’échange permanent entre les deux [4].

La confusion est fréquente, et il faut s’en garder [1]. Adapter une prothèse d’après des patients aux caractéristiques identiques n’est pas un jumeau numérique : il manque la liaison permanente et en temps réel entre modèle et réalité. La revue la plus large disponible le confirme : sur 149 études publiées entre 2017 et 2024 se réclamant du jumeau numérique, 12 % seulement répondent à la définition stricte ; le reste relève du modèle statique, de l’ « ombre numérique » (flux de données à sens unique, environ 9 %) ou de la cohorte de patients virtuels [3]. On décrit ainsi des niveaux de maturité croissants : jumeau statique, fonctionnel, « ombre » alimentée en temps réel, puis jumeau « intelligent » capable de prédire [4].

Le travail de cadrage conduit en France par la Cellule éthique de la Délégation au numérique en santé affine encore ces distinctions. Le groupe d’experts préfère le terme de « représentation » à celui de « réplique », toute fidélité absolue étant jugée inatteignable, et souligne que le mot « jumeau » est lui-même problématique : il suggère une identité avec la personne, alors qu’il ne s’agit que d’une construction réductrice – certains proposent d’ailleurs « avatar » [13].

Le jumeau numérique doit aussi être distingué des données ou patients « synthétiques » (cohortes fictives), des avatars pédagogiques et des modèles de simulation classiques, dépourvus de personnalisation en temps réel [13]. Du côté de l’ingénierie, un jumeau se définit comme un système logiciel qui non seulement reflète son original mais peut agir sur lui et apporter une valeur opérationnelle ; deux traits le séparent d’un simple modèle de simulation : l’accès aux données (en temps réel ou différé) et l’hybridation entre modèles déductifs (issus des lois physiques) et inductifs (appris des données), qui réduit l’incertitude [14].

2.Un déploiement à plusieurs échelles

L’intérêt du jumeau numérique ne se comprend qu’en distinguant les niveaux auxquels il s’applique, du plus intime au plus collectif.

2.1. L’organe et le patient

En cardiologie, appliquer à un double virtuel les mesures de débit et de pression permet d’évaluer des paramètres du cœur difficilement accessibles autrement [2]. Le jumeau numérique d’un anévrisme de l’aorte sert à fabriquer une endoprothèse sur mesure et à simuler, avant l’intervention, les complications possibles [1]. Le champ s’étend à l’oncologie, aux maladies cardiovasculaires, à la réanimation, à l’ostéoporose et au cerveau – les cinq premiers cas d’usage du programme européen EDITH [2]. En France, le projet MEDITWIN développe des jumeaux virtuels personnalisés d’organes, du métabolisme ou de tumeurs, en neurologie, cardiologie et oncologie [15]. Un atout particulier concerne les maladies rares : faute d’effectifs suffisants pour des essais classiques, on peut « ajouter des patients virtuels » [2].

2.2. La chirurgie viscérale et l’orthopédie

En chirurgie, les usages déjà décrits couvrent la planification préopératoire, l’éducation du patient en réalité virtuelle, l’entraînement avec retour haptique*, le guidage peropératoire en réalité augmentée et le test in silico** de dispositifs [4] ; des prototypes existent pour la chirurgie de la base du crâne (Twin-S) ou l’évaluation du rétrécissement aortique (CardioVision) [4]. En orthopédie, les travaux portent sur la prédiction d’usure d’une prothèse de genou, l’analyse par éléments finis d’une fracture du plateau tibial, les simulateurs d’arthroscopie de hanche, l’identification d’axes de mouvement pour la prothèse de cheville robotisée, le rachis scoliotique et la traumatologie (reconstruction et suivi d’implant en peropératoire) [4][5]. A titre d’exemples, la société française Twinsight ( https://twinsight-medical.com ) construit, à partir des images du patient et par apprentissage profond, un jumeau orthopédique dynamique pour personnaliser le positionnement d’un implant ; elle part du constat que 60 % des patients ont de bons résultats chirurgicaux mais restent gênés lors de gestes simples, et vise l’extension à la hanche, au rachis à l’épaule et au pied [6]. Une thèse strasbourgeoise (2022) a développé un jumeau numérique du doigt pour optimiser un garrot digital (ForgetMeNot) et déterminer la pression de serrage évitant la nécrose des tissus mous [7].

2.3. Le dispositif médical

La modélisation et la simulation par ordinateur, avec l’analyse par éléments finis, permettent de prédire résistance, flexibilité et durabilité d’un implant sans multiplier les prototypes physiques [8]. La simulation prédictive génère aussi de vastes jeux de données pour entraîner l’IA sans recourir aux données réelles des patients ni aux tests sur l’animal, et autorise des études cliniques in silico sur un nombre illimité de patients virtuels de tous phénotypes [8]. C’est le modèle de bureaux d’étude tels que Philomec, qui accompagnent les fabricants de la conception à la certification.

2.4. Le service, l’hôpital et le territoire

À l’échelle organisationnelle, il existe déjà des jumeaux numériques de services : urgences en France (CHU de Saint-Étienne), soins intensifs aux États-Unis, radiologie en Irlande, parcours de soins Covid-19 [1]. Alimenté en temps réel, un tel jumeau peut alerter sur les points de rupture (lits, ressources, compétences) et éclairer, à l’échelle d’un territoire, la mutualisation des moyens ou le transfert de patients [1]. Le jumeau numérique d’un hôpital pris dans son ensemble, lui, n’existe pas encore : il supposerait de rapprocher les sphères gestionnaire, soignante et technique [1].

3.L’intérêt actuel : ce qui est déjà là

Les bénéfices tangibles aujourd’hui sont d’abord la personnalisation (choisir et fabriquer l’implant le mieux adapté), la planification chirurgicale, la réduction des prototypes et des délais de développement, et la maîtrise des coûts [6][8]. Les jumeaux numériques ne remplacent pas le médecin : ils intègrent des données de plus en plus nombreuses et aident à trouver la solution la mieux adaptée au patient [2].

Le mouvement est aussi institutionnel et réglementaire. En Europe, le programme EDITH (19 partenaires, une centaine de signataires d’un manifeste) a produit une feuille de route et cinq cas d’usage prioritaires [2] ; la Commission a engagé plus de 100 millions d’euros (dont 80 au titre d’Horizon Europe) et lancé, le 26 juin 2025, le développement d’une plateforme du « jumeau humain virtuel » [9]. Aux États-Unis, la FDA reconnaît la simulation numérique : sa recommandation finale de novembre 2023, adossée à la norme ASME V&V 40, encadre la « crédibilité » d’un modèle pour un « contexte d’usage » donné et vise explicitement les essais in silico et la planification préopératoire [10]. Les cabinets d’études estiment enfin le marché à plusieurs dizaines de milliards de dollars à l’horizon 2030 [12] – chiffre à prendre avec prudence, mais révélateur de l’attente.

En France, l’essor est également structuré. Le projet MEDITWIN, soutenu par France 2030 sur la période 2024-2029, réunit sept instituts hospitalo-universitaires, le CHU de Nantes, l’Inria, Dassault Systèmes et plusieurs start-ups pour industrialiser et valider cliniquement des « produits de santé virtuels » [15]. Le programme national EDT (Engineering Digital Twins, Inria / France 2030) cherche pour sa part à unifier une ingénierie du jumeau aujourd’hui fragmentée, autour d’une plateforme ouverte [14]. Et, signe que la réflexion accompagne le déploiement, la Cellule éthique de la Délégation au numérique en santé a lancé en 2025 un groupe de travail (GT15) dédié à l’éthique des jumeaux numériques, dans le prolongement du Cadre de l’éthique du numérique en santé (2023) et de ses cinq principes : bienfaisance, non-malfaisance, autonomie, justice et écoresponsabilité [13].

