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Défense

Chiffres Immigration 2025

Chiffres de l’immigration 2025 en France

By Publications, Défense, Institutions

Derrière les chiffres de l’immigration en 2025 se dessinent des tendances lourdes et des évolutions marquantes. Ce rapport s’appuie sur les données provisoires du ministère de l’Intérieur, arrêtées au 27 janvier 2026, pour en décrypter les principaux enseignements.

Une hausse globale des entrées légales

En 2025, la France a délivré 384 000 premiers titres de séjour, soit une hausse de 11,2 % par rapport à 2024, atteignant un niveau historiquement élevé. Cette augmentation s’inscrit dans une tendance de long terme : les entrées légales annuelles ont doublé en vingt ans, pour atteindre environ 376 000 à 380 000 primo-délivrances en 2025.

Ces chiffres excluent les renouvellements de titres, les ressortissants de l’Espace économique européen et les étrangers mineurs.

Le rôle central des motifs non économiques

Contrairement à certaines représentations, l’immigration pour raisons professionnelles représente une part minoritaire des titres délivrés : seulement 13 % des primo-délivrances en 2025, en recul par rapport à 17 % en 2024.

I. L’immigration étudiante

Le motif étudiant reste le premier motif d’attribution, représentant environ 30 à 31 % des premiers titres de séjour. Cette dynamique s’accompagne d’une augmentation des visas de court séjour pour études ou stages (+5,8 %).

II. L’augmentation des motifs humanitaires

Les premiers titres de séjour pour motifs humanitaires connaissent une hausse de 65 % en un an, soit 36 000 primo-délivrances supplémentaires. Ils deviennent le deuxième motif d’attribution, représentant environ un quart des titres délivrés. Cette progression constitue l’un des principaux moteurs de la hausse globale de l’immigration.

 

La délivrance des premiers titres de séjour par motif d’admission détaillé :

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La délivrance des renouvellements de séjour par motif d’admission détaillé :

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Des flux majoritairement issus de certaines zones géographiques

Les nationalités les plus représentées parmi les bénéficiaires de titres de séjour sont :

  • Maroc
  • Algérie
  • Tunisie

Les ressortissants du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne demeurent majoritaires. Concernant l’asile, les Ukrainiens, suivis des ressortissants de la République démocratique du Congo et de l’Afghanistan, restent en tête des demandes enregistrées.

 

La délivrance des renouvellements de titres de séjour : principales nationalités par motif en 2025 :

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Une dynamique soutenue des visas

En amont des flux migratoires, la France a délivré près de 3 millions de visas en 2025, en hausse de 3,5 % par rapport à 2024.

  • 2,66 millions concernent des visas de court séjour, principalement touristiques (2 millions).
  • Les visas pour motifs touristiques (+6,4 %) et pour études ou stages (+5,8 %) sont les plus dynamiques.
  • Les principaux bénéficiaires sont les ressortissants chinois, suivis des Marocains et des Indiens.

Une hausse des éloignements sans inversion de tendance

32 379 étrangers en situation irrégulière ont quitté le territoire, soit une augmentation de 16,5 % par rapport à 2024. Cependant, cette hausse des éloignements ne compense pas celle des entrées légales, ce qui contribue à un solde migratoire positif.

Des évolutions contrastées sur l’asile et la nationalité

  • Les demandes d’asile enregistrées en GUDA sont en baisse de 10,3 %, avec 116 476 demandes en 2025
  • Le nombre de décisions accordant une protection (réfugié ou protection subsidiaire) augmente de 12,1 %, atteignant 78 782 décisions positives.
  • Les naturalisations reculent de 6,8 %, avec 62 235 acquisitions de la nationalité française, notamment en raison du durcissement des critères introduit par la circulaire du 2 mai 2025.

 

Conclusion

Les données provisoires du ministère de l’Intérieur pour 2025 montrent une hausse nette et soutenue de l’immigration en France, avec près de 384 000 premiers titres de séjour délivrés, un niveau record. Cette tendance s’inscrit dans une dynamique de long terme.

L’analyse des motifs de séjour révèle que l’augmentation ne repose pas principalement sur l’immigration de travail, dont la part recule à 13 % des primo-délivrances. Elle est surtout portée par les motifs humanitaires, en hausse de 65 % en un an, et par l’immigration étudiante, qui reste le premier motif d’attribution.

Titres valides et documents provisoires de séjour par type de document au 31 décembre :

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Pour rappel 

Données INSEE 2024

En 2024, 7,7 millions d’ immigrés vivent en France, soit 11,3 % de la population totale. 2,6 millions d’immigrés, soit 33 % d’entre eux, ont acquis la nationalité française.

La population étrangère vivant en France s’élève à 6,0 millions de personnes, soit 8,8 % de la population totale. Elle se compose de 5,1 millions d’immigrés n’ayant pas acquis la nationalité française et de 0,9 million de personnes nées en France de nationalité étrangère.

1,6 million de personnes sont nées de nationalité française à l’étranger. Avec les personnes immigrées (7,7 millions), au total 9,3 millions de personnes vivant en France sont nées à l’étranger, soit 13,6 % de la population.

48,9 % des immigrés vivant en France sont nés en Afrique. 30,9 % sont nés en Europe. Les pays de naissance les plus fréquents des immigrés sont l’Algérie (12,4 %), le Maroc (11,7 %), le Portugal (7,3 %), la Tunisie (4,9 %), l’Italie (3,6 %), la Turquie (3,4 %) et l’Espagne (3,1 %). Près de la moitié des immigrés sont originaires d’un de ces sept pays (46,4 %).

Puissance, industrie, alliances : l’autonomie stratégique européenne au test du réel

By Défense, Energie/Industrie

– Par Louis Domergue, consultant aéronautique et défense – ancien officier de réserve 

 

Le monde a rouvert le dictionnaire de la puissance. Il en applique désormais la grammaire avec une rigueur que l’Europe croyait archaïque. Les mots sont connus — capacité, endurance, cohérence, coût — et la règle est simple : ce qui n’est pas prouvé en actes sera  imposé de l’extérieur.  

Dans ce monde, l’autonomie stratégique européenne n’est ni rejetée ni applaudie : elle est évaluée. Washington, Pékin et New Delhi n’en contestent pas le principe. Ils en interrogent la  crédibilité. Cette lucidité extérieure ouvre une fenêtre : refonder l’autonomie stratégique  européenne sur le réel — et sur des règles que la France n’a jamais cessé de pratiquer.  

L’Europe s’est longtemps raconté une histoire rassurante : celle d’une puissance capable de  rendre la force inutile. Le monde, lui, vérifie nos moyens, mesure nos délais et juge notre  capacité à tenir.  

La grammaire n’est pas une idéologie : c’est l’ensemble des règles implicites de la conversation  stratégique. Il est loisible de la déplorer ; elle n’en structure pas moins les rapports de force.  Dans ce cadre, la souveraineté se constate davantage qu’elle ne se proclame ; une alliance se  juge à ses contributions ; une dépendance se paie le jour où elle devient contrainte. L’Union  européenne n’a pas vocation à devenir un État souverain. Mais elle peut, si les États la pilotent,  transformer sa force économique en capacité stratégique.  

Les perceptions de sécurité, y compris russes, structurent le risque d’escalade et rappellent que  la guerre et la langue du réel n’ont jamais disparu. La Russie ne lit plus l’Europe comme un  acteur à convaincre, mais, avant tout, comme un espace à contraindre. Dès lors, la question  posée n’est plus celle d’une vocation morale, mais celle d’une crédibilité. C’est précisément  dans ce monde dur que la chaîne de décision européenne doit redevenir lisible.  

