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Les midterms : quels impacts sur la France ?

By Défense et géopolitique

Ce scrutin de mi-mandat est habituellement un moment clé de la vie politique américaine puisqu’il se positionne comme un test pour le Président américain.

Par un adhérent du CRSI

Le Congrès américain est composé d’une chambre haute, le Sénat, représentant les États fédérés, et d’une chambre basse, la Chambre des représentants, qui porte la voix des citoyens américains. Les représentants sont élus tous les deux ans au suffrage universel direct. Les sénateurs sont, eux, renouvelés par tiers tous les deux ans via le même suffrage. Ce scrutin de mi-mandat est habituellement un moment clé de la vie politique américaine puisqu’il se positionne comme un test pour le Président américain. Les midterms de 2026 sont intervenues dans une société polarisée alors que la popularité de Donald Trump est au plus bas et que les démocrates souhaitent incarner l’avenir à l’approche des élections présidentielles de 2028.

                  Le 03 novembre 2026, les démocrates ont emporté les majorités du Sénat et de la Chambre des représentants. Certains États clés des républicains ont même basculé démocrates. Ainsi, Donald Trump a perdu et reconnaît sa défaite. Il l’explique en partie par la guerre en Iran.

Ces midterms auront-elles un impact en France ?

  • Les démocrates se concentreront sur des problématiques internes : le Congrès démocrate compte peser sur le budget fédéral, sur les nominations ainsi que sur les enquêtes parlementaires pouvant être lancées contre Trump et son administration.
  • Les droits de douane contre l’Europe ne baisseront pas nécessairement : après l’invalidation des tarifs douaniers par la Cour Suprême en février 2026, l’administration Trump les a placés sous le régime « section 301 » du droit commercial américain, permettant au Président d’agir sans le vote du Congrès.
  • Les États-Unis ne viendront pas au secours des Européens face à Poutine : même si les démocrates sont en partie favorables à l’aide à Kiev, Trump conserve son droit de veto et ses prérogatives diplomatiques. Il continuera donc de souffler le chaud et le froid sur les équilibres géopolitiques jusqu’à la fin de son mandat.
  • La guerre en Iran pourrait continuer et les prix à la pompe poursuivre leur inflation : en effet, le Congrès ayant peu de pouvoir en matière diplomatique, seul un accord entre Trump et l’Iran pourrait mettre fin à la guerre.
  • Maintien des pressions contre la souveraineté française et européenne : dans la stratégie de sécurité nationale américaine (NSS), il est écrit que les États-Unis doivent corriger la trajectoire des pays européens. L’UE est perçue comme un problème critique pour la souveraineté de ses États membres. Sa puissance de régulation et sa capacité à protéger ses citoyens, notamment à travers des lois comme le Digital Services Act, serait une menace pour les États-Unis.
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Protoxyde d’azote et sécurité intérieure

By Nos événements, Santé

Le protoxyde d’azote sert en médecine à détendre les jeunes patients avant un acte jugé stressant. Facile d’accès car aussi présent dans les cuisines, il est devenu la nouvelle drogue des jeunes avec des conséquences sur leur santé et celle des autres.

Par Fabrice Parabère, membre de la commission santé

L’usage détourné du protoxyde d’azote (N₂O), dit « gaz hilarant », s’est fortement développé chez les adolescents et les jeunes adultes depuis 2020. Les signalements d’intoxication sont en hausse continue, et certaines intoxications aiguës relèvent d’une prise en charge en urgence voire en déchocage (secteur hospitalier de réanimation dédié aux personnes en détresse vitale immédiate) [1, 2].

Les équipes de secours interviennent de façon récurrente auprès de jeunes ayant inhalé du N₂O (« proto »), très fréquemment retrouvés avec un trouble de la conscience d’intensité variable (du simple étourdissement au coma). Les risques majeurs observés sur le terrain sont l’hypoxie (manque critique d’oxygène dans le sang), les vomissements avec risque d’inhalation pulmonaire (passage accidentel du vomi dans les poumons pouvant entraîner un étouffement) et des manifestations neurologiques parfois sévères.

La loi n° 2026-798 du 18 août 2026 (dite « RIPOST ») érige en délit l’inhalation de N₂O en dehors de tout acte médical (un an d’emprisonnement et 3 750 € d’amende) et interdit la vente aux particuliers à compter du 1er février 2027 [3]. Si le cadre juridique est ainsi renforcé, les conséquences sanitaires à l’échelon national demeurent une préoccupation majeure.

Quelques minutes d’euphorie

Rires incontrôlés, sensation d’ivresse, vertiges, altération des perceptions visuelles et auditives : les effets recherchés durent généralement quelques minutes. Cette brièveté de sensations entretient l’illusion d’une pratique anodine et favorise la répétition des inhalations.

Une altération psychomotrice résiduelle (des réflexes ralentis et une perte de coordination) persiste pourtant au moins 45 minutes, et le gaz reste détectable dans l’air expiré et le sang pendant au moins une heure [4]. L’absence de test de dépistage homologué complique les investigations après un accident.

Ce que le gaz fait au corps

Les autorités sanitaires décrivent des atteintes neurologiques, cardiovasculaires et psychiatriques par plusieurs mécanismes : le N₂O oxyde de façon irréversible l’atome de cobalt de la vitamine B12, ce qui inactive la méthionine synthase (une enzyme essentielle au bon fonctionnement cellulaire). Il en résulte un déficit fonctionnel en vitamine B12, parfois avec un taux sérique normal (une présence normale de vitamine B12 dans le sang, mais inactive dans l’organisme), et une accumulation d’homocystéine et d’acide méthylmalonique, marqueurs biologiques plus fiables que le simple dosage de la vitamine B12 [5, 6].

Les complications neurologiques dominent : myélopathie (atteinte grave de la moelle épinière), neuropathie périphérique à prédominance axonale (destruction des neurones qui commandent les membres), ou forme mixte [7, 8]. Elles se traduisent par des paresthésies (fourmillements), une hypoesthésie distale (engourdissement et perte de sensibilité au niveau des doigts et des orteils), une ataxie* proprioceptive avec troubles de la coordination des mouvements et de l’équilibre entraînant un trouble de la marche et un déficit moteur avec perte de force des membres inférieurs. Le risque est dose-dépendant (plus la consommation est élevée, plus les dégâts sont graves) [9]. Dans une cohorte francilienne de 181 patients (2018-2021), la récupération complète à un mois n’était observée que chez 8 % des patients évalués [8].

La perte de connaissance, inconstante, résulte principalement de l’hypoxie** liée à l’inhalation de gaz pur. L’hyperhomocystéinémie induite (excès toxique d’un acide aminé dans le sang) expose à des événements thromboemboliques veineux (phlébites) et artériels, décrits chez des sujets jeunes sans autre facteur de risque [10].

En se détendant à la sortie d’une cartouche ou d’une bonbonne, le gaz atteint environ -40 °C (effet Joule-Thomson, refroidissement brutal lors de la décompression) et peut provoquer des gelures cutanées ou des voies aérodigestives [11]. L’inhalation directe à la cartouche expose en outre à un barotraumatisme pulmonaire par hyperpression (déchirure des poumons sous la pression du gaz) [11].

Un usage compulsif, répétitif, voire une dépendance, est décrit chez une minorité de consommateurs intensifs [1, 12].

Les mélanges

Le protoxyde est souvent consommé en association avec d’autres produits, notamment l’alcool. Les risques augmentent lorsqu’il est associé à l’alcool, au cannabis, aux poppers ou à certains stimulants. Associé à la cocaïne, il peut favoriser des troubles du rythme cardiaque.

Sur la route

En France, le baromètre Ipsos BVA-Macif 2026 (3 500 jeunes de 16 à 30 ans) indique que 12 % des répondants ont expérimenté le N₂O et que 34 % des consommateurs déclarent avoir déjà conduit après en avoir consommé [13]. La loi du 18 août 2026 crée un délit de conduite sous l’emprise manifeste d’une substance altérant la vigilance (art. L. 237-1 du code de la route) [3]. Aux Pays-Bas, la police a recensé plus de 900 accidents graves ou mortels liés au N₂O [4].

Ce que disent les jeunes

La méconnaissance des complications neurologiques est fréquemment rapportée chez les usagers [1]. Une idée reçue demeure également : parce que le produit est longtemps resté légal et facilement accessible, il serait sans danger. Les actions de prévention rappellent au contraire que la légalité d’un produit ne constitue jamais une garantie d’innocuité.

Reconnaître les signes chez un proche

  • Présence de cartouches, ballons ou bonbonnes.
  • Fou rire bref, regard absent ou désorientation passagère.
  • Fourmillements, troubles de l’équilibre ou fatigue inhabituelle.

L’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament), l’Anses et Santé publique France rappellent que l’autosupplémentation en vitamine B12 ne prévient pas les complications tant que la consommation se poursuit [1]. Toute symptomatologie neurologique, apparition de fourmillements, faiblesses ou troubles de la marche, impose une évaluation médicale rapide.

Pourquoi est-il si facile d’en trouver ?

Produit initialement destiné à un usage alimentaire pour la réalisation de crème chantilly, le protoxyde d’azote reste accessible via différents circuits de distribution. Plusieurs rapports ont également souligné le rôle des réseaux sociaux dans certaines formes d’approvisionnement. La vente aux mineurs est interdite depuis la loi du 1er juin 2021, et la vente aux particuliers est limitée depuis 2024 aux cartouches de 8,6 g au plus [14].

Les déchets : un danger souvent oublié

Les cartouches abandonnées dans l’espace public ne posent pas seulement un problème de propreté. Certaines peuvent rester sous pression et provoquer des incidents dans les installations de traitement des déchets. En Île-de-France, près d’un million de bonbonnes ont été introduites en 2025 dans les incinérateurs du Syctom, provoquant plus de 25 000 explosions, pour un coût estimé à près de 15 millions d’euros [15].

Ailleurs

Au Royaume-Uni, le N₂O est classé drogue de classe C depuis le 8 novembre 2023 (Misuse of Drugs Act 1971) : sa détention en vue d’une inhalation récréative constitue une infraction [16].

Les Pays-Bas, le Danemark et la Belgique ont également interdit son usage récréatif [4].

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*Ataxie : perte du contrôle de la position de son corps dans l’espace.

