Category

Travaux des adhérents

suhasdoosra bulgaria 5145517

Ecrans et natalité : l’impact du virtuel est réel

By Numérique, Santé

 

Par Aurore, membre de la commission CRSI santé

Projet transversal des commissions numérique et santé

 

Dans une réflexion intergroupe au CRSI, le sujet des « écrans » est apparu comme incontournable et nombreux sont les liens existants entre notre santé et ces outils numériques. Pour ceux qui douteraient, lire les articles récents qui relatent les procédures judiciaires actuelles opposant les États américains aux plateformes numériques[1]…

Cependant, à côté des effets les plus connus du grand public sur notre santé, c’est-à-dire surtout une perturbation de notre vie relationnelle, psychologique, avec des risques d’addictions, les écrans pourraient-ils avoir des effets sur notre santé « reproductive » ?

La natalité, ou plutôt la chute de la natalité qui préoccupe l’Occident, est plurifactorielle. Un rapport récent de l’Assemblée nationale liste les principales explications retenues actuellement[2] :

Facteurs économiques

– coût du logement

– coût de la garde d’enfant

– difficultés pour trouver un emploi

Arbitrage carrière / parentalité

– allongement des études pour les femmes

– difficultés à concilier vie professionnelle et vie privée

Evolutions socio-culturelles

– besoin de réussite individuelle

– progression du célibat, crise de la conjugalité

– société de plus en plus « no kids »

– anxiété accrue

Infertilité

  • augmentation de l’âge au premier enfant

La liste des causes d’infertilité n’est pas exhaustive, s’ajoutent : tabac, augmentation de l’âge de la paternité, perturbateurs endocriniens, polluants, augmentation des maladies chroniques, augmentation de l’obésité, sédentarité, usage de drogues, troubles du sommeil, etc.

En France, le taux de naissances vivantes entre 1980 et 2025 (y compris Mayotte depuis 2014) est illustré par le graphique 1 ci-dessous :

chute natalité

Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381380

 

Parmi les causes de baisse de la natalité, une semble peu étudiée : l’impact des smartphones sur nos vies. Le travail de chercheurs étasuniens, Caitlin K. Myers et Ezekiel Hooper (NATIONAL BUREAU OF ECONOMIC RESEARCH), vient d’apporter, en juin dernier, quelques pistes supplémentaires à ce sujet[3].

Le nombre de naissances (enfants vivants) pour 1000 femmes (âgées de 15 à 44 ans) est resté constant aux USA entre 1980 et 2007. Il était de l’ordre de 65 à 70 naissances / 1 000 femmes. En 2024, ce taux chute à 54 enfants pour 1 000 femmes. La baisse aux USA est d’environ 22 % depuis 2007, cf. graphique 2.

taux de fécondité usa

Graphique 2 : déclin du taux général de fécondité, pour les femmes âgées de 15 à 44 ans. L’iPhone 1 est introduit aux USA en 2007[4].

Or, cette année-là, le premier smartphone de la firme Apple est mis sur le marché et commercialisé uniquement via l’opérateur AT&T. Une comparaison des zones géographiques desservies par cet opérateur est faite avec les zones qui ne l’étaient pas. Les résultats indiquent que la chute des naissances en lien avec l’accès à l’iPhone 1 est de 4,5 à 8 % chez les 15 à 19 ans et de 3,2 à 6,6 % chez les 20 à 24 ans. Il persiste une différence statistiquement significative pour les femmes plus âgées, mais elle est moins marquée.

Selon ces auteurs, la diffusion de l’iPhone 1 expliquerait 33 à 52 % du déclin du taux de fécondité* chez les femmes de 15 à 44 ans. Cela se justifierait notamment par la réduction de l’interaction entre les personnes, l’accroissement de la consommation de contenus pornographiques et la réduction de la fréquence des rapports sexuels.

Une autre étude a été menée sur la chute de la fécondité chez les adolescents en lien avec le digital[5]. Elle conclut qu’il existe, aux USA et au Royaume-Uni, une accélération de cette chute chez les adolescents depuis 2007 et l’arrivée du premier smartphone.

Le 9 novembre 1965, une panne géante de courant à New York avait marqué les esprits et, neuf mois plus tard, des journalistes avaient publié de nombreux articles sur une augmentation nette des naissances, de manière erronée car les statistiques ont depuis infirmé leur dires[6]. Une soirée sans écrans, la télévision à l’époque, ne suffit pas pour rendre plus prolifiques les couples !

Certes, les écrans ne sont probablement pas les premiers responsables de la chute de fécondité observée partout dans le monde, et ce parfois depuis la fin du XXe siècle[7], mais leur usage en augmentation constante, l’impact qu’ils ont sur les relations humaines, l’isolement qu’ils procurent parfois, les dérives qui y sont associées, notamment concernant la consommation de pornographie, et l’évolution de la société humaine en recherche accrue de plaisirs immédiats (cf. les articles sur les écrans[8] et l’addiction[9]) sont autant de facteurs qui éloignent les individus physiquement les uns des autres et donc d’une vie de couple et de famille qui suppose le plus souvent de se projeter dans un futur trop lointain pour certains…

 

* Le taux de fécondité est le rapport du nombre de naissances vivantes de l’année à l’ensemble de la population féminine en âge de procréer c’est-à-dire de 15 à 50 ans pour les données françaises (source Ameli, https://www.ameli.fr/assure/sante/devenir-parent/concevoir-un-enfant/sterilite-pma-infertilite/baisse-de-la-fertilite-et-de-la-fecondite-pourquoi)

 

Sources : 

[1] https://www.lefigaro.fr/medias/danger-des-reseaux-pour-les-mineurs-meta-verse-17-milliards-de-dollars-pour-regler-son-proces-aux-etats-unis-20260826

 

[2]   https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/natalite/l17b2474-ti_rapport-information

 

[3] https://www.nber.org/papers/w35310

 

[4] https://www.nber.org/papers/w35310

 

[5] https://homepages.uc.edu/~moscoshn/Personal_webpage/papers/Smartphone_web.pdf

 

[6] https://www.persee.fr/doc/estat_0336-1454_1970_num_18_1_2019

 

[7] https://atlantico.fr/article/decryptage/hausse-du-nombre-de-smartphones-chute-de-la-natalite-et-si-nos-telephones-etaient-un-coupable-trop-facile-couples-naissance-enfants-bebes-David-Le-Breton-Laurent-Chalard-Pascal-Neveu

[8] https://www.crsi-france.fr/la-cyberdependance-chez-les-jeunes/

[9] https://www.crsi-france.fr/ecrans-et-addictions-physiologie-du-plaisir/`

this is engineering engineer 4922441 1920

L’ARCOM passe de la régulation au contrôle

By Institutions

La dernière décision de l’ARCOM contre CNews marque à la fois une doctrine nouvelle en matière de pluralisme et une menace contre la liberté d’expression. Retour sur les tenants et les aboutissants d’une décision éminemment contestable.

Par François Bargoin, adhérent CRSI

  • Le pluralisme externe qui prévalait jusqu’alors
  • Évolution majeure de la doctrine
  • Dernière décision contre CNews
  • Et réaction de CANAL+
  • Contre-étude de l’Observatoire du journalisme
  • Pluralisme interne et liberté d’expression

 

Le pluralisme externe qui prévalait jusqu’alors

En France, la liberté d’expression a toujours été la règle. La loi de 1986, dans son article 1er garantit ainsi la liberté d’expression : « la communication au public par voie électronique est libre ».

La notion de pluralisme d’un média s’adresse à l’audiovisuel public, pour une raison simple à expliquer, mais forte dans son principe : l’audiovisuel public est financé par l’argent de tous les Français, et il a de ce fait vocation à s’adresser à tous les Français.

Pour le reste du paysage audiovisuel, c’est la notion de pluralisme externe qui prévaut. Le pluralisme externe s’apprécie globalement, c’est-à-dire en tenant compte de l’offre audiovisuelle dans son ensemble. Il exige la présence d’une diversité d’acteurs sur le marché, représentant des lignes éditoriales variées et permettant au public de disposer d’un éventail de choix. Les chaînes sont libres de leur ligne éditoriale, et le public choisit.

Aujourd’hui, avec la pluralité et le développement des supports, le public dispose d’un choix très large, et le pluralisme externe se trouve en principe assuré de plus en plus naturellement. Les différentes consultations et appels d’offres sont opérés dans cet esprit.

Les chaînes sont tenues à des obligations d’honnêteté et d’exactitude dans les informations présentées, mais elles sont libres d’affirmer une orientation propre.

Par ailleurs, l’autorité de régulation décompte le temps de parole des hommes politiques, en période électorale de façon plus rigoureuse, mais aussi hors période électorale. Les décomptes sont accessibles sur le site de l’ARCOM. Il s’agit ici d’assurer un pluralisme politique, mais cette obligation légale n’empêche en rien la ligne éditoriale de chaque chaîne.

 

Évolution majeure de la doctrine

Une action engagée par Reporters Sans Frontières (RSF) allait aboutir à remettre en cause le  pluralisme externe. Il est intéressant de récapituler les grandes étapes de ce feuilleton judiciaire, afin de repositionner chacun dans son rôle :

  • En novembre 2021, RSF avait saisi l’ARCOM en demandant la mise en demeure de CNews pour « des manquements aux obligations légales d’honnêteté, d’indépendance et de pluralisme de l’information ». Mais l’ARCOM avait alors refusé d’agir contre CNews
  • Devant ce refus, RSF avait déposé un recours devant le Conseil d’État, recours qui ciblait explicitement les médias du groupe Bolloré : « Les pratiques de l’homme d’affaires Vincent Bolloré dans le secteur des médiascréent un précédent dangereux pour la démocratie, par sa conception d’un journalisme aux ordres et d’une télévision d’opinion »
  • à l’issue de ce recours, le Conseil d’État avait rendu une décision en février 2024 dans laquelle il avait annulé le refus de l’ARCOM de sanctionner CNews et avait demandé au régulateurde « prendre en compte la diversité des courants de pensée et d’opinions représentés par l’ensemble des participants aux programmes diffusés, y compris les chroniqueurs, animateurs et invités, et pas uniquement le temps d’intervention des personnalités politiques »
  • en réaction, plusieurs associations opposées à RSF (dont l’OJIM, l’observatoire du journalisme) avaient à leur tour saisi l’ARCOM en mars 2024 pour demander un rééquilibrage des temps de parole sur 9 chaînes TV et 5 radios, notamment du service public. S’il devait y avoir équilibre des temps de parole et des opinions émises, les associations demandaient à ce qu’il soit effectué rigoureusement et qu’il s’applique à tous
  • mais cette requête des associations avait été rejetée par l’ARCOM, une position ensuite confirmée par le Conseil d’État le 4 juillet 2025.

L’ARCOM est une autorité administrative indépendante, supposée détenir une compétence en matière de contrôle de l’audiovisuel. Le Conseil d’État, dépourvu d’expertise en la matière, lui impose pourtant une nouvelle forme de contrôle, en rupture avec les pratiques existantes, et qui pose par ailleurs de nombreuses questions de moyens humains et techniques.

Dans sa délibération du 17 juillet 2024, l’ARCOM a acté les décisions du Conseil d’État, et a défini une nouvelle notion de pluralisme interne, ou pluralisme élargi. Dans cette nouvelle doctrine, chaque chaîne, en plus de l’équilibre des temps de parole des personnalités politiques déjà en vigueur, doit respecter un pluralisme d’expression et de points de vue, et les programmes doivent refléter toute la diversité des courants de pensée et d’opinion.

L’ARCOM précise qu’elle évaluera le pluralisme interne selon 3 critères :

  • « la variété des sujets ou thématiques abordés à l’antenne»,
  • « la diversité des intervenants dans les programmes»
  • « l’expression d’une pluralité de points de vue dans l’évocation des sujets abordés à l’antenne ».

Les termes employés dans cette délibération ne font l’objet d’aucune définition claire, si bien que l’évaluation du pluralisme interne repose sur des critères flous, que certains pourront considérer comme arbitraires.

Pour pouvoir réellement mesurer les équilibres, la logique de la décision du Conseil d’État aurait nécessité de classer politiquement les animateurs, chroniqueurs et intervenants divers. Mais l’ARCOM, estimant probablement qu’un tel classement des opinions serait très difficile à établir et toujours contestable et qu’elle n’avait pas les moyens humains et techniques d’une telle opération, a voulu éviter cet écueil et s’en tenir à une appréciation globale.

Roch-Olivier Maistre, président de l’ARCOM à l’époque, avait ainsi déclaré : il n’y aura « pas de catalogage des journalistes et invités », mais « une appréciation globale sur l’ensemble des programmes diffusés ». 

Il en résulte une doctrine imprécise, qui laisse la porte ouverte à toutes les subjectivités.

 

Dernière décision contre CNews

L’ARCOM a-t-elle la volonté et les moyens de contrôler le pluralisme interne sur une trentaine de chaînes et environ un millier de radios ? À l’évidence, non ! Ce serait une gageure qui nécessiterait une usine à gaz inquisitoriale.

 

Force est de constater que depuis sa création, l’ARCOM a bien davantage ciblé et sanctionné CNews que les autres chaînes d’information ; depuis 2021, la chaîne du groupe Bolloré a ainsi subi 6 sanctions financières (aucune pour BFMTV, LCI, France-infos TV), et beaucoup plus de rappels à l’ordre que les autres chaînes d’information.

Il serait facile de montrer que les autres chaînes font des erreurs qui n’ont donné lieu à aucune sanction ni à aucune remarque du régulateur, mais là n’est pas le sujet de cet article.

Selon certains commentateurs, la nouvelle doctrine semble avoir été élaborée, dans le prolongement de ces sanctions, pour accroître la pression contre CNews, mais cette fois avec des outils bien plus puissants.

Quoi qu’il en soit, c’est bien dans ce sens que la notion de pluralisme interne a été utilisée.

Ainsi, dans sa décision du 15 juin 2026, et en réponse à une nouvelle plainte de RSF, l’ARCOM a mis en demeure CNews pour « un déséquilibre manifeste et durable » dans l’expression des opinions. Après visionnage de 168 heures de programmes, l’ARCOM a considéré que la plupart des séquences analysées avaient donné lieu à une large convergence de points de vue, avec des opinions divergentes souvent marginalisées ou caricaturées.

L’ARCOM sanctionne la « prédominance globale d’un même cadre d’interprétation de l’actualité », et dénonce « la surexposition manifeste dans l’ensemble de la programmation d’un même courant de pensée et d’opinion ». Avec cette décision, l’autorité de régulation rentre de plein pied dans l’appréciation de la ligne éditoriale d’un média privé.

La décision méconnait aussi le boycott militant de CNews par bon nombre d’intervenants de gauche, qui refusent les invitations ; difficile dans ces conditions d’assurer un équilibre pointilleux des plateaux.

 

Et réaction de CANAL+

La menace était jugée suffisamment précise pour que CANAL+ (propriétaire de CNews) réagisse dans une tribune de Maxime Saada (président du directoire de CANAL+) parue le 24 Juin dans Le Figaro.

Cette tribune relève le caractère arbitraire de la décision : « elle (l’Arcom) ajoute désormais le « déséquilibre manifeste et durable », notion sans seuil ni référentiel, dont seule l’Arcom tient la balance. Ce n’est plus une mesure. C’est un verdict. … il faut bien que la surreprésentation d’un même courant s’appuie sur une juste part, un seuil qu’il aurait fallu ne pas franchir. Mais qui fixe cette part ? L’Arcom sanctionne un trop-plein dont personne ne connaît la jauge qui peut varier au gré du niveau qu’elle fixe».

Maxime Saada s’inquiète ensuite des suites prévisibles : « Après la mise en demeure viendront les sanctions financières. Puis la menace de la fermeture de la chaîne puisque la chaîne ne saura se conformer à une exigence impressionniste et imprévisible. »

Et il repositionne les faits sur un plan politique : « Disons alors les choses telles qu’elles sont. Ceci n’est pas une décision de régulation. C’est une décision politique. Et elle poursuit un seul objectif : faire taire, puis faire disparaître, une chaîne que des millions de Français choisissent librement chaque jour. Quand, ailleurs, un pouvoir s’en prend à la presse, la France est la première à s’indigner, et elle a raison de le faire. Mais on ne dénonce pas au-dehors ce que l’on s’autorise au-dedans. De toutes les démocraties où notre groupe opère, je n’en connais aucune autre qui soit allée jusqu’à retirer sa fréquence à une chaîne (NDLR : il fait référence à C8). Aucune, sauf la France. »

 

Contre-étude de l’Observatoire du journalisme

Afin de montrer que toutes les chaînes d’information possèdent leur propre ligne éditoriale, sans pour autant être inquiétées, l’observatoire du journalisme (OJIM) a réalisé et publié une « contre-étude » portant sur le traitement de l’actualité internationale sur France-Infos TV, LCI et BFMTV.