Or un glissement s’est opéré : à la faveur des crises, l’initiative de la Commission tend à se  substituer au pilotage des États lorsque devraient prévaloir des choix politiques explicites. Il  s’agit d’une exigence de maîtrise : la force économique européenne doit être gouvernée. Cela  suppose de renforcer la main du Conseil sur les mandats, les lignes rouges et le suivi,  notamment en matière commerciale et industrielle.  

La convertir en capacité stratégique suppose trois gestes simples : sécuriser les chaînes  critiques ; cesser la naïveté commerciale lorsque des secteurs vitaux sont en jeu — et d’abord  l’alimentaire. Sans autonomie alimentaire, l’autonomie stratégique reste un mot. Une puissance  dépendante pour l’essentiel n’a pas toute sa liberté d’action : l’agriculture ne peut donc rester  une monnaie d’échange dans les accords commerciaux. Enfin, adapter le droit de la  concurrence pour permettre l’émergence de champions dans les segments décisifs.  

 Dans ce texte, « Union européenne » et « Europe » sont employés de manière interchangeable, par souci de fluidité et de rythme, sans préjuger des distinctions institutionnelles. 

Le miroir extérieur  

La multipolarité n’est ni une promesse ni une malédiction : c’est un fait. Elle peut rééquilibrer le  monde, mais seulement si les pôles sont réels — capables de dissuader, de durer, d’absorber les  coûts. Structurée, elle stabilise ; autrement, elle n’est qu’un euphémisme poli pour le retour des  zones grises, des prédations et des dépendances.  

Elle restera rugueuse, mais l’existence de plusieurs centres de puissance rééquilibre : elle  renchérit les coups de force et redonne une chance aux compromis — donc, parfois, à la paix.  Pour la France, c’est une opportunité : jouer puissance d’équilibre, coaliser sans se dissoudre et  donner à sa crédibilité une traduction européenne.  

À Washington, la lecture est moins hostile qu’exigeante. Les États-Unis ne contestent pas l’idée  d’une Europe plus autonome ; ils en redoutent les contresens. Ils la jugent à l’aune d’un critère  très simple : la capacité. Budgets, stocks, interopérabilité, disponibilité : tout se ramène à la  résilience industrielle. Lorsque l’Europe parle de stratégie, Washington demande : combien,  quand, avec quoi, et pour combien de temps. Le partenaire américain n’est pas sensible à nos  formulations ; il est sensible à nos livrables. À ses yeux, l’autonomie stratégique n’est pas un  problème si elle se traduit par le partage du fardeau et si elle renforce l’architecture de sécurité.  

À Pékin, l’analyse est plus froide encore, parce qu’elle est plus utilitariste. La Chine raisonne en  coûts stratégiques. Une Europe fragmentée est un terrain ; une Europe coordonnée devient un  obstacle. La fragmentation européenne n’est pas, pour Pékin, un débat institutionnel : c’est une  prise. Elle permet de segmenter et de choisir ses interlocuteurs, d’exploiter les contradictions et  les dépendances. Le respect, ici, n’est pas un hommage : c’est la reconnaissance d’une  cohérence qui impose un coût.  

À New Delhi, le miroir est pragmatique. L’Inde veut une multipolarité ouverte, elle cherche des  partenaires crédibles qui livrent technologies et capacités industrielles. Or, dans cette logique,  l’Union européenne apparaît souvent comme procédurale et hésitante. La France, en revanche,  est lisible : elle décide et tient des positions. Le cas des coopérations aéronautiques et navales  illustre bien cette différence.  

Ces trois regards diffèrent, mais partagent la même grammaire : cohérence, endurance,  capacité — conditions de la liberté d’action.  

Le test industriel  

Dans cette langue, l’industrie est la syntaxe : elle transforme l’intention en capacité et la décision  en endurance.  

La souveraineté effective des États tient sa source dans la puissance : voilà le cœur du  malentendu européen. Pas dans la pureté des principes, pas dans l’élégance des architectures,  pas même dans la seule légitimité juridique. La souveraineté, c’est la capacité de choisir, de  durer, d’assumer les coûts, de résister aux chantages, et de tenir une ligne lorsque le vent  tourne. La puissance, ici, est une condition d’existence. Refuser ces règles ne protège pas mais  expose.  

La guerre en Ukraine a rappelé un fait : produire en volume et dans la durée des munitions  essentielles reste un défi majeur — et l’Europe peine encore à le relever pleinement.  C’est précisément pourquoi l’industrie de défense devient centrale. Elle n’est pas un secteur  parmi d’autres ; elle est une infrastructure politique. La guerre de haute intensité — et plus  largement le retour de la conflictualité durable — a déplacé le centre de gravité de la puissance :  des seules plateformes vers l’endurance. Une armée moderne peut disposer des meilleurs  matériels mais sans munitions, sans pièces, sans capacité de maintien en condition  opérationnelle, elle devient une puissance théorique. Dans la langue du réel, cette théorisation  ne vaut rien.  

L’Europe aime l’innovation et elle a raison. Mais elle a parfois oublié une règle élémentaire :  l’innovation impressionne ; l’endurance convainc. Or elle se fabrique, se finance et se gouverne.  Et l’endurance implique de regarder l’industrie de défense comme un outil qui doit obéir à des  contraintes opérationnelles avant d’obéir à des équilibres de répartition.  

C’est ici que s’impose une rupture : sortir des réflexes des dividendes de la paix. L’Europe a pu  se permettre le confort des compromis internes au détriment de la production. Cette logique  devient un handicap lorsque l’urgence redevient la norme.  

Dans l’industrie de défense, le temps stratégique se compte en années : il faut souvent cinq,  parfois sept ans pour créer une capacité critique. Aujourd’hui, chaque retard se paie longtemps.  Une base industrielle de défense n’est pas une politique de cohésion ; c’est un outil de combat.  Sa première mission est de livrer à temps, de produire en volume, de maintenir la disponibilité,  de standardiser ce qui doit l’être, de sécuriser l’approvisionnement, et de permettre la montée  en puissance. Le partage du « gâteau » était possible lorsque l’enjeu principal était de préserver  des équilibres. Il est devenu un luxe.  

Cette rupture ne signifie pas l’abandon de la coopération. Elle signifie la fin de la coopération  comme alibi. Coopérer, désormais, doit vouloir dire : produire plus, livrer plus vite, mutualiser ce  qui doit l’être ; et accepter que certains segments soient portés par des coalitions restreintes  plutôt que par des consensus à vingt-sept.  

À ce stade, une confusion doit être levée : autonomie ne signifie pas autarcie. Aucun État  européen, pas même l’Union, ne maîtrisera seul l’ensemble des briques technologiques et  intrants critiques. L’autonomie consiste à choisir ses dépendances, à les diversifier, à les rendre  réversibles, à constituer des stocks stratégiques, à sécuriser les alternatives, à négocier des  interdépendances symétriques plutôt que d’endurer des dépendances unilatérales.  

Autrement dit : autonomie où c’est vital ; interdépendance où c’est rationnel ; jamais  dépendance subie où c’est critique. C’est ici que la question des accords avec d’autres blocs de  puissance devient nécessaire. L’Europe n’acquerra pas son autonomie stratégique en se  coupant du monde ; elle devra la gagner en choisissant les conditions de son insertion.  

C’est ce que demande Washington, ce que Pékin teste, et ce que New Delhi respecte : des  capacités qui durent.  

Souveraineté en couches  

Reste alors la question la plus délicate : que peut la France dans tout cela, et que peut l’Europe ?  L’Union européenne est une force économique remarquablement structurée ; elle n’est pas un  État souverain et ses institutions ne sont pas conçues pour. Elle dispose d’un marché, de  normes, de financements, d’instruments ; elle ne dispose pas, au même degré, d’une décision  stratégique unifiée ni d’un rapport commun au risque et à l’usage de la force. Dès lors, la  question n’est pas celle d’une souveraineté européenne abstraite, mais d’une capacité  stratégique réelle : nationale, coalitionnelle, et européenne lorsque l’Union donne l’échelle sous  pilotage des États.  

