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Sécurité/Justice

La Hougue, St-Vaast-La-Hougue, Normandie

Les Français et les vacances : une affection ambiguë

By Publications, Sécurité/Justice

Les Français et les vacances : une affection ambiguë

Par Florestan Tétaz, chargé de mission au CRSI

 

 

Une étude d’Europ Assistance, reprise par l’IPSOS, interroge les Français sur leur intention de départ en vacances estivales. A l’aune de la pause augustienne, il est de bon ton de tirer les conclusions des aspirations et comportements des Français.

Une montée des critères sécuritaires

L’analyse des intentions de vacances révèle une bascule nette dans les critères de décision des voyageurs français au cours des deux dernières années.

Le risque de conflit armé s’impose désormais comme un facteur déterminant pour une majorité de voyageurs (56%), avec une progression de 13 points en un an et de 42 points en deux ans – une hausse d’une ampleur rare pour ce type d’indicateur. Ce critère s’accompagne d’une vigilance élargie : le risque terroriste (47%, +13 pts), le risque d’attaque personnelle (45%, +8 pts) et le risque de troubles sociaux (30%, +7 pts) progressent tous simultanément, dessinant un climat de préoccupation sécuritaire généralisé plutôt que ciblé sur un seul type de menace.

Fait notable, cette vigilance dépasse le seul cadre des zones de conflit ouvert. Le climat politique d’un pays de destination est désormais jugé essentiel par 39% des voyageurs (+6 points par rapport à l’année précédente, +12 points sur deux ans). Les États-Unis font à ce titre une entrée remarquée parmi les destinations considérées comme « à éviter » pour raisons politiques, se positionnant en troisième rang derrière la Russie et l’Ukraine, un signe que la lecture sécuritaire du voyage s’étend désormais à des pays habituellement perçus comme sûrs.

Cependant, la vigilence n’entrave pas le désir de départ

Le second enseignement, plus contre-intuitif, est l’absence de corrélation mécanique entre la montée de ces préoccupations et un recul des intentions de voyage.

D’une part, l’enthousiasme à l’idée de partir atteint un niveau inédit : 82% des Français se déclarent enthousiastes à l’idée de voyager, et la même proportion prévoit effectivement de partir cet été, le taux le plus élevé enregistré depuis dix ans! Cet engouement traverse toutes les générations, des plus jeunes (91% des 18-24 ans) aux seniors (83% des 65 ans et plus).

D’autre part, et c’est le point le plus significatif sur le plan analytique, les destinations identifiées comme sensibles ne voient pas leur fréquentation réelle diminuer en conséquence. Dans le cas des États-Unis pour ne citer qu’eux, aucun déclin mesurable n’est constaté dans les choix effectifs de destination, malgré la défiance politique exprimée. Le risque géopolitique semble donc s’intégrer au raisonnement des voyageurs sans se traduire par un renoncement systématique à la destination concernée.

Une vigilence plutôt qu’un frein

Les Français intègrent de plus en plus la donnée sécuritaire et géopolitique dans leur grille de lecture du monde, ce qui traduit une sensibilité accrue à l’instabilité internationale. Ils n’y sacrifient pas pour autant leurs projets estivaux, les facteurs économiques jouant un rôle plus important à cet égard.

Le voyageur français de 2026 apparaît ainsi comme un acteur qui voyage avec la conscience du risque plutôt que malgré lui.

Une prédilection pour le territoire national

Les Français se distinguent nettement de leurs voisins européens par leur attachement au tourisme domestique. Deux tiers des voyageurs ayant déjà arrêté leur destination (67%) prévoient de passer leurs vacances en France, contre seulement 44% des Européens qui optent pour un séjour dans leur propre pays, un écart de plus de vingt points qui place la France comme l’un des marchés les plus autocentrés d’Europe en matière de tourisme estival. Plus d’un tiers de ces vacanciers (36%) prévoient même de rester exclusivement dans l’Hexagone durant toute la période estivale. Cette propension s’accompagne toutefois d’une concentration géographique marquée : les destinations privilégiées demeurent, année après année, les mêmes trois régions : PACA (26%), Bretagne (22%, en forte progression de 6 points) et Occitanie (22%); auxquelles s’ajoute également une préférence dominante pour le littoral : deux tiers des Français choisissant la mer comme cadre de vacances plutôt que la montagne, la campagne ou la ville. Cette tendance s’explique en grande partie par un ancrage local fort dominant le départ à l’étranger : 44% des vacanciers qui resteront en France motivent leur choix par le fait de retourner dans un lieu déjà connu, au contraire d’une appétence bien plus marquée pour la nouveauté chez ceux qui envisagent l’étranger. Le tourisme domestique français apparaît ainsi comme un phénomène à la fois massif et national.

La RATP face aux agressions envers ses agents

La RATP face aux agressions envers ses agents

By Publications, Sécurité/Justice

Agressions à la RATP : une hausse continue, un accompagnement renforcé

Par Florestan Tétaz, membre du Cabinet du CRSI

 

Une hausse continue, année après année des aggressions : en 2025, la RATP a recensé 1 303 atteintes à l’intégrité physique et 3 129 outrages ou menaces, soit 1 835 plaintes déposées. Ces chiffres confirment une tendance de fond : en 2023 déjà, l’entreprise comptabilisait plus de 1 200 agressions au total, principalement sur les machinistes, agents de station, de contrôle et du GPSR. 

Sanctions encourues :

– Outrage : jusqu’à 6 mois de prison et 7 500 € d’amende

– Menace de crime/délit : 3 ans et 45 000 €

– Violence sans ITT : 3 ans et 45 000 €

– Violence avec ITT : 5 ans et 75 000 €

– Mutilation/infirmité permanente : 10 ans et 150 000 €

– Circonstance aggravante systématique : statut d’agent chargé d’une mission de service public

Un accompagnement qui se renforce : permanence juridique 24h/24 et 7j/7, suivi psychologique gratuit via l’IAPR (Institut d’accompagnement psychologique et de ressources) et séances d’EMDR pour les traumatismes. Ce dispositif s’étoffe d’année en année : déjà près de 1 300 agents accompagnés par l’IAPR en 2023, contre près de 800 agents ayant bénéficié spécifiquement d’un suivi EMDR depuis 2023.

Une France à la traîne sur la sécurité - CRSI

GPI 2026 : la France recule, la criminalité en cause

By Publications, Sécurité/Justice

La France, mauvais élève de la paix en Europe

Global Peace Index 2026 — Institute for Economics & Peace (IEP)

Par Sixte Paire, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

1. Positionnement

La France occupe le 99ᵉ rang mondial sur 163 pays dans le Global Peace Index 2026, avec un score de 2,083 (une légère hausse de score, donc une dégradation, de 0,010 point sur un an). Ce classement place la France en dernière position parmi les 33 pays de la région Europe occidentale et centrale, qui reste par ailleurs la région la plus pacifique du monde. La tendance de long terme est également orientée à la baisse : le rapport classe la France parmi les pays en dégradation continue depuis plusieurs années (« UP-LONG », c’est-à-dire une hausse du score sur longue période, donc une baisse de la paix).

99ᵉ / 163

Rang mondial

33ᵉ / 33

Rang régional (dernier)

2,083

Score GPI 2026

 

2. Ce qui explique la dégradation

Sécurité et criminalité

La dégradation française sur l’année écoulée (-0,5 % environ, en score composite) est portée principalement par le domaine « Sécurité et sûreté sociétale », qui s’est dégradé de 2 %, sous l’effet conjoint de la criminalité violente et de la perception de la criminalité par la population.

– Plus d’une personne sur quatre en France déclare ne pas se sentir en sécurité en marchant seule la nuit.

– Un peu moins d’une personne sur dix déclare avoir été victime d’un crime violent au cours de l’année écoulée, le taux le plus élevé de toute la région Europe occidentale et centrale.

Mouvements sociaux

Le rapport souligne les troubles civils importants de septembre 2025 : le mouvement de contestation « Bloquons tout » a rassemblé des centaines de milliers de personnes dans la rue en opposition aux mesures d’austérité du gouvernement, entraînant des affrontements avec les forces de l’ordre et plus de 300 interpellations.

