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Prix du carburant : en 2018, l’étincelle ; en 2026, le symptôme ; en 2027, le choix !

By Economie

Pour de nombreux ménages, la hausse du prix des carburants ne représente pas seulement quelques euros supplémentaires : elle renchérit une dépense indispensable au quotidien.

Par Antonin Coulier, responsable de la commission Économie

Pour de nombreux ménages, notamment les plus modestes et ceux vivant dans les zones rurales ou périurbaines, la hausse du prix des carburants ne représente pas seulement quelques euros supplémentaires à la pompe : elle renchérit une dépense indispensable au quotidien. En effet, aller travailler, accompagner les enfants à l’école ou accéder à certains services suppose souvent l’usage de la voiture.

Les chiffres sont éloquents. Avant le déclenchement de la crise iranienne et les perturbations dans le détroit d’Ormuz, fin février 2026, le gazole coûtait environ 1,72 euro le litre. Au 15 octobre, il atteint 2,36 euros, soit une hausse de 37 %. Sur la même période, le SP95-E10 est passé de 1,72 à 2,17 euros le litre, soit une augmentation de 26 %. Pour un automobiliste consommant 50 litres de gazole par mois, cela représente 32 euros de dépenses supplémentaires chaque mois, soit près de 400 euros par an.

Mais l’essentiel est peut-être ailleurs. Sur quelques mois, il s’agit d’un choc. Sur dix ans, c’est un changement de régime. En 2016, le litre de SP95 coûtait en moyenne environ 1,32 euro. Au 15 octobre 2026, il atteint environ 2,23 euros, soit une hausse de près de 70 % en dix ans. Cette tendance de fond interroge notre rapport à la mobilité, mais aussi les inégalités territoriales, économiques et sociales.

Quand le prix du carburant augmente, ce n’est pas seulement le coût d’un plein qui grimpe. C’est parfois l’accès à l’emploi, aux soins, aux commerces ou à l’école qui devient plus difficile. Pour des millions de Français vivant hors des grands centres urbains, la voiture n’est pas un choix, mais une nécessité. Pour certains professionnels, le carburant conditionne même directement l’exercice de leur activité. Voilà probablement pourquoi il ne constitue pas une dépense comme les autres. Le Parisien l’illustrait le 23 septembre 2026 à travers le témoignage d’un marin-pêcheur breton : « Si je perds mon bateau, je perds ma vie. » Un titre vaut parfois plus qu’un long discours.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que cette hausse affecte d’abord les ménages les plus modestes. Une même augmentation ne provoque pas les mêmes conséquences selon le niveau de revenu et, surtout, selon les marges de manœuvre dont dispose chaque ménage. Prenons deux situations fictives très simples pour illustrer le phénomène.

Ménage A

•Revenu mensuel : 2 000 euros

•Épargne mensuelle : 50 euros

Ménage B

•Revenu mensuel : 4 000 euros

•Épargne mensuelle : 700 euros

Même hausse du coût du carburant : 32 euros par mois.

Pour le ménage A, cette hausse représente l’équivalent de 64 % de son épargne mensuelle. Pour le ménage B, elle n’en représente que 4,5 %.

Les deux ménages subissent exactement la même augmentation. Pourtant, ils ne vivent pas le même choc économique. Pour le second, l’effort se traduit principalement par une réduction de l’épargne. Pour le premier, il implique souvent de renoncer à une autre dépense : une activité de loisirs, l’achat d’un équipement ou quelques jours de vacances.

En 2018, le carburant fut l’étincelle. En 2026, malgré des prix plus élevés, il semble davantage être le symptôme. Comment l’expliquer ? Peut-être parce qu’après une succession de crises, le prix affiché à la pompe apparaît moins comme un problème isolé que comme la manifestation de fragilités beaucoup plus profondes. Une crise n’est alors plus seulement un accident à surmonter : elle devient le moment où l’on comprend que le système lui-même doit évoluer.

Peut-être les Français en ont-ils désormais l’intuition. Cela expliquerait, au moins en partie, pourquoi un prix du carburant particulièrement élevé ne provoque pas pour le moment une mobilisation comparable à celle de 2018.

Car si le carburant est le symptôme, encore faut-il regarder ce qu’il révèle.

Lorsqu’une dépense essentielle augmente, une partie des ménages ne dispose pas des marges de manœuvre nécessaires pour absorber le choc. La question n’est donc pas seulement celle du prix du litre à la pompe. Elle est aussi celle du revenu disponible. La hausse du carburant pose finalement une question que les politiques de pouvoir d’achat contournent souvent : faut-il continuer à compenser l’augmentation des dépenses ou créer les conditions permettant aux revenus du travail de progresser durablement ?

Face à cette situation, deux temporalités doivent être distinguées. À court terme, il faut parfois amortir le choc afin de protéger les ménages les plus exposés. Les chèques, les aides ciblées ou les baisses temporaires de taxes peuvent alors être nécessaires. Mais ces réponses conjoncturelles, aussi utiles soient-elles dans l’urgence, ne suffisent pas à réduire durablement notre vulnérabilité.

À plus long terme, la question est différente : comment augmenter durablement le revenu disponible des ménages ? Cela suppose d’agir en amont, sur le travail, la productivité, l’investissement, la création d’entreprises et, plus généralement, sur notre capacité collective à produire davantage de richesse.

Depuis plusieurs décennies, le système français de prélèvements et de transferts joue un rôle majeur dans la réduction des inégalités et le soutien au niveau de vie des ménages les plus modestes. Cette solidarité est indispensable. Mais la redistribution ne peut, à elle seule, garantir une progression durable du niveau de vie si la richesse produite progresse insuffisamment.

C’est là que la question de la productivité redevient centrale. Des gains durables de productivité peuvent accroître les marges permettant d’augmenter les salaires réels, d’investir et de financer notre modèle social. Mais produire davantage de richesse ne suffit pas : encore faut-il qu’une partie de cette richesse permette aux travailleurs de voir réellement leur niveau de vie progresser.

Mais la capacité d’un pays à affronter les crises ne se mesure pas seulement à ses performances économiques. Une économie repose aussi sur la capacité d’une société à travailler, entreprendre, investir, innover et se projeter dans l’avenir. Au fond, ce qui devrait peut-être nous inquiéter le plus n’est pas l’existence des crises. Toutes les sociétés en traversent. La véritable question est de savoir si nous conservons la capacité, mais aussi la lucidité et la volonté collective, de les affronter.

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, le débat sur le pouvoir d’achat gagnerait donc à changer de perspective. La question n’est plus seulement de savoir comment protéger les Français contre la hausse des prix ou comment mieux redistribuer la richesse existante. Elle est aussi de savoir comment permettre à notre économie d’en produire davantage et faire en sorte que cette richesse améliore réellement le niveau de vie.

Car derrière le prix affiché à la pompe se cache finalement une question beaucoup plus fondamentale : comment permettre aux Français de mieux vivre de leur travail ?

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L’évolution de l’énergie électrique en Europe, horizon 2035

By Nos événements, Numérique, Economie

Il est devenu difficile aujourd’hui de parler d’énergie sans que l’impact carbone ne soit rapidement évoqué

Par un membre de la commission numérique

Avertissements

Premièrement, il est devenu difficile aujourd’hui de parler d’énergie sans que l’impact carbone ne soit rapidement évoqué, au risque d’oblitérer les autres questions. L’objet de cet article n’est pas la décarbonation. Il n’y a pas ici de jugement de valeur et de hiérarchie des sources d’électricité. L’objet est l’évolution de la consommation et la capacité de l’Europe des 27 à répondre à cette évolution. La stratégie européenne de décarbonation est donc évoquée, mais uniquement en ce qu’elle implique sur la consommation et la production. L’intelligence artificielle Mistral a été fortement sollicitée dans la production de ce travail et nous avons pu constater que, quelle que soit la question posée, les aspects carbone et effet de serre étaient sans cesse mis en avant dans les réponses. Illustration de la pénétration des esprits, qui justifie ce premier avertissement.

Le deuxième avertissement porte sur les unités et les nombres. Impossible de parler de consommation, de production et de réseaux électriques sans convoquer nombres, notions et opérations simples. Les valeurs avancées sont souvent justifiées en bas de page, qu’on est libre de ne pas lire…

Troisièmement : on travaille ici en ordres de grandeur, pour voir se dessiner de grandes lignes de force. Que l’efficacité des chaudières à gaz soit de 70 ou 80% n’a en réalité que peu d’importance. Leur remplacement par des pompes à chaleur aura un effet significatif sur la demande d’énergie électrique… De même, l’efficacité de la génération solaire pourra être estimée par les plus critiques à 20% et par les plus enthousiastes à 25%. Cela ne change rien aux lignes de force et aux enjeux qui se dessinent pour 2035.

Résumé

Sous les effets conjugués de la politique européenne de décarbonation (remplacement des chaudières à fioul ou à gaz par des pompes à chaleur, etc.), de l’apparition ou du développement de nouveaux usages (IA, automobile électrique) et des tensions sur l’approvisionnement en hydrocarbures (Ormuz, gaz russe, etc.), la consommation européenne d’électricité est appelée à doubler à l’horizon 2050.

Cela suppose évidemment que le système européen de génération (les centrales thermiques, nucléaires, les barrages, les éoliennes…) et de distribution (le réseau, dont les pylônes et les câbles haute-tension sont les manifestations familières) se développe et s’adapte.

Or, force est de constater que les capacités européennes de génération sont déjà sous stress. Les épisodes climatiques extrêmes (2022, 2026) ont des conséquences sur la production des barrages et des centrales nucléaires. Les stocks de gaz sont au plus bas, etc… Quant au réseau, il vieillit, alors que la montée en puissance des renouvelables, du fait de leur variabilité (un jour sans vent, un jour avec), lui demande toujours plus de souplesse et de robustesse.

Quelle est alors la réponse de l’Europe pour les années et décennies prochaines ? Toujours plus de renouvelables : solaire au premier chef (la surface de panneaux solaires va doubler en 10 ans), puis éolien, et batteries. À l’exception de la France qui a finalement intégré la nécessité de remettre 6 réacteurs nucléaires en chantier (prévus pour les années 2040), les pays européens font reposer leur électrification exclusivement sur l’éolien et le solaire (chinois).

Les batteries (chinoises) suffiront-elles à réguler le système soumis à des écarts violents (entre une mi-journée agréablement ventée et une soirée de calme plat), et à passer les épisodes anticycloniques hivernaux, lorsque les jours sont courts et le vent absent ? On peut en douter, quand les investissements dans le réseau sont cruellement insuffisants.

Et s’interroger sur les conséquences, dans le scénario probable où l’électricité elle-même viendrait à manquer…

I – Croissance soutenue de la consommation électrique européenne

Trois forces convergentes

La consommation électrique européenne doit croître de façon très significative au cours des prochaines décennies, sous l’effet conjugué de la transition énergétique, du développement de nouveaux usages, et enfin de la raréfaction des sources d’énergie fossile, gaz naturel et pétrole.

La transition énergétique relève du politique, qui fixe des objectifs, façonne les esprits, encourage certains usages pour en décourager d’autres et cherche à tout crin à diminuer notre dépendance aux hydrocarbures. Ces derniers sont, indépendamment de toute politique environnementale européenne, entrés dans une phase de raréfaction ou pour le moins de tension, avec des risques de rupture des approvisionnements, et des prix fortement volatiles. Ces pressions sont principalement exogènes. Les usages, enfin, sont le fait d’une rencontre entre le consommateur et une technologie : véhicules électriques, robots, intelligence artificielle.

Soutenue par ces trois forces[1], la consommation électrique européenne va croître de 50 à 90 % dans les 25 prochaines années.

Ainsi, si l’on somme les prévisions nationales disponibles, la demande électrique de l’Europe des 27 se situerait approximativement entre 4 000 et 5 000 TWh par an en 2050, contre environ 2 700 TWh par an aujourd’hui.

En France, la mise en œuvre de la Stratégie Nationale Bas Carbone troisième version (SNBC3), entraînerait une hausse de notre consommation électrique de 90 %, un quasi-doublement : remplacement des chaudières à gaz par des pompes à chaleur, remplacement des véhicules thermiques par des véhicules électriques et le train, production de combustibles renouvelables[2]… La consommation bondit de 435 TWh en 2025 à 818 TWh en 2050.

[1] Exemple d’effet conjugué, le remplacement de la voiture thermique par son homologue électrique : à la pompe, le diesel coûtait plus de deux euros le litre à l’été 2026. Pour nombre de nos compatriotes, le plafond de carte bancaire est inférieur au montant d’un plein et il n’est pas rare de voir des gens se servir deux fois à la même pompe, avec deux cartes bancaires différentes. De quoi réfléchir à remplacer sa voiture thermique vieillissante par une voiture électrique, comme nous y incite par ailleurs le politique.

[2] Les combustibles renouvelables et l’hydrogène sont eux-mêmes, dans leur production, consommateurs d’électricité.

Quelques usages

Pour mieux appréhender l’ampleur de cette évolution, voyons ce que peuvent être les effets de la conversion du parc automobile, du développement des pompes à chaleur, et de l’essor de l’IA.

La mutation complète du parc automobile européen du thermique vers l’électrique entraînerait une consommation électrique annuelle supplémentaire de 500 à 550 TWh. Soit 20 % de la consommation de 2025[1]. Admettons de façon plus réaliste que la mutation ne concerne que 50 % des véhicules, la consommation associée serait de 250 TWh/an.

[1] Les automobilistes européens parcourent chaque année un total 3.000 milliards de km. Un véhicule électrique dépense en moyenne 0,18 kWH/km. 3.000 x 0,18 = 540.

Concernant les camions, dont la mutation ne sera que partielle, on peut s’attendre à une demande nouvelle de l’ordre de 100 TWh/an[1].

Le chauffage des particuliers constitue également un gisement de substitution important. Les chaudières classiques consomment 800 TWh par an : 200 TWh par an fournis par les produits pétroliers (fioul, butane et propane), 550 TWh par le gaz naturel et 50 TWh par le charbon[2]. Considérant les rendements relatifs des chaudières thermiques et des pompes à chaleur, ces 800 TWh ont un équivalent de 250 à 300 TWh par an en demande électrique[3].

L’IA, enfin, est connue pour être gourmande en puissance électrique et en énergie. Commençons par établir une équivalence simple : pour un centre de données (datacenter) IA de 1 000 MW (1 GW) de puissance de calcul, la consommation annuelle est d’approximativement 10 TWh. Avec une PUE[4] de 1,5, la moyenne de l’industrie, le centre de données demande en réalité 1 500 MW au réseau, et en estimant une charge de 75 %, ce sont bien 10 TWh[5]consommés chaque année… Pour l’Europe des 27, les 90 plus gros projets qualifiés de sérieux totalisent 21 GW de puissance de calcul, qui pourraient donc se traduire par une demande de 200 TWh/an[6].

Récapitulons. Sous des hypothèses réalistes de mutation de 50 % de la flotte de véhicules individuels (250 TWh/an) et de 25 % de la flotte de camions (100 TWh/an), de remplacement des chauffages thermiques par des pompes à chaleur à hauteur de 50 % (150 TWh/an) et en supposant encore que

[1] 170 milliards de km pour 100% de la flotte, à 1,2 kWH/km. 170 milliards x 50% x 1,2 = 100 TWH/an.

[2] Le charbon de chauffage persiste en Pologne, où les ménages tirent encore 18,4 % de leur énergie des combustibles fossiles solides, ainsi que, à un degré moindre, en Tchéquie et en Hongrie. Pour la production électrique, il persiste également en Allemagne qui ne prévoit pas de sortie définitive avant 2038.

[3] Le rendement des chaudières thermiques est compris entre 0.6 et à 0.9. Retenons ici 0,8. 800 TWH consommés pour 800 x 0,8 = 640 TWH de chaleur. Avec une hypothèse d’un SCOP de 3 pour les pompes à chaleur, 640/3 = 210 TWH d’électricité.

[4] La PUE (Power Usage Effectiveness) est l’indicateur standard de l’efficacité énergétique d’un datacenter. C’est le rapport entre l’énergie totale consommée par le site et l’énergie effectivement utilisée par l’informatique (serveurs, stockage, réseau).

PUE = énergie totale du site / énergie calcul

Un PUE de 1,0 est la limite théorique parfaite : tout le courant alimente l’informatique, rien n’est perdu en refroidissement, pertes électriques ou infrastructure. Un PUE de 1,5 signifie que pour 1 kWh utile consommé par les serveurs, le site consomme 1,5 kWh au total, soit 0,5 kWh dépensés ailleurs.

[5] 1,5 GW x 75% x 365 x 24 = 9.855 GWH, soit près de 10 TWH

[6] Pour la France seule, les demandes de raccordement, en septembre 2026, se montaient à 18GW. On voit tout de suite que cette demande ne sera pas satisfaite. Elle entraînerait vers 2035 une consommation de 180 TWH/an soit 40% de la consommation actuelle (435 TWH).

l’Europe s’équipe de 20 GW de puissance de calcul[1] (200 TWh/an), la demande d’énergie électrique en Europe augmente de 700 TWh/an. Soit 25 % de la consommation actuelle.

[1] Mise en perspective : selon Goldman Sachs, la puissance de calcul installée aux Etats-Unis en 2027 atteindra 95 GW

II – L’Europe est-elle prête à répondre à cette demande ?

Une marge de sécurité apparente avec les capacités de production en service

La somme des puissances des générateurs se monte à 1 100 GW. Compte tenu des coefficients d’efficacité des différentes filières, ces 1 100 GW devraient pouvoir générer 4 000 TWh/an, alors que la consommation actuelle n’est que de 2 700 TWh/an, donc l’Europe semblerait disposer d’une confortable marge de manœuvre.

Il nous faut pourtant prêter attention à quelques contraintes physiques :

Notons tout d’abord que pour consommer 2 700 TWh/an, il faut en produire 2 900 car 200 TWh/an sont perdus dans le réseau, c’est la part des anges.

