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La RATP face aux agressions envers ses agents

La RATP face aux agressions envers ses agents

By Sécurité/Justice

Agressions à la RATP : une hausse continue, un accompagnement renforcé

Par Florestan Tétaz, membre du Cabinet du CRSI

 

Une hausse continue, année après année des aggressions : en 2025, la RATP a recensé 1 303 atteintes à l’intégrité physique et 3 129 outrages ou menaces, soit 1 835 plaintes déposées. Ces chiffres confirment une tendance de fond : en 2023 déjà, l’entreprise comptabilisait plus de 1 200 agressions au total, principalement sur les machinistes, agents de station, de contrôle et du GPSR. 

Sanctions encourues :

– Outrage : jusqu’à 6 mois de prison et 7 500 € d’amende

– Menace de crime/délit : 3 ans et 45 000 €

– Violence sans ITT : 3 ans et 45 000 €

– Violence avec ITT : 5 ans et 75 000 €

– Mutilation/infirmité permanente : 10 ans et 150 000 €

– Circonstance aggravante systématique : statut d’agent chargé d’une mission de service public

Un accompagnement qui se renforce : permanence juridique 24h/24 et 7j/7, suivi psychologique gratuit via l’IAPR (Institut d’accompagnement psychologique et de ressources) et séances d’EMDR pour les traumatismes. Ce dispositif s’étoffe d’année en année : déjà près de 1 300 agents accompagnés par l’IAPR en 2023, contre près de 800 agents ayant bénéficié spécifiquement d’un suivi EMDR depuis 2023.

Une France à la traîne sur la sécurité - CRSI

GPI 2026 : la France recule, la criminalité en cause

By Sécurité/Justice

La France, mauvais élève de la paix en Europe

Global Peace Index 2026 — Institute for Economics & Peace (IEP)

Par Sixte Paire, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

1. Positionnement

La France occupe le 99ᵉ rang mondial sur 163 pays dans le Global Peace Index 2026, avec un score de 2,083 (une légère hausse de score, donc une dégradation, de 0,010 point sur un an). Ce classement place la France en dernière position parmi les 33 pays de la région Europe occidentale et centrale, qui reste par ailleurs la région la plus pacifique du monde. La tendance de long terme est également orientée à la baisse : le rapport classe la France parmi les pays en dégradation continue depuis plusieurs années (« UP-LONG », c’est-à-dire une hausse du score sur longue période, donc une baisse de la paix).

99ᵉ / 163

Rang mondial

33ᵉ / 33

Rang régional (dernier)

2,083

Score GPI 2026

 

2. Ce qui explique la dégradation

Sécurité et criminalité

La dégradation française sur l’année écoulée (-0,5 % environ, en score composite) est portée principalement par le domaine « Sécurité et sûreté sociétale », qui s’est dégradé de 2 %, sous l’effet conjoint de la criminalité violente et de la perception de la criminalité par la population.

– Plus d’une personne sur quatre en France déclare ne pas se sentir en sécurité en marchant seule la nuit.

– Un peu moins d’une personne sur dix déclare avoir été victime d’un crime violent au cours de l’année écoulée, le taux le plus élevé de toute la région Europe occidentale et centrale.

Mouvements sociaux

Le rapport souligne les troubles civils importants de septembre 2025 : le mouvement de contestation « Bloquons tout » a rassemblé des centaines de milliers de personnes dans la rue en opposition aux mesures d’austérité du gouvernement, entraînant des affrontements avec les forces de l’ordre et plus de 300 interpellations.

Militarisation

À l’échelle régionale, l’Europe occidentale et centrale a vu son domaine « Militarisation » se dégrader de 2,5 %, dans un contexte de hausse générale des budgets de défense (les membres européens de l’OTAN ont augmenté leurs dépenses de 20 % en termes réels en 2025). Si le rapport ne détaille pas de chiffre isolé pour la France sur ce point, il classe le pays comme l’une des grandes puissances militaires « en transition », son influence relative se concentrant désormais sur la puissance militaire expéditionnaire plutôt que sur le poids économique global.

 

3. Contexte : le déclin économique relatif des grandes puissances européennes

Le rapport situe la trajectoire française dans une tendance plus large de recul du poids économique des grandes puissances européennes historiques. La part de la France dans le PIB mondial est passée de 5,2 % en 1995 à 2,9 % en 2023 (-44 %), un recul comparable à celui de l’Allemagne (-49 %), du Royaume-Uni (-27 %) et de l’Italie (-42 %). Le rapport associe cette érosion à une dette publique élevée et à un chômage persistant, et note que la France se repositionne progressivement comme acteur militaire expéditionnaire plutôt que comme pilier économique de l’ordre mondial.

Sur le plan diplomatique, le rapport mentionne le traité historique signé par la France et la Pologne en mai 2025, qui inclut des clauses de sécurité mutuelle, seulement le deuxième accord de ce type signé par la France.

 

4. Comparaison avec ses voisins européens

– Islande (1ʳᵉ mondiale) : pays le plus pacifique au monde pour la 19ᵉ année consécutive.

– Allemagne (28ᵉ mondiale, 19ᵉ régionale) : dégradation de 4,1 %, portée par une hausse de 8,3 % du domaine Sécurité, liée notamment à une hausse de 40 % des crimes à motivation politique en 2024.

– Royaume-Uni (39ᵉ mondiale, 25ᵉ régionale) : dégradation de 3 %, tirée par le domaine Conflits en cours (présence militaire extérieure significative).

– Belgique (21ᵉ mondiale, 13ᵉ régionale) : plus forte dégradation régionale (-4,8 %), portée par la Militarisation.

Dans cet ensemble, la France se distingue par le fait qu’elle reste, malgré ces dégradations chez ses voisins, le pays le moins pacifique de toute la région Europe occidentale et centrale.

 

5. Ce qu’il faut retenir

– La France est à la 99ᵉ place mondiale, dernière position de la région la plus pacifique du monde.

– Il y a une forte dégradation portée par la criminalité perçue et vécue, plus que par un conflit armé au sens strict.

– Les tensions sociales de l’automne 2025 (mouvement « Bloquons tout ») sont explicitement citées comme facteur de dégradation.

– Le recul du poids économique français s’inscrit dans une tendance européenne plus large, avec un repositionnement du pays vers la puissance militaire expéditionnaire.

 

 

Source : Institute for Economics & Peace, Global Peace Index 2026 (20e édition, publié en juin 2026, 163 pays couvrant 99,7 % de la population mondiale).

Les mineurs non accompagnés (MNA) en France

Les mineurs non accompagnés (MNA) en France

By Sécurité/Justice

Par F. Tétaz, membre du Cabinet du CRSI

Définition

Un mineur non accompagné (MNA) est une personne de moins de 18 ans, de nationalité étrangère, séparée sur le territoire français des titulaires de l’autorité parentale. Trois critères cumulatifs le définissent : minorité, isolement, extranéité. Le droit international impose une protection spéciale : la CIDE (article 20) garantit à tout enfant privé de son milieu familial une aide de l’État. Le droit interne, fonde la compétence de l’aide sociale à l’enfance (ASE) pour ces mineurs. Ils sont considérés comme des mineurs en danger, leur statut d’enfant prévaut toujours sur celui d’étranger.

 

Modalités d’accueil (financières et logistiques)

L’accueil provisoire d’urgence, ou « mise à l’abri », est obligatoire durant l’évaluation. En 2019, 46 % des jeunes étaient hébergés en établissements de l’ASE, 35 % à l’hôtel, 16 % chez des tiers de confiance et 3 % autrement. La Cour des comptes relève un recours croissant à l’hôtel depuis 2016. Les plus vulnérables sont orientés vers des structures adaptées. Sur le plan financier, l’État compense partiellement les départements : un forfait de 500 euros par jeune évalué, plus une indemnité journalière d’hébergement, soit 1 940 euros maximum. Une aide exceptionnelle complète ce dispositif, mais reste limitée face au coût réel, estimé à 50 000 euros par jeune et par an.

