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Nature et sécurité intérieure

By Nos événements, NASA

« Sans nature, pas d’agriculture. Sans agriculture, pas de nourriture. Sans nourriture, pas de sécurité »

Par Aurore, responsable de la commission NASA (Nature, agriculture et santé animale)

Après cet été 2026, qui effacera peut-être des mémoires la grande sécheresse de 1976, l’automne qui vient nous ramènera-t-il vers les inondations majeures de 2024, année de record pluviométrique ?

A ceux qui ne verraient pas le lien entre sécheresse et inondation : faites dessécher la terre d’un pot de fleurs, puis versez-y rapidement et abondamment de l’eau. Elle y pénètre toujours mal, et déborde souvent du pot. Sur des sols archisecs, l’eau ruisselle et, selon l’intensité des pluies, elle inonde…

L’inondation est une source de rupture de normalité du quotidien des habitants de la zone sinistrée et au-delà. Elle altère donc la sécurité intérieure et entaille parfois la souveraineté territoriale, voire la souveraineté alimentaire par les conséquences qu’elle peut avoir sur les cultures et l’élevage. C’est le premier risque naturel en France !

Cette note tentera d’éclairer les problématiques existantes et proposera des pistes de réflexions et de solutions pour améliorer la prévention, la lutte et la gestion des inondations.

Les chiffres interpellent : plus de 30 % des communes françaises et environ 25 % des Français sont concernés par le risque d’inondation ! La moitié des Alsaciens sont possiblement concernés, essentiellement par débordement de cours d’eau, cf. figure 1. Les inondations sont également responsables de 50 % de la sinistralité liée aux catastrophes naturelles sur la période 1982 à 2023… Le rapport conjoint de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable et de la commission des finances s’attend à une explosion des coûts relatifs aux inondations dans les années à venir : « Sur l’ensemble du territoire français, la sinistralité relative aux inondations pourrait connaître une progression située entre 6 % et 19 % à l’horizon 2050. L’évolution de la sinistralité relative aux submersions marines serait encore plus marquée : la hausse se situerait entre 75 % à 91 % par rapport au climat actuel ».

Petit rappel des conséquences financières des inondations en euros4 : Vendée, 2010, tempête Xynthia = 2,5 milliards ; Hauts-de-France, 2016, crue lente = 1,1 milliard ; Alpes-Maritimes, 2020, crue rapide = 1,1 milliard. N’oublions surtout pas les 66 personnes mortes dans ces trois catastrophes.

Il serait temps d’agir…

D’autant que cette année, selon l’Organisation météorologique mondiale, l’effet El Niño semblerait très marqué avec de grosses tempêtes attendues en océan Atlantique nord fin 2026 !

L’eau, ressource essentielle et fléau parfois, devrait être le premier des sujets pour la campagne électorale de 2027. Contrairement au feu, rien ne l’arrête…

La mer, la pluie, le vent

Les inondations procèdent principalement de trois grands phénomènes :

  • Une submersion marine. Par exemple, une tempête associée à un fort coefficient de marée. Xynthia en février 2010 a noyé les maisons en 11 min !
  • Des crues lentes et progressives dues à des fortes pluies. En 2016, la crue du Cher et de la Seine a inondé, entre autres, l’Ile-de-France et a coûté 1 milliard pour une semaine de crue. Neuf millions d’emplois et plus de 10 millions de logements sont concernés par le débordement de cours d’eau…
  • Des épisodes de type Cévenol où une masse d’air chaud venant du Sud rencontre une masse d’air froid venant du Nord et transforme une rivière en torrent dévastateur en quelques minutes.

Ces inondations, aux origines météorologiques, sont aggravées par le réchauffement climatique en montagne avec une fonte ou des chutes de glaciers, l’artificialisation des sols croissante sur notre territoire, la destruction des espaces naturels et la mauvaise gestion des cours d’eau et de leurs digues.

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Figure 1 : Contour de l’Enveloppe Approchée d’Inondations Potentielles débordement de cours d’eau (EAIP) du Grand

  • Est. Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/6444911?sommaire=6445902&q=inondations

Dégâts des eaux

Les dégâts et troubles engendrés varient suivant l’intensité des inondations, ils se prolongent bien au-delà de l’évènement. Citons quelques exemples :

  • Décès humains et animaux
  • Dégâts matériels : immobilier notamment, outils de travail, etc.
  • Dégâts agricoles : inondations des cultures avec pertes d’exploitation, atteinte de la santé des troupeaux à court et moyen termes
  • Rupture ou limitation de l’action des forces de l’ordre et des forces de sécurité civiles : inondation de caserne, de gendarmerie, routes coupées, etc.
  • Altération économique et sociale
  • Perturbation de la vie scolaire avec perte de temps d’apprentissage
  • Troubles psychologiques générés par l’anxiété liée à la catastrophe et à ses conséquences sur la vie quotidienne des habitants, ce risque est considéré comme « un réel enjeu de santé publique »
  • Problèmes sanitaires car l’eau est très souvent un merveilleux milieu de multiplication de bactéries et de parasites
  • Dévalorisation du patrimoine foncier, c’est un peu la deuxième peine des habitants de ces zones inondées…

Barrages de castors

Des solutions sont déjà mises en place dont :

  • Pâturages tournants. Le maintien d’une prairie peut absorber plus d’eau lors de pluies.
  • Conservation ou création des prairies inondables en bord de rivières.
  • Plantation de haies. Elles limitent physiquement le ruissellement, mais aussi restreignent le dessèchement des terres par le vent en été.
  • Restitution des lits des rivières et adaptation de l’urbanisation, cf. figure 2.
  • Gestion des cours d’eau avec respect des méandres, nettoyages des embâcles et curages appropriés et contrôlés, reconstitution de la végétation des rives, connexion entre les cours d’eau, etc.
  • Jumeau numérique du territoire, cf. plus loin.

Cependant elles semblent insuffisantes au regard du nombre et de l’intensité des inondations ces dernières années. Est-ce un manque de moyens ? Un manque de centralisation de l’action publique ? Un manque de volonté politique ? Une gestion inadaptée des cours d’eau ? Un empêchement d’actions de développement locales ? Un manque d’argent pour l’entretien des digues ?

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Figure 2 : Eaux et urbanisme : quels enjeux ?

La ville de Caen prévoit de construire des logements démontables dans 50 ans.

  • Source : https://www.turbeau.eau-seine-normandie.fr/

En 2017, le directeur général de la prévention du risque du ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer déclarait : « La France s’est dotée d’une politique de prévention et de gestion du risque inondation très structurée ». Avons-nous moins d’inondations presque 10 ans plus tard ? Non.

Il est curieux de lire dans son rapport que la stratégie annoncée est d’éviter d’accroître l’exposition au risque d’inondation… Quid de la volonté de le réduire au maximum ?

Il ne faut éliminer aucune piste de solutions, car la géographie de nos territoires est très diverse. Pensez que les castors, réintroduits au Royaume-Uni au XXIe siècle, et les barrages qu’ils construisent, créent des zones humides qui réduisent les effets des inondations…

Sous la mer

Le plan Delta lancé par les Pays-Bas, imaginé après la grande inondation de 1953 et terminé en 1986, est un exemple de politique de long terme réussi. Là où nos régions du Nord ont été vastement inondées ces dernières années, les Pays-Bas, proches géographiquement, s’en sont beaucoup mieux sortis, preuve que la volonté politique associée à une vision « long terme » est efficace et assure sur ce point une meilleure sécurité intérieure à ses habitants.

Or le rôle de l’Etat, français en l’occurrence, est de prévoir et de planifier…

Pourquoi n’avons-nous pas copié les Pays-Bas ? Si l’idée nous venait de le faire, il faudrait désormais prendre en compte la sécheresse et son impact sur les digues néerlandaises.

Que fait notre Etat ? En 2014, il met en place le plan SN-GRI**. Ce plan regroupe plusieurs structures pour caractériser les aléas et évaluer les risques (IRSTEA, BRGM, CEREMA, Météo France, SCHAPI, les agences de l’eau***). Il promeut la consolidation de la gouvernance des risques de catastrophes, le renforcement de la résilience des territoires, la préparation à la gestion de crise en prônant une meilleure reconstruction. En 2017, 122 territoires à risques importants (TRI) étaient identifiés en Métropole.

La stratégie nationale se décline en plans de gestion des risques d’inondation (PGRI) au niveau des bassins hydrographiques et en SLGRI ou stratégies locales de gestion des risques d’inondation, pour les territoires locaux exposés. Que d’acronymes ! Normal, bienvenue en France… Le tout est évidemment chapeauté par une directive européenne sur le risque d’inondation sans que l’on comprenne les raisons qui poussent l’Europe à s’immiscer dans une problématique géographique, le plus souvent limitée aux frontières de l’Hexagone ou aux îles des Territoires d’Outre-mer…

Il n’est nulle question d’infliger au lecteur, qui a eu la politesse d’arriver à ce point du texte, les détails de la mise en œuvre de cette politique. Les plus motivés découvriront les PPRI, les PAPI, Vigicrue et plan ORSEC et SCHAPI et la réforme des GEMAPI et bien sûr leurs limites. Tout est dans le rapport du Sénat14 et ces acronymes sont explicités en fin de texte.

Un risque à apprendre

Les leviers d’action sont multiples pour prévenir et lutter contre les inondations et leurs conséquences. Agir sur les causes, certes, mais aussi intensifier l’apprentissage des gestes à connaître en cas de catastrophe car le risque d’inondation est très étendu sur notre territoire, cf. figure 3. Cette note n’oublie nullement les territoires d’Outre-mer qui ont des spécificités propres pour ce risque, mais ne peut les traiter ici.

D’autres pays préparent mieux que le nôtre leur population à répondre aux crises… J’attends toujours que le kit de survie, promis en 2025, arrive dans ma boîte aux lettres… Tant pis pour les victimes de la fracture numérique qui n’ont pas accès au site en question !

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Figure 3 : « : L’emprise des débordements et des submersions en France hexagonale et Corse en 2025

(Source : EAIP (DGPR), réalisation : Atelier de cartographie thématique de l’IGN).

https://www.ign.fr/atlas-cartographier-anthropocene-2025-risque-inondation

Créer une Journée des aléas ou JDA

Pourrait-on concevoir une journée entière d’éducation civique totalement consacrée aux aléas et à leurs apprentissages : gestes et actions face à un feu, une inondation, une explosion de site industriel, un attentat terroriste, etc. ? Tous les jeunes d’une classe d’âge, associés aux adultes volontaires selon les places disponibles, pourraient ainsi découvrir spécifiquement les différents services de prévision et de gestion mises en œuvre lors de catastrophes naturelles, et maîtriser les applications numériques mises à disposition pour ce faire. Les informations dispensées seraient modulées en fonction des risques régionaux où se déroule la formation. Cette journée pourrait aussi être un moment privilégié pour recruter des volontaires qui s’inscriraient sur une liste de réservistes aléas et que l’on pourrait solliciter si besoin.

Réunir pour agir

Autre levier d’action proposé : réunir régulièrement les habitants d’une zone très à risque pour qu’ils échangent sur leur problématique propre, leur évolution, qu’ils comprennent les enjeux locaux pour mieux accepter par avance les décisions parfois difficiles, voire douloureuses qui sont prises par les services publics.

Développer l’outil IA !

– Les expériences, notamment de vidéosurveillance, qui fonctionnent avec succès dans certains territoires pourraient être étendues. Cet outil, encadré strictement par la loi, permet lors d’inondations de repérer très vite les endroits où l’eau monte, à quel niveau elle se situe donc de connaître exactement les moyens utiles pour intervenir dans ces lieux. Il est aussi possible de détecter les personnes en danger potentiel. En effet, il arrive trop souvent que des automobilistes soient piégés par les eaux, une intervention rapide suite à un repérage vidéo précis pourrait ainsi sauver plus de vies.

– Le jumeau numérique du territoire de la France est une solution technique innovante qui permet de visualiser (visualisation immersive) une zone précise, d’y simuler et modéliser des inondations de différentes intensités. Cela permet de mieux anticiper les problèmes à venir et de les résoudre avant une possible catastrophe. Ces simulations pourraient être utilisées par les maires ou les forces de sécurité civile, lors de salons, de foires ou de réunions publiques, pour montrer aux habitants ce à quoi ils peuvent être exposés. Leur sensibilisation et leur attention à la prévention du risque seraient ainsi facilitées.

Doter l’Etat : Hydra ou IDRA

En Alsace-Moselle, il existe, depuis 80 ans, un établissement public de coopération, le SDEA,qui fédère 744 communes. Il est administré par des élus locaux qui y sont bien représentés et couvre l’ensemble du cycle de l’eau (eau potable, assainissement épuration, gestion des eaux pluviales urbaines, gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations).

A l’échelon national, une proposition serait de centraliser toutes les structures qui travaillent autour de l’eau dans l’IDRA pour Institut des ressources aqueuses. La fusion de toutes les structures précitées permettrait des économies structurelles et améliorerait le pouvoir décisionnaire et sa mise en œuvre. Deux services seraient distincts : celui qui étudie, gère et alerte en cas d’inondations adossé à un autre service de type interventionnel.

Le premier service étudierait les bassins hydrographiques (antennes régionalisées), gèrerait tous les cours d’eau (digues du domaine public et privé), surveillerait et piloterait les circuits d’eau potable, proposerait des actions de prévention à court, moyen et long termes. Il devrait alerter la population et les services étatiques locaux en cas d’inondations. Il centraliserait la taxe GEPAMI qui ne va pas en priorité aux communes les plus exposées aux risques d’inondations, ni à celles, différentes, qui doivent faire les travaux pour prévenir ces risques alors qu’elle peut être collectée par de grandes métropoles qui, elles, n’ont souvent aucun de ces risques, ni aucun de ces travaux à effectuer.

Le second service est un groupe d’intervention spécialisé inondation : le GISI. Il ne devrait nullement se résumer à un « machin » de plus ! Il naîtrait également de la fusion de certaines structures précitées qui existent déjà. Le GISI serait bipolaire : technique et administratif.

Son rôle serait à la fois de cartographier les zones inondées à T0, avec une expertise scientifique sur zone, et d’apporter un support administratif, un relais pour le suivi des dossiers des communes sinistrées, soulageant ainsi les maires, souvent dépassés par l’ampleur et la très grande complexité des démarches à faire.

Les experts du GISI étant aussi bien compétents pour déterminer les causes des inondations en cours, explorer immédiatement les meilleures solutions pour une gestion dans l’urgence, et proposer les options les plus adaptées pour éviter une répétition des dégâts. Un genre de « RAID » pour les inondations ! Le GISI serait aussi l’unique guichet vers lequel se tourner pour les démarches administratives : déclaration, montage et suivi des dossiers (indemnisations, mises en chantier, réparations, etc.). En effet, le rapport sénatorial précise que les maires se sentent très souvent démunis face à ces démarches compliquées, au point parfois de ne pas les entamer. Les maires seraient ainsi déchargés d’un poids certain tout en restant les interlocuteurs prioritaires du GISI pour la commune concernée. Le GISI deviendrait l’interface unique, donc plus efficace, de l’Etat pour tout ce qui concerne les inondations, soit avec la population, soit avec les édiles.

