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La semaine Européenne – 14ème série

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Europol, Eurojust, Ceuta et le mécanisme de protection civile sur le devant de la scène estivale

Par Aurélien Jean, Jeunes CRSI

La Commission propose une réforme d’Europol et d’Eurojust, avec davantage de moyens

Le 24 juin, la Commission européenne a présenté un paquet législatif ambitieux visant à réformer simultanément les deux piliers de la coopération sécuritaire européenne : Europol, côté policier, et Eurojust, côté judiciaire – tous deux basés à La Haye (Pays-Bas). Le signal est aussi limpide qu’attendu, notamment face à une criminalité transnationale qui innove, se fragmente et déborde les frontières. Les architectures institutionnelles héritées des années 2000 méritent d’être revues.

La proposition concernant Europol procède pose le constat d’une « fragmentation [qui] demeure l’une des principales faiblesses de la réponse de sécurité européenne ». Pour y remédier, la Commission entend faire de l’agence un acteur renforcé agissant non seulement sur la coopération stricto sensu entre les forces de police mais aussi une entité de pointe dans le développement de solution innovantes. Pour ce faire, trois axes structurent la réforme : faire d’Europol un pôle d’information centralisé offrant une cartographie en temps réel de la criminalité transnationale ; ériger l’agence en pôle technologique d’innovation et d’analyse de données complexes (avec l’aide de l’IA) ; enfin, donner à l’agence les moyens d’être impliqué dès le démarrage des enquêtes nationales, afin de gagner en temps et en efficacité.

Concrètement, cette dernière ambition se traduit par la création de « bureaux de soutien d’Europol » au sein des EM volontaires – des structures hybrides, rattachées à la fois à l’agence et aux autorités locales, chargées d’injecter les capacités analytiques d’Europol directement dans le travail d’enquête national, et ainsi réduire les coûts/délais de coordination. Des « centres d’expertise opérationnelle » viendront par ailleurs cibler les menaces dites hybrides : cyberattaques par rançongiciel, sabotages d’infrastructures critiques ou encore instrumentalisation organisée des flux migratoires.

Le tout s’accompagnant de garanties juridiques – réévaluation triennale des données personnelles stockées, durée maximale de conservation fixée à cinq ans – et de l’interdiction explicite d’un quelconque pouvoir coercitif, les arrestations et perquisitions restant l’apanage exclusif des forces de l’ordre des EM.

Comme il était prévisible, la facture est à la hauteur des ambitions. Le prochain budget pluriannuel devant consacrer une marche de 1,053 milliard d’euros sur la période 2028-2034 afin d’investir dans du matériel, des technologies et des ressources humaines adéquates. Ceci porterait l’enveloppe totale allouée à Europol à près de 3 milliards d’euros – un chiffre jamais-vu. Les EM devraient en outre, collectivement, investir 590 millions supplémentaires pour adapter leurs systèmes informatiques. La Commission avance toutefois 42 millions d’euros d’économies attendues grâce à la suppression des doublons nationaux — argument d’efficience bienvenu mais qui ne couvrira qu’une fraction de la mise totale.

Du côté d’Eurojust, le besoin de faire évoluer les structures n’est pas moins impérieux au regard des statistiques d’activité. Depuis 2020, la charge de travail a bondi de 60%, le nombre de suspects sous enquête a été multiplié par six, et les saisies de drogues en 2025 étaient dix fois supérieures à celles enregistrées cinq ans auparavant. Plus de 14 000 procédures pénales ont été traitées avec le soutien de l’agence, aboutissant à 4 400 arrestations ou remises.

La réforme proposée opère un changement de paradigme : là où Eurojust réagissait aux sollicitations des EM, elle pourrait désormais agir de sa propre initiative — identifier des liens entre procédures parallèles, déterminer s’il est pertinent d’enclencher une coordination judiciaire, contribuer à régler les conflits de compétence.

Le mandat élargi couvrirait également des champs émergents impliquant des dossiers transfrontaliers complexes : cybercriminalité, violations des mesures restrictives de l’UE, violences fondées sur le genre. Un système d’information commun faciliterait par ailleurs le croisement des données entre Eurojust, Europol et leurs partenaires. Sur le plan organisationnel, la création d’un conseil d’administration est pensée pour alléger les membres nationaux de leurs fonctions administratives pour les recentrer sur le cœur de mission judiciaire. La coopération internationale serait également assouplie, avec la possibilité d’accueillir des points de contact de pays tiers et d’engager plus tôt le dialogue avec des autorités étrangères.

Finlande/Suède : coopération renforcée entre les polices des deux États le long des zones frontalières

Il n’est pas rare, voire même très courant, que les forces de police de deux États voisins collaborent ensemble sur des sujet d’intérêt commun, souvent frontaliers. La France entretient ainsi des coopérations structurelles avec ses voisins (Espagne, Allemagne, Italie…), tant pour ses points de passage terrestres que fluviaux – ceci, sans même compter les CCPD (centres de coopération policier et douanier) ni les officiers de police en « échange » dans des services partenaires. Pour autant, les points de contact ont leurs limites et s’arrêtent souvent aux questions frontalières. C’est pour cela que l’initiative des gouvernements suédois et finlandais est particulièrement notable.

En effet, depuis le 1er juillet 2026, Stockholm et Helsinki ont franchi un seuil inédit dans leur coopération (intégration ?) opérationnelle : des patrouilles de chaque pays peuvent désormais intervenir sur le territoire de l’autre en réponse à des urgences affectant la vie, la santé ou l’intégrité physique des personnes. Le dispositif repose sur un accord bilatéral signé en 2021 entre les deux gouvernements, dont la mise en œuvre a nécessité l’adoption de législations nationales spécifiques dans chaque pays en 2025. Son champ d’application géographique est ciblé et toutes les municipalités couvertes se situent dans une région nordique frontalière, faiblement peuplée, où l’unité de police la plus proche peut parfois se trouver de l’autre côté de la frontière.

Concrètement, l’accord prévoit deux niveaux d’intervention. Le premier, classique, repose sur une demande formelle d’assistance entre autorités : un pays sollicite l’autre pour une urgence dépassant ses capacités de réponse immédiate. Le second est plus novateur : dans des circonstances exceptionnelles, une patrouille peut franchir la frontière de sa propre initiative, sans attendre de demande, pour prévenir une menace imminente. Des garde-fous encadrent toutefois cette prérogative : les officiers participants ont été sélectionnés sur la base du volontariat, formés spécifiquement dans leurs pays respectifs et à travers des exercices conjoints impliquant le Conseil national de la police, le Collège universitaire de police, les départements de police de Laponie et d’Oulu pour le côté finlandais, et le district policier du Norrbotten côté suédois. Ainsi, et malgré les cinq années écoulées depuis la signature de l’accord, le dispositif est particulièrement intéressant d’un point de vue européen, notamment à l’heure du renforcement d’Europol et de l’accent mis, plus que jamais, sur la coopération et l’échange d’informations.

Du côté de Luxembourg et de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE)…

Compatibilité au droit européen d’une loi d’amnistie votée par un EM

Par un arrêt du 16 juillet 2026 dans les affaires jointes C-523/24 (Sociedad Civil Catalana) et C-666/24 (Associació Catalana de Víctimes d’Organitzacions Terroristes), la Grande chambre de la Cour de justice a eu à se prononcer sur un renvoi préjudiciel effectué par la Cour des comptes et la Cour centrale espagnoles au sujet de la compatibilité avec le droit de l’Union de la loi d’amnistie adoptée par l’Espagne en 2024. Pour rappel, cette dernière visait à clore la saga de « l’indépendance catalane » et du référendum (illégal) d’autodétermination de 2017. La mesure ambitionnait donc de normaliser les relations institutionnelles, politiques et sociales en abandonnant les poursuites entamées à l’époque (et qui avaient valu au leader catalan Puigdemont un exil en Belgique). Si la Cour constitutionnelle espagnole a déclaré la loi conforme à la constitution nationale, deux autres juridictions ont émis des doutes sur le respect du droit européen. Les deux arrêts avaient, au préalable, fait l’objet de conclusions par les avocats généraux (relayées dans les brèves du CRSI).

Concernant l’aspect financier, la CJUE estime que l’extinction de la responsabilité des dirigeants catalans n’est pas de nature à porter atteinte aux intérêts financiers de l’UE. En effet, une incidence sur le budget de l’Union ne peut pas résulter d’un préjudice porté au seul budget national, au motif que la contribution de l’État membre concerné au budget européen pourrait s’en trouver affectée. De plus, interrogée sur la compatibilité de la loi d’amnistie avec la nécessaire garantie d’une protection juridictionnelle effective dans les domaines couverts par le droit de l’UE, les juges estiment que les matières considérées relèvent avant tout des compétences nationales. Le droit européen n’en serait donc affecté que si les problèmes ont une ampleur telle qu’ils confèrent au systématique et peuvent compromettre le système judiciaire dans son ensemble – ce qui n’est ici pas le cas. Enfin, concernant le potentiel conflit entre l’amnistie et la procédure préjudicielle, les juges de Luxembourg relève que cela pourrait être le cas si l’extinction de la responsabilité intervenait même en présence d’une demande de décision préjudicielle introduite – ce qui n’est, ici encore, pas le cas.

Sur l’autre affaire, relative aux questions soulevées par la Cour centrale, la CJUE relève que la directive sur la lutte contre le terrorisme ne prévoit aucune disposition spécifique relative aux mécanismes d’amnistie – rendant donc la loi espagnole compatible avec les obligations du pays en la matière. En effet, en adéquation avec ses objectifs de « pacification », cette loi se limite à prévoir a posteriori l’absence de poursuites pour des infractions commises dans le seul contexte particulier du mouvement en faveur de l’indépendance de la Catalogne, tout en excluant de l’amnistie les actes ayant intentionnellement causé de graves violations des droits de l’homme. De la même manière, le fait que les actes relevant de l’exclusion de l’amnistie aient été définis de manière abstraite n’est pas un élément suffisant à même de caractériser une violation du principe de sécurité juridique. Les juges évacuent enfin les doutes sur le respect des principes d’égalité de traitement et de non-discrimination en estimant que la situation catalane est unique en son genre et ne pourrait s’appliquer à aucun autre contexte. La loi ne porte pas non plus atteinte au principe de primauté ni au principe de coopération loyale.