Mais surtout, la demande n’est pas constante au cours de la journée et au cours de l’année. Les Européens consomment moins de 7 TWh le 15 août et près de 10 TWh le 15 décembre, soit 30 % d’écart entre le plus haut et le plus bas. Le réseau doit pouvoir répondre, en puissance, à la demande du 15 décembre. Mais le 15 décembre, la capacité disponible n’est pas de 1 100 GW ! Surtout après 17 h 00, lorsque le solaire, bien faible dans la journée, est au chômage technique : 350 GW en moins. Pour peu qu’un anticyclone couvre l’Europe, les éoliennes sont à l’arrêt également et ce sont encore 250 GW à retrancher. Soit 600 GW au total, et notre capacité résiduelle n’est plus que de 500 GW. À peine suffisant pour couvrir la demande, à l’heure où l’éclairage est allumé partout, où bureaux et logements sont chauffés, où les réseaux de transport sont saturés.

On voit donc que non seulement la marge de sécurité est toute théorique, du fait de la variabilité de la demande, mais qu’en outre, en fin de journée en hiver, le système est déjà proche de sa pleine capacité, et fonctionne grâce aux pilotables : hydraulique, gaz et nucléaire.

Les pilotables en tension

Or, ces 3 sources pilotables sont fragiles.

Malgré les sanctions en vigueur depuis 2022, l’Europe a continué de se fournir en gaz naturel en Russie, à hauteur de 17 % de ses besoins, jusqu’au premier semestre 2026. Mais la source a été entièrement coupée en juillet 2026. Ceci alors que le détroit d’Ormuz fermait, perturbant les approvisionnements qataris, lesquels comptaient pour 10 % et que la concurrence asiatique soutenait les prix toujours plus élevés. La situation en septembre 2026 est inquiétante : l’Europe est devenue dépendante des États-Unis pour son approvisionnement[1] et les stocks sont au plus bas. La Norvège ne viendra pas à la rescousse. Principal fournisseur de l’Europe, elle a passé son pic de production. Au mieux, elle maintient ses volumes dans les prochaines années, mais à moyen terme, c’est un déclin assuré.

[1] L’Europe est devenue le plus gros acheteur de gaz américain, et le commissaire européen à l’énergie, Dan Jorgensen, déclarait en janvier 2026 que l’Europe avait remplacé une dépendance par une autre.

L’évolution récente des stocks européens de gaz naturel est la meilleure illustration de la fragilité de cette ressource.

Pourcentage de remplissage des stocks de gaz naturel:

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Qu’en est-il de l’hydraulique ? La sécheresse de l’été 2026 aura marqué les esprits et renvoyé les anciens aux souvenirs de l’été 1976. Pourtant, nul besoin de remonter 50 ans en arrière pour retrouver une sécheresse record. 2022 vit un été sec succéder à un hiver déficitaire en précipitations. Le déficit de production hydraulique fut de 120 TWh, contre seulement 60 TWh en 2026. La production hydraulique est devenue erratique et volatile. En 2022, c’est principalement le charbon qui combla ce déficit. En 2026, le gaz naturel, dont nous venons de voir qu’il était de plus en plus rare et cher.

Production hydraulique en TWh :

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Malheureusement, le nucléaire perd également de son efficacité dans les périodes de canicule et de sécheresse. Dans une centrale, un tiers de la chaleur est converti en électricité, deux tiers sont perdus dans des tours de refroidissement qui, pour fonctionner correctement, ont besoin d’un certain débit d’eau (diminuant avec la sécheresse) et d’une température entrante sous un seuil maximal (potentiellement dépassé durant les canicules). En juillet 2026, les conditions climatiques ont entraîné l’arrêt de trois réacteurs français. En août, 13 des 57 réacteurs étaient affectés, à divers degrés, avec un déficit de production total de 20%. Le phénomène n’a pas touché que la France : la Roumanie a pris des mesures spectaculaires et a coulé des barges sur le Danube afin de créer des barrages de fortune et de diriger le maigre flux résiduel du Danube vers les tours de refroidissement de la centrale de Cernavoda, qui assure 20% de la production roumaine. Malgré cette manœuvre désespérée, celle-ci a été mise à l’arrêt le 13 août.

En outre, le parc est vieillissant. Les centrales du plan Messmer, mises en service entre 1979 et 1982, ont 45 ans. Nombre d’entre elles sont déjà programmées pour être prolongées au-delà des 50 ans de fonctionnement. Mais faudra-t-il envisager de les prolonger jusqu’à 60 ans ? Où est la limite ? La moyenne d’âge des centrales du parc français est aujourd’hui de 40 ans.

L’examen de nos capacités de production fait donc apparaître une certaine fragilité du système, une absence de marge de sécurité et un besoin évident de développement de nouvelles capacités de production… ou d’énergies alternatives.

Les nouvelles capacités de production

La réponse de l’Europe est sans équivoque et sans appel : le futur électrique des 27 passe par les renouvelables.

D’abord le solaire. La capacité doit plus que doubler à l’horizon 2035, pour atteindre 860 GW. La production annuelle associée serait de 1 800 TWh[1]. En 2025, les 27 ont installé 65 GW de solaire, ce qui suggère que 400 à 500 GW supplémentaires en dix ans sont du domaine du possible. Une surface équivalente à celle de la Corse sera alors allouée aux panneaux solaires.

L’éolien constitue le deuxième relais de croissance : la capacité doit passer de 250 à 430 GW, pour une production de 1 300 à 1 400 TWh en 2035.

[1] 24% de coefficient d’efficacité : 860 x 24% x 24 x 365 = 1.808.000 GWH = 1.808 TWH.

Evolution des capacités européennes en GW :

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Enfin, les capacités de stockage doivent permettre à ce nouvel ensemble reposant sur les renouvelables de fonctionner, et l’Europe a recours aux batteries dont les capacités installées doivent croître rapidement : 27 GWh installés en 2025, 50 GWh en 2026, et 140 GWh en 2030, pour atteindre 470 GWh en 2035.

III – Le réseau à bout de souffle

Espagne 2025 – Europe 2035

L’électricité produite doit encore être acheminée vers les consommateurs. Cette distribution est assurée par les réseaux nationaux et les interconnexions entre lesdits réseaux.

Un événement spectaculaire a marqué les esprits en 2025 : la chute du réseau dans une partie de la péninsule Ibérique, le 28 avril, a affecté 45 millions de personnes. Métros évacués, vols détournés, hôpitaux fonctionnant sur leurs générateurs de secours, le chaos aura duré une journée et les dégâts finalement limités, mais l’épisode nous alerte sur la fragilité du système. La hiérarchie des causes varie avec la sensibilité des experts consultés : surpondération du solaire pour les uns[1], manque d’interconnexion pour les autres[2], manque de batteries, défaut de pilotage des tensions entre les multiples opérateurs, les raisons sont multiples. Reste une impression : avec la prépondérance des renouvelables, irrégulières par nature et fonctionnant même en excès une bonne partie du temps, le système demande de plus en plus de régulation, de coordination, d’interconnexion, de stockage. Il se complexifie ! En Espagne, la vitesse d’intégration du solaire a dépassé la vitesse d’adaptation des outils de stabilité du réseau.

Or l’Espagne du 28 avril 2025 est le prototype du système européen de 2035 — la leçon vaut pour l’Europe entière.Et pourtant, notre réseau est déjà à bout.

[1] A 12h30, quand le réseau tombe, l’offre solaire est de 32 GW pour 25 GW demandés.

[2] Du point de vue électrique, l’ensemble Espagne-Portugal est une île, peu connectée au réseau européen, et la connexion avec la France n’a pas suffi à pallier les défauts du réseau ibérique.

Des goulots d’étranglement structurels

Le réseau européen n’est pas seulement âgé (plus de 40 % a plus de 40 ans et doit être renouvelé), il est aussi mal interconnecté. En 2025, 72 TWh[1] ont été nécessaires au règlement des congestions et équilibrage du système. Les investissements requis sont massifs, en transmission, interconnexion, stockage, mais dans chaque domaine de 30 à 50 % inférieurs à ce que la Commission européenne estime nécessaire.

Les files d’attente de raccordement au réseau sont devenues le principal goulot d’étranglement du déploiement solaire. On recense 1 700 GW de projets renouvelables bloqués dans les files d’attente de raccordement dans 16 pays européens, soit trois fois la capacité nécessaire pour atteindre les objectifs de 2030. Les gestionnaires de réseaux de distribution font face en moyenne à plus de 11 000 demandes de raccordement par an.

Le délestage s’accélère. Entre 2023 et 2024, le délestage solaire en Allemagne a doublé. En 2026, environ 40 TWh d’électricité solaire européenne devraient être perdus, en hausse de 25 % par rapport à 2025. C’est une énergie propre qui est produite mais ne peut pas atteindre les consommateurs parce que les câbles n’existent pas.

[1] Soit la consommation de l’Autriche.

Les capacités de stockage sont insuffisantes et si l’Europe table sur 200 GWh de stockage en 2030, les plus optimistes des experts parlent de 170 GWh. Il s’agit de multiplier nos capacités par 5 en 5 ans.

Des défis de gestion immenses

Les signaux de marché se dégradent avec la multiplication des prix négatifs de l’électricité. Les marchés spot de l’UE-27 ont enregistré 1 223 heures de prix négatifs au premier trimestre 2026, plus du double du premier trimestre 2025. La Suède, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Espagne et la France ont chacune dépassé 500 heures de prix négatifs. Ces prix signalent que le système ne peut pas absorber les excédents solaires de midi, qui inondent le réseau entre 11 h 00 et 15 h 00 : les prix s’effondrent, puis flambent au coucher du soleil quand le solaire disparaît et que les centrales à gaz doivent monter en puissance.

L’inertie et la stabilité du système déclinent. C’est l’exemple ibérique mentionné plus haut et sur lequel le Baker Institute conclut : « À mesure que la part des renouvelables à base d’onduleurs augmente et que la présence de la génération conventionnelle décline, le réseau devient plus vulnérable aux perturbations potentielles. »

Ce qui doit être fait

Le TYNDP[1] 2024 et le paquet réseaux de l’UE identifient les mesures requises. Plus de 100 000 km de nouvelles lignes de transport sont nécessaires (terrestres et en mer). La capacité d’interconnexion transfrontalière doit doubler d’ici 2030. Les technologies d’amélioration du réseau (mesure dynamique de la capacité des lignes, contrôle avancé des flux de puissance) pourraient débloquer 450 à 700 GW supplémentaires sans construire de nouvelles lignes. Des onduleurs intelligents fournissant l’inertie synthétique et le soutien de tension pourraient devenir obligatoires. Le stockage par batteries doit passer de 37 GW à au moins 60 GW (minimum Eurelectric) ou 200 GW (objectif UE) d’ici 2030.

Beaucoup de conditionnels. Mais pour le moment, le déficit annuel de 24 milliards d’euros d’investissement dans les réseaux de distribution reste à combler.

La question n’est pas de savoir si le solaire peut croître au rythme nécessaire. La capacité sera construite. La question est de savoir si le réseau capable d’absorber et de distribuer cette capacité sera construit à la même vitesse et avec la robustesse nécessaire. Les éléments dont nous disposons, qu’il s’agisse des taux de délestage, des files d’attente de raccordement, des prix négatifs ou du blackout ibérique, tendent à prouver que ce ne sera pas le cas, à moins que l’investissement, l’autorisation et les cadres réglementaires ne changent fondamentalement.

Le réseau n’est pas prêt, et l’écart entre le déploiement solaire et la maturité du réseau se creuse chaque année.

[1] Le TYNDP (Ten-Year Network Development Plan, ou Plan décennal de développement du réseau) est le schéma directeur européen de planification à long terme des infrastructures énergétiques de transport (électricité, gaz et hydrogène).

IV – Autres causes d’inquiétude

Le pari est donc loin d’être gagné, surtout si l’on pousse un peu l’examen des dépendances et interdépendances.

Dépendance à la Chine

Avec le solaire et les batteries, l’Europe s’en remet entièrement à la Chine. Concernant les panneaux solaires, la Chine contrôle plus de 80 % de la fabrication mondiale de modules et plus de 95 % de la chaîne amont (polysilicium — Tongwei dépasse 30 % du marché mondial à lui seul —, lingots, wafers, cellules). Les quatre plus grands fabricants (Jinko, LONGi, Trina, JA Solar) totalisent environ 58 % des expéditions mondiales.

Concernant le stockage réseau, les intégrateurs européens et américains (Tesla, Fluence, Wärtsilä, les fournisseurs locaux comme Enphase, Fronius, SMA pour le résidentiel) assemblent des systèmes, mais les cellules sont chinoises, coréennes ou japonaises dans leur quasi-totalité. Tesla lui-même n’est pas fabricant de cellules : il les achète à ses concurrents directs. L’Europe dépendait des Russes pour le gaz. Elle dépend aujourd’hui des États-Unis pour les fossiles et de l’Asie, avec la Chine au premier rang, pour le solaire.

Le pari du nucléaire

La France, pour atteindre le tout-électrique, a finalement intégré la nécessité de relancer un programme nucléaire[1], et 6 réacteurs EPR2 d’une capacité totale de 10 GW sont programmés pour une mise en service en 2040.

C’est le plus grand projet industriel européen et les défis ne manquent pas : le GIFEN évoque 100 000 recrutements mais le personnel qualifié, des soudeurs aux conducteurs de chantier, existe-t-il ? D’autant que ce projet doit être mené de front avec les travaux de prolongation du parc existant. Trois sites sont identifiés : Penly, Gravelines et Bugey. Penly est engagé et le premier béton accuse un retard d’un an, repoussé à 2029. Mesure de prudence pour se laisser le temps de mener à bien toutes les études ou engrenage fatal d’un pays qui a délaissé ses ingénieurs ? Le succès du programme repose en tout cas sur Penly qui prouvera la capacité ou l’incapacité française à délivrer dans les temps et avec un budget contrôlé. Fin 2025, EDF a réévalué le devis des six EPR2 à 73 milliards d’euros, soit +8 % par rapport à l’estimation précédente. La Délégation interministérielle au nouveau nucléaire (DINN), qui audite ce devis depuis décembre 2025, juge encore cette estimation insuffisamment robuste.

Là encore, le pari est loin d’être gagné. Or ces 6 nouveaux EPR produiraient 75 TWh par an, soit 12 % de la consommation française actuelle. De quoi remplacer les centrales en retraite, mais pas de quoi soutenir la croissance nécessaire.

[1] C’est la différence fondamentale avec le plan de stratégie bas carbone 2, lequel prévoyait au contraire la fermeture de centrales nucléaires.

Les batteries comme solution à la régulation du réseau ?

Il faut voir les batteries comme des cuves reliées au réseau par un tuyau. Le volume de la cuve, c’est l’énergie stockée et prête à être redistribuée (en MWh). Le diamètre du tuyau, c’est la puissance, la quantité d’électricité instantanée qui peut être reversée (en MW). Le rapport entre les deux donne le temps de fonctionnement de la batterie, exactement comme votre batterie externe de téléphone.

Tout projet de batterie devrait donc préciser les deux caractéristiques : taille de la cuve et diamètre du tuyau, énergie emmagasinée et puissance disponible. La plupart des confusions dans le débat public viennent de ce que les projets omettent couramment de spécifier l’une des deux. Il semble se dégager un consensus pour parler maintenant en termes d’énergie, avec des batteries de durée moyenne de 4 heures (donc une puissance égale à l’énergie divisée par 4).

Problème : en ce 15 décembre vers 17 h 00, à supposer que 200 GWh de batteries aient effectivement été mis en service et que le ciel européen ait été ensoleillé (que nos batteries soient donc chargées à bloc), on dispose alors bien de 50 GW pendant… 4 heures. Dans un anticyclone, avec des éoliennes à l’arrêt, tout le système repose donc sur ces batteries (50 GW pendant 4 heures seulement) ainsi que sur les pilotables : le nucléaire, l’hydraulique et le gaz.

Des stratégies européennes contrastées

Les logiques de la France et de l’Allemagne sont opposées.

Pour 2035, la France ajoute des renouvelables à un noyau nucléaire stable. Le total passe de 150 à 220 GW, soit une augmentation de 50 %, mais la moitié de la production 2035 (650 à 700 TWh par an) proviendra toujours du nucléaire. La capacité renouvelable triple mais reste minoritaire en production. Le pays achète de la flexibilité – ou de la complexité, c’est selon -, pas de la puissance. Pas sûr que notre capacité à consommer le 15 décembre à 17 h 00 ait réellement augmenté, mais les bases sont là.

En Allemagne, la base thermique aura été remplacée par des renouvelables et le système sera le plus exposé d’Europe au scénario anticyclonique hivernal, avec seulement 40 GW de puissance pilotable[1]. L’Allemagne n’aura alors que deux recours : la connexion européenne et le gaz.

[1] Du moins si elle poursuit son retrait des fossiles, objectif affiché. Mais l’Allemagne refuse toujours de donner une date de sortie des énergies fossiles.

Les mix français et allemand en 2035 (GW) :

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Ces divergences posent diverses questions : L’Allemagne aura alors le système le plus vulnérable et le plus fragile d’Europe. Ces vulnérabilités risquent-elles d’affecter ses voisins ? Quelle sera alors, dans un environnement de stress énergétique, dans lequel chacun aura du mal à servir sa propre population, la réalité de la solidarité européenne ? La France acceptera-t-elle de venir au secours de l’Allemagne – à supposer qu’elle le puisse encore -, à quel coût, économique et politique ?

Un élément de réponse vient de nous être apporté par la Norvège qui a annoncé à la fin août 2026, par la voix de son ministre de l’Énergie, refuser de nouvelles connexions au réseau européen et a signifié en substance qu’il ne fallait plus compter sur elle pour devenir la batterie verte de l’Europe. Cette nouvelle est passée totalement inaperçue. Elle est pourtant lourde de sens.

 

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Dette française : la facture de la hausse des taux est encore à venir

By Nos événements, Economie

Par Lilou Schepers, membre des Jeunes CRSI

Début octobre 2026, la France a frôlé 5 % pour emprunter à dix ans. Ce taux est celui de l’OAT (obligation assimilable du Trésor), le titre par lequel l’État français emprunte sur les marchés : il correspond au rendement que les investisseurs exigent pour lui prêter de l’argent pendant dix ans, et il sert de référence à tous les autres. Le 5 octobre, il a atteint 4,92 %, son plus haut niveau depuis juillet 2002 (1), contre environ 3,5 % un an plus tôt. En douze mois, le coût de l’emprunt à dix ans a ainsi augmenté de près de 40 %.