** Hypoxie : perte du contrôle de la position de son corps dans l’espace.

Références

  1. ANSM, Anses, Santé publique France. Le « proto », des cas d’intoxication toujours en augmentation. Communiqué du 16 avril 2025.
  2. Guerlais M, Aquizerate A, Lionnet A, et al. Nitrous oxide: a unique official French addictovigilance national survey. Front Public Health. 2023;11:1167746. doi:10.3389/fpubh.2023.1167746.
  3. Loi n° 2026-798 du 18 août 2026 visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (dite RIPOST). JORF du 19 août 2026, art. 30.
  4. Durán Jiménez D, Vinckenbosch F, et al. In vivo detection of nitrous oxide in blood and saliva following recreational use. ACS Omega. 2026;11:17279-85. doi:10.1021/acsomega.5c09572.
  5. Oussalah A, Julien M, Levy J, et al. Global burden related to nitrous oxide exposure in medical and recreational settings: a systematic review and individual patient data meta-analysis. J Clin Med. 2019;8(4):551. doi:10.3390/jcm8040551.
  6. Grzych G, Deheul S, Gernez E, et al. Comparison of biomarker for diagnosis of nitrous oxide abuse: challenge of cobalamin metabolic parameters, a retrospective study. J Neurol. 2023;270(4):2237-45. doi:10.1007/s00415-023-11570-z.
  7. Garakani A, Jaffe RJ, Savla D, et al. Neurologic, psychiatric, and other medical manifestations of nitrous oxide abuse: a systematic review of the case literature. Am J Addict. 2016;25(5):358-69. doi:10.1111/ajad.12372.
  8. Dawudi Y, Azoyan L, de Broucker T, et al. Marked increase in severe neurological disorders after nitrous oxide abuse: a retrospective study in the Greater Paris area. J Neurol. 2024;271(6):3340-6. doi:10.1007/s00415-024-12264-w.
  9. Winstock AR, Ferris JA. Nitrous oxide causes peripheral neuropathy in a dose dependent manner among recreational users. J Psychopharmacol. 2020;34(2):229-36. doi:10.1177/0269881119882532.
  10. Oulkadi S, Peters B, Vliegen AS. Thromboembolic complications of recreational nitrous oxide (ab)use: a systematic review. J Thromb Thrombolysis. 2022;54(4):686-95.
  11. Liu Y, Svennersten K, Schwartz D, Huss F, et al. Frostbite injuries related to recreational nitrous oxide use: incidence, management, and complications in a Swedish case series. JPRAS Open. 2024. doi:10.1016/j.jpra.2024.07.019.
  12. Kaar SJ, Ferris J, Waldron J, et al. Up: the rise of nitrous oxide abuse. An international survey of contemporary nitrous oxide use. J Psychopharmacol. 2016;30(4):395-401. doi:10.1177/0269881116632375.
  13. Ipsos BVA pour la Macif. Les addictions et leurs conséquences chez les jeunes, 6e édition. Juin 2026.
  14. Loi n° 2021-695 du 1er juin 2021 tendant à prévenir les usages dangereux du protoxyde d’azote ; arrêté du 19 juillet 2023 limitant à 8,6 g les cartouches vendues aux particuliers.
  15. Syctom, agence métropolitaine des déchets ménagers. Communiqué de 2026 (données 2025), repris par l’AFP.
  16. United Kingdom. The Misuse of Drugs Act 1971 (Amendment) Order 2023, SI 2023/1091 ; Home Office. Nitrous oxide ban: guidance. 8 novembre 2023.
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Engrais azotés : Atout, hic ou danger ?

By NASA

Les engrais améliorent les rendements végétaux. Leur stockage met parfois en jeu la sécurité intérieure. Lors d’usages inappropriés, ils dégradent l’environnement.

Par A.Hamelin, responsable de la commission NASA (Nature, agriculture et santé animale)

« […] sans engrais, pas de récoltes, et sans récoltes, notre souveraineté alimentaire est menacée » Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, 9 juillet 2026.

L’azote, élément chimique, est un nutriment qui permet aux plantes de produire toutes les protéines nécessaires à leur vie. A l’exception des plantes légumineuses (fabacées), qui fixent le diazote* contenu dans l’air pour leur besoin grâce à une relation symbiotique avec des bactéries (rhizobium), la plupart des autres plantes cultivées doivent puiser l’élément azote sous une autre forme, assimilable pour elles et apportée par exemple par du fumier (engrais dit organique).

En France, avant la Première Guerre mondiale, les paysans utilisaient encore beaucoup leur fumier pour amender les champs. Cependant, les engrais azotés non organiques existaient déjà. Ils étaient issus des sous-produits de la distillation du charbon (sulfate d’ammoniaque) ou importés du Chili (nitrate de soude).

Une chimie des engrais explosive

Faisons un peu de chimie, en version simplifiée…

L’air que nous respirons contient 78 % de diazote (N2), c’est une ressource dont nous ne manquerons jamais… Au début du XXe siècle, le procédé chimique Haber-Bosch (dont le brevet a été acquis par la France grâce au Traité de Versailles) a permis de synthétiser l’ammoniac (NH3) à partir du diazote de l’air et du dihydrogène (H2), facilitant l’usage des engrais azotés de synthèse, cf. graphique 1.

H2 vient du reformage du méthane (CH4) à la vapeur d’eau (H2O). A la place du méthane, il est possible d’utiliser du charbon ou des hydrocarbures légers, connus sous le nom de naphta (dérivés du pétrole).

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On comprend que sans gaz naturel ou sans naphta, pas d’ammoniac, pas d’engrais azotés. Une grande partie de l’ammoniac est transformée en engrais, le reste sert à la fabrication d’explosifs ou de polymères.

On se souviendra qu’en 2020, la plus grande explosion non nucléaire avait lieu à Beyrouth [2] et était liée à un stockage sans précaution de tonnes de nitrate d’ammonium. Bilan : 220 morts et plus de 6 500 blessés. En France, le 21 septembre 2001, à Toulouse, l’explosion de l’usine d’AZF tua 31 personnes et fit 2 500 blessés pour les mêmes raisons [3]. Un type d’engrais azoté, le nitrate d’ammonium, est donc source de danger direct pour la population et mettent parfois en jeu la sécurité intérieure.

Non souverain

Dans l’entre-deux-guerres, la France développe sa production d’ammoniac, d’une part pour le transformer en acide nitrique en cas de guerre, d’autre part pour fabriquer des engrais, développer sa production de blé et assurer son autosuffisance alimentaire. Ces engrais de synthèse sont jugés de composition plus standardisée que les fumiers utilisés par les paysans. A la fin des années 50, la production et la consommation des engrais azotés en France sont équivalentes, de l’ordre de 650 000 tonnes d’azote par an [4]. Pas d’excédents et pas de pénurie !

A partir de 1945, les engrais azotés ont boosté les rendements : celui du blé d’hiver a triplé en trente ans [5].

Aujourd’hui, nous ne sommes plus souverains et, malgré une production locale (cf. carte 1), les deux tiers des engrais azotés consommés en France sont importés. Nous sommes le premier importateur européen d’engrais équivalent azoté avec 828 000 tonnes importées en 2023 (principalement de l’urée qui représente 69 % des volumes).

Entre 2010 et 2023, les prix de l’urée importée dans l’Union européenne ont en moyenne augmenté de 70 %, et le prix du sulfate d’ammonium extra-européen importé a bondi de 138 %.

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Les engrais naturels ou organiques tels le fumier, les fientes de volailles ou le lisier de porc contiennent de l’azote, mais les cultures sont de nos jours surtout consommatrices d’engrais de synthèse.

Les engrais azotés de synthèse sont de trois types :

  • Ammoniacaux qui libèrent des ions ammonium (NH4+)
    • Urée, sulfate d’ammonium, cyanamide calcique
  • Nitriques qui libèrent des ions nitrates (NO3–)
    • Nitrate de soude, de chaux, de magnésie
  • Ammonitrates qui libèrent NH4+ et NO3–

L’urée est fabriquée à partir d’ammoniac et de gaz carbonique, elle est moins chère à transporter et donc en forte progression alors qu’historiquement l’ammonitrate était l’engrais roi en France.

Dispersés, absorbés et perdus

Selon la forme dispersée sur les champs, le devenir de ces engrais de synthèse est différent. Les nitrates, solubles dans l’eau, sont utilisés par les plantes en pleine croissance, mais épandus en trop grande quantité, ils peuvent être partiellement emportés vers la nappe phréatique, les rivières, les mers ou les océans. Les engrais ammoniacaux, moins facilement assimilés ont une durée d’action plus longue, mais leur épandage dégage de l’ammoniac qui, ajouté au trafic routier émetteur de dioxyde d’azote ou NO2, contribue à la formation de particules fines.

Ces engrais azotés ont un coût climatique, une empreinte carbone. En effet, l’épandage de ces engrais dégage aussi du protoxyde d’azote (N2O), le fameux gaz hilarant dont l’usage est aujourd’hui détourné par les jeunes en mal de sensations… Ces émissions représentent aujourd’hui, selon le spécialiste Marc Dufumier**, la principale contribution de l’agriculture française au réchauffement climatique si on tient compte du coût énergétique pour la fabrication des engrais précurseurs de N2O. Le protoxyde d’azote est en effet un gaz à effet de serre environ 300 fois plus puissant que le gaz carbonique. Au passage, notons que les ados accros au N2O ne sont probablement pas écolos…

« L’azote c’est du pain mais […] c’est aussi la sécurité », déclarait Henri Chéron***, ministre de l’Agriculture en 1924. Un atout peut-être, bien que les paysans de l’époque soient restés longtemps frileux à leur utilisation et alors que leurs contemporains agronomes s’interrogeaient déjà sur leur usage.

Ces engrais posent, pour certains, des problèmes de sécurité lors de leur stockage et sont accusés d’être à l’origine de pollutions environnementales. Notre eau potable est contaminée par endroits (trop riche en nitrates). Proliférant à cause notamment du ruissellement de ces engrais, les dépôts d’algues vertes sur les plages ont tué en France : des sangliers, des chiens, des chevaux et un homme, un joggeur mort en 2016 d’avoir voulu sauver son chien pris dans ces algues. L’Etat français a d’ailleurs été reconnu responsable [7].

Des solutions existent pour limiter l’utilisation des engrais azotés et feront l’objet de prochaines notes.

* Diazote ou N2 : molécule contenant deux atomes d’azote

** Marc Dufumier : ingénieur agronome et ancien professeur d’agriculture comparée à l’Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement (AgroParisTech).

https://www.academie-agriculture.fr/system/files_force/academiciens_ecrivent/2023/20231212latransitionagroecologiquebertrandhervieu.pdf?download=1

*** Débats parlementaires, Sénat, séance du 4 mars 1924.

Sources 

  1. https://www.academie-agriculture.fr/sites/default/files/publications/encyclopedie/09.03.r01_livraisons_engrais_mineraux_france_1886-2025.pdf
  2. https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/04/cinq-ans-apres-l-explosion-du-port-de-beyrouth-le-president-libanais-promet-la-justice_6626578_3210.html
  3. https://www.franceinfo.fr/faits-divers/explosion-de-l-usine-azf-de-toulouse/explosion-de-l-usine-azf-a-toulouse-le-dernier-batiment-reste-debout-apres-la-catastrophe-dans-la-zone-industrielle-est-en-cours-de-demolition_7581017.html
  4. http://www.afes.fr/wp-content/uploads/2023/04/EGS_2_3_Boulaine1995.pdf
  5. https://www.franceagrimer.fr/sites/default/files/rdd/documents/ETU-MUL-Engrais_mineraux_et_grandes_cultures_2024_2.pdf
  6. https://www.usinenouvelle.com/article/ammoniac-la-france-encore-epargnee-par-les-reductions-de-capacites-de-yara.N2039127
  7. https://www.geo.fr/environnement/algues-vertes-letat-condamne-a-indemniser-la-famille-du-joggeur-mort-intoxique-en-bretagne-227271
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Engrais : Géopolitique et perte de souveraineté

By Nos événements, NASA

Les engrais sont une ressource agricole au cœur d’enjeux politiques et environnementaux. Pourquoi la payons-nous plus cher ?