Décision de retour et informations classifiées

Par un arrêt du 16 juillet 2026 (C-26/25 Bukla), la Cour a eu à connaître du cas d’un ressortissant de pays tiers établi légalement en Hongrie avec sa famille (ayant, elle, la nationalité). Or, le renseignement hongroise a estimé, sur la base d’informations confidentielles, que la présence de l’individu portait atteinte à la sécurité nationale – engendrant le rejet de toutes les démarches visant à prolonger son séjour et, du même coup, la délivrance d’une décision de retour. Or, constatant que lesdites informations n’ont été communiquées ni à l’intéressé ni même aux autorités chargées de la police des étrangers, le juge hongrois a décidé de saisir la CJUE afin de savoir si une telle procédure est compatible avec le droit européen.
Dans sa réponse, la Cour de Luxembourg estime que les autorités nationales doivent s’assurer que la décision de retour visant un individu de nationalité tierce à l’UE n’aura pas pour effet… de contraindre ce dernier à quitter le territoire de l’UE – s’il dispose de liens familiaux avérés avec un citoyen de l’Union. Cela vaut aussi en cas de relation de dépendance (ex : enfant de nationalité européenne). Ainsi, adopter une décision de retour comme celle en l’espèce, sur la seule base d’un avis contraignant et non motivé – puisque émanant d’un service de renseignement – et donc sans pouvoir examiner les circonstances particulières au cas en question, n’est pas une pratique conforme au droit européen. Circonstance aggravante, est considéré également comme contraire au droit de l’UE le fait de ne pas communiquer les motifs sous-tendant une telle décision, notamment aux fins de procédures contentieuses administratives. Cela méconnaît en effet le droit à un recours effectif, le principe général de bonne administration et le principe d’effectivité.

Réfugiés ukrainiens et touristes russes : les européens débattent de qui laisser entrer

En l’espace de six semaines, la politique migratoire et des visas européenne a fait l’objet de deux conseils JAI (Justice et affaires intérieures) distincts – à Luxembourg début juin, à Dublin le 16 juillet 2026.

Le premier dossier concerne les 4,33 millions d’Ukrainiens bénéficiant de la protection temporaire. Un large consensus s’est dégagé au Grand-Duché pour prolonger le mécanisme jusqu’en mars 2028, mais en le restreignant : les hommes en âge de conscription (23-60 ans) qui n’ont pas légalement le droit de quitter l’Ukraine en seraient désormais exclus. Le constat qui motive cette évolution est porté notamment par la République Tchèque – qui affiche le ratio de réfugiés ukrainiens le plus élevé de l’UE (34,8 pour 1 000 habitants), l’Allemagne (28,7% des bénéficiaires) et la Pologne (22,3%) et souligne que, désormais, plus de la moitié des arrivants sont des hommes théoriquement soumis au devoir militaire.

Le second dossier, plus rude diplomatiquement, concerne les visas touristiques délivrés aux ressortissants russes – encore 477 878 en 2025, malgré la guerre. Début juin, dix EM (pays nordiques, baltes, Tchéquie, Pays-Bas, Pologne) avaient adressé une lettre commune à la Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Kaja Kallas (Renew, Estonie) et au commissaire aux affaires intérieures Magnus Brunner (PPE, Autriche) pour réclamer des mesures contraignantes. La formule du ministre suédois de la migration, dont le pays mène la charge, était sans ambages : « Il est totalement insensé que près de 500 000 Russes viennent chaque été vivre une vie de luxe en Europe, boire du vin rouge en terrasse pendant que les Ukrainiens meurent. »

À Dublin, juste avant la pause estivale et dans le cadre de la Présidence irlandaise du Conseil, la discussion s’est structurée autour de la stratégie globale sur les visas adoptée par la Commission en janvier 2026, qui vise à adapter le cadre européen aux menaces hybrides, au sabotage et à l’espionnage. M. Brunner a dit « comprendre » la demande d’interdiction des visas touristiques russes, arguant qu’« on ne peut pas dire aider l’Ukraine tout en octroyant des visas aux Russes » — et saluant au passage une baisse déjà significative, de quatre millions à quelque 500 000-600 000 délivrés depuis le début du conflit.

Le nouveau régime envisagé permettrait des suspensions, rejets ou restrictions ciblés contre les pays dont les relations avec l’UE « se sont gravement détériorées », en priorisant diplomates, combattants et élites des régimes concernés, voire en restreignant tout voyage « non essentiel ».

Des divergences subsistent néanmoins sur la procédure. Si un consensus se dessine pour permettre à la Commission ou à plusieurs EM d’initier des sanctions, certains voudraient qu’un seul État suffise à déclencher le processus. Le débat porte également sur la nature de l’acte d’exécution : décision de la Commission pour plus de rapidité, ou implication directe du Conseil pour plus de légitimité. Les EM s’accordent en revanche sur un préalable : définir des critères objectifs pour attribuer ou retirer les exemptions de visa, en plaçant les intérêts de l’UE au centre des arbitrages — et non plus la seule réciprocité diplomatique. Exemple-type de la priorisation des intérêts de l’Union, l’annonce le 10 juillet 2026 de la suspension de la délivrance de certains visas (entrée multiples, dispense de certains frais…) à l’encontre de la Guinée. Ceci en raison de la coopération jugée insuffisante de Conakry en matière de réadmission des migrants en séjour irrégulier en Europe. A noter que, pour les mêmes motifs, la Somalie avait fait l’objet d’une décision identique le 25 juin 2026.

Au chapitre migration…

Les arrivées massives de migrants à Ceuta reflètent les tensions politiques entre Etats-membres

Le ton est monté, à la fin du mois de juillet 2026, entre l’Espagne et l’Italie. La cause ? Le franchissement des barrières vers l’enclave espagnole de Ceuta par des dizaines de milliers de migrants en provenance du Maroc – entre 60 000 et 80 000 selon les estimations. Ceci, en dépit des protections physiques continues le long des quelques kilomètres de frontière et des renforts militaires immédiatement envoyés par Madrid. Les images, qui ont fait le tour des réseaux sociaux et des médias, montrent en effet une arrivée massive de migrants, sans doute facilitée par le laxisme délibéré des autorités marocaines. Un afflux qui a, pour autant, fait au moins 72 morts (chiffre réel sans doute supérieur). Il n’en n’a pas fallu plus pour que la scène politique européenne s’en trouve poussée en mode « gestion de crise », malgré le rapide retour en territoire marocain de la grande majorité des clandestins. A la manœuvre, le Danemark et l’Italie, deux pays très en pointe sur le durcissement des politiques migratoires européennes et qui avaient déjà initié une charge contre la CEDH ou vigoureusement plaidé pour la création de centres de retour (voir les notes du CRSI ici et ).

Cette joute estivale trouve son origine dans des divergences politiques plus profondes. Rome, et d’autres, reprochent au gouvernement socialiste de Pedro Sanchez la régularisation d’un demi-million de sans-papiers, annoncée en mars 2026 et vue comme un « appel d’air ». La première ministre Giorgia Meloni a aussi des points de friction sur le rapport à « l’allié » américain, à la situation au Proche-Orient ou encore au montant des dépenses de défense – l’Espagne se singularisant dans son refus d’augmenter massivement le budget de son armée. Pour être complets, mentionnons que l’UE a aussi proposé son aide, via le renforcement des moyens détachés sur place, et que Bruxelles s’intéresse de près à la lutte contre la désinformation – par exemple via les plateformes de Meta ou TikTok. En effet, les faux narratifs pourraient être à l’origine d’une partie de la ruée sur l’enclave, rependant la rumeur d’un accueil massif une fois en Espagne.

Toujours est-il que la situation à Ceuta a conduit à une réunion des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne le 4 août 2026, avec pour objectif de trouver des moyens pour éviter la répétition d’une telle scène et tenter d’afficher une certaine solidarité avec Madrid. Si la Commission européenne a bien salué la gestion de crise espagnole, une autre lettre, cette fois-ci signée par 22 gouvernements disait à peu près l’inverse et ciblait nommément la politique de Pedro Sanchez. Si les tensions ont fini par s’apaiser, cela en dit toutefois long sur la sensibilité du sujet et sur les divergences idéologiques qui occurrent entre les EM (certains États comme la France, le Portugal ou le Luxembourg n’ayant pas rejoint les autres EM dans la critique de l’Espagne). De manière plus caricaturale, des responsables politiques ont même appelé à « exclure » le pays de l’espace Schengen, notamment le ministre italien des affaires étrangères.

A noter que ce n’est bien sûr pas la première fois que de tels franchissements massifs sont observés – Rabat se servant de l’instrumentalisation des migrants comme d’une arme diplomatique ; afin d’éviter un rapprochement entre l’Espagne et l’Algérie ou simplement manifester une saute d’humeur. Du côté italien, une telle posture permet de donner des gages à la base conservatrice soutenant le gouvernement ; alors que les élections de 2027 approchent et que ce même gouvernement… a régularisé 500 000 migrants.

La Commission engage des discussions exploratoires avec des représentants du régime Taliban

D’après des informations du média spécialisé Euractiv confirmées ensuite par la Commission, cette dernière a pour projet d’entamer des discussions avec des représentants du régime Taliban afghan orientées sur les questions migratoires. Une réunion a eu lieu en juin 2026 et a porté prioritairement sur les retours (expulsions) de ressortissants afghans illégalement présents en Europe ; un sujet mis sur la table en raison de l’évolution de la situation dans le pays et de plusieurs faits délictuels et criminels commis par des Afghans en Europe sur les derniers mois.

Une telle mesure est aussi en phase avec le programme politique porté par plusieurs gouvernements nationaux, qui insistent pour aller plus loin dans l’expulsion des demandeurs d’asile reboutés, alors qu’actuellement seuls 20% des ordres de retour sont effectivement effectifs. Il faut donc lire ce changement de ton de la part de l’UE à l’aune de l’entrée en vigueur du Pacte asile et Migration ainsi que des récents textes migratoires adoptés par les colégislateurs. Ceci, alors que le sujet a été au cœur des élections européennes de 2024 qui ont accouché sur un net virage à droite de l’opinion publique continentale (et du Parlement européen en conséquence).

Devant les eurodéputés réunis à huis clos en commission LIBE le 14 juillet 2026, Magnus Brunner a indiqué que les mesures de réadmissions discutées avec les autorités talibanes concerneraient moins d’une centaine d’individus, ayant tous commis des crimes graves dans l’UE et ayant purgé leur peine. Selon lui, les Talibans auraient garanti l’absence de doubles peines une fois leur retour effectif. Si les partis de gauche et de nombreuses associations s’offusquent de ces contacts exploratoires, la Commission rappelle d’elle-même l’absence totale de levier juridique pouvant empêcher les EM de traiter en bilatéral avec les maîtres du pays depuis déjà cinq ans. Certaines, dont l’Allemagne et l’Autriche, ayant déjà franchi le Rubicon (voir les brèves du CRSI à ce sujet).

Berlin a d’ailleurs, pour la première fois le 28 juillet 2026, procédé à l’expulsion d’un migrant clandestin afghan sans casier judiciaire, contrairement aux trente autres personnes présentes sur le même vol. Le gouvernement fédéral, par la voix du Ministre de l’intérieur (Alexander Dobrindt – CSU), a confirmé que la politique de renvoi s’étend désormais non seulement aux clandestins délinquants mais aussi aux hommes seuls majeurs. Ceci, en dépit de nombreuses critiques du milieu associatif et humanitaire.