L’IDRA serait donc un ensemble spécialisé de fonctionnaires dédiés à l’eau, ressource numéro 1 pour tout Etat, ressource qui devrait par ailleurs être mise en haut de la liste des programmes des candidats à l’élection présidentielle de 2027. Les principales missions de l’IDRA seraient : comprendre les flux d’eau, gérer les cours d’eau et leurs digues, surveiller et distribuer une eau de qualité, anticiper les inondations, prévenir les risques, protéger les populations, gérer les catastrophes, etc. Ses experts auraient également un rôle étendu aux conseils pour des reconstructions résilientes ou des déplacements de bâtiments trop à risque.

Comment accepter, qu’après les inondations de 2023, des compteurs électriques aient été replacés à la même hauteur et réinondés en 2024 ? Et ce, malgré les plans MIRAPI de 2020, MIRAPI qui signifie « mieux reconstruire après inondation » !!!

Le sujet des inondations est vaste, tout ne peut être dit en une note, mais plonger dans les rapports officiels sur ces sujets permet de se faire, en tant que citoyen, une idée de l’impéritie étatique français. Il y a des modèles à suivre et tous ne sont pas étrangers.

Nature et découverte…

* NASA : Nature, agriculture et santé animale.

** SN-GRI : Stratégie nationale de gestion du risque d’inondation.

*** IRSTEA : Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture. BRGM

: Bureau de recherches géologiques et minières. CEREMA : Centre d’études et d’expertise sur les risques,

l’environnement, la mobilité et l’aménagement. SCHAPI : Service central d’hydrométéorologie et d’appui à la

prévision des inondations.

PPRI : Plans de prévention du risque d’inondation.

PAPI : Programmes d’actions pour la protection contre les inondations.

ORSEC : Organisation de la réponse de sécurité civile.

GEMAPI : Gestion des milieux aquatiques et de la prévention des inondations.

Sources

  • https://www.crsi-france.fr/wp-content/uploads/2019/07/LSI_Juillet_2025.pdf
  • https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/bilan_annuel_vigilance_crues_vigicrues_2024.pdf
  • https://www.senat.fr/rap/r23-775/r23-775-syn.pdf
  • https://www.inrae.fr/dossiers/decryptage-risque-inondation-comprendre-prevenir/inondations-france-projets- experimentations-solutions-inrae
  • https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/el-nino-pourrait-atteindre-des-records-dintensite-et-se-poursuivre-jusquen-2027-2249701
  • https://irstv.ec-nantes.fr/medias/fichier/15-prairie-vf-bc-sr_1721216531079-pdf?ID_FICHE=1074368&INLINE=FALSE
  • https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/05/31/a-caen-la-montee-des-eaux-oblige-a-inventer-un-quartier-demontable-dans-cinquante-ans_6695503_3234.html
  • https://www.ign.fr/institut/espace-presse/jumeau-numerique-de-la-france-et-de-ses-territoires-presentation-au-salon-desmaires-2025
  • https://stm.cairn.info/revue-responsabilite-et-environnement-2017-2-page-74?lang=fr
  • https://www.zoneshumides.org/sites/default/files/images/asso_ramsarfrance/dossier_zones_humides_et_prevention_des_catastrophes.pdf
  • https://www.frontiersin.org/journals/conservation-science/articles/10.3389/fcosc.2023.1252275/full
  • https://www.holland.com/fr/tourisme/laissez-vous-inspirer/les-pays-bas-en-7-histoires/leau-aux-pays-bas
  • https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/09/09/les-pays-bas-se-decouvrent-a-leur-tour-vulnerables-a-la-secheresse_6768821_3244.html
  • https://www.senat.fr/rap/r23-775/r23-7751.pdf
  • https://www.info.gouv.fr/actualite/tous-responsables-un-guide-pour-mieux-faire-face-aux-risques
  • https://www.sdea.fr/index.php/fr/le-sdea/sa-presentation/plus-de-75-ans-pour-l-interet-general
euro

Pouvoir d’achat : l’heure des bâtisseurs

By Economie

Sauf choc majeur, le pouvoir d’achat s’imposera comme la préoccupation dominante des Français

Par Antonin Coulier, responsable de la commission Économie

La question du pouvoir d’achat sera probablement l’un des thèmes majeurs, sinon le thème central, de l’élection présidentielle de 2027. Bien sûr, l’histoire nous enseigne qu’un événement géopolitique ou sécuritaire peut bouleverser en quelques semaines l’ordre des priorités. Souvenons-nous de l’« effet drapeau » provoqué par la guerre en Ukraine, qui avait replacé les questions régaliennes au cœur du débat public.

Mais sauf choc majeur, le pouvoir d’achat s’imposera comme la préoccupation dominante des Français. Car derrière cette expression devenue familière se cache une question beaucoup plus fondamentale : comment une économie crée-t-elle de la richesse, comment la distribue-t-elle et pourquoi certains ont-ils le sentiment de travailler toujours plus sans vivre mieux ?

Le pouvoir d’achat durable ne naît pas des chèques mais de la capacité d’une nation à produire davantage de richesse et à mieux la transmettre à ceux qui travaillent.

En reprenant une image chère à l’économiste Denis Clerc, l’économie peut être vue comme une valse à trois temps : produire, répartir, consommer. D’abord, elle crée des biens et des services, donc de la richesse. Ensuite, cette richesse est répartie entre salariés, entreprises et État. Enfin, elle est utilisée : une partie est consommée pour satisfaire les besoins du présent, tandis qu’une autre est investie pour préparer la prospérité de demain.

Cette question est loin d’être théorique. Dans leur rapport « Retrouver la capacité de produire en France et en Europe », Xavier Ragot et Jean-Luc Tavernier rappellent que la prospérité durable repose d’abord sur la capacité d’un pays à produire, innover et investir. Certes, les chèques, les primes, les baisses d’impôts ou les aides ciblées peuvent apporter un soulagement ponctuel et parfois nécessaire. Mais aucune mesure de court terme ne peut garantir à elle seule une progression durable du niveau de vie. Celle-ci dépend avant tout de la capacité d’un pays à produire davantage de valeur, à améliorer sa productivité, à investir dans les compétences et à mieux transmettre la richesse créée à ceux qui travaillent.

Cette distinction entre soulagement immédiat et enrichissement durable devrait être au cœur du débat présidentiel.

En France, nous parlons beaucoup du partage des richesses et trop peu de leur création. C’est humain, mais aussi profondément politique. Promettre davantage à chacun est toujours plus séduisant que d’expliquer comment créer davantage de richesse. À force de débattre du partage du gâteau, nous avons parfois oublié la question essentielle : comment le faire grandir ?

Pourtant, même lorsqu’une économie produit davantage de richesse, une question demeure : pourquoi existe-t-il un tel écart entre ce que coûte le travail et ce qu’il rapporte réellement à celui qui l’exerce ? Entre le coût du travail pour l’entreprise et le revenu réellement disponible pour le salarié s’intercalent les cotisations sociales, l’impôt et l’inflation.

Il faut d’abord éviter le slogan simplificateur sur les « charges ». Les cotisations ne constituent pas une perte sèche : elles financent les retraites, la santé, la famille et plus largement une partie de notre État-providence. Les réduire augmenterait immédiatement le salaire net, mais seulement si cette baisse n’était pas compensée ailleurs par une hausse de la TVA, de la CSG ou une diminution des prestations sociales.

Certains économistes défendent ainsi une forme de TVA sociale : diminuer les prélèvements pesant sur le travail tout en augmentant la taxation de la consommation. L’idée est de faire contribuer également les produits importés au financement de notre modèle social. Selon sa conception, une telle réforme pourrait améliorer le salaire net ou réduire le coût du travail tout en élargissant le financement de la protection sociale aux produits importés. Mais elle comporte un risque majeur : celui d’une hausse des prix qui viendrait réduire le gain de pouvoir d’achat, notamment pour les ménages les plus modestes.

Dans leur note « Quelles stratégies pour l’emploi et les salaires ? », Antoine Bozio et Étienne Wasmer mettent en lumière un paradoxe français : un système conçu pour favoriser l’emploi autour du Smic, mais qui tend désormais à freiner les augmentations salariales. Ils proposent de réduire progressivement les « trappes à bas salaires », de mieux cibler les aides et de réorienter l’action publique vers l’éducation, la formation et la mobilité. Leur idée est simple : l’amélioration durable des salaires ne viendra pas seulement d’une baisse du coût du travail, mais aussi d’une montée en compétences de la population active.

Cette logique rejoint les travaux de Patrick Artus, qui place la productivité au cœur de la question du pouvoir d’achat. L’idée est simple : lorsqu’une entreprise produit davantage de valeur grâce à une meilleure organisation, à l’innovation ou à l’investissement, elle peut financer simultanément des hausses de salaires, des investissements supplémentaires et des recettes fiscales accrues. 

À l’inverse, lorsqu’une économie ne produit pas davantage de richesse, les augmentations de revenus finissent souvent par être financées par l’endettement, la hausse des prix ou la compression des marges.

Dans sa note « France : quelles conséquences du recul de la productivité ? », Patrick Artus souligne que la productivité du travail a reculé de 2,2 % entre 2019 et 2025. Pourtant, le pouvoir d’achat a continué à progresser grâce à la hausse de l’emploi et des prestations sociales. L’État a ainsi absorbé une part importante du choc au prix d’une dégradation des finances publiques. À long terme, l’amélioration du pouvoir d’achat dépend d’abord de la capacité d’une économie à accroître sa productivité.

Les économistes Xavier Jaravel, Thomas Philippon, Maria Guadalupe et David Sraer arrivent à une conclusion similaire dans leur note « Cap sur le capital humain pour renouer avec la croissance de la productivité ». Selon eux, l’insuffisance du capital humain constitue l’un des principaux freins au redressement de la productivité française. Ils défendent plusieurs priorités : faire de l’éducation une priorité nationale, renforcer les compétences comportementales dès l’école, démocratiser l’accès aux carrières scientifiques et réorienter une partie des aides à la recherche vers les PME et les TPE.Pour ces auteurs, la hausse durable du niveau de vie passera d’abord par l’investissement dans les compétences, l’innovation et le capital humain.

Les exemples pourraient être multipliés. Tous conduisent pourtant à la même conclusion : le pouvoir d’achat durable suppose à la fois de créer davantage de richesse et de mieux la transmettre à ceux qui travaillent.Pendant longtemps, le progrès économique signifiait pour beaucoup de Français la certitude que leurs enfants vivraient mieux qu’eux. Le malaise contemporain naît peut-être moins d’une baisse du niveau de vie que du doute croissant sur cette promesse de progrès.

À l’approche de l’élection présidentielle, les candidats seront nombreux à promettre davantage de pouvoir d’achat. Il faudra pourtant distinguer ce qui relève du soulagement immédiat de ce qui permet un enrichissement durable. Les premières mesures produisent rapidement des effets visibles ; les secondes demandent du temps, de la constance et du courage, mais elles seules peuvent transformer durablement le niveau de vie d’un pays.

Si les programmes ne parlent que de chèques, de primes ou de baisses d’impôts, sans jamais évoquer la productivité, l’investissement, la production, la recherche ou l’innovation, souvenons-nous de la leçon de La Fontaine : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. »

Les réformes les plus efficaces seront rarement les plus faciles. Elles exigeront des choix, des arbitrages et sans doute des efforts. Mais le pouvoir d’achat durable ne naîtra ni d’un slogan ni d’un chèque supplémentaire. Il se construira par une politique capable de produire davantage de valeur et de mieux la transmettre à ceux qui travaillent.

Seule une politique animée par un nouvel esprit, un esprit de bâtisseur, pourra redonner durablement du pouvoir d’achat aux Français. La France d’aujourd’hui n’a pas à reconstruire ses villes, ses routes ou ses usines détruites. Elle doit cependant reconstruire quelque chose d’essentiel, qui s’est lentement érodé au fil des décennies : sa capacité à produire, à innover, à investir et à se projeter dans l’avenir.

En 2027, les Français n’auront pas seulement besoin de nouvelles promesses de pouvoir d’achat. Ils auront besoin d’un projet de prospérité et de responsables politiques prêts à en poser les fondations.

Élevage bovins

Élevage français à l’été 2026 : Entre sécheresse et Shamonda

By Santé

La météo est un facteur de sécurité et de souveraineté

Par Aurore, membre de la commission CRSI santé

L’Histoire nous rappelle que la météo est un facteur de sécurité et de souveraineté. Pour les moins convaincus, allez voir le film Pressure d’Anthony Maras qui pointe le rôle essentiel de James Stagg, chef météorologue des forces armées alliées en juin 1944…

Cet été, les médias se sont, à juste titre, focalisés sur les impacts directs de la canicule et de la sécheresse sur l’agriculture dans son ensemble : atteintes à la sylviculture, à la viticulture, aux productions de fruits, perte de rendement des cultures, etc.

Notre élevage, nos animaux de rente, ont aussi souffert cet été de manière directe. Les épisodes caniculaires ont décimé certains élevages aviaires et « éclaircit » les rangs de quelques élevages porcins… La sécheresse a jauni les prés devenus incapables de nourrir de manière exclusive les bovins qui y pâturent. Les réserves de nourriture sont sorties des hangars, ce qui met en péril l’approvisionnement fourrager des bêtes pour l’hiver prochain.

Conséquences : certains éleveurs songent à faire abattre des animaux pour réduire leur cheptel qu’ils ne pourraient nourrir en totalité avec les répercussions sur le prix de la viande que l’on imagine (chute des cours dans un premier temps puis hausse du prix de la viande française) et importations à prévoir qui n’arrangeront pas notre balance commerciale agricole.

Se cumulent donc le manque de pousse de l’herbe, donc de nourriture, et la chaleur. La chute de production laitière française était assurée car ces conditions météo ne permettaient pas aux vaches de produire autant en volume. De plus, la qualité de leur lait a été altérée avec un taux protéique moins élevé et des répercussions sur les prix de vente et la transformation de ce lait (fromages). Même en Bretagne, le rendement apparent a diminué de 11 % entre les semaines 25 et 26 (fin juin). La collecte française a chuté de 0,6 % ce juillet par rapport à juillet 2025.

Valeur de la virologie vétérinaire

A côté de ces éléments très médiatisés, l’arrivée d’un nouveau virus sur notre territoire est passé quasi inaperçue… Et dans un sens, tant mieux, nos agriculteurs n’avaient pas besoin d’un nouvel emballement médiatique après l’épisode de la DNC* en début d’année qui a laissé des traces.

Dès le début de l’été, des bovins ont présenté des syndromes aigus, le plus souvent d’évolution rapide et bénigne. Le système de surveillance sanitaire vétérinaire a parfaitement fonctionné, preuve que des services compétents et efficaces perdurent en France. Rapidement, l’Ecole vétérinaire de Toulouse a isolé le virus : il appartient au genre des orthobunyavirus du sérogroupe Simbu apparenté au virus de Shamonda, nous l’appellerons Shamonda, c’est plus court. Bravo à l’équipe scientifique pour cette première mondiale !

Identifié dans l’Est de la France, le virus a rapidement gagné jusqu’à la Normandie et le Centre-Val-de-Loire. Sa distribution géographique réelle est très sûrement sous-estimée.

L’Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas et le Liechtenstein sont touchés également (à l’heure où l’article est écrit).

Ce virus Shamonda est transmis par des moucherons de type culicoïdes, connus pour propager d’autres maladies animales en France telles la FCO** et la MHE***. Nature, agriculture et santé animale…

Identifié pour la première en 1965 au Nigéria, personne ne peut actuellement expliquer la manière dont ce virus est arrivé sur notre sol… L’analyse génétique montre que les souches virales détectées sont proches d’une ancienne lignée nigériane et que les virus Shamonda « allemands » et « français » sont presque identiques.

