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Protoxyde d’azote et sécurité intérieure

By Nos événements, Santé

Le protoxyde d’azote sert en médecine à détendre les jeunes patients avant un acte jugé stressant. Facile d’accès car aussi présent dans les cuisines, il est devenu la nouvelle drogue des jeunes avec des conséquences sur leur santé et celle des autres.

Par Fabrice Parabère, membre de la commission santé

L’usage détourné du protoxyde d’azote (N₂O), dit « gaz hilarant », s’est fortement développé chez les adolescents et les jeunes adultes depuis 2020. Les signalements d’intoxication sont en hausse continue, et certaines intoxications aiguës relèvent d’une prise en charge en urgence voire en déchocage (secteur hospitalier de réanimation dédié aux personnes en détresse vitale immédiate) [1, 2].

Les équipes de secours interviennent de façon récurrente auprès de jeunes ayant inhalé du N₂O (« proto »), très fréquemment retrouvés avec un trouble de la conscience d’intensité variable (du simple étourdissement au coma). Les risques majeurs observés sur le terrain sont l’hypoxie (manque critique d’oxygène dans le sang), les vomissements avec risque d’inhalation pulmonaire (passage accidentel du vomi dans les poumons pouvant entraîner un étouffement) et des manifestations neurologiques parfois sévères.

La loi n° 2026-798 du 18 août 2026 (dite « RIPOST ») érige en délit l’inhalation de N₂O en dehors de tout acte médical (un an d’emprisonnement et 3 750 € d’amende) et interdit la vente aux particuliers à compter du 1er février 2027 [3]. Si le cadre juridique est ainsi renforcé, les conséquences sanitaires à l’échelon national demeurent une préoccupation majeure.

Quelques minutes d’euphorie

Rires incontrôlés, sensation d’ivresse, vertiges, altération des perceptions visuelles et auditives : les effets recherchés durent généralement quelques minutes. Cette brièveté de sensations entretient l’illusion d’une pratique anodine et favorise la répétition des inhalations.

Une altération psychomotrice résiduelle (des réflexes ralentis et une perte de coordination) persiste pourtant au moins 45 minutes, et le gaz reste détectable dans l’air expiré et le sang pendant au moins une heure [4]. L’absence de test de dépistage homologué complique les investigations après un accident.

Ce que le gaz fait au corps

Les autorités sanitaires décrivent des atteintes neurologiques, cardiovasculaires et psychiatriques par plusieurs mécanismes : le N₂O oxyde de façon irréversible l’atome de cobalt de la vitamine B12, ce qui inactive la méthionine synthase (une enzyme essentielle au bon fonctionnement cellulaire). Il en résulte un déficit fonctionnel en vitamine B12, parfois avec un taux sérique normal (une présence normale de vitamine B12 dans le sang, mais inactive dans l’organisme), et une accumulation d’homocystéine et d’acide méthylmalonique, marqueurs biologiques plus fiables que le simple dosage de la vitamine B12 [5, 6].

Les complications neurologiques dominent : myélopathie (atteinte grave de la moelle épinière), neuropathie périphérique à prédominance axonale (destruction des neurones qui commandent les membres), ou forme mixte [7, 8]. Elles se traduisent par des paresthésies (fourmillements), une hypoesthésie distale (engourdissement et perte de sensibilité au niveau des doigts et des orteils), une ataxie* proprioceptive avec troubles de la coordination des mouvements et de l’équilibre entraînant un trouble de la marche et un déficit moteur avec perte de force des membres inférieurs. Le risque est dose-dépendant (plus la consommation est élevée, plus les dégâts sont graves) [9]. Dans une cohorte francilienne de 181 patients (2018-2021), la récupération complète à un mois n’était observée que chez 8 % des patients évalués [8].

La perte de connaissance, inconstante, résulte principalement de l’hypoxie** liée à l’inhalation de gaz pur. L’hyperhomocystéinémie induite (excès toxique d’un acide aminé dans le sang) expose à des événements thromboemboliques veineux (phlébites) et artériels, décrits chez des sujets jeunes sans autre facteur de risque [10].

En se détendant à la sortie d’une cartouche ou d’une bonbonne, le gaz atteint environ -40 °C (effet Joule-Thomson, refroidissement brutal lors de la décompression) et peut provoquer des gelures cutanées ou des voies aérodigestives [11]. L’inhalation directe à la cartouche expose en outre à un barotraumatisme pulmonaire par hyperpression (déchirure des poumons sous la pression du gaz) [11].

Un usage compulsif, répétitif, voire une dépendance, est décrit chez une minorité de consommateurs intensifs [1, 12].

Les mélanges

Le protoxyde est souvent consommé en association avec d’autres produits, notamment l’alcool. Les risques augmentent lorsqu’il est associé à l’alcool, au cannabis, aux poppers ou à certains stimulants. Associé à la cocaïne, il peut favoriser des troubles du rythme cardiaque.

Sur la route

En France, le baromètre Ipsos BVA-Macif 2026 (3 500 jeunes de 16 à 30 ans) indique que 12 % des répondants ont expérimenté le N₂O et que 34 % des consommateurs déclarent avoir déjà conduit après en avoir consommé [13]. La loi du 18 août 2026 crée un délit de conduite sous l’emprise manifeste d’une substance altérant la vigilance (art. L. 237-1 du code de la route) [3]. Aux Pays-Bas, la police a recensé plus de 900 accidents graves ou mortels liés au N₂O [4].

Ce que disent les jeunes

La méconnaissance des complications neurologiques est fréquemment rapportée chez les usagers [1]. Une idée reçue demeure également : parce que le produit est longtemps resté légal et facilement accessible, il serait sans danger. Les actions de prévention rappellent au contraire que la légalité d’un produit ne constitue jamais une garantie d’innocuité.

Reconnaître les signes chez un proche

  • Présence de cartouches, ballons ou bonbonnes.
  • Fou rire bref, regard absent ou désorientation passagère.
  • Fourmillements, troubles de l’équilibre ou fatigue inhabituelle.

L’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament), l’Anses et Santé publique France rappellent que l’autosupplémentation en vitamine B12 ne prévient pas les complications tant que la consommation se poursuit [1]. Toute symptomatologie neurologique, apparition de fourmillements, faiblesses ou troubles de la marche, impose une évaluation médicale rapide.

Pourquoi est-il si facile d’en trouver ?

Produit initialement destiné à un usage alimentaire pour la réalisation de crème chantilly, le protoxyde d’azote reste accessible via différents circuits de distribution. Plusieurs rapports ont également souligné le rôle des réseaux sociaux dans certaines formes d’approvisionnement. La vente aux mineurs est interdite depuis la loi du 1er juin 2021, et la vente aux particuliers est limitée depuis 2024 aux cartouches de 8,6 g au plus [14].

Les déchets : un danger souvent oublié

Les cartouches abandonnées dans l’espace public ne posent pas seulement un problème de propreté. Certaines peuvent rester sous pression et provoquer des incidents dans les installations de traitement des déchets. En Île-de-France, près d’un million de bonbonnes ont été introduites en 2025 dans les incinérateurs du Syctom, provoquant plus de 25 000 explosions, pour un coût estimé à près de 15 millions d’euros [15].

Ailleurs

Au Royaume-Uni, le N₂O est classé drogue de classe C depuis le 8 novembre 2023 (Misuse of Drugs Act 1971) : sa détention en vue d’une inhalation récréative constitue une infraction [16].

Les Pays-Bas, le Danemark et la Belgique ont également interdit son usage récréatif [4].

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*Ataxie : perte du contrôle de la position de son corps dans l’espace.

** Hypoxie : perte du contrôle de la position de son corps dans l’espace.

Références

  1. ANSM, Anses, Santé publique France. Le « proto », des cas d’intoxication toujours en augmentation. Communiqué du 16 avril 2025.
  2. Guerlais M, Aquizerate A, Lionnet A, et al. Nitrous oxide: a unique official French addictovigilance national survey. Front Public Health. 2023;11:1167746. doi:10.3389/fpubh.2023.1167746.
  3. Loi n° 2026-798 du 18 août 2026 visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (dite RIPOST). JORF du 19 août 2026, art. 30.
  4. Durán Jiménez D, Vinckenbosch F, et al. In vivo detection of nitrous oxide in blood and saliva following recreational use. ACS Omega. 2026;11:17279-85. doi:10.1021/acsomega.5c09572.
  5. Oussalah A, Julien M, Levy J, et al. Global burden related to nitrous oxide exposure in medical and recreational settings: a systematic review and individual patient data meta-analysis. J Clin Med. 2019;8(4):551. doi:10.3390/jcm8040551.
  6. Grzych G, Deheul S, Gernez E, et al. Comparison of biomarker for diagnosis of nitrous oxide abuse: challenge of cobalamin metabolic parameters, a retrospective study. J Neurol. 2023;270(4):2237-45. doi:10.1007/s00415-023-11570-z.
  7. Garakani A, Jaffe RJ, Savla D, et al. Neurologic, psychiatric, and other medical manifestations of nitrous oxide abuse: a systematic review of the case literature. Am J Addict. 2016;25(5):358-69. doi:10.1111/ajad.12372.
  8. Dawudi Y, Azoyan L, de Broucker T, et al. Marked increase in severe neurological disorders after nitrous oxide abuse: a retrospective study in the Greater Paris area. J Neurol. 2024;271(6):3340-6. doi:10.1007/s00415-024-12264-w.
  9. Winstock AR, Ferris JA. Nitrous oxide causes peripheral neuropathy in a dose dependent manner among recreational users. J Psychopharmacol. 2020;34(2):229-36. doi:10.1177/0269881119882532.
  10. Oulkadi S, Peters B, Vliegen AS. Thromboembolic complications of recreational nitrous oxide (ab)use: a systematic review. J Thromb Thrombolysis. 2022;54(4):686-95.
  11. Liu Y, Svennersten K, Schwartz D, Huss F, et al. Frostbite injuries related to recreational nitrous oxide use: incidence, management, and complications in a Swedish case series. JPRAS Open. 2024. doi:10.1016/j.jpra.2024.07.019.
  12. Kaar SJ, Ferris J, Waldron J, et al. Up: the rise of nitrous oxide abuse. An international survey of contemporary nitrous oxide use. J Psychopharmacol. 2016;30(4):395-401. doi:10.1177/0269881116632375.
  13. Ipsos BVA pour la Macif. Les addictions et leurs conséquences chez les jeunes, 6e édition. Juin 2026.
  14. Loi n° 2021-695 du 1er juin 2021 tendant à prévenir les usages dangereux du protoxyde d’azote ; arrêté du 19 juillet 2023 limitant à 8,6 g les cartouches vendues aux particuliers.
  15. Syctom, agence métropolitaine des déchets ménagers. Communiqué de 2026 (données 2025), repris par l’AFP.
  16. United Kingdom. The Misuse of Drugs Act 1971 (Amendment) Order 2023, SI 2023/1091 ; Home Office. Nitrous oxide ban: guidance. 8 novembre 2023.
sucre

Le point sur les produits sucrés

By Nos événements, Santé

Le sucre ne doit pas être un aliment consommé en trop grande quantité, mais comment faire quand il se cache dans de plus en plus d’aliments ?

Par Aurore, responsable de la commission santé

Projet Plan Forme note 5

La prévention en santé ne peut s’envisager sans parler alimentation. Les nutritionnistes utilisent pour leurs patients, tout comme les professeurs pour leurs élèves, une pyramide alimentaire qui met en avant les produits considérés aujourd’hui comme les plus indispensables et les plus sains à notre santé. Ces aliments sont donc logiquement placés à la base de la pyramide. Le sommet de la pyramide est constitué par les aliments non indispensables à notre santé, voire déconseillés en consommation régulière.

Que trouve-t-on au sommet de cette pyramide ? Les produits sucrés.

Schématisons les choses…

Notre alimentation se compose, en plus de l’eau, de trois types de macronutriments que nous consommons en grande quantité et qui sont indispensables car ils nous apportent notamment de l’énergie : protéines, lipides et glucides. Par opposition, les micronutriments, tout aussi indispensables, sont ingérés en moindre quantité, ces derniers ne nous apportent aucune énergie : minéraux et vitamines.

Oses et abus

Pour les amateurs de chimie, la formule des glucides est CnH2nOn ou Cn (H2O) n d’où leur ancien nom d’hydrate de carbone. On les classe en fonction du nombre d’unités simples, appelées oses, qu’ils comportent. Les oses les plus fréquents sont les hexoses où n = 6, (glucose, fructose). Les glucides forment donc une grande famille qui inclut les glucides complexes (longs polymères d’oses) tel l’amidon de vos pommes de terre qui sont digestibles par notre organisme ou les glucides non assimilables, c’est-à-dire les fibres de vos légumes telle la cellulose, la même qui compose vos cotons démaquillants !

Sucres et glucides ne sont pas synonymes. Ce que nous appelons communément les sucres sont des molécules composées d’un ou deux oses. Ils ont un pouvoir sucrant et sont aussi appelés sucres rapidesou encore sucres libres car très vite assimilés par l’organisme.

Comme les repérer sur l’étiquette d’un produit ?

Leur nom se termine par -ose !

Facile !

Vous les connaissez pour la plupart : glucose, fructose, galactose, lactose, etc. Le sucre (au singulier, la chose est importante) que vous mettez dans votre café se nomme en chimie saccharose, il se compose d’une molécule de glucose et d’une molécule de fructose. Le dextrose, lui, est un sucre de synthèse et n’existe que dans les aliments industriels.

Quand l’humain mange des sucres, il active le circuit de la récompense, les plus curieux lirons sur ce sujet notre note disponible via ce lien https://www.crsi-france.fr/ecrans-et-addictions-physiologie-du-plaisir/. Ce circuit est fait tel que les humains cherchent à reproduire l’action qui leur procure du plaisir, ici manger un aliment sucré. Les aliments les plus riches en sucres stimulent au maximum ce circuit. Un risque d’addiction au sucre existe donc.

