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Olivier Debeney

Les mineurs non accompagnés (MNA) en France

Les mineurs non accompagnés (MNA) en France

By Publications, Institutions, Sécurité/Justice

Par F. Tétaz, membre du Cabinet du CRSI

Définition

Un mineur non accompagné (MNA) est une personne de moins de 18 ans, de nationalité étrangère, séparée sur le territoire français des titulaires de l’autorité parentale. Trois critères cumulatifs le définissent : minorité, isolement, extranéité. Le droit international impose une protection spéciale : la CIDE (article 20) garantit à tout enfant privé de son milieu familial une aide de l’État. Le droit interne, fonde la compétence de l’aide sociale à l’enfance (ASE) pour ces mineurs. Ils sont considérés comme des mineurs en danger, leur statut d’enfant prévaut toujours sur celui d’étranger.

 

Modalités d’accueil (financières et logistiques)

L’accueil provisoire d’urgence, ou « mise à l’abri », est obligatoire durant l’évaluation. En 2019, 46 % des jeunes étaient hébergés en établissements de l’ASE, 35 % à l’hôtel, 16 % chez des tiers de confiance et 3 % autrement. La Cour des comptes relève un recours croissant à l’hôtel depuis 2016. Les plus vulnérables sont orientés vers des structures adaptées. Sur le plan financier, l’État compense partiellement les départements : un forfait de 500 euros par jeune évalué, plus une indemnité journalière d’hébergement, soit 1 940 euros maximum. Une aide exceptionnelle complète ce dispositif, mais reste limitée face au coût réel, estimé à 50 000 euros par jeune et par an.

 

Évolution des chiffres : vagues et raisons

Le phénomène est identifié depuis les années 1990 (premières arrivées vers Paris, la Seine-Saint-Denis, les Bouches-du-Rhône), mais prend une ampleur nouvelle dans les années 2010. Le nombre de MNA pris en charge par l’ASE progresse fortement : 13 020 en 2016, 20 950 en 2017, 28 411 en 2018, 31 009 en 2019. Cette vague s’explique par les crises dans les pays d’origine (guerres, conflits, pauvreté), l’influence des réseaux sociaux vantant une vie meilleure en Europe, et le développement des routes migratoires méditerranéennes. En 2019, le flux se stabilise autour de 17 000 nouvelles admissions annuelles. L’année 2020 marque une rupture brutale : le stock chute de plus de 32 % (23 461 jeunes), et seulement 9 524 MNA sont admis, soit -43 % par rapport à 2019, du fait de la fermeture des frontières liée à la Covid-19. Le profil évolue aussi : la part des plus de 17 ans bondit à 43 % en 2020 (contre 13,5 % en 2019), et celle des jeunes maghrébins passe de 10,6 % à 18,4 %, tandis que le poids des trois pays historiques d’origine des MNA (Guinée, Mali, Côte d’Ivoire) recule de 60 % à 49,6 % des arrivées. Depuis début 2021, les arrivées ont retrouvé un rythme soutenu.

Situation des MNA lors du rapport (2020-2021)

Fin 2020, 23 461 MNA sont pris en charge par l’ASE (contre 31 009 fin 2019). Ils représentent 15 à 20 % des effectifs de l’ASE selon l’ADF (Assemblée des départements de France), et 19 % des jeunes hébergés. En 2019, les MNA sont composés à 95,5 % de garçons et 4,5 % de filles, ces dernières étant souvent victimes de traite. En 2020, 94 % des MNA admis ont plus de 15 ans et 80 % plus de 16 ans, une proportion en forte hausse par rapport aux années précédentes.

Répartition territoriale 

L’accueil des MNA est concentré dans certains départements, liés aux points d’entrée sur le territoire et aux diasporas déjà installées : Paris, la Seine-Saint-Denis, le Val-d’Oise, les Bouches-du-Rhône, le Nord, la Haute-Garonne, la Gironde et la Loire-Atlantique. Un mécanisme de péréquation nationale, piloté par le ministère de la Justice, redistribue les jeunes entre départements selon des critères démographiques et d’éloignement géographique, afin de limiter cette concentration.

Comparaison européenne

Le profil des MNA accueillis en France diffère de la moyenne européenne. En 2017, moins de 5 % des MNA arrivés en France étaient afghans, alors que les jeunes afghans représentaient plus de 50 % des MNA à l’échelle européenne. La France se distingue ainsi par une dominante Afrique subsaharienne francophone (Guinée, Côte d’Ivoire, Mali), tandis qu’à l’échelle du continent, les arrivées via la Grèce et la route des Balkans (Afghans, Syriens, Irakiens) pèsent davantage. Les voies d’entrée varient aussi selon les profils : l’Espagne (Maghrébins, Africains subsahariens via les Canaries), l’Italie (Tunisiens, Africains subsahariens et de la Corne de l’Afrique via la Libye), la Grèce (Afghans, Syriens, Irakiens, Somaliens), et la Manche vers l’Angleterre, où plusieurs centaines de mineurs vivent dans des camps autour de Calais et Dunkerque.

Problématiques majeures et solutions proposées

Manque de données statistiques : aucun appareil de suivi global du parcours des MNA. 

 Recommandation : développer un système statistique d’ensemble.

– Hétérogénéité des évaluations départementales : le « faisceau d’indices » est appliqué de façon inégale, certains départements refusant le fichier AEM. 

Recommandations : généraliser le contrôle documentaire et biométrique, harmoniser les pratiques.

– Recours excessif à l’hôtel : hébergement inadapté et accompagnement social limité durant la mise à l’abri.

Recommandations : incitation financière pour privilégier des structures adaptées.

– Insécurité juridique des « mijeurs » : jeunes non admis à l’ASE mais continuant de revendiquer leur minorité, privés de la plupart de leurs droits. 

Recommandations : délivrance d’une autorisation provisoire de séjour.

– Délinquance résiduelle mais médiatisée : un noyau de jeunes se disant mineurs, souvent en réalité majeurs, commet des vols en bande. 

Recommandations : répartition nationale en détention, équipes mobiles santé et socio-éducatives.

– Compensation financière de l’État jugée limitée : l’aide de l’État ne couvre qu’une fraction du coût réel supporté par les départements. 

Recommandations : renforcer les mécanismes de compensation.

– Sécurisation du statut juridique : le président du conseil départemental est à la fois juge et partie dans l’évaluation.

Solution structurelle proposée par l’IGA (Inspection générale de l’administration) : créer une cour judiciaire départementale collégiale, spécialisée dans l’examen de la minorité et de l’isolement.