Shamonda, Schmallenberg et nouveau-nés

Aucune réglementation sanitaire n’existe puisque Shamonda n’était, jusqu’ici, pas présent en Europe. Pas d’abattage obligatoire donc, pas de restriction de mouvement, les transports de bovins sont possibles, même vers l’étranger. Les agriculteurs apprécieront (ou pas).

Aucun vaccin n’existe, ce qui n’est pas si grave puisque les animaux malades ne meurent pas, rappelons que l’affection est bénigne. Cependant, il est noté des chutes de production laitières temporaires allant, à l’échelle du troupeau, de 15 à 75 %. Des avortements ont été rapportés, ce point suscite des interrogations pour l’avenir. En effet, Shamonda est proche d’un autre virus, celui de Schmallenberg, qui a provoqué dès son arrivée en France de nombreuses malformations fœtales des ruminants nouveau-nés en 2011-2012.

La surveillance se porte désormais sur les prochaines périodes de mise bas chez tous les ruminants. Les ovins et caprins devraient être sensibles à ce virus, mais les données sont actuellement très limitées pour ces deux espèces. L’enjeu est de taille car les bovins nouveau-nés sont à la fois des productions ou sous-productions pour les élevages allaitants ou laitiers, mais les génisses à naître cet hiver permettent surtout le renouvellement futur des troupeaux. Ajouté à l’abattage possible de têtes de bétail que l’on ne peut nourrir, faute de fourrage, ce ne serait pas une bonne nouvelle…

Par ailleurs, fin août, le RESPE**** vient d’annoncer une première détection du virus Shamonda dans le cerveau de deux chevaux en Suisse. Tous les services vétérinaires sont mobilisés pour explorer les conséquences de ce passage viral en France. Pour le moment, tout se passe bien, les professionnels de la santé animale travaillent efficacement et dans le calme.

* DNC : dermatose nodulaire contagieuse (des bovins).

** FCO : fièvre catarrhale ovine.

*** MHE : maladie hémorragique épizootique (des bovins).

**** RESPE : Réseau d’épidémio-surveillance en pathologie équine.

Sources :

  • https://www.franceagrimer.fr/sites/default/files/2026-09/NCO-NOT -LAI-2026-08_1.pdf
  • https://envt.fr/actualites/emergence-dun-nouvel-orthobunyavirus/
  • https://www.eurosurveillance.org/docserver/fulltext/eurosurveillance/31/33/eurosurv-31-33-pdf?expires=1789461542&id=id&accname=guest&checksum=A547A9323BE1A473AF22265A77370AA7
  • https://agriculture.gouv.fr/maladies-animales-le-virus-de-schmallenberg
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Redonner à la langue française et à l’école française la place qu’elles méritent

By Enseignement

Pour une politique ambitieuse de la francophonie, de la littérature et de l’école française — à l’international comme sur notre sol

Par Stéphane Aillaud, responsable CRSI Sud-Est

L’urgence n’est pas là où on la cherche

Pendant qu’on discute de festivals du jeu vidéo, l’école française, elle, dégringole dans le classement PISA. Les derniers résultats de cette grande enquête internationale de l’OCDE, publiés ce mardi 8 septembre 2026, sont sans appel : les résultats des élèves français comptent parmi les plus bas jamais mesurés depuis la création de l’étude en 2000. Par rapport à 2022, le score en mathématiques recule de 16 points et celui en compréhension de l’écrit de 18 points — une chute plus forte que dans la plupart des autres pays de l’OCDE — tandis que les sciences résistent à peu près (-4 points). La France tombe désormais au 34ᵉ rang en mathématiques et au 28ᵉ rang en compréhension de l’écrit. La part des élèves très performants en maths s’est effondrée, passant de 11 % en 2015 à seulement 5 % en 2025, tandis que 36 % des élèves sont désormais en difficulté dans cette matière.

Voilà le vrai chantier. Voilà l’urgence nationale. Avant de financer des vitrines, il serait peut-être temps de retisser ce qui fait la force et le rayonnement de la France depuis des siècles : sa langue, sa littérature, son école.

PISA 2025 (résultats publiés le 8 septembre 2026) — le point bas historique

  • -16 pts en mathématiques depuis 2022
  • -18 pts : en compréhension de l’écrit depuis 2022
  • 34ᵉ rang mondial en mathématiques
  • 5 % d’élèves très performants en maths (11 % en 2015)

À rebours de ce constat, certains prônent une forme de résignation, voire d’effacement : la langue française serait dépassée, has-been, presque un fardeau du passé, et il faudrait s’en détacher au profit d’une langue et d’une culture supposément plus modernes ou plus « pratiques ». C’est une erreur de diagnostic, et un contresens historique. Loin d’être une langue en sursis, le français est une langue vivante, en pleine expansion démographique, et un instrument d’influence dont peu de pays disposent. Le vrai sujet n’est donc pas de l’abandonner, mais de cesser de la négliger chez nous alors qu’elle prospère ailleurs.

  • Pendant que notre système éducatif s’affaisse chez nous, une autre France existe, ailleurs, et elle rayonne.

Le français, une langue vivante et en expansion

Le français n’est pas une langue en déclin : c’est aujourd’hui la quatrième langue la plus parlée au monde, avec près de 396 millions de locuteurs recensés en 2025 par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) — contre 321 millions seulement en 2022. Cette croissance spectaculaire est portée avant tout par l’Afrique, où la démographie et la scolarisation dessinent l’avenir du français pour les décennies à venir.

Autour de cette langue commune s’est structurée une véritable communauté politique : l’OIF réunit aujourd’hui près d’une centaine d’États et de gouvernements membres ou observateurs, sur les cinq continents. C’est un espace de coopération, de culture et d’influence que peu de langues peuvent revendiquer.

  • 396 M francophones dans le monde (2025)
  • 4ᵉ langue la plus parlée au monde
  • ~100 États et gouvernements membres ou observateurs de l’OIF

Une présence diplomatique et éducative sans équivalent

Ce rayonnement s’appuie sur un outil que le monde entier nous envie : le réseau diplomatique et scolaire français. La France dispose d’environ 160 ambassades bilatérales, ce qui en fait le troisième réseau diplomatique au monde, juste derrière la Chine et les États-Unis — devant le Japon, le Royaume-Uni ou l’Allemagne.

Adossé à ce réseau, l’enseignement français à l’étranger constitue l’un des plus beaux instruments d’influence de notre pays. À la rentrée 2025, ce sont 612 établissements — lycées, collèges, écoles — répartis dans près de 140 pays, qui scolarisent plus de 400 000 élèves, dont environ un tiers de Français et deux tiers d’élèves étrangers, souvent parmi les élites locales de demain. C’est un réseau unique au monde, considéré par le président de la République lui-même comme un « trésor national ».

  • 3ᵉ réseau diplomatique mondial (~160 établissements français homologués à élèves scolarisés dans 140 pays ambassades)
  • 612 établissements français homologués à l’étranger
  • 400 000 élèves scolarisés dans 140 pays

Une contradiction qu’il faut regarder en face

Voilà le paradoxe insupportable : à l’étranger, l’école française séduit, forme des générations d’élites francophiles et francophones, obtient d’excellents résultats au baccalauréat. Chez nous, sur le sol national, le même modèle scolaire recule dans les classements internationaux. La France excelle à exporter son école — mais peine à la faire prospérer sur son propre territoire.

Il est temps d’inverser la logique : au lieu de laisser le meilleur de l’école française rayonner uniquement au dehors, il faut le rapatrier, s’en inspirer, et le remettre au service de nos propres élèves. Cela suppose de :

  • Réinvestir massivement dans l’enseignement du français et des humanités, de l’école primaire au lycée, en s’appuyant sur ce qui fonctionne dans le réseau AEFE ;
  • Revaloriser la littérature française dans les programmes scolaires, comme patrimoine vivant et non comme simple héritage ;
  • Soutenir le métier d’enseignant : selon PISA 2025, près d’un élève français sur deux (45 %) est scolarisé dans un établissement où le chef d’établissement signale un manque perçu d’enseignants, contre 39 % en moyenne dans l’OCDE ;
  • Faire de la Francophonie un levier stratégique, économique et culturel, plutôt qu’un folklore commémoratif célébré une semaine par an ;
  • Réorienter les priorités budgétaires vers l’école, la langue et la culture plutôt que vers des opérations de communication sans lendemain.

Conclusion

La France a un atout que très peu de nations possèdent : une langue parlée par près de 400 millions de personnes, un réseau diplomatique parmi les tout premiers au monde, une école qui rayonne sur cinq continents. Ce capital est immense — mais il ne survivra pas si la maison mère elle-même s’effondre de l’intérieur. Remettre le français, sa littérature et son école au cœur des priorités nationales n’est pas une nostalgie : c’est une condition de notre influence future.

sécurité hydrique

Sécurité hydrique, REUT et résilience des infrastructures critiques : l’eau comme enjeu de souveraineté et de sécurité intérieure

By NASA

La gestion de l’eau ne relève plus uniquement de la politique environnementale

Par la commission NASA

SYNTHESE

Dans un contexte d’intensification des chocs climatiques, de sécheresses récurrentes et de tensions accrues sur la ressource, la gestion de l’eau ne relève plus uniquement de la politique environnementale ou de l’aménagement du territoire. Elle constitue un enjeu critique de souveraineté nationale, de résilience des infrastructures vitales et de sécurité intérieure, (cf. Mer d’Aral). Alors que la France accuse un retard structurel majeur en matière de Réutilisation des Eaux Usées Traitées (REUT) avec moins de 1 % de taux de recyclage (contre 14 % en Espagne et 86 % en Israël), la dépendance des fonctions centrales de l’État aux flux hydrauliques crée une vulnérabilité stratégique exploitable en cas de crise majeure ou d’acte de malveillance.

La présente note propose une doctrine rénovée pour le CRSI articulée autour de deux retours d’expériences internationaux (Singapour et Bangalore) et préconise l’intégration stricte des infrastructures d’assainissement et de REUT au sein de la politique des Points d’Importance Vitale (PIV).

L’EAU : ENJEU PERMANENT DE SOUVERAINETÉ ET DE SÉCURITÉ INTÉRIEURE :

Vulnérabilité des fonctions critiques de l’État

Les épisodes de sécheresse et le décalage des régimes d’étiage menacent directement le fonctionnement d’équipements souverains et d’infrastructures d’importance vitale :

• Chaîne énergétique : Contraintes de refroidissement sur les centrales nucléaires et thermiques, menaçant la stabilité du réseau électrique national lors des pics de chaleur.

• Continuité des soins : dépendance critique des établissements hospitaliers et médico- sociaux à une alimentation d’eau sans rupture et à une évacuation continue des effluents.

• Sécurité civile : rupture potentielle de l’approvisionnement des réseaux d’eau technique indispensables à la lutte contre les méga-feux de forêt.

Risques sociétaux et conflits d’usage

La raréfaction de la ressource en période estivale exacerbe les tensions territoriales et les arbitrages subis entre agriculture, industrie et consommation d’eau potable, générant des risques avérés de troubles à l’ordre public et de cristallisation de conflits violents autour des ouvrages de stockage.

COMPARAISON INTERNATIONALE : SINGAPOUR ET L’EAU COMME PILIER DE SOUVERAINETÉ ABSOLUE :

Singapour représente l’état de l’art mondial d’un État ayant transformé une dépendance vitale en un modèle d’autonomie stratégique et technologique.

La doctrine des « Four National Taps »

Dépourvue de profondeur terrestre et historiquement dépendante des approvisionnements extérieurs (Malaisie), la cité-État a élevé la ressource en eau au rang de principe de défense nationale. La stratégie repose sur quatre piliers :

• L’eau importée par accord bilatéral (en réduction programmée).

• La collecte systématique des eaux de pluie à l’échelle du territoire urbain.

• Le dessalement de l’eau de mer.

• Le recyclage intégral des eaux usées via le programme NEWater.

Le programme NEWater (Purification avancée)

100 % des eaux usées de l’île sont collectées et soumises à un traitement multi-barrières à haute technologie (microfiltration, osmose inverse, désinfection par rayons ultraviolets).

Utilisation : cette eau hautement purifiée couvre aujourd’hui plus de 40 % des besoins de l’île, alimentant en priorité les industries stratégiques de semi-conducteurs et le refroidissement des datacenters, tout en sécurisant les réservoirs nationaux.

Enseignement pour le CRSI : La REUT n’est pas un ajustement écologique, mais un outil d’indépendance industrielle et sécuritaire. Elle sanctuarise l’activité économique et la souveraineté face aux pressions extérieures et aux aléas climatiques.

HISTOIRE ET PROSPECTIVE : LA LEÇON DE BANGALORE ET LA « VILLE ÉPONGE » RÉSILIENTE

L’ingénierie vernaculaire offre un complément indispensable aux solutions de haute technologie pour garantir la résilience des territoires.

L’ingénierie hydraulique de Bangalore (XVIIe – XVIIIe siècles)

Au XVIIe et XVIIIe siècles, la ville de Bangalore (aujourd’hui capitale technologique de l’Inde) s’est développée au cœur du plateau semi-aride du Deccan sans accès à un fleuve majeur. Sa survie et son essor reposaient sur un réseau de sécurité hydraulique composé de centaines de réservoirs interconnectés (kalyanis ou keres).

Conçus pour capter l’intégralité des eaux d’orage lors des moussons, ces bassins fonctionnaient en cascade : le trop-plein d’un ouvrage alimentait le suivant par gravité, tout en rechargeant les nappes phréatiques et en garantissant une réserve stratégique distribuée et permanente en cas de sécheresse prolongée.

L’ancrage patrimonial français : les leçons d’ingénierie vernaculaire des territoires arides

La recherche de résilience face au stress hydrique ne nécessite pas seulement de regarder vers les hubs technologiques asiatiques : le territoire national regorge de dispositifs historiques de gestion de la raréfaction.

En France, l’habitat et l’aménagement rural des zones calcaires et méditerranéennes se sont historiquement structurés autour du stockage passif et du piégeage des eaux de pluie :

  • Les lavognes des Causses et du Larzac : mares artificielles étanchéifiées à l’argile au fond des dépressions doliniques, conçues pour capter le ruissellement et constituer des réserves stratégiques d’eau en milieu karstique filtrant.
  • Les réparties et cuves de rétention méditerranéennes : ouvrages de maçonnerie et d’infiltration distribuée permettant de stocker les pluies cévenoles violentes et de maintenir une autonomie d’usage en période d’étiage.

Les glacières et réservoirs d’altitude : dispositifs de captage et de conservation sous forme solide ou liquide de la ressource hivernale pour en assurer la disponibilité lors de la période d’épuisement des sources. L’urbanisme du XXIe siècle, en bétonnant et en canalisant massivement les flux, a brisé ces équilibres vernaculaires. Réintégrer le principe des lavognes et des cuves de rétention dans les Schémas Départementaux d’Analyse et de Couverture des Risques (SDACR) et les PLUi s’inscrit dans la filiation directe de ce patrimoine national de résilience.

Application au modèle moderne de « Ville Éponge »

En France, l’imperméabilisation massive des sols et la canalisation systématique des eaux de pluie ont transformé une ressource en facteur de risques (inondations par ruissellement, surcharge des réseaux d’assainissement, déversements de polluants).

Réintégrer la doctrine de Bangalore dans l’aménagement du territoire national constitue un impératif de sécurité civile : il s’agit de favoriser les zones d’infiltration, les noues et les bassins de rétention ouverts pour ralentir les flux, recharger les ressources souterraines et offrir une autonomie d’urgence aux collectivités territoriales.