Il en ressort que le pluralisme interne de ces 3 chaînes est largement contestable sur la période étudiée. Pour résumer :

Sur France-Infos TV, l’actualité internationale est traitée autour de 4 thèmes : guerre en Ukraine, réarmement européen, rôle des États-Unis, politique de sécurité et de défense française. Sur ces sujets, la diversité des intervenants ne conduit pas à une pluralité effective des points de vue exprimés. Notamment sur la guerre en Ukraine, les plateaux n’ont pas accueilli d’intervenants défendant les positions des autorités russes, ni d’analyses contestant le narratif dominant.

Sur LCI, les faits d’actualité sont généralement rappelés de manière succincte avant de donner lieu à de longues séquences de commentaires et d’analyse. La présentation des événements apparaît très dépendante de l’interprétation qu’en font les intervenants présents à l’antenne, avec les risques de biais que cela comporte. Un même cadre d’interprétation prédomine, et les débats convergent, à la fois sur la menace russe, sur la nécessité du soutien à l’Ukraine, sur le renforcement de la défense européenne, sur le repositionnement américain.

Sur BFMTV, l’étude relève un grand nombre d’intervenants, aux profils variés. Cependant, cette  diversité d’intervenants ne se traduit pas par une diversité des opinions et des courants de pensée effectivement exprimés, et les appréciations s’inscrivent dans une même lecture des événements et dans un manque évident de pluralisme.

 

Pluralisme interne et liberté d’expression

La nouvelle doctrine, et la manière dont elle est appliquée, posent de réelles questions de liberté d’expression. La délibération de l’ARCOM du 17 juillet 2024 franchit un cap dans le contrôle éditorial d’un média privé, en contradiction avec la loi de 1986.

La notion de pluralisme interne d’un média n’a pas d’antécédent juridique, et pas d’équivalent européen. Elle est aussi en contradiction avec ce qui se passe dans la presse : Le Monde, Le Figaro et les autres ont une ligne éditoriale bien connue et identifiée par le public. Il ne viendrait à l’idée de personne de leur contester le droit à cette identité, qui fait partie de l’histoire et de l’ADN de chaque journal.

Parmi les nombreuses réactions, nous citerons celle de Gérard Larcher, qui rappelle que « la liberté d’expression est consubstantielle à la démocratie » et que « l’ARCOM devait être un régulateur et pas un censeur » ; et celle de Jean-Éric Schoettl, ancien secrétaire général du conseil constitutionnel et ancien directeur général du CSA, qui va plus loin en estimant que la mise en demeure que l’ARCOM a adressée à CNews le 15 Juin « marque une nouvelle étape dans la chronique d’une exécution programmée ».

Pour conclure, rappelons cette évidence ; au-delà du cas de CNews, il y a l’effet dissuasif pour tous les autres. L’auto-censure est la forme la plus efficace et la plus aboutie de la censure ; aucun censeur ne peut être mis en cause directement, il suffit de dissuader. Et ce sont les médias et les journalistes eux-mêmes qui sont parfaitement conscients de la petite musique ambiante et des risques encourus, et qui s’interdisent certains sujets, s’imposent des limites, évoluent dans les cadres d’interprétation  restrictifs préétablis.

img

Et si la dette n’était finalement qu’un symptôme d’un problème plus profond ?

By Economie

Le montant de la dette : la véritable question est peut-être ailleurs

Par Antonin Coulier, membre de la commission Économie

Le débat public se focalise souvent sur le montant de la dette. Pourtant, la véritable question est peut-être ailleurs : dans la capacité de la France à créer de la richesse dans une économie mondialisée, numérique et de plus en plus concurrentielle.

Il n’existe aucun seuil universel de dette au-delà duquel un pays serait automatiquement en difficulté. Une dette n’est pas nécessairement mauvaise en soi : tout dépend de ce qu’elle finance et de la confiance qu’inspire la trajectoire économique du pays. Une dette qui finance des infrastructures, l’innovation, la recherche, l’éducation ou la transformation numérique peut contribuer à la croissance future. À l’inverse, une dette qui sert principalement à financer des dépenses courantes sans améliorer le potentiel de croissance soulève davantage d’interrogations. Certes, la situation française suscite des inquiétudes. La France affiche l’un des niveaux d’endettement les plus élevés de l’Union européenne et enregistre depuis de nombreuses années des déficits publics supérieurs aux objectifs européens. Mais le véritable sujet est sans doute moins le niveau de dette lui-même que la difficulté du pays à enrayer son déclassement économique.

La question centrale est celle de la capacité de la France à se réformer. Cela suppose de maîtriser la progression des dépenses publiques, d’améliorer l’efficacité de l’action publique et de moderniser l’organisation de l’État. Mais cela suppose surtout de renforcer la capacité du pays à créer de la valeur en investissant dans les secteurs les plus porteurs : l’industrie à forte valeur ajoutée, les technologies numériques, l’intelligence artificielle, la robotique, la recherche, l’innovation…

La véritable soutenabilité de la dette dépend moins du montant aujourd’hui inscrit dans les comptes publics que de la capacité de la France à convaincre qu’elle sera plus productive, plus innovante et plus prospère demain. En ce sens, la dette n’est pas seulement une question budgétaire. Elle est avant tout un révélateur de la compétitivité, de l’efficacité de l’action publique et de la confiance accordée à l’avenir du pays et du courage politique à engager les réformes connues de tous.

La dette publique naît lorsque les dépenses publiques dépassent durablement les recettes.Chaque déficit annuel oblige l’État à emprunter pour combler l’écart, ce qui vient accroître le stock de dette accumulé au fil du temps.

La soutenabilité de la dette dépend avant tout de la confiance des prêteurs dans l’avenir économique du pays. Cette confiance ne se limite pas à la capacité de l’État à lever l’impôt. Elle repose sur la perception qu’ont les investisseurs de la capacité du pays à investir dans l’innovation, à maintenir des infrastructures et des services publics performants, à attirer les entreprises, à créer des emplois et à générer durablement de la croissance. Tant que cette perspective reste crédible, un niveau élevé de dette peut être financé à des conditions favorables.

Il n’existe d’ailleurs aucun seuil universel de dette au-delà duquel un pays serait automatiquement en difficulté. Une dette n’est pas forcément mauvaise. Tout dépend de ce qu’elle finance. Certains États supportent durablement une dette supérieure à 100 % du PIB, tandis que d’autres rencontrent des difficultés avec un niveau bien inférieur. Ce qui importe n’est pas seulement le niveau de dette à un instant donné, mais la trajectoire qu’elle suit et la confiance qu’inspire l’économie du pays. Une dette stable ou en diminution relativement à la richesse produite est généralement perçue comme soutenable. À l’inverse, une dette qui augmente continuellement plus vite que le PIB finit par susciter des interrogations sur sa viabilité.

Lorsque cette confiance s’érode, les investisseurs exigent des taux d’intérêt plus élevés pour compenser le risque perçu. Le coût de la dette augmente alors, ce qui réduit les marges de manœuvre budgétaires de l’État. La forte remontée des taux d’intérêt observée depuis 2022 a ainsi rappelé que la dette publique n’est pas seulement une question de montant, mais aussi de crédibilité économique et de perspectives de croissance. Ce n’est pas le niveau de dette qui inquiète les marchés, c’est la trajectoire du pays. Et si la question de la dette publique était avant tout le révélateur d’un déclassement économique relatif de la France ? Un révélateur de la compétitivité, de la capacité à créer de la valeur en investissement dans des secteurs valeur ajoutée, de l’efficacité de l’action publique et du courage politique à engager les réformes connues de tous.

2. Problématique

Comment réduire durablement la dette publique sans fragiliser la croissance économique, le modèle social français et les investissements d’avenir ? Comment dégager des marges de manœuvre pour orienter l’économie française vers des secteurs à forte valeur ajoutée ?

Cette question est devenue centrale car la France cumule :

Un niveau de dette parmi les plus élevés de l’Union européenne ;

  • Un déficit public supérieur aux normes européennes ;
  • Des besoins croissants de financement liés au vieillissement, à la transition écologique, à la défense et au numérique ;
  • Le modèle économique qui repose largement sur la consommation intérieure, elle-même soutenue par un niveau élevé de protection sociale et de transferts publics. Ce modèle contribue à la cohésion sociale et à la stabilité économique, mais il nécessite un niveau important de dépenses publiques. Lorsque ces dépenses ne sont pas intégralement financées par les recettes fiscales et sociales, elles génèrent des déficits qui viennent alimenter la dette publique ;
  • La remontée récente des taux d’intérêt.

3. Diagnostic

Que disent les faits ?

Une dette historiquement élevée :

  • La dette publique française atteint 115,6 % du PIB fin 2025
  • La France possède l’une des dettes les plus élevées de la zone euro, derrière la Grèce et l’Italie.

Des déficits persistants :

  • Le déficit public reste à 5,1 % du PIB en 2025, bien au-dessus de la limite européenne de 3 %.

Une charge de la dette en forte hausse :

  • La remontée des taux d’intérêt rend l’endettement plus coûteux.
  • La charge annuelle de la dette avoisine désormais 55 milliards d’euros, soit un des premiers postes budgétaires de l’État.

Une situation que l’OCDE juge préoccupante :

L’OCDE estime qu’en l’absence d’ajustement budgétaire important, la dette pourrait continuer à progresser fortement dans les prochaines décennies.

4. Causes :

Causes structurelles

Des dépenses publiques élevées : La France consacre plus de 57 % de son PIB à la dépense publique, l’un des niveaux les plus élevés des pays développés.

Le vieillissement démographique : L’augmentation du nombre de retraités accroît les dépenses de retraite, de santé et de dépendance.

Causes conjoncturelles

Les crises successives :

  • Crise financière de 2008 ;
  • Crise sanitaire du Covid ;
  • Crise énergétique ;
  • Soutien au pouvoir d’achat ;
  • Un déficit chronique : Depuis plusieurs décennies, les dépenses publiques excèdent régulièrement les recettes. La dette est donc devenue un moyen permanent de financement.

Crise de modèle :

La dette publique n’est peut-être pas seulement la conséquence d’un excès de dépenses. Elle peut également être interprétée comme le symptôme d’un affaiblissement relatif de la capacité de l’économie française à créer suffisamment de richesse dans un environnement mondial devenu plus concurrentiel. Le véritable enjeu n’est donc pas uniquement budgétaire ; il concerne aussi la compétitivité, l’innovation, la productivité, l’emploi et la capacité du pays à adapter son modèle économique aux transformations de la mondialisation.

Et si la dette n’était pas le problème, mais le symptôme ? La véritable question serait alors : pourquoi la croissance française est-elle devenue insuffisante pour financer durablement les ambitions économiques et sociales du pays.

5. Enjeux – Pourquoi est-ce important ?

  • Préserver la souveraineté budgétaire :

Plus la dette augmente, plus l’État dépend des marchés financiers pour financer son action.

  • Éviter l’effet d’éviction :

Une part croissante des ressources publiques est consacrée au paiement des intérêts plutôt qu’à l’investissement, l’éducation ou la recherche.

  • Répartition entre générations :

La dette soulève une question de justice intergénérationnelle :

  • Les générations actuelles bénéficient des dépenses ;
  • Les générations futures rembourseront une partie de ces engagements.

Le véritable enjeu n’est pas la dette, mais la capacité à créer la richesse de demain afin d’éviter le déclassement de la France :

La dette n’est pas nécessairement un problème lorsqu’elle finance des investissements productifs susceptibles d’améliorer durablement la croissance. Historiquement, les marchés ont accepté des niveaux d’endettement élevés dès lors qu’ils considéraient que le pays disposait d’une économie dynamique, innovante et capable de créer davantage de richesse à l’avenir. La question fondamentale n’est donc pas : « Combien devons-nous ? » mais plutôt : « Que faisons- nous de cet endettement ? »

  • Préserver la confiance des investisseurs :

La soutenabilité de la dette repose avant tout sur la confiance accordée à l’avenir économique du pays.

Les prêteurs cherchent à savoir si la France sera capable demain :

  • D’innover ;
  • D’attirer les entreprises et les talents ;
  • De maintenir des infrastructures performantes ;
  • D’assurer des services publics efficaces ;
  • De créer des emplois ;
  • De générer suffisamment de croissance pour rembourser ses engagements.

Lorsque cette confiance est forte, les taux d’intérêt restent modérés. Lorsqu’elle se dégrade, le coût du financement augmente et réduit les marges de manœuvre de l’État.

  • Arbitrer entre consommation immédiate et investissement d’avenir :

Le modèle français repose largement sur la consommation intérieure, soutenue notamment par les transferts sociaux et les dépenses publiques.

Ce modèle présente l’avantage de soutenir l’activité économique et de réduire les inégalités.

Toutefois, il soulève une question centrale :

Quelle part de la dépense publique sert à soutenir la consommation présente et quelle part prépare la croissance future ?

L’arbitrage devient particulièrement important lorsque les ressources publiques sont contraintes.

– L’enjeu n’est pas nécessairement de dépenser moins, mais de dépenser davantage dans les domaines qui augmentent le potentiel de croissance :

  • Éducation ;
  • Recherche ;
  • Innovation ;
  • Numérique ;
  • Infrastructures ;
  • Transition énergétique.

Préserver la liberté d’action des générations futures :

Une dette croissante réduit progressivement la capacité de l’État à financer de nouvelles priorités.

Plus la charge des intérêts augmente, plus une partie des recettes publiques est consacrée au remboursement des emprunts passés plutôt qu’au financement :

  • Des écoles ;
  • Des hôpitaux ;
  • De la sécurité ;
  • De la transition écologique ;
  • De la modernisation du pays.

L’enjeu dépasse donc la seule question budgétaire : il concerne la capacité collective à choisir les politiques publiques de demain.

6. Propositions

L’OCDE insiste régulièrement sur deux idées complémentaires :

1. Maîtriser la progression des dépenses publiques.

2. Améliorer l’efficacité de l’action publique (pas d’avoir un État plus petit, mais un État plus efficace).

Les pistes généralement évoquées pour maitriser la progression des dépenses sont :

  • La maîtrise des dépenses de fonctionnement de l’État ;
  • La simplification administrative et la réduction des doublons entre niveaux de collectivités ;
  • L’amélioration de l’efficacité des dépenses de santé ;
  • La maîtrise de certaines dépenses sociales dans le contexte du vieillissement démographique ;
  • La révision des dépenses fiscales et des aides jugées peu efficaces ;
  • Une meilleure évaluation des politiques publiques afin de concentrer les ressources sur celles qui produisent les meilleurs résultats économiques et sociaux.

Les analyses de l’OCDE soulignent notamment la nécessité de mieux cibler certaines dépenses, de réexaminer les dispositifs les moins efficaces et de garantir la soutenabilité des principaux postes de dépenses sociales.

Réformer l’État et améliorer l’efficacité de l’action publique

L’enjeu n’est pas uniquement de réduire les dépenses, mais de s’assurer que chaque euro dépensé produit le maximum de valeur économique et sociale.

Les pistes généralement évoquées sont :

  • Simplifier l’organisation administrative ;
  • Réduire les doublons entre administrations et collectivités ;

  • Accélérer la numérisation des services publics ;

  • Moderniser les processus de gestion ;

  • Évaluer systématiquement les politiques publiques ;

  • Concentrer les moyens sur les missions les plus stratégiques.

L’objectif est double : améliorer la qualité du service rendu aux citoyens tout en contenant la progression des dépenses de fonctionnement.

Un autre point est souvent oublié et pourtant il permet de tracer un chemin et un espoir :

Développer la capacité de création de richesse de l’économie française

La réduction durable de la dette ne peut reposer uniquement sur la maîtrise des dépenses. Elle suppose également d’accroître la quantité de richesse produite par l’économie.

L’enjeu est de positionner la France sur les secteurs à forte valeur ajoutée et de tirer pleinement parti des transformations en cours liées à la mondialisation, au numérique, à la robotique et à l’intelligence artificielle.

Les pistes généralement évoquées sont :

  • Investir dans la recherche, l’innovation et les technologies de rupture ;
  • Accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle et de la robotisation dans les entreprises ;
  • Renforcer les compétences et la formation tout au long de la vie ;
  • Soutenir la réindustrialisation sur les segments à forte valeur ajoutée ;
  • Favoriser l’émergence de nouvelles filières stratégiques ;
  • Améliorer la compétitivité et l’attractivité du territoire ;
  • Développer les infrastructures numériques et énergétiques nécessaires à l’économie de demain.

