Category

Santé

Solde démographique négatif

Solde démographique négatif

By Santé

France : la fin du modèle démographique

Par Florestan Tétaz, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

Contexte général : la réputation démographique de la France

Du XXe siècle et jusqu’aux années 2000, la France a la réputation d’être l’un des pays les plus féconds d’Europe, portée par le baby-boom (1946-1974) et un solde naturel structurellement excédentaire (plus de 300 000 par an dans les années 1960). 

Le taux de natalité, autour de 18-20‰ au début du siècle, décline progressivement mais reste longtemps supérieur à celui de ses voisins européens. 

À partir des années 2010, la différence entre les  naissances et les décès diminue continuellement : le solde naturel reste positif mais plonge de 251 000 en 2012 à seulement 17 619 en 2024.

 

Rapport de l’Insee 2025 – Solde naturel négatif 

– En 2025, 645 000 bébés sont nés, soit 2,1 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010. 

– L’indicateur conjoncturel de fécondité tombe à 1,56 enfant par femme, son niveau le plus faible depuis la fin de la Première Guerre mondiale. 

– 651 000 personnes sont décédées, en légère hausse, notamment en raison d’une épidémie de grippe hivernale meurtrière. 

– L’espérance de vie à la naissance progresse à 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes. 

Conséquence directe : le solde naturel devient négatif pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

Evolution sur les 5 dernières années 

Naissances : 

– Diminuent de 742 052 en 2021 à 645 000 en 2025. 

Décès : 

– Restent stables entre 661 585 en 2021, 639 269 en 2023 et 651 000 en 2025. 

Le solde naturel : 

– Diminue sur la période de +80 467 en 2021, +38 534 en 2023, +17 619 en 2024, puis -6 000 en 2025.

La bascule s’opère donc progressivement et est observable depuis plusieurs dizaines d’années.

Solde démographique de la France

Politiques publiques, objectifs et impacts 

Le 16 janvier 2024 est annoncé un plan de « réarmement démographique » reposant sur une réforme du congé parental (transformé en « congé de naissance ») et un plan de lutte contre l’infertilité, sans objectif chiffré officiel précis (pas de cible explicite de taux de fécondité ou de nombre de naissances annoncée). 

 

Décroissance naturelle compensée par l’immigration

Bien que le solde naturel soit désormais négatif (-6 000 en 2025), la population française continue de connaître une faible croissance (+0,25 % sur sur l’année 2025). 

Cet accroissement de la population représente 230 000 personnes supplémentaires en 2025, résultant d’un solde naturel négatif (-6 000) et d’un solde migratoire positif qui comble ce déficit.

 

Source : Article du 15/06/2026, La situation démographique en 2025 et en séries longues, État civil et estimations de population, Insee Résultats

accès aux soins CRSI 11

L’accès aux soins, pilier de résilience et d’attractivité des territoires

By Santé, Santé

– par les membres du CRSI de l’Aude (11)

Analyse prospective, régulation républicaine, innovations de rupture et enjeux d’intégration

Statut : Rapport Stratégique de Synthèse Révisé

Horizons : 5 ans (2031) & 10 ans (2036) 

1. L’accès aux soins : Facteur de résilience et atout territorial stratégique 

Loin d’être une simple variable d’ajustement budgétaire ou un centre de coûts, un système de santé local robuste constitue un actif immatériel et stratégique majeur pour tout territoire. 

  • Levier d’attractivité globale : La présence pérenne d’une offre de soins diversifiée s’impose comme un critère absolu pour l’implantation des familles, des actifs et des entreprises. C’est le socle de la rétention démographique et du dynamisme territorial. 
  • Facteur de résilience face aux crises : Un territoire doté d’un réseau de soins interconnecté (médecine de ville, hôpital de proximité, secteur médico-social) absorbe avec une flexibilité accrue les chocs sanitaires, épidémiques ou environnementaux. La résilience repose sur la capacité des acteurs locaux à faire réseau. 
  • Moteur de la vie socio-économique : Les métiers de la santé et du grand âge (notamment au sein de la « silver économie ») représentent un gisement d’emplois non délocalisables, structurant pour le tissu local.