Par A. Hamelin, JM. Perrin, membres de la commission NASA (Nature, agriculture et santé animale)

Nos agriculteurs sont bousculés par une géopolitique dont ils ne sont pas responsables. Que l’Europe et la France mettent la main à la poche pour le versement d’une aide à l’achat d’engrais leur déplaît surement… Ont-ils le choix de ne pas être aidés ?

« Le dispositif concerne les achats d’engrais réalisés entre le 1er juin 2026 et le 30 septembre 2026 et s’adresse à l’ensemble des filières agricoles. Selon la situation de l’exploitation, l’aide peut être de 50 € par tonne d’engrais éligible achetée, voire 70 € par tonne sous conditions » peut-on lire dansAgriculteurs-85 [1].

Une enveloppe de l’ordre de 150 millions d’euros est prévue dont environ les deux tiers versés par l’UE [2]. En attendant le cours des engrais de synthèse continue de grimper… La perpétuation du conflit au Moyen-Orient n’arrange rien. Les agriculteurs, qui croulent déjà sous la paperasse, ont jusqu’au 6 novembre pour déposer leur demande d’aide, uniquement si celle-ci dépasse les 750 euros, petits paysans passez votre chemin…

Si vous vous interrogez sur les raisons pour lesquelles nos cultures ont besoin d’engrais, sachez qu’une expérience britannique, à Rothamsted commencée depuis 1843, démontre que, sans engrais, nos rendements agricoles ne pourraient nourrir convenablement notre population européenne. Des notes futures détailleront un à un les différents types d’engrais. Trois éléments chimiques, nutriments majeurs, sont employés et épandus dans les champs pour obtenir des rendements maximums : l’azote (N), le phosphore(P) et le potassium (K).

Sans engrais, moins de céréales

Notre angle de vue est ici géopolitique. Pour bien comprendre les enjeux autour de ces engrais, il suffit de savoir que ce sont des éléments minéraux indispensables à une croissance optimale des végétaux que nous cultivons, soit pour notre alimentation, soit pour celle des animaux d’élevage. Blé, maïs et riz, céréales représentent 40 % de l’apport calorique mondial et absorbent près de 50 % de l’azote utilisé dans le monde [3].

Au niveau mondial, l’utilisation d’engrais a bondi comme le montre le graphique 1. Entre 1961 et 2021, soit en soixante ans, elle a été multipliée par six. Nous sommes passés de 31 à 195 millions de tonnesdont 60 % issus d’azote [3]. Les engrais constituent une ressource fondamentale pour la sécurité alimentaire mondiale. Nous ne sommes donc pas seuls à en acheter…

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Cette ressource précieuse est au cœur d’enjeux politiques. Les engrais dépendent beaucoup du gaz, qui sert notamment de matière première pour fabriquer les engrais azotés, et des routes maritimes pour leur transport.

L’ammoniac, dont la formule chimique est NH3, est précurseur d’engrais azoté. Il est le deuxième produit chimique de synthèse au niveau mondial après l’acide sulfurique. La consommation d’engrais dans le monde en 2020 est illustrée par la carte 1.

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Dépendance UE aux importations

Les bouleversements géopolitiques depuis 2015 expliquent la tension sur le marché des engrais, azotés surtout. Les principaux producteurs mondiaux d’ammoniac sont la Chine (32 %), l’Inde (9 %), les USA et la Russie (chacun à hauteur de 7 %), mais les principaux fournisseurs de l’UE sont la Russie, l’Algérie et Trinidad-et-Tobago. Depuis cette date, l’Europe voit ses productions d’engrais chuter et donc sa dépendance aux importations monter (cf. tableau 1). Sa production propre a baissé de 27 % et le prix des engrais azotés explose en parallèle de celui du gaz. La France a importé, en 2025, pour 209 millions d’euros d’ammoniac, + 3,5 % depuis 2015, avec un prix qui a fluctué entre 204 euros la tonne jusqu’à 1 099 euros/t [4].

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Depuis 2022, les prix avaient déjà commencé à s’envoler à la fois du fait de la reprise d’activité post-Covid, mais surtout à cause de la guerre russo-ukrainienne qui rebat les cartes de son commerce. Le prix du gaz naturel a explosé en Europe, lié en partie aux sanctions européennes imposées à la Russie. L’effet choc de cette augmentation des cours se répercute immanquablement à toute la chaîne de valeur.

L’UE consomme chaque année environ 10 millions de tonnes d’engrais azotés de synthèse dont la moitié est importée et l’autre moitié produite à partir d’intrants importés (gaz naturel ou ammoniac). La France au sein de l’UE en est le premier importateur (ce qui correspond environ à 20 % des importations UE) puisqu’elle est encore la première puissance agricole [3].

Face à cette demande européenne, la Chine, premier producteur mondial d’engrais, fait varier le marché dans le sens qui lui convient. En effet, elle produit surtout pour son marché intérieur, n’a pas besoin d’exporter et peut donc diminuer ces exportations d’engrais azotés selon ses orientations géopolitiques.

Du gaz non, de l’urée oui !

La guerre russo-ukrainienne a bouleversé aussi la route des exportations. Elles passaient par la mer Noire, en partie bloquée depuis le printemps 2022. Les Russes ont donc déplacé leurs marchandises vers le port de Taman, attaqué par les Ukrainiens en février 2026. Cela explique l’envolée des cours.

Ce conflit fait également chuter les importations de gaz naturel russe vers l’UE, ce qui leur laisse un surplus de matière première qu’ils transforment en urée et en ammoniac (NH3), précurseurs d’engrais azotés, leur permettant de consolider leur position d’exportateur d’engrais (cf. graphique 2). En effet, l’urée était une denrée non visée par les sanctions UE, elle pouvait y être importée jusqu’au début 2025. « L’engrais russe était le nouveau gaz ».

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Le 1er juillet 2025, l’UE adopte finalement de nouveaux droits de douane sur ces engrais azotés russes et biélorusses dont le coût devrait passer de 40 euros la tonne pour l’année 2026 à 315 euros la tonne en 2028. Nos agriculteurs n’ont pas fini de payer… et nous non plus !

La Russie profite également de ses stocks d’engrais pour renforcer son soft power en Afrique où ces produits sont distribués.

2026, la guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz contribuent encore plus à la chute des quantités d’engrais disponibles. En effet, les pays du Golfe assurent 25 % des exportations mondiales d’urée (Iran, Qatar, Arabie Saoudite) et un tiers du commerce mondial de ces produits transite par Ormuz. On comprend que le blocus, qui persiste à l’heure où nous écrivons ces lignes, fasse chuter les exportations et renchérisse les cours.

Le marché des engrais, azotés surtout, subit donc trois dynamiques :

  • Chute de production européenne
  • Reconfiguration géopolitique des flux d’approvisionnement
  • Augmentation et volatilité des prix

Notre approvisionnement pour garantir nos rendements agricoles dépendent de nos choix politiques. Nous avons réduit notre fabrication d’engrais en Europe, sanctionné nos fournisseurs et mis en jeu notre souveraineté agricole.

« […] sans engrais, pas de récoltes, et sans récoltes, notre souveraineté alimentaire est menacée » a déclaré la ministre de l’Agriculture Annie Genevard le 9 juillet dernier.


« Un grand pays n’a pas d’amis » Charles de Gaulle*.

 

A méditer…

* Extrait d’un entretien au magazine Paris Match, le 9 décembre 1967  

Sources :

[1] https://www.agriculteurs-85.fr/30-07-2026/aide-engais-azotes/

[2] https://www.vie-publique.fr/discours/304271-annie-genevard-09072026-engrais

[3] https://www.agriculture-strategies.eu/2026/06/geopolitique-et-geoeconomie-des-engrais-azotes/

[4] https://tradedashboard.eu/reports/ammoniac-281410-2015-2025-fr-92a8db1e.html

sécurité

Réorganiser la cybersécurité de l’État

By Nos événements, Numérique

Par Pascal Tierce, membre de la commission Numérique

Une situation alarmante connue de tous

Depuis environ 4 ans, quasiment chaque semaine, une ou plusieurs administrations d’Etat, collectivités territoriales, hôpitaux, agences étatiques se font attaquer, le plus souvent avec succès. Paradoxalement, les hackers sont de plus en plus jeunes, mettant en exergue l’état de dégradation du dispositif français. Pire, aucune de ces attaques ne semble remettre en question la responsabilité des organes de direction.

Les causes de cette dégradation sont aussi connues : manque constant de prise de conscience réelle par la haute fonction publique de la menace cyber, qu’elle soit issue d’Etats étrangers ou de cybercriminels ; faible dotation et donc sous-investissements (personnels, matériels, logiciels) en cybersécurité depuis 20 ans ; positionnement souvent à un niveau ne correspondant pas aux enjeux des FSSI (fonctionnaires de la sécurité des systèmes d’information) doublé d’une carence en moyens d’action ; absence de responsabilisation des autorités, non représentation d’une autorité qualifiée en cyber auprès du ministre de tutelle, à tout le moins auprès du SG ; défaut de filière de formation (y compris continue) en cyber ; faible incitation à recourir à des prestataires français ne permettant pas l’éclosion de start-up nationales…

Si les choses évoluent dans les textes, notamment par une instruction de 2022 sur l’organisation cyber au sein des administrations, par les directives NI2 et DORA dans le domaine du security by design par exemple, dans les faits, manifestement de gros efforts restent à entreprendre…

En résumé, à la question : sommes-nous en ordre de bataille et à la hauteur des risques ? La réponse est non, encore moins avec l’arrivée de l’IA et des agents IA autonomes.

Une transformation nécessaire : quelques pistes

 

Comme à chaque fois que les structures n’évoluent pas avec leur temps (et avec les techniques), il s’avère impératif à un moment donné de changer profondément leur organisation.

Une difficulté tient à la diversité des acteurs : ANSSI, SGDSN, services de renseignement, ministères, opérateurs d’importance vitale (OIV), autorités de régulation, collectivités territoriales et opérateurs privés. Ces acteurs n’ont ni les mêmes missions, ni les mêmes pouvoirs, ni les mêmes objectifs. Il s’agit cependant de les rassembler sous l’étendard de la souveraineté et de l’indépendance.

Une seconde difficulté tient à ce que l’hacker n’attaque pas toujours sa cible directement mais par rebond via les chaînes d’approvisionnement et les sous-traitants. Ainsi, le prestataire d’un OIV peut se révéler le point faible du fait des connexions entre les deux.

Par ailleurs, au vu des interactions entre les domaines civil et militaire (BITD), la cybersécurité doit être considérée aujourd’hui comme duale par nature. Il n’est plus possible de concevoir une organisation globale qui ne ferait pas la promotion d’une coordination étroite entre ces deux domaines.

Dans cette vision duale et au regard de la multiplication ces dernières années des organismes à vocation cyber, il est nécessaire de clarifier les missions de chacun, d’éventuellement les regrouper et de leur assurer, outre des moyens ad hoc, un positionnement clair et optimal dans la structure étatique.

La multiplication des attaques, leur sophistication maintenant aidée par l’IA, militent pour que soit créé auprès du Premier ministre un organisme ayant des compétences élargies, afin à la fois d’informer le pouvoir exécutif (et les parlementaires), d’établir une doctrine de dissuasion cyber et d’unifier la gestion des crises majeures.