Militarisation

À l’échelle régionale, l’Europe occidentale et centrale a vu son domaine « Militarisation » se dégrader de 2,5 %, dans un contexte de hausse générale des budgets de défense (les membres européens de l’OTAN ont augmenté leurs dépenses de 20 % en termes réels en 2025). Si le rapport ne détaille pas de chiffre isolé pour la France sur ce point, il classe le pays comme l’une des grandes puissances militaires « en transition », son influence relative se concentrant désormais sur la puissance militaire expéditionnaire plutôt que sur le poids économique global.

 

3. Contexte : le déclin économique relatif des grandes puissances européennes

Le rapport situe la trajectoire française dans une tendance plus large de recul du poids économique des grandes puissances européennes historiques. La part de la France dans le PIB mondial est passée de 5,2 % en 1995 à 2,9 % en 2023 (-44 %), un recul comparable à celui de l’Allemagne (-49 %), du Royaume-Uni (-27 %) et de l’Italie (-42 %). Le rapport associe cette érosion à une dette publique élevée et à un chômage persistant, et note que la France se repositionne progressivement comme acteur militaire expéditionnaire plutôt que comme pilier économique de l’ordre mondial.

Sur le plan diplomatique, le rapport mentionne le traité historique signé par la France et la Pologne en mai 2025, qui inclut des clauses de sécurité mutuelle, seulement le deuxième accord de ce type signé par la France.

 

4. Comparaison avec ses voisins européens

– Islande (1ʳᵉ mondiale) : pays le plus pacifique au monde pour la 19ᵉ année consécutive.

– Allemagne (28ᵉ mondiale, 19ᵉ régionale) : dégradation de 4,1 %, portée par une hausse de 8,3 % du domaine Sécurité, liée notamment à une hausse de 40 % des crimes à motivation politique en 2024.

– Royaume-Uni (39ᵉ mondiale, 25ᵉ régionale) : dégradation de 3 %, tirée par le domaine Conflits en cours (présence militaire extérieure significative).

– Belgique (21ᵉ mondiale, 13ᵉ régionale) : plus forte dégradation régionale (-4,8 %), portée par la Militarisation.

Dans cet ensemble, la France se distingue par le fait qu’elle reste, malgré ces dégradations chez ses voisins, le pays le moins pacifique de toute la région Europe occidentale et centrale.

 

5. Ce qu’il faut retenir

– La France est à la 99ᵉ place mondiale, dernière position de la région la plus pacifique du monde.

– Il y a une forte dégradation portée par la criminalité perçue et vécue, plus que par un conflit armé au sens strict.

– Les tensions sociales de l’automne 2025 (mouvement « Bloquons tout ») sont explicitement citées comme facteur de dégradation.

– Le recul du poids économique français s’inscrit dans une tendance européenne plus large, avec un repositionnement du pays vers la puissance militaire expéditionnaire.

 

 

Source : Institute for Economics & Peace, Global Peace Index 2026 (20e édition, publié en juin 2026, 163 pays couvrant 99,7 % de la population mondiale).

Les contraintes et le statut des sapeurs-pompiers volontaires

Les contraintes et le statut des sapeurs-pompiers volontaires

By Publications, Institutions, Sécurité/Justice, Travaux des adhérents

Les contraintes et le statut des sapeurs-pompiers volontaires

Par Fabrice Parabère, adhérent au CRSI

 

Avant-propos

Cet article constitue un focus précis, rigoureux et indépendant sur l’univers, les contraintes et le statut des sapeurs-pompiers volontaires de France. Il est rédigé en dehors de toute attache ou démarche syndicale.

Son unique vocation est de porter, avec une stricte neutralité institutionnelle, la voix de ces milliers de femmes et d’hommes silencieux qui font le choix du civisme au quotidien. C’est le témoignage lucide d’acteurs de terrain qui, face à la sursollicitation opérationnelle et aux carences administratives, arrivent aujourd’hui au terme de leur capacité à agir. Entendre leur réalité, sans intermédiaire et sans fard, n’est plus une option : c’est un impératif de sécurité nationale.

Sapeurspompiers volontaires : la force vive de la résilience et des valeurs républicaines

L’été installe son décor habituel : vagues de chaleur, chassés-croisés estivaux et risques accrus de feux de végétation. Si cette période s’apparente à une trêve pour une majorité de citoyens, elle représente pour les services d’incendie et de secours l’un des pics opérationnels les plus critiques de l’année. Pourtant, ces crises médiatisées ne sont que la partie émergée d’un engagement quotidien, silencieux et confronté à de profondes mutations structurelles. Le secours français : un modèle porté par le civisme

Le modèle de sécurité civile français repose de manière asymétrique sur le civisme. Les données officielles font apparaître une dépendance absolue envers les effectifs non professionnels. Aujourd’hui, les sapeurs-pompiers volontaires représentent 78 % des effectifs nationaux. Sans eux, la continuité des secours s’effondrerait immédiatement, d’autant que le rythme des interventions est effréné : la sécurité civile enregistre en moyenne une intervention toutes les 7 secondes sur le territoire national.

Dans de nombreux territoires ruraux et périurbains, cette dépendance devient totale : les volontaires y couvrent 100 % des forces de secours disponibles. Dans ces zones, ils sont le seul et unique rempart face aux accidents, aux incendies et aux détresses médicales

Un pilier de la résilience républicaine et de ses valeurs

Au-delà de la réponse technique à l’urgence, le volontariat est l’expression la plus pure de la résilience républicaine. Il incarne le refus d’une société passive et matérialise sur le terrain la devise de notre République.

La Fraternité en action d’abord. Donner de son temps et risquer son intégrité physique pour secourir son prochain sans distinction constitue le ciment du lien social et républicain.

L’Égalité territoriale ensuite. En garantissant la présence de secours partout, le volontariat permet de maintenir la promesse républicaine de l’égalité des citoyens devant la détresse, peu importe leur code postal.

La cohésion nationale et le civisme enfin. Cet engagement forge une citoyenneté active où l’intérêt général prime sur l’individualisme. Le centre de secours devient un laboratoire de mixité sociale et générationnelle, unie sous le même drapeau et les mêmes valeurs de probité et d’altruisme.

La formation et le maintien des acquis : une exigence d’experts

Être volontaire exige aujourd’hui un niveau de technicité identique à celui des professionnels. Le maintien des compétences est devenu un défi quotidien.

On assiste d’abord à une pluridisciplinarité subie. Les volontaires doivent maîtriser des compétences pointues allant des techniques de réanimation médicale aux feux de forêt de nouvelle génération, en passant par les risques technologiques ou les interventions liées aux crises climatiques.

Cela impose ensuite le sacrifice du temps libre. Ce maintien des acquis exige des dizaines d’heures de manœuvres, de formations continues et de recyclages annuels obligatoires. Ce temps est directement prélevé sur les week-ends, les soirées et les congés personnels, transformant l’engagement en une véritable obligation de performance continue.

Face au vide institutionnel : le dernier service public de proximité

La hausse continue des interventions s’explique par un phénomène sociologique lourd : la désertification des services publics.

Le centre de secours est devenu le guichet unique de la détresse. À mesure que ferment les services publics et surtout les cabinets médicaux, il reste le dernier repère accessible 24h/24.

Le système paie ainsi le coût des carences sanitaires. La saturation des urgences hospitalières et la raréfaction des médecins de garde transforment par défaut les sapeurs-pompiers en transporteurs sanitaires ou en assistants sociaux d’urgence. Le volontaire pallie les défaillances structurelles de l’État dans les territoires isolés. Cette sollicitation permanente pour des carences de soins épuise les effectifs.

La triple journée : l’impact invisible sur la vie privée et professionnelle

Ce choix de vie repose sur un équilibre de plus en plus précaire, qualifié de triple journée.

Il y a le grand écart professionnel. Le volontaire doit conjuguer ses obligations de salarié ou d’artisan avec l’imprévisibilité de l’urgence. Quitter son poste au milieu d’une réunion, rattraper ses heures tard le soir ou gérer la fatigue professionnelle après une intervention nocturne exige une discipline personnelle immense et la bienveillance , trop rare ,de l’employeur. Certains SDIS ne mettent pas en place la politique de disponibilité qu’il souhaite déployer aux entreprises !

Et il y a la charge mentale de la famille. Pour les proches, le volontariat se traduit par le déclenchement brutal du « bip », des repas interrompus et une inquiétude latente. C’est le conjoint qui assume, au pied levé, la gestion des enfants et de la maison lors d’un départ impromptu. Le volontariat est, par nature, un engagement familial invisible mais total et souvent oublié.

