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Olivier Debeney

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Les midterms : quels impacts sur la France ?

By Défense et géopolitique

Ce scrutin de mi-mandat est habituellement un moment clé de la vie politique américaine puisqu’il se positionne comme un test pour le Président américain.

Par un adhérent du CRSI

Le Congrès américain est composé d’une chambre haute, le Sénat, représentant les États fédérés, et d’une chambre basse, la Chambre des représentants, qui porte la voix des citoyens américains. Les représentants sont élus tous les deux ans au suffrage universel direct. Les sénateurs sont, eux, renouvelés par tiers tous les deux ans via le même suffrage. Ce scrutin de mi-mandat est habituellement un moment clé de la vie politique américaine puisqu’il se positionne comme un test pour le Président américain. Les midterms de 2026 sont intervenues dans une société polarisée alors que la popularité de Donald Trump est au plus bas et que les démocrates souhaitent incarner l’avenir à l’approche des élections présidentielles de 2028.

                  Le 03 novembre 2026, les démocrates ont emporté les majorités du Sénat et de la Chambre des représentants. Certains États clés des républicains ont même basculé démocrates. Ainsi, Donald Trump a perdu et reconnaît sa défaite. Il l’explique en partie par la guerre en Iran.

Ces midterms auront-elles un impact en France ?

  • Les démocrates se concentreront sur des problématiques internes : le Congrès démocrate compte peser sur le budget fédéral, sur les nominations ainsi que sur les enquêtes parlementaires pouvant être lancées contre Trump et son administration.
  • Les droits de douane contre l’Europe ne baisseront pas nécessairement : après l’invalidation des tarifs douaniers par la Cour Suprême en février 2026, l’administration Trump les a placés sous le régime « section 301 » du droit commercial américain, permettant au Président d’agir sans le vote du Congrès.
  • Les États-Unis ne viendront pas au secours des Européens face à Poutine : même si les démocrates sont en partie favorables à l’aide à Kiev, Trump conserve son droit de veto et ses prérogatives diplomatiques. Il continuera donc de souffler le chaud et le froid sur les équilibres géopolitiques jusqu’à la fin de son mandat.
  • La guerre en Iran pourrait continuer et les prix à la pompe poursuivre leur inflation : en effet, le Congrès ayant peu de pouvoir en matière diplomatique, seul un accord entre Trump et l’Iran pourrait mettre fin à la guerre.
  • Maintien des pressions contre la souveraineté française et européenne : dans la stratégie de sécurité nationale américaine (NSS), il est écrit que les États-Unis doivent corriger la trajectoire des pays européens. L’UE est perçue comme un problème critique pour la souveraineté de ses États membres. Sa puissance de régulation et sa capacité à protéger ses citoyens, notamment à travers des lois comme le Digital Services Act, serait une menace pour les États-Unis.
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Protoxyde d’azote et sécurité intérieure

By Nos événements, Santé

Le protoxyde d’azote sert en médecine à détendre les jeunes patients avant un acte jugé stressant. Facile d’accès car aussi présent dans les cuisines, il est devenu la nouvelle drogue des jeunes avec des conséquences sur leur santé et celle des autres.

Par Fabrice Parabère, membre de la commission santé

L’usage détourné du protoxyde d’azote (N₂O), dit « gaz hilarant », s’est fortement développé chez les adolescents et les jeunes adultes depuis 2020. Les signalements d’intoxication sont en hausse continue, et certaines intoxications aiguës relèvent d’une prise en charge en urgence voire en déchocage (secteur hospitalier de réanimation dédié aux personnes en détresse vitale immédiate) [1, 2].

Les équipes de secours interviennent de façon récurrente auprès de jeunes ayant inhalé du N₂O (« proto »), très fréquemment retrouvés avec un trouble de la conscience d’intensité variable (du simple étourdissement au coma). Les risques majeurs observés sur le terrain sont l’hypoxie (manque critique d’oxygène dans le sang), les vomissements avec risque d’inhalation pulmonaire (passage accidentel du vomi dans les poumons pouvant entraîner un étouffement) et des manifestations neurologiques parfois sévères.