2. État des lieux et nouveaux défis démographiques et sociétaux 

Le modèle sanitaire français fait face à une crise systémique de nature quantitative, caractérisée par une inadéquation flagrante entre l’offre et la demande de soins. 

Le choc du grand âge et les transitions neuropathologiques 

Les territoires ruraux et périurbains subissent de plein fouet un vieillissement accéléré de leur population. Ce phénomène s’accompagne d’une explosion des polypathologies complexes et, de manière plus critique, des pathologies neurologiques et neurodégénératives (maladies d’Alzheimer, de Parkinson et démences apparentées). Ces situations exigent un suivi au long cours, pluridisciplinaire et hautement coordonné. 

L’échec des politiques purement incitatives 

Les dispositifs d’incitation financière déployés depuis vingt ans démontrent leur inefficacité structurelle à endiguer la création de vastes zones sous-denses. Pendant que les zones sur-dotées saturent l’offre globale, les territoires défavorisés subissent une perte de chance majeure. 

Les limites de la télémédecine isolée 

La téléconsultation classique se heurte à deux obstacles majeurs sur le terrain : l’illectronisme (touchant particulièrement les seniors affectés par des troubles cognitifs) et l’impossibilité de réaliser un examen clinique physique, indispensable pour sécuriser les diagnostics complexes. 

L’intégration des flux migratoires et l’harmonisation européenne (UE) 

Les territoires font face à deux dynamiques de population exogènes majeures qui pèsent sur l’organisation des soins de premier recours et hospitaliers : 

  • La prise en charge des publics migrants : L’accès aux soins des personnes en situation de migration (bénéficiaires de l’AME ou de la PUMa) représente un défi éthique et opérationnel. Les barrières linguistiques, administratives et culturelles s’ajoutent à des profils de pathologies parfois complexes (traumatismes psychologiques, retards de prise en charge), saturant les services d’urgence et les PASS de proximité. 
  • La gestion de la patientèle d’origine UE (Ressortissants européens) : Les disparités dans la coordination des droits (Carte Européenne d’Assurance Maladie – CEAM) et l’absence d’harmonisation complète des dossiers médicaux partagés à l’échelle européenne freinent la fluidité des parcours de soins. Pour les territoires accueillant des résidents européens (notamment des retraités), cela génère une charge administrative lourde pour le suivi des maladies chroniques et la facturation transfrontalière.

 

3. Feuille de route à 5 ans : Régulation républicaine et innovation (Horizon 2031) 

Puisque le vivier de professionnels de santé demeurera quantitativement contraint à moyen terme, l’enjeu consiste à optimiser radicalement la répartition géographique et le temps médical disponible. 

L’obligation d’installation temporaire par l’autorisation préalable 

Le financement intégral et lourd des études de médecine par l’argent public et la collectivité fonde la légitimité démocratique d’un principe de juste réciprocité. À l’instar d’autres professions de santé (pharmaciens soumis à un quorum démographique strict, masseurs-kinésithérapeutes, infirmiers libéraux), la liberté d’installation des médecins doit être encadrée au nom de l’intérêt général. 

Mécanisme proposé : L’installation en exercice libéral dans une zone sur-dotée ou saturée est soumise à une autorisation préalable. En contrepartie du financement public de leur formation, les nouveaux diplômés reçoivent l’obligation de s’installer pour une durée minimale délimitée (ex: 3 à 5 ans) dans une zone sous-dense définie par les Agences Régionales de Santé (ARS). 

Le Médicobus connecté : Le bras armé de la télémédecine augmentée 

Pour dépasser les limites de la télémédecine fixe, le déploiement de véhicules sanitaires légers de type médicobus s’avère hélas incontournable. Le médicobus fait office d’antenne clinique mobile avancée. 