Tendance générale

Le rapport dégage une tendance de fond à la hausse structurelle du nombre de MNA jusqu’en 2019, portée par les crises dans les pays d’origine et l’essor des routes migratoires. L’année 2020 constitue une rupture conjoncturelle, liée à la fermeture des frontières sanitaires, mais non un retournement durable : dès le début de 2021, les arrivées retrouvent un rythme soutenu. Le cadre juridique et administratif se renforce progressivement (référentiel national, fichier AEM, réforme du financement), sans toutefois résorber l’hétérogénéité des pratiques départementales. Le phénomène MNA s’installe ainsi comme un enjeu structurel et durable de la protection de l’enfance en France, plutôt que comme une crise ponctuelle.

 

Source : IGAS/IGA/IGJ, Évaluation de la prise en charge des jeunes se déclarant mineurs non accompagnés (MNA), Rapport n°2020-099R / 20108-R / 2020/00195, mai 2021.

 

La situation et les perspectives des finances publiques - Juin 2026

La situation et les perspectives des finances publiques en juin 2026

By Publications, Economie

Finances publiques : les enseignements du rapport 2026 de la Cour des comptes

Par Sixte Paire, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

I. Un déficit 2025 en nette réduction mais insuffisant pour stopper la dérive de la dette

1.1 Une réduction tirée exclusivement par des hausses d’impôts

Après deux années d’aggravation (4,7 pts de PIB en 2022 → 5,8 pts en 2024), le déficit recule à 152,5 Md€ (5,1 pts PIB), mieux que la prévision gouvernementale de 5,4 pts. Cette amélioration repose exclusivement sur des hausses de prélèvements :

– 23,0 Md€ de mesures nouvelles, le niveau le plus élevé depuis 2013 : surtaxe sur les grandes entreprises (7,5 Md€), réforme des allègements de cotisations (2,0 Md€), relèvement de la Caisse Nationale de Retraites des Agents des Collectivités Locales – CNRACL (1,8 Md€), retour de l’accise sur l’électricité (3,7 Md€). Plus d’un tiers de ces mesures était annoncé comme temporaire ;

– 28,0 Md€ d’évolution spontanée (élasticité > 1 pour la 1ère fois depuis 2022). La Contribution Différentielle sur Hauts Revenus – CDHR ne rapporte que 0,4 Md€ contre 2,0 Md€ prévus, en raison d’effets comportementaux (reports de dividendes) ;

– Taux de prélèvements obligatoires : 43,6 pts de PIB (44,3 pts selon Eurostat), le plus élevé de la zone euro.

1.2 Des dépenses qui progressent toujours plus vite que l’activité

Dépense totale : 1 694 Md€ (+1,4 % en volume), soit 56,6 pts de PIB, 2 pts au-dessus du niveau pré-crise (« effet de cliquet »).

– Collectivités locales : +0,6 % en volume, contribution positive à la réduction du déficit ;

– État : dépenses pilotables contenues (488,2 Md€) via régulation budgétaire, mais la charge de la dette tire l’ensemble (+1,3 % en volume, soit > PIB) ;

Sécurité sociale : déficit de 6,7 Md€ (22,1 Md€ hors Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale – CADES), aggravé de 7,9 Md€ par rapport à 2024, situation qualifiée de préoccupante et non justifiable hors choc exceptionnel. 

 

1.3 Un ratio de dette à son niveau record

La dette publique atteint 3 460,5 Md€ fin 2025 (115,7 pts PIB), dépassant le précédent record de 2020 au plus fort de la crise sanitaire. La charge de la dette s’élève à 65,7 Md€ (+9 %), sous l’effet du refinancement à des taux plus élevés (taux moyen des Obligations assimilables du Trésor – OAT : 3,35 % en 2025 vs 1,70 % en 2022 et 0 % en 2021). Un « effet boule de neige » est désormais à l’œuvre : le taux apparent sur la dette dépasse le taux de croissance du PIB pour la 1ère fois depuis la crise sanitaire. Il aurait fallu réduire le déficit de 89,6 Md€ supplémentaires pour stabiliser le ratio. La France est le 3ème pays le plus endetté de la zone euro (après Grèce et Italie) et le seul parmi les États endettés à n’avoir pas réduit son ratio depuis la sortie de Covid.

 

II.  Des objectifs 2026 fragiles, une trajectoire pluriannuelle à crédibiliser d’urgence

2.1 Un environnement macroéconomique assombri

Le conflit au Moyen-Orient (fin févr. 2026) a provoqué une hausse de 30 % du baril en mars. Le gouvernement a révisé en avril (Rapport d’Avancement Annuel – RAA 2026) sa prévision de croissance à 0,9 % (contre 1,0 % en Loi de Finance Initiale) et d’inflation à 1,9 % (contre 1,3 %). Ces projections restent en haut de fourchette : consensus économistes (juin 2026) : +0,6 % / +2,1 % ; Banque de France : +0,5 % / +2,5 % ; INSEE : +0,7 % / +2,0 %. La croissance du T1 2026 est ressortie légèrement négative (−0,1 %), abaissant l’acquis de croissance à 0,4 %. L’inflation atteint déjà +2,4 % en mai sur un an. Un scénario « noir » (baril à 150 $) réduirait la croissance à +0,2 % et porterait l’inflation à 4,5 %, rendant quasi-impossible la réduction prévue du déficit.

 

2.2 De nouvelles hausses d’impôts au rendement incertain

14,7 Md€ de mesures nouvelles prévues en 2026. Taux de prélèvements obligatoires : 44,1 pts de PIB (2ème hausse consécutive, s’éloignant de la moyenne de la zone euro). Risques soulevés :

– Comportements d’adaptation des contribuables face à l’empilement des dispositifs ;

– Rendement de la lutte contre la fraude (+1,5 Md€) jugé élevé par le HCFP ;

– Hausse CNRACL (+1,8 Md€) conditionnée à des économies en contrepartie des collectivités ;

– Moindre élasticité des recettes face à une croissance affaiblie et une inflation pesant sur l’IS et les droits de mutation.

 

2.3 Une maîtrise des dépenses insuffisante

Dépenses totales LFI 2026 : 1 735 Md€. Dépense primaire : +0,5 % en volume (effort limité). Mais la charge de la dette absorbe +11,7 Md€ (+0,3 pt PIB, à 77,4 Md€ soit 2,5 pts PIB). Des économies de 6 Md€ restent non documentées. Résultat : déficit projeté à 5,0 pts PIB, dette à 118,5 pts PIB (+3 pts), France au rang de la plus forte progression du ratio d’endettement parmi les pays endettés de la zone euro en 2026.