La loi n° 2026-798 du 18 août 2026 (dite « RIPOST ») érige en délit l’inhalation de N₂O en dehors de tout acte médical (un an d’emprisonnement et 3 750 € d’amende) et interdit la vente aux particuliers à compter du 1er février 2027 [3]. Si le cadre juridique est ainsi renforcé, les conséquences sanitaires à l’échelon national demeurent une préoccupation majeure.

Quelques minutes d’euphorie

Rires incontrôlés, sensation d’ivresse, vertiges, altération des perceptions visuelles et auditives : les effets recherchés durent généralement quelques minutes. Cette brièveté de sensations entretient l’illusion d’une pratique anodine et favorise la répétition des inhalations.

Une altération psychomotrice résiduelle (des réflexes ralentis et une perte de coordination) persiste pourtant au moins 45 minutes, et le gaz reste détectable dans l’air expiré et le sang pendant au moins une heure [4]. L’absence de test de dépistage homologué complique les investigations après un accident.

Ce que le gaz fait au corps

Les autorités sanitaires décrivent des atteintes neurologiques, cardiovasculaires et psychiatriques par plusieurs mécanismes : le N₂O oxyde de façon irréversible l’atome de cobalt de la vitamine B12, ce qui inactive la méthionine synthase (une enzyme essentielle au bon fonctionnement cellulaire). Il en résulte un déficit fonctionnel en vitamine B12, parfois avec un taux sérique normal (une présence normale de vitamine B12 dans le sang, mais inactive dans l’organisme), et une accumulation d’homocystéine et d’acide méthylmalonique, marqueurs biologiques plus fiables que le simple dosage de la vitamine B12 [5, 6].

Les complications neurologiques dominent : myélopathie (atteinte grave de la moelle épinière), neuropathie périphérique à prédominance axonale (destruction des neurones qui commandent les membres), ou forme mixte [7, 8]. Elles se traduisent par des paresthésies (fourmillements), une hypoesthésie distale (engourdissement et perte de sensibilité au niveau des doigts et des orteils), une ataxie* proprioceptive avec troubles de la coordination des mouvements et de l’équilibre entraînant un trouble de la marche et un déficit moteur avec perte de force des membres inférieurs. Le risque est dose-dépendant (plus la consommation est élevée, plus les dégâts sont graves) [9]. Dans une cohorte francilienne de 181 patients (2018-2021), la récupération complète à un mois n’était observée que chez 8 % des patients évalués [8].

La perte de connaissance, inconstante, résulte principalement de l’hypoxie** liée à l’inhalation de gaz pur. L’hyperhomocystéinémie induite (excès toxique d’un acide aminé dans le sang) expose à des événements thromboemboliques veineux (phlébites) et artériels, décrits chez des sujets jeunes sans autre facteur de risque [10].

En se détendant à la sortie d’une cartouche ou d’une bonbonne, le gaz atteint environ -40 °C (effet Joule-Thomson, refroidissement brutal lors de la décompression) et peut provoquer des gelures cutanées ou des voies aérodigestives [11]. L’inhalation directe à la cartouche expose en outre à un barotraumatisme pulmonaire par hyperpression (déchirure des poumons sous la pression du gaz) [11].

Un usage compulsif, répétitif, voire une dépendance, est décrit chez une minorité de consommateurs intensifs [1, 12].

Les mélanges

Le protoxyde est souvent consommé en association avec d’autres produits, notamment l’alcool. Les risques augmentent lorsqu’il est associé à l’alcool, au cannabis, aux poppers ou à certains stimulants. Associé à la cocaïne, il peut favoriser des troubles du rythme cardiaque.

Sur la route

En France, le baromètre Ipsos BVA-Macif 2026 (3 500 jeunes de 16 à 30 ans) indique que 12 % des répondants ont expérimenté le N₂O et que 34 % des consommateurs déclarent avoir déjà conduit après en avoir consommé [13]. La loi du 18 août 2026 crée un délit de conduite sous l’emprise manifeste d’une substance altérant la vigilance (art. L. 237-1 du code de la route) [3]. Aux Pays-Bas, la police a recensé plus de 900 accidents graves ou mortels liés au N₂O [4].

