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Une France à la traîne sur la sécurité - CRSI

GPI 2026 : la France recule, la criminalité en cause

By Publications, Sécurité/Justice

La France, mauvais élève de la paix en Europe

Global Peace Index 2026 — Institute for Economics & Peace (IEP)

Par Sixte Paire, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

1. Positionnement

La France occupe le 99ᵉ rang mondial sur 163 pays dans le Global Peace Index 2026, avec un score de 2,083 (une légère hausse de score, donc une dégradation, de 0,010 point sur un an). Ce classement place la France en dernière position parmi les 33 pays de la région Europe occidentale et centrale, qui reste par ailleurs la région la plus pacifique du monde. La tendance de long terme est également orientée à la baisse : le rapport classe la France parmi les pays en dégradation continue depuis plusieurs années (« UP-LONG », c’est-à-dire une hausse du score sur longue période, donc une baisse de la paix).

99ᵉ / 163

Rang mondial

33ᵉ / 33

Rang régional (dernier)

2,083

Score GPI 2026

 

2. Ce qui explique la dégradation

Sécurité et criminalité

La dégradation française sur l’année écoulée (-0,5 % environ, en score composite) est portée principalement par le domaine « Sécurité et sûreté sociétale », qui s’est dégradé de 2 %, sous l’effet conjoint de la criminalité violente et de la perception de la criminalité par la population.

– Plus d’une personne sur quatre en France déclare ne pas se sentir en sécurité en marchant seule la nuit.

– Un peu moins d’une personne sur dix déclare avoir été victime d’un crime violent au cours de l’année écoulée, le taux le plus élevé de toute la région Europe occidentale et centrale.

Mouvements sociaux

Le rapport souligne les troubles civils importants de septembre 2025 : le mouvement de contestation « Bloquons tout » a rassemblé des centaines de milliers de personnes dans la rue en opposition aux mesures d’austérité du gouvernement, entraînant des affrontements avec les forces de l’ordre et plus de 300 interpellations.

Militarisation

À l’échelle régionale, l’Europe occidentale et centrale a vu son domaine « Militarisation » se dégrader de 2,5 %, dans un contexte de hausse générale des budgets de défense (les membres européens de l’OTAN ont augmenté leurs dépenses de 20 % en termes réels en 2025). Si le rapport ne détaille pas de chiffre isolé pour la France sur ce point, il classe le pays comme l’une des grandes puissances militaires « en transition », son influence relative se concentrant désormais sur la puissance militaire expéditionnaire plutôt que sur le poids économique global.

 

3. Contexte : le déclin économique relatif des grandes puissances européennes

Le rapport situe la trajectoire française dans une tendance plus large de recul du poids économique des grandes puissances européennes historiques. La part de la France dans le PIB mondial est passée de 5,2 % en 1995 à 2,9 % en 2023 (-44 %), un recul comparable à celui de l’Allemagne (-49 %), du Royaume-Uni (-27 %) et de l’Italie (-42 %). Le rapport associe cette érosion à une dette publique élevée et à un chômage persistant, et note que la France se repositionne progressivement comme acteur militaire expéditionnaire plutôt que comme pilier économique de l’ordre mondial.

Sur le plan diplomatique, le rapport mentionne le traité historique signé par la France et la Pologne en mai 2025, qui inclut des clauses de sécurité mutuelle, seulement le deuxième accord de ce type signé par la France.

 

4. Comparaison avec ses voisins européens

– Islande (1ʳᵉ mondiale) : pays le plus pacifique au monde pour la 19ᵉ année consécutive.

– Allemagne (28ᵉ mondiale, 19ᵉ régionale) : dégradation de 4,1 %, portée par une hausse de 8,3 % du domaine Sécurité, liée notamment à une hausse de 40 % des crimes à motivation politique en 2024.

– Royaume-Uni (39ᵉ mondiale, 25ᵉ régionale) : dégradation de 3 %, tirée par le domaine Conflits en cours (présence militaire extérieure significative).

– Belgique (21ᵉ mondiale, 13ᵉ régionale) : plus forte dégradation régionale (-4,8 %), portée par la Militarisation.

Dans cet ensemble, la France se distingue par le fait qu’elle reste, malgré ces dégradations chez ses voisins, le pays le moins pacifique de toute la région Europe occidentale et centrale.

 

5. Ce qu’il faut retenir

– La France est à la 99ᵉ place mondiale, dernière position de la région la plus pacifique du monde.

– Il y a une forte dégradation portée par la criminalité perçue et vécue, plus que par un conflit armé au sens strict.

– Les tensions sociales de l’automne 2025 (mouvement « Bloquons tout ») sont explicitement citées comme facteur de dégradation.

– Le recul du poids économique français s’inscrit dans une tendance européenne plus large, avec un repositionnement du pays vers la puissance militaire expéditionnaire.

 

 

Source : Institute for Economics & Peace, Global Peace Index 2026 (20e édition, publié en juin 2026, 163 pays couvrant 99,7 % de la population mondiale).

IA et propriété intellectuelle ; le projet de loi DARCOS et les évolutions en cours

IA et propriété intellectuelle

By Publications, Numérique, Travaux des adhérents

IA et propriété intellectuelle ; le projet de loi DARCOS et les évolutions en cours

Par Bruno Mahieux et François Bargoin, adhérents au CRSI 

 

Sommaire :

Le projet de loi DARCOS

MISTRAL contre-attaque

Des opportunités à explorer

L’IA, outil d’intermédiation avec le client

 

L’émergence rapide de l’Intelligence Artificielle soulève de nombreuses questions, notamment en ce qui concerne l’adaptation de principes juridiques anciens, tel que la propriété intellectuelle, aux nouvelles technologies.

Les œuvres, au sens le plus large, sont les matières premières des modèles d’IA. Mais l’IA, avec la masse de données potentiellement accessible, avec ses algorithmes complexes et plus ou moins obscurs, avec l’évolution très rapide des modèles, rend difficile l’exercice du droit de propriété intellectuelle.

Plus largement, la question est celle de la création de valeur à l’ère de l’IA ; comment s’organise le partage de la valeur, entre ceux qui conçoivent les technologies et ceux dont les contenus ou les données alimentent ces systèmes.

 

Le projet de loi DARCOS

Au niveau Européen, les discussions et les évaluations se poursuivent dans le prolongement de la mise en œuvre de l’AI Act. Selon certains observateurs du monde de la culture, le souhait d’avancer avec tous les acteurs, y compris les plus réfractaires, conduisent à des discussions qui en l’état ne seraient pas satisfaisantes en termes de protection de la création. C’est dans ce contexte qu’est apparue en France la proposition de loi DARCOS, qui est soutenue par 81 organisations culturelles et médiatiques et une pétition de 25000 signatures de professionnels de la création.

Ce texte, que ses promoteurs voudraient voir jouer un rôle pionnier au niveau Européen, repose sur un mécanisme juridique simple mais structurant : inverser la charge de la preuve, en instaurant une présomption d’exploitation des contenus par les fournisseurs d’IA. Avec cette loi, ce ne sont plus les créateurs, producteurs ou éditeurs qui devront démontrer que leurs œuvres ont été utilisées, mais les acteurs de l’IA qui devront prouver le contraire.

Les objectifs du texte marquent un parti-pris assumé : rééquilibrer les relations économiques, faciliter l’usage effectif du droit de propriété, influencer les pratiques contractuelles et les contentieux qui en résulteront.

Le projet de loi, transpartisan, a été déposé le 12 décembre 2025 par les sénatrices Agnès Evren (LR), Laure Darcos (Horizons), et le sénateur Pierre Ouzoulias (PCF). Le Conseil d’état a validé le principe le 19 Mars 2026, en apportant quelques précisions et en proposant une nouvelle rédaction. Et le Sénat a adopté le texte modifié à l’unanimité le 8 Avril dernier.

 

MISTRAL contre-attaque

Arthur Mensch, le patron de MISTRAL AI s’est frontalement opposé au projet (rappelons que MISTRAL AI est la seule société Européenne à figurer parmi les 10 plus grandes entreprises mondiales d’IA). Selon lui, le projet ferait peser une insécurité juridique permanente sur les entreprises du secteur. Les entreprises seraient affaiblies en France, tandis que les législations d’autres pays seront plus permissives.

A. Mensch explique qu’avec les modèles d’IA, il est tout aussi difficile de prouver la non-utilisation d’une œuvre, que de prouver le contraire, et il s’oppose à ce qui serait une judiciarisation permanente. Il apparaît que les entreprises qui évoluent dans ce secteur hyper-concurrentiel ont d’autres priorités que de gérer la possible multiplication des contentieux qui pourrait découler d’un tel projet ; et par ailleurs, elles ne souhaitent pas étaler sur la place publique le fonctionnement détaillé de leurs modèles, qui relève du secret industriel.

Mais le patron de MISTRAL n’est pas contre l’exercice du droit d’auteur, et il est d’accord pour payer. Il propose un mécanisme de contribution obligatoire, le chiffre avancé est de 1 à 5% du chiffre d’affaires, qui serait versée à un fonds Européen chargé de soutenir la création.

La ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle, Anne Le Hénanff, va dans le même sens  en décrivant un texte « impossible à appliquer sur le plan technique », et faisant peser « un risque juridique dévastateur » sur les entreprises.

Ce lobbying a pesé ; le 12 Mai, la conférence des 11 présidents de groupe de l’Assemblée Nationale n’a pas inscrit le texte à l’agenda parlementaire. Le projet de loi a ensuite été inscrit au programme de la niche parlementaire du PCF le 11 Juin, mais dans une position qui n’a pas permis son examen. Le projet peut toujours être repris par un groupe parlementaire ; mais cela n’est pas l’hypothèse la plus probable dans la mesure où l’agenda parlementaire est particulièrement chargé, et le sera encore davantage à l’automne avec l’élaboration du budget 2027.