Ce niveau ne pèse pas encore pleinement sur le budget de l’État, et c’est ce qui rend le phénomène difficile à percevoir. Chaque année, seuls les titres qui arrivent à échéance et le nouveau déficit sont financés aux conditions de marché ; le reste de la dette continue de porter les taux, plus bas, auxquels il a été émis. La dette que l’État a émise sur les marchés atteint 2 904 Md€ à fin août 2026, et sa durée de vie moyenne est de 8 ans et 142 jours (2).

Autrement dit, il faut en moyenne plus de huit ans pour qu’un titre arrive à échéance et soit remplacé par un nouveau, émis au taux du moment. Cette durée relativement longue amortit le choc, mais elle signifie aussi qu’une hausse des taux s’installe pour longtemps : un titre émis aujourd’hui à près de 5 % pèsera sur le budget pendant toute sa durée de vie.

Chaque point de taux supplémentaire représente ainsi, une fois toute la dette renouvelée, près de 29 Md€ de charge d’intérêts en plus chaque année (3). Mais l’effet est progressif : la première année, seule la part de la dette qui arrive à échéance est concernée, puis l’impact s’accumule année après année. Le choc s’étale sur une décennie, ce qui le rend politiquement discret : une hausse de la charge de la dette ne se vote pas, elle se constate.

Le danger tient précisément à cela : un coût qui s’installe sans qu’aucune décision ne soit prise, et qu’aucun débat n’a l’occasion de contester.

Le chiffre le plus instructif n’est pas le taux lui-même, mais l’écart avec l’Allemagne. Le Bund est l’obligation allemande à 10 ans, que les marchés considèrent comme la référence la plus sûre de la zone euro. L’écart entre le taux français et le taux allemand, que l’on appelle le spread, mesure ce que les investisseurs demandent en plus pour prêter à la France plutôt qu’à l’Allemagne : c’est la prime de risque supplémentaire que le marché attache à la France. Il s’exprime en points de base, un point de base valant 0,01 point de pourcentage.

Le 5 octobre, il atteignait environ 152 points de base, soit 1,52 point de pourcentage, son plus haut niveau depuis 2011 (4).

Cet indicateur a l’avantage de comparer les deux pays à conditions égales. Les facteurs qui touchent tous les emprunteurs de la zone euro (hausse des taux directeurs, inflation, rémunération plus élevée demandée pour prêter sur longue durée) pèsent autant sur l’Allemagne que sur la France : ils n’apparaissent donc pas dans l’écart. Ce qui reste reflète ce que les marchés pensent de la France elle-même.

Pour fixer un ordre de grandeur, si la France payait sur l’ensemble des titres de dette qu’elle a émis sur les marchés (2 904 Md€) 1,52 point de plus que l’Allemagne, la facture annuelle serait supérieure d’environ 44 Md€ (5). Cela montre ce que vaut, en euros, la crédibilité budgétaire d’un pays.

Cette prime pèse d’autant plus que la France dépend du regard extérieur : 57,5 % des titres de dette de l’État sont détenus par des investisseurs non résidents (6). Elle doit aussi emprunter davantage : l’Agence France Trésor prévoit d’émettre 340 Md€ de titres à moyen et long terme en 2027, contre 310 Md€ en 2026 (7), tandis que le projet de loi de finances pour 2027 table sur une dette publique de 121,7 % du PIB, contre 119,3 % en 2026 (8). Plus un émetteur doit emprunter, plus il est sensible à l’humeur de ses prêteurs.

Concrètement, la charge de la dette de l’État, c’est-à-dire les intérêts versés chaque année, doit passer de 62,6 Md€ en 2026 à 72,9 Md€ en 2027, soit plus de 10 Md€ de plus en un an (9). Il est possible que cette charge dépasse 100 Md€ en 2030 (10). Les intérêts sont la seule dépense due avant tout arbitrage politique : ils s’imposent au budget quel que soit le gouvernement, et ils se financent en réduisant ce qui prépare l’avenir. La question n’est plus seulement de savoir comment financer les déficits passés, mais ce à quoi l’on renonce pour demain, et ce sont les actifs d’aujourd’hui, les plus jeunes en tête, qui en supporteront le coût.

Ces trajectoires peuvent être simulées. C’est l’objet de Génération Dette (generationdette.fr), un outil en ligne qui permet de faire varier le taux auquel la France se refinance ainsi que la croissance de la productivité, et de visualiser l’évolution de la dette et de la charge d’intérêts jusqu’en 2045. On peut aussi y tester des chocs, des réformes fiscales ou des efforts d’économies. L’outil permet ainsi de mesurer le poids que ces choix font peser sur les générations futures, celles qui paieront ces intérêts sans avoir décidé de la dette. Il s’appuie sur un modèle simplifié, alimenté par les données de l’Agence France Trésor, de l’Insee, d’Eurostat et du FMI, et propose également un tableau de bord de la charge de la dette et de ses détenteurs.

L’arbitrage réel tient en deux issues : soit la France corrige elle-même sa trajectoire, soit elle se la fait corriger. La voie compatible avec la souveraineté passe par la crédibilité : une trajectoire de dépense publique lisible et tenue, qui réduit l’écart de taux avec l’Allemagne avant que le marché ou une tutelle ne le fasse à notre place. L’effort doit porter sur la dépense plutôt que sur l’impôt, car un nouveau prélèvement sur les entreprises pèserait sur la croissance, dont dépend tout le reste. L’autre voie existe : la Banque centrale européenne dispose d’un filet, l’instrument de protection de la transmission (TPI), qui lui permet de racheter des titres d’un pays dont les taux montent plus que sa situation économique et budgétaire ne le justifie, par exemple lors d’un mouvement de défiance des marchés (11) . Son déclenchement reste toutefois soumis à des conditions, notamment de soutenabilité budgétaire.

Compter sur ce filet, c’est accepter que la trajectoire budgétaire se décide aussi ailleurs que dans nos institutions : le moment de l’intervention, ses conditions et l’effort exigé en contrepartie seraient fixés à Francfort et à Bruxelles, pas à Paris. Une dette qui ne se refinance qu’avec l’aide d’autrui n’est plus tout à fait une dette que la France maîtrise.

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Réduire la dette de l’État : « Ne me dites pas que c’est impossible ! »

By Numérique, Economie

La charge de la dette dépassera bientôt le déficit primaire de l’Etat

Par Bruno Mahieux, membre de la commission Numérique

Fin 2026, les intérêts de la dette atteindront 65 milliards d’Euros, soit 2,2 % du PIB, devenant ainsi le premier poste de dépenses de l’état.  C’est plus que le budget de l’Education Nationale, 63 milliards en 2026.   Pire, la charge de la dette dépassera bientôt le déficit primaire de l’Etat, c’est-à-dire la différence entre ses recettes et ses dépenses.

Une augmentation des impôts seule ne suffirait pas à résorber le déficit.  Elle serait insoutenable pour l’économie et inopérante pour réduire la charge de la dette.   Il est urgent de tailler dans les dépenses.  Encore faut-il dire lesquelles, et comment y parvenir.

La réforme des retraites au centre des débats

Les retraites sont souvent présentées comme le premier poste de dépenses de l’Etat.  Il est vrai que celles-ci pèsent lourdement dans nos finances publiques :  En 2026, le total des pensions de retraite avoisinera entre 380 et 400 milliards d’Euros. C’est 24 % des dépenses publiques, loin devant l’Education et la Défense.   Chacun comprendra que le sujet du financement des retraites soit sur la table lors des débats pour les élections présidentielles : Assurément, c’est un enjeu majeur pour rétablir l’équilibre de nos comptes.  Mais est-ce le seul ?

La fonction publique : un gisement d’économie immense

Tous les comptables le savent, il existe une autre façon d’analyser les flux de dépenses.  Non pas par destination, mais par nature.

En 2025, le personnel de la fonction publique représentait une dépense de 370 Milliards d’euros.  Soit presque autant que les dépenses de retraite, et bien plus que nos dépenses de santé, évaluées à 261 Mds € en 2024.   Ce n’est pas anodin !  Comment expliquer un tel montant ?

Selon la définition de l’OCDE, la France compte 6,3 millions d’agents public pour une population de 68,5 millions d’habitants, soit un ratio de 92 agents pour 1000 habitants.

En 2025, les agents de la fonction publique ont perçu en moyenne un revenu brut annuel de 39 288 € (chiffres INSEE DGAFP), ce qui se traduit par un coût total pour l’État de 58 079 € (soit 18 971 € de charges patronales).

Toujours selon l’OCDE, l’Allemagne disposait de 5,38 millions d’agents publics pour une population de 83,8 millions d’habitants.  C’est 63 agents de la fonction publique pour 1000 habitants.

Il faudrait environ 1,97 millions d’emplois publics en moins (30 % des effectifs !) pour atteindre un ratio comparable à celui de l’Allemagne.  Qui peut prétendre que l’Allemagne est moins bien administrée que la France ?

Si la France parvenait à réduire sa fonction publique de 1,97 millions d’agents, revenant ainsi au niveau de l’Allemagne en nombre d’agents par milliers d’habitant, ce serait un potentiel de baisse des dépenses d’environ 114 milliards chaque année !

Rares sont les candidats aux prochaines élections présidentielles proposant une réduction d’effectifs dans la fonction publique.  Pourtant, son efficacité est redoutable : A titre de comparaison, souvenons-nous que la dernière réforme des retraites portée par le gouvernement de Mme Borne aurait rapporté au mieux une dizaine de milliards d’Euros à l’horizon 2030, selon la cour des comptes.[1]

Un partenariat public-privé pour réduire la fonction publique

Le sujet est jugé trop sensible politiquement, car souvent assimilé à de la casse sociale. Pourtant, des solutions existent.

Imaginons un dispositif qui permettrait aux agents de la fonction publique de rejoindre des entreprises privées sur la base du volontariat.   Les entreprises prendraient en charge le salaire brut, l’état conservant les contributions employeur, préservant ainsi la protection sociale et la promesse de l’état vis-à-vis de ses agents.

Un tel dispositif, une sorte de partenariat public-privé, faciliterait la réduction du nombre d’agents de la fonction publique, tout en proposant aux entreprises françaises une main d’œuvre qualifiée.  Les agents de la fonction publique travaillent dans de nombreux corps de métiers en tension, pour lesquelles nos entreprises rencontrent des difficultés à recruter :  On y dénombre des emplois dans les domaines de la restauration, de l’informatique, des transports et de la maintenance.

C’est une solution gagnante pour toutes les parties prenantes :  pour l’État, qui verrait le poids de sa masse salariale réduite significativement, pour les entreprises qui se verraient proposer une main d’œuvre qualifiée, à un coût moindre, et pour l’agent, qui préserve ses avantages acquis en matière de protection sociale, tout en pouvant prétendre à des niveaux de salaire souvent plus numérateurs dans le privé que dans la fonction publique.

Reprenons l’exemple type de notre agent de la fonction publique percevant un revenu moyen brut annuel de 39 288 €, générant un coût total pour l’État de 58 079 € (dont 18 971 € de charges patronales)

Ainsi, chaque agent transféré dans le privé représenterait en moyenne une économie annuelle de 39 288 €. Dans l’hypothèse où 100 000 agents bénéficieraient chaque année de ce dispositif, ce serait 1 000 000 de fonctionnaires transférés dans le privé d’ici 2036 (Objectif raisonnable si l’on considère que cela ne réduirait que de moitié notre écart avec les ratios de l’Allemagne).  Une économie supplémentaire de près de 4 milliards chaque année, (100 000 * 39288 €), soit 40 Milliards annuel à un horizon de 10 ans.

Selon les données de France Travail, ce sont environ 3 millions d’offres d’emplois pourvues chaque année. Gageons que les entreprises ne se feront pas priées pour embaucher une main d’œuvre dont les charges patronales sont annulées.

Par le passé, des entreprises étatiques ont accompagné leurs salariés pour des projets personnels hors de l’entreprise.   Pourquoi ne pas reproduire ce type de dispositif pour nos agents de la fonction publique ?  Pour reprendre la formule du général Leclerc, « Ne me dites pas que c’est impossible » !

[1] Situation financière et perspectives du système de retraites février 2025 – Cour des Comptes

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Pouvoir d’achat : l’heure des bâtisseurs

By Economie

Sauf choc majeur, le pouvoir d’achat s’imposera comme la préoccupation dominante des Français

Par Antonin Coulier, responsable de la commission Économie

La question du pouvoir d’achat sera probablement l’un des thèmes majeurs, sinon le thème central, de l’élection présidentielle de 2027. Bien sûr, l’histoire nous enseigne qu’un événement géopolitique ou sécuritaire peut bouleverser en quelques semaines l’ordre des priorités. Souvenons-nous de l’« effet drapeau » provoqué par la guerre en Ukraine, qui avait replacé les questions régaliennes au cœur du débat public.

Mais sauf choc majeur, le pouvoir d’achat s’imposera comme la préoccupation dominante des Français. Car derrière cette expression devenue familière se cache une question beaucoup plus fondamentale : comment une économie crée-t-elle de la richesse, comment la distribue-t-elle et pourquoi certains ont-ils le sentiment de travailler toujours plus sans vivre mieux ?

Le pouvoir d’achat durable ne naît pas des chèques mais de la capacité d’une nation à produire davantage de richesse et à mieux la transmettre à ceux qui travaillent.

En reprenant une image chère à l’économiste Denis Clerc, l’économie peut être vue comme une valse à trois temps : produire, répartir, consommer. D’abord, elle crée des biens et des services, donc de la richesse. Ensuite, cette richesse est répartie entre salariés, entreprises et État. Enfin, elle est utilisée : une partie est consommée pour satisfaire les besoins du présent, tandis qu’une autre est investie pour préparer la prospérité de demain.

Cette question est loin d’être théorique. Dans leur rapport « Retrouver la capacité de produire en France et en Europe », Xavier Ragot et Jean-Luc Tavernier rappellent que la prospérité durable repose d’abord sur la capacité d’un pays à produire, innover et investir. Certes, les chèques, les primes, les baisses d’impôts ou les aides ciblées peuvent apporter un soulagement ponctuel et parfois nécessaire. Mais aucune mesure de court terme ne peut garantir à elle seule une progression durable du niveau de vie. Celle-ci dépend avant tout de la capacité d’un pays à produire davantage de valeur, à améliorer sa productivité, à investir dans les compétences et à mieux transmettre la richesse créée à ceux qui travaillent.

Cette distinction entre soulagement immédiat et enrichissement durable devrait être au cœur du débat présidentiel.

En France, nous parlons beaucoup du partage des richesses et trop peu de leur création. C’est humain, mais aussi profondément politique. Promettre davantage à chacun est toujours plus séduisant que d’expliquer comment créer davantage de richesse. À force de débattre du partage du gâteau, nous avons parfois oublié la question essentielle : comment le faire grandir ?

Pourtant, même lorsqu’une économie produit davantage de richesse, une question demeure : pourquoi existe-t-il un tel écart entre ce que coûte le travail et ce qu’il rapporte réellement à celui qui l’exerce ? Entre le coût du travail pour l’entreprise et le revenu réellement disponible pour le salarié s’intercalent les cotisations sociales, l’impôt et l’inflation.

Il faut d’abord éviter le slogan simplificateur sur les « charges ». Les cotisations ne constituent pas une perte sèche : elles financent les retraites, la santé, la famille et plus largement une partie de notre État-providence. Les réduire augmenterait immédiatement le salaire net, mais seulement si cette baisse n’était pas compensée ailleurs par une hausse de la TVA, de la CSG ou une diminution des prestations sociales.

Certains économistes défendent ainsi une forme de TVA sociale : diminuer les prélèvements pesant sur le travail tout en augmentant la taxation de la consommation. L’idée est de faire contribuer également les produits importés au financement de notre modèle social. Selon sa conception, une telle réforme pourrait améliorer le salaire net ou réduire le coût du travail tout en élargissant le financement de la protection sociale aux produits importés. Mais elle comporte un risque majeur : celui d’une hausse des prix qui viendrait réduire le gain de pouvoir d’achat, notamment pour les ménages les plus modestes.

Dans leur note « Quelles stratégies pour l’emploi et les salaires ? », Antoine Bozio et Étienne Wasmer mettent en lumière un paradoxe français : un système conçu pour favoriser l’emploi autour du Smic, mais qui tend désormais à freiner les augmentations salariales. Ils proposent de réduire progressivement les « trappes à bas salaires », de mieux cibler les aides et de réorienter l’action publique vers l’éducation, la formation et la mobilité. Leur idée est simple : l’amélioration durable des salaires ne viendra pas seulement d’une baisse du coût du travail, mais aussi d’une montée en compétences de la population active.

Cette logique rejoint les travaux de Patrick Artus, qui place la productivité au cœur de la question du pouvoir d’achat. L’idée est simple : lorsqu’une entreprise produit davantage de valeur grâce à une meilleure organisation, à l’innovation ou à l’investissement, elle peut financer simultanément des hausses de salaires, des investissements supplémentaires et des recettes fiscales accrues. 

À l’inverse, lorsqu’une économie ne produit pas davantage de richesse, les augmentations de revenus finissent souvent par être financées par l’endettement, la hausse des prix ou la compression des marges.

Dans sa note « France : quelles conséquences du recul de la productivité ? », Patrick Artus souligne que la productivité du travail a reculé de 2,2 % entre 2019 et 2025. Pourtant, le pouvoir d’achat a continué à progresser grâce à la hausse de l’emploi et des prestations sociales. L’État a ainsi absorbé une part importante du choc au prix d’une dégradation des finances publiques. À long terme, l’amélioration du pouvoir d’achat dépend d’abord de la capacité d’une économie à accroître sa productivité.