Cela ne condamne pas l’ambition européenne ; cela la clarifie. Et permet de comprendre  pourquoi la France occupe une place particulière — non par supériorité, mais par contrainte.  La France ne dirigera pas l’Europe : elle peut l’entraîner — à condition d’accepter la  différenciation, de bâtir des coalitions avec des partenaires aux priorités différentes et de  transformer les divergences en complémentarités.  

La France connaît la grammaire de la puissance depuis longtemps. Non par nostalgie, ni par  goût de domination. Par nécessité. État ancien, puissance moyenne aux intérêts globaux, elle a  appris à compenser la faiblesse relative par la stratégie ; à articuler alliances et autonomie ; à  décider lorsque le consensus est impossible. Elle a su préserver l’essentiel : des attributs  régaliens, une base industrielle de défense et une diplomatie d’équilibre.  

Certains États ont pu externaliser leur sécurité et vivre dans le confort de la protection. La  France, elle, par ses responsabilités dans la gouvernance internationale, son exposition aux  crises, ses intérêts maritimes et indo-pacifiques, n’en a jamais eu le luxe.  

Cette affirmation n’est pas une leçon. C’est une description.  

De là découle une méthode : la souveraineté en couches.  

Première couche : la couche nationale. Il existe des capacités vitales qui relèvent du cœur  régalien et ne sauraient être transférées dans le champ des compétences de l’Union  européenne : dissuasion nucléaire, renseignement, certains segments cyber, pouvoir de  décision politique, chaîne de commandement et projection de forces. La France, parce qu’elle  porte des responsabilités singulières et des intérêts globaux, doit préserver cette couche avec  une rigueur particulière. Non pour s’isoler, mais pour ne jamais être mise hors-jeu. L’effort  conventionnel, lui, se prête à la mutualisation industrielle, à la massification et aux coalitions.  

C’est dans ce cadre que s’inscrit la montée en puissance d’une dissuasion conventionnelle par  des partenaires comme la Pologne ou l’Allemagne et que la France a compris la nécessité de  passer à l’échelle ses capacités de projection globale.  

Elle a acté ce retour au réel en consacrant plus de 400 milliards d’euros à sa défense sur la  période 2024-2030. Un engagement massif déjà accéléré qui ne vaut que s’il se traduit en  cadences et capacités.  

Deuxième couche : la couche coalitionnelle. Nous ne pouvons pas tout faire. L’organisation  s’impose. Coalitions capacitaires entre Européens, partenariats structurés avec les alliés proches,  accords ciblés sur les dépendances critiques. C’est ici qu’entrent l’IA, certaines composantes technologiques, les intrants industriels, les matières premières : non comme des fantasmes  d’indépendance totale, mais comme des politiques d’interdépendances choisies. Bilatéraliser,  dans ce cadre, ne signifie pas se soustraire à l’Europe ; cela signifie construire des ponts de  capacités lorsque l’autonomie complète est irréaliste, y compris avec d’autres pôles de  puissance.  

Troisième couche : la couche européenne. L’Union, à cet égard, est irremplaçable comme  multiplicateur : standardisation, financement, commandes, massification, marché, sécurisation  de chaînes critiques. L’Europe n’est pas un substitut aux États ; elle est un amplificateur,  lorsqu’elle accepte de transformer des efforts nationaux et de coalition en puissance durable. Et  c’est pourquoi la différenciation n’est pas une faiblesse : c’est souvent la condition de l’efficacité  pour retrouver de la vitesse. Une Europe qui attend l’unanimité se condamne à l’impuissance.  

Ce raisonnement a une conséquence politique : le temps des formules générales s’achève.  L’autonomie stratégique européenne ne se construira pas par incantation, ni par une inflation de  concepts. Elle se construira par une série de décisions très concrètes : des commandes  pluriannuelles, des standards partagés, des capacités de production et de soutien, des stocks,  une chaîne d’approvisionnement sécurisée, des formations, des partenariats structurés sur les  dépendances critiques, une préférence européenne appliquée aux acquisitions de défense  conventionnelle, et une gouvernance qui privilégie l’opérationnel sur la répartition.  

Parler la langue du réel  

Le monde n’attend pas que nous soyons irréprochables, mais que nous soyons crédibles. Nous  serons jugés non à nos intentions, mais à notre capacité à décider, à produire et à tenir.  La France peut ouvrir la voie — non par prétention, mais parce que ses responsabilités l’y  obligent. Encore faut-il qu’elle entraîne les autres : organiser des coalitions, sécuriser des  interdépendances choisies, mobiliser l’échelle européenne lorsqu’elle est décisive (industrie,  standards, massification).  

Une Europe du réel ne naîtra pas d’une formule. Elle naîtra d’un choix : préférer la capacité au  confort, l’opérationnel au symbolique, la cohérence aux compromis de façade, et l’endurance  aux illusions.  

Il ne s’agit pas d’européaniser la France, ni de franciser l’Europe : il s’agit de convertir des  volontés dispersées en capacités durables.  

Le monde parle la langue du réel. L’Europe n’a pas besoin d’un nouveau récit ; elle a besoin  d’un corps. À elle de choisir : lire les sous-titres, ou parler enfin cette grammaire — des États qui  produisent et décident, une Union qui convertit l’effort en puissance commune. Car le réel ne se  discute pas : il tranche. Toujours.

Exportations d’armement de la France en 2024

By Défense, Economie, Energie/Industrie

Le 29 septembre 2025 le Ministère de l’Intérieur faisait paraître un rapport sur les exportations d’armement de la France en 2024.

 

Ce document s’organise autour de trois grands axes : la cohérence avec les priorités stratégiques nationales, le contrôle rigoureux des exportations et le soutien constant à l’industrie française de défense. La France conçoit de façon indissociable sa politique de défense et ses engagements internationaux, cherchant à concilier responsabilité stratégique et respect du droit international. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, la progression des dépenses militaires européennes, amorcée depuis plusieurs années, s’est encore accélérée. L’Allemagne occupe désormais le quatrième rang mondial en la matière, devant le Royaume-Uni, tandis que la France se situe au huitième rang et l’Italie au douzième.

Dans un premier temps, la politique d’exportation française vise à contribuer au maintien d’un équilibre international en permettant aux États agressés d’exercer leur droit légitime à la défense. À ce titre, les présidents Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky ont signé le 16 février 2024 un accord bilatéral de sécurité d’une durée de dix ans, valable tant que l’Ukraine ne sera pas entrée dans l’OTAN. Cet accord prévoit des engagements précis et identifie plusieurs domaines de coopération, tant civils que militaires. 

Entre le 24 février 2022 et le 31 décembre 2024, le soutien militaire apporté par la France à l’Ukraine est estimé à 5,9 milliards d’euros, auxquels s’ajoute la contribution nationale au financement de la Facilité européenne pour la paix (FEP), dans le cadre de la solidarité européenne, pour un montant pouvant atteindre 2,3 milliards d’euros. Sur la période 2020-2024, l’Ukraine est ainsi devenue le premier importateur mondial d’armes majeures.

En second lieu, les exportations d’armement participent activement à la vitalité économique et industrielle du pays. Elles contribuent à renforcer l’autonomie stratégique de la France, à maintenir un haut niveau de compétence technologique et à soutenir l’emploi, avec près de 220 000 postes générés dans le secteur de la défense :

  • Avant la guerre en Ukraine, la société KNDS produisait deux canons CAESAR par mois , grâce aux investissements publics réalisés depuis, la cadence a été portée à 6 unités mensuelles en 2024 et devrait atteindre 8 en 2025. De même, la production de missiles Mistral par MBDA a doublé, passant de 20 à 40 missiles par mois. 