Si le texte ne voit pas le jour, les titulaires de droits ne seront pas démunis pour autant. Ils pourront défendre leur droit en s’appuyant sur 2 textes Européens ;

– tout d’abord le règlement UE 2024/1689, qui impose la transparence sur les corpus d’entraînement des IA, sans pour autant renverser la charge de la preuve

– ensuite le droit « d’opt-out », qui permet de s’opposer à l’usage de ses contenus à des fins commerciales, notamment l’usage par des IA (Directive Européenne du 17 Avril 2019). Concrètement, un média en ligne peut insérer une clause d’opt-out dans ses CGU pour empêcher légalement les IA de moissonner ses données.

 

Des opportunités à explorer

Le projet de loi DARCOS est global, mais il apparaît que les situations diffèrent selon les secteurs et les types de créations, et que le sujet est plus complexe qu’un face à face entre des pilleurs de données et des auteurs spoliés.

Prenons par exemple l’univers des médias, qui est dans une relation multiforme avec les outils de l’IA. Des accords commencent à être conclus entre des éditeurs d’IA et des grands groupes de presse. L’accord de partenariat conclu en 2024 entre le journal Le Monde et OPEN AI, la société éditrice de Chatgpt, prévoit notamment que :

– OPEN AI peut s’appuyer librement sur tous les contenus et les archives du journal, pour formuler ses réponses et pour entraîner ses modèles

– la contribution du journal est explicitement signalée et mise en avant dans les réponses des IA (logo, lien hypertexte et titre du ou des articles utilisés comme références)

– une rémunération est versée au quotidien au titre des droits d’auteurs et des droits voisins. Le montant n’est pas public, mais Le Monde parle d’une « source significative de revenus supplémentaires, pluriannuelle »

– l’accord prévoit aussi de faciliter la diffusion et l’utilisation des outils d’IA au sein de la rédaction et un partenariat privilégié autour de certains développements.

Ironie de la séquence, Le Monde a été critiqué pour cet accord, à la fois en interne par les syndicats,  et en externe par les éditeurs de presse pour avoir fait cavalier seul au détriment d’une solution collective globale.

Mais toujours est-il que ce partenariat laisse entrevoir pour le journal, à la fois la perspective de capter de nouveaux publics, la présentation de ses contenus comme une référence fiable et une diversification de ses revenus.

En définitive, il s’agit de modèles économiques qui se transforment en profondeur, ce qui présente des  risques, mais aussi des opportunités à explorer. 

Dans ces conditions, il est permis de se demander si décréter une présomption d’utilisation des contenus pour renverser la charge de la preuve correspond au véritable enjeu. Est-ce que cela ne conduit pas à désigner des coupables à priori, auxquels il faut demander réparation ?

Le vrai sujet est d’encourager les acteurs économiques à se saisir positivement des opportunités ; en posant le fait que les éditeurs seraient à priori des victimes de la technologie, le projet de loi DARCOS ne va pas dans ce sens.

 

L’IA, outil d’intermédiation avec le client

Deux autres événements récents, particulièrement intéressants à observer, montrent que le développement des outils d’IA est l’objet à la fois de nouveaux conflits juridiques et d’expérimentations innovantes.

Les AI Overwiews et AI mode de Google vont arriver en France prochainement. Ces dossiers réalisés par le géant du Web grâce à l’IA apparaissent en tête de recherche et ont déjà démarré dans d’autres pays. Le New York Times et d’autres acteurs Américains ont engagé une action contre Google, car cette pratique conduit à une baisse importante du trafic et donc des revenus générés par les sites des éditeurs, qui sont pourtant les créateurs des contenus utilisés pour générer les AI Overwiews.

En France, Google annonce qu’il existera une possibilité d’opt-out permettant aux éditeurs de refuser d’apparaître dans ces nouvelles fonctionnalités AI. Google assure que ce choix sera sans incidence sur le moteur de recherche classique. Ceux qui feront le choix d’apparaître percevront une rémunération proportionnelle au nombre de citations.

Autre événement significatif, le journal Les échos lance un « assistant IA ». Cet outil est pour l’instant réservé aux abonnés premium et permet de poser des questions sur l’actualité économique. Les réponses se basent pour l’instant sur la consultation des archives du journal, mais il est prévu d’élargir, notamment à des banques de données en ligne.

Les échos cherchent ainsi à garder le lien et le trafic de ses clients, en offrant le confort de la recherche conversationnelle, qui s’ancre progressivement dans les habitudes de travail des internautes.

Par ailleurs, les contenus du journal n’apparaissent pas dans les réponses d’autres IA, Les échos ayant interdit les accès en faisant valoir ses droits d’opt-out. 

Les outils d’IA se développent si vite qu’ils commencent à se substituer aux moteurs de recherches et à la consultation directe des sites. Cela se vérifie notamment chez les jeunes qui se fient à l’IA et limitent le nombre de clics pour accéder au contenu original. Les outils d’IA tendent ainsi à se positionner en intermédiation entre les éditeurs et leurs clients/abonnés/usagers.

Dans ces conditions, le choix d’accepter ou de refuser l’accès des IA à ses contenus pourrait devenir Cornélien pour les éditeurs ; en refusant, ils ne sont plus présents dans les outils qui captent une part croissante des requêtes, et ils perdent en visibilité ; et en acceptant, ils perdront aussi en visibilité et en fréquentation dans la mesure où la plupart des utilisateurs se contenteront des synthèses de l’IA, sans utiliser les liens permettant d’accéder aux contenus de l’éditeur.

Après tout, la visibilité sur les moteurs de recherche est aujourd’hui l’objet de toute une stratégie de référencement, et il faut payer pour apparaître en tête des résultats.

Alors les éditeurs chercheront-ils demain non pas à protéger leurs données, mais plutôt à apparaître dans les IA ? Simple supposition, visant seulement à montrer que des bouleversements sont en cours dans le monde de l’internet. Beaucoup dépendra, in-fine, de qui parviendra à capter le trafic et l’utilisateur final.

Les contraintes et le statut des sapeurs-pompiers volontaires

Les contraintes et le statut des sapeurs-pompiers volontaires

By Publications, Institutions, Sécurité/Justice, Travaux des adhérents

Les contraintes et le statut des sapeurs-pompiers volontaires

Par Fabrice Parabère, adhérent au CRSI

 

Avant-propos

Cet article constitue un focus précis, rigoureux et indépendant sur l’univers, les contraintes et le statut des sapeurs-pompiers volontaires de France. Il est rédigé en dehors de toute attache ou démarche syndicale.

Son unique vocation est de porter, avec une stricte neutralité institutionnelle, la voix de ces milliers de femmes et d’hommes silencieux qui font le choix du civisme au quotidien. C’est le témoignage lucide d’acteurs de terrain qui, face à la sursollicitation opérationnelle et aux carences administratives, arrivent aujourd’hui au terme de leur capacité à agir. Entendre leur réalité, sans intermédiaire et sans fard, n’est plus une option : c’est un impératif de sécurité nationale.

Sapeurspompiers volontaires : la force vive de la résilience et des valeurs républicaines

L’été installe son décor habituel : vagues de chaleur, chassés-croisés estivaux et risques accrus de feux de végétation. Si cette période s’apparente à une trêve pour une majorité de citoyens, elle représente pour les services d’incendie et de secours l’un des pics opérationnels les plus critiques de l’année. Pourtant, ces crises médiatisées ne sont que la partie émergée d’un engagement quotidien, silencieux et confronté à de profondes mutations structurelles. Le secours français : un modèle porté par le civisme

Le modèle de sécurité civile français repose de manière asymétrique sur le civisme. Les données officielles font apparaître une dépendance absolue envers les effectifs non professionnels. Aujourd’hui, les sapeurs-pompiers volontaires représentent 78 % des effectifs nationaux. Sans eux, la continuité des secours s’effondrerait immédiatement, d’autant que le rythme des interventions est effréné : la sécurité civile enregistre en moyenne une intervention toutes les 7 secondes sur le territoire national.

Dans de nombreux territoires ruraux et périurbains, cette dépendance devient totale : les volontaires y couvrent 100 % des forces de secours disponibles. Dans ces zones, ils sont le seul et unique rempart face aux accidents, aux incendies et aux détresses médicales

Un pilier de la résilience républicaine et de ses valeurs

Au-delà de la réponse technique à l’urgence, le volontariat est l’expression la plus pure de la résilience républicaine. Il incarne le refus d’une société passive et matérialise sur le terrain la devise de notre République.

La Fraternité en action d’abord. Donner de son temps et risquer son intégrité physique pour secourir son prochain sans distinction constitue le ciment du lien social et républicain.

L’Égalité territoriale ensuite. En garantissant la présence de secours partout, le volontariat permet de maintenir la promesse républicaine de l’égalité des citoyens devant la détresse, peu importe leur code postal.

La cohésion nationale et le civisme enfin. Cet engagement forge une citoyenneté active où l’intérêt général prime sur l’individualisme. Le centre de secours devient un laboratoire de mixité sociale et générationnelle, unie sous le même drapeau et les mêmes valeurs de probité et d’altruisme.

La formation et le maintien des acquis : une exigence d’experts

Être volontaire exige aujourd’hui un niveau de technicité identique à celui des professionnels. Le maintien des compétences est devenu un défi quotidien.

On assiste d’abord à une pluridisciplinarité subie. Les volontaires doivent maîtriser des compétences pointues allant des techniques de réanimation médicale aux feux de forêt de nouvelle génération, en passant par les risques technologiques ou les interventions liées aux crises climatiques.

Cela impose ensuite le sacrifice du temps libre. Ce maintien des acquis exige des dizaines d’heures de manœuvres, de formations continues et de recyclages annuels obligatoires. Ce temps est directement prélevé sur les week-ends, les soirées et les congés personnels, transformant l’engagement en une véritable obligation de performance continue.

Face au vide institutionnel : le dernier service public de proximité

La hausse continue des interventions s’explique par un phénomène sociologique lourd : la désertification des services publics.

Le centre de secours est devenu le guichet unique de la détresse. À mesure que ferment les services publics et surtout les cabinets médicaux, il reste le dernier repère accessible 24h/24.

Le système paie ainsi le coût des carences sanitaires. La saturation des urgences hospitalières et la raréfaction des médecins de garde transforment par défaut les sapeurs-pompiers en transporteurs sanitaires ou en assistants sociaux d’urgence. Le volontaire pallie les défaillances structurelles de l’État dans les territoires isolés. Cette sollicitation permanente pour des carences de soins épuise les effectifs.

