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enfant et burger

Intoxication alimentaire : Peut-on réduire les SHU pédiatriques ?

By Santé, NASA

Des contrôles accrus de services vétérinaires renforcés et une information éclairée des parents et des professeurs des écoles sauveraient peut-être des vies d’enfants.

Par A. Hamelin, responsable des commissions Santé et NASA

Certaines intoxications alimentaires illustrent significativement l’imbrication des notions de nature, agriculture, santé animale et santé humaine, concept plus connu sous le nom « une seule santé ».

En France, le syndrome hémolytique* et urémique** ou SHU touche principalement les enfants, surtout de moins de trois ans et plus globalement de moins de 15 ans car l’âge est un facteur de risque important de SHU. Ce syndrome est provoqué par une toxine produite par certaines bactéries Escherichia coli encore appelées E. coli entérohémorragiques.

Réservoir animal

Le réservoir principal de ces bactéries productrices de Shiga-toxine est le tube digestif des ruminants (ovins, bovins, caprins). Le mode de transmission le plus courant est l’ingestion d’aliments contaminés par la toxine et consommés crus ou peu cuits :

       – viande et plus souvent viande hachée,

       – produits laitiers au lait cru,

       – fruits et légumes crus non pelés,

       – eau contaminée.

Ces aliments sont souvent contaminés par les matières fécales des ruminants porteurs de la bactérie qui produit cette toxine. La contamination est souvent liée à une hygiène défectueuse lors de la traite ou de l’abattage des animaux, mais l’humain peut aussi se contaminer par contact avec des animaux de ferme ou par leur environnement.

Les symptômes d’appel les plus typiques sont une diarrhée profuse qui devient hémorragique avec peu ou pas de fièvre, compliquée par une atteinte rénale avec altération de l’état général et une pâleur liée à l’anémie. Il existe des formes cliniques variées et moins classiques avec des troubles nerveux par exemple. Pour les patients âgés de moins de 16 ans, le SHU doit être obligatoirement déclaré aux agences régionales de santé. Le SHU représente la principale cause d’insuffisance rénale aiguë chez l’enfant de moins de trois ans en France où le taux de mortalité reste proche de 1%.

Intoxication tueuse d’enfants

Une fois le diagnostic établi, les investigations épidémiologiques pour déterminer les sources de contamination ne sont mises en œuvre que lorsque plusieurs enfants sont atteints de SHU et que ces cas sont groupés dans le temps et l’espace. En 2022, 252 cas pédiatriques ont été enregistrés par Santé publique France, un record comme le montre le graphique 1 ci-dessous. Cette année-là, ont sévi plusieurs épidémies dont une de très grande ampleur (58 enfants touchés dont 50 ont présenté un SHU et deux enfants décédés) liée à la consommation de pizzas surgelées et insuffisamment cuites par les parents malgré les conseils de préparation de l’industriel explicités sur l’emballage.

En juin 2025, à Saint-Quentin, dans l’Aisne, une petite fille de 11 ans est décédée des suites de l’ingestion d’une viande de mouton contaminée, achetée dans une boucherie halal et très probablement issue d’un trafic de viande clandestin et d’un abattage illicite de moutons. Six bouchers ont été récemment mis en examen par le Parquet de Paris.

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Respect des règles

Pour les particuliers, la prévention du risque alimentaire de SHU est connue :

  • respect de la chaîne du froid,
  • hygiène du réfrigérateur et séparation des produits crus et cuits,
  • hygiène du plan de travail et des ustensiles de cuisine,
  • lavage des mains systématique avant la préparation des repas, en sortant des toilettes      ou après avoir changé les couches d’un nourrisson,
  • lavage des légumes, des fruits et des herbes aromatiques,
  • cuisson à cœur des viandes hachées notamment,
  • respect des consignes de cuisson des plats cuisinés,
  • éviter les laitages crus pour les enfants de moins de 5 ans.

Des bactéries, des profs et des vétos

Pour limiter au maximum ces intoxications, les parents doivent être mieux informés. Des cours d’hygiène alimentaire pourraient par exemple être proposés aux jeunes parents pendant le congé de maternité ou parental. Il faut également améliorer l’information concernant les modes de préparation des plats cuisinés en augmentant leur visibilité sur les emballages et en attirant l’attention sur les risques encourus d’une cuisson ou d’un temps de réchauffage insuffisants. La plupart des bactéries sont tuées par une élévation de température adaptée et pendant un temps suffisamment long. Une cuisson des viandes hachées à cœur (70°C) élimine les E. coli entérohémorragiques responsables de SHU.

Par ailleurs, il faut mieux informer les professeurs qui emmènent leurs élèves dans les fermes pédagogiques sur les risques encourus et leur rappeler qu’il faut éviter le contact de jeunes enfants avec les vaches, moutons, chèvres, etc., et leur environnement. Rappeler qu’en cas de contact, le lavage des mains (eau et savon) doit être systématique avant que l’enfant ne porte ses doigts à sa bouche.

Et peut-être tout simplement, mais en premier lieu, donner de réels moyens, financiers et humains, aux services vétérinaires de la DDPP*** pour contrôler les commerces alimentaires sensibles et les usines agro-alimentaires, pour contrôler les élevages clandestins de ruminants, pour lutter contre les abattages illégaux de ruminants en France et donc contre le trafic de viande…

*hémolytique : en lien avec la destruction les globules rouges, provoque une anémie.

** urémique : en lien avec une élévation de la concentration de l’urée dans le sang.

*** DDPP : Direction départementale de la protection des populations.

Sources :

https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/Bilan_SHU_2022.PDF

https://med.stanford.edu/content/dam/sm/pednephrology/documents/secure/Hemolytic-uremic-Syndrome.pdf

https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses-d-origine-alimentaire/article/syndrome-hemolytique-et-uremique-shu?TSPD_101_R0=087dc22938ab2000c4841da19951ced13982cfb90e72f855f29e2c64070bf70425432080c61e0e1a08196cb94f14300058c3efe411b2538e51dac65145e27b07058310dc9aa0f04d866b0a02f83336fc48c367690feebe8e9060dddfe70582e0

https://www.anses.fr/en/system/files/MIC-Fi-EscherichiaColi.pdf

dette

Dette française : la facture de la hausse des taux est encore à venir

By Nos événements, Economie

Par Lilou Schepers, membre des Jeunes CRSI

Début octobre 2026, la France a frôlé 5 % pour emprunter à dix ans. Ce taux est celui de l’OAT (obligation assimilable du Trésor), le titre par lequel l’État français emprunte sur les marchés : il correspond au rendement que les investisseurs exigent pour lui prêter de l’argent pendant dix ans, et il sert de référence à tous les autres. Le 5 octobre, il a atteint 4,92 %, son plus haut niveau depuis juillet 2002 (1), contre environ 3,5 % un an plus tôt. En douze mois, le coût de l’emprunt à dix ans a ainsi augmenté de près de 40 %.

Ce niveau ne pèse pas encore pleinement sur le budget de l’État, et c’est ce qui rend le phénomène difficile à percevoir. Chaque année, seuls les titres qui arrivent à échéance et le nouveau déficit sont financés aux conditions de marché ; le reste de la dette continue de porter les taux, plus bas, auxquels il a été émis. La dette que l’État a émise sur les marchés atteint 2 904 Md€ à fin août 2026, et sa durée de vie moyenne est de 8 ans et 142 jours (2).

Autrement dit, il faut en moyenne plus de huit ans pour qu’un titre arrive à échéance et soit remplacé par un nouveau, émis au taux du moment. Cette durée relativement longue amortit le choc, mais elle signifie aussi qu’une hausse des taux s’installe pour longtemps : un titre émis aujourd’hui à près de 5 % pèsera sur le budget pendant toute sa durée de vie.

Chaque point de taux supplémentaire représente ainsi, une fois toute la dette renouvelée, près de 29 Md€ de charge d’intérêts en plus chaque année (3). Mais l’effet est progressif : la première année, seule la part de la dette qui arrive à échéance est concernée, puis l’impact s’accumule année après année. Le choc s’étale sur une décennie, ce qui le rend politiquement discret : une hausse de la charge de la dette ne se vote pas, elle se constate.

Le danger tient précisément à cela : un coût qui s’installe sans qu’aucune décision ne soit prise, et qu’aucun débat n’a l’occasion de contester.

Le chiffre le plus instructif n’est pas le taux lui-même, mais l’écart avec l’Allemagne. Le Bund est l’obligation allemande à 10 ans, que les marchés considèrent comme la référence la plus sûre de la zone euro. L’écart entre le taux français et le taux allemand, que l’on appelle le spread, mesure ce que les investisseurs demandent en plus pour prêter à la France plutôt qu’à l’Allemagne : c’est la prime de risque supplémentaire que le marché attache à la France. Il s’exprime en points de base, un point de base valant 0,01 point de pourcentage.

Le 5 octobre, il atteignait environ 152 points de base, soit 1,52 point de pourcentage, son plus haut niveau depuis 2011 (4).

Cet indicateur a l’avantage de comparer les deux pays à conditions égales. Les facteurs qui touchent tous les emprunteurs de la zone euro (hausse des taux directeurs, inflation, rémunération plus élevée demandée pour prêter sur longue durée) pèsent autant sur l’Allemagne que sur la France : ils n’apparaissent donc pas dans l’écart. Ce qui reste reflète ce que les marchés pensent de la France elle-même.

Pour fixer un ordre de grandeur, si la France payait sur l’ensemble des titres de dette qu’elle a émis sur les marchés (2 904 Md€) 1,52 point de plus que l’Allemagne, la facture annuelle serait supérieure d’environ 44 Md€ (5). Cela montre ce que vaut, en euros, la crédibilité budgétaire d’un pays.

Cette prime pèse d’autant plus que la France dépend du regard extérieur : 57,5 % des titres de dette de l’État sont détenus par des investisseurs non résidents (6). Elle doit aussi emprunter davantage : l’Agence France Trésor prévoit d’émettre 340 Md€ de titres à moyen et long terme en 2027, contre 310 Md€ en 2026 (7), tandis que le projet de loi de finances pour 2027 table sur une dette publique de 121,7 % du PIB, contre 119,3 % en 2026 (8). Plus un émetteur doit emprunter, plus il est sensible à l’humeur de ses prêteurs.