Ce que disent les jeunes

La méconnaissance des complications neurologiques est fréquemment rapportée chez les usagers [1]. Une idée reçue demeure également : parce que le produit est longtemps resté légal et facilement accessible, il serait sans danger. Les actions de prévention rappellent au contraire que la légalité d’un produit ne constitue jamais une garantie d’innocuité.

Reconnaître les signes chez un proche

  • Présence de cartouches, ballons ou bonbonnes.
  • Fou rire bref, regard absent ou désorientation passagère.
  • Fourmillements, troubles de l’équilibre ou fatigue inhabituelle.

L’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament), l’Anses et Santé publique France rappellent que l’autosupplémentation en vitamine B12 ne prévient pas les complications tant que la consommation se poursuit [1]. Toute symptomatologie neurologique, apparition de fourmillements, faiblesses ou troubles de la marche, impose une évaluation médicale rapide.

Pourquoi est-il si facile d’en trouver ?

Produit initialement destiné à un usage alimentaire pour la réalisation de crème chantilly, le protoxyde d’azote reste accessible via différents circuits de distribution. Plusieurs rapports ont également souligné le rôle des réseaux sociaux dans certaines formes d’approvisionnement. La vente aux mineurs est interdite depuis la loi du 1er juin 2021, et la vente aux particuliers est limitée depuis 2024 aux cartouches de 8,6 g au plus [14].

Les déchets : un danger souvent oublié

Les cartouches abandonnées dans l’espace public ne posent pas seulement un problème de propreté. Certaines peuvent rester sous pression et provoquer des incidents dans les installations de traitement des déchets. En Île-de-France, près d’un million de bonbonnes ont été introduites en 2025 dans les incinérateurs du Syctom, provoquant plus de 25 000 explosions, pour un coût estimé à près de 15 millions d’euros [15].

Ailleurs

Au Royaume-Uni, le N₂O est classé drogue de classe C depuis le 8 novembre 2023 (Misuse of Drugs Act 1971) : sa détention en vue d’une inhalation récréative constitue une infraction [16].

Les Pays-Bas, le Danemark et la Belgique ont également interdit son usage récréatif [4].

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*Ataxie : perte du contrôle de la position de son corps dans l’espace.

** Hypoxie : perte du contrôle de la position de son corps dans l’espace.

Références

  1. ANSM, Anses, Santé publique France. Le « proto », des cas d’intoxication toujours en augmentation. Communiqué du 16 avril 2025.
  2. Guerlais M, Aquizerate A, Lionnet A, et al. Nitrous oxide: a unique official French addictovigilance national survey. Front Public Health. 2023;11:1167746. doi:10.3389/fpubh.2023.1167746.
  3. Loi n° 2026-798 du 18 août 2026 visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (dite RIPOST). JORF du 19 août 2026, art. 30.
  4. Durán Jiménez D, Vinckenbosch F, et al. In vivo detection of nitrous oxide in blood and saliva following recreational use. ACS Omega. 2026;11:17279-85. doi:10.1021/acsomega.5c09572.
  5. Oussalah A, Julien M, Levy J, et al. Global burden related to nitrous oxide exposure in medical and recreational settings: a systematic review and individual patient data meta-analysis. J Clin Med. 2019;8(4):551. doi:10.3390/jcm8040551.
  6. Grzych G, Deheul S, Gernez E, et al. Comparison of biomarker for diagnosis of nitrous oxide abuse: challenge of cobalamin metabolic parameters, a retrospective study. J Neurol. 2023;270(4):2237-45. doi:10.1007/s00415-023-11570-z.
  7. Garakani A, Jaffe RJ, Savla D, et al. Neurologic, psychiatric, and other medical manifestations of nitrous oxide abuse: a systematic review of the case literature. Am J Addict. 2016;25(5):358-69. doi:10.1111/ajad.12372.
  8. Dawudi Y, Azoyan L, de Broucker T, et al. Marked increase in severe neurological disorders after nitrous oxide abuse: a retrospective study in the Greater Paris area. J Neurol. 2024;271(6):3340-6. doi:10.1007/s00415-024-12264-w.
  9. Winstock AR, Ferris JA. Nitrous oxide causes peripheral neuropathy in a dose dependent manner among recreational users. J Psychopharmacol. 2020;34(2):229-36. doi:10.1177/0269881119882532.
  10. Oulkadi S, Peters B, Vliegen AS. Thromboembolic complications of recreational nitrous oxide (ab)use: a systematic review. J Thromb Thrombolysis. 2022;54(4):686-95.
  11. Liu Y, Svennersten K, Schwartz D, Huss F, et al. Frostbite injuries related to recreational nitrous oxide use: incidence, management, and complications in a Swedish case series. JPRAS Open. 2024. doi:10.1016/j.jpra.2024.07.019.
  12. Kaar SJ, Ferris J, Waldron J, et al. Up: the rise of nitrous oxide abuse. An international survey of contemporary nitrous oxide use. J Psychopharmacol. 2016;30(4):395-401. doi:10.1177/0269881116632375.
  13. Ipsos BVA pour la Macif. Les addictions et leurs conséquences chez les jeunes, 6e édition. Juin 2026.
  14. Loi n° 2021-695 du 1er juin 2021 tendant à prévenir les usages dangereux du protoxyde d’azote ; arrêté du 19 juillet 2023 limitant à 8,6 g les cartouches vendues aux particuliers.
  15. Syctom, agence métropolitaine des déchets ménagers. Communiqué de 2026 (données 2025), repris par l’AFP.
  16. United Kingdom. The Misuse of Drugs Act 1971 (Amendment) Order 2023, SI 2023/1091 ; Home Office. Nitrous oxide ban: guidance. 8 novembre 2023.
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Causeur : L’interview de Thibault de Montbrial

