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Rodéos urbains et rave-parties : le Sénat veut durcir la riposte

By Sécurité/Justice

Par un membre du CRSI

À l’issue de quatre mois de travaux comprenant vingt auditions et un déplacement dans le département de l’Essonne, la mission d’information transpartisane de la commission des lois du Sénat formule 28 propositions concrètes destinées à doter les pouvoirs publics des instruments nécessaires à une lutte efficace contre les rodéos motorisés illégaux et les rave-parties illégales. Ces deux phénomènes, bien que distincts dans leur nature, leur sociologie et leurs dynamiques propres, sont symptomatiques d’un délitement préoccupant du respect de l’autorité de l’État et de la réglementation.

L’approche des rapporteurs repose sur la mobilisation coordonnée de trois leviers complémentaires : la prévention, le renforcement des capacités opérationnelles des forces de l’ordre et une sévérité accrue dans la répression, tant à l’égard des organisateurs que des participants. Les propositions formulées ont vocation à nourrir directement les débats lors de l’examen au Sénat du projet de loi dit « RIPOST » (Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l’Ordre public, la Sécurité et la Tranquillité de nos concitoyens).

I/ Les rodéos motorisés : un phénomène en expansion continue face à des outils juridiques et opérationnels insuffisants

A) Une expansion quantitative et géographique préoccupante, accompagnée de graves nuisances

Le rodéo motorisé désigne toute pratique consistant à réaliser des figures au moyen d’un véhicule en infraction avec les obligations de sécurité routière (roues arrière, drifts, dépassements de vitesse) que ce comportement soit le fait d’un individu isolé ou d’un rassemblement structuré de grande ampleur.

La mission d’information établit un constat chiffré sans appel : les faits de rodéos motorisés constatés ont plus que doublé entre 2019 et 2025, passant de 1 949 à 4 724, police et gendarmerie confondues. Le nombre d’interventions des forces de l’ordre a lui-même dépassé 38 500 en 2024, soit une intervention toutes les quinze minutes en moyenne. La progression de la gendarmerie nationale est particulièrement révélatrice de l’extension géographique du phénomène, ses interventions ayant augmenté de 247 % en six ans.

Ce qui était initialement circonscrit aux zones urbaines des grandes agglomérations s’est désormais diffusé dans les villes périphériques, les villes moyennes et jusque dans les zones rurales. Les riverains subissent au premier chef une grave insécurité routière et d’importantes nuisances sonores. La terminologie de « rodéos motorisés » recouvre en réalité des réalités très hétérogènes : « rodéos de quartier » à visée d’occupation territoriale, « runs » organisés dans des zones industrielles ou commerciales désaffectées, ou encore processions liées à des événements festifs et productions de contenus pour les réseaux sociaux. Les outils de sensibilisation mis en œuvre en amont n’ont qu’un effet marginal, et le déficit d’offre alternative légale, telle que le développement de circuits sécurisés, constitue un facteur aggravant résiduel, même si le caractère fondamentalement transgressif de ces pratiques en relativise la portée.

B) Des leviers d’action lacunaires et des propositions de réforme ambitieuses

La mission identifie d’importantes lacunes sur chacun des trois volets fondant l’action des pouvoirs publics. Sur le plan de la prévention et du repérage, les forces de l’ordre peinent à détecter les rodéos en amont du fait de leur caractère spontané et des stratégies de dissimulation déployées via des messageries instantanées cryptées. Même lorsqu’un rassemblement est identifié, la crainte d’un suraccident conduit trop souvent à ne pas intervenir sur l’instant, renvoyant la gestion de l’événement à une analyse différée des images de vidéoprotection, au caractère éminemment frustrant.

Sur le plan répressif, le régime issu de la loi du 3 août 2018, qui a délictualisé les rodéos motorisés, souffre de plusieurs failles structurelles. La caractérisation de l’infraction est rendue complexe par la multiplicité des critères requis. Si les saisies et confiscations de véhicules sont unanimement reconnues comme l’outil le plus dissuasif, cette possibilité demeure très largement sous-exploitée en raison du manque de lieux de gardiennage disponibles, du coût qui leur est associé et des manœuvres de contournement développées par des individus parfaitement au fait des failles législatives.

Pour y remédier, les rapporteurs formulent quinze propositions articulées autour de quatre axes. En matière de prévention et de repérage, ils préconisent la systématisation de modules de sensibilisation dans les enseignements conduisant aux attestations scolaires de sécurité routière, l’expérimentation d’infiltrations de « boucles » de messagerie cryptée par des officiers de police judiciaire, et le renforcement des obligations déclaratives pesant sur les vendeurs et loueurs d’engins motorisés. Ils recommandent également d’interdire le remisage de ces engins dans les parties communes des immeubles en copropriété. Afin de simplifier la caractérisation de l’infraction, ils proposent de supprimer la condition de mise en danger d’autrui : toute manœuvre acrobatique intentionnelle enfreignant les règles de sécurité routière devrait être délictuelle dès lors qu’elle est exécutée hors des lieux dûment autorisés. Pour faciliter les saisies, ils appellent à la généralisation de protocoles entre parquets et collectivités territoriales pour le gardiennage des engins confisqués, et à l’opposition systématique au transfert du certificat d’immatriculation pendant la procédure. Sur le plan répressif enfin, ils proposent de porter à trois ans la peine d’emprisonnement pour le délit commis en réunion afin d’étendre les moyens d’enquête disponibles, et d’ouvrir la possibilité d’une amende forfaitaire délictuelle y compris en état de récidive légale.

II/ les rave-parties illégales : des rassemblements sources de multiples nuisances face à un cadre juridique manifestement inadapté

A) Des rassemblements illégaux concentrant de graves nuisances et préjudices

Les rave-parties illégales se caractérisent par leur persistance et leur diffusion géographique, malgré une tendance à la baisse depuis la période Covid. Elles demeurent extrêmement présentes dans certains territoires de l’Ouest et du Sud de la France, Bretagne, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur. En 2025, le vivier total de participants est estimé à plus de 100 000 personnes. Ces rassemblements se tiennent très majoritairement en zones rurales et sur des terrains privés (pour 70 % d’entre eux), rassemblant un public jeune et socialement hétérogène.

Les nuisances et préjudices engendrés sont multiples et sévères. Pour les riverains, les nuisances sonores peuvent s’étirer sur plusieurs jours à des niveaux extrêmes, contraignant parfois des habitants à quitter temporairement leur domicile. Les préjudices économiques touchent en particulier les propriétaires de terrains agricoles utilisés sans leur consentement, avec des dégradations parfois irréparables de leurs outils de travail. Des atteintes environnementales graves sont régulièrement signalées, y compris sur des sites protégés. Enfin, des risques sanitaires importants pèsent sur les participants eux-mêmes, exposés à la consommation massive d’alcool et de substances psychoactives, ainsi qu’à des violences sexistes et sexuelles récurrentes.

Sur le plan juridique, les rassemblements de plus de 500 participants sont soumis à un régime de déclaration préalable auprès du préfet de département. Or, 90 % des rassemblements musicaux illégaux ne dépassent pas ce seuil et se tiennent donc sans obligation déclarative. Ce seuil apparaît manifestement trop élevé aux rapporteurs. De surcroît, l’obligation déclarative est quasi systématiquement ignorée par les organisateurs, de même que les arrêtés préfectoraux d’interdiction de rassemblement ou de transport de matériel sonore.

B) Un cadre juridique à rénover en urgence : diagnostic des angles morts et propositions de réforme

La mission d’information identifie plusieurs angles morts structurants. Les tentatives de médiation conduites dans le cadre du comité de pilotage « Jeunes et fêtes », créé en 2015, produisent des résultats inégaux, leur réussite supposant l’existence de forts liens de confiance interpersonnels au niveau local, aussi difficiles à établir qu’à maintenir dans le temps. La réponse opérationnelle des forces de sécurité intérieure est structurellement limitée : leur capacité à détecter les événements en amont est très faible, et elles ne peuvent que rarement mettre fin à un rassemblement en cours sous peine de générer des troubles à l’ordre public plus graves encore.