 

2.4 Une trajectoire pluriannuelle absente et un risque d’échec en 2029

Le gouvernement n’a pas présenté de trajectoire révisée au-delà de 2026. Or, le simple respect des plafonds de Dépense Primaire Nette (DPN) recommandés par le Conseil de l’UE (1,2 %/an) laisserait le déficit à 3,2 pts PIB en 2029, manquant l’objectif imposé par la procédure de déficit excessif (< 3 % en 2029). Atteindre 4,1 pts en 2027 (trajectoire PSMT) exigerait un surcroît d’effort de 35 Md€ (1,1 pt PIB) et une diminution annuelle moyenne des dépenses primaires de −0,5 % en volume sur 2027-2031, contre +1,0 % par an sur la période de référence 2015-2019. La charge d’intérêts dépasse d’ores et déjà l’investissement dans l’éducation ou la défense. Un effet boule de neige (r > g) s’installe durablement.

 

III.  Les enseignements des consolidations en zone euro

La Cour analyse les expériences de l’Allemagne, du Portugal et de l’Italie, trois pays ayant dégagé durablement un excédent primaire corrigé du cycle sur 2010-2025, à l’inverse de la France dont le CAPB est resté systématiquement déficitaire sur toute la période.

– Allemagne : consolidation ancrée dans des réformes macroéconomiques des années 2000 (Hartz I-IV, relèvement de l’âge de retraite) et une règle constitutionnelle de frein à l’endettement. Réduction de 22,3 pts PIB de dette entre 2010 et 2019, au prix d’un sous-investissement public ;

– Portugal : consolidation sous contrainte (programme d’assistance 2011-2014 ; 16,8 pts PIB de mesures). Coût récessif initial élevé, amorti par la reprise et des réformes structurelles. Dette revenue sous le niveau d’avant-crise ;

– Italie : excédent primaire structurel continu mais croissance atone et effet boule de neige maintenant la dette ≈ 140 pts PIB.

Facteurs de réussite identifiés : consolidation choisie plutôt que subie ; effort initial substantiel inscrit dans une trajectoire cible ; maîtrise des coûts macroéconomiques et sociaux via réformes de l’emploi/retraite et investissements structurants ; qualité du cadre institutionnel (règles budgétaires, indépendance des institutions) ; mesures de crise temporaires et ciblées avec normalisation rapide ; sous-indexation temporaire des prestations en période inflationniste. 

 

 

 Source : La situation et les perspectives des finances publiques – Juin 2026, Rapport de la Cour de Comptes

 

Solde démographique négatif

Solde démographique négatif

By Publications, Santé

France : la fin du modèle démographique

Par Florestan Tétaz, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

Contexte général : la réputation démographique de la France

Du XXe siècle et jusqu’aux années 2000, la France a la réputation d’être l’un des pays les plus féconds d’Europe, portée par le baby-boom (1946-1974) et un solde naturel structurellement excédentaire (plus de 300 000 par an dans les années 1960). 

Le taux de natalité, autour de 18-20‰ au début du siècle, décline progressivement mais reste longtemps supérieur à celui de ses voisins européens. 

À partir des années 2010, la différence entre les  naissances et les décès diminue continuellement : le solde naturel reste positif mais plonge de 251 000 en 2012 à seulement 17 619 en 2024.

 

Rapport de l’Insee 2025 – Solde naturel négatif 

– En 2025, 645 000 bébés sont nés, soit 2,1 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010. 

– L’indicateur conjoncturel de fécondité tombe à 1,56 enfant par femme, son niveau le plus faible depuis la fin de la Première Guerre mondiale. 

– 651 000 personnes sont décédées, en légère hausse, notamment en raison d’une épidémie de grippe hivernale meurtrière. 

– L’espérance de vie à la naissance progresse à 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes. 

Conséquence directe : le solde naturel devient négatif pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

Evolution sur les 5 dernières années 

Naissances : 

– Diminuent de 742 052 en 2021 à 645 000 en 2025. 

Décès : 

– Restent stables entre 661 585 en 2021, 639 269 en 2023 et 651 000 en 2025. 

Le solde naturel : 

– Diminue sur la période de +80 467 en 2021, +38 534 en 2023, +17 619 en 2024, puis -6 000 en 2025.

La bascule s’opère donc progressivement et est observable depuis plusieurs dizaines d’années.

Solde démographique de la France

Politiques publiques, objectifs et impacts 

Le 16 janvier 2024 est annoncé un plan de « réarmement démographique » reposant sur une réforme du congé parental (transformé en « congé de naissance ») et un plan de lutte contre l’infertilité, sans objectif chiffré officiel précis (pas de cible explicite de taux de fécondité ou de nombre de naissances annoncée). 

 

Décroissance naturelle compensée par l’immigration

Bien que le solde naturel soit désormais négatif (-6 000 en 2025), la population française continue de connaître une faible croissance (+0,25 % sur sur l’année 2025). 

Cet accroissement de la population représente 230 000 personnes supplémentaires en 2025, résultant d’un solde naturel négatif (-6 000) et d’un solde migratoire positif qui comble ce déficit.

 

Source : Article du 15/06/2026, La situation démographique en 2025 et en séries longues, État civil et estimations de population, Insee Résultats

LE CRIME ORGANISÉ EN EUROPE

Le crime organisé en Europe

By Publications, Sécurité/Justice

Crime organisé : l’Europe face à des « entreprises criminelles »

Par Sixte Paire, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

Un état des lieux sans précédent du crime organisé

Vendredi 26 juin 2026 à Bruxelles, Europol a dévoilé la deuxième édition de son évaluation des réseaux criminels les plus menaçants pour l’Union européenne, recensant 731 structures actives regroupant plus de 400 000 membres issus de 118 nationalités. Ce chiffre, en baisse apparente face aux 820 réseaux de 2024, masque une recomposition permanente du paysage criminel : 76 % des organisations d’alors ont disparu ou fusionné, mais 533 nouveaux réseaux ont aussitôt émergé, tandis qu’un noyau dur d’environ 198 groupes subsiste sans discontinuer. Le profil-type dressé par les enquêteurs est celui de structures « agiles, sans frontières, dominantes et destructrices », que le directeur exécutif d’Europol, Jürgen Ebner, compare désormais ouvertement à des « entreprises mondiales » dotées d’une assise financière solide et de structures juridiques formelles.

Une criminalité polymorphe, économique avant tout

Si le trafic de stupéfiants reste l’activité principale d’environ un tiers des réseaux, l’évaluation souligne la diversification croissante des sources de revenus comme la fraude, l’atteintes aux biens, la traite des êtres humains, le trafic de migrants, le blanchiment qui traduit un « degré élevé d’adaptabilité » plutôt qu’une spécialisation rigide. Deux tendances dominent : l’essor de la « criminalité en tant que service », avec des structures se spécialisant dans la fourniture de prestations à d’autres organisations (23 réseaux dédiés au seul blanchiment pour le compte de tiers), et l’explosion de la cybercriminalité, avec plus de 120 marques actives de rançongiciels et l’apparition de l’intelligence artificielle comme accélérateur d’opérations frauduleuses. « Tout le crime est aujourd’hui nourri en ligne, accéléré par l’IA et la technologie », a résumé Jürgen Ebner.