 

Évolution des chiffres : vagues et raisons

Le phénomène est identifié depuis les années 1990 (premières arrivées vers Paris, la Seine-Saint-Denis, les Bouches-du-Rhône), mais prend une ampleur nouvelle dans les années 2010. Le nombre de MNA pris en charge par l’ASE progresse fortement : 13 020 en 2016, 20 950 en 2017, 28 411 en 2018, 31 009 en 2019. Cette vague s’explique par les crises dans les pays d’origine (guerres, conflits, pauvreté), l’influence des réseaux sociaux vantant une vie meilleure en Europe, et le développement des routes migratoires méditerranéennes. En 2019, le flux se stabilise autour de 17 000 nouvelles admissions annuelles. L’année 2020 marque une rupture brutale : le stock chute de plus de 32 % (23 461 jeunes), et seulement 9 524 MNA sont admis, soit -43 % par rapport à 2019, du fait de la fermeture des frontières liée à la Covid-19. Le profil évolue aussi : la part des plus de 17 ans bondit à 43 % en 2020 (contre 13,5 % en 2019), et celle des jeunes maghrébins passe de 10,6 % à 18,4 %, tandis que le poids des trois pays historiques d’origine des MNA (Guinée, Mali, Côte d’Ivoire) recule de 60 % à 49,6 % des arrivées. Depuis début 2021, les arrivées ont retrouvé un rythme soutenu.

Situation des MNA lors du rapport (2020-2021)

Fin 2020, 23 461 MNA sont pris en charge par l’ASE (contre 31 009 fin 2019). Ils représentent 15 à 20 % des effectifs de l’ASE selon l’ADF (Assemblée des départements de France), et 19 % des jeunes hébergés. En 2019, les MNA sont composés à 95,5 % de garçons et 4,5 % de filles, ces dernières étant souvent victimes de traite. En 2020, 94 % des MNA admis ont plus de 15 ans et 80 % plus de 16 ans, une proportion en forte hausse par rapport aux années précédentes.

Répartition territoriale 

L’accueil des MNA est concentré dans certains départements, liés aux points d’entrée sur le territoire et aux diasporas déjà installées : Paris, la Seine-Saint-Denis, le Val-d’Oise, les Bouches-du-Rhône, le Nord, la Haute-Garonne, la Gironde et la Loire-Atlantique. Un mécanisme de péréquation nationale, piloté par le ministère de la Justice, redistribue les jeunes entre départements selon des critères démographiques et d’éloignement géographique, afin de limiter cette concentration.

Comparaison européenne

Le profil des MNA accueillis en France diffère de la moyenne européenne. En 2017, moins de 5 % des MNA arrivés en France étaient afghans, alors que les jeunes afghans représentaient plus de 50 % des MNA à l’échelle européenne. La France se distingue ainsi par une dominante Afrique subsaharienne francophone (Guinée, Côte d’Ivoire, Mali), tandis qu’à l’échelle du continent, les arrivées via la Grèce et la route des Balkans (Afghans, Syriens, Irakiens) pèsent davantage. Les voies d’entrée varient aussi selon les profils : l’Espagne (Maghrébins, Africains subsahariens via les Canaries), l’Italie (Tunisiens, Africains subsahariens et de la Corne de l’Afrique via la Libye), la Grèce (Afghans, Syriens, Irakiens, Somaliens), et la Manche vers l’Angleterre, où plusieurs centaines de mineurs vivent dans des camps autour de Calais et Dunkerque.

Problématiques majeures et solutions proposées

– Manque de données statistiques : aucun appareil de suivi global du parcours des MNA. 

 Recommandation : développer un système statistique d’ensemble.

– Hétérogénéité des évaluations départementales : le « faisceau d’indices » est appliqué de façon inégale, certains départements refusant le fichier AEM. 

Recommandations : généraliser le contrôle documentaire et biométrique, harmoniser les pratiques.

– Recours excessif à l’hôtel : hébergement inadapté et accompagnement social limité durant la mise à l’abri.

Recommandations : incitation financière pour privilégier des structures adaptées.

– Insécurité juridique des « mijeurs » : jeunes non admis à l’ASE mais continuant de revendiquer leur minorité, privés de la plupart de leurs droits. 

Recommandations : délivrance d’une autorisation provisoire de séjour.

– Délinquance résiduelle mais médiatisée : un noyau de jeunes se disant mineurs, souvent en réalité majeurs, commet des vols en bande. 

Recommandations : répartition nationale en détention, équipes mobiles santé et socio-éducatives.

– Compensation financière de l’État jugée limitée : l’aide de l’État ne couvre qu’une fraction du coût réel supporté par les départements. 

Recommandations : renforcer les mécanismes de compensation.

– Sécurisation du statut juridique : le président du conseil départemental est à la fois juge et partie dans l’évaluation.

Solution structurelle proposée par l’IGA (Inspection générale de l’administration) : créer une cour judiciaire départementale collégiale, spécialisée dans l’examen de la minorité et de l’isolement.

Tendance générale

Le rapport dégage une tendance de fond à la hausse structurelle du nombre de MNA jusqu’en 2019, portée par les crises dans les pays d’origine et l’essor des routes migratoires. L’année 2020 constitue une rupture conjoncturelle, liée à la fermeture des frontières sanitaires, mais non un retournement durable : dès le début de 2021, les arrivées retrouvent un rythme soutenu. Le cadre juridique et administratif se renforce progressivement (référentiel national, fichier AEM, réforme du financement), sans toutefois résorber l’hétérogénéité des pratiques départementales. Le phénomène MNA s’installe ainsi comme un enjeu structurel et durable de la protection de l’enfance en France, plutôt que comme une crise ponctuelle.

 

Source : IGAS/IGA/IGJ, Évaluation de la prise en charge des jeunes se déclarant mineurs non accompagnés (MNA), Rapport n°2020-099R / 20108-R / 2020/00195, mai 2021.

 

La situation et les perspectives des finances publiques - Juin 2026

La situation et les perspectives des finances publiques en juin 2026

By Economie

Finances publiques : les enseignements du rapport 2026 de la Cour des comptes

Par Sixte Paire, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

I. Un déficit 2025 en nette réduction mais insuffisant pour stopper la dérive de la dette

1.1 Une réduction tirée exclusivement par des hausses d’impôts

Après deux années d’aggravation (4,7 pts de PIB en 2022 → 5,8 pts en 2024), le déficit recule à 152,5 Md€ (5,1 pts PIB), mieux que la prévision gouvernementale de 5,4 pts. Cette amélioration repose exclusivement sur des hausses de prélèvements :

– 23,0 Md€ de mesures nouvelles, le niveau le plus élevé depuis 2013 : surtaxe sur les grandes entreprises (7,5 Md€), réforme des allègements de cotisations (2,0 Md€), relèvement de la Caisse Nationale de Retraites des Agents des Collectivités Locales – CNRACL (1,8 Md€), retour de l’accise sur l’électricité (3,7 Md€). Plus d’un tiers de ces mesures était annoncé comme temporaire ;

– 28,0 Md€ d’évolution spontanée (élasticité > 1 pour la 1ère fois depuis 2022). La Contribution Différentielle sur Hauts Revenus – CDHR ne rapporte que 0,4 Md€ contre 2,0 Md€ prévus, en raison d’effets comportementaux (reports de dividendes) ;

– Taux de prélèvements obligatoires : 43,6 pts de PIB (44,3 pts selon Eurostat), le plus élevé de la zone euro.