Les sanctions existantes sont notoirement insuffisantes. La police nationale n’a verbalisé que 25 organisateurs en 2025 pour manquement aux obligations déclaratives, contre 111 pour la gendarmerie nationale, soit un taux de verbalisation de seulement 40 % des 337 rassemblements recensés. Les simples participants ne font quant à eux l’objet d’aucune sanction spécifique liée à leur seule présence, alimentant un sentiment généralisé d’impunité particulièrement mal vécu par les riverains.

Face à ce constat, les rapporteurs formulent treize recommandations structurées autour de quatre axes. Pour prévenir la tenue des rassemblements illégaux, ils préconisent de renforcer le réseau des médiateurs « Jeunes et fêtes » en limitant la rotation des référents et en développant une plateforme numérique de déclaration simplifiée. Afin de permettre une détection et une entrave précoces, ils proposent d’abaisser de 500 à 250 personnes le seuil déclenchant l’obligation de déclaration préalable, de systématiser le recours préfectoral à des arrêtés généraux d’interdiction et de soumettre les loueurs de matériel sonore à une obligation de vigilance et de signalement des locations suspectes. En matière de sécurité des personnes et des biens, ils souhaitent consolider la formation des forces de l’ordre aux spécificités du maintien de l’ordre dans ce contexte, revoir les modalités d’indemnisation des associations agréées de sécurité civile et garantir l’accès effectif aux intervenants de la réduction des risques, dont plusieurs cas de verbalisation injustifiée ont été signalés malgré la protection pénale dont ils bénéficient en application de l’article 122-4 du code pénal.

Sur le plan répressif, la réforme centrale proposée consiste à délictualiser l’organisation d’un rassemblement musical illégal de plus de 250 personnes sans déclaration préalable, assortie de peines complémentaires : confiscation obligatoire du matériel sonore, suspension du permis de conduire et interdiction d’organiser tout rassemblement musical. Pour les participants, une contraventionnalisation par une contravention de cinquième classe est préférée à la création d’un délit, jugée plus proportionnée et plus aisée à mettre en œuvre sur le terrain. Les rapporteurs proposent également d’autoriser le juge à ordonner, sous astreinte, la remise en état des sites dégradés, et d’inviter l’État à se porter systématiquement partie civile en cas de poursuites judiciaires afin d’obtenir réparation des coûts d’intervention des forces de l’ordre.

CONCLUSION

Le rapport d’information de la commission des lois du Sénat dresse un bilan lucide et documenté de l’insuffisance des dispositifs existants face à deux phénomènes qui portent gravement atteinte à l’ordre public, à la sécurité routière, à la tranquillité des riverains et à l’autorité de l’État. Les 28 propositions formulées constituent un ensemble cohérent et gradué, articulant prévention, renforcement opérationnel et sévérité répressive accrue. Leur traduction législative est envisagée dès mai 2026 dans le cadre de l’examen du projet de loi « RIPOST » au Sénat, qui constitue le véhicule législatif identifié par les rapporteurs pour donner à ces réformes une portée normative rapide et effective.

Source : Commission des lois, Sénat – Rapport d’information n° 583 (2025-2026), déposé le 29 avril 2026 – Rodéos motorisés et rave parties illégales : 28 propositions pour mieux les prévenir, les détecter et les réprimer

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Le réarmement européen finance notre dépendance

By Défense, Travaux des adhérents

– Par Louis Domergue, adhérent du CRSI et consultant en aéronautique et défense

La France doit faire le choix de l’endurance industrielle

Nous réarmons dans l’urgence. Les drones vrombissent et les missiles sifflent à nos portes. L’UE mobilise des centaines de milliards d’euros, près de 400 en 2025.

Avec l’inflation des budgets de défense et la fragilité de notre base industrielle européenne, la tentation est grande d’acheter sur étagère. En effet depuis 2020 les exportations d’armements des Etats-Unis vers l’Europe ont bondi de plus de 200% selon le SIPRI, institut de référence sur les transferts d’armes. Treize pays européens ont commandé le F-35. Certains de nos voisins dépendent à 95% de matériel américain. Chaque milliard qui traverse l’Atlantique est un milliard qui échappe à notre industrie ; c’est un vote stratégique. Moins nous finançons nos usines moins elles sont capables de s’adapter à la guerre du XXIe siècle. Et les prochains achats iront s’ajouter aux précédents.

Le réarmement n’est donc pas, en soi, le moyen de réduire notre dépendance. Il l’accélère.

Et les remèdes aggravent le problème. L’Europe s’est dotée de mécanismes de financement pour son industrie de défense, mais autorise jusqu’à 35% de composants étrangers. Or dès qu’un simple capteur américain entre dans un système d’arme il faut demander un accord, que ce soit pour l’utiliser ou l’exporter. L’argent est européen et le veto à Washington. Cette règle s’applique depuis des années, comme pour notre missile Meteor, dont la modification pour se libérer des composants américains prendrait dix ans et coûterait 900 millions d’euros selon un rapport du Sénat. C’est hors de portée. Nous avons une trappe déguisée en garde-fou : l’Europe finance sa dépendance pour des décennies.

Le problème n’est donc pas budgétaire. Une partie de la classe politique pense toujours la défense européenne comme une réunion de portefeuilles pour pouvoir dépenser plus. Or le SCAF, plus grand programme de coopération industrielle du continent, est en sursis. Non par manque de moyens, mais parce que deux pays n’ont ni la même doctrine, ni les mêmes besoins opérationnels, ni les mêmes intérêts industriels.

Durant les dividendes de la paix, les militaires et les industriels se sont battus pour préserver au mieux les capacités souveraines mises en place il y a 70 ans. L’excellence technologique d’une armée d’échantillons ne suffit plus. Ce qui fait la différence aujourd’hui, c’est la capacité à faire fonctionner ensemble des drones à quelques centaines d’euros avec des satellites, des capteurs et du renseignement qui les rendent utiles. C’est la capacité à utiliser l’ensemble du spectre technologique et, surtout, à raccourcir la boucle entre le terrain et l’usine.

Pour cela il faut justement des usines. Aujourd’hui l’Occident redécouvre les vertus du stock et de l’autonomie. Et se rend compte des nombreuses lacunes laissées par les illusions de la mondialisation et des dépendances engendrées par l’exode de son industrie. La France a fermé ses usines de poudres et de munitions pour mutualiser avec ses partenaires européens. Le résultat n’est pas au rendez-vous. Nous reconstruisons à Bergerac, dans l’urgence, une fraction de ces capacités et redécouvrons, vingt ans plus tard, ce que nous avions décidé d’abandonner. Une forme de vision stratégique. Derrière des choix rationnels, la responsabilité est collective.

Quatre ans après le discours sur l’économie de guerre nous sortons progressivement d’hibernation. Les grands programmes d’armement se sont étalés dans le temps pour tenir face aux baisses des budgets post guerre froide. Aujourd’hui l’industrie se prépare au mieux à accélérer mais cela ne sera possible qu’avec des engagements clairs et durables. Sans cela une PME ne peut ni investir ni recruter. Attendre 18 mois entre une annonce et une commande n’est plus une option.

Après la dissuasion nucléaire et la dissuasion conventionnelle, une industrie de défense capable de s’adapter rapidement, avec des volumes importants, et de tenir dans la durée sera le troisième volet dissuasif. La dissuasion par la masse et la profondeur.

La France est aujourd’hui le seul grand pays européen à pouvoir employer ses armes sans demander la permission, avec une dépendance limitée aux équipements américains. La prise de conscience est faite et la direction apparaît : des commandes de munitions, une usine de drones, la reconversion de moyens civils. Nous en sommes au tout début.

L’endurance ne se décrète pas à Bruxelles. Elle se prépare ici, au niveau national. Il y a des vocations à susciter : la défense ne recrute pas assez d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs. Les commandes doivent porter sur plusieurs années pour donner de la visibilité aux industriels et leur permettre d’investir. Et aucune industrie ne peut fonctionner sans énergie compétitive, dont le nucléaire est aujourd’hui le pilier. Être endurant demande aussi d’être lucide sur nos capacités et de faire des choix. Le premier à s’imposer est politique : réindustrialiser la France.