FOCUS SÉCURITÉ INTÉRIEURE : DÉCLINAISON DE LA DOCTRINE PIV AUX INFRASTRUCTURES D’ASSAINISSEMENT ET DE REUT

La qualification des infrastructures d’assainissement et de REUT comme Points d’Importance Vitale (PIV) relève d’une urgence stratégique. Le périmètre de la Directive Nationale de Sécurité (DNS) du sous-secteur « Eau » doit s’étendre au-delà des seules usines d’eau potable pour englober les grands réacteurs d’épuration et de recyclage.

Analyse des vulnérabilités stratégiques

Asphyxie des fonctions centrales :

  • Paralysie opérationnelle sous 48 heures des établissements de santé, bases militaires et centres de secours par indisponibilité du réseau d’évacuation.
  • Risques NRBC et biosécurité : Nécessité de renforcer le suivi analytique et la surveillance épidémiologique des réseaux
  • Dispositifs, type OBEPINE, pour contrer la diffusion d’agents biologiques ou de contaminants chimiques.
  • Cyber-vulnérabilité des systèmes SCADA : Automatisation poussée des processus de purification exposant les sous-stations à des cyberattaques visant le dépotage de polluants toxiques ou le sabotage des membranes de filtration.

Intégration de la REUT dans la résilience nationale

La REUT transforme l’eau usée en ressource stratégique de substitution : Alimentation des circuits industriels et énergétiques : Maintien du refroidissement des centrales énergétiques sans prélèvement agressif sur le milieu naturel en période de crise.

Sécurisation des opérations de secours : Mise à disposition d’un réseau d’eau technique d’urgence réservé à la sécurité civile et à la lutte contre les incendies majeurs.

RECOMMANDATIONS STRATÉGIQUES POUR LE CRSI

  • Révision du périmètre des SAIV
  • (Secteurs d’Activité d’Importance Vitale) : classer formellement les grandes Stations de Traitement des Eaux Usées (STEU > 100 000 EH) et les unités clés de REUT parmi les Points d’Importance Vitale (PIV), en soumettant leurs exploitants aux exigences des Plans Particuliers de Protection (PPP).
  • Cyber-sécurisation obligatoire (Directive NIS 2) : Imposer l’homologation de sécurité par l’ANSSI des systèmes de télégestion (OT/ SCADA) assurant la conduite des installations d’assainissement et de traitement tertiaire.
  • Généralisation des Plans de Sécurité des Eaux de REUT (PSER) : Intégrer des protocoles de contrôle multi-barrières en temps réel et instaurer des dispositifs de dérivation automatique (bypass sécurisé) en cas de détection d’anomalies microbiologiques ou chimiques.
  • Doctrine d’aménagement « Ville Éponge et Résilience » : Inscrire l’obligation de rétention et d’infiltration à la source dans les Schémas Départementaux d’Analyse et de Couverture des Risques (SDACR) afin d’assurer un stockage décentralisé de la ressource à l’échelle nationale.

Complément Prospective à 5 et 10 ans : Synthèse des Analyses

En complément du cadrage initial (REUT, Singapour, Bangalore, et l’ancrage français des lavognes/réparties), voici la vision prospective structurée sur deux horizons temporels (2031 et 2036) pour alimenter la note du CRSI.

À moyen et long terme, la station d’épuration (STEU) quitte définitivement son statut de simple centre de dépollution pour devenir une « Usine de bio raffinement, de Souveraineté Minérale et de Biosécurité Nationale ».

Horizon 5 Ans (2026 – 2031)

Industrialisation & Sécurisation Sanitaire/Énergétique

Biosécurité et Épidémiométrie Réseau (Réseau OBEPINE 2.0) :

  • L’intégration de bioscapteurs séquentiels automatisés directement dans les grands collecteurs urbains, aéroports et gares. L’enjeu est la détection en temps réel des risques épidémiques, des agents pathogènes émergents, de la résistance aux antibiotiques (RAM) et des menaces d’attaques biologiques NRBC, sans dépendre du système déclaratif de santé.
  • Traitement Quaternaire & Élimination des PFAS. La généralisation des technologies de destruction moléculaire (oxydation avancée, réacteurs plasma, membranes céramiques) pour traiter les « polluants éternels » (PFAS) et résidus médicamenteux. L’enjeu est de sanctuariser la qualité sanitaire des effluents réutilisés en REUT afin d’éviter toute bioaccumulation dans la chaîne alimentaire ou les circuits industriels vitaux.
  • STEU à Énergie Positive (Micro-grids & Biométhane) : la méthanisation systématique des boues et récupération de la chaleur fatale des effluents sous voirie. L’enjeu estl’autonomie énergétique locale et soutien aux réseaux de chaleur des hôpitaux et sites critiques en cas de rupture d’approvisionnement électrique.

Horizon 10 Ans (2031 – 2036) : autonomie souveraine & circularité fermée

  • Souveraineté minière : L’extraction du phosphore et de l’azote (« Mines d’Eaux Usées »). La géopolitique mondiale des roches phosphatées (concentrées au Maroc et en Chine) imposerait la récupération industrielle obligatoire de la struvite (phosphate) dans les boues d’épuration. Enjeu CRSI : l’eau usée française fournira jusqu’à 25 % des besoins nationaux en engrais agricoles, garantissant une indépendance alimentaire directe face aux chocs géopolitiques globaux.
  • La Boucle Fermée Potable (Direct Potable Reuse – DPR). La levée du verrou réglementaire et psychologique du DPR dans les zones soumises à des sécheresses pluriannuelles extrêmes (Bassin Méditerranéen, couloirs urbains très denses). L’enjeu est la réinjection directe de l’eau usée ultra-purifiée dans le réseau de distribution d’eau potable sans repasser par le milieu naturel, garantissant une indépendance absolue vis-à-vis des aléas météo.
  • Cyber-Défense Décentralisée & IA Souveraine (SCADA Numérique). Le pilotage des usines de purification par des intelligences artificielles locales (Edge AI) fonctionnant en circuit étanche (air-gapped). L’enjeu est d’assurer la capacité d’auto-défense autonome des installations contre le sabotage d’État ou le piratage visant le dépotage de polluants toxiques

Pour compléter et traiter de l’échelon décentralisé (particuliers et monde agricole), la question ne repose plus sur de simples écogestes individuels, mais sur la résilience de proximité et la souveraineté alimentaire.

Voici des modèles opérationnels applicables aux particuliers et aux agriculteurs, avec une évaluation critique du sujet des « mégabassines ».

Modèles pour les particuliers : la boucle d’eau domestique et l’impact immédiat

À l’échelle de l’habitat, le modèle dominant (« eau potable pour tous les usages ») est un non-sens sécuritaire et économique. L’enjeu est de disjoindre la consommation d’eau potable des usages techniques (chasse d’eau, arrosage, nettoyage).

Modèles d’utilisation modérée à impact immédiat (Bain, Douche, WC)

La réutilisation des eaux grises domestiques (Greywater Recycling). Les eaux issues des douches, bains et lavabos (eaux grises) sont filtrées et désinfectées (filtration mécanique + UV ou microstation compacte à membranes) pour alimenter en circuit fermé les chasses d’eau des WC et la machine à laver. Impact immédiat : -30 % à -40 % sur la facture d’eau potable globale du foyer, le WC représentant à lui seul environ 20 % de la consommation d’un ménage, l’impact est instantané.

  • Le système de recyclage de douche en boucle courte : systèmes (déjà commercialisés) qui filtrent, stérilisent (UV) et réchauffent l’eau de la doucheen continu pendant son utilisation. Impact immédiat : Réduction de 80 à 90 % de l’eau et de l’énergie consommées lors d’une douche.
  • Optimisation des WC et toilettes sèches intégrées : WC à double chasse optimisée ou à lave-mains intégré : L’eau du lave-mains remplit directement le réservoir de la chasse.
  • Toilettes sèches d’intérieur modernes (à séparation de phase) : suppression pure et simple de 100 % de l’eau des WC. Encore marginales en milieu urbain dense, elles deviennent un standard de résilience en habitat individuel ou périurbain.

Récupération des eaux de pluie à la parcelle (Modèle « Cuve & Bâche »)

Système avec surpresseur : Cuves enterrées (5 000 à 10 000 L) couplées au réseau de la maison pour alimenter le jardin, les WC et le lave-linge. Obligation réglementaire (Urbanisme) : Généralisation dans les PLUi des quotas d’infiltration et de rétention d’eau à la parcelle (modèle de la « maison éponge »).

Modèles pour les agriculteurs : soutenabilité et transition hydraulique

L’agriculture représente plus de 50 % de la consommation d’eau en France en moyenne annuelle (et jusqu’à 80 % en été). Le modèle d’irrigation doit évoluer vers la sobriété de précision et le stockage soutenable.

Réutilisation des Eaux Usées Traitées (REUT Agricole)

Partenariat STEU-Agriculteurs : L’eau sortant de la station d’épuration communale subit une désinfection complémentaire (UV/Ozone) et est directement acheminée par canalisation vers les parcelles agricoles adjacentes.

Avantages :

  • Apport régulier d’eau, indépendant des précipitations.
  • Présence de nutriments naturels (azote, phosphore) réduisant le recours aux engrais chimiques.

Irrigation de précision & agrivoltaïsme

  • Goutte-à-goutte enterré : L’eau est apportée directement au niveau des racines sous la surface, annulant l’évaporation (gain de 30 % à 50 % d’eau par rapport à l’aspersion par canon).
  • Capteurs d’humidité du sol et météo connectée : Pilotage de l’irrigation au litre près en fonction des besoins réels de la plante. Agrivoltaïsme dynamique : Panneaux solaires orientables au-dessus des cultures fournissant de l’ombre lors des pics de chaleur, réduisant l’évapotranspiration des plantes de 20 à 30 %.

Le débat des « mégabassines » : Analyse technique et alternative soutenables

La question de capturer l’eau du ciel pour l’agriculture est au cœur des tensions de sécurité intérieure. Il convient de distinguer deux types de réserves.

Le modèle « mégabassines » (Réserves de substitution)

Principe : Grandes poches d’eau plastifiées hors-sol remplies en hiver par pompage direct dans les nappes phréatiques ou les cours d’eau pour être stockées et utilisées en été.

Limites techniques et sécuritaires :

  • Taux d’évaporation élevé : en été, les pertes par évaporation sur une grande surface d’eau stagnante et peu profonde peuvent atteindre 20 à 30 %. Altération de la qualité : Eutrophisation et développement de cyanobactéries dues au réchauffement de l’eau immobile.
  • Risque de conflit d’usage majeurs si la nappe ne se recharge pas correctement l’hiver (sécheresse hivernale), le pompage affaiblit le niveau de départ de la nappe pour l’ensemble du territoire.

Le modèle alternatif

Les « Retenues d’Étiage et de Ruissellement » (type Bangalore)

Pour éviter le piège des conflits d’usage, le modèle soutenable pour l’agriculture repose sur :

  • Captage exclusif des crues et du ruissellement de surface (Eau du ciel) : Ne jamais pomper dans la nappe phréatique, mais dériver uniquement le trop-plein des pluies hivernales extrêmes et du ruissellement.
  • Couverture et micro-retenues arborées : Privilégier un réseau de petites retenues collinaires intégrées dans le paysage, ombragées ou couvertes (panneaux photovoltaïques flottants pour stopper l’évaporation).
  • Agroforesterie et Restauration des sols (« Sols Éponges ») : La plus grande bassine d’eau reste le sol lui-même. La réimplantation de haies, de bandes enherbées et le non-labour permettent de multiplier par 4 la capacité de rétention d’eau des sols agricoles lors des pluies d’hiver.

SOURCES

Mer d’Aral :

  • cnes.fr

• Baisse du niveau d’étiage, pression sure le nucléaire et transport fluvial :

  • bilans RTE et analyses du BRGM

• Keres de Bangalore : courrier intrenational

Réutilisation des eaux usées :

  • eaufrance.fr
  • Plan Eau France
  • Office international de l’eau
referendum et presidentielle

Le référendum et la présidentielle

By Institutions

Entre discours politiques et réalité constitutionnelle

Par Raphael Piastra, maitre de Conférences en droit public des Universités

Au fur et à mesure que l’échéance de 2027 approche on voit fleurir un certain nombre d’inepties en matière institutionnelle. C’est particulièrement le cas sur le référendum. La plupart de celles et ceux qui en parlent sont à côté de la plaque. On peut surenchérir sur de Gaulle en disant : Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant : “L’Europe, l’Europe, l’Europe”, (ndlr : le référendum, le référendum, le réfrendum) mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien… ».

Que dit donc le texte de l’art. 11 C

Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux Assemblées, publiées au Journal Officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d’un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions.

Lorsque le référendum est organisé sur proposition du Gouvernement, celui-ci fait, devant chaque assemblée, une déclaration qui est suivie d’un débat.

Un référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa peut être organisé à l’initiative d’un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales. Cette initiative prend la forme d’une proposition de loi et ne peut avoir pour objet l’abrogation d’une disposition législative promulguée depuis moins d’un an.

Les conditions de sa présentation et celles dans lesquelles le Conseil constitutionnel contrôle le respect des dispositions de l’alinéa précédent sont déterminées par une loi organique.

Si la proposition de loi n’a pas été examinée par les deux assemblées dans un délai fixé par la loi organique, le Président de la République la soumet au référendum.

Lorsque la proposition de loi n’est pas adoptée par le peuple français, aucune nouvelle proposition de référendum portant sur le même sujet ne peut être présentée avant l’expiration d’un délai de deux ans suivant la date du scrutin.

Lorsque le référendum a conclu à l’adoption du projet ou de la proposition de loi, le Président de la République promulgue la loi dans les quinze jours qui suivent la proclamation des résultats de la consultation.

Ce qu’on appelle aussi le référendum législatif porte donc sur trois domaines exclusifs : l’organisation des pouvoirs publics, des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale ou des services publics qui y sont rattachés ou tendant à autoriser la ratification d’un traité pouvant influer sur la Constitution. On y reviendra car c’est là que se situe l’essentiel de l’inconséquence référendaire de certains de nos candidats à la fonction suprême.

L’initiative du référendum est théoriquement partagée entre le gouvernement et les présidents du Parlement. Mais en pratique (notamment présidentialiste) étant donné que c’est un pouvoir propre (dispensé de contreseing selon l’art. 19 C) l’initiative revient de facto au président. C’est un peu comme la dissolution. L’Elysée décide de recourir à ce pouvoir et « l’intendance suit » en quelque sorte.

Ce référendum constitue un contournement légal du Parlement. En effet le texte est soumis directement au peuple sans vote préalable des deux chambres, ou après une transmission sur proposition conjointe. La pratique référendaire a connu une évolution inattendue avec le général de Gaulle.

Dès 1962 un grand débat constitutionnel s’est fait jour sur l’art. 11 C à propos de son usage pour réviser la Constitution. En effet le général de Gaulle a décidé de l’utiliser pour réviser la Constitution et notamment son art 6 afin de consacrer l’élection du président au suffrage direct des électeurs. Ce fut une sorte de référendum constituant du troisième type. Cela a fait l’objet de débats houleux

notamment dans la classe politique mais aussi dans la doctrine juridique. Chacun vitupérait le procédé contraire à la procédure orthodoxe de révision prévue à l’article 89. Monnerville, président du Sénat et anti-gaulliste patenté, parla même de « forfaiture ». De Gaulle « était sûr de son coup » nous confiera Raymond Janot, un de ses conseillers institutionnels.