Cet organisme aurait aussi pour missions d’organiser et faire vivre la chaîne fonctionnelle de cybersécurité dans les structures de l’Etat, de veiller à son indépendance, à sa représentation au plus haut niveau de la hiérarchie, à ses dotations en moyens (personnels et équipements). Cette supervision doit s’étendre à toutes les entités dépendant des collectivités territoriales, des hôpitaux, des agences étatiques, même si elles sont indépendantes, voire des OIV. Une telle réforme passera sans doute par la voie législative. Mais il n’est pas entendable que l’on accepte des “trous dans la raquette”, sauf à autoriser un abaissement du niveau global de sécurité.

Un dernier point pourrait concerner la promotion de moyens, l’évaluation de la résilience et la responsabilisation des décideurs. Il s’agit ici 1/ d’identifier un budget cyber autonome dans chaque structure et sa programmation sur plusieurs années (horizon à 3 ans), 2/ de la constitution d’un tableau de suivi avec des indicateurs (en en limitant le nombre pour éviter des discours trop techniques qui perdraient les non initiés), 3/ d’une responsabilisation engagée des décideurs (cyber mais aussi numérique) avec une obligation de résultats.

Proposition d’architecture générale pour une meilleure gouvernance de la cybersécurité

Cet organigramme s’articule autour 1/ de la formalisation d’une chaîne de coopération renforcée autour de quatre fonctions : détecter et comprendre ; protéger et rétablir ; enquêter et poursuivre ; répondre à l’agression 2/ de l’assurance d’une circulation de l’information de façon fluide, dans son intégrité et non écoutable (classification au regard de l’IGI 1300 sur le secret de la défense nationale, protection des sources, communication rapide des indicateurs techniques, des alertes ou des attaques par des canaux d’information sécurisés).

En conséquence, cette thématique serait sortie du SGDSN pour être intégrée dans un conseil (ou office) nationalrattaché directement au Premier ministre (PM). Ses missions : définition et coordination de la politique nationale de cybersécurité (protection des infrastructures critiques et des réseaux, sécurité des administrations, souveraineté technologique, lutte contre les ingérences,…) ; arbitrage des conflits de compétences et de moyens entre ministères, notamment sur les priorités d’investissement ; évaluation des résultats au moyen d’indicateurs communs et d’un rapport annuel au Premier ministre ; gestion des crises nationales ou interministérielles.

Il paraît nécessaire qu’au sein de cette cette instance, outre le PM, les ministères de l’Intérieur, de la Justice, des Finances, des Armées ainsi que la DGSI et la DGSE soient représentés d’office. Par ailleurs, un comité stratégique interministériel renforcé pourrait réunir périodiquement les ministères, l’ANSSI et les autorités compétentes pour des échanges. A ce propos, il est utile afin de protéger l’efficacité et la capacité de réaction de l’action publique que seul ce comité stratégique ait vocation à exister, et donc que les autres structures de discussion qui pourraient avoir vu le jour disparaissent. L’idée étant de ne pas tomber dans la réunionite et le comité Théodule.

Ce conseil national piloterait les autres structures déjà en place pour tout ce qui concerne la cybersécurité :

  • ANSSI avec les CSIRT ministériels (détection, analyse et réponse aux incidents sur leur périmètre) et les CSIRT territoriaux et sectoriels (assistance de proximité, formation et accompagnement spécialisé) : sécurité des réseaux civils et protection des infrastructures critiques, réponse aux incidents ;
  • OSIIC : déploiement et gestion des moyens de communication sécurisés de l’Etat ;
  • COMCYBER et chaînes des armées (DRSD) : cyberdéfense militaire, renseignement technique et opérations cyber militaires ;
  • DGSE, DGSI… : renseignement, respect de leurs mandats légaux et de leur autonomie opérationnelle ;
  • Police, Gendarmerie et Justice : enquêtes judiciaires, garanties procédurales, attribution des attaques et démantèlement des réseaux criminels ;
  • CNIL : respect de l’indépendance de l’autorité mais sous la haute autorité du conseil ;
  • VIGINUM : lutte contre les ingérences étrangères ;
  • C4 : structure intégrée au conseil. Elle coordonne l’évaluation de la menace, prédéfinit les seuils de déclenchement (niveau de crise), les délais de décision, les conditions de mobilisation des moyens techniques, judiciaires, diplomatiques et militaires, organise les tests et exercices interministériels associant opérateurs privés et collectivités territoriales ;
  • Ministères, agences étatiques, collectivités territoriales, hôpitaux, rectorats : sécurité opérationnelle de leurs propres systèmes et réseaux.

Concernant les seules agences de l’Etat, il en existe près de 1 200 actuellement dont plus de 300 à titre consultatif. Une réorganisation et un regroupement s’imposent, à l’instar d’une réforme du millefeuille administratif territorial. Moins de structures pour plus de moyens.

Il s’agit d’un schéma fonctionnel simplifié. Aussi, il convient de garder à l’esprit que ces organismes conservent leurs chaînes hiérarchiques et leurs autorités distinctes. Le conseil coordonne la politique mais ne commande pas opérationnellement ces structures. Le pragmatisme impose ici le respect des principes de subsidiarité et de responsabilisation des décideurs à tous les niveaux hiérarchiques. Ces derniers ont toute latitude pour mettre en œuvre la politique cyber dans leur domaine de compétence et leur environnement mais ils rendent compte et doivent être notés sur les résultats.

Un dernier mot sur le calendrier de la réforme : 12 mois maximum. Au-delà, rien ne se fera.

sucre

Le point sur les produits sucrés

By Nos événements, Santé

Le sucre ne doit pas être un aliment consommé en trop grande quantité, mais comment faire quand il se cache dans de plus en plus d’aliments ?

Par Aurore, responsable de la commission santé

Projet Plan Forme note 5

La prévention en santé ne peut s’envisager sans parler alimentation. Les nutritionnistes utilisent pour leurs patients, tout comme les professeurs pour leurs élèves, une pyramide alimentaire qui met en avant les produits considérés aujourd’hui comme les plus indispensables et les plus sains à notre santé. Ces aliments sont donc logiquement placés à la base de la pyramide. Le sommet de la pyramide est constitué par les aliments non indispensables à notre santé, voire déconseillés en consommation régulière.

Que trouve-t-on au sommet de cette pyramide ? Les produits sucrés.

Schématisons les choses…

Notre alimentation se compose, en plus de l’eau, de trois types de macronutriments que nous consommons en grande quantité et qui sont indispensables car ils nous apportent notamment de l’énergie : protéines, lipides et glucides. Par opposition, les micronutriments, tout aussi indispensables, sont ingérés en moindre quantité, ces derniers ne nous apportent aucune énergie : minéraux et vitamines.

Oses et abus

Pour les amateurs de chimie, la formule des glucides est CnH2nOn ou Cn (H2O) n d’où leur ancien nom d’hydrate de carbone. On les classe en fonction du nombre d’unités simples, appelées oses, qu’ils comportent. Les oses les plus fréquents sont les hexoses où n = 6, (glucose, fructose). Les glucides forment donc une grande famille qui inclut les glucides complexes (longs polymères d’oses) tel l’amidon de vos pommes de terre qui sont digestibles par notre organisme ou les glucides non assimilables, c’est-à-dire les fibres de vos légumes telle la cellulose, la même qui compose vos cotons démaquillants !

Sucres et glucides ne sont pas synonymes. Ce que nous appelons communément les sucres sont des molécules composées d’un ou deux oses. Ils ont un pouvoir sucrant et sont aussi appelés sucres rapidesou encore sucres libres car très vite assimilés par l’organisme.

Comme les repérer sur l’étiquette d’un produit ?

Leur nom se termine par -ose !

Facile !

Vous les connaissez pour la plupart : glucose, fructose, galactose, lactose, etc. Le sucre (au singulier, la chose est importante) que vous mettez dans votre café se nomme en chimie saccharose, il se compose d’une molécule de glucose et d’une molécule de fructose. Le dextrose, lui, est un sucre de synthèse et n’existe que dans les aliments industriels.

Quand l’humain mange des sucres, il active le circuit de la récompense, les plus curieux lirons sur ce sujet notre note disponible via ce lien https://www.crsi-france.fr/ecrans-et-addictions-physiologie-du-plaisir/. Ce circuit est fait tel que les humains cherchent à reproduire l’action qui leur procure du plaisir, ici manger un aliment sucré. Les aliments les plus riches en sucres stimulent au maximum ce circuit. Un risque d’addiction au sucre existe donc.

 

L’empereur fautif

Chez l’adolescent, l’excès de sucre est incriminé dans la perte de mémoire et d’apprentissage. Par ailleurs, la consommation excessive de sucre déclenche chez eux des pics de glycémie à l’origine de pics d’insuline qui font chuter la glycémie, chute brutale responsable de fatigabilité et d’irritabilité.

De manière plus générale, l’excès de sucre accélère le vieillissement cérébral, perturbe la flore intestinale. Le sucre en excès est stocké dans le foie et le tissu adipeux sous forme de graisse principalement. L’excès de graisses conduit à une résistance à l’insuline, facteur de diabète de type II, ou à la maladie dite du foie gras.

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Pour les amateurs d’histoire, début XIXe siècle, le blocus anglais limite les importations de sucre de canne.  Napoléon [1], se souvenant d’une émeute dite « des sucres » en 1792, lance la culture de la betterave sucrière en Métropole. Le sucre produit en France doit alors être consommé… Et la consommation augmente donc, cf. le tableau 1. Aujourd’hui, les Français consomment en moyenne 100 g de sucres par jour alors que les recommandations les plus sévères de l’OMS les limitent à 25 g/j (conférence de Charlot et Denos, Strasbourg, 5/10/2026).

Sucres ajoutés

La plupart de nos aliments dits bruts contiennent des glucides et des sucres, mais ils ne posent pas de réels problèmes de santé. Les glucides complexes se trouvent dans les céréales, légumineuses, légumes et tubercules. Beaucoup de ces aliments contenant de l’amidon sont appelés féculents. Les sucres (rapides ou libres) se retrouvent dans les fruits, le lait, le miel, etc.

Cependant, depuis les années 50, notre consommation de sucres a explosé avec notamment la prise de boissons sucrées (au moins x6) et la consommation de gâteaux industriels, de glaces, etc. (au moins x14) !

Il faut y ajouter les sucres cachés très présents dans les aliments ultra-transformés : les fameux sucres ajoutés. Ils sont employés par les industriels non pas pour sucrer le produit, mais pour d’autres raisons notamment technologiques (conservation, texture, coloration, fermentation des aliments). Certaines raisons sont parfois inavouables : le sucre favorise l’appétence, équilibre ou camoufle des saveurs moins agréables. On en trouve même dans les saucisses industrielles… Ces sucres-là rendent aussi possiblement le consommateur « accro » d’autant que nous n’avons pas conscience de leur présence.