Les conflits qui nous menacent vont tester notre aptitude à former, produire et remplacer dans la durée. Le temps redevient le facteur stratégique, il n’y a pas le luxe d’attendre. Les coopérations sont utiles si elles permettent de produire de meilleurs équipements, plus vite et moins chers. Décider seul pour ce qui est vital, coopérer avec ceux qui sont capables d’agir pour massifier. L’échelle européenne peut servir pour standardiser, financer ou réaliser des achats groupés. Nations, coalitions, Europe. Dans cet ordre.

L’innovation impressionne, la masse dissuade. Sans industrie, réarmer la France et l’Europe revient à acheter leur dépendance et leur incapacité à tenir.

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Souveraineté numérique : au-delà des infrastructures, l’enjeu de la maîtrise des données

By Numérique, Travaux des adhérents

Par Isabelle Gonthier, adhérente du CRSI

La souveraineté numérique ne se limite pas à construire des data centers

Dans un rapport sur l’informatisation de la société, publié en 1974, Simon Nora et Alain Minc écrivaient : « Le savoir finira par se modeler, comme il l’a toujours fait, sur les stocks d’informations. Laisser à d’autres, c’est-à-dire à des banques (de données) américaines le soin d’organiser cette mémoire collective, en se contentant d’y puiser, équivaut à accepter une aliénation culturelle. La mise en place de banques de données constitue donc un impératif de souveraineté ».

Dans un contexte géopolitique ou la confiance dans nos alliés américains est fortement entamée, la construction de centres de données sur le sol français est présentée par nos pouvoirs publics comme une priorité stratégique pour protéger nos données vis-à-vis des lois extra-territoriales américaines. Lors du sommet Choose France, le président Macron a annoncé un plan d’investissement de 109 milliards d’Euros dans l’IA d’ici 2030, recouvrant notamment de nombreux projets de centres de données.

Pour autant, cette politique industrielle est-elle suffisante pour préserver notre souveraineté numérique ?

Les « Centres de Données », de quoi s’agit-il ?

La généralisation des solutions cloud, de l’intelligence artificielle et l’émergence de l’internet des objets, génèrent une croissance exponentielle des capacités de stockage des données et de puissance de traitement. Alors que la capacité de stockage mondiale (base installée) estimée était de 6,7 Zettaoctets [1] en 2020, le volume mondial de données a atteint 181 Zettaoctets en 2025 !

Toutes ces données sont conservées dans des installations physiques conçues pour héberger les serveurs informatiques et les baies de stockage de nos données : les centres de données (ou Data Centers). Ce sont des ressources indispensables à la diffusion du numérique et à la compétitivité de nos entreprises dans tous les secteurs de notre économie. Avec les infrastructures de communications, ils forment la colonne vertébrale de tous nos usages numériques.

Jusqu’au début des années 2020, les data centers étaient réservés aux usages des grandes entreprises. Une surface de l’ordre de 1000 m2 était largement suffisante pour héberger leurs serveurs et la puissance électrique nécessaire ne dépassait que rarement les 10 MW.

Avec l’émergence de l’intelligence artificielle, un nouveau type d’acteur est apparu sur le marché des data centers : les hyperscalers. Ils construisent des centres de grande taille, pouvant atteindre des superficies de plusieurs dizaines de milliers de m2 pour les plus grands, dotés d’une puissance électrique de plusieurs centaines de MW.

Un marché en plein développement

Selon les données les plus récentes [2] , il y aurait environ 12 000 data centers répartis sur 174 pays à travers le monde. La répartition sur le globe est très inégale, l’Amérique du Nord et l’Europe concentrant l’essentiel des infrastructures.

Les Etats-Unis dominent largement le marché en raison de la présence des GAFAMS qui hébergent leurs données sur le sol américain. Près du tiers des data centers se situent aux États-Unis (4165 installations en novembre 2025 selon le site Statista). Les États-Unis ont actuellement une longueur d’avance en termes d’expertise dans les hyperscalers grâce à leurs investissements massifs. Les centres de données sont sur le point de prendre le pas sur la construction de bureaux.

L’Europe est le second marché mondial, avec plus de 3300 data centers répartis sur 44 pays, avec une concentration sur le marché historique de l’hébergement, formé par les villes de Frankfurt, Londres, Amsterdam, Paris et Dublin (souvent désignées par l’acronyme FLAPD). Ces 5 villes ont longtemps dominé le marché des centres de données en Europe, avec 75 % du marché européen.

La révolution de l’IA dope le marché des data centers. Les investissements se multiplient pour dominer un secteur considéré comme stratégique. Les États-Unis ont annoncé près de 500 milliards de dollars d’investissements dans le cadre du projet Stargate et les Chinois ne sont pas en reste, avec 138 milliards d’investissements estimés.

Un défi pour les infrastructures énergétiques

L’impact de l’IA sur les data centers de nouvelle génération est structurel et majeur. Beaucoup de data centers ne sont pas adaptés aux enjeux de l’AI et doivent être totalement reconstruits. Au-delà de la capacité de traitement et de stockage, c’est toute la conception du Data Center qu’il faut revoir, avec des capacités en énergie et des équipements de climatisation sans commune mesure avec celle des data centers les plus anciens.

Le foncier est le premier obstacle : les projets de data centers sont concentrés géographiquement, en priorité sur des zones qui doivent remplir plusieurs critères techniques : des critères de taille, pour construire la surface nécessaire aux bâtiments permettant d’héberger les serveurs en nombre suffisant pour subvenir aux besoins des hyperscalers, et des critères de connectivité aux réseaux de télécommunications, pour réduire les délais de latence.

Autre problème dans un contexte de réchauffement climatique et de raréfaction des ressources en eau, l’augmentation significative de la consommation d’eau, nécessaire aux systèmes de refroidissement. Dans un rapport de l’AIE (Agence Internationale de l’Énergie), à l’échelle mondiale, la consommation des data centers atteignait 560 milliards de litres d’eau en 2023 et pourrait doubler, passant à 1200 milliards de litres d’eau d’ici 2030.

Mais le problème majeur reste la sécurisation de la puissance électrique. L’électricité est le premier poste de dépense d’un data center, (elle peut représenter entre 45 et 60 % des coûts opérationnels, en fonction du mix énergétique disponible et des politiques locales en matière fiscale). Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, les data centers installés dans le monde consomment environ 1,5 % de la consommation mondiale actuelle (415 TWh en 2024). Mais compte tenu des projets annoncés et en construction, cette consommation pourrait plus que doubler d’ici 2030, à environ 945 TWh (soit la consommation actuelle du Japon) !

Dans de nombreux pays, les projets de Data Centers sont ralentis en raison d’un goulot d’étranglement chez les distributeurs d’énergie, incapables de satisfaire la demande des hyperscalers sans mettre en péril l’approvisionnement des particuliers [3].

La France est en retard, mais dispose de nombreux atouts face à la concurrence internationale

La France compte aujourd’hui plus de 320 data centers actifs, selon les dernières données publiées par le Syndicat des Data Centers et l’ARCEP. C’est 20 % de plus que le nombre de data centers identifiés 3 ans plus tôt (267 data center en 2023), mais cela reste beaucoup moins que nos voisins européens : l’Allemagne et la Grande-Bretagne en possèdent environ 500 chacun, et surtout, c’est très inférieur aux quelque 5000 Data Centers situés en Amérique du Nord.

En termes de puissance électrique installée, ce n’est guère mieux : la France aurait 2,9 GW de puissance informatique installée quand l’Allemagne dispose de 3,5 GW et les États-Unis de 53, 7 GW (Source Datagora).

Beaucoup de nos data centers actuels sont mal situés, loin des principaux hubs de connectivité, et surtout, ils ne sont pas conçus pour répondre aux besoins grandissants de l’intelligence artificielle, en matière de capacité de traitement, mais aussi de capacité énergétique, avec des besoins grandissants en électricité, pour faire tourner les serveurs, mais également les systèmes de refroidissement indispensables à leur bon fonctionnement.

Pour autant, la France dispose de nombreux atouts pour attirer les investisseurs et combler son retard face à ses principaux voisins européens :

– Sa situation géographique est favorable : la plupart des câbles sous-marins qui transportent l’essentiel des données numériques atterrissent en France, facilitant la connectivité des data centers au réseau Internet. C’est un critère essentiel pour réduire la latence (délai de transmission), ce qui a permis par exemple à la métropole de Marseille de devenir une terre d’accueil pour de nombreux Data Centers, devenant ainsi un hub majeur en Europe aux côtés des acteurs historiques FLAP-D

– Elle dispose d’une électricité peu chère et décarbonée : grâce à son parc de centrales nucléaires, la France propose des prix d’électricité en moyenne inférieurs à la plupart de ses voisins européens [4] . C’est un critère de choix pour les opérateurs, dans un contexte d’inflation des prix de l’énergie et de transition énergétique.