 

L’empereur fautif

Chez l’adolescent, l’excès de sucre est incriminé dans la perte de mémoire et d’apprentissage. Par ailleurs, la consommation excessive de sucre déclenche chez eux des pics de glycémie à l’origine de pics d’insuline qui font chuter la glycémie, chute brutale responsable de fatigabilité et d’irritabilité.

De manière plus générale, l’excès de sucre accélère le vieillissement cérébral, perturbe la flore intestinale. Le sucre en excès est stocké dans le foie et le tissu adipeux sous forme de graisse principalement. L’excès de graisses conduit à une résistance à l’insuline, facteur de diabète de type II, ou à la maladie dite du foie gras.

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Pour les amateurs d’histoire, début XIXe siècle, le blocus anglais limite les importations de sucre de canne.  Napoléon [1], se souvenant d’une émeute dite « des sucres » en 1792, lance la culture de la betterave sucrière en Métropole. Le sucre produit en France doit alors être consommé… Et la consommation augmente donc, cf. le tableau 1. Aujourd’hui, les Français consomment en moyenne 100 g de sucres par jour alors que les recommandations les plus sévères de l’OMS les limitent à 25 g/j (conférence de Charlot et Denos, Strasbourg, 5/10/2026).

Sucres ajoutés

La plupart de nos aliments dits bruts contiennent des glucides et des sucres, mais ils ne posent pas de réels problèmes de santé. Les glucides complexes se trouvent dans les céréales, légumineuses, légumes et tubercules. Beaucoup de ces aliments contenant de l’amidon sont appelés féculents. Les sucres (rapides ou libres) se retrouvent dans les fruits, le lait, le miel, etc.

Cependant, depuis les années 50, notre consommation de sucres a explosé avec notamment la prise de boissons sucrées (au moins x6) et la consommation de gâteaux industriels, de glaces, etc. (au moins x14) !

Il faut y ajouter les sucres cachés très présents dans les aliments ultra-transformés : les fameux sucres ajoutés. Ils sont employés par les industriels non pas pour sucrer le produit, mais pour d’autres raisons notamment technologiques (conservation, texture, coloration, fermentation des aliments). Certaines raisons sont parfois inavouables : le sucre favorise l’appétence, équilibre ou camoufle des saveurs moins agréables. On en trouve même dans les saucisses industrielles… Ces sucres-là rendent aussi possiblement le consommateur « accro » d’autant que nous n’avons pas conscience de leur présence.

Trucs et astuces

Eliminer au maximum les sucres ajoutés de son alimentation n’est pas si compliqué…

Quelques actions à mettre en place quand vous voulez :

  • Vous aimez les yaourts sucrés, achetez-les nature et mettez-y des fruits coupés qui vous apporteront, en plus du sucre, des fibres ou mettez du miel, ou même de la confiture maison. Vous contrôlerez alors la quantité de sucre et ne subirez pas celle incorporée par l’industriel. Cela vous permet en plus de diminuer progressivement les doses de sucre.
  • Vous, ou vos enfants, mangez des céréales au petit déjeuner ? Si vous souhaitez les acheter tout faits, choisissez bien le produit, ne vous fiez pas à l’emballage, les mentions fitness ne sont absolument pas une garantie de produit non sucré. Il est possible et préférable de faire son mélange soi-même : céréales complètes + fruits secs + graines + cacao maigre, d’autres idées sont en ligne [2].
  • Quand vous consommez des sodas, préférez en boire moins souvent, mais sucré, plutôt qu’en boire très régulièrement et additionnés d’édulcorants. Diminuer son ingestion de sucre au profit de molécules classées possibles cancérigènes comme l’aspartame (Organisation mondiale de la santé, 2023) n’est pas une bonne option pour sa santé.
  • Cuisiner maison le plus possible, avec des produits bruts non transformés, réduit le risque d’ingérer des sucres cachés ajoutés par les industries agro-alimentaires. Si vous n’avez pas d’idées, des spécialistes de la nutrition strasbourgeois ont mis gratuitement en ligne des recettes maison sur leur site « mes meilleurs menus ».
  • Soyez un consommateur averti, reconnaissez d’abord les sucres cachés dans les aliments industriels que vous achetez. Pour les démasquer, vous savez que leurs noms se terminent souvent par -ose, mais pas toujours ! Il y a aussi : « amidon de maïs », « sirop de », etc.
  • Lisez les étiquettes et ne faites pas toujours confiance aux applications, YukaÓ se trompe parfois ! Le Nutriscore n’est pas systématiquement adapté et peut classer en A des produits très sucrés. Il ne prend pas en compte les indices NOVA ou SIGA [3] classant les aliments de bruts à ultra-transformés. Ces aliments cachent, en plus des sucres, des ingrédients néfastes à notre santé. Une prochaine note abordera ce point.

Il ne faut pas diaboliser le sucre, il est nécessaire mais en quantités raisonnables. La limitation d’apport en sucres libres de l’OMS est fixée à moins de 10 % de l’apport énergétique total (soit 50 g pour un apport énergétique de 2 000 kcal), mais les recommandations actuelles tombent à 25 g/j. Seule la Suisse propose une recommandation particulière pour le fructose, avec un seuil de 1 g/kg poids corporel/j au-delà duquel le risque de surpoids et de maladies métaboliques augmente [4].

Il faut donc apprendre à le reconnaître quand il est caché dans les plats cuisinés et faire ses choix en consommateur averti pour ne pas dépasser ces quantités journalières. L’excès régulier peut conduire en effet vers une obésité et un risque accru de 19 cancers [5].

Pistes de solutions pour peser dans le débat en 2027

  • Remplacer le Nutriscore par un étiquetage plus lisible et qui prend en compte le statut ultra-transformé des aliments. Indiquer sur un paquet de sel que c’est un produit trop salé ne sert à rien… Trop peu de logos alimentaires restent validés par des instances indépendantes étatiques.
  • Obliger les professionnels de l’agro-alimentaire à proposer dans certaines gammes un pourcentage de produits moins sucrés et non ultra-transformés.
    • Par exemple, si les industriels ne proposent pas 25 % de leur gamme de céréales pour le petit-déjeuner et 25 % de leur gamme de gâteaux possédant une composition réduite en sucre (15 g/100 g de produit brut) et moins de cinq ingrédients bruts, les industriels seront taxés sur tous les produits de ces deux gammes, par exemple à hauteur de 50 % pour que la mesure soit incitative.
    • Taxer les produits sucrés, taxes dites comportementales, a un effet limité [6], seulement 2 ou 3 % de consommation en moins [7].

Il faut proposer une alternative, moins sucrée et moins transformée, aux consommateurs de ces produits qui souvent la souhaitent, la cherchent et qui ne la trouvent pas… Car il y a tout de même des consommateurs qui regardent les compositions de ce qu’ils achètent comme le montre le graphique 1.

Malheureusement ce sont majoritairement les personnes les plus âgées qui font attention à leurs achats alors que la prévention des maladies devrait être la priorité des jeunes générations. Le message ne passe pas bien chez beaucoup des moins de 24 ans, il est vrai que le propre de la jeunesse est de se croire immortelle.

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Notre santé passe par nos achats du quotidien et par notre volonté de citoyen pour peser dans les débats politiques à venir, notamment concernant la prévention des maladies chroniques !

 

L’élection de 2027 se rapproche… Il est temps d’agir !

 

Références

  1. https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/articles/la-bataille-du-sucre/
  2. https://mmmenus.fr/recette/1853
  3. https://www.quechoisir.org/decryptage-aliments-ultratransformes-nova-et-siga-deux-classifications-pour-evaluer-le-niveau-de-transformation-n78543/
  4. https://www.anses.fr/system/files/NUT2012SA0186Ra.pdf
  5. https://www.nature.com/articles/s42255-026-01542-8
  6. https://www.ehesp.fr/wp-content/uploads/2024/09/Rapport-recherche_Consortium-Sodatax_2024.pdf
  7. https://www.rtl.fr/actu/economie-consommation/la-taxe-soda-a-t-elle-vraiment-fait-baisser-la-consommation-de-boissons-sucrees-7900575590

Sources complémentaires

https://www.statistiques.com/nourriture/consommation-sucre

https://www.inc-conso.fr/content/les-francais-et-le-sucre

https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/conso.pdf?TSPD_101_R0=087dc22938ab20006903dff880642605742e472b3f53dad5a3a638091772b46ea5a029c4ccaf20d508868ffe22143000e9babfe9cc725803b5d2f638fbe1a315623a04593789dcac83e1fa3e40116d4b255a5013d69c4fc071b56197cf1ec903

alimentation

Le point sur la pyramide alimentaire. Faut-il revoir certains dogmes ?

By Santé

Avec l’avènement de produits ultra-transformés, l’actualisation des recommandations alimentaires est nécessaire. Nous proposons une nouvelle pyramide alimentaire.

Par Stéphane et Aurore, membres de la commission santé

Projet Plan FORME note 4

Robert F. Kennedy Jr., secrétaire américain à la Santé (HHS) depuis 2025, pilote la commission « Make America Healthy Again » (MAHA), créée par décret présidentiel en février 2025 pour identifier les causes profondes des maladies chroniques infantiles aux États-Unis. Le rapport initial de la commission, publié en mai 2025, dresse un constat volontairement alarmiste : « nos enfants [étasuniens] sont les enfants les plus malades du monde ».

Robert F. Kennedy pointe quatre causes principales : une mauvaise alimentation (en particulier les aliments ultra-transformés), l’exposition à des substances chimiques environnementales, le manque d’activité physique et le stress chronique, ainsi que la surmédicalisation des enfants.

Sur le plan alimentaire, son « diagnostic » a débouché le 7 janvier 2026 sur la publication des nouvelles Dietary Guidelines for Americans 2025-2030, un document conjoint du HHS et du Département de l’Agriculture (USDA), qui remplace le repère visuel « MyPlate », introduit par Michelle Obama en 2011, par une pyramide alimentaire inversée. Celle-ci place désormais les protéines (surtout animales), les produits laitiers entiers, les « bonnes » graisses, les légumes et les fruits dans la partie la plus large de la pyramide, reléguant les céréales à la pointe, tout en bas.

Dans un esprit ouvert et non partisan, nous nous sommes penchés sur les motivations de cette inversion de pyramide, l’avons comparée à nos repères français, et avons tiré trois propositions : une pyramide française actualisée, une place explicite pour les produits ultra-transformés, et une réforme du Nutri-Score qui sera l’objet d’une note future.

Notre pyramide alimentaire française

La pyramide alimentaire enseignée en SVT au collège en France et utilisée par de nombreux nutritionnistes indique les aliments à privilégier dans son alimentation quotidienne (base de la pyramide) et ceux à limiter (sommet), cf. schéma 1. Sa logique est celle de la fréquence : plus un étage d’aliments est large, plus on peut en consommer souvent.

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Cette pyramide scolaire est en partie en retard sur les repères officiels du Programme national nutrition santé (PNNS), actualisés en 2019 par Santé publique France sur la base d’un avis de l’Anses :

  • Produits laitiers : 2 par jour pour l’adulte (et non plus 3 à 4).
  • Légumes secs (lentilles, pois chiches, haricots) : au moins 2 fois par semaine ; fruits à coque : une petite poignée par jour.
  • Féculents : privilégier les versions complètes ou peu raffinées.
  • Viande : privilégier la volaille ; limiter la viande rouge (≈ 500 g/semaine) et la charcuterie (≈ 150 g/semaine) ; poisson 2 fois par semaine dont un poisson gras.
  • Alcool : au maximum 10 verres par semaine, pas plus de 2 par jour et pas tous les jours.
  • Fait maison et produits bruts : le PNNS 4 (2019-2023) s’était fixé pour objectif de réduire de 20 % la consommation d’aliments ultra-transformés. C’est précisément ce qui manque dans la pyramide du schéma 1.

Les objectifs de Kennedy    

Le ministre de la santé de D. Trump justifie cette refonte de deux manières. D’une part, les recommandations nutritionnelles américaines auraient été façonnées, selon lui, depuis 50 ans par des intérêts commerciaux plutôt que par des analyses scientifiques. « Le gouvernement nous a menti pour protéger les profits des entreprises » a-t-il déclaré. D’autre part, le système alimentaire et agricole américain aurait massivement adopté les ingrédients ultra-transformés et les substances chimiques de synthèse, avec pour conséquence directe une explosion de l’obésité et des maladies chroniques chez les enfants notamment.

L’objectif affiché est d’engager « une transformation coordonnée de nos systèmes alimentaire, sanitaire et scientifique » sur les dix prochaines années, explique Kennedy.

Si les objectifs semblent clairs, la méthode interpelle. Kennedy a écarté une grande partie du travail du comité consultatif de 20 experts réuni sous l’administration précédente, et l’a remplacé par un document d’une dizaine de pages sans notes de bas de page ni bibliographie détaillée — une rupture avec la méthodologie des éditions précédentes.

Des paroles et des actes

 

Ces interrogations ne doivent pas nous empêcher de réfléchir au concept de pyramide inversée qui place notamment les viandes et les produits laitiers parmi les aliments majeurs, ce sera l’objet de notes futures. Retenons que les nouvelles directives américaines ont été saluées par l’industrie laitière et l’industrie de la viande bovine, dont elles augmentent la consommation recommandée, ce qui alimente les accusations de partialité inversée plutôt que d’indépendance retrouvée.

Le comité Kennedy 2025-2030 a par ailleurs été critiqué pour avoir regroupé les déclarations de conflits d’intérêts au lieu de les détailler individuellement ; des entreprises comme Beyond Meat, Dairy Management ou l’American Egg Board y figurent, aux côtés de laboratoires pharmaceutiques (Pfizer, Lilly, Novo Nordisk).

En revanche, et conformément aux recommandations de l’OMS, la pyramide de Kennedy désigne le sucre ajouté comme un facteur de risque bien identifié pour le diabète et l’obésité, ce qui ne fait pas de controverse scientifique majeure. Elle va même plus loin que les versions précédentes : pas plus de 10 g de sucres ajoutés par repas, et aucun sucre ajouté pour les jeunes enfants. C’est aussi la première édition qui recommande explicitement d’éviter les aliments « hautement transformés ».