Un impératif politique : le choix de la vérité et du direct face au filtre bureaucratique

Face à une pression opérationnelle qui frôle la rupture, le temps des hommages saisonniers, des rapports lissés et des promesses bureaucratiques est révolu. La survie de notre modèle de secours n’est plus une affaire de gestion administrative, mais un enjeu de courage politique.

Entendre le terrain, sans filtre ni intermédiaire. Nous exigeons d’être entendus directement, sans passer par les canaux institutionnels habituels, souvent trop longs, filtrés et édulcorés par le politiquement correct. Les décideurs, au plus haut niveau de l’État, doivent être confrontés à la réalité brute des casernes. Le système technocratique, s’il a sa place dans la gestion, est devenu un écran qui masque l’urgence sociale et opérationnelle. C’est la voix de ceux qui agissent qui doit désormais dicter les réformes.

Notre demande s’inscrit pas en contre mais au côté de nos propres institutions représentatives .

Pour que nos décideurs puissent répondre objectivement et de façon concrète aux réalités des ces citoyens républicains.

 

Des revendications de bon sens, sans démesure. 

Les sapeurs-pompiers volontaires ne demandent rien d’extraordinaire. Ils n’exigent pas de privilèges, mais un juste retour de la Nation : une meilleure protection sociale et médicale face aux risques de leur métier, la sécurisation de leur vie de famille, et une solide reconnaissance législative et citoyenne.

Une union sacrée face à un engagement universel. Puisque les sapeurs-pompiers interviennent pour tous, sans distinction d’opinion, d’origine ou de condition, la réponse de la Nation doit être unanime. La sécurité civile ne peut pas être une variable d’ajustement ni le terrain de compromis partisans. Elle exige un consensus républicain absolu et immédiat.

Une reconnaissance indissociable de la chaîne de secours. Cette exigence de vérité vaut pour l’ensemble du modèle. L’action publique doit valoriser avec la même force les sapeurs-pompiers du terrain  qui s’exposent quotidiennement  et leur encadrement, qui assume la responsabilité des choix stratégiques et protège ses troupes sous une pression institutionnelle constante.

Conclusion

Le volontariat n’est pas une variable budgétaire : il constitue la colonne vertébrale de la résilience française et l’incarnation vivante de nos valeurs républicaines. Face aux défis climatiques qui s’intensifient et aux fractures territoriales, la protection de ce modèle est une urgence de sécurité nationale.

Parce qu’ils vont là où l’instinct humain refuse d’aller, les sapeurs-pompiers volontaires ont droit à une parole respectée et à des actes concrets. Garantir leur protection et reconnaître leur place centrale dans la Nation est le seul moyen de préserver ce modèle unique de solidarité. Un modèle où, quoi qu’il arrive, ces femmes et ces hommes resteront fidèles à leur engagement : partants, présents, et debout pour que vive la République.

Les mineurs non accompagnés (MNA) en France

Les mineurs non accompagnés (MNA) en France

By Publications, Institutions, Sécurité/Justice

Par F. Tétaz, membre du Cabinet du CRSI

Définition

Un mineur non accompagné (MNA) est une personne de moins de 18 ans, de nationalité étrangère, séparée sur le territoire français des titulaires de l’autorité parentale. Trois critères cumulatifs le définissent : minorité, isolement, extranéité. Le droit international impose une protection spéciale : la CIDE (article 20) garantit à tout enfant privé de son milieu familial une aide de l’État. Le droit interne, fonde la compétence de l’aide sociale à l’enfance (ASE) pour ces mineurs. Ils sont considérés comme des mineurs en danger, leur statut d’enfant prévaut toujours sur celui d’étranger.

 

Modalités d’accueil (financières et logistiques)

L’accueil provisoire d’urgence, ou « mise à l’abri », est obligatoire durant l’évaluation. En 2019, 46 % des jeunes étaient hébergés en établissements de l’ASE, 35 % à l’hôtel, 16 % chez des tiers de confiance et 3 % autrement. La Cour des comptes relève un recours croissant à l’hôtel depuis 2016. Les plus vulnérables sont orientés vers des structures adaptées. Sur le plan financier, l’État compense partiellement les départements : un forfait de 500 euros par jeune évalué, plus une indemnité journalière d’hébergement, soit 1 940 euros maximum. Une aide exceptionnelle complète ce dispositif, mais reste limitée face au coût réel, estimé à 50 000 euros par jeune et par an.

 

Évolution des chiffres : vagues et raisons

Le phénomène est identifié depuis les années 1990 (premières arrivées vers Paris, la Seine-Saint-Denis, les Bouches-du-Rhône), mais prend une ampleur nouvelle dans les années 2010. Le nombre de MNA pris en charge par l’ASE progresse fortement : 13 020 en 2016, 20 950 en 2017, 28 411 en 2018, 31 009 en 2019. Cette vague s’explique par les crises dans les pays d’origine (guerres, conflits, pauvreté), l’influence des réseaux sociaux vantant une vie meilleure en Europe, et le développement des routes migratoires méditerranéennes. En 2019, le flux se stabilise autour de 17 000 nouvelles admissions annuelles. L’année 2020 marque une rupture brutale : le stock chute de plus de 32 % (23 461 jeunes), et seulement 9 524 MNA sont admis, soit -43 % par rapport à 2019, du fait de la fermeture des frontières liée à la Covid-19. Le profil évolue aussi : la part des plus de 17 ans bondit à 43 % en 2020 (contre 13,5 % en 2019), et celle des jeunes maghrébins passe de 10,6 % à 18,4 %, tandis que le poids des trois pays historiques d’origine des MNA (Guinée, Mali, Côte d’Ivoire) recule de 60 % à 49,6 % des arrivées. Depuis début 2021, les arrivées ont retrouvé un rythme soutenu.

Situation des MNA lors du rapport (2020-2021)

Fin 2020, 23 461 MNA sont pris en charge par l’ASE (contre 31 009 fin 2019). Ils représentent 15 à 20 % des effectifs de l’ASE selon l’ADF (Assemblée des départements de France), et 19 % des jeunes hébergés. En 2019, les MNA sont composés à 95,5 % de garçons et 4,5 % de filles, ces dernières étant souvent victimes de traite. En 2020, 94 % des MNA admis ont plus de 15 ans et 80 % plus de 16 ans, une proportion en forte hausse par rapport aux années précédentes.

Répartition territoriale 

L’accueil des MNA est concentré dans certains départements, liés aux points d’entrée sur le territoire et aux diasporas déjà installées : Paris, la Seine-Saint-Denis, le Val-d’Oise, les Bouches-du-Rhône, le Nord, la Haute-Garonne, la Gironde et la Loire-Atlantique. Un mécanisme de péréquation nationale, piloté par le ministère de la Justice, redistribue les jeunes entre départements selon des critères démographiques et d’éloignement géographique, afin de limiter cette concentration.

Comparaison européenne

Le profil des MNA accueillis en France diffère de la moyenne européenne. En 2017, moins de 5 % des MNA arrivés en France étaient afghans, alors que les jeunes afghans représentaient plus de 50 % des MNA à l’échelle européenne. La France se distingue ainsi par une dominante Afrique subsaharienne francophone (Guinée, Côte d’Ivoire, Mali), tandis qu’à l’échelle du continent, les arrivées via la Grèce et la route des Balkans (Afghans, Syriens, Irakiens) pèsent davantage. Les voies d’entrée varient aussi selon les profils : l’Espagne (Maghrébins, Africains subsahariens via les Canaries), l’Italie (Tunisiens, Africains subsahariens et de la Corne de l’Afrique via la Libye), la Grèce (Afghans, Syriens, Irakiens, Somaliens), et la Manche vers l’Angleterre, où plusieurs centaines de mineurs vivent dans des camps autour de Calais et Dunkerque.

Problématiques majeures et solutions proposées

Manque de données statistiques : aucun appareil de suivi global du parcours des MNA. 

 Recommandation : développer un système statistique d’ensemble.

– Hétérogénéité des évaluations départementales : le « faisceau d’indices » est appliqué de façon inégale, certains départements refusant le fichier AEM. 

Recommandations : généraliser le contrôle documentaire et biométrique, harmoniser les pratiques.

– Recours excessif à l’hôtel : hébergement inadapté et accompagnement social limité durant la mise à l’abri.