1.2 Des dépenses qui progressent toujours plus vite que l’activité

Dépense totale : 1 694 Md€ (+1,4 % en volume), soit 56,6 pts de PIB, 2 pts au-dessus du niveau pré-crise (« effet de cliquet »).

– Collectivités locales : +0,6 % en volume, contribution positive à la réduction du déficit ;

– État : dépenses pilotables contenues (488,2 Md€) via régulation budgétaire, mais la charge de la dette tire l’ensemble (+1,3 % en volume, soit > PIB) ;

Sécurité sociale : déficit de 6,7 Md€ (22,1 Md€ hors Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale – CADES), aggravé de 7,9 Md€ par rapport à 2024, situation qualifiée de préoccupante et non justifiable hors choc exceptionnel. 

 

1.3 Un ratio de dette à son niveau record

La dette publique atteint 3 460,5 Md€ fin 2025 (115,7 pts PIB), dépassant le précédent record de 2020 au plus fort de la crise sanitaire. La charge de la dette s’élève à 65,7 Md€ (+9 %), sous l’effet du refinancement à des taux plus élevés (taux moyen des Obligations assimilables du Trésor – OAT : 3,35 % en 2025 vs 1,70 % en 2022 et 0 % en 2021). Un « effet boule de neige » est désormais à l’œuvre : le taux apparent sur la dette dépasse le taux de croissance du PIB pour la 1ère fois depuis la crise sanitaire. Il aurait fallu réduire le déficit de 89,6 Md€ supplémentaires pour stabiliser le ratio. La France est le 3ème pays le plus endetté de la zone euro (après Grèce et Italie) et le seul parmi les États endettés à n’avoir pas réduit son ratio depuis la sortie de Covid.

 

II.  Des objectifs 2026 fragiles, une trajectoire pluriannuelle à crédibiliser d’urgence

2.1 Un environnement macroéconomique assombri

Le conflit au Moyen-Orient (fin févr. 2026) a provoqué une hausse de 30 % du baril en mars. Le gouvernement a révisé en avril (Rapport d’Avancement Annuel – RAA 2026) sa prévision de croissance à 0,9 % (contre 1,0 % en Loi de Finance Initiale) et d’inflation à 1,9 % (contre 1,3 %). Ces projections restent en haut de fourchette : consensus économistes (juin 2026) : +0,6 % / +2,1 % ; Banque de France : +0,5 % / +2,5 % ; INSEE : +0,7 % / +2,0 %. La croissance du T1 2026 est ressortie légèrement négative (−0,1 %), abaissant l’acquis de croissance à 0,4 %. L’inflation atteint déjà +2,4 % en mai sur un an. Un scénario « noir » (baril à 150 $) réduirait la croissance à +0,2 % et porterait l’inflation à 4,5 %, rendant quasi-impossible la réduction prévue du déficit.

 

2.2 De nouvelles hausses d’impôts au rendement incertain

14,7 Md€ de mesures nouvelles prévues en 2026. Taux de prélèvements obligatoires : 44,1 pts de PIB (2ème hausse consécutive, s’éloignant de la moyenne de la zone euro). Risques soulevés :

– Comportements d’adaptation des contribuables face à l’empilement des dispositifs ;

– Rendement de la lutte contre la fraude (+1,5 Md€) jugé élevé par le HCFP ;

– Hausse CNRACL (+1,8 Md€) conditionnée à des économies en contrepartie des collectivités ;

– Moindre élasticité des recettes face à une croissance affaiblie et une inflation pesant sur l’IS et les droits de mutation.

 

2.3 Une maîtrise des dépenses insuffisante

Dépenses totales LFI 2026 : 1 735 Md€. Dépense primaire : +0,5 % en volume (effort limité). Mais la charge de la dette absorbe +11,7 Md€ (+0,3 pt PIB, à 77,4 Md€ soit 2,5 pts PIB). Des économies de 6 Md€ restent non documentées. Résultat : déficit projeté à 5,0 pts PIB, dette à 118,5 pts PIB (+3 pts), France au rang de la plus forte progression du ratio d’endettement parmi les pays endettés de la zone euro en 2026.

 

2.4 Une trajectoire pluriannuelle absente et un risque d’échec en 2029

Le gouvernement n’a pas présenté de trajectoire révisée au-delà de 2026. Or, le simple respect des plafonds de Dépense Primaire Nette (DPN) recommandés par le Conseil de l’UE (1,2 %/an) laisserait le déficit à 3,2 pts PIB en 2029, manquant l’objectif imposé par la procédure de déficit excessif (< 3 % en 2029). Atteindre 4,1 pts en 2027 (trajectoire PSMT) exigerait un surcroît d’effort de 35 Md€ (1,1 pt PIB) et une diminution annuelle moyenne des dépenses primaires de −0,5 % en volume sur 2027-2031, contre +1,0 % par an sur la période de référence 2015-2019. La charge d’intérêts dépasse d’ores et déjà l’investissement dans l’éducation ou la défense. Un effet boule de neige (r > g) s’installe durablement.

 

III.  Les enseignements des consolidations en zone euro

La Cour analyse les expériences de l’Allemagne, du Portugal et de l’Italie, trois pays ayant dégagé durablement un excédent primaire corrigé du cycle sur 2010-2025, à l’inverse de la France dont le CAPB est resté systématiquement déficitaire sur toute la période.

– Allemagne : consolidation ancrée dans des réformes macroéconomiques des années 2000 (Hartz I-IV, relèvement de l’âge de retraite) et une règle constitutionnelle de frein à l’endettement. Réduction de 22,3 pts PIB de dette entre 2010 et 2019, au prix d’un sous-investissement public ;

– Portugal : consolidation sous contrainte (programme d’assistance 2011-2014 ; 16,8 pts PIB de mesures). Coût récessif initial élevé, amorti par la reprise et des réformes structurelles. Dette revenue sous le niveau d’avant-crise ;

– Italie : excédent primaire structurel continu mais croissance atone et effet boule de neige maintenant la dette ≈ 140 pts PIB.

Facteurs de réussite identifiés : consolidation choisie plutôt que subie ; effort initial substantiel inscrit dans une trajectoire cible ; maîtrise des coûts macroéconomiques et sociaux via réformes de l’emploi/retraite et investissements structurants ; qualité du cadre institutionnel (règles budgétaires, indépendance des institutions) ; mesures de crise temporaires et ciblées avec normalisation rapide ; sous-indexation temporaire des prestations en période inflationniste. 

 

 

 Source : La situation et les perspectives des finances publiques – Juin 2026, Rapport de la Cour de Comptes

 

Solde démographique négatif

Solde démographique négatif

By Santé

France : la fin du modèle démographique

Par Florestan Tétaz, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

Contexte général : la réputation démographique de la France

Du XXe siècle et jusqu’aux années 2000, la France a la réputation d’être l’un des pays les plus féconds d’Europe, portée par le baby-boom (1946-1974) et un solde naturel structurellement excédentaire (plus de 300 000 par an dans les années 1960). 

Le taux de natalité, autour de 18-20‰ au début du siècle, décline progressivement mais reste longtemps supérieur à celui de ses voisins européens. 

À partir des années 2010, la différence entre les  naissances et les décès diminue continuellement : le solde naturel reste positif mais plonge de 251 000 en 2012 à seulement 17 619 en 2024.

 

Rapport de l’Insee 2025 – Solde naturel négatif 

– En 2025, 645 000 bébés sont nés, soit 2,1 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010. 

– L’indicateur conjoncturel de fécondité tombe à 1,56 enfant par femme, son niveau le plus faible depuis la fin de la Première Guerre mondiale. 