4. L’intérêt à long terme : du soin ponctuel au compagnon d’une vie

C’est ici que se joue la perspective la plus transformatrice. Les capteurs portés en continu – de la montre connectée au capteur sous le matelas – fournissent le flux qui rend possible une personnalisation permanente [11]. On peut alors imaginer le passage d’un jumeau ponctuel, construit pour une intervention, à un jumeau biographique : attribué à la naissance et nourri toute la vie par l’imagerie, la biologie, la génomique, le dossier de soins et les objets connectés, il accompagnerait la trajectoire de santé de la personne.

Un tel jumeau permettrait un glissement du descriptif vers le prédictif, puis vers le prescriptif. Prédictif d’abord : suivre les trajectoires de santé et intervenir avant l’apparition de la maladie : l’ambition de projets comme MEDITWIN, qui simulent l’évolution d’organes ou de tumeurs pour agir en amont [15][11]. Prescriptif ensuite, selon la vision que vous formulez : une IA suffisamment nourrie pourrait recommander, voire « autoriser », des choix de traitement, d’activité physique et, de proche en proche, de mode de vie, le patient recevant des indications qui soutiennent ses décisions et son auto-prise en charge [11]. Cette logique rejoint les usages en gestation : essais cliniques in silico et bras de contrôle virtuels [8], maladies rares [2], et, à terme, un jumeau « corps entier » intégré et interopérable – l’image de la « forêt » que promeut l’écosystème européen [2][9]. Le groupe d’experts français juge d’ailleurs nécessaire d’anticiper dès maintenant ce jumeau « idéal », double complet de l’individu, qui reste une promesse mais pourrait vite devenir réalité, afin d’en prévenir les dérives [13].

5. Limites, défis et conditions de réussite

Cette perspective ne se réalisera qu’à des conditions exigeantes, et elle soulève des questions qui ne sont pas seulement techniques mais éthiques.

5.1. Verrous scientifiques et techniques

La validation reste le maillon faible : la vérification, la validation et la quantification des incertitudes ne sont mentionnées que dans 2 des 149 études recensées [3] ; en orthopédie, le niveau de preuve demeure précoce (une revue de cadrage ne retient que 14 études, dont un seul essai randomisé) [5]. S’y ajoutent la qualité et la représentativité des données, le risque de biais et l’opacité – la « boîte noire » – des modèles d’IA [4][5].

Du point de vue de l’ingénierie, les verrous sont désormais bien identifiés : absence de cadre d’ingénierie unifié, interopérabilité et fédération de jumeaux, fidélité et fiabilité, cybersécurité (le NIST recense quatorze critères de confiance), passage à l’échelle, conformité réglementaire et sobriété énergétique [14]. La fragmentation de l’écosystème est explicitement pointée en France comme en Europe [9][14], de même que les enjeux juridiques, de propriété intellectuelle et de protection des données [2][13].

5.2. Questions éthiques

Le projet d’un jumeau nourri toute une vie déplace la frontière entre aide à la décision et prescription du comportement.

Le premier risque est ontologique : transposer la personne en un jeu de variables, puis confondre la représentation avec l’individu lui-même, jusqu’à le réduire à ses données [1,13].

Le deuxième tient au poids de la prédiction. Une trajectoire de vie relève souvent de l’incertitude, non du risque calculable. Les simulations produisent des probabilités, non des certitudes. « Vous êtes à risque » peut vite devenir « vous serez malade, si… », la probabilité se muant en assignation, en obligation. L’enjeu, souligné en référence à Ricoeur, est de préserver la capacité d’agir du sujet, ce « soi capable » de récit et de bifurcation : le modèle éclaire et calcule, mais il ne doit pas prescrire ni abolir la liberté d’agir [13].  Dans le même esprit, la simulation ne saurait remplacer le jugement clinique : la sagesse pratique et l’examen clinique au chevet ne se réduit pas au savoir démonstratif de l’algorithme [13].

La relation de soin elle-même se transforme : du couple classique patient-médecin, on passe à une « quadrangulation » où s’ajoutent le jumeau et ses concepteurs, redistribuant confiance et responsabilités [13]. Le consentement doit alors devenir évolutif et réversible, pour éviter que l’adhésion à un modèle présenté comme « optimal » ne se substitue au choix du patient ; un consentement n’est pas une soumission à l’algorithme [13]. La responsabilité, en cas d’erreur issue d’une simulation, se dilue entre médecin, concepteur, fournisseur et établissement ; l’explicabilité devient une exigence, et la justice sociale un impératif, sous peine d’une médecine à deux vitesses, réservée aux mieux connectés et aux mieux assurés [13][11].

Une dimension enfin est souvent oubliée ou éludée : la soutenabilité. Capteurs, stockage et entraînement des modèles reposent sur des infrastructures lourdes et très énergivores. Une éthique du jumeau numérique impose la minimisation des données, la mutualisation des infrastructures et une IA « frugale », en hiérarchisant les usages cliniquement utiles [13][14].

Enfin, reste le défi épistémologique : accepter qu’il n’existe pas « une seule bonne solution définitive », mais des solutions multiples selon le contexte [1]. Le jumeau numérique est un instrument d’aide et de simulation et non un oracle ni un double : il représente sans incarner, éclaire sans décider, et ne remplace ni le jugement du clinicien ni la liberté du patient [2][13].

Conclusion

L’intérêt actuel du jumeau numérique est réel mais ciblé et inégal selon les échelles : le dispositif est déjà mature pour la conception de dispositifs, déjà utile pour la planification de certaines chirurgies, mais il reste émergent pour le patient « intégré » et expérimental pour l’hôpital.

Son intérêt à long terme est potentiellement considérable – médecine prédictive et préventive, essais in silico, et jusqu’à un jumeau attribué dès la naissance qui recommanderait des choix de santé et de vie. Mais cette promesse engage autant la technique (validation, interopérabilité, fiabilité, sobriété) que l’éthique et notre conception de la liberté individuelle.

La montée en puissance des cadres français et européens – MEDITWIN, EDT, EDITH, et le futur groupe éthique GT15 – montre que ces deux exigences avancent désormais de front.

Pour le clinicien, l’enjeu immédiat n’est pas d’attendre un jumeau parfait, mais de savoir distinguer un vrai jumeau numérique d’un simple modèle, d’accompagner sa validation, et de garder au centre la personne – une représentation, jamais un double – et surtout, in fine, la décision humaine.

Cette note sera suivie d’une seconde qui synthétisera les réflexions de la commission CRSI-Droit sur cette nouvelle technologie, porteuse de nombreuses questions, notamment concernant nos données personnelles. L’aspect législatif est nécessaire pour éviter les dérives possibles liées aux avancées technologiques.

*retour haptique : retour permis par une technologie qui reproduit en temps réel la sensation du toucher dans un environnement virtuel, à l’aide d’accessoires tels que des gants, une combinaison, etc.

**In silico : Se dit d’une méthode d’étude effectuée au moyen d’ordinateurs (dont les puces sont principalement composées de silicium), permettant d’analyser des données et de modéliser des phénomènes, en biologie et en bio-informatique, notamment (définition du Larousse).

Sources

[1] S. Bertezène (CNAM, chaire de Gestion des services de santé), « Hôpital : les « jumeaux numériques », un nouvel outil de simulation », Le blog du CNAM (d’après The Conversation), 2021-2022, et support de cours « Les jumeaux numériques dans le secteur de la santé ».