Concrètement, la charge de la dette de l’État, c’est-à-dire les intérêts versés chaque année, doit passer de 62,6 Md€ en 2026 à 72,9 Md€ en 2027, soit plus de 10 Md€ de plus en un an (9). Il est possible que cette charge dépasse 100 Md€ en 2030 (10). Les intérêts sont la seule dépense due avant tout arbitrage politique : ils s’imposent au budget quel que soit le gouvernement, et ils se financent en réduisant ce qui prépare l’avenir. La question n’est plus seulement de savoir comment financer les déficits passés, mais ce à quoi l’on renonce pour demain, et ce sont les actifs d’aujourd’hui, les plus jeunes en tête, qui en supporteront le coût.

Ces trajectoires peuvent être simulées. C’est l’objet de Génération Dette (generationdette.fr), un outil en ligne qui permet de faire varier le taux auquel la France se refinance ainsi que la croissance de la productivité, et de visualiser l’évolution de la dette et de la charge d’intérêts jusqu’en 2045. On peut aussi y tester des chocs, des réformes fiscales ou des efforts d’économies. L’outil permet ainsi de mesurer le poids que ces choix font peser sur les générations futures, celles qui paieront ces intérêts sans avoir décidé de la dette. Il s’appuie sur un modèle simplifié, alimenté par les données de l’Agence France Trésor, de l’Insee, d’Eurostat et du FMI, et propose également un tableau de bord de la charge de la dette et de ses détenteurs.

L’arbitrage réel tient en deux issues : soit la France corrige elle-même sa trajectoire, soit elle se la fait corriger. La voie compatible avec la souveraineté passe par la crédibilité : une trajectoire de dépense publique lisible et tenue, qui réduit l’écart de taux avec l’Allemagne avant que le marché ou une tutelle ne le fasse à notre place. L’effort doit porter sur la dépense plutôt que sur l’impôt, car un nouveau prélèvement sur les entreprises pèserait sur la croissance, dont dépend tout le reste. L’autre voie existe : la Banque centrale européenne dispose d’un filet, l’instrument de protection de la transmission (TPI), qui lui permet de racheter des titres d’un pays dont les taux montent plus que sa situation économique et budgétaire ne le justifie, par exemple lors d’un mouvement de défiance des marchés (11) . Son déclenchement reste toutefois soumis à des conditions, notamment de soutenabilité budgétaire.

Compter sur ce filet, c’est accepter que la trajectoire budgétaire se décide aussi ailleurs que dans nos institutions : le moment de l’intervention, ses conditions et l’effort exigé en contrepartie seraient fixés à Francfort et à Bruxelles, pas à Paris. Une dette qui ne se refinance qu’avec l’aide d’autrui n’est plus tout à fait une dette que la France maîtrise.

santé

Le point sur le poids des Français

By Santé

L’évolution de la corpulence des Français met-elle en jeu leur santé et notre système de protection sociale ?

Par Aurore et Stéphane, membres de la commission Santé

Projet Plan FORME, note 3

La note précédente montrait que notre population vieillit, facteur sur lequel nous ne pouvons pas agir directement. Néanmoins, la pratique de l’exercice physique, une alimentation adaptée et la conservation des liens sociaux peuvent limiter les conséquences de ce vieillissement. Cette note montre qu’une partie importante de notre population souffre de problèmes de poids, et sur ce point nous pouvons, et nous devons, agir…

Ne pas se résumer à un nombre

L’IMC, ou indice de masse corporelle, est un moyen simple de situer son poids par rapport à une moyenne [1]. Pour le calculer, il faut diviser son poids exprimé en kilogramme par sa taille (en mètre) élevée au carré : IMC (kg/m2) = poids (kg) / taille (m) x taille (m).

Un IMC entre 18,5 et 25 kg/m2 indique un poids optimum. Des IMC compris entre 25 et 30 kg/m2 vous classent en surpoids, et au-dessus de 30 kg/m2 vous souffrez d’obésité (trois stades sont décrits). A l’opposé, le sous-poids est associé à des IMC inférieurs à 18,5 kg/m2. Les cas d’anorexie mentale sont associés à des sous-poids allant de 17 à 15 kg/m2 notamment pour les stades les plus graves.

Cependant la pesée et l’IMC ne sont pas des critères suffisants pour aborder les problématiques médicales liées au poids. Il faut également regarder à quoi correspond cette masse, est-elle grasse ou maigre ? A volume égal, le muscle pèse plus lourd que la graisse. Il faut aussi évaluer la répartition de cette masse grasse sur le corps, est-elle abdominale ou pas ? Les conséquences peuvent être très différentes pour la santé de la personne. Les consultations de nutrition ne sont malheureusement pas toujours proposées sur l’ensemble du territoire.

Une population qui grandit

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Depuis 1970, la population française prend environ 1 cm tous les dix ans, cf. tableau 1. Malheureusement cette augmentation de taille s’accompagne aussi d’une prise de poids, plus marquée depuis le début des années 1990 et qui touche toutes les classes d’âge, preuve que le vieillissement n’est pas seulement en cause [2]. Les femmes en sous-poids représentaient 8,5 % de la population des 18-65 ans en 1981, ce chiffre est tombé à 6,7 % en 2003.

Une population qui grossit

Le surpoids et l’obésité se définissent comme une accumulation anormale ou excessive de graisse et sont considérés comme des facteurs de risque majeurs pour de nombreuses maladies non transmissibles telles que le diabète de type II, les maladies cardiovasculaires, les maladies métaboliques, les problèmes articulaires et certains cancers [3]. Une méta-analyse récente de juin 2026 [4] pointe l’association d’un IMC élevé à un risque accru de 19 cancers, suggérant que l’adiposité de la personne peut être un facteur de risque pour certains cancers.

L’Inserm* réalise depuis 1997 et jusqu’à 2012 des enquêtes (Obépi-Roche) pour estimer la prévalence du surpoids et de l’obésité en France. Ces enquêtes ont été poursuivies par la Ligue contre l’obésité en 2020 et 2024, le graphique 1 montre la nette progression de l’obésité en France qui a plus que doublé depuis 1997. L’enquête de 2024 fait apparaître, par exemple, que 36 % des personnes souffrant d’obésité sont traités ou ont été traités pour de l’hypertension artérielle, 20 % pour de l’arthrose ou de l’apnée du sommeil.

L’obésité doit être considéré comme un problème de santé publique majeur et sa prévention comme une priorité nationale.
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A retenir pour la France

  • 18 % des adultes sont en situation d’obésité en 2024, soit environ 10 millions de personnes.Les écarts varient selon la catégorie socio-professionnelle (21 % chez les ouvriers, 13 % chez les cadres) et les revenus du foyer (25 % dans les foyers ayant des difficultés économiques, 14 % dans les foyers plus aisés).
  • Environ 31 % des adultes sont en surpoids, un taux resté quasi stable depuis 20 ans.
  • 48,8 % des adultes de la Métropole sont concernés par un excès de poids (surpoids + obésité), et 51,8 % pour les habitants des DROM-COM**.
  • En quarante ans, précisément entre 1981 et 2024, le nombre de personnes obèses en France a été multiplié par plus de trois, passant de 5,3 % à 17,9 %.
  • Un décès sur 5 est lié à l’alimentation selon le cinquième et dernier Plan national nutrition santé ou PNNS 5 (2026-2030) !

Les problèmes de poids des Français les prédisposent à des affections chroniques et invalidantes dont le coût ne cesse de croître pour la collectivité. En 2023, selon la CNAM***, 25 millions de patients, souffrant de problèmes de poids ou non, ont été traités pour une maladie chronique, soit 37 % de la population française. Les remboursements de leurs soins représentent 62 % des 202 milliards de dépenses de santé remboursées cette année-là. Les projections de la CNAM évaluent à 3 à 6 % de patients supplémentaires touchés par une maladie chronique en 2035.

Le groupe santé du CRSI proposera un plan de prévention global de santé, le plan FORME, car faire attention à son poids, c’est prendre soin de soi. C’est aussi prendre soin de son système de santé, donc de son pays.

Les pistes de solutions sont :

  • Augmenter les données sur le sujet. Les enquêtes sont parfois réalisées par téléphone, certaines sont face à face, mais pas toutes. Pour avoir une meilleure estimation de la situation pondérale des français et apprécier l’évolution de la prévalence de l’obésité sur une longue période en France, les médecins pourraient renseigner, de manière anonymisée, une base de données publique réservée exclusivement aux chercheurs en nutrition.
  • Donner des moyens supplémentaires aux chercheurs notamment en nutrition, en endocrinologie, etc. Comprendre mieux la perte ou la prise de poids d’un individu est fondamental pour agir de manière plus ciblée.
  • Informer de manière plus efficace les risques liés à la malnutrition.
  • Augmenter l’accessibilité à des consultations de nutrition sur l’ensemble du territoire français.
  • Analyser les échecs de la politique de santé effectuée jusqu’ici et revoir les plans de prévention de l’obésité mis en place. Le second Programme national nutrition santé ou PNNS 2 (2006-2010) avait fait de la lutte contre l’obésité un enjeu essentiel des politiques de santé publique. Le PNNS 4 (2019-2023) visait comme objectif : « Mieux prendre en charge les personnes en surpoids, dénutries ou atteintes de maladies chroniques » [5]. L’objectif 16 était de dépister et de prendre en charge des personnes souffrant d’obésité. Les résultats ne sont pas au rendez-vous, l’obésité continue de progresser comme le montrent le graphique 1.
  • Inclure pendant le congé maternité, dans la partie qui situe avant la naissance de l’enfant, des cours d’alimentation. Durant cette période, la femme est plus réceptive aux conseils en matière de nutrition pour elle et pour son enfant. Ces cours seraient dispensés en présentiel ou en distanciel si besoin. Ils pourraient être également dispensés aux pères lors de leur congé de paternité.
  • Offrir une consultation de nutrition pédiatrique dès que la courbe de croissance de l’enfant montre un risque de surpoids et assurer le suivi de la famille au long cours. La plupart des enfants ont un suivi régulier chez le médecin ou le pédiatre pendant leur croissance, le renvoi vers un nutritionniste doit être automatique dès les premiers signes de surpoids.
  • Proposer une consultation de nutrition spécifique dédiée à la femme en préménopause pour limiter le risque de prise de poids à cette période de bouleversements hormonaux. Cela concerne la moitié de la population des 40 – 50 ans.

* Inserm : Institut national de la santé et de la recherche médicale.