  • L’impact clinique : Opéré par un professionnel paramédical, il apporte l’examen clinique physique directement dans les communes isolées. 
  • L’apport technologique : Équipé d’outils de diagnostic connectés et d’une liaison satellite sécurisée, il permet la réalisation de téléconsultations augmentées. L’infirmier sur place réalise les gestes techniques sous la dictée, à distance, d’un médecin généraliste ou d’un spécialiste. 
  • Réponse aux barrières culturelles et linguistiques : Le médicobus connecté intègre des modules de **traduction simultanée médicale à distance** pour la prise en charge des populations migrantes ou des ressortissants de l’UE non francophones, garantissant la sécurité du diagnostic lors de l’examen. 

Analyse critique : Les MSP et les CPTS sont-elles l’alpha et l’oméga ? 

Les Maisons de Santé (MSP) et les CPTS constituent des avancées notables pour coordonner la ville. Néanmoins, ériger le concept de « guichet unique physique » en solution absolue pour les zones très défavorisées est une erreur d’appréciation. En milieu de grande précarité socio-économique — ou auprès de populations marginalisées et migrantes —, les guichets fixes s’avèrent peu efficients : ils absorbent une charge administrative chronophage au détriment du temps médical, et se heurtent au non-recours aux soins par crainte administrative ou manque de mobilité. L’efficience commande de préférer au guichet unique fixe une logique d’action mobile et proactive de « médiation en santé ».

 

4. Angle mort positif : Les innovations mondiales inexplorées en France 

Face à la pénurie quantitative de compétences, d’autres nations ont adopté des approches en rupture avec le dogme du cabinet médical traditionnel :

La Logistique par 

Drones Autonomes (Modèle : Rwanda / 

Ghana)

Utilisation de hubs de drones autonomes capables d’acheminer en moins de 30 minutes des intrants critiques (kits de diagnostic rapide, traitements d’urgence neurologique, vaccins) dans un rayon de 150 km. Maintient des dispensaires paramédicaux locaux sans exiger la présence physique constante d’un médecin.
Les Micro-Cliniques Modulaires 

(Modèle : Afrique du Sud / USA Ruraux)

Déploiement en 48h de structures cliniques en conteneurs haut de gamme, autonomes en énergie. Portées par des technologies de Point-of-Care Testing (POCT), elles sont opérées par des professionnels intermédiaires et intègrent nativement des protocoles multilingues d’accueil pour la patientèle internationale ou migrante.

 

Les Cliniques 

Virtuelles Intégrées (Modèle : Canada / 

Écosse)

Institutionnalisation d’un corps de médecins dédiés exclusivement à la clinique virtuelle à temps complet à l’échelle d’une région, totalement libérés des charges immobilières et administratives. Ils optimisent à 100 % le temps médical utile disponible au profit des territoires en tension.
Le Corps des 

« Physician 

Assistants » 

(Modèle : USA / 

Royaume-Uni)

Profession intermédiaire (Master en médecine clinique) habilitée à examiner, diagnostiquer les pathologies courantes, prescrire et interpréter sous la supervision générale — souvent distante — d’un médecin référent, démultipliant l’impact clinique d’un médecin référent sur un grand territoire.

 

5. Vision à 10 ans : Vers un modèle de santé distribuée et préventive (Horizon 2036) 

À long terme, la convergence des innovations technologiques matures et de la régulation territoriale stabilise le réseau sanitaire local. 

  • Pérennisation du vivier par rotation : L’application prévisible du mécanisme d’installation obligatoire garantit un flux constant de jeunes professionnels au sein des zones autrefois sous-denses, effaçant la notion de désert médical. 
  • Filières territoriales « Neuro-Seniors » et action proactive : Le modèle bascule d’une médecine curative passive à une démarche préventive active. Des outils d’intelligence artificielle analysent les données de marche, de parole ou de comportement collectées lors des passages du médicobus, permettant le repérage précoce du déclin cognitif. 
  • Harmonisation transfrontalière et interopérabilité UE : À 10 ans, l’aboutissement de l’Espace Européen des Données de Santé (EHDS) permet une interopérabilité totale des dossiers patients au sein de l’UE. Un médecin en zone rurale accède instantanément à l’historique clinique d’un ressortissant européen, fluidifiant le suivi des pathologies chroniques sans surcoût administratif. 
  • L’Hôpital « Hors les Murs » : L’Hospitalisation À Domicile (HAD) devient la norme pour les pathologies chroniques, grâce à une logistique distribuée (drones, micro-cliniques, professionnels intermédiaires mobiles).