Qu’en est-il résulté ? Le référendum organisé le 28 octobre 1962, a approuvé à 62,2 % des suffrages exprimés l’élection du président de la République au suffrage universel direct. L’onction populaire a donc lavé le procédé, certes hétérodoxe, de tout soupçon. Au surplus il s’avère que, comme l’ont plaidé les éminents juristes du général (R. Capitant par ex) le président fait indénibalement et au premier chef partie de l’« organisation des pouvoirs publics » prévue dans le champ référendaire.

Et qui aujourd’hui pourrait raisonnablement penser revenir sur ce qui est certainement la révision majeure de la Vè République ?

Par la suite le référendum de 1969 se déroule dans la période post 1968 où une contestation du pouvoir gaulliste s’est faite jour. Le général, contre l’avis de certains de ses proches, se lance à la vérité dans un double référendum constituant là encore. Il propose d’abord la régionalisation (créer des régions dotées de compétences économiques et administratives) et ensuite une intéressante réforme du Sénat (fusion avec le CES). Il est incontestable que, là encore, on reste dans le domaine de l’art. 11. La régionalisation est une politique administrative et économique. La réforme Sénat/CES touche à l’organisation de pouvoirs publics. Une fois encore le procédé de l’art. 11 est très critiqué.

Le « non » l’a emporté avec 52,41 % des suffrages exprimés. Fidèle à son engagement, Charles de Gaulle a démissionné de ses fonctions présidentielles le 28 avril 1969. Là encore le vote populaire a, quelque part, validé mais de façon inversée le procédé. Avec ce référendum – plébiscite on peut souligner qu’« au fond mon père était élu par référendum » (amiral de Gaulle au colloque G. Pompidou, Aurillac, avril 1994).

Par la suite les présidents vont revenir à une logique plus parlementaire du référendum et le « déplébiscitariser » (Claude Emeri). A part sous Chirac en 2000 avec l’adoption inopportune du quinquennat, tous les référendums vont désormais porter sur le domaine européen. Les seuls présidents à n’en avoir pas fait sont VGE et E. Macron. Le premier a souvent répété qu’il « ne souhaitait pas faire des coups institutionnels ».

Alors que dit-on de délirant en cette veille de présidentielle ? Et bien qu’il faudrait faire un référendum sur l’immigration ou sur le voile. Voire d’autres sujets farfelus. Un étudiant de seconde année de droit comprend à la lecture du texte de l’art. 11 que c’est impossible. L’immigration est un sujet fourre-tout par excellence qui est à la fois économique, social, culturel, religieux,…. En l’état du droit il ne peut faire l’objet d’aucun référendum. Si l’on pose la question basique aux français « voulez-vous diminuer l’immigration ? » il y a de très fortes chances que, vu le contexte, ce soit un plébiscite du « oui ». Et après on ferait quoi ? De quelle immgration parle-t-on ? Soyons sérieux ! Quant au voile il ne rentre, non plus, dans aucune des cases de l’art. 11. N’en déplaise à M.Tanguy, une tenue vestimentaire, même faisant polémique, n’entre pas dans le domaine référendaire. Il est même pratiquement certain qu’une loi votée à cet effet, serait censurée par le CC. Evoquer cette thématique relève, en l’état actuel, de la pure démagogie. Ou d’une sorte de délire constitutionnel.

Ces politiques ont-ils dans leurs équipes des constitutionnalistes sérieux aptes à leur éviter de telles inepties ? On peut sérieusement en douter.

En revanche il est des sujets qui pourraient rentrer dans un champ référendaire renouvelé. Une réforme des retraites, la règle d’or budgétaire. Même une phase trois de la décentralisation. Loi de fin de vie aurait pu aussi (E. Macron y a pensé mais n’a pas eu le courage).

Pour ouvrir le champ des possibles de l’art. 11 à ces réformes sociétales, il y a l’art. 89. Cela signifie enclencher une révision qui élargirait le domaine du référendum aux dites réformes. Mitterrand l’a tenté en vain en 1984. En période de guerre scolaire ce n’était pas le moment il est vrai. Ce serait un plus indéniable. Une révision qui permettrait certainement de relancer le référendum lui-même.

Peut-être alors que, bien réfléchi et posé, un référendum sur un problème relatif à l’immigration notamment irrégulière pourrait s’imposer.

Alors qu’il a toujours fustigé les référendums gaulliens, à la fin de son dernier mandat Mitterrand a estimé que le référendum de l’art. 11 faisait désormais partie des moyens pour réviser la Constitution.

Il reste l’hypothèse du référendum d’initiative partagée (RIP). Introduit en 2008, il nécessite le soutien d’un dixième des électeurs et d’un cinquième des parlementaires, mais n’a encore jamais abouti, malgré plusieurs tentatives, à un vote national. Les conditions sont beaucoup trop spécieuses et alambiquées. Une invention de « petits hommes gris » très probablement. Peut-être pour éviter, justement, que ce référendum cher au peuple n’aboutisse ?!…

Mais rappelons-nous de ce que disait avec tant de justesse une grande figure de notre République et du féminisme (le vrai) : « Dans un référendum, les gens ne répondent jamais à la question qu’on leur pose. Ils donnent leur adhésion ou la refusent à celui qui la pose. » — Françoise Giroud

Éducation

La maîtrise de la langue : des politiques renforcées, une continuité des apprentissages encore insuffisamment assurée

By Enseignement

La Maîtrise de la langue dans le système éducatif français

Par A.G, adhérente au CRSI

Synthèse

La maîtrise de la langue constitue une condition générale de la réussite scolaire. Elle ne se réduit ni à la discipline « français », ni à la correction grammaticale : elle engage la compréhension orale et écrite, la lecture, l’écriture, le vocabulaire, la syntaxe, l’orthographe, la capacité à raisonner, à argumenter et à s’approprier les langages propres aux différentes disciplines.

Depuis une dizaine d’années, l’Éducation nationale a sensiblement renforcé les politiques consacrées aux savoirs fondamentaux. La priorité donnée au premier degré, les dédoublements en éducation prioritaire, les repères annuels, le Plan français (premier degré), la généralisation des évaluations nationales et, depuis 2025, le renouvellement progressif des programmes de français ont doté le système d’instruments plus nombreux et plus cohérents. Les nouveaux programmes des cycles 1 et 2 sont appliqués depuis la rentrée 2025 ; celui du cycle 3 l’est depuis 2025 en CM1 et en sixième et depuis la rentrée 2026 en CM2 ; le nouveau programme du cycle 4 entre en vigueur en cinquième en 2026, avant la quatrième en 2027 et la troisième en 2028.

Cette évolution prend en 2026 une dimension nouvelle. La circulaire de rentrée concentre l’action pédagogique sur deux apprentissages premiers, le langage et le raisonnement scientifique, et fait de l’acquisition du langage le « premier objectif pédagogique », dans toutes les disciplines. Elle insiste notamment sur la lecture, l’écriture complète, la diversification systématique du vocabulaire et la capacité croissante des élèves à élaborer une pensée complexe.

Les résultats ne justifient pas le constat indifférencié d’un effondrement du niveau. En élémentaire, les performances sont stables ou en hausse dans plusieurs domaines. En CM2, cependant, les écarts restent importants entre compréhension orale, fluence et maîtrise grammaticale : 74,7 % des élèves atteignent un niveau satisfaisant pour comprendre un texte à l’oral, mais 52,8 % seulement pour lire à voix haute et 46,8 % pour maîtriser l’accord du verbe conjugué. PIRLS 2021 situe par ailleurs les élèves français de CM1 en dessous de la moyenne européenne en compréhension de l’écrit.

À l’entrée en sixième, les évolutions depuis 2017 sont plutôt favorables : la proportion d’élèves appartenant aux groupes de performance les plus faibles en français est passée de 31,7 % à 28 % entre 2017 et 2025 ; en REP+, elle a diminué de 60,7 % à 54,5 %. Mais 15,1 % des élèves entrant en sixième lisent encore moins de 90 mots correctement par minute, niveau correspondant à l’attendu de fin de CE2, tandis que 61,1 % atteignent ou dépassent 120 mots par minute.

Le collège constitue dès lors le prochain niveau d’intensification de cette politique. Les difficultés langagières y changent de nature : à l’insuffisante automatisation de la lecture peuvent s’ajouter les difficultés de compréhension de l’implicite, l’insuffisance du vocabulaire abstrait, la faible endurance face aux textes, la difficulté à construire une information à partir de plusieurs documents et à produire un écrit autonome. L’IGÉSR avait identifié en 2022 des insuffisances de coordination, d’exploitation des évaluations et de traitement immédiat des difficultés. Les évaluations de 2025 renforcent cette alerte : si les résultats de sixième demeurent supérieurs à ceux de 2017, le score moyen de français en quatrième recule par rapport à 2023 et la proportion d’élèves dans les groupes les moins performants augmente.

À quinze ans, PISA 2022 situe la France près de la moyenne de l’OCDE en compréhension de l’écrit : 73 % des élèves atteignent au moins le niveau 2, contre 74 % dans l’OCDE, tandis que 7 % atteignent les niveaux 5 ou 6, exactement comme dans l’OCDE. Le problème français tient donc moins à la disparition de l’excellence qu’au poids des élèves insuffisamment lecteurs : 27 % se situent sous le niveau 2.

L’enjeu principal de la prochaine décennie n’est donc plus de multiplier les dispositifs. Il est d’assurer une continuité effective entre prescription, enseignement, évaluation, diagnostic, intervention pédagogique et réévaluation, de l’école maternelle à la fin du secondaire.

La présente note propose en conséquence de passer d’une politique des fondamentaux encore largement organisée par niveaux et dispositifs à une politique nationale de trajectoire linguistique de 3 à 18 ans. Cette politique devrait s’appuyer sur quatre leviers principaux : faire du collège le prochain niveau d’intensification de l’action ; structurer dans le second degré une formation pluriannuelle à la maîtrise du langage dans toutes les disciplines ; organiser la continuité des apprentissages lexicaux ; expérimenter et évaluer – notamment là où elles sont déjà mises en œuvre – les approches comparatives entre français, langues anciennes, langues vivantes et régionales.

Dans le contexte actuel, cette orientation ne suppose pas une nouvelle réforme structurelle. Elle suppose au contraire de donner cohérence, durée et effectivité à une priorité que l’École s’est désormais explicitement fixée : enseigner plus explicitement, faire pratiquer plus fréquemment, diagnostiquer plus précisément, remédier plus rapidement, former davantage les professeurs et mesurer les progrès.

I. La démocratisation scolaire a profondément transformé les conditions d’acquisition de la langue

A. Le secondaire s’est construit autour d’humanités longtemps réservées à une minorité

La comparaison historique invite à la prudence lorsqu’il est question du « niveau » scolaire. Le secondaire du XIXe siècle ne peut servir directement de référence au système contemporain : il était destiné à une fraction très minoritaire de la population.

Bruno Belhoste rappelle qu’à la fin du XIXe siècle les lycées et collèges de garçons accueillent à peine 3 % d’une classe d’âge. Leur recrutement se concentre principalement parmi les notables et les professions libérales ; les milieux populaires en sont largement exclus. L’enseignement classique est organisé autour des humanités gréco-latines et vise explicitement une culture générale destinée aux futures élites.

À côté de cette voie classique se développe un enseignement moderne, lui-même héritier de l’enseignement spécial créé sous Victor Duruy pour répondre notamment aux besoins des petites et moyennes bourgeoisies industrielles et commerciales. À la fin du XIXe siècle, il accueille environ 40 000 élèves mais conserve un statut inférieur à celui du cursus classique.

La réforme de 1902 constitue à cet égard un tournant : elle réalise formellement l’unité de l’enseignement secondaire et affirme l’égalité des études classiques et modernes. Elle maintient néanmoins, dans le premier cycle, une section avec langues anciennes et une section sans langues anciennes.

Cette chronologie importe pour la maîtrise de la langue : l’enseignement du français ne s’est pas construit isolément. Il s’inscrivait dans un ensemble d’humanités où français, grammaire, rhétorique et langues anciennes entretenaient des relations étroites.

B. L’absence de latin a longtemps donné lieu à une compensation en français

Le rapport de l’IGÉSR État de la discipline : l’enseignement des lettres rappelle qu’avant la création du CAPES de lettres modernes en 1952 les cours de lettres étaient assurés par des professeurs que l’on qualifierait aujourd’hui de lettres classiques. Une partie des apprentissages grammaticaux et rhétoriques s’effectuait par circulation entre français et langues anciennes. Les élèves non latinistes bénéficiaient de deux heures hebdomadaires supplémentaires, selon une logique de compensation.

Le système scolaire reconnaissait ainsi que des cursus linguistiques différents pouvaient appeler une différenciation du temps consacré au français.

Il ne saurait en être déduit que le modèle ancien devrait être restauré. L’enseignement secondaire auquel il appartenait était socialement sélectif et profondément différent du collège contemporain. Il établit néanmoins un fait historique utile : la question du temps d’exposition à la langue et celle de la complémentarité entre français et langues anciennes ont longtemps été pensées conjointement.

C. La massification a changé simultanément le public, les finalités et les conditions de l’enseignement du français

La généralisation progressive de l’accès au secondaire au cours du XXe siècle constitue une réussite démocratique majeure. Elle a fait entrer au collège des populations qui, auparavant, n’accédaient pas à la culture secondaire.

Elle a donc modifié la fonction même de l’École. Une institution qui pouvait compter, pour une partie de son ancien public, sur une forte proximité familiale avec la culture écrite doit désormais garantir elle-même à tous l’acquisition de la langue scolaire élaborée.

Cette démocratisation s’est accompagnée d’une recomposition des horaires, des disciplines et des pratiques pédagogiques. Les comparaisons historiques doivent rester rigoureuses : les heures de français d’époques différentes ne recouvrent ni exactement les mêmes programmes ni les mêmes modalités pédagogiques. Un jalon réglementaire permet néanmoins d’éclairer cette évolution : en 1945, l’organisation horaire traduit encore la différenciation entre cursus : en sixième, le cursus classique comporte 4 heures à 4,5 heures hebdomadaires de français auxquelles s’ajoute l’étude de langues anciennes, tandis que le cursus moderne, sans langues anciennes, porte l’horaire de français à 6 heures hebdomadaires. En 2002, l’horaire de sixième était fixé à « 4 + 0,5 ou 5 » heures de français, la demi-heure pouvant être dispensée en groupe à effectif allégé ; l’horaire réglementaire actuel est de 4,5 heures hebdomadaires.

L’enjeu n’est donc pas de conclure mécaniquement que la réduction d’un horaire expliquerait les performances contemporaines. Il est de constater une tension structurelle : la démocratisation a considérablement accru la responsabilité linguistique de l’École, tandis que le temps spécifiquement dévolu au français et les modalités de son enseignement ont été profondément recomposés.

Cette évolution conduit à déplacer la question : plutôt que de comparer de manière abstraite les générations, il convient de déterminer si l’organisation actuelle donne à chaque élève le temps, l’intensité pédagogique et l’accompagnement nécessaires pour acquérir la langue dont dépendent tous ses apprentissages.

II. Des progrès au début de la scolarité qui ne suffisent pas à prévenir la constitution de difficultés durables

A. Le premier degré présente des résultats contrastés plutôt qu’une dégradation uniforme

Les évaluations de la DEPP ne permettent pas de conclure à une baisse générale et continue des performances.