[2] Inria, « Santé : un écosystème européen consacré au jumeau numérique » (programme EDITH, équipe SimbiotX), 13 mai 2024.

[3] A scoping review of human digital twins in healthcare applications and usage patterns, npj Digital Medicine, 2025 (149 études, 2017-2024).

[4] Digital twins for the era of personalized surgery, npj Digital Medicine, 2025.

[5] The AI-powered orthopedic digital twin : a new paradigm for personalized diagnosis, surgical simulation and prognostic management – a scoping review, Art Int Surg, 2026.

[6] Twinsight SAS (Surgitwin), présentation de la technologie de jumeaux numériques orthopédiques, twinsight-medical.com, 2025.

[7] J. J. Hidalgo Diaz, « Vers le développement d’un jumeau numérique du doigt pour l’optimisation d’un garrot digital », thèse de doctorat en biomécanique, Université de Strasbourg (dir. N. Bahlouli et S. Facca), 2022.

[8] P. Renard, « Accélérer le développement des DM en orthopédie grâce à la simulation » (société Philomec), DeviceMed.fr, 2 avril 2024.

[9] Commission européenne, « Virtual Human Twins Initiative », digital-strategy.ec.europa.eu, 2025.

[10] FDA, recommandation finale sur la crédibilité de la modélisation et de la simulation par ordinateur pour les dispositifs médicaux, 17 novembre 2023 ; norme ASME V&V 40.

[11] One Patient, Two Worlds : Digital Twins for Everyday Prevention and Care, IEEE Pulse, 2025.

[12] MarketsandMarkets, « Digital Twins in Healthcare Market », 2025 (estimation de marché).

[13] Délégation au numérique en santé (Cellule éthique), « Jumeaux numériques en santé : enjeux, définitions et problématiques éthiques », note de cadrage pour le futur groupe de travail GT15, septembre 2025.

[14] P. Vicat-Blanc, B. Combemale, et al., « La Fabrique des Jumeaux Numériques : verrous scientifiques, technologiques et perspectives du programme EDT », Revue de l’électricité et de l’électronique, 2026 (programme national Engineering Digital Twins, Inria / France 2030).

[15] Projet MEDITWIN (Dassault Systèmes, Inria, sept IHU, CHU de Nantes, start-ups), France 2030, 2024-2029 ; présenté en annexe de la note de cadrage DNS [13].

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Le point sur l’espérance de vie en France

By Santé

Projet Plan FORME, note 2

Stéphane, Aurore, membres de la commission Santé

La prévention médicale vise à maintenir chaque citoyen en bonne santé et le plus longtemps possible. Or, notre pays voit sa population vieillir. Les futurs programmes politiques pour l’élection présidentielle de 2027 prendront-ils en compte cette situation ? Afficheront-ils des propositions telles que conservons notre forme ou bien soyez acteur de votre santé ?

Au 1er janvier 2024, la France comptait environ 68 millions d’habitants. Les personnes âgées de 75 ans et plus représentent près de 10 % de la population française, soit une augmentation de 19 % entre 2014 et 2024 (France métropolitaine et Départements et Régions d’Outre-Mer). Celles de 90 ans et plus représentent 1,4 % de la population française (1).

31 000 centenaires vivaient en France en 2024, soit trente fois plus qu’il y a 50 ans.

Vivre vieux

L’espérance de vie à la naissance représente la durée de vie moyenne d’une génération fictive soumise aux conditions de mortalité par âge de l’année considérée (2). En 2025, cet indicateur annonçait 85,9 ansd’espérance de vie à la naissance pour les femmes, contre 80,4 ans pour les hommes, soit un écart de 5,5 ans. L’espérance de vie à la naissance s’est allongée d’environ 30 ans en France depuis les années 1920, pour les deux sexes, cf. graphique 1, elle est notamment liée à la diminution de la mortalité infantile.

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Il y a une autre façon d’aborder l’espérance de vie : donner une espérance de vie à un âge donné. L’espérance de vie des Français à 65 ans a augmenté entre 1996 et 2025, cf. tableau 1.

On distingue donc d’une part l’espérance d’une femme née en 2025, elle peut espérer vivre jusqu’à 85,9 ans et d’une femme de 65 ans en 2025 qui peut espérer vivre encore 23,6 ans.

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L’espérance de vie en bonne santé est la durée de vie moyenne en bonne santé – c’est-à-dire sans limitation irréversible d’activité dans la vie quotidienne ni incapacités – d’une génération fictive soumise aux conditions de mortalité et de morbidité de l’année. Elle caractérise la mortalité et la morbidité indépendamment de la structure par âge (4). On parle aussi d’espérance de vie sans incapacité.

  • Depuis 2008, les femmes, à la naissance, ont gagné 1,3 an d’espérance de vie totale, mais perdu 5 mois d’espérance de vie sans incapacité.
  • Depuis 2008, les hommes, à la naissance, ont gagné 2,4 ans d’espérance de vie totale, mais seulement 1 an sans incapacité.

 

capture d’écran 2026 09 29 à 11.42.31On peut donc vivre longtemps, mais pas forcément en bonne santé ou sans incapacité, cf. graphique 2. L’objectif du plan FORME proposé par la commission santé du CRSI est d’allonger au maximum l’espérance de vie en bonne santé par l’adoption de mesures simples et pragmatiques afin que l’écart entre les deux indicateurs se réduise au maximum cf. tableau 2.

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« L’espérance de vie à 65 ans en 2024 était, pour les femmes, de 11,8 ans sans incapacité et 18,5 ans sans incapacité forte (handicap), et pour les hommes 10,5 ans sans incapacité et 15,8 ans sans incapacité forte. Depuis 2008, l’espérance de vie à 65 ans sans incapacité a progressé de 1 an et 9 mois pour les femmes et pour les hommes. L’essentiel de cette hausse a eu lieu entre 2008 et 2019 (6). »

Comparaison avec nos voisins

Selon les sources Eurostat (cf. tableau 3), en 2024, les Français ont moins d’années de vie en bonne santé à la naissance que la moyenne des habitants des 27 pays européens, 10 ans de moins que les Italiens.

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En France, depuis 2008, les données officielles confirment que l’on vit plus longtemps, mais pas forcément en meilleure santé. L’âge d’apparition des maladies chroniques recule plus lentement que celui de la mortalité. Chez les hommes, la progression de l’espérance de vie sans incapacité reste toutefois plus rapide que chez les femmes, réduisant l’écart entre les deux sexes sur cet indicateur.

Résumons

Depuis un siècle, l’espérance de vie à la naissance a considérablement progressé en France, passant d’environ 51 ans pour les hommes et 55 ans pour les femmes dans les années 1920 à respectivement 80,4 et 85,9 ans en 2025. En revanche, l’espérance de vie « en bonne santé » (sans incapacité) stagne, voire recule légèrement pour les femmes : les années de vie supplémentaires gagnées sont de plus en plus des années vécues avec une maladie chronique ou une incapacité.

 

S’inspirer d’Okinawa

Le Japon est très certainement le pays qui a le plus de centenaires en bonne forme. Le professeur de santé publique Craig Willcox (8) étudie ce phénomène depuis près de cinquante ans. Trois facteurs principaux sont mis en avant pour expliquer la bonne forme des personnes très âgées habitant sur l’île d’Okinawa : le régime alimentaire, les pratiques sociales et les facteurs génétiques. Leur alimentation est notamment basée sur une grande quantité de légumes et de fruits, plus de poisson que de viande, la patate douce plutôt que le riz. Ce régime est plus pauvre en calories que le nôtre.