By Nos événements, Ils en parlent !

L’interview de Thibault de Montbrial pour Causeur

« Thibault de Montbrial, interviewé par Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, rappelle que face aux violences, l’usage de la force par la police est parfaitement légal et nécessaire. Pour l’avocat et spécialiste des questions de sécurité, le problème est que le pouvoir n’assume pas cette responsabilité. Aussi défend-il un « choc d’autorité » pour rétablir l’ordre, le préalable à la paix civile. »

Lien vers l’article

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Engrais azotés : Atout, hic ou danger ?

By NASA

Les engrais améliorent les rendements végétaux. Leur stockage met parfois en jeu la sécurité intérieure. Lors d’usages inappropriés, ils dégradent l’environnement.

Par A.Hamelin, responsable de la commission NASA (Nature, agriculture et santé animale)

« […] sans engrais, pas de récoltes, et sans récoltes, notre souveraineté alimentaire est menacée » Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, 9 juillet 2026.

L’azote, élément chimique, est un nutriment qui permet aux plantes de produire toutes les protéines nécessaires à leur vie. A l’exception des plantes légumineuses (fabacées), qui fixent le diazote* contenu dans l’air pour leur besoin grâce à une relation symbiotique avec des bactéries (rhizobium), la plupart des autres plantes cultivées doivent puiser l’élément azote sous une autre forme, assimilable pour elles et apportée par exemple par du fumier (engrais dit organique).

En France, avant la Première Guerre mondiale, les paysans utilisaient encore beaucoup leur fumier pour amender les champs. Cependant, les engrais azotés non organiques existaient déjà. Ils étaient issus des sous-produits de la distillation du charbon (sulfate d’ammoniaque) ou importés du Chili (nitrate de soude).

Une chimie des engrais explosive

Faisons un peu de chimie, en version simplifiée…

L’air que nous respirons contient 78 % de diazote (N2), c’est une ressource dont nous ne manquerons jamais… Au début du XXe siècle, le procédé chimique Haber-Bosch (dont le brevet a été acquis par la France grâce au Traité de Versailles) a permis de synthétiser l’ammoniac (NH3) à partir du diazote de l’air et du dihydrogène (H2), facilitant l’usage des engrais azotés de synthèse, cf. graphique 1.

H2 vient du reformage du méthane (CH4) à la vapeur d’eau (H2O). A la place du méthane, il est possible d’utiliser du charbon ou des hydrocarbures légers, connus sous le nom de naphta (dérivés du pétrole).

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On comprend que sans gaz naturel ou sans naphta, pas d’ammoniac, pas d’engrais azotés. Une grande partie de l’ammoniac est transformée en engrais, le reste sert à la fabrication d’explosifs ou de polymères.