En 2024, les prises de commandes dans le domaine de la défense ont atteint un montant total de 21,6 milliards d’euros, tirées par plusieurs grands contrats internationaux : 

  •  18 Rafale pour l’Indonésie, 12 pour la Serbie et 4 sous-marins d’attaque pour les Pays-Bas. 
  • Le secteur aéronautique concentre environ 43 % des commandes, le secteur naval 33 %, les matériels terrestres 15 %, les radars et systèmes de communication 5 %, et enfin les missiles 4 %.
  •  L’année 2024 constitue la deuxième plus importante en volume de commandes après 2022 et reflète la montée en puissance des exportations françaises vers l’Europe, qui représentent désormais 60 % du total.

La France s’impose aujourd’hui comme la deuxième puissance exportatrice mondiale d’armement, ayant quasiment triplé ses livraisons majeures à destination d’États européens entre 2015-2019 et 2020-2023. Cette progression s’explique notamment par la livraison d’avions de combat à la Grèce et à la Croatie, de frégates à la Grèce, de sous-marins aux Pays-Bas, ainsi que par le soutien militaire apporté à l’Ukraine.

Au-delà du cadre européen et de l’Alliance atlantique, la France entretient des partenariats stratégiques durables avec plusieurs grandes puissances. L’Inde, par exemple, a acquis 26 Rafale Marine ; les Émirats arabes unis, l’Indonésie et le Brésil entretiennent également des coopérations denses dans le domaine de l’armement. Par ailleurs, la France poursuit son soutien aux forces africaines et moyen-orientales engagées contre le terrorisme islamiste et les extrémismes violents, tout en offrant aux pays asiatiques souhaitant se détacher de leur dépendance vis-à-vis des matériels russes une véritable alternative technologique.

  •  En 2024, l’Asie a représenté environ 23 % des prises de commandes françaises (contre 42 % en 2023). 
  •  Proche et Moyen-Orient ont conservé une part stable d’environ 11 %.

Guerre économique : enjeux et réponses

By Défense

Guerre économique : enjeux et réponses

La BITD française fait face à une intensification des menaces économiques, notamment contre les PME. Le rapport de l’Assemblée nationale du 16 juillet 2025 détaille ces risques et présente les mesures mises en place pour sécuriser les entreprises de défense tout en soulignant leurs fragilités financières

1. Niveau de menace pesant sur la BITD

  • La Base industrielle et technologique de défense (BITD) fait face à un niveau élevé de menaces : 
    • 500 à 550 atteintes caractérisées par an contre des entités de la BITD ou de la recherche de défense. 
    • 750 à 800 alertes de sécurité économique, soit plus du double par rapport à 2020. 
  • 80 % des atteintes ciblent les PME, considérées comme des maillons vulnérables, notamment via des sous-traitants moins protégés. 
  • Typologie des menaces : 
    • Physiques : vols, intrusions 
    • Humaines : espionnage stratégique, économique ou technologique 
    • Informatiques : cyberattaques 
    • Juridiques : lawfare 
    • Capitalistiques et informationnelles 

2. Origine des menaces

  • Les menaces proviennent de tous les compétiteurs stratégiques de la France. 
  • Les plus sévères proviennent de la Russie et la Chine, mais d’autres pays concurrents dans l’industrie de défense sont également impliqués. 
  • Même certains alliés stratégiques, comme les États-Unis, peuvent exercer des pressions économiques. 

3. Réactions de l’État français

  • Renforcement des moyens d’intelligence économique et réorganisation des services pour sécuriser et promouvoir les intérêts nationaux. 
  • Acteurs clés : 
    • DGA : expertise en intelligence économique et protection des entreprises 
    • SISSE : coordination interministérielle de la protection économique et technologique 
    • DRSD et DGSE : renseignement appliqué à la BITD 
  • La protection de la BITD est désormais une priorité nationale, avec des moyens budgétaires comparables à ceux de la lutte contre le terrorisme. 

4. Dispositifs renforcés de sécurité économique

  • Investissements étrangers en France (IEF) : extension des secteurs stratégiques soumis à autorisation, durcissement des sanctions et négociations avec les investisseurs pour limiter les pertes financières. 
  • Loi de blocage de 1968 réactivée : le nombre de saisines a été multiplié par 5. 
  • Cybersécurité : augmentation des moyens pour renforcer la protection des entreprises. 
  • Autres mesures : enquêtes administratives et avis de sécurité pour le personnel de la BITD, sensibilisation des étudiants d’écoles d’ingénieurs, renforcement du cadre PPST (protection scientifique et technique) et modernisation des outils numériques. 

5. Cadre européen et international

  • Projet de création d’une équivalence européenne à la loi française de blocage de 1968. 
  • Proposition d’un label européen type “ITAR” pour encadrer les transferts d’armes et technologies sensibles. 

6. Difficultés persistantes de financement des PME de la BITD

  • Accès limité aux financements, malgré un contexte plus favorable. 
  • Financements européens (EDIP) : réservés aux matériels ≥ 65 % européens en conception et production. 
  • Fonds publics : augmentation des budgets de Definvest et du fonds innovation défense ; renforcement du rôle de l’APE via l’affectation des dividendes publics. 
  • Mobilisation de l’épargne privée : création d’un livret défense et souveraineté ou fléchage d’une partie du livret A / LDDS ; mise en place d’un crédit d’impôt pour orienter l’investissement vers les entreprises françaises et européennes. 
  • Cohérence bancaire : certaines banques refusant de financer des exportations autorisées, il est envisagé de rendre les licences d’exportation contraignantes pour elles. 

Conclusion

  • La BITD est confrontée à une montée en intensité et une diversification des menaces (800 alertes annuelles, 80 % visant les PME). 
  • L’État répond par un dispositif renforcé incluant lois, contrôles, financements, cybersécurité et coopération européenne. 
  • Vulnérabilité financière des PME reste un point de fragilité majeur. 

Revue nationale stratégique 2025

By Défense

Revue nationale stratégique 2025

Le Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDSN) publie le 14 juillet 2025 la Revue nationale stratégique 2025 (RNS).

La France et l’Europe entrent dans une ère où d’ici 2030 le risque d’une guerre majeure de haute intensité en Europe est explicitement posé par la RNS. En parallèle, il est nécessaire de se préparer aux attaques hybrides qui peuvent viser notre territoire. Ainsi, la Revue nationale stratégique 2025 considère qu’il faut un effort simultané de défense, de résilience et d’industrialisation au niveau national et européen.

La RNS met en avant une ambition 2030 articulée autour de 11 objectifs (dissuasion, résilience nationale et cyber, économie de guerre, autonomie européenne) et de voies et moyens juridiques, industriels, financiers et sociétaux pour armer la Nation.