D’où l’enjeu majeur de mettre en place un Plan FORME qui axera les solutions sur la pratique de l’exercice physique, et notamment du renforcement musculaire, et sur la promotion d’une alimentation adaptée pour limiter les conséquences de ce vieillissement. Il est aussi parfaitement envisageable d’adapter les pratiques sociales suivies par les Japonais au modèle français. Garder des liens sociaux et mettre l’accent sur l’entraide est réalisable et souhaitable. Nos aînés doivent continuer le plus possible une activité, au besoin même lucrative pour compléter leurs revenus comme cela se fait à Okinawa. L’espérance de vie en bonne santé varie en France selon les régions et les départements, il faut utiliser au maximum les données disponibles de nos institutions (par exemple : INSEE*, DREES**) et les résultats de nos chercheurs (9,10,11) pour dégager les pratiques locales qui expliquent ces différences et les développer au besoin.

Pistes de solutions adaptées à la France hexagonale :

  • Promouvoir de manière plus accentuée le régime alimentaire méditerranéen ou crétois (variante) qui a prouvé sa valeur pour améliorer l’espérance de vie en bonne santé, grâce notamment à ses effets protecteurs sur le système cardiovasculaire et sur la prévention de certains cancers (12). Cette alimentation riche en légumes, fruits frais et secs, céréales complètes, légumineuses, huile d’olive, fromage de chèvre ou de brebis (crétois) et en petits poissons gras serait même protectrice de la maladie d’Alzheimer. Il y a de nombreux avantages à ce régime alimentaire :
    • Simplicité de la cuisine qui ne nécessite pas de compétences particulières.
    • Régime avec des plats variés qui peut convenir à tous les goûts.
    • Les aliments inclus peuvent provenir de circuits courts français qui favorisent notre agriculture et limitent l’empreinte carbone liée au transport des produits.
  • Promouvoir des lieux d’échange pour les personnes âgées en centre-ville pour réduire leur isolement, prévenir les troubles cognitifs. La solitude tue aussi ! (13). Les commerces de proximité sont très nombreux à être fermés et dans toutes les villes, petites et grandes. Les mairies gagneraient à ouvrir un lieu, central, proche des transports en commun, et qui comporterait trois espaces:
    • Un pour donner des cours, conférences, conseils, etc. aux personnes âgées, dans le but non seulement d’être informées ou diverties, mais aussi de maintenir leurs capacités cognitives par l’apprentissage de nouvelles choses.
    • Un deuxième pour que ces personnes âgées donnent des cours de soutien, des conseils de vie aux plus jeunes notamment (but lucratif possible). Nos aînés ont acquis des sommes de connaissances et d’expériences dont chacun pourrait profiter en allant les consulter dans ce lieu !
    • Un dernier espace destiné à la convivialité, muni d’un four à micro-ondes, pour tisser des liens autour d’un repas, préparé à l’avance, mais pris en commun. Un espace de discussion, un espace de jeux (de société, de cartes, etc.), de travaux manuels (tricot, couture, etc.).
  • Les propositions pour améliorer l’exercice physique seront traitées dans des notes ultérieurement.

 

* INSEE : Institut national de la statistique et des études économiques.

** DREES : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques.

SOURCES

  1. https://www.parlons-fin-de-vie.fr/wp-content/uploads/2026/07/atlas-2026-bat.pdf
  2. https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1374
  3. https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/chiffres-graphiques-tableaux/mortalite-en-france-en-chiffres-esperances-vie – esperance-de-vie-femme-homme
  4. https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c2017
  5. https://www.insee.fr/fr/statistiques/3281641?sommaire=3281778
  6. https://www.vie-publique.fr/en-bref/296722-esperance-de-vie-en-bonne-sante-65-ans-les-derniers-chiffres
  7. https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/sdg_03_11/default/table?lang=fr
  8. https://www.nationalgeographic.fr/voyage/bien-veillir-zones-bleues-okinawa-lile-ou-lon-vit-centenaire
  9. https://shs.cairn.info/revue-regards-2023-1-page-43?lang=fr
  10. https://shs.cairn.info/revue-population-2021-2-page-225?lang=fr
  11. https://shs.cairn.info/atlas-mondial-des-femmes–9782080435859-page-14?lang=fr

12.https://hal.univ-lorraine.fr/hal-01732335

  1. https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/la-solitude-tue-prematurement_175015
forme

Plan de prévention de santé : Le « Plan FORME »

By Santé

Faire prendre conscience des éléments qui permettraient d’améliorer la santé de notre population

Par Stéphane, Aurore, membres de la commission santé

Cette note a pour objectif de poser certains des futurs axes de travail de la commission santé qui touchent à la prévention en santé. Nos travaux sont destinés à faire prendre conscience des éléments qui permettraient d’améliorer la santé de notre population — en particulier celle des enfants et des personnes âgées — notamment au travers de propositions concrètes autour de l’alimentation et de l’activité physique.

Les raisons d’agir vite

De nombreuses études scientifiques montrent qu’il existe des liens entre certains facteurs de risque, certains comportements, certains types d’aliments et l’évolution de maladies chroniques comme l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires ou certains cancers.

Pour notre bien commun et celui de notre pays, prenons rapidement conscience de la nécessité de mener la lutte contre la sédentarité par la promotion de l’activité physique, et de favoriser une meilleure alimentation avec moins d’aliments transformés, moins de sucre, une meilleure qualité des protéines et des graisses.

La liste ci-dessous des principaux éléments qui doivent nous pousser à agir le plus vite possible est longue et malheureusement non exhaustive, citons sans aucune hiérarchie :

  • Une espérance de vie en bonne santé quasi stagnante
  • Un nombre croissant de Français qui souffrent de problèmes de poids
  • Une alimentation ultra-transformée en expansion
  • Un équilibre nutritionnel malmené chez beaucoup de Français
  • Le diabète est toujours en progression
  • Les risques de maladies cardiovasculaires sont sous-estimés
  • Les cancers explosent
  • Les maladies psychiatriques sont insuffisamment prises en charge, etc.

Les objectifs du plan Forme

Nous tenterons d’expliquer, sous forme de notes synthétiques, l’évolution des affections les plus courantes dans notre pays et les causes les plus citées et reconnues. Sur ces bases, nous proposerons des solutions les plus pragmatiques et simples possibles. Elles constitueront le socle d’un plan d’attaque contre ces affections, nous l’appellerons pour le moment « Plan FORME ». Il sera organisé majoritairement autour de deux axes : la promotion de l’exercice physique et le retour à des habitudes alimentaires qui concourent à un meilleur équilibre des apports nutritionnels.

La santé des Français ne se dégrade pas par fatalité, mais par une accumulation de choix — individuels, mais aussi politiques — qui privilégient trop souvent la thérapeutique au détriment d’une véritable politique de prévention. C’est un coût pour les Français eux-mêmes, pour leur santé et leur porte-monnaie, mais aussi un coût pour le budget de la France qui est amputé de ressources financières qui pourraient être utilisées ailleurs (instruction, défense, protection de la nature et de l’agriculture, etc.).

Nos travaux à venir se déclineront sur la forme de textes courts et intitulés « Le point sur… » pour faciliter la lecture et la compréhension des enjeux de santé. Nous espérons ainsi peser dans les débats de la prochaine campagne présidentielle de 2027.

lits hopitaux

Lits d’hôpitaux : La France accueille-t-elle tous ses patients ?