A noter que ces contacts Europe-Afghanistan ont été facilités par la Suède, un EM actif sur ce dossier et qui pousse depuis déjà plusieurs mois pour une inflexion de la position européenne en matière migratoire vis-à-vis des demandeurs d’asile afghans. Toutefois, si ces discussions se tiennent, il ne s’agira au mieux que de pourparlers, et certainement pas d’un accord officiel en bonne et due forme – et encore moins d’une reconnaissance effective du régime. Enfin, il faut rappeler que ces prises de contact exploratoires n’ont porté, selon le commissaire, que sur des sujets d’ordre purement technique, en évitant soigneusement d’inviter tout représentant politique des Talibans – ceci dans l’objectif évident d’éviter d’avaliser la nouvelle direction politique du pays.

Rapport sur l’accès à la réserve de solidarité pour les EM sous tension migratoire

Le Pacte sur la migration et l’asile est entré en vigueur le 12 juin 2026. Un mois à peine après son application, la Commission a publié, le 15 juillet, son premier bilan de mise en œuvre — un exercice imposé par la mécanique même du Pacte, qui conditionne l’accès au fonds annuel de solidarité à la bonne foi des EM bénéficiaires. Quatre d’entre eux ont été identifiés comme soumis à pression migratoire : Chypre, la Grèce, l’Espagne et l’Italie. Le verdict est pour le moins à géométrie variable.

En ce qui concerne Madrid et Nicosie, la Commission ne formule aucune inquiétude particulière. Leurs dispositifs de contrôle des arrivées irrégulières, leurs capacités d’accueil et leur coopération opérationnelle avec les autres États membres sont jugés conformes. Ils peuvent légitimement activer la réserve de solidarité — autrement dit, bénéficier de la relocalisation de demandeurs d’asile ou de contributions financières des autres EM.

Du côté d’Athènes, la dynamique est en marche mais tout n’est pas encore terminé ni opérationnel. La législation nationale d’adaptation au Pacte a été adoptée le 9 juin 2026 (trois jours avant à peine !), les procédures aux frontières ont fait l’objet de tests pilotes, et l’unité « Dublin » nationale a été renforcée – passant à 69 agents, avec 116 recrutements supplémentaires en cours. En revanche, les systèmes techniques (Eurodac, DubliNet) sont réputés pleinement opérationnels. Surtout, depuis le 12 juin, la Grèce a cessé de refuser systématiquement sa responsabilité dans les transferts entrants, un changement de pratique notable après des années de contentieux. Mais la Commission se garde de toute conclusion définitive : les nouvelles règles de responsabilité sont en vigueur depuis moins d’un mois, les délais légaux ne sont pas encore échus, et aucun transfert effectif vers la Grèce n’a encore eu lieu sur cette base. Une revoyure est prévue pour le mois d’octobre 2026.

Enfin, plus préoccupante est la situation de l’Italie. Depuis décembre 2022, Rome a suspendu l’accueil des transferts dits « dublinés » – à l’exception des regroupements familiaux de mineurs non accompagnés. Sur le plan technique et administratif, les préparatifs sont réels : décret-loi adopté en juin, unité AMMR renforcée, systèmes informatiques mis à jour. Mais dans les faits, entre le 12 juin et le 7 juillet 2026, l’Italie a rejeté les 12 demandes de transfert qui lui ont été soumises par d’autres EM – alors que le règlement ne lui en donne pas le droit. Plus encore, aucun signe d’engagement actif n’est donné sur les modalités pratiques et logistiques de reprise des transferts. La Commission enjoint donc l’Italie à lever les obstacles subsistants ; faute de quoi, le mécanisme de restriction de solidarité prévu par l’AMMR pourrait être activé, privant Rome du bénéfice du fonds de solidarité. La surveillance se poursuivra ici aussi jusqu’à l’évaluation d’octobre.

Critiques croisées sur le respect des droits humains dans la gestion des migrations

Si la dynamique législative et institutionnelle en matière de migration a connu un net rehaussement depuis 2024, ceci s’accompagne (inévitablement ?) d’inquiétudes et mises en garde de la part d’associations, de groupes politiques voire d’organismes officiels. C’est à cette dernière catégorie qu’il faut rattacher le rapport annuel de l’officier aux droits fondamentaux de Frontex, publié le 15 juillet 2026. On peut notamment y lire que, dans un contexte de profonds changements induits par le déploiement opérationnel du pacte et malgré des améliorations dans la transparence des opérations, des violations des droits de l’Homme perdurent ça et là.

Les frontières bulgares et grecques concentrent l’essentiel des signalements (expulsions collectives, traitements dégradants, usage de la force par les gardes-côtes et la police aux frontières…). Sur plus de 200 incidents sérieux examinés et 47 enquêtes formelles ouvertes, sept violations ont été confirmées et 21 jugées « probables ». En matière de retours forcés, de nombreux vols charters s’effectuent sans observateur indépendant à bord – 38% des vols italiens par exemple. Les rapports font aussi état d’un recours « systématique » à la coercition et aux moyens de contention physique dès les phases de pré-départ et d’embarquement. Le mécanisme de plainte de Frontex, censé offrir un recours direct aux personnes affectées, est également la cible de critique car, sur 112 plaintes enregistrées – en hausse de 36% – une seule a été jugée admissible, les autres tombant sous le coup de la répartition des compétences entre Frontex et les administrations nationales.

Ceci intervient dans le cadre plus général d’une baisse des franchissements irréguliers, d’après les dernières données de la même agence européenne Frontex. La chute avancée est de l’ordre de 37% au premier semestre 2026 en comparaison de l’an dernier (49 000 entrées enregistrées). Si le passage de la Manche vers le Royaume-Uni affiche une nette diminution (-44%) – pouvant être imputable au renforcement des moyens déployés le long des côtes françaises – les flux en Méditerranée orientale continuent de progresser, de l’ordre de 17%. La coopération avec des Etats-tiers en Afrique semble donc porter ses fruits, à l’exception de l’Algérie, devenue un point de départ moins cadenassé que ses voisins.

C’est dans ce contexte que cinq EM – Allemagne, Autriche, Danemark, Grèce et Pays-Bas – travaillent en groupe informel à la mise en place de centres de retour extraterritoriaux, où seraient transférés les migrants déboutés avant renvoi dans leur pays d’origine. Le commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, leur a adressé une lettre de mise en garde, invoquant des « risques considérables » d’atteinte aux droits fondamentaux. Si le commissaire est dans son rôle en prenant position sur le sujets des droits humains, il importe de préciser qu’il ne relève pas de l’architecture institutionnelle de l’UE, et ne doit pas être confondu avec un membre du collège des Commissaires de la Commission (pour plus de précisions, se reporter à la note du CRSI).

Les EM concernés défendent la « pleine conformité » de leur démarche au droit international, mais assument leur discrétion tout en affirmant privilégier les pays d’Asie ou d’Afrique subsaharienne, de préférence à proximité des principaux pays d’origine. Du reste, la viabilité de ces hubs dépend en tout état de cause d’un prérequis : l’engagement des pays tiers à réadmettre leurs ressortissants.

Allemagne : Résurgence de la menace des drones et réforme du renseignement

Les drones : suite et (pas) fin

Dans la nuit du 4 au 5 août 2026, un employé de l’aéroport de Leipzig-Halle (Saxe) a découvert, dans la zone de fret, à accès restreint, un drone transportant un engin explosif d’environ 800 grammes à quelques mètres d’un avion-cargo de la compagnie ukrainienne Antonov Airlines. Ce dernier, outre sa nationalité, transportait surtout des munitions, déclenchant immédiatement une alerte et une intervention de la police fédérale (Bundespolizei). Simultanément, un avion-cargo DHL a percuté un second objet volant non-identifié peu après son décollage, contraignant l’appareil à atterrir à Hanovre, au nord du pays, avec des dégâts cependant mineurs. L’une des pistes est restée fermée plusieurs heures, et une enquête judiciaire a été ouverte alors que l’aéroport avait déjà dû subir une situation grosso modo similaire en 2024.

Au-delà des faits en eux-mêmes, c’est la question de la cible et des conséquences de ces deux évènements qui se pose. L’aéroport de Leipzig-Halle est à la fois le hub fret européen de DHL et une plateforme logistique pour l’acheminement de matériel militaire occidental vers l’Ukraine – la Bundeswehr et ses alliés de l’OTAN en utilisant régulièrement les emprises. Antonov Airlines y opère aussi en base arrière depuis l’invasion russe de février 2022. Les autorités diplomatiques ukrainiennes n’ont pas tardé à réagir et ont immédiatement pointé le doigt vers le Russie. Les autorités allemandes – locales comme fédérales – sont restées plus évasives sur la nature du commanditaire, tout en rappelant l’acuité extrême de la menace et le nécessité de réagir face à des exécutants qui n’ont rien d’amateurs. Il faut dire que ces deux incidents s’inscrivent dans une série de survols non autorisés de drones (non-identifiés encore à ce jour) et de colis incendiaires visant des installations logistiques et militaires allemandes depuis 2024. Ainsi, en fin d’année 2025, des camps militaires avaient été survolés en Allemagne, Belgique et France et des aéroports, comme Munich, fermés plusieurs heures (voir, à ce sujet, les brèves du CRSI).

De manière concomitante, le ministre fédéral de l’Intérieur a ordonné le doublement des capacités antidrones de la police fédérale : l’unité spécialisée, jusque-là dotée de 130 agents répartis sur quatre sites, passera à 300 personnels, déployés sur huit bases nationales, un doublement, afin de garantir une intervention rapide partout en Allemagne. La création de cette unité et les moyens antidrones associés étaient représentaient les grandes annonces de l’automne dernier. Des responsables politiques ont également plaidé pour une levée des restrictions actuelles empêchant la Bundeswehr d’intervenir sur le territoire national – une ligne de tension constitutionnelle dont la modification ne va pas de soi. Au-delà du seul territoire germanique, la menace des drones est prise très au sérieux ailleurs sur le continent, comme en témoigne l’initiative de la Commission européenne début 2026 (voir les brèves du CRSI).

Réformer le renseignement : une tâche aussi sensible que nécessaire

Néanmoins, l’annonce de ces mesures n’est pas la seule réponse à la menace ; puisqu’en parallèle, le Gouvernement entend réformer les services de renseignement du pays – et plus particulièrement élargir la palette de missions que ceux-ci sont autorisés à mener. L’Allemagne, pour rappel, compte deux grands services de renseignements : le Bundesnachrichtendienst (BND – renseignement extérieur) et le Bundesamt für Verfassungsschutz (BfV – renseignement intérieur). Ces derniers sont encadrés, depuis les années 1950, de manière très stricte par la loi allemande, qui leur interdit de nombreuses missions/moyens d’actions ; avec pour motif évident le sombre souvenir des services en place durant la Seconde Guerre mondiale et la période de la Stasi est-allemande. D’où leur construction comme services de pur renseignement, et non comme « services secrets » à proprement parler. Le problème majeur est que, face aux diverses menaces et à leur intensité – terrorisme, tensions avec la Russie, imprévisible attitude américaine – les services d’Outre-Rhin peuvent constituer les « maillons faibles » d’une Europe qui tourne la page de la candeur. En effet, en comparaison de leurs homologues internationaux, BND et BfV ont, certes, de très bonnes capacités d’analyse du renseignement, mais ont, du fait du carcan qui leur est imposé, les pires difficultés à en obtenir par eux-mêmes. A tel point que les alertes sur des attaques terroristes imminentes proviennent quasi-exclusivement de leurs partenaires, et particulièrement du renseignement américain.