Trucs et astuces

Eliminer au maximum les sucres ajoutés de son alimentation n’est pas si compliqué…

Quelques actions à mettre en place quand vous voulez :

  • Vous aimez les yaourts sucrés, achetez-les nature et mettez-y des fruits coupés qui vous apporteront, en plus du sucre, des fibres ou mettez du miel, ou même de la confiture maison. Vous contrôlerez alors la quantité de sucre et ne subirez pas celle incorporée par l’industriel. Cela vous permet en plus de diminuer progressivement les doses de sucre.
  • Vous, ou vos enfants, mangez des céréales au petit déjeuner ? Si vous souhaitez les acheter tout faits, choisissez bien le produit, ne vous fiez pas à l’emballage, les mentions fitness ne sont absolument pas une garantie de produit non sucré. Il est possible et préférable de faire son mélange soi-même : céréales complètes + fruits secs + graines + cacao maigre, d’autres idées sont en ligne [2].
  • Quand vous consommez des sodas, préférez en boire moins souvent, mais sucré, plutôt qu’en boire très régulièrement et additionnés d’édulcorants. Diminuer son ingestion de sucre au profit de molécules classées possibles cancérigènes comme l’aspartame (Organisation mondiale de la santé, 2023) n’est pas une bonne option pour sa santé.
  • Cuisiner maison le plus possible, avec des produits bruts non transformés, réduit le risque d’ingérer des sucres cachés ajoutés par les industries agro-alimentaires. Si vous n’avez pas d’idées, des spécialistes de la nutrition strasbourgeois ont mis gratuitement en ligne des recettes maison sur leur site « mes meilleurs menus ».
  • Soyez un consommateur averti, reconnaissez d’abord les sucres cachés dans les aliments industriels que vous achetez. Pour les démasquer, vous savez que leurs noms se terminent souvent par -ose, mais pas toujours ! Il y a aussi : « amidon de maïs », « sirop de », etc.
  • Lisez les étiquettes et ne faites pas toujours confiance aux applications, YukaÓ se trompe parfois ! Le Nutriscore n’est pas systématiquement adapté et peut classer en A des produits très sucrés. Il ne prend pas en compte les indices NOVA ou SIGA [3] classant les aliments de bruts à ultra-transformés. Ces aliments cachent, en plus des sucres, des ingrédients néfastes à notre santé. Une prochaine note abordera ce point.

Il ne faut pas diaboliser le sucre, il est nécessaire mais en quantités raisonnables. La limitation d’apport en sucres libres de l’OMS est fixée à moins de 10 % de l’apport énergétique total (soit 50 g pour un apport énergétique de 2 000 kcal), mais les recommandations actuelles tombent à 25 g/j. Seule la Suisse propose une recommandation particulière pour le fructose, avec un seuil de 1 g/kg poids corporel/j au-delà duquel le risque de surpoids et de maladies métaboliques augmente [4].

Il faut donc apprendre à le reconnaître quand il est caché dans les plats cuisinés et faire ses choix en consommateur averti pour ne pas dépasser ces quantités journalières. L’excès régulier peut conduire en effet vers une obésité et un risque accru de 19 cancers [5].

Pistes de solutions pour peser dans le débat en 2027

  • Remplacer le Nutriscore par un étiquetage plus lisible et qui prend en compte le statut ultra-transformé des aliments. Indiquer sur un paquet de sel que c’est un produit trop salé ne sert à rien… Trop peu de logos alimentaires restent validés par des instances indépendantes étatiques.
  • Obliger les professionnels de l’agro-alimentaire à proposer dans certaines gammes un pourcentage de produits moins sucrés et non ultra-transformés.
    • Par exemple, si les industriels ne proposent pas 25 % de leur gamme de céréales pour le petit-déjeuner et 25 % de leur gamme de gâteaux possédant une composition réduite en sucre (15 g/100 g de produit brut) et moins de cinq ingrédients bruts, les industriels seront taxés sur tous les produits de ces deux gammes, par exemple à hauteur de 50 % pour que la mesure soit incitative.
    • Taxer les produits sucrés, taxes dites comportementales, a un effet limité [6], seulement 2 ou 3 % de consommation en moins [7].

Il faut proposer une alternative, moins sucrée et moins transformée, aux consommateurs de ces produits qui souvent la souhaitent, la cherchent et qui ne la trouvent pas… Car il y a tout de même des consommateurs qui regardent les compositions de ce qu’ils achètent comme le montre le graphique 1.

Malheureusement ce sont majoritairement les personnes les plus âgées qui font attention à leurs achats alors que la prévention des maladies devrait être la priorité des jeunes générations. Le message ne passe pas bien chez beaucoup des moins de 24 ans, il est vrai que le propre de la jeunesse est de se croire immortelle.

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Notre santé passe par nos achats du quotidien et par notre volonté de citoyen pour peser dans les débats politiques à venir, notamment concernant la prévention des maladies chroniques !

 

L’élection de 2027 se rapproche… Il est temps d’agir !

 

Références

  1. https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/articles/la-bataille-du-sucre/
  2. https://mmmenus.fr/recette/1853
  3. https://www.quechoisir.org/decryptage-aliments-ultratransformes-nova-et-siga-deux-classifications-pour-evaluer-le-niveau-de-transformation-n78543/
  4. https://www.anses.fr/system/files/NUT2012SA0186Ra.pdf
  5. https://www.nature.com/articles/s42255-026-01542-8
  6. https://www.ehesp.fr/wp-content/uploads/2024/09/Rapport-recherche_Consortium-Sodatax_2024.pdf
  7. https://www.rtl.fr/actu/economie-consommation/la-taxe-soda-a-t-elle-vraiment-fait-baisser-la-consommation-de-boissons-sucrees-7900575590

Sources complémentaires

https://www.statistiques.com/nourriture/consommation-sucre

https://www.inc-conso.fr/content/les-francais-et-le-sucre

https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/conso.pdf?TSPD_101_R0=087dc22938ab20006903dff880642605742e472b3f53dad5a3a638091772b46ea5a029c4ccaf20d508868ffe22143000e9babfe9cc725803b5d2f638fbe1a315623a04593789dcac83e1fa3e40116d4b255a5013d69c4fc071b56197cf1ec903

violences

La violence des jeunes

By Nos événements, Sécurité/Justice

Par Raphael Piastra, maitre de conférences en droit public

Nous avons à nouveau frôlé un drame, très récemment,  contre un  principal et deux de ses collaborateurs au collège Lakanal d’Aubagne. Un collégien de 14 ans s’est introduit avec un fusil de chasse et a fait feu faisant heureusement que des blessés.  Interpellé, on a tout de même appris que le PNAT a été saisi du cas de ce jeune car il serait proche de la mouvance Crime Community (invention américaine) glorifiant les tueries de masse.

On pourrait multiplier les exemples de cette violence des jeunes notamment dans les établissements scolaires. Rappelons-nous le crime dans un collège de  Sanary l’an passé. Cela devient totalement insupportable. Depuis quelques semaines la violence liée aux jeunes en France et dans le contexte actuel est marquée par une tension aiguë autour des manifestations et des blocages de lycées en octobre 2026, mêlant affrontements, questions d’ordre public et débats sur les causes structurelles.

La perception de la violence des jeunes dans l’opinion publique balance constamment entre une inquiétude profonde face à des faits divers très médiatisés et un débat polarisé sur les responsabilités (manque d’autorité parentale, défaillance des institutions ou violences systémiques).

Les parents sont le premier maillon de la chaine familiale et éducative. Et l’autorité y a une place essentielle. Trop de bonté dans les parents cause la perte des enfants (Charles Perrault). Le manque d’autorité ou la « démission des parents » est une raison massivement invoquée, en particulier par les générations les plus âgées (citée par plus de 65 % des 35 ans et plus). Comment un gamin de 14 ans peut-il partir à l’école avec un fusil de chasse et rentrer dans cette école ? Il était caché dans un étui à guitare. Donc c’était bel et bien prémédité.

Il faut espérer que la majorité des parents sont responsables. Selon l’Institut Elabe, pour les plus jeunes (18-24 ans), c’est avant tout l’exposition directe et continue à la violence via les réseaux sociaux qui explique le phénomène. Il n’y a plus de limites le vrai devient faux et inversement. Les addictions aux réseaux et jeux en tous genres se multiplient et font des ravages. La valeur de la vie est totalement « démonnaitisée ».  La mort, la vie, il y a souvent de fâcheux mélanges de genre. Quand on voit des mineurs de 12 ou 13 ans devenir criminels pour quelques centaines d’euros, on se dit que le mal est très profond.

On pourrait aussi parler de ces jeunes décrocheurs. Le système éducatif est-il toujours en capacité d’intervenir, de les aider ? La scolarité jusqu’à 16 ans (imposée par VGE) a été une erreur majeure. En premier les instituteurs savent pertinemment quel jeune pourra poursuivre un cursus classique ou pas. Et cela fait des décennies que l’on a privilégié les études longues et scientifiques au détriment des vois manuelles et des Lettres. Il ne faut pas s’étonner que la France soit parmi les plus médiocres du classement Pisa….

La sévérité de la justice est aussi en cause. Une large part de la population, de manière homogène selon les âges, pointe du doigt un manque de sévérité de la réponse pénale face aux mineurs. C’est ce qu’on appelle le laxisme.  L’expression « laxisme judiciaire » est fréquemment employée pour critiquer des peines jugées trop faibles ou l’usage répété de sursis. D’après une récente étude menée par l’Institut pour la Justice relayée par Le Figaro et le JDD, une part importante des peines de prison ferme prononcées font l’objet d’aménagements ou ne sont pas intégralement exécutées en raison de la surpopulation carcérale. Et les JAP s’en donnent souvent à cœur joie. Depuis les années 80 (Badinter) s’est développée une  « culture de l’excuse »  privilégiant systématiquement l’éducation et la réinsertion au détriment de la sanction et de la protection de la société. Et le Syndicat de la Magistrature, même s’il a perdu de son aura, est le principal coupable qui le prône et le met en action ouvertement. L’USM, plus modérée, estiment que  les juges appliquent la loi (ça c’est leur travail originel) et font face à un manque chronique de moyens et à une surpopulation carcérale historique.

Arrêtons-nous un instant ici.   Lorsqu’on fera le bilan des dix ans d’E. Macron,  il y aura un maximum de points négatifs. Mais il y en a un qui sera à son actif, ce sera le budget justice. En 2024, le budget du ministère de la Justice a atteint le montant inédit de 10,1 milliards d’euros. Cela représente une augmentation de 5,3 % par rapport à 2023. La loi d’orientation et de programmation 2023-2027 du ministère de la Justice du 20 novembre 2023 pérennise les hausses de moyens pour renforcer le service public de la justice. « J’appartiens au gouvernement depuis 2017 et le budget de la justice a augmenté au cours de cette période de 4 milliards d’euros, pour avoisiner les 12 milliards d’euros aujourd’hui. » a déclaré S. Lecornu le 15/6/2026. Ironie du sort, sur les 3,2 milliards d’euros de crédits que le gouvernement s’apprête à geler pour faire face aux mesures de soutien liées à la crise au Moyen-Orient, afin de maintenir l’objectif d’un déficit à 5 % en 2026 – une mesure arbitrée avant la disparition de Lyhanna –, 414 millions concernent la justice. Chaque contribuable est  en droit de se demander ce qui a été fait de cette manne budgétaire. Les cours d’appel en usent aussi à leur guise. En effet selon l’art. 15 de la déclaration de 1789 : « La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration. » On demande beaucoup de comptes à la police via l’IGPN. On n’en demande quasiment pas aux juges couverts la plupart du temps par le CSM.