 

En conclusion : La résilience sanitaire d’un territoire exige de rompre avec le conservatisme des structures fixes et de la liberté totale d’installation financée par des fonds publics. La solution réside dans une hybridation audacieuse entre la régulation républicaine, l’humain mobile (le médicobus) et la technologie distribuée. En intégrant de manière fluide et technologique les nouveaux visages de la démographie — des pathologies neurologiques du grand âge à l’accueil d’une patientèle migrante ou européenne —, le territoire transforme une vulnérabilité quantitative en un modèle d’attractivité, d’équité et de modernité sociale. 

 

[Logistique Flash / Drones] <───> [Clinicien Mobile / Médicobus + Traduction] <───> [Médecin Régulé / Télémédecine / Interopérabilité UE]

Trafic et usage de stupéfiants en France : tendances 2016-2024

By Santé, Sécurité/Justice

– par Claire-Marine GROS, chef de cabinet adjointe CRSI

Données issues du rapport Interstats Analyse n°78 – Déc. 2025

L’étude statistique conduite par le SSMSI dresse un panorama très documenté de l’évolution des infractions liées aux stupéfiants en France depuis 2016. Elle met en évidence une hausse continue des mis en cause, un poids écrasant du cannabis, et une progression spectaculaire de la cocaïne et des drogues de synthèse, bouleversant l’équilibre historique du marché illicite des drogues.

1. Un niveau d’interpellations historiquement élevé

Selon le rapport, 2024 marque un sommet dans les procédures enregistrées par police et gendarmerie :

  • 290 400 mis en cause pour usage, en hausse constante depuis 2016
  • 52 300 pour trafic, soit +6 %/an en moyenne depuis 2016
  • 68 % des usagers sanctionnés par AFD (196 400 personnes) suite à la réforme de 2020

Concrètement : 1 Français est interpellé pour usage de stupéfiants toutes les 2 minutes.

Le rapport souligne que cette augmentation s’inscrit dans un contexte d’usage en hausse depuis plus de 15 ans, notamment pour le cannabis mais aussi pour certaines drogues illicites émergentes .

2. Cannabis : socle du marché, massivement majoritaire

Le cannabis demeure la première drogue enregistrée dans l’ensemble des infractions.

  • 92 % des mis en cause pour usage
  • 78 % pour trafic
    plus de 300 000 personnes impliquées en 2024

Le rapport insiste sur la prépondérance de la résine, identifiée dans :

  • 87 % des cas pour trafic
  • 78 % pour usage

Une économie structurée, accessible, et portée par des profils très jeunes :
22 % des trafiquants sont mineurs – âge médian 21 ans.

3. Cocaïne : progression fulgurante et montée en puissance

L’étude note un changement majeur depuis 2016, avec une accélération du marché de la cocaïne.

  • Trafic : +176 % en 9 ans → presque triplé
  • 21 900 mis en cause trafic / 29 500 usage en 2024

La géographie du phénomène est marquée :
Guyane : 300 mis en cause pour trafic pour 100 000 habitants (≈1 pour 340 habitants) .

La cocaïne devient la deuxième drogue du marché, mais la première en dynamique.

4. Crack : niche numériquement, enjeu social et sécuritaire majeur

Le rapport distingue le crack du reste de la cocaïne, du fait de ses profils spécifiques et sa localisation extrême.

  • 900 mis en cause trafic / 1 600 usage – faibles volumes, mais :
    >50 % des faits commis à Paris
    41 % des usagers et 47 % des trafiquants étrangers, majoritairement africains

Concentration urbaine + précarité = pression sociale forte et visible.

5. Drogues de synthèse : montée rapide, souvent en poly-usage

Le rapport met en lumière une croissance très marquée :

  • Ecstasy/MDMA : +118 % trafic depuis 2016
  • Usage kétamine ×5 ; cathinones (3-MMC) ×11

Profil très différent du cannabis :
83 % des consommateurs d’ecstasy sans AFD consomment un autre produit,
89 % des trafiquants d’ecstasy multi-produits .