Néanmoins, cette recommandation reste pour l’instant un slogan : aucune définition officielle des aliments ultra-transformés, aucun étiquetage et aucune mesure contraignante ne l’accompagnent à ce jour. La promesse de lutter contre les ultra-transformés n’est donc pas encore tenue dans les faits.

Enfin, les limites fixées pour l’alcool (1 verre/jour pour les femmes et 2 pour les hommes) ont été remplacées par des recommandations plus vagues « boire moins d’alcool pour une meilleure santé » perçues par plusieurs experts comme un net recul à contre-courant des données scientifiques les plus récentes.

Deux approches face à face

 

Ce qui rapproche les deux approches (exposées dans le tableau 1) :

  • La priorité donnée aux fruits, aux légumes et aux aliments peu transformés (« eat real food »).
  • Le sucre ajouté et les céréales raffinées comme cibles prioritaires.
  • L’idée que l’industrie agroalimentaire pèse sur nos choix et que l’alimentation est d’abord un enjeu de santé publique.

Ce qui les sépare :

  • La place des produits animaux et des graisses saturées : la France privilégie les légumineuses et restreint la viande rouge ; Kennedy fait l’inverse.
  • Le statut des féculents complets : un pilier en France, un complément aux États-Unis.
  • La méthode : la France s’appuie sur une expertise collective traçable ; la pyramide Kennedy est un document politique peu sourcé.

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Notre lecture

Le diagnostic de Kennedy sur les ultra-transformés et le sucre est largement partagé par la science. Ses propositions sur la viande, le beurre et les céréales le sont beaucoup moins. Plutôt que de retourner la pyramide, nous proposons de garder sa forme française et d’y ajouter ce qui lui manque : la question de la transformation des aliments.

 

 

Produits ultra-transformés, mais oubliés

La classification NOVA (Carlos Monteiro, université de São Paulo) range les aliments en quatre groupes selon leur degré de transformation, et non selon leur composition en nutriments :

  1. Aliments bruts ou peu transformés : fruits, légumes, œufs, viande fraîche, lait, légumineuses, farine.
  2. Ingrédients culinaires : huile, beurre, sel, sucre.
  3. Aliments transformés : conserves de légumes, fromage, pain de boulanger, jambon cuit traditionnel.
  4. Aliments ultra-transformés : formulations industrielles contenant des substances peu ou pas utilisées en cuisine (sirop de glucose-fructose, dextrose, isolats de protéines, amidons modifiés, huiles hydrogénées) et/ou des additifs « cosmétiques » (arômes, colorants, émulsifiants, édulcorants, exhausteurs de goût). Exemples : sodas, céréales du petit-déjeuner, biscuits, plats préparés, nuggets, pain de mie industriel, nombreux substituts végétaux.

En France, les aliments ultra-transformés représentent environ 30 % des aliments consommés(davantage aux États-Unis ou au Royaume-Uni, où ils dépassent la moitié des calories). De nombreuses études d’observation, dont la cohorte française NutriNet-Santé, associent une forte consommation de ces aliments à un risque accru d’obésité, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires, de certains cancers et de mortalité. Un essai contrôlé du NIH (Hall, 2019) a montré qu’avec un régime « ultra-transformé », sans restriction de quantité, les 20 volontaires ingéraient spontanément environ 500 kcal de plus par jour et prenaient du poids [1].

Les mécanismes restent discutés (densité énergétique, rapidité de consommation, additifs, perturbation du microbiote, attractivité des emballages). La définition doit encore être consolidée. Mais le signal est assez constant pour justifier une recommandation simple : en manger le moins possible.

Notre proposition de pyramide alimentaire

Nous proposons de conserver la logique de la pyramide française, d’actualiser ses étages selon les repères PNNS 2019, et d’ajouter un message transversal sur les ultra-transformés (schéma 2). Ils ne forment pas un étage de plus : un ultra-transformé peut se trouver à tous les étages (céréales sucrées pour les féculents, yaourt aromatisé pour les laitiers, nuggets pour les protéines). Le conseil porte donc sur la façon de choisir à chaque étage, cf. schéma 2.

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Et cinq réflexes à adopter

Pour manger le moins possible d’ultra-transformés :

  1. Lire la liste d’ingrédients, pas seulement le logo : au-delà de cinq ingrédients ou en présence de noms qui ne correspondent à aucun aliment présent dans sa cuisine, c’est probablement un aliment ultra-transformé.
  2. Choisir la version brute : flocons d’avoine plutôt que céréales soufflées, yaourt nature plutôt qu’aromatisé, morceau de viande plutôt que préparation panée.
  3. Cuisiner simple et en quantité, pour avoir des plats « faits maison » d’avance.
  4. Boire de l’eau, sodas sucrés restant occasionnels et boissons « zéro » à éviter.
  5. Faire du goûter un vrai repas : fruit, pain, produit laitier nature, une poignée de noix.

La pyramide inversée de Kennedy a au moins un mérite : elle remet au premier plan une question que nos propres repères ont trop longtemps laissé de côté, celle de la transformation des aliments. Son diagnostic sur le sucre et les ultra-transformés rejoint largement le consensus scientifique ; ses propositions qui misent sur la viande, le beurre et les produits laitiers entiers au détriment des céréales complètes, reposent sur une méthode trop peu documentée pour être adoptés en l’état.

Il n’est donc pas nécessaire de retourner notre pyramide, mais plutôt de la moderniser : actualiser ses repères (2 produits laitiers, légumineuses, féculents complets), y inscrire clairement le message « ultra-transformés : le moins possible », et donner au consommateur un Nutri-Score qui ne récompense plus un produit ultra-transformé. Les « dogmes » à revoir ne sont pas tant ceux de la nutrition que ceux de l’information du consommateur.

Références

[1] https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7946062/pdf/nihms-1528772.pdf

Sources

santé

Les statines

By Santé

Les statines, dont le bénéfice ne doit pas être remis en cause dans des indications bien précises, sont parfois surprescrites sans discernement dans d’autres.

Par Dr Jean Luc V., membre de la commission Santé CRSI

     Les statines, dont l’objectif thérapeutique est de faire baisser le taux de cholestérol sanguin, sont le pilier du traitement de la maladie athéromateuse ou athérosclérose, cause d’infarctus du myocarde (IDM), d’accident vasculaire cérébral (AVC), d’artérite des membres inférieurs.  

     Huit millions de Français ont été traités en 2024 par des médicaments hypolipémiants, dont la très grande majorité sont des statines.  Un doublement du nombre de personnes traitées est noté entre 2000 et 2024 selon l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) dont entre 1,6 et 1,8 million de personnes de plus de 75 ans.

     Pour l’ensemble de la population traitée en 2025, le montant total remboursé par l’Assurance maladie est de l’ordre de 900 millions d’euros ce qui correspond à 3 à 4 % de l’ensemble des dépenses médicamenteuses remboursées (sources : ANSM, fichier Medic’AM 2024 de la CNAM, Open Medic et estimation selon le prix des différents traitements annuels et de leurs parts de marché).

     Le marché mondial des hypolipémiants est évalué à 32 milliards $, en croissance d’environ 3 à 4 % par an selon Business Research Company (1).

L’ATHEROSCLEROSE

Le lien établi entre l’élévation du cholestérol sanguin et le risque vasculaire cardiaque ou cérébral est retrouvé dans l’hypercholestérolémie familiale (HF*) cause d’infarctus du myocarde des adultes jeunes qui sont porteurs du gène responsable.  L’incidence de l’infarctus du myocarde (IDM) était évaluée à 50 % à 50 ans en absence de traitement pour la forme hétérozygote qui touche 1 adulte / 300 habitants. La correction de l’hypercholestérolémie par les hypolipémiants a permis aux patients de retrouver un risque vasculaire comparable à celui d’une population normale. En 1987, l’arrivée des statines avec la lovastatine de Merck a marqué un tournant dans le traitement de l’hypercholestérolémie.

          

     La plaque d’athérome est une maladie inflammatoire chronique de la paroi artérielle, où le LDL-c pour Low Density Lipoprotein (mauvais cholestérol) oxydé joue le rôle d’antigène déclencheur. Son élévation est donc considérée comme un facteur de risque et doit être traitée.

     Pour être plus précis, actuellement, on retient le taux de cholestérol total auquel on retranche le taux de HDL-c (Heavy Density Cholesterol) au cholestérol total (cholestérol non HDL-c). Nous utiliserons ce terme à la place de LDL-c.

  Les statines agissent en abaissant le taux de cholestérol non HDL-c en élevant le taux d’HDL-c mais aussi par ses propriétés anti-inflammatoires.

 

     En France, les statines représentaient historiquement environ 85 % du marché des hypolipémiants en valeur, fibrates (6 %), l’ézétimide, les AC monoclonaux ou les thérapies géniques se partagent le reste selon l’HAS en 2010. Depuis les recommandations de l’European Society of Cardiology (ESC) en 2019, les ventes d’atorvastatine et surtout d’ézétimibe(molécules souvent associées) ont fortement augmenté.

     Leur prescription repose sur les résultats de nombreuses études observationnelles et randomisées démontrant le lien entre la baisse du taux de cholestérol et la baisse du risque d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral (2).

     Le cholestérol est un lipide indispensable à la vie. Il entre dans la constitution de la gaine de myéline de nos neurones, des membranes cellulaires leur apportant stabilité, fluidité et imperméabilité. Il est le constituant principal de nos hormones sexuelles, de l’aldosterone (homéostasie de la tension artérielle) et du cortisol. Le cholestérol est aussi transformé dans la peau en vitamine D sous l’effet des rayons UV du soleil. 70 % du cholestérol est synthétisé dans le foie et transporté sur son site d’action sous forme d’une lipoprotéine dite légère le LDL-c et évacué de son site d’action vers le foie sous forme de lipoprotéine dite lourde HDL-c puis sous forme de sels biliaires par les voies du même nom. Les sels biliaires permettent l’absorption des graisses.

     L’ézétimide diminue l’absorption intestinale du cholestérol. L’association ézétimide-statine permet d’accroître l’efficacité de cette dernière, donc d’en diminuer la dose et de limiter les effets secondaires.

     La maladie cardiovasculaire est favorisée classiquement par l’association des cinq facteurs de risques évaluables qui sont par ordre d’importance : tabagisme, obésité, diabète, hypertension artérielle (HTA) et enfin élévation du cholestérol non HDL-c.

     Cette hiérarchie des facteurs de risque a bien été mise en évidence par une étude d’observance portant sur plus de 2 millions de personnes à travers le monde en tenant compte de la variation des risques en fonction des différentes populations. Le cumul des 5 risques cités plus haut entraîne un raccourcissement de l’espérance de vie de 14 ans chez l’homme et 12 ans chez la femme comparativement à une population ne présentant pas ces facteurs de risques. Pris séparément, le tabac jouerait sur 7 ans et l’hypercholestérolémie isolée sur 1 an (3).

     Il existe d’autres facteurs de risques démontrés : génétiques, stress, sédentarité, mais aussi apnée du sommeil et syndromes inflammatoires chroniques (que l’on retrouve d’ailleurs chez les personnes en surcharge pondérale).

     L’obésité ou plus précisément l’accumulation de graisse viscérale, dite mauvaise graisse représente un risque majeur car lié ou responsable d’autres risques (HTA, résistance à l’insuline (diabète), apnée du sommeil, sédentarité- à la fois cause et conséquence-)**.

    

INDICATIONS THERAPEUTIQUES

      Les statines, comme les autres hypolipémiants, sont indiqués soit en prévention primaire chez des patients présentant une hypercholestérolémie associée à un risque vasculaire, soit en prévention secondaire chez des patients ayant déjà eu un accident vasculaire cardiaque ou cérébral, même si le cholestérol non HDL-c est normal.

     1-Prévention Secondaire.

Dans la prévention secondaire, la prescription de statines ne concerne que les patients ayant eu un accident cardiaque ou vasculaire cérébral ou étant porteur d’une maladie athéromateuse avérée, que le cholestérol soit normal ou non.

L’étude scandinave 4S de 1994 (5) est la principale étude randomisée à ce jour comparant un traitement par statine (simvastatine) à un placebo chez 4444 patients tirés au sort, dont le cholestérol était situé entre 5,5 et 9 mmol/L (2,1 mg-3,1 mg/l). La population était âgée de 35 à 70 ans. Le recul moyen était de 5,4 ans.

     Conclusion : la simvastatine réduit la mortalité totale et les événements coronariens majeurs chez les patients coronariens, y compris chez ceux dont le cholestérol est « normal »***.

      Dans cette indication, les statines restent le traitement de première intention (niveau de preuve A, classe 1) et l’ézétimibe le traitement de deuxième intention. Les anticorps anti-PCSK9 (alirocumab, évolocumab) sont recommandés en prévention secondaire si le taux de cholestérol non HDL-c reste supérieur à 0,7 g/L, voire 0,5g selon les dernières recommandations de  l’HAS malgré l’utilisation d’un traitement oral maximal toléré.

     Mais peut-on espérer un même gain de survie sans accident cardiaque chez des patients de plus de 75 ans dont le risque de décès hors accidents cardiaques augmente ? Le bénéfice en terme de survie sans accident vasculaire baisse avec l’âge et n’est mesurable qu’au bout de 3 ans de traitement. Il est donc nécessaire d’établir une balance risque pour chaque patient en fonction de son espérance de vie, de risque réel vasculaire, de la présence d’ autres facteurs de risques dont on sait que leur correction apporte plus de gain de survie que la simple correction de l’hypercholestérolémie. L’utilisation d’outils comme le score2 OP et l’index calcique que nous verrons  pourrait être proposé.

2-La Prévention Primaire.

La prévention primaire intéresse les patients présentant un ou plusieurs des risques vus plus haut et une élévation du taux de Cholestérol non HDL-c (norme entre 1,1g et 1,6g/l) mais ne présentant ni antécédents d’accident vasculaire, ni athérosclérose.

     Une étude québécoise de 2024 intéressant une population de plus de 65 000 hommes et femmes (55%) à risque cardiovasculaire mais sans antécédents, âgés de 66 à 76 ans, concluait à l’absence de bénéfice d’un traitement par statines (6).