– Enfin, la France jouit encore d’une relative abondance en termes de production électrique, quand d’autres pays éprouvent de plus en plus de difficultés à satisfaire la demande croissante en puissance électrique des data centers.

Par ailleurs, l’état déroule le tapis rouge aux investisseurs pour développer les infrastructures de centre de données sur notre territoire :

– En lien avec EDF et RTE, l’état prévoit à terme la livraison de 63 sites « clefs en main », disposant de la surface foncière, de la connectivité et de la puissance électrique nécessaires aux hyperscalers [5] .

– Une politique fiscale attractive, avec un taux de taxe sur l’électricité (TICFE) presque divisé par deux (12 €/MWh contre 22,5 €/MWh pour les grandes entreprises) renforce la compétitivité de notre énergie.

– Enfin, à travers son article 15, la loi de simplification de la vie économique [6], assouplit le droit de l’urbanisme et de l’environnement pour favoriser l’émergence de sites dits hyperscalers. Cette politique volontariste de l’état commence à porter ses fruits. Selon un rapport de Nations Unis, 7 sur la seule année 2025, la France est la première destination en termes d’investissement étrangers « Greenfield », (qui impliquent de nouvelles installations opérationnelles et la création d’une nouvelle entreprise par une société-mère), pour la construction de data center. Ce sont 69 milliards qui ont été injectés, à comparer avec seulement 29 milliards aux Etats-Unis [8].

Pour autant, cette dynamique ne doit pas occulter une réalité préoccupante : la grande majorité des acteurs qui financent, opèrent les data centers en France, ou utilisent leurs capacités sont étrangers et majoritairement américains (Equinix, Digital Realty, Amazon Web Services, Microsoft Azure, Google Cloud) [9].

La souveraineté numérique ne doit pas être un artifice marketing

Le rapport Nora Minc de 1974 nous l’avait pourtant rappelé : il ne peut y avoir de souveraineté numérique sans souveraineté de la donnée. Pourtant, la création, le stockage, le traitement, la sécurisation et la monétisation de nos données reste l’angle mort de notre politique numérique : tant que nous ne maîtrisons ni les technologies ni les profits qui en découlent, la souveraineté numérique ne sera qu’un vain mot.

Les milliards d’Euros investis dans le déploiement de nos infrastructures (réseaux énergétiques, réseaux de télécommunications et centres de données), ne servent qu’à amplifier un modèle que nos opérateurs de télécommunications connaissent bien. La France dispose aujourd’hui d’infrastructures de télécommunications parmi les meilleures d’Europe, subventionnées par les impôts des Français, pour le bénéfice quasi exclusif des plate-formes de services américaines.

Si nous ne changeons rien, les GAFAMs américains continueront à vendre leurs services et à capter nos données dont ils auront la responsabilité, confortant ainsi une situation de quasi-monopole et une forme de vassalité de notre économie, qui se cantonnerait à fournir du foncier, de l’électricité et de la main d’œuvre.

Le temps est compté. Il faut reconstruire ce que nous avons délaissé pendant des décennies, par conformisme ou par paresse, à savoir une industrie du logiciel capable de développer des solutions souveraines sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA.

Pour y parvenir, les pouvoirs publics ont un rôle à jouer, non pas en légiférant, mais en utilisant la commande publique comme levier de diffusion du numérique au sein de nos entreprises, de notre administration et de nos collectivités locales, en s’appuyant sur les acteurs locaux, en particulier notre réseau d’Entreprises de Services du Numérique (ESN), et en développant les compétences dans les domaines clefs du traitement de la donnée, en particulier de l’IA et de la cybersécurité.

Notre souveraineté numérique en dépend.

[1] Un Zettaoctet correspond à un trillion de Gigaoctet, ou encore un milliard de Teraoctets.

[2] Cloudscene , Statista 2025, DAtaCentermap

[3] Selon l’IAE, les data centers en Irlande consomment déjà un cinquième de la production nationale d’électricité, (c’est déjà plus que la consommation des ménages urbains), et cette part pourrait atteindre 30 % de la consommation nationale dès 2026 si les projets en cours sont achevés

[4] A titre d’exemple : le mégawattheure livrable en 2027 vaut aujourd’hui 55 euros en France, contre 91 euros en Allemagne et 100 euros en Italie. (Source : l’opinion 16/04/2026)

[5] 26 projets de construction ont, à ce jour, été rendus publics essentiellement dans les Hauts-de-France, en Île-de-France et dans la vallée du Rhône

[6] Finalement votée en avril 2025, après deux ans de palabre au parlement !

[7] https://unctad.org/system/files/o\icial-document/diaeiainf2026d1_en.pdf

[8] Ces chiffres ne concernent pas les investissements réalisés par des entreprises domestiques, et excluent ainsi la plupart des projets annoncés par Amazon, Google ou Meta aux États-Unis.

[9] Selon McKinsey, 60 à 65% des capacités de centres de données seront captés par les hyperscalers. Source « AI power: Expanding data center capacity to meet growing demand ». Oct. 2024

photo simple représentant le médical et la santé, environnement médical propre et professionnel

Le régime de santé dans les autres pays de l’UE 

By Santé, Travaux des adhérents

Par Viviane MEYER, adhérente du CRSI 

Panorama européen : des systèmes différents, une protection commune

Dans l’UE, il n’existe pas un système unique de santé. Chaque pays garde son propre régime de santé, mais on retrouve surtout 3 grands modèles : bismarkien, beveridgien et hybride.

Les régimes d’assurance-chômage d’inspiration bismarkienne sont administrés par les partenaires sociaux tandis que les systèmes beveredigiens sont gérés directement par l’Etat.

Le modèle assurance sociale

Le modèle d’assurance sociale, souvent appelé modèle bismarckien, repose sur le versement de prestations aux individus assurés par le biais de cotisations. Il est financé principalement par des cotisations sociales. La France fait partie de cette famille, même si son système est devenu plus universel. La couverture est liée historiquement au travail, même si elle est aujourd’hui souvent élargie à l’ensemble de la population. Les soins sont assurés par des caisses d’assurance maladie, tandis que les hôpitaux et médecins peuvent être publics ou privés conventionnés. Les pays de l’Union européenne concernés sont l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg et l’Autriche.

Le modèle service national de santé

Le modèle beveridgien, qui date de 1942 au Royaume-Uni, repose sur le versement de prestations aux personnes qui en ont besoin, financées par l’impôt. La prise en charge est organisée directement par l’État ou les régions, et l’accès est souvent très large pour tous les résidents. Le secteur public y occupe une place très importante. Les pays de l’Union européenne concernés sont l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Suède et le Danemark. Dans ces pays, l’idée directrice est la suivante : la résidence vaut accès au système public.

Les systèmes mixtes

Beaucoup de pays combinent un financement par l’impôt et par des cotisations, avec une offre de soins à la fois publique et privée, ainsi qu’une couverture de base publique, accompagnée parfois d’une place importante accordée aux assurances complémentaires. Les pays de l’Union européenne concernés illustrent cette diversité : les Pays-Bas ont mis en place une assurance santé obligatoire auprès d’assureurs privés encadrés, l’Irlande dispose d’un système public avec une forte présence du secteur privé, et plusieurs pays d’Europe centrale et orientale ont également adopté des modèles hybrides.

Quelles sont les 7 différences principales entre pays de l’UE ?

– Le mode de financement : impôts, cotisations, ou les deux ;

– Qui est couvert : tous les résidents, les travailleurs, ou couverture universelle ;

– La part du privé ;

– Le reste à charge pour le patient ;

– Les délais d’attente ;

– Le rôle du médecin généraliste comme porte d’entrée ;

– La place des complémentaires santé.