– 651 000 personnes sont décédées, en légère hausse, notamment en raison d’une épidémie de grippe hivernale meurtrière. 

– L’espérance de vie à la naissance progresse à 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes. 

Conséquence directe : le solde naturel devient négatif pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

Evolution sur les 5 dernières années 

Naissances : 

– Diminuent de 742 052 en 2021 à 645 000 en 2025. 

Décès : 

– Restent stables entre 661 585 en 2021, 639 269 en 2023 et 651 000 en 2025. 

Le solde naturel : 

– Diminue sur la période de +80 467 en 2021, +38 534 en 2023, +17 619 en 2024, puis -6 000 en 2025.

La bascule s’opère donc progressivement et est observable depuis plusieurs dizaines d’années.

Solde démographique de la France

Politiques publiques, objectifs et impacts 

Le 16 janvier 2024 est annoncé un plan de « réarmement démographique » reposant sur une réforme du congé parental (transformé en « congé de naissance ») et un plan de lutte contre l’infertilité, sans objectif chiffré officiel précis (pas de cible explicite de taux de fécondité ou de nombre de naissances annoncée). 

 

Décroissance naturelle compensée par l’immigration

Bien que le solde naturel soit désormais négatif (-6 000 en 2025), la population française continue de connaître une faible croissance (+0,25 % sur sur l’année 2025). 

Cet accroissement de la population représente 230 000 personnes supplémentaires en 2025, résultant d’un solde naturel négatif (-6 000) et d’un solde migratoire positif qui comble ce déficit.

 

Source : Article du 15/06/2026, La situation démographique en 2025 et en séries longues, État civil et estimations de population, Insee Résultats

LE CRIME ORGANISÉ EN EUROPE

Le crime organisé en Europe

By Sécurité/Justice

Crime organisé : l’Europe face à des « entreprises criminelles »

Par Sixte Paire, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

Un état des lieux sans précédent du crime organisé

Vendredi 26 juin 2026 à Bruxelles, Europol a dévoilé la deuxième édition de son évaluation des réseaux criminels les plus menaçants pour l’Union européenne, recensant 731 structures actives regroupant plus de 400 000 membres issus de 118 nationalités. Ce chiffre, en baisse apparente face aux 820 réseaux de 2024, masque une recomposition permanente du paysage criminel : 76 % des organisations d’alors ont disparu ou fusionné, mais 533 nouveaux réseaux ont aussitôt émergé, tandis qu’un noyau dur d’environ 198 groupes subsiste sans discontinuer. Le profil-type dressé par les enquêteurs est celui de structures « agiles, sans frontières, dominantes et destructrices », que le directeur exécutif d’Europol, Jürgen Ebner, compare désormais ouvertement à des « entreprises mondiales » dotées d’une assise financière solide et de structures juridiques formelles.

Une criminalité polymorphe, économique avant tout

Si le trafic de stupéfiants reste l’activité principale d’environ un tiers des réseaux, l’évaluation souligne la diversification croissante des sources de revenus comme la fraude, l’atteintes aux biens, la traite des êtres humains, le trafic de migrants, le blanchiment qui traduit un « degré élevé d’adaptabilité » plutôt qu’une spécialisation rigide. Deux tendances dominent : l’essor de la « criminalité en tant que service », avec des structures se spécialisant dans la fourniture de prestations à d’autres organisations (23 réseaux dédiés au seul blanchiment pour le compte de tiers), et l’explosion de la cybercriminalité, avec plus de 120 marques actives de rançongiciels et l’apparition de l’intelligence artificielle comme accélérateur d’opérations frauduleuses. « Tout le crime est aujourd’hui nourri en ligne, accéléré par l’IA et la technologie », a résumé Jürgen Ebner.

L’économie légale, principal point d’appui

L’un des constats les plus préoccupants du rapport tient à l’imbrication croissante entre criminalité organisée et économie formelle : Europol révèle que 85 % des réseaux les plus menaçants utilisent des structures commerciales légales pour dissimuler leurs activités et blanchir leurs profits. Conséquence directe pour les autorités, l’arrestation des têtes de réseau ne suffit plus : « si l’arrestation de figures clés peut déstabiliser un réseau, de nouveaux acteurs émergent souvent pour exploiter les opportunités qui en résultent », souligne Europol, qui plaide pour un changement de doctrine consistant à cibler en priorité les infrastructures financières, numériques et logistiques permettant à ces organisations de se reconstituer presque instantanément.

Focus France : la « mexicanisation » du narcotrafic

Cette évaluation est replacée dans le contexte des ports du nord de l’Europe et de la façade méditerranéenne française, où la ‘Ndrangheta calabraise domine l’approvisionnement en cocaïne en gros et la Mocro Maffia maroco-néerlandaise contrôle les flux via Rotterdam et Anvers. En France, c’est la « DZ Mafia » qui a émergé depuis 2023 dans les quartiers nord de Marseille avant d’essaimer vers Lyon, Nantes ou Clermont-Ferrand, au prix d’une guerre des gangs meurtrière contre le clan rival « Yoda ». Cette dynamique confirme à l’échelle locale les constats d’Europol : un marché estimé à plusieurs milliards d’euros annuels, des points de deal présents dans près de 80 % des communes, et une violence, assassinats, attaques contre des établissements pénitentiaires,  qui traduit la capacité de ces réseaux à « s’adapter rapidement aux perturbations ».

Les réponses des forces de l’ordre européennes

Face à cette menace, l’évaluation met en avant plusieurs opérations significatives menées ces derniers mois :

– Une coordination policière belge, française, allemande, italienne et néerlandaise mobilisée à plusieurs reprises pour démanteler des « structures claniques » aux ramifications internationales actives dans toute l’UE et au-delà ;

– Plusieurs coups de filet d’envergure, dont un en Albanie (dix membres présumés arrêtés, extension à Chypre et Israël) et un autre ayant conduit à 23 arrestations et à la saisie de 35,7 millions d’euros en espèces, comptes et cryptomonnaies, ainsi que 36 véhicules et des biens immobiliers ;

– Le renforcement des dispositifs de coopération entre grands hubs logistiques européens, à l’image de l’« Alliance portuaire » lancée en 2024 pour sécuriser les terminaux conteneurs face à l’infiltration criminelle.

Le rapport Europol dresse le portrait d’une criminalité organisée européenne ayant achevé sa mutation vers un modèle quasi-entrepreneurial : flexible, internationalisée, technophile et adossée à l’économie légale , « une menace existentielle pour les États de l’Union », selon les mots mêmes de l’agence. La situation marseillaise, avec l’essor de la DZ Mafia, n’apparaît ainsi pas comme une exception française mais comme la déclinaison locale d’une dynamique continentale, justifiant l’appel d’Europol à une réponse pensée à l’échelle européenne plutôt que strictement nationale.

 

Source : 

– Le Figaro – Les réseaux criminels emploient 400 000 personnes en Europe par Christophe Cornevin

– Evaluation d’Europol « The Blueprint of Criminal Opportunism », publiée le 26 juin 2026.

 

cambriolage chiffres vacances

Vacances et sécurité

By Sécurité/Justice

– par Claire-Marine GROS, adjointe au Directeur de Cabinet, CRSI

À l’approche de la saison estivale, cette note synthétise les données du baromètre Odoxa-Verisure pour Le Figaro (1 005 personnes interrogées les 20 et 21 mai 2026) et les chiffres officiels du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) pour 2025, afin d’éclairer l’état du sentiment d’insécurité en France et ses manifestations spécifiques pendant les vacances.