Quatre priorités:

  1. Protéger et défendre le territoire hexagonal et ultramarin, la population et les ressortissants.
  2. Garantir la sécurité de nos intérêts et alliés extra-européens
  3. Contribuer à la stabilité de l’Indopacifique (présence outre-mer, projections)
  4. Défendre l’Europe (y compris par la dissuasion nucléaire) et assumer un rôle de Nation-cadre si nécessaire

Contexte stratégique 2025:

  • Russie: principale menace pour les intérêts français et européens. La Russie accumule les actions hostiles (cyber, sabotage, influence) et l’effort militaire s’accélère à l’horizon 2030. Le rapport recense près d’un million de morts et blessés en Ukraine depuis 2022
  • Moyen-Orient: guerre régionale indirecte et épisodes de confrontation directe Iran/Israël. Il y a un risque de déstabilisation durable
  • Chine: assertivité envers Taiwan/mer de Chine, accélération technologique (IA, spatial, quantique). Exemple : 310 essais de missiles balistiques en 2024 et tir ICBM ~12 000 km
  • Afrique: compétition stratégique, campagnes anti-occidentales, montée des risques locaux et régionaux
  • Menaces transnationales: retour de la menace djihadiste, narcotrafic structurant la criminalité organisée, cybercriminalité massive. Gros impacts sur l’économie et la cohésion nationale
  • Attaques hybrides: combinaisons informationnelles, juridiques, économiques, cyber et militaires pour fragiliser la Nation
  • Facteurs transverses: climat (+4°C envisagé en fin de siècle), biodiversité, ressources critiques et énergie (sécurisation des approvisionnements). Intégration d’horizons +30/+50 ans dans les politiques publiques

Onze objectifs stratégiques d’ici 2030 (OS):

  • OS1 Dissuasion nucléaire: robuste, indépendante, à deux composantes (océanique/aéroportée). Renouvellement décidé. La dissuasion nucléaire est la clé de voûte de la politique de défense
  • OS2 France unie et résiliente: “réarmement moral” de la Nation, continuité des services vitaux, gestion de crises intérieures (pandémies, émeutes, terrorisme), entraînement citoyen
  • OS3 Économie qui se prépare à la guerre: sécuriser matières/énergie, lever les goulots industriels, cadencer la production (ex. radars, Aster/Mistral, CAESAR, Rafale), soutenir PME/ETI/start-up, maîtriser la dette
  • OS4 Résilience cyber: gouvernance (ANSSI/COMCYBER/DGA/DGSI/DGSE, C4), NIS2, CSIRT, entraînement de la Nation, capacités d’entrave et de contre-attaque dans le respect du droit
  • OS5 Alliés fiables dans l’euro-atlantique: rôle crédible en coalition y compris en tant que Nation-cadre
  • OS6 Moteur de l’autonomie stratégique européenne: préférence européenne, consolidation des capacités et de la BITD au niveau UE
  • OS7 Partenariats de souveraineté: offre sécuritaire crédible (Afrique, Méditerranée, Moyen-Orient, Indopacifique) intégrant les outre-mer
  • OS8 Autonomie d’appréciation/souveraineté décisionnelle: renforcement des capacités de renseignement, d’anticipation inter-ministérielle et de pensée stratégique
  • OS9 Agir dans les champs hybrides: organisation défensive et réponses pour imposer des coûts aux adversaires
  • OS10 Capacité d’emporter la décision dans les opérations militaires: supériorité opérationnelle multi-milieux pour la haute intensité
  • OS11 Excellence scientifique et technologique: IA, guerre électronique, espace, quantique, drones. L’objectif est la souveraineté techno-industrielle

Voies et moyens:

Cadre normatif et organisationnel:

  • Transpositions des directives européennes cyber REC / NIS2 / DORA. Actualisation de la doctrine de défense opérationnelle du territoire (1993)
  • Plan de résilience économique: continuité des réseaux vitaux (télécoms, énergie, eau), sanctuarisation des approvisionnements critiques, cartographie des entreprises clés mobilisables, articulation UE-OTAN en gestion de crise

Économie de guerre et financements:

  • Accélérer l’armement, la création de munitions et de systèmes, sécuriser stocks et les chaînes de valeur
  • Mobiliser investisseurs publics/privés (Bpifrance, CDC, BEI). Éviter que des politiques internes ou critères ESG sur-restreignent le financement de la BITD/BITS

Cyber:

  • Former massivement, entraîner la Nation, pérenniser et renforcer les CSIRT, partager la menace

Sécurité intérieure:

  • Lutter contre l’islamisme antirépublicain avec tout le spectre des outils administratifs et judiciaires
  • Tarir les flux migratoires irréguliers exploités par des filières
  • Priorité à la lutte contre les narcotrafics
  • Renforcer la préparation NRBC (menaces nucléaire, radiologique, biologique et chimique), l’autonomie sanitaire et l’anticipation +30/+50 ans face au climat

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Les unités d’élite de la gendarmerie et de la police nationales

By Défense

Les unités d’élite de la gendarmerie et de la police nationales

Une efficacité partagée, des moyens à garantir

Dans un contexte de menaces multiformes, les unités d’élite françaises GIGN, RAID et BRI-PP s’imposent comme les piliers du dispositif national d’intervention. Le rapport d’information présenté le 2 juillet 2025 par le sénateur Bruno Belin, rapporteur spécial des crédits de la mission « Sécurités », en dresse un état des lieux précis.

Des missions critiques et complémentaires

Créées entre les années 1960 et 1980, ces unités partagent une vocation commune : répondre aux situations les plus complexes menaçant la sécurité publique. Elles interviennent sur :

  • Des prises d’otages, actes terroristes ou individus retranchés armés
  • Des interpellations à haut risque, souvent en appui de la police judiciaire
  • La protection de personnalités, de sites sensibles ou lors d’événements majeurs
  • Le rétablissement de l’ordre dans des contextes particulièrement dégradés (émeutes, établissements pénitentiaires, etc.)

Trois unités, trois structures

Bien qu’ayant un tronc commun fonctionnel, ces unités diffèrent dans leur statut et leur rattachement :

  • Le GIGN (gendarmerie) relève du statut militaire et du directeur général de la gendarmerie nationale.
  • Le RAID (police nationale) dépend du directeur général de la police nationale.
  • La BRI-PP (préfecture de police) est sous l’autorité directe du préfet de police.

Leurs effectifs sont également inégaux : environ 1 000 personnels pour le GIGN, 500 pour le RAID, et un peu plus de 100 pour la BRI-PP.

Une couverture territoriale structurée

Chaque unité agit selon un découpage géographique cohérent :

  • RAID : grandes villes et zones urbaines (zone police nationale)
  • GIGN : zones rurales et périurbaines (zone gendarmerie)
  • BRI-PP : Paris et petite couronne (avec un partage partiel avec le RAID)

Les unités centrales sont complétées par des antennes territoriales, mises en place après les attentats de 2015 pour renforcer la réactivité sur l’ensemble du territoire.

Une souplesse d’intervention est prévue en cas d’urgence absolue, via le schéma national d’intervention de 2016, qui permet à l’unité la plus proche d’intervenir, quelle que soit la zone.

Une montée en puissance opérationnelle

Le niveau d’engagement ne cesse de croître :

  • Le RAID a connu une hausse de 43 % de son activité entre 2019 et 2024, avec un quasi-doublement des interpellations à domicile.
  • Le GIGN affiche une augmentation de +285 % des missions de protection, +332 % pour les interpellations et +28 % pour les interventions.
  • La BRI-PP reste plus stable, avec environ 200 interpellations par an, et une hausse ponctuelle des interventions (26 en 2024).

Ces unités ont été sollicitées pour des événements d’ampleur comme les Jeux olympiques de Paris 2024, les troubles à Mayotte ou en Nouvelle-Calédonie.

Des moyens en progression, mais encore insuffisants

En 2024, le budget consolidé des trois unités s’élève à 140 millions d’euros en crédit de paiement, soit 0,5 % du budget total de la mission « Sécurités ». Cette hausse budgétaire accompagne l’augmentation des effectifs, l’obsolescence accélérée des équipements et la multiplication des missions.