By Santé

L’évolution du nombre de lits d’hôpitaux n’est pas liée qu’au seul progrès médical

Aurore, Yannick, membres de la commission CRSI santé

La question de l’évolution et globalement de la diminution du nombre de lits d’hospitalisation est l’un des axes majeurs de notre politique de santé. Elle répond certes à des impératifs budgétaires, mais aussi à l’évolution des technologies médicales.

En 2024, la France compte 534 lits d’hôpitaux* pour 100 000 habitants déclarés, la moyenne européenne se situe à 507 (cf. Graphe 1). Selon les pays, notons qu’il peut exister des différences de comptabilisation des lits selon leur nature (public/privé, EPHAD, etc.).

 

 

capture d’écran 2026 09 24 à 16.55.29Graphe 1 : Total des lits d’hôpitaux en 2024 par pays européen (1) – Les lits d’hôpitaux comprennent des lits pour les soins curatifs, les soins de longue durée et les soins de réadaptation (soins somatiques et psychiatriques)

La France se situe donc dans la moyenne européenne pour ce qui concerne le nombre de lits d’hôpitaux pour 100 000 habitants déclarés, comme le montre la carte 1 ci-dessous :

capture d’écran 2026 09 24 à 14.40.09Carte 1 : Nombre de lits dans les hôpitaux par État membre, en 2023 (2)

 

Cependant, le nombre de lits hospitaliers diminue depuis plusieurs années comme le montre le graphe 2. La France a perdu 45 700 lits d’hospitalisation complète entre 2024 et 2013, soit environ 11 %. Entre ces dates, cette baisse se fait de manière quasi constante et continue (cf. pente de la courbe en bleu foncé).

Une partie de cette baisse est expliquée par les innovations médicales et chirurgicales qui permettent des soins moins lourds pour les patients, ces derniers pouvant justes être hospitalisés la journée (soins ambulatoires). En effet, les diagnostics sont plus rapides, la circulation des informations cliniques est accentuée par les systèmes d’information et les connections entre les différents équipements médicaux. En ce qui concerne la chirurgie, les techniques opératoires ont considérablement évoluées. Elles s’appuient sur des informations cliniques précises obtenues en amont. Grâce à cela et aux outils chirurgicaux modernes (robots par exemple) les durées d’intervention sont nettement plus courtes et la période de rétablissement post-opératoire également. Ces éléments contribuent à la diminution des durées de séjour et du nombre de lits. Ces technologies modernes nécessitent des moyens importants que les hôpitaux de taille moyenne ont du mal à mobiliser. Ils sont, de fait, les plus touchés par la diminution du nombre de lits de chirurgie.

En 2013, les établissements de santé ont pris en charge près de 12 millions de séjours d’hospitalisation complète contre 10,8 millions en 2024, soit 97,2 millions de journées d’hospitalisation complète (établissements de soins de longue durée, ou SLD, exclus). Ces lits sont occupés en 2024 à plus de 80 % toutes disciplines confondues, soit + 1,5 % depuis 2022.

Tout cela explique également le nombre croissant de lits d’hospitalisation partielle, moins d’une nuitée et appelé aussi lits ambulatoires, qui a augmenté de 23 200 places en 11 ans pour atteindre 91 100 place fin 2024. Les hospitalisations partielles ont augmenté passant de moins de 15 millions en 2013 à 20,5 millions en 2024.

Enfin, l’attente des patients doit être intégrée, toute choses égales par ailleurs, ils préfèrent passer le moins de temps possible à l’hôpital. La condition de la réussite de cette politique des lits d’hôpitaux est le développement des moyens de prises en charge au domicile. Pour les personnes âgées dépendantes, le développement de ces moyens est aussi une condition pour retarder le plus possible l’admission en EHPAD. La somme de ces différents éléments correspond aux évolutions majeures de notre temps.

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Graphe 2 : Évolution du nombre de lits et de place d’hospitalisation partielle entre 2013 et 2024 (3)

 

Le graphe 3 ci-dessous montre l’évolution de la capacité d’accueil selon les secteurs. Pourtant en parallèle d’une baisse des lits en psychiatrie, les besoins de cette discipline ont explosé, notamment depuis la crise de la Covid-19 et pour les adolescents surtout.

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Graphe 3 : Lits d’hospitalisation complète entre 2003 et 2024 (4)

Résumons, entre 2013 et 2024, donc en 11 ans, il y a +23 200 places d’hospitalisation partielle d’un côté et -45 700 places d’hospitalisation complètes de l’autre…

Le bilan est-il négatif ? Fin 2024, le sénateur Maurey (5) s’interroge : « […] le nombre de lits en soins critiques a baissé de 1,7 % (entre 2020 et 2021), […] notre pays a accéléré les fermetures de lits d’hôpitaux depuis la crise du covid-19, notamment celles de lits en soins critiques ».

La réponse officielle faite au sénateur Maurey est celle-ci : « En ce qui concerne les soins critiques plus précisément, un nouveau cadre réglementaire a été défini en 2022 pour tirer les leçons de la crise covid. Il prévoit notamment de rehausser les ratios de personnels non médicaux pour les unités de soins intensifs, introduit une flexibilité du nombre de lits pour permettre à tous les établissements de faire face à des besoins de prise en charge saisonniers ou de plus grande ampleur et structure les filières de soins critiques à l’échelle de chaque région ». Elle suggère plus une volonté de suradministration qu’une réflexion sur la question du manque de personnel médical pour conserver des lits.

Les attentes sur des brancards, régulièrement médiatisés, dans les services d’urgence laissent penser que le nombre de lits d’hospitalisation ou sa répartition sur le territoire est possiblement inadaptée. Elle est, en tous les cas, hétérogène comme le montrent les cartes 2 et 3. Cependant, il ne faut pas sous-estimer, comme causes de ces attentes, la désorganisation de la prise en charge et, là encore, le manque de personnel puisque le taux d’occupation des lits n’est pas de 100%.

En ce qui concerne les urgences, la clé est la coopération avec la médecine libérale pour éviter les engorgements des services d’accueil d’urgence. Il faudrait une structure double, l’une hospitalière, l’autre libérale.  Elles devraient être implantées de façon proche et fonctionner en continu. Le centre 15, qui gère les appels, dirigerait les cas qui lui semblent peu graves vers la structure libérale. Les expériences, déjà en place, sont prometteuses. Sur ce point la puissance publique devrait poser des objectifs forts et contraignants notamment au secteur libéral. Que diront les futurs programmes pour la présidentielle de 2027 sur ce point ?

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En 2013, chiffres INSEE disponibles (7), la France comptait environ 66,13 millions d’habitants recensés (population au 1er janvier). En 2024, la population de notre pays est proche de 68,64 millions, soit près de 2,5 millions de personnes de plus à soigner. Par définition, les personnes en situation irrégulière et non recensées ne figurent pas dans ces chiffres, et leur besoin en matière de soins est mal connu.

Alors que la population française s’accroît et vieillit, le nombre d’hospitalisations complètes chute depuis plus de 10 ans… Notre espérance de vie en bonne santé n’a progressé que d’un an en 20 ans contre 3,5 ans pour l’Italie et presque 7 ans pour la Suède (8). Elle était en 2024 de 63,6 ans, les deux sexes confondus. Or, notre espérance de vie à la naissance (9) est en 2025 de 85,9 ans pour les femmes et de 80,3 ans pour les hommes.  Il y a donc une longue période où nos aînés vivent tout en souffrant de maladies…

Ils auront donc probablement besoin de lits d’hôpitaux longue durée. La compensation ne pourra pas se faire avec les lits proposés par les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Ils offrent en moyenne 111 places pour 1 000 habitants de 75 ans ou plus (10). Ce chiffre varie grandement selon les départements, par exemple : 60 places pour le Corse, 130 pour l’ouest de la France. Les capacités d’accueil des Ehpad ont certes augmenté entre 2007 et 2019, mais on note une baisse de 0,8 % depuis 2019.