L’économie légale, principal point d’appui

L’un des constats les plus préoccupants du rapport tient à l’imbrication croissante entre criminalité organisée et économie formelle : Europol révèle que 85 % des réseaux les plus menaçants utilisent des structures commerciales légales pour dissimuler leurs activités et blanchir leurs profits. Conséquence directe pour les autorités, l’arrestation des têtes de réseau ne suffit plus : « si l’arrestation de figures clés peut déstabiliser un réseau, de nouveaux acteurs émergent souvent pour exploiter les opportunités qui en résultent », souligne Europol, qui plaide pour un changement de doctrine consistant à cibler en priorité les infrastructures financières, numériques et logistiques permettant à ces organisations de se reconstituer presque instantanément.

Focus France : la « mexicanisation » du narcotrafic

Cette évaluation est replacée dans le contexte des ports du nord de l’Europe et de la façade méditerranéenne française, où la ‘Ndrangheta calabraise domine l’approvisionnement en cocaïne en gros et la Mocro Maffia maroco-néerlandaise contrôle les flux via Rotterdam et Anvers. En France, c’est la « DZ Mafia » qui a émergé depuis 2023 dans les quartiers nord de Marseille avant d’essaimer vers Lyon, Nantes ou Clermont-Ferrand, au prix d’une guerre des gangs meurtrière contre le clan rival « Yoda ». Cette dynamique confirme à l’échelle locale les constats d’Europol : un marché estimé à plusieurs milliards d’euros annuels, des points de deal présents dans près de 80 % des communes, et une violence, assassinats, attaques contre des établissements pénitentiaires,  qui traduit la capacité de ces réseaux à « s’adapter rapidement aux perturbations ».

Les réponses des forces de l’ordre européennes

Face à cette menace, l’évaluation met en avant plusieurs opérations significatives menées ces derniers mois :

– Une coordination policière belge, française, allemande, italienne et néerlandaise mobilisée à plusieurs reprises pour démanteler des « structures claniques » aux ramifications internationales actives dans toute l’UE et au-delà ;

– Plusieurs coups de filet d’envergure, dont un en Albanie (dix membres présumés arrêtés, extension à Chypre et Israël) et un autre ayant conduit à 23 arrestations et à la saisie de 35,7 millions d’euros en espèces, comptes et cryptomonnaies, ainsi que 36 véhicules et des biens immobiliers ;

– Le renforcement des dispositifs de coopération entre grands hubs logistiques européens, à l’image de l’« Alliance portuaire » lancée en 2024 pour sécuriser les terminaux conteneurs face à l’infiltration criminelle.

Le rapport Europol dresse le portrait d’une criminalité organisée européenne ayant achevé sa mutation vers un modèle quasi-entrepreneurial : flexible, internationalisée, technophile et adossée à l’économie légale , « une menace existentielle pour les États de l’Union », selon les mots mêmes de l’agence. La situation marseillaise, avec l’essor de la DZ Mafia, n’apparaît ainsi pas comme une exception française mais comme la déclinaison locale d’une dynamique continentale, justifiant l’appel d’Europol à une réponse pensée à l’échelle européenne plutôt que strictement nationale.

 

Source : 

– Le Figaro – Les réseaux criminels emploient 400 000 personnes en Europe par Christophe Cornevin

– Evaluation d’Europol « The Blueprint of Criminal Opportunism », publiée le 26 juin 2026.

 

CRSI 24

Soirée CRSI 24 au CNEFG

By Nos événements, Dernièrement

Le jeudi 2 juillet, les adhérents de la Dordogne, sous l’impulsion de Jean-Pierre Marty, référent départemental du CRSI 24, se sont retrouvés à l’occasion des 50 ans du CNEFG. Ils ont été invités à visiter le Centre national d’entraînement des forces de la gendarmerie (CNEFG).

La soirée fut ponctuée par des temps d’échanges spontanés et fructueux entre les adhérents et les responsables, permettant une communication au plus proche des enjeux éprouvés.

Conférence à Orléans

Conférence à Orléans

By Nos événements, Dernièrement

Mercredi 1er juillet, Thibault de Montbrial était à Orléans pour une conférence organisée par le CRSI et réunissant 150 personnes.

Face aux grands défis de la France, il a livré une analyse et des solutions : souveraineté de l’État, insécurité croissante et impératif d’une réponse politique forte pour reconstruire un socle commun.

La soirée s’est conclue par un temps d’échanges avec le public et une séance de dédicace de son dernier ouvrage, France : le choc ou la chute (Éditions de l’Observatoire, octobre 2025).

Ce déplacement a également été l’occasion d’un échange avec le maire d’Orléans, Serge Grouard. Ce dernier a partagé les initiatives locales menées en matière de sécurité, tout comme les dispositifs de prévention, notamment sur le volet éducatif.

Bernard-Yves Messager, Président de la Fondation Ulysse

Intervention : Le syndrome du train fou et le biais d’autorité judiciaire

By Ils en parlent !

Par Bernard-Yves Messager, Président de la Fondation Ulysse

Mesdames, Messieurs,


Je prends la parole aujourd’hui comme président de la Fondation Ulysse. Mais je la prends aussi avec une histoire plus longue. J’ai servi l’État pendant quarante-sept ans. Du ministère des Ponts et Chaussées aux services de l’Équipement, du Logement, de la Mer, puis de l’Environnement, j’ai accompagné les collectivités territoriales, les directions successives, les réseaux ministériels, les profondes réformes de l’administration : la décentralisation, le transfert des routes aux départements, la fusion des services, la transformation des métiers de l’équipement sous l’autorité du préfet.


J’ai connu l’État de l’intérieur. J’ai connu ses exigences. J’ai connu ses contraintes. J’ai connu aussi ce qu’il peut produire de meilleur lorsqu’il sert réellement l’intérêt général.


C’est précisément pour cela que je parle aujourd’hui avec gravité. Parce que lorsque l’État se dérègle, lorsque ses services ne se parlent plus, lorsque chacun regarde le maillon précédent au lieu de regarder l’enfant, alors la défaillance administrative n’est plus seulement un dysfonctionnement. Lorsque cette défaillance touche un enfant, elle cesse d’être seulement une crise de service public ; elle devient une violence institutionnelle.