Les autorités fédérales ont, en conséquence, acté une réforme des pouvoirs octroyés au renseignement, en élargissant significativement le nombre d’actions qu’elles pourront entreprendre afin de récolter des informations et prévenir tout acte hostile contre le pays. Le BND pourra ainsi se voir impliqué dans des opérations de manière proactive, par exemple le sabotage d’une usine de production d’armes ou une attitude plus offensive dans le cyberespace – y inclus par l’usage plus souple des technologies d’IA et de reconnaissance faciale. La surveillance et l’approbation des requêtes concernant la surveillance électronique des individus passerait d’un comité composé de membres sélectionnés par les parlementaires à un autre, composé d’anciens juges fédéraux. Quant au BfV, il aura, entre autres, davantage de latitude pour poser des capteurs dans un lieu privé et utiliser du renseignement obtenu par des capteurs privés à son profit. Dans tous les cas, les actions devront être strictement liées à la nature de la menace et ne pourront pas mettre en danger la vie ou l’intégrité physique de la cible.

Pour mettre en œuvre ces mesures, une hausse du budget est prévue, de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros sur les prochaines années, après une augmentation de 26 % en 2026 (1.5 milliard d’euros de budget). La loi doit encore être votée au Parlement (Bundestag et Bundesrat) où, bien que soutenue par la coalition au pouvoir, elle est vertement critiquée par les oppositions. Le Gouvernement espère une entrée en vigueur en 2027.

La Commission européenne et les procédures d’infraction

A intervalles réguliers, la Commission européenne rend publiques les procédures ouvertes contre les EM pour défaut de transposition des textes du droit européen dans leur droit national. Agissant sur base des traités, elle maintient ainsi son rôle historique de « Gardienne » desdits traités et sa capacité à maintenir la cohérence et l’uniformité du droit de l’Union. Les procédures d’infraction se déroulent généralement en trois temps : lettres de mises en demeure, avis motivés et, ultimement, saisie de la CJUE (voire aussi, et pour plus de détails, la note du CRSI consacrée au juge de l’UE). Ci-après, l’état des lieux des procédures d’infraction pour le mois de juillet 2026.

Au rang des lettres de mises en demeure, ont notamment été adressés :
– À la Bulgarie et à la Pologne, une invitation à transposer correctement le règlement 2019/1148 établissant des règles concernant les substances et mélanges susceptibles d’être utilisés pour fabriquer de manière détournée des explosifs artisanaux. Ce texte impose le signalement de toute transaction suspecte aux autorités et limite l’accès à ces substances pour le grand public. Pour Bruxelles, Sofia n’a pas respecté ses obligations, notamment la mise en place de points de contact et la désignation d’une autorité compétente de mise en œuvre et de suivi. Varsovie, de son côté, se voit rappelé à l’ordre en raison du non-respect de son obligation de diffusion des lignes directrices et de détermination du régime de sanctions.
– À la Lituanie, à Chypre, à la Slovénie et à la Pologne, une injonction à transposer correctement la directive 2018/1673 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux au moyen du droit pénal. Ce texte établit des infractions et des sanctions applicables en matière de blanchiment des capitaux dans le but d’harmoniser les systèmes européens, d’éviter le « benchmarking » de la part de criminels en recherche du système le plus clément et donc d’harmoniser la coopéra-tion policière et judiciaire entre les EM. La directive autorise aussi les poursuites en matière de blanchiment de capitaux même sans condamnation préalable pour l’infraction pénale qui a gé-néré l’argent et sans prouver tous les détails de cette infraction (infraction autonome de blan-chiment de capitaux), précise les circonstances prévoyant une sanction plus sévère et clarifie les compétences dans les affaires transfrontalières.

Concernant les avis motivés, la Commission a adressé :
– À la Pologne, une invitation à transposer la directive 2024/1226 érigeant la violation des mesures restrictives décidées par le Conseil de l’UE en infraction pénale. Cette directive, prise dans le contexte d’une recrudescence de mesures restrictives adoptées dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne, harmonise les définitions et sanctions, facilite les enquêtes et les poursuites et vise à empêcher le contournement desdites mesures. Comme pour tous les avis motivés, en l’absence de réponse et de réaction par les EM concernés dans les deux mois, la Commission pourrait entamer des poursuites devant la CJUE, avec à la clé de possibles sanctions financières.
– À la Slovaquie, une injonction à transposer la directive 2016/1919 relative à l’aide juridiction-nelle et à sa fourniture aux personnes suspectes et poursuivies. Ce texte vise à établir des normes minimales communes mais les deux états n’accordent actuellement cette aide qu’aux personnes poursuivies, et non à celles « uniquement » suspectées. En outre, Bratislava ne donne pas accès à l’aide juridictionnelle aux personnes arrêtées dans un autre État membre sur la base d’un mandat d’arrêt européen émis par les autorités slovaques. La lettre de mise en demeure avait été envoyée en janvier 2026.
A noter, la clôture de la procédure d’infraction enclenchée en janvier 2026 contre la Slovaquie au sujet de la protection des lanceurs d’alertes (voir les brèves du CRSI).

Dans le reste de l’actualité européenne :

PROTECTION CIVILE : Plusieurs pays européens, au premier rang desquels la France, la Belgique, le Portugal et l’Espagne, ont dû faire face à une saison 2026 catastrophique sur le plan des feux de forêt. Rien que dans l’Hexagone, des dizaines de milliers d’hectares se sont consumés en Gironde, dans le Var, les Landes, la forêt de Fontainebleau, etc. Face à cela, Paris a activé le mécanisme de protection civile (MPC) de l’UE – qui permet d’obtenir du renfort humain et matériel de la part d’autres EM (voir la note du CRSI à ce sujet). Même des capitales situées plus au Nord, Bruxelles en tête, ont dû activer le MPC face à des feux d’une ampleur parfois jamais observée dans leur histoire, comme dans les Hautes-Fagnes (province de Liège).
C’est ainsi que des renforts portugais, croates, tchèques ou slovaques ont pris la direction des zones incendiées, avec notamment des aéronefs légers et des hélicoptères. A noter que la France avait déjà activé le MPC à plusieurs reprises, particulièrement lors de précédents feux de forêt (déjà en Gironde, en 2022), des inondations dans le Pas-de-Calais ou lors du passage du cyclone Chido à Mayotte en décembre 2024.

PARQUET EUROPÉEN : A la suite du changement de gouvernement intervenu après les élections d’avril 2026 (voir les brèves du CRSI), la Hongrie affiche désormais ouvertement son souhait de renouer avec l’édifice communautaire. C’est dans ce contexte qu’il faut lire la demande adressée à la Commission, et validée par celle-ci le 10 juillet 2026, d’adhérer au Parquet européen. Budapest doit désormais proposer des candidats au poste de procureur européen en Hongrie, ainsi que pour ses délégués. Devenant le 25ème membre de l’EPPO (dont le siège est à Luxembourg), ce procureur sera compétent pour enquêter et poursuivre des infractions impliquant les fonds de l’UE dans le pays.

CONSEIL DE L’EUROPE : Réunis le 16 juin 2026 à Strasbourg dans le cadre du Comité des ministres du CoE, les 46 ministres de la justice des EM ont validé une déclaration soulignant leur volonté de renforcer la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Ce texte, non contraignant, rappelle les fondamentaux du genre : une politique pénale effective garantissant des enquêtes, des poursuites et des sanctions, un renforcement de la coopération policière et judiciaire, la confiscation des avoirs du crime (y compris numériques) ou encore le nécessaire renforcement des capacités d’enquête financière et patrimoniale, notamment à l’aide des nouvelles technologies.

ROUMANIE/HONGRIE : Le temps très sec et chaud de l’été 2026 a eu des conséquences importantes dans plusieurs pays de l’Europe centrale et orientale, notamment en raison du faible volume de précipitations. Ainsi, en Hongrie, la centrale nucléaire de Paks n’a tourné qu’à 10% de ses capacités en raison du niveau particulièrement bas du Danube, utilisé pour refroidir l’installation. Le gouvernement a donc appelé la population à réaliser des efforts d’économie d’énergie – une nécessité alors que cette seule centrale produit environ 50% de la production et un tiers de la consommation d’électricité hongroise. Une criticité qui a poussé les autorités à maintenir l’activité par tous les moyens, qui compris en coulant des barges dans le lit du fleuve.
La situation n’est pas franchement meilleure en Roumanie, où la centrale de Cernavoda (1/5 de l’énergie roumaine) a aussi vu ses capacités de refroidissement sévèrement obérées. A tel point que les autorités ont dépêché la marine pour traiter à l’explosif un amas rocheux situé dans le lit du fleuve – ceci, dans l’espoir d’améliorer l’écoulement de l’eau. Néanmoins, Budapest et Bucarest peuvent compenser par des imports énergétiques provenant de pays voisins.
D’autres pays, comme l’Allemagne ou la Serbie, sont aussi affectés par cette situation rarissime touchant le plus grand fleuve d’Europe ; impactant non seulement les capacités énergétiques mais aussi le transport et la logistique fluviale. Notons que la situation sur le Rhin est quasi-identique. Le changement climatique s’ajoute donc à la (longue) liste des problèmes et défis rencontrés par les européens en matière énergétique (voir la note du CRSI).

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Crise à Ceuta

By Institutions

La récente crise migratoire à Ceuta témoigne de la désolidarisation européenne en matière migratoire

 

Par Florestan Tétaz, chargé de mission au CRSI

 

Contexte général : les faits

Avant d’observer la fissure de la solidarité européenne, il faut s’attarder sur les faits objectifs de cette crise qui, après deux semaines de réajustements, sont relativement exhaustifs et définitifs.

Déclenchement : 30 juillet 2026 (avec un précédent pic dès le 29 juillet, jour de la Fête du Trône marocaine).

Lieu : l’enclave espagnole de Ceuta, territoire de 19-20 km² sur la côte nord-africaine, à la frontière avec le Maroc (85 000 habitants). Des passages secondaires ont également été enregistrés à Melilla, autre enclave espagnole, où le poste-frontière de Beni Ensar a été temporairement fermé.

Ampleur : près de 80 000 personnes sont entrées illégalement à Ceuta en l’espace de quelques jours, principalement les 30 et 31 juillet 2026.