On assiste donc peu ou prou à une radicalisation ou à une « culture contestataire » de la jeunesse, perçue à travers le prisme des dégradations ou des affrontements. La casse qui s’est déroulée dans les rues depuis trois semaines équivaut à environ 30 millions d’euros selon les estimations communiquées par les régions au ministère de l’Éducation nationale. Et cela va voir doublé a minima avec les émeutes pures et dures qui ont eu lieu le 17 octobre. De nombreux jeunes y étaient et pas tous comme de simples manifestants. Loin s’en faut. L’état de droit vacille incontestablement. Il tient essentiellement grâce aux forces de l’ordre qui ne sont même pas respectées par leur hiérarchie (jusqu’au plus haut sommet de l’Etat). Elles pourraient montrer bientôt des signes de lassitude.

Alors qui va payer ? D’abord ce sont les assurances et les collectivités territoriales qui paieront l’essentiel. Lorsque les premières paient beaucoup trop, elles impactent leurs tarifs sur tous les assurés. Sur les collectivités leur budget est amplement nourri par les taxes et impôts locaux. Certains parents ne s’en rendent même pas compte qui accompagnent ou soutiennent des mouvements où se passe de la casse….. L’addition sera donc encore pour le citoyen assuré et/ou le contribuable. Certaines régions, comme la région Auvergne-Rhône-Alpes (où on chiffre plus de quinze millions d’euros de dégâts dans les lycées), ont annoncé la suspension de leurs aides régionales destinées aux lycéens identifiés et à leurs familles. Bonne mesure mais  sera-t-elle suivie d’effet ? De son côté Mme Pécresse (présidente de la région Ile-de-France) a fait estimer la casse à 9 millions d’euros et envoyé la note à B. Bagayoko, maire de St Denis. Il est vrai que celui-ci a ouvertement et physiquement incité à la casse. A tel point que Patrice Faure, préfet de police de Paris,  a saisi la justice contre lui par signalement  pour « des faits présumés de provocation à commettre un délit » dans le cadre du mouvement de blocage des lycées.

Alors que faire face à cette violence des jeunes ? Il conviendrait de supprimer les CER et CEF qui n’aboutissent pas le plus souvent à remettre  à flots des jeunes délinquants voire criminels. Une seule catégorie d’établissement : des Centre de Rééducation (ou Réinsertion)  Citoyenne. On y classifierait les jeunes selon la gravité des faits (délit, primo criminel), en catégories d’âges (12-14 et 15-17 par ex) et en bâtiments séparés (non mixtes bien sûr).  Pour reprendre une proposition de Ségolène Royal, on peut y imaginer aussi «  un encadrement militaire » des jeunes. Ce qui ne serait pas exclusif aussi d’un accompagnement social. Mais le plus important serait de « recadrer » autant que faire ce peut ces jeunes à la dérive. Ainsi apprendre à se lever tôt, ne pas se coucher tard, manger à heures régulières, étudier, travailler, faire du sport, ….. Du basique en quelque sorte. Voir la famille avec parcimonie. Vivre en société comme des gens « normaux » en quelque sorte. Se défaire de ses mauvaises habitudes, de ses addictions,….

police

Maintien de l’ordre et violences urbaines

By Nos événements, Sécurité/Justice

Quand la manifestation devient émeute, la doctrine doit changer

Par un adhérent du CRSI
  1. Contexte et objectif

Le week-end des 17 et 18 octobre 2026, une mobilisation contre la vie chère a dégénéré en pillages et en violences dans de nombreuses villes. Les forces de l’ordre ont été engagées selon la logique du maintien de l’ordre : encadrer des cortèges, tenir le terrain et disperser. Elles ont fait face à des groupes mobiles, organisés et décidés à piller. Cette note étudie ce que le droit permet déjà, ce qui doit changer dans la doctrine et jusqu’où peut aller la force légitime pour que force reste à la loi.

  1. Principaux constats

Constat 1 — Un week-end hors norme

  • Résumé : environ 550 000 manifestants, quand le renseignement territorial en attendait 60 000 à 110 000. Environ 60 000 policiers et gendarmes ont été engagés, contre 89 000 le 8 décembre 2018. Le ministre de l’Intérieur l’a reconnu : « Nous avons perdu le contrôle ».
  • Illustration : 1 500 à 3 000 commerces pillés, incendiés ou dégradés selon les sources (Fédération du commerce et de la distribution, ministre du Commerce), pour plusieurs centaines de millions d’euros. Près de 2 400 interpellations, plus de 2 500 gardes à vue et environ 650 blessés parmi les forces de l’ordre et les pompiers au premier bilan.

Constat 2 — Une doctrine conçue pour la manifestation, appliquée à l’émeute

  • Résumé : le maintien de l’ordre vise à encadrer une foule et à la disperser avec un emploi gradué de la force. Face à des pilleurs dispersés en petits groupes mobiles, tenir une position ne protège ni les commerces ni les habitants.
  • Illustration : à Bordeaux, la préfète s’est dite « submergée » pendant plusieurs heures avec 400 agents. À Marseille, une seule compagnie de CRS était présente le matin. Des syndicats signalent des demandes d’unités mobiles restées sans réponse, et des policiers en repos prêts à renforcer qui n’ont pas été rappelés.
  • Contre-exemple : lors des émeutes de juin-juillet 2023, l’engagement d’unités d’intervention (RAID, BRI, GIGN) et une posture tournée vers l’interpellation ont conduit à près de 3 800 interpellations et à un retour au calme en un peu plus d’une semaine.

Constat 3 — Le droit permet déjà une réponse ferme

  • Résumé : le cadre légal autorise bien plus que ce qui est souvent pratiqué. L’enjeu est de l’assumer et de l’ordonner.
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Constat 4 — Quand l’État n’intervient pas, c’est lui qui paie

  • Résumé : l’article L.211-10 du CSI rend l’État civilement responsable des dommages causés par des attroupements violents. Chaque magasin pillé que les forces n’ont pas pu protéger est une dette pour le contribuable.
  • Illustration : la même disposition permet à l’État de se retourner contre les auteurs (action récursoire). Elle est rarement utilisée, alors qu’elle frapperait les casseurs au portefeuille.

Constat 5 — Des agents entre « l’hôpital ou la prison »

  • Résumé : plus de 30 000 policiers et gendarmes sont agressés chaque année. Sur le terrain domine le sentiment que l’agent qui agit s’expose à la procédure, et que celui qui n’agit pas s’expose aux coups. Ce sentiment pèse sur la décision d’intervenir, surtout quand les ordres sont flous ou tardifs.
  • Illustration : la proposition de loi créant une présomption de légitime défense a été adoptée par l’Assemblée nationale le 7 juillet 2026 et transmise au Sénat. Elle ne vise toutefois que l’usage des armes prévu à l’article L.435-1 du CSI, et non les armes intermédiaires ni le maintien de l’ordre.
  1. Proposition : un régime « violences urbaines » distinct du maintien de l’ordre

Principe : la manifestation s’encadre, l’émeute se réprime. Le basculement de l’une à l’autre doit être prévu, décidé et assumé.

Volet 1 — Une doctrine à deux régimes

  • Inscrire dans le schéma national du maintien de l’ordre un seuil de bascule objectif : pillages, incendies, attaques coordonnées contre les forces ou les bâtiments publics.
  • Une fois ce seuil atteint, changer d’objectif : passer de « contenir et disperser » à « interpeller et protéger les points sensibles » (commerces, mairies, transports).
  • Engager des unités mobiles d’interpellation (CRS de type CRS 8, PSIG, unités motorisées) avec appui des unités d’intervention, comme en 2023.
  • Prévoir des réserves rappelables et des moyens pré-positionnés dans les villes à risque, plutôt que d’attendre des renforts déjà épuisés.

Volet 2 — Un commandement qui assume

  • Décision de bascule prise par le préfet, écrite et horodatée, pour que la responsabilité remonte à celui qui ordonne et non à celui qui exécute.
  • Retour d’expérience obligatoire après chaque événement majeur, incluant les primo-intervenants, et non seulement la hiérarchie.
  • Évaluer les chefs sur les résultats (interpellations, dommages évités, blessés) plutôt que sur l’absence d’incident médiatique.

Volet 3 — Une réponse judiciaire qui suit

  • Cellules d’enquête dédiées dès le lendemain, exploitant vidéoprotection, drones et réseaux sociaux : en 2023, 345 interpellations ont eu lieu après les émeutes.
  • Retenir systématiquement les qualifications aggravées (groupement violent, vol aggravé, association de malfaiteurs pour les groupes organisés) ; la garde à vuede 72 heures annoncée par le garde des Sceaux pour « criminalité organisée » va dans ce sens.
  • Requérir les peines complémentaires d’interdiction de manifester et d’interdiction de paraître, et engager l’action récursoire de l’État contre les auteurs.

Volet 4 — Protéger ceux qui interviennent

  • Protection fonctionnelle accordée de droit et immédiatement à l’agent mis en cause, avec un avocat dès le premier acte de procédure.
  • Soutenir l’examen rapide par le Sénat de la présomption de légitime défense, et étudier son extension encadrée aux armes intermédiaires employées dans le régime « violences urbaines ».
  1. Points d’appui et points de vigilance

Points d’appui

  • Aucune révolution juridique n’est nécessaire : l’essentiel des outils existe déjà (tableau du constat 3).
  • Le précédent de 2023 montre qu’une posture d’interpellation fait cesser les violences plus vite.
  • Large consensus politique sur l’échec du 17 octobre : gouvernement, opposition et maires (AMF) réclament une adaptation du dispositif.

Points de vigilance

  • « Force à la loi, mais jusqu’où ? » La Convention européenne des droits de l’homme impose que la force soit absolument nécessaire et proportionnée. La Cour européenne juge aussi la préparation de l’opération (arrêt McCann, 1995) : un commandement qui prévoit et ordonne clairement protège ses agents autant que les citoyens.
  • Le Conseil d’État a déjà annulé en 2021 plusieurs points du schéma du maintien de l’ordre (encerclement sans garanties, journalistes). Le nouveau régime doit être rédigé avec précision pour tenir juridiquement.
  • La doctrine n’explique pas tout : les sources convergent aussi sur un défaut de renseignement et d’effectifs. Sans moyens, une doctrine plus offensive resterait théorique.
  • Qualification : les casseurs et pilleurs relèvent, sauf cas particulier, de la délinquance organisée et non du terrorisme au sens du code pénal. Les bonnes qualifications sont plus sûres devant le juge.

Distinguer clairement manifestants pacifiques et émeutiers, pour éviter que la fermeté ne nourrisse le discours de ceux qui contestent l’action des forces.

  1. Ce que cette réflexion met en évidence

En synthèse :

  • Le 17 octobre, on a appliqué une doctrine de maintien de l’ordre à une situation d’émeute : ce n’est pas le courage des agents qui a manqué, mais le cadre, les moyens et des ordres adaptés.
  • Le droit actuel permet déjà de disperser sans sommation, d’interpeller en flagrance, de défendre les biens et de sanctionner lourdement les pilleurs.
  • La force doit aller jusqu’au niveau nécessaire pour faire cesser l’infraction, mesuré à la violence d’en face, ni plus ni moins. Ce n’est pas une limite à la fermeté, c’est ce qui la rend inattaquable.
  • Pour que la peur change de camp, il faut la certitude d’être interpellé, poursuivi et condamné, et la certitude pour l’agent d’être couvert lorsqu’il agit dans les règles.