Les économistes Xavier Jaravel, Thomas Philippon, Maria Guadalupe et David Sraer arrivent à une conclusion similaire dans leur note « Cap sur le capital humain pour renouer avec la croissance de la productivité ». Selon eux, l’insuffisance du capital humain constitue l’un des principaux freins au redressement de la productivité française. Ils défendent plusieurs priorités : faire de l’éducation une priorité nationale, renforcer les compétences comportementales dès l’école, démocratiser l’accès aux carrières scientifiques et réorienter une partie des aides à la recherche vers les PME et les TPE.Pour ces auteurs, la hausse durable du niveau de vie passera d’abord par l’investissement dans les compétences, l’innovation et le capital humain.

Les exemples pourraient être multipliés. Tous conduisent pourtant à la même conclusion : le pouvoir d’achat durable suppose à la fois de créer davantage de richesse et de mieux la transmettre à ceux qui travaillent.Pendant longtemps, le progrès économique signifiait pour beaucoup de Français la certitude que leurs enfants vivraient mieux qu’eux. Le malaise contemporain naît peut-être moins d’une baisse du niveau de vie que du doute croissant sur cette promesse de progrès.

À l’approche de l’élection présidentielle, les candidats seront nombreux à promettre davantage de pouvoir d’achat. Il faudra pourtant distinguer ce qui relève du soulagement immédiat de ce qui permet un enrichissement durable. Les premières mesures produisent rapidement des effets visibles ; les secondes demandent du temps, de la constance et du courage, mais elles seules peuvent transformer durablement le niveau de vie d’un pays.

Si les programmes ne parlent que de chèques, de primes ou de baisses d’impôts, sans jamais évoquer la productivité, l’investissement, la production, la recherche ou l’innovation, souvenons-nous de la leçon de La Fontaine : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. »

Les réformes les plus efficaces seront rarement les plus faciles. Elles exigeront des choix, des arbitrages et sans doute des efforts. Mais le pouvoir d’achat durable ne naîtra ni d’un slogan ni d’un chèque supplémentaire. Il se construira par une politique capable de produire davantage de valeur et de mieux la transmettre à ceux qui travaillent.

Seule une politique animée par un nouvel esprit, un esprit de bâtisseur, pourra redonner durablement du pouvoir d’achat aux Français. La France d’aujourd’hui n’a pas à reconstruire ses villes, ses routes ou ses usines détruites. Elle doit cependant reconstruire quelque chose d’essentiel, qui s’est lentement érodé au fil des décennies : sa capacité à produire, à innover, à investir et à se projeter dans l’avenir.

En 2027, les Français n’auront pas seulement besoin de nouvelles promesses de pouvoir d’achat. Ils auront besoin d’un projet de prospérité et de responsables politiques prêts à en poser les fondations.

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Ma pension de retraite, otage d’un système malade ?

By Economie

Analyse des fragilités structurelles du système français de retraite par répartition

Par Ghislaine Rouviere, membre de la commission Économie

Cette contribution analyse les fragilités structurelles du système français de retraite par répartition à partir d’un double constat : la baisse sensible du niveau de vie observée lors du passage à la retraite et la dégradation de l’équilibre financier du régime de base.

L’auteur montre que la soutenabilité du système dépend principalement de facteurs démographiques et économiques tels que le ratio actifs/retraités, le taux de fécondité, l’espérance de vie, l’emploi, le niveau des cotisations et la croissance économique. Dans ce contexte, le régime de base affiche un déficit de 5,1 milliards d’euros en 2025 pour 422 milliards d’euros de dépenses, tandis que le vieillissement de la population accentue les tensions de financement.

L’analyse souligne toutefois que cette situation doit être nuancée par l’existence de réserves importantes au sein des régimes complémentaires, des fonds de réserve pour les retraites et des dispositifs d’épargne retraite. Selon l’auteur, les difficultés actuelles tiennent autant aux évolutions démographiques qu’à la complexité croissante d’un système devenu coûteux à administrer et insuffisamment lisible pour les citoyens.

Afin d’en assurer la pérennité, l’analyse propose une stratégie reposant sur trois leviers complémentaires : une augmentation de l’activité et de l’emploi des seniors, un renforcement de l’épargne de long terme destinée à préparer la retraite et une réforme institutionnelle visant à simplifier les règles, rapprocher les régimes public et privé et améliorer la gouvernance du système. L’auteur défend ainsi une approche combinant travail, épargne et réforme plutôt qu’un ajustement reposant sur un levier unique.

Enfin, il est avancé que la mobilisation des réserves existantes, l’augmentation des recettes liées au travail et les effets favorables attendus sur la croissance et les recettes fiscales pourraient contribuer au financement de ces évolutions. L’objectif poursuivi est de renforcer simultanément la soutenabilité financière du système et la responsabilité individuelle dans la préparation de la retraite.

Axe majeur du financement déficitaire des retraites, le système par répartition est vulnérable aux fluctuations économiques et démographiques. Décider de geler la revalorisation des pensions de retraite, déjà synonyme de baisse automatique des revenus, est-elle la seule mesure garante de l’équilibre financier du système ?

DIAGNOSTIC :

UN 1ER CONSTAT : BAISSE AUTOMATIQUE DU NIVEAU DE VIE DES RETRAITES

« J’ai travaillé, longtemps. J’ai accepté de verser une partie de mon salaire à mes aînés qui jouissaient d’une juste retraite que l’ensemble des actifs considérait comme méritée. Par la liberté de temps retrouvé, je pensais savourer sereinement ma retraite. J’ai appris assez tard dans ma carrière que ma pension de retraite m’imposerait une baisse de mon niveau de vie : en moyenne 43,4 % de mon dernier salaire Brut (OCDE) et jusqu’à 50 % pour les cadres ou travailleurs indépendants (Rapport juin 2026 Conseil d’Orientation des Retraites COR). Jeune retraité, j’apprends que le système en déficit croissant ne répond plus aux réalités économiques et démographiques. Les règles doivent changer de gré ou de force ».

Et pourtant, j’ai été, je suis, et je resterai une particule élémentaire de ce Système. Je suis une de ses incarnations : chacun des acteurs, actifs ou retraités, détient une légitime place dans ce système qui fait lui -même, partie intégrante de la Nation française. Cessons d’opposer le citoyen au « système » car des solutions existent.

Quelques chiffres :

« J’ai 62 ans et j’appartiens aux 17,9 millions de retraités, 1/4 de la population française (de 15 à 64 ans), qui perçoivent leur pension grâce au 31, 4 millions d’actifs, 74,4 % de la population actuelle qui cotisent pour eux jusqu’à plus de 19,09 % de leur salaire brut, quand leur patron cotise jusqu’à plus de 28 % du brut (Taux maximal selon l’OCDE).

Par le système par répartition, 1,8 actifs financent ma pension versée par le régime de Base CNAV et par les régimes complémentaires (Type Agirc -Arcco, Ircantec…) A partir de mes 55 ans, j’ai accédé à mon « Relevé de Carrière » regroupant sur l’ensemble des années d’activité professionnelle, le nombre de trimestres travaillés. (172 pour un taux plein à 67 ans. Système de décote/sur côte calculée à partie de 62 ans)).

C’est seulement 6 mois avant la liquidation de ma retraite que j’ai pu avoir une idée fiable du montant de ma pension. :1705 euros mensuels bruts en moyenne (1500 privés, 2300 fonction publique. Source Drees). (SMIC à 1867 euros mensuels bruts pour un temps plein de 35h) soit 1557 euros mensuels nets, après la retenue de 6 à 9 % (CSG, CRDS, CASA) (SMIC net à 1478 euros mensuels).

Ces moyennes cachent de très grandes diversités. Les pensions directes les plus modestes peuvent faire l’objet d’allocations complémentaires (Minimum vieillesse avec l’Aspa, Asi, Apl) versées par la CNAV ou la CAF.

CONSTAT N°2 : DERRIERE UN DEFICIT CROISSANT DU REGIME DE BASE, DES BENEFICES ET UNE EPARGNE SALARIALE COLLECTIVE RECORD !

En 2025, la Branche Retraite de l’Assurance Sociale affiche un déficit de 5,1 milliards d’euros (Régime de base) soit0,2 % du PIB. (COR Juin 2026)

  • Côté dépenses : 422 milliards d’euros sont versés, 14,1 % du PIB, et 24,3 % de l’ensemble des dépenses publiques (derrière l’Italie, et 6ième place dépense par habitant, des pays suivis par le COR).
  • Côté recettes : Sur les 417 milliards d’euros collectés, 2/3 sont financés par les cotisations patronales et salariales obligatoires, le 1/3 restant représente les contributions types CSG, CRDS, CASA, et les subventions publiques.

La réalité financière et comptable recouvre de grandes diversités (Disparités des régimes Public /Privé, âge de départ carrière longue, spécificités des régimes spéciaux …) en alourdissant les coûts de la gestion administrative. La Cour des comptes nous rappelle que Mr Bayrou, lors de son discours de présentation de Politique Générale de 1er Ministre, a alerté sur un déficit de plus de 50 Milliards d’euros (explicable, entre autres, par l’anomalie sur le taux de cotisation de l’Etat-Employeur : les traitements des fonctionnaires actifs comptabilisés avec les pensions des anciens fonctionnaires dans le budget global du ministère …).

L’horizon s’éclaircit pourtant du côté des régimes complémentaires obligatoires et des Fonds de Réserves. La gestion vertueuse par le régime complémentaire obligatoire AGIRC ARRCO des 91,2 Milliards d’euros, permet de dégager un bénéfice annuel de + 1,4 milliards ; L’intérêt financier de cet l’excédent bascule à son tour dans ses réserves. Les 100 milliards annuels de prestations distribuées par l’Agirc-Arrco sont de réels amortisseurs de crise et une garantie démographique assurant un autofinancement sur les 40 prochaines années.

Créé par en 2001, les FFR, fonds de réserve pour la retraite, ont vocation à constituer des réserves pour la pérennité du régime de retraites notamment par l’effet de lissage du choc financier du papy-boom. Ces établissements publics administratifs, affichent un actif de 20, 7 milliards d’euros, avec +9 % de la valeur du portefeuille en 2025. Ils ont versé jusqu’en 2023, 1,45 milliards à la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale).

Les Fonds « Fillon », PER Plan d’épargne retraite, selon le Ministère de l’Economie, ont un encours de 150,4 Milliards d’euros en 2025 et concernent 12,9 millions de Français bénéficiant des avantages de la retraite par capitalisation. Selon l’AFG (Association Française de la Gestion Financière) le système d’Epargne Salariale Collective a atteint un encours record de 230 Milliards d’euros en 2025 alimentant les comptes de 13,2 Millions de salariés sur leur plan PEE, PERECO, PAV. 76 % de ces encours sont des actions et obligations qui contribuent pour 57 % au financement de l’économie française (Club Du Patrimoine).

LES CAUSES DE LA BAISSE AUTOMATIQUE DU NIVEAU DE VIE DU RETRAITE ET DU DEFICIT DU REGIME DE BASE DES RETRAITES

Les courbes inversées des facteurs d’équilibre du financement des retraites. Basé sur la solidarité intergénérationnelle, l’équilibre de ce système actuel par répartition est contraint, d’une part, par :

– le nombre d’actifs cotisants et l’assiette des cotisations et les règles d’attributions des pensions

– la baisse du ratio d’actifs /retraités 6 en 1945 1,8 en 2026

– la baisse du taux de fécondité 1,56 (Insee) 2026 estimé 1,4 en 2028

– l’augmentation de l’espérance de vie 85,9 ans femme 80,4 ans homme

– le taux d’activité

– le taux de chômage 8 % (3,3 millions France Travail trimestres validés sans cotisations Retraite)

– les montants et des taux de cotisations obligatoires, subventions et taxes diverses dédiées.

– l’âge légal de départ à la retraite.

– la pyramide des âges (surcroît de retraités Boomers)

– le PIB

Mais aussi par ses capacités intrinsèques à anticiper, intégrer, et amortir les fluctuations multifactorielles associées. Depuis 1945, l’ensemble des lois visant à corriger les déficits ont complexifié le fonctionnement et la gestion du système gagné par une lourdeur administrative coûteuse pour l’ensemble des parties, salariales, patronales et services de l’État. Simplification, rationalité, fluidité et lisibilité bénéficieraient à tous !

LES ENJEUX : « MICRO & MACROECONOMIE EN MIROIR, OU LA CONVERGENCE D’INTERETS CITOYEN & SYSTEME. »

1/ Rééquilibrer le système des Retraites pour éloigner la perspective de baisse les pensions de base. Contredire les prévisions du COR : le déficit sera stable jusqu’en 2045, il pourrait atteindre 15 milliards en 2035, 30 milliards d’euros en 2070 (Prévisions de la Cour des comptes).

2/ En réduisant le déficit du financement de la Retraite, participer à la réduction de la dette de l’État Français.

3 / Proposer à l’actif, futur retraité, de s’approprier son pouvoir décisionnaire de gestion de son épargne et de son patrimoine bien en amont des années de liquidation de sa retraite. Prise de conscience que le système des retraites n’est pas l’ennemi qui dévalue son niveau de vie mais un partenaire nécessaire et non suffisant. Par la réconciliation « J‘appartient au système comme il m’appartient ! », le futur retraité reste acteur et non plus assisté passif. Il s’agit de changer d’état d’esprit et de prendre en mains son futur destin de retraité dès le début de sa carrière !

LES SOLUTIONS : TRAVAIL/ EPARGNE/ RETRAITE, LE TRIO GAGNANT !

1/ AU TRAVAIL ! (NB : ceux qui le peuvent bien sûr ! Retraites malades, invalides, handicapés feront l’objet d’une étude distincte)

– Dans le Privé : Sur la base du volontariat 39 heures hebdomadaires

– Dans le Public : 35 heures eHectives

– Liquidation de la retraite non obligatoire à l’âge légal : « Laisser moi travailler plus vieux si je le veux !! »

– Déplafonnement cumul emploi-retraite Tout le monde y gagne si le retraité gagne plus que le montant de sa pension de retraite !

2 / EPARGNE

– Création d’un LIVRET RETRAITE à taux garanti (par ex 2fois celui du Livret A) si versement de 5 % du revenu mensuel brut d’activité sur une période de 10 ans renouvelable (74 euros pour Smic/ 54 053 euros placés à 2 % sur 40 ans)

– A moyen et long terme et en partenariat avec les ministères concernés (Logement et habitat, Finances) : Incitation fiscale autour des solutions immobilières patrimoniales de VENTE intergénérationnelle en nu- propriété, viager, Prêt Viager hypothécaire (PVH)

70 % des retraités, selon le syndicat UNSA, sont propriétaires de leur logement et voient leur budget mensuel grevé par l’entretien et le coût fiscal de son patrimoine.

Le PVH est un prêt garanti par une hypothèque sur le bien d’habitation : aucun remboursement pendant la vie de l’emprunteur. Le capital et les intérêts sont remboursés au décès ou à la vente du bien.

3/ LE SYSTEME DES RETRAITES

Ajustements des règles financières :

– Réserver les pensions aux seuls cotisants, c’est assurer l’égalité des droits !

– Validation des trimestres des chômeurs adossée aux cotisations retraite.

– Immigration contrôlée réservée aux émigrés actifs et cotisants

– Renforcement strict du contrôle des certificats de vie des retraités à l’étranger

– Relance de la Politique familiale pour favoriser l’augmentation du taux de natalité.

– Simplification : système unifié Public/ Privé, Etat employeur en ligne budgétaire spéciale dans le budget ministériel pour une lisibilité et transparence de la dette publique.

– Calquer la gestion du régime de base sur celle de AGIRC ARRCO Principe du régime par Point : flexible en fonction de l’équilibre, Annualité de la souplesse garantie de stabilité.

– Audier les Fonds de prévoyance, Fonds d’investissements et Etablissements publics et recentrer leur marge sur l’objet initial : l’équilibre des comptes par la redistribution et non par la capitalisation. (FFR la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale, Investissements de la Caisse Dépôts et Consignations dans des organismes privés commerciaux (Qualium, filiale d’investissement de la CDC Capital Investissement au capital des Bijouteries HISTOIRE D’Or en 2006 (Agefi.com)).

LE FINANCEMENT DE CES MESURES

COÛTS :

1/ Rémunération de taux garanti du Livret Retraite (2 x taux livret A) mais capital bloqué, corrélé à un transfert de l’Epargne Livret A vers ce nouveau Livret. Pas de chiffre sans analyse financière sourcée mais coût maîtrisable.

2/ Incitations fiscales autour des formules de Cession immobilière transgénérationnelle. Pas de chiffre sans analyse financière sourcée mais coût maîtrisable.

3/ Part patronale des cotisations Retraite passage des 35 aux 39 heures de travail hebdomadaire (Donnée chiffrable)

RECETTES :

1/ Augmentation de la Redistribution des intérêts et Bénéfices

– sur les 20 ,7 Milliards des FFR : Pas de chiffre sans analyse financière sourcée mais coût maîtrisable. Tabler sur 2 ou 3 x les 1,45 milliards CADES = 3 à + de 4 Milliards ?

– sur les 230 milliards capitalisés sur les Fonds « Fillon » PER, PERECO, PAV. Pas de chiffre sans analyse financière sourcée mais coût maîtrisable.

– les 91,2 Milliards de l’Agirc- Arrco, soient 1,4 Milliards

– des Fonds d’investissements publics (Chiffrable)

2/ Augmentation mécanique des cotisations salariales Retraite par le passage des 35 à 39 heures hebdomadaires de travail Secteur privé.

3/ Relance de la consommation (Gain TVA), augmentation des rentrées fiscales : Impôts sur le revenu)

4/ Augmentation du PIB par création de richesse par l’augmentation de travail volontariat privé, et 35 heures effectives Public (Local et national) sans augmentation du traitement.

5/ Economie du montant des retraites versées sans cotisations antérieures des retraités étrangers plus que centenaires. (Chiffrable)

6/ Montant des cotisations retraite sur les indemnités chômage. (Chiffrable)

EN CONCLUSION

Derrière l’« Usine à gaz » du système des retraites, se cachent des réalités et perspectives économiques et financières qui permettent de rester optimiste quant à sa pérennité. En assumant de nécessaires et régulières mises à jour, notre « Logiciel Retraite » pourra continuer à nous servir ses pensions, gages d’un temps de repos mérité et serein.