Un marché festif devenu structuré, connecté aux réseaux, en hybridation avec cocaïne/cannabis.

6. Profils sociologiques des mis en cause

Le rapport indique une jeunesse très marquée, surtout pour le cannabis.

  • Usage cannabis → âge médian 24 ans
  • Trafiquants cannabis → 79 % ont moins de 30 ans
  • Femmes ~8 % à 10 % selon produit (sous-représentation nette)
  • Étrangers → 22 % des mis en cause trafic (vs 8 % population générale)

Pic particulier :

Crack : 47 % trafiquants étrangers / 41 % usagers → phénomène très segmenté.

À retenir

  • 2024 = volume d’interpellations record
  • Cannabis = 9 usages interpellés sur 10
  • Cocaïne = +176 % de trafic depuis 2016 = basculement de marché
  • 3-MMC ×11 → signal fort de mutation vers la synthèse
  • Les trafiquants cannabis ont 21 ans en médiane
  • Crack : Paris concentre >50 % des faits → enjeu ciblé

Densité médicale en France : un indicateur trompeur qui masque de fortes inégalités d’accès aux soins

By Santé

– Note du CRSI Sud-Est

La densité médicale – souvent présentée comme le nombre de médecins pour 100 000 habitants – donne l’impression rassurante d’une France correctement dotée. Avec 339 médecins pour 100 000 habitants en 2023, le pays semble bien équipé. Mais ce chiffre global, en hausse par rapport à 2019 (318), dissimule des réalités beaucoup plus contrastées. Il inclut en effet l’ensemble des praticiens, hospitaliers comme libéraux, alors que 40 % exercent à l’hôpital, principalement dans les grandes métropoles. Dès qu’on se concentre sur ceux que la population consulte en premier recours – les médecins libéraux –, la densité tombe à 217 pour 100 000 habitants, et même 146 pour les généralistes. C’est là que les disparités territoriales apparaissent.

Des inégalités marquées entre territoires

La densité médicale varie du simple au double selon les départements. Les zones rurales et montagneuses (Creuse, Hautes-Alpes…) peinent à attirer des médecins, en raison de l’isolement géographique et d’un bassin de patientèle dispersé. À l’inverse, les départements urbains ou touristiques comme les Alpes-Maritimes ou le Val-de-Marne affichent des densités élevées, dopées par les hôpitaux et les pôles universitaires. Mais même dans ces territoires attractifs, les libéraux restent moins nombreux qu’il n’y paraît : 190 pour 100 000 habitants dans les Alpes-Maritimes, contre 163 dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Selon l’Atlas démographique du CNOM (2023), 20 % des communes françaises – environ 6 000 – sont classées en désert médical, c’est-à-dire en dessous de 120 généralistes libéraux pour 100 000 habitants ou à plus de 30 minutes du cabinet le plus proche. Et ce phénomène ne touche plus seulement la France périphérique : il gagne les centres urbains sensibles, où l’insécurité freine l’installation.

PACA : une région dense en apparence, fissurée en profondeur

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur offre une illustration parfaite de ce paradoxe. Avec 409 médecins pour 100 000 habitants en 2023, elle figure parmi les régions les mieux dotées, grâce à son attractivité touristique et universitaire. Mais si l’on s’intéresse aux libéraux, la densité chute à 340, dont 169 généralistes. Les écarts internes sont considérables :

Département Densité totale Libéraux / 100k hab.
Alpes-Maritimes (06) 520 190
Bouches-du-Rhône (13) 421 172
Var (83) 394 164
Vaucluse (84) 360 160
Hautes-Alpes (05) 312 158
Alpes-de-Haute-Provence (04) 298 163

On observe jusqu’à 74 % d’écart d’un département à l’autre. Selon l’ARS (2023), 60 % des déserts médicaux régionaux se situent dans les zones alpines et l’arrière-pays varois, où le temps d’accès à un médecin dépasse régulièrement 45 minutes.