La triple journée : l’impact invisible sur la vie privée et professionnelle

Ce choix de vie repose sur un équilibre de plus en plus précaire, qualifié de triple journée.

Il y a le grand écart professionnel. Le volontaire doit conjuguer ses obligations de salarié ou d’artisan avec l’imprévisibilité de l’urgence. Quitter son poste au milieu d’une réunion, rattraper ses heures tard le soir ou gérer la fatigue professionnelle après une intervention nocturne exige une discipline personnelle immense et la bienveillance , trop rare ,de l’employeur. Certains SDIS ne mettent pas en place la politique de disponibilité qu’il souhaite déployer aux entreprises !

Et il y a la charge mentale de la famille. Pour les proches, le volontariat se traduit par le déclenchement brutal du « bip », des repas interrompus et une inquiétude latente. C’est le conjoint qui assume, au pied levé, la gestion des enfants et de la maison lors d’un départ impromptu. Le volontariat est, par nature, un engagement familial invisible mais total et souvent oublié.

Un impératif politique : le choix de la vérité et du direct face au filtre bureaucratique

Face à une pression opérationnelle qui frôle la rupture, le temps des hommages saisonniers, des rapports lissés et des promesses bureaucratiques est révolu. La survie de notre modèle de secours n’est plus une affaire de gestion administrative, mais un enjeu de courage politique.

Entendre le terrain, sans filtre ni intermédiaire. Nous exigeons d’être entendus directement, sans passer par les canaux institutionnels habituels, souvent trop longs, filtrés et édulcorés par le politiquement correct. Les décideurs, au plus haut niveau de l’État, doivent être confrontés à la réalité brute des casernes. Le système technocratique, s’il a sa place dans la gestion, est devenu un écran qui masque l’urgence sociale et opérationnelle. C’est la voix de ceux qui agissent qui doit désormais dicter les réformes.

Notre demande s’inscrit pas en contre mais au côté de nos propres institutions représentatives .

Pour que nos décideurs puissent répondre objectivement et de façon concrète aux réalités des ces citoyens républicains.

 

Des revendications de bon sens, sans démesure. 

Les sapeurs-pompiers volontaires ne demandent rien d’extraordinaire. Ils n’exigent pas de privilèges, mais un juste retour de la Nation : une meilleure protection sociale et médicale face aux risques de leur métier, la sécurisation de leur vie de famille, et une solide reconnaissance législative et citoyenne.

Une union sacrée face à un engagement universel. Puisque les sapeurs-pompiers interviennent pour tous, sans distinction d’opinion, d’origine ou de condition, la réponse de la Nation doit être unanime. La sécurité civile ne peut pas être une variable d’ajustement ni le terrain de compromis partisans. Elle exige un consensus républicain absolu et immédiat.

Une reconnaissance indissociable de la chaîne de secours. Cette exigence de vérité vaut pour l’ensemble du modèle. L’action publique doit valoriser avec la même force les sapeurs-pompiers du terrain  qui s’exposent quotidiennement  et leur encadrement, qui assume la responsabilité des choix stratégiques et protège ses troupes sous une pression institutionnelle constante.

Conclusion

Le volontariat n’est pas une variable budgétaire : il constitue la colonne vertébrale de la résilience française et l’incarnation vivante de nos valeurs républicaines. Face aux défis climatiques qui s’intensifient et aux fractures territoriales, la protection de ce modèle est une urgence de sécurité nationale.

Parce qu’ils vont là où l’instinct humain refuse d’aller, les sapeurs-pompiers volontaires ont droit à une parole respectée et à des actes concrets. Garantir leur protection et reconnaître leur place centrale dans la Nation est le seul moyen de préserver ce modèle unique de solidarité. Un modèle où, quoi qu’il arrive, ces femmes et ces hommes resteront fidèles à leur engagement : partants, présents, et debout pour que vive la République.

Etre acteur de sa santé : L’exemple de la myopie

Etre acteur de sa santé : L’exemple de la myopie

By Publications, Santé, Travaux des adhérents

Aurore, membre du groupe CRSI santé

 

Dans le cadre du travail de réflexion du groupe CRSI santé sur le thème « être souverain de sa santé », il semble important de rappeler que le vocable « souveraineté » ne s’applique pas seulement à un Etat comme la France, mais peut concerner aussi un système comme le système de santé français. Cette notion peut également s’étendre à des personnes comme le sont les citoyens de notre pays.

Pour un individu, « être souverain de sa santé » rime avec « être acteur de sa santé ». Nous tous savons que l’Etat ne peut pas tout pour notre santé, le système de soin non plus. Très souvent, notre santé dépend de nous-mêmes, de nos connaissances, de nos choix et de nos actes. Notre souveraineté personnelle en quelque sorte !

 

Les avantages d’être acteur de sa santé

– Le premier avantage d’être acteur de sa santé est évidemment, pour le patient qui sommeille en nous, de rester en bonne santé. Pour beaucoup, nous essayons de faire ce qu’il faut pour ne pas tomber malade avec toutes les conséquences qu’une affection peut avoir sur notre corps, sur notre vie relationnelle, sur notre travail et donc notre indépendance financière, donc nos conditions de vie. Cela suppose d’avoir, a minima, une connaissance des facteurs de risque liés au développement des affections les plus courantes. L’adoption de comportements préventifs permet de réduire l’incidence et la prévalence* des maladies, surtout chroniques, telles que le diabète, les affections cardio-vasculaires, certains cancers, etc. Il est également important pour notre santé de connaître les gestes qui nous prémunissent d’affections aiguës ou de traumas. Tout le monde sait qu’il faut se laver les mains en sortant des toilettes…

– Lorsque toutefois nous sommes malades, être acteur de sa santé signifie aussi collaborer pleinement avec l’équipe soignante qui vous encadre pour recouvrer la santé. Cela suppose une information éclairée du patient pour qu’il adhère aux protocoles de soins proposés. L’auto-gestion correctement effectuée des patients, associée à un accompagnement médical de qualité, limite les complications et les hospitalisations liées à leur maladie, ce qui est bénéfique pour la personne malade, mais aussi pour le système de santé et donc pour le pays tout entier. L’auto-gestion des patients commence par respecter l’ordonnance du médecin, néanmoins l’observance des traitements prescrits n’atteint pas 100 % !

– Etre acteur de sa santé, par la prévention, la détection précoce des maladies ou la conduite optimale des soins, entraîne une baisse des dépenses françaises de santé. En 2023, selon la CNAM***, 25 millions de patients ont été traités pour une maladie chronique, soit 37 % de la population française. Les remboursements de leurs soins représentent 62 % des 202 milliards de dépenses de santé remboursées cette année-là. Les projections de la CNAM évaluent à 3 à 6 % de patients supplémentaires touchés par une maladie chronique en 2035. Prendre soin de soi, c’est aussi prendre soin de son système de santé, donc de son pays.

– De plus, être acteur de sa santé renforcerait l’efficacité de notre système de soin, avec moins de consultations inutiles, donc moins de gaspillage de ressources à la fois humaines, techniques et thérapeutiques et donc plus de temps pour chaque malade et pour sa prise en charge, un cercle vertueux en somme. Un système qui gaspille moins est aussi beaucoup plus résilient lorsque des crises sanitaires ou climatiques surviennent. Lors des dernières canicules de mai et juin, l’hôpital a encore « surchauffé » !

– Enfin, les citoyens, devenus de véritables acteurs de leur santé, concourent ainsi à faire progresser les connaissances médicales, par les associations de patients par exemple. Ils peuvent aussi influencer les politiques de santé. Des programmes de prévention et de dépistage existent déjà, tout comme de multiples associations de patients. Néanmoins, l’accès à l’information sur des maladies, qui seraient ainsi mieux circonscrites, pourrait être encore amélioré.

 

Des verres, des lunettes, des myopes

Parmi les dépenses de santé qui augmentent, il y a la consommation d’optique médicale. Estimée à plus de 8 milliards en 2023 contre 6,266 milliards en 2013, elle a accéléré nettement. Les verres de lunettes représentent 65 % de la dépense d’optique médicale. Cette consommation est tirée par les volumes (+ 5,5 %), mais aussi par les prix qui augmentent de 2,4 %, la plus forte hausse des dix dernières années (Panoramas de la DREES, Résultats des comptes de la santé, édition 2024). Ajoutés à cette consommation, les montants des soins courants en ophtalmologie sont passés de 1,871 milliard d’euros en 2021 à 2,135 milliards d’euros en 2023 alors que les effectifs de spécialistes ophtalmologues sont stables. Les dépassements d’honoraires sont supérieurs au demi-milliard en 2023.

Or chacun sait que la Sécurité sociale rembourse « mal » les lunettes. En 2023, il restait à charge 2,465 milliards d’euros pour les ménages tandis que 5,371 milliards étaient remboursés par les mutuelles qui répercutent ce prix dans le montant de leurs cotisations. 

Tentons de voir comment être acteur de sa santé peut améliorer conjointement notre santé, les comptes de la Sécurité sociale, les nôtres et la prospérité de la France. Prenons un exemple précis, celui de la myopie.

 

Myopie. Définition, causes et conséquences

Pour faire simple, les personnes qui souffrent de myopie ont une vision floue de loin. Souvent c’est le globe oculaire qui est trop long, mais l’affection peut aussi être causée par une cornée trop courbée ou un cristallin à puissance optique trop élevée. 

Le risque de myopie résulte d’une interaction complexe entre prédisposition génétique et exposition environnementale. Les épidémiologistes et les généticiens s’accordent à dire que la rapidité avec laquelle la prévalence de la myopie augmente n’est pas compatible avec une cause génétique prédominante. Des changements environnementaux et sociaux plus rapides expliquent davantage ce « boom de la myopie ». En 2016, en France sur les 100 000 personnes d’une étude répartie sur 4 centres de traitement situés dans les grandes métropoles, on estime la prévalence totale de la myopie à ± 39 % de la population, donc près de quatre Français adultes sur dix sont myopes. En 2018, 16 % des enfants âgés de 2 à 12 ans le sont (15,5 % de myopie faible et 0,5 % de myopie forte), soit près d’un enfant sur sept dans cette tranche d’âge.