La Fondation Ulysse n’est pas née d’une idée abstraite. Elle est née d’un dossier réel. Elle est née d’enfants réels. Elle est née d’alertes réelles. Elle est née de plaintes réelles. Elle est née de courriers, de pièces, de faits médicaux, de demandes d’audition, de silences et de décisions.


Et c’est ici que nous devons être très clairs. Notre dossier n’est pas une histoire privée que nous demandons de croire ; c’est une chaîne documentée qui permet de comprendre comment, en France, un enfant peut être vu par tous les maillons, et pourtant protégé par aucun.


Le syndrome du train fou


C’est cela que nous appelons le syndrome du train fou. Un train avance. Les passagers crient. Les familles crient. Les proches écrivent. Les signaux existent. Mais dans chaque gare, le chef de gare regarde le chef précédent. Et chacun se rassure en pensant : « Si c’était grave, quelqu’un avant moi l’aurait arrêté. » Pendant ce temps, l’enfant reste dans le train.

Ce mécanisme, nous l’avons étudié. Nous l’avons documenté. Nous l’avons nommé. Il ne s’agit pas d’accuser indistinctement toutes les institutions. Il ne s’agit pas de dire que tous les magistrats, tous les policiers, tous les médecins, tous les travailleurs sociaux seraient indifférents. Ce serait faux. Et ce serait injuste. Mais il faut avoir le courage de dire qu’un système peut produire de l’aveuglement même avec des personnes de bonne volonté.


Le biais d’autorité judiciaire

Le biais d’autorité judiciaire, c’est le moment où les professionnels ne vérifient plus ce que vit l’enfant, mais s’alignent sur ce qu’ils pensent que le juge a déjà décidé. C’est une démission silencieuse de la vigilance.

L’autorité judiciaire est indispensable. Mais elle ne doit jamais devenir un écran entre les professionnels et la réalité de l’enfant.


Il existe un mécanisme encore plus dangereux que le silence : le biais d’autorité. Lorsque le juge a parlé, trop de professionnels cessent d’examiner le danger par eux-mêmes. Ils ne regardent plus l’enfant. Ils regardent la décision.

Ils ne se demandent plus : « cet enfant est-il en sécurité ? » Ils se demandent : « si le juge a décidé cela, c’est qu’il devait avoir raison. » Alors l’alerte médicale devient secondaire. La parole familiale devient suspecte. Les blessures deviennent des incidents. Les incohérences deviennent des détails. Et l’enfant disparaît derrière l’autorité de la décision qui aurait précisément dû le protéger.


C’est ainsi qu’une décision initiale peut devenir un verrou. Non parce qu’elle serait juste. Mais parce qu’elle devient intouchable.

Quand les professionnels valident l’autorité du juge au lieu de vérifier la réalité de l’enfant, l’institution ne protège plus : elle s’auto-confirme.


La Fondation Ulysse ne demande pas que chaque professionnel contredise la justice. Elle demande que chaque professionnel conserve son devoir propre d’alerte. Un médecin reste médecin après une décision judiciaire. Un éducateur reste éducateur. Une crèche reste responsable de ce qu’elle voit. Une PMI reste tenue de reprendre les signaux.


Aucune décision judiciaire ne devrait anesthésier la vigilance des professionnels lorsqu’un enfant continue à montrer des signes de danger.


Six plaintes parmi soixante-dix mille


Dans notre propre histoire, six plaintes existent. Six plaintes liées à des faits signalés comme d’une gravité extrême : fracture du crâne, fracture du fémur, blessures, négligences documentées, et une famille entière qui n’a cessé de tirer la sonnette d’alarme. Et pourtant, rien. Rien qui ait arrêté la chaîne. Rien qui ait permis de regarder l’enfant avant le dossier.

Aujourd’hui, le ministre de la Justice annonce vouloir reprendre environ 70 000 plaintes concernant des enfants. Alors je pose simplement cette question : nos six plaintes sont-elles dans ces 70 000 ?

Et si elles y sont, que va-t-on en faire ? Vont-elles être réellement traitées ? Ou simplement recensées ? Vont-elles être relues à la lumière de l’histoire complète des enfants ? Ou seront-elles refermées avec les mêmes angles morts, les mêmes réflexes, les mêmes protections institutionnelles ?

Pour l’administration, six plaintes peuvent n’être que six lignes dans un tableau. Pour un enfant, une plainte n’est jamais une ligne. C’est un appel. C’est parfois la dernière tentative d’une famille pour que la société entre enfin dans la pièce où le danger se trouve.

Une plainte qui concerne un enfant n’est pas un papier. C’est une vie.

Et la différence entre compter une plainte et traiter une plainte, c’est parfois la différence entre administrer un système et sauver un enfant.

Des décisions juridiquement valides, mais humainement aveugles

Nous ne disons pas que les magistrats ne veulent pas voir l’enfant. Nous disons qu’un système qui ne forme pas réellement à voir l’enfant finit par produire des décisions juridiquement valides, mais humainement aveugles. C’est là le coeur de notre intervention.

L’enfant peut disparaître derrière le dossier. Sa parole peut disparaître derrière la procédure. Son corps peut disparaître derrière les délais. Son histoire peut disparaître derrière des décisions successives que plus personne ne veut réinterroger.

Dans notre histoire, cette disparition de la parole n’est pas théorique. Le frère d’Ulysse avait douze ans. Il a écrit à trois magistrats pour demander à être entendu. Il voulait parler de ce qu’il disait avoir vu. Il voulait parler pour son petit frère, trop jeune pour parler lui-même. Il voulait aussi parler pour lui, comme enfant témoin, comme enfant exposé, comme enfant concerné.

Trois fois, sa parole n’a pas trouvé la place qu’elle devait avoir.

Refuser la parole à un enfant de douze ans qui demande à être entendu dans une situation de protection n’est pas une simple omission procédurale. C’est une rupture fondamentale dans la mission même de protection.

Un enfant de douze ans qui demande à être entendu dans une situation de protection ne demande pas un privilège. Il exerce un droit fondamental. Lorsque trois magistrats refusent cette parole, l’enfant ne disparaît pas seulement du dossier : il disparaît du droit.

Alors nous venons avec une demande simple. Nous ne venons pas accuser la justice comme bloc. Nous venons demander que la justice accepte d’analyser ses chaînes de défaillance lorsque l’enfant disparaît derrière le dossier. C’est une exigence de responsabilité publique.

Une institution digne n’est pas une institution qui prétend ne jamais faillir. Une institution digne est une institution capable de reconnaître ses angles morts, de comprendre ses erreurs, d’en tirer des règles nouvelles, et d’empêcher qu’elles se reproduisent.