Recommandations : incitation financière pour privilégier des structures adaptées.

– Insécurité juridique des « mijeurs » : jeunes non admis à l’ASE mais continuant de revendiquer leur minorité, privés de la plupart de leurs droits. 

Recommandations : délivrance d’une autorisation provisoire de séjour.

– Délinquance résiduelle mais médiatisée : un noyau de jeunes se disant mineurs, souvent en réalité majeurs, commet des vols en bande. 

Recommandations : répartition nationale en détention, équipes mobiles santé et socio-éducatives.

– Compensation financière de l’État jugée limitée : l’aide de l’État ne couvre qu’une fraction du coût réel supporté par les départements. 

Recommandations : renforcer les mécanismes de compensation.

– Sécurisation du statut juridique : le président du conseil départemental est à la fois juge et partie dans l’évaluation.

Solution structurelle proposée par l’IGA (Inspection générale de l’administration) : créer une cour judiciaire départementale collégiale, spécialisée dans l’examen de la minorité et de l’isolement.

Tendance générale

Le rapport dégage une tendance de fond à la hausse structurelle du nombre de MNA jusqu’en 2019, portée par les crises dans les pays d’origine et l’essor des routes migratoires. L’année 2020 constitue une rupture conjoncturelle, liée à la fermeture des frontières sanitaires, mais non un retournement durable : dès le début de 2021, les arrivées retrouvent un rythme soutenu. Le cadre juridique et administratif se renforce progressivement (référentiel national, fichier AEM, réforme du financement), sans toutefois résorber l’hétérogénéité des pratiques départementales. Le phénomène MNA s’installe ainsi comme un enjeu structurel et durable de la protection de l’enfance en France, plutôt que comme une crise ponctuelle.

 

Source : IGAS/IGA/IGJ, Évaluation de la prise en charge des jeunes se déclarant mineurs non accompagnés (MNA), Rapport n°2020-099R / 20108-R / 2020/00195, mai 2021.

 

LE CRIME ORGANISÉ EN EUROPE

Le crime organisé en Europe

By Publications, Sécurité/Justice

Crime organisé : l’Europe face à des « entreprises criminelles »

Par Sixte Paire, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

Un état des lieux sans précédent du crime organisé

Vendredi 26 juin 2026 à Bruxelles, Europol a dévoilé la deuxième édition de son évaluation des réseaux criminels les plus menaçants pour l’Union européenne, recensant 731 structures actives regroupant plus de 400 000 membres issus de 118 nationalités. Ce chiffre, en baisse apparente face aux 820 réseaux de 2024, masque une recomposition permanente du paysage criminel : 76 % des organisations d’alors ont disparu ou fusionné, mais 533 nouveaux réseaux ont aussitôt émergé, tandis qu’un noyau dur d’environ 198 groupes subsiste sans discontinuer. Le profil-type dressé par les enquêteurs est celui de structures « agiles, sans frontières, dominantes et destructrices », que le directeur exécutif d’Europol, Jürgen Ebner, compare désormais ouvertement à des « entreprises mondiales » dotées d’une assise financière solide et de structures juridiques formelles.

Une criminalité polymorphe, économique avant tout

Si le trafic de stupéfiants reste l’activité principale d’environ un tiers des réseaux, l’évaluation souligne la diversification croissante des sources de revenus comme la fraude, l’atteintes aux biens, la traite des êtres humains, le trafic de migrants, le blanchiment qui traduit un « degré élevé d’adaptabilité » plutôt qu’une spécialisation rigide. Deux tendances dominent : l’essor de la « criminalité en tant que service », avec des structures se spécialisant dans la fourniture de prestations à d’autres organisations (23 réseaux dédiés au seul blanchiment pour le compte de tiers), et l’explosion de la cybercriminalité, avec plus de 120 marques actives de rançongiciels et l’apparition de l’intelligence artificielle comme accélérateur d’opérations frauduleuses. « Tout le crime est aujourd’hui nourri en ligne, accéléré par l’IA et la technologie », a résumé Jürgen Ebner.

L’économie légale, principal point d’appui

L’un des constats les plus préoccupants du rapport tient à l’imbrication croissante entre criminalité organisée et économie formelle : Europol révèle que 85 % des réseaux les plus menaçants utilisent des structures commerciales légales pour dissimuler leurs activités et blanchir leurs profits. Conséquence directe pour les autorités, l’arrestation des têtes de réseau ne suffit plus : « si l’arrestation de figures clés peut déstabiliser un réseau, de nouveaux acteurs émergent souvent pour exploiter les opportunités qui en résultent », souligne Europol, qui plaide pour un changement de doctrine consistant à cibler en priorité les infrastructures financières, numériques et logistiques permettant à ces organisations de se reconstituer presque instantanément.

Focus France : la « mexicanisation » du narcotrafic

Cette évaluation est replacée dans le contexte des ports du nord de l’Europe et de la façade méditerranéenne française, où la ‘Ndrangheta calabraise domine l’approvisionnement en cocaïne en gros et la Mocro Maffia maroco-néerlandaise contrôle les flux via Rotterdam et Anvers. En France, c’est la « DZ Mafia » qui a émergé depuis 2023 dans les quartiers nord de Marseille avant d’essaimer vers Lyon, Nantes ou Clermont-Ferrand, au prix d’une guerre des gangs meurtrière contre le clan rival « Yoda ». Cette dynamique confirme à l’échelle locale les constats d’Europol : un marché estimé à plusieurs milliards d’euros annuels, des points de deal présents dans près de 80 % des communes, et une violence, assassinats, attaques contre des établissements pénitentiaires,  qui traduit la capacité de ces réseaux à « s’adapter rapidement aux perturbations ».

Les réponses des forces de l’ordre européennes

Face à cette menace, l’évaluation met en avant plusieurs opérations significatives menées ces derniers mois :

– Une coordination policière belge, française, allemande, italienne et néerlandaise mobilisée à plusieurs reprises pour démanteler des « structures claniques » aux ramifications internationales actives dans toute l’UE et au-delà ;

– Plusieurs coups de filet d’envergure, dont un en Albanie (dix membres présumés arrêtés, extension à Chypre et Israël) et un autre ayant conduit à 23 arrestations et à la saisie de 35,7 millions d’euros en espèces, comptes et cryptomonnaies, ainsi que 36 véhicules et des biens immobiliers ;

– Le renforcement des dispositifs de coopération entre grands hubs logistiques européens, à l’image de l’« Alliance portuaire » lancée en 2024 pour sécuriser les terminaux conteneurs face à l’infiltration criminelle.

Le rapport Europol dresse le portrait d’une criminalité organisée européenne ayant achevé sa mutation vers un modèle quasi-entrepreneurial : flexible, internationalisée, technophile et adossée à l’économie légale , « une menace existentielle pour les États de l’Union », selon les mots mêmes de l’agence. La situation marseillaise, avec l’essor de la DZ Mafia, n’apparaît ainsi pas comme une exception française mais comme la déclinaison locale d’une dynamique continentale, justifiant l’appel d’Europol à une réponse pensée à l’échelle européenne plutôt que strictement nationale.

 

Source : 

– Le Figaro – Les réseaux criminels emploient 400 000 personnes en Europe par Christophe Cornevin

– Evaluation d’Europol « The Blueprint of Criminal Opportunism », publiée le 26 juin 2026.

 

cambriolage chiffres vacances

Vacances et sécurité

By Sécurité/Justice

– par Claire-Marine GROS, adjointe au Directeur de Cabinet, CRSI

À l’approche de la saison estivale, cette note synthétise les données du baromètre Odoxa-Verisure pour Le Figaro (1 005 personnes interrogées les 20 et 21 mai 2026) et les chiffres officiels du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) pour 2025, afin d’éclairer l’état du sentiment d’insécurité en France et ses manifestations spécifiques pendant les vacances.

1. Une perception dégradée de la sécurité

Le baromètre Odoxa-Verisure livre un constat préoccupant : 58 % des Français estiment que leur sécurité est mal assurée. Ce chiffre doit être mis en regard de la trajectoire récente : après une amélioration sensible (48 % de jugements négatifs en février 2025), la tendance s’est inversée depuis six mois (58 % en mai 2026).