Les nouveaux déserts : au cœur des villes

Les grandes villes PACA affichent des densités globales flatteuses (Nice 540, Marseille 520, Toulon 430). Mais en termes de libéraux :

  • Marseille : 180
  • Toulon : 172
  • Nice : 190

Et dans certains quartiers sensibles, la densité chute sous 120 médecins libéraux pour 100 000 habitants, comme aux Quatre-Cents à Marseille (112), dans les cités nord-est de Toulon (115) ou à l’Ariane à Nice (118) : moins qu’à Brignoles, petite commune rurale du Var (155).

La raison majeure ? L’insécurité.
Entre 2021 et 2023, 127 agressions de médecins libéraux ont été recensées par le CNOM, dont 73 % en zone urbaine, touchant majoritairement des femmes (61 %). Or celles-ci représentent désormais 52 % des médecins en activité et 60 % des jeunes diplômés (DREES 2024). 68 % des femmes médecins de moins de 35 ans refusent l’exercice isolé en zone sensible.

Résultat : les cabinets ferment, les urgences se saturent. À l’hôpital de La Timone (Marseille), 42 % des admissions relèvent de pathologies non urgentes, contre 28 % en moyenne nationale. À Nice-Saint-Roch, la surcharge grimpe à +30 % l’été, et jusqu’à 60 % de consultations qui auraient dû relever du secteur libéral. Cette mauvaise orientation génère selon l’Observatoire régional de la santé une surmortalité évitable estimée à 5 % dans les zones sous-dotées.

Conclusion : un indicateur à manier avec prudence

La densité médicale nationale masque des écarts profonds entre territoires, avec des déserts médicaux ruraux mais aussi urbains, souvent aggravés par l’insécurité. Pour inverser la tendance, un changement d’échelle est nécessaire : un choc d’autorité et d’attractivité permettant d’assurer la sécurité des praticiens, de favoriser l’installation en zone sensible et de renforcer les alternatives (maisons de santé, télémédecine, incitations fiscales, assistanat médical).

À défaut, la fracture sanitaire risque de se creuser et les populations les plus fragiles continueront à subir la pénurie médicale.

 

Références : DREES 2024 ; CNOM Atlas 2023 ; ARS PACA 2023 ; Insee 2023.

Augmentation de la consommation de drogues

By Santé, Sécurité/Justice

L’augmentation de la consommation de drogues

Dans un communiqué, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) mentionne que la « cocaïne est le marché des drogues illicites qui connaît la plus forte croissance au monde ».

En 2023, 6% de la population mondiale âgée de 15 à 64 ans avait consommé de la drogue, contre 5,2% en 2013. Le cannabis est la drogue la plus consommée.


A l’échelle internationale

La superficie de cultures illicites a augmenté en Colombie de 34% en un an, les saisies ont augmenté de 68% sur la période 2019-2023, le nombre d’usagers est passé de 17 à 25 millions en dix ans

  • Augmentation de la superficie des cultures illicites de 34% (en un an)
  • Augmentation de la production en 2023 : 3.708 tonnes, soit près de 34% de plus qu’en 2022
  • Augmentation de 68% des saisies sur 2019-2023
    • Saisies de cocaïne : 2.275 tonnes, soit une augmentation de 68% par rapport à 2019-2023
  • Augmentation du nombre d’usagers de 17 à 25 millions, de 2013 à 2023

Le trafic s’étend à l’Europe occidentale avec des “centaines de milliards brassés chaque année”.

A l’échelle européenne 

Selon les données de l’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA)

  • En 2023, 7.500 personnes décédées à cause de la drogue
    • Parmi 1 million de décès de personnes âgées de 15 à 64 ans, 24.7 seraient liées à l’usage de drogues
  • Saisie de Cocaïne (2023) :  419 tonnes
  • Production de stimulants en Europe : amphétamines, MDMA, cathinones
  • Achats simplifiés par les réseaux sociaux et les plateformes en ligne de drogue et / ou de produits chimiques permettant leur fabrication
    • En 2024 : 47 nouvelles substances psychoactives recensées (Europol et EUDA via Early Warning System)

A l’échelle française

Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), le cannabis est la substance la plus consommée parmi les 11-75 ans.