Il reste difficile de tirer des conclusions sur la qualité de la prise en charge des patients sur le simple comptage des lits. « L’hospitalisation complète des patients ne peut être considérée comme la seule modalité de prise en charge et le nombre de lits comme le seul indicateur de la qualité des soins » rappel le ministère auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l’accès aux soins (5).

N’oublions pas que la capacité des hôpitaux (publics mais aussi, à ne jamais oublier, privés) à répondre aux crises sanitaires majeures est un sujet qui doit nous mobiliser. Ces crises peuvent être des pandémies, des conflits, des accidents majeurs, des actes terroristes, des crises sécuritaires internes graves. L’hôpital possède déjà des outils de mobilisation de ressources qui lui sont propres (hôpital en tension, plan blanc, coopération avec les Préfets sur le plan rouge). Néanmoins, cette dimension spécifique doit être travaillée et accentuée. Au regard des futures crises à venir, la capacité de réaction coordonnée des hôpitaux de notre territoire devient un élément crucial d’une politique régalienne solide.

Par ailleurs, si la réduction de lits d’hospitalisation complète est actée, s’accompagne-t-elle d’assez de moyens de lutte pour la prévention des affections chroniques ? On peut imaginer, en théorie, qu’une politique de prévention efficace permettrait de faire baisser le recours à l’hospitalisation.

* Les lits d’hôpitaux sont ceux qui sont régulièrement entretenus et dotés de personnel et immédiatement disponibles pour les soins des patients admis. Ils couvrent les lits pour accueillir les patients qui sont officiellement admis (ou hospitalisés) dans un établissement pour un traitement et/ou des soins et qui restent au moins une nuit. Il s’agit notamment des lits dans tous les hôpitaux, y compris les hôpitaux généraux, les hôpitaux de santé mentale et de toxicomanie et d’autres hôpitaux spécialisés, que le lit soit occupé ou non. Les statistiques présentées excluent les tables chirurgicales, les chariots de récupération, les civières d’urgence, les lits de soins le jour même, les lits pour nourrissons en bonne santé, les lits dans les services qui ont été fermés pour quelque raison que ce soit, les lits provisoires et temporaires, ou les lits dans les établissements de soins infirmiers et résidentiels.

SOURCES :

(1) https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Healthcare_resource_statistics_-_beds

(2) https://www.touteleurope.eu/societe/cartes-quels-pays-europeens-comptent-le-plus-de-lits-dans-les-hopitaux/

(3) https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse-documents-de-reference/panoramas-de-la-drees/260520-Etablissements-de-santé-en-2024

(4) https://evaluation.securite-sociale.fr/home/maladie/1-5-1-capacite-d-accueil-des-eta.html

(5) https://www.senat.fr/questions/base/2024/qSEQ241001035.html

(6) https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2021-07/Fiche 02 – Les capacités d’accueil à l’hôpital.pdf?TSPD_101_R0=087dc22938ab20001f02d6f3a23ac54b540518c7f23180163a0bb748355de0f259a03b90c726b56308809069481430004e701f2af2acf9f57b3542daefbc7a18dabaebcae64238d5e10ae1510a52f9b22b12a84a4c369f7f7dac40747dfdcf92

(7) https://www.insee.fr/fr/statistiques/8721185?sommaire=8721209&q=population

(8) https://www.crsi-france.fr/sedentarite-des-francais-voulons-nous-enterrer-nos-enfants/

(9) https://www.insee.fr/fr/statistiques/2416631

(10) https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2025-09/PAPH – Fiche 09 – Les établissements d’hébergement pour personnes âgées_0.pdf

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Ecrans et natalité : l’impact du virtuel est réel

By Numérique, Santé

 

Par Aurore, membre de la commission CRSI santé

Projet transversal des commissions numérique et santé

 

Dans une réflexion intergroupe au CRSI, le sujet des « écrans » est apparu comme incontournable et nombreux sont les liens existants entre notre santé et ces outils numériques. Pour ceux qui douteraient, lire les articles récents qui relatent les procédures judiciaires actuelles opposant les États américains aux plateformes numériques[1]…

Cependant, à côté des effets les plus connus du grand public sur notre santé, c’est-à-dire surtout une perturbation de notre vie relationnelle, psychologique, avec des risques d’addictions, les écrans pourraient-ils avoir des effets sur notre santé « reproductive » ?

La natalité, ou plutôt la chute de la natalité qui préoccupe l’Occident, est plurifactorielle. Un rapport récent de l’Assemblée nationale liste les principales explications retenues actuellement[2] :

Facteurs économiques

– coût du logement

– coût de la garde d’enfant

– difficultés pour trouver un emploi

Arbitrage carrière / parentalité

– allongement des études pour les femmes

– difficultés à concilier vie professionnelle et vie privée

Evolutions socio-culturelles

– besoin de réussite individuelle

– progression du célibat, crise de la conjugalité

– société de plus en plus « no kids »

– anxiété accrue

Infertilité

  • augmentation de l’âge au premier enfant

La liste des causes d’infertilité n’est pas exhaustive, s’ajoutent : tabac, augmentation de l’âge de la paternité, perturbateurs endocriniens, polluants, augmentation des maladies chroniques, augmentation de l’obésité, sédentarité, usage de drogues, troubles du sommeil, etc.

En France, le taux de naissances vivantes entre 1980 et 2025 (y compris Mayotte depuis 2014) est illustré par le graphique 1 ci-dessous :

chute natalité

Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381380

 

Parmi les causes de baisse de la natalité, une semble peu étudiée : l’impact des smartphones sur nos vies. Le travail de chercheurs étasuniens, Caitlin K. Myers et Ezekiel Hooper (NATIONAL BUREAU OF ECONOMIC RESEARCH), vient d’apporter, en juin dernier, quelques pistes supplémentaires à ce sujet[3].

Le nombre de naissances (enfants vivants) pour 1000 femmes (âgées de 15 à 44 ans) est resté constant aux USA entre 1980 et 2007. Il était de l’ordre de 65 à 70 naissances / 1 000 femmes. En 2024, ce taux chute à 54 enfants pour 1 000 femmes. La baisse aux USA est d’environ 22 % depuis 2007, cf. graphique 2.

taux de fécondité usa

Graphique 2 : déclin du taux général de fécondité, pour les femmes âgées de 15 à 44 ans. L’iPhone 1 est introduit aux USA en 2007[4].

Or, cette année-là, le premier smartphone de la firme Apple est mis sur le marché et commercialisé uniquement via l’opérateur AT&T. Une comparaison des zones géographiques desservies par cet opérateur est faite avec les zones qui ne l’étaient pas. Les résultats indiquent que la chute des naissances en lien avec l’accès à l’iPhone 1 est de 4,5 à 8 % chez les 15 à 19 ans et de 3,2 à 6,6 % chez les 20 à 24 ans. Il persiste une différence statistiquement significative pour les femmes plus âgées, mais elle est moins marquée.

Selon ces auteurs, la diffusion de l’iPhone 1 expliquerait 33 à 52 % du déclin du taux de fécondité* chez les femmes de 15 à 44 ans. Cela se justifierait notamment par la réduction de l’interaction entre les personnes, l’accroissement de la consommation de contenus pornographiques et la réduction de la fréquence des rapports sexuels.