  • Sécurité jugée « mal assurée » : 58%

  • Sécurité jugée « très mal assurée » : env. 21%

  • Sécurité jugée « assez bien assurée » : 37%

  • « Sentiment d’insécurité » personnel (« souvent » ou « de temps en temps ») : 67%

62 % des femmes jugent la sécurité mal assurée, contre 54 % des hommes. Le clivage politique est encore plus marqué : 79 % des sympathisants RN et 72 % des sympathisants LR partagent ce jugement, contre 65 % chez les sympathisants de gauche et 84 % chez les proches du parti au pouvoir.

À plus long terme, 77 % des Français estiment qu’il y a davantage d’insécurité aujourd’hui qu’il y a dix ans, 76 % qu’il y en a plus qu’il y a vingt ans, et 75 % plus qu’il y a cinquante ans.

2. Des indicateurs statistiques en hausse en 2025

Le dernier bilan du SSMSI (Ministère de l’Intérieur) pour 2025 confirme la remontée de plusieurs indicateurs après une période de stabilisation :

  • Agressions physiques : +5%

  • Violences intrafamiliales : +5%

  • Violences sexuelles : +8%

  • Viols et tentatives de viol : +9%

  • Victimes d’homicide : +1% (982 victimes)

  • Tentatives d’homicide : +5%

S’agissant des atteintes aux biens, 212 000 cambriolages de logements ont été enregistrés en 2025, soit environ 600 faits par jour. Ce volume, en légère baisse nationale (−3 %), reste très élevé et marque une recrudescence dans les zones rurales et périurbaines.

3. Les vacances, vecteur d’anxiété : données détaillées

3.1 Inquiétude pour le domicile pendant l’absence

56 % des Français se déclarent inquiets pour la sécurité de leur domicile avant de partir en vacances — soit une hausse de 9 points en sept ans. En réponse, 77 % prévoient de mettre en place un moyen de protection pendant leur absence.

  • S’entendre avec voisins/amis pour des passages réguliers : 48%

  • Mettre en place un système d’alarme télésurveillée : 33%

  • Informer la police/gendarmerie (Opération Tranquillité Vacances) : 28%

  • Mettre les objets de valeur en sécurité : 26%

  • Piloter l’éclairage à distance : 11%

  • Compter sur le chien : 7% (14 % il y a 5 ans)

  • Aucune mesure particulière : 23%

Note : l’usage des solutions technologiques (alarme, éclairage à distance) a progressé de 8 % en quatre ans.

3.2 Crainte du squat

54 % des Français disposant d’un bien « squattable » (88 % du panel) craignent que des inconnus profitent de leur absence pour occuper leur résidence, leur jardin ou leur piscine. Ce phénomène n’est pas nouveau : dès 2019, les tribunaux civils avaient rendu près de 1 130 décisions en réponse à des demandes d’expulsion d’occupants sans droit ni titre.

3.3 Insécurité perçue dans les activités de loisirs

L’enquête révèle que 85 % des personnes interrogées font de la sécurité du lieu de vacances un critère déterminant dans le choix de leur destination (+ 9 points en quatre ans par rapport à 76 % en 2022).

  • Faire du jogging seul dans un endroit inconnu : 78%

  • Laisser sa résidence de vacances sans surveillance : 73%

  • Fréquenter bars, bals, boîtes de nuit : 72%

  • Se promener dans un endroit peu fréquenté : 70%

  • Laisser son véhicule stationné (parking de plage) : 69%

  • Visiter une ville ou un site touristique inconnu : 59%

* (% des répondants percevant « beaucoup ou un peu » d’insécurité dans ces activités — Odoxa-Verisure, mai 2026)

Les grandes villes en France (80 %) et à l’étranger (76 %) figurent en tête des lieux perçus comme peu sûrs, suivies des stations balnéaires (62 %). La campagne et la montagne, jadis synonymes de quiétude, sont désormais considérées comme anxiogènes par près d’un tiers des Français.

4. Le home jacking : une menace en progression

Le home jacking — intrusion dans un domicile occupé, généralement pour dérober des clés de véhicule sous la contrainte — connaît une progression continue. Contrairement au cambriolage classique, sa nature violente génère un traumatisme psychologique durable chez les victimes.

  • Cas recensés en 2022 (OCLCO) : 475

  • Cas recensés en 2023 (+8 %) : 515

  • Estimation 2024 : env. 550

  • Part des cambriolages commis en présence des occupants (2024) : env. 40 % (vs 31 % en 2022)

  • Objectif principal : vol de véhicule (ONDRP) : 75% des cas

  • Régions les plus touchées : Île-de-France, Hauts-de-France, PACA

À noter : en juin 2026, un réseau de home jacking opérant depuis la région nantaise a été démantelé, avec un préjudice estimé à plus de deux millions d’euros. Le coordinateur du réseau dirigeait les opérations depuis sa cellule de détention. Le recours croissant à cette méthode s’explique en partie par le renforcement des systèmes antivol électroniques des véhicules modernes, qui pousse les malfaiteurs à récupérer les clés directement auprès des propriétaires.

 

Sources

  • Baromètre Odoxa-Verisure pour Le Figaro, enquête réalisée auprès de 1 005 personnes interrogées par internet les 20 et 21 mai 2026
  • SSMSI — Ministère de l’Intérieur, Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique
  • OCLCO (Office Central de Lutte contre le Crime Organisé) — statistiques home jacking 2022-2024
  • ONDRP / Daitem — données cambriolages et home jacking 2024-2025
  • Le Figaro, « Angoissés par l’insécurité, les Français appréhendent la période des vacances », 24 juin 2026

 

loi Philippine

La loi « Philippine » : l’allongement de la rétention des étrangers sous OQTF

By Publications, Sécurité/Justice

Par un membre du Cabinet du CRSI

Initiée par la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio puis portée dans sa version finale par le député Charles Rodwell, la loi « Philippine » allonge jusqu’à 210 jours la rétention des étrangers dangereux sous OQTF. Adopté en juin 2026 pour faciliter les expulsions, ce texte reste toutefois suspendu à la validation du Conseil constitutionnel.

CONTEXTE ET ENJEUX POLITIQUE

Le 21 septembre 2024, Philippine Le Noir de Carlan, étudiante de 19 ans, est enlevée puis tuée dans le bois de Boulogne. L’homme mis en examen, un ressortissant marocain en situation irrégulière déjà condamné pour viol, était sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et venait d’être libéré d’un centre de rétention administrative (CRA) de Metz, faute de laissez-passer consulaire délivré à temps par son pays d’origine. 

L’affaire devient le symbole d’un dispositif d’éloignement qui interpelle, retient, puis relâche, sans jamais parvenir à expulser.

De ce drame naît un texte qui en porte depuis le nom, bien qu’il n’en traite qu’un aspect : durcir la rétention administrative pour donner du temps à l’État afin d’exécuter l’éloignement des étrangers jugés les plus dangereux. 

I. UN PREMIER ÉCHEC : LA CENSURE DU 7 AOÛT 2025

Une première version, déposée au Sénat par la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio (LR), est adoptée par le Parlement durant l’été 2025. Elle visait déjà à porter à 210 jours la rétention administrative des étrangers condamnés pour des faits graves et présentant un fort risque de récidive.

Le 7 août 2025, le Conseil constitutionnel censure l’essentiel du dispositif, le jugeant disproportionné au regard de l’article 66 de la Constitution (« Nul ne peut être arbitrairement détenu ») : le texte pouvant s’appliquer à des étrangers condamnés pour des infractions pas nécessairement graves, ou sans que l’administration caractérise une menace actuelle et grave.

La décision suscite une vague de critiques de toute la droite contre un « gouvernement des juges » non élus, jugé indifférent à la sécurité des Français.

Conséquence concrète relevée par le rapporteur du futur texte, Charles Rodwell : faute de base légale, cinq personnes condamnées pour apologie du terrorisme ou association de malfaiteurs terroriste sont remises en liberté à l’expiration du délai de 180 jours.

II. CE QUE CONTIENT LA LOI ADOPTÉE LE 16 JUIN 2026

Réécrite et soumise à l’avis du Conseil d’État, une seconde version est portée par le député Charles Rodwell (Ensemble pour la République, Yvelines), cosignée par 145 parlementaires.

Définitivement adoptée le 16 juin 2026 par 345 voix contre 177, elle modifie quatre points du droit des étrangers.