Il s’agit du plus important épisode migratoire à la frontière hispano-marocaine depuis la crise de mai 2021 (qui avait concerné environ 8 000 à 10 000 personnes).

Profil des migrants : en très grande majorité des jeunes hommes et adolescents marocains.

Modes d’entrée : franchissement à la nage le long des digues des plages d’El Tarajal et de Benzú, ou à pied le long du rivage.

Bilan humain : au moins 80 personnes sont mortes, selon le bilan communiqué par le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, le samedi 1er août 2026 (un premier bilan provisoire avait fait état de 34 morts, puis 41). Les décès résultent de noyades lors des tentatives de contournement à la nage de la digue frontalière, et de mouvements de foule/bousculades lors des franchissements de la barrière.

Déclencheur immédiat identifié : une rumeur virale diffusée sur les réseaux sociaux (Instagram, TikTok, Facebook) laissant croire à une ouverture de la frontière hispano-marocaine, associée à l’interprétation d’une décision de justice espagnole. Le Tribunal suprême espagnol avait en effet statué, le 8 juillet 2026, que la loi ne permettait pas les « renvois à chaud » (devoluciones en caliente) des migrants tentant d’entrer à la nage à Ceuta et Melilla — une décision largement diffusée et déformée sur les réseaux sociaux marocains comme annonçant une frontière ouverte. De plus, des voies d’entrée ont été popularisées sur les différents réseaux sociaux, notamment par la nage.

Réponse immédiate espagnole : déploiement de l’armée de terre, de la Garde civile, du Corps national de police et de sauveteurs en mer ; envoi de renforts (plongeurs, bateaux, drones) ; installation d’une barrière pneumatique de 500 mètres en mer pour empêcher les traversées à la nage.

Qualification politique espagnole : le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a qualifié l’afflux d’« attaque » et de « violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne », attribuant la crise à une exploitation malhonnête de la décision judiciaire par des réseaux de passeurs (« mafias »).

 

Historique des relations Espagne-Maroc et précédent de 2021

La crise de mai 2021

Entre le 17 et le 19 mai 2021, environ 9 000 à 10 000 personnes (dont au moins 1 200 mineurs non accompagnés selon le Parlement européen) sont entrées à Ceuta après que la police marocaine a temporairement relâché ses contrôles frontaliers, ouvert les portes de la clôture frontalière et n’a pas agi pour empêcher les entrées illégales.

Cette crise est survenue peu après l’accueil médical en Espagne du chef du Front Polisario, Brahim Ghali, mouvement indépendantiste du Sahara-Occidental, ancienne colonie espagnole que le Maroc revendique et occupe. La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, avait alors accusé le Maroc de « chantage » et d’« agression ».

Elle déclencha des conséquences diplomatiques durables : en 2022, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a adressé une lettre officielle au roi Mohammed VI qualifiant le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental (présenté en 2007) de « base la plus sérieuse, crédible et réaliste » pour résoudre le conflit – un changement net par rapport à la neutralité historique de Madrid sur ce dossier, et un rapprochement stratégique avec Rabat qui a par ailleurs dégradé les relations avec l’Algérie.

Le cadre de coopération bilatérale

Le Maroc est un partenaire stratégique de l’UE dans le contrôle des frontières méridionales de l’Europe, recevant financements et appui technique de Madrid et de Bruxelles pour ses dispositifs de contrôle. Le 15ᵉ Conseil d’association UE-Maroc s’est tenu le 30 janvier 2026, coprésidé par la Haute représentante de l’UE Kaja Kallas et le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita, réaffirmant un partenariat qualifié de « stratégique, ancien, riche, multidimensionnel et privilégié », et saluant l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU de la résolution 2797 (2025) sur le Sahara occidental.

 

Conséquences politiques et géopolitiques en Europe

Position de l’Espagne et de l’Union européenne

  • Madrid a défendu la nécessité d’une réponse européenne commune, rappelant que Ceuta et Melilla constituent des frontières extérieures de l’UE, impliquant une responsabilité partagée.
  • 22 gouvernements européens ont demandé la tenue d’une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur, tenue le 4 août 2026.
  • La Commission européenne, par la voix d’Ursula von der Leyen, a plaidé pour un renforcement des frontières aux points sensibles (surveillance accrue, barrières physiques) plutôt que pour une exclusion de l’Espagne.
  • L’Allemagne et la Belgique ont explicitement rejeté la logique d’exclusion de l’Espagne de Schengen, préférant s’appuyer sur le règlement européen de retour.

Pays ayant appelé à suspendre l’Espagne de l’espace Schengen 

  • Italie – la Présidente du Conseil Giorgia Meloni, appuyée par le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani et le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini
  • Danemark – la Première ministre Mette Frederiksen
  • Finlande – la ministre de l’Intérieur Mari Rantanen
  • Tchéquie – le Premier ministre Andrej Babiš

Pays ayant effectivement mis en œuvre des contrôles renforcés (mesure unilatérale appliquée, distincte d’une exclusion de Schengen)

  • Italie : instauration de contrôles ciblés, pour une durée d’un mois, sur les ressortissants non-UE arrivant d’Espagne par voie aérienne ou maritime – présentée par Giorgia Meloni comme une mesure extraordinaire de protection de la sécurité nationale. Celle-ci ne concerne pas les ressortissants espagnols mais seulement les ressortissants de pays tiers arrivants d’Espagne.
  • France : renforcement des contrôles à ses frontières, annoncé par le gouvernement français à la suite de la crise.

Précision juridique importante : aucun texte de l’accord Schengen ne prévoit de mécanisme permettant d’exclure formellement un État membre de l’espace Schengen. Seul le rétablissement de contrôles temporaires aux frontières intérieures par un État membre, de façon unilatérale et pour une durée de 6 mois reconductibles, est prévu par les textes – ce qui correspond à la mesure prise par l’Italie.

Pays ayant explicitement rejeté l’option d’exclusion

  • Allemagne
  • Belgique
  • Slovaquie

Le bras de fer préalable à la réunion interministérielle entre l’Italie, le Danemark et l’Espagne

La crise de Ceuta a d’abord donné lieu à une confrontation diplomatique ouverte entre Rome, Copenhague et Madrid, avant même la tenue de la réunion du 4 août.

Dès le 30 juillet, la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a évoqué la possibilité de prendre des « mesures exceptionnelles » contre l’Espagne, allant jusqu’à suspendre l’accord de Schengen entre les deux pays, dénonçant les « images impressionnantes » en provenance de Ceuta et affirmant que « l’Italie ne restera pas les bras croisés ». Son ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani est allé dans le même sens, se déclarant « favorable à la fermeture de l’espace Schengen avec l’Espagne », estimant que la politique migratoire de Madrid « encourage le trafic d’êtres humains ».

Cette sortie a immédiatement provoqué une riposte espagnole : le chef de la diplomatie espagnole José Manuel Albares a répliqué que ces propos étaient indignes d’un pays partenaire et ami, dont l’Espagne attend de la solidarité et non de la démagogie partisane, et a convoqué l’ambassadeur d’Italie dès le lendemain.

Le Danemark s’est associé à cette ligne dure. Le ministre danois de la Migration, Morten Bødskov, a réclamé un « contrôle effectif » des frontières et s’est montré favorable à l’étude d’une suspension de l’Espagne de l’espace Schengen, rappelant qu’il ne fallait pas « répéter la situation chaotique » de 2015, l’immigration incontrôlée constituant selon lui « une menace pour l’Europe ». Selon la presse spécialisée sur les affaires européennes, la Première ministre danoise avait par ailleurs déjà évoqué le sujet avec Giorgia Meloni, les deux dirigeantes cherchant à réunir les chefs d’État et de gouvernement de l’UE pour évaluer la crise.

C’est dans ce contexte que Rome et Copenhague ont pris l’initiative de la lettre signée par 22 chefs d’État et de gouvernement réclamant la réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur. Une analyse du Grand Continent souligne que des positions divergentes existaient même au sein de ce groupe de 22 : l’Italie, le Danemark, la Finlande, l’Autriche, la République tchèque et la Suède ont continué de brandir la suspension de Schengen comme un instrument légitime, tandis qu’un second bloc, incluant l’Allemagne et la Belgique, refusait explicitement cette logique d’exclusion.

En retour, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a dénoncé dans une lettre à Ursula von der Leyen une réponse « plutôt asymétrique » de ses partenaires européens, estimant que certains pays « ont choisi d’attaquer l’Espagne et d’appeler à son exclusion temporaire de l’espace Schengen ».

À l’issue de la réunion du 4 août, cette confrontation s’est en partie apaisée : selon un média spécialisé, le ministre danois Morten Bødskov a lui-même salué le bilan revu à la hausse présenté par l’Espagne (72 000 entrées, 70 000 retours vers le Maroc), se disant satisfait du déploiement rapide de la police et de l’armée espagnoles.

La confrontation entre l’Italie et l’Espagne ne s’est pas apaisée, avec des mesures de contrôle prises de part et d’autre toujours en place.

 

Stratégie marocaine

Position officielle du Maroc

Les autorités marocaines et espagnoles ont conjointement attribué la crise aux réseaux de passeurs et de trafic illicite, évoquant l’action de groupes criminels organisés ayant incité aux traversées massives. Les autorités marocaines n’ont pas produit de communication publique détaillée dans les jours suivant le déclenchement de la crise.

Éléments de contexte

L’hypothèse de la pression marocaine n’est qu’une supposition.

  • Le mécanisme observé en 2026 rappelle celui de mai 2021 : la coopération marocaine en matière de contrôle frontalier peut être resserrée ou relâchée selon le contexte diplomatique bilatéral, cette relation constituant un levier reconnu dans les rapports entre Rabat et Madrid.
  • La crise de 2026 est survenue peu après une visite officielle du président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez en Algérie, son premier déplacement dans ce pays en quatre ans, alors même que l’Espagne avait précédemment infléchi sa position en faveur de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
  • Le dossier du Sahara occidental demeure un point de friction structurel entre le Maroc et l’Espagne : le soutien espagnol au plan d’autonomie marocain (2022) n’a pas empêché de nouvelles tensions bilatérales.

Nouvel épisode migratoire à Ceuta à la mi-août 2026

Des appels à traverser la frontière ont circulé sur les réseaux sociaux mi-août, prétendant que le poste-frontière serait ouvert le 15 août, jour férié en Espagne. Ces messages, relayés par de faux comptes, s’inscrivaient dans une campagne de désinformation similaire à celle observée fin juillet. Le Maroc a annoncé des mesures de sécurité renforcées et des poursuites judiciaires contre les auteurs de ces rumeurs, tandis que la Guardia civil espagnole a multiplié les démentis, rappelant que la frontière resterait fermée. Dans la nuit du 15 août, un pic de tentatives a néanmoins été enregistré, avec environ 300 personnes se jetant ensemble à la mer, la plupart interceptées par les forces marocaines et espagnoles.