  • 21 millions de personnes l’ont déjà expérimenté (29,9% des jeunes de 17 ans en 2022) 
  • 1,4 million d’usagers en consomment régulièrement (au moins 10 fois au cours du mois) 
  • 900 000 usagers en consomment quotidiennement

Toutefois, le tabac et l’alcool – substances licites – demeurent les produits les plus consommés en France.

Principales substances consommées en Europe

  • Cannabis : environ 1,5% des adultes (4,3 millions) en consomment chaque jour ou presque
    • Le cannabis de synthèse plus concentré en THC fait peser de nouveaux risques sur la santé publique
  • Cocaïne : 2e drogue la plus consommée des 15-34 ans avec 2,7 millions de consommateurs
    • Mélangée à des opioïdes ou de l’alcool : responsable d’un quart des décès par overdose en 2023
  • Crack : extrêmement addictif et de plus en plus consommé
  • Kétamine : à surveiller ; pourrait devenir la drogue principale de beaucoup de consommateurs dans le cadre d’une polyconsommation (en croissance également)
  • Trafic de faux médicaments à base d’opioïdes : en forte hausse
  • Héroïne : recul depuis une 10n d’années

L’EUDA entend faciliter la coopération avec les États membres pour notamment mettre en place un “système d’évaluation des menaces pour la santé et la sécurité”.

Principales substances consommées en France

  • 14,6% des adultes ont expérimenté d’autres drogues que le cannabis en 2023 : cocaïne, ecstasy/MDMA, champignons hallucinogènes, LSD, amphétamines, héroïne, crack 
    • 2014 : 9,1%
  • La cocaïne est le deuxième produit illicite le plus consommé
    • 9,4% d’expérimentateurs parmi les adultes (2023)
    • 1,1 million d’usagers de 11 à 75 ans dans l’année
    • Entre 2011 et 2023, le coût du gramme de cocaïne est passé de 60 à 66 euros 

Ecstasy (MDMA) : 8,2% d’expérimentateurs parmi les adultes

 

 

Violences à l’hôpital

By Santé, Sécurité/Justice

Violences à l’hôpital

Le 9 avril, un brancardier a été violemment agressé au centre hospitalier de Challans (Vendée). L’agresseur, un patient de 35 ans, l’a insulté et frappé à plusieurs reprises, lui causant des blessures au visage et au thorax. Cet acte n’est pas anecdotique.


Chiffres clés [1]

  • + 23% de violences envers les médecins en 2022.
  • 2/3 des infirmiers ont été victimes de violences [2].
  • 32% des victimes de violences physiques ont porté plainte en 2021.
  • 20% des victimes de violences verbales ont porté plainte en 2021.

En 2022, le nombre de violences envers les médecins a augmenté de 23% et deux tiers des infirmiers ont été victimes d’agressions.

Conséquences

  • Traumatisme psychologique pour les
  • Départ de certains professionnels de la santé.
  • Détérioration de la qualité des

Proposition de loi en cours

La violence à l’égard des professionnels de santé est devenue un problème majeur. Une proposition de loi a été adoptée en première lecture à l’Assemblée Nationale en mars 2024. Son objectif est de dissuader les agressions et de faciliter les démarches pour les victimes.

Cette proposition de loi renforce d’abord les sanctions. Les peines encourues pour les violences commises contre les personnels soignants et non-soignants seront plus sévères, que ce soit à l’hôpital, en clinique, dans un cabinet médical ou encore en pharmacie. Le vol de matériel médical sera également puni plus lourdement. Un nouveau délit d’outrage spécifique aux professionnels de santé sera créé.

Les professionnels de santé victimes de violences pourront désormais être soutenus par leur employeur. Ce dernier aura la possibilité de porter plainte à la place de la victime (avec leur accord). Les personnes agressées pourront déclarer l’adresse de leur ordre professionnel comme domicile au moment du dépôt de plainte, pour éviter de renseigner une adresse personnelle.4

 


Sources

[1] Observatoire de la sécurité des médecins, dans le Le Parisien, 10 avril 2024

 

[2] Libération, 25 mai 2023

 

[3] Vie publique, 15 mars 2024