La meilleure manière de réduire le poids de la dette n’est pas seulement d’emprunter moins, mais de produire davantage de richesse.

7. Impacts et financements – Quels résultats attendus ?

Résultats recherchés :

  • Stabilisation puis diminution du ratio dette/PIB ;
  • Baisse de la charge des intérêts ;
  • Amélioration de la crédibilité financière du pays ;
  • Restauration de marges de manœuvre pour les politiques publiques / souveraineté ;
  • Création d’un nouveau modèle économique centré sur des secteurs à forte valeur ajoutée.

À quel coût ?

  • Des efforts d’adaptation pour les administrations publiques ;
  • Des évolutions des systèmes de retraite, de santé ou de protection sociale ;
  • La révision de certaines aides publiques ou dépenses fiscales ;
  • Des arbitrages budgétaires pouvant affecter certains secteurs, territoires ou catégories de population ;
  • Un risque d’impopularité pour les gouvernements qui portent les réformes ;
  • Des tensions sociales pouvant se traduire par des mouvements de contestation ou des manifestations ;
  • Une polarisation du débat public et des difficultés à construire un consensus politique durable ;
  • Un risque d’instabilité politique lorsque les efforts demandés sont perçus comme injustes ou mal répartis ;
  • Des effets négatifs à court terme sur la consommation ou l’activité économique si l’ajustement est trop brutal.
  • Réorientation des dépenses vers des secteurs à forte valeur ajoutée.
    Qui finance ?

    Trois leviers existent :

    1. Réduction / réorientation des dépenses ;

    2. Hausse des recettes publiques (impôts, cotisations, suppression de niches fiscales) ;

    3. Croissance économique plus forte permettant d’accroître les recettes sans augmenter les taux d’imposition

    La question de la dette est aussi une question de gouvernance collective. Un pays peut savoir quelles réformes sont nécessaires sans pour autant réussir à les mettre en œuvre, faute de consensus politique ou social.

8. Argumentaire et idée-force

« Produire davantage, dépenser plus efficacement et investir dans l’avenir : voilà la seule voie durable pour réduire la dette sans affaiblir le pays. »

Objection :

La dette n’est pas un problème puisque la France emprunte toujours. »

Réponse :

Emprunter n’est pas problématique en soi. Le véritable enjeu est la capacité à maintenir une dette stable ou décroissante par rapport à la richesse créée. Lorsque la dette augmente durablement plus vite que le PIB, la soutenabilité devient une question économique et politique majeure

Mécanisme économique pour briller :

« Une dette est soutenable lorsque le taux de croissance de l’économie est durablement supérieur au taux de croissance de la dette. »

La dette n’est pas un problème de montant absolu, mais de rythme d’évolution. Tant que la richesse produite par le pays (le PIB) augmente plus vite que la dette, le poids de celle-ci peut diminuer naturellement. À l’inverse, lorsque la dette croît plus rapidement que la production nationale, son poids dans l’économie augmente. Le mécanisme clé est donc l’écart entre trois variables : la croissance économique, le déficit public et le taux d’intérêt. Si la croissance est supérieure au coût de la dette, l’endettement reste généralement soutenable. En revanche, lorsque la croissance ralentit et que les taux d’intérêt augmentent, une part croissante des ressources publiques est consacrée au paiement des intérêts, ce qui alimente un cercle vicieux d’endettement.

La véritable question n’est donc pas : « Combien devons-nous ? », mais : « Créons- nous suffisamment de richesse pour que la dette pèse relativement moins lourd demain qu’aujourd’hui ? »

Pour aller plus loin :

Quel nouveau modèle économique pour la France dans la mondialisation

Comment réorienter l’économie française vers une économie de l’offre

Comment orienter l’économie française vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée ?

Le courage politique pour réformer la France

te

Transition énergétique : quand l’idéologie menace la sécurité nationale

By Economie

La transition énergétique sous l’angle de la souveraineté nationale

Par Alexandru-Victor Andrei, membre de la commission Économie

Cet article analyse la transition énergétique sous l’angle de la souveraineté nationale. À partir du black-out ibérique de 2025, il soutient qu’un système électrique fortement dépendant des énergies intermittentes peut accroître les risques pesant sur la sécurité d’approvisionnement. L’auteur montre également que la décarbonation ne supprime pas les dépendances stratégiques mais les déplace vers les chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine. L’étude souligne le rôle essentiel des capacités de production pilotables pour garantir la stabilité du réseau.

Dans cette perspective, le nucléaire apparaît comme un actif stratégique permettant de concilier décarbonation, compétitivité et indépendance énergétique. Enfin, l’article défend l’idée que la politique énergétique doit être guidée prioritairement par des impératifs de sécurité et de souveraineté plutôt que par des considérations idéologiques.

Le 28 avril 2025, à 12 h 33, l’Espagne et le Portugal ont basculé dans le noir. En quelques secondes, environ 15 gigawatts de production ont disparu du système électrique ibérique, soit près de 60 % de la demande instantanée.

La péninsule s’est déconnectée du réseau européen. Feux de circulation éteints, trains arrêtés en pleine voie, réseaux mobiles et distributeurs bancaires hors service, hôpitaux basculés sur groupes électrogènes. Le courant a été rétabli en une dizaine d’heures dans la majeure partie de la péninsule, et jusqu’à une vingtaine d’heures dans les zones les plus touchées. Au moins huit personnes y ont laissé la vie, sept en Espagne, une au Portugal, dont plusieurs intoxiquées au monoxyde de carbone en tentant de se dépanner.

Le rapport définitif de l’ENTSO-E, l’association des gestionnaires de réseau européens, publié en mars 2026, a écarté la thèse de la cyberattaque et impute la panne à une combinaison de défaillances de contrôle de la tension et de la puissance réactive : une surtension que le système n’a pas su réguler en temps réel, entraînant la déconnexion en cascade de nombreuses unités de production, dont les fermes solaires, dont les onduleurs se sont déconnectés sur protection de surtension. Au moment de l’incident, le renouvelable assurait environ 78 % de la production espagnole, dont près de 60 % pour le seul solaire. Un réseau massivement alimenté par des sources non pilotables, dépourvu d’inertie mécanique suffisante, s’est révélé incapable d’amortir le choc.

Cet épisode n’est pas un fait divers ibérique. C’est un avertissement. Il démontre qu’une politique énergétique conçue comme un affichage vertueux, et non comme une fonction régalienne, expose la nation à un risque systémique. L’électricité n’est pas une marchandise comme les autres : elle conditionne l’eau potable, l’alimentation, la santé, les communications, la défense. La sécurité de l’approvisionnement relève donc de la souveraineté, au même titre que la protection des frontières ou la continuité de l’État.

Une dépendance stratégique en remplace une autre

Le récit dominant présente la transition comme une marche vers l’indépendance : sortir des hydrocarbures importés, c’est s’affranchir de la Russie et du Golfe. La réalité industrielle est moins flatteuse. Le solaire et l’éolien ne suppriment pas la dépendance ; ils en changent la nature et la géographie.

La chaîne de valeur photovoltaïque est verrouillée par un seul acteur. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la Chine contrôle entre 75 % et 97 % de chacune des étapes clés (du polysilicium à l’assemblage des modules) et concentre environ 84 % de la production mondiale. L’Europe, qui absorbe une part majeure de la demande, ne pèse plus qu’à hauteur de quelques pour cent dans la fabrication. L’éolien n’échappe pas à cette logique. Ses aimants permanents, comme les batteries de stockage censées compenser l’intermittence, reposent sur les terres rares et les métaux critiques. Là encore, Pékin domine : environ 60 % de l’extraction mondiale, mais surtout 90 % à 91 % du raffinage et de la séparation, et près de 93 % des aimants permanents. En avril 2025, la Chine a imposé des licences d’exportation sur sept terres rares, désorganisant aussitôt des filières entières, de l’automobile à l’armement. L’arme n’est plus le robinet de gaz : c’est le contrôle du raffinage.

Substituer une dépendance russe à une dépendance chinoise n’est pas une victoire stratégique. C’est un transfert de vulnérabilité vers un rival systémique, dans des secteurs qui touchent directement à la défense. La relance des capacités de séparation sur le sol français, comme la ligne de terres rares pour aimants permanents inaugurée par Solvay à La Rochelle en avril 2025, va dans le bon sens, mais elle reste marginale au regard des volumes maîtrisés par Pékin.

L’intermittence, angle mort de la stabilité du réseau

Un système électrique ne se juge pas à sa capacité installée, mais à sa capacité disponible au moment où la demande culmine. Or le vent et le soleil ne se commandent pas. Une nuit d’hiver sans vent, configuration banale en Europe, annule simultanément l’éolien et le solaire, précisément quand la consommation explose sous l’effet du chauffage.

Plus la part instantanée de production non pilotable augmente, plus le réseau perd en inertie et en marge de manœuvre. Les centrales classiques, thermiques ou nucléaires, apportent une masse tournante qui stabilise naturellement la fréquence et la tension. Les panneaux et les éoliennes, raccordés par électronique de puissance, n’offrent pas cette stabilité intrinsèque. Le black-out ibérique en fut la démonstration grandeur nature. Ce que les partisans d’un mix « 100 % renouvelable » présentent comme un détail technique est en vérité le cœur du problème : la robustesse d’un réseau se paie en capacités pilotables, disponibles à la seconde.

Le stockage, souvent invoqué comme solution miracle, ne change pas l’équation à l’échelle d’un pays. Aucune technologie ne permet aujourd’hui de restituer plusieurs jours de consommation nationale. Les batteries lissent des variations de quelques heures ; elles ne passent pas un hiver. Et elles ajoutent, on l’a vu, une dépendance supplémentaire aux métaux critiques.

Le nucléaire, colonne vertébrale de la souveraineté française

La France dispose d’un atout que peu de nations possèdent : un parc nucléaire qui fournit une électricité décarbonée, pilotable et bon marché. Ce socle, hérité du programme Messmer lancé en 1974, a longtemps garanti à l’industrie française des prix compétitifs et au pays une indépendance électrique réelle. Le laisser vieillir sans le renouveler serait une faute historique.

Le programme EPR2 en est le vecteur. EDF a engagé la construction des six premiers réacteurs, à Penly, Gravelines et au Bugey, avec une décision finale d’investissement attendue fin 2026 et une première mise en service visée en 2038. C’est l’aboutissement d’une relance industrielle décisive : après des décennies sans nouveau chantier, la France reconstitue une filière complète, réorganisée autour d’EDF, de Framatome et d’Arabelle Solutions, et forme les compétences nécessaires — le programme mobilisera plusieurs dizaines de milliers d’emplois qualifiés dans la prochaine décennie.

La réussite de cette relance est une condition de notre souveraineté. Rapporté à sa durée de vie de soixante ans et à la stabilité qu’il apporte au réseau, l’investissement nucléaire reste l’un des mieux rentabilisés du système électrique : il offre une électricité décarbonée, pilotable et compétitive sur le long terme, là où les capacités intermittentes exigent des infrastructures de secours permanentes. Les petits réacteurs modulaires développés par NUWARD, filiale d’EDF, ouvrent en complément la voie d’un nucléaire décentralisé, adapté aux besoins industriels et à la production de chaleur.

Une objection mérite d’être traitée de front, car elle est fondée : le changement climatique pèse sur le refroidissement des réacteurs. Lors des canicules, l’échauffement des cours d’eau peut contraindre EDF à réduire la puissance de certaines centrales, voire à les arrêter. Le Bugey, sur le Rhône, en a fait l’objet en juillet 2026, l’ASNR relevant temporairement les limites de rejets thermiques et plafonnant à 1 °C l’échauffement du fleuve entre l’amont et l’aval. Il faut cependant mesurer la portée exacte de la contrainte. Ces limites encadrent l’échauffement de l’eau restituée, non la température absolue du fleuve ; elles font l’objet de dérogations ponctuelles, encadrées et surveillées ; elles ne concernent que quelques sites en circuit ouvert, quelques jours par an. Les réacteurs équipés de tours aéroréfrigérantes prélèvent bien moins d’eau. La contrainte est réelle, gérable et marginale, sans commune mesure avec l’intermittence, qui, elle, est structurelle. La reconnaître honnêtement renforce l’argumentaire plutôt qu’elle ne l’affaiblit.

Reste un enjeu que l’on évoque rarement : la maîtrise du nucléaire civil et la dissuasion procèdent d’un même écosystème de compétences. Ingénieurs, métallurgistes, spécialistes du combustible, autorités de sûreté : ces savoir-faire se nourrissent mutuellement. Laisser dépérir la filière civile, c’est fragiliser à terme le socle industriel de la dissuasion française. La question énergétique rejoint ici la question de défense.

Propositions

Quatre orientations peuvent nourrir la réflexion du CRSI en vue des débats de 2027 :

1. Sanctuariser le programme EPR2 en verrouillant son financement et sa gouvernance, avec un audit indépendant des coûts et un calendrier tenu, condition de la crédibilité de la relance.

2. Traiter la souveraineté sur les métaux critiques comme un enjeu régalien, en soutenant le raffinage sur le sol national et européen et en constituant des stocks stratégiques.

3. Réintroduire un critère de pilotabilité dans la planification du mix, afin qu’aucun ajout de capacité intermittente ne se fasse au détriment de la stabilité du réseau.

4. Renforcer les liens entre filière nucléaire civile et base industrielle de défense, en préservant les compétences partagées.

Idée-force. La sécurité énergétique n’est pas un chapitre de la politique environnementale : c’est une fonction de souveraineté. La transition doit être commandée par la stabilité et l’indépendance nationales, non par l’idéologie.

Principales sources

ENTSO-E, rapport sur la panne ibérique du 28 avril 2025 · ASNR (ex-ASN), décisions et notes sur les rejets thermiques des centrales, 2022 et 2026 · EDF, communiqué sur le devis prévisionnel du programme EPR2, décembre 2025 · Cour des comptes, La filière EPR : une dynamique nouvelle, des risques persistants, janvier 2025 · Agence internationale de l’énergie, données sur la chaîne de valeur photovoltaïque et les minéraux critiques, 2024- 2025 · Sfen, décryptages sur le coût du programme EPR2.

Cyberattaque

Août 2026 — Cyberattaques contre la DGFiP : jusqu’où peut aller la menace ?

By Numérique

Par Laurent PE., membre de la commission CRSI numérique

 

Suite à un piratage informatique, une fuite massive de données fiscales a été annoncée à la mi-août par la Direction générale des Finances publiques (DGFiP). Plus de 678.000 comptes de particuliers et professionnels sont concernés.

Certains experts en cybersécurité la présentent comme l’une des cyberattaques les plus graves que la France ait connues.

 

Que s’est-il passé exactement ?

Le 26 juin dernier, un intrus a réussi à accéder au système d’information de la DGFiP. Des accès frauduleux ont ensuite permis, en juin et juillet, de consulter et d’extraire de nombreuses données sensibles.

Les pirates ont utilisé des identifiants compromis pour accéder à un outil interne permettant d’effectuer des recherches sur des particuliers et professionnels. Les pirates ont limité leurs consultations afin de rester sous les seuils d’alerte, les requêtes importantes pouvant être légitimes dans le travail quotidien des agents de la DGFIP.

Le 12 août, ce groupe de hackers se présentant sous le nom ZeroBytes met en ligne une annonce pour vendre ces données sur un forum cybercriminel : Au total, ZeroBytes affirme détenir les données de 678 438 particuliers et professionnels : noms et prénoms, revenu fiscal de référence, adresses, téléphone, e-mail, dates et lieux de naissance, situation familiale, identifiants fiscaux, adresses et caractéristiques des biens immobiliers, etc.

Ce n’est que le 14 août que la DGFIP a révélé publiquement la fuite, après une alerte de l’ANSSI du 12 août faisant suite à la revendication de l’attaque.

Malgré la communication officielle de Bercy, le mode d’attaque à l’origine de la fuite de données, n’est en réalité ni original ni très sophistiqué : Bercy fait mention d’« usurpations d’identifiants d’un agent de la DGFiP et d’un tiers habilité ».

Lors d’une interview confidentielle le 18 août auprès de journalistes via messagerie chiffrée, ZeroBytes se présente comme étant un groupe de deux français. Ils déclarent avoir agi pour des motivations financières uniquement, et aussi par opportunisme, car selon eux, les administrations françaises sont faciles à pirater. Ils justifient leur attaque de la DGFIP en affirmant que « leur service était mal sécurisé, c’est tout ».