Cependant, plusieurs limites structurelles persistent :

  • Des véhicules vétustes et inadaptés au rythme opérationnel
  • Une tension sur les effectifs dans certaines antennes territoriales
  • Des difficultés d’accès aux équipements spécifiques, notamment en balistique, à cause de procédures d’achat trop rigides
  • Des locaux exigus ou dégradés, peu compatibles avec les exigences de l’entraînement et de la réactivité

Recommandations du rapporteur

Pour garantir la pérennité et l’efficacité de ces unités, le rapport recommande notamment :

  • Le renforcement logistique outre-mer, pour permettre une meilleure projection
  • Un recours de plus en plus aux réservistes spécialisés
  • Une exemption ciblée au malus écologique pour les véhicules opérationnels
  • Une accélération des marchés publics pour les équipements de niche
  • Un plan immobilier ambitieux pour le GIGN, notamment à Versailles

Ces forces d’élite incarnent une expertise rare et une coordination renforcée au service de la sécurité nationale. Leur maintien à un haut niveau d’exigence opérationnelle appelle un engagement budgétaire soutenu et une réactivité administrative accrue

Présentation de la direction générale de l’armement

By Défense

Présentation de la direction générale de l’armement

Le 23 juin 2025, le délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva, a officialisé la création d’un Club des investisseurs de la défense destiné à contribuer au financement des entreprises de la BITD (base industrielle et technologique de défense).

La direction générale de l’armement dépend du ministère des Armées et des anciens combattants.

Dans le budget de l’État, la DGA dépend de la mission Défense et du Programme 146 “Équipement des forces”.


Les missions de la DGA

  • Équiper et soutenir les armées de façon souveraine en assurant la maîtrise d’œuvre étatique du système de défense
  • Fournir une capacité d’anticipation stratégique, technologique et industrielle pour concourir à la défense et à la sécurité nationale
  • Promouvoir une approche pragmatique de la coopération et soutenir les exportations
  • Orienter et soutenir la base industrielle de défense dans une logique de souveraineté
  • Maintenir le fondement de la dissuasion nucléaire et développer la capacité cyber du ministère au profit de la sécurité nationale

Le budget alloué

Le budget prévu pour 2025 s’inscrit dans l’objectif de souveraineté technologique de la France, face à la complexité géopolitique du monde.

  • Augmentation significative du budget
  • Renforcement de la souveraineté nationale, réponse aux nouvelles menaces, consolidation du rôle de la France au sein des alliances internationales

La priorité est donnée à la modernisation des équipements, au soutien des forces armées, ainsi qu’au développement de la défense technologique et de l’innovation stratégique.

  • 18.689.519.719 Md€ de crédits de paiement sont prévus au programme 146
  • 50,5 Md€ pour la mission Défense

Actualités

Le 16 juin 2025 :

  • Notification d’un marché de fourniture industriel pour la production des 5 années à venir
  • Environ 150 millions d’euros
  • Entreprise KNDS (européenne ; BITDE)

Du 14 au 20 juin 2025 :

  • Salon international de l’aéronautique et de l’espace au Bourget
  • Présentation par le Ministère des Armées des programmes de développement spatiaux, tels que CSO3, SYRACUSE et CERES
  • Signature par Sébastien Lecornu du Pacte Espace piloté par la DGA

Le 19 juin 2025 :

  • Réalisation du premier tir de développement du Missile d’interception de combat et d’autodéfense de nouvelle génération (MICA NG)
  • Effectué depuis un Rafale
  • Technologie plus furtive, plus performante et plus rapide
  • Travaux industriels et étatiques réalisés sous le pilotage de la DGA, maître d’ouvrage

Rapport d’information sur les enjeux et perspectives de l’économie de guerre

By Défense

Enjeux et perspectives de l’économie de Guerre

Le rapport d’information n° 1162 de l’Assemblée Nationale déposé le 20 mars 2025 vise à rapporter les enjeux et perspectives de l’économie de guerre soulevés lors des auditions de la commission de la Défense nationale et des Forces armées. Il apporte un éclairage sur les transformations à envisager pour renforcer la résilience industrielle de la France en temps de crise ou de conflit prolongé.


Contexte et définition

L’« économie de guerre » est définie non comme une économie en temps de guerre, mais comme une économie qui anticipe et se prépare à soutenir un effort militaire intense et prolongé en cas de conflit majeur

La loi de Programmation Militaire (LPM) 2019 – 2025, prévoit un budget global de 295 milliards d’euros. En 2023, les commandes adressées à la base industrielle et technologique de défense (BITD) ont atteint 20 milliards d’euros, marquant une accélération par rapport aux années précédentes. Sur la période 2012 – 2016, la moyenne annuelle des commandes BITD était de 9,5 milliards d’euros, et sur la période 2017 – 2022, de 15 milliards d’euros.

La LPM 2024 – 2030 prévoit un budget de 413 milliards d’euros. De manière générale, le budget alloué à la défense nationale ne cesse de croître.

Objectifs stratégiques

  •  Souveraineté et autonomie stratégique :
    • Réduction des dépendances critiques (titane, poudres, acier, minerais), notamment par la relocalisation de la production de poudre « gros calibre » à Bergerac
  •  Réindustrialisation :
    • Renforcement de la BITD :
      • 9 grands groupes industriels
      • 4 000 PME/ETI
      • 210 000 emplois directs
      • 30 Md€ de chiffre d’affaires annuel
  •  Adaptation aux conflits de haute intensité :
    • Production militaire accrue (munitions, drones, artillerie lourde, etc.) comme les canons CAESAR (Nexter) ou les Rafale (Dassault)

Diagnostic du rapport

  • Forces
    • Accélération des cadences de production (x5 entre 2022 – 2024)
    • Nouveaux outils juridiques : réquisitions, stocks stratégiques
    • Volonté politique affirmée (LPM 2024–2030)
  • Faiblesses
    • 30 % des entreprises BITD en difficulté d’approvisionnement (x2 par rapport à l’industrie générale)
    • 200 entreprises critiques en 2023 identifiées comme « goulets d’étranglement »
    • Accès au financement privé restreint (normes ESG pénalisantes)
    • Lourdeur normative, complexité administrative persistante

Propositions clés du rapport

Production & Relocalisation

  • Relancer les filières stratégiques (poudres, pyrotechnie, électronique de défense)

Simplification

  • Réforme des procédures de la Direction Générale de l’Armement
  • Création d’une force d’acquisition réactive

Financement

  • Création d’un Livret Défense
  • Mobilisation de l’épargne réglementée (Livret A, LDDS)
  • Soutien accru de Bpifrance et des banques commerciales

Europe de la Défense

  • Renforcement de la préférence européenne :
    • Objectif non atteint des 35 % de dépenses en coopération (actuel : 18 %)
    • 40 % des équipements européens sont achetés aux États-Unis
  • Soutien à :
    • EDIRPA (achats conjoints)
    • ASAP (munitions)
    • EDIP/EDIS (stratégie industrielle)

Innovation & Écologie de guerre

  • Création de l’Agence ministérielle pour l’IA de défense (AMIAD)
  • 2 Md€ investis dans l’IA d’ici 2030
  • Intégration des enjeux environnementaux :
    • Réduction des dépendances fossiles
    • Décarbonation des armées

Conclusions du rapport

L’économie de guerre n’est pas encore pleinement déployée mais des avancées sont constatées :

  • La disponibilité des nouveaux outils
  • Une prise de conscience stratégique amorcée
  • Un effort budgétaire engagé

Toutefois, le rapport préconise :

    • D’intensifier la mobilisation de la BITD
    • D’accroître la transparence des financements
    • De garantir une pédagogie publique sur les arbitrages budgétaires
    • D’élargir la préparation nationale (défense civile, opinion publique, éducation)
Lire le rapport
louis domergue martinique

La Martinique : un pilier stratégique de la souveraineté française

By Publications, Défense, Institutions

La Martinique : un territoire stratégique et historique au service de la  souveraineté française

Par Louis Domergue 

 


 

Française depuis 1635, bien avant des territoires comme la Franche-Comté (1678) ou encore Nice  et la Savoie (1860), la Martinique s’est imposée dès son intégration comme un levier majeur de la  puissance française. Sa position dans les Caraïbes a permis de sécuriser des routes maritimes vitales  pour le commerce transatlantique et de renforcer durablement l’influence française dans cette  région du monde. En 1946, elle est devenue l’un des premiers territoires d’outre-mer à accéder au  statut de département, consolidant ainsi son intégration à la République et affirmant son rôle  d’avant-poste de souveraineté dans la région.  