On se souviendra qu’en 2020, la plus grande explosion non nucléaire avait lieu à Beyrouth [2] et était liée à un stockage sans précaution de tonnes de nitrate d’ammonium. Bilan : 220 morts et plus de 6 500 blessés. En France, le 21 septembre 2001, à Toulouse, l’explosion de l’usine d’AZF tua 31 personnes et fit 2 500 blessés pour les mêmes raisons [3]. Un type d’engrais azoté, le nitrate d’ammonium, est donc source de danger direct pour la population et mettent parfois en jeu la sécurité intérieure.

Non souverain

Dans l’entre-deux-guerres, la France développe sa production d’ammoniac, d’une part pour le transformer en acide nitrique en cas de guerre, d’autre part pour fabriquer des engrais, développer sa production de blé et assurer son autosuffisance alimentaire. Ces engrais de synthèse sont jugés de composition plus standardisée que les fumiers utilisés par les paysans. A la fin des années 50, la production et la consommation des engrais azotés en France sont équivalentes, de l’ordre de 650 000 tonnes d’azote par an [4]. Pas d’excédents et pas de pénurie !

A partir de 1945, les engrais azotés ont boosté les rendements : celui du blé d’hiver a triplé en trente ans [5].

Aujourd’hui, nous ne sommes plus souverains et, malgré une production locale (cf. carte 1), les deux tiers des engrais azotés consommés en France sont importés. Nous sommes le premier importateur européen d’engrais équivalent azoté avec 828 000 tonnes importées en 2023 (principalement de l’urée qui représente 69 % des volumes).

Entre 2010 et 2023, les prix de l’urée importée dans l’Union européenne ont en moyenne augmenté de 70 %, et le prix du sulfate d’ammonium extra-européen importé a bondi de 138 %.

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Les engrais naturels ou organiques tels le fumier, les fientes de volailles ou le lisier de porc contiennent de l’azote, mais les cultures sont de nos jours surtout consommatrices d’engrais de synthèse.

Les engrais azotés de synthèse sont de trois types :

  • Ammoniacaux qui libèrent des ions ammonium (NH4+)
    • Urée, sulfate d’ammonium, cyanamide calcique
  • Nitriques qui libèrent des ions nitrates (NO3–)
    • Nitrate de soude, de chaux, de magnésie
  • Ammonitrates qui libèrent NH4+ et NO3–

L’urée est fabriquée à partir d’ammoniac et de gaz carbonique, elle est moins chère à transporter et donc en forte progression alors qu’historiquement l’ammonitrate était l’engrais roi en France.

Dispersés, absorbés et perdus

Selon la forme dispersée sur les champs, le devenir de ces engrais de synthèse est différent. Les nitrates, solubles dans l’eau, sont utilisés par les plantes en pleine croissance, mais épandus en trop grande quantité, ils peuvent être partiellement emportés vers la nappe phréatique, les rivières, les mers ou les océans. Les engrais ammoniacaux, moins facilement assimilés ont une durée d’action plus longue, mais leur épandage dégage de l’ammoniac qui, ajouté au trafic routier émetteur de dioxyde d’azote ou NO2, contribue à la formation de particules fines.

Ces engrais azotés ont un coût climatique, une empreinte carbone. En effet, l’épandage de ces engrais dégage aussi du protoxyde d’azote (N2O), le fameux gaz hilarant dont l’usage est aujourd’hui détourné par les jeunes en mal de sensations… Ces émissions représentent aujourd’hui, selon le spécialiste Marc Dufumier**, la principale contribution de l’agriculture française au réchauffement climatique si on tient compte du coût énergétique pour la fabrication des engrais précurseurs de N2O. Le protoxyde d’azote est en effet un gaz à effet de serre environ 300 fois plus puissant que le gaz carbonique. Au passage, notons que les ados accros au N2O ne sont probablement pas écolos…

« L’azote c’est du pain mais […] c’est aussi la sécurité », déclarait Henri Chéron***, ministre de l’Agriculture en 1924. Un atout peut-être, bien que les paysans de l’époque soient restés longtemps frileux à leur utilisation et alors que leurs contemporains agronomes s’interrogeaient déjà sur leur usage.