 

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Le chômage retrouve son plus haut niveau depuis la crise sanitaire

By Economie

Une nouvelle étude de l’INSEE dresse un portrait à charge de la situation de l’emploi en France au deuxième trimestre 2026

Par Florestan Tétaz, chargé de mission au CRSI

Avec 2,7 millions de personnes concernées, soit 261 000 chômeurs de plus qu’il y a un an, le taux de chômage grimpe à 8,3 % de la population active au deuxième trimestre 2026, selon le dernier rapport de l’Insee publié le 7 août. Une progression de 0,2 point sur trois mois, la sixième hausse trimestrielle consécutive. Il faut remonter au troisième trimestre 2020, alors en pleine crise sanitaire, pour retrouver un niveau comparable ; et avant cela, à l’automne 2019. Le taux demeure toutefois encore nettement inférieur à son pic de 2015 (-2,2 points).

Aucune génération n’échappe à cette remontée. Les plus jeunes restent les plus exposés, avec un taux de 21,6 % chez les 15-24 ans, en hausse de 0,4 point sur le trimestre. Mais la dégradation gagne aussi les actifs en milieu de carrière : les 25-49 ans atteignent 7,5 %, leur plus haut niveau depuis début 2021, tandis que les 50 ans ou plus grimpent à 5,5 %, un sommet inédit depuis début 2022. Entre les sexes, l’écart se resserre légèrement sur le trimestre : le chômage des femmes progresse de 0,4 point, à 8,2 %, quand celui des hommes reste stable, à 8,5 % ; même si, sur un an, la hausse demeure comparable pour les deux sexes (+0,8 point).

évolution chômage INSEE

Autre indicateur en tension : le chômage de longue durée poursuit sa lente remontée, à 2,1 % de la population active, son plus haut niveau depuis 2022. Symétriquement, le taux d’emploi des 15-64 ans recule de 0,3 point, à 69 %, un repli qui concerne presque toutes les générations, à l’exception notable des 60-64 ans, dont le taux continue de progresser. Le halo autour du chômage, ces 1,9 million de personnes qui souhaitent travailler sans être comptabilisées comme chômeurs, reste globalement stable.

L’Insee souligne un effet statistique propre à la loi pour le plein emploi, entrée en vigueur en 2025 : les bénéficiaires du RSA et les jeunes inscrits à France Travail, désormais suivis de plus près, contribuent à eux seuls à près de la moitié de la hausse cumulée du taux de chômage observée depuis six trimestres. Un rappel que la photographie du marché du travail dépend aussi de la manière dont on le mesure.

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Drone avec appareil photo improvisé

Survol de drones russes en Europe : une problématique aux solutions encore floues

By Défense

Dans un rapport, l’International Institute for Strategic Studies dresse un portrait des récentes incursions de véhicules aériens non-habités (UAV) dans le ciel européen

Par Florestan Tétaz, chargé de mission au CRSI

 

Source : International Institute for Strategic Studies (IISS) – Russia’s UAV Campaign

Over Europe

 

Contexte général

Entre août 2024 et février 2026, des drones (UAV – Uninhabited Aerial Vehicles) ont été observés dans l’espace aérien d’une douzaine d’États membres de l’OTAN ainsi qu’en Irlande. Ces incursions ont provoqué les fermetures répétées de grands hubs aériens civils (Bruxelles, Copenhague, Munich, Oslo, Vilnius), perturbé des opérations militaires et pénétré le périmètre de sites de défense parmi les plus sensibles d’Europe – notamment des sites hébergeant des bombes nucléaires américaines B61-12 dans le cadre du partage nucléaire de l’OTAN, et la base sous-marine française de l’Île Longue (dissuasion nucléaire).

Le rapport évalue qu’il est hautement probable que le Kremlin ait mené une campagne de drones contre l’Europe, et probable que des navires liés à la Russie – notamment la « flotte fantôme » (shadow fleet) – aient servi de plateformes de lancement/récupération de drones, dans le cadre plus large de la guerre non conventionnelle menée par Moscou contre l’Europe.

Point méthodologique clé et prudence du constat

Le rapport ne prétend pas que chaque signalement soit d’origine russe, ni même qu’il s’agisse à chaque fois réellement d’un drone. L’argument central est que le schéma agrégé des signalements ne peut pas s’expliquer uniquement par des erreurs d’identification, l’activité amateur ou du harcèlement opportuniste.

Quatre sources de données triangulées :

  • Données de suivi maritime AIS (Automatic Identification System)
  • Base de données ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project)
  • Presse et sources ouvertes
  • Entretiens semi-structurés avec des responsables de défense et de renseignement européens (off-record)

Une attribution des actes indéterminée :

  1. Le matériel est-il d’origine russe ou conforme à un modèle de fabrication russe connu ?
  2. Qui a lancé la plateforme, d’où, sous quelle direction tactique ?
  3. S’agit-il d’une campagne centralisée du Kremlin, ou de l’agrégation d’actions disjointes de plusieurs services (FSB, GRU, SVR) et de proxies criminels recrutés via Telegram ou autre ?

Les objectifs stratégiques identifiés 

Le rapport identifie quatre finalités, non exclusives, à la campagne :

Objectif Description
Reconnaissance par le combat (razvedka boyem) Doctrine soviéto-russe consistant à provoquer une réaction adverse pour révéler ses capacités. Les réponses de défense aérienne alliées (activation radar, décollage de chasseurs) génèrent elles-mêmes du renseignement pour Moscou.
Cartographie des infrastructures critiques Sites nucléaires et à double usage (B61-12), nœuds logistiques soutenant l’Ukraine (entraînement sur Patriot, chars Abrams), sites de production d’armement (Rheinmetall, en Allemagne).
Attrition économique et guerre psychologique Coût des fermetures d’aéroports, campagnes de désinformation (réseau Doppelganger) niant l’implication russe ou l’attribuant à l’Ukraine, érosion de la confiance publique.
Normalisation des violations de l’espace aérien Effet cumulatif : abaisser progressivement le seuil de ce qui est perçu comme nécessitant une réponse, créant un environnement permissif pour des actions plus graves à l’avenir.

Ampleur du phénomène 

144 incidents recensés dans la base de données IISS (activités amateurs et « spillover » de la guerre ukrainienne exclus) sur la période étudiée.

Une répartition par type de site intéressée : 48 % installations militaires, 18 % aéroports civils, 26 % infrastructures critiques (ports, énergie, industrie)avec un pic net entre septembre et décembre 2025 : la moyenne mensuelle passe de 4 incidents (août 2024–août 2025) à 22,5 par mois.

Classement par pays (nombre de signalements) : Allemagne (58), Belgique (25), Danemark (16), Pays-Bas (9), France (8), Royaume-Uni (7), Norvège (7), Finlande (4), Suède (4), Irlande (2), Espagne (2), République tchèque (1), Pologne (1)

Caractéristiques techniques probables 

  • Vols nocturnes, forte autonomie, tailles incompatibles avec un usage civil courant
  • Modèles russes plausibles : Orlan-10 (portée ~500 km, autonomie jusqu’à 12h, moteur thermique), Merlin-VR (lancement par catapulte, récupération par parachute), Legioner E29 (VTOL, Kalachnikov)
  • Hypothèse alternative : usage de plateformes commerciales modifiées (FPV longue portée, communications cellulaires plutôt que RF) pour préserver le déni plausible

Le vecteur maritime

Le mécanisme AIS

Le système AIS, censé assurer la transparence du trafic maritime, est manipulable de trois façons :

  1. « Going dark » : extinction pure et simple du transpondeur
  2. Spoofing GNSS : diffusion de fausses coordonnées
  3. Usurpation d’identité : navires « fantômes » empruntant l’identité de navires légitimes

La technique la plus pertinente pour le lancement de drones est le « dark sailing » : approche discrète des côtes, coupure de l’AIS le temps du lancement/récupération, reprise de la transmission ensuite.

La flotte fantôme russe en quelques données

  • Environ 1 300 pétroliers
  • Représente 70 % des exportations pétrolières russes par voie maritime en février 2026 (KSE Institute)
  • Structures d’immatriculation opaques (Îles Marshall, Panama, Sierra Leone ; gestion via Émirats arabes unis ou Turquie)

La réponse européenne

Constat central

Le dispositif européen de contre-drones n’est pas à la hauteur de la menace : détection inégale, autorités légales fragmentées, réponses souvent disproportionnées, attribution trop lente pour permettre une dissuasion en temps utile.

Divergences politiques entre États

  • Pologne : posture offensive (Donald Tusk annonce l’abattage systématique des objets violant l’espace aérien polonais)
  • OTAN (Secrétaire général Mark Rutte) : position officielle de retenue, présentée comme une « réponse proportionnée » – en contradiction directe avec la position polonaise
  • Roumanie : nouveau cadre légal (Loi 73/2025) autorisant explicitement la destruction de drones hostiles ; non appliqué lors d’un incident en septembre 2025 par crainte de dommages collatéraux civils
  • Allemagne : évolution législative autorisant la police à abattre des drones ; création d’un centre national de défense anti-drones (Drohnenabwehrzentrum)
  • Le président du Comité militaire de l’OTAN, l’amiral Giuseppe Cavo Dragone, a évoqué une posture plus proactive, y compris des actions préventives contre les « infrastructures hybrides » russes – provoquant une condamnation de Moscou et une prise de distance de l’Italie

Initiatives collectives

  • Opération Eastern Sentry (lancée le 12 septembre 2025), pilotée par l’OTAN : renforcement de la défense aérienne intégrée de la Baltique à la mer Noire, décrite comme un « bouclier improvisé » plutôt qu’une stratégie cohérente (pas de budget dédié, ni de mandat légal séparé)
  • Opération Baltic Sentry (janvier 2025), pilotée par l’OTAN elle aussi : dissuasion du sabotage maritime et de la flotte fantôme
  • European Drone Defence Initiative (EDDI), ex-« mur de drones » proposé par Ursula von der Leyen : réseau continental de capteurs, brouillage et interception. Capacité opérationnelle initiale visée fin 2026, pleinement fonctionnelle fin 2027. Contestée en interne (Macron : trop complexe ; Pistorius : rejette le concept de « mur »). Le Parlement européen (janvier 2026) juge le dispositif manquant d’agilité et de cohérence doctrinale.

→ Limite structurelle majeure soulignée par le rapport : même pleinement opérationnel, l’EDDI ne cible les drones qu’une fois entrés dans l’espace aérien européen – aucun mandat sur le navire lanceur, ce qui laisse intacte la dimension maritime du problème.

Conclusions

  1. Problématique centrale : l’architecture de défense aérienne européenne a été conçue pour détecter des menaces aériennes conventionnelles dans un espace de bataille reconnaissable – pas pour des incursions de type UAV.
  2. Buts des opérations : reconnaissance par le combat, attrition économique/guerre psychologique, normalisation des violations et cartographie des infrastructures critiques.
  3. Probabilité restreinte sur l’hypothèse d’une direction centralisée par le Kremlin plutôt qu’une convergence d’actions de services concurrents (FSB/GRU/SVR).
  4. La dimension maritime est identifiée comme la vulnérabilité non résolue la plus importante : tant que des navires liés à la Russie peuvent stationner en eaux internationales ou dans les zones économiques exclusives européennes en toute impunité, le mécanisme habilitant de la campagne reste intact.