Cette impuissance est d’autant plus grave qu’elle n’a pas frappé une famille étrangère aux institutions. Le père d’Ulysse , Damien a consacré vingt ans à la protection de l’enfance, à la formation de soignants, d’infirmiers et de psychologues, et à la coordination de dispositifs de soin. Même avec cette expertise, même avec cette connaissance des mécanismes psychiques et institutionnels, il n’a pas réussi à faire entendre les alertes concernant ses propres enfants.

Cela dit quelque chose de terrible : si une famille dotée de cette compétence n’est pas entendue, que devient celle qui n’a ni langage institutionnel, ni réseau, ni ressources, ni codes pour se défendre ?

Une doctrine nouvelle : la priorité absolue de l’enfant en danger

C’est pourquoi la Fondation Ulysse ne porte pas une parole de vengeance. Elle porte une parole de transformation. La Fondation Ulysse ne demande pas une justice contre les magistrats. Elle demande une justice capable de se regarder elle-même lorsque l’enfant n’a pas été protégé.

Car lorsque l’enfant n’a pas été protégé, il ne suffit pas de dire : « le système était saturé », « les services étaient débordés », « les délais étaient trop longs », « les moyens manquaient ». Tout cela peut être vrai. Mais pour l’enfant, le résultat demeure le même : il n’a pas été protégé.

La Fondation Ulysse demande donc une doctrine nouvelle : la priorité absolue de l’enfant en danger. Priorité dans l’écoute. Priorité dans le traitement. Priorité dans la transmission. Priorité dans l’enquête. Priorité dans la traçabilité. Priorité dans la responsabilité.

Parce qu’un enfant n’a pas le temps administratif des adultes. L’enfant n’a pas le temps d’attendre que les services se coordonnent. L’enfant n’a pas le temps d’attendre que les institutions acceptent de se contredire. L’enfant n’a pas le temps d’attendre que l’on protège les décisions passées avant de protéger sa vie présente.

La première question ne devrait jamais être : « Le dossier est-il complet ? » La première question devrait être : l’enfant est-il en sécurité ce soir ? Et la deuxième : qui en répond personnellement ?

C’est ce changement de culture que nous appelons. Une justice qui protège l’enfant doit être une justice formée à l’enfant. Une administration qui protège l’enfant doit être une administration capable de reprendre une alerte sans se réfugier derrière le maillon précédent. Une République qui protège l’enfant doit accepter que certaines défaillances ne soient pas seulement techniques. Elles sont humaines. Elles sont institutionnelles. Elles sont parfois violentes.

Et lorsque cette violence efface l’histoire d’un enfant, sa parole, ses liens, sa filiation, sa vérité, elle atteint quelque chose de fondamental.

La Fondation Ulysse affirme que l’enfant a le droit de se construire dans la vérité de son histoire.

Cette vérité ne concerne pas seulement les violences qu’il a subies. Elle concerne aussi ses liens, son nom, sa filiation, son appartenance familiale, ce qui lui a été reconnu ou refusé.

Lorsqu’une filiation est effacée, dissimulée, annulée ou rendue inaccessible sans que la vérité de l’enfant soit réellement examinée et prise en compte, ce n’est pas seulement une question d’état civil. C’est une atteinte profonde à la construction de la personne, qui ne disparaît pas lorsque l’enfant devient adulte. C’est pourquoi la Fondation Ulysse défend la levée de la prescription de dix ans lorsque celle-ci transforme le temps en instrument d’effacement d’une vérité filiale et identitaire.

Un enfant ne se construit pas dans le vide. Il se construit dans une histoire. Et lorsqu’une institution prive un enfant de cette histoire, ou l’empêche plus tard de la retrouver, elle ne règle pas seulement une situation juridique : elle peut produire une violence identitaire durable.

Pas dans les silences d’un dossier. Pas dans les omissions d’une institution. Pas dans les décisions que personne n’ose reprendre. Dans la vérité.

Face à cette impuissance à arrêter la défaillance à son origine, une autre réponse a été construite : le soin. À Paris, le Pôle Famille et le Pôle Psychologue Paris 18 ont accueilli, en un an et demi, plus de six cents familles, enfants et patients. Beaucoup ne viennent pas seulement avec un traumatisme initial. Ils viennent avec un traumatisme aggravé par les institutions qui auraient dû les protéger.

C’est cela aussi, la réalité contemporaine de la protection de l’enfance : quand l’institution ne répare pas, elle ajoute parfois une seconde blessure à la première.

La Fondation Ulysse en 2026 s’est aussi rendue auprès des soignants, des enfants et des familles ukrainiennes, sur place, à Kharkiv, à Dnipro, à Zaporijjia. Cette expérience nous a confrontés à un paradoxe douloureux : face à une guerre visible, les secours s’organisent, des moyens se trouvent, des volontés se lèvent. Dans notre propre pays, une défaillance institutionnelle peut détruire silencieusement un enfant sans déclencher la reconnaissance du danger parce qu’elle ne se voit pas, elle ne s’entend pas.

C’est cette exigence que nous portons aujourd’hui. Non contre l’État. Mais au nom de ce que l’État devrait être lorsqu’il protège les plus vulnérables.

Je vous remercie de votre attention.

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Du pigeon voyageur au pigeon téléguidé : une nouvelle frontière du conflit ?

By Publications, Travaux des adhérents

Le pigeon : nouvelle arme ?

Par H., adhérente CRSI

Les oiseaux, comme le reste du monde animal, sont quasiment de manière intrinsèque des sources potentielles de danger pour l’Homme. En témoigne la diffusion active et mondiale depuis plusieurs années, et très surveillée, de plusieurs souches de virus Influenza, virus de la grippe. Pour certaines de ces souches, la barrière d’espèce a déjà sauté, des oiseaux vers les Mammifères…

Que se passerait-il si les oiseaux devenaient, cette fois-ci de manière extrinsèque, une nouvelle arme de guerre ? Les technologies qui touchent au vivant nous menacent-elles ?

En ce mois de juin, Marc Bloch entre au Panthéon. Dans « L’étrange défaite », l’historien relate un fait, parmi beaucoup d’autres, qui illustre une des raisons de la débâcle de 1940. « Appliquez la mesure 81 », l’ordre donné renvoyait en cascade à une succession d’autres mesures qui furent très mal interprétées. Ainsi, en septembre 1939, la gendarmerie d’Alsace-Lorraine massacra les pigeons voyageurs de l’armée dans trois départements français.

Hier victimes de l’impéritie de notre « suradministration » française, les pigeons sont-ils aujourd’hui victimes de scientifiques désinhibés ? Demain constitueront-ils une arme contre laquelle il faudra nous défendre ?