 

Un tableau plus éclairant :

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Cependant, les pays de l’Union européenne partagent plusieurs points communs : une couverture large de la population, une forte intervention publique, des règles de coordination pour les soins entre États membres, ainsi que la possibilité d’utiliser la CEAM (carte européenne d’assurance maladie) pour des soins médicalement nécessaires lors d’un séjour temporaire dans un autre pays de l’UE.

Conclusion :

Le régime de santé dans les autres pays de l’UE repose majoritairement soit sur : une assurance maladie sociale, soit un service national de santé, soit un système mixte. La vraie différence n’est donc pas de savoir s’il existe une protection santé, mais comment elle est financée et organisée.

La France semble être le pays le plus généreux de l’UE, il est classé comme un des meilleurs au monde par l’OMS, avec un remboursement élevé, un accès large aux soins. Il est donc particulièrement protecteur. En effet, une couverture universelle renforcée par la Complémentaire Santé Solidaire (CSS).

Les pays nordiques offrent un système très équitable, mais avec des temps d’attente très longs s’agissant de l’accès aux soins.

L’Allemagne et les Pays-Bas disposent de systèmes efficaces, mais un peu plus coûteux pour l’usager.

Il est donc impératif de prendre la dimension de ce problème majeur pour la France, qui ne peut assumer un coût extrêmement important de la santé, avec néanmoins des déserts médicaux, des temps d’attente absolument intolérables même dans les services d’urgence, et un manque de médecins évident. À cela s’ajoute une fraude exponentielle, dont le montant pourrait contribuer à colmater certaines brèches intolérables au lieu de remplir des poches indélicates. À titre d’information, l’Assurance Maladie a détecté en 2025 pas moins de 723 millions d’euros de préjudices, confirmant une fraude structurelle importante et croissante, contre 466 millions d’euros en 2023.

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La souveraineté française en matière de santé

By Santé, Travaux des adhérents

par Viviane MEYER, adhérente du CRSI

Souveraineté sanitaire : la France face à ses fragilités et ses ambitions

Un réveil brutal : la leçon du COVID-19

La crise sanitaire liée à la pandémie de COVID-19 a constitué un électrochoc majeur pour la France. Elle a mis en lumière de façon brutale les fragilités structurelles accumulées depuis des décennies.

État des lieux : un déclin industriel préoccupant

L’industrie pharmaceutique française en recul. Il a été divisé par deux depuis 2005, soit un recul de près de 15 ans. La France est passée de 1er producteur européen de médicaments à celle de 3ème producteur soit derrière l’Allemagne et l’Italie. Les pénuries de médicaments se sont multipliées, touchant des produits essentiels comme l’amoxicilline ou le paracétamol.

Le secteur souffre d’une dépendance structurelle aux importations. Une large part des principes actifs des médicaments est produite en Asie, notamment en Chine et en Inde. Cette dépendance expose la France à des ruptures d’approvisionnement en cas de crise géopolitique ou sanitaire.

Réponse de l’État

La stratégie Innovation Santé 2030, lancée par le gouvernement, vise à placer la France au premier rang européen en termes de recherche et de souveraineté dans le domaine de la santé par la relocalisation. Elle s’attache effectivement à relocaliser des productions pharmaceutiques stratégiques sur le territoire français et européen ainsi qu’à développer les biotechnologies, la médecine de précision et les thérapies innovantes. Les principaux piliers sont l’innovation, sur l’ensemble de la chaîne pharmaceutique, les conditions commerciales que notre pays offrira, et l’approvisionnement, soit notre place sur le réseau logistique européen, voire mondial.

Mais soulignons que la France est particulièrement en pointe s’agissant de la production de médicaments complexe.

Réponse au niveau européen

La « Health Emergency Response Authority (HERA) » a été créée au niveau de l’Union européenne pour anticiper et répondre aux urgences sanitaires transfrontalières. Par ailleurs, elle vise à coordonner les stockages stratégiques de médicaments et équipements ainsi qu’à renforcer la résilience collective des États membres face aux crises. C’est donc une sécurité pour tous les pays de l’UE, que cette approche anticipative permet.

Faut-il une souveraineté absolue pour la santé ?

La souveraineté française ne signifie pas une autonomie totale, elle est impossible et pas véritablement souhaitable. Nous sommes en effet, interdépendant et réciproquement pour tous les autres pays membres de l’UE. À titre d’exemple, 98% des médicaments mis à disposition des patients français sont produits en Europe, ce qui illustre que la souveraineté se construit à l’échelle continentale. Les innovations européennes, en filières industrielles, constituent une formidable opportunité pour restaurer la souveraineté sanitaire française et européenne, à condition d’agir dans une cohérence stratégique.

En conclusion :

La France se trouve à un moment charnière de sa politique industrielle en matière de santé, les décisions prises aujourd’hui conditionneront son autonomie stratégique pour les décennies à venir. La France par son savoir-faire scientifique, a un véritable rôle à jouer, elle ne doit pas laisser cette opportunité lui échapper par une surabondance législative inutile et paralysante. 4 points majeurs pour envisager une politique industrielle de Santé pour notre pays :

– La relocalisation industrielle pharmaceutique

– L’investissement massif dans la recherche et l’innovation

– La souveraineté numérique des données de santé

– La coopération européenne comme levier d’interdépendance choisie

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Les refus d’obtempérer routiers : une menace croissante pour les forces de l’ordre

By Sécurité/Justice

Décès en service du maréchal des logis-chef Lucas Voignier, Leyr (54), 9 mai 2026

La mort du maréchal des logis-chef Lucas Voignier, percuté en service sur une route de Meurthe-et-Moselle le 9 mai 2026, vient rappeler avec brutalité ce que les chiffres du ministère de l’Intérieur documentent froidement : intervenir sur la voie publique est, pour un gendarme, un acte qui peut coûter la vie.

Une tendance statistique préoccupante

Selon les données provisoires du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), 28 200 refus d’obtempérer routiers ont été enregistrés en France en 2025 par les forces de sécurité intérieure, soit une hausse de 11 % par rapport à 2024. Ce chiffre constitue un niveau inédit depuis le début de la série statistique en 2016.

Cette progression rompt avec la dynamique observée entre 2021 et 2024, période durant laquelle le phénomène avait reculé à un rythme moyen de 3 % par an, après une première phase de montée en charge entre 2016 et 2021 (+2 % par an en moyenne, passant de 24 400 à 27 600 faits). La stabilisation à environ 25 500 infractions sur les années 2023-2024 laissait envisager un plateau durable ; le rebond de 2025 invalide cette perspective.

Au-delà du volume global, la gravité des faits s’aggrave. En 2025, 22 % des refus d’obtempérer enregistrés sont qualifiés d’aggravés, c’est-à-dire exposant directement autrui à un risque de mort ou de blessures graves, représentant environ 6 200 infractions. Cette part progresse continuellement depuis 2016 (16 % à cette date) et gagne encore un point par rapport à 2024 (21 %). En valeur absolue, les refus d’obtempérer aggravés ont ainsi plus que doublé en dix ans, passant de 3 900 en 2016 à 6 200 en 2025.

Un risque mortel pour les militaires en intervention

Ces chiffres trouvent un écho tragique dans l’actualité récente. Le samedi 9 mai 2026, vers 14h20, le maréchal des logis-chef Lucas Voignier, affecté à la Brigade motorisée de Seichamps, a été percuté par un automobiliste sur la commune de Leyr (Meurthe-et-Moselle) au cours d’une intervention. Malgré les soins prodigués, il a malheureusement succombé à ses blessures. Il était âgé de 31 ans. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a précisé que le militaire était en mission pour la sécurité des concitoyens sur les routes de Meurthe-et-Moselle, au cours d’une manœuvre d’interception d’un véhicule tiers.

Ce drame illustre concrètement ce que traduisent les statistiques : les interventions routières des forces de l’ordre, et en particulier des motards de la gendarmerie, exposent quotidiennement les militaires à un risque vital. Il rappelle le précédent de l’adjudant-chef Éric Comyn, tué dans des circonstances analogues à Mougins en août 2024 lors d’un refus d’obtempérer caractérisé.

Une réponse institutionnelle engagée

Sur le plan opérationnel, le ministre de l’Intérieur avait rappelé, en réponse à la hausse des refus d’obtempérer en 2025, avoir donné pour instruction aux policiers et gendarmes d’engager des poursuites systématiques. Une enquête a été ouverte pour établir les circonstances exactes du drame de Leyr.

