Les Français et les vacances : une affection ambiguë
Par Florestan Tétaz, chargé de mission au CRSI
Une étude d’Europ Assistance, reprise par l’IPSOS, interroge les Français sur leur intention de départ en vacances estivales. A l’aune de la pause augustienne, il est de bon ton de tirer les conclusions des aspirations et comportements des Français.
Une montée des critères sécuritaires
L’analyse des intentions de vacances révèle une bascule nette dans les critères de décision des voyageurs français au cours des deux dernières années.
Le risque de conflit armé s’impose désormais comme un facteur déterminant pour une majorité de voyageurs (56%), avec une progression de 13 points en un an et de 42 points en deux ans – une hausse d’une ampleur rare pour ce type d’indicateur. Ce critère s’accompagne d’une vigilance élargie : le risque terroriste (47%, +13 pts), le risque d’attaque personnelle (45%, +8 pts) et le risque de troubles sociaux (30%, +7 pts) progressent tous simultanément, dessinant un climat de préoccupation sécuritaire généralisé plutôt que ciblé sur un seul type de menace.
Fait notable, cette vigilance dépasse le seul cadre des zones de conflit ouvert. Le climat politique d’un pays de destination est désormais jugé essentiel par 39% des voyageurs (+6 points par rapport à l’année précédente, +12 points sur deux ans). Les États-Unis font à ce titre une entrée remarquée parmi les destinations considérées comme « à éviter » pour raisons politiques, se positionnant en troisième rang derrière la Russie et l’Ukraine, un signe que la lecture sécuritaire du voyage s’étend désormais à des pays habituellement perçus comme sûrs.
Cependant, la vigilence n’entrave pas le désir de départ
Le second enseignement, plus contre-intuitif, est l’absence de corrélation mécanique entre la montée de ces préoccupations et un recul des intentions de voyage.
D’une part, l’enthousiasme à l’idée de partir atteint un niveau inédit : 82% des Français se déclarent enthousiastes à l’idée de voyager, et la même proportion prévoit effectivement de partir cet été, le taux le plus élevé enregistré depuis dix ans! Cet engouement traverse toutes les générations, des plus jeunes (91% des 18-24 ans) aux seniors (83% des 65 ans et plus).
D’autre part, et c’est le point le plus significatif sur le plan analytique, les destinations identifiées comme sensibles ne voient pas leur fréquentation réelle diminuer en conséquence. Dans le cas des États-Unis pour ne citer qu’eux, aucun déclin mesurable n’est constaté dans les choix effectifs de destination, malgré la défiance politique exprimée. Le risque géopolitique semble donc s’intégrer au raisonnement des voyageurs sans se traduire par un renoncement systématique à la destination concernée.
Une vigilence plutôt qu’un frein
Les Français intègrent de plus en plus la donnée sécuritaire et géopolitique dans leur grille de lecture du monde, ce qui traduit une sensibilité accrue à l’instabilité internationale. Ils n’y sacrifient pas pour autant leurs projets estivaux, les facteurs économiques jouant un rôle plus important à cet égard.
Le voyageur français de 2026 apparaît ainsi comme un acteur qui voyage avec la conscience du risque plutôt que malgré lui.
Une prédilection pour le territoire national
Les Français se distinguent nettement de leurs voisins européens par leur attachement au tourisme domestique. Deux tiers des voyageurs ayant déjà arrêté leur destination (67%) prévoient de passer leurs vacances en France, contre seulement 44% des Européens qui optent pour un séjour dans leur propre pays, un écart de plus de vingt points qui place la France comme l’un des marchés les plus autocentrés d’Europe en matière de tourisme estival. Plus d’un tiers de ces vacanciers (36%) prévoient même de rester exclusivement dans l’Hexagone durant toute la période estivale. Cette propension s’accompagne toutefois d’une concentration géographique marquée : les destinations privilégiées demeurent, année après année, les mêmes trois régions : PACA (26%), Bretagne (22%, en forte progression de 6 points) et Occitanie (22%); auxquelles s’ajoute également une préférence dominante pour le littoral : deux tiers des Français choisissant la mer comme cadre de vacances plutôt que la montagne, la campagne ou la ville. Cette tendance s’explique en grande partie par un ancrage local fort dominant le départ à l’étranger : 44% des vacanciers qui resteront en France motivent leur choix par le fait de retourner dans un lieu déjà connu, au contraire d’une appétence bien plus marquée pour la nouveauté chez ceux qui envisagent l’étranger. Le tourisme domestique français apparaît ainsi comme un phénomène à la fois massif et national.