Ces engrais posent, pour certains, des problèmes de sécurité lors de leur stockage et sont accusés d’être à l’origine de pollutions environnementales. Notre eau potable est contaminée par endroits (trop riche en nitrates). Proliférant à cause notamment du ruissellement de ces engrais, les dépôts d’algues vertes sur les plages ont tué en France : des sangliers, des chiens, des chevaux et un homme, un joggeur mort en 2016 d’avoir voulu sauver son chien pris dans ces algues. L’Etat français a d’ailleurs été reconnu responsable [7].

Des solutions existent pour limiter l’utilisation des engrais azotés et feront l’objet de prochaines notes.

* Diazote ou N2 : molécule contenant deux atomes d’azote

** Marc Dufumier : ingénieur agronome et ancien professeur d’agriculture comparée à l’Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement (AgroParisTech).

https://www.academie-agriculture.fr/system/files_force/academiciens_ecrivent/2023/20231212latransitionagroecologiquebertrandhervieu.pdf?download=1

*** Débats parlementaires, Sénat, séance du 4 mars 1924.

Sources 

  1. https://www.academie-agriculture.fr/sites/default/files/publications/encyclopedie/09.03.r01_livraisons_engrais_mineraux_france_1886-2025.pdf
  2. https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/04/cinq-ans-apres-l-explosion-du-port-de-beyrouth-le-president-libanais-promet-la-justice_6626578_3210.html
  3. https://www.franceinfo.fr/faits-divers/explosion-de-l-usine-azf-de-toulouse/explosion-de-l-usine-azf-a-toulouse-le-dernier-batiment-reste-debout-apres-la-catastrophe-dans-la-zone-industrielle-est-en-cours-de-demolition_7581017.html
  4. http://www.afes.fr/wp-content/uploads/2023/04/EGS_2_3_Boulaine1995.pdf
  5. https://www.franceagrimer.fr/sites/default/files/rdd/documents/ETU-MUL-Engrais_mineraux_et_grandes_cultures_2024_2.pdf
  6. https://www.usinenouvelle.com/article/ammoniac-la-france-encore-epargnee-par-les-reductions-de-capacites-de-yara.N2039127
  7. https://www.geo.fr/environnement/algues-vertes-letat-condamne-a-indemniser-la-famille-du-joggeur-mort-intoxique-en-bretagne-227271
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Lettre de la Sécurité Intérieure n°21 – Octobre 2026

By Dossiers LSI

Dossier spécial : La Santé française


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Chers amis,

Après avoir évoqué notre souveraineté industrielle, numérique ou encore énergétique, le CRSI consacre cette lettre aux enjeux sanitaires, parent pauvre de la sécurité intérieure. Il en va pourtant de l’équilibre de notre pays et de sa résilience face aux crises. La santé publique sera l’une des trois priorités du prochain chef de l’État, avec le pouvoir d’achat et l’insécurité.

Notre système de santé est exsangue : 43 000 lits d’hôpitaux supprimés en dix ans, un déficit des hôpitaux publics passé de 660 millions d’euros en 2019 à 2,7 milliards en 2024, et 87 % du territoire en situation de fragilité ou de désert médical.

Comment, dans le pays qui détient le record mondial des prélèvements obligatoires, un service public indispensable peut-il être à ce point défaillant ?

La réponse tient notamment à la bureaucratie : 94 % des Français et des salariés hospitaliers estiment que l’hôpital souffre du poids des tâches administratives.

Son coût est estimé à 15 milliards d’euros par an, et le Code de la santé publique est passé de 4 931 à 12 372 articles en vingt ans. Le professionnalisme du personnel soignant, démontré durant la crise sanitaire de 2020, ne suffira pas à colmater la brèche.

Chaque euro fléché vers l’hôpital devra bénéficier au soin plutôt qu’à la norme. L’intelligence artificielle permettra d’automatiser les tâches chronophages qui parasitent le soin.

Tout est démographie. D’ici 2050, un Français sur quatre aura plus de 60 ans, et la désertification médicale touche déjà un Français sur trois. Faudra-t-il généraliser le salariat des médecins dans les zones les plus critiques ?