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L’état du marché mondial du pétrole en 2026

By Energie/Industrie

Et si la fermeture d’un détroit de 40 kilomètres suffisait à faire vaciller l’économie mondiale ? Depuis février 2026, la crise d’Ormuz fait flamber le pétrole, s’emballer l’inflation et trembler les chancelleries. Décryptage d’une crise sans précédent.

I. Le détroit d’Ormuz : le point de départ de la crise

Un passage stratégique essentiel

Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran au nord et Oman au sud, est un couloir maritime d’environ 40 kilomètres de large à son point le plus étroit. Il représente aujourd’hui l’un des passages les plus importants au monde pour le transport de l’énergie. En temps normal, il permet le transit de :

  • 20,1 millions de barils de pétrole brut par jour, soit près de 20 % de la consommation mondiale ;
  • 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial ;
  • un tiers des engrais mondiaux et 80 % du polyéthylène produit au Moyen-Orient ;
  • entre 15 et 20 millions de tonnes de céréales destinées aux pays du Golfe.

Jusqu’alors, le détroit n’avait jamais été fermé, même lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988). Le gel actuel est donc qualifié de « sans précédent » par les experts en stratégie maritime (Cyrille Poirier-Coutansais, directeur du département recherches au Centre d’études stratégiques de la Marine ; Paul Tourret, directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime).

L’opération « Epic Fury » et la fermeture du détroit

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une série de frappes aériennes coordonnées contre l’Iran dans le cadre de l’opération « Epic Fury ». Ces attaques ont provoqué la mort du Guide suprême iranien Ali Khamenei. En réaction, les Gardiens de la Révolution ont annoncé la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, déclenchant une crise majeure.

Les conséquences ont été immédiates :

  • le trafic maritime est passé de 160 navires par jour fin février à seulement 12 en mars, puis 6 début avril ;
  • les assureurs maritimes ont classé la zone comme « zone de guerre », faisant exploser les coûts d’assurance des pétroliers ;
  • près d’un millier de navires se sont retrouvés bloqués dans le golfe Persique ;
  • l’Iran a mis en place un « corridor à péage », exigeant jusqu’à 2 millions de dollars par navire, payables en yuans.

Le 4 mai 2026, les États-Unis ont lancé une opération d’escorte navale pour tenter de sécuriser la zone. Cette intervention a entraîné de nouveaux affrontements : des missiles iraniens ont visé les Émirats arabes unis, un incendie a touché le terminal pétrolier de Fujaïrah et un pétrolier a été frappé par des drones.

II. L’impact sur les prix du pétrole

Une hausse spectaculaire du baril

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), cette crise représente la plus importante perturbation de l’approvisionnement pétrolier jamais observée. Les marchés ont immédiatement réagi.

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Dès le début du blocage, les prix ont augmenté d’environ 13 % en quelques heures, franchissant rapidement la barre symbolique des 100 dollars le baril. Le Brent a même approché les 120 à 126 dollars fin avril. Certains scénarios envisagent désormais un baril entre 150 et 250 dollars si le conflit se prolonge.

Pourquoi les prix à la pompe augmentent-ils ?

La hausse du pétrole brut ne se répercute pas immédiatement et totalement sur les consommateurs. Plusieurs éléments influencent le prix final :

  • le pétrole brut représente environ 30 % du prix payé à la pompe ;
  • en France, les taxes fixes (accises) comptent pour près de 40 % du prix des carburants ;
  • la TVA de 20 % s’applique aussi sur ces taxes, ce qui accentue légèrement la hausse ;
  • les augmentations sont répercutées rapidement, généralement sous une semaine, alors que les baisses prennent plus de temps. Ce phénomène est appelé « rocket and feathers ».

III. Les conséquences pour les consommateurs

Des records historiques en France

La hausse du prix du pétrole a provoqué une forte augmentation des carburants en France.

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Le gazole est le carburant qui a le plus augmenté, avec une hausse de 36 % depuis le début de l’année. Cette situation s’explique notamment par la dépendance européenne au diesel importé du Moyen-Orient depuis les sanctions contre la Russie en 2022.

Pour de nombreux ménages, les conséquences sont importantes : un plein de 40 litres de diesel coûte désormais plus de 20 euros supplémentaires par rapport à la période précédant le conflit.

Un impact sur toute l’économie

La hausse des prix de l’énergie touche aussi d’autres secteurs :

  • l’inflation française atteint 1,7 % en mars 2026 contre 0,9 % en février ;
  • Air France-KLM prévoit une hausse de 35 % de ses dépenses de carburant ;
  • les industries du plastique et les hôpitaux subissent des tensions d’approvisionnement ;
  • le coût du transport aérien des produits agricoles augmente fortement ;
  • le budget carburant des ménages pourrait progresser de 10 à 15 % si les prix restent élevés.

Face à cette situation, plusieurs pays européens comme l’Espagne, l’Italie ou l’Allemagne ont réduit leurs taxes sur les carburants. La France, elle, privilégie des aides ciblées, notamment une aide de 50 euros pour certains travailleurs modestes. De son côté, TotalEnergies a plafonné certains prix à la pompe.

IV. Les conséquences pour les États

Les pays producteurs : entre profits et fragilité

Les États producteurs qui peuvent encore exporter profitent de la hausse des prix. La Russie est l’un des grands gagnants indirects de cette crise : avec un pétrole dépassant les 85 dollars le baril, Moscou bénéficie de recettes supplémentaires importantes pour financer son économie et la guerre en Ukraine.

En revanche, plusieurs monarchies du Golfe restent très dépendantes du détroit d’Ormuz pour leurs exportations. Le Koweït, le Qatar et Bahreïn disposent de peu d’alternatives. Les Émirats arabes unis et l’Irak possèdent toutefois quelques oléoducs de contournement.

Les pays importateurs : des situations très inégales

Les pays asiatiques sont particulièrement vulnérables :

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La France reste moins exposée grâce à la diversification de ses importations et à ses réserves stratégiques équivalentes à environ 90 jours de consommation.

Les finances publiques françaises

L’État français ne profite pas directement de la hausse des prix via les accises, car celles-ci sont fixes. En revanche, l’augmentation du prix hors taxes entraîne mécaniquement une hausse des recettes de TVA.

Le gouvernement subit néanmoins une forte pression politique pour réduire les taxes sur les carburants. Une baisse généralisée de 10 centimes par litre coûterait environ 3 milliards d’euros sur six mois.

V. Les enjeux diplomatiques et géopolitiques

Une OPEP+ fragilisée

La crise a profondément déstabilisé l’OPEP+. Le 1er mai 2026, les Émirats arabes unis ont quitté l’organisation, un départ majeur pour le cartel pétrolier.

De son côté, l’AIE a annoncé la plus grande libération de réserves stratégiques de son histoire : 400 millions de barils ont été injectés sur le marché afin de limiter la hausse des prix.

De nouvelles tensions internationales

La crise entraîne aussi une recomposition des rapports de force :

  • les États-Unis cherchent à sécuriser le détroit grâce à des escortes navales ;
  • la France propose une mission internationale défensive avec le Royaume-Uni ;
  • la Chine se retrouve dans une position délicate, car elle dépend fortement du pétrole du Golfe tout en entretenant des liens étroits avec l’Iran ;
  • l’Iran utilise le détroit comme moyen de pression diplomatique dans les négociations sur le nucléaire ;
  • la Russie profite du regain d’intérêt asiatique pour son pétrole.

Un accélérateur de la transition énergétique

Cette crise montre surtout la fragilité de la dépendance mondiale aux hydrocarbures. Elle pourrait accélérer plusieurs évolutions :

  • le développement des énergies renouvelables ;
  • les investissements dans le nucléaire ;
  • la réduction de la dépendance européenne au GNL du Moyen-Orient ;
  • l’électrification des transports et des flottes industrielles.

Conclusion

La crise du détroit d’Ormuz en 2026 montre à quel point ce passage maritime est essentiel pour l’économie mondiale. La fermeture partielle du détroit a provoqué une hausse spectaculaire des prix du pétrole, des tensions économiques importantes et un bouleversement diplomatique majeur.