     La très récente étude randomisée australienne STAREE publiée en août 2026, auprès de 10 000 patients de 70 à 79 ans suivis par des médecins généralistes indépendants a montré que l’atorvastatine en prévention primaire a réduit le risque d’événements cardiovasculaires majeurs de 4,5 accidents par 1000 patients par an par rapport au placebo avec un suivi moyen de 5,9 ans, mais sans prolonger la survie sans incapacité chez ces sujets âgés vivant à domicile. 80 % des décès survenus n’étaient pas de cause cardiovasculaire. Il est important de noter que les patients fragiles étaient exclus (7).   

     L’Association Française de Cardiologie a récemment proposé , le 18 mars 2026 que l’on puisse arrêter la prévention primaire chez les personnes âgées (8)

    

     Il faut cependant tenir compte du fait que les populations étudiées ont des facteurs de risque cardiovasculaire très différents, ce qui permet de penser qu’au sein de ces patients il en existe à risques plus importants susceptibles de tirer un meilleur bénéfice d’un traitement et d’autres à moindre risque qui n’en tireraient aucun bénéfice. Il serait nécessaire de créer des sous-groupes de risques pour mieux cibler les indications thérapeutiques. Deux outils permettraient de le faire : le calculateur SCORE 2 (SCORE 2 OP pour les personnes de plus de 70 ans) et le score calcique coronarien par scanner CAC (pour Coronary Artery Calcium)

      Quoiqu’il en soit, tous les autres facteurs de risque doivent être corrigés ou traités avec en priorité la sédentarité, le tabagisme, le diabète, l’obésité et l’HTA. Leur correction comme on l’a vu plus haut a un meilleur impact tant sur la survie sans accident vasculaire que sur la survie globale.

    

     Le score CAC évalue le nombre de calcifications coronariennes sur un scanner sans injection et est un bon indicateur du nombre de plaques d’athérome calcifiées (9)****.

   

     Le calculateur SCORE 2 et SCORE 2 OP évalue le risque vasculaire ischémique à 10 ans en indiquant l’âge, le taux de cholestérol non HDL-C (Cholestérol Total moins HDL-C), le tabagisme, la pression artérielle systolique.

     L’European Society of Cardiology intègre le SCORE 2 (et SCORE 2 OP) et le CAC dans ses recommandations depuis respectivement 2021 et 2025.

      La Haute autorité de santé (HAS) en France ne recommande que le SCORE 2 et ne recommande pas le CAC en routine.

     L’HAS recommande la non-nécessité de prévention primaire chez les personnes de plus de 75 ans à forte comorbidité. Elle conseille l’utilisation du SCORE 2 OP (personnes de plus de 70 ans) afin d’évaluer la balance risque/bénéfice.

     A noter un assouplissement de l’indication d’un traitement préventif primaire quel que soit l’âge avec une proposition de réélever le seuil cible du cholestérol non HDL-c à 1,3g.

      Cette décision pragmatique a été prise en l’absence de preuves scientifiques particulières, mais elle correspond à la moyenne du LDL-c des Français », a commenté la Pr Sophie Béliard (endocrinologue, Marseille).

EFFETS SECONDAIRES DES STATINES

  • Les myalgies, faiblesses musculaires, crampes sont de l’ordre de 1/100, mais ce chiffre augmente avec l’âge, l’insuffisance rénale ou hépatique.
  • Les rhabdomyolyses, qui peuvent être graves voire mortelles par insuffisance rénale, représentent un risque que l’on peut évaluer à 3/100 000.
  • Il existe fréquemment une hépatite médicamenteuse réversible (1/100). Les hépatites toxiques sont exceptionnelles.
  • La survenue de diabète de type 2 varie entre 0,5 et 9 % et dépend de l’âge et du terrain, s’il y a d’autres comorbidités ce qui impose une grande prudence chez les personnes fragiles et/ ou âgées.
  • Des rares accidents vasculaires hémorragiques ont étés rapportés notamment chez des hypertendus.
  • Des troubles digestifs, des vertiges peuvent aggraver la qualité de vie des patients polymédiqués.
  • Les troubles cognitifs font l’objet d’une controverse, mais aucune étude n’a évalué l’absence de risque. Nous attendons les résultats de l’étude britannique DOMINO (démence/mortalité) actuellement en cours.

CONCLUSION

Les statines trouvent leur principale indication dans la prévention secondaire des accidents vasculaires chez les patients présentant une athérosclérose avérée ou des antécédents d’accident vasculaire athéromateux en association ou non à l’ézétimide, même si le « mauvais cholestérol » cholestérol non HDL-c est normal. Le risque diminue en faisant descendre à 0,7 voir 0,5 mg cholestérol non HDL-c selon les dernières recommandations. Les statines peuvent même être complétées par des nouvelles molécules pour atteindre cette cible.

L’indication doit être certainement plus mesurée en ce qui concerne les 800 000 à 900 000 patients français de plus de 75 ans traités en prévention dite secondaire en intégrant des scores de risque, les comorbidités, les effets secondaires et l’espérance de vie.

L’indication en prévention primaire devrait faire l’objet d’un affinement du risque vasculaire en utilisant systématiquement le calculateur SCORE 2 qui est déjà recommandé par l’HAS et l’index calcique CAC dont le coût estde l’ordre d’une centaine d’euros

L’indication en prévention primaire, pour des patients au-delà de 75 ans, ne devrait plus, sauf exceptions, faire l’objet d’une prescription, elle devrait être déremboursée. Cela permettrait une diminution des dépenses de quelques centaines de millions d’euros.

 

     Une réévaluation de la prescription des statines, encore trop souvent prescrites sans réelle évaluation des bénéfices et des risques, justifierait des consultations de déprescription médicale réalisées par exemple par des gériatres. Cela éviterait des prescriptions en cascade, apporterait une amélioration de la qualité de la vie de nos aînés et ferait de substantielles économies.

     * Le traitement de l’HF reposait initialement sur acide nicotinique (1955) puis les fibrates (1962), les résines échangeuses d’anions comme le Questran (1973), les statines (1987). Actuellement les statines sont associées à l’ezetimide depuis 2004, puis les anticorps monoclonaux (evolocumab en 2015) et enfin les thérapies géniques (inclisiran en 2020).

**L’index de masse corporelle (IMC) est optimum entre 20 et 25. Il existe un sur-risque de 30 % d’accident vasculaire si l’IMC est compris entre 25 et 30 (ce qui correspond à un poids de 77 à 92 kg pour un homme de 1m75) et une multiplication par 2 ou 3 si l’IMC est supérieur à 35 (plus de 107 kg pour une taille d’1m75). La mesure du tour de taille (= tour de l’abdomen / tour de bassin) est un meilleur indicateur pour juger du taux de mauvaise graisse viscérale.

     L’obésité est par ailleurs associée à un risque accru de cancer (côlon, pancréas, foie, sein post-ménopause, endomètre), d’impuissance érectile pour l’homme et de stéatose hépatique (4).

***Résultats : baisse de LDL de 35 % et élévation d’HDL de 8 % chez les patients sous statine. Le nombre de décès par infarctus était de 189 pour le groupe placebo contre 111 pour le groupe traité. L’espérance de vie sans infarctus était de 87,6 % pour le groupe placebo contre 91,3 % pour le groupe traité. Le taux de revascularisation myocardique était abaissé de 37 %. Effets indésirables : 1 cas reversible de rhabdomyolyse à l’arrêt du traitement. Elevation régressive des CPK (Creatine Phospho Kinases, témoin d’une lyse musculaire) chez 6 patients et des enzymes hépatiques chez 23 patients. Les myalgies et ou des faiblesses musculaires restaient inférieures à 1/100.

****Le score CAC fait partie des recommandations américaines depuis quelques années permet de classer les patients entre les patients à « très faibles risques » avec un score à 0 (aucune calcification coronarienne) et les patients  à « fort risque » avec un score supérieur à 300. Ces derniers patients sont considérés comme ayant un risque comparable à celui des patients relevant de la prévention secondaire.

REFERENCES:

(1) :https://www.thebusinessresearchcompany.com/report/hypolipidemics-global-market-report

(2)Cholesterol Treatment Trialists’ (CTT) Collaboration.  C BAIGENS et al. Lancet 2005;366:1267–1278.

(3)The Global Cardiovascular Risk Consortium. (2025). Global Effect of Cardiovascular Risk Factors on Lifetime Estimates. New England Journal of Medicine, 393(2), 125–138

(4)Emerging Risk Factors Collaboration (Lancet 2011;377:1085-95)

 

(5)Lancet 1994;344(8934):1383-1389

 

(6)Journal of Clinical Epidemiology 2024;168:111284

 

(7)ZOUNGAS S,.et al.« Atorvastatin, cardiovascular events, and disability-free survival in older adults. » N Engl J Med2026;395:1259–72.

 

 

droit

Jumeaux numériques : bref aperçu des enjeux juridiques

By Droit, Nos événements, Santé

Projet transversal Santé-Droit, note 2/2

Axelle DAVID – Commission Droit CRSI

Avancée technologique majeure, le jumeau numérique offre des possibilités de simulation, analyse, et de préconisation inédites. Dans le domaine de la santé, il permet des représentations numériques et personnalisées des individus, des copies numériques parfaites d’un corps ou d’un organe.

Les questions juridiques qui se posent quant à son utilisation sont nombreuses :

  1. Les données personnelles : une donnée personnelle est une information relative à des personnes physiques permettant d’être identifiées, directement ou indirectement. Plusieurs textes vont s’appliquer dès lors que des données personnelles sont concernées par l’utilisation des jumeaux numériques :

1/ Le RGPD[1] prévoit plusieurs principes et des droits :

– principe de transparence : la personne concernée doit donner son consentement,

– principe de finalité : la collecte doit être faite pour des finalités déterminées, explicites et légitimes,

– principe de minimisation : les données collectées doivent être adéquates, pertinentes et limitées à l’objectif recherché,

– principe de vigilance : les autorités publiques et les personnes concernées doivent être informées en cas de fuite de leurs données,

– les droits d’accès, de rectification, d’opposition au traitement des données, d’effacement et de retrait de son consentement sont protégés.

[1] Règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016

2/ Parmi les données personnelles, les données de santé sont qualifiées de sensibles et bénéficient d’une protection renforcée. L’article L. 4001-3 du Code de la santé publique prévoit que le professionnel de santé qui décide d’utiliser, pour un acte de prévention, de diagnostic ou de soin, un dispositif médical comportant un traitement de données algorithmique dont l’apprentissage a été réalisé à partir de données massives (c’est le cas du jumeau numérique) s’assure que la personne concernée en a été informée et qu’elle est, le cas échéant, avertie de l’interprétation qui en résulte. De plus, les données du patient utilisées dans ce traitement et les résultats qui en sont issus leur sont accessibles. Les concepteurs d’un traitement algorithmique s’assurent enfin de l’explicabilité de son fonctionnement pour les utilisateurs.

3/ La directive NIS2[1], qui vise à renforcer le niveau de cybersécurité des entreprises et des administrations, classe le secteur de la santé parmi les secteurs hautement critiques, imposant une protection stricte des systèmes d’information qui traitent des données de santé hautement sensibles.

4/ Le règlement sur l’IA[2]distingue les systèmes d’intelligence artificielle (SIA) suivant le niveau de risque associé aux SIA utilisés : concernant les jumeaux numériques, ce sont des SIA à risques élevés : le règlement exige le respect de certains principes, comme l’atteinte de niveaux adéquats de précision, de robustesse et de cybersécurité, la protection des données personnelles dès la conception des outils et logiciels : « privacy by design », l’accès à la boite noire (transparence).

[1] Directive (UE) 2022/2555 du 14 décembre 2022 concernant des mesures destinées à assurer un niveau élevé commun de cybersécurité dans l’ensemble de l’Union Européenne

[2] Règlement (UE) 2024/1689 du Parlement européen et du Conseil du 13 juin 2024 (la sanction peut atteindre 7 % du CA annuel mondial)

5/ Le Data Act[1], qui traite des règles relatives à l’accès et l’utilisation équitable des données, s’applique à toutes les données produites par l’utilisation d’objets connectés (en lien avec le développement de l’internet des objets, « internet of things » ou « IoT ») et les services qui leur sont associés, qu’elles soient personnelles ou non. Les personnes concernées doivent être informées, avant la conclusion de tout contrat concernant un objet connecté ou un service associé, du type de données générées lors de l’utilisation de cet objet, de l’utilisation des données par le fabricant/prestataire de services et de l’identité du détenteur des données.

6/ De son coté, le Data Governance Act[2] permet aux entreprises de mettre volontairement et gratuitement leurs données à disposition pour des objectifs d’intérêt général (tels que la recherche médicale) et suppose de recueillir ici encore le consentement pour rendre le partage de données transparent et conforme au RGPD.

Au final, on le voit, de nombreuses obligations s’imposent au professionnel de santé qui entend faire usage de système de traitement algorithmique dont l’apprentissage est réalisé à partir de données massives. Il faut, de manière loyale et transparente, recueillir le consentement explicite des patients et les informer sur la finalité de la collecte. L’ampleur de la collecte laisse toutefois songeur, surtout si le jumeau numérique a vocation à nous accompagner dès notre naissance.

Les utilisateurs doivent être informés du type de données qui sont extraites, utilisées, reproduites, y compris en temps réel, par exemple, dans le cas de capteurs portés en continu. Cette obligation d’information protège la personne concernée, avertie des principes d’utilisation de ces systèmes de traitement algorithmiques, des résultats du traitement, de son fonctionnement. L’accès aux données, leur qualité des données doivent être assurés. Le consentement doit être révocable.

Mais assurer la maitrise des personnes concernées sur leurs données reste illusoire. Comment s’assurer de l’usage réel de ces données ? Comment croire en un véritable droit à oubli quand les données sont répliquées dans plusieurs systèmes, et ce potentiellement dans plusieurs pays ? Difficile est la question de la gestion du consentement éclairé à l’heure des dispositifs d’IoT.