Voici les chiffres revendiqués :

Personnes uniques potentiellement concernées : 678 437

– Professionnels : 285 570

– Particuliers : 392 867

Particuliers associés à un Revenu Fiscal de Référence :

– de 100 000 € ou plus : 26 805

– supérieur à 1 million d’euros : 386

– supérieur à 10 millions d’euros : 8

source: French Breaches

NB :  À ceci s’ajoute une fuite supplémentaire de la DGFIP le 18, celle des données du Cadastre, de l’ordre de 433 485 particuliers. Mais aussi, un autre incident supplémentaire, concernant le portail des Successions.

Pour rappel, fin janvier 2026, FICOBA, le fichier national des comptes bancaires DGFIP, dont 1,2 million de comptes avaient fait l’objet d’accès illégitimes (RIB/IBAN, identités et adresses des titulaires).

Sans oublier France Travail : 44,3 millions de personnes (2024). L’ANTS (cartes d’Identité) : 11,7 millions (2026). L’Éducation nationale mi-août : 346 millions de lignes de données revendiquées (ZeroBytes).

 

Pourquoi est-ce si grave ou dangereux ?

Des experts en cybersécurité, parmi lesquels les hackers éthiques SaxX et Baptiste Robert, ont souligné la gravité exceptionnelle de cette attaque de la DGFIP.

Les bases de données aujourd’hui sont tellement détaillées qu’elles permettent aux personnes mal intentionnées d’évaluer par exemple le niveau de vie d’un foyer, sa composition et une partie de son patrimoine, mais aussi de faire des recoupements très détaillés avec d’autres données sensibles disponibles sur le darknet.

A minima, un acteur malveillant disposant simultanément de toutes ces informations peut aisément construire des tentatives de phishing, de fraudes ou d’ingénierie sociale extrêmement crédibles et personnalisées.

De plus, ces données dispersées dans la nature peuvent être conservées, revendues, recoupées et exploitées pendant des années.

Mais au-delà de ça, connaître le patrimoine d’une personne (immobilier, bitcoin, or) ou d’autres détails sur sa possession d’armes (fichier déclaratif piraté) et son adresse de domicile, donne à un agresseur ou un criminel un avantage considérable.

Une fois ces fichiers recoupés avec d’autres fuites, ils peuvent devenir un outil de ciblage. Les criminels peuvent identifier un détenteur d’actifs, retrouver son domicile, estimer ses avoirs et choisir le montant à extorquer.

 

Est-ce exagéré ?

En mars 2026, une compromission d’une entreprise utilisatrice du Système d’information sur les armes (SIA) en France a laissé « fuiter » des informations concernant 62 511 armes et leurs propriétaires respectifs. D’autant plus préoccupant qu’il y avait déjà eu fin 2025, d’autres fuites concernant notamment la Fédération française de tir.

Depuis, entre 20 et 30 cambriolages de domiciles de détenteurs d’armes, considérés comme liés à ces différents piratages, selon des médias spécialisés.

Aussi, l’année dernière, un agent des impôts de Bobigny avait été mis en examen pour avoir utilisé ses accès fiscaux pour obtenir des informations sur des personnes ciblées par des criminels, notamment des contribuables détenteurs de Bitcoin ou de cryptomonnaies.
Une étape de plus dans la progression de la corruption et de la menace de l’intérieur.

Depuis le début de l’année 2026, la France a recensé 77 séquestrations, enlèvements, extorsions ou tentatives liés aux cryptos, selon la Gendarmerie nationale, contre 45 durant toute l’année 2025. Certaines victimes ont été ligotées, battues ou mutilées, ainsi que leurs proches ou membres de la famille.

Début août, s’ajoute un home-jacking visant une détentrice de cryptomonnaies dans les Yvelines.

À peine les lignes de cet article sont-elles écrites, qu’un nouveau cas est rapporté. Un couple a été séquestré puis enlevé dans les Landes, la nuit du 10 août, pour ses bitcoins. L’homme a été retrouvé nu et lacéré, et sa femme enlevée, retrouvée à plusieurs kilomètres. Deux hommes ont été interpellés.

Ce type d’agression se multiplie en France.

Des données fiscales ou patrimoniales sensibles, volées et recoupées avec d’autres sources, peuvent ainsi fournir aux criminels des informations qui facilitent le ciblage de victimes, pouvant aller dans certains cas jusqu’à causer des agressions et des préjudices physiques.

 

 

Une nécessaire remise en question : le risque d’un État qui veut tout centraliser et qui disperse les responsabilités

Lors de l’interview de ZeroBytes, le hacker a déclaré de façon désinvolte : « Les impôts, ce n’était que le début. »

Ces dernières semaines, pas moins de 57 comptes d’agents de la DGFiP ont été identifiés comme compromis et potentiellement utilisés pour accéder aux données, avant d’être bloqués.

Nos administrations sont devenues un véritable millefeuille administratif et organisationnel.

Centraliser toujours davantage d’informations et accorder à de nombreux comptes administratifs des droits d’accès très étendus représente un risque majeur. Une seule compromission peut exposer des centaines de milliers, voire des millions de personnes, et créer des risques sérieux pour leur sécurité.

L’État exige toujours davantage d’informations sur nos revenus, nos comptes et notre patrimoine. Il centralise ces données au nom du contrôle fiscal et de la lutte contre la criminalité. En contrepartie, sa responsabilité est immense lorsqu’il échoue à les protéger.

Nous finançons l’un des États les plus coûteux au monde. Il est donc légitime d’attendre de lui qu’il soit à la hauteur de ses responsabilités lorsqu’il s’agit de protéger nos données et notre sécurité.

Face à ces évènements, la réponse du gouvernement a été d’annoncer une nouvelle unité cyber.

Mais faut-il rajouter une énième entité alors même que l’on a déjà pléthore d’agences au sein de l’état ?

L’ANSSI, par exemple, existe déjà et remplit pleinement ses missions d’expertise et de certification. Mais la mise en œuvre de ses recommandations demeure inégale au sein des innombrables entités de l’État, dont la complexité administrative et organisationnelle peut parfois s’apparenter à de véritables « usines à gaz ».

Il apparaît nécessaire plutôt de revoir la gouvernance de l’État dans le domaine du numérique.

La France n’a peut-être pas besoin d’une agence de plus, mais d’un pilote ayant pour mission de rationaliser toutes ces agences de l’État en surnombre.  La solution existe : créons un ministère du numérique de plein exercice, avec une véritable stratégie et son propre budget.

pixelkult media 998990 1920

Réseaux sociaux : une loi de majorité numérique finalement censurée

By Numérique, Santé

Note transversale des groupes numérique et santé, 3/3.

Selon l’institut Reuters, les réseaux sociaux sont devenus la première source d’information dans le monde, dépassant pour la première fois en 2026 les médias traditionnels. Et le phénomène est encore en devenir puisque la moitié des 18-24 ans s’informent exclusivement via les réseaux sociaux.

 

Par François Bargoin, membre de la commission CRSI Numérique

 

  1. La loi dite de majorité numérique

  2. Une efficacité discutable pour un positionnement essentiellement politique

  3. Fin de l’anonymat

  1. Un climat hostile aux réseaux sociaux

  2. Le Conseil constitutionnel censure

 

1. La loi dite de majorité numérique

En conclusion d’un parcours législatif commencé en janvier, la version finale du texte, élaborée par une commission mixte paritaire, a été votée par les deux assemblées le 21 juillet dernier.

Ce texte prévoit une interdiction effective des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans dès le 1ᵉʳ septembre pour les nouveaux comptes, et au 1ᵉʳ janvier 2027 pour les comptes existants. Des exceptions sont prévues pour « les encyclopédies en ligne » et pour « les projets numériques à vocation éducative ».

Il est également prévu l’interdiction des téléphones portables dans les collèges et les lycées dès la rentrée prochaine.

 

2. Une efficacité discutable pour un positionnement essentiellement politique

L’efficacité réelle du texte voté est largement sujette à caution, pour au moins deux raisons fortes.

Tout d’abord, l’expérience Australienne (premier pays à avoir interdit les réseaux aux moins de 16 ans en décembre 2025) montre que les jeunes ont déployé beaucoup d’imagination pour contourner l’interdiction : utilisation de VPN pour se localiser fictivement dans un pays étranger, usurpation d’identité, photos vieillies par l’IA, accès sous le compte des parents, et souvent avec leur accord … Les premiers bilans publiés en Australie montrent que 85 % des jeunes de moins de 16 ans continuent à utiliser les plateformes interdites.

Ensuite, l’interdiction des réseaux constitue un nouvel exemple de chevauchement du droit national et du droit européen.

En effet, la prérogative d’imposer des outils et des obligations aux plateformes est une compétence de l’UE, conformément au Digital Service Act (DSA).

Dans ce contexte juridique, le texte voté en France formule un principe d’interdiction aux moins de 15 ans, mais il est totalement muet sur les outils permettant la mise en œuvre de l’interdiction, ainsi que sur les sanctions. Il appartiendra donc aux plateformes d’intégrer le ou les outils qu’elles jugent nécessaires. Et dans la mesure où lesdites plateformes devront composer avec des mécanismes qui seront probablement imposés ultérieurement par l’UE, il est permis de s’interroger sur ce qui sera réellement fait au 1ᵉʳ septembre 2026.

Dans ces conditions, la loi ressemble davantage à une déclaration d’intention qu’à un texte abouti. Il est clair qu’il y a eu un empressement français à être le premier pays européen à légiférer sur le sujet. D’autres pays, l’Espagne et la Grèce notamment, souhaitent aussi légiférer sur les réseaux sociaux, mais attendent l’avancée des travaux menés au niveau européen.

Cet empressement obéit à des motivations qui sont avant tout politiques ; volonté de donner du contenu à la fin du quinquennat ; volonté du Président d’apparaître comme un leader sur ces questions, à l’échelle européenne et mondiale ; positionnement en protection des Français et de la jeunesse ; positionnement volontariste sur les questions de souveraineté nationale et numérique.

Le vote du texte a été une victoire politique. Le Président s’est immédiatement félicité « d’une avancée majeure » et a mis en ligne une vidéo (sur ces mêmes réseaux sociaux…) dans laquelle il montre sa persévérance sur le sujet et il se félicite de ce que « la France ouvre la voie en Europe pour la protection de nos enfants, de nos adolescents ».

Le Président Macron a d’ailleurs été suivi par les censeurs de tous bords qui voudraient limiter l’expression sur les réseaux sociaux : citons Marine Tondelier, réclamant dans Libération l’interdiction de X en cas « d’ingérence constatée » ou encore Thierry Breton, toujours surprenant, demandant après l’affaire de Ceuta que « les frontières numériques de l’Europe soient renforcées » et que l’UE « impose à ses partenaires un contrôle des réseaux et des plateformes en s’inspirant du DSA ».

 

3.  Fin de l’anonymat

La fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux est un premier coup à la liberté d’expression. Selon les outils qui seront mis en place, tous les utilisateurs devront présenter leur carte d’identité ou une reconnaissance faciale sur internet. Qui aura la garde de cette masse de données personnelles ? Quel niveau de sécurité pour ces données, sachant le nombre élevé de piratages de données constatés récemment ? Ne faut-il pas craindre qu’il s’agisse d’une porte ouverte à d’autres types de contrôles et de restrictions ?

Le principe officiel mis en avant est le « double anonymat » : la plateforme (TikTok, Instagram, etc.) ne doit pas connaître l’identité de l’utilisateur. Elle reçoit seulement une attestation binaire du type « a plus de 15 ans ». Le prestataire de vérification (par exemple France Identité) ne doit pas savoir pour quel site la vérification est demandée. Ainsi, en théorie, aucune des deux parties ne détient à la fois l’identité et l’usage. Les documents d’identité ou les images faciales sont traités par le tiers, souvent avec suppression après vérification (minimisation des données exigée par le RGPD).

Reste qu’en pratique, les données transitent par des prestataires (l’État via France Identité, etc.). Le cloisonnement dépend de la qualité de l’architecture. Et de toute façon, les données permettant la traçabilité des propos tenus sur les réseaux existeront quelque part.

 

4. Un climat hostile aux réseaux sociaux

Le vote du texte de majorité numérique intervient dans un climat général où les réseaux sociaux sont décrits comme le lieu de toutes les manipulations, contre lesquelles il faudrait impérativement protéger la population.

Au-delà de la protection de la jeunesse, la tentation est forte de maîtriser, réguler, contrôler ces nouveaux espaces informationnels, qui jouent un rôle d’importance croissante. Plusieurs actualités récentes montrent que des dispositifs sont mis en place qui pourraient facilement servir à censurer ce qui se dit sur les réseaux et à réguler la liberté d’expression dans l’espace public.

  • En juillet, une mission sénatoriale proposait de créer un observatoire de la désinformation et demandait un encadrement plus strict des créateurs de contenu et des plateformes. Le sénateur Laurent LAFON parlait même « d’ingérence intérieure». Un oxymore qui a choqué car il pourrait conduire à considérer comme une menace toute mobilisation sur les réseaux sociaux qui aurait une influence significative sur l’opinion.
  • L’ARCOM identifie les créateurs de contenu sur les réseaux comme des médias qui vont influer sur la prochaine élection présidentielle, mais qui malheureusement échappent encore à tout contrôle. L’ARCOM voudrait leur appliquer les mêmes règles qu’aux médias traditionnels.
  • Des manipulations grossières concernant E. Philippe, R. Glucksmann, et G. Attal, pourtant d’un faible niveau de visibilité sur les réseaux, sont opportunément dévoilées et font aussitôt les titres de la presse.
  • Une nouvelle commission est installée pour la prochaine élection présidentielle. Cette commission « indépendante » composée de hauts fonctionnaires vise à lutter contre les ingérences étrangères et à réagir rapidement aux campagnes numériques susceptibles d’altérer le débat démocratique. Parallèlement, les peines encourues « pour atteinte à la sincérité du scrutin» sont alourdies et un nouveau référé permettra à un juge de faire cesser immédiatement la diffusion de contenus « manifestement inexacts ou trompeurs ».

Nous ne développerons pas ici ces nouveaux dispositifs, ce pourrait être l’objet d’un autre dossier.

Contentons-nous d’observer qu’ils pourraient servir à exclure certains propos jugés non conformes, à étouffer le débat démocratique, à commander le retrait de publications dissidentes, et à pénaliser certaines plateformes.

Et qu’ils auront aussi un effet dissuasif, l’autocensure étant toujours la forme la plus aboutie de la censure.

5. Le Conseil constitutionnel censure

Dans sa décision du 14 août, le Conseil constitutionnel a censuré l’article 1er du projet de loi. (L’interdiction des téléphones portables dans les collèges et lycées est maintenue.) Concrètement, l’objectif de protection de la jeunesse n’est pas remis en cause, mais deux motifs sont invoqués :

Tout d’abord, le texte excluait du périmètre d’interdiction les seules encyclopédies en ligne et les répertoires éducatifs. Le conseil a considéré que ces exceptions étaient insuffisantes et laissaient dans le champ de l’interdiction « des services de communication en ligne dont les risques pour la santé et la sécurité des mineurs ne sont pas établis ».

Ensuite, le Conseil constitutionnel a jugé que les modalités d’application étaient trop restrictives et portaient atteinte à la liberté d’expression et de communication, d’une manière qui « n’est pas adaptée, nécessaire et proportionnée à l’objectif poursuivi » ; d’une part parce qu’il n’existait aucun moyen permettant à l’autorité parentale de « décider de lever l’interdiction, d’en limiter la portée ou d’autoriser l’accès à certains services » ; et d’autre part en obligeant toute personne, même majeure, à faire la preuve de son âge, sans qu’il soit prévu les « conditions et les limites dans lesquelles il devra en être justifié ».

Au vu de l’engagement du Président sur cette question, de nombreux observateurs ont considéré que cette décision constituait « un revers », voire « un camouflet ». Emmanuel Macron s’est efforcé de réagir rapidement, en chargeant le Premier ministre de travailler, d’ici la fin de la mandature, à une « nouvelle rédaction juridiquement robuste », tenant compte de la décision du Conseil constitutionnel ainsi que du cadre européen.

Reste que, entre droit européen et Conseil constitutionnel, la voie pour un texte « juridiquement robuste » est étroite.