Au-delà de la crise immédiate, cette situation rappelle surtout que la dépendance mondiale aux hydrocarbures reste une source de vulnérabilité stratégique. Si les tensions se prolongent, les économies mondiales pourraient durablement faire face à des prix très élevés du pétrole, poussant les États à accélérer leur transition énergétique et leur recherche d’indépendance.

Sources : Trading Economics, IFPEN, RTS, Franceinfo, INSEE, Grand Continent, AIE, Vie-Publique.fr, Optima Énergie, Wikipedia (Crise du détroit d’Ormuz 2026), Boursorama/Les Échos. Données arrêtées au 6 mai 2026.

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BITD : entre essor industriel et contraintes financières

By Défense

par un membre du CRSI 

Bien qu’elles demeurent fragiles sur certains aspects financiers, les entreprises de la base industrielle et technologique de défense (BITD) affichent des signes d’amélioration depuis le début du conflit en Ukraine. Les données récentes mettent en évidence une dynamique globalement plus favorable que celle observée dans des entreprises comparables hors secteur de la défense, même si certaines limites persistent.

I. Portées par le contexte géopolitique, les entreprises de la BITD sont plus dynamiques que les entreprises équivalentes 

Le contexte international favorise les investissements publics en matière de défense

Le principal facteur explicatif de cette amélioration réside dans l’évolution du contexte international. En Europe, la guerre en Ukraine a accentué la tendance, amorcée dès 2017, à l’augmentation des dépenses de défense des États. Cette dynamique ne se limite toutefois pas à l’Europe, mais concerne l’ensemble des régions du monde. Ainsi, le volume des transferts d’armements sur la période 2021-2025 a été supérieur de 9,2 % à celui observé entre 2016 et 2020.

En France, les crédits alloués à la défense atteignent 57,1 milliards d’euros en 2026, soit une hausse de 13 % par rapport à 2025, représentant environ 2,3 % du PIB. Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large : 36 pays européens se sont engagés (à l’exception de l’Espagne) à porter leurs dépenses militaires à 3,5 % du PIB à l’horizon 2035.

Ce contexte crée un environnement particulièrement favorable aux entreprises de la BITD. La hausse des commandes publiques se traduit par une augmentation significative de l’activité industrielle. Par exemple, la production d’équipements tels que les canons Caesar, les avions de combat Rafale ou encore les munitions a fortement accéléré afin de répondre aux besoins opérationnels et à la reconstitution des stocks.

Des investissements propices au dynamisme de la BITD

Plusieurs indicateurs économiques illustrent la bonne santé des entreprises de la BITD :

  • Le taux de marge médian est revenu à son niveau d’avant la crise du COVID-19, se situant même 1,5 point au-dessus de celui des entreprises comparables hors secteur.
  • Le taux d’utilisation des capacités de production atteint désormais 90 %, contre seulement 80 % pour les entreprises équivalentes, traduisant une forte sollicitation de l’appareil productif.
  • Les investissements médians représentent 6,5 % de la valeur des entreprises, contre 2 % dans les autres secteurs, témoignant d’un effort soutenu de modernisation et d’augmentation des capacités.
  • Les réserves de trésorerie médianes atteignent 61 jours, contre 33 jours pour les entreprises comparables, reflétant une amélioration de la liquidité à court terme.
  • Enfin, depuis 2020, la valeur ajoutée médiane des entreprises de la BITD a progressé de 48 %, contre seulement 12 % pour les entreprises équivalentes.

Ces éléments témoignent d’un regain d’activité et d’un dynamisme porté par la demande publique. Par ailleurs, les dépenses de défense soutiennent également l’effort de recherche et développement.

II. Une santé financière encore fragile, mais des facteurs d’amélioration en cours

Malgré leur croissance, une marge de manœuvre financière plus limitée

Malgré cette dynamique positive, la situation financière des entreprises de la BITD demeure, à certains égards, plus fragile que celle des entreprises comparables. Cette fragilité s’explique notamment par des contraintes structurelles propres au secteur de la défense.

En particulier, les entreprises de la BITD présentent des niveaux d’endettement légèrement plus élevés :

  • Le ratio d’endettement brut s’établit à 12 %, contre 10 % pour les entreprises équivalentes.
  • Les dettes financières médianes représentent 33 % des bénéfices, contre seulement 12 % pour les entreprises hors secteur.

Ces écarts traduisent une marge de manœuvre financière plus réduite, liée notamment à des cycles de production longs, à des besoins en capitaux importants et à une forte dépendance aux commandes publiques, souvent étalées dans le temps.

Des évolutions réglementaires et structurelles favorables

Toutefois, les causes historiques de ces fragilités tendent à évoluer. Pendant longtemps, le secteur de la défense a souffert d’un accès limité aux financements, en raison notamment de son exclusion de nombreux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). De nombreux investisseurs institutionnels refusaient ainsi de financer des activités liées à l’armement, jugées incompatibles avec leurs politiques d’investissement responsable.

Ce cadre a été partiellement remis en cause. Le 5 mars 2025, une évolution importante de la réglementation a permis de réintégrer, sous certaines conditions, les entreprises de la défense dans les grilles d’analyse ESG, facilitant ainsi leur accès au financement.

Par ailleurs, on observe une multiplication des initiatives publiques et privées visant à soutenir le financement de la BITD. En France comme à l’échelle européenne, plusieurs fonds d’investissement spécialisés ont été créés pour accompagner les entreprises du secteur, notamment les PME et ETI souvent sous-capitalisées.

Le programme européen SAFE constitue un exemple de cette évolution. Il vise à mobiliser des capitaux afin de renforcer les capacités industrielles de défense, favoriser l’innovation et soutenir la montée en puissance des chaînes de production. Ce type d’initiative contribue progressivement à réduire les contraintes financières qui pèsent historiquement sur le secteur.



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Quels résultats pour le budget de l’État en 2025 ?

By Economie

Un déficit en recul, mais des fragilités structurelles persistantes : les finances publiques françaises en 2025 sous le regard de la Cour des comptes.

Dans un contexte de normalisation progressive après les crises sanitaire et inflationniste, l’exécution budgétaire de l’État en 2025 témoigne d’une amélioration du solde public. Le déficit budgétaire recule, mais reste à un niveau élevé. La Cour des comptes souligne ainsi le caractère ambivalent de cette évolution : si les comptes s’améliorent, les fragilités structurelles persistent.

Une amélioration du solde budgétaire en 2025, réelle mais fragile

Une réduction du déficit essentiellement tirée par le dynamisme des recettes

L’exécution 2025 se caractérise par une réduction du déficit budgétaire de l’État à -124,2 Md€, soit une amélioration de plus de 30 Md€ par rapport à l’année précédente. Toutefois, ce redressement repose principalement sur une progression marquée des recettes fiscales nettes, qui augmentent de 30,7 Md€. Cette hausse s’explique à la fois par des facteurs conjoncturels et des décisions discrétionnaires : d’une part, une élasticité favorable des prélèvements à l’activité économique, notamment pour l’impôt sur le revenu et la TVA ; d’autre part, des mesures nouvelles de prélèvements obligatoires représentant environ 14,4 Md€.

La Cour insiste sur le caractère en partie exceptionnel de cette dynamique. Certaines recettes sont liées à des effets temporaires ou à des ajustements techniques, notamment des transferts entre administrations publiques. En outre, la progression des recettes ne s’accompagne pas d’une réforme structurelle du système fiscal. L’amélioration du solde repose donc davantage sur un accroissement de la pression fiscale que sur un assainissement durable des finances publiques.

Une maîtrise des dépenses en trompe-l’œil, reposant sur des ajustements ponctuels

Du côté des dépenses, l’État affiche une légère diminution globale, de l’ordre de 2,2 Md€, mais cette évolution masque une réalité plus contrastée. Les économies structurelles identifiées en loi de finances restent limitées, autour de 4,9 Md€, et peinent à infléchir la tendance haussière des dépenses publiques.

La réduction observée tient à des instruments de régulation infra-annuelle, tels que les gels et annulations de crédits, qui permettent d’ajuster l’exécution en cours d’année sans modifier en profondeur la structure de la dépense. Par ailleurs, certaines diminutions résultent de l’extinction progressive de dispositifs exceptionnels liés aux crises récentes, ce qui confère à la baisse un caractère conjoncturel.