La myopie est responsable de handicap visuel par son anomalie réfractive en elle-même, mais aussi de complications oculaires potentielles : cataracte, glaucome, décollement de rétine, dégénérescence maculaire de type myopique. La myopie peut donc mener à la cécité.

Une étude française de 2022 dévoile l’envol de myopie évolutive chez les enfants entre 7 et 12 ans. A côté de cette étude, un sondage Ipsos d’avril 2022 souligne que parents et enfants ont peu de connaissance sur la myopie. Ainsi, moins d’un quart des parents savent que plus un enfant passe du temps en extérieur, plus il réduit ses risques de devenir myope. En juin 2022, l’IEMP**** lance une campagne d’information sur la myopie. 

 

Etat des lieux 

Soutenue en 2023, une thèse de médecine étudie les connaissances, en matière de myopie, des parents d’enfants âgés de 6 à 12 ans et vivant en Ile-de-France. Cette première étude en France sur les moyens de prévention de la myopie cible ces parents car c’est la tranche d’âge où la myopie se déclare et progresse le plus vite. « Le risque le mieux connu était l’augmentation de risque de myopie pour l’enfant dont un parent est myope (71 % de bonnes réponses). Cependant, peu de parents savaient que les complications de la myopie peuvent conduire à la cécité (30 % de bonnes réponses), que débuter une myopie tôt est un facteur de risque de myopie forte (33 % de bonnes réponses) et que l’on peut dépister la myopie avant l’âge de 6 ans (44 % de bonnes réponses). »

Les Français ont donc peu de connaissances sur les facteurs de risque de la myopie, hormis l’hérédité et le temps passé sur les écrans qui sont les deux facteurs les plus connus (> 65 % des personnes interrogées).

 

Projection, action et résultat

En octobre 2023, le ministre de la Santé est alerté par le député M. Jocelyn Dessigny sur les perspectives épidémiologiques de la myopie. Ce dernier indique :  « En 2050, la myopie devrait affecter près de 60 % des Français, dont 10 à 20 % souffriront des formes graves pouvant aller jusqu’à la cécité, eu égard aux modifications de nos modes de vie (mode de vie citadin sollicitant de plus en plus la vision de près, et ce, dès le plus jeune âge, notamment par l’usage prolongé de l’écran des téléphones portables, des postes de travail en continu derrière des écrans d’ordinateur ainsi qu’un manque d’exposition à la lumière naturelle). Il s’agit donc d’un véritable enjeu de santé publique. »

La réponse du ministre publiée en mars 2024 reste toutefois en retrait par rapport à l’ampleur du constat qu’il accepte lui-même de reconnaître. Proposition est faite, comme toujours, de créer des instituts spécifiques, d’encourager l’innovation technologique comme moyen de réponse à cette problématique alors que des mesures plus simples, moins chères, pouvant être mises rapidement en œuvre existent… Retour au réel.

 

Propositions in real life

 

– Première mesure : informer les parents, sortir les enfants !

La première mesure est d’informer massivement tous les parents de jeunes enfants, et ce dès la naissance, sur l’intérêt, voire le devoir, qu’il y a de sortir en extérieur, régulièrement, quelques heures par jour leurs jeunes enfants pour que leur œil accommode à l’infini (vision au loin), ce qui permet une croissance et un développement du globe oculaire normal (bien sûr pour tous les enfants qui n’ont pas le gène de la myopie). En effet, l’exposition pendant au moins 2 heures en extérieur par jour est associée à une prévalence moindre de myopie, même chez les enfants qui pratiquent des niveaux élevés de travail de près. Une méta-analyse de 2012, publiée par Sherwin JC, Reacher MH, Keogh RH et al., estime que le risque de développer une myopie diminue de 2 % pour chaque heure passée à l’extérieur en plus par semaine (https://doi.org/10.1016/j.ophtha.2012.04.020).

 

Mise en pratique :

=> document d’information édicté par une société savante française d’ophtalmologie reconnue et indépendante 

=> remise de ce document par toutes les sage-femmes lors des cours d’accouchement et contre-signé par les parents qui reconnaissent avoir reçu cette information et s’engagent pour la prévention de cette affection ophtalmologique

=> augmenter le temps des enfants scolarisés à l’extérieur pour prévenir la myopie, ce qui peut être associé aux temps de sport, mais aussi de découverte de l’environnement de leur ville ou village avec un retour aux leçons de nature ou de choses (ce qui permet aussi d’étoffer le vocabulaire, d’améliorer le comportement en groupe, etc.)

=> augmenter, selon les possibilités, les lieux où les enfants peuvent jouer en sécurité à l’extérieur, dans les villes notamment

 

– Deuxième mesure : bien éclairer les salles de classe

La deuxième mesure est d’augmenter l’intensité lumineuse dans les salles de classe où elle n’est pas suffisante en accord avec des recommandations établies par une société savante française d’ophtalmologie reconnue et indépendante.  En effet, un essai randomisé montre qu’une intensité lumineuse plus élevée dans les salles de classe diminue significativement la survenue de la myopie chez les enfants. 

 

Mise en pratique :

=> vérifier, à la prochaine rentrée des classes, l’intensité lumineuse des éclairages des salles de classe des écoles maternelles, primaires, des collèges et lycées. Si besoin, faire appel aux parents qui ont le matériel pour cette vérification pour ne pas engendrer des coûts pour l’Education Nationale

=> changer les ampoules des salles de classe si elles n’éclairent pas la salle de classe suffisamment

 

– Troisième mesure : consultation ophtalmologique obligatoire avant l’entrée en CP

La troisième mesure est d’instaurer une consultation ophtalmologique obligatoire sur la tranche d’âge de 6 -12 ans et prise en charge à 100 % pour tous les enfants à un âge déterminé par une société savante française d’ophtalmologie reconnue et indépendante. Avant l’entrée en CP où se fait l’apprentissage de la lecture paraît un choix pertinent. Un tiers des Français interrogés dans l’étude Ipsos d’avril 2022 ne sait pas qu’il est recommandé pour leur enfant qu’il consulte un ophtalmologue avant l’entrée en classe de CP alors que plus des trois quarts des personnes interrogées souhaitent recevoir une information de leur médecin. De même, plus de 90 % des parents sont favorables à un dépistage avant l’entrée au primaire et au collège. Cette consultation sera l’occasion possible de prescrire si besoin des collyres 100 % remboursés, mais aussi de prescrire des lunettes et des verres freinateurs de myopie, 100 % remboursés.

 

– Quatrième mesure : favoriser les bonnes attitudes

La quatrième mesure est de promouvoir les bonnes habitudes qui préservent le capital visuel de chacun : 

=> être à une distance d’au moins 30 cm d’un livre ou d’un écran 

=> la règle des pauses de 20 secondes toutes les 20 minutes en regardant au loin lors d’une activité de près

=> nécessité d’un éclairage suffisant lors d’une activité de près 

=> bienfaits du temps passé à l’extérieur 

 

Mise en pratique :

=> renforcer le discours des médecins, pédiatres et ophtalmologues sur ces mesures et les solutions pour prévenir la myopie

=> informer parents et enfants chaque année à la rentrée des classes sur les bons gestes à adopter

=> campagne d’information télévisée, projections de documentaire d’information en classe (ce sera en plus l’occasion d’apprendre du vocabulaire, de la biologie, etc.)

 

Cinquième mesure : dépister précocement les signes de myopie

La cinquième mesure est d’augmenter la prise en charge de cette affection oculaire en améliorant la détection des signes suspects liés à une myopie.

 

Mise en pratique :

=> diffusion des signes à repérer auprès des professionnels de santé, du corps enseignant, des associations de parents d’élèves, etc.

Exemple : un enfant qui écrit très petit, qui cligne excessivement des yeux, qui lit « collé » à sa feuille, etc.

 

– Sixième mesure : évaluer les mesures précédentes au bout de 3 ans

L’ordre de grandeur budgétaire concerne surtout les mesures 1, 2 et 4 (information des parents, éclairage des salles de classe, promotion des bonnes attitudes). Ces mesures s’appuient sur des dispositifs et budgets de communication ou d’équipement déjà existants, ils seront à redéployer.

Le coût net de ces nouvelles mesures portera essentiellement sur la mesure 3. Pour une classe d’âge d’environ 700 000 à 750 000 enfants par an en France, une consultation ophtalmologique dédiée, qui possède un coût moyen de l’ordre de 30 à 60 €, représenterait une dépense supplémentaire de l’ordre de 20 à 45 millions d’euros par an, hors surcoût lié aux collyres et aux verres freinateurs de myopie pris en charge à 100 %. Ce montant reste à affiner par une étude médico-économique spécifique, mais il est à mettre en regard des 2,135 milliards d’euros de soins courants en ophtalmologie déjà engagés en 2023 et du demi-milliard d’euros de dépassements d’honoraires cités plus haut.

L’investissement proposé apparaît, à ce stade, d’un ordre de grandeur très inférieur aux dépenses déjà consenties. Par ailleurs, en plus d’être évidemment bénéfique pour l’enfant qui évite la survenue d’une myopie ou la limite dans une forme moins sévère, la prévention de la myopie apparait comme un levier pour réduire les frais au long cours que génère cette affection. Elle limiterait aussi la pression sur les spécialistes en ophtalmologie qui ont des délais de consultation parfois excessivement longs. La prévention ne porte ses fruits qu’à moyen ou long terme, ce qui la rend moins sensationnelle qu’une mesure ponctuelle, elle est souvent en décalage avec le temps politique. Pourtant en 2021, la Cour des comptes a souligné qu’investir dans la prévention était une nécessité pour la santé publique et un enjeu stratégique pour le système de soins.

 

Mise en pratique :

=> faire appel aux écoles françaises, par exemple à l’ENSAI, l’école nationale de la statistique et de l’analyse de l’information, basée à Rennes qui forment des spécialistes des données pour la décision publique. L’évaluation de ces mesures serait ainsi effectuée par des personnes indépendantes du système de soins et des ministères.