1. Une perception dégradée de la sécurité

Le baromètre Odoxa-Verisure livre un constat préoccupant : 58 % des Français estiment que leur sécurité est mal assurée. Ce chiffre doit être mis en regard de la trajectoire récente : après une amélioration sensible (48 % de jugements négatifs en février 2025), la tendance s’est inversée depuis six mois (58 % en mai 2026).

  • Sécurité jugée « mal assurée » : 58%

  • Sécurité jugée « très mal assurée » : env. 21%

  • Sécurité jugée « assez bien assurée » : 37%

  • « Sentiment d’insécurité » personnel (« souvent » ou « de temps en temps ») : 67%

62 % des femmes jugent la sécurité mal assurée, contre 54 % des hommes. Le clivage politique est encore plus marqué : 79 % des sympathisants RN et 72 % des sympathisants LR partagent ce jugement, contre 65 % chez les sympathisants de gauche et 84 % chez les proches du parti au pouvoir.

À plus long terme, 77 % des Français estiment qu’il y a davantage d’insécurité aujourd’hui qu’il y a dix ans, 76 % qu’il y en a plus qu’il y a vingt ans, et 75 % plus qu’il y a cinquante ans.

2. Des indicateurs statistiques en hausse en 2025

Le dernier bilan du SSMSI (Ministère de l’Intérieur) pour 2025 confirme la remontée de plusieurs indicateurs après une période de stabilisation :

  • Agressions physiques : +5%

  • Violences intrafamiliales : +5%

  • Violences sexuelles : +8%

  • Viols et tentatives de viol : +9%

  • Victimes d’homicide : +1% (982 victimes)

  • Tentatives d’homicide : +5%

S’agissant des atteintes aux biens, 212 000 cambriolages de logements ont été enregistrés en 2025, soit environ 600 faits par jour. Ce volume, en légère baisse nationale (−3 %), reste très élevé et marque une recrudescence dans les zones rurales et périurbaines.

3. Les vacances, vecteur d’anxiété : données détaillées

3.1 Inquiétude pour le domicile pendant l’absence

56 % des Français se déclarent inquiets pour la sécurité de leur domicile avant de partir en vacances — soit une hausse de 9 points en sept ans. En réponse, 77 % prévoient de mettre en place un moyen de protection pendant leur absence.

  • S’entendre avec voisins/amis pour des passages réguliers : 48%

  • Mettre en place un système d’alarme télésurveillée : 33%

  • Informer la police/gendarmerie (Opération Tranquillité Vacances) : 28%

  • Mettre les objets de valeur en sécurité : 26%

  • Piloter l’éclairage à distance : 11%

  • Compter sur le chien : 7% (14 % il y a 5 ans)

  • Aucune mesure particulière : 23%

Note : l’usage des solutions technologiques (alarme, éclairage à distance) a progressé de 8 % en quatre ans.

3.2 Crainte du squat

54 % des Français disposant d’un bien « squattable » (88 % du panel) craignent que des inconnus profitent de leur absence pour occuper leur résidence, leur jardin ou leur piscine. Ce phénomène n’est pas nouveau : dès 2019, les tribunaux civils avaient rendu près de 1 130 décisions en réponse à des demandes d’expulsion d’occupants sans droit ni titre.

3.3 Insécurité perçue dans les activités de loisirs

L’enquête révèle que 85 % des personnes interrogées font de la sécurité du lieu de vacances un critère déterminant dans le choix de leur destination (+ 9 points en quatre ans par rapport à 76 % en 2022).

  • Faire du jogging seul dans un endroit inconnu : 78%

  • Laisser sa résidence de vacances sans surveillance : 73%

  • Fréquenter bars, bals, boîtes de nuit : 72%

  • Se promener dans un endroit peu fréquenté : 70%

  • Laisser son véhicule stationné (parking de plage) : 69%

  • Visiter une ville ou un site touristique inconnu : 59%

* (% des répondants percevant « beaucoup ou un peu » d’insécurité dans ces activités — Odoxa-Verisure, mai 2026)

Les grandes villes en France (80 %) et à l’étranger (76 %) figurent en tête des lieux perçus comme peu sûrs, suivies des stations balnéaires (62 %). La campagne et la montagne, jadis synonymes de quiétude, sont désormais considérées comme anxiogènes par près d’un tiers des Français.

4. Le home jacking : une menace en progression

Le home jacking — intrusion dans un domicile occupé, généralement pour dérober des clés de véhicule sous la contrainte — connaît une progression continue. Contrairement au cambriolage classique, sa nature violente génère un traumatisme psychologique durable chez les victimes.

  • Cas recensés en 2022 (OCLCO) : 475

  • Cas recensés en 2023 (+8 %) : 515

  • Estimation 2024 : env. 550

  • Part des cambriolages commis en présence des occupants (2024) : env. 40 % (vs 31 % en 2022)

  • Objectif principal : vol de véhicule (ONDRP) : 75% des cas

  • Régions les plus touchées : Île-de-France, Hauts-de-France, PACA

À noter : en juin 2026, un réseau de home jacking opérant depuis la région nantaise a été démantelé, avec un préjudice estimé à plus de deux millions d’euros. Le coordinateur du réseau dirigeait les opérations depuis sa cellule de détention. Le recours croissant à cette méthode s’explique en partie par le renforcement des systèmes antivol électroniques des véhicules modernes, qui pousse les malfaiteurs à récupérer les clés directement auprès des propriétaires.

 

Sources

  • Baromètre Odoxa-Verisure pour Le Figaro, enquête réalisée auprès de 1 005 personnes interrogées par internet les 20 et 21 mai 2026
  • SSMSI — Ministère de l’Intérieur, Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique
  • OCLCO (Office Central de Lutte contre le Crime Organisé) — statistiques home jacking 2022-2024
  • ONDRP / Daitem — données cambriolages et home jacking 2024-2025
  • Le Figaro, « Angoissés par l’insécurité, les Français appréhendent la période des vacances », 24 juin 2026

 

la souveraineté numérique

Quand la dépendance devient une faille de sécurité intérieure

By Numérique, Sécurité/Justice, Institutions

La souveraineté numérique : quand la dépendance devient une faille de sécurité intérieure

Par Isabelle Gonthier, adhérente du CRSI

Nos services de renseignement travaillent sur des infrastructures dont la maîtrise juridique échappe à l’État français. Ce n’est plus une question de politique industrielle : c’est une question de sécurité nationale.

Il est une habitude bien française que de confondre la forme et le fond, le label et la réalité. Appliquée au numérique, cette tendance produit des effets particulièrement dangereux. On souveraine-wash à tour de bras : des serveurs localisés en France, des contrats rédigés en droit français, des logos tricolores sur des interfaces dont l’architecture profonde reste soumise au bon vouloir, et au droit, d’États étrangers. Il est temps de nommer les choses.

La souveraineté numérique n’est pas un enjeu de politique industrielle ou de valorisation des startups nationales. C’est, au premier chef, une condition de l’exercice des fonctions régaliennes de l’État. Quand nos forces de l’ordre, nos services de renseignement, nos systèmes judiciaires fonctionnent sur des infrastructures dont la maîtrise leur échappe en partie, c’est la capacité même de l’État à protéger ses citoyens qui est compromise.

Le Cloud Act, ou la souveraineté sous condition

Le Cloud Act américain, adopté en 2018, autorise les autorités fédérales américaines à contraindre toute entreprise de droit américain à livrer des données hébergées par ses soins peu importe où ses serveurs sont physiquement implantés. Un fichier stocké à Roubaix sur une infrastructure Microsoft relève donc, en droit américain, de la juridiction de Washington. Sans que la France soit consultée. Sans que l’utilisateur en soit informé.