  1. Rétention portée à 210 jours, sous conditions resserrées. La durée maximale de rétention administrative, actuellement de 90 jours, peut être prolongée à titre exceptionnel jusqu’à 210 jours, sous trois conditions cumulatives : la personne fait l’objet d’une mesure d’éloignement, elle représente une menace « réelle, actuelle et d’une particulière gravité » pour l’ordre public, et elle a été définitivement condamnée pour un crime ou un délit puni d’au moins cinq ans d’emprisonnement (viol, actes de torture, séquestration aggravée, vol à main armée…). Le régime de 210 jours pour les condamnés pour terrorisme, supprimé par la censure de 2025, est rétabli à l’identique.
  2. Un contrôle judiciaire resserré. Pour répondre à la censure de 2025, chaque prolongation exceptionnelle devra désormais être validée par le juge des libertés et de la détention (JLD), qui apprécie la proportionnalité au regard de la dangerosité du profil.
  3. Une « rétention de sûreté terroriste ». Ce dispositif post-peine permet de placer, à l’issue de leur incarcération, des personnes condamnées pour terrorisme jugées à risque de récidive et adhérant à une idéologie terroriste dans un centre de soins fermé.
  4. Une injonction d’examen psychiatrique. Le préfet pourra contraindre certaines personnes signalées pour radicalisation et troubles psychiatriques à se soumettre à un examen psychiatrique.
    Le rapporteur cite en exemple l’attaque au couteau de la station Bir-Hakeim, à Paris, en décembre 2023, qui avait fait un mort et deux blessés.

 

Charles Rodwell évalue à « quelques dizaines de personnes par an » le nombre de profils concernés par l’allongement de la rétention.

III. UN PARCOURS PARLEMENTAIRE DE PLUS D’UN AN

Le texte rassemble, dans l’hémicycle, une coalition inédite : 

  • POUR : le socle gouvernemental, Les Républicains, les centristes et le Rassemblement national.
  • CONTRE : LFI, le Parti socialiste, les Écologistes et le Parti communiste. Ils dénoncent un texte « de communication », « aussi inefficace que dangereux ».
Date Étape
21 sept. 2024 Meurtre de Philippine Le Noir de Carlan, bois de Boulogne.
Été 2025 Première version (sén. Eustache-Brinio, LR) adoptée par le Parlement.
7 août 2025 Censure quasi-totale par le Conseil constitutionnel (art. 66 de la Constitution).
8 avril 2026 Dépôt de la proposition de loi Rodwell, cosignée par 145 parlementaires.
13-16 avril 2026 Examen en première lecture à l’Assemblée nationale.
5 mai 2026 Adoption en première lecture à l’Assemblée (345 voix contre 177).
Juin 2026 Accord en commission mixte paritaire, puis vote du Sénat.
16 juin 2026 Adoption définitive par l’Assemblée nationale (345 voix contre 177).

IV. UNE EFFICACITÉ CONTESTÉE : LE VRAI GOULOT D’ÉTRANGLEMENT

En 2025, la France a délivré 137 550 OQTF, davantage que tout autre État membre de l’Union européenne, pour seulement 14 940 retours effectifs vers un pays tiers, soit un taux d’exécution national de 10,9 %, contre une moyenne de 27,5 % dans l’UE. L’Allemagne, avec presque trois fois moins d’OQTF délivrées, a pourtant renvoyé près du double de personnes.

Pays / zone OQTF émises (2025) Retours effectifs hors UE Taux d’exécution
France 137 550 14 940 10,9 %
Allemagne 55 240 29 295 ≈ 53 %
Moyenne UE 491 950 135 460 27,5 %

 

Les obstacles structurels, documentés par le Sénat et la Cour des comptes, tiennent davantage au refus des pays d’origine de délivrer des laissez-passer consulaires, à des difficultés d’identification dans 20 à 30 % des cas, et à un parc de seulement 2 000 places réparties dans 26 centres de rétention administrative. La loi Philippine ne modifie aucun de ces trois leviers ; elle vise seulement à donner plus de temps à l’administration pour obtenir, dans ce délai allongé, les documents qui font aujourd’hui défaut.

V. LE CONTEXTE : UNE SÉQUENCE SÉCURITAIRE SOUS TENSION

Le vote du 16 juin intervient dans un climat alourdi par une autre affaire qui pèse sur le débat, le meurtre, fin mai 2026, de Lyhanna, collégienne de 11 ans tuée dans le Gers par un homme de nationalité française déjà visé par plusieurs plaintes pour viol sur mineure, non traitées par la justice

Cette affaire interroge avant tout les défaillances de la chaîne judiciaire, et non le droit des étrangers, mais Charles Rodwell s’en est explicitement saisi à la tribune, déclarant que « notre République a perdu la capacité de protéger ses enfants ».

VI. ET MAINTENANT ?

Adopté par les deux chambres, le texte n’est pas encore promulgué. La gauche a annoncé son intention de saisir le Conseil constitutionnel, comme elle l’avait fait avec succès en 2025. 

Charles Rodwell se dit cette fois confiant dans la solidité juridique du dispositif, ayant suivi l’avis du Conseil d’État et intégré le contrôle du juge des libertés et de la détention que les Sages avaient réclamé. En cas de saisine, le Conseil constitutionnel dispose d’un mois pour statuer (huit jours en cas d’urgence demandée par le Gouvernement) ; la loi ne pourra être promulguée avant sa décision.

Sources : LCP-Assemblée nationale (7 août 2025 ; 13-16 avril, 16 juin 2026) ; France Info (5-6 mai, 16 juin 2026) ; Le JDD (8 août 2025, 16 juin 2026) ; Europe1 (15-16 juin 2026) ; CNEWS (16 juin 2026) ; Conseil constitutionnel, décision n° 2025-895 DC du 7 août 2025 ; Conseil d’État, avis du 27 novembre 2025 ; Touteleurope.eu / Eurostat (données 2025) ; Banque des territoires-Localtis (6 mai 2026) ; Doc du Juriste (8 mai 2026) ; Planet.fr, Le Figaro, franceinfo (affaire Lyhanna, juin 2026).

 

Lyhanna note situation

Affaire Lyhanna, note de situation

By Sécurité/Justice

Sources : parquets, communiqués officiels, France Télévisions, France 24

 

RÉSUMÉ

L’affaire Lyhanna est une affaire criminelle survenue dans le département du Gers (Occitanie). Elle concerne la disparition le 29 mai 2026 puis la mort de Lyhanna, collégienne âgée de 11 ans, domiciliée à Fleurance (Gers). Le principal suspect, Jérôme Barella, 41 ans, est mis en examen pour enlèvement, séquestration puis meurtre sur mineure de moins de 15 ans. L’affaire met en lumière des dysfonctionnements graves dans le traitement de plaintes antérieures visant le suspect, reconnus publiquement par le chef de l’État et le garde des Sceaux.

 

CHRONOLOGIE DES FAITS

Antécédents du suspect (2017–2025)

2017

  • Un signalement est effectué par la gendarmerie pour une relation entre Jérôme Barella et une mineure de 17 ans. L’affaire est classée sans suite, la relation étant qualifiée de consentie au regard de la loi en vigueur. 

2018 – 2021

  • Jérôme Barella est employé comme agent de maintenance au sein de plusieurs établissements scolaires publics du Gers, gérés par la Région Occitanie. En 2021, il fait l’objet d’une procédure disciplinaire à la suite d’un signalement pour comportement « inapproprié » envers une lycéenne. Il est licencié. 