Une autre étude a été menée sur la chute de la fécondité chez les adolescents en lien avec le digital[5]. Elle conclut qu’il existe, aux USA et au Royaume-Uni, une accélération de cette chute chez les adolescents depuis 2007 et l’arrivée du premier smartphone.

Le 9 novembre 1965, une panne géante de courant à New York avait marqué les esprits et, neuf mois plus tard, des journalistes avaient publié de nombreux articles sur une augmentation nette des naissances, de manière erronée car les statistiques ont depuis infirmé leur dires[6]. Une soirée sans écrans, la télévision à l’époque, ne suffit pas pour rendre plus prolifiques les couples !

Certes, les écrans ne sont probablement pas les premiers responsables de la chute de fécondité observée partout dans le monde, et ce parfois depuis la fin du XXe siècle[7], mais leur usage en augmentation constante, l’impact qu’ils ont sur les relations humaines, l’isolement qu’ils procurent parfois, les dérives qui y sont associées, notamment concernant la consommation de pornographie, et l’évolution de la société humaine en recherche accrue de plaisirs immédiats (cf. les articles sur les écrans[8] et l’addiction[9]) sont autant de facteurs qui éloignent les individus physiquement les uns des autres et donc d’une vie de couple et de famille qui suppose le plus souvent de se projeter dans un futur trop lointain pour certains…

 

* Le taux de fécondité est le rapport du nombre de naissances vivantes de l’année à l’ensemble de la population féminine en âge de procréer c’est-à-dire de 15 à 50 ans pour les données françaises (source Ameli, https://www.ameli.fr/assure/sante/devenir-parent/concevoir-un-enfant/sterilite-pma-infertilite/baisse-de-la-fertilite-et-de-la-fecondite-pourquoi)

 

Sources : 

[1] https://www.lefigaro.fr/medias/danger-des-reseaux-pour-les-mineurs-meta-verse-17-milliards-de-dollars-pour-regler-son-proces-aux-etats-unis-20260826

 

[2]   https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/natalite/l17b2474-ti_rapport-information

 

[3] https://www.nber.org/papers/w35310

 

[4] https://www.nber.org/papers/w35310

 

[5] https://homepages.uc.edu/~moscoshn/Personal_webpage/papers/Smartphone_web.pdf

 

[6] https://www.persee.fr/doc/estat_0336-1454_1970_num_18_1_2019

 

[7] https://atlantico.fr/article/decryptage/hausse-du-nombre-de-smartphones-chute-de-la-natalite-et-si-nos-telephones-etaient-un-coupable-trop-facile-couples-naissance-enfants-bebes-David-Le-Breton-Laurent-Chalard-Pascal-Neveu

[8] https://www.crsi-france.fr/la-cyberdependance-chez-les-jeunes/

[9] https://www.crsi-france.fr/ecrans-et-addictions-physiologie-du-plaisir/`

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Réseaux sociaux : une loi de majorité numérique finalement censurée

By Numérique, Santé

Note transversale des groupes numérique et santé, 3/3.

Selon l’institut Reuters, les réseaux sociaux sont devenus la première source d’information dans le monde, dépassant pour la première fois en 2026 les médias traditionnels. Et le phénomène est encore en devenir puisque la moitié des 18-24 ans s’informent exclusivement via les réseaux sociaux.

 

Par François Bargoin, membre de la commission CRSI Numérique

 

  1. La loi dite de majorité numérique

  2. Une efficacité discutable pour un positionnement essentiellement politique

  3. Fin de l’anonymat

  1. Un climat hostile aux réseaux sociaux

  2. Le Conseil constitutionnel censure

 

1. La loi dite de majorité numérique

En conclusion d’un parcours législatif commencé en janvier, la version finale du texte, élaborée par une commission mixte paritaire, a été votée par les deux assemblées le 21 juillet dernier.

Ce texte prévoit une interdiction effective des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans dès le 1ᵉʳ septembre pour les nouveaux comptes, et au 1ᵉʳ janvier 2027 pour les comptes existants. Des exceptions sont prévues pour « les encyclopédies en ligne » et pour « les projets numériques à vocation éducative ».

Il est également prévu l’interdiction des téléphones portables dans les collèges et les lycées dès la rentrée prochaine.

 

2. Une efficacité discutable pour un positionnement essentiellement politique

L’efficacité réelle du texte voté est largement sujette à caution, pour au moins deux raisons fortes.

Tout d’abord, l’expérience Australienne (premier pays à avoir interdit les réseaux aux moins de 16 ans en décembre 2025) montre que les jeunes ont déployé beaucoup d’imagination pour contourner l’interdiction : utilisation de VPN pour se localiser fictivement dans un pays étranger, usurpation d’identité, photos vieillies par l’IA, accès sous le compte des parents, et souvent avec leur accord … Les premiers bilans publiés en Australie montrent que 85 % des jeunes de moins de 16 ans continuent à utiliser les plateformes interdites.

Ensuite, l’interdiction des réseaux constitue un nouvel exemple de chevauchement du droit national et du droit européen.

En effet, la prérogative d’imposer des outils et des obligations aux plateformes est une compétence de l’UE, conformément au Digital Service Act (DSA).

Dans ce contexte juridique, le texte voté en France formule un principe d’interdiction aux moins de 15 ans, mais il est totalement muet sur les outils permettant la mise en œuvre de l’interdiction, ainsi que sur les sanctions. Il appartiendra donc aux plateformes d’intégrer le ou les outils qu’elles jugent nécessaires. Et dans la mesure où lesdites plateformes devront composer avec des mécanismes qui seront probablement imposés ultérieurement par l’UE, il est permis de s’interroger sur ce qui sera réellement fait au 1ᵉʳ septembre 2026.

Dans ces conditions, la loi ressemble davantage à une déclaration d’intention qu’à un texte abouti. Il est clair qu’il y a eu un empressement français à être le premier pays européen à légiférer sur le sujet. D’autres pays, l’Espagne et la Grèce notamment, souhaitent aussi légiférer sur les réseaux sociaux, mais attendent l’avancée des travaux menés au niveau européen.

Cet empressement obéit à des motivations qui sont avant tout politiques ; volonté de donner du contenu à la fin du quinquennat ; volonté du Président d’apparaître comme un leader sur ces questions, à l’échelle européenne et mondiale ; positionnement en protection des Français et de la jeunesse ; positionnement volontariste sur les questions de souveraineté nationale et numérique.

Le vote du texte a été une victoire politique. Le Président s’est immédiatement félicité « d’une avancée majeure » et a mis en ligne une vidéo (sur ces mêmes réseaux sociaux…) dans laquelle il montre sa persévérance sur le sujet et il se félicite de ce que « la France ouvre la voie en Europe pour la protection de nos enfants, de nos adolescents ».

Le Président Macron a d’ailleurs été suivi par les censeurs de tous bords qui voudraient limiter l’expression sur les réseaux sociaux : citons Marine Tondelier, réclamant dans Libération l’interdiction de X en cas « d’ingérence constatée » ou encore Thierry Breton, toujours surprenant, demandant après l’affaire de Ceuta que « les frontières numériques de l’Europe soient renforcées » et que l’UE « impose à ses partenaires un contrôle des réseaux et des plateformes en s’inspirant du DSA ».