Aujourd’hui, la Martinique incarne une pièce maîtresse de la présence française dans la Caraïbe, au  cœur des enjeux sécuritaires, économiques et diplomatiques.  

Un bastion stratégique dans la Caraïbe

Carrefour maritime entre l’Europe, les Amériques et l’Afrique, la Martinique joue un rôle clé de  stabilisateur régional. Les Forces Armées aux Antilles (FAA), déployées en Martinique et en  Guadeloupe, assurent la surveillance d’une zone maritime de 4 millions de km², soit deux fois la  surface de la Méditerranée. Elles mènent des missions variées : lutte contre les trafics de drogue et  d’armes, surveillance des eaux territoriales, assistance humanitaire et intervention rapide dans les  crises régionales.  

Cette position l’expose néanmoins à des menaces croissantes. En 2022, plus de 30 % des  exportations mondiales de cocaïne ont transité par la Caraïbe, alimentant des réseaux criminels qui  fragilisent l’économie locale et exacerbent l’insécurité. À cela s’ajoutent les flux migratoires  clandestins, notamment en provenance d’Haïti, et l’intensification des rivalités internationales : la  Chine investit massivement dans les infrastructures portuaires de la région, la Russie renforce sa  présence diplomatique et économique, tandis que le Venezuela, fragilisé, demeure une source  d’instabilité.  

Dans ce contexte, moderniser les capacités des FAA, renforcer les coopérations avec les États-Unis  et les organisations régionales et adapter les infrastructures logistiques sont des impératifs pour  préserver cette position.  

Par ailleurs, dans un contexte de tensions diplomatiques, la Martinique n’échappe pas aux  stratégies d’influence étrangères. En soutenant des mouvements indépendantistes (comme le  RPPRAC – Rassemblement pour la Protection des Peuples et des Ressources Afro-Caribéens – dont  le représentant, Rodrigue Petitot, a été condamné à plusieurs reprises pour trafic de drogues et  violence avec arme et ne dispose d’aucune légitimité) par le biais du groupe d’initiative de Bakou,  l’Azerbaïdjan tente d’exacerber les tensions locales et d’affaiblir la position française sous couvert  de discours anti-coloniaux. Cette stratégie, déjà observée en Nouvelle-Calédonie, impose une  réponse diplomatique et sécuritaire ferme ainsi qu’une surveillance accrue pour neutraliser toute  tentative de déstabilisation.  

Un modèle économique à transformer

L’influence régionale de la Martinique repose aussi sur une économie résiliante, essentielle à son  développement et au bien-être de sa population.  

L’un des principaux foyers de tensions en Martinique reste le coût de la vie, qui dépasse en  moyenne de 12 % celui de la Métropole, avec des écarts atteignant 40 % sur certains produits  alimentaires. Si l’insularité explique en partie ce phénomène, la dépendance excessive aux  importations et une fiscalité spécifique, notamment l’octroi de mer, y contribuent largement. Ce  dernier, principale ressource des collectivités, alourdit les importations et alimente une inflation  structurelle via des budgets publics déséquilibrés.  

À cela s’ajoute la forte proportion de fonctionnaires (plus de 40 % des emplois salariés), dont les  primes, bien que compensatoires, entretiennent cette dynamique inflationniste en tirant vers le  haut les prix du logement et des biens de consommation, accentuant les écarts de pouvoir d’achat  avec le secteur privé.  

Au-delà des chiffres, la vie chère reflète une fragilité économique persistante, amplifiée par un tissu  productif limité et une fiscalité contraignante. Une refonte progressive des prélèvements locaux,  limitant leur effet inflationniste, et un soutien accru à l’investissement productif sont essentiels pour  préserver le pouvoir d’achat et garantir la résilience budgétaire du territoire. La réduction des  surcoûts logistiques, le soutien aux filières locales, l’insertion régionale et une transparence accrue  sur la formation des prix devront accompagner cette transformation.  

L’adhésion de la Martinique à la CARICOM (Communauté Caribéenne) le 20 février 2025 est une  avancée significative vers une intégration régionale accrue. Cette affiliation ouvre des perspectives  économiques nouvelles, facilitant les échanges avec les 21 États membres et associés. Elle permet  également d’ancrer davantage la Martinique dans un espace géopolitique structurant.  

Cependant, cette intégration impose une vigilance accrue. La gestion des flux commerciaux et la  protection des filières locales face aux importations à bas coûts en provenance des autres Etats  membres doivent être encadrées rigoureusement. Une harmonisation fiscale et douanière avec la  Métropole sera nécessaire. De plus l’ouverture économique impliquera d’encadrer les flux  migratoires qui pourraient se trouver facilités. L’objectif est de garantir à la Martinique, par une  stratégie équilibrée, les bénéfices de son double ancrage caribéen et français.  

Des annonces techniques, sans réponse structurelle

Le projet de loi contre la vie chère, annoncé en mars 2025 par le ministre des Outre-mer, vise à  renforcer le contrôle des prix et de la concurrence, à instaurer un suivi sectoriel plus strict, et à  soutenir les acteurs économiques affectés par les tensions sociales. La réforme de l’octroi de mer a  été évoquée, mais sans échéancier ni orientation claire.  

Ces annonces, largement dictées par l’urgence sociale de fin 2024 et la pression politique du  RPPRAC, ne sauraient tenir lieu de stratégie de transformation. L’architecture fiscale locale, fondée  sur l’octroi de mer, renchérit mécaniquement les produits importés, alimente les budgets publics  sans incitation à l’efficience, et accentue les inégalités entre secteur public et privé. Une réglementation dense, des aides mal ciblées et l’absence de leviers pour la production locale sont  au cœur du problème.  

Cibler les distributeurs et renforcer la régulation peut répondre à une pression politique  immédiate, mais ne produit pas de transformation durable. Une réforme utile supposerait de  réduire les surcoûts logistiques, de simplifier le cadre fiscal, et de construire un environnement  économique réellement incitatif pour produire, investir et recruter localement.  

Un socle culturel à intégrer dans l’action publique

La culture martiniquaise ne se limite pas à une vitrine identitaire : elle constitue un système vivant  d’organisation sociale, de reconnaissance mutuelle et d’expression collective. Trois temps forts  structurent notamment l’année et mobilisent l’ensemble du territoire : les Chanté Nwèl, le Carnaval  et le Tour des Yoles.  

Les Chanté Nwèl, qui débutent dès la mi-novembre, sont bien plus que des veillées de chants  religieux en créole. Ce sont des rassemblements communautaires où la musique, la cuisine  (boudin, schrubb, pâtés), la mémoire et la convivialité s’entrelacent. Organisés par des associations,  des mairies, des entreprises ou des familles, ils réactivent les solidarités locales à une période  charnière du calendrier.  

Le Carnaval, au cœur du mois de février, est un exutoire collectif à la fois festif et subversif, où la  rue devient espace de transgression ritualisée. Par ses vidé, ses jours thématiques (Mariage  burlesque, Mercredi des Cendres), ses reines et ses groupes à pied, il permet une mise en scène  codifiée des tensions sociales, des formes de satire politique, mais aussi une respiration nécessaire  dans le rythme de l’année.  

Le Tour des Yoles, dont la prochaine édition aura lieu du 27 juillet au 3 août 2025, est un  événement unique dans la Caraïbe. Il associe sport de haut niveau, transmission d’un savoir-faire  maritime ancestral, et mobilisation populaire à grande échelle. Chaque étape redessine une carte  affective du littoral, chaque yole incarne une commune, une équipe, une histoire. Ce n’est pas un  simple spectacle nautique, c’est une mise en mouvement du territoire.  