Entre 2019 et 2024, les résultats des élèves de CP sont stables ou en hausse selon les compétences. Ceux des CE1 sont davantage contrastés : ils diminuent notamment pour l’écriture de mots dictés et la compréhension autonome d’un texte.

Les évaluations de CM2 font surtout apparaître une forte différence entre compréhension orale et maîtrise autonome de l’écrit. En 2024, 74,7 % des élèves atteignent un niveau satisfaisant pour comprendre des textes à l’oral, contre 52,8 % pour lire à voix haute et 46,8 % pour maîtriser l’accord du verbe conjugué. La DEPP identifie ainsi l’orthographe grammaticale, la grammaire et la fluence parmi les domaines les moins bien maîtrisés.

PIRLS 2021 complète ce constat. Les performances des élèves français de CM1 sont stables par rapport à 2011 et 2016, mais demeurent inférieures à la moyenne européenne.

Le diagnostic est donc double : les résultats du premier degré progressent dans certaines compétences ; ils ne garantissent cependant pas encore à tous une autonomie suffisante face à l’écrit.

B. L’entrée en sixième associe une amélioration de long terme à la persistance d’un noyau important d’élèves fragiles

Les évaluations de début de sixième constituent l’un des indicateurs les plus utiles pour apprécier l’état de la maîtrise de la langue au terme de l’école primaire.

Entre 2017 et 2025, la proportion d’élèves appartenant aux deux groupes les moins performants en français a diminué de 31,7 % à 28 %. La progression est particulièrement sensible en REP+, où cette proportion passe de 60,7 % à 54,5 %.

Ces résultats attestent un progrès réel. Ils montrent aussi son ampleur encore insuffisante.

La mesure de la fluence est particulièrement éclairante. En 2025, 61,1 % des élèves entrant en sixième lisent au moins 120 mots correctement par minute, contre 60,6 % en 2024. Mais 15,1 % restent sous 90 mots par minute, attendu de fin de CE2.

Un élève sur six environ entre donc au collège avec une automatisation de la lecture très éloignée des exigences du niveau. Ce résultat ne permet pas de qualifier ces élèves d’illettrés : l’ANLCI (Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme) réserve cette notion aux personnes de plus de seize ans ayant été scolarisées mais ne parvenant pas à lire et comprendre un texte de la vie quotidienne ou à écrire une information simple. Il signale en revanche un risque majeur pour l’accès aux apprentissages lorsque lire devient non plus seulement un objet d’apprentissage mais le moyen ordinaire d’apprendre.

C. Le collège constitue le principal point de vigilance pour la prochaine décennie

Au collège, les difficultés langagières changent en partie de nature à mesure que les exigences scolaires se transforment. En effet, les textes deviennent plus nombreux, plus longs, plus abstraits et plus composites.

Les élèves doivent simultanément lire, sélectionner des informations, comprendre des implicites, mobiliser des connaissances antérieures, maîtriser des vocabulaires spécialisés et produire des discours propres à chaque discipline.

La mission prospective de l’IGÉSR sur l’illettrisme souligne précisément la nécessité de reconnaître les formes spécifiques que prennent les difficultés au cours de la scolarité. Elle appelle à « détecter et tester finement », à identifier la difficulté, à y remédier immédiatement puis à assurer un suivi. Elle place également la formation des acteurs et la coordination du pilotage parmi les conditions déterminantes d’une action efficace.

L’annexe présentée dans le rapport de cette mission prospective, consacrée aux équipes mobiles pour la maîtrise de la langue de l’académie de Créteil illustre la nature des difficultés rencontrées dans le second degré : compréhension globale des textes, construction d’informations à partir d’indices implicites et rédaction. Ces équipes interviennent auprès de l’ensemble des enseignants des collèges et lycées concernés, selon une logique d’établissement.

Les résultats nationaux de 2025 justifient cette attention. En sixième, les performances restent supérieures à celles observées en 2017. Mais, en quatrième, le score moyen en français recule par rapport à 2023 et la proportion d’élèves appartenant aux groupes les moins performants augmente.

Le collège apparaît ainsi moins comme une « rupture » démontrée que comme le niveau auquel le système peine encore à réduire les difficultés alors que les exigences langagières augmentent fortement.

D. À quinze ans, la difficulté française tient principalement au poids des lecteurs faibles

PISA 2022 permet de replacer ce constat dans une perspective internationale.

En France, 73 % des élèves de quinze ans atteignent au moins le niveau 2 en compréhension de l’écrit, contre 74 % dans l’ensemble de l’OCDE. À ce niveau, un élève peut notamment identifier l’idée principale d’un texte de longueur moyenne et retrouver une information selon des critères explicites mais parfois complexes.

Symétriquement, 27 % des élèves français se situent sous ce seuil, contre 26 % dans l’OCDE. À l’autre extrémité de la distribution, 7 % atteignent au moins le niveau 5, soit exactement la moyenne de l’OCDE.

La difficulté française ne se caractérise donc pas par une disparition des lecteurs excellents. Elle tient davantage à l’importance de la population qui ne maîtrise pas suffisamment l’écrit pour affronter avec assurance des tâches complexes.

III. Les politiques récentes ont construit des instruments cohérents, mais encore insuffisamment articulés

A. Le recentrage sur les fondamentaux a renforcé la prévention précoce

Les politiques conduites depuis la fin des années 2010 ont placé l’acquisition des savoirs fondamentaux au premier plan.

Le Plan français, lancé dans le premier degré à partir de 2019, constitue à cet égard une inflexion importante de la formation continue. Il repose sur des « constellations » de professeurs travaillant en petits groupes, au plus près des classes, sur un objet choisi à partir des besoins professionnels et des résultats des élèves, à raison de cinq journées de formation par année pour ces constellations.

Ce dispositif rompt avec une formation exclusivement descendante : observation des apprentissages, analyse didactique, coopération professionnelle et accompagnement sont associés.

Parallèlement, les évaluations nationales ont progressivement fourni au système une connaissance plus fine des acquis des élèves. Elles ne constituent pas en elles-mêmes une politique de remédiation, mais elles rendent possible une intervention mieux ciblée.

B. Les nouveaux programmes installent une progression plus explicite et réhabilitent la fréquence des pratiques de lecture, d’écriture et de langue

Le renouvellement des programmes engagé depuis 2024 forme désormais un continuum.

Les programmes des cycles 1 et 2, publiés en octobre 2024, sont entrés en vigueur en septembre 2025. Ils précisent davantage les contenus, démarches et attendus par niveau.

Le programme de cycle 3, publié en avril 2025, est applicable depuis 2025 en CM1 et en sixième et depuis 2026 en CM2. Sa structure distingue explicitement la fluence, la lecture expressive, la compréhension autonome et la capacité à lire des textes et documents pour apprendre dans toutes les disciplines.

Enfin, le programme de cycle 4 publié en mars 2026 entre progressivement en application : cinquième en 2026, quatrième en 2027 et troisième en 2028. Il prévoit notamment que les élèves écrivent à chaque séance, travaillent explicitement le brouillon et les écrits intermédiaires, et que leurs stratégies et leurs progrès en écriture fassent l’objet d’une évaluation régulière.

La période 2025-2028 constitue ainsi un nouveau cycle de prescriptions. Sa réussite dépendra toutefois moins de la seule qualité des programmes que de leur traduction dans les pratiques, de la formation et de la continuité entre niveaux.

C. Le système évalue désormais mieux qu’il ne remédie

L’accroissement des évaluations constitue une avancée à condition que l’information produite entraîne une action.

C’est précisément sur ce point que le diagnostic de l’IGÉSR demeure préoccupant. Sa mission prospective sur l’illettrisme recommande de tester scrupuleusement, identifier finement la difficulté et la traiter dans l’instant, puis de formaliser une prise en charge adéquate. Elle recommande simultanément de structurer le pilotage national et académique et de renforcer la formation et la culture commune des équipes.

Cette succession définit la chaîne qui devrait gouverner toute politique de maîtrise de la langue :

repérer → diagnostiquer → intervenir → suivre → réévaluer.

Or la disponibilité croissante de données ne garantit pas que cette chaîne soit systématiquement parcourue.

La priorité ne devrait donc plus être d’ajouter des tests à ceux qui existent, mais de garantir qu’une difficulté importante identifiée produise effectivement une intervention pédagogique, puis une mesure de ses effets.

D. La différenciation organisationnelle ne suffit pas à produire une différenciation pédagogique

La politique des groupes en français et mathématiques en sixième et cinquième illustre cette difficulté.

Après la généralisation des groupes en 2024 et leur poursuite en 2025, le cadre évolue à la rentrée 2026. L’« accompagnement pédagogique renforcé » permet désormais aux établissements d’adapter l’organisation des enseignements aux besoins des élèves et d’organiser, sur tout ou partie de l’horaire, des groupes à effectifs réduits et/ou constitués en fonction de besoins identifiés.

Cette évolution dans la politique de répartition des élèves au cœur des enseignements a toute sa pertinence si elle permet de recentrer la différenciation sur son objet pédagogique. Réduire un effectif ou regrouper des élèves ne constitue en effet qu’une condition d’action. L’efficacité dépend de ce qui est enseigné, de la précision du diagnostic, des gestes professionnels mobilisés, de la flexibilité des groupes et de l’évaluation des progrès.

Le ministère précise d’ailleurs que la composition des groupes doit être flexible et régulièrement réexaminée et qu’elle doit reposer sur des besoins portant sur des compétences précises.

IV. Faire de la maîtrise de la langue une responsabilité effective de toutes les disciplines

A. La langue est simultanément un moyen d’expression et un instrument d’apprentissage

La maîtrise de la langue ne peut relever du seul professeur de français. Comprendre un énoncé mathématique, formuler une hypothèse scientifique, décrire une transformation en histoire, interpréter une carte, justifier une réponse, comparer deux documents ou rendre compte d’une expérience mobilisent des opérations langagières.

Chaque discipline demande également la maîtrise de vocabulaires et de formes discursives propres : démontrer n’est pas raconter ; décrire n’est pas expliquer ; justifier n’est pas seulement donner une réponse.

Les nouveaux programmes renforcent cette attention aux compétences langagières ; la circulaire de rentrée 2026 lui donne une portée générale en faisant de l’acquisition du langage le « premier objectif pédagogique », dans toutes les disciplines.

Les ressources institutionnelles consacrées au lexique prennent acte de cette dimension. Lexique et culture, adossé au Programme national de formation (PNF) 2017, est conçu pour accompagner le travail sur les mots « dans différents enseignements », de l’école élémentaire au lycée ; les ressources destinées aux enseignements scientifiques soulignent notamment que la précision lexicale est nécessaire à la distinction des concepts et à l’expression du raisonnement.

B. La responsabilité collective suppose de former les professeurs aux langages de leur discipline

Déclarer que tous les professeurs sont en charge du développement de la maîtrise de la langue ne suffit pas. Une politique transversale ne doit pas conduire à demander au professeur de sciences, de mathématiques ou d’histoire de se substituer au professeur de français. Elle doit lui permettre d’identifier les obstacles langagiers propres aux apprentissages qu’il enseigne et de rendre explicites les opérations linguistiques nécessaires à leur maîtrise.

L’expérience des équipes mobiles de Créteil, citée dans le rapport de la mission prospective sur l’illettrisme est éclairante : l’intervention auprès des établissements vise précisément à faire prendre conscience du rôle de chaque enseignant et à développer le travail collectif autour de la compréhension et de l’écriture.

Des formations académiques expérimentent l’articulation systématique entre lecture, oral et écrit, avec des étayages progressivement retirés pour conduire chaque élève vers l’autonomie, quelle que soit sa typologie (à besoins particuliers ou non) ou celle de son établissement (enseignement général, professionnel ou adapté, en éducation prioritaire ou non). Ces documents constituent des illustrations de terrain et non une preuve nationale d’efficacité, mais ils montrent la nature des gestes professionnels susceptibles d’être travaillés collectivement.

Le contraste avec le premier degré est ici significatif : la maîtrise de la langue dans l’ensemble du second degré ne bénéficie pas aujourd’hui d’une architecture nationale de formation comparable à celle du Plan français dans le premier degré. Des expérimentations académiques en développent toutefois des déclinaisons, notamment en lien avec des laboratoires universitaires selon des démarches de recherche-action.

V. Le vocabulaire doit devenir un apprentissage cumulatif ; la comparaison des langues constitue un levier à mieux évaluer

A. Le vocabulaire doit devenir un objet cumulatif d’enseignement

L’étendue et la précision du lexique constituent des déterminants importants de la compréhension et de l’expression.

Les documents mis à disposition des enseignants et du grand public sur la plateforme ministérielle Éduscol rappellent qu’un bagage lexical progressivement étoffé est essentiel à la compréhension en lecture, à l’expression écrite et orale et à l’enrichissement culturel. Son acquisition suppose un travail « spécifique et régulier », associé à la lecture, l’écriture, la mise en voix, la mémorisation et le réemploi.

Cette approche invite à dépasser les listes ponctuelles de mots. Les ressources institutionnelles consacrées au lexique préconisaient déjà d’articuler :

  • l’accroissement quantitatif du lexique disponible ;
  • la structuration des familles de mots ;
  • la morphologie et les mécanismes de dérivation ;
  • l’étymologie lorsqu’elle éclaire le sens ;
  • la mémorisation et le réemploi ;
  • l’acquisition progressive des lexiques disciplinaires.

Le programme de cycle 4 prescrit désormais un travail lexical chaque semaine, en contexte de lecture, d’écriture et d’oral ; il demande un réemploi régulier dans de courts paragraphes et un travail récurrent sur la précision de la pensée et du propos. Il mentionne explicitement la morphologie, l’étymologie, les éléments latins et grecs et les emprunts aux langues étrangères.

Les ressources Lexique et culture fournissent déjà des outils fondés notamment sur les préfixes et suffixes latins ainsi que sur les préfixes numéraux latins et grecs. Elles montrent que l’étymologie peut être utilisée non comme érudition accessoire mais comme instrument d’analyse des mots.

B. Les langues anciennes sont institutionnellement reconnues comme un appui à la maîtrise du français

La circulaire ministérielle du 24 janvier 2018 affirme explicitement que l’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité peut apporter un « soutien précieux » à la maîtrise des savoirs fondamentaux de la langue française. Elle associe également les LCA à l’accès à une culture humaniste, notamment pour les élèves dont les acquis culturels sont les plus fragiles.

Cette orientation reste reprise dans la présentation actuelle des programmes du collège.

C. La comparaison entre langues offre un champ d’expérimentation prometteur qui doit être évalué

Plusieurs dispositifs ont développé une logique comparatiste, notamment des démarches français- latin-grec ainsi que des travaux plurilingues mobilisant les langues anciennes et les langues parlées ou apprises par les élèves. Le PNF de 2021 « Europe et langues anciennes » a notamment présenté des démarches comparatives allemand-latin-turc conduites en Allemagne. Ces retours d’expérience ne constituent pas en eux-mêmes une démonstration d’efficacité, mais ils justifient que de telles approches soient expérimentées à des échelles académiques et évaluées dans le contexte français pour en mesurer les effets.

L’enjeu est particulièrement intéressant pour les élèves qui disposent déjà d’un répertoire plurilingue : le rapprochement entre français, langues anciennes, langues vivantes et langues régionales peut transformer la diversité linguistique en objet explicite d’observation et de raisonnement.