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Et si la dette n’était finalement qu’un symptôme d’un problème plus profond ?

By Economie

Le montant de la dette : la véritable question est peut-être ailleurs

Par Antonin Coulier, membre de la commission Économie

Le débat public se focalise souvent sur le montant de la dette. Pourtant, la véritable question est peut-être ailleurs : dans la capacité de la France à créer de la richesse dans une économie mondialisée, numérique et de plus en plus concurrentielle.

Il n’existe aucun seuil universel de dette au-delà duquel un pays serait automatiquement en difficulté. Une dette n’est pas nécessairement mauvaise en soi : tout dépend de ce qu’elle finance et de la confiance qu’inspire la trajectoire économique du pays. Une dette qui finance des infrastructures, l’innovation, la recherche, l’éducation ou la transformation numérique peut contribuer à la croissance future. À l’inverse, une dette qui sert principalement à financer des dépenses courantes sans améliorer le potentiel de croissance soulève davantage d’interrogations. Certes, la situation française suscite des inquiétudes. La France affiche l’un des niveaux d’endettement les plus élevés de l’Union européenne et enregistre depuis de nombreuses années des déficits publics supérieurs aux objectifs européens. Mais le véritable sujet est sans doute moins le niveau de dette lui-même que la difficulté du pays à enrayer son déclassement économique.

La question centrale est celle de la capacité de la France à se réformer. Cela suppose de maîtriser la progression des dépenses publiques, d’améliorer l’efficacité de l’action publique et de moderniser l’organisation de l’État. Mais cela suppose surtout de renforcer la capacité du pays à créer de la valeur en investissant dans les secteurs les plus porteurs : l’industrie à forte valeur ajoutée, les technologies numériques, l’intelligence artificielle, la robotique, la recherche, l’innovation…

La véritable soutenabilité de la dette dépend moins du montant aujourd’hui inscrit dans les comptes publics que de la capacité de la France à convaincre qu’elle sera plus productive, plus innovante et plus prospère demain. En ce sens, la dette n’est pas seulement une question budgétaire. Elle est avant tout un révélateur de la compétitivité, de l’efficacité de l’action publique et de la confiance accordée à l’avenir du pays et du courage politique à engager les réformes connues de tous.

La dette publique naît lorsque les dépenses publiques dépassent durablement les recettes.Chaque déficit annuel oblige l’État à emprunter pour combler l’écart, ce qui vient accroître le stock de dette accumulé au fil du temps.

La soutenabilité de la dette dépend avant tout de la confiance des prêteurs dans l’avenir économique du pays. Cette confiance ne se limite pas à la capacité de l’État à lever l’impôt. Elle repose sur la perception qu’ont les investisseurs de la capacité du pays à investir dans l’innovation, à maintenir des infrastructures et des services publics performants, à attirer les entreprises, à créer des emplois et à générer durablement de la croissance. Tant que cette perspective reste crédible, un niveau élevé de dette peut être financé à des conditions favorables.

Il n’existe d’ailleurs aucun seuil universel de dette au-delà duquel un pays serait automatiquement en difficulté. Une dette n’est pas forcément mauvaise. Tout dépend de ce qu’elle finance. Certains États supportent durablement une dette supérieure à 100 % du PIB, tandis que d’autres rencontrent des difficultés avec un niveau bien inférieur. Ce qui importe n’est pas seulement le niveau de dette à un instant donné, mais la trajectoire qu’elle suit et la confiance qu’inspire l’économie du pays. Une dette stable ou en diminution relativement à la richesse produite est généralement perçue comme soutenable. À l’inverse, une dette qui augmente continuellement plus vite que le PIB finit par susciter des interrogations sur sa viabilité.

Lorsque cette confiance s’érode, les investisseurs exigent des taux d’intérêt plus élevés pour compenser le risque perçu. Le coût de la dette augmente alors, ce qui réduit les marges de manœuvre budgétaires de l’État. La forte remontée des taux d’intérêt observée depuis 2022 a ainsi rappelé que la dette publique n’est pas seulement une question de montant, mais aussi de crédibilité économique et de perspectives de croissance. Ce n’est pas le niveau de dette qui inquiète les marchés, c’est la trajectoire du pays. Et si la question de la dette publique était avant tout le révélateur d’un déclassement économique relatif de la France ? Un révélateur de la compétitivité, de la capacité à créer de la valeur en investissement dans des secteurs valeur ajoutée, de l’efficacité de l’action publique et du courage politique à engager les réformes connues de tous.

2. Problématique

Comment réduire durablement la dette publique sans fragiliser la croissance économique, le modèle social français et les investissements d’avenir ? Comment dégager des marges de manœuvre pour orienter l’économie française vers des secteurs à forte valeur ajoutée ?

Cette question est devenue centrale car la France cumule :

Un niveau de dette parmi les plus élevés de l’Union européenne ;

  • Un déficit public supérieur aux normes européennes ;
  • Des besoins croissants de financement liés au vieillissement, à la transition écologique, à la défense et au numérique ;
  • Le modèle économique qui repose largement sur la consommation intérieure, elle-même soutenue par un niveau élevé de protection sociale et de transferts publics. Ce modèle contribue à la cohésion sociale et à la stabilité économique, mais il nécessite un niveau important de dépenses publiques. Lorsque ces dépenses ne sont pas intégralement financées par les recettes fiscales et sociales, elles génèrent des déficits qui viennent alimenter la dette publique ;
  • La remontée récente des taux d’intérêt.

3. Diagnostic

Que disent les faits ?

Une dette historiquement élevée :

  • La dette publique française atteint 115,6 % du PIB fin 2025
  • La France possède l’une des dettes les plus élevées de la zone euro, derrière la Grèce et l’Italie.

Des déficits persistants :

  • Le déficit public reste à 5,1 % du PIB en 2025, bien au-dessus de la limite européenne de 3 %.

Une charge de la dette en forte hausse :

  • La remontée des taux d’intérêt rend l’endettement plus coûteux.
  • La charge annuelle de la dette avoisine désormais 55 milliards d’euros, soit un des premiers postes budgétaires de l’État.

Une situation que l’OCDE juge préoccupante :

L’OCDE estime qu’en l’absence d’ajustement budgétaire important, la dette pourrait continuer à progresser fortement dans les prochaines décennies.

4. Causes :

Causes structurelles

Des dépenses publiques élevées : La France consacre plus de 57 % de son PIB à la dépense publique, l’un des niveaux les plus élevés des pays développés.

Le vieillissement démographique : L’augmentation du nombre de retraités accroît les dépenses de retraite, de santé et de dépendance.

Causes conjoncturelles

Les crises successives :

  • Crise financière de 2008 ;
  • Crise sanitaire du Covid ;
  • Crise énergétique ;
  • Soutien au pouvoir d’achat ;
  • Un déficit chronique : Depuis plusieurs décennies, les dépenses publiques excèdent régulièrement les recettes. La dette est donc devenue un moyen permanent de financement.

Crise de modèle :

La dette publique n’est peut-être pas seulement la conséquence d’un excès de dépenses. Elle peut également être interprétée comme le symptôme d’un affaiblissement relatif de la capacité de l’économie française à créer suffisamment de richesse dans un environnement mondial devenu plus concurrentiel. Le véritable enjeu n’est donc pas uniquement budgétaire ; il concerne aussi la compétitivité, l’innovation, la productivité, l’emploi et la capacité du pays à adapter son modèle économique aux transformations de la mondialisation.

Et si la dette n’était pas le problème, mais le symptôme ? La véritable question serait alors : pourquoi la croissance française est-elle devenue insuffisante pour financer durablement les ambitions économiques et sociales du pays.

5. Enjeux – Pourquoi est-ce important ?

  • Préserver la souveraineté budgétaire :

Plus la dette augmente, plus l’État dépend des marchés financiers pour financer son action.

  • Éviter l’effet d’éviction :

Une part croissante des ressources publiques est consacrée au paiement des intérêts plutôt qu’à l’investissement, l’éducation ou la recherche.

  • Répartition entre générations :

La dette soulève une question de justice intergénérationnelle :

  • Les générations actuelles bénéficient des dépenses ;
  • Les générations futures rembourseront une partie de ces engagements.

Le véritable enjeu n’est pas la dette, mais la capacité à créer la richesse de demain afin d’éviter le déclassement de la France :

La dette n’est pas nécessairement un problème lorsqu’elle finance des investissements productifs susceptibles d’améliorer durablement la croissance. Historiquement, les marchés ont accepté des niveaux d’endettement élevés dès lors qu’ils considéraient que le pays disposait d’une économie dynamique, innovante et capable de créer davantage de richesse à l’avenir. La question fondamentale n’est donc pas : « Combien devons-nous ? » mais plutôt : « Que faisons- nous de cet endettement ? »

  • Préserver la confiance des investisseurs :

La soutenabilité de la dette repose avant tout sur la confiance accordée à l’avenir économique du pays.

Les prêteurs cherchent à savoir si la France sera capable demain :

  • D’innover ;
  • D’attirer les entreprises et les talents ;
  • De maintenir des infrastructures performantes ;
  • D’assurer des services publics efficaces ;
  • De créer des emplois ;
  • De générer suffisamment de croissance pour rembourser ses engagements.

Lorsque cette confiance est forte, les taux d’intérêt restent modérés. Lorsqu’elle se dégrade, le coût du financement augmente et réduit les marges de manœuvre de l’État.

  • Arbitrer entre consommation immédiate et investissement d’avenir :

Le modèle français repose largement sur la consommation intérieure, soutenue notamment par les transferts sociaux et les dépenses publiques.

Ce modèle présente l’avantage de soutenir l’activité économique et de réduire les inégalités.

Toutefois, il soulève une question centrale :

Quelle part de la dépense publique sert à soutenir la consommation présente et quelle part prépare la croissance future ?

L’arbitrage devient particulièrement important lorsque les ressources publiques sont contraintes.

– L’enjeu n’est pas nécessairement de dépenser moins, mais de dépenser davantage dans les domaines qui augmentent le potentiel de croissance :

  • Éducation ;
  • Recherche ;
  • Innovation ;
  • Numérique ;
  • Infrastructures ;
  • Transition énergétique.

Préserver la liberté d’action des générations futures :

Une dette croissante réduit progressivement la capacité de l’État à financer de nouvelles priorités.

Plus la charge des intérêts augmente, plus une partie des recettes publiques est consacrée au remboursement des emprunts passés plutôt qu’au financement :

  • Des écoles ;
  • Des hôpitaux ;
  • De la sécurité ;
  • De la transition écologique ;
  • De la modernisation du pays.

L’enjeu dépasse donc la seule question budgétaire : il concerne la capacité collective à choisir les politiques publiques de demain.

6. Propositions

L’OCDE insiste régulièrement sur deux idées complémentaires :

1. Maîtriser la progression des dépenses publiques.

2. Améliorer l’efficacité de l’action publique (pas d’avoir un État plus petit, mais un État plus efficace).

Les pistes généralement évoquées pour maitriser la progression des dépenses sont :

  • La maîtrise des dépenses de fonctionnement de l’État ;
  • La simplification administrative et la réduction des doublons entre niveaux de collectivités ;
  • L’amélioration de l’efficacité des dépenses de santé ;
  • La maîtrise de certaines dépenses sociales dans le contexte du vieillissement démographique ;
  • La révision des dépenses fiscales et des aides jugées peu efficaces ;
  • Une meilleure évaluation des politiques publiques afin de concentrer les ressources sur celles qui produisent les meilleurs résultats économiques et sociaux.

Les analyses de l’OCDE soulignent notamment la nécessité de mieux cibler certaines dépenses, de réexaminer les dispositifs les moins efficaces et de garantir la soutenabilité des principaux postes de dépenses sociales.

Réformer l’État et améliorer l’efficacité de l’action publique

L’enjeu n’est pas uniquement de réduire les dépenses, mais de s’assurer que chaque euro dépensé produit le maximum de valeur économique et sociale.

Les pistes généralement évoquées sont :

  • Simplifier l’organisation administrative ;
  • Réduire les doublons entre administrations et collectivités ;

  • Accélérer la numérisation des services publics ;

  • Moderniser les processus de gestion ;

  • Évaluer systématiquement les politiques publiques ;

  • Concentrer les moyens sur les missions les plus stratégiques.

L’objectif est double : améliorer la qualité du service rendu aux citoyens tout en contenant la progression des dépenses de fonctionnement.

Un autre point est souvent oublié et pourtant il permet de tracer un chemin et un espoir :

Développer la capacité de création de richesse de l’économie française

La réduction durable de la dette ne peut reposer uniquement sur la maîtrise des dépenses. Elle suppose également d’accroître la quantité de richesse produite par l’économie.

L’enjeu est de positionner la France sur les secteurs à forte valeur ajoutée et de tirer pleinement parti des transformations en cours liées à la mondialisation, au numérique, à la robotique et à l’intelligence artificielle.

Les pistes généralement évoquées sont :

  • Investir dans la recherche, l’innovation et les technologies de rupture ;
  • Accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle et de la robotisation dans les entreprises ;
  • Renforcer les compétences et la formation tout au long de la vie ;
  • Soutenir la réindustrialisation sur les segments à forte valeur ajoutée ;
  • Favoriser l’émergence de nouvelles filières stratégiques ;
  • Améliorer la compétitivité et l’attractivité du territoire ;
  • Développer les infrastructures numériques et énergétiques nécessaires à l’économie de demain.

La meilleure manière de réduire le poids de la dette n’est pas seulement d’emprunter moins, mais de produire davantage de richesse.

7. Impacts et financements – Quels résultats attendus ?

Résultats recherchés :

  • Stabilisation puis diminution du ratio dette/PIB ;
  • Baisse de la charge des intérêts ;
  • Amélioration de la crédibilité financière du pays ;
  • Restauration de marges de manœuvre pour les politiques publiques / souveraineté ;
  • Création d’un nouveau modèle économique centré sur des secteurs à forte valeur ajoutée.

À quel coût ?

  • Des efforts d’adaptation pour les administrations publiques ;
  • Des évolutions des systèmes de retraite, de santé ou de protection sociale ;
  • La révision de certaines aides publiques ou dépenses fiscales ;
  • Des arbitrages budgétaires pouvant affecter certains secteurs, territoires ou catégories de population ;
  • Un risque d’impopularité pour les gouvernements qui portent les réformes ;
  • Des tensions sociales pouvant se traduire par des mouvements de contestation ou des manifestations ;
  • Une polarisation du débat public et des difficultés à construire un consensus politique durable ;
  • Un risque d’instabilité politique lorsque les efforts demandés sont perçus comme injustes ou mal répartis ;
  • Des effets négatifs à court terme sur la consommation ou l’activité économique si l’ajustement est trop brutal.
  • Réorientation des dépenses vers des secteurs à forte valeur ajoutée.
    Qui finance ?

    Trois leviers existent :

    1. Réduction / réorientation des dépenses ;

    2. Hausse des recettes publiques (impôts, cotisations, suppression de niches fiscales) ;

    3. Croissance économique plus forte permettant d’accroître les recettes sans augmenter les taux d’imposition

    La question de la dette est aussi une question de gouvernance collective. Un pays peut savoir quelles réformes sont nécessaires sans pour autant réussir à les mettre en œuvre, faute de consensus politique ou social.

8. Argumentaire et idée-force

« Produire davantage, dépenser plus efficacement et investir dans l’avenir : voilà la seule voie durable pour réduire la dette sans affaiblir le pays. »

Objection :

La dette n’est pas un problème puisque la France emprunte toujours. »

Réponse :

Emprunter n’est pas problématique en soi. Le véritable enjeu est la capacité à maintenir une dette stable ou décroissante par rapport à la richesse créée. Lorsque la dette augmente durablement plus vite que le PIB, la soutenabilité devient une question économique et politique majeure

Mécanisme économique pour briller :

« Une dette est soutenable lorsque le taux de croissance de l’économie est durablement supérieur au taux de croissance de la dette. »

La dette n’est pas un problème de montant absolu, mais de rythme d’évolution. Tant que la richesse produite par le pays (le PIB) augmente plus vite que la dette, le poids de celle-ci peut diminuer naturellement. À l’inverse, lorsque la dette croît plus rapidement que la production nationale, son poids dans l’économie augmente. Le mécanisme clé est donc l’écart entre trois variables : la croissance économique, le déficit public et le taux d’intérêt. Si la croissance est supérieure au coût de la dette, l’endettement reste généralement soutenable. En revanche, lorsque la croissance ralentit et que les taux d’intérêt augmentent, une part croissante des ressources publiques est consacrée au paiement des intérêts, ce qui alimente un cercle vicieux d’endettement.

La véritable question n’est donc pas : « Combien devons-nous ? », mais : « Créons- nous suffisamment de richesse pour que la dette pèse relativement moins lourd demain qu’aujourd’hui ? »

Pour aller plus loin :

Quel nouveau modèle économique pour la France dans la mondialisation

Comment réorienter l’économie française vers une économie de l’offre

Comment orienter l’économie française vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée ?

Le courage politique pour réformer la France

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Transition énergétique : quand l’idéologie menace la sécurité nationale

By Economie

La transition énergétique sous l’angle de la souveraineté nationale

Par Alexandru-Victor Andrei, membre de la commission Économie

Cet article analyse la transition énergétique sous l’angle de la souveraineté nationale. À partir du black-out ibérique de 2025, il soutient qu’un système électrique fortement dépendant des énergies intermittentes peut accroître les risques pesant sur la sécurité d’approvisionnement. L’auteur montre également que la décarbonation ne supprime pas les dépendances stratégiques mais les déplace vers les chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine. L’étude souligne le rôle essentiel des capacités de production pilotables pour garantir la stabilité du réseau.

Dans cette perspective, le nucléaire apparaît comme un actif stratégique permettant de concilier décarbonation, compétitivité et indépendance énergétique. Enfin, l’article défend l’idée que la politique énergétique doit être guidée prioritairement par des impératifs de sécurité et de souveraineté plutôt que par des considérations idéologiques.

Le 28 avril 2025, à 12 h 33, l’Espagne et le Portugal ont basculé dans le noir. En quelques secondes, environ 15 gigawatts de production ont disparu du système électrique ibérique, soit près de 60 % de la demande instantanée.