En mars dernier, la start-up russe Neiry a affirmé être en train de développer des pigeons biodrones. Ces animaux auraient subi une intervention chirurgicale. La pose d’un implant neuronal permettrait ainsi à ces oiseaux d’être téléguidés dans l’espace, et ce dans le but d’effectuer des missions. Plus discrets que des drones, les pigeons passent en effet inaperçus dans l’environnement humain, qu’il soit urbain ou rural. D’autant que les volatiles volent par tous les temps, et peuvent faire plus de 400 km sans pause. Ainsi opérés, les pigeons pourraient effectuer des opérations de surveillance, d’abord annoncées par la start-up comme civiles… 

 

Soldats ailés, soldats zélés

 

L’élevage de pigeon remonte au temps des Perses, s’est étendu en Grèce et en Egypte, puis dans toute la civilisation romaine. Les pigeons sont des animaux depuis longtemps utilisés comme messagers. Cela est dû à leur faculté de retourner à leur gîte. Nés à un point A et transportés à un point B, ils retournent toujours au point A. Leur vitesse de vol avoisine les 100 km/h. Ils peuvent parcourir jusqu’à 1 000 km.

Les pigeons furent donc utilisés très tôt dans l’histoire militaire des Hommes, transmettant ordres et appels au secours. Ils ont servi dans l’armée française, surtout pendant la première guerre mondiale où, selon les sources, 50 000 à 100 000 pigeons furent employés. Les oiseaux compensaient la destruction des réseaux téléphoniques et télégraphiques. Au cours de la seconde guerre mondiale, les pigeons restaient des relais entre les réseaux de résistance et Londres. L’opération « Columba » a parachuté, entre 1941 et 1944, ces animaux en territoire nazi pour récupérer des renseignements militaires. Ils ont également joué un rôle lors du débarquement du 6 juin 1944. Leur capacité à échapper aux interceptions, et aux brouillages, a fait d’eux un canal de communication sûr en contexte de guerre. Les rebelles syriens les employaient, il n’y a encore pas si longtemps.

A l’entrée du zoo de Lille, un monument leur est dédié car 20 000 pigeons sont morts pour la France lors de la Grande Guerre. Ces oiseaux ont même leur héros de Verdun : Vaillant, pigeon cité à l’ordre de la nation en 1916 et décoré de la bague d’honneur, comme un soldat. 

 

Des drones, des pigeons, des radars

 

Les algorithmes de navigation des actuels drones autonomes sont calqués sur ceux des oiseaux migrateurs. Les groupes de drones peuvent désormais copier les modalités de vol des nuées d’oiseaux, tels les étourneaux où chaque individu qui n’interagit qu’avec ses sept voisins les plus proches. Le pigeon possède, lui, une capacité de navigation exceptionnelle et il a aussi inspiré les ingénieurs pour l’amélioration des drones modernes. Les pigeons sont donc un des outils, discrets et fiables, employables par nos forces de sécurité. Ils peuvent être inclus dans une stratégie qui vise à sécuriser les communications et à isoler physiquement ces réseaux pour maintenir des échanges en milieu hostile. L’armée française conserve de nos jours un élevage de 200 pigeons, au mont Saint Valérien, plutôt dans un souci de mémoire et de transmission des savoirs. Mais en cas d’effondrement total des communications, cela pourrait servir ! Résilience… L’armée si besoin ferait également certainement appel aux nombreux colombophiles français, comme par le passé.

L’idée d’en faire un soldat n’est donc pas nouvelle, mais ce n’est plus dans une optique de communication entre les troupes qu’il pourrait être utilisé. La technique employée par cette start-up russe n’est évidemment pas encore au point, il semble, pour le moment, que les oiseaux puissent être simplement orientés vers la droite ou la gauche… Leur faible poids, environ 300 g, les empêche de porter de lourdes charges, un maximum de 16 g dans un sac à dos est le poids maximal. Mais seize grammes suffisent pour des armes bactériologiques, qui dispersées dans l’atmosphère, à l’endroit voulu, engendreraient un massacre…

Le concept de pigeon-drone pose d’autres questions.

Pour l’humaniste, une question morale d’abord, car transformer un pigeon, un animal vivant, en plate-forme de surveillance, voire pire, se heurte à des notions d’éthique de l’expérimentation animale.

Ensuite, cela nous renvoie à une certaine vision du monde et au rapport que nous avons à l’animal.

Enfin, regarderons-nous toujours les animaux comme des créatures naturelles ou comme des dangers potentiels ? Un pigeon qui pourrait être téléguidé, tel un drone vivant, peut devenir une arme bien difficile à détecter et envers laquelle il sera compliqué de se protéger. Avec l’avancée rapide de technologies de pointe, qui combinent biologie, médecine et physique, la science-fiction semble se conjuguer au présent proche.

Il existe depuis longtemps des radars aviaires chargés de détecter les oiseaux en vol à différentes altitudes et ceux qui sont proches des pistes d’atterrissage. Les collisions « oiseaux contre avion » causent, chaque année, des dégâts importants. Mais la simple possibilité de l’existence de pigeon-drones obligera peut-être nos forces de sécurité à revoir leurs moyens et leur stratégie de détection et de défense.

Dans un communiqué de presse daté du 18 mai 2026, la direction générale des armées indique avoir commandé 16 véhicules qui seront équipés d’un nouveau radar (radar en bande X Girafe 1X) pour moderniser les capacités de détection et de surveillance aérienne de l’armée de Terre. Ce radar, de fabrication suédoise, peut détecter à plusieurs kilomètres et sur 360°, des micro-drones comme des avions de combats. Comment nos forces de sécurité intérieure feront la différence entre un pigeon lambda et un « pigeon dronisé » ? Certes, les pigeons étaient, de fait, déjà détectés par tous les radars, mais leur signal n’était pas jusqu’ici priorisé, c’est-à-dire qu’ils ne déclenchaient pas d’alerte, pas encore…

 

Sommes-nous prêts pour ces nouveaux types de menace ?

 

Sources :

https://www.defense.gouv.fr/sites/default/files/ministere-armees/Esprit défense n° 16 – Eté 2025.pdf

https://www.dgse.gouv.fr/fr/la-dgse/nos-actualites/chroniques-du-secret-pigeons-voyageurs

https://information.tv5monde.com/international/pigeons-biodrones-sous-marin-capable-de-provoquer-un-tsunami-ces-nouvelles-armes-developpees-en-russie-2808582

https://www.linkedin.com/pulse/le-pigeon-biodrone-ne-sera-peut-être-pas-larme-du-futur-tewfik-hamel-x2use/

https://www.colombophiliefr.com/page-d-exemple/

https://www.defense.gouv.fr/sites/default/files/ministere-armees/Communiqué_A_La DGA commande 16 véhicules équipés d’un radar en bande X à Saab et Scania pour moderniser les capacités de détection et de surveillance aérienne de l’armée de Terre.pdf

 

cambriolage chiffres vacances

Vacances et sécurité

By Sécurité/Justice

– par Claire-Marine GROS, adjointe au Directeur de Cabinet, CRSI

À l’approche de la saison estivale, cette note synthétise les données du baromètre Odoxa-Verisure pour Le Figaro (1 005 personnes interrogées les 20 et 21 mai 2026) et les chiffres officiels du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) pour 2025, afin d’éclairer l’état du sentiment d’insécurité en France et ses manifestations spécifiques pendant les vacances.