** DROM-COM : Départements et Régions d’Outre-Mer / Collectivités d’Outre-Mer.

*** CNAM : Caisse nationale d’assurance maladie.

Sources :

  1. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2009-09/table_imc_230909.pdf
  2. https://shs.hal.science/halshs-00278898v1
  3. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/les-dossiers-de-la-drees/240717_DD-Surpoids-Obesité
  4. 4.https://www.nature.com/articles/s42255-026-01542-8
  5. https://www.reseau-national-nutrition-sante.fr/fr/orientations-du-pnns-4.html
santé sécurité

La cybersécurité dans le secteur de la santé

By Numérique, Santé

Quand le risque cyber devient un risque sanitaire

Par Jean, membre de la commission Santé

La transformation numérique du système de santé a profondément modifié la nature du risque cyber. Le dossier patient informatisé, l’imagerie médicale, la télémédecine, les objets médicaux connectés, les entrepôts de données et désormais l’intelligence artificielle ont fait du système de santé un immense écosystème numérique.

Cette numérisation contribue indéniablement à améliorer la qualité des soins en améliorant certains traitements difficilement réalisables de manière manuelle. Elle crée cependant, en parallèle, une dépendance forte aux systèmes d’information. Ainsi les établissements de santé qui subissent une cyberattaque, ne sont pas seulement exposés à un risque de perte ou de compromission des données. Ils peuvent également se retrouver privés d’une partie voire de la totalité de leur capacité à soigner et à prendre en charge efficacement les patients.

Selon le rapport public 2025[1] de l’Agence du numérique en santé (ANS) concernant les signalements d’incidents de sécurité informatique, l’ANSSI[2] a traité 3 586 événements de sécurité et 1 366 incidents confirmés ; 10 % des incidents concernaient le secteur de la santé (troisième secteur le plus touché).

Cette vulnérabilité tient également à la structure des systèmes d’information hospitaliers. Un établissement peut agréger des centaines d’applications, des dispositifs médicaux connectés, des systèmes parfois anciens, des logiciels métiers spécialisés et de multiples interconnexions avec des laboratoires, professionnels libéraux, prestataires, hébergeurs ou autres établissements. Le rapport de l’ANS précité souligne notamment la multiplication des logiciels, les connexions avec les prestataires, le Shadow IT[3] et l’interdépendance croissante des systèmes.

Un article[4] du Portail de l’Intelligence économique va dans ce sens. Il souligne la dette technique des systèmes d’information des établissements de santé, la multiplication des applications et la difficulté à disposer d’une cartographie exhaustive du patrimoine numérique.

[1]https://esante.gouv.fr/sites/default/files/media/document/ANS_CERTSante_Rapport_Public_Observatoire_Signalements_ISSIS_2025_VF_0.pdf

[2] ANSSI : Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information est l’autorité nationale en matière de cybersécurité et de cyberdéfense en France. L’ANSSI est placé sous l’autorité du secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale.

[3] Le Shadow IT désigne « des SI réalisés et mis en œuvre au sein d’organisations sans l’approbation du Directeur informatique »  – source ANSSI

[4] https://www.portail-ie.fr/univers/2025/complexite-systeme-information-hospitalier/

 

Dès lors, la cybersécurité dans le secteur de la santé ne devrait plus être appréhendée uniquement comme une fonction support de la Direction du Système d’Information (DSI). Elle devient une composante de la sécurité des soins et, à une échelle supérieure, de la résilience nationale.

Pour faire face à ces menaces, le secteur de la santé est soumis, depuis plusieurs années, à un renforcement de son cadre réglementaire et légal. La frise suivante présente l’évolution du cadre juridique relatif aux exigences de cybersécurité applicable au secteur de la santé.

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Le secteur de la santé, une cible stratégique pour les cyberattaquants

Les travaux prospectifs[1] évoqués par Thomas Gomart ont bien identifié la menace cyber comme revêtant un caractère systémique en raison de « l’enchevêtrement des enjeux et l’imbrication des acteurs publics comme privés ». Les trois grilles de lecture suivantes permettent d’en appréhender les principales dimensions.

[1] « Guerres invisibles, nos prochains défis géopolitiques » de Thomas Gomart

Première grille de lecture, les données de santé comme actifs lucratifs

Les établissements de santé constituent des cibles particulièrement intéressantes pour les groupes de cyberattaquants en raison de la combinaison de trois facteurs : ils détiennent des données sensibles au sens du Règlement Général sur la Protection des données à caractère personnel (RGPD), sont fortement dépendants de leurs systèmes d’information et peuvent subir des conséquences majeures en cas d’interruption de service.

Par ailleurs, les données de santé présentent une caractéristique particulière dans le sens où ces dernières sont difficilement révocables. En effet, une carte bancaire compromise peut être remplacée. Un antécédent médical ou un génome ne peuvent l’être. Cette caractéristique accroît leur intérêt pour les cyberattaquants, qui peuvent chercher à en tirer une valeur pécuniaire au moyen de différentes fraudes (usurpation d’identité, fraude à l’assurance, rançon ou extorsion…).

Selon l’Agence du Numérique en Santé[1], les actes de malveillance ont considérablement augmentés (+22% par rapport à 2024). En 2025, l’agence recense 223 actes de compromissions du système d’information, 28 attaques de nature rançongiciel [2](ransomware) et 165 attaques de type phishing (hameçonnage).

Le CERT [3]Santé a d’ailleurs confirmé que les fuites de données sont considérées comme l’un des risques les plus préoccupants.

Pour illustrer le caractère lucratif de ces fuites, les données volées peuvent être revendues[4] sur le DarkWeb[5]. Selon les estimations publiées par KeeperSecurity, leur valeur peut aller de quelques dollars pour certaines données d’identification à des montants beaucoup plus élevés pour des dossiers médicaux particulièrement complets.

[1]https://esante.gouv.fr/sites/default/files/media/document/ANS_CERTSante_Rapport_Public_Observatoire_Signalements_ISSIS_2025_VF_0.pdf

[2] https://www.cert.ssi.gouv.fr/uploads/CERTFR-2026-CTI-002.pdf

[3] Le CERT Santé (Computer Emergency Response Team) est une entité assurant le traitement des signalements des incidents de sécurité. Il assure également une mission de prévention et d’alerte face aux cybermenaces et partage les recommandations indispensables aux établissements de santé et organismes publics pour minimiser les effets de la menace (source esante.gouv.fr).

[4] https://www.keepersecurity.com/assets/pdf/infographic-how-cybercriminals-make-money.pdf

[5] Le DarkWeb est un Internet clandestin qui nécessite l’utilisation d’un protocole particulier pour y naviguer (source cyberdico de l’ANSSI)

Source : Extrait du site « keepersecurity »

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Légende : estimation du prix de vente des données volées

  • compte Spotify : 0,21$
  • compte Hulu : 8,61$
  • compte Netflix : 8,32$
  • Accès à un compte Paypal : 247$
  • Numéro de sécurité sociale : 1$
  • Permis de conduire : 20$
  • Carte de crédit : 50$
  • Passeport : 62$
  • Information médicale : 60$

 

Deuxième grille de lecture, la santé comme cible de déstabilisation

La Santé figure parmi les secteurs participant aux activités d’importance vitale[1](OIV). Elle compte notamment deux services essentiels liés aux établissements de soins de santé et à la fabrication de produits pharmaceutiques.

La perturbation des infrastructures de santé peut ainsi générer un effet psychologique particulièrement important, supérieur à celui provoqué par l’atteinte à de nombreuses autres infrastructures. En effet, elle touche une population au moment où celle-ci est particulièrement vulnérable.

Les opérations de sabotage et de dénis de service (DDoS) peuvent ainsi poursuivre des objectifs de visibilité, de coercition ou de déstabilisation.

Dans le panorama de la cybermenace 2025, l’ANSSI évoque des opérations de déstabilisation et de sabotage s’inscrivant notamment dans un contexte de tensions géopolitiques et de soutien français à l’Ukraine.

La prudence dans l’attribution de ces opérations demeure toutefois essentielle. L’ANSSI constate une érosion des frontières entre acteurs étatiques et cybercriminels, caractérisée notamment par la circulation des outils, des techniques désormais renforcées par l’IA et parfois des infrastructures.

Dans cette perspective, les infrastructures de santé constituent une cible particulièrement sensible dans le cadre d’une stratégie hybride. Une cyberattaque peut présenter un coût relativement limité pour son auteur, être difficile à attribuer et produire des conséquences potentiellement importantes.

Elle permet ainsi d’agir sous le seuil du conflit armé traditionnel, tout mettant à rude épreuve la résilience des infrastructures essentielles d’un État.

[1] https://ledieu-avocats.fr/oiv-ose-critical-entities-projet-directive-ue-decembre-2020/

Troisième grille de lecture, l’espionnage – la donnée de santé comme actif de puissance

Un CHU n’est pas uniquement un lieu de soins. Il constitue également un centre de recherche susceptible de détenir des résultats d’essais cliniques, des données génomiques, des données d’imagerie, des travaux de recherches, des algorithmes et des partenariats avec des entreprises pharmaceutiques. L’écosystème de santé constitue ainsi un patrimoine informationnel considérable.

Cette masse d’informations possède, par essence, une valeur économique et scientifique, notamment pour la recherche pharmaceutique, l’épidémiologie et l’entraînement de modèles d’intelligence artificielle entre autres. La possession de ces données peut ainsi constituer un avantage significatif, ce qui les expose à des menaces cyber spécifiques.

Ces menaces peuvent viser, par exemple, à capter[1] des résultats de recherche, des essais cliniques ou des innovations avant leur publication, des bases génomiques ou épidémiologiques, des informations sur les capacités hospitalières ou stock et plus généralement, des informations permettant d’évaluer les vulnérabilités sanitaires d’un pays.

La cybersécurité rejoint ici directement la sécurité économique et la souveraineté sanitaire.

[1] https://www.ege.fr/infoguerre/les-enjeux-strategiques-des-donnees-de-sante-pour-la-france

Vers une approche dynamique, passer d’une logique défensive de la cybersécurité à une doctrine de résilience sanitaire

Depuis plusieurs années, la France considère la cybersécurité du secteur de la santé comme un véritable enjeu stratégique, notamment à travers du programme CaRE (Cybersécurité accélération et Résilience des Etablissements). Celui-ci vise à renforcer durablement la sécurité et la résilience cyber des établissements de santé.

Une nouvelle étape est en train d’être franchie. En effet, il ne s’agit plus de considérer la cybermenace comme un élément susceptible de perturber le fonctionnement nominal d’un service, mais d’évaluer la capacité de celui-ci à résister et à maintenir ses missions essentielles dans une situation de tension extrême. Il s’agit ainsi de passer d’une logique de cybersécurité à une véritable doctrine de cyberrésilience.

Le 7 octobre 2026 doit avoir lieu la première séance publique de discussion du projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité.