Alors, que faire ? Dans ce numéro, nos adhérents contributeurs, que je remercie chaleureusement pour leur travail, dressent un état des lieux et proposent des pistes pour protéger notre bien le plus précieux.

Je vous souhaite une bonne lecture.

Merci de votre fidélité.

Thibault de Montbrial

Télécharger la LSI n°21

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Engrais : Géopolitique et perte de souveraineté

By Nos événements, NASA

Les engrais sont une ressource agricole au cœur d’enjeux politiques et environnementaux. Pourquoi la payons-nous plus cher ?

Par A. Hamelin, JM. Perrin, membres de la commission NASA (Nature, agriculture et santé animale)

Nos agriculteurs sont bousculés par une géopolitique dont ils ne sont pas responsables. Que l’Europe et la France mettent la main à la poche pour le versement d’une aide à l’achat d’engrais leur déplaît surement… Ont-ils le choix de ne pas être aidés ?

« Le dispositif concerne les achats d’engrais réalisés entre le 1er juin 2026 et le 30 septembre 2026 et s’adresse à l’ensemble des filières agricoles. Selon la situation de l’exploitation, l’aide peut être de 50 € par tonne d’engrais éligible achetée, voire 70 € par tonne sous conditions » peut-on lire dansAgriculteurs-85 [1].

Une enveloppe de l’ordre de 150 millions d’euros est prévue dont environ les deux tiers versés par l’UE [2]. En attendant le cours des engrais de synthèse continue de grimper… La perpétuation du conflit au Moyen-Orient n’arrange rien. Les agriculteurs, qui croulent déjà sous la paperasse, ont jusqu’au 6 novembre pour déposer leur demande d’aide, uniquement si celle-ci dépasse les 750 euros, petits paysans passez votre chemin…

Si vous vous interrogez sur les raisons pour lesquelles nos cultures ont besoin d’engrais, sachez qu’une expérience britannique, à Rothamsted commencée depuis 1843, démontre que, sans engrais, nos rendements agricoles ne pourraient nourrir convenablement notre population européenne. Des notes futures détailleront un à un les différents types d’engrais. Trois éléments chimiques, nutriments majeurs, sont employés et épandus dans les champs pour obtenir des rendements maximums : l’azote (N), le phosphore(P) et le potassium (K).

Sans engrais, moins de céréales

Notre angle de vue est ici géopolitique. Pour bien comprendre les enjeux autour de ces engrais, il suffit de savoir que ce sont des éléments minéraux indispensables à une croissance optimale des végétaux que nous cultivons, soit pour notre alimentation, soit pour celle des animaux d’élevage. Blé, maïs et riz, céréales représentent 40 % de l’apport calorique mondial et absorbent près de 50 % de l’azote utilisé dans le monde [3].

Au niveau mondial, l’utilisation d’engrais a bondi comme le montre le graphique 1. Entre 1961 et 2021, soit en soixante ans, elle a été multipliée par six. Nous sommes passés de 31 à 195 millions de tonnesdont 60 % issus d’azote [3]. Les engrais constituent une ressource fondamentale pour la sécurité alimentaire mondiale. Nous ne sommes donc pas seuls à en acheter…

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Cette ressource précieuse est au cœur d’enjeux politiques. Les engrais dépendent beaucoup du gaz, qui sert notamment de matière première pour fabriquer les engrais azotés, et des routes maritimes pour leur transport.

L’ammoniac, dont la formule chimique est NH3, est précurseur d’engrais azoté. Il est le deuxième produit chimique de synthèse au niveau mondial après l’acide sulfurique. La consommation d’engrais dans le monde en 2020 est illustrée par la carte 1.

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Dépendance UE aux importations

Les bouleversements géopolitiques depuis 2015 expliquent la tension sur le marché des engrais, azotés surtout. Les principaux producteurs mondiaux d’ammoniac sont la Chine (32 %), l’Inde (9 %), les USA et la Russie (chacun à hauteur de 7 %), mais les principaux fournisseurs de l’UE sont la Russie, l’Algérie et Trinidad-et-Tobago. Depuis cette date, l’Europe voit ses productions d’engrais chuter et donc sa dépendance aux importations monter (cf. tableau 1). Sa production propre a baissé de 27 % et le prix des engrais azotés explose en parallèle de celui du gaz. La France a importé, en 2025, pour 209 millions d’euros d’ammoniac, + 3,5 % depuis 2015, avec un prix qui a fluctué entre 204 euros la tonne jusqu’à 1 099 euros/t [4].