Ces éléments constituent une base utile pour éclairer l’analyse du CRSI.

Sources

  • Maire-info, « 17 octobre : le gouvernement reconnaît des failles dans le dispositif de maintien de l’ordre », octobre 2026.
  • Franceinfo, « On a sous-évalué le nombre de casseurs : le maintien de l’ordre sous le feu des critiques », octobre 2026.
  • Europe 1, « Émeutes du 17 octobre : pourquoi les services de renseignement n’ont pas anticipé l’arrivée des casseurs », octobre 2026.
  • Le JDD, « Violences du 17 octobre : 1 500 commerçants touchés, des centaines de millions d’euros de dégâts », octobre 2026.
  • RFI et Franceinfo, bilans des gardes à vue et premières condamnations, 19-20 octobre 2026.
  • LCP, « Violences du 17 octobre : qui propose quoi sur le maintien de l’ordre ? » ; « Violences urbaines : 3 800 interpellations au total » (juillet 2023).
  • Code pénal (art. 122-5, 222-14-2, 311-4, 431-3, 431-9-1, 450-1) ; code de procédure pénale (art. 53, 73) ; code de la sécurité intérieure (art. L.211-9, L.211-10, L.242-5, L.435-1) ; loi n° 55-385 du 3 avril 1955.
  • Landot & associés, « Indemnisation au titre d’attroupements et de rassemblements » (art. L.211-10 CSI).
  • Conseil d’État, 10 juin 2021, n° 444849 (schéma national du maintien de l’ordre).
  • Assemblée nationale, rapport n° 2342 sur la PPL n° 691 (présomption de légitime défense), janvier 2026 ; Club des juristes, adoption du 7 juillet 2026 ; Sénat, dossier PPL n° 866.
  • CEDH, McCann et autres c. Royaume-Uni, 27 septembre 1995.
  • 24matins, « Spécialisée dans les violences urbaines, la CRS 8… ».
prison

La vie en prison

By Travaux des adhérents, Sécurité/Justice

Par un adhérent du CRSI

  1. Contexte et objectif

Au 1er septembre 2026, la France compte 90 020 détenus pour 63 348 places opérationnelles. Les finances publiques ne permettent pas de construire au rythme nécessaire. Plutôt que de courir derrière les places, cette note propose d’agir sur les deux leviers qui restent : la durée des peines délictuelles et le régime de détention, pour que la prison redevienne une sanction redoutée sans cesser de respecter les droits fondamentaux.

  1. Principaux constats

Constat 1 — Une surpopulation record et structurelle

  • Résumé : 142,1 % de densité carcérale moyenne au 1er septembre 2026, soit 26 672 détenus de plusque de places. 8 347 détenus dorment sur un matelas au sol, 32 établissements dépassent 200 % et 75 autres 150 %.
  • Illustration : en juillet 2025, on comptait 84 951 détenus ; la hausse dépasse 5 000 personnes en un peu plus d’un an. La Cour des comptes relève +70 % d’années de prison ferme prononcées entre 2000 et 2019 : c’est l’allongement des durées qui remplit les prisons.

Constat 2 — Construire ne suffira pas, et coûte cher

  • Résumé : le plan « 15 000 places » ne sera réalisé qu’à 42 % environ en 2027 ; son achèvement est repoussé à 2029 « dans le meilleur des cas », et la direction du budget juge sa soutenabilité « non assurée ». Une prison classique met jusqu’à 7 ans à sortir de terre.
  • Illustration : sur la base du coût de ce même plan (≈ 236 000 € par place), combler l’écart actuel coûterait ≈ 6,3 milliards d’euros, hors fonctionnement. Même au coût du modulaire (≈ 200 000 €/place), on dépasse 5,3 milliards.

Constat 3 — La prison actuelle ne dissuade plus ceux qui y reviennent

  • Résumé : 61,7 % des sortants de 2017 ont été recondamnés dans les 5 ans ; 34,2 % dès la première année (sortants 2021). 62 % des sortants avaient déjà au moins deux condamnations : la prison est surtout peuplée d’habitués.
  • Illustration (terrain du rapporteur) : chaque début d’hiver, des personnes sans abri commettent de petits délits pour être incarcérées pendant la saison froide ; certains auteurs disent préférer une prison française à une prison étrangère. Quand la cellule devient préférable à la rue, la peine a perdu son sens. S’y ajoutent les téléphones introduits illégalement : l’État consacre 29 M€ à l’opération « zéro portable », dont la maison d’arrêt de Toulouse-Seysses, et seuls 22 établissements étaient équipés de brouilleurs fin 2025.

Constat 4 — Au-delà d’un an, la longueur de la peine ne change presque rien à la récidive

  • Résumé : le taux de récidive à un an est quasi identique quelle que soit la durée d’écrou jusqu’à deux ans (voir tableau). Allonger une courte peine remplit la prison sans protéger davantage. À l’inverse, une sortie aménagée réduit la récidive (29,5 % contre 37,0 % en sortie sèche).

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  • Illustration : les Pays-Bas pratiquent des peines courtes mais réellement exécutées (durée moyenne de détention 4,4 mois, contre 11,7 mois en France) et ont fermé une vingtaine de prisons en dix ans. Le garde des Sceaux défend lui-même cette logique : « il ne faut pas faire baisser le nombre de personnes qui y rentrent, mais le temps qu’elles y passent ».

Constat 5 — Le socle proposé est compatible avec le droit européen

  • Résumé : les Règles pénitentiaires européennes imposent trois repas par jour, l’eau potable à tout moment, une douche au moins deux fois par semaine (si possible quotidienne) et une heure d’exercice en plein air par jour. Le régime « socle » proposé ici respecte ces minima.

Illustration : le risque juridique ne vient pas de l’austérité mais de l’indignité. La France a été condamnée par la CEDH (J.M.B. c. France, 30 janvier 2020) pour la surpopulation, et le Conseil d’État a annulé le 19 mai 2025 la circulaire interdisant en bloc les activités « ludiques » : une réforme du régime doit passer par la loi, pas par une circulaire.

  1. Proposition : « moins longtemps, mais vraiment »

Principe : un échange assumé entre la durée et l’intensité de la peine. La sanction devient plus courte, plus certaine et plus austère.

Volet 1 — Raccourcir les peines délictuelles d’emprisonnement ferme

  • Diviser par 2, voire par 4 selon l’infraction, la durée des peines délictuelles ferme exécutées sous le régime socle.
  • Exclure du dispositif : atteintes graves aux personnes, violences intrafamiliales, terrorisme, criminalité organisée, crimes.
  • Effet mécanique : à nombre d’entrées constant, réduire d’environ 30 % la durée moyenne de détention suffit à absorber l’excédent actuel de 26 672 détenus, sans construire.

Volet 2 — Un régime de détention « socle », digne mais sans confort

  • Cellule individuelle avec le strict nécessaire : un lit, un point d’eau, des sanitaires.
  • Trois repas par jour, eau à volonté, douche individuelle tous les deux jours.
  • Un espace de sport et un espace pour s’instruire (médiathèque, enseignement), et rien d’autre.
  • Fin des consoles et équipements de loisir en cellule ; tolérance zéro pour les téléphones, avec brouillage généralisé.

Volet 3 — Éviter que la prison serve de refuge

  • Pour les personnes sans abri interpellées pour de petits délits l’hiver : orientation prioritaire vers l’hébergement d’urgence et une réponse pénale alternative, afin que la prison ne remplace pas le 115.
  • Sortie systématiquement préparée (travail, formation, suivi) pour les condamnés du régime socle, puisque l’aménagement fait baisser la récidive.
  1. Points d’appui et points de vigilance

Points d’appui

  • Coût de construction nul : la mesure libère des places sans attendre 2029.
  • Cohérence avec l’orientation gouvernementale (réduire le temps passé en détention, plafond d’occupation visé à 150 % en 2030 puis 130 % en 2032).
  • Conformité aux Règles pénitentiaires européennes ; exemple néerlandais de peines courtes et effectives.

Points de vigilance

  • L’austérité seule ne fait pas baisser la récidive : au Royaume-Uni, les centres au régime durci des années 1970-1980 (« short sharp shock ») affichaient 64 % de recondamnations à deux ans, sans gain par rapport aux autres établissements. La recherche montre que la certitude de la sanction dissuade bien plus que sa sévérité : la proposition doit donc être couplée à une exécution rapide et systématique des peines.
  • Les activités et le travail servent aussi à maintenir le calme en détention : les supprimer sans contrepartie exposerait les surveillants. Le travail et la formation doivent rester accessibles et se mériter.
  • Acceptabilité : « diviser les peines » peut être perçu comme du laxisme. Le message doit être « plus court, plus certain, plus dur », jamais « moins puni ».
  • Sécurité juridique : une loi est nécessaire ; le recours pour conditions indignes (art. 803-8 du code de procédure pénale) reste ouvert aux détenus.
  1. Ce que cette réflexion met en évidence

En synthèse :

  • La surpopulation (142 %, 26 672 détenus en excédent) ne se résorbera pas par la construction, trop lente et trop chère.
  • Au-delà de quelques mois, la durée de la peine change peu la récidive : c’est sur le temps passé que l’on peut agir sans risque pour la sécurité.
  • Une peine plus courte mais réellement ressentie, dans un régime digne et sans confort superflu, peut redonner à la prison sa force de sanction.
  • Pour réussir, l’austérité doit s’accompagner de la certitude de la peine et d’une sortie préparée ; sans cela, elle ne ferait que durcir la détention sans réduire la récidive.

Ces éléments constituent une base utile pour éclairer l’analyse du CRSI.

Sources

  • Fondation Après-Tout, « Une surpopulation carcérale sans limite », 1er octobre 2026 (chiffres au 1er septembre 2026).
  • Ministère de la Justice (SSER), Infos Rapides Justice n° 37, « La récidive des sortants de prison », avril 2026.
  • Public Sénat, « Prisons : l’objectif de 15 000 places … ne sera pas réalisé avant 2029, prévient Didier Migaud ».
  • Public Sénat, « Surpopulation carcérale : il ne faut pas faire baisser le nombre de personnes qui rentrent en prison mais le temps qu’elles y passent », 2 janvier 2026.
  • Le Club des juristes, « Surpopulation carcérale : Gérald Darmanin veut fixer un plafond légal », 8 janvier 2026.
  • Institut Montaigne, chiffrage des propositions pénitentiaires (coût par place du plan 15 000).
  • IFRAP, « Comment sortir le système pénitentiaire français de la crise ? Les exemples néerlandais et norvégien ».
  • Conseil de l’Europe, Règles pénitentiaires européennes (règles 19.4, 22.4, 22.5, 27.1).
  • CEDH, J.M.B. et autres c. France, 30 janvier 2020 ; Conseil d’État, décision du 19 mai 2025 (circulaire sur les activités ludiques).
  • Ministère de la Justice, communiqué « Opération zéro portable en prison », 21 novembre 2025 ; réponse ministérielle au Sénat sur les brouilleurs, 10 avril 2025.
  • Home Office / NCJRS, « Detention Centre Experiment: A Review » ; National Institute of Justice, « Five Things About Deterrence ».
cyber

Savoir qui l’on embauche : la première mesure de cybersécurité que le droit nous interdit encore

By Nos événements, Numérique

Par Isabelle Gonthier, adhérente au CRSI

Le facteur humain, premier vecteur — et premier angle mort

Chaque édition du Data Breach Investigations Report de Verizon confirme la même constatation : le facteur humain est impliqué dans environ 62 % des compromissions de données (DBIR 2026), à travers le phishing, la réutilisation d’identifiants, l’ingénierie sociale et l’erreur. Les acteurs internes en sont directement responsables d’une part significative des violations, et le rapport Ponemon 2026 évalue le coût moyen annuel des risques liés aux collaborateurs à 19,5 millions de dollars par organisation, en hausse de plus de 12 % sur un an, avec environ 13,5 événements internes par an et par organisation. Selon IBM, l’attaquant interne malveillant demeure le vecteur d’attaque au coût moyen le plus élevé : 4,92 millions de dollars par incident.