VI. Pour 2027-2037, passer d’une politique de dispositifs à une politique de trajectoire linguistique

L’action conduite depuis une décennie a créé une grande partie des instruments nécessaires. La priorité devrait désormais être leur articulation effective sur le terrain.

Recommandation n° 1 – Définir une trajectoire nationale de maîtrise de la langue de 3 à 18 ans

Cette trajectoire identifierait, selon une progression adaptée aux différents âges, un nombre limité de compétences suivies dans la durée : vocabulaire oral, décodage, fluence, compréhension explicite et implicite, syntaxe, orthographe grammaticale, écriture autonome, oral structuré, lecture de documents composites et maîtrise progressive des discours disciplinaires.

Elle ne supposerait pas nécessairement de nouvelles évaluations. Elle devrait d’abord assurer la cohérence de celles qui existent et permettre de suivre les compétences déterminantes aux transitions entre école, collège et lycée.

L’objectif serait de substituer à une succession de photographies une trajectoire d’apprentissage.

Recommandation n° 2 – Garantir une intervention pédagogique après l’identification d’une difficulté sévère

Une difficulté importante repérée lors d’une évaluation devrait entraîner, dans un délai court, un diagnostic complémentaire, une intervention ciblée et une nouvelle mesure.

Cette proposition traduit directement la préconisation de l’IGÉSR : tester précisément, identifier la difficulté et « la traiter dans l’instant ».

L’enjeu est de faire de l’évaluation non une fin mais le premier acte d’une politique de traitement de la difficulté, ce qui demande d’accentuer la formation des enseignants dans ce domaine, dès la formation initiale et en formation continue tout au long du parcours professionnel, afin d’inscrire le processus d’évaluation dans une logique de parcours : repérer → diagnostiquer → intervenir → suivre → réévaluer.

Recommandation n° 3 – Faire du collège le prochain niveau d’intensification de la politique de maîtrise de la langue

La priorité donnée depuis plusieurs années à l’école primaire doit être maintenue. Le collège devrait constituer le prochain niveau d’intensification de cette politique.

Les données justifient cette intensification : 15,1 % des élèves entrent encore en sixième sous le seuil de 90 mots correctement lus par minute et, en quatrième, les résultats de français de 2025 se dégradent par rapport à 2023.

Les moyens supplémentaires devraient cibler les compétences effectivement déficitaires et être conditionnés à une stratégie pédagogique explicite plutôt qu’à une organisation unique des classes.

Recommandation n° 4 – Structurer dans le second degré un plan pluriannuel de formation à la maîtrise du langage dans toutes les disciplines

Sur le modèle des principes ayant inspiré le Plan français, ce plan organiserait une formation de proximité, collective et inscrite dans la durée.

Il ne viserait pas à transformer tous les enseignants en professeurs de français, mais à former chacun à la langue de sa discipline : lexique, compréhension des consignes et documents, oral, écrits intermédiaires, explicitation des raisonnements, production d’écrits disciplinaires.

L’établissement ou le réseau d’établissements constituerait l’échelle privilégiée de cette formation afin de permettre l’observation des élèves, l’analyse de productions réelles et la construction de pratiques communes.

Recommandation n° 5 – Organiser la continuité des apprentissages lexicaux de l’école au lycée

Les programmes devraient être accompagnés d’une progression explicite, dans l’objectif non d’établir des listes nationales exhaustives de mots, mais d’assurer que chaque élève apprenne progressivement comment les mots se construisent, s’organisent, se mémorisent et permettent de construire les concepts.

Recommandation n° 6 – Expérimenter et évaluer la comparaison raisonnée entre les langues

Un programme expérimental ciblant plusieurs académies pourrait intégrer, dans l’enseignement du français, des comparaisons régulières avec le latin, le grec, les langues vivantes et, selon les territoires, les langues régionales ou les autres langues maîtrisées par les élèves.

Les objectifs devraient être précisément définis : conscience morphologique, formation des mots, syntaxe, vocabulaire scientifique et abstrait, stratégies de compréhension.

L’expérimentation devrait comparer plusieurs modalités et faire l’objet d’une évaluation indépendante avant toute généralisation.

Cette démarche permettrait d’évaluer les effets d’approches dont les textes institutionnels reconnaissent l’intérêt pour la maîtrise du lexique, de la morphologie et plus largement de la langue française.

Recommandation n° 7 – Évaluer les politiques avant leur généralisation et publier leurs résultats

L’Éducation nationale devrait systématiser l’évaluation des principales innovations portant sur la maîtrise de la langue.

L’enjeu est autant pédagogique que budgétaire : une politique efficace doit permettre de déterminer non seulement si un dispositif améliore les résultats, mais pour quels élèves, sur quelles compétences, à quelles conditions et pour quel coût.

Cette exigence est cohérente avec la démarche promue par le CSEN et avec les recommandations de l’IGÉSR en faveur d’une action fondée sur un diagnostic précis, des pratiques informées par la recherche et un suivi des résultats.

Conclusion générale

La France ne souffre pas d’une absence de politiques en faveur de la maîtrise de la langue. Depuis une décennie, les savoirs fondamentaux ont retrouvé une place centrale ; les évaluations ont été étendues ; la formation du premier degré a été renouvelée ; les programmes sont progressivement reconstruits ; des modalités nouvelles d’accompagnement ont été expérimentées.

Les résultats invitent à écarter deux diagnostics également excessifs :

Le premier serait celui d’un effondrement uniforme : les performances progressent dans plusieurs domaines et la proportion des élèves les plus faibles en français à l’entrée en sixième a diminué depuis 2017.

Le second serait celui d’une politique ayant désormais résolu l’essentiel du problème : 15,1 % des élèves entrant en sixième n’atteignent toujours pas l’attendu de fluence de fin de CE2 ; les performances de quatrième se dégradent entre 2023 et 2025 ; à quinze ans, 27 % des élèves français restent sous le niveau 2 de PISA en compréhension de l’écrit.

Le principal défaut du système apparaît dès lors moins dans l’absence d’instruments que dans leur insuffisante continuité.

L’École mesure de mieux en mieux les difficultés. Elle doit désormais garantir qu’elles soient identifiées précisément, traitées rapidement, suivies dans le temps et prises en compte lors des transitions scolaires. L’IGÉSR formulait dès 2022 cette exigence sous la forme d’une chaîne simple : détecter, identifier, remédier et suivre.

Le collège constitue le prochain enjeu. L’amélioration des premiers apprentissages ne produira tous ses effets que si elle se prolonge dans un enseignement capable d’accompagner le changement de nature des exigences langagières : comprendre l’implicite, acquérir les lexiques abstraits, lire longtemps, confronter des documents, expliquer, justifier, démontrer et écrire de manière autonome.

Cette ambition impose également de dépasser une conception exclusivement disciplinaire de la maîtrise de la langue. Le professeur de français conserve une responsabilité spécifique et irremplaçable dans l’enseignement de la langue et de la littérature. Mais l’accès aux savoirs dépend aussi de la capacité de chaque discipline à enseigner explicitement ses mots, ses raisonnements et ses formes de discours.

Enfin, l’histoire du système scolaire invite à rouvrir la question du temps et de l’intensité de l’enseignement linguistique. Le secondaire ancien était réservé à une minorité et reposait largement sur les humanités ; lorsqu’il proposait un cursus sans latin, il avait même prévu une compensation en heures de français. La démocratisation a heureusement rendu ce modèle caduc. Elle n’a pas supprimé la question qui le sous-tendait : de quelle intensité d’enseignement linguistique chaque élève a-t-il besoin pour accéder réellement à la culture scolaire ?

L’usage croissant de l’intelligence artificielle par les élèves renforce encore cet enjeu. Plus l’accès aux productions automatisées devient facile, plus l’École doit garantir la capacité personnelle à lire, écrire, raisonner, vérifier et juger : la maîtrise du langage devient ainsi une condition de l’autonomie intellectuelle face aux outils numériques.

Les orientations de la rentrée 2026 et les nouveaux programmes ont désormais placé la maîtrise du langage au cœur des apprentissages, dans toutes les disciplines. Le défi de la décennie 2027-2037 n’est donc plus d’en faire reconnaître le principe, mais d’en assurer la continuité et l’effectivité : enseigner explicitement, pratiquer fréquemment, diagnostiquer précisément, remédier rapidement, former les professeurs et mesurer les progrès.

Faire de la langue le fil conducteur des apprentissages de 3 à 18 ans ne suppose ainsi pas une nouvelle réforme structurelle, mais de donner cohérence, durée et efficacité à une priorité que l’École s’est désormais explicitement fixée.

Sources

  • Ministère de l’Éducation nationale

  • Conseil scientifique de l’éducation nationale (CSEN)

  • Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP)

  • Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR)

  • OCDE

Liens complémentaires disponibles sur demande.

justice

Ceux dont on écrit le nom

By Sécurité/Justice

Les risques qui ne se voient pas

Par Daniel INGALA, adhérent du CRSI

Le 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a censuré des dispositions qui élargissaient la possibilité, pour certains agents de la police et de la gendarmerie nationales exerçant des fonctions de police judiciaire, de ne pas voir leurs nom et prénom figurer dans certains actes de procédure. Cette décision, qui rappelle les exigences constitutionnelles attachées aux droits de la défense, invite à poursuivre la réflexion sur les conditions dans lesquelles l’identité des enquêteurs peut être protégée dans les procédures les plus sensibles.

Il y a des risques qui ne se voient pas. Une menace reçue après une intervention, une information personnelle retrouvée sur internet, la crainte qu’un nom inscrit dans un dossier puisse un jour être utilisé à d’autres fins que celles de la justice. Pour ceux qui exercent des missions de police judiciaire, ces préoccupations peuvent devenir très concrètes lorsque les enquêtes concernent des réseaux criminels ou des personnes susceptibles de chercher à exercer des représailles.

Un nom inscrit dans un acte de procédure n’est jamais tout à fait une simple suite de lettres. Derrière lui, il y a un enquêteur, une fonction, parfois des années d’expérience, mais aussi une vie personnelle et des proches. Cela ne saurait évidemment justifier de soustraire l’enquêteur au contrôle de la justice. Cela conduit en revanche à poser une question simple : comment protéger ceux qui concourent à l’exercice de la justice lorsque leur identité elle-même peut devenir une vulnérabilité ?

Le 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a rendu sa décision n° 2026-915 DC concernant la loi du 18 août 2026 visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité des citoyens. Parmi les dispositions examinées figurait une modification de l’article 15-4 du code de procédure pénale destinée à simplifier les règles de pseudonymisation applicables aux agents de la police et de la gendarmerie nationales dans le cadre d’une procédure pénale.

Le dispositif adopté par le législateur permettait notamment à un agent de ne pas faire figurer ses nom et prénom dans certains actes lorsque leur révélation était susceptible de faire peser une menace sur sa vie, son intégrité physique ou celles de ses proches. Le Conseil constitutionnel a estimé que cette possibilité, en raison de son champ d’application et de ses modalités, pouvait soustraire au contradictoire des informations relatives aux conditions dans lesquelles certains éléments de preuve avaient été recueillis.

Le Conseil constitutionnel a donc considéré que le législateur n’avait pas assuré une conciliation équilibrée entre, d’une part, l’objectif de prévention des atteintes à l’ordre public et, d’autre part, le respect des droits de la défense. Il a en conséquence déclaré contraires à la Constitution les dispositions concernées de l’article 46 de la loi.

Le Conseil constitutionnel a fait son office. Ses décisions s’imposent et les garanties qu’il protège sont au cœur de notre État de droit. L’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 protège les droits de la défense et implique notamment que la personne mise en cause puisse contester les conditions dans lesquelles ont été recueillis les éléments de preuve qui fondent sa mise en cause.

Cette exigence ne rend pas pour autant la question de la protection des enquêteurs secondaire. L’article 15-4 du code de procédure pénale permet déjà, sous certaines conditions, à des agents de la police nationale et de la gendarmerie nationale de ne pas être identifiés par leurs nom et prénom dans certains actes de procédure. Le texte prévoit notamment une autorisation nominative et motivée, ainsi qu’un accès des juridictions d’instruction ou de jugement à l’identité de l’agent.

D’autres dispositifs spécifiques existent également. En matière de terrorisme, certains officiers et agents de police judiciaire peuvent, sous les conditions prévues par la loi, s’identifier par leur numéro d’immatriculation administrative. Le code prévoit aussi des mécanismes de protection de l’identité de certains témoins exposés à des risques graves.

La question posée par la décision du Conseil constitutionnel est donc moins celle de savoir s’il faut protéger les enquêteurs que celle de déterminer jusqu’où cette protection peut aller sans porter atteinte aux droits de la défense.

Cette ligne de crête n’est pas théorique. Elle concerne des femmes et des hommes qui, au terme d’une enquête, apposent leur signature au bas d’un procès-verbal et reprennent ensuite le cours ordinaire de leur vie. Dans les affaires les plus sensibles, ils peuvent pourtant savoir que ce nom, désormais inscrit dans une procédure, est susceptible de sortir du cadre dans lequel il a été écrit.

La difficulté consiste désormais à déterminer si un dispositif plus précisément ciblé et davantage encadré pourrait permettre de répondre à ces deux exigences.

Plusieurs mécanismes existent déjà dans le droit français : recours à un numéro d’immatriculation administrative dans certaines procédures, accès de l’identité aux magistrats, ou encore dispositifs de protection de témoins exposés à des risques graves.

Ces mécanismes montrent qu’il est possible de protéger certaines identités tout en maintenant des garanties judiciaires. La question est de savoir comment les articuler, dans le respect de la jurisprudence constitutionnelle, pour les enquêteurs confrontés aux situations les plus sensibles.

La décision du 14 août ne dispense donc pas le législateur de poursuivre sa réflexion. Elle fixe au contraire un cadre : la protection des agents ne peut être conçue au détriment des droits de la défense.

Il appartient désormais au Parlement, s’il estime nécessaire de faire évoluer le droit, de rechercher un dispositif suffisamment précis quant aux personnes concernées, aux situations dans lesquelles il pourrait être utilisé et aux conditions dans lesquelles l’identité d’un agent pourrait, lorsque cela est nécessaire à l’exercice des droits de la défense, être portée à la connaissance des parties.

Protéger les enquêteurs et respecter le contradictoire ne devraient pas être envisagés comme deux exigences incompatibles. L’enjeu est précisément de déterminer les garanties permettant de préserver l’une sans affaiblir l’autre. Derrière cette recherche d’équilibre juridique, il y a une réalité très simple : l’État de droit doit pouvoir protéger ceux qui le font vivre sans jamais renoncer aux garanties qui le fondent.

Dans une démocratie, protéger ceux qui concourent à l’exercice de la justice ne signifie pas les soustraire au contrôle de la justice. De la même manière, garantir les droits de la défense ne devrait pas conduire à ignorer les risques auxquels certains enquêteurs peuvent être exposés.

La décision du Conseil constitutionnel rappelle une exigence juridique. Elle laisse aussi ouverte une question de politique publique : comment construire un dispositif suffisamment protecteur pour les agents et leurs proches, tout en garantissant pleinement les droits des personnes mises en cause ?

Il appartient désormais au législateur de rechercher cette réponse. Avec précision, avec prudence, et avec le souci de ne jamais opposer la protection de ceux qui enquêtent aux droits de ceux qui sont jugés.

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Ma pension de retraite, otage d’un système malade ?

By Economie

Analyse des fragilités structurelles du système français de retraite par répartition

Par Ghislaine Rouviere, membre de la commission Économie

Cette contribution analyse les fragilités structurelles du système français de retraite par répartition à partir d’un double constat : la baisse sensible du niveau de vie observée lors du passage à la retraite et la dégradation de l’équilibre financier du régime de base.