L’exemple de la myopie a été choisi parce que « simple » pour illustrer le cercle vertueux pouvant se mettre en place lorsque l’on est acteur de sa santé ou de celle de ses enfants. Il est possible et nécessaire d’agir pour donner aux citoyens les moyens d’échapper à certaines maladies. Des décisions pragmatiques, de bon sens, souvent simples à mettre en place peuvent pallier le manque de connaissances sur un sujet de santé précis. Ainsi un individu informé réduit, pour lui-même ou pour son entourage, les risques de développer la maladie, ici la myopie. De plus, il participe à la diminution du coût global généré par cette affection qui engendre au long cours des dépenses pour la Sécurité sociale, donc pour la société française, c’est-à-dire nous tous.

En 2023, dans un nouveau sondage Ipsos, les Français pensaient qu’avec l’évolution de la médecine, le nombre de myopes diminuait. Ils sont encore un sur deux à n’avoir jamais entendu parler des moyens disponibles pour freiner une myopie, et moins d’un sur cinq chez les parents ! Or, à cette date, on estimait que plus d’un demi-million d’enfants étaient atteints de myopie évolutive.

 

Que fait-on pour eux ?

 

* L’incidence est reliée à une période donnée, par exemple : proportion de patients touchés par le diabète sur 1 an. La prévalence reflète la proportion de patients touchés à un instant t. 

** DREES : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques. C’est une direction de l’administration centrale des ministères sociaux.

*** CNAM : Caisse nationale d’assurance maladie.

**** IEMP : Institut d’éducation médicale et de prévention.

 

Sources 

https://www.ifrap.org/budget-et-fiscalite/ald-112-milliards-deuros-de-depenses-par-dont-15-milliards-de-surcout

 https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04652552v1/file/67_Medecine_Generale_Lay_Laurene_these.pdf

https://www.institut-iemp.com/liemp-lance-la-campagne-nationale-dinformation-et-de-depistage-de-la-myopie/

https://ensemblecontrelamyopie.fr/

 https://questions.assemblee-nationale.fr/q16/16-12244QE.htm

 https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-05379468v1/document

 https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/myopie/sante-yeux-enfant

https://www.ccomptes.fr/fr/documents/57947

https://doi.org/10.1016/j.ophtha.2012.04.020

Les mineurs non accompagnés (MNA) en France

Les mineurs non accompagnés (MNA) en France

By Publications, Institutions, Sécurité/Justice

Par F. Tétaz, membre du Cabinet du CRSI

Définition

Un mineur non accompagné (MNA) est une personne de moins de 18 ans, de nationalité étrangère, séparée sur le territoire français des titulaires de l’autorité parentale. Trois critères cumulatifs le définissent : minorité, isolement, extranéité. Le droit international impose une protection spéciale : la CIDE (article 20) garantit à tout enfant privé de son milieu familial une aide de l’État. Le droit interne, fonde la compétence de l’aide sociale à l’enfance (ASE) pour ces mineurs. Ils sont considérés comme des mineurs en danger, leur statut d’enfant prévaut toujours sur celui d’étranger.

 

Modalités d’accueil (financières et logistiques)

L’accueil provisoire d’urgence, ou « mise à l’abri », est obligatoire durant l’évaluation. En 2019, 46 % des jeunes étaient hébergés en établissements de l’ASE, 35 % à l’hôtel, 16 % chez des tiers de confiance et 3 % autrement. La Cour des comptes relève un recours croissant à l’hôtel depuis 2016. Les plus vulnérables sont orientés vers des structures adaptées. Sur le plan financier, l’État compense partiellement les départements : un forfait de 500 euros par jeune évalué, plus une indemnité journalière d’hébergement, soit 1 940 euros maximum. Une aide exceptionnelle complète ce dispositif, mais reste limitée face au coût réel, estimé à 50 000 euros par jeune et par an.

 

Évolution des chiffres : vagues et raisons

Le phénomène est identifié depuis les années 1990 (premières arrivées vers Paris, la Seine-Saint-Denis, les Bouches-du-Rhône), mais prend une ampleur nouvelle dans les années 2010. Le nombre de MNA pris en charge par l’ASE progresse fortement : 13 020 en 2016, 20 950 en 2017, 28 411 en 2018, 31 009 en 2019. Cette vague s’explique par les crises dans les pays d’origine (guerres, conflits, pauvreté), l’influence des réseaux sociaux vantant une vie meilleure en Europe, et le développement des routes migratoires méditerranéennes. En 2019, le flux se stabilise autour de 17 000 nouvelles admissions annuelles. L’année 2020 marque une rupture brutale : le stock chute de plus de 32 % (23 461 jeunes), et seulement 9 524 MNA sont admis, soit -43 % par rapport à 2019, du fait de la fermeture des frontières liée à la Covid-19. Le profil évolue aussi : la part des plus de 17 ans bondit à 43 % en 2020 (contre 13,5 % en 2019), et celle des jeunes maghrébins passe de 10,6 % à 18,4 %, tandis que le poids des trois pays historiques d’origine des MNA (Guinée, Mali, Côte d’Ivoire) recule de 60 % à 49,6 % des arrivées. Depuis début 2021, les arrivées ont retrouvé un rythme soutenu.

Situation des MNA lors du rapport (2020-2021)

Fin 2020, 23 461 MNA sont pris en charge par l’ASE (contre 31 009 fin 2019). Ils représentent 15 à 20 % des effectifs de l’ASE selon l’ADF (Assemblée des départements de France), et 19 % des jeunes hébergés. En 2019, les MNA sont composés à 95,5 % de garçons et 4,5 % de filles, ces dernières étant souvent victimes de traite. En 2020, 94 % des MNA admis ont plus de 15 ans et 80 % plus de 16 ans, une proportion en forte hausse par rapport aux années précédentes.

Répartition territoriale 

L’accueil des MNA est concentré dans certains départements, liés aux points d’entrée sur le territoire et aux diasporas déjà installées : Paris, la Seine-Saint-Denis, le Val-d’Oise, les Bouches-du-Rhône, le Nord, la Haute-Garonne, la Gironde et la Loire-Atlantique. Un mécanisme de péréquation nationale, piloté par le ministère de la Justice, redistribue les jeunes entre départements selon des critères démographiques et d’éloignement géographique, afin de limiter cette concentration.

Comparaison européenne

Le profil des MNA accueillis en France diffère de la moyenne européenne. En 2017, moins de 5 % des MNA arrivés en France étaient afghans, alors que les jeunes afghans représentaient plus de 50 % des MNA à l’échelle européenne. La France se distingue ainsi par une dominante Afrique subsaharienne francophone (Guinée, Côte d’Ivoire, Mali), tandis qu’à l’échelle du continent, les arrivées via la Grèce et la route des Balkans (Afghans, Syriens, Irakiens) pèsent davantage. Les voies d’entrée varient aussi selon les profils : l’Espagne (Maghrébins, Africains subsahariens via les Canaries), l’Italie (Tunisiens, Africains subsahariens et de la Corne de l’Afrique via la Libye), la Grèce (Afghans, Syriens, Irakiens, Somaliens), et la Manche vers l’Angleterre, où plusieurs centaines de mineurs vivent dans des camps autour de Calais et Dunkerque.

Problématiques majeures et solutions proposées

Manque de données statistiques : aucun appareil de suivi global du parcours des MNA. 

 Recommandation : développer un système statistique d’ensemble.

– Hétérogénéité des évaluations départementales : le « faisceau d’indices » est appliqué de façon inégale, certains départements refusant le fichier AEM. 

Recommandations : généraliser le contrôle documentaire et biométrique, harmoniser les pratiques.

– Recours excessif à l’hôtel : hébergement inadapté et accompagnement social limité durant la mise à l’abri.

Recommandations : incitation financière pour privilégier des structures adaptées.

– Insécurité juridique des « mijeurs » : jeunes non admis à l’ASE mais continuant de revendiquer leur minorité, privés de la plupart de leurs droits. 

Recommandations : délivrance d’une autorisation provisoire de séjour.

– Délinquance résiduelle mais médiatisée : un noyau de jeunes se disant mineurs, souvent en réalité majeurs, commet des vols en bande. 

Recommandations : répartition nationale en détention, équipes mobiles santé et socio-éducatives.

– Compensation financière de l’État jugée limitée : l’aide de l’État ne couvre qu’une fraction du coût réel supporté par les départements. 

Recommandations : renforcer les mécanismes de compensation.

– Sécurisation du statut juridique : le président du conseil départemental est à la fois juge et partie dans l’évaluation.

Solution structurelle proposée par l’IGA (Inspection générale de l’administration) : créer une cour judiciaire départementale collégiale, spécialisée dans l’examen de la minorité et de l’isolement.

Tendance générale

Le rapport dégage une tendance de fond à la hausse structurelle du nombre de MNA jusqu’en 2019, portée par les crises dans les pays d’origine et l’essor des routes migratoires. L’année 2020 constitue une rupture conjoncturelle, liée à la fermeture des frontières sanitaires, mais non un retournement durable : dès le début de 2021, les arrivées retrouvent un rythme soutenu. Le cadre juridique et administratif se renforce progressivement (référentiel national, fichier AEM, réforme du financement), sans toutefois résorber l’hétérogénéité des pratiques départementales. Le phénomène MNA s’installe ainsi comme un enjeu structurel et durable de la protection de l’enfance en France, plutôt que comme une crise ponctuelle.

 

Source : IGAS/IGA/IGJ, Évaluation de la prise en charge des jeunes se déclarant mineurs non accompagnés (MNA), Rapport n°2020-099R / 20108-R / 2020/00195, mai 2021.