[1] Règlement 023/2854 du 13 décembre 2023 portant sur les règles harmonisées des libres accès et utilisations des données

[2] Règlement 2022/868 du 30 mai 2022 sur la gouvernance des données européennes

Reste la question de la confiance publique et de l’acceptabilité : l’enjeu est d’encourager la libre (ré)utilisation des données pour favoriser la concurrence et l’innovation tout en respectant le droit des utilisateurs sur leurs données. Des solutions pourraient être mises en avant, de la visualisation des flux de données, l’anonymisation des données en temps réel pour assurer une confiance publique face aux enjeux des transferts des données médicales (cf décision de 2026 de la CNIL[1]) voire leur vente.

Le professionnel de santé est un responsable de traitement pour les données de ses patients qui se doit d’appliquer des procédures exigeantes, conformément au principe du « privacy by design », et rester le décisionnaire final face au patient ; à défaut, il pourra être conduit à en répondre.

  1. Risques contre les fuites et les cyberattaques: les enjeux d’intégrité, confidentialité, traçabilité et disponibilité de la donnée et des systèmes informatisés, notamment ceux qui sont d’importance critique sont gigantesques. Il faut détecter les intrusions, garantir et sécuriser les process afin de neutraliser les vulnérabilités. Le RGPD prévoit que les données doivent être sécurisées et le manquement peut entraîner une condamnation jusqu’à hauteur de 4 % du CA annuel mondial.

[1]  https://www.cnil.fr/fr/donnees-sante-sanction-5-millions-iqvia  rappelant que les données étaient pseudonymes, mais non anonymes, car une réidentification demeurait possible avec des moyens raisonnables et restaient donc soumises au RGPD

Le professionnel de santé doit s’assurer que ces big data (stockées, transférées, traitées par des algorithmes) sont bien protégées contre les risques de fuite, de cyberattaque. La lutte contre le hacking est permanente. Mais les données seront-elles toujours fiables, intègres une fois venu le moment de leur traitement ?

Au final, il faut assurer une robustesse des systèmes informatiques, mettre en œuvre une architecture du jumeau numérique pour permettre la sélection des seules données fiables et pertinentes, dans laquelle les informations sensibles sont isolées des autres, prévoir une gestion des accès stricte. Les données synthétiques, représentatives de données réelles, pourraient poser moins de problème de confidentialité dans leur usage. Assurer une gestion des risques, conduire des opérations de maintenance efficaces, des audits réguliers des outils, faire des tests de pénétration pour identifier et corriger les vulnérabilités, prévoir une isolation des données et des techniques cryptographiques permettant de garantir que les données restent indéchiffrables même en cas d’accès non autorisé.

Un dernier point : éviter que des données soient captées et utilisées par des entités étrangères. Le RGPD protège mais se heurte au Cloud Act[1] permettant à la justice américaine de demander accès à des données hébergées par des entreprises américaines. La question de la protection par la France de ces données médicales, comme de tant d’autres, reste entière.

  1. La propriété intellectuelle et la propriété industrielle :

La question centrale est : qui est propriétaire des données, des résultats, des créations ? Les concepts traditionnels, i.e. le droit d’auteur qui protège les œuvres de l’esprit[2], le brevet qui protège les procédés innovants, doivent être utilisés tout en les adaptant : l’interface graphique, la base de données, les logiciels utiles aux jumeaux numériques ainsi que les innovations techniques peuvent être protégés par le droit d’auteur et/ou le brevet, mais il faut aussi utiliser le secret commercial pour protéger les innovations, algorithmes etc contre toute divulgation vers des concurrents.

L’utilisation de logiciels open source pourra être utile pour accélérer l’innovation et éviter l’enfermement dans des logiques de logiciels propriétaires.

[1] Le Cloud Act (Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act) est une loi fédérale américaine adoptée le 23 mars 2018

[2] Une œuvre de l’esprit existe si deux conditions sont remplies : être une création humaine et originale

Enfin quand le jumeau numérique se développe, grâce aux échanges de données, qui en est propriétaire, entre le concepteur de logiciel, fabricant des outils numériques et professionnel de santé utilisateur et superviseur ? Des contrats de licence et/ou de copropriété seront utilement rédigés afin de permettre le partage des bénéfices de l’innovation tout en respectant les droits de propriété et les intérêts de chacun.

  1. La responsabilité : la responsabilité en cas d’erreur de prédiction ou de diagnostic, de mauvaise interprétation de résultats, ou de défaillance se pose : qui est responsable ?

Plusieurs types de responsabilité : la responsabilité civile ou pénale dans les cas les plus graves. En cas de dommages, la victime s’adressera au professionnel de santé ayant utilisé cette nouvelle technologie et engagera sa responsabilité pour faute, ce professionnel se retournant, suivant les cas, contre le concepteur / fournisseur de solutions.

Mais comment définir les responsabilités entre le fournisseur de solution,l’éditeur, l’exploitant (équipe médicale, professionnel de santé comme le médecin) ?

Un encadrement contractuel sera nécessaire pour répartir les risques et les responsabilités en anticipant les scénarios de défaillance, voire limiter sa responsabilité. Dans tous les cas, il pourra être utile de faire évoluer les produits d’assurance à destination des professionnels de santé pour gérer les dossiers de responsabilité en cas d’erreur ou de défaillance des jumeaux numériques.

A cet égard, la responsabilité du fait des produits défectueux pourra trouver à s’appliquer à l’avenir : l’article 2 de la directive révisée[1] s’appliquera dorénavant aux logiciels et à tous les produits numériques, mis sur le marché ou s’intégrant dans d’autres produits, en tant que composants, commercialisés à compter du 9 décembre 2026. Les systèmes d’intelligence artificielle et les jumeaux numériques sont donc concernés. C’est la responsabilité du fabricant du produit numérique qui sera engagée vis-à-vis d’une victime potentielle, mais le fabricant ne pourra pas se retourner contre le fabricant du composant logiciel qu’il a incorporé dans son produit en raison d’une clause d’exclusion qui peut être intégrée dans les contrats de fabrication. De plus, la corruption de données personnelles deviennent des dommages indemnisables pour les victimes.

 

La création d’un fonds d’indemnisation pourrait également être envisagée mais en veillant à ce que son poids financier ne soit pas décourageant pour les innovateurs.

[1] La directive (UE) 2024/2853 du 24 octobre 2024 relative à la responsabilité du fait des produits défectueux

  1. La question de l’inclusivité numérique, des libertés personnelles, du profilage : les inégalités peuvent se creuser face aux coûts engendrés par les jumeaux numériques, un accès pour tous à ces solutions innovantes est-il possible sur tout le territoire, en ce compris les zones éloignées des métropoles ? La prise de décision automatisée peut être précieuse dans le domaine de la santé (rapidité de diagnostic, choix de solution adaptée, prédictive et préventive) mais est-il opportun d’orienter la personne concernée par le jumeau numérique au point d’entraver son libre arbitre, peut-on remettre en cause l’influence du numérique dans la santé ? Enfin, la concentration de données par les détenteurs et exploitants de ce type de produits peut conduire à un usage contestable conduisant à prendre des décisions affectant les patients sur la base du profilage de ceux-ci.

L’accès aux jumeaux numériques ne devrait pas créer une fracture entre les patients suivant leurs zones de résidence notamment. L’article 22 du RGPD prohibe le traitement automatisé des décisions basées sur du profilage et l’humain doit rester le décisionnaire final (principe du « Human in the loop » du règlement IA).

  1. Les enjeux environnementaux: la fabrication des outils numériques et l’émission, la collecte, le transport, le stockage et le traitement des données ont un coût écologique, comme les déchets de tous ces produits devenant rapidement obsolètes par des avancées technologiques toujours plus rapides. Enfin, le recours à des solutions numériques et d’IA sont très gourmandes en énergie, eau et matières premières rares. Il faut que les usages soient limités afin de respecter une forme de responsabilité sociétale et environnementale. La sobriété numérique doit être définie comme principe d’action dans l’usage et la consommation des jumeaux numériques.

En conclusion, l’humain n’est pas la somme de ses données. Comme l’a dit un mathématicien américain qui a finalement choisi une autre voie professionnelle[1], « à l’ère de l’intelligence artificielle, lorsque la dignité humaine est menacée par de nouvelles formes de déshumanisation, notre devoir urgent est de rester profondément humains. »

 

La dignité humaine justifie de définir un cadre précis dans l’usage et les recherches portant sur le jumeau numérique afin d’éviter les dérives industrielles et de simplement concevoir des outils intelligents au service de l’humain.

[1] Pape Léon XIV, « Magnifica Humanitas ».

enfant et burger

Intoxication alimentaire : Peut-on réduire les SHU pédiatriques ?

By Santé, NASA

Des contrôles accrus de services vétérinaires renforcés et une information éclairée des parents et des professeurs des écoles sauveraient peut-être des vies d’enfants.

Par A. Hamelin, responsable des commissions Santé et NASA

Certaines intoxications alimentaires illustrent significativement l’imbrication des notions de nature, agriculture, santé animale et santé humaine, concept plus connu sous le nom « une seule santé ».

En France, le syndrome hémolytique* et urémique** ou SHU touche principalement les enfants, surtout de moins de trois ans et plus globalement de moins de 15 ans car l’âge est un facteur de risque important de SHU. Ce syndrome est provoqué par une toxine produite par certaines bactéries Escherichia coli encore appelées E. coli entérohémorragiques.

Réservoir animal

Le réservoir principal de ces bactéries productrices de Shiga-toxine est le tube digestif des ruminants (ovins, bovins, caprins). Le mode de transmission le plus courant est l’ingestion d’aliments contaminés par la toxine et consommés crus ou peu cuits :

       – viande et plus souvent viande hachée,

       – produits laitiers au lait cru,

       – fruits et légumes crus non pelés,

       – eau contaminée.

Ces aliments sont souvent contaminés par les matières fécales des ruminants porteurs de la bactérie qui produit cette toxine. La contamination est souvent liée à une hygiène défectueuse lors de la traite ou de l’abattage des animaux, mais l’humain peut aussi se contaminer par contact avec des animaux de ferme ou par leur environnement.

Les symptômes d’appel les plus typiques sont une diarrhée profuse qui devient hémorragique avec peu ou pas de fièvre, compliquée par une atteinte rénale avec altération de l’état général et une pâleur liée à l’anémie. Il existe des formes cliniques variées et moins classiques avec des troubles nerveux par exemple. Pour les patients âgés de moins de 16 ans, le SHU doit être obligatoirement déclaré aux agences régionales de santé. Le SHU représente la principale cause d’insuffisance rénale aiguë chez l’enfant de moins de trois ans en France où le taux de mortalité reste proche de 1%.

Intoxication tueuse d’enfants

Une fois le diagnostic établi, les investigations épidémiologiques pour déterminer les sources de contamination ne sont mises en œuvre que lorsque plusieurs enfants sont atteints de SHU et que ces cas sont groupés dans le temps et l’espace. En 2022, 252 cas pédiatriques ont été enregistrés par Santé publique France, un record comme le montre le graphique 1 ci-dessous. Cette année-là, ont sévi plusieurs épidémies dont une de très grande ampleur (58 enfants touchés dont 50 ont présenté un SHU et deux enfants décédés) liée à la consommation de pizzas surgelées et insuffisamment cuites par les parents malgré les conseils de préparation de l’industriel explicités sur l’emballage.

En juin 2025, à Saint-Quentin, dans l’Aisne, une petite fille de 11 ans est décédée des suites de l’ingestion d’une viande de mouton contaminée, achetée dans une boucherie halal et très probablement issue d’un trafic de viande clandestin et d’un abattage illicite de moutons. Six bouchers ont été récemment mis en examen par le Parquet de Paris.

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Respect des règles

Pour les particuliers, la prévention du risque alimentaire de SHU est connue :

  • respect de la chaîne du froid,
  • hygiène du réfrigérateur et séparation des produits crus et cuits,
  • hygiène du plan de travail et des ustensiles de cuisine,
  • lavage des mains systématique avant la préparation des repas, en sortant des toilettes      ou après avoir changé les couches d’un nourrisson,
  • lavage des légumes, des fruits et des herbes aromatiques,
  • cuisson à cœur des viandes hachées notamment,
  • respect des consignes de cuisson des plats cuisinés,
  • éviter les laitages crus pour les enfants de moins de 5 ans.

Des bactéries, des profs et des vétos

Pour limiter au maximum ces intoxications, les parents doivent être mieux informés. Des cours d’hygiène alimentaire pourraient par exemple être proposés aux jeunes parents pendant le congé de maternité ou parental. Il faut également améliorer l’information concernant les modes de préparation des plats cuisinés en augmentant leur visibilité sur les emballages et en attirant l’attention sur les risques encourus d’une cuisson ou d’un temps de réchauffage insuffisants. La plupart des bactéries sont tuées par une élévation de température adaptée et pendant un temps suffisamment long. Une cuisson des viandes hachées à cœur (70°C) élimine les E. coli entérohémorragiques responsables de SHU.

Par ailleurs, il faut mieux informer les professeurs qui emmènent leurs élèves dans les fermes pédagogiques sur les risques encourus et leur rappeler qu’il faut éviter le contact de jeunes enfants avec les vaches, moutons, chèvres, etc., et leur environnement. Rappeler qu’en cas de contact, le lavage des mains (eau et savon) doit être systématique avant que l’enfant ne porte ses doigts à sa bouche.

Et peut-être tout simplement, mais en premier lieu, donner de réels moyens, financiers et humains, aux services vétérinaires de la DDPP*** pour contrôler les commerces alimentaires sensibles et les usines agro-alimentaires, pour contrôler les élevages clandestins de ruminants, pour lutter contre les abattages illégaux de ruminants en France et donc contre le trafic de viande…

*hémolytique : en lien avec la destruction les globules rouges, provoque une anémie.