Autrement dit : les RSSI investissent massivement dans des pare-feu, de la détection, du zero trust — mais restent juridiquement aveugles sur la seule variable qui traverse tous ces contrôles : la personne à qui l’on remet les accès. L’identité est devenue le nouveau périmètre ; or nous connaissons mieux l’état d’un terminal que l’état judiciaire de son utilisateur.

Le paradoxe français : une exigence de sécurité, une interdiction de savoir

La doctrine de sécurité français est pourtant exigeante sur le papier. Le référentiel ISO 27001 (contrôle A.6.1 de vérification des antécédents avant l’embauche) et son code de pratique ISO 27002, les méthodes d’analyse de risques MEHARI (Clusif) et EBIOS RM (ANSSI), et la réglementation européenne sur la cybersécurité (Cyber Resilience Act, NIS2, DORA) imposent toutes, sous une forme ou une autre, une gouvernance des risques liés aux personnes. NIS2 met la cybersécurité à la charge des dirigeants et impose la sensibilisation et la formation de tous les collaborateurs ; le CRA, applicable en deux temps (obligations de notification depuis le 11 septembre 2026, application complète le 11 décembre 2027), fait de la sécurisation de la chaîne de développement une obligation — développement exécuté par des personnes.

Mais dans le même temps, le droit positif neutralise cette exigence au moment où elle s’applique :

Le bulletin n°3 du casier judiciaire, seul document accessible à l’employeur privé, est quasi vide.

Emprisonnement ferme de plus de deux ans, mentions spécialement ordonnées par le tribunal, interdictions professionnelles en cours : c’est tout. Le sursis — même probatoire, même pour des faits de pillage ou de violences —, l’amende, le travail d’intérêt général, la composition pénale n’y figurent jamais. Un candidat condamné pour dégradation en manifestation peut postuler à un poste d’administrateur systèmes avec un extrait « vierge ».

Le candidat est seul maître de la divulgation. Le bulletin n°3 « ne doit, en aucun cas, être délivré à un tiers » (article 777 du code de procédure pénale). L’employeur ne peut ni le demander directement, ni passer par un intermédiaire, ni croiser ses recrutements avec quelque fichier que ce soit — le RGPD (article 10) réserve le traitement des données pénales à la loi et aux autorités habilitées.

La jurisprudence prive l’employeur de réaction même a posteriori. Une condamnation pour des faits étrangers à l’activité professionnelle ne peut justifier un licenciement qu’en cas de trouble objectif caractérisé dans l’entreprise. L’entreprise apprend souvent le passé judiciaire de son administrateur « au détour d’un article de presse » — trop tard.

Le résultat est une incohérence stratégique : l’État exige des entreprises qu’elles sécurisent leur facteur humain, tout en leur interdisant de le connaître. Il exige des habilitations pour les fonctions réglementées (sécurité privée, contact avec les mineurs, défense), mais laisse les fonctions les plus sensibles au plan cyber — administrateur systèmes, développeur d’un produit soumis au CRA, gestionnaire des identités et des accès, responsable des sauvegardes — hors de tout régime de vérification.

Ce que le contexte de 2026 change

Les violences du 17 octobre ont rendu la question tangible : une partie des casseurs-pilleurs interpellés n’étaient pas des marginaux insérés nulle part, mais des personnes en emploi ou en recherche d’emploi, dont le passage à l’acte supposait précisément l’absence de conséquence professionnelle. Le législateur a commencé à bouger — inscription des amendes forfaitaires délictuelles au bulletin n°2 (loi n° 2026-798 du 18 août 2026), proposition de loi n° 3026 sur l’information des employeurs publics, projet « casseurs-payeurs » au Sénat — mais toujours dans le périmètre public ou réglementé. Le sujet cyber, lui, reste intact.

Il faut le dire clairement : la question n’est pas de ficher la population, ni de donner aux employeurs un accès généralisé aux casiers. C’est de construire, pour les fonctions à risque cyber, un régime de connaissance proportionnée du collaborateur — le même principe que l’habilitation de défense, transposé au privé et à l’échelle de l’entreprise.

Proposition : un régime de « habilitation de confiance numérique »

1. Définir par décret les fonctions cyber-sensibles. Administrateurs systèmes et réseaux, développeurs de produits soumis au CRA, gestionnaires IAM, responsables MCO et sauvegardes, CISO et leurs adjoints, tout poste à accès privilégié au système d’information critique. La sensibilité se définit par l’accès, pas par le statut.

2. Créer une vérification négative opérée par une autorité, pas par l’employeur. Le modèle existe déjà : pour les accueils de mineurs, la structure demande au service compétent de vérifier si le bulletin n°2 porte une mention — elle ne voit jamais le contenu. Transposons : pour une fonction cyber-sensible, l’employeur demande au casier judiciaire (ou à l’ANSSI) une simple réponse oui/non sur l’existence de condamnations inscrites pertinentes, limitativement définies. L’employeur ne voit rien ; il sait seulement que la fonction requiert instruction complémentaire. Le RGPD est respecté car le traitement est autorisé par la loi et opéré par une autorité.

3. Élargir le périmètre des mentions pertinentes pour ces seules fonctions. C’est le point clé : le bulletin n°3 actuel est inutile parce qu’il est pensé pour le droit commun de l’embauche. Pour les fonctions cyber-sensibles, la vérification devrait porter sur les condamnations en lien avec la confiance numérique : atteintes aux systèmes de traitement de données, fraude informatique, escroquerie, abus de confiance, vol, atteintes aux biens commises en réunion, appartenance à un groupement criminel. Le sursis doit compter : un sursis probatoire pour fraude est un signal de contrôle des accès, pas une circonstance atténuante.

4. Instaurer une évaluation continue encadrée. La menace interne ne naît pas qu’à l’embauche ; elle se dégrade dans la durée (endiguement, rançonnement, idéologisation). Le modèle américain des programmes de prévention de la menace interne (Continuous Evaluation, National Insider Threat Task Force) couple signaux RH et signaux techniques. Une version française, pilotée par le CISO avec le RH et encadrée par la CNIL, pourrait s’appuyer sur l’obligation d’exécution de bonne foi du contrat de travail (art. L1222-1) et le devoir de discrétion qui en découle, ainsi que sur le pouvoir de direction de l’employeur pour ajuster les accès en fonction des missions. Le cadre légal existe déjà en creux : les articles L1222-2 et L1222-4 du code du travail n’interdisent pas l’ajustement des accès, mais imposent que toute information collectée sur un salarié ait un lien direct et nécessaire avec ses aptitudes professionnelles et que tout dispositif de collecte lui soit préalablement porté à connaissance. Ce qu’il manque, c’est un régime clair pour le signalement interne et le retrait d’accès — pas un outil de surveillance supplémentaire.

5. Préserver la sortie et la proportionnalité. Toute mention visible doit être temporaire (trois à cinq ans après la condamnation), ciblée sur les fonctions cyber-sensibles, et ne jamais équivaloir à une interdiction générale d’embauche. L’objectif n’est pas d’exclure les condamnés du marché du travail — c’est de les éloigner des accès critiques tant que la sanction est en cours. La distinction est décisive : on refuse un accès, pas une personne.

Objections, et réponses

Le droit à la réhabilitation. L’objection est forte et légitime. Mais l’habilitation de défense démontre depuis des décennies qu’un contrôle d’honorabilité ciblé sur des fonctions sensibles peut coexister avec l’effacement du casier pour le reste de la vie sociale. Personne ne conteste le secret défense au motif qu’il violerait la réhabilitation.

Le risque de discrimination. Il est réel si le dispositif s’applique à tous les postes. C’est précisément pour cela que le périmètre doit être fonctionnel (accès privilégié) et non géographique, ethnique ou générationnel. Une vérification négative par une autorité — et non une collecte par l’employeur — élimine en outre la tentation du fichier maison.

La présomption d’innocance. Seule la condamnation définitive déclenche la vérification. Les mis en cause, les gardés à vue, les simples interpellations du 17 octobre ne doivent jamais entrer dans le dispositif. Ligne rouge absolue : sinon nous créons le fichier des suspects, qui n’a aucun rapport avec la cybersécurité et toute la parentèle avec les dérives historiques.

« Le vrai problème est la négligence, pas la malveillance. » C’est vrai — environ 55 % des incidents internes sont des erreurs ou de la négligence, pas des trahisons. Mais la réponse à la négligence (formation, contrôle d’accès, gouvernance) ne dispense pas de la réponse à la malveillance : ce sont deux lignes de défense distinctes. Personne ne propose de supprimer les pare-feu au motif que la plupart des incidents viennent de l’erreur humaine.

Conclusion : le zero trust commence au recrutement

Le consensus technique du zero trust — ne jamais accorder une confiance implicite, vérifier toujours — s’arrête brusquement à la porte du service RH. C’est là que le droit français maintient une zone de confiance implicite absolue : on vérifie l’identité d’une requête API avec plus de rigueur que l’historique de la personne qui administre le domaine. Pour des fonctions cyber-sensibles clairement délimitées, une vérification négative opérée par une autorité, fondée sur des condamnations définies, temporaire et soumise au juge, protège à la fois l’entreprise, la cybersécurité nationale et les droits des personnes. Le jour où un jeune saura que casser une vitrine peut lui coûter, trois ans durant, l’accès aux postes qui touchent au cœur du numérique, la sanction aura retrouvé sa vertu. Et les RSSI auront enfin, sur leur premier vecteur d’attaque, l’outillage minimal qu’ils ont sur tous les autres.

Références principales : Verizon DBIR 2026 (facteur humain : environ 62 % des compromissions ; acteurs internes) ; Ponemon Institute, Cost of Insider Risks 2026 (19,5 M$ par an et par organisation ; 13,5 événements) ; IBM Cost of a Data Breach 2025 (4,92 M$ pour l’insider malveillant) ; code du travail, art. L1221-6, L1222-1, L1222-2, L1222-4 ; code de procédure pénale, art. 775, 777 et s. ; RGPD, art. 10 ; loi n°2026-798 du 18 août 2026 (« Ripost ») ; NIS2, DORA, Cyber Resilience Act (application 11 septembre 2026 / 11 décembre 2027) ; ISO/IEC 27001 A.6.1 ; méthodes MEHARI (Clusif) et EBIOS RM (ANSSI).