Lors du colloque Souveraine Tech consacré à la résilience des infrastructures et technologies critiques, le député Philippe Latombe a insisté sur cette notion de résilience compte tenu de la recrudescence des cyberattaques et des opérations de sabotage et de déstabilisation précédemment évoquées. Le Vice-Amiral d’escadre Marc-Antoine de Saint-Germain a, par ailleurs, insisté sur l’importance de disposer d’une capacité à résister face à une menace continue et extrême, et à fonctionner en mode dégradé, en considérant ce type de situation non plus comme exceptionnel, mais comme une hypothèse à laquelle les organisations doivent être régulièrement préparées.

Dès lors il apparaît essentiel d’organiser le système de santé et son écosystème de manière à ce qu’une cyberattaque ne puisse pas provoquer ou aggraver une crise sanitaire.

Dans cette dynamique, les propositions suivants se veulent être des axes de réflexion pour arriver à atteindre un niveau de résilience satisfaisant.

  1. Faire de la cybersécurité une composante de la sécurité des soins. La continuité numérique devrait être traitée au même niveau que la continuité électrique, l’approvisionnement en médicaments ou la disponibilité des équipements médicaux critiques. Les directions des établissements et les instances médicales devraient être directement associées à la gouvernance cyber.
  2. Cartographier réellement le patrimoine numérique des établissements de santé en intégrant les prestataires de services et l’ensemble de la chaîne allant de la donnée aux infrastructures, afin de maîtriser la chaîne de dépendances dans son ensemble.
  3. Construire une capacité réelle de fonctionnement en mode dégradé, y compris sans informatique. Chaque activité clinique critique devrait disposer de procédures effectivement testées : urgences, bloc opératoire, pharmacie, biologie, imagerie, prescription et admissions…
  4. Tester régulièrement la gestion de crise dans des conditions réalistes, afin d’en vérifier l’efficacité en cas d’incident majeur, en veillant notamment à intégrer aux exercices les prestataires et fournisseurs critiques.
urgence

URGENCES : Comment mieux accueillir les patients ?

By Santé

L’effet « ciseaux »

Par Yannick Le G. , membre de la commission santé

Les conditions, en termes de temps d’attente, de l’accueil des patients au sein des services d’urgences se sont globalement dégradées. Le temps d’attente moyen était de 2h15 en 2013, il est en 2023 de 3h10. Ce temps comprend l’attente mais aussi le temps de réalisation d’examens médicaux pour poser un premier diagnostic (biologie, imagerie, avis d’un spécialiste). Notons que la moitié des patients admis aux urgences y reste moins de 1H35 alors que pour 5% des admis le temps d’attente y est supérieur à 15 heures. Les temps d’attente les plus longs sont liés souvent à la recherche de lits d’accueil.

Le nombre de structures d’accueil en urgence est resté stable (723 en 2014 et 719 en 2023) mais le recours aux soins d’urgences a crû considérablement. Il a doublé en 30 ans (11 millions d’admissions en 1996 contre plus de 21 millions actuellement). Il y donc un effet « ciseaux ». 

Propositions : 

Généraliser la prise en charge duale et complémentaire entre urgences hospitalières et la médecine de ville. Des expériences existent. Des structures composées de médecins libéraux, situées près des services d’urgences permettent de prendre en charge les cas les moins lourds et diminue la saturation des services. Il faut systématiser ce type d’organisation. 

Etablir par départements, sous l’égide des Préfets, des objectifs précis (délais, moyens mobiles, niveau de gravité, permanence…) en terme d’accueil des patients en urgence. Notre tissu sanitaire de proximité est modelé autour des structures hospitalières principales du département. Ce niveau est donc pertinent. La définition des objectifs et leur respect doit reposer sur l’ensemble des hôpitaux, les établissements de santé privés (ils assurent actuellement 20% des admissions en urgences) et bien sûr les médecins libéraux,

Prioriser, notamment pour les personnes âgées, les admissions directes dans les services de soins sans passage aux urgences pour éviter là aussi la saturation des services et l’attente des patients.

réseaux sociaux

Comment prévenir le recrutement et l’organisation d’activités criminelles via les réseaux sociaux ?

By Nos événements, Numérique

Par un membre de la commission Numérique

Le 4 décembre 2024, un père de famille et chauffeur VTC, Nessim RAMDANE, était assassiné d’une balle dans la tête par un adolescent de 14 ans. Ce dernier avait été recruté via le réseau social Snapchat pour le compte de la DZ Mafia, une organisation criminelle liée au narcobanditisme. La victime aurait refusé d’amener le tueur à gage à sa destination, provoquant une réaction inconcevable.

Le sujet n’est pas tant de rejouer le procès puisque le tribunal pour enfants de Paris a prononcé une peine de 17 ans de réclusion criminelle à l’encontre du très (trop) jeune tueur, que de s’interroger sur le rôle que jouent les réseaux sociaux et autres plateformes dans le recrutement et l’organisation d’activités criminelles, et ce que les pouvoirs publics peuvent faire pour prévenir cela.

I. Les réseaux sociaux, nouveau Pôle Emploi du crime

Même si les activités liées au Web profond (Dark Web) sont à traiter avec sérieux afin de lutter notamment contre le trafic de produits stupéfiants, les cyberattaques ou la pédocriminalité, les réseaux criminels utilisent de plus en plus les réseaux sociaux pour recruter des mineurs et de très jeunes majeurs. En effet, le Ministère de l’Intérieur, via ses différents services d’investigation, a constaté une accélération du recrutement de « petites mains » pouvant servir à vendre des produits stupéfiants, voler un véhicule, extorquer avec violence, tirer une rafale sur un point de deal, voire assassiner un concurrent gênant. Les têtes de réseau, pour certains depuis l’étranger ou leur lieu de détention, peuvent ainsi sous-traiter leurs opérations auprès d’individus sans lien ni entre eux ni avec leur organisation.

Europol décrit ce recrutement en quatre étapes :

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Plusieurs raisons peuvent expliquer cette externalisation. Tout d’abord, la diminution du nombre de candidats locaux : les têtes de réseau peinent à recruter dans leur quartier. En effet, comme mentionné dans le rapport de commission d’enquête du Sénat en date du 7 mai 2024, « Un nécessaire sursaut : sortir du piège du narcotrafic », l’émergence du phénomène d’« ubérisation » des trafics, est en partie dû à l’insuffisance du recrutement des jeunes habitants des quartiers à proximité des points de deal. Cela peut s’expliquer par les multiples règlements de comptes ainsi que la présence policière accrue. L’« ubérisation » se définit ici comme la modification des structures économiques traditionnelles, valable pour le réseau criminel structuré, par une mise en relations directes via une plateforme numérique entre les différents acteurs.

Cette « ubérisation » du crime entraîne un recrutement de jeunes exécutants au travers des réseaux sociaux ou des plateformes de jeux vidéos. Ils deviennent alors des petites mains corvéables, des « jobbeurs ». Les règles pénales s’appliquant aux mineurs semblent attirer les têtes de réseaux pour réduire l’impact qu’aurait une arrestation de l’exécutant. En effet, les peines encourues doivent, sauf exception, être diminuées de moitié et la sanction éducative prime sur les autres peines. Le risque pris par « l’employeur » et par « l’employé » est donc réduit également de moitié.

La jeunesse des exécutants provient également de l’attrait de l’argent facile. Souvent issus de quartiers défavorisés, voire en situation irrégulière, la promesse d’une rémunération rapide et conséquente allant d’une dizaine d’euros pour un cambriolage à plusieurs milliers pour un assassinat, ces jeunes gens sont des cibles faciles.

                 Ainsi, les réseaux sociaux comme Snapchat voient leur utilisation dévoyée par des réseaux criminels de mieux en mieux préparés et inventifs. L’éphémérité des messages, l’anonymat derrière des pseudonymes, l’utilisation de VPN, et la facilité à contacter des inconnus permettent à des individus de recruter des jeunes partout en France. Dernièrement, une vague d’interpellations a eu lieu en Thaïlande. Plusieurs jeunes Français, sans aucun lien entre eux, ont été interceptés à l’aéroport, transportant plusieurs kilogrammes de drogues dans leurs bagages. Recrutés sur Snapchat, ils s’étaient vu offrir deux semaines de vacances gratuites au pays du Sourire en échange du transport de valises ne leur appartenant pas à Hong-Kong, Londres et Paris.

                  La crédulité de ces jeunes pourrait prêter à sourire si des assassinats ciblés n’étaient pas perpétrés via ce même type de recrutement. Cela se nomme violence-as-a-service (VaaS). Partout en Europe, des « jobbeurs » ont la gâchette facile pour le compte de pseudonymes. La Suède, pays à la réputation tranquille, a vu apparaître le Foxtrot Network, un gang au possible lien avec l’Iran. Depuis 2022, au moins 35 meurtres seraient liés à leurs activités, toujours via l’utilisation de mineurs ou de jeunes vulnérables.

II. La lutte contre la criminalité organisée passera par les plateformes

Pour lutter contre ce phénomène, une approche multi-factorielle est nécessaire :

1) La prévention

Ce phénomène dépassant les frontières de la France, l’Union Européenne doit s’adapter et décliner une prévention commune pour que la jeunesse ne soit pas victime des réseaux criminels. La France, via son site « Masécurité.interieur.gouv.fr », a proposé une prévention expliquant succinctement aux jeunes la manière de refuser une offre de « jobbeur » :

  • Refuse immédiatement.
  • Conserve les messages.
  • Parles-en à un adulte de confiance : un parent, un proche, un enseignant ou un éducateur.
  • Des solutions existent pour sortir de ces situations. Tu peux aussi demander de l’aide via le tchat dédié aux mineurs

Cette candeur ministérielle démontre une volonté louable mais insuffisante. L’Union Européenne doit négocier avec les réseaux sociaux comme Meta et Snapchat, ainsi que les plateformes de jeux vidéos, pour diffuser des messages de prévention là où les jeunes sont susceptibles de les voir : sur les réseaux sociaux et les chats. Rien ne sert de mettre des panneaux contre les feux de forêt au beau milieu d’une ville. L’attention de la jeunesse étant limitée, il faut être chirurgicale dans la prévention.

De plus, au-delà de l’argent facile, la jeunesse voit dans la criminalité un nouveau romantisme. Le crime est aujourd’hui glorifié à travers des codes vestimentaires, verbaux, artistiques. Cette jeunesse en quête d’identité et de statut social s’accroche plus facilement à des discours simplistes. Dévaloriser le crime à l’école, dans les médias et sur les réseaux sociaux participera également à cette prévention et rendra plus difficile le recrutement.