** urémique : en lien avec une élévation de la concentration de l’urée dans le sang.

*** DDPP : Direction départementale de la protection des populations.

Sources :

https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/Bilan_SHU_2022.PDF

https://med.stanford.edu/content/dam/sm/pednephrology/documents/secure/Hemolytic-uremic-Syndrome.pdf

https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses-d-origine-alimentaire/article/syndrome-hemolytique-et-uremique-shu?TSPD_101_R0=087dc22938ab2000c4841da19951ced13982cfb90e72f855f29e2c64070bf70425432080c61e0e1a08196cb94f14300058c3efe411b2538e51dac65145e27b07058310dc9aa0f04d866b0a02f83336fc48c367690feebe8e9060dddfe70582e0

https://www.anses.fr/en/system/files/MIC-Fi-EscherichiaColi.pdf

santé

Le point sur le poids des Français

By Santé

L’évolution de la corpulence des Français met-elle en jeu leur santé et notre système de protection sociale ?

Par Aurore et Stéphane, membres de la commission Santé

Projet Plan FORME, note 3

La note précédente montrait que notre population vieillit, facteur sur lequel nous ne pouvons pas agir directement. Néanmoins, la pratique de l’exercice physique, une alimentation adaptée et la conservation des liens sociaux peuvent limiter les conséquences de ce vieillissement. Cette note montre qu’une partie importante de notre population souffre de problèmes de poids, et sur ce point nous pouvons, et nous devons, agir…

Ne pas se résumer à un nombre

L’IMC, ou indice de masse corporelle, est un moyen simple de situer son poids par rapport à une moyenne [1]. Pour le calculer, il faut diviser son poids exprimé en kilogramme par sa taille (en mètre) élevée au carré : IMC (kg/m2) = poids (kg) / taille (m) x taille (m).

Un IMC entre 18,5 et 25 kg/m2 indique un poids optimum. Des IMC compris entre 25 et 30 kg/m2 vous classent en surpoids, et au-dessus de 30 kg/m2 vous souffrez d’obésité (trois stades sont décrits). A l’opposé, le sous-poids est associé à des IMC inférieurs à 18,5 kg/m2. Les cas d’anorexie mentale sont associés à des sous-poids allant de 17 à 15 kg/m2 notamment pour les stades les plus graves.

Cependant la pesée et l’IMC ne sont pas des critères suffisants pour aborder les problématiques médicales liées au poids. Il faut également regarder à quoi correspond cette masse, est-elle grasse ou maigre ? A volume égal, le muscle pèse plus lourd que la graisse. Il faut aussi évaluer la répartition de cette masse grasse sur le corps, est-elle abdominale ou pas ? Les conséquences peuvent être très différentes pour la santé de la personne. Les consultations de nutrition ne sont malheureusement pas toujours proposées sur l’ensemble du territoire.

Une population qui grandit

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Depuis 1970, la population française prend environ 1 cm tous les dix ans, cf. tableau 1. Malheureusement cette augmentation de taille s’accompagne aussi d’une prise de poids, plus marquée depuis le début des années 1990 et qui touche toutes les classes d’âge, preuve que le vieillissement n’est pas seulement en cause [2]. Les femmes en sous-poids représentaient 8,5 % de la population des 18-65 ans en 1981, ce chiffre est tombé à 6,7 % en 2003.

Une population qui grossit

Le surpoids et l’obésité se définissent comme une accumulation anormale ou excessive de graisse et sont considérés comme des facteurs de risque majeurs pour de nombreuses maladies non transmissibles telles que le diabète de type II, les maladies cardiovasculaires, les maladies métaboliques, les problèmes articulaires et certains cancers [3]. Une méta-analyse récente de juin 2026 [4] pointe l’association d’un IMC élevé à un risque accru de 19 cancers, suggérant que l’adiposité de la personne peut être un facteur de risque pour certains cancers.

L’Inserm* réalise depuis 1997 et jusqu’à 2012 des enquêtes (Obépi-Roche) pour estimer la prévalence du surpoids et de l’obésité en France. Ces enquêtes ont été poursuivies par la Ligue contre l’obésité en 2020 et 2024, le graphique 1 montre la nette progression de l’obésité en France qui a plus que doublé depuis 1997. L’enquête de 2024 fait apparaître, par exemple, que 36 % des personnes souffrant d’obésité sont traités ou ont été traités pour de l’hypertension artérielle, 20 % pour de l’arthrose ou de l’apnée du sommeil.

L’obésité doit être considéré comme un problème de santé publique majeur et sa prévention comme une priorité nationale.
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A retenir pour la France

  • 18 % des adultes sont en situation d’obésité en 2024, soit environ 10 millions de personnes.Les écarts varient selon la catégorie socio-professionnelle (21 % chez les ouvriers, 13 % chez les cadres) et les revenus du foyer (25 % dans les foyers ayant des difficultés économiques, 14 % dans les foyers plus aisés).
  • Environ 31 % des adultes sont en surpoids, un taux resté quasi stable depuis 20 ans.
  • 48,8 % des adultes de la Métropole sont concernés par un excès de poids (surpoids + obésité), et 51,8 % pour les habitants des DROM-COM**.
  • En quarante ans, précisément entre 1981 et 2024, le nombre de personnes obèses en France a été multiplié par plus de trois, passant de 5,3 % à 17,9 %.
  • Un décès sur 5 est lié à l’alimentation selon le cinquième et dernier Plan national nutrition santé ou PNNS 5 (2026-2030) !

Les problèmes de poids des Français les prédisposent à des affections chroniques et invalidantes dont le coût ne cesse de croître pour la collectivité. En 2023, selon la CNAM***, 25 millions de patients, souffrant de problèmes de poids ou non, ont été traités pour une maladie chronique, soit 37 % de la population française. Les remboursements de leurs soins représentent 62 % des 202 milliards de dépenses de santé remboursées cette année-là. Les projections de la CNAM évaluent à 3 à 6 % de patients supplémentaires touchés par une maladie chronique en 2035.

Le groupe santé du CRSI proposera un plan de prévention global de santé, le plan FORME, car faire attention à son poids, c’est prendre soin de soi. C’est aussi prendre soin de son système de santé, donc de son pays.

Les pistes de solutions sont :

  • Augmenter les données sur le sujet. Les enquêtes sont parfois réalisées par téléphone, certaines sont face à face, mais pas toutes. Pour avoir une meilleure estimation de la situation pondérale des français et apprécier l’évolution de la prévalence de l’obésité sur une longue période en France, les médecins pourraient renseigner, de manière anonymisée, une base de données publique réservée exclusivement aux chercheurs en nutrition.
  • Donner des moyens supplémentaires aux chercheurs notamment en nutrition, en endocrinologie, etc. Comprendre mieux la perte ou la prise de poids d’un individu est fondamental pour agir de manière plus ciblée.
  • Informer de manière plus efficace les risques liés à la malnutrition.
  • Augmenter l’accessibilité à des consultations de nutrition sur l’ensemble du territoire français.
  • Analyser les échecs de la politique de santé effectuée jusqu’ici et revoir les plans de prévention de l’obésité mis en place. Le second Programme national nutrition santé ou PNNS 2 (2006-2010) avait fait de la lutte contre l’obésité un enjeu essentiel des politiques de santé publique. Le PNNS 4 (2019-2023) visait comme objectif : « Mieux prendre en charge les personnes en surpoids, dénutries ou atteintes de maladies chroniques » [5]. L’objectif 16 était de dépister et de prendre en charge des personnes souffrant d’obésité. Les résultats ne sont pas au rendez-vous, l’obésité continue de progresser comme le montrent le graphique 1.
  • Inclure pendant le congé maternité, dans la partie qui situe avant la naissance de l’enfant, des cours d’alimentation. Durant cette période, la femme est plus réceptive aux conseils en matière de nutrition pour elle et pour son enfant. Ces cours seraient dispensés en présentiel ou en distanciel si besoin. Ils pourraient être également dispensés aux pères lors de leur congé de paternité.
  • Offrir une consultation de nutrition pédiatrique dès que la courbe de croissance de l’enfant montre un risque de surpoids et assurer le suivi de la famille au long cours. La plupart des enfants ont un suivi régulier chez le médecin ou le pédiatre pendant leur croissance, le renvoi vers un nutritionniste doit être automatique dès les premiers signes de surpoids.
  • Proposer une consultation de nutrition spécifique dédiée à la femme en préménopause pour limiter le risque de prise de poids à cette période de bouleversements hormonaux. Cela concerne la moitié de la population des 40 – 50 ans.

* Inserm : Institut national de la santé et de la recherche médicale.

** DROM-COM : Départements et Régions d’Outre-Mer / Collectivités d’Outre-Mer.

*** CNAM : Caisse nationale d’assurance maladie.

Sources :

  1. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2009-09/table_imc_230909.pdf
  2. https://shs.hal.science/halshs-00278898v1
  3. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/les-dossiers-de-la-drees/240717_DD-Surpoids-Obesité
  4. 4.https://www.nature.com/articles/s42255-026-01542-8
  5. https://www.reseau-national-nutrition-sante.fr/fr/orientations-du-pnns-4.html
santé sécurité

La cybersécurité dans le secteur de la santé

By Numérique, Santé

Quand le risque cyber devient un risque sanitaire

Par Jean, membre de la commission Santé

La transformation numérique du système de santé a profondément modifié la nature du risque cyber. Le dossier patient informatisé, l’imagerie médicale, la télémédecine, les objets médicaux connectés, les entrepôts de données et désormais l’intelligence artificielle ont fait du système de santé un immense écosystème numérique.

Cette numérisation contribue indéniablement à améliorer la qualité des soins en améliorant certains traitements difficilement réalisables de manière manuelle. Elle crée cependant, en parallèle, une dépendance forte aux systèmes d’information. Ainsi les établissements de santé qui subissent une cyberattaque, ne sont pas seulement exposés à un risque de perte ou de compromission des données. Ils peuvent également se retrouver privés d’une partie voire de la totalité de leur capacité à soigner et à prendre en charge efficacement les patients.

Selon le rapport public 2025[1] de l’Agence du numérique en santé (ANS) concernant les signalements d’incidents de sécurité informatique, l’ANSSI[2] a traité 3 586 événements de sécurité et 1 366 incidents confirmés ; 10 % des incidents concernaient le secteur de la santé (troisième secteur le plus touché).

Cette vulnérabilité tient également à la structure des systèmes d’information hospitaliers. Un établissement peut agréger des centaines d’applications, des dispositifs médicaux connectés, des systèmes parfois anciens, des logiciels métiers spécialisés et de multiples interconnexions avec des laboratoires, professionnels libéraux, prestataires, hébergeurs ou autres établissements. Le rapport de l’ANS précité souligne notamment la multiplication des logiciels, les connexions avec les prestataires, le Shadow IT[3] et l’interdépendance croissante des systèmes.

Un article[4] du Portail de l’Intelligence économique va dans ce sens. Il souligne la dette technique des systèmes d’information des établissements de santé, la multiplication des applications et la difficulté à disposer d’une cartographie exhaustive du patrimoine numérique.

[1]https://esante.gouv.fr/sites/default/files/media/document/ANS_CERTSante_Rapport_Public_Observatoire_Signalements_ISSIS_2025_VF_0.pdf

[2] ANSSI : Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information est l’autorité nationale en matière de cybersécurité et de cyberdéfense en France. L’ANSSI est placé sous l’autorité du secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale.

[3] Le Shadow IT désigne « des SI réalisés et mis en œuvre au sein d’organisations sans l’approbation du Directeur informatique »  – source ANSSI

[4] https://www.portail-ie.fr/univers/2025/complexite-systeme-information-hospitalier/

 

Dès lors, la cybersécurité dans le secteur de la santé ne devrait plus être appréhendée uniquement comme une fonction support de la Direction du Système d’Information (DSI). Elle devient une composante de la sécurité des soins et, à une échelle supérieure, de la résilience nationale.

Pour faire face à ces menaces, le secteur de la santé est soumis, depuis plusieurs années, à un renforcement de son cadre réglementaire et légal. La frise suivante présente l’évolution du cadre juridique relatif aux exigences de cybersécurité applicable au secteur de la santé.

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Le secteur de la santé, une cible stratégique pour les cyberattaquants

Les travaux prospectifs[1] évoqués par Thomas Gomart ont bien identifié la menace cyber comme revêtant un caractère systémique en raison de « l’enchevêtrement des enjeux et l’imbrication des acteurs publics comme privés ». Les trois grilles de lecture suivantes permettent d’en appréhender les principales dimensions.

[1] « Guerres invisibles, nos prochains défis géopolitiques » de Thomas Gomart

Première grille de lecture, les données de santé comme actifs lucratifs

Les établissements de santé constituent des cibles particulièrement intéressantes pour les groupes de cyberattaquants en raison de la combinaison de trois facteurs : ils détiennent des données sensibles au sens du Règlement Général sur la Protection des données à caractère personnel (RGPD), sont fortement dépendants de leurs systèmes d’information et peuvent subir des conséquences majeures en cas d’interruption de service.

Par ailleurs, les données de santé présentent une caractéristique particulière dans le sens où ces dernières sont difficilement révocables. En effet, une carte bancaire compromise peut être remplacée. Un antécédent médical ou un génome ne peuvent l’être. Cette caractéristique accroît leur intérêt pour les cyberattaquants, qui peuvent chercher à en tirer une valeur pécuniaire au moyen de différentes fraudes (usurpation d’identité, fraude à l’assurance, rançon ou extorsion…).

Selon l’Agence du Numérique en Santé[1], les actes de malveillance ont considérablement augmentés (+22% par rapport à 2024). En 2025, l’agence recense 223 actes de compromissions du système d’information, 28 attaques de nature rançongiciel [2](ransomware) et 165 attaques de type phishing (hameçonnage).

Le CERT [3]Santé a d’ailleurs confirmé que les fuites de données sont considérées comme l’un des risques les plus préoccupants.

Pour illustrer le caractère lucratif de ces fuites, les données volées peuvent être revendues[4] sur le DarkWeb[5]. Selon les estimations publiées par KeeperSecurity, leur valeur peut aller de quelques dollars pour certaines données d’identification à des montants beaucoup plus élevés pour des dossiers médicaux particulièrement complets.