Ce n’est pas une clause obscure d’un texte technique. C’est la règle du jeu telle qu’elle s’applique aujourd’hui à une part significative des systèmes d’information des administrations françaises. En octobre 2025, la Cour des comptes a confirmé que certains ministères utilisent des solutions informatiques extra-européennes pour traiter des données sensibles. La commission d’enquête sénatoriale a qualifié le recours à Microsoft pour le Health Data Hub de faute politique.

Peut-on sérieusement prétendre à l’autorité de l’État sur son territoire quand les données qui permettent d’exercer cette autorité transitent par des tuyaux dont on ne détient pas les clés ?

La question n’est pas rhétorique. Elle appelle une réponse concrète, que les textes récents, la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030, dévoilée en janvier par le gouvernement, commencent timidement à esquisser en plaçant enfin la sécurité numérique au rang de priorité stratégique pour la souveraineté et la sécurité nationale.

Une menace qui épouse les réseaux

La dépendance numérique ne serait qu’un inconvénient diplomatique si les menaces auxquelles nous faisons face étaient celles d’hier. Elles ne le sont plus. En 2026, la radicalisation terroriste est d’abord une radicalisation en ligne. Les plateformes numériques — dont les données d’usage sont hébergées hors de France et soumises à des législations étrangères — sont les vecteurs principaux par lesquels des individus, souvent très jeunes, basculent dans la violence.

La menace terroriste sur le territoire national est désormais principalement endogène. Les profils se radicalisent sans contact physique avec les organisations, par la seule exposition à la propagande diffusée sur les réseaux sociaux. L’intelligence artificielle générative permet aujourd’hui de recycler et personnaliser des contenus d’incitation à la violence à un coût marginal. Les plateformes, dont les serveurs et les algorithmes sont hors juridiction française, constituent ainsi la première salle de recrutement des groupuscules violents.

Face à cette réalité, nos services de renseignement intérieur se trouvent dans une position paradoxale : ils doivent surveiller des espaces numériques dont ils ne contrôlent ni les règles d’accès, ni les conditions de conservation des données, ni les décisions de modération. Chaque fois qu’une plateforme américaine supprime unilatéralement un compte ou efface un historique de contenus, c’est une enquête qui perd une piste, parfois définitivement.

L’autorité de l’État ne souffre pas d’externalisation

Le CRSI a toujours défendu une conviction centrale : sans autorité effective de l’État, il n’y a pas de sécurité durable pour les citoyens. Cette autorité suppose des moyens — juridiques, humains, matériels. Elle suppose aujourd’hui, inévitablement, des moyens numériques souverains.

Or le constat est accablant. Selon le Cigref, près de 80 % des dépenses européennes en logiciels et services cloud professionnels alimentent des entreprises américaines. Cette dépendance concerne aussi les administrations régaliennes : gestion des fichiers de sécurité, communications opérationnelles, traitement des données judiciaires. On a externalisé, par commodité et par défaut de politique industrielle cohérente, des fonctions que la raison d’État aurait dû sanctuariser.

La bonne nouvelle est que le tabou commence à se fissurer. Le gouvernement a publié en février 2026 une circulaire orientant les achats publics vers des solutions souveraines. L’ANSSI durcit progressivement le référentiel SecNumCloud pour le rendre imperméable aux lois d’extraterritorialité étrangères. La Commission européenne vient d’attribuer ce mois-ci un marché de 180 millions d’euros à quatre fournisseurs cloud européens pour couvrir les besoins de ses institutions.

Ce sont des pas dans la bonne direction. Mais ils demeurent des pas de bureaucrates là où il faudrait des décisions de soldats. La temporalité des appels d’offres n’est pas celle des menaces.

Ce que l’État doit s’interdire de déléguer

La véritable ligne de crête est celle-ci : toutes les dépendances numériques ne sont pas équivalentes. Qu’une collectivité locale utilise un logiciel de comptabilité américain est discutable ; que les fichiers du renseignement territorial soient hébergés sur des infrastructures soumises au droit américain est inacceptable. La gradation des risques doit guider une doctrine d’emploi claire, distinguant ce qui peut être externalisé de ce qui ne peut l’être sous aucun prétexte.

La souveraineté n’est pas un curseur que l’on déplace selon le cours de l’euro ou les urgences budgétaires. Elle est, ou elle n’est pas.

La France dispose de compétences réelles — à l’ANSSI, dans ses industries de défense, dans ses opérateurs de confiance. Le problème n’est pas d’ordre technique ; il est d’ordre politique. Il faut la volonté de protéger ce qui doit l’être, d’imposer aux administrations régaliennes des standards non négociables, et d’accepter que la souveraineté ait un coût — infiniment moindre, au demeurant, que celui d’une compromission.

La sécurité intérieure se joue désormais aussi dans les datacenters. Il est temps que ceux qui ont la charge de la garantir en prennent pleinement la mesure.

 

Sources : Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030 (SGDSN) · Rapport Cour des comptes oct. 2025 · Cigref · Rapport sénatorial sur les dépendances numériques (Cigref) · La dépendance technologique aux softwares & cloud services américains : une estimation des conséquences économiques en Europe (Asterès pour le Cigref/Numeum, avril 2025.) • Baromètre CESIN 2026

Network and Information System Security - NIS 2

La directive « NIS 2 », un outil pour renforcer la cybersécurité de nombreuses organisations

By Numérique, Numérique, Sécurité/Justice, Institutions

Par Sandrine Molgatini, DPO et Consultante en protection des données

 

Alors que la France est particulièrement touchée par les menaces cyber, la France est en train de se doter d’une législation très structurante en matière de cybersécurité, en transposant la directive 2022/2555 du 14 décembre 2022 dite « NIS 2 » (« Network and Information System Security » en anglais, « Sécurité des Réseaux et des systèmes d’Information » en français).

 

De nombreuses entités concernées

Cette directive européenne remplace la directive « NIS 1 » pour sensiblement renforcer la cybersécurité en imposant de nouvelles obligations à des organisations de secteurs d’activités « hautement critiques » ou « critiques », établies dans l’Union européenne ou y fournissant des services.

Onze secteurs hautement critiques sont visés : énergie, transports, secteur bancaire, infrastructures des marchés financiers, santé, eau potable, eaux usées, infrastructure numérique, gestion des services TIC interentreprises, administration publique, espace. Les secteurs critiques, eux, sont au nombre de sept : services postaux et d’expédition, gestion des déchets, produits chimiques, denrées alimentaires, industries, fournisseurs numériques, recherche.

 

Deux types d’entités publiques ou privées de ces secteurs sont régulées :

– Entité essentielle : entité d’un secteur hautement critique employant au moins 250 personnes et ayant un chiffre d’affaires annuel supérieur 50 millions d’euros ou un bilan annuel excédant les 43 millions d’euros ;

– Entité importante : entité qui n’est pas une entité essentielle et qui emploie au moins 50 personnes et a un chiffre d’affaires annuel ou un bilan annuel supérieur à 10 millions d’euros.

 

Cependant le projet de loi de transposition en droit français prévoit un cumul de seuils différent (une surtransposition ?), de nature à engendrer une augmentation du nombre d’entreprises concernées :

– Entité essentielle : entité d’un secteur d’activité hautement critique qui emploie au moins 250 personnes ou dont le chiffre d’affaires annuel excède 50 millions d’euros et dont le total du bilan annuel excède 43 millions d’euros ;

– Entité importante, lorsqu’elle n’est pas une entité essentielle : entité d’un secteur d’activité hautement critique ou critique et qui emploie au moins 50 personnes ou dont le chiffre d’affaires et le total du bilan annuel excèdent chacun 10 millions d’euros ;

 

Attention : la directive s’applique à certaines entités, quelle que soit leur taille : opérateurs de communications électroniques, prestataires de services de confiance, registre des noms de domaine de premier niveau, fournisseurs de services DNS, fournisseurs de services d’enregistrement de noms de domaine, certaines administrations publiques, entités identifiées comme essentielles ou critiques. De plus, certaines entités sont automatiquement qualifiées d’entités essentielles.