2) L’innovation

Les GAFAM disposent de ressources illimitées pour empêcher, de l’intérieur, ce type de recrutement mortifère. Une utilisation raisonnée de l’IA pourrait par exemple supprimer automatiquement les comptes ayant des modes de fonctionnement s’apparentant à un recruteur : le compte présenterait ainsi de nombreux abonnés mais peu d’abonnements à d’autres comptes, il aurait une existence très éphémère et son contenu mentionnerait des armes à feu ou autre plan criminel. Les réseaux sociaux font déjà la chasse à la nudité ou à la pédocriminalité en comptant à la fois sur des modérateurs, sur des dénonciations d’utilisateurs mais aussi sur l’IA. Ces plateformes ont donc les outils nécessaires pour lutter à leur échelle contre la criminalité organisée.

De plus, pour asseoir sa souveraineté numérique, l’Europe doit investir massivement dans le développement et l’utilisation d’outils technologiques et cyber dans le domaine judiciaire, notamment pour appliquer pleinement le Digital Services Act (DSA). Ce dernier a été voté pour que ce qui est illégal hors ligne devienne illégal en ligne. En 2024, lors de la publication du DSA, les plateformes relevaient les recrutements en ligne comme anecdotiques et ne prenaient pas la mesure du problème. L’UE doit s’assurer de l’application stricte du DSA auprès des plateformes en ce qui concerne la protection des mineurs et la suppression rapide des contenus illicites.

3) La traque

Les forces de l’ordre européennes, au travers d’Europol, ont déjà pris conscience du phénomène. Une Operational TaskForce (OTF) a été créée en ce sens. La France, la Belgique, le Danemark, la Finlande, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, la Norvège, l’Islande, l’Espagne et le Royaume-Uni ont lancé l’opération « Grimm » afin de lutter contre la « VaaS ». Cette OTF permet un plus grand partage des informations, des renseignements et une mise en commun des compétences. Cela a conduit à l’identification des réseaux, à la prévention du recrutement de certains mineurs mais également, entre 2025 et 2026, à l’arrestation de 280 individus dont 6 têtes de réseaux et au rattachement de plus de 1400 individus à des activités de « VaaS ».

Toutefois, la rigidité des cadres juridiques empêche les enquêteurs d’avancer au même rythme que les réseaux criminels. Ainsi, par exemple, il serait utile d’élargir et de faciliter l’enquête sous pseudonyme pour infiltrer massivement les comptes de recruteurs en ligne. L’article 230-46 du Code de Procédure Pénale réglemente ce type d’enquête :

« Aux seules fins de constater les crimes et les délits punis d’une peine d’emprisonnement commis par la voie des communications électroniques, et lorsque les nécessités de l’enquête ou de l’instruction le justifient, les officiers ou agents de police judiciaire agissant au cours de l’enquête ou sur commission rogatoire peuvent, s’ils sont affectés dans un service spécialisé et spécialement habilités à cette fin dans des conditions précisées par arrêté du ministre de la justice et du ministre de l’intérieur, procéder sous pseudonyme, y compris en faisant usage d’un dispositif permettant d’altérer ou de transformer leur voix ou leur apparence physique, aux actes suivants sans en être pénalement responsables (…). »

Ainsi, seuls quelques membres des forces de l’ordre, listés et habilités, peuvent agir sur les réseaux sociaux et participer aux enquêtes visant la « VaaS ». L’arrêté du 17 avril 2025, publié dix ans après la première liste exhaustive des « habilités » à enquêter sous pseudonyme, ajoutant à celle-ci les gendarmes des brigades territoriales, démontre une volonté d’élargissement. Toutefois, là où l’État agit lentement par arrêté et décret, les réseaux criminels continuent de recruter de jeunes tueurs en deux clics et trois messages.

En conclusion, comme évoqué par le Sénat en 2024, un sursaut est nécessaire si l’on veut gagner cette guerre contre la criminalité organisée. L’Europe doit, à l’instar de l’OTF Grimm, faire preuve d’innovation, de décloisonnement et de cohésion. En effet, si nous voulons rattraper le retard face aux réseaux criminels, il devient urgent de sortir d’un processus bureaucratique lourd qui grève toute action rapide et efficace. Cela doit se faire au niveau français en réduisant les blocages systématiques de la CNIL, mais aussi européen. Ainsi, un nouveau traité sur la base de Prüm II, mis en place en 2024, pourrait être nécessaire. En effet, ce dernier permet un partage fluide des données de type ADN, empreintes digitales et immatriculations entre les polices des États-membres. Un traité créant une base européenne commune regroupant les données de connexion révélées au cours d’enquête sur la criminalité organisée pourrait permettre aux enquêteurs d’accélérer leurs recherches et de remonter plus facilement vers les recruteurs et les têtes de réseau. Pour gagner la guerre, il faut a minima lutter à armes égales.

Sources :

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L’IA ne menace pas la pensée. Elle oblige l’école à l’enseigner

By Numérique

L’intelligence artificielle fait peur

Par Médéric Salles, adhérent au CRSI

Depuis quelques semaines, l’intelligence artificielle fait peur. GPT-6 est sorti début septembre, OpenAI a classé son propre modèle au niveau « critique » en cybersécurité, et le mot AGI a été prononcé. Dans la foulée, l’école est redevenue un front. On s’alarme des cerveaux en danger, de la tricherie généralisée, de l’effondrement de l’effort. Le ministère, lui, gouverne par l’interdiction : le téléphone d’abord, l’IA ensuite. Quant à former ceux qui enseignent, le nouveau référentiel de compétences numériques des métiers de l’enseignement, paru au Journal officiel en juillet, ne mentionne l’intelligence artificielle qu’en annexe, au titre d’une « utilisation éthique » rangée parmi les priorités de formation. Huit mois plus tôt, le cadre européen dont il procède l’avait intégrée à chacun de ses domaines de compétence.

Distinguons les inquiétudes fondées des questions d’organisation. La sécurité, l’autonomie des agents, les usages malveillants. Les laboratoires et autres hackers travaillent déjà sur ces sujets et c’est sérieux. Mais pour les questions d’organisation, on a l’impression d’avoir déjà entendu ça il y a trente ans.

Avec Internet, l’accès à la connaissance est devenu immédiat, gratuit, illimité. On a annoncé la mort du livre, la fin de la mémoire, des élèves incapables de se concentrer. Trente ans plus tard, plus personne ne propose d’interdire Internet. Il est socialement accepté, y compris par ceux qui le redoutaient. Et l’école ? Elle ne l’a jamais vraiment intégré. Elle a continué de faire mémoriser ce qui était désormais disponible à tout instant. Une compétence nouvelle est apparue, chercher, trier, vérifier, et personne ne l’a enseignée. Certes, un « permis Internet » a vu le jour en CM2, assuré par la gendarmerie. On y apprend à choisir un mot de passe, à se méfier des rencontres en ligne, à repérer le harcèlement. Rien sur la manière de chercher une information, ni sur celle d’en juger la valeur. Et l’on entendait encore récemment que des élèves recopiaient des pages de Wikipédia pour leurs exposés. L’école n’a pas résisté à Internet : elle a fait comme s’il n’existait pas, et le monde a tranché sans elle.

Voilà le vrai risque avec l’IA. Non qu’elle détruise l’école, mais qu’elle la contourne. Et pour savoir ce qu’il faut en faire, il faut d’abord se demander à quoi sert l’école.

Elle a été bâtie quand les livres étaient rares et chers, quand l’accès au savoir passait par un maître et un manuel. Il fallait alors constituer, dans la tête de chacun, un socle commun de connaissances : c’était la seule façon de former des citoyens capables d’agir dans une société qui se complexifiait. L’école était efficace et adaptée à son temps. Les temps ont changé, mais pas la méthode.

Ce qu’elle aurait dû faire, c’était acter le changement sans céder à la facilité. Non, il n’est plus indispensable de mémoriser n’importe quoi. Oui, l’être humain a toujours besoin d’une connaissance immédiate et résiliente, logée en lui, disponible sans écran. Mais on n’a plus à connaître par cœur les milliers de molécules et de réactions du cycle de Krebs pour comprendre le fonctionnement d’une cellule. Sur ce point, le rapport « Sortir de la clandestinité » voit juste lorsqu’il défend une « éducation duale » : des temps avec la machine, et des temps sans, réservés aux fondamentaux.

Ce qui reste, une fois la mémorisation remise à sa place, c’est apprendre à apprendre. Et cela s’enseigne, dans un ordre précis, car on n’apprend ni la même chose ni de la même manière à sept ans et à dix-sept. Au primaire, il n’y a pas de raccourci : lecture fluide, tables, orthographe, faits de base doivent être automatisés. Un esprit qui déchiffre encore n’a plus de place pour raisonner. C’est l’âge où la mémorisation garde tout son sens. Non comme une fin, mais comme une libération de l’attention. Au collège, l’objet change : structurer, comparer, démontrer. Au lycée, et singulièrement pour ceux qui se destinent aux études supérieures, ce dont on a besoin porte un nom : l’épistémologie. Qu’est-ce qui sépare une preuve d’une intuition, une corrélation d’une cause, une source d’une opinion ? À quelles conditions un résultat est-il tenu pour établi ? On continue pourtant de demander l’inverse : ingérer plus pour restituer plus.

Avec l’IA, nous franchissons pourtant un nouveau cap. Ce n’est plus seulement la connaissance qui se démocratise, c’est le raisonnement lui-même. Il n’est plus l’apanage des meilleurs : l’IA peut aider à peu près n’importe qui à tenir un raisonnement mathématique. Faut-il en conclure que raisonner est devenu inutile ? Le rapport redoute plutôt l’inverse : l’« abandon cognitif », ces élèves qui délèguent l’effort à la machine et ne retiennent plus rien. Il s’appuie sur une étude du MIT au verdict sévère, à manier avec prudence : très petit échantillon, conclusions surinterprétées, et un protocole qui teste l’IA comme substitut à l’écriture, non comme appui au raisonnement. À Harvard, un essai contrôlé a montré l’inverse, avec un tuteur IA conçu pour faire chercher pas à pas au lieu de livrer la réponse. Les deux travaux ne se contredisent pas : ils testent deux usages. Ils datent aussi tous les deux de 2025, et plusieurs générations de modèles ont passé depuis.

L’exigence, elle, s’est déplacée : il faut restituer mieux, pas plus. Restituer plus, n’importe quelle machine le fera. Et il faut cesser de croire que c’est tout ce qu’elle sait faire. Depuis GPT-6, elle raisonne sur plusieurs étapes, navigue, exécute, tient la longueur sur des travaux qui se comptaient hier en semaines. Ses hallucinations ont été divisées par près de deux en une génération, sans rien perdre en justesse. Voilà qui rend le jugement plus nécessaire, et non moins. Une erreur grossière se repère sans effort. Une erreur plausible, glissée dans un raisonnement par ailleurs solide, ne se repère que si l’on sait la chercher : le raisonnement qui tient debout mais part d’une prémisse fausse, la référence qui n’existe pas, la réponse qui nous donne raison parce que la question était posée dans ce sens. Un élève capable de voir cela vaut mieux qu’un élève capable de réciter. Et personne n’acquiert cette capacité par la seule fréquentation de l’outil. Elle s’enseigne.