 

La situation et les perspectives des finances publiques - Juin 2026

La situation et les perspectives des finances publiques en juin 2026

By Publications, Economie

Finances publiques : les enseignements du rapport 2026 de la Cour des comptes

Par Sixte Paire, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

I. Un déficit 2025 en nette réduction mais insuffisant pour stopper la dérive de la dette

1.1 Une réduction tirée exclusivement par des hausses d’impôts

Après deux années d’aggravation (4,7 pts de PIB en 2022 → 5,8 pts en 2024), le déficit recule à 152,5 Md€ (5,1 pts PIB), mieux que la prévision gouvernementale de 5,4 pts. Cette amélioration repose exclusivement sur des hausses de prélèvements :

– 23,0 Md€ de mesures nouvelles, le niveau le plus élevé depuis 2013 : surtaxe sur les grandes entreprises (7,5 Md€), réforme des allègements de cotisations (2,0 Md€), relèvement de la Caisse Nationale de Retraites des Agents des Collectivités Locales – CNRACL (1,8 Md€), retour de l’accise sur l’électricité (3,7 Md€). Plus d’un tiers de ces mesures était annoncé comme temporaire ;

– 28,0 Md€ d’évolution spontanée (élasticité > 1 pour la 1ère fois depuis 2022). La Contribution Différentielle sur Hauts Revenus – CDHR ne rapporte que 0,4 Md€ contre 2,0 Md€ prévus, en raison d’effets comportementaux (reports de dividendes) ;

– Taux de prélèvements obligatoires : 43,6 pts de PIB (44,3 pts selon Eurostat), le plus élevé de la zone euro.

1.2 Des dépenses qui progressent toujours plus vite que l’activité

Dépense totale : 1 694 Md€ (+1,4 % en volume), soit 56,6 pts de PIB, 2 pts au-dessus du niveau pré-crise (« effet de cliquet »).

– Collectivités locales : +0,6 % en volume, contribution positive à la réduction du déficit ;

– État : dépenses pilotables contenues (488,2 Md€) via régulation budgétaire, mais la charge de la dette tire l’ensemble (+1,3 % en volume, soit > PIB) ;

Sécurité sociale : déficit de 6,7 Md€ (22,1 Md€ hors Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale – CADES), aggravé de 7,9 Md€ par rapport à 2024, situation qualifiée de préoccupante et non justifiable hors choc exceptionnel. 

 

1.3 Un ratio de dette à son niveau record

La dette publique atteint 3 460,5 Md€ fin 2025 (115,7 pts PIB), dépassant le précédent record de 2020 au plus fort de la crise sanitaire. La charge de la dette s’élève à 65,7 Md€ (+9 %), sous l’effet du refinancement à des taux plus élevés (taux moyen des Obligations assimilables du Trésor – OAT : 3,35 % en 2025 vs 1,70 % en 2022 et 0 % en 2021). Un « effet boule de neige » est désormais à l’œuvre : le taux apparent sur la dette dépasse le taux de croissance du PIB pour la 1ère fois depuis la crise sanitaire. Il aurait fallu réduire le déficit de 89,6 Md€ supplémentaires pour stabiliser le ratio. La France est le 3ème pays le plus endetté de la zone euro (après Grèce et Italie) et le seul parmi les États endettés à n’avoir pas réduit son ratio depuis la sortie de Covid.

 

II.  Des objectifs 2026 fragiles, une trajectoire pluriannuelle à crédibiliser d’urgence

2.1 Un environnement macroéconomique assombri

Le conflit au Moyen-Orient (fin févr. 2026) a provoqué une hausse de 30 % du baril en mars. Le gouvernement a révisé en avril (Rapport d’Avancement Annuel – RAA 2026) sa prévision de croissance à 0,9 % (contre 1,0 % en Loi de Finance Initiale) et d’inflation à 1,9 % (contre 1,3 %). Ces projections restent en haut de fourchette : consensus économistes (juin 2026) : +0,6 % / +2,1 % ; Banque de France : +0,5 % / +2,5 % ; INSEE : +0,7 % / +2,0 %. La croissance du T1 2026 est ressortie légèrement négative (−0,1 %), abaissant l’acquis de croissance à 0,4 %. L’inflation atteint déjà +2,4 % en mai sur un an. Un scénario « noir » (baril à 150 $) réduirait la croissance à +0,2 % et porterait l’inflation à 4,5 %, rendant quasi-impossible la réduction prévue du déficit.

 

2.2 De nouvelles hausses d’impôts au rendement incertain

14,7 Md€ de mesures nouvelles prévues en 2026. Taux de prélèvements obligatoires : 44,1 pts de PIB (2ème hausse consécutive, s’éloignant de la moyenne de la zone euro). Risques soulevés :

– Comportements d’adaptation des contribuables face à l’empilement des dispositifs ;

– Rendement de la lutte contre la fraude (+1,5 Md€) jugé élevé par le HCFP ;

– Hausse CNRACL (+1,8 Md€) conditionnée à des économies en contrepartie des collectivités ;

– Moindre élasticité des recettes face à une croissance affaiblie et une inflation pesant sur l’IS et les droits de mutation.

 

2.3 Une maîtrise des dépenses insuffisante

Dépenses totales LFI 2026 : 1 735 Md€. Dépense primaire : +0,5 % en volume (effort limité). Mais la charge de la dette absorbe +11,7 Md€ (+0,3 pt PIB, à 77,4 Md€ soit 2,5 pts PIB). Des économies de 6 Md€ restent non documentées. Résultat : déficit projeté à 5,0 pts PIB, dette à 118,5 pts PIB (+3 pts), France au rang de la plus forte progression du ratio d’endettement parmi les pays endettés de la zone euro en 2026.

 

2.4 Une trajectoire pluriannuelle absente et un risque d’échec en 2029

Le gouvernement n’a pas présenté de trajectoire révisée au-delà de 2026. Or, le simple respect des plafonds de Dépense Primaire Nette (DPN) recommandés par le Conseil de l’UE (1,2 %/an) laisserait le déficit à 3,2 pts PIB en 2029, manquant l’objectif imposé par la procédure de déficit excessif (< 3 % en 2029). Atteindre 4,1 pts en 2027 (trajectoire PSMT) exigerait un surcroît d’effort de 35 Md€ (1,1 pt PIB) et une diminution annuelle moyenne des dépenses primaires de −0,5 % en volume sur 2027-2031, contre +1,0 % par an sur la période de référence 2015-2019. La charge d’intérêts dépasse d’ores et déjà l’investissement dans l’éducation ou la défense. Un effet boule de neige (r > g) s’installe durablement.

 

III.  Les enseignements des consolidations en zone euro

La Cour analyse les expériences de l’Allemagne, du Portugal et de l’Italie, trois pays ayant dégagé durablement un excédent primaire corrigé du cycle sur 2010-2025, à l’inverse de la France dont le CAPB est resté systématiquement déficitaire sur toute la période.

– Allemagne : consolidation ancrée dans des réformes macroéconomiques des années 2000 (Hartz I-IV, relèvement de l’âge de retraite) et une règle constitutionnelle de frein à l’endettement. Réduction de 22,3 pts PIB de dette entre 2010 et 2019, au prix d’un sous-investissement public ;

– Portugal : consolidation sous contrainte (programme d’assistance 2011-2014 ; 16,8 pts PIB de mesures). Coût récessif initial élevé, amorti par la reprise et des réformes structurelles. Dette revenue sous le niveau d’avant-crise ;

– Italie : excédent primaire structurel continu mais croissance atone et effet boule de neige maintenant la dette ≈ 140 pts PIB.

Facteurs de réussite identifiés : consolidation choisie plutôt que subie ; effort initial substantiel inscrit dans une trajectoire cible ; maîtrise des coûts macroéconomiques et sociaux via réformes de l’emploi/retraite et investissements structurants ; qualité du cadre institutionnel (règles budgétaires, indépendance des institutions) ; mesures de crise temporaires et ciblées avec normalisation rapide ; sous-indexation temporaire des prestations en période inflationniste. 

 

 

 Source : La situation et les perspectives des finances publiques – Juin 2026, Rapport de la Cour de Comptes

 

Solde démographique négatif

Solde démographique négatif

By Publications, Santé

France : la fin du modèle démographique

Par Florestan Tétaz, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

Contexte général : la réputation démographique de la France

Du XXe siècle et jusqu’aux années 2000, la France a la réputation d’être l’un des pays les plus féconds d’Europe, portée par le baby-boom (1946-1974) et un solde naturel structurellement excédentaire (plus de 300 000 par an dans les années 1960). 

Le taux de natalité, autour de 18-20‰ au début du siècle, décline progressivement mais reste longtemps supérieur à celui de ses voisins européens. 

À partir des années 2010, la différence entre les  naissances et les décès diminue continuellement : le solde naturel reste positif mais plonge de 251 000 en 2012 à seulement 17 619 en 2024.

 

Rapport de l’Insee 2025 – Solde naturel négatif 

– En 2025, 645 000 bébés sont nés, soit 2,1 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010. 

– L’indicateur conjoncturel de fécondité tombe à 1,56 enfant par femme, son niveau le plus faible depuis la fin de la Première Guerre mondiale. 

– 651 000 personnes sont décédées, en légère hausse, notamment en raison d’une épidémie de grippe hivernale meurtrière. 

– L’espérance de vie à la naissance progresse à 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes. 

Conséquence directe : le solde naturel devient négatif pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

Evolution sur les 5 dernières années 

Naissances : 

– Diminuent de 742 052 en 2021 à 645 000 en 2025. 

Décès : 

– Restent stables entre 661 585 en 2021, 639 269 en 2023 et 651 000 en 2025. 

Le solde naturel : 

– Diminue sur la période de +80 467 en 2021, +38 534 en 2023, +17 619 en 2024, puis -6 000 en 2025.

La bascule s’opère donc progressivement et est observable depuis plusieurs dizaines d’années.

Solde démographique de la France

Politiques publiques, objectifs et impacts 

Le 16 janvier 2024 est annoncé un plan de « réarmement démographique » reposant sur une réforme du congé parental (transformé en « congé de naissance ») et un plan de lutte contre l’infertilité, sans objectif chiffré officiel précis (pas de cible explicite de taux de fécondité ou de nombre de naissances annoncée). 

 

Décroissance naturelle compensée par l’immigration

Bien que le solde naturel soit désormais négatif (-6 000 en 2025), la population française continue de connaître une faible croissance (+0,25 % sur sur l’année 2025). 

Cet accroissement de la population représente 230 000 personnes supplémentaires en 2025, résultant d’un solde naturel négatif (-6 000) et d’un solde migratoire positif qui comble ce déficit.