1. Une perception dégradée de la sécurité

Le baromètre Odoxa-Verisure livre un constat préoccupant : 58 % des Français estiment que leur sécurité est mal assurée. Ce chiffre doit être mis en regard de la trajectoire récente : après une amélioration sensible (48 % de jugements négatifs en février 2025), la tendance s’est inversée depuis six mois (58 % en mai 2026).

  • Sécurité jugée « mal assurée » : 58%

  • Sécurité jugée « très mal assurée » : env. 21%

  • Sécurité jugée « assez bien assurée » : 37%

  • « Sentiment d’insécurité » personnel (« souvent » ou « de temps en temps ») : 67%

62 % des femmes jugent la sécurité mal assurée, contre 54 % des hommes. Le clivage politique est encore plus marqué : 79 % des sympathisants RN et 72 % des sympathisants LR partagent ce jugement, contre 65 % chez les sympathisants de gauche et 84 % chez les proches du parti au pouvoir.

À plus long terme, 77 % des Français estiment qu’il y a davantage d’insécurité aujourd’hui qu’il y a dix ans, 76 % qu’il y en a plus qu’il y a vingt ans, et 75 % plus qu’il y a cinquante ans.

2. Des indicateurs statistiques en hausse en 2025

Le dernier bilan du SSMSI (Ministère de l’Intérieur) pour 2025 confirme la remontée de plusieurs indicateurs après une période de stabilisation :

  • Agressions physiques : +5%

  • Violences intrafamiliales : +5%

  • Violences sexuelles : +8%

  • Viols et tentatives de viol : +9%

  • Victimes d’homicide : +1% (982 victimes)

  • Tentatives d’homicide : +5%

S’agissant des atteintes aux biens, 212 000 cambriolages de logements ont été enregistrés en 2025, soit environ 600 faits par jour. Ce volume, en légère baisse nationale (−3 %), reste très élevé et marque une recrudescence dans les zones rurales et périurbaines.

3. Les vacances, vecteur d’anxiété : données détaillées

3.1 Inquiétude pour le domicile pendant l’absence

56 % des Français se déclarent inquiets pour la sécurité de leur domicile avant de partir en vacances — soit une hausse de 9 points en sept ans. En réponse, 77 % prévoient de mettre en place un moyen de protection pendant leur absence.

  • S’entendre avec voisins/amis pour des passages réguliers : 48%

  • Mettre en place un système d’alarme télésurveillée : 33%

  • Informer la police/gendarmerie (Opération Tranquillité Vacances) : 28%

  • Mettre les objets de valeur en sécurité : 26%

  • Piloter l’éclairage à distance : 11%

  • Compter sur le chien : 7% (14 % il y a 5 ans)

  • Aucune mesure particulière : 23%

Note : l’usage des solutions technologiques (alarme, éclairage à distance) a progressé de 8 % en quatre ans.

3.2 Crainte du squat

54 % des Français disposant d’un bien « squattable » (88 % du panel) craignent que des inconnus profitent de leur absence pour occuper leur résidence, leur jardin ou leur piscine. Ce phénomène n’est pas nouveau : dès 2019, les tribunaux civils avaient rendu près de 1 130 décisions en réponse à des demandes d’expulsion d’occupants sans droit ni titre.

3.3 Insécurité perçue dans les activités de loisirs

L’enquête révèle que 85 % des personnes interrogées font de la sécurité du lieu de vacances un critère déterminant dans le choix de leur destination (+ 9 points en quatre ans par rapport à 76 % en 2022).

  • Faire du jogging seul dans un endroit inconnu : 78%

  • Laisser sa résidence de vacances sans surveillance : 73%

  • Fréquenter bars, bals, boîtes de nuit : 72%

  • Se promener dans un endroit peu fréquenté : 70%

  • Laisser son véhicule stationné (parking de plage) : 69%

  • Visiter une ville ou un site touristique inconnu : 59%

* (% des répondants percevant « beaucoup ou un peu » d’insécurité dans ces activités — Odoxa-Verisure, mai 2026)

Les grandes villes en France (80 %) et à l’étranger (76 %) figurent en tête des lieux perçus comme peu sûrs, suivies des stations balnéaires (62 %). La campagne et la montagne, jadis synonymes de quiétude, sont désormais considérées comme anxiogènes par près d’un tiers des Français.

4. Le home jacking : une menace en progression

Le home jacking — intrusion dans un domicile occupé, généralement pour dérober des clés de véhicule sous la contrainte — connaît une progression continue. Contrairement au cambriolage classique, sa nature violente génère un traumatisme psychologique durable chez les victimes.

  • Cas recensés en 2022 (OCLCO) : 475

  • Cas recensés en 2023 (+8 %) : 515

  • Estimation 2024 : env. 550

  • Part des cambriolages commis en présence des occupants (2024) : env. 40 % (vs 31 % en 2022)

  • Objectif principal : vol de véhicule (ONDRP) : 75% des cas

  • Régions les plus touchées : Île-de-France, Hauts-de-France, PACA

À noter : en juin 2026, un réseau de home jacking opérant depuis la région nantaise a été démantelé, avec un préjudice estimé à plus de deux millions d’euros. Le coordinateur du réseau dirigeait les opérations depuis sa cellule de détention. Le recours croissant à cette méthode s’explique en partie par le renforcement des systèmes antivol électroniques des véhicules modernes, qui pousse les malfaiteurs à récupérer les clés directement auprès des propriétaires.

 

Sources

  • Baromètre Odoxa-Verisure pour Le Figaro, enquête réalisée auprès de 1 005 personnes interrogées par internet les 20 et 21 mai 2026
  • SSMSI — Ministère de l’Intérieur, Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique
  • OCLCO (Office Central de Lutte contre le Crime Organisé) — statistiques home jacking 2022-2024
  • ONDRP / Daitem — données cambriolages et home jacking 2024-2025
  • Le Figaro, « Angoissés par l’insécurité, les Français appréhendent la période des vacances », 24 juin 2026