Cette capacité en entraîne d’ailleurs une autre : savoir se documenter oblige à l’esprit critique. Et l’esprit critique engage une responsabilité. Celui qui sait d’où lui vient ce qu’il croit devient comptable de ce qu’il affirme. Il ne peut plus se retrancher derrière ce qu’on lui a dit. Cela s’apprend par des gestes précis. Remonter la chaîne : qui l’affirme ? sur quelles données ? contestées par qui ? Faire l’archéologie de son propre savoir. Distinguer ce qu’on a vérifié de ce qu’on a simplement reçu.

Le raisonnement ne perd pas pour autant sa valeur. Il est désormais à la portée de tous, soit : mais qu’est-ce que cela change ? Presque rien pour ceux qui savaient déjà en tenir un. Beaucoup pour les autres. Et que personne ne se raconte d’histoires : la sélection ne va pas disparaître, l’élitisme non plus. Certains quitteront l’école plus tôt que d’autres. Certains resteront plus doués pour les tâches académiques et pour la recherche fondamentale. C’est ainsi, et ce n’est pas le problème.

Ce qui change, c’est le prix que paient les premiers. Hier, l’absence de diplôme fermait la porte des métiers intellectuels, et l’on a cru y remédier en distribuant les diplômes plus généreusement, ce qui n’a rien réglé, bien au contraire. Demain, celui qui a quitté l’école tôt pourra être un acteur économique à part entière, parce que l’IA lui ouvre des raisonnements qui lui étaient fermés. Une béquille au sens propre : elle ne guérit pas, elle fait marcher. Les seconds, eux, y trouveront des partenaires de réflexion infatigables qui les propulseront dans leur métier. Dans les deux cas, la société y gagne. Mais l’écart entre les deux étages ne se comble pas : il se déplace. Car une béquille ne tient que si l’on sait juger ce sur quoi l’on s’appuie, et celui qui ne peut pas contrôler la réponse qu’on lui donne ne raisonne pas. Il obéit.

C’est encore l’école qui décide de quel côté tombera le plus grand nombre. Puisque tout se joue dans l’usage, c’est à elle qu’il revient de l’enseigner. Non pour courir derrière chaque outil, mais parce que cet usage se décompose en gestes qui s’enseignent et s’évaluent : formuler une demande précise, exiger les sources et aller les vérifier, faire produire deux réponses contradictoires et arbitrer entre elles, refaire à la main le calcul que la machine vient de livrer, savoir dire pourquoi on n’est pas d’accord avec elle. Il y faut aussi une culture : comprendre la nature stochastique de ces modèles sans les réduire à de simples « perroquets stochastiques », saisir comment ils peuvent se tromper, mentir, ou nous brosser dans le sens du poil, ce que le rapport nomme le biais « sycophantique ». C’est cette culture qui séparera, demain, une nation d’utilisateurs de l’IA d’une civilisation qui en serait l’esclave.

L’école doit rendre ce monde possible. On n’y parviendra pas en interdisant, mais en domptant la bête. Et pour dompter l’IA, il faudra maîtriser les premières briques de la pensée : lire vraiment, calculer de tête, tenir un raisonnement simple sans aide, savoir ce qu’est une preuve. Contre-intuitif, n’est-ce pas ? Plus la machine devient intelligente, plus il faut d’intelligence naturelle pour s’en servir correctement. C’est l’inverse exact de ce que promettent ceux qui vendent l’IA comme une dispense d’effort.

Nous avons déjà laissé passer Internet, et il est aujourd’hui si banal que plus personne ne songe à s’en effrayer. L’IA suivra le même chemin, avec ou sans l’école. La question n’est donc pas de savoir si nous avons peur, mais ce que nous faisons du temps qu’il nous reste. Si la société a besoin de gens qui savent apprendre, alors enseignons-le pour de bon : explicitement, à sa place dans les programmes, avec des méthodes éprouvées et des évaluations qui portent sur le jugement plutôt que sur le stock. Cela a toujours été la mission de l’école, et nous ne l’avons jamais vraiment remplie. Apprenons à penser, plutôt qu’à réciter les pensées des autres.

SOURCES

— Conseil national de l’IA et du numérique, Sortir de la clandestinité : mettre l’IA au service d’une nouvelle ambition pour le service éducatif, 2026. Rapport (PDF).

— Gendarmerie nationale, Le Permis Internet pour les enfants. Dispositif destiné aux CM2 : mots de passe, rencontres en ligne, chats, cyberharcèlement, protection de la vie privée. gendarmerie.interieur.gouv.fr

— Arrêté du 15 juillet 2026 portant référentiel des compétences numériques des métiers de l’enseignement (CRCN-Édu), Journal officiel. Cinq domaines, quatre niveaux de maîtrise ; l’IA apparaît en annexe, dans les priorités de formation, sous l’intitulé « utilisation éthique de l’IA en éducation ». dane.ac-lille.fr

— Commission européenne, Joint Research Centre, DigComp 3.0: European Digital Competence Framework, 27 novembre 2025. Intégration systématique de la compétence en IA dans l’ensemble des domaines du cadre, plus de 500 acquis d’apprentissage. joint-research-centre.ec.europa.eu

— Café pédagogique, Numérique, IA, interdictions : l’école française toujours en quête d’un cap, 18 septembre 2026. Interdiction du téléphone, réticences du ministère, référentiel de formation en deçà de DigComp 3.0. cafepedagogique.net

— N. Kosmyna et al., Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using an AI Assistant for Essay Writing Task, MIT Media Lab, 2025. 54 participants, protocole de rédaction assistée. arXiv:2506.08872 · brainonllm.com

— G. Kestin et al., AI tutoring outperforms in-class active learning: an RCT introducing a novel research-based design in an authentic educational setting, Scientific Reports, juin 2025. Essai contrôlé randomisé, 194 étudiants de Harvard, tuteur conçu pour ne livrer qu’une étape à la fois. Nature.com

— OpenAI, GPT-6 Astra, 3 septembre 2026. Raisonnement en profondeur récurrente, navigation et exécution autonomes, seuil « critique » atteint sur l’échelle de risque cybersécurité de l’éditeur, accès restreint en conséquence. deploymentsafety.openai.com/gpt-6-astra

— Artificial Analysis, Benchmarking GPT-6 Astra, septembre 2026. Taux d’hallucination ramené de 92 % à 51 % à effort maximal par rapport à la génération précédente, avec 4 points de justesse gagnés dans le même temps. artificialanalysis.ai

— E. M. Bender, T. Gebru, A. McMillan-Major, S. Shmitchell, On the Dangers of Stochastic Parrots: Can Language Models Be Too Big?, FAccT ’21, 2021. Origine de l’expression « perroquets stochastiques ». doi.org/10.1145/3442188.3445922

dette

Réduire la dette de l’État : « Ne me dites pas que c’est impossible ! »

By Numérique, Economie

La charge de la dette dépassera bientôt le déficit primaire de l’Etat

Par Bruno Mahieux, membre de la commission Numérique

Fin 2026, les intérêts de la dette atteindront 65 milliards d’Euros, soit 2,2 % du PIB, devenant ainsi le premier poste de dépenses de l’état.  C’est plus que le budget de l’Education Nationale, 63 milliards en 2026.   Pire, la charge de la dette dépassera bientôt le déficit primaire de l’Etat, c’est-à-dire la différence entre ses recettes et ses dépenses.

Une augmentation des impôts seule ne suffirait pas à résorber le déficit.  Elle serait insoutenable pour l’économie et inopérante pour réduire la charge de la dette.   Il est urgent de tailler dans les dépenses.  Encore faut-il dire lesquelles, et comment y parvenir.

La réforme des retraites au centre des débats

Les retraites sont souvent présentées comme le premier poste de dépenses de l’Etat.  Il est vrai que celles-ci pèsent lourdement dans nos finances publiques :  En 2026, le total des pensions de retraite avoisinera entre 380 et 400 milliards d’Euros. C’est 24 % des dépenses publiques, loin devant l’Education et la Défense.   Chacun comprendra que le sujet du financement des retraites soit sur la table lors des débats pour les élections présidentielles : Assurément, c’est un enjeu majeur pour rétablir l’équilibre de nos comptes.  Mais est-ce le seul ?

La fonction publique : un gisement d’économie immense

Tous les comptables le savent, il existe une autre façon d’analyser les flux de dépenses.  Non pas par destination, mais par nature.

En 2025, le personnel de la fonction publique représentait une dépense de 370 Milliards d’euros.  Soit presque autant que les dépenses de retraite, et bien plus que nos dépenses de santé, évaluées à 261 Mds € en 2024.   Ce n’est pas anodin !  Comment expliquer un tel montant ?

Selon la définition de l’OCDE, la France compte 6,3 millions d’agents public pour une population de 68,5 millions d’habitants, soit un ratio de 92 agents pour 1000 habitants.

En 2025, les agents de la fonction publique ont perçu en moyenne un revenu brut annuel de 39 288 € (chiffres INSEE DGAFP), ce qui se traduit par un coût total pour l’État de 58 079 € (soit 18 971 € de charges patronales).

Toujours selon l’OCDE, l’Allemagne disposait de 5,38 millions d’agents publics pour une population de 83,8 millions d’habitants.  C’est 63 agents de la fonction publique pour 1000 habitants.

Il faudrait environ 1,97 millions d’emplois publics en moins (30 % des effectifs !) pour atteindre un ratio comparable à celui de l’Allemagne.  Qui peut prétendre que l’Allemagne est moins bien administrée que la France ?

Si la France parvenait à réduire sa fonction publique de 1,97 millions d’agents, revenant ainsi au niveau de l’Allemagne en nombre d’agents par milliers d’habitant, ce serait un potentiel de baisse des dépenses d’environ 114 milliards chaque année !

Rares sont les candidats aux prochaines élections présidentielles proposant une réduction d’effectifs dans la fonction publique.  Pourtant, son efficacité est redoutable : A titre de comparaison, souvenons-nous que la dernière réforme des retraites portée par le gouvernement de Mme Borne aurait rapporté au mieux une dizaine de milliards d’Euros à l’horizon 2030, selon la cour des comptes.[1]

Un partenariat public-privé pour réduire la fonction publique

Le sujet est jugé trop sensible politiquement, car souvent assimilé à de la casse sociale. Pourtant, des solutions existent.