 

Source : Article du 15/06/2026, La situation démographique en 2025 et en séries longues, État civil et estimations de population, Insee Résultats

LE CRIME ORGANISÉ EN EUROPE

Le crime organisé en Europe

By Publications, Sécurité/Justice

Crime organisé : l’Europe face à des « entreprises criminelles »

Par Sixte Paire, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

Un état des lieux sans précédent du crime organisé

Vendredi 26 juin 2026 à Bruxelles, Europol a dévoilé la deuxième édition de son évaluation des réseaux criminels les plus menaçants pour l’Union européenne, recensant 731 structures actives regroupant plus de 400 000 membres issus de 118 nationalités. Ce chiffre, en baisse apparente face aux 820 réseaux de 2024, masque une recomposition permanente du paysage criminel : 76 % des organisations d’alors ont disparu ou fusionné, mais 533 nouveaux réseaux ont aussitôt émergé, tandis qu’un noyau dur d’environ 198 groupes subsiste sans discontinuer. Le profil-type dressé par les enquêteurs est celui de structures « agiles, sans frontières, dominantes et destructrices », que le directeur exécutif d’Europol, Jürgen Ebner, compare désormais ouvertement à des « entreprises mondiales » dotées d’une assise financière solide et de structures juridiques formelles.

Une criminalité polymorphe, économique avant tout

Si le trafic de stupéfiants reste l’activité principale d’environ un tiers des réseaux, l’évaluation souligne la diversification croissante des sources de revenus comme la fraude, l’atteintes aux biens, la traite des êtres humains, le trafic de migrants, le blanchiment qui traduit un « degré élevé d’adaptabilité » plutôt qu’une spécialisation rigide. Deux tendances dominent : l’essor de la « criminalité en tant que service », avec des structures se spécialisant dans la fourniture de prestations à d’autres organisations (23 réseaux dédiés au seul blanchiment pour le compte de tiers), et l’explosion de la cybercriminalité, avec plus de 120 marques actives de rançongiciels et l’apparition de l’intelligence artificielle comme accélérateur d’opérations frauduleuses. « Tout le crime est aujourd’hui nourri en ligne, accéléré par l’IA et la technologie », a résumé Jürgen Ebner.

L’économie légale, principal point d’appui

L’un des constats les plus préoccupants du rapport tient à l’imbrication croissante entre criminalité organisée et économie formelle : Europol révèle que 85 % des réseaux les plus menaçants utilisent des structures commerciales légales pour dissimuler leurs activités et blanchir leurs profits. Conséquence directe pour les autorités, l’arrestation des têtes de réseau ne suffit plus : « si l’arrestation de figures clés peut déstabiliser un réseau, de nouveaux acteurs émergent souvent pour exploiter les opportunités qui en résultent », souligne Europol, qui plaide pour un changement de doctrine consistant à cibler en priorité les infrastructures financières, numériques et logistiques permettant à ces organisations de se reconstituer presque instantanément.

Focus France : la « mexicanisation » du narcotrafic

Cette évaluation est replacée dans le contexte des ports du nord de l’Europe et de la façade méditerranéenne française, où la ‘Ndrangheta calabraise domine l’approvisionnement en cocaïne en gros et la Mocro Maffia maroco-néerlandaise contrôle les flux via Rotterdam et Anvers. En France, c’est la « DZ Mafia » qui a émergé depuis 2023 dans les quartiers nord de Marseille avant d’essaimer vers Lyon, Nantes ou Clermont-Ferrand, au prix d’une guerre des gangs meurtrière contre le clan rival « Yoda ». Cette dynamique confirme à l’échelle locale les constats d’Europol : un marché estimé à plusieurs milliards d’euros annuels, des points de deal présents dans près de 80 % des communes, et une violence, assassinats, attaques contre des établissements pénitentiaires,  qui traduit la capacité de ces réseaux à « s’adapter rapidement aux perturbations ».

Les réponses des forces de l’ordre européennes

Face à cette menace, l’évaluation met en avant plusieurs opérations significatives menées ces derniers mois :

– Une coordination policière belge, française, allemande, italienne et néerlandaise mobilisée à plusieurs reprises pour démanteler des « structures claniques » aux ramifications internationales actives dans toute l’UE et au-delà ;

– Plusieurs coups de filet d’envergure, dont un en Albanie (dix membres présumés arrêtés, extension à Chypre et Israël) et un autre ayant conduit à 23 arrestations et à la saisie de 35,7 millions d’euros en espèces, comptes et cryptomonnaies, ainsi que 36 véhicules et des biens immobiliers ;

– Le renforcement des dispositifs de coopération entre grands hubs logistiques européens, à l’image de l’« Alliance portuaire » lancée en 2024 pour sécuriser les terminaux conteneurs face à l’infiltration criminelle.

Le rapport Europol dresse le portrait d’une criminalité organisée européenne ayant achevé sa mutation vers un modèle quasi-entrepreneurial : flexible, internationalisée, technophile et adossée à l’économie légale , « une menace existentielle pour les États de l’Union », selon les mots mêmes de l’agence. La situation marseillaise, avec l’essor de la DZ Mafia, n’apparaît ainsi pas comme une exception française mais comme la déclinaison locale d’une dynamique continentale, justifiant l’appel d’Europol à une réponse pensée à l’échelle européenne plutôt que strictement nationale.

 

Source : 

– Le Figaro – Les réseaux criminels emploient 400 000 personnes en Europe par Christophe Cornevin

– Evaluation d’Europol « The Blueprint of Criminal Opportunism », publiée le 26 juin 2026.

 

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Du pigeon voyageur au pigeon téléguidé : une nouvelle frontière du conflit ?

By Publications, Travaux des adhérents

Le pigeon : nouvelle arme ?

Par H., adhérente CRSI

Les oiseaux, comme le reste du monde animal, sont quasiment de manière intrinsèque des sources potentielles de danger pour l’Homme. En témoigne la diffusion active et mondiale depuis plusieurs années, et très surveillée, de plusieurs souches de virus Influenza, virus de la grippe. Pour certaines de ces souches, la barrière d’espèce a déjà sauté, des oiseaux vers les Mammifères…

Que se passerait-il si les oiseaux devenaient, cette fois-ci de manière extrinsèque, une nouvelle arme de guerre ? Les technologies qui touchent au vivant nous menacent-elles ?

En ce mois de juin, Marc Bloch entre au Panthéon. Dans « L’étrange défaite », l’historien relate un fait, parmi beaucoup d’autres, qui illustre une des raisons de la débâcle de 1940. « Appliquez la mesure 81 », l’ordre donné renvoyait en cascade à une succession d’autres mesures qui furent très mal interprétées. Ainsi, en septembre 1939, la gendarmerie d’Alsace-Lorraine massacra les pigeons voyageurs de l’armée dans trois départements français.

Hier victimes de l’impéritie de notre « suradministration » française, les pigeons sont-ils aujourd’hui victimes de scientifiques désinhibés ? Demain constitueront-ils une arme contre laquelle il faudra nous défendre ?

En mars dernier, la start-up russe Neiry a affirmé être en train de développer des pigeons biodrones. Ces animaux auraient subi une intervention chirurgicale. La pose d’un implant neuronal permettrait ainsi à ces oiseaux d’être téléguidés dans l’espace, et ce dans le but d’effectuer des missions. Plus discrets que des drones, les pigeons passent en effet inaperçus dans l’environnement humain, qu’il soit urbain ou rural. D’autant que les volatiles volent par tous les temps, et peuvent faire plus de 400 km sans pause. Ainsi opérés, les pigeons pourraient effectuer des opérations de surveillance, d’abord annoncées par la start-up comme civiles… 

 

Soldats ailés, soldats zélés

 

L’élevage de pigeon remonte au temps des Perses, s’est étendu en Grèce et en Egypte, puis dans toute la civilisation romaine. Les pigeons sont des animaux depuis longtemps utilisés comme messagers. Cela est dû à leur faculté de retourner à leur gîte. Nés à un point A et transportés à un point B, ils retournent toujours au point A. Leur vitesse de vol avoisine les 100 km/h. Ils peuvent parcourir jusqu’à 1 000 km.

Les pigeons furent donc utilisés très tôt dans l’histoire militaire des Hommes, transmettant ordres et appels au secours. Ils ont servi dans l’armée française, surtout pendant la première guerre mondiale où, selon les sources, 50 000 à 100 000 pigeons furent employés. Les oiseaux compensaient la destruction des réseaux téléphoniques et télégraphiques. Au cours de la seconde guerre mondiale, les pigeons restaient des relais entre les réseaux de résistance et Londres. L’opération « Columba » a parachuté, entre 1941 et 1944, ces animaux en territoire nazi pour récupérer des renseignements militaires. Ils ont également joué un rôle lors du débarquement du 6 juin 1944. Leur capacité à échapper aux interceptions, et aux brouillages, a fait d’eux un canal de communication sûr en contexte de guerre. Les rebelles syriens les employaient, il n’y a encore pas si longtemps.

A l’entrée du zoo de Lille, un monument leur est dédié car 20 000 pigeons sont morts pour la France lors de la Grande Guerre. Ces oiseaux ont même leur héros de Verdun : Vaillant, pigeon cité à l’ordre de la nation en 1916 et décoré de la bague d’honneur, comme un soldat. 

 

Des drones, des pigeons, des radars

 

Les algorithmes de navigation des actuels drones autonomes sont calqués sur ceux des oiseaux migrateurs. Les groupes de drones peuvent désormais copier les modalités de vol des nuées d’oiseaux, tels les étourneaux où chaque individu qui n’interagit qu’avec ses sept voisins les plus proches. Le pigeon possède, lui, une capacité de navigation exceptionnelle et il a aussi inspiré les ingénieurs pour l’amélioration des drones modernes. Les pigeons sont donc un des outils, discrets et fiables, employables par nos forces de sécurité. Ils peuvent être inclus dans une stratégie qui vise à sécuriser les communications et à isoler physiquement ces réseaux pour maintenir des échanges en milieu hostile. L’armée française conserve de nos jours un élevage de 200 pigeons, au mont Saint Valérien, plutôt dans un souci de mémoire et de transmission des savoirs. Mais en cas d’effondrement total des communications, cela pourrait servir ! Résilience… L’armée si besoin ferait également certainement appel aux nombreux colombophiles français, comme par le passé.