En effet, avant la version finale issue de la commission mixte paritaire, la version du texte élaborée par le Sénat le 31 Mars prévoyait deux choses : que l’interdiction ne concernerait que les réseaux susceptibles de nuire à l’épanouissement physique, mental ou moral, et figurant sur une liste établie par un arrêté du ministre chargé du numérique, pris après avis de l’ARCOM ; et que l’accès aux réseaux ne figurant pas sur la liste interdite serait conditionné à l’accord d’au moins un des responsables légaux.

Cette version du Sénat aurait donc pu satisfaire le Conseil constitutionnel … mais pas la Commission européenne ! Celle-ci avait estimé le 6 juillet que la version sénatoriale du texte n’était pas pleinement compatible avec le DSA. En cause notamment le pouvoir excessif confié à l’ARCOM (pouvoir de proposer les plateformes interdites, signalement des manquements de plateformes établies dans d’autres États), et la volonté de la commission de « minimiser la fragmentation des systèmes nationaux qui pourrait créer une insécurité juridique ou affaiblir l’application des règles ». Autrement dit, chaque pays ne peut pas faire ce qu’il veut et interdire les plateformes qu’il veut.

La même démonstration peut être faite sur les modalités de contrôle de l’âge. Il semble compliqué de satisfaire à la fois le Conseil constitutionnel, qui sanctionne le texte pour absence de conditions, de limites et de garanties légales dans la vérification de l’âge, et le DSA, qui définit la capacité à imposer des obligations et des vérifications aux plateformes comme une compétence de niveau européen.

Les partisans de la liberté d’expression se réjouiront de la censure de ce texte.

Reste que cette décision illustre une nouvelle fois l’irruption de plus en plus prégnante du Conseil constitutionnel comme un acteur législatif majeur.

Plus largement, cette séquence sur l’interdiction des réseaux sociaux montre que les volontés du Parlement et du Président, tous deux élus par le peuple, ne suffisent pas même lorsqu’elles sont convergentes, et doivent naviguer entre un droit européen de plus en plus développé, et un Conseil constitutionnel toujours plus présent.

mohamed hassan addiction 3747769 1920

La cyberdépendance chez les jeunes

By Numérique, Santé

Note transversale des groupes numérique et santé, 2/3

 

Par Bruno Mahieux, membre de la commission CRSI Numérique

 

Une société ultra-connectée

Notre société évolue dans un monde où les écrans et le numérique occupent une place prépondérante dans le cercle familial : ce sont plus de 10 écrans par foyer recensés en France. Cette abondance d’équipements n’est pas sans conséquence sur nos comportements au quotidien.  Selon une étude du PEW Research publiée en septembre 2025(1), plus de 2 Français sur 3 utilisent internet plusieurs fois par jour, dont 28 % reconnaissent l’utiliser presque constamment, quel que soit l’équipement utilisé (smartphone, PC, montres, tablettes, consoles de jeux).   Comme dans la plupart des pays occidentalisés, les jeunes adultes sont beaucoup plus présents sur les réseaux sociaux que leurs aînés : près d’un sur deux a entre 18 et 34 ans.

Cette hyperconnectivité n’épargne pas nos enfants et adolescents :  Dès le plus jeune âge, ils disposent d’équipements qui leur sont dédiés : entre 7 et 12 ans, le nombre d’équipements détenus par chaque petit Français est en moyenne de 1,6 ; cette moyenne passe à 2,9 dans la tranche d’âge des 13-19 ans. La détention d’un smartphone est devenue la norme dès l’âge de 13 ans (ils sont 89 % à en disposer) et un ordinateur personnel est détenu par 69 % des adolescents de 13 ans et plus.

La cellule familiale n’est pas la seule responsable de cette surexposition au numérique : les écrans sont également accessibles à l’école, souvent dès le plus jeune âge (selon les données fournies par la direction du numérique (DNE), près de 60 % des écoles maternelles disposent d’un accès internet !)

 

Des pratiques problématiques

Les parents sont de plus en plus confrontés à des pratiques problématiques de la part de leurs enfants, avec une perte de contrôle en termes de temps passé et d’usage :

Selon la cinquième édition du baromètre CNL/Ipsos bva « Les jeunes Français et la lecture », publiée le 14 avril 2026(2), les jeunes âgés de 7 à 19 ans consacrent, sur leur temps libre, 3 heures par jour aux écrans. Ce résultat est encore plus marqué chez les 16-19 ans qui y dédient toujours plus de 5h quotidiennes (hors école / études / travail).  À titre de comparaison, les jeunes Français consacrent en moyenne seulement 18 minutes par jour à la lecture de livres.

Au-delà du temps passé devant un écran, ce qui pose problème est l’usage fait des écrans par les enfants et les adolescents.

Toujours selon le Centre National du Livre, les jeux vidéo dominent chez les 10-15 ans, surtout chez les garçons, alors que les réseaux sociaux prennent le relais chez les 16-19 ans.

Selon une enquête menée par l’ARCOM en 2025(3), plus de quatre jeunes sur cinq âgés de 11 à 17 ans utilisent tous les jours au moins une grande plateforme en ligne.  44 % des jeunes accèdent aux réseaux sociaux avant 13 ans.

Pour les cas les plus extrêmes, un usage excessif peut dériver vers l’addiction, dans ce cas, la perte de contrôle devient pathologique et est susceptible d’être prise en charge par un médecin spécialisé.

 

Le modèle économique des réseaux sociaux

L’usage compulsif des réseaux sociaux par nos enfants est loin d’être un dommage collatéral du numérique.  Il est le fruit d’une stratégie assumée et voulue où le bien-être des utilisateurs n’est clairement pas la motivation première.

Les réseaux sociaux étant gratuits pour l’utilisateur, leur modèle économique est entièrement dépendant des revenus publicitaires, payés par les annonceurs.  Ces revenus sont directement liés au nombre de publicités vues et donc au temps passé sur l’application.

La conséquence majeure de cette logique :  les contenus proposés ne sont pas ceux qui informent, instruisent ou enrichissent mais ceux qui captent le plus l’attention des utilisateurs.

Le design des réseaux sociaux est conçu à cet effet :  design épuré et facile à comprendre, conçu principalement pour un fonctionnement sur un smartphone de préférence à un ordinateur, couleurs vives, images et vidéos prioritaires sur le texte, système de notifications en temps réel, utilisation de symboles universels (les émoticônes), tout est pensé pour maximiser le temps passé sur l’application, un objectif souvent appelé engagement dans l’industrie.

Le temps passé alimente aussi un autre objectif business : la rétention. Un utilisateur qui consulte ou publie du contenu chaque jour et qui commente attire d’autres utilisateurs (effet de réseau) et devient moins susceptible de partir à la concurrence.

Pour la plupart, les propriétaires de ces réseaux sociaux sont des entreprises cotées en bourse, évaluées par les marchés en fonction de ces indicateurs d’engagement. Il est donc essentiel de maximiser le temps passé sur une application en captant l’attention de l’utilisateur le plus longtemps possible. L’utilisateur final n’est donc pas un client, mais un produit proposé aux annonceurs !

 

Les mécanismes d’addiction

Les phénomènes d’addiction sont le fruit de mécanismes technologiques simples ayant un ressort psychologique avéré sur le comportement des utilisateurs.  Ils ont fait l’objet d’études approfondies de la part de leurs concepteurs, et leur efficacité n’est plus à démontrer. Ils peuvent se résumer à trois méthodes principales.

Le contenu infini et la lecture automatique

Ce mécanisme, utilisé dans tous les réseaux sociaux, consiste à faire défiler le contenu proposé en supprimant toute rupture dans sa présentation (c.-à-d. une fin de page ou un passage à la page suivante).  Sur TikTok, Instagram Reels ou YouTube Shorts, le principe est le même : la vidéo suivante démarre automatiquement, supprimant toute rupture qui pourrait inciter l’utilisateur à s’arrêter.

Les mécanismes de notifications

Les notifications sont des messages d’alerte visuels ou sonores, courts par nature, pour vous avertir d’une nouvelle activité sur votre réseau social :  il peut s’agir de la publication d’un nouveau contenu, d’un message ou de la réaction d’un ami à vos propres publications.  Ces notifications sont présentées sous forme de métriques (nombre de vues, nombre de likes) qui transforment l’interaction sociale en indicateurs mesurables.  Elles renforcent le besoin de reconnaissance de la part de ses amis ou de sa famille.  Ce besoin de réagir est d’autant plus puissant qu’il est souvent le résultat de réactions d’amis ou de membres de la famille avec lesquels il existe un lien affectif fort, inscitant à réagir, ou à répondre.

Les algorithmes de recommandations personnalisés

Les plateformes collectent en permanence les données qui résultent de nos comportements devant l’écran, qu’elles soient explicites (par exemple, nos recherches, nos commentaires ou même nos réactions sous forme de likes ou d’émoticônes), ou implicites (notre temps de visionnage d’un contenu, notre localisation, nos données sociales).

En analysant nos comportements et nos actions, les algorithmes apprennent en continu ce qui capte le plus l’attention de chaque utilisateur.  Ils adaptent les flux d’informations diffusés en fonction de ses préférences, de son réseau social et de son historique, dans le but de renforcer l’engagement de l’utilisateur.

Ces mécanismes, qui s’apparentent aux techniques de Machine Learning(4), sont particulièrement efficaces chez les jeunes, dont l’usage est beaucoup plus impulsif que chez les adultes, créant un flux de données particulièrement riche.

Plus l’usage est intense, plus l’algorithme affine sa précision et plus l’utilisateur restera connecté, créant ainsi un cercle vicieux où l’utilisateur devient captif de son application préférée.

Ces techniques simples, incitant les utilisateurs finaux à consulter leur téléphone en permanence, de peur de manquer une information essentielle à leurs yeux, sont un mécanisme très puissant qui s’apparente à celui des machines à sous : la peur de rater une bonne occasion (Fear Of Missing Out), en l’occurrence une information, un scoop, un message d’un ami ou d’un membre de la famille.

Cette frénésie de l’usage est d’autant plus forte qu’elle est le fruit de contenus générés par des proches, ce qui renforce les réactions émotionnelles et le sentiment d’obligation de répondre.

 

Faut-il interdire les réseaux sociaux ?

Face à la place prépondérante prise par les réseaux sociaux, de plus en plus de pays décident de limiter ou d’interdire leur accès aux plus jeunes. Le 21 juillet dernier, le Parlement français a adopté définitivement la loi interdisant les réseaux sociaux tels que TikTok, Facebook, Instagram ou Snapchat aux moins de 15 ans.

La France était ainsi le premier pays européen à tenter d’instaurer une majorité numérique.  Elle suivait l’exemple de l’Australie qui avait fixé la majorité numérique à 16 ans.  Le Canada, le Royaume-Uni ainsi que de nombreux pays européens devraient suivre d’ici la fin de 2026.

Initialement prévue pour entrer en vigueur le 1er septembre 2026, cette loi a pourtant été invalidée par le Conseil constitutionnel. C’est en soi une bonne nouvelle, car la solution visant à interdire purement et simplement l’accès aux réseaux sociaux en dessous d’un certain âge interroge.

Chacun conviendra qu’il est nécessaire de chercher des mécanismes de régulation pour contenir les effets destructeurs sur la psyché de nos enfants.  Le débat n’est pas de savoir si les enfants doivent être protégés des réseaux sociaux, mais plutôt de savoir comment y parvenir.

Tout d’abord, parce que cette loi semblait  ignorer les aspects positifs de certains réseaux sociaux :  ils créent des liens, développent la pratique des technologies collaboratives qui sont devenues incontournables dans les entreprises, ils peuvent informer ou donner une voix à des personnes qui ne seraient pas entendues dans d’autres circonstances.  Il existe aujourd’hui de nombreux outils pédagogiques accessibles au travers de ces plateformes. Ils sont fréquemment utilisés par les enseignants à des fins éducatives.

D’autre part, parce que l’expérience australienne démontre qu’il existe des moyens de contourner l’interdiction :  le VPN (Virtual Private Network) est un outil logiciel permettant aux adolescents les plus technophiles de contourner les restrictions au niveau national. Mais une simple ouverture de compte sous un faux âge, voire l’utilisation d’un compte d’un proche peut suffire.

Enfin, parce que la divulgation de l’âge des utilisateurs implique la mise en place d’un contrôle numérique sans précédent au niveau des plateformes concernées, qui cette fois concerne tout le monde, quel que soit l’âge.  Au-delà des risques de cybercriminalité que cela va engendrer, c’est la question de nos libertés individuelles et de la protection de nos données personnelles qui est posée.

Interdire l’usage des réseaux sociaux aux plus jeunes paraît d’autant plus absurde que les adultes ne sont pas exempts de tout reproche en la matière, y compris sur leur lieu de travail(5). Au contraire, ils sont souvent un mauvais exemple pour leurs enfants.

De ce point de vue, la censure du Conseil constitutionnel rejoint les recommandations de nombreux experts(6) qui privilégient des mécanismes de régulation des usages au niveau des plateformes plutôt qu’une interdiction basée sur l’âge.

 

 

Former plutôt qu’interdire 

Plutôt que d’interdire, ne faut-il pas éduquer et mieux former nos enfants aux usages numériques ?  Bien souvent, l’âge est moins le problème que le milieu social dans lequel l’enfant évolue.

Une meilleure éducation au sein des familles est essentielle. Ces habitudes prises dès l’enfance auront un impact économique certain lorsque ces enfants deviendront adultes et intégreront le monde du travail.

Des solutions existent :  à commencer par des pratiques d’autolimitation des usages

  • S’imposer des règles au quotidien
  • Recourir aux fonctionnalités de limitation d’usage
  • N’avoir que les applications essentielles
  • Se contraindre par un appareil limité

Il pourrait également être judicieux d’imposer des paramètres par défaut adaptés à l’âge et de les rendre efficaces sans l’action des jeunes utilisateurs : pas de publicité personnalisée sur les comptes des jeunes, pas de flux sans fin, pas de lecture automatique de contenu, pas de systèmes de récompense basés sur l’utilisation.  Ces techniques sont déjà appliquées dans le monde de l’audiovisuel, où les programmes sont classifiés en fonction de l’âge.

Les opérateurs télécoms ont un rôle à jouer

Même s’ils ne détiennent pas les plateformes des réseaux sociaux, les opérateurs de télécommunications constituent un rouage essentiel dans leur utilisation, car ils en contrôlent l’accès.

Si la technologie ne peut pas à elle seule assurer la sécurité physique et mentale de nos enfants, elle peut y contribuer via la mise en œuvre de mesures simples :

  • Protéger les utilisateurs face au cyberharcèlement, indépendamment de l’équipement, du réseau ou de l’application qu’ils utilisent.
  • Assister les parents en les aidant à surveiller, guider et protéger leurs enfants grâce à des outils de contrôle que leurs enfants ne pourraient pas contourner.
  • Fournir les données nécessaires pour s’assurer de l’adéquation des contenus proposés avec l’âge des enfants.

A l’image des banques qui protègent nos avoirs financiers, les opérateurs de télécommunications deviendraient ainsi des tiers de confiance, responsables de la sécurité de nos communications et de nos données.   Imagine-t-on choisir une banque qui serait dans l’incapacité d’assurer la sécurité de notre argent ?

 

Sources :

1. https://www.pewresearch.org/short-reads/2025/09/08/most-adults-across-24-countries-are-online-at-least-several-times-a-day/

2. https://centrenationaldulivre.fr/sites/default/files/2026-04/%C3%89tude%202026%20-%20Les%20jeunes%20Fran%C3%A7ais%20et%20la%20lecture%20-%20Rapport%20Complet.pdf

3. https://www.arcom.fr/sites/default/files/2025-09/Dossier_presse_protection_mineurs.pdf

4. Le machine learning est une branche de l’intelligence artificielle qui permet aux ordinateurs d’apprendre à partir de données et de s’améliorer par l’expérience, sans avoir été programmés pour cela de façon explicite

5. Dans une journée de travail, les salariés consacreraient entre 20 mn et deux heures 30 par jour à des activités non professionnelles sur leur smartphone. S’y ajoute le temps nécessaire, non négligeable, pour se reconcentrer après chaque interruption. (Les Echos 5 septembre 2025)

6. Lire à ce sujet un article paru dans le Handelsblatt du 4 août 2026 https://nachrichten.handelsblatt.com/cde8dec12b5ba411d3d4de3dc1d4b1b446d369a52a4a148e508f0e55e583d589995e4d36ae83fb6d280eaf450e4360f90100243679?product=hb&utm_medium=in&utm_source=app&utm_campaign=verschenken

sik92 smartphone 4540273 1920

Ecrans et addictions : physiologie du plaisir

By Numérique, Santé

La commission santé en partenariat avec la commission numérique s’est penchée sur les problèmes d’addiction aux écrans qui soulèvent mille questions, notamment auprès des adolescents. Cet article présentera quelques éléments du fonctionnement cérébral de manière simple, donc simplifiée, afin que tous puissent comprendre qu’il est assez facile de se laisser happer par l’addiction aux écrans.