En outre, une entreprise économiquement dépendante d’une autre société peut être soumise à la directive (« entreprises partenaires et entreprises liées »).

Les Etats membres disposent d’une marge de manœuvre dans la transposition. Par exemple, ils peuvent décider de réguler les entités de l’administration publique au niveau local ainsi que les établissements d’enseignement, ou décider de désigner telle entité comme essentielle et non comme importante.

Enfin, les fournisseurs et prestataires de services directs des entités visées seront indirectement concernés et devront se conformer aux exigences de cybersécurité imposées par leurs clients concernés par NIS 2.

Au final, de très nombreuses organisations vont se retrouver dans le champ de NIS 2.

 

Des obligations renforcées

Les entités désignées essentielles ou importantes devront se conformer à de nombreuses obligations.

En matière de gouvernance, les organes de direction vont devenir co-responsables de la cybersécurité (formation, approbation et supervision des mesures…). En matière de déclarations, les entités vont devoir communiquer des informations générales à l’ANSSI mais aussi notifier en plusieurs étapes les incidents importants (avec une « alerte précoce » dans les 24 heures).

Les entités visées devront adopter des mesures pour gérer les risques et les incidents, par exemple des politiques d’analyse des risques et de sécurité, la gestion des incidents et la continuité des activités, la sécurité de la chaîne d’approvisionnement (fournisseurs et prestataires de services directs), la sécurité de l’acquisition, du développement et de la maintenance des SI, les politiques de contrôle d’accès et de gestion des actifs, la sécurité des ressources humaines, ou encore l’utilisation de solutions d’authentification à plusieurs facteurs ou d’authentification continue, de communications sécurisées, et de systèmes internes sécurisés de communication d’urgence. Le niveau de sécurité imposé sera adapté à la maturité et au profil de l’entité concernée (entité essentielle versus entité importante).

Enfin, le Règlement d’exécution de la Commission européenne 2024/2690 du 17 octobre 2024 complète la directive concernant les mesures de gestion des risques et la définition des incidents importants, dans certains secteurs : registres des noms de domaine de premier niveau, services DNS, cloud computing, centres de données, réseaux de diffusion de contenu, services gérés, services de sécurité gérés, places de marché en ligne, moteurs de recherche en ligne, réseaux sociaux, services de confiance.

 

Pouvoirs de l’ANSSI et sanctions

L’ANSSI aura le pouvoir notamment de mener des contrôles et de prononcer des sanctions telles qu’une amende (jusqu’à 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires mondial pour les entités essentielles, ou jusqu’à 7 millions d’euros ou 1,4% du chiffre d’affaires mondial pour les entités importantes), la suspension d’activités ou de services ou l’interdiction temporaire pour les dirigeants d’exercer des fonctions de direction.

 

Etat de la transposition

La Commission européenne a initié une procédure contre la France pour retard de la transposition en droit français car cette dernière aurait dû intervenir au plus tard en octobre 2024. L’examen au Parlement du Projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, qui vise à transposer les directives « NIS 2 », « REC » et « DORA », ne sera pas finalisé avant, au mieux, septembre 2026. De plus, la loi devra être complétée par des décrets et arrêtés ministériels.

Compte-tenu de ce retard, l’ANSSI a déjà organisé des évènements et mis en place un site web pour ces entités : La directive NIS 2 — ANSSI qui inclut, notamment, un test pour qu’une organisation détermine si elle sera concernée par NIS 2, et le « Référentiel Cyber France (ReCyF, document de travail listant les exigences de NIS 2.

 

Pourquoi se préparer dès maintenant ?

Mettre en œuvre les mesures requises va prendre beaucoup de temps, il importe donc de se préparer sans attendre la publication des textes de transposition. Il est ainsi recommandé de :

– vérifier si votre organisation est visée par la directive ;

Si oui ;

– se pré-enregistrer sur le téléservice de l’ANSSI ;

– consulter et analyser les documents de l’ANSSI ;

– effectuer une cartographie des risques cyber et des actifs critiques ;

– évaluer le niveau de maturité de la gouvernance en cybersécurité ;

– élaborer les politiques et procédures ;

– former le personnel ;

– prévoir des clauses de cybersécurité spécifiques avec les fournisseurs et prestataires de services directs ;

– prévoir des audits internes et ;

– prévoir des tests de crise.

 

Quant aux fournisseurs et prestataires de services directs des entités régulées, qui vont devoir se conformer aux exigences de cybersécurité de leurs clients concernés, ils devraient eux aussi anticiper la transposition de la directive.

Si les entités concernées attendent la publication des textes français pour agir, elles prennent le risque d’entamer une démarche de mise en conformité dans la précipitation avec pour conséquences probables des délais d’attente notamment dans l’enregistrement auprès de l’ANSSI, la fourniture de prestations et produits de cybersécurité ou encore les discussions contractuelles avec les fournisseurs et prestataires de services directs.

Alors même que l’actualité nous montre que la menace cyber impacte le quotidien de tous et est plus que jamais un enjeu de souveraineté, il est urgent de ne plus attendre…

accès aux soins CRSI 11

L’accès aux soins, pilier de résilience et d’attractivité des territoires

By Santé, Santé

– par les membres du CRSI de l’Aude (11)

Analyse prospective, régulation républicaine, innovations de rupture et enjeux d’intégration

Statut : Rapport Stratégique de Synthèse Révisé

Horizons : 5 ans (2031) & 10 ans (2036) 

1. L’accès aux soins : Facteur de résilience et atout territorial stratégique 

Loin d’être une simple variable d’ajustement budgétaire ou un centre de coûts, un système de santé local robuste constitue un actif immatériel et stratégique majeur pour tout territoire. 

  • Levier d’attractivité globale : La présence pérenne d’une offre de soins diversifiée s’impose comme un critère absolu pour l’implantation des familles, des actifs et des entreprises. C’est le socle de la rétention démographique et du dynamisme territorial. 
  • Facteur de résilience face aux crises : Un territoire doté d’un réseau de soins interconnecté (médecine de ville, hôpital de proximité, secteur médico-social) absorbe avec une flexibilité accrue les chocs sanitaires, épidémiques ou environnementaux. La résilience repose sur la capacité des acteurs locaux à faire réseau. 
  • Moteur de la vie socio-économique : Les métiers de la santé et du grand âge (notamment au sein de la « silver économie ») représentent un gisement d’emplois non délocalisables, structurant pour le tissu local.

2. État des lieux et nouveaux défis démographiques et sociétaux 

Le modèle sanitaire français fait face à une crise systémique de nature quantitative, caractérisée par une inadéquation flagrante entre l’offre et la demande de soins. 

Le choc du grand âge et les transitions neuropathologiques 

Les territoires ruraux et périurbains subissent de plein fouet un vieillissement accéléré de leur population. Ce phénomène s’accompagne d’une explosion des polypathologies complexes et, de manière plus critique, des pathologies neurologiques et neurodégénératives (maladies d’Alzheimer, de Parkinson et démences apparentées). Ces situations exigent un suivi au long cours, pluridisciplinaire et hautement coordonné. 

L’échec des politiques purement incitatives 

Les dispositifs d’incitation financière déployés depuis vingt ans démontrent leur inefficacité structurelle à endiguer la création de vastes zones sous-denses. Pendant que les zones sur-dotées saturent l’offre globale, les territoires défavorisés subissent une perte de chance majeure. 