2022

  • Une plainte pour viol sur une enfant de 7 ans est déposée à son encontre. Elle est classée sans suite.

août 2025

  • Une mère dépose plainte pour viols présumés commis sur sa fille de 10 ans (amie des filles de Barella). Le dossier est enregistré le 22 août 2025. Selon la procureure de la République d’Auch, Clémence Meyer, la plainte est transmise par voie postale fin 2025 et parvient au parquet d’Auch en décembre 2025. Ce dernier ne la transmet à la gendarmerie de Lectoure que le 9 janvier 2026. Jérôme Barella n’est jamais convoqué ni entendu dans ce cadre.
  • Selon des éléments rapportés dans le cadre de l’enquête, un autre père de famille dépose ultérieurement plainte pour agression sexuelle sur sa fille de 11 ans lors d’une soirée pyjama organisée au domicile du suspect.

début 2026 

  • La justice ordonne le placement en garde à vue de Jérôme Barella dans le cadre de la plainte d’août 2025. Cette mesure n’est pas exécutée. 

vendredi 29 mai 2026

  • Lyhanna, 11 ans, quitte son établissement scolaire à Fleurance en fin de journée et n’arrive pas à son domicile. Une disparition inquiétante est signalée. D’importantes opérations de recherche sont immédiatement engagées par les forces de l’ordre (gendarmerie, plongeurs, unités cynophiles).

samedi 30 mai 2026

  • Un témoin indique avoir vu Lyhanna monter dans le véhicule d’un homme peu après sa sortie du collège. L’exploitation des images de vidéosurveillance de Fleurance permet d’identifier rapidement Jérôme Barella. Jérôme Barella est placé en garde à vue.

lundi 1er juin 2026

  • Jérôme Barella est mis en examen pour enlèvement et séquestration de mineur de moins de 15 ans et placé en détention provisoire. Il conteste toute implication et refuse de répondre aux questions de la juge d’instruction.

mardi 3 juin 2026

  • La procureure de la République d’Auch, Clémence Meyer, tient une conférence de presse sur l’état des recherches. Des révélations sur le passé professionnel du suspect émergent : la Région Occitanie confirme son licenciement en 2021 pour comportement inapproprié. 

jeudi 4 juin 2026

  • Un corps est découvert à Puycasquier, dans une zone rurale du Gers, à une quinzaine de kilomètres de Fleurance, à proximité d’un silo agricole d’une coopérative pour laquelle Barella avait travaillé.
  • Une nouvelle plainte pour viol est déposée à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) contre le suspect, pour des faits commis en 2023. Une jeune fille dit avoir reconnu son agresseur sur des photographies.

vendredi 5 juin 2026

  • Le procureur de la République d’Agen, Olivier Naboulet, annonce dans un communiqué officiel que les analyses génétiques confirment qu’il s’agit du corps de Lyhanna. L’information judiciaire est requalifiée en meurtre sur mineure de moins de 15 ans
  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu réunit à Matignon les ministres de l’Intérieur, de la Justice et des Comptes publics pour un point de situation.
  •  Le président de la République Emmanuel Macron, en déplacement au Monténégro, déclare publiquement : « Il est clair qu’il y a un dysfonctionnement (…) et c’est inacceptable » et annonce vouloir « clarifier les responsabilités ».
  • Le garde des Sceaux Gérald Darmanin présente ses excuses à la famille de Lyhanna et aux Français « au nom de la Justice » et déclare que « l’institution judiciaire n’a pas su protéger » l’enfant. Il annonce l’ouverture d’une enquête administrative conjointe confiée à l’Inspection générale de la Justice (IGJ) et à l’Inspection générale de la Gendarmerie nationale (IGGN).

 

Réactions institutionnelles et suites

samedi 7 juin 2026

  • Une marche blanche organisée à Fleurance rassemble environ 6 000 personnes en hommage à Lyhanna.
  • Le garde des Sceaux Gérald Darmanin annonce sur LCI le réexamen de l’intégralité des plaintes impliquant des enfants victimes, soit environ 70 000 dossiers, à mener d’ici au 14 juillet 2026 par l’ensemble des parquets.

lundi 8 juin 2026

  • Les procureurs généraux des 36 cours d’appel de France sont convoqués à 08h30 à la Chancellerie par le garde des Sceaux pour une réunion de travail consacrée à la revue des plaintes concernant les enfants victimes.
  • Gérald Darmanin déclare : « Il n’y a pas un haut magistrat qui va partir en vacances » tant que le recensement n’aura pas été effectué.
  • Des rassemblements devant les tribunaux sont organisés dans de nombreuses villes de France à l’initiative de collectifs féministes et de protection de l’enfance.

 

DYSFONCTIONNEMENTS IDENTIFIÉS

Profil du suspect

Jérôme Barella, né en 1985, réside à Montestruc-sur-Gers. Il est père de deux enfants. Lyhanna était amie avec ses filles. Au total, le suspect fait l’objet, au moment des faits, de quatre plaintes pour viols sur mineurs et de deux signalements, sans avoir jamais été entendu par les enquêteurs dans aucun de ces cadres.

  • La plainte déposée en août 2025 pour viol sur une enfant de 10 ans n’a été transmise par le parquet d’Auch à la gendarmerie de Lectoure que le 9 janvier 2026, soit plus de quatre mois après son enregistrement.
  • Quatre mois avant la disparition de Lyhanna, la justice avait ordonné le placement en garde à vue de Barella dans le cadre de cette plainte, mesure qui n’a pas été exécutée.
  • Le licenciement disciplinaire de 2021 pour comportement inapproprié dans un établissement scolaire n’a pas donné lieu à des poursuites pénales.
  • Les plaintes de 2022 ont été classées sans suite.

Ces éléments font l’objet de l’enquête administrative conjointe IGJ / IGGN, dont les premières conclusions doivent être remises au Premier ministre dans un délai de 15 jours (demande formulée le 5 juin 2026).

 

État de la procédure au 8 juin 2026

  • Jérôme Barella est mis en examen pour meurtre sur mineure de moins de 15 ans et placé en détention provisoire.
  • Il conteste toute implication et refuse de répondre aux questions de la juge d’instruction.
  • Une enquête administrative conjointe IGJ / IGGN est en cours.
  • La revue de 70 000 plaintes concernant des enfants est en cours de lancement par les parquets généraux, avec échéance au 14 juillet 2026.
  • Les causes exactes du décès et la question de violences sexuelles restent à établir dans le cadre de l’information judiciaire.
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Rodéos urbains et rave-parties : le Sénat veut durcir la riposte

By Sécurité/Justice

Par un membre du CRSI

À l’issue de quatre mois de travaux comprenant vingt auditions et un déplacement dans le département de l’Essonne, la mission d’information transpartisane de la commission des lois du Sénat formule 28 propositions concrètes destinées à doter les pouvoirs publics des instruments nécessaires à une lutte efficace contre les rodéos motorisés illégaux et les rave-parties illégales. Ces deux phénomènes, bien que distincts dans leur nature, leur sociologie et leurs dynamiques propres, sont symptomatiques d’un délitement préoccupant du respect de l’autorité de l’État et de la réglementation.

L’approche des rapporteurs repose sur la mobilisation coordonnée de trois leviers complémentaires : la prévention, le renforcement des capacités opérationnelles des forces de l’ordre et une sévérité accrue dans la répression, tant à l’égard des organisateurs que des participants. Les propositions formulées ont vocation à nourrir directement les débats lors de l’examen au Sénat du projet de loi dit « RIPOST » (Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l’Ordre public, la Sécurité et la Tranquillité de nos concitoyens).

I/ Les rodéos motorisés : un phénomène en expansion continue face à des outils juridiques et opérationnels insuffisants

A) Une expansion quantitative et géographique préoccupante, accompagnée de graves nuisances

Le rodéo motorisé désigne toute pratique consistant à réaliser des figures au moyen d’un véhicule en infraction avec les obligations de sécurité routière (roues arrière, drifts, dépassements de vitesse) que ce comportement soit le fait d’un individu isolé ou d’un rassemblement structuré de grande ampleur.

La mission d’information établit un constat chiffré sans appel : les faits de rodéos motorisés constatés ont plus que doublé entre 2019 et 2025, passant de 1 949 à 4 724, police et gendarmerie confondues. Le nombre d’interventions des forces de l’ordre a lui-même dépassé 38 500 en 2024, soit une intervention toutes les quinze minutes en moyenne. La progression de la gendarmerie nationale est particulièrement révélatrice de l’extension géographique du phénomène, ses interventions ayant augmenté de 247 % en six ans.

Ce qui était initialement circonscrit aux zones urbaines des grandes agglomérations s’est désormais diffusé dans les villes périphériques, les villes moyennes et jusque dans les zones rurales. Les riverains subissent au premier chef une grave insécurité routière et d’importantes nuisances sonores. La terminologie de « rodéos motorisés » recouvre en réalité des réalités très hétérogènes : « rodéos de quartier » à visée d’occupation territoriale, « runs » organisés dans des zones industrielles ou commerciales désaffectées, ou encore processions liées à des événements festifs et productions de contenus pour les réseaux sociaux. Les outils de sensibilisation mis en œuvre en amont n’ont qu’un effet marginal, et le déficit d’offre alternative légale, telle que le développement de circuits sécurisés, constitue un facteur aggravant résiduel, même si le caractère fondamentalement transgressif de ces pratiques en relativise la portée.