Imaginons un dispositif qui permettrait aux agents de la fonction publique de rejoindre des entreprises privées sur la base du volontariat.   Les entreprises prendraient en charge le salaire brut, l’état conservant les contributions employeur, préservant ainsi la protection sociale et la promesse de l’état vis-à-vis de ses agents.

Un tel dispositif, une sorte de partenariat public-privé, faciliterait la réduction du nombre d’agents de la fonction publique, tout en proposant aux entreprises françaises une main d’œuvre qualifiée.  Les agents de la fonction publique travaillent dans de nombreux corps de métiers en tension, pour lesquelles nos entreprises rencontrent des difficultés à recruter :  On y dénombre des emplois dans les domaines de la restauration, de l’informatique, des transports et de la maintenance.

C’est une solution gagnante pour toutes les parties prenantes :  pour l’État, qui verrait le poids de sa masse salariale réduite significativement, pour les entreprises qui se verraient proposer une main d’œuvre qualifiée, à un coût moindre, et pour l’agent, qui préserve ses avantages acquis en matière de protection sociale, tout en pouvant prétendre à des niveaux de salaire souvent plus numérateurs dans le privé que dans la fonction publique.

Reprenons l’exemple type de notre agent de la fonction publique percevant un revenu moyen brut annuel de 39 288 €, générant un coût total pour l’État de 58 079 € (dont 18 971 € de charges patronales)

Ainsi, chaque agent transféré dans le privé représenterait en moyenne une économie annuelle de 39 288 €. Dans l’hypothèse où 100 000 agents bénéficieraient chaque année de ce dispositif, ce serait 1 000 000 de fonctionnaires transférés dans le privé d’ici 2036 (Objectif raisonnable si l’on considère que cela ne réduirait que de moitié notre écart avec les ratios de l’Allemagne).  Une économie supplémentaire de près de 4 milliards chaque année, (100 000 * 39288 €), soit 40 Milliards annuel à un horizon de 10 ans.

Selon les données de France Travail, ce sont environ 3 millions d’offres d’emplois pourvues chaque année. Gageons que les entreprises ne se feront pas priées pour embaucher une main d’œuvre dont les charges patronales sont annulées.

Par le passé, des entreprises étatiques ont accompagné leurs salariés pour des projets personnels hors de l’entreprise.   Pourquoi ne pas reproduire ce type de dispositif pour nos agents de la fonction publique ?  Pour reprendre la formule du général Leclerc, « Ne me dites pas que c’est impossible » !

[1] Situation financière et perspectives du système de retraites février 2025 – Cour des Comptes

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Urgences de l’Etat et état d’urgence

By Sécurité/Justice

A force de sacrifier l’essentiel à l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. (Edgard Morin)

Par Raphael Piastra, Maitre de Conférences en droit public des Universités

Selon le Larousse l’urgence désigne le caractère d’une situation qui nécessite d’agir sans délai ou de trouver une solution immédiate pour éviter des conséquences graves. Il n’est qu’un exemple à prendre c’est celui de l’insécurité. Et la crise lycéenne et étudiante que traverse présentement la France l’illustre parfaitement. En France, les derniers chiffres officiels du Ministère de l’Intérieur montrent une hausse de certaines infractions en 2025, notamment les violences physiques (en hausse de 5 % tant intrafamiliales que hors cadre familial) et sexuelles, tandis que les cambriolages et les vols de véhicules diminuent. Mais les destructions de biens (publics et privés) qui avaient diminué (atteintes aux biens : baisse des cambriolages (-3 %) et des vols de ou dans les véhicules (-9 %) ont bondi avec ces émeutes dont les coûts se chiffreront en centaines de millions d’euros.

Rappelons que, ce que les casseurs ne savent pas ou oublient, c’est que ce sont les impôts des contribuables (parfois de leurs parents) qui paieront pour les biens publics saccagés. Près de 25 millions d’euros les saccages des lycées en région AURA….Avec une dette à maintenant 3600 milliards d’euros, il est vrai qu’on n’est plus à çà près. Et puis « une dette ça se gèle » selon le pseudo-économiste Mélenchon et même « ça se rembourse » selon la tautologie inopportune de Pierre Moscovici ancien président de la Cour des Comptes. Là on encourage tout simplement le mal….

En matière d’insécurité les analyses d’Alain Bauer,  alerte régulièrement sur une hausse structurelle de la violence pure et des homicides en France, qu’il distingue du simple « sentiment d’insécurité » (E. Dupont-Moretti). Dans les banlieues de Marseille, de Paris et de tant d’autres villes, les gens subissent in concreto cette insécurité au quotidien. Aucun n’a le sentiment de la vivre. Chacun  vit cette insécurité au quotidien soit psychologiquement soit, de plus en plus souvent,  dans sa chair. Assurément la DZ mafia et ses exactions sont tout sauf un sentiment…..

Alain  Bauer, encore lui,  s’appuie sur l’indicateur le plus fiable selon lui — les homicides et les tentatives d’homicide —, qu’il note en forte hausse (notamment une augmentation spectaculaire des tentatives d’homicide sur la dernière décennie). Contrairement à d’autres observateurs (INSEE par ex). Comme le note aussi depuis longtemps Thibault de Montbrial, directeur du CRSI, il existe de plus en plus une inadéquation des moyens entre délinquance, criminalité et moyens judiciaires. Une formule résume les choses parfaitement : « On a des procédures du XVIIIe siècle, avec une criminalité du XXIe et une police du XXe ». Et on ne peut que pointer du doigt la lenteur des réformes institutionnelles face aux évolutions de la délinquance. Quant aux réformes pénales,  elles sont trop souvent réduites à peau de chagrin par le CC. Comme nous le dit régulièrement un officier de police de nos amis face aux délinquants : « ils ont toujours un coup d’avance. Notamment en matière de stups. Et contre des kalachnikovs on est assez désarmé ».

Dans une formule diplomatique,  A. Bauer énonce  qu’« il y a des zones où l’activité de la police est plus ou moins facile». Euphémisme (trop) poli pour dire ce que celles et ceux qui y vivent racontent régulièrement : « il y a des coins où la police ne rentre plus ». Précisons qu’il s’agit de la police « normale » ou du quotidien. Les CRS, le RAID ou le GIGN rentrent pour des opérations spéciales. Dans certains coins de Marseille les huissiers sont escortés par la police pour accomplir leur mission…Il en va de même lorsqu’il faut expulser des mauvais payeurs de logements sociaux.

Alors depuis quelques jours la France renoue avec une crise lycéenne et étudiante. Une sorte d’émeute même. Elle ressemble à celle qui s’est produite en 2005. Les émeutes de 2005 dans lesbanlieues françaises, ont généré une vague de violences urbaines inédite de trois semaines qui a embrasé de nombreuses communes du pays (une vingtaine environ).  Rappelons le facteur déclencheur. La mort par électrocution de deux adolescents, Zyed Benna (17 ans) et Bouna Traoré (15 ans), à Clichy-sous-Bois le 27 octobre 2005, alors qu’ils fuyaient un contrôle de police. Devant « cette situation inacceptable qui ne peut plus durer», très agacé (de mémoire de témoins) le  président Chirac (à peine sorti de l’hôpital après un léger AVC), a décrété l’état d’urgence le 8/11/2005. Le gouvernement de Dominique de Villepin l’a mis en exécution permettant ainsi aux préfets d’instaurer des couvre-feux et aux forces de l’ordre d’agir avec l’aide des CRS et même du GIGN à certains endroits. Un retour progressif au calme est constaté autour du 17 novembre 2005, bien que l’état d’urgence ait été prolongé pour une durée de trois mois.

En matière de sécurité  (d’une autre nature) on se doit de mentionner aussi l’état d’urgence décrété en France par F. Hollande par le décret du 14 novembre 2015 au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Étant donné la dangerosité de la situation, cet état d’urgence a été renouvelé à plusieurs reprises par le Parlement (notamment par la loi du 20 novembre 2015). Ce régime d’exception dure tout de même près de deux ans, jusqu’au 1er novembre 2017 (même après l’élection d’E. Macron). A noter que cet état d’urgence a été, et à raison, particulièrement restrictif en matière de libertés : assignations à résidence, perquisitions administratives, interdictions de réunion. Il a prouvé son efficacité.

Alors en cet automne 2026 que s’est-il passé ? A l’origine les élèves et les syndicats, désormais rejoints par une trentaine d’universités, protestent principalement contre le manque de moyens (humains), les conditions d’apprentissage (trop de cours), la sélection scolaire (parcours Sup). La mobilisation touche de nombreuses grandes agglomérations comme Paris, Marseille, Lille, Nantes, Rennes, ou Strasbourg. Des heurts importants éclatent aux abords de plusieurs dizaines d’établissements et  des feux sont allumés (Nantes).  Les forces de l’ordre font régulièrement usage de gaz lacrymogènes pour dégager les accès, et les autorités déplorent de nombreuses dégradations, des incendies volontaires (un camion de pompier à Marseille) et des blessés parmi les manifestants et les personnels. Ce jour l’un d’eux a eu une main arrachée en ramassant une grenade lacrymogène. C’est le risque à prendre quand le but est de la relancer contre la police…. Près de 700  interpellations ont eu lieu depuis le début de la crise. Comme toujours des casseurs en tous genres sont venus pourrir ces manifestations. Ils n’ont strictement rien à voir avec une quelconque scolarité puisque la plupart d’entre eux ont fait de la rapine et de la violence leur fonds de commerce. Ils font des émules auprès de certains  jeunes. Et l’émeute s’enkyste.  Et on dirait que le gouvernement joue le pourrissement. Mais un mort pourrait arriver dans ces élans de violences.

Mais la grande différence c’est que là cette émeute lycéenne est motivée voire téléguidée par un parti politique : LFI. Le maire de St Denis, B. Bagayoko, a publiquement harangué des lycéens pour les inciter à densifier le mouvement. Rappelons que le préfet de police de Paris a saisi la justice contre lui pour « provocation à commettre un délit ». Après les incitations préventives à l’émeute contre le RN, cela commence à faire beaucoup…. Vincent Trémolet de Villers estime à bon droit que : « Jean-Luc Mélenchon, (ndlr : pratique)  la stratégie de l’école brûlée » (Le Figaro, 1/10/26). Le héraut lfiste se contente de condamner les incendies.