L’idée d’en faire un soldat n’est donc pas nouvelle, mais ce n’est plus dans une optique de communication entre les troupes qu’il pourrait être utilisé. La technique employée par cette start-up russe n’est évidemment pas encore au point, il semble, pour le moment, que les oiseaux puissent être simplement orientés vers la droite ou la gauche… Leur faible poids, environ 300 g, les empêche de porter de lourdes charges, un maximum de 16 g dans un sac à dos est le poids maximal. Mais seize grammes suffisent pour des armes bactériologiques, qui dispersées dans l’atmosphère, à l’endroit voulu, engendreraient un massacre…

Le concept de pigeon-drone pose d’autres questions.

Pour l’humaniste, une question morale d’abord, car transformer un pigeon, un animal vivant, en plate-forme de surveillance, voire pire, se heurte à des notions d’éthique de l’expérimentation animale.

Ensuite, cela nous renvoie à une certaine vision du monde et au rapport que nous avons à l’animal.

Enfin, regarderons-nous toujours les animaux comme des créatures naturelles ou comme des dangers potentiels ? Un pigeon qui pourrait être téléguidé, tel un drone vivant, peut devenir une arme bien difficile à détecter et envers laquelle il sera compliqué de se protéger. Avec l’avancée rapide de technologies de pointe, qui combinent biologie, médecine et physique, la science-fiction semble se conjuguer au présent proche.

Il existe depuis longtemps des radars aviaires chargés de détecter les oiseaux en vol à différentes altitudes et ceux qui sont proches des pistes d’atterrissage. Les collisions « oiseaux contre avion » causent, chaque année, des dégâts importants. Mais la simple possibilité de l’existence de pigeon-drones obligera peut-être nos forces de sécurité à revoir leurs moyens et leur stratégie de détection et de défense.

Dans un communiqué de presse daté du 18 mai 2026, la direction générale des armées indique avoir commandé 16 véhicules qui seront équipés d’un nouveau radar (radar en bande X Girafe 1X) pour moderniser les capacités de détection et de surveillance aérienne de l’armée de Terre. Ce radar, de fabrication suédoise, peut détecter à plusieurs kilomètres et sur 360°, des micro-drones comme des avions de combats. Comment nos forces de sécurité intérieure feront la différence entre un pigeon lambda et un « pigeon dronisé » ? Certes, les pigeons étaient, de fait, déjà détectés par tous les radars, mais leur signal n’était pas jusqu’ici priorisé, c’est-à-dire qu’ils ne déclenchaient pas d’alerte, pas encore…

 

Sommes-nous prêts pour ces nouveaux types de menace ?

 

Sources :

https://www.defense.gouv.fr/sites/default/files/ministere-armees/Esprit défense n° 16 – Eté 2025.pdf

https://www.dgse.gouv.fr/fr/la-dgse/nos-actualites/chroniques-du-secret-pigeons-voyageurs

https://information.tv5monde.com/international/pigeons-biodrones-sous-marin-capable-de-provoquer-un-tsunami-ces-nouvelles-armes-developpees-en-russie-2808582

https://www.linkedin.com/pulse/le-pigeon-biodrone-ne-sera-peut-être-pas-larme-du-futur-tewfik-hamel-x2use/

https://www.colombophiliefr.com/page-d-exemple/

https://www.defense.gouv.fr/sites/default/files/ministere-armees/Communiqué_A_La DGA commande 16 véhicules équipés d’un radar en bande X à Saab et Scania pour moderniser les capacités de détection et de surveillance aérienne de l’armée de Terre.pdf

 

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Vacances et sécurité

By Sécurité/Justice

– par Claire-Marine GROS, adjointe au Directeur de Cabinet, CRSI

À l’approche de la saison estivale, cette note synthétise les données du baromètre Odoxa-Verisure pour Le Figaro (1 005 personnes interrogées les 20 et 21 mai 2026) et les chiffres officiels du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) pour 2025, afin d’éclairer l’état du sentiment d’insécurité en France et ses manifestations spécifiques pendant les vacances.

1. Une perception dégradée de la sécurité

Le baromètre Odoxa-Verisure livre un constat préoccupant : 58 % des Français estiment que leur sécurité est mal assurée. Ce chiffre doit être mis en regard de la trajectoire récente : après une amélioration sensible (48 % de jugements négatifs en février 2025), la tendance s’est inversée depuis six mois (58 % en mai 2026).

  • Sécurité jugée « mal assurée » : 58%

  • Sécurité jugée « très mal assurée » : env. 21%

  • Sécurité jugée « assez bien assurée » : 37%

  • « Sentiment d’insécurité » personnel (« souvent » ou « de temps en temps ») : 67%

62 % des femmes jugent la sécurité mal assurée, contre 54 % des hommes. Le clivage politique est encore plus marqué : 79 % des sympathisants RN et 72 % des sympathisants LR partagent ce jugement, contre 65 % chez les sympathisants de gauche et 84 % chez les proches du parti au pouvoir.

À plus long terme, 77 % des Français estiment qu’il y a davantage d’insécurité aujourd’hui qu’il y a dix ans, 76 % qu’il y en a plus qu’il y a vingt ans, et 75 % plus qu’il y a cinquante ans.

2. Des indicateurs statistiques en hausse en 2025

Le dernier bilan du SSMSI (Ministère de l’Intérieur) pour 2025 confirme la remontée de plusieurs indicateurs après une période de stabilisation :

  • Agressions physiques : +5%

  • Violences intrafamiliales : +5%

  • Violences sexuelles : +8%

  • Viols et tentatives de viol : +9%

  • Victimes d’homicide : +1% (982 victimes)

  • Tentatives d’homicide : +5%

S’agissant des atteintes aux biens, 212 000 cambriolages de logements ont été enregistrés en 2025, soit environ 600 faits par jour. Ce volume, en légère baisse nationale (−3 %), reste très élevé et marque une recrudescence dans les zones rurales et périurbaines.

3. Les vacances, vecteur d’anxiété : données détaillées

3.1 Inquiétude pour le domicile pendant l’absence

56 % des Français se déclarent inquiets pour la sécurité de leur domicile avant de partir en vacances — soit une hausse de 9 points en sept ans. En réponse, 77 % prévoient de mettre en place un moyen de protection pendant leur absence.

  • S’entendre avec voisins/amis pour des passages réguliers : 48%

  • Mettre en place un système d’alarme télésurveillée : 33%

  • Informer la police/gendarmerie (Opération Tranquillité Vacances) : 28%

  • Mettre les objets de valeur en sécurité : 26%

  • Piloter l’éclairage à distance : 11%

  • Compter sur le chien : 7% (14 % il y a 5 ans)

  • Aucune mesure particulière : 23%

Note : l’usage des solutions technologiques (alarme, éclairage à distance) a progressé de 8 % en quatre ans.

3.2 Crainte du squat

54 % des Français disposant d’un bien « squattable » (88 % du panel) craignent que des inconnus profitent de leur absence pour occuper leur résidence, leur jardin ou leur piscine. Ce phénomène n’est pas nouveau : dès 2019, les tribunaux civils avaient rendu près de 1 130 décisions en réponse à des demandes d’expulsion d’occupants sans droit ni titre.

3.3 Insécurité perçue dans les activités de loisirs

L’enquête révèle que 85 % des personnes interrogées font de la sécurité du lieu de vacances un critère déterminant dans le choix de leur destination (+ 9 points en quatre ans par rapport à 76 % en 2022).

  • Faire du jogging seul dans un endroit inconnu : 78%

  • Laisser sa résidence de vacances sans surveillance : 73%

  • Fréquenter bars, bals, boîtes de nuit : 72%

  • Se promener dans un endroit peu fréquenté : 70%

  • Laisser son véhicule stationné (parking de plage) : 69%

  • Visiter une ville ou un site touristique inconnu : 59%

* (% des répondants percevant « beaucoup ou un peu » d’insécurité dans ces activités — Odoxa-Verisure, mai 2026)

Les grandes villes en France (80 %) et à l’étranger (76 %) figurent en tête des lieux perçus comme peu sûrs, suivies des stations balnéaires (62 %). La campagne et la montagne, jadis synonymes de quiétude, sont désormais considérées comme anxiogènes par près d’un tiers des Français.

4. Le home jacking : une menace en progression

Le home jacking — intrusion dans un domicile occupé, généralement pour dérober des clés de véhicule sous la contrainte — connaît une progression continue. Contrairement au cambriolage classique, sa nature violente génère un traumatisme psychologique durable chez les victimes.

  • Cas recensés en 2022 (OCLCO) : 475

  • Cas recensés en 2023 (+8 %) : 515

  • Estimation 2024 : env. 550

  • Part des cambriolages commis en présence des occupants (2024) : env. 40 % (vs 31 % en 2022)

  • Objectif principal : vol de véhicule (ONDRP) : 75% des cas

  • Régions les plus touchées : Île-de-France, Hauts-de-France, PACA

À noter : en juin 2026, un réseau de home jacking opérant depuis la région nantaise a été démantelé, avec un préjudice estimé à plus de deux millions d’euros. Le coordinateur du réseau dirigeait les opérations depuis sa cellule de détention. Le recours croissant à cette méthode s’explique en partie par le renforcement des systèmes antivol électroniques des véhicules modernes, qui pousse les malfaiteurs à récupérer les clés directement auprès des propriétaires.

 

Sources

  • Baromètre Odoxa-Verisure pour Le Figaro, enquête réalisée auprès de 1 005 personnes interrogées par internet les 20 et 21 mai 2026
  • SSMSI — Ministère de l’Intérieur, Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique
  • OCLCO (Office Central de Lutte contre le Crime Organisé) — statistiques home jacking 2022-2024
  • ONDRP / Daitem — données cambriolages et home jacking 2024-2025
  • Le Figaro, « Angoissés par l’insécurité, les Français appréhendent la période des vacances », 24 juin 2026