 

Par Aurore, membre de la commission CRSI Santé

 

Note transversale des commissions Numérique et Santé, 1/3

 

Plantons le décor !

Notre système nerveux perçoit et analyse les éléments de notre environnement. Il élabore la pensée, stocke des informations, communique avec l’extérieur, régule les fonctions de l’organisme et contrôle la fonction motrice. Certains voudraient l’assimiler à un ordinateur ou l’inverse ! En anatomie, on distingue le système nerveux central (SNC) du système nerveux périphérique. Nous nous intéressons ici au SNC, protégé par le crâne et le rachis*, et plus particulièrement à l’encéphale. Le tissu nerveux est le plus complexe de notre organisme ; il se compose d’environ 100 milliards de neurones chez l’humain. Le neurone en est l’unité structurelle et fonctionnelle ; son fonctionnement de base est « électrique ». Les molécules chimiques qui servent de messagers entre deux neurones sont appelées neurotransmetteurs.

rs 1

Schéma 1 : Le circuit de la récompense. Il est constitué de structures cérébrales en interrelation : striatum ventral gauche ou noyau accumbens, septum, amygdale, hippocampe, cortex préfrontal. Source : https://acces.ens-lyon.fr/acces/thematiques/neurosciences/fiches-pedagogiques-profs/fiches-pedagogiques-banque-neuropeda/pet-scan-dopamine-et-circuit-de-recompense-sujet-13242

En 1954, Olds et Milner ont, par leurs expériences, montré que la stimulation électrique de certaines aires cérébrales, chez des rats, entraînait une satisfaction si intense qu’elle leur faisait perdre toute sensation de faim et de soif, jusqu’à en mourir.

D’un point de vue biologique, l’humain, comme les autres vertébrés, possède certains mécanismes physiologiques qui lui assurent de meilleures chances de survie. Au niveau cérébral, un ensemble de structures anatomiques appelé « circuit de la récompense » est l’un d’eux (cf. schéma 1). Pourquoi se nomme-t-il ainsi ? Certains actes associés à un retour positif (prise de nourriture par exemple) procurent du plaisir et sont donc mémorisés plus facilement. Tous les individus cherchent à les répéter pour obtenir le même plaisir et le même bénéfice.

 

Tous dopés à la dopamine

Pour schématiser, cette sensation de plaisir, déclenchée par un acte, est liée à l’activation de neurones qui libèrent un neurotransmetteur appelé dopamine. Ces neurones dits à dopamine sont situés dans l’aire tegmentale ventrale et contrôlent le circuit de la récompense.

Dans des conditions normales, l’activité des neurones dopaminergiques augmente à l’occasion de récompenses (nourriture, boisson, sexualité…). Avec l’apprentissage, ce n’est plus la récompense qui active ces neurones, mais juste les signaux qui annoncent son arrivée.

Par exemple, un chaton qui réussit pour la première fois à attraper une souris, qui la goûte, active ce circuit. Il retiendra alors le geste et la proie qu’il a mangée et qui ont conduit à cette sensation gustative plaisante. Le chaton améliorera ses gestes, ses techniques d’affût jusqu’à devenir un redoutable prédateur, garantie de sa survie en milieu naturel.

L’humain est, contrairement au chat, lui, un animal social. Vivre en groupe est un de ses besoins vitaux. Ainsi, les comportements qui lui permettent de tisser des liens avec ses congénères, de les renforcer, activent là aussi le circuit de la récompense (compliments, sourire, acquiescement à un acte ou à une idée, etc.).

Pour faire simple là encore, lors de l’usage d’écrans pour aller sur des réseaux sociaux, la réception d’un like, d’un cœur ou d’un émoticône positif, qui suit un message envoyé sur ces mêmes réseaux, a le même effet, « d’un point de vue de la physiologie cérébrale », qu’un encouragement donné de vive voix.

 

Shoot de like

Toutefois, si la récompense est systématique ou trop prévisible, le circuit ne s’active pas aussi puissamment. Imaginez que votre employeur vous complimente toutes les heures ; cela ne vous fera pas le même effet que s’il vous gratifie verbalement de temps en temps et à l’improviste. Le côté aléatoire et l’incertitude liés à la présence de likes, ou pas, augmentent notre envie de récompense et donc, pour certains, l’envie de se connecter toujours à leur réseau social numérique préféré.

Ce circuit de la récompense fonctionne aussi sur l’immédiateté : « je mets un message, j’attends un retour dans l’instant si possible : un like, un cœur, un émoticône ». Plus je vais surfer sur les réseaux sociaux, plus j’ai de chances d’en avoir et très vite. Je cherche mon shoot de dopamine en quelques clics !

Alors, apprendre une leçon, faire une évaluation en classe le lendemain et recevoir sa note dix jours plus tard… c’est loin de procurer ce plaisir immédiat !

Vous comprenez donc pourquoi beaucoup d’enfants préfèrent, si on leur en laisse l’occasion, surfer sur le web plutôt que de réviser leurs cours… C’est juste, dans l’immédiat, plus agréable.

rs 2

Graphique 1 : Proportions pondérées d’enfants scolarisés en maternelle et élémentaire en France hexagonale, ayant accès aux réseaux sociaux (à la connaissance des parents) selon l’âge. Enabee (2022). Source : https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/881687_spf00006175.pdf

 

Cortex, cœurs et conséquences

Évidemment, quand notre cerveau est dopé à la dopamine, et que d’un coup, zéro like, aucun cœur, privé de portable, le cerveau de nos enfants, préados ou ados, est en manque. Ils peuvent alors ressentir une certaine anxiété. C’est à ce moment-là que le mot « accro » ou « dépendance » peut être employé. L’ado ne surfe plus pour son seul plaisir, mais pour éviter de ressentir un mal-être ou de faire disparaître ce malaise. Comme le fumeur et sa première cigarette du matin, l’ado cherche dès l’aube à retrouver de manière quasi automatique sa dose de dopamine ! La répétition des prises de dopamine fait passer de l’abus à la dépendance… Quand on voit le nombre d’enfants de 3 à 11 ans qui sont sur les réseaux, cf. graphique 1, il est impératif que le politique prenne en compte ces problématiques !

rs 3

Extrait de l’infographie Toluna Harris – Baromètre des comportements numériques. Source : https://www.drogues.gouv.fr/publication-des-resultats-de-la-quatrieme-edition-du-barometre-mildecaharris-interactive-sur-les

Biologiquement, il existe des contre-pouvoirs à ce circuit ! Le cortex préfrontal, situé à l’avant de l’encéphale, est le siège de la volonté et de la planification (cf. schéma 1). Il peut contrebalancer les effets du striatum ventral, mais il n’est pas mature avant l’âge d’environ 25 ans. Voilà une des raisons pour lesquelles nos ados restent sensibles aux comportements possiblement addictifs.

La prévention est donc primordiale car l’addiction aux écrans peut être liée à :

  • Une consommation augmentée de confiseries, sodas et snacks.
  • Une consommation augmentée de tabac, d’alcool, voire de drogues.

En 2017, une étude de l’Inserm sur 800 enfants montrait que  « plus les garçons passent de temps devant des écrans à 2 ans, plus ils ont un pourcentage de masse grasse corporelle élevé à 5 ans. Leur temps d’écran à 2 ans était d’ailleurs associé à un recours plus fréquent aux aliments transformés de type snacking / fast-food ».

Il peut être donc observé certaines conséquences délétères sur la santé :

  • Physiologiques : syndrome de l’œil sec, troubles musculosquelettiques, TCA** jusqu’à l’obésité, myopie, dégradation de la qualité du sommeil avec une dette de sommeil retrouvée chez 30 % des 15-19 ans, etc. ;
  • Psychologiques : isolement, perte de confiance en soi, dépression, etc. ;
  • Cognitifs : retard du développement lors de l’usage excessif d’écrans, surtout durant la petite enfance. Cela peut entraver le développement des capacités psychomotrices et freiner le développement du langage par l’absence d’interaction sociale.

Quand on résiste à l’attrait des récompenses immédiates (les likes, les cœurs) offertes par les réseaux sociaux, notre cortex se renforce et freine alors plus facilement l’activité du striatum ventral. Il faut prendre, ou faire prendre, conscience que l’on recherche des récompenses dans certaines situations (solitudes, difficultés d’apprentissage, sollicitation par des notifications, etc.). Cela permet de mieux réagir à ces éléments déclencheurs qui poussent vers les écrans.

 

Des pistes pour s’en sortir

Pour apprendre à résister à la tentation, voici quelques pistes :

=> essayer de limiter le temps d’écran, mais cette solution est peu efficace ! C’est comme avec le paquet de bonbons, on dit qu’on en mange un, et on ne s’arrête plus !

=> détourner le regard de la source addictive, choix plus pertinent. Tous les addictologues recommandent aux ados de ne pas travailler à côté de la source qui peut les distraire ; le smartphone doit être éteint et en dehors du bureau où ils travaillent pour ne pas être tentés par la vue ou par l’ouïe (notifications sonores).

=> faire autre chose quand l’envie devient pressante et remplacer une addiction par une passion (musique, sport, jeux de société, etc.). Le transfert vers une autre activité donne les meilleurs résultats pour décrocher des écrans.

Le site gouvernemental français souligne : « en 2023, la France compte 92,8 % de foyers connectés et 47,4 millions d’internautes mensuels. Deux Français sur trois se connectent chaque jour sur les réseaux sociaux et les messageries instantanées. Les usages se concentrent majoritairement sur le smartphone, facilitant la connexion en tout lieu et à tout moment. »

Et combien d’ados dépendants des écrans ?

Il existe une très grande variabilité dans la relation des jeunes aux écrans, suivant leur milieu socio-économique, l’implication de leurs parents dans leur éducation, leur vulnérabilité propre. Il est nécessaire que les parents, en premier lieu, mais aussi l’enseignement national accompagnent nos jeunes vers une utilisation appropriée de ces outils, qui, bien utilisés, seront possiblement d’un intérêt majeur dans leur découverte du monde actuel.

Néanmoins, les grandes firmes du numérique ont très bien compris comment exploiter notre physiologie naturelle, la détourner à leur profit et elles ne s’en privent pas ! Deux articles, à suivre, et issus de la commission CRSI numérique, présenteront respectivement les moyens employés par ces entreprises pour rendre accros nos ados et l’actualité sur la loi dite de majorité numérique.

 

Sources :

* rachis : colonne vertébrale qui abrite la moelle épinière, l’autre partie, avec l’encéphale, du système nerveux central.

** TCA : troubles compulsifs de l’alimentation, maladies à la fois physique et psychique.

https://www.drogues.gouv.fr/lessentiel-sur-les-usages-problematiques-decrans

https://institutducerveau.org/lexique/dopaminergique-voie

https://planet-vie.ens.fr/thematiques/animaux/systeme-nerveux-et-systeme-hormonal/le-circuit-de-la-recompense

https://www.drogues.gouv.fr/que-nous-dit-la-science-des-addictions

https://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2016/03/PAGES-DE-1283-1296.pdf

https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/appel_090419.pdf

mohmadnady woman 6032751 1920

Sédentarité des Français : Voulons-nous enterrer nos enfants ?

By Santé

Prévenir les maladies est bien plus efficient que de les soigner.

 

Par Aurore & Stéphane, membres de la commission CRSI santé

 

Deux thèmes majeurs occupent la commission santé du CRSI. Insécurité et perte de souveraineté augmentent aussi dans le secteur du soin. Notre système de santé plonge à tous les niveaux, à tel point que, parfois, nous nous demandons si la France peut encore soigner ses patients. Ainsi, la prévention des maladies est fondamentale pour tous les membres du groupe CRSI santé. Nous aborderons ici le thème de la sédentarité et du manque d’activité physique qui menacent les Français, spécialement les jeunes qui ont un ennemi impromptu : la chaise !

 

« Et la chaise tue… »

Avec plus de 3 583 milliards de dettes(1), un montant des intérêts qui s’élève à plus de 77 milliards en 2026 et des dépenses de santé toujours croissantes, qu’attendons-nous pour prévenir les maladies chroniques dont la prévalence* ne cesse de grimper ?

Le Pr Carré est professeur émérite en physiologie cardiovasculaire (Faculté de médecine, Université de Rennes 1) et également cardiologue et médecin du sport (CHU Rennes). Il participe aux recherches sur les liens entre activité physique et sportive et santé dans le Laboratoire Traitement du Signal et de l’Image, à l’Université de Rennes 1. Depuis plus de 40 ans, il étudie, mais aussi mobilise et alerte tous les décideurs politiques et les acteurs de terrain qui pourraient agir pour que nous restions en bonne santé le plus longtemps possible(2).

L’espérance de vie en bonne santé dans différents pays européens est précisée dans le tableau 1 ci-dessous. En France, en 2024, elle est en moyenne de 63,6 ans, 10 ans de moins qu’en Italie !

Notre espérance de vie en bonne santé n’a progressé que d’un an en 20 ans contre 3,5 ans pour l’Italie et presque 7 ans pour la Suède. En 2022, les dépenses courantes de santé étaient pour la France de 11,8 % du produit intérieur brut contre 9 % pour l’Italie. Cette dernière dépense donc presque 3 % de moins pour sa santé, mais environ deux fois plus pour la prévention médicale (cf. graphique 1) et ses citoyens vivent en moyenne dix ans de plus en bonne santé !

Tous en Italie …

maladie 1

Tableau 1 : Années de vie en bonne santé à la naissance (Hommes et femmes confondus) (b) rupture de série, (e) estimé. Source Eurostat(3).

En effet, la prévention** est le parent pauvre de notre pays. Dans une récente interview(4), le Pr Carré déclare que le ministère de la Santé ne consacre qu’une faible partie de son budget à la prévention ; le reste est majoritairement pour les malades ; logiquement, « il devrait s’appeler le ministère de la Maladie ». En France, les dépenses de prévention représentent une part relativement faible de l’un des budgets de santé les plus élevés de l’Union européenne, environ deux fois moins que l’Italie ou que l’Allemagne, cf. graphique 1 ci-dessous. La dépense française courante de santé au sens international (DCSi) chute un peu en 2024, à 11,4 % du produit intérieur brut, ce qui représente tout de même 332,6 milliards d’euros dont 8,7 milliards pour la prévention institutionnelle(5).

maladie 2

Graphique 1 : Dépenses de santé allouées à la prévention en proportion des dépenses de santé courantes, 2013, 2021 et 2023 (ou année la plus proche). Source OCDE(6).

Déçu des décideurs

Le Pr Carré estime que l’un des freins vient notamment du ministère de l’Économie qui ne voit pas l’intérêt de dépenser de l’argent pour la prévention, par exemple pour éviter la survenue d’affections chroniques. Un comble quand l’on sait que la Cour des comptes estime le contraire(7). Selon son rapport de 2021, la prévention du cancer, des maladies neuro-cardio-vasculaires et du diabète de type II serait d’un grand bénéfice pour la collectivité. En effet, ces trois affections touchent 10 millions de personnes (15 % des assurés sociaux) et représentent 23 % des dépenses de l’assurance maladie (47 milliards €).

Par ses précédentes notes, le groupe CRSI santé a entamé un travail sur la prévention, cf. articles sur la prévention de la myopie(8) et de la sarcopénie(9) notamment. Nous devons être acteurs de notre santé car, comme le dit François Carré, « nous ne pouvons pas vivre dans un autre corps humain que le nôtre », nous n’en avons qu’un et nous devons en être souverains.

En janvier 2026, M. Lecornu, le Premier ministre, confie une mission sur la prévention primaire au député Cyrille Isaac-Sibille du Rhône(10). Très bien, mais le sujet est connu et devrait être vraiment promu depuis fort longtemps pour notre santé et pour notre budget ! 

Vous avez dit 2027 ?

Certains découvriraient-ils la lune dans un contexte d’élection présidentielle ?

« Puisqu’en haut, ils ne nous écoutent pas », le Pr Carré s’est uni à 16 experts indépendants issus du monde du sport, de la santé et des médias pour créer un collectif, « Pour une France en forme », en 2018(11). Ils agissent auprès des acteurs de terrain où la prise de conscience s’accélère comme le montrent les propositions de campagne lors des dernières élections municipales. Par exemple, pour certains candidats, la voie cyclable serait désormais vue aussi comme une proposition « santé » pour favoriser l’activité physique pour tous.