[1]https://esante.gouv.fr/sites/default/files/media/document/ANS_CERTSante_Rapport_Public_Observatoire_Signalements_ISSIS_2025_VF_0.pdf

[2] https://www.cert.ssi.gouv.fr/uploads/CERTFR-2026-CTI-002.pdf

[3] Le CERT Santé (Computer Emergency Response Team) est une entité assurant le traitement des signalements des incidents de sécurité. Il assure également une mission de prévention et d’alerte face aux cybermenaces et partage les recommandations indispensables aux établissements de santé et organismes publics pour minimiser les effets de la menace (source esante.gouv.fr).

[4] https://www.keepersecurity.com/assets/pdf/infographic-how-cybercriminals-make-money.pdf

[5] Le DarkWeb est un Internet clandestin qui nécessite l’utilisation d’un protocole particulier pour y naviguer (source cyberdico de l’ANSSI)

Source : Extrait du site « keepersecurity »

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Légende : estimation du prix de vente des données volées

  • compte Spotify : 0,21$
  • compte Hulu : 8,61$
  • compte Netflix : 8,32$
  • Accès à un compte Paypal : 247$
  • Numéro de sécurité sociale : 1$
  • Permis de conduire : 20$
  • Carte de crédit : 50$
  • Passeport : 62$
  • Information médicale : 60$

 

Deuxième grille de lecture, la santé comme cible de déstabilisation

La Santé figure parmi les secteurs participant aux activités d’importance vitale[1](OIV). Elle compte notamment deux services essentiels liés aux établissements de soins de santé et à la fabrication de produits pharmaceutiques.

La perturbation des infrastructures de santé peut ainsi générer un effet psychologique particulièrement important, supérieur à celui provoqué par l’atteinte à de nombreuses autres infrastructures. En effet, elle touche une population au moment où celle-ci est particulièrement vulnérable.

Les opérations de sabotage et de dénis de service (DDoS) peuvent ainsi poursuivre des objectifs de visibilité, de coercition ou de déstabilisation.

Dans le panorama de la cybermenace 2025, l’ANSSI évoque des opérations de déstabilisation et de sabotage s’inscrivant notamment dans un contexte de tensions géopolitiques et de soutien français à l’Ukraine.

La prudence dans l’attribution de ces opérations demeure toutefois essentielle. L’ANSSI constate une érosion des frontières entre acteurs étatiques et cybercriminels, caractérisée notamment par la circulation des outils, des techniques désormais renforcées par l’IA et parfois des infrastructures.

Dans cette perspective, les infrastructures de santé constituent une cible particulièrement sensible dans le cadre d’une stratégie hybride. Une cyberattaque peut présenter un coût relativement limité pour son auteur, être difficile à attribuer et produire des conséquences potentiellement importantes.

Elle permet ainsi d’agir sous le seuil du conflit armé traditionnel, tout mettant à rude épreuve la résilience des infrastructures essentielles d’un État.

[1] https://ledieu-avocats.fr/oiv-ose-critical-entities-projet-directive-ue-decembre-2020/

Troisième grille de lecture, l’espionnage – la donnée de santé comme actif de puissance

Un CHU n’est pas uniquement un lieu de soins. Il constitue également un centre de recherche susceptible de détenir des résultats d’essais cliniques, des données génomiques, des données d’imagerie, des travaux de recherches, des algorithmes et des partenariats avec des entreprises pharmaceutiques. L’écosystème de santé constitue ainsi un patrimoine informationnel considérable.

Cette masse d’informations possède, par essence, une valeur économique et scientifique, notamment pour la recherche pharmaceutique, l’épidémiologie et l’entraînement de modèles d’intelligence artificielle entre autres. La possession de ces données peut ainsi constituer un avantage significatif, ce qui les expose à des menaces cyber spécifiques.

Ces menaces peuvent viser, par exemple, à capter[1] des résultats de recherche, des essais cliniques ou des innovations avant leur publication, des bases génomiques ou épidémiologiques, des informations sur les capacités hospitalières ou stock et plus généralement, des informations permettant d’évaluer les vulnérabilités sanitaires d’un pays.

La cybersécurité rejoint ici directement la sécurité économique et la souveraineté sanitaire.

[1] https://www.ege.fr/infoguerre/les-enjeux-strategiques-des-donnees-de-sante-pour-la-france

Vers une approche dynamique, passer d’une logique défensive de la cybersécurité à une doctrine de résilience sanitaire

Depuis plusieurs années, la France considère la cybersécurité du secteur de la santé comme un véritable enjeu stratégique, notamment à travers du programme CaRE (Cybersécurité accélération et Résilience des Etablissements). Celui-ci vise à renforcer durablement la sécurité et la résilience cyber des établissements de santé.

Une nouvelle étape est en train d’être franchie. En effet, il ne s’agit plus de considérer la cybermenace comme un élément susceptible de perturber le fonctionnement nominal d’un service, mais d’évaluer la capacité de celui-ci à résister et à maintenir ses missions essentielles dans une situation de tension extrême. Il s’agit ainsi de passer d’une logique de cybersécurité à une véritable doctrine de cyberrésilience.

Le 7 octobre 2026 doit avoir lieu la première séance publique de discussion du projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité.

Lors du colloque Souveraine Tech consacré à la résilience des infrastructures et technologies critiques, le député Philippe Latombe a insisté sur cette notion de résilience compte tenu de la recrudescence des cyberattaques et des opérations de sabotage et de déstabilisation précédemment évoquées. Le Vice-Amiral d’escadre Marc-Antoine de Saint-Germain a, par ailleurs, insisté sur l’importance de disposer d’une capacité à résister face à une menace continue et extrême, et à fonctionner en mode dégradé, en considérant ce type de situation non plus comme exceptionnel, mais comme une hypothèse à laquelle les organisations doivent être régulièrement préparées.

Dès lors il apparaît essentiel d’organiser le système de santé et son écosystème de manière à ce qu’une cyberattaque ne puisse pas provoquer ou aggraver une crise sanitaire.

Dans cette dynamique, les propositions suivants se veulent être des axes de réflexion pour arriver à atteindre un niveau de résilience satisfaisant.

  1. Faire de la cybersécurité une composante de la sécurité des soins. La continuité numérique devrait être traitée au même niveau que la continuité électrique, l’approvisionnement en médicaments ou la disponibilité des équipements médicaux critiques. Les directions des établissements et les instances médicales devraient être directement associées à la gouvernance cyber.
  2. Cartographier réellement le patrimoine numérique des établissements de santé en intégrant les prestataires de services et l’ensemble de la chaîne allant de la donnée aux infrastructures, afin de maîtriser la chaîne de dépendances dans son ensemble.
  3. Construire une capacité réelle de fonctionnement en mode dégradé, y compris sans informatique. Chaque activité clinique critique devrait disposer de procédures effectivement testées : urgences, bloc opératoire, pharmacie, biologie, imagerie, prescription et admissions…
  4. Tester régulièrement la gestion de crise dans des conditions réalistes, afin d’en vérifier l’efficacité en cas d’incident majeur, en veillant notamment à intégrer aux exercices les prestataires et fournisseurs critiques.
urgence

URGENCES : Comment mieux accueillir les patients ?

By Santé

L’effet « ciseaux »

Par Yannick Le G. , membre de la commission santé

Les conditions, en termes de temps d’attente, de l’accueil des patients au sein des services d’urgences se sont globalement dégradées. Le temps d’attente moyen était de 2h15 en 2013, il est en 2023 de 3h10. Ce temps comprend l’attente mais aussi le temps de réalisation d’examens médicaux pour poser un premier diagnostic (biologie, imagerie, avis d’un spécialiste). Notons que la moitié des patients admis aux urgences y reste moins de 1H35 alors que pour 5% des admis le temps d’attente y est supérieur à 15 heures. Les temps d’attente les plus longs sont liés souvent à la recherche de lits d’accueil.

Le nombre de structures d’accueil en urgence est resté stable (723 en 2014 et 719 en 2023) mais le recours aux soins d’urgences a crû considérablement. Il a doublé en 30 ans (11 millions d’admissions en 1996 contre plus de 21 millions actuellement). Il y donc un effet « ciseaux ». 

Propositions : 

Généraliser la prise en charge duale et complémentaire entre urgences hospitalières et la médecine de ville. Des expériences existent. Des structures composées de médecins libéraux, situées près des services d’urgences permettent de prendre en charge les cas les moins lourds et diminue la saturation des services. Il faut systématiser ce type d’organisation. 

Etablir par départements, sous l’égide des Préfets, des objectifs précis (délais, moyens mobiles, niveau de gravité, permanence…) en terme d’accueil des patients en urgence. Notre tissu sanitaire de proximité est modelé autour des structures hospitalières principales du département. Ce niveau est donc pertinent. La définition des objectifs et leur respect doit reposer sur l’ensemble des hôpitaux, les établissements de santé privés (ils assurent actuellement 20% des admissions en urgences) et bien sûr les médecins libéraux,

Prioriser, notamment pour les personnes âgées, les admissions directes dans les services de soins sans passage aux urgences pour éviter là aussi la saturation des services et l’attente des patients.

santé et ia

Le jumeau numérique en santé

By Droit, Santé

Intérêt actuel et perspectives à long terme

Par Patrick Houvet, membre de la commission Santé

Projet transversal Santé-Droit, note 1/2

 

La médecine Prédictive, Personnalisée, Préventive et fondée sur la Preuve (4P) est à l’aube de son avènement grâce aux apports incessants et exponentiels de l’intelligence artificielle (IA).

Transposé de l’industrie, où il désigne la réplique virtuelle d’une machine ou d’un système, suivie en temps réel pour anticiper pannes et coûts, le jumeau numérique (JN, « digital twin ») s’impose aujourd’hui comme l’une des promesses fortes de la médecine numérique. La santé en attend beaucoup : tester de nouvelles idées, personnaliser les traitements, explorer les interactions entre organes, médicaments ou dispositifs [2].

Cette note, appuyée sur la littérature récente et sur un ensemble de documents français et internationaux, vise à cerner l’intérêt actueldu jumeau numérique – ce qui est réellement disponible – et son intérêt à long terme – les promesses, jusqu’à la perspective d’un jumeau attribué à chacun et nourri toute une vie -, en distinguant l’un de l’autre et en pesant les questions éthiques que la seconde soulève.

1.Un concept précis, souvent galvaudé

Le terme est attribué à Michael Grieves, qui définit en 2002 le jumeau numérique comme une « modélisation d’espaces en miroir » [1]. Appliqué à une personne, il s’agit d’« d’une représentation mathématique simplifiée d’un individu donné, paramétrée à partir des données spécifiques d’un patient » pour aider le clinicien à comprendre son état et son évolution [2]. La littérature retient trois conditions cumulatives : une réplique virtuelle personnalisée, une mise à jour dynamique par un flux de données bidirectionnel entre l’original et son double, et une capacité prédictive au service de la décision [3][4]. Un vrai jumeau suppose donc trois composants : le patient physique, sa réplique virtuelle, et l’échange permanent entre les deux [4].

La confusion est fréquente, et il faut s’en garder [1]. Adapter une prothèse d’après des patients aux caractéristiques identiques n’est pas un jumeau numérique : il manque la liaison permanente et en temps réel entre modèle et réalité. La revue la plus large disponible le confirme : sur 149 études publiées entre 2017 et 2024 se réclamant du jumeau numérique, 12 % seulement répondent à la définition stricte ; le reste relève du modèle statique, de l’ « ombre numérique » (flux de données à sens unique, environ 9 %) ou de la cohorte de patients virtuels [3]. On décrit ainsi des niveaux de maturité croissants : jumeau statique, fonctionnel, « ombre » alimentée en temps réel, puis jumeau « intelligent » capable de prédire [4].

Le travail de cadrage conduit en France par la Cellule éthique de la Délégation au numérique en santé affine encore ces distinctions. Le groupe d’experts préfère le terme de « représentation » à celui de « réplique », toute fidélité absolue étant jugée inatteignable, et souligne que le mot « jumeau » est lui-même problématique : il suggère une identité avec la personne, alors qu’il ne s’agit que d’une construction réductrice – certains proposent d’ailleurs « avatar » [13].

Le jumeau numérique doit aussi être distingué des données ou patients « synthétiques » (cohortes fictives), des avatars pédagogiques et des modèles de simulation classiques, dépourvus de personnalisation en temps réel [13]. Du côté de l’ingénierie, un jumeau se définit comme un système logiciel qui non seulement reflète son original mais peut agir sur lui et apporter une valeur opérationnelle ; deux traits le séparent d’un simple modèle de simulation : l’accès aux données (en temps réel ou différé) et l’hybridation entre modèles déductifs (issus des lois physiques) et inductifs (appris des données), qui réduit l’incertitude [14].

2.Un déploiement à plusieurs échelles

L’intérêt du jumeau numérique ne se comprend qu’en distinguant les niveaux auxquels il s’applique, du plus intime au plus collectif.

2.1. L’organe et le patient

En cardiologie, appliquer à un double virtuel les mesures de débit et de pression permet d’évaluer des paramètres du cœur difficilement accessibles autrement [2]. Le jumeau numérique d’un anévrisme de l’aorte sert à fabriquer une endoprothèse sur mesure et à simuler, avant l’intervention, les complications possibles [1]. Le champ s’étend à l’oncologie, aux maladies cardiovasculaires, à la réanimation, à l’ostéoporose et au cerveau – les cinq premiers cas d’usage du programme européen EDITH [2]. En France, le projet MEDITWIN développe des jumeaux virtuels personnalisés d’organes, du métabolisme ou de tumeurs, en neurologie, cardiologie et oncologie [15]. Un atout particulier concerne les maladies rares : faute d’effectifs suffisants pour des essais classiques, on peut « ajouter des patients virtuels » [2].