Les limites de la télémédecine isolée 

La téléconsultation classique se heurte à deux obstacles majeurs sur le terrain : l’illectronisme (touchant particulièrement les seniors affectés par des troubles cognitifs) et l’impossibilité de réaliser un examen clinique physique, indispensable pour sécuriser les diagnostics complexes. 

L’intégration des flux migratoires et l’harmonisation européenne (UE) 

Les territoires font face à deux dynamiques de population exogènes majeures qui pèsent sur l’organisation des soins de premier recours et hospitaliers : 

  • La prise en charge des publics migrants : L’accès aux soins des personnes en situation de migration (bénéficiaires de l’AME ou de la PUMa) représente un défi éthique et opérationnel. Les barrières linguistiques, administratives et culturelles s’ajoutent à des profils de pathologies parfois complexes (traumatismes psychologiques, retards de prise en charge), saturant les services d’urgence et les PASS de proximité. 
  • La gestion de la patientèle d’origine UE (Ressortissants européens) : Les disparités dans la coordination des droits (Carte Européenne d’Assurance Maladie – CEAM) et l’absence d’harmonisation complète des dossiers médicaux partagés à l’échelle européenne freinent la fluidité des parcours de soins. Pour les territoires accueillant des résidents européens (notamment des retraités), cela génère une charge administrative lourde pour le suivi des maladies chroniques et la facturation transfrontalière.

 

3. Feuille de route à 5 ans : Régulation républicaine et innovation (Horizon 2031) 

Puisque le vivier de professionnels de santé demeurera quantitativement contraint à moyen terme, l’enjeu consiste à optimiser radicalement la répartition géographique et le temps médical disponible. 

L’obligation d’installation temporaire par l’autorisation préalable 

Le financement intégral et lourd des études de médecine par l’argent public et la collectivité fonde la légitimité démocratique d’un principe de juste réciprocité. À l’instar d’autres professions de santé (pharmaciens soumis à un quorum démographique strict, masseurs-kinésithérapeutes, infirmiers libéraux), la liberté d’installation des médecins doit être encadrée au nom de l’intérêt général. 

Mécanisme proposé : L’installation en exercice libéral dans une zone sur-dotée ou saturée est soumise à une autorisation préalable. En contrepartie du financement public de leur formation, les nouveaux diplômés reçoivent l’obligation de s’installer pour une durée minimale délimitée (ex: 3 à 5 ans) dans une zone sous-dense définie par les Agences Régionales de Santé (ARS). 

Le Médicobus connecté : Le bras armé de la télémédecine augmentée 

Pour dépasser les limites de la télémédecine fixe, le déploiement de véhicules sanitaires légers de type médicobus s’avère hélas incontournable. Le médicobus fait office d’antenne clinique mobile avancée. 

  • L’impact clinique : Opéré par un professionnel paramédical, il apporte l’examen clinique physique directement dans les communes isolées. 
  • L’apport technologique : Équipé d’outils de diagnostic connectés et d’une liaison satellite sécurisée, il permet la réalisation de téléconsultations augmentées. L’infirmier sur place réalise les gestes techniques sous la dictée, à distance, d’un médecin généraliste ou d’un spécialiste. 
  • Réponse aux barrières culturelles et linguistiques : Le médicobus connecté intègre des modules de **traduction simultanée médicale à distance** pour la prise en charge des populations migrantes ou des ressortissants de l’UE non francophones, garantissant la sécurité du diagnostic lors de l’examen. 

Analyse critique : Les MSP et les CPTS sont-elles l’alpha et l’oméga ? 

Les Maisons de Santé (MSP) et les CPTS constituent des avancées notables pour coordonner la ville. Néanmoins, ériger le concept de « guichet unique physique » en solution absolue pour les zones très défavorisées est une erreur d’appréciation. En milieu de grande précarité socio-économique — ou auprès de populations marginalisées et migrantes —, les guichets fixes s’avèrent peu efficients : ils absorbent une charge administrative chronophage au détriment du temps médical, et se heurtent au non-recours aux soins par crainte administrative ou manque de mobilité. L’efficience commande de préférer au guichet unique fixe une logique d’action mobile et proactive de « médiation en santé ».

 

4. Angle mort positif : Les innovations mondiales inexplorées en France 

Face à la pénurie quantitative de compétences, d’autres nations ont adopté des approches en rupture avec le dogme du cabinet médical traditionnel :

La Logistique par 

Drones Autonomes (Modèle : Rwanda / 

Ghana)

Utilisation de hubs de drones autonomes capables d’acheminer en moins de 30 minutes des intrants critiques (kits de diagnostic rapide, traitements d’urgence neurologique, vaccins) dans un rayon de 150 km. Maintient des dispensaires paramédicaux locaux sans exiger la présence physique constante d’un médecin.
Les Micro-Cliniques Modulaires 

(Modèle : Afrique du Sud / USA Ruraux)

Déploiement en 48h de structures cliniques en conteneurs haut de gamme, autonomes en énergie. Portées par des technologies de Point-of-Care Testing (POCT), elles sont opérées par des professionnels intermédiaires et intègrent nativement des protocoles multilingues d’accueil pour la patientèle internationale ou migrante.

 

Les Cliniques 

Virtuelles Intégrées (Modèle : Canada / 

Écosse)

Institutionnalisation d’un corps de médecins dédiés exclusivement à la clinique virtuelle à temps complet à l’échelle d’une région, totalement libérés des charges immobilières et administratives. Ils optimisent à 100 % le temps médical utile disponible au profit des territoires en tension.
Le Corps des 

« Physician 

Assistants » 

(Modèle : USA / 

Royaume-Uni)

Profession intermédiaire (Master en médecine clinique) habilitée à examiner, diagnostiquer les pathologies courantes, prescrire et interpréter sous la supervision générale — souvent distante — d’un médecin référent, démultipliant l’impact clinique d’un médecin référent sur un grand territoire.

 

5. Vision à 10 ans : Vers un modèle de santé distribuée et préventive (Horizon 2036) 

À long terme, la convergence des innovations technologiques matures et de la régulation territoriale stabilise le réseau sanitaire local. 

  • Pérennisation du vivier par rotation : L’application prévisible du mécanisme d’installation obligatoire garantit un flux constant de jeunes professionnels au sein des zones autrefois sous-denses, effaçant la notion de désert médical. 
  • Filières territoriales « Neuro-Seniors » et action proactive : Le modèle bascule d’une médecine curative passive à une démarche préventive active. Des outils d’intelligence artificielle analysent les données de marche, de parole ou de comportement collectées lors des passages du médicobus, permettant le repérage précoce du déclin cognitif. 
  • Harmonisation transfrontalière et interopérabilité UE : À 10 ans, l’aboutissement de l’Espace Européen des Données de Santé (EHDS) permet une interopérabilité totale des dossiers patients au sein de l’UE. Un médecin en zone rurale accède instantanément à l’historique clinique d’un ressortissant européen, fluidifiant le suivi des pathologies chroniques sans surcoût administratif. 
  • L’Hôpital « Hors les Murs » : L’Hospitalisation À Domicile (HAD) devient la norme pour les pathologies chroniques, grâce à une logistique distribuée (drones, micro-cliniques, professionnels intermédiaires mobiles).

 

En conclusion : La résilience sanitaire d’un territoire exige de rompre avec le conservatisme des structures fixes et de la liberté totale d’installation financée par des fonds publics. La solution réside dans une hybridation audacieuse entre la régulation républicaine, l’humain mobile (le médicobus) et la technologie distribuée. En intégrant de manière fluide et technologique les nouveaux visages de la démographie — des pathologies neurologiques du grand âge à l’accueil d’une patientèle migrante ou européenne —, le territoire transforme une vulnérabilité quantitative en un modèle d’attractivité, d’équité et de modernité sociale. 

 

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