Dès lors, et comme jamais depuis dix ans, la France est confrontées à de nombreuses urgences dont : pouvoir d’achat, inflation, sécurité et  la situation économique. Comme par hasard ce sont les principales préoccupations des Français en 2026 (https://www.ipsos.com; août 2026). La plus insoluble est la crise économique liée intimement à la dette. A la fin du deuxième trimestre 2026, la dette publique au sens de Maastricht s’établit à 3 595,5 Md€, soit une augmentation de 59,6 Md€, après +75,8 Md€ au premier trimestre 2026. Exprimée en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), elle s’établit à 119,0 % du PIB, après 117,5 % au premier trimestre 2026. La hausse de la dette publique s’accompagne d’une baisse de la trésorerie des administrations publiques (-6,8 Md€ après +21,3 Md€), si bien que la dette nette (+68,2 Md€) augmente plus que la dette brute (+59,6 Md€) et s’établit à 111,4 % du PIB, après 109,7 % au premier trimestre 2026 (INSEE). Cette dette mettra au moins un demi-siècle pour être en partie remboursée. Il faut rappeler que,  selon l’Institut Molinari,  cette dette a été creusée de 1300 milliards d’euros sous l’effet de la politique dispendieuse du « quoi qu’il en coûte » du président Macron (https://www.lepoint.fr, 29/9/26).

Alors ces urgences il va falloir y répondre. Pour les dernières heures de l’ère Macron, le temps presse pour gouverner et légiférer. « Les agendas  surchargés sont irréalisables » nous a récemment confié un député. Selon lui « à peine 40 % des textes engagés seront peut-être menés à bien ». A nos yeux, présentement,  deux priorités pourront être traitées.  Celle, obligatoire, de doter la France d’un budget avant le 31 décembre. Il ne faut se faire aucune illusion. Celui-ci sera au rabais ou copie plus ou moins mauvaise du précédent (si tant est que les extrêmes ne décident pas d’une censure). La seconde priorité est de mettre un terme aux émeutes actuelles. Et là il est urgent de recourir à la législation qui est à notre disposition. D’abord l’état d’urgence.

On l’a évoqué ci-dessus. L’état d’urgence en France est un régime juridique d’exception encadré par la loi n° 55-385 du 3 avril 1955, créée à l’origine pour faire face aux événements liés à la guerre d’Algérie (https://www.legifrance.gouv.fr). « L’état d’urgence peut être déclaré sur tout ou partie du territoire métropolitain […], soit en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public, soit en cas d’événements présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique. » (Article 1 de la loi du 3 avril 1955). Le décret détermine « la ou les circonscriptions territoriales à l’intérieur desquelles il entre en vigueur ». Un décret simple détermine « les zones où l’état d’urgence recevra application » (c’est-à-dire où seront possibles les mesures les plus sévères). La majorité des mesures sont prises par les préfets.

Quant au déclenchement et à la durée.

L’état d’urgence est décrété en Conseil des ministres en cas de péril imminent ou de calamité publique. Il s’agit donc d’un décret présidentiel contresigné par le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur responsable de l’exécution (art. 19 C). L’initiative vient donc de l’Elysée. Mais la main ne doit pas trembler. Elle fut plutôt ferme lorsqu’il s’est agi de décréter un abusif état d’urgence sanitaire.

La durée initiale ne peut excéder 12 jours sans une autorisation de prorogation votée par le Parlement. L’état d’urgence fut prorogé de trois mois à compter du 21 novembre 2005, par la loi du 18 novembre 2005. A ceux qui s’inquiétaient d’une durée au-delà des fêtes, l’état d’urgence fut levé par Jacques Chirac à compter du 4 janvier 2006 (décret du 3 janvier 2006). On peut noter que c’est bien le chef de l’Etat qui pilota l’opération en s’appuyant sur D. de Villepin alors à Matignon.  Même N. Sarkozy, relais utile dans cette opération,  a estimé plus tard que la crise avait été « bien gérée ». Ironie de l’histoire, cette utilisation de l’état d’urgence en 2005 marquait les 50 ans de la loi de 1955 (Sylvie Thénault, « L’état d’urgence (1955-2005). De l’Algérie coloniale à la France contemporaine : destin d’une loi », Le Mouvement social, no 218, ‎ 2007 ; Karine Roudier, Albane Geslin, David-André Camous, L’état d’urgence, Dalloz, 2016).

A noter qu’en 2015 lors des attentats qui ensanglantent la France notamment au Bataclan, François Hollande annonce à la télévision la mise en place de l’état d’urgence. Trois prorogations ont lieu jusqu’à l’été 2016 puis encore une après l’attentat de Nice. Le même président, devenu d’un coup sécuritaire,  annonce un projet de constitutionnalisation de l’état d’urgence qu’il veut même coupler avec la déchéance de nationalité pour les terroristes (projet de loi constitutionnelle « de protection de la Nation »).  La Constitution de la Ve République mentionne seulement l’état de siège dans son article 36 et les « pouvoirs exceptionnels du président de la République ». Tant en 1993 qu’en 2007, les comités Vedel puis Balladur (sur les révisions constitutionnelles),  proposent  que l’état d’urgence et ses conditions d’application soient définis dans l’article 36. Le projet Hollande ne verra pas le jour faute de majorité et sera même enterré par l’hôte de l’Élysée lui-même (Lilian Alemagna et Laure Bretton, « Hollande : «J’ai décidé […] de clore le débat constitutionnel», sur liberation.fr, 30 mars 2016).

Afin de ne pas associer une mesure de type militaire (état de siège de l’art. 36) et une mesure civile (loi de 1955), on pourrait très bien songer à un article 36 bis consacrant l’état d’urgence.

Pour finir rappelons ce qui s’est passé en 2020. L’état d’urgence sanitaire a été décrété par E. Macron pendant la pandémie de Covid-19. Les dispositions du code de la santé publique qui l’autorisaient sont devenues caduques le 1er août 2022. En l’état actuel du droit, il n’est plus possible de déclarer l’état d’urgence sanitaire. Heureusement ! Des restrictions parfois inopportunes validées par le juge administratif : limitation de la liberté d’aller et venir (confinement le plus strict d’Europe, interdictions de déplacements), des réunions et de certaines activités professionnelles. De mesures d’ordre public comme la possibilité d’ordonner la fermeture d’établissements recevant du public, de prononcer des mises en quarantaine ou de contrôler les prix de certains produits. Enfin des réquisitions de quasiment tous les biens et services nécessaires pour lutter contre la crise. Tout ça pour quoi ? La France a compté environ 170000 décès attribués au Covid-19. Nous sommes le pays où il y a eu le plus de morts après l’Italie (https://www.touteleurope.eu/societe/cartes-cinq-ans-du-covid-19-quel-bilan-en-europe). Sans compter que la politique du « quoi qu’il en coûte » décidée par E. Marcon, si elle a pu s’expliquer, n’a jamais été « provisionnée ». L’ensemble des mesures prises  a représenté un coût total évalué à environ 240 à 300 milliards d’euros pour les finances publiques françaises. Du coup comme rien n’a été « provisionné », la dette a fortement progressé, atteignant un niveau inédit de 119 % du PIB. Et comme, quoi qu’on en dise, cette politique ultra dépensière a continué, on a donc rajouté à la dette jusqu’à arriver à un solde de près de  1400 milliards d’euros.

Il y tant d’urgences qui défient la France dans les mois et les années qui viennent. Certaines sont essentielles.

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France – Saint-Siège : une relation diplomatique singulière

By Défense et géopolitique

Entre relation et protocole

Par Alenxandru Andrei, membre de la Commission Défense & Relations Internationales

La visite de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre 2026, a rappelé que la relation entre Paris et le Saint-Siège ne relève pas seulement du protocole. L’ambassade de France près le Saint-Siège est la plus ancienne représentation diplomatique permanente française à l’étranger, et ce lien conserve aujourd’hui une utilité politique et diplomatique réelle.

La relation a pourtant connu une rupture profonde au début du XXe siècle. En 1904, la visite du président Émile Loubet au roi d’Italie, puis le conflit autour de plusieurs évêques français, provoquent une grave crise. La France rappelle son ambassadeur et rompt officiellement ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège le 30 juillet 1904. La loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 met ensuite fin au Concordat sur l’essentiel du territoire français.

Les relations sont rétablies en 1921, après près de dix-sept ans d’interruption. La France ne revient pas au Concordat, mais rétablit une relation diplomatique stable avec Rome.

Une exception subsiste cependant en Alsace-Moselle. Ces territoires étant allemands en 1905, la loi de séparation ne s’y est pas appliquée. Aujourd’hui encore, l’évêque de Metz et l’archevêque de Strasbourg sont nommés selon une procédure associant le président de la République et le Saint-Siège. Cette survivance juridique maintient un lien institutionnel particulier entre Paris et Rome.

L’intérêt de cette relation dépasse largement les questions religieuses. Le Saint-Siège dispose d’un réseau diplomatique mondial, d’une présence ancienne dans de nombreuses régions sensibles et d’un accès à des acteurs politiques, religieux et sociaux parfois difficiles à atteindre par les canaux classiques.

Lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron à l’Élysée le 25 septembre, Léon XIV a abordé plusieurs dossiers internationaux : Ukraine, Proche-Orient, Afrique, climat et intelligence artificielle. Il a appelé la France à demeurer « un artisan infatigable de paix et de multilatéralisme ». À Metz, trois jours plus tard, il a développé son discours sur l’Europe, le droit international et l’héritage de Robert Schuman.

Le Liban, les chrétiens d’Orient, Jérusalem ou encore le dialogue interreligieux constituent également des sujets sur lesquels la France et le Saint-Siège disposent d’intérêts communs.

Les désaccords demeurent néanmoins importants sur plusieurs sujets de société. La question de la fin de vie est aujourd’hui l’un des principaux points de divergence : la France a adopté en août 2026 une loi créant un droit à l’aide à mourir, alors que le Saint-Siège maintient son opposition à l’euthanasie et au suicide assisté.

Pour la France, l’intérêt est donc moins religieux que diplomatique. Le Saint-Siège reste un réseau d’information, d’influence et de médiation présent sur des terrains où les États ne disposent pas toujours des mêmes relais.

La question est simple : la France utilise-t-elle pleinement ce canal, notamment au Proche-Orient, en Afrique et dans les dossiers où facteurs politiques, religieux et communautaires s’entremêlent ?

L’histoire de la relation franco-vaticane montre en tout cas que, malgré les crises et les divergences, Paris et Rome ont toujours fini par considérer qu’il était préférable de maintenir le dialogue.

 

Sources principales : France Diplomatie ; Présidence de la République ; Saint-Siège ; Conseil d’État ; Sénat ; Légifrance ; archives gouvernementales françaises.