Néanmoins, dans une conférence de 2023, François Carré regrette : « Nous sommes dans un pays qui ne comprend pas l’intérêt de la prévention ». Malgré tout, il continue de diffuser les informations, les idées et les actions existantes auprès d’un large public, notamment les écoles, comme tout médecin devrait le faire pour améliorer la santé de ses concitoyens. « La Grande Cause Nationale 2024 a permis à l’activité physique de gagner du terrain dans la vie de beaucoup de Français, mais il reste encore du chemin à faire pour que toute la France bouge et soit en forme », a estimé le Pr Carré dans un communiqué de presse de janvier 2025 sur le site du ministère des Sports :  https://www.sports.gouv.fr/la-grande-cause-nationale-2024-bilan-d-une-annee-placee-sous-le-signe-de-l-activite-physique-et.

 

Des malades par millions

« Bouger, bien manger, bien dormir », « 3B » pourrait être son slogan. Le fait de pratiquer une activité physique fait chuter le risque de souffrir de multiples maladies chroniques pourtant très fréquentes : hypertension artérielle, diabète de type II, bronchite chronique, insuffisance rénale chronique, etc.

Nos muscles au travail, de même que tous nos organes, produisent des molécules qui nous soignent. Le Dr Martine Duclos*** appelle cela « notre pharmacie ambulante » dont la porte reste fermée si nous sommes au repos. « La sédentarité est la première cause de mortalité évitable et la quatrième cause de mortalité mondiale », souligne le Pr Carré(12). Son impact sur les jeunes générations fait craindre le pire car la proportion de personnes pratiquant une activité physique reste insuffisante, cf. carte 1 ci-dessous pour les adultes et Tableau 2 ci-après pour les jeunes gens. « En Europe, nous sommes champions de l’addiction à la chaise », déclare le Pr Carré (cf. tableau 2) et selon lui, « la chaise tue ! ».

maladie 3

Carte 1 : Proportion d’atteinte des recommandations d’activité physique. Par région, chez les femmes et les hommes, en France hexagonale et dans les DROM en 2021. Source : Santé Publique France(13).

maladie 4

Tableau 2 : Proportion d’enfants atteignant les recommandations d’activité physique, selon le sexe, la classe d’âge et le niveau de diplôme de l’adulte de référence du ménage. Etude Esteban (2014-2016). Source : Santé Publique France(14).

 

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que six adultes sur dix et un enfant sur trois seront obèses en 2050. Entre 2020 et 2030, nous aurons, en plus, sur la planète, 500 millions de malades souffrant d’une affection chronique !

En France, tous les 5 ans, on attend entre 750 000 et 1 million de malades chroniques en plus…

À combien se monte notre déficit budgétaire déjà ? Vous avez oublié ???

Face à un nombre croissant de malades, on peut se poser cette question : « mathématiquement, sommes-nous face à un problème de taille ? Quel que soit le nombre de médecins formés, tous les citoyens français pourront-ils être soignés ? ».

Et nous provoquions le débat dans un article récent avec ce titre : « La France ne soigne plus ses patients(15) ». Il est aujourd’hui factuellement faux, mais demain ?

Déficit budgétaire abyssal, impéritie politique, inertie étatique…

+ manque de médecins, par ailleurs insuffisamment formés sur la prévention,

+ tsunami de malades chroniques, qui prendront tous les jours un médicament…

= cocktail explosif si nous ne faisons rien !

 

Ados en danger

À 15 ans, beaucoup de nos adolescents adoptent des comportements (addictions, alimentation, sédentarité) qui se traduisent par une augmentation de leur pression artérielle. Celle-ci reste dans les normes, certes, mais elle s’élève par rapport aux générations précédentes. Nos ados font déjà le lit favorisant une maladie coronarienne et leur futur infarctus… Car cette affection grave touche de plus en plus de jeunes de 30 ans !

Le diabète est également en progression chez nos jeunes. Il n’est plus exceptionnel de le rencontrer avant l’âge de 19 ans alors qu’il était autrefois considéré comme une maladie de la cinquantaine. Ainsi, selon les données de Santé publique France(16), la prévalence du diabète traité par insuline des jeunes de 0 à 19 ans a augmenté de près de 39 % entre 2012 et 2020 (France, hors Mayotte).

Le coût des affections chroniques s’élèvera d’autant que ces maladies toucheront des individus de plus en plus jeunes puisqu’ils seront traités sur des périodes de plus en plus longues et aussi pour de nombreuses complications possibles. L’encart ci-dessous montre le coût supplémentaire du diabète en France entre 2015 et 2024, +3,3 milliards d’euros !

maladie 5

Source : https://www.federationdesdiabetiques.org/information/diabete/chiffres-france

Pour le Pr Carré, une question doit nous tarauder : « sommes-nous la génération de parents qui enterrera ses enfants ? ». A l’échelle mondiale, selon l’OMS, 81 % des adolescents, âgés de 11 à 17 ans, étaient physiquement inactifs.

 

Il faut de manière urgente inverser les courbes.

Il est encore possible d’agir.

Les études scientifiques le prouvent et les moyens à mettre en place ne sont pas si compliqués, notamment en milieu scolaire. En plus, « L’activité physique améliore le bien-être social, mental et physique de chacun » (Seizièmes Rencontres de Santé respiratoire France(17), Sénat, 17 novembre 2023).

Il est aujourd’hui recommandé au moins 30 minutes pour les adultes et 1 heure pour les enfants d’activité physique par jour, nous n’avons pas dit le mot sport… Les adolescents français sont 119e sur 146 en ce qui concerne l’activité physique et sportive dans le classement mondial (https://www.info.gouv.fr/actualite/promouvoir-lactivite-physique-et-sportive-pour-la-sante-des-jeunes). Selon, l’Anses****, parmi les enfants de 11 à 17 ans, 49 % font plus de 4 h 30 d’écrans et/ou moins de 20 mn d’activité physique par jour et présentent un risque sanitaire très élevé(18).

Tous nous devrions donner l’exemple. Parents, employeurs et médecins. « Ne pas attendre la pilule qui fait tout et n’importe quoi ! » comme le dit le Pr François Carré (Conférence à l’espace des sciences, Rennes(19), 24 février 2024). Les futurs candidats à l’élection présidentielle doivent prendre conscience que la prévention n’est pas une option, c’est la seule solution pour que les Français vivent plus longtemps en bonne santé et pour que notre budget de la santé n’explose pas.

Ayons enfin une vision de long terme en santé !

Elle passe par la prévention.

Quel homme politique dira « nos enfants ne doivent plus faire des maladies de vieux » ?

Les médecins doivent être mieux formés sur les prescriptions qui aident leurs patients au quotidien. Il ne s’agit pas de supprimer les médicaments, mais de prescrire aussi, et en premier lieu le plus souvent, de l’activité physique adaptée au patient. Ne pas le faire est une perte de chance pour le patient, et selon le Pr Carré, une faute professionnelle du médecin qui ne le ferait pas.

L’être humain est né pour bouger, nous pouvons tous le faire et à tout âge.

Vous commencez quand ?

 

Sources :

* La prévalence reflète la proportion de patients touchés par une maladie à un instant t.

** La prévention a été définie en 1948 par l’organisation mondiale de la santé (OMS) comme l’ensemble des mesures « visant à éviter ou réduire le nombre et la gravité des maladies, des accidents et des handicaps ».

*** Martine Duclos : Médecin endocrinologue et physiologiste, service de médecine du sport, CHU Clermont-Ferrand, Université Clermont Auvergne, INRA, UNH, Unité de Nutrition Humaine, CRNH Auvergne, Directrice scientifique de l’Observatoire National de l’Activité Physique et de la Sédentarité, Clermont-Ferrand.

**** Anses : Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

 

1. https://horloge-de-la-dette-publique.com/dette-publique-france/

2. https://www.frm.org/fr/actualites/francois-carre

3. https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/sdg_03_11/default/table?lang=fr

4. https://www.youtube.com/watch?v=BU6UfNPXjyM

5. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2384508 – graphique-figure1

6. https://www.oecd.org/fr/publications/panorama-de-la-sante-2025_2f564c6c-fr/full-report/health-expenditure-on-prevention-and-primary-healthcare_e65bf24a.html

7. https://www.ccomptes.fr/fr/documents/57947

8. https://www.crsi-france.fr/etre-acteur-de-sa-sante-lexemple-de-la-myopie/

9. https://www.crsi-france.fr/etre-acteur-de-sa-sante/

10. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053353451

11. https://pourunefranceenforme.fr/

12. https://www.emro.who.int/fr/noncommunicable-diseases/causes/physical-inactivity.html

13. https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/772669_spf00005577.pdf

14. https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/772669_spf00005577.pdf

15. https://www.crsi-france.fr/la-france-ne-soigne-plus-ses-patients-lexemple-de-la-penurie-de-medicaments/

16. https://www.santepubliquefrance.fr/diabete/donnees

17. https://www.youtube.com/watch?v=U9W5p7VrCV0

18. https://www.anses.fr/fr/content/inactivite-physique-et-sedentarite-chez-les-jeunes-lanses-alerte-les-pouvoirs-publics

19. https://www.youtube.com/live/oRlg8cKANbs

Image Rottweiler

Morsures canines – Changer de paradigme

By Santé

Cet article fait suite au précédent(1) intitulé « Morsures et santé : mieux vaudrait prévenir que guérir ».

 

Par Aurore, membre de la commission CRSI santé

 

 

L’adage, verbe valoir au présent, est connu, encore faut-il qu’il soit systématiquement appliqué… Car être acteur de notre santé, un axe de réflexion du groupe CRSI santé, commence par se prémunir contre des risques sanitaires et médicaux, mais aussi par s’informer, de manière adaptée et au bon moment, pour éviter ces risques.

En santé, les campagnes massives soutenues par les pouvoirs publics et les grands médias ne suffisent pas. Pour preuve, le slogan « Manger cinq fruits et légumes par jour » n’empêche pas la courbe de l’obésité de grimper…

Pour ce qui concerne les risques de morsures, information et prévention doivent passer par les acteurs de terrain : vétérinaires, médecins, chirurgiens, infirmiers, aides-soignants et auxiliaires de soins vétérinaires, mais aussi éleveurs de carnivores domestiques, animaleries, etc.

Nous avons donc choisi de présenter, dans ce second opus, une liste de propositions concrètes qui s’appuient notamment sur le tissu de professionnels de santé déjà existant. Certaines propositions dépendent cependant du pouvoir politique.

L’année 2027 sera peut-être l’occasion d’en débattre !

L’objectif est donc de réduire au maximum le nombre de morsures en France, estimées à 250 000 par an(2). On rappelle que 54 % des Français possèdent un chien ou un chat. Ici nous aborderons uniquement les mesures qui visent à réduire les morsures liées aux chiens, qui sont près de 10 millions sur notre territoire…

 

– Première mesure : informer les propriétaires en amont de l’achat

Les morsures proviennent régulièrement de gestes inappropriés de la part d’humains envers les animaux, ces gestes sont liés à une méconnaissance de l’animal. Il est nécessaire de renforcer l’information des futurs propriétaires sur les animaux qu’ils envisagent d’acheter, leurs spécificités, leurs besoins au quotidien, le coût d’entretien d’un animal, etc.

Beaucoup de personnes n’ont pas conscience de l’engagement que constitue l’adoption d’un chien ou d’un chat. Les nombreux abandons qui existent en France en témoignent, près de 117 000 chiens et chats ont été pris en charge par des associations, refuges et fourrières en 2024, presque 40 000 ont été refusés par manque de place. En 2025, 281 000 à 398 000 chiens et chats ont été abandonnés(3) toujours en France. En Suisse, depuis 2019, les morsures de chiens sont en augmentation dans tous les cantons, en particulier dans celui de Neuchâtel, qui enregistre un bond de 50 %. En cause, une augmentation des adoptions pendant et après la pandémie de Covid, le choix de races inadaptées et l’origine des chiens (élevages étrangers parfois peu respectueux des animaux).

Les gens prennent donc souvent un animal sans trop réfléchir à ses besoins, mais pour combler leur solitude, par effet de mode lié à l’esthétique d’une race, par impulsivité ou encore pour se protéger dans un contexte d’insécurité où avoir un chien apparaît, pour beaucoup, dissuasif contre les délinquants. De plus, les futurs maîtres cherchent aussi le moindre coût, acquièrent donc des chiots vendus moins cher et provenant de l’étranger où les conditions d’élevage et les conditions sanitaires sont moindres. Les chiots sont souvent moins bien socialisés. Ils peuvent être au cœur de trafics très lucratifs dont les acquéreurs se rendent alors complices. Enfin, certains propriétaires débutants et non informés n’éduquent pas toujours correctement leurs animaux, ce qui rend ces derniers inaptes à la vie en société humaine.

Mise en pratique :

=> pour toutes les personnes qui n’ont jamais possédé de chiens, ni de chats, il serait obligatoire de consulter un vétérinaire en amont d’un futur achat afin d’être informé sur les multiples points à prendre en compte lors de l’acquisition d’un animal. Cette consultation serait bien sûr à la charge du futur acquéreur. L’entretien annuel d’un animal a un coût. Le budget annuel pour un chien de taille moyenne reste très variable, mais peut aller de 800 à plus de 1 200 euros (hors frais vétérinaires pour maladie/trauma). La consultation préachat sera l’occasion de responsabiliser les futurs acquéreurs, tout animal doit être a minima nourri et donc coûte de l’argent pour ce faire.

  • à la fin de cette consultation spécifique, un document serait édité par le vétérinaire et serait obligatoirement à présenter lors de l’achat ou de l’adoption d’un chien ou d’un chat.
  • un autre document, résumant les points abordés et les situations de la vie où le chien peut être plus anxieux, donc possiblement plus dangereux, sera remis aux futurs maîtres et contre-signé par eux.

=> un fichier centralisé pourrait réunir tous ces documents et serait consultable par les éleveurs, les refuges et les vétérinaires. Ce fichier pourrait être confié à l’i-cad*.

=> la formation continue des propriétaires serait un des leviers les plus directs pour réduire les morsures liées à une mauvaise éducation. Il est possible d’envisager des MOOC, mis à disposition gratuitement par les instances vétérinaires, sur un site dédié et sur lequel pourraient s’identifier les nouveaux propriétaires.

 

– Deuxième mesure : former les enfants au respect de l’animal et à l’adoption des gestes qui sauvent

Comme souvent, l’éducation est la mère des batailles. Les enfants côtoient chiens et chats régulièrement puisque 54 % des Français possèdent une de ces deux espèces. Sans formation, les enfants ne peuvent comprendre et interpréter les réactions des carnivores domestiques. Ils sont donc plus vulnérables lors de réactions vives, voire agressives. Il faut dès le plus jeune âge apprendre aux enfants à respecter l’animal qui vit avec eux, ce qui suppose de connaître a minima ses besoins vitaux : ne pas le déranger quand il dort, quand il mange, etc. Ensuite, il faut leur apprendre les parties du corps de l’animal qu’il ne faut pas malmener, puis enfin leur apprendre les gestes à adopter face à un chien ou un chat inconnu, voire agressif : ne pas courir, ne pas crier, etc.

Mise en pratique :

=> Editer, par exemple, un album de coloriage pour les enfants de maternelle afin qu’ils apprennent à reconnaître les animaux et les différentes parties de leur corps, cf. photo 1.

=> Editer, par exemple, un album pour les classes de CP qui explique les gestes à ne pas faire sur l’animal et les gestes à adopter en cas d’agressivité d’un chien, cf. photo 1.

=> Utiliser ces albums au cours de leçons de prévention, adaptées à l’âge de l’enfant.

=> Enseigner la prévention des morsures dans le cadre de la SVT au collège, avec des informations plus étoffées et en lien avec les cours déjà existants, notamment sur les germes, les infections, les zoonoses, le monde animal.

=> Augmenter la visibilité du programme PECCRAM** reconnu par le Ministère de l’Agriculture et de la Santé. Ce programme est intégré aux programmes scolaires en Suisse et en Grande-Bretagne(4). Il existe donc depuis les années 2000, mais reste confidentiel faute de financement public ; ce contraste entre l’existence d’un outil et son absence de déploiement est percutant.

=> Projeter en classe des films d’animation de sensibilisation au risque de morsures et aux gestes qui sauvent.

morsures 2 1

Photo 1 : Cahier d’activité pour les enfants de maternelle et de primaire, promu par les vétérinaires états-uniens dès les années 1990. Copyright, Etta M. Agan and Joanna E. Burnette, 1997.