Trois chantiers identifiés pour une réponse crédible

  • Clarté juridique : harmoniser des règles d’engagement aujourd’hui fragmentées entre aviation civile, application de la loi et cadre militaire
  • Rééquilibrage économique : inverser le rapport coût-échange défavorable (l’EDDI y contribuera, mais pas avant plusieurs années)
  • Responsabilité maritime : combler le vide juridique sur les navires lanceurs opérant en eaux internationales ou dans les ZEE européennes

 

La Hougue, St-Vaast-La-Hougue, Normandie

Les Français et les vacances : une affection ambiguë

By Sécurité/Justice

Les Français et les vacances : une affection ambiguë

Par Florestan Tétaz, chargé de mission au CRSI

 

 

Une étude d’Europ Assistance, reprise par l’IPSOS, interroge les Français sur leur intention de départ en vacances estivales. A l’aune de la pause augustienne, il est de bon ton de tirer les conclusions des aspirations et comportements des Français.

Une montée des critères sécuritaires

L’analyse des intentions de vacances révèle une bascule nette dans les critères de décision des voyageurs français au cours des deux dernières années.

Le risque de conflit armé s’impose désormais comme un facteur déterminant pour une majorité de voyageurs (56%), avec une progression de 13 points en un an et de 42 points en deux ans – une hausse d’une ampleur rare pour ce type d’indicateur. Ce critère s’accompagne d’une vigilance élargie : le risque terroriste (47%, +13 pts), le risque d’attaque personnelle (45%, +8 pts) et le risque de troubles sociaux (30%, +7 pts) progressent tous simultanément, dessinant un climat de préoccupation sécuritaire généralisé plutôt que ciblé sur un seul type de menace.

Fait notable, cette vigilance dépasse le seul cadre des zones de conflit ouvert. Le climat politique d’un pays de destination est désormais jugé essentiel par 39% des voyageurs (+6 points par rapport à l’année précédente, +12 points sur deux ans). Les États-Unis font à ce titre une entrée remarquée parmi les destinations considérées comme « à éviter » pour raisons politiques, se positionnant en troisième rang derrière la Russie et l’Ukraine, un signe que la lecture sécuritaire du voyage s’étend désormais à des pays habituellement perçus comme sûrs.

Cependant, la vigilence n’entrave pas le désir de départ

Le second enseignement, plus contre-intuitif, est l’absence de corrélation mécanique entre la montée de ces préoccupations et un recul des intentions de voyage.

D’une part, l’enthousiasme à l’idée de partir atteint un niveau inédit : 82% des Français se déclarent enthousiastes à l’idée de voyager, et la même proportion prévoit effectivement de partir cet été, le taux le plus élevé enregistré depuis dix ans! Cet engouement traverse toutes les générations, des plus jeunes (91% des 18-24 ans) aux seniors (83% des 65 ans et plus).

D’autre part, et c’est le point le plus significatif sur le plan analytique, les destinations identifiées comme sensibles ne voient pas leur fréquentation réelle diminuer en conséquence. Dans le cas des États-Unis pour ne citer qu’eux, aucun déclin mesurable n’est constaté dans les choix effectifs de destination, malgré la défiance politique exprimée. Le risque géopolitique semble donc s’intégrer au raisonnement des voyageurs sans se traduire par un renoncement systématique à la destination concernée.

Une vigilence plutôt qu’un frein

Les Français intègrent de plus en plus la donnée sécuritaire et géopolitique dans leur grille de lecture du monde, ce qui traduit une sensibilité accrue à l’instabilité internationale. Ils n’y sacrifient pas pour autant leurs projets estivaux, les facteurs économiques jouant un rôle plus important à cet égard.

Le voyageur français de 2026 apparaît ainsi comme un acteur qui voyage avec la conscience du risque plutôt que malgré lui.

Une prédilection pour le territoire national

Les Français se distinguent nettement de leurs voisins européens par leur attachement au tourisme domestique. Deux tiers des voyageurs ayant déjà arrêté leur destination (67%) prévoient de passer leurs vacances en France, contre seulement 44% des Européens qui optent pour un séjour dans leur propre pays, un écart de plus de vingt points qui place la France comme l’un des marchés les plus autocentrés d’Europe en matière de tourisme estival. Plus d’un tiers de ces vacanciers (36%) prévoient même de rester exclusivement dans l’Hexagone durant toute la période estivale. Cette propension s’accompagne toutefois d’une concentration géographique marquée : les destinations privilégiées demeurent, année après année, les mêmes trois régions : PACA (26%), Bretagne (22%, en forte progression de 6 points) et Occitanie (22%); auxquelles s’ajoute également une préférence dominante pour le littoral : deux tiers des Français choisissant la mer comme cadre de vacances plutôt que la montagne, la campagne ou la ville. Cette tendance s’explique en grande partie par un ancrage local fort dominant le départ à l’étranger : 44% des vacanciers qui resteront en France motivent leur choix par le fait de retourner dans un lieu déjà connu, au contraire d’une appétence bien plus marquée pour la nouveauté chez ceux qui envisagent l’étranger. Le tourisme domestique français apparaît ainsi comme un phénomène à la fois massif et national.

La RATP face aux agressions envers ses agents

La RATP face aux agressions envers ses agents

By Sécurité/Justice

Agressions à la RATP : une hausse continue, un accompagnement renforcé

Par Florestan Tétaz, membre du Cabinet du CRSI

 

Une hausse continue, année après année des aggressions : en 2025, la RATP a recensé 1 303 atteintes à l’intégrité physique et 3 129 outrages ou menaces, soit 1 835 plaintes déposées. Ces chiffres confirment une tendance de fond : en 2023 déjà, l’entreprise comptabilisait plus de 1 200 agressions au total, principalement sur les machinistes, agents de station, de contrôle et du GPSR. 

Sanctions encourues :

– Outrage : jusqu’à 6 mois de prison et 7 500 € d’amende

– Menace de crime/délit : 3 ans et 45 000 €

– Violence sans ITT : 3 ans et 45 000 €

– Violence avec ITT : 5 ans et 75 000 €

– Mutilation/infirmité permanente : 10 ans et 150 000 €

– Circonstance aggravante systématique : statut d’agent chargé d’une mission de service public

Un accompagnement qui se renforce : permanence juridique 24h/24 et 7j/7, suivi psychologique gratuit via l’IAPR (Institut d’accompagnement psychologique et de ressources) et séances d’EMDR pour les traumatismes. Ce dispositif s’étoffe d’année en année : déjà près de 1 300 agents accompagnés par l’IAPR en 2023, contre près de 800 agents ayant bénéficié spécifiquement d’un suivi EMDR depuis 2023.

Une France à la traîne sur la sécurité - CRSI

GPI 2026 : la France recule, la criminalité en cause

By Sécurité/Justice

La France, mauvais élève de la paix en Europe

Global Peace Index 2026 — Institute for Economics & Peace (IEP)

Par Sixte Paire, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

1. Positionnement

La France occupe le 99ᵉ rang mondial sur 163 pays dans le Global Peace Index 2026, avec un score de 2,083 (une légère hausse de score, donc une dégradation, de 0,010 point sur un an). Ce classement place la France en dernière position parmi les 33 pays de la région Europe occidentale et centrale, qui reste par ailleurs la région la plus pacifique du monde. La tendance de long terme est également orientée à la baisse : le rapport classe la France parmi les pays en dégradation continue depuis plusieurs années (« UP-LONG », c’est-à-dire une hausse du score sur longue période, donc une baisse de la paix).

99ᵉ / 163

Rang mondial

33ᵉ / 33

Rang régional (dernier)

2,083

Score GPI 2026

 

2. Ce qui explique la dégradation

Sécurité et criminalité

La dégradation française sur l’année écoulée (-0,5 % environ, en score composite) est portée principalement par le domaine « Sécurité et sûreté sociétale », qui s’est dégradé de 2 %, sous l’effet conjoint de la criminalité violente et de la perception de la criminalité par la population.

– Plus d’une personne sur quatre en France déclare ne pas se sentir en sécurité en marchant seule la nuit.

– Un peu moins d’une personne sur dix déclare avoir été victime d’un crime violent au cours de l’année écoulée, le taux le plus élevé de toute la région Europe occidentale et centrale.

Mouvements sociaux

Le rapport souligne les troubles civils importants de septembre 2025 : le mouvement de contestation « Bloquons tout » a rassemblé des centaines de milliers de personnes dans la rue en opposition aux mesures d’austérité du gouvernement, entraînant des affrontements avec les forces de l’ordre et plus de 300 interpellations.

Militarisation

À l’échelle régionale, l’Europe occidentale et centrale a vu son domaine « Militarisation » se dégrader de 2,5 %, dans un contexte de hausse générale des budgets de défense (les membres européens de l’OTAN ont augmenté leurs dépenses de 20 % en termes réels en 2025). Si le rapport ne détaille pas de chiffre isolé pour la France sur ce point, il classe le pays comme l’une des grandes puissances militaires « en transition », son influence relative se concentrant désormais sur la puissance militaire expéditionnaire plutôt que sur le poids économique global.

 

3. Contexte : le déclin économique relatif des grandes puissances européennes

Le rapport situe la trajectoire française dans une tendance plus large de recul du poids économique des grandes puissances européennes historiques. La part de la France dans le PIB mondial est passée de 5,2 % en 1995 à 2,9 % en 2023 (-44 %), un recul comparable à celui de l’Allemagne (-49 %), du Royaume-Uni (-27 %) et de l’Italie (-42 %). Le rapport associe cette érosion à une dette publique élevée et à un chômage persistant, et note que la France se repositionne progressivement comme acteur militaire expéditionnaire plutôt que comme pilier économique de l’ordre mondial.

Sur le plan diplomatique, le rapport mentionne le traité historique signé par la France et la Pologne en mai 2025, qui inclut des clauses de sécurité mutuelle, seulement le deuxième accord de ce type signé par la France.

 

4. Comparaison avec ses voisins européens

– Islande (1ʳᵉ mondiale) : pays le plus pacifique au monde pour la 19ᵉ année consécutive.

– Allemagne (28ᵉ mondiale, 19ᵉ régionale) : dégradation de 4,1 %, portée par une hausse de 8,3 % du domaine Sécurité, liée notamment à une hausse de 40 % des crimes à motivation politique en 2024.

– Royaume-Uni (39ᵉ mondiale, 25ᵉ régionale) : dégradation de 3 %, tirée par le domaine Conflits en cours (présence militaire extérieure significative).