La péninsule s’est déconnectée du réseau européen. Feux de circulation éteints, trains arrêtés en pleine voie, réseaux mobiles et distributeurs bancaires hors service, hôpitaux basculés sur groupes électrogènes. Le courant a été rétabli en une dizaine d’heures dans la majeure partie de la péninsule, et jusqu’à une vingtaine d’heures dans les zones les plus touchées. Au moins huit personnes y ont laissé la vie, sept en Espagne, une au Portugal, dont plusieurs intoxiquées au monoxyde de carbone en tentant de se dépanner.

Le rapport définitif de l’ENTSO-E, l’association des gestionnaires de réseau européens, publié en mars 2026, a écarté la thèse de la cyberattaque et impute la panne à une combinaison de défaillances de contrôle de la tension et de la puissance réactive : une surtension que le système n’a pas su réguler en temps réel, entraînant la déconnexion en cascade de nombreuses unités de production, dont les fermes solaires, dont les onduleurs se sont déconnectés sur protection de surtension. Au moment de l’incident, le renouvelable assurait environ 78 % de la production espagnole, dont près de 60 % pour le seul solaire. Un réseau massivement alimenté par des sources non pilotables, dépourvu d’inertie mécanique suffisante, s’est révélé incapable d’amortir le choc.

Cet épisode n’est pas un fait divers ibérique. C’est un avertissement. Il démontre qu’une politique énergétique conçue comme un affichage vertueux, et non comme une fonction régalienne, expose la nation à un risque systémique. L’électricité n’est pas une marchandise comme les autres : elle conditionne l’eau potable, l’alimentation, la santé, les communications, la défense. La sécurité de l’approvisionnement relève donc de la souveraineté, au même titre que la protection des frontières ou la continuité de l’État.

Une dépendance stratégique en remplace une autre

Le récit dominant présente la transition comme une marche vers l’indépendance : sortir des hydrocarbures importés, c’est s’affranchir de la Russie et du Golfe. La réalité industrielle est moins flatteuse. Le solaire et l’éolien ne suppriment pas la dépendance ; ils en changent la nature et la géographie.

La chaîne de valeur photovoltaïque est verrouillée par un seul acteur. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la Chine contrôle entre 75 % et 97 % de chacune des étapes clés (du polysilicium à l’assemblage des modules) et concentre environ 84 % de la production mondiale. L’Europe, qui absorbe une part majeure de la demande, ne pèse plus qu’à hauteur de quelques pour cent dans la fabrication. L’éolien n’échappe pas à cette logique. Ses aimants permanents, comme les batteries de stockage censées compenser l’intermittence, reposent sur les terres rares et les métaux critiques. Là encore, Pékin domine : environ 60 % de l’extraction mondiale, mais surtout 90 % à 91 % du raffinage et de la séparation, et près de 93 % des aimants permanents. En avril 2025, la Chine a imposé des licences d’exportation sur sept terres rares, désorganisant aussitôt des filières entières, de l’automobile à l’armement. L’arme n’est plus le robinet de gaz : c’est le contrôle du raffinage.

Substituer une dépendance russe à une dépendance chinoise n’est pas une victoire stratégique. C’est un transfert de vulnérabilité vers un rival systémique, dans des secteurs qui touchent directement à la défense. La relance des capacités de séparation sur le sol français, comme la ligne de terres rares pour aimants permanents inaugurée par Solvay à La Rochelle en avril 2025, va dans le bon sens, mais elle reste marginale au regard des volumes maîtrisés par Pékin.

L’intermittence, angle mort de la stabilité du réseau

Un système électrique ne se juge pas à sa capacité installée, mais à sa capacité disponible au moment où la demande culmine. Or le vent et le soleil ne se commandent pas. Une nuit d’hiver sans vent, configuration banale en Europe, annule simultanément l’éolien et le solaire, précisément quand la consommation explose sous l’effet du chauffage.

Plus la part instantanée de production non pilotable augmente, plus le réseau perd en inertie et en marge de manœuvre. Les centrales classiques, thermiques ou nucléaires, apportent une masse tournante qui stabilise naturellement la fréquence et la tension. Les panneaux et les éoliennes, raccordés par électronique de puissance, n’offrent pas cette stabilité intrinsèque. Le black-out ibérique en fut la démonstration grandeur nature. Ce que les partisans d’un mix « 100 % renouvelable » présentent comme un détail technique est en vérité le cœur du problème : la robustesse d’un réseau se paie en capacités pilotables, disponibles à la seconde.

Le stockage, souvent invoqué comme solution miracle, ne change pas l’équation à l’échelle d’un pays. Aucune technologie ne permet aujourd’hui de restituer plusieurs jours de consommation nationale. Les batteries lissent des variations de quelques heures ; elles ne passent pas un hiver. Et elles ajoutent, on l’a vu, une dépendance supplémentaire aux métaux critiques.

Le nucléaire, colonne vertébrale de la souveraineté française

La France dispose d’un atout que peu de nations possèdent : un parc nucléaire qui fournit une électricité décarbonée, pilotable et bon marché. Ce socle, hérité du programme Messmer lancé en 1974, a longtemps garanti à l’industrie française des prix compétitifs et au pays une indépendance électrique réelle. Le laisser vieillir sans le renouveler serait une faute historique.

Le programme EPR2 en est le vecteur. EDF a engagé la construction des six premiers réacteurs, à Penly, Gravelines et au Bugey, avec une décision finale d’investissement attendue fin 2026 et une première mise en service visée en 2038. C’est l’aboutissement d’une relance industrielle décisive : après des décennies sans nouveau chantier, la France reconstitue une filière complète, réorganisée autour d’EDF, de Framatome et d’Arabelle Solutions, et forme les compétences nécessaires — le programme mobilisera plusieurs dizaines de milliers d’emplois qualifiés dans la prochaine décennie.

La réussite de cette relance est une condition de notre souveraineté. Rapporté à sa durée de vie de soixante ans et à la stabilité qu’il apporte au réseau, l’investissement nucléaire reste l’un des mieux rentabilisés du système électrique : il offre une électricité décarbonée, pilotable et compétitive sur le long terme, là où les capacités intermittentes exigent des infrastructures de secours permanentes. Les petits réacteurs modulaires développés par NUWARD, filiale d’EDF, ouvrent en complément la voie d’un nucléaire décentralisé, adapté aux besoins industriels et à la production de chaleur.

Une objection mérite d’être traitée de front, car elle est fondée : le changement climatique pèse sur le refroidissement des réacteurs. Lors des canicules, l’échauffement des cours d’eau peut contraindre EDF à réduire la puissance de certaines centrales, voire à les arrêter. Le Bugey, sur le Rhône, en a fait l’objet en juillet 2026, l’ASNR relevant temporairement les limites de rejets thermiques et plafonnant à 1 °C l’échauffement du fleuve entre l’amont et l’aval. Il faut cependant mesurer la portée exacte de la contrainte. Ces limites encadrent l’échauffement de l’eau restituée, non la température absolue du fleuve ; elles font l’objet de dérogations ponctuelles, encadrées et surveillées ; elles ne concernent que quelques sites en circuit ouvert, quelques jours par an. Les réacteurs équipés de tours aéroréfrigérantes prélèvent bien moins d’eau. La contrainte est réelle, gérable et marginale, sans commune mesure avec l’intermittence, qui, elle, est structurelle. La reconnaître honnêtement renforce l’argumentaire plutôt qu’elle ne l’affaiblit.

Reste un enjeu que l’on évoque rarement : la maîtrise du nucléaire civil et la dissuasion procèdent d’un même écosystème de compétences. Ingénieurs, métallurgistes, spécialistes du combustible, autorités de sûreté : ces savoir-faire se nourrissent mutuellement. Laisser dépérir la filière civile, c’est fragiliser à terme le socle industriel de la dissuasion française. La question énergétique rejoint ici la question de défense.

Propositions

Quatre orientations peuvent nourrir la réflexion du CRSI en vue des débats de 2027 :

1. Sanctuariser le programme EPR2 en verrouillant son financement et sa gouvernance, avec un audit indépendant des coûts et un calendrier tenu, condition de la crédibilité de la relance.

2. Traiter la souveraineté sur les métaux critiques comme un enjeu régalien, en soutenant le raffinage sur le sol national et européen et en constituant des stocks stratégiques.

3. Réintroduire un critère de pilotabilité dans la planification du mix, afin qu’aucun ajout de capacité intermittente ne se fasse au détriment de la stabilité du réseau.

4. Renforcer les liens entre filière nucléaire civile et base industrielle de défense, en préservant les compétences partagées.

Idée-force. La sécurité énergétique n’est pas un chapitre de la politique environnementale : c’est une fonction de souveraineté. La transition doit être commandée par la stabilité et l’indépendance nationales, non par l’idéologie.

Principales sources

ENTSO-E, rapport sur la panne ibérique du 28 avril 2025 · ASNR (ex-ASN), décisions et notes sur les rejets thermiques des centrales, 2022 et 2026 · EDF, communiqué sur le devis prévisionnel du programme EPR2, décembre 2025 · Cour des comptes, La filière EPR : une dynamique nouvelle, des risques persistants, janvier 2025 · Agence internationale de l’énergie, données sur la chaîne de valeur photovoltaïque et les minéraux critiques, 2024- 2025 · Sfen, décryptages sur le coût du programme EPR2.

souveraineté agricole nos vignes seront elles envahies

Souveraineté agricole : nos vignes seront-elles envahies ?

By Economie

Ravageurs invasifs, la vigilance collective, dernier rempart de nos filières agricoles

Par H., adhérente au CRSI

 

Le CRSI, depuis quelques années déjà, ne limite plus ses travaux à la seule sécurité intérieure. La souveraineté fait désormais partie de nos thèmes de réflexion. Et notamment, la souveraineté alimentaire qui englobe plusieurs aspects dont celui des nuisances qui peuvent s’abattre sur le monde agricole et ses productions.

Un précédent article abordait les menaces qui pèsent sur notre pays et qui sont liées aux animaux exotiques. Les risques pour la faune et la flore locales ainsi que les risques directs pour les Français ne doivent pas être vus comme des lubies d’écolos qui voudraient empêcher le monde de tourner en rond. Ces thématiques sont apolitiques et les réflexions qui s’y rapportent nous concernent tous.

La mondialisation fait voyager Hommes et marchandises, et dans leurs bagages, volontairement ou non, des animaux, des plantes, des bactéries, des champignons, des virus sont transportés aussi !

 

Trois situations peuvent alors survenir :

– l’organisme ne s’adapte pas à son nouvel environnement, notre pays. Plus de problème.

– l’organisme s’y adapte, mais son intégration à l’écosystème autochtone ne pose pas de soucis majeurs. Tout va bien.

– l’organisme s’adapte, mais déséquilibre, de manière majeure, la faune et la flore locales. Nous faisons alors face à l’invasion d’un nuisible (ou ravageur invasif). Dégâts assurés…

Dès lors qu’un nouvel organisme envahit une zone géographique, nous avons deux options : l’exterminer totalement, et si cela n’est pas le cas, le contrôler. Néanmoins, le vivant ne se contrôle pas toujours, voire presque jamais et l’espèce invasive est parfois hors de contrôle avec des conséquences qui varient selon le biotope touché… Nos gouvernants devraient être plus attentifs aux intrusions de ravageurs dans nos productions agricoles car il y a une accélération de leur nombre depuis les années 2000. 

Histoire de cicadelle, pas encore réglementée au niveau européen.

Histoire de scarabée auto-stoppeur, arrivé, il y a quelques jours, à Strasbourg…

 

Culture, raisins et cicadelles

La vigne française est, depuis presque deux cents ans, épisodiquement touchée par des organismes vivants venus d’ailleurs. Le premier, connu et répertorié en 1848, est l’Oïdium de la vigne (Erysiphe necator), un champignon, mais 80 % des attaques venues de l’extérieur des frontières sont dues à des insectes. Tout le monde connaît l’histoire du Phylloxera (Daktulosphaira vitifoliae). Insecte apparenté au puceron, arrivé des USA en 1863, il décima le vignoble français qui passe de 2,3 millions d’hectares, à son maximum en 1870, à 1,4 million d’hectares en 1900. Ce fut un drame économique, mais aussi social pour toute la viticulture française et européenne.

Aujourd’hui, la surface viticole n’est que d’environ 770 000 hectares (3 % de la surface agricole utile nationale). En 2022, la France compte 58 100 exploitations viticoles selon les données Agreste. La viticulture représente 15 % de l’ensemble des exploitations agricoles françaises et elle employait, en 2023, plus de 130 000 équivalents temps plein (soit 20 % du secteur agricole).

Les exportations de vins et spiritueux français ont atteint 14,3 milliards d’euros en 2025. Ce chiffre a diminué de 8 % par rapport à 2024, dû aux conjonctions économiques et géopolitiques. Autant dire que la filière ne souhaite pas subir d’autres maux. Et pourtant…

Récemment, des ravageurs de la vigne préoccupent vignerons, chercheurs et acteurs socio-économiques de la filière. Ils ont de doux noms, mais un potentiel de grands destructeurs : la cicadelle africaine et le scarabée japonais. 

La cicadelle africaine (Jacobiasca lybica) est une espèce d’insecte invasive, identifiée en 2024. Elle a été initialement décrite sur la vigne au Maghreb, d’où son nom de cicadelle africaine. Elle est repérée ensuite en Espagne, en Grèce, au Portugal, en Italie et puis en Corse.

Elle est retrouvée dans le Var et les Pyrénées-Orientales en 2024, puis dans l’Aude en 2025… Pile dans la région qui concentre le plus de vignobles ! Le Languedoc-Roussillon abrite un quart des vignes françaises (cf. la carte ci-dessous).

répartition de la surface du vignoble par bassin en 2024

Les adultes sont hivernants sur plus de 35 espèces de plantes hôtes, de type herbacé ou arbustes. Au printemps, la cicadelle africaine se déplace dans les vignes où les insectes s’accouplent. Ils pondent leurs œufs dans les nervures des faces inférieures des feuilles.

Si je vous dis que la canicule et la sécheresse favorisent sa reproduction et son extension, en ce mois de juillet 2026, ça vous parle ??? 

 

Larves et microscope

Les larves restent sous le dessous des feuilles de la vigne et se nourrissent de la sève. Pour faire simple, la sève s’échappe ensuite de la feuille suite aux blessures provoquées par ces larves. Il suffit que la moitié des feuilles soient touchées pour voir les dégâts. Le feuillage des vignes prend alors un aspect grillé, rouge-brun, qui se repère de loin dans les côteaux… Le desséchement des feuilles est parfois complet et la défoliation survient. Les raisins maturent difficilement, le degré d’alcool reste faible, les ceps ont du mal à reconstituer leurs réserves et les repousses peuvent être anarchiques.

L’appétence des larves diffère selon les cépages. En 2024, l’attaque a touché en Métropole le cru de Banyuls (Port-Vendres). Syrah, Mourvèdre, Vermentino, Muscat d’Alexandrie sont très sensibles, le Grenache l’est beaucoup moins. En 2023 et 2024, en Corse, le taux de véraison* a été diminué parfois de 50 % sur les parcelles les plus touchées. Localement, les récoltes ont baissé de 30 à 40 % en 2024.

La cicadelle africaine ressemble à un grillon, et beaucoup à ses deux cousines déjà introduites en France : la cicadelle italienne (Zygina rhamni) et la cicadelle verte (Empoasca vitis), connue aussi sous le nom de cicadelle des grillures. Au stade larvaire, on ne peut d’ailleurs pas différencier la cicadelle africaine des deux autres. C’est un problème de taille, car la cicadelle d’Italie ne pose aucun problème à la maturation de la vigne. La traiter avec des phytosanitaires serait une perte de temps, d’argent et écologiquement irresponsable. La cicadelle des grillures, présente en Europe, n’est responsable, elle, que d’un dessèchement modéré du feuillage.

La seule façon actuelle de faire la différence entre ces trois espèces est de capturer une cicadelle mâle adulte et d’examiner sous microscope l’extrémité de son appendice ! Autant dire que c’est affaire de spécialiste. Pas de test rapide encore disponible, on espère que nos chercheurs y travaillent, vive la génétique !

 

L’OVNI veille…

La découverte de la cicadelle africaine n’est pas due au hasard, mais à une soixantaine de partenaires regroupés dans un réseau et répartis sur tout le territoire métropolitain. Ce réseau participatif, baptisé OVNI**, collecte et analyse des pièges (simples, jaunes, englués) à l’échelle du pays. Grâce à cette veille collective, la filière viticole cherche à évaluer l’ampleur de la menace et à anticiper sa progression. Depuis 2025, Cor’cicadelle est le premier programme français dédié à ce ravageur dont la biologie reste à explorer. Depuis avril 2026, la cicadelle africaine fait également partie du COPIL « espèces exotiques envahissantes » organisée par la préfecture du Var.

Les insecticides classiques contre les cicadelles des grillures n’offrent qu’une efficacité partielle et les applications de phytosanitaires doivent épargner les pollinisateurs avec des règles très strictes sur les conditions d’emploi.  De plus, des résistances aux traitements existent et sont surveillées par un réseau, le R4P***. Le kaolin, substance minérale naturelle, protège sans convaincre, et les pistes biologiques, notamment l’action d’un petit insecte (Anagrus atomus) demandent encore à être explorées.

L’Institut français de la vigne et du vin (IFV) lance en septembre prochain INNOVA-Vigne, un projet doté d’un budget de 4 millions d’euros pour aider la filière viticole française à trouver des solutions durables, efficaces et directement opérationnelles, conciliant lutte contre les bioagresseurs et réduction des intrants. En plus de chercher des nouveaux protocoles d’identification de la cicadelle africaine, des filets insect-proof seront testés. Après avoir ensaché le rang de vigne avec un filet à mailles très fines, sera évalué l’effet sur les attaques de ravageurs, la physiologie de la vigne, la manutention et le coût.