En parallèle, plusieurs postes continuent de croître, notamment les dépenses de personnel et certaines interventions de l’État. La Cour souligne ainsi l’absence de réforme d’ampleur susceptible de contenir durablement la dépense, ce qui limite la portée de l’amélioration constatée.

Des déséquilibres structurels persistants qui fragilisent la trajectoire budgétaire

Une dynamique d’endettement toujours préoccupante dans un contexte de remontée des taux

Malgré la réduction du déficit, la dette de l’État poursuit sa progression pour atteindre 2 737 Md€ en 2025. Cette augmentation s’inscrit dans une trajectoire de long terme marquée par des déficits récurrents depuis plusieurs décennies.

Le contexte financier accentue les risques associés à cet endettement. La charge de la dette dépasse désormais 51 Md€, sous l’effet de la remontée des taux d’intérêt, ce qui en fait l’un des premiers postes de dépense de l’État. Cette évolution réduit les marges de manœuvre budgétaires et accroît la sensibilité des finances publiques aux conditions de financement sur les marchés.

Le besoin de financement de l’État demeure par ailleurs très élevé, traduisant la persistance d’un déséquilibre structurel entre recettes et dépenses. La Cour met ainsi en garde contre une dégradation potentielle de la soutenabilité de la dette en l’absence d’ajustements durables.

Une rigidification croissante des dépenses limitant les capacités d’ajustement

Le rapport met en évidence une rigidité accrue du budget de l’État : près de 80 % des dépenses sont désormais considérées comme contraintes à court terme. Cette situation résulte de la progression des dépenses obligatoires, telles que les rémunérations, les pensions ou encore les engagements pluriannuels.

Les restes à payer, qui atteignent environ 230 Md€, illustrent cette contrainte croissante. Ils correspondent à des engagements déjà pris mais non encore décaissés, réduisant d’autant la capacité d’arbitrage future. Cette dynamique est renforcée par le développement de politiques publiques reposant sur des programmations pluriannuelles, notamment en matière d’investissement.

Dans ce contexte, les marges de manœuvre budgétaires apparaissent particulièrement limitées. La Cour souligne que cette rigidification pèse déjà sur l’exercice 2026, pour lequel une hausse des dépenses est anticipée, rendant plus difficile la poursuite de l’ajustement budgétaire.

Ainsi, l’exécution budgétaire de 2025 traduit une amélioration indéniable du solde de l’État, mais celle-ci repose largement sur des facteurs conjoncturels et des mesures non pérennes. En l’absence de réformes structurelles significatives, les déséquilibres fondamentaux des finances publiques demeurent. La progression continue de la dette, le poids croissant de sa charge et la rigidité des dépenses limitent les perspectives de redressement durable. Dès lors, la consolidation budgétaire apparaît encore inachevée et appelle des ajustements plus profonds pour garantir la soutenabilité des finances publiques à moyen terme.



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L’imprescriptibilité des violences commises sur les mineurs

By Sécurité/Justice

Par un membre du CRSI

Le rapport parlementaire d’avril 2026 révèle qu’en France, les délais de prescription des crimes sexuels sur mineurs laissent chaque année des centaines de victimes sans procès, malgré trente ans accordés après la majorité pour porter plainte.

Le rapport parlementaire d’avril 2026 consacré à l’imprescriptibilité des violences sur mineurs s’inscrit dans un contexte de forte progression des signalements et d’évolution du regard social sur ces crimes. Il met en lumière un décalage croissant entre les règles juridiques de prescription et la temporalité propre aux victimes. Dès lors, la question posée est celle de la pertinence d’une imprescriptibilité face à un phénomène massif et spécifique.

Un phénomène massif révélant les limites du cadre juridique actuel

Une augmentation significative des violences et des révélations tardives

Le rapport souligne une progression nette des violences sexuelles sur mineurs. Depuis 2020, le nombre de personnes mises en cause pour viol ou agression sexuelle sur mineur a augmenté de 56 %, traduisant une meilleure détection et une libération de la parole. Cette dynamique s’accompagne d’un phénomène central : la révélation tardive des faits.

Ainsi, la part des viols sur mineurs signalés plus de deux ans après les faits est passée de 39 % en 2017 à 45 % en 2024. Plus encore, en 2024, 42 % des mineurs victimes de violences sexuelles intrafamiliales portent plainte pour des faits datant de plus de cinq ans, et 11 % pour des faits vieux de plus de vingt ans. Ces données illustrent l’inadéquation entre le temps judiciaire et le temps psychique des victimes, souvent marqué par l’amnésie dissociative, la peur ou l’emprise, notamment dans les situations d’inceste.

Le rapport insiste sur le fait que ces mécanismes retardent la parole, rendant fréquemment les faits prescrits malgré leur gravité. Cette situation alimente un sentiment d’injustice chez les victimes, dont les affaires ne peuvent aboutir à un procès pénal.

Un droit déjà adapté mais devenu complexe et partiellement insuffisant

Face à ces spécificités, le législateur a progressivement aménagé la prescription. Depuis la réforme de 2018, les crimes sexuels sur mineurs sont prescrits 30 ans après la majorité, ce qui constitue un régime fortement dérogatoire. Le point de départ différé et l’allongement des délais témoignent de la prise en compte de la vulnérabilité des victimes.

Toutefois, ces adaptations n’épuisent pas les difficultés. Le rapport met en évidence une complexification croissante du droit, avec des mécanismes comme les infractions occultes ou dissimulées, ou encore l’obstacle de fait (lié notamment à l’amnésie dissociative). De plus, certaines alternatives contribuent déjà à une forme de « quasi-imprescriptibilité » : l’action civile, ou encore la pratique d’enquêtes préliminaires même pour des faits prescrits.

Cette accumulation de dérogations interroge la cohérence du système et suggère que le cadre actuel atteint ses limites face à l’ampleur du phénomène.

Une réforme débattue entre reconnaissance des victimes et contraintes juridiques

L’imprescriptibilité comme réponse à la spécificité des violences sur mineurs

Les arguments en faveur de l’imprescriptibilité reposent d’abord sur la nécessité de reconnaître la souffrance des victimes. Le rapport souligne que le procès pénal constitue un moment essentiel de validation de la parole. L’impossibilité de juger des faits prescrits est perçue comme une forme de déni de justice.

En outre, les spécificités des violences sur mineurs, notamment l’inceste et les mécanismes psycho-traumatiques, justifient une adaptation du droit. Le rapport rappelle que les auditions menées (au nombre de 22) ont mis en évidence la fréquence des révélations tardives et les obstacles structurels à la dénonciation.

Par ailleurs, les progrès techniques (analyses ADN, conservation des preuves, données numériques) atténuent en partie les difficultés probatoires traditionnellement invoquées. Le rapport souligne également que plusieurs pays européens ont déjà engagé des réformes allant vers un allongement voire une suppression des délais, montrant que cette évolution est juridiquement envisageable.

Des limites importantes et la recherche d’un équilibre

Malgré ces arguments, le rapport identifie plusieurs obstacles. Sur le plan juridique, l’imprescriptibilité est traditionnellement réservée aux crimes contre l’humanité, ce qui en fait un marqueur de gravité exceptionnelle. L’étendre aux violences sur mineurs pose donc une question de hiérarchie des infractions.

En outre, les difficultés probatoires demeurent réelles : avec le temps, les preuves matérielles disparaissent et les témoignages peuvent s’altérer, ce qui fragilise les procédures. Le rapport souligne également les suites judiciaires incertaines des plaintes, même en cas de non-prescription.

Enfin, des alternatives existent déjà, permettant de concilier partiellement les enjeux : action civile, reconnaissance sans condamnation pénale, ou amélioration de l’accompagnement des victimes pour favoriser une révélation plus précoce. Le rapport insiste sur la nécessité d’agir en amont, notamment par la prévention et la formation.

Dans ce contexte, les rapporteurs proposent une solution intermédiaire : rendre imprescriptibles tous les crimes commis sur mineurs, et non les seuls crimes sexuels, afin d’assurer une cohérence juridique. Cette réforme apparaît toutefois autant comme un signal politique fort que comme une réponse technique, dont l’efficacité dépendra des moyens alloués à la justice.