 

3.  Fin de l’anonymat

La fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux est un premier coup à la liberté d’expression. Selon les outils qui seront mis en place, tous les utilisateurs devront présenter leur carte d’identité ou une reconnaissance faciale sur internet. Qui aura la garde de cette masse de données personnelles ? Quel niveau de sécurité pour ces données, sachant le nombre élevé de piratages de données constatés récemment ? Ne faut-il pas craindre qu’il s’agisse d’une porte ouverte à d’autres types de contrôles et de restrictions ?

Le principe officiel mis en avant est le « double anonymat » : la plateforme (TikTok, Instagram, etc.) ne doit pas connaître l’identité de l’utilisateur. Elle reçoit seulement une attestation binaire du type « a plus de 15 ans ». Le prestataire de vérification (par exemple France Identité) ne doit pas savoir pour quel site la vérification est demandée. Ainsi, en théorie, aucune des deux parties ne détient à la fois l’identité et l’usage. Les documents d’identité ou les images faciales sont traités par le tiers, souvent avec suppression après vérification (minimisation des données exigée par le RGPD).

Reste qu’en pratique, les données transitent par des prestataires (l’État via France Identité, etc.). Le cloisonnement dépend de la qualité de l’architecture. Et de toute façon, les données permettant la traçabilité des propos tenus sur les réseaux existeront quelque part.

 

4. Un climat hostile aux réseaux sociaux

Le vote du texte de majorité numérique intervient dans un climat général où les réseaux sociaux sont décrits comme le lieu de toutes les manipulations, contre lesquelles il faudrait impérativement protéger la population.

Au-delà de la protection de la jeunesse, la tentation est forte de maîtriser, réguler, contrôler ces nouveaux espaces informationnels, qui jouent un rôle d’importance croissante. Plusieurs actualités récentes montrent que des dispositifs sont mis en place qui pourraient facilement servir à censurer ce qui se dit sur les réseaux et à réguler la liberté d’expression dans l’espace public.

  • En juillet, une mission sénatoriale proposait de créer un observatoire de la désinformation et demandait un encadrement plus strict des créateurs de contenu et des plateformes. Le sénateur Laurent LAFON parlait même « d’ingérence intérieure». Un oxymore qui a choqué car il pourrait conduire à considérer comme une menace toute mobilisation sur les réseaux sociaux qui aurait une influence significative sur l’opinion.
  • L’ARCOM identifie les créateurs de contenu sur les réseaux comme des médias qui vont influer sur la prochaine élection présidentielle, mais qui malheureusement échappent encore à tout contrôle. L’ARCOM voudrait leur appliquer les mêmes règles qu’aux médias traditionnels.
  • Des manipulations grossières concernant E. Philippe, R. Glucksmann, et G. Attal, pourtant d’un faible niveau de visibilité sur les réseaux, sont opportunément dévoilées et font aussitôt les titres de la presse.
  • Une nouvelle commission est installée pour la prochaine élection présidentielle. Cette commission « indépendante » composée de hauts fonctionnaires vise à lutter contre les ingérences étrangères et à réagir rapidement aux campagnes numériques susceptibles d’altérer le débat démocratique. Parallèlement, les peines encourues « pour atteinte à la sincérité du scrutin» sont alourdies et un nouveau référé permettra à un juge de faire cesser immédiatement la diffusion de contenus « manifestement inexacts ou trompeurs ».

Nous ne développerons pas ici ces nouveaux dispositifs, ce pourrait être l’objet d’un autre dossier.

Contentons-nous d’observer qu’ils pourraient servir à exclure certains propos jugés non conformes, à étouffer le débat démocratique, à commander le retrait de publications dissidentes, et à pénaliser certaines plateformes.

Et qu’ils auront aussi un effet dissuasif, l’autocensure étant toujours la forme la plus aboutie de la censure.

5. Le Conseil constitutionnel censure

Dans sa décision du 14 août, le Conseil constitutionnel a censuré l’article 1er du projet de loi. (L’interdiction des téléphones portables dans les collèges et lycées est maintenue.) Concrètement, l’objectif de protection de la jeunesse n’est pas remis en cause, mais deux motifs sont invoqués :

Tout d’abord, le texte excluait du périmètre d’interdiction les seules encyclopédies en ligne et les répertoires éducatifs. Le conseil a considéré que ces exceptions étaient insuffisantes et laissaient dans le champ de l’interdiction « des services de communication en ligne dont les risques pour la santé et la sécurité des mineurs ne sont pas établis ».

Ensuite, le Conseil constitutionnel a jugé que les modalités d’application étaient trop restrictives et portaient atteinte à la liberté d’expression et de communication, d’une manière qui « n’est pas adaptée, nécessaire et proportionnée à l’objectif poursuivi » ; d’une part parce qu’il n’existait aucun moyen permettant à l’autorité parentale de « décider de lever l’interdiction, d’en limiter la portée ou d’autoriser l’accès à certains services » ; et d’autre part en obligeant toute personne, même majeure, à faire la preuve de son âge, sans qu’il soit prévu les « conditions et les limites dans lesquelles il devra en être justifié ».

Au vu de l’engagement du Président sur cette question, de nombreux observateurs ont considéré que cette décision constituait « un revers », voire « un camouflet ». Emmanuel Macron s’est efforcé de réagir rapidement, en chargeant le Premier ministre de travailler, d’ici la fin de la mandature, à une « nouvelle rédaction juridiquement robuste », tenant compte de la décision du Conseil constitutionnel ainsi que du cadre européen.

Reste que, entre droit européen et Conseil constitutionnel, la voie pour un texte « juridiquement robuste » est étroite.

En effet, avant la version finale issue de la commission mixte paritaire, la version du texte élaborée par le Sénat le 31 Mars prévoyait deux choses : que l’interdiction ne concernerait que les réseaux susceptibles de nuire à l’épanouissement physique, mental ou moral, et figurant sur une liste établie par un arrêté du ministre chargé du numérique, pris après avis de l’ARCOM ; et que l’accès aux réseaux ne figurant pas sur la liste interdite serait conditionné à l’accord d’au moins un des responsables légaux.

Cette version du Sénat aurait donc pu satisfaire le Conseil constitutionnel … mais pas la Commission européenne ! Celle-ci avait estimé le 6 juillet que la version sénatoriale du texte n’était pas pleinement compatible avec le DSA. En cause notamment le pouvoir excessif confié à l’ARCOM (pouvoir de proposer les plateformes interdites, signalement des manquements de plateformes établies dans d’autres États), et la volonté de la commission de « minimiser la fragmentation des systèmes nationaux qui pourrait créer une insécurité juridique ou affaiblir l’application des règles ». Autrement dit, chaque pays ne peut pas faire ce qu’il veut et interdire les plateformes qu’il veut.

La même démonstration peut être faite sur les modalités de contrôle de l’âge. Il semble compliqué de satisfaire à la fois le Conseil constitutionnel, qui sanctionne le texte pour absence de conditions, de limites et de garanties légales dans la vérification de l’âge, et le DSA, qui définit la capacité à imposer des obligations et des vérifications aux plateformes comme une compétence de niveau européen.

Les partisans de la liberté d’expression se réjouiront de la censure de ce texte.

Reste que cette décision illustre une nouvelle fois l’irruption de plus en plus prégnante du Conseil constitutionnel comme un acteur législatif majeur.

Plus largement, cette séquence sur l’interdiction des réseaux sociaux montre que les volontés du Parlement et du Président, tous deux élus par le peuple, ne suffisent pas même lorsqu’elles sont convergentes, et doivent naviguer entre un droit européen de plus en plus développé, et un Conseil constitutionnel toujours plus présent.