2.2. La chirurgie viscérale et l’orthopédie

En chirurgie, les usages déjà décrits couvrent la planification préopératoire, l’éducation du patient en réalité virtuelle, l’entraînement avec retour haptique*, le guidage peropératoire en réalité augmentée et le test in silico** de dispositifs [4] ; des prototypes existent pour la chirurgie de la base du crâne (Twin-S) ou l’évaluation du rétrécissement aortique (CardioVision) [4]. En orthopédie, les travaux portent sur la prédiction d’usure d’une prothèse de genou, l’analyse par éléments finis d’une fracture du plateau tibial, les simulateurs d’arthroscopie de hanche, l’identification d’axes de mouvement pour la prothèse de cheville robotisée, le rachis scoliotique et la traumatologie (reconstruction et suivi d’implant en peropératoire) [4][5]. A titre d’exemples, la société française Twinsight ( https://twinsight-medical.com ) construit, à partir des images du patient et par apprentissage profond, un jumeau orthopédique dynamique pour personnaliser le positionnement d’un implant ; elle part du constat que 60 % des patients ont de bons résultats chirurgicaux mais restent gênés lors de gestes simples, et vise l’extension à la hanche, au rachis à l’épaule et au pied [6]. Une thèse strasbourgeoise (2022) a développé un jumeau numérique du doigt pour optimiser un garrot digital (ForgetMeNot) et déterminer la pression de serrage évitant la nécrose des tissus mous [7].

2.3. Le dispositif médical

La modélisation et la simulation par ordinateur, avec l’analyse par éléments finis, permettent de prédire résistance, flexibilité et durabilité d’un implant sans multiplier les prototypes physiques [8]. La simulation prédictive génère aussi de vastes jeux de données pour entraîner l’IA sans recourir aux données réelles des patients ni aux tests sur l’animal, et autorise des études cliniques in silico sur un nombre illimité de patients virtuels de tous phénotypes [8]. C’est le modèle de bureaux d’étude tels que Philomec, qui accompagnent les fabricants de la conception à la certification.

2.4. Le service, l’hôpital et le territoire

À l’échelle organisationnelle, il existe déjà des jumeaux numériques de services : urgences en France (CHU de Saint-Étienne), soins intensifs aux États-Unis, radiologie en Irlande, parcours de soins Covid-19 [1]. Alimenté en temps réel, un tel jumeau peut alerter sur les points de rupture (lits, ressources, compétences) et éclairer, à l’échelle d’un territoire, la mutualisation des moyens ou le transfert de patients [1]. Le jumeau numérique d’un hôpital pris dans son ensemble, lui, n’existe pas encore : il supposerait de rapprocher les sphères gestionnaire, soignante et technique [1].

3.L’intérêt actuel : ce qui est déjà là

Les bénéfices tangibles aujourd’hui sont d’abord la personnalisation (choisir et fabriquer l’implant le mieux adapté), la planification chirurgicale, la réduction des prototypes et des délais de développement, et la maîtrise des coûts [6][8]. Les jumeaux numériques ne remplacent pas le médecin : ils intègrent des données de plus en plus nombreuses et aident à trouver la solution la mieux adaptée au patient [2].

Le mouvement est aussi institutionnel et réglementaire. En Europe, le programme EDITH (19 partenaires, une centaine de signataires d’un manifeste) a produit une feuille de route et cinq cas d’usage prioritaires [2] ; la Commission a engagé plus de 100 millions d’euros (dont 80 au titre d’Horizon Europe) et lancé, le 26 juin 2025, le développement d’une plateforme du « jumeau humain virtuel » [9]. Aux États-Unis, la FDA reconnaît la simulation numérique : sa recommandation finale de novembre 2023, adossée à la norme ASME V&V 40, encadre la « crédibilité » d’un modèle pour un « contexte d’usage » donné et vise explicitement les essais in silico et la planification préopératoire [10]. Les cabinets d’études estiment enfin le marché à plusieurs dizaines de milliards de dollars à l’horizon 2030 [12] – chiffre à prendre avec prudence, mais révélateur de l’attente.

En France, l’essor est également structuré. Le projet MEDITWIN, soutenu par France 2030 sur la période 2024-2029, réunit sept instituts hospitalo-universitaires, le CHU de Nantes, l’Inria, Dassault Systèmes et plusieurs start-ups pour industrialiser et valider cliniquement des « produits de santé virtuels » [15]. Le programme national EDT (Engineering Digital Twins, Inria / France 2030) cherche pour sa part à unifier une ingénierie du jumeau aujourd’hui fragmentée, autour d’une plateforme ouverte [14]. Et, signe que la réflexion accompagne le déploiement, la Cellule éthique de la Délégation au numérique en santé a lancé en 2025 un groupe de travail (GT15) dédié à l’éthique des jumeaux numériques, dans le prolongement du Cadre de l’éthique du numérique en santé (2023) et de ses cinq principes : bienfaisance, non-malfaisance, autonomie, justice et écoresponsabilité [13].

4. L’intérêt à long terme : du soin ponctuel au compagnon d’une vie

C’est ici que se joue la perspective la plus transformatrice. Les capteurs portés en continu – de la montre connectée au capteur sous le matelas – fournissent le flux qui rend possible une personnalisation permanente [11]. On peut alors imaginer le passage d’un jumeau ponctuel, construit pour une intervention, à un jumeau biographique : attribué à la naissance et nourri toute la vie par l’imagerie, la biologie, la génomique, le dossier de soins et les objets connectés, il accompagnerait la trajectoire de santé de la personne.

Un tel jumeau permettrait un glissement du descriptif vers le prédictif, puis vers le prescriptif. Prédictif d’abord : suivre les trajectoires de santé et intervenir avant l’apparition de la maladie : l’ambition de projets comme MEDITWIN, qui simulent l’évolution d’organes ou de tumeurs pour agir en amont [15][11]. Prescriptif ensuite, selon la vision que vous formulez : une IA suffisamment nourrie pourrait recommander, voire « autoriser », des choix de traitement, d’activité physique et, de proche en proche, de mode de vie, le patient recevant des indications qui soutiennent ses décisions et son auto-prise en charge [11]. Cette logique rejoint les usages en gestation : essais cliniques in silico et bras de contrôle virtuels [8], maladies rares [2], et, à terme, un jumeau « corps entier » intégré et interopérable – l’image de la « forêt » que promeut l’écosystème européen [2][9]. Le groupe d’experts français juge d’ailleurs nécessaire d’anticiper dès maintenant ce jumeau « idéal », double complet de l’individu, qui reste une promesse mais pourrait vite devenir réalité, afin d’en prévenir les dérives [13].

5. Limites, défis et conditions de réussite

Cette perspective ne se réalisera qu’à des conditions exigeantes, et elle soulève des questions qui ne sont pas seulement techniques mais éthiques.

5.1. Verrous scientifiques et techniques

La validation reste le maillon faible : la vérification, la validation et la quantification des incertitudes ne sont mentionnées que dans 2 des 149 études recensées [3] ; en orthopédie, le niveau de preuve demeure précoce (une revue de cadrage ne retient que 14 études, dont un seul essai randomisé) [5]. S’y ajoutent la qualité et la représentativité des données, le risque de biais et l’opacité – la « boîte noire » – des modèles d’IA [4][5].

Du point de vue de l’ingénierie, les verrous sont désormais bien identifiés : absence de cadre d’ingénierie unifié, interopérabilité et fédération de jumeaux, fidélité et fiabilité, cybersécurité (le NIST recense quatorze critères de confiance), passage à l’échelle, conformité réglementaire et sobriété énergétique [14]. La fragmentation de l’écosystème est explicitement pointée en France comme en Europe [9][14], de même que les enjeux juridiques, de propriété intellectuelle et de protection des données [2][13].

5.2. Questions éthiques

Le projet d’un jumeau nourri toute une vie déplace la frontière entre aide à la décision et prescription du comportement.

Le premier risque est ontologique : transposer la personne en un jeu de variables, puis confondre la représentation avec l’individu lui-même, jusqu’à le réduire à ses données [1,13].

Le deuxième tient au poids de la prédiction. Une trajectoire de vie relève souvent de l’incertitude, non du risque calculable. Les simulations produisent des probabilités, non des certitudes. « Vous êtes à risque » peut vite devenir « vous serez malade, si… », la probabilité se muant en assignation, en obligation. L’enjeu, souligné en référence à Ricoeur, est de préserver la capacité d’agir du sujet, ce « soi capable » de récit et de bifurcation : le modèle éclaire et calcule, mais il ne doit pas prescrire ni abolir la liberté d’agir [13].  Dans le même esprit, la simulation ne saurait remplacer le jugement clinique : la sagesse pratique et l’examen clinique au chevet ne se réduit pas au savoir démonstratif de l’algorithme [13].

La relation de soin elle-même se transforme : du couple classique patient-médecin, on passe à une « quadrangulation » où s’ajoutent le jumeau et ses concepteurs, redistribuant confiance et responsabilités [13]. Le consentement doit alors devenir évolutif et réversible, pour éviter que l’adhésion à un modèle présenté comme « optimal » ne se substitue au choix du patient ; un consentement n’est pas une soumission à l’algorithme [13]. La responsabilité, en cas d’erreur issue d’une simulation, se dilue entre médecin, concepteur, fournisseur et établissement ; l’explicabilité devient une exigence, et la justice sociale un impératif, sous peine d’une médecine à deux vitesses, réservée aux mieux connectés et aux mieux assurés [13][11].

Une dimension enfin est souvent oubliée ou éludée : la soutenabilité. Capteurs, stockage et entraînement des modèles reposent sur des infrastructures lourdes et très énergivores. Une éthique du jumeau numérique impose la minimisation des données, la mutualisation des infrastructures et une IA « frugale », en hiérarchisant les usages cliniquement utiles [13][14].

Enfin, reste le défi épistémologique : accepter qu’il n’existe pas « une seule bonne solution définitive », mais des solutions multiples selon le contexte [1]. Le jumeau numérique est un instrument d’aide et de simulation et non un oracle ni un double : il représente sans incarner, éclaire sans décider, et ne remplace ni le jugement du clinicien ni la liberté du patient [2][13].

Conclusion

L’intérêt actuel du jumeau numérique est réel mais ciblé et inégal selon les échelles : le dispositif est déjà mature pour la conception de dispositifs, déjà utile pour la planification de certaines chirurgies, mais il reste émergent pour le patient « intégré » et expérimental pour l’hôpital.

Son intérêt à long terme est potentiellement considérable – médecine prédictive et préventive, essais in silico, et jusqu’à un jumeau attribué dès la naissance qui recommanderait des choix de santé et de vie. Mais cette promesse engage autant la technique (validation, interopérabilité, fiabilité, sobriété) que l’éthique et notre conception de la liberté individuelle.

La montée en puissance des cadres français et européens – MEDITWIN, EDT, EDITH, et le futur groupe éthique GT15 – montre que ces deux exigences avancent désormais de front.

Pour le clinicien, l’enjeu immédiat n’est pas d’attendre un jumeau parfait, mais de savoir distinguer un vrai jumeau numérique d’un simple modèle, d’accompagner sa validation, et de garder au centre la personne – une représentation, jamais un double – et surtout, in fine, la décision humaine.

Cette note sera suivie d’une seconde qui synthétisera les réflexions de la commission CRSI-Droit sur cette nouvelle technologie, porteuse de nombreuses questions, notamment concernant nos données personnelles. L’aspect législatif est nécessaire pour éviter les dérives possibles liées aux avancées technologiques.

*retour haptique : retour permis par une technologie qui reproduit en temps réel la sensation du toucher dans un environnement virtuel, à l’aide d’accessoires tels que des gants, une combinaison, etc.

**In silico : Se dit d’une méthode d’étude effectuée au moyen d’ordinateurs (dont les puces sont principalement composées de silicium), permettant d’analyser des données et de modéliser des phénomènes, en biologie et en bio-informatique, notamment (définition du Larousse).

Sources

[1] S. Bertezène (CNAM, chaire de Gestion des services de santé), « Hôpital : les « jumeaux numériques », un nouvel outil de simulation », Le blog du CNAM (d’après The Conversation), 2021-2022, et support de cours « Les jumeaux numériques dans le secteur de la santé ».

[2] Inria, « Santé : un écosystème européen consacré au jumeau numérique » (programme EDITH, équipe SimbiotX), 13 mai 2024.

[3] A scoping review of human digital twins in healthcare applications and usage patterns, npj Digital Medicine, 2025 (149 études, 2017-2024).

[4] Digital twins for the era of personalized surgery, npj Digital Medicine, 2025.

[5] The AI-powered orthopedic digital twin : a new paradigm for personalized diagnosis, surgical simulation and prognostic management – a scoping review, Art Int Surg, 2026.

[6] Twinsight SAS (Surgitwin), présentation de la technologie de jumeaux numériques orthopédiques, twinsight-medical.com, 2025.

[7] J. J. Hidalgo Diaz, « Vers le développement d’un jumeau numérique du doigt pour l’optimisation d’un garrot digital », thèse de doctorat en biomécanique, Université de Strasbourg (dir. N. Bahlouli et S. Facca), 2022.

[8] P. Renard, « Accélérer le développement des DM en orthopédie grâce à la simulation » (société Philomec), DeviceMed.fr, 2 avril 2024.

[9] Commission européenne, « Virtual Human Twins Initiative », digital-strategy.ec.europa.eu, 2025.

[10] FDA, recommandation finale sur la crédibilité de la modélisation et de la simulation par ordinateur pour les dispositifs médicaux, 17 novembre 2023 ; norme ASME V&V 40.

[11] One Patient, Two Worlds : Digital Twins for Everyday Prevention and Care, IEEE Pulse, 2025.

[12] MarketsandMarkets, « Digital Twins in Healthcare Market », 2025 (estimation de marché).

[13] Délégation au numérique en santé (Cellule éthique), « Jumeaux numériques en santé : enjeux, définitions et problématiques éthiques », note de cadrage pour le futur groupe de travail GT15, septembre 2025.

[14] P. Vicat-Blanc, B. Combemale, et al., « La Fabrique des Jumeaux Numériques : verrous scientifiques, technologiques et perspectives du programme EDT », Revue de l’électricité et de l’électronique, 2026 (programme national Engineering Digital Twins, Inria / France 2030).

[15] Projet MEDITWIN (Dassault Systèmes, Inria, sept IHU, CHU de Nantes, start-ups), France 2030, 2024-2029 ; présenté en annexe de la note de cadrage DNS [13].