La faune auxiliaire pourrait servir un programme de lutte dite biologique. En plus des insectes cités plus haut, elle passera peut-être par les oiseaux, insectivores quasi exclusifs, comme les mésanges, bleues ou charbonnières. Un couple de ces oiseaux qui nourrissent leurs petits ont besoin de protéines animales, ne s’attaqueront pas aux raisins pour cette raison en été, et peuvent consommer des milliers d’insectes par jour ! D’autres oiseaux vivent dans les vignes et peuvent devenir les alliés du vigneron contre ces ravageurs. Il faut cependant installer des nichoirs. Planter des haies favoriserait nos amis oiseaux, mais cela est peu pratiqué dans les vignobles français. Favoriser l’enherbement est à double tranchant, cela est bon pour les zones indemnes des cicadelles, mais les adultes pouvant vivre dans ces zones herbacées, il est recommandé de retourner les sols des parcelles contaminées. De même, les chauve-souris peuvent se repaître d’insectes adultes qui volent la nuit, les espèces françaises ne s’intéressent pas au raisin. Rien n’est acté sur l’emploi de cette faune auxiliaire, des travaux existent, mais semblent anciens (G. Sentenac, La faune auxiliaire des vignobles de France, Ed. France Agricole-Dunod, 2011).

 

Gazon maudit

Un autre ravageur est arrivé en France (juillet 2025). Il est classé comme organisme de quarantaine prioritaire au sein de l’Union européenne. Venu du Japon, accidentellement introduit aux États-Unis en 1916, il s’y est progressivement installé et s’est disséminé jusqu’au Canada. Passé par l’archipel des Açores, il atteint l’Italie du Nord en 2014, traverse la Suisse dès 2017. Cinq individus sont identifiés non loin de Mulhouse l’an dernier, deux spécimens viennent d’être capturés, via des pièges, sur la commune de Strasbourg en juin 2026…

Il s’agit du scarabée japonais (Popillia japonica), un insecte dit « auto-stoppeur » car voyageant avec les Hommes et leurs marchandises… Il peut dévorer plus de 300 types différents de plantes hôtes. Il adore le gazon, la vigne et les arbres fruitiers. Autant dire qu’il peut vivre chez nous tranquille !

 

evolution du scarabée japonais en italie entre 2014 et 2024

Source : https://www.popillia.eu/blog/interactive-map-of-the-japanese-beetle-s-invasion-in-continental-europe-2015-2024

 

Tous mobilisés !

Les adultes peuvent être facilement détectés à l’œil nu et capturés à la main. En pratique, toute observation d’un scarabée japonais doit être signalée à votre Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf), en envoyant une photo, en précisant le lieu de l’observation et la plante concernée. Cet insecte ressemble à un coléoptère autochtone et mesure près d’un centimètre de long. Il est évidemment recommandé de ne pas faire voyager vos plantes. La sécurité n’est pas que l’affaire des forces de l’ordre, pour ce qui concerne la sécurité de notre agriculture, nous pouvons tous, à notre échelle, y contribuer.

scarabée japonais

Source : https://agriculture.gouv.fr/le-scarabee-japonais-une-menace-pour-les-plantes

Cependant, l’information sur le scarabée japonais est passée relativement inaperçue en Alsace, même auprès de certains agriculteurs et arboriculteurs… La détection d’une invasion par un insecte ravageur pourrait pourtant faire l’objet de nombreuses propositions, pas si compliquées à mettre en place, par exemple :

– information massive des agriculteurs alsaciens, les premiers concernés par les conséquences potentielles de l’extension du scarabée japonais sur leur territoire. De même, informer tous les paysagistes, les jardiniers, les jardineries, les fleuristes et les associations de troc de plantes.

– courte vidéo explicative (sur l’animal, la façon de l’identifier, les mesures à prendre) qui passerait en boucle à des horaires variés pour toucher un large public sur la chaîne France 3 Alsace et la chaîne Arte.

– diffusion à large échelle de l’affiche déjà réalisée sur l’insecte, disponible via le lien suivant : https://agriculture.gouv.fr/le-scarabee-japonais-une-menace-pour-les-plantes

– mobilisation de professeurs des écoles ou de biologie : c’est l’occasion pour les élèves de suivre un cours de SVT sur un sujet d’actualité et sur lequel les élèves peuvent être proactifs en diffusant largement l’information autour d’eux.

– mobilisation des associations de naturalistes, de randonneurs, etc.

Les invasions de ravageurs s’accroissent avec l’intensification du commerce mondial, les voyages et le réchauffement climatique. Ce dernier accentue les capacités de survie d’animaux ou de plantes, voire d’agents pathogènes, qui n’aimaient, jusqu’ici, pas vraiment les climats tempérés et les hivers froids.

La détection des ravageurs invasifs est indispensable ! La formation en France par exemple d’entomologistes, d’ornithologues, de biologistes ou de microbiologistes reste donc plus que jamais impérative. La recherche sur les moyens de lutte doit être mieux subventionnée, mais l’Etat réduit actuellement les budgets des chercheurs et grève donc possiblement l’avenir de notre agriculture…

* Véraison : stade de la maturation du raisin au cours duquel les grains changent de couleur et pendant lequel la quantité de sucre commence à augmenter. 

** OVNI : Observatoire des insectes nuisibles endémiques ou invasifs du vignoble.

*** R4P : Réseau de réflexion et de recherche sur la résistance aux pesticides. https://www.r4p-inra.fr/fr/home/

 

Sources 

https://fevs.info/wp-content/uploads/2026/02/20260210 – CP FEVS Bilan 2025 Export Vins Spiritueux_VF.pdf

https://paca.chambres-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/257_chambres_dagriculture_provence-alpes-cote_dazur/CA83/Documents/RVD2025_Cicadelle_africaine_diffusion.pdf

https://www.inrae.fr/actualites/surveillance-renforcee-apres-larrivee-confirmee-cicadelle-africaine-vignobles-francais

https://draaf.corse.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/bsv_viticulture_8_4_septembre_2025_hs_cicadelles.pdf

https://www.canal-u.tv/chaines/univ-bordeaux/ravageurs-invasifs-cas-de-la-cicadelle-africaine-et-du-scarabee-japonais

https://ecophytopic.fr/recherche-innovation/proteger/projet-innovavigne

https://ecophytopic.fr/sites/default/files/2023-05/Note nationale abeille reglementation version consolidée_04-2023_vf.pdf

https://www.inrae.fr/actualites/scarabee-japonais-conquete-leurope-insecte-haute-surveillance

https://www.anses.fr/fr/system/files/SANTVEG2021SA0090Ra.pdf

https://agriculture.gouv.fr/le-scarabee-japonais-une-menace-pour-les-plantes

https://draaf.paca.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/3_-_cropsav_11_05_2026_-_cicadelle_africaine.pdf

https://www.lefigaro.fr/jardin/espece-invasive-un-scarabee-japonais-piege-a-strasbourg-les-autorites-en-alerte-20260721

https://vignevin-charentes.com/wp-content/uploads/2024/01/Auxilliaires-de-la-vigne-.pdf

la solution pour la construction d’une réserve civile de défense et de sécurité intérieure

Les retraités, réserve stratégique de la Nation

By Economie

Les retraités : la solution pour la construction d’une réserve civile de défense et de sécurité Intérieure de masse et dans la durée sur le territoire national qui ne pénalise pas l’économie, dans un contexte de menace hybride installée depuis 11 ans

 

Par Pascal Jacquemont, adhérent au CRSI

 

Ce mémorandum reprend ici les termes de multiples courriers envoyés depuis le 16 Juillet 2016 aux parlementaires et en particulier à Madame Fioraso, alors cheffe de la Commission de la défense nationale et des forces armées, à mon parlementaire, puis aux différents chefs d’Etat major de la garde Nationale, de la gendarmerie et des armées après que notre pays ait subi de multiples attaques terroristes. Il a été complété et a nouveau diffusé à une partie de ce public depuis l’attaque lancée par le Hamas le 7 Octobre 2023 qui a durablement déstabilisé notre pays en suscitant des vocations locales et installant l’ère du risque de pogrom.

Aussi, habitant une ville attaquée par un islamiste en 2015, mes concitoyens locaux interviewés afin que ce document reflète une vision commune et moi-même, porte-voix,  sommes particulièrement sensibles à la question. Nous sommes quotidiennement observateur averti de la nature des dispositifs existants, sporadiques ou absents faute de budget. 

Pourquoi un électrochoc le 16 juillet 2016 ? car j’avais constaté en gare de Lyon le 15 juillet un vide policier consécutif à la sur-sollicitation traditionnelle du 14 juillet dans une zone de départ de colonie de vacances d’un accès optimal pour des individus mal intentionnés. 1000 enfants rassemblés dans une zone aux accès multiples sans forces de polices visibles avec un armement adéquat . En province (Niort par exemple) , l’absence de prépositionnement armé lors de rassemblements est aussi inquiétante. 

La sécurité du territoire dépend de forces limitées, complexes à mobiliser (cas de le réserve opérationnelle)  qui ont aussi besoin de congés après de fortes mobilisations, ce dont les individus et Etats malveillants sont parfaitement conscients. Des événements comme les jeux olympiques, les émeutes urbaines, ou de moindre ampleurs, mobilisent ou ont mobilisé un majeure partie de nos forces, en créant de façon récurrente de gigantesques vides sécuritaires. Il s’agit de s’organiser en conséquence. 

 

Plan du document : 

I. Contexte : Un risque sécuritaire polymorphe, installé, et en croissance

II. Les limites de la conception actuelle de la réserve opérationnelle 

III. Comment accroitre l’utilisation des forces opérationnelles existantes

IV. Une solution de masse dans la durée : les seniors et retraités

V. Comment recruter

VI. Comment commander  

VII. Comment financer 

VIII. Une solution de masse dans la durée: les seniors et retraités

Conclusion 

Annexe 1 : destinataires 

Annexe 2 : échange de courriels avec Madame Geneviève Foraso, parlementaire, 2016

 

 

 

I. Contexte : Un risque sécuritaire polymorphe, installé, et en croissance

Sont venus s’ajouter depuis 2015 de nombreux événements comme la guerre de haute intensité en Europe, accompagnés  d’un très grand nombre d’actes malveillance (ex : sabotage ferroviaire en Allemagne le 8 Octobre 2022, incendie de Rheinmetall à Berlin le 3 mai 2024, etc…). 

La guerre au Moyen Orient exporte des tensions et tentations sur le territoire français. L’internet est utilisé pour lancer de fausses alertes épuisant nos forces au risque que les vraies menaces finissent par être négligées. Sollicitées de façon multiple et en masse depuis 11 ans, nos forces d’active connaissent un état d’épuisement. Cela accroit les risques d’erreurs et de fautes, de nombreux départs et une plus grande difficulté de recrutement.

L’installation du conflit et du risque  dans la durée (maintenant 11 ans : 271 morts exécutés, 1100 blessés lors d’actions terroristes, plus exactement d’exécution au faciès, à la religion, à l’orientation philosophique, à la profession),  comme la nature hybride des menaces requiert depuis plusieurs années la recherche d’une solution de densification durable et modulaire de la défense territoriale. Notre pays a pourtant une longue expérience de la défense de l’arrière. 

Le risque couvre maintenant tous les sites publics (Guide des bonnes pratiques pour la sureté des espaces publics, édition 2021) dans un contexte où le terrorisme n’est plus revendicatif mais recherche à tuer un maximum de personnes de façon spectaculaire, en visant le cas échéant les plus faibles (enfants, personnes âgées) qui ne peuvent se mettre à l’abri, ou personnes coincées dans des espaces fermés. Le modèle ancien de réponse à ces actions, avec un temps d’intervention puis une négociation, est révolu. Le citoyen doit pouvoir se défendre et défendre autrui (fiche R2 n p84 du guide précité) comme a Annecy le 8 juin 2024 ou gare de Lyon le 6 février 2024.

Par ailleurs l’idéologie du ressentiment est bien installée et abondamment relayée de façon multiple par des forces politiques autochtones et étrangères, quand ce ne sont pas nos manuels scolaires sélectivistes sur les maux de l’histoire. Elles construisent un terreau vulnérable pouvant se manifester sous la forme d’émeutes à la moindre étincelle.  L’anathème religieux entre religions abrahamiques que l’on croyait appartenir au passé suite aux énormes travaux entres Eglises et Synagogues (de 1947 à la Visite de Jean Paul II au Kotel à Jérusalem en 1994) réapparait en force à travers une littérature illégale mais sans réaction des autorités compétentes (à titre d’exemple: réapparition du qualificatif pogromiste de « peuple maudit »  concernant les juifs mais aussi les chrétiens dans les ouvrages de grande diffusion comme « Péchés et Guérison » de Ibn Al-Qayyim (Auteur), Nabil Aliouane (Traduction ) ). 

Dans ce contexte d’impossibilité d’une protection permanente des citoyens par l’Etat, de l’état fluctuant du dispositif Vigipirate,  et des délais d’intervention de 20 à 30 minutes actuels (et même d’1 heure en cas de tuerie de rang 3) voire indéterminés, des dispositifs communautaires reposant sur des volontaires  apparaissent, s’équipant de matériel permettant de traiter au plus vite et au plus près une attaque au couteau voire à l’arme à feu hors d’un cadre législatif et défensif structuré.

Enfin le scénario cauchemar d’une attaque combinée ne peut être exclu: mobilisation de nos forces conventionnelles aux frontières de l’OTAN, sabotage d’un site Seveso entrainant une catastrophe régionale, déclenchement massif d’incendies, attaques électroniques, proliférations d’alertes à la bombe organisées,  attaques terroristes de type « Christchurch » avec en sus la provocation d’émeutes pogromistes de rétorsion. Un tel scénario, du domaine du possible,  peut échapper à la vigilance. Par nature il déborde totalement un système de défense classique d’active , qu’il soit technologique ou humain. En juillet 2023, durant les émeutes postérieures à la mort du délinquant routier Nahel Merzouk,  des communes du val de Marne ne disposaient de plus aucun service public régalien disponible.  L’attaque du domicile de Vincent Jeanbrun, maire de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), dans la nuit de samedi 1er à dimanche 2 juillet valide la faisabilité du scénario des individus malveillants. Le mobile du homejacking peut être crapuleux , antisémite,  politique (malheur à l’élu qui a résisté à des pressions) et conduire à des issues tragiques : viols, meurtres , défénestration , etc.…sans véritable doctrine de primo intervention citoyenne.   

Sans qu’il y ait de plan concerté,  l’avènement d’une menace simple et locale devient une opportunité pour une autre menace dans un scénario opportuniste boule de neige . Une émeute peut permettre à une puissance étrangère d’exécuter des réfugiés politiques qui ont espéré en la promesse française, de détruire des installations vitales le cas échéant par des sous-traitants autochtones animés par des motivations politiques d’une autre nature (écologistes, palestinistes, etc.…   ) , d’activer une cellule de type « Spetsnaz » , etc… 

Nous n’avons pas de dispositifs pouvant mobiliser de façon modulaire des forces territoriales recensées au préalable avec ordre de mission connu (local / de proximité),  et qui dans le même temps ne paralyserait pas plus encore le fonctionnement des infrastructures et de l’économie, plus nécessaire que jamais.

La solution choisie doit être économique, efficace, fiable et loyaliste. Elle ne doit pas compromettre la nécessaire production de richesse. Elle doit être mobilisable très rapidement par une chaine de commandement adaptée localement et apporter un puissant renfort tactique de primo alertant (non armés) et primo intervenant aux forces d’actives sur tout le territoire : qu’il  s’agisse d’un incident dans un supermarché casher, ou un barrage du beaufortain.  

 

II. Les limites de la conception actuelle de la réserve opérationnelle

La vision proposée par le Président de la République le 20 Juillet 2016 reposait sur la sollicitation de « toutes les femmes et tous les hommes qui, en parallèle d’une carrière d’études ou d’un choix professionnel, ont choisi de s’engager au service de la protection des Français« . Cette vision était sans aucun doute pertinente à l’époque dans un contexte postérieur à la guerre froide et d’une économie reposant sur de très grandes entreprises industrielles, ou un salarié absent pouvait être facilement remplacé provisoirement. 

Mais dans une situation de durée et de secteurs administratifs et industriels « hyper productifs » en tension, ce système entrave la nécessaire création de richesse d’autant plus qu’il vise à prélever dans la durée des personnels qui sont aussi indispensables dans leurs propres organisations. 

Ce système ne permet pas de système de masse. 

En 1914, l’armée avait dû rétrocéder 500000 combattants sans quoi les industries auraient cessé de fonctionner. 

Madame Geneviève Fioraso soulignait par ailleurs dans sa réponse  à mon courrier de 2016  qu’« A toutes fins utiles, il est à préciser que la plupart des réservistes sont employés par les collectivités locales ou l’État, dans toutes ses composantes – fonction publique hospitalière, fonction publique d’État -, qui est leur premier employeur. Pourtant, il s’avère que dans ce domaine, ce sont les plus mauvais élèves : ce sont eux qui libèrent le moins facilement leurs agents (sic) » car ils sont en effet indispensables à son fonctionnement, plus nécessaire encore en contexte de durée. Une défense nationale ne peut se construire en induisant une dégradation des transports, des hôpitaux, services de secours etc…. bien au contraire.

Les systèmes de réserve citoyenne sont quant à eux cantonnés à un recrutement sur CV et non de masse et ne permettent pas la surveillance du territoire dans une grande échelle.

La réserve opérationnelle, limitée, doit être utilisée conformément à son spectre de compétences techniques et juridiques, c’est-à-dire en complétant les forces d’actives, dont la vocation est de traiter les situations les plus graves, plutôt que de multiplier des gardes statiques, qui affecte la qualité de son entrainement à la haute intensité. Vigipirate cantonnée à la très faible intensité, dégrade l’entrainement à la haute intensité, et peut entrainer une surmortalité au premier combat de haute intensité: un mur ne protège pas contre une balle d’AK74, encore moins contre un RPG7. 