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Depuis 2022, les prix avaient déjà commencé à s’envoler à la fois du fait de la reprise d’activité post-Covid, mais surtout à cause de la guerre russo-ukrainienne qui rebat les cartes de son commerce. Le prix du gaz naturel a explosé en Europe, lié en partie aux sanctions européennes imposées à la Russie. L’effet choc de cette augmentation des cours se répercute immanquablement à toute la chaîne de valeur.

L’UE consomme chaque année environ 10 millions de tonnes d’engrais azotés de synthèse dont la moitié est importée et l’autre moitié produite à partir d’intrants importés (gaz naturel ou ammoniac). La France au sein de l’UE en est le premier importateur (ce qui correspond environ à 20 % des importations UE) puisqu’elle est encore la première puissance agricole [3].

Face à cette demande européenne, la Chine, premier producteur mondial d’engrais, fait varier le marché dans le sens qui lui convient. En effet, elle produit surtout pour son marché intérieur, n’a pas besoin d’exporter et peut donc diminuer ces exportations d’engrais azotés selon ses orientations géopolitiques.

Du gaz non, de l’urée oui !

La guerre russo-ukrainienne a bouleversé aussi la route des exportations. Elles passaient par la mer Noire, en partie bloquée depuis le printemps 2022. Les Russes ont donc déplacé leurs marchandises vers le port de Taman, attaqué par les Ukrainiens en février 2026. Cela explique l’envolée des cours.

Ce conflit fait également chuter les importations de gaz naturel russe vers l’UE, ce qui leur laisse un surplus de matière première qu’ils transforment en urée et en ammoniac (NH3), précurseurs d’engrais azotés, leur permettant de consolider leur position d’exportateur d’engrais (cf. graphique 2). En effet, l’urée était une denrée non visée par les sanctions UE, elle pouvait y être importée jusqu’au début 2025. « L’engrais russe était le nouveau gaz ».

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Le 1er juillet 2025, l’UE adopte finalement de nouveaux droits de douane sur ces engrais azotés russes et biélorusses dont le coût devrait passer de 40 euros la tonne pour l’année 2026 à 315 euros la tonne en 2028. Nos agriculteurs n’ont pas fini de payer… et nous non plus !

La Russie profite également de ses stocks d’engrais pour renforcer son soft power en Afrique où ces produits sont distribués.

2026, la guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz contribuent encore plus à la chute des quantités d’engrais disponibles. En effet, les pays du Golfe assurent 25 % des exportations mondiales d’urée (Iran, Qatar, Arabie Saoudite) et un tiers du commerce mondial de ces produits transite par Ormuz. On comprend que le blocus, qui persiste à l’heure où nous écrivons ces lignes, fasse chuter les exportations et renchérisse les cours.

Le marché des engrais, azotés surtout, subit donc trois dynamiques :

  • Chute de production européenne
  • Reconfiguration géopolitique des flux d’approvisionnement
  • Augmentation et volatilité des prix

Notre approvisionnement pour garantir nos rendements agricoles dépendent de nos choix politiques. Nous avons réduit notre fabrication d’engrais en Europe, sanctionné nos fournisseurs et mis en jeu notre souveraineté agricole.

« […] sans engrais, pas de récoltes, et sans récoltes, notre souveraineté alimentaire est menacée » a déclaré la ministre de l’Agriculture Annie Genevard le 9 juillet dernier.


« Un grand pays n’a pas d’amis » Charles de Gaulle*.

 

A méditer…

* Extrait d’un entretien au magazine Paris Match, le 9 décembre 1967  

Sources :

[1] https://www.agriculteurs-85.fr/30-07-2026/aide-engais-azotes/

[2] https://www.vie-publique.fr/discours/304271-annie-genevard-09072026-engrais

[3] https://www.agriculture-strategies.eu/2026/06/geopolitique-et-geoeconomie-des-engrais-azotes/

[4] https://tradedashboard.eu/reports/ammoniac-281410-2015-2025-fr-92a8db1e.html