B) Des leviers d’action lacunaires et des propositions de réforme ambitieuses

La mission identifie d’importantes lacunes sur chacun des trois volets fondant l’action des pouvoirs publics. Sur le plan de la prévention et du repérage, les forces de l’ordre peinent à détecter les rodéos en amont du fait de leur caractère spontané et des stratégies de dissimulation déployées via des messageries instantanées cryptées. Même lorsqu’un rassemblement est identifié, la crainte d’un suraccident conduit trop souvent à ne pas intervenir sur l’instant, renvoyant la gestion de l’événement à une analyse différée des images de vidéoprotection, au caractère éminemment frustrant.

Sur le plan répressif, le régime issu de la loi du 3 août 2018, qui a délictualisé les rodéos motorisés, souffre de plusieurs failles structurelles. La caractérisation de l’infraction est rendue complexe par la multiplicité des critères requis. Si les saisies et confiscations de véhicules sont unanimement reconnues comme l’outil le plus dissuasif, cette possibilité demeure très largement sous-exploitée en raison du manque de lieux de gardiennage disponibles, du coût qui leur est associé et des manœuvres de contournement développées par des individus parfaitement au fait des failles législatives.

Pour y remédier, les rapporteurs formulent quinze propositions articulées autour de quatre axes. En matière de prévention et de repérage, ils préconisent la systématisation de modules de sensibilisation dans les enseignements conduisant aux attestations scolaires de sécurité routière, l’expérimentation d’infiltrations de « boucles » de messagerie cryptée par des officiers de police judiciaire, et le renforcement des obligations déclaratives pesant sur les vendeurs et loueurs d’engins motorisés. Ils recommandent également d’interdire le remisage de ces engins dans les parties communes des immeubles en copropriété. Afin de simplifier la caractérisation de l’infraction, ils proposent de supprimer la condition de mise en danger d’autrui : toute manœuvre acrobatique intentionnelle enfreignant les règles de sécurité routière devrait être délictuelle dès lors qu’elle est exécutée hors des lieux dûment autorisés. Pour faciliter les saisies, ils appellent à la généralisation de protocoles entre parquets et collectivités territoriales pour le gardiennage des engins confisqués, et à l’opposition systématique au transfert du certificat d’immatriculation pendant la procédure. Sur le plan répressif enfin, ils proposent de porter à trois ans la peine d’emprisonnement pour le délit commis en réunion afin d’étendre les moyens d’enquête disponibles, et d’ouvrir la possibilité d’une amende forfaitaire délictuelle y compris en état de récidive légale.

II/ les rave-parties illégales : des rassemblements sources de multiples nuisances face à un cadre juridique manifestement inadapté

A) Des rassemblements illégaux concentrant de graves nuisances et préjudices

Les rave-parties illégales se caractérisent par leur persistance et leur diffusion géographique, malgré une tendance à la baisse depuis la période Covid. Elles demeurent extrêmement présentes dans certains territoires de l’Ouest et du Sud de la France, Bretagne, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur. En 2025, le vivier total de participants est estimé à plus de 100 000 personnes. Ces rassemblements se tiennent très majoritairement en zones rurales et sur des terrains privés (pour 70 % d’entre eux), rassemblant un public jeune et socialement hétérogène.

Les nuisances et préjudices engendrés sont multiples et sévères. Pour les riverains, les nuisances sonores peuvent s’étirer sur plusieurs jours à des niveaux extrêmes, contraignant parfois des habitants à quitter temporairement leur domicile. Les préjudices économiques touchent en particulier les propriétaires de terrains agricoles utilisés sans leur consentement, avec des dégradations parfois irréparables de leurs outils de travail. Des atteintes environnementales graves sont régulièrement signalées, y compris sur des sites protégés. Enfin, des risques sanitaires importants pèsent sur les participants eux-mêmes, exposés à la consommation massive d’alcool et de substances psychoactives, ainsi qu’à des violences sexistes et sexuelles récurrentes.

Sur le plan juridique, les rassemblements de plus de 500 participants sont soumis à un régime de déclaration préalable auprès du préfet de département. Or, 90 % des rassemblements musicaux illégaux ne dépassent pas ce seuil et se tiennent donc sans obligation déclarative. Ce seuil apparaît manifestement trop élevé aux rapporteurs. De surcroît, l’obligation déclarative est quasi systématiquement ignorée par les organisateurs, de même que les arrêtés préfectoraux d’interdiction de rassemblement ou de transport de matériel sonore.

B) Un cadre juridique à rénover en urgence : diagnostic des angles morts et propositions de réforme

La mission d’information identifie plusieurs angles morts structurants. Les tentatives de médiation conduites dans le cadre du comité de pilotage « Jeunes et fêtes », créé en 2015, produisent des résultats inégaux, leur réussite supposant l’existence de forts liens de confiance interpersonnels au niveau local, aussi difficiles à établir qu’à maintenir dans le temps. La réponse opérationnelle des forces de sécurité intérieure est structurellement limitée : leur capacité à détecter les événements en amont est très faible, et elles ne peuvent que rarement mettre fin à un rassemblement en cours sous peine de générer des troubles à l’ordre public plus graves encore.

Les sanctions existantes sont notoirement insuffisantes. La police nationale n’a verbalisé que 25 organisateurs en 2025 pour manquement aux obligations déclaratives, contre 111 pour la gendarmerie nationale, soit un taux de verbalisation de seulement 40 % des 337 rassemblements recensés. Les simples participants ne font quant à eux l’objet d’aucune sanction spécifique liée à leur seule présence, alimentant un sentiment généralisé d’impunité particulièrement mal vécu par les riverains.

Face à ce constat, les rapporteurs formulent treize recommandations structurées autour de quatre axes. Pour prévenir la tenue des rassemblements illégaux, ils préconisent de renforcer le réseau des médiateurs « Jeunes et fêtes » en limitant la rotation des référents et en développant une plateforme numérique de déclaration simplifiée. Afin de permettre une détection et une entrave précoces, ils proposent d’abaisser de 500 à 250 personnes le seuil déclenchant l’obligation de déclaration préalable, de systématiser le recours préfectoral à des arrêtés généraux d’interdiction et de soumettre les loueurs de matériel sonore à une obligation de vigilance et de signalement des locations suspectes. En matière de sécurité des personnes et des biens, ils souhaitent consolider la formation des forces de l’ordre aux spécificités du maintien de l’ordre dans ce contexte, revoir les modalités d’indemnisation des associations agréées de sécurité civile et garantir l’accès effectif aux intervenants de la réduction des risques, dont plusieurs cas de verbalisation injustifiée ont été signalés malgré la protection pénale dont ils bénéficient en application de l’article 122-4 du code pénal.

Sur le plan répressif, la réforme centrale proposée consiste à délictualiser l’organisation d’un rassemblement musical illégal de plus de 250 personnes sans déclaration préalable, assortie de peines complémentaires : confiscation obligatoire du matériel sonore, suspension du permis de conduire et interdiction d’organiser tout rassemblement musical. Pour les participants, une contraventionnalisation par une contravention de cinquième classe est préférée à la création d’un délit, jugée plus proportionnée et plus aisée à mettre en œuvre sur le terrain. Les rapporteurs proposent également d’autoriser le juge à ordonner, sous astreinte, la remise en état des sites dégradés, et d’inviter l’État à se porter systématiquement partie civile en cas de poursuites judiciaires afin d’obtenir réparation des coûts d’intervention des forces de l’ordre.

CONCLUSION

Le rapport d’information de la commission des lois du Sénat dresse un bilan lucide et documenté de l’insuffisance des dispositifs existants face à deux phénomènes qui portent gravement atteinte à l’ordre public, à la sécurité routière, à la tranquillité des riverains et à l’autorité de l’État. Les 28 propositions formulées constituent un ensemble cohérent et gradué, articulant prévention, renforcement opérationnel et sévérité répressive accrue. Leur traduction législative est envisagée dès mai 2026 dans le cadre de l’examen du projet de loi « RIPOST » au Sénat, qui constitue le véhicule législatif identifié par les rapporteurs pour donner à ces réformes une portée normative rapide et effective.

Source : Commission des lois, Sénat – Rapport d’information n° 583 (2025-2026), déposé le 29 avril 2026 – Rodéos motorisés et rave parties illégales : 28 propositions pour mieux les prévenir, les détecter et les réprimer