 

III. Comment accroitre l’utilisation des forces opérationnelles existantes

Le plein d’effectifs armés issu de la composante opérationnelle n’a pas été encore fait. Il est souhaitable de permettre à tous les militaires allant à leur bureau en transport en commun et disposant d’une qualification au tir de combat, de circuler avec une arme de catégorie B en port caché dans l’espace public (20 000 personnes en Ile de France ?). Cela requiert simplement une formation au processus en vigueur pour la gendarmerie et la police en civil lors d’un tir administratif. Le coût étant seulement l’équipement à domicile d’un coffre pour arme de poing.  En effet, ces personnes ont déjà par définition un agrément de l’autorité en matière d’utilisation d’armes de catégorie B et A. La contribuable finance leur entrainement. L’optimisation de ces personnels à des fins collectives est une revendication légitime du citoyen. L’idée qu’un militaire serait incompétent sur une telle mission annexe , amènerait le public à s’interroger sur la qualité de ces personnels ou le niveau de confiance que l’Etat entretient envers ceux qui sont missionnés pour mettre en œuvre des armements . 

Enfin ces personnels doivent pouvoir sortir un signal d’identification très visible en cas de primo intervention ( à destination du public et des secundo intervenants pour éviter un tir ami ; le système israélien , très efficace a néanmoins omis cette approche) . Aussi, l’entrainement aux procédures de tir en situation de foule est aussi critique.

Si l’administration s’inquiète de la possibilité d’un vol d’arme de catégorie B, le révolver est une option sérieuse. Limité à 5 ou 6 coup, il s’agit d’une très bonne arme de défense ou de primo réaction, mais d’une mauvaise arme pour un massacre de masse ou du grand banditisme du fait de sa faible capacité en munitions. 

Le révolver est en dotation comme deuxième arme ou arme de tir de précision dans les unités d’élite.  Il a été pendant longtemps l’arme d’auto défense des policiers, des gendarmes, convoyeurs de fonds, etc… du fait de sa simplicité d’utilisation et de sa fiabilité. Une arme en catégorie D peut aussi être envisagée. 

 

IV. Une solution de masse dans la durée : les seniors et retraités

En 1913, la réserve territoriale de par la loi couvrait quasiment l’espérance de vie d’un homme. 

De nombreux dispositifs ont fait appels aux séniors dans l’histoire des conflits (Home Guard britannique, Défense passive française) en prélevant localement à des fins de missions de défense locale des :

-Primo alertants

-Primo intervenants en défense passive (lutte contre les incendies et primo intervention NBC) ,  primo défense armée de ralentissement selon une approche hérisson le temps qu’une défense structurée s’organise 

Sur 17 millions de retraités français et étrangers vivant en France, beaucoup de personnes sont capables de patrouiller à pieds et en véhicule dans leur commune, apporter leurs connaissances du terrain, et sont connus de leurs concitoyens. L’administration connait leur histoire judiciaire  et certains d’entre eux sont en mesure d’être primo intervenant armé (les policiers, gendarmes et militaires retraités par exemple).

Les pouvoirs publics peuvent définir une modularité de la mobilisation  (couple maire / préfet / région militaire) et la chaine de commandement en conséquence.

Un outils de cohésion sociale :

Plutôt que des dispositifs communautaires que j’ai pu observer (juifs protégeant des synagogues et écoles juives, trop rarement des catholiques ou des musulmans faisant la vigie devant leur lieux de cultes bien que cela soit préconisé par le Guide des bonnes pratiques pour la sûreté des espaces publics, édition Décembre 2021 , et plus généralement tout membre du public en charge de personnes vulnérables) , armés au-delà ce que permet la législation actuelle sur le port d’armes de catégories D et B,  suppléant à l’impossibilité administrative de protéger toutes les cibles dans l’espace et dans le temps  (sur un temps que l’administration définit entre 20 et 30 minutes en province , en réalité souvent plus voire indéterminé en situation dégradée), il est important que les habitants de France participent à la protection commune et solidaire. 

La protection de la vie de tous est l’affaire de tous et est un droit pour tous. Elle relève de la fraternité.

Enfin cette approche valorise les séniors et prévient une sollicitation inéquitable de la seule jeunesse (qui représente l’avenir du pays), dont la mort au combat est perçue de façon plus dramatique encore dans une famille à 2 enfants (voire moins). Les réactions émotionnelles aux 10 morts de l’Attaque d’Uzbin ne résultent pas seulement de la redécouverte de la guerre , mais aussi d’une mutation démographique profonde. L’Histoire de France a comporté des campagnes de mères de famille entravant l’envoi de leurs fils au front.

L’impact de la mort d’un sénior dans le cadre d’une action de défense est moindre que celle d’une jeune femme ou d’un jeune homme lors d’un combat d’infanterie relevant à nouveau du possible.

En outre les retraités ou séniors peu motivés par la dimension militaire peuvent être engagé dans la prévention de masse par le tutorat scolaire des jeunes enfants, ou des missions de protections civiles (systématisation de la Reserve communale de sécurité Civile adapté au contexte de guerre hybride actuel) 

 

V. Comment recruter :

Instaurer une Journée de la défense territoriale pour tous les retraités, utilisant les sites des armées dédiés à la Journée de la défense et de la citoyenneté.

Cette journée serait aussi ouverte aux actifs voulant « devancer l’appel » et souhaitant présenter à l’autorité des compétences (exemple : un ancien policier travaillant dans le civil proposant de faire partie des primo intervenants)

Objectifs :

-identifier les volontaires (avant d’envisager une réquisition) motivés pour protéger leur quartier, commune ou acceptant de servir en zone éloignée. 

-identification de l’aptitude physique (vision, marche , conduite , discernement) 

-identifier les compétences (langues, informatique, maintenance industrielles, électroniques, travaux publics, services d’urgences), validation des acquis professionnels, qui dans de nombreux cas comprennent une solide expérience de l’hygiène et sécurité au travail transposable dans ce contexte, à minima en terme d’état d’esprit.

-Identifier le niveau d’armement que le volontaire pourrait  mettre en œuvre (pas d’armement pour le primo alertant, armement de catégorie D, B ou A selon les cas pour les primo intervenants, drone, armement anti drone en commençant par le fusil calibre 12 pour la protection la plus rapprochée, ou équipement de sécurité civile / défense NBC) 

-identifier les profils qui pourrait passer dans la réserve active en cas de guerre conventionnelle (ateliers de fabrication de drone ou autres armements simples et de masse, arme du génie, du train, de la logistique, du matériel, services de santé,  langues, compétences électroniques, etc… ) 

-recensement du lieu de domicile : casernement naturel du territorial et surtout espace de mission sur lequel le volontaire offre une grande valeur tactique car il y est plus à même de détecter des anomalies suspectes

-définition par l’administration du niveau de mobilisation en fonction des compétences identifiées (primo alertant et / ou primo intervenant) et de la nature du risque ou de l’incident (terrorisme, risque NBC, etc..) 

-identification et mobilisation systématique des volontaires pour un service civique généralisé de prévention de la dérive des jeunes (tutorat dès le primaire  ayant vocation à pratiquer la langue, etc..), dans le cas de citoyens non motivés ou non aptes à une mission de nature défensive, mais motivés par une action civique d’une grande productivité sociale et contribuant à l’ordre public comme la cohésion nationale (mais qui n’est pas le sujet de ce courrier) 

En situation dégradée, la mobilisation pouvant commencer par l’autorisation de port caché d’armes de catégorie B de citoyens sélectionnés par leur aptitude et motivés par leur évolution quotidienne dans des espaces ciblés par l’assaillant de type « Daech/ISIS » ou démuni de forces de l’ordre que nous connaissons dorénavant, après une formation adaptée. 

-attribution d’un ordre de mission au volontaire (ou réquisitionné) selon le type d’alerte  et définition du mode de mobilisation d’urgence 

Exemple d’ordre de mission : porter une arme en port caché à l’Eglise. Il y a 40 000 Eglises actives dorénavant menacées. L’Etat n’en a protégé tout au plus 10% . Cela vaut pour les écoles juives , synagogues de Saint Mandé et de Vincennes, où des volontaires se relaient durant les absences de gardes policières devenues la règle.  

Possibilité de devancer l’appel pour les actifs : 

Cette journée doit pouvoir être devancée par des actifs (devancement de l’appel)  afin que des individus peu disponibles puissent le cas échéant être identifiés comme mobilisables ponctuellement par un préfet et un maire , par exemple pour accroitre la sécurité de sites religieux lors d’une fête , le vendredi soir ou dimanche matin, d’un marché de Noël etc… sous les ordres de la police municipale.

La collectivité a aussi intérêt à recruter plus de primo intervenants équipés d’ armes de catégorie D (bâton de défense, lanceur de gel incapacitant de grande puissance Piexon, lanceurs Co2 avec glissières fluorescentes les différenciant d’une arme de cat B), et pour beaucoup d’arme de poing  : individus qualifiés par l’autorité et évoluant dans des environnements menacés , obéissant aux mêmes modes opératoires qu’un policier devant faire usage de son arme hors du service , dans l’intérêt du public. Ce recrutement devrait systématiquement s’adresser aux anciens gendarmes, policiers , militaires reconvertis sous réserve de leur accord et d’une formation aux dernières procédures de police / gendarmerie , d’un examen pratique et d’une vérification de sécurité classique.  

Création d’un brevet élémentaire de défense territoriale pour tous :

Comme le brevet de secouriste, il s’agit aussi d’un brevet de secours à la personne mais ouvrant le droit de port d’une arme de catégorie D de type bombe au poivre de longue portée (avec propulsion pyrotechnique de type JPX2 / 4 de chez PIEXON : Dispositif non létal d’une portée de 7 mètres qui est une réponse sérieuse aux attaques à l’arme blanche ) . En effet à ce jour le port d’une bombe au poivre n’est pas autorisé et passible d’une forte amende à 1 ans de prison. Le fait de l’existence d’un danger potentiel ne suffit pas au regard de la loi (or le danger n’est connu qu’à posteriori d’une attaque) . Le scénario où un citoyen interviendrait avec une bombe au poivre dans un contexte de légitime défense d’autrui reconnue par la justice mais qui serait dans le même temps poursuivi pour port d’arme prohibé est du domaine du risque probable. Ce risque est dissuasif.  

Un tel brevet accordé par des entreprises accrédités (armureries, instituts agrées accordant des formations la sécurité) avec un cursus validé par le Centre national de la fonction publique territoriale permettrait d’encourager la légitime défense d’autrui en limitant le risque juridique à l’usage criminel d’une arme de catégorie D  de ce type. Ce brevet inclurait une formation au droit, aux premiers secours (blessés par arme blanche, balle, brulures , chimiques)  et un questionnaire final évaluant le discernement du candidat titulaire. Il pourrait aussi comporter un volet « détection des anomalies en contexte terroriste ou de guerre hybride» (véhicule trop bas sur châssis / au coffre surchargé à proximité d’une école, individu statique portant un manteau anormalement ample aux abord d’un site sensible, drones survolant un site sensible , etc….telles que passées en revue dans le Guide des bonnes pratiques pour la sureté des espaces publics, élargi au contexte actuel de guerre hybride installée). En outre il régulariserait les citoyens improvisant actuellement des dispositifs communautaires. 

Un tel brevet, comprenant le développement de connaissance ne primo détection de signaux faibles en relation avec les menaces identifiées par le ministère de l’intérieur et le ministère de la défense,  pourrait être évolutif vers une intégration dans une unité locale de défense territoriale et l’habilitation  catégories C et B dans un cadre validé par les pouvoirs publics. En effet, accroître le nombre de primo intervenants agrées et encourager la légitime défense d’autrui sont des priorités immédiates.

Un tel brevet doit s’inscrire dans un assouplissement du droit de la légitime défense d’autrui au moyen d’armes de catégorie D non létale. Aujourd’hui, le public ne peut que laisser une victime attaquée au couteau dans l’espace public se laisser massacrer. En république , cette situation de dénuement juridique et matériel est en contradiction avec la définition du statut de Citoyen.

VI . Comment commander :

La chaine de commandement commence par le maire (échelon municipal au cas où le maire, officier de police, aurait besoin de renforts « primo alertant » sous les ordres de la police municipale) mais les personnels armés relèvent de leur propres commandement militaire ou préfectoral. 

A la différence des gardes nationales passées , le commandement de toutes unités armées (à plus forte raison en cat B) , relèverait en tous les cas du dispositif d’active ou relevant de la réserve opérationnelle (officier , sous-officiers d’actives des forces armées, de la  police et de la gendarmerie locale)

Démarrage du processus de création de la garde territoriale : 

Ce processus doit commencer par une expérience pilote sur une région à risque polymorphe, à analyser et étendre au territoire national ou pourrait appeler en priorité tous les individus se manifestant comme pouvant prétendre à des aptitudes de primo intervenant (port d’arme de catégorie B caché)

 

VII. Comment financer

Le 8 Mai serait à nouveau un jour actif afin de générer des revenus spécifiquement dédié à la défense du territoire. Au jour ouvré rétabli s’ajouterait la force du symbole. Le 11 Novembre devenant le jour consacré à tous les anciens combattants. 

Il serait aussi pertinent que le Jeudi de l’ascension et le Lundi de pentecôte soient aussi définitivement ouvrés afin de financer la protection des lieux de culte de toutes les confessions, pouvant aussi faire l’objet de menaces d’islamistes, de militant d’extrême gauche et d’ultra droite. En affirmant faussement que la basilique de Montmartre  a été bâti en hommage à la répression de la commune , Thomas Guénoléa mis une cible sur ce patrimoine.

Le Mois de mai deviendrait par ailleurs un mois viable productif sur le plan de l’économie. 

Il s’agirait de financer un équipement simple (chasuble porte plaque au standard molle Otan , plaques balistiques arrêtant les calibres de guerre, armes de catégorie D et B , équipements de communication, drones de proximité, etc…) , la formation selon des formats déjà bien définits par le Centre national de la fonction publique territoriale ou de préférence l’Etat major de la Gendarmerie, et les frais de patrouille. Toutefois en l’été des finances , les financement privés seraient tolérés come c’était le cas à l’origine des gardes nationales ou encore pratique courante dans les forces d’actives aujourd’hui (pour parties ; lunettes ; lampes LED au pouvoir « saisissant » même de jour, accessoires, etc…) 

 

Conclusion

La sécurité est un droit fondamental et l’une des conditions de l’exercice des libertés individuelles et collectives. L’Etat a le devoir d’assurer la sécurité en veillant, sur l’ensemble du territoire de la République, à la défense des institutions et des intérêts nationaux, au respect des lois, au maintien de la paix et de l’ordre public, à la protection des personnes et des biens (article L111-1 du code de la sécurité intérieure). Mais, comme l’indiquent des attaques régulières depuis 2015, et les atteintes aux biens et aux personnes,  les intrusions criminelles opportunistes et bientôt pogromistes dans les propriétés et copropriétés isolées ou même en zones hyper urbanisées comme Paris 16,  il n’est pas en mesure de le faire au moins sur un laps de temps, parfois indéterminé. Celui-ci est  devenu critique du fait de l’évolution de la nature cumulée des menaces vers la malice et la duplicité plutôt que la revendication politique. Elles recherchent l’appât du gain , mais aussi l’horreur morbide, la désorganisation sociétale et pas nécessairement le message politique. 

Les citoyens ont le droit de pouvoir s’organiser en conséquence (« esprit de résistance » invoqué par le président Hollande en 2015). A Saint Mandé et Vincennes, sur le territoire de la république, en populations juives comme non juives, féminines, immigrées légalistes, rurales, d’entrepreneurs confrontés à des primes d’assurances devenues asphyxiantes, la colère est là, face à des dispositifs régaliens intermittents et l’absence de solution citoyenne de masse et légale, à plus forte raison face à une attaque hybride de grande envergure. Les citoyens commencent à s’organiser aux frontières de la loi de par la nature des risques sans qu’il soit honnête de qualifier cela de délit de préméditation. Il s’agit d’une anticipation raisonnable elle – même promue par de grandes personnalité du GIGN (« Se préparer au pire » Aton). La nouvelle brochure « Tous résilients » ne réponds pas à la problématique de la défense solidaire en situation de vide régalien. Que doit faire un village breton attaqué à l’AK 74 par un groupe qui aurait su s’adapter et évoluer sous le radar ?  L’Etat laisse «  la voie du musulman » véritable manuel de guerre insurrectionnelle être diffusé malgré les cris d’alarme de la presse et de familles musulmanes depuis 2014 (Le Figaro 29 Juillet 2014) . Une partie de la classe politique appelle ouvertement à l’insurrection. Or l’intérêt collectif, le respect du droit et l’efficacité dans la durée requièrent que la sécurité de tous, à chaque instant et la totalité du territoire de la république , face partie d’un dispositif organisé dans une chaine de commandement légale, efficace et fédérateur ; laissant le cas échéant la haute intensité concentrée sur les points durs  aux troupes d’actives. 

« Ne pas subir » disait le Maréchal de Lattre de Tassigny. Il appartient aux pouvoirs publics d’accompagner et de structurer cette motivation citoyenne afin que tout Etat ou individu recherchant à poursuivre la politique d’horreur sur notre territoire sache qu’en tous lieux (d’une Eglise dans la banlieue de Rouen à un supermarché de province) et en tout temps sache qu’ il sera détecté très en amont (la meilleure des solutions),  contrarié, voire empêché de réaliser ses projets sordides, par un citoyen armé et déterminé, missionné par la collectivité pour combler le vide de 20 à 30 minutes nécessaire à l’arrivée de forces d’actives. L’état dramatique des finances du pays, la nécessaire préservation de le jeunesse, comme la qualité du dispositif conduisent à donner un rôle prépondérant aux retraités ou jeunes séniors. 

Exécuter des enfants juifs, abattre des clients d’un supermarché, égorger des paroissiennes, des professeurs de la République, des policières créoles ou soldats musulmans hors service (au titre du hadith 14 sur les apostats) et autres cibles sélectionnées selon un profilage raciste contre la France, lié à la vulnérabilité, aux orientations sexuelles, l’orientation philosophique et religieuse, crapuleux vis-à-vis des entreprises ou encore visant les infrastructures vitales du pays,  doit devenir une activité à haut risque dont celui de perdre la face vis-à-vis des entités mandataires.  Quand bien même il y aura encore des morts, la détermination de notre société à se défendre efficacement doit être un message aux individus, partis politiques pogromistes, organisations et Etats qui nous voient comme des pleutres et des agneaux.