L’auteur montre que la soutenabilité du système dépend principalement de facteurs démographiques et économiques tels que le ratio actifs/retraités, le taux de fécondité, l’espérance de vie, l’emploi, le niveau des cotisations et la croissance économique. Dans ce contexte, le régime de base affiche un déficit de 5,1 milliards d’euros en 2025 pour 422 milliards d’euros de dépenses, tandis que le vieillissement de la population accentue les tensions de financement.

L’analyse souligne toutefois que cette situation doit être nuancée par l’existence de réserves importantes au sein des régimes complémentaires, des fonds de réserve pour les retraites et des dispositifs d’épargne retraite. Selon l’auteur, les difficultés actuelles tiennent autant aux évolutions démographiques qu’à la complexité croissante d’un système devenu coûteux à administrer et insuffisamment lisible pour les citoyens.

Afin d’en assurer la pérennité, l’analyse propose une stratégie reposant sur trois leviers complémentaires : une augmentation de l’activité et de l’emploi des seniors, un renforcement de l’épargne de long terme destinée à préparer la retraite et une réforme institutionnelle visant à simplifier les règles, rapprocher les régimes public et privé et améliorer la gouvernance du système. L’auteur défend ainsi une approche combinant travail, épargne et réforme plutôt qu’un ajustement reposant sur un levier unique.

Enfin, il est avancé que la mobilisation des réserves existantes, l’augmentation des recettes liées au travail et les effets favorables attendus sur la croissance et les recettes fiscales pourraient contribuer au financement de ces évolutions. L’objectif poursuivi est de renforcer simultanément la soutenabilité financière du système et la responsabilité individuelle dans la préparation de la retraite.

Axe majeur du financement déficitaire des retraites, le système par répartition est vulnérable aux fluctuations économiques et démographiques. Décider de geler la revalorisation des pensions de retraite, déjà synonyme de baisse automatique des revenus, est-elle la seule mesure garante de l’équilibre financier du système ?

DIAGNOSTIC :

UN 1ER CONSTAT : BAISSE AUTOMATIQUE DU NIVEAU DE VIE DES RETRAITES

« J’ai travaillé, longtemps. J’ai accepté de verser une partie de mon salaire à mes aînés qui jouissaient d’une juste retraite que l’ensemble des actifs considérait comme méritée. Par la liberté de temps retrouvé, je pensais savourer sereinement ma retraite. J’ai appris assez tard dans ma carrière que ma pension de retraite m’imposerait une baisse de mon niveau de vie : en moyenne 43,4 % de mon dernier salaire Brut (OCDE) et jusqu’à 50 % pour les cadres ou travailleurs indépendants (Rapport juin 2026 Conseil d’Orientation des Retraites COR). Jeune retraité, j’apprends que le système en déficit croissant ne répond plus aux réalités économiques et démographiques. Les règles doivent changer de gré ou de force ».

Et pourtant, j’ai été, je suis, et je resterai une particule élémentaire de ce Système. Je suis une de ses incarnations : chacun des acteurs, actifs ou retraités, détient une légitime place dans ce système qui fait lui -même, partie intégrante de la Nation française. Cessons d’opposer le citoyen au « système » car des solutions existent.

Quelques chiffres :

« J’ai 62 ans et j’appartiens aux 17,9 millions de retraités, 1/4 de la population française (de 15 à 64 ans), qui perçoivent leur pension grâce au 31, 4 millions d’actifs, 74,4 % de la population actuelle qui cotisent pour eux jusqu’à plus de 19,09 % de leur salaire brut, quand leur patron cotise jusqu’à plus de 28 % du brut (Taux maximal selon l’OCDE).

Par le système par répartition, 1,8 actifs financent ma pension versée par le régime de Base CNAV et par les régimes complémentaires (Type Agirc -Arcco, Ircantec…) A partir de mes 55 ans, j’ai accédé à mon « Relevé de Carrière » regroupant sur l’ensemble des années d’activité professionnelle, le nombre de trimestres travaillés. (172 pour un taux plein à 67 ans. Système de décote/sur côte calculée à partie de 62 ans)).

C’est seulement 6 mois avant la liquidation de ma retraite que j’ai pu avoir une idée fiable du montant de ma pension. :1705 euros mensuels bruts en moyenne (1500 privés, 2300 fonction publique. Source Drees). (SMIC à 1867 euros mensuels bruts pour un temps plein de 35h) soit 1557 euros mensuels nets, après la retenue de 6 à 9 % (CSG, CRDS, CASA) (SMIC net à 1478 euros mensuels).

Ces moyennes cachent de très grandes diversités. Les pensions directes les plus modestes peuvent faire l’objet d’allocations complémentaires (Minimum vieillesse avec l’Aspa, Asi, Apl) versées par la CNAV ou la CAF.

CONSTAT N°2 : DERRIERE UN DEFICIT CROISSANT DU REGIME DE BASE, DES BENEFICES ET UNE EPARGNE SALARIALE COLLECTIVE RECORD !

En 2025, la Branche Retraite de l’Assurance Sociale affiche un déficit de 5,1 milliards d’euros (Régime de base) soit0,2 % du PIB. (COR Juin 2026)

  • Côté dépenses : 422 milliards d’euros sont versés, 14,1 % du PIB, et 24,3 % de l’ensemble des dépenses publiques (derrière l’Italie, et 6ième place dépense par habitant, des pays suivis par le COR).
  • Côté recettes : Sur les 417 milliards d’euros collectés, 2/3 sont financés par les cotisations patronales et salariales obligatoires, le 1/3 restant représente les contributions types CSG, CRDS, CASA, et les subventions publiques.

La réalité financière et comptable recouvre de grandes diversités (Disparités des régimes Public /Privé, âge de départ carrière longue, spécificités des régimes spéciaux …) en alourdissant les coûts de la gestion administrative. La Cour des comptes nous rappelle que Mr Bayrou, lors de son discours de présentation de Politique Générale de 1er Ministre, a alerté sur un déficit de plus de 50 Milliards d’euros (explicable, entre autres, par l’anomalie sur le taux de cotisation de l’Etat-Employeur : les traitements des fonctionnaires actifs comptabilisés avec les pensions des anciens fonctionnaires dans le budget global du ministère …).

L’horizon s’éclaircit pourtant du côté des régimes complémentaires obligatoires et des Fonds de Réserves. La gestion vertueuse par le régime complémentaire obligatoire AGIRC ARRCO des 91,2 Milliards d’euros, permet de dégager un bénéfice annuel de + 1,4 milliards ; L’intérêt financier de cet l’excédent bascule à son tour dans ses réserves. Les 100 milliards annuels de prestations distribuées par l’Agirc-Arrco sont de réels amortisseurs de crise et une garantie démographique assurant un autofinancement sur les 40 prochaines années.

Créé par en 2001, les FFR, fonds de réserve pour la retraite, ont vocation à constituer des réserves pour la pérennité du régime de retraites notamment par l’effet de lissage du choc financier du papy-boom. Ces établissements publics administratifs, affichent un actif de 20, 7 milliards d’euros, avec +9 % de la valeur du portefeuille en 2025. Ils ont versé jusqu’en 2023, 1,45 milliards à la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale).

Les Fonds « Fillon », PER Plan d’épargne retraite, selon le Ministère de l’Economie, ont un encours de 150,4 Milliards d’euros en 2025 et concernent 12,9 millions de Français bénéficiant des avantages de la retraite par capitalisation. Selon l’AFG (Association Française de la Gestion Financière) le système d’Epargne Salariale Collective a atteint un encours record de 230 Milliards d’euros en 2025 alimentant les comptes de 13,2 Millions de salariés sur leur plan PEE, PERECO, PAV. 76 % de ces encours sont des actions et obligations qui contribuent pour 57 % au financement de l’économie française (Club Du Patrimoine).

LES CAUSES DE LA BAISSE AUTOMATIQUE DU NIVEAU DE VIE DU RETRAITE ET DU DEFICIT DU REGIME DE BASE DES RETRAITES

Les courbes inversées des facteurs d’équilibre du financement des retraites. Basé sur la solidarité intergénérationnelle, l’équilibre de ce système actuel par répartition est contraint, d’une part, par :

– le nombre d’actifs cotisants et l’assiette des cotisations et les règles d’attributions des pensions

– la baisse du ratio d’actifs /retraités 6 en 1945 1,8 en 2026

– la baisse du taux de fécondité 1,56 (Insee) 2026 estimé 1,4 en 2028

– l’augmentation de l’espérance de vie 85,9 ans femme 80,4 ans homme

– le taux d’activité

– le taux de chômage 8 % (3,3 millions France Travail trimestres validés sans cotisations Retraite)

– les montants et des taux de cotisations obligatoires, subventions et taxes diverses dédiées.

– l’âge légal de départ à la retraite.

– la pyramide des âges (surcroît de retraités Boomers)

– le PIB

Mais aussi par ses capacités intrinsèques à anticiper, intégrer, et amortir les fluctuations multifactorielles associées. Depuis 1945, l’ensemble des lois visant à corriger les déficits ont complexifié le fonctionnement et la gestion du système gagné par une lourdeur administrative coûteuse pour l’ensemble des parties, salariales, patronales et services de l’État. Simplification, rationalité, fluidité et lisibilité bénéficieraient à tous !

LES ENJEUX : « MICRO & MACROECONOMIE EN MIROIR, OU LA CONVERGENCE D’INTERETS CITOYEN & SYSTEME. »

1/ Rééquilibrer le système des Retraites pour éloigner la perspective de baisse les pensions de base. Contredire les prévisions du COR : le déficit sera stable jusqu’en 2045, il pourrait atteindre 15 milliards en 2035, 30 milliards d’euros en 2070 (Prévisions de la Cour des comptes).

2/ En réduisant le déficit du financement de la Retraite, participer à la réduction de la dette de l’État Français.

3 / Proposer à l’actif, futur retraité, de s’approprier son pouvoir décisionnaire de gestion de son épargne et de son patrimoine bien en amont des années de liquidation de sa retraite. Prise de conscience que le système des retraites n’est pas l’ennemi qui dévalue son niveau de vie mais un partenaire nécessaire et non suffisant. Par la réconciliation « J‘appartient au système comme il m’appartient ! », le futur retraité reste acteur et non plus assisté passif. Il s’agit de changer d’état d’esprit et de prendre en mains son futur destin de retraité dès le début de sa carrière !

LES SOLUTIONS : TRAVAIL/ EPARGNE/ RETRAITE, LE TRIO GAGNANT !

1/ AU TRAVAIL ! (NB : ceux qui le peuvent bien sûr ! Retraites malades, invalides, handicapés feront l’objet d’une étude distincte)

– Dans le Privé : Sur la base du volontariat 39 heures hebdomadaires

– Dans le Public : 35 heures eHectives

– Liquidation de la retraite non obligatoire à l’âge légal : « Laisser moi travailler plus vieux si je le veux !! »

– Déplafonnement cumul emploi-retraite Tout le monde y gagne si le retraité gagne plus que le montant de sa pension de retraite !

2 / EPARGNE

– Création d’un LIVRET RETRAITE à taux garanti (par ex 2fois celui du Livret A) si versement de 5 % du revenu mensuel brut d’activité sur une période de 10 ans renouvelable (74 euros pour Smic/ 54 053 euros placés à 2 % sur 40 ans)

– A moyen et long terme et en partenariat avec les ministères concernés (Logement et habitat, Finances) : Incitation fiscale autour des solutions immobilières patrimoniales de VENTE intergénérationnelle en nu- propriété, viager, Prêt Viager hypothécaire (PVH)

70 % des retraités, selon le syndicat UNSA, sont propriétaires de leur logement et voient leur budget mensuel grevé par l’entretien et le coût fiscal de son patrimoine.

Le PVH est un prêt garanti par une hypothèque sur le bien d’habitation : aucun remboursement pendant la vie de l’emprunteur. Le capital et les intérêts sont remboursés au décès ou à la vente du bien.

3/ LE SYSTEME DES RETRAITES

Ajustements des règles financières :

– Réserver les pensions aux seuls cotisants, c’est assurer l’égalité des droits !

– Validation des trimestres des chômeurs adossée aux cotisations retraite.

– Immigration contrôlée réservée aux émigrés actifs et cotisants

– Renforcement strict du contrôle des certificats de vie des retraités à l’étranger

– Relance de la Politique familiale pour favoriser l’augmentation du taux de natalité.

– Simplification : système unifié Public/ Privé, Etat employeur en ligne budgétaire spéciale dans le budget ministériel pour une lisibilité et transparence de la dette publique.

– Calquer la gestion du régime de base sur celle de AGIRC ARRCO Principe du régime par Point : flexible en fonction de l’équilibre, Annualité de la souplesse garantie de stabilité.

– Audier les Fonds de prévoyance, Fonds d’investissements et Etablissements publics et recentrer leur marge sur l’objet initial : l’équilibre des comptes par la redistribution et non par la capitalisation. (FFR la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale, Investissements de la Caisse Dépôts et Consignations dans des organismes privés commerciaux (Qualium, filiale d’investissement de la CDC Capital Investissement au capital des Bijouteries HISTOIRE D’Or en 2006 (Agefi.com)).

LE FINANCEMENT DE CES MESURES

COÛTS :

1/ Rémunération de taux garanti du Livret Retraite (2 x taux livret A) mais capital bloqué, corrélé à un transfert de l’Epargne Livret A vers ce nouveau Livret. Pas de chiffre sans analyse financière sourcée mais coût maîtrisable.

2/ Incitations fiscales autour des formules de Cession immobilière transgénérationnelle. Pas de chiffre sans analyse financière sourcée mais coût maîtrisable.

3/ Part patronale des cotisations Retraite passage des 35 aux 39 heures de travail hebdomadaire (Donnée chiffrable)

RECETTES :

1/ Augmentation de la Redistribution des intérêts et Bénéfices

– sur les 20 ,7 Milliards des FFR : Pas de chiffre sans analyse financière sourcée mais coût maîtrisable. Tabler sur 2 ou 3 x les 1,45 milliards CADES = 3 à + de 4 Milliards ?

– sur les 230 milliards capitalisés sur les Fonds « Fillon » PER, PERECO, PAV. Pas de chiffre sans analyse financière sourcée mais coût maîtrisable.

– les 91,2 Milliards de l’Agirc- Arrco, soient 1,4 Milliards

– des Fonds d’investissements publics (Chiffrable)

2/ Augmentation mécanique des cotisations salariales Retraite par le passage des 35 à 39 heures hebdomadaires de travail Secteur privé.

3/ Relance de la consommation (Gain TVA), augmentation des rentrées fiscales : Impôts sur le revenu)

4/ Augmentation du PIB par création de richesse par l’augmentation de travail volontariat privé, et 35 heures effectives Public (Local et national) sans augmentation du traitement.

5/ Economie du montant des retraites versées sans cotisations antérieures des retraités étrangers plus que centenaires. (Chiffrable)

6/ Montant des cotisations retraite sur les indemnités chômage. (Chiffrable)

EN CONCLUSION

Derrière l’« Usine à gaz » du système des retraites, se cachent des réalités et perspectives économiques et financières qui permettent de rester optimiste quant à sa pérennité. En assumant de nécessaires et régulières mises à jour, notre « Logiciel Retraite » pourra continuer à nous servir ses pensions, gages d’un temps de repos mérité et serein.