 

– Troisième mesure : extension de la déclaration des morsures et mise en place d’un fichier national des chiens mordeurs

Aux termes de l’article L. 211-14-2 du CRPM***, lorsqu’une personne s’est fait mordre par un chien, c’est d’abord au détenteur du chien de « se dénoncer » à la mairie de son domicile pour se voir appliquer des contraintes pouvant aller jusqu’à l’euthanasie de son animal. Ensuite, le propriétaire est tenu de soumettre son chien à une évaluation comportementale pratiquée par un vétérinaire dont le résultat est communiqué au maire de la commune de résidence du chien. Dans la pratique, peu de propriétaires d’animaux mordeurs font cette démarche.

Par ailleurs, l’article L. 211-14-2 du CRPM précise que  « tout professionnel en ayant connaissance  (de la morsure) dans l’exercice de ses fonctions »  doit aussi la déclarer. Donc vétérinaires, médecins, chirurgiens, infirmiers, policiers, etc. sont normalement obligés de procéder à cette déclaration au maire s’ils en ont connaissance. Les vétérinaires peuvent aussi déclarer la morsure via le site I-Cad(5).

Mais les outils de mesure qui devaient déjà être en place d’un point de vue légal et administratif n’existent toujours pas ! À quoi servent nos lois ?

Ainsi, une proposition de loi, datant de février 2021(6), visant à mieux prévenir les morsures de chiens faisait déjà le constat de notre impéritie législative : « La loi du 20 juin 2008 prévoyait (article 1) la création d’un observatoire national du comportement canin ; mais celui-ci n’a jamais été créé. Le décret n° 2011-768 du 28 juin 2011 l’a purement et simplement supprimé et a instauré (article D. 211-3-4 du CRPM) la publication annuelle, par le ministre chargé de l’agriculture, d’un rapport sur les résultats des évaluations comportementales des chiens mentionnés aux articles L. 211-14-1 et L. 211-14-2. Ce rapport n’a été publié qu’en 2014.  Par ailleurs, l’article 25 de la loi du 5 mars 2007 prévoit que le Gouvernement présente tous les trois ans au Parlement un rapport qui dresse le bilan de la mise en œuvre de l’ensemble des dispositions législatives et réglementaires relatives aux chiens dangereux. Ces rapports n’ont jamais été produits… »

Mise en pratique :

=> offrir la possibilité également aux détenteurs de chiens mordeurs de procéder à la déclaration de la morsure via les vétérinaires et aux victimes de morsures de procéder à la déclaration de la morsure via les médecins, les chirurgiens, ou les vétérinaires. Cela soulagerait les maires qui, jusqu’alors, devaient enregistrer les déclarations des propriétaires de chiens mordeurs et qui n’auraient plus à le faire. Néanmoins, un point juridique se pose quant à la confidentialité médicale, les médecins, qui soigneraient une victime de morsure, pourraient-ils déclarer cette morsure sans le consentement de la victime ? L’article L. 211-14-2 du CRPM, tel que rédigé actuellement, semble déjà les y contraindre, la déclaration devant, pour le moment, être faite aux seuls maires. Mais il semble que cela ne soit presque jamais exécuté en pratique…

=> l’enregistrement des déclarations de la part des victimes et des détenteurs de chiens mordeurs pourrait se faire via l’I-Cad. Pour le moment, ce sont seulement les vétérinaires qui peuvent enregistrer les morsures sur I-Cad. Ce fichier pourra être consulté par les vétérinaires qui connaîtront ainsi les antécédents des chiens qu’ils examinent en consultation. Il permettra ainsi de connaître le chiffre des morsures déclarées annuellement.

 

– Quatrième mesure : améliorer la prise en charge des animaux mordeurs

Les animaux qui ont mordu l’ont fait dans des circonstances particulières. Ils doivent être évalués par un vétérinaire afin premièrement de s’assurer d’une éventuelle dangerosité à court, moyen et long terme, mais aussi surtout pour contrôler l’absence de virus rabique chez le chien au moment de la morsure. Seul un nombre insuffisant de propriétaires, mais aussi de professionnels de santé, connaît les démarches obligatoires qu’un chien mordeur doit suivre d’un point de vue médical. Les vétérinaires s’en étonnent régulièrement !

Rappelons donc qu’un chien mordeur doit être mis sous surveillance pendant les 15 jours qui suivent la morsure ; cela dans le but de s’assurer qu’au moment de la morsure, il n’était pas excréteur du virus de la rage, zoonose mortelle, et donc que la personne mordue n’a pas pu être contaminée, elle aussi, par ce virus. Les victimes mordues sont prises en charge par les médecins et/ou chirurgiens, et si besoin dirigées vers un centre antirabique dont la liste est disponible via ce lien : https://www.pasteur.fr/fr/file/65702/download.

N’oublions pas qu’en France, selon l’Institut Pasteur, en 2023, plus de 3 000 personnes ont reçu un traitement préventif, ou prophylaxie post-exposition (PPE), après une exposition à risque et 70 % de ces personnes venaient d’un pays étranger, cf. Tableau 1.morsures 2 2

Tableau 1 : Répartition des expositions potentielles au virus rabique lors de morsure canine, selon les pays où la morsure a eu lieu et pourcentage de personnes traitées préventivement contre la rage en France en 2023. Source : https://www.pasteur.fr/fr/file/61624/download

Mise en pratique :

 

=> améliorer l’information des médecins, chirurgiens, pharmaciens sur l’existence d’une surveillance obligatoire par un vétérinaire sanitaire de l’animal mordeur pendant 15 jours, et ce dans l’objectif de protéger la victime de morsure d’une éventuelle contamination par le virus de la rage (arrêté du 21 avril 1997, animaux visés à l’article 232-1 du Code rural). Pour plus d’informations,  ce lien : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F24028

=> renforcer le suivi des chiens mordeurs qui n’est pas enregistré dans les systèmes d’information du ministère de tutelle (SIGAL ou RESYTAL). La Direction générale de l’alimentation (DGAL) ne demande pas, à notre connaissance, de statistiques de suivi.

=> il faut rendre plus accessible la liste des vétérinaires qui acceptent de faire cette évaluation des chiens mordeurs. Historiquement, les DDPP, Directions départementales de la protection des populations, avaient la liste départementale des vétérinaires évaluateurs. Et heureusement, maintenant cette liste, devenue nationale, figure sur le site de l’Ordre des vétérinaires(7). Facile à trouver, quand on sait où chercher !!

=> mettre le compte rendu des vétérinaires évaluateurs accessible à tout vétérinaire via le fichier I-Cad.

morsures 2 3

Photo 2 : Staffordshire Bull Terrier ou bull terrier du StaffordshireCette race est non concernée par la loi de 1999, mais confondue avec les Pitbulls beaucoup plus grands et plus lourds. Crédit photo : Droits réservés.

 

– Cinquième mesure : abroger la loi n° 99-5 du 6 janvier 1999 sur les chiens dits dangereux et les lois qui y sont associées.

En France, les chiens susceptibles d’être dangereux sont classés en deux catégories distinctes par l’article L. 211-12 du CRPM, en fonction de leurs caractéristiques morphologiques raciales. La catégorie 1 réunit les chiens dits d’attaque (American Staffordshire Terrier non inscrit au LOF****, mastiff, tosa), la catégorie 2 réunit les chiens nommés de garde et de défense (American Staffordshire Terrier inscrit au LOF, rottweiler, tosa) … Le Patou qui garde les moutons en montagne n’est pas en catégorie 2, ni les malinois de l’Armée française !

La suppression de cette loi est proposée pour plusieurs raisons :

– Cette loi contient une erreur ! L’arrêté d’application du 27 avril 1999 établit la liste des types de chiens susceptibles d’être dangereux. Or, cette liste comporte un nom de race de chien qui n’existe pas : le Staffordshire terrier(8). Depuis longtemps, de nombreux propriétaires se sont vus régulièrement interpellés à tort car ils possédaient un Staffordshire Bull Terrier ou « bull terrier du Staffordshire » qui n’est pas la race inscrite dans cette loi… cf. photo 2.

– La stérilisation des chiens de première catégorie, qui visait à terme leur disparition, a été inefficace, car notamment des chiots issus de croisements d’autres races peuvent être catégorisés en liste I. Par ailleurs, la population de chiens American Staffordshire Terrier, en liste II, a triplé entre 1999 et 2005, donc davantage de chiens dits « dangereux » !

– Cette loi relie faussement des critères raciaux à une potentielle dangerosité. L’ANSES(9) explique l’inefficacité de cette loi : aucune étude scientifique ne prédit l’agressivité d’un chien en fonction de sa race ou de son type racial. D’ailleurs, il n’y a pas de plus forte prévalence de morsures par des chiens de catégorie 1 et 2, comme définis dans cette loi. Au total, 94 % des chiens mordeurs sont hors catégorie.

Le rapport de l’ANSES d’octobre 2020(10) cite notamment une étude faite en France : « Dans huit services d’urgence d’hôpitaux français, Sarcey et al. (2017) ont analysé 485 accidents de morsure de personnes. Dans cette étude, 6 % (22/357) des chiens responsables des morsures étaient des chiens de catégories 1 et 2 au sens de la réglementation française. Les taux de morsures sévères dues aux chiens de catégories (41 %) n’étaient pas différents de ceux constatés pour les chiens non catégorisés (46 %). D’après Ricard et al. (2010), qui ont analysé les mêmes 485 cas de morsures, les races les plus représentées étaient le berger allemand (10 % des morsures), le Labrador (9 %) et le Jack Russell Terrier (6 %). Cette étude ne permet cependant pas de conclure sur la tendance à mordre de certaines races puisque la répartition des chiens par race n’est pas connue dans la population générale canine. »

– Cette loi pèse sur la pratique des vétérinaires qui sont confrontés régulièrement à des questions de propriétaires de chiots : « mon chiot sera-t-il identifié et évalué comme devant être en liste I ou II, et donc soumis à un permis de détention, très contraignant ? ». Il est difficile de déterminer si un chien est apparenté à un pitbull avant l’âge de 8 mois. Les critères d’évaluation morphologique ne concernent que les animaux adultes(11).

– Une partie des États-Unis, les Pays-Bas ou l’Italie, qui avaient adopté des catégorisations similaires, les ont abandonnées après avoir constaté leur inefficacité dans la réduction du risque de morsure.

– Les propriétaires de ces chiens catégorisés sont donc abusivement discriminés, leur chien doit être muselé lors des sorties, voire stérilisé. Ils doivent payer une assurance particulière et présenter un bulletin n° 2 du casier judiciaire vierge, ce qui n’est pas demandé aux autres propriétaires de chiens potentiellement tout aussi dangereux.

– Cette loi n’a pas fait reculer le nombre de morsures de chiens en France puisque la très grande majorité des chiens mordeurs n’entrent pas dans ces deux catégories de la loi de janvier 1999.

–  Cette loi est détournée, soit par l’importation illégale de chiens comme le montrent certains faits divers récents(12), soit par la détention de chiens issus de croisements et ne rentrant pas dans les critères morphologiques complets énoncés par la loi et donc lui échappant totalement…

– L’abrogation de cette loi libérerait du « temps de policiers » qui n’auraient plus besoin de faire des contrôles complexes et totalement inutiles.

– L’abrogation de cette loi libérerait du « temps de maire » pour les mêmes raisons, nos édiles ont d’autres chats à fouetter !

– Ces chiens dits catégorisés semblent particulièrement visés par des actes de cruauté et d’abandon. En effet, certains de ces chiens, parce que présumés dangereux, sont utilisés comme des accessoires de mode ou des objets facilement « jetables »…

– L’article L211-11 du CRPM impose déjà aux maires, ou aux préfets, des obligations concernant la prévention du risque de morsure canine : « Si un animal est susceptible, compte tenu des modalités de sa garde, de présenter un danger pour les personnes ou les animaux domestiques, le maire ou, à défaut, le préfet peut prescrire à son propriétaire ou à son détenteur de prendre des mesures de nature à prévenir le danger ». Il est donc déjà question de prévention des dégâts pouvant être infligés par des chiens. Pourquoi des lois en plus ?

Mise en pratique :

=> abroger la loi du 06 janvier 1999 pour preuve d’incompétence et vice de forme. Faire de même pour les lois associées (loi n° 2008-582 du 20 juin 2008).

=> mettre en parallèle un contrôle plus strict des chiens « illégaux », c’est-à-dire sans papiers et introduits illégalement en France, lutter plus sévèrement contre le trafic animal et mettre en place un suivi plus strict des chiens mordeurs. Les animaux issus de ces trafics ne sont pas élevés dans des conditions favorables à leur équilibre psychique, donc potentiellement plus à risque de troubles du comportement.

=> proposer l’élaboration d’un code urbain de bonne conduite du chien en ville, identique pour toutes les villes de France et informer les citadins de l’existence de ce code. Le Code rural semble ancien pour certains articles et n’est plus adapté à la vie actuelle des animaux dans la ville. Certaines mairies ont déjà établi des principes de bonne conduite  pour les chiens citadins.

La loi du 06 janvier 1999, votée sous le coup de l’émotion, et qui contient une erreur dans la dénomination des races qu’elle vise, a montré son incompétence pour protéger les Français. Les morsures n’ont pas diminué en France parce que 94 % des chiens qui mordent n’appartiennent pas aux catégories visées par cette loi.

Cette loi n’est presque plus contrôlée, le port de la muselière est difficilement suivi par les propriétaires, surtout en période de grosses chaleurs où les chiens ont besoin d’haleter la gueule ouverte pour rafraîchir leurs corps !

A quoi sert de la conserver ? Cela mobilise des énergies qui seraient mieux employées par ailleurs et condamne à mort certains de ces chiens qui ne peuvent être secourus du fait de leur race…

La gestion des morsures implique a minima l’identification des animaux, leur éducation, la responsabilisation des propriétaires, l’information du grand public ainsi que la déclaration systématique des morsures de chiens. La prise en charge des animaux mordeurs est indispensable, médicalement et légalement.

Acquérir un animal doit se préparer, ce n’est pas un jouet !

 

Abréviations :

* I-Cad : Société dont la mission est de gérer le Fichier national d’identification des carnivores Domestiques en France. Créée en 2012 et cogérée par la Société centrale canine) et le Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral).

** PECCRAM : Programme d’éducation à la connaissance du chien et au risque d’accident par morsure

*** CRPM : Code rural et de la pêche maritime

**** LOF : livre des origines français

 

Sources :

1. https://www.crsi-france.fr/morsures-et-sante-prevenir-plutot-que-guerir/

2. https://www.crsi-france.fr/morsures-et-sante-prevenir-plutot-que-guerir/

3. https://www.depecheveterinaire.com/entre-281000et-398000-chiens-et-chats-abandonnes-en-france-en-2025-selon-l-ocad_67A0598A4374B172.html?utm_campaign=317365465-Newsletters&utm_medium=email&_hsenc=p2ANqtz-90uaQLVZmN25FjssxHmmN0NgdyTJliM8jMj2OaFiM0kRAyrCPS3ZrA_TvFHVR9ZA7sIt_uiIw18tZUmfDuMxp736fLPw&_hsmi=143081584&utm_content=143081584&utm_source=hs_email

4. https://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-43424QE.htm

5. https://www.i-cad.fr/

6. https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b3916_proposition-loi.pdf

7. https://extranet.veterinaire.fr/annuaires/veterinaires

8. https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/11/questions/QANR5L11QE47948

9. https://www.anses.fr/fr/content/chez-les-chiens-la-race-ne-suffit-pas-pour-predire-et-prevenir-le-risque-de-morsure

10. https://www.anses.fr/system/files/SABA2015SA0158Ra.pdf

11. https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000210847/

12. https://www.franceinfo.fr/faits-divers/femme-enceinte-tuee-par-des-chiens/mort-d-elisa-pilarski-quatre-ans-de-prison-avec-sursis-requis-a-l-encontre-de-christophe-ellul-ainsi-que-l-euthanasie-de-son-chien-curtis_7847372.html

ESTEVES Caroline (2010), les chiens dangereux : un problème toujours présent, des solutions qui se dessinent, thèse Med. Vet, Université Claude-Bernard Lyon 1

https://www.lepointveterinaire.fr/publications/le-point-veterinaire/article/n-454/analyse-sur-le-rapport-de-l-anses-relatif-au-risque-de-morsure-de-chien.html

https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04826219v1

https://academie-veterinaire.fr/fileadmin/user_upload/DossiersThematiques/BienEtreAnimal/Guide_diffuse_par_les_DDPP_La_reglementation_en_matiere_de_chiens_dangereux.pdf