Autour de ces grands moments gravitent d’autres pratiques tout aussi structurantes : les fêtes  patronales, les soirées bèlè, les commémorations de l’abolition de l’esclavage, les concours de  cuisine, la Toussaint vécue comme une célébration. Toutes participent d’un rapport à la  transmission, à l’espace public, à la mémoire.  

Comprendre ces formes culturelles, ce n’est pas “faire local” : c’est prendre acte de ce qui fonde les  équilibres sociaux, les dynamiques d’adhésion ou de rejet, les représentations de la légitimité. Une  politique publique sérieuse ne peut s’y soustraire.  

Freiner l’exode des jeunes : une urgence sociale et économique

Chaque année, environ 4 000 Martiniquais quittent l’île pour la Métropole, attirés par des  opportunités éducatives et professionnelles plus favorables. Cet exode, amplifié par un chômage structurel (15 % en moyenne, 40 % chez les jeunes), prive la Martinique de ses forces vives et  affaiblit son tissu économique.  

Pour inverser cette tendance, il est indispensable de structurer des filières porteuses d’avenir. Le  numérique, l’énergie (valorisation du solaire et de la géothermie pour plus d’autonomie,  intégration d’un smart grid pour compenser l’intermittence), l’agrotransformation et les circuits  courts offrent des perspectives prometteuses.  

Des programmes d’investissement ciblés et des mesures favorisant le retour des talents expatriés,  soutenus par des incitations fiscales spécifiques, pourraient renforcer l’attractivité économique  locale. En parallèle, des partenariats plus étroits entre les entreprises locales et les établissements  d’enseignement supérieur en Métropole et dans la Caraïbe contribueraient à limiter la fuite des  compétences tout en valorisant les jeunes talents martiniquais.  

Valoriser pleinement les atouts économiques

Malgré ses fragilités, la Martinique dispose d’atouts uniques qui pourraient constituer les  fondements d’un développement économique plus résilient. Le rhum agricole, seul au monde à  bénéficier d’une AOC, génère environ 100 millions d’euros par an et représente 40 % des  exportations agricoles de l’île. Ce produit emblématique pourrait être davantage valorisé par le  développement du “spiritourisme”, sur le modèle des circuits écossais autour du whisky, attirant  des visiteurs tout en dynamisant l’économie locale.  

Le tourisme, bien qu’identifié comme un levier économique, reste un secteur fragile et les  stratégies passées n’ont pas permis de structurer une filière durable et compétitive. En 2023, la  Martinique a franchi le seuil symbolique du million de visiteurs, générant plus de 500 millions  d’euros de retombées économiques. Si cette progression est encourageante, elle masque une  réalité plus préoccupante : l’île reste à la traîne par rapport à ses voisins. Sainte-Lucie attire  davantage avec trois fois moins d’habitants, et la République dominicaine enregistre onze millions  de visiteurs.  

Face à cette concurrence, la Martinique ne peut viser l’augmentation mécanique des flux et doit  engager une stratégie de différenciation. L’enjeu est de construire une offre touristique plus lisible,  qualitative, ancrée dans les circuits économiques locaux. Spiritourisme, écotourisme, tourisme de  séjour long et accueil de nomades digitaux doivent structurer un repositionnement ambitieux,  fondé sur la valeur plutôt que sur la masse.  

Le développement économique de la Martinique doit se faire par un choix clair des filières à  privilégier, dont la viabilité réelle et la longévité sont démontrées. Les stratégies généralistes  doivent être évitées pour privilégier les secteurs avec un avantage comparatif certain.  

Conclusion : un levier stratégique pour la France

La Martinique ne peut être pensée comme une simple périphérie française, mais comme un levier  stratégique au service de la puissance nationale. Trois axes majeurs doivent guider son avenir :  

  • Faire de la Martinique une position stratégique avancée, par la modernisation et le renfort  des FAA, le développement des alliances régionales et la consolidation du rôle sécuritaire du  territoire.  
  • Stimuler un développement autonome et compétitif par la réduction de la dépendance aux  importations, la structuration de filières d’avenir et le soutien au retour des jeunes talents.  
  • Inscrire son développement dans une intégration régionale maîtrisée, par la préservation des  intérêts locaux et le maintien de liens solides avec la Métropole.  

À l’horizon 2040, la Martinique doit devenir un modèle d’innovation et de stabilité. Elle peut et doit  s’imposer comme un acteur clé de la souveraineté sécuritaire et diplomatique française dans la  Caraïbe et en Amérique latine. Avec les investissements adéquats, elle pourra se transformer en  modèle d’autonomie régionale et d’innovation.  

La France renforcera non seulement son rayonnement, mais également sa capacité à s’adapter aux  défis stratégiques, économiques et énergétiques du XXIe siècle. 


Sources

Taube, M. (24 octobre 2024). Marcellin Nadeau à Bakou pour décoloniser la Martinique : trahison d’État ? L’édito de Michel Taube. Opinion Internationale.

Marianne. (12 décembre 2023). Les voyages tous frais payés de deux députés ultramarins en Azerbaïdjan pour dénoncer le colonialisme français. Marianne.

France Info. (30 octobre 2024). Outre-mer, terres d’ingérences ? France Info.

Le Monde. (5 mai 2024). Outre-mer : des indépendantistes attaqués par l’exécutif sur leurs liens avec l’Azerbaïdjan. Le Monde.

Le Figaro. (13 novembre 2024). Ingérence de l’Azerbaïdjan en Martinique : la France ne doit pas tendre l’autre joue. Le Figaro.

Le Nouvel Observateur. (21 novembre 2024). Pourquoi l’Azerbaïdjan veut en découdre avec la France. Le Nouvel Obs.

Le Point. (7 juin 2024). L’Azerbaïdjan accentue sa campagne contre le néocolonialisme de la France. Le Point.

France-Antilles. (10 février 2025). Marcellin Nadeau : « Je ne crois pas à la concurrence libre et non faussée en Martinique ». France-Antilles.

La France, deuxième puissance exportatrice d’armement en 2024

By Défense

La France, deuxième puissance exportatrice d’armement en 2024

En 2024, les exportations d’armement français ont connu une croissance remarquable, atteignant plus de 18 milliards d’euros de commandes, soit une augmentation de 10 milliards d’euros par rapport à 2023. Cette performance, qualifiée de « deuxième meilleure année de notre histoire » par le Ministre des Armées le mardi 7 janvier 2025, témoigne de la vitalité de l’industrie de défense française, deux ans après avoir enregistré un record de 26,9 milliards d’euros d’armement exporté.

Cette année a été marquée par plusieurs contrats significatifs :

  • Naval Group a décroché un contrat de 5,6 milliards d’euros pour l’exportation de 4 sous-marins Barracuda aux Pays-Bas.
  • L’Indonésie a commandé 18 Rafales supplémentaires (dernière tranche des 42 Rafales commandés) et 2 sous-marins Scorpène Evolved.
  • Trois contrats de plus de 200 millions d’euros ont été signés pour l’exportation de Drones Patroller en Grèce, de Canons Caesar en Lituanie et de Corvettes en Angola.

Il est à noter que 50% des exportations ont été réalisées vers des pays européens.

Pour 2025, les perspectives sont également encourageantes. Le Ministre des Armées a annoncé l’exportation de 14 hélicoptères Caracal vers l’Irak et a mentionné des négociations en cours pour la vente de 3 sous-marins Scorpène à l’Argentine et de 3 autres à l’Inde.

Ces chiffres et ces contrats illustrent la dynamique positive des exportations d’armement français et le rôle majeur de l’industrie de défense dans l’économie nationale.