– Belgique (21ᵉ mondiale, 13ᵉ régionale) : plus forte dégradation régionale (-4,8 %), portée par la Militarisation.

Dans cet ensemble, la France se distingue par le fait qu’elle reste, malgré ces dégradations chez ses voisins, le pays le moins pacifique de toute la région Europe occidentale et centrale.

 

5. Ce qu’il faut retenir

– La France est à la 99ᵉ place mondiale, dernière position de la région la plus pacifique du monde.

– Il y a une forte dégradation portée par la criminalité perçue et vécue, plus que par un conflit armé au sens strict.

– Les tensions sociales de l’automne 2025 (mouvement « Bloquons tout ») sont explicitement citées comme facteur de dégradation.

– Le recul du poids économique français s’inscrit dans une tendance européenne plus large, avec un repositionnement du pays vers la puissance militaire expéditionnaire.

 

 

Source : Institute for Economics & Peace, Global Peace Index 2026 (20e édition, publié en juin 2026, 163 pays couvrant 99,7 % de la population mondiale).

Les mineurs non accompagnés (MNA) en France

Les mineurs non accompagnés (MNA) en France

By Sécurité/Justice

Par F. Tétaz, membre du Cabinet du CRSI

Définition

Un mineur non accompagné (MNA) est une personne de moins de 18 ans, de nationalité étrangère, séparée sur le territoire français des titulaires de l’autorité parentale. Trois critères cumulatifs le définissent : minorité, isolement, extranéité. Le droit international impose une protection spéciale : la CIDE (article 20) garantit à tout enfant privé de son milieu familial une aide de l’État. Le droit interne, fonde la compétence de l’aide sociale à l’enfance (ASE) pour ces mineurs. Ils sont considérés comme des mineurs en danger, leur statut d’enfant prévaut toujours sur celui d’étranger.

 

Modalités d’accueil (financières et logistiques)

L’accueil provisoire d’urgence, ou « mise à l’abri », est obligatoire durant l’évaluation. En 2019, 46 % des jeunes étaient hébergés en établissements de l’ASE, 35 % à l’hôtel, 16 % chez des tiers de confiance et 3 % autrement. La Cour des comptes relève un recours croissant à l’hôtel depuis 2016. Les plus vulnérables sont orientés vers des structures adaptées. Sur le plan financier, l’État compense partiellement les départements : un forfait de 500 euros par jeune évalué, plus une indemnité journalière d’hébergement, soit 1 940 euros maximum. Une aide exceptionnelle complète ce dispositif, mais reste limitée face au coût réel, estimé à 50 000 euros par jeune et par an.

 

Évolution des chiffres : vagues et raisons

Le phénomène est identifié depuis les années 1990 (premières arrivées vers Paris, la Seine-Saint-Denis, les Bouches-du-Rhône), mais prend une ampleur nouvelle dans les années 2010. Le nombre de MNA pris en charge par l’ASE progresse fortement : 13 020 en 2016, 20 950 en 2017, 28 411 en 2018, 31 009 en 2019. Cette vague s’explique par les crises dans les pays d’origine (guerres, conflits, pauvreté), l’influence des réseaux sociaux vantant une vie meilleure en Europe, et le développement des routes migratoires méditerranéennes. En 2019, le flux se stabilise autour de 17 000 nouvelles admissions annuelles. L’année 2020 marque une rupture brutale : le stock chute de plus de 32 % (23 461 jeunes), et seulement 9 524 MNA sont admis, soit -43 % par rapport à 2019, du fait de la fermeture des frontières liée à la Covid-19. Le profil évolue aussi : la part des plus de 17 ans bondit à 43 % en 2020 (contre 13,5 % en 2019), et celle des jeunes maghrébins passe de 10,6 % à 18,4 %, tandis que le poids des trois pays historiques d’origine des MNA (Guinée, Mali, Côte d’Ivoire) recule de 60 % à 49,6 % des arrivées. Depuis début 2021, les arrivées ont retrouvé un rythme soutenu.

Situation des MNA lors du rapport (2020-2021)

Fin 2020, 23 461 MNA sont pris en charge par l’ASE (contre 31 009 fin 2019). Ils représentent 15 à 20 % des effectifs de l’ASE selon l’ADF (Assemblée des départements de France), et 19 % des jeunes hébergés. En 2019, les MNA sont composés à 95,5 % de garçons et 4,5 % de filles, ces dernières étant souvent victimes de traite. En 2020, 94 % des MNA admis ont plus de 15 ans et 80 % plus de 16 ans, une proportion en forte hausse par rapport aux années précédentes.

Répartition territoriale 

L’accueil des MNA est concentré dans certains départements, liés aux points d’entrée sur le territoire et aux diasporas déjà installées : Paris, la Seine-Saint-Denis, le Val-d’Oise, les Bouches-du-Rhône, le Nord, la Haute-Garonne, la Gironde et la Loire-Atlantique. Un mécanisme de péréquation nationale, piloté par le ministère de la Justice, redistribue les jeunes entre départements selon des critères démographiques et d’éloignement géographique, afin de limiter cette concentration.

Comparaison européenne

Le profil des MNA accueillis en France diffère de la moyenne européenne. En 2017, moins de 5 % des MNA arrivés en France étaient afghans, alors que les jeunes afghans représentaient plus de 50 % des MNA à l’échelle européenne. La France se distingue ainsi par une dominante Afrique subsaharienne francophone (Guinée, Côte d’Ivoire, Mali), tandis qu’à l’échelle du continent, les arrivées via la Grèce et la route des Balkans (Afghans, Syriens, Irakiens) pèsent davantage. Les voies d’entrée varient aussi selon les profils : l’Espagne (Maghrébins, Africains subsahariens via les Canaries), l’Italie (Tunisiens, Africains subsahariens et de la Corne de l’Afrique via la Libye), la Grèce (Afghans, Syriens, Irakiens, Somaliens), et la Manche vers l’Angleterre, où plusieurs centaines de mineurs vivent dans des camps autour de Calais et Dunkerque.

Problématiques majeures et solutions proposées

Manque de données statistiques : aucun appareil de suivi global du parcours des MNA. 

 Recommandation : développer un système statistique d’ensemble.

– Hétérogénéité des évaluations départementales : le « faisceau d’indices » est appliqué de façon inégale, certains départements refusant le fichier AEM. 

Recommandations : généraliser le contrôle documentaire et biométrique, harmoniser les pratiques.

– Recours excessif à l’hôtel : hébergement inadapté et accompagnement social limité durant la mise à l’abri.

Recommandations : incitation financière pour privilégier des structures adaptées.

– Insécurité juridique des « mijeurs » : jeunes non admis à l’ASE mais continuant de revendiquer leur minorité, privés de la plupart de leurs droits. 

Recommandations : délivrance d’une autorisation provisoire de séjour.

– Délinquance résiduelle mais médiatisée : un noyau de jeunes se disant mineurs, souvent en réalité majeurs, commet des vols en bande. 

Recommandations : répartition nationale en détention, équipes mobiles santé et socio-éducatives.

– Compensation financière de l’État jugée limitée : l’aide de l’État ne couvre qu’une fraction du coût réel supporté par les départements. 

Recommandations : renforcer les mécanismes de compensation.

– Sécurisation du statut juridique : le président du conseil départemental est à la fois juge et partie dans l’évaluation.

Solution structurelle proposée par l’IGA (Inspection générale de l’administration) : créer une cour judiciaire départementale collégiale, spécialisée dans l’examen de la minorité et de l’isolement.

Tendance générale

Le rapport dégage une tendance de fond à la hausse structurelle du nombre de MNA jusqu’en 2019, portée par les crises dans les pays d’origine et l’essor des routes migratoires. L’année 2020 constitue une rupture conjoncturelle, liée à la fermeture des frontières sanitaires, mais non un retournement durable : dès le début de 2021, les arrivées retrouvent un rythme soutenu. Le cadre juridique et administratif se renforce progressivement (référentiel national, fichier AEM, réforme du financement), sans toutefois résorber l’hétérogénéité des pratiques départementales. Le phénomène MNA s’installe ainsi comme un enjeu structurel et durable de la protection de l’enfance en France, plutôt que comme une crise ponctuelle.

 

Source : IGAS/IGA/IGJ, Évaluation de la prise en charge des jeunes se déclarant mineurs non accompagnés (MNA), Rapport n°2020-099R / 20108-R / 2020/00195, mai 2021.

 

La situation et les perspectives des finances publiques - Juin 2026

La situation et les perspectives des finances publiques en juin 2026

By Economie

Finances publiques : les enseignements du rapport 2026 de la Cour des comptes

Par Sixte Paire, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

I. Un déficit 2025 en nette réduction mais insuffisant pour stopper la dérive de la dette

1.1 Une réduction tirée exclusivement par des hausses d’impôts

Après deux années d’aggravation (4,7 pts de PIB en 2022 → 5,8 pts en 2024), le déficit recule à 152,5 Md€ (5,1 pts PIB), mieux que la prévision gouvernementale de 5,4 pts. Cette amélioration repose exclusivement sur des hausses de prélèvements :

– 23,0 Md€ de mesures nouvelles, le niveau le plus élevé depuis 2013 : surtaxe sur les grandes entreprises (7,5 Md€), réforme des allègements de cotisations (2,0 Md€), relèvement de la Caisse Nationale de Retraites des Agents des Collectivités Locales – CNRACL (1,8 Md€), retour de l’accise sur l’électricité (3,7 Md€). Plus d’un tiers de ces mesures était annoncé comme temporaire ;

– 28,0 Md€ d’évolution spontanée (élasticité > 1 pour la 1ère fois depuis 2022). La Contribution Différentielle sur Hauts Revenus – CDHR ne rapporte que 0,4 Md€ contre 2,0 Md€ prévus, en raison d’effets comportementaux (reports de dividendes) ;

– Taux de prélèvements obligatoires : 43,6 pts de PIB (44,3 pts selon Eurostat), le plus élevé de la zone euro.

1.2 Des dépenses qui progressent toujours plus vite que l’activité

Dépense totale : 1 694 Md€ (+1,4 % en volume), soit 56,6 pts de PIB, 2 pts au-dessus du niveau pré-crise (« effet de cliquet »).

– Collectivités locales : +0,6 % en volume, contribution positive à la réduction du déficit ;

– État : dépenses pilotables contenues (488,2 Md€) via régulation budgétaire, mais la charge de la dette tire l’ensemble (+1,3 % en volume, soit > PIB) ;

Sécurité sociale : déficit de 6,7 Md€ (22,1 Md€ hors Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale – CADES), aggravé de 7,9 Md€ par rapport à 2024, situation qualifiée de préoccupante et non justifiable hors choc exceptionnel. 

 

1.3 Un ratio de dette à son niveau record

La dette publique atteint 3 460,5 Md€ fin 2025 (115,7 pts PIB), dépassant le précédent record de 2020 au plus fort de la crise sanitaire. La charge de la dette s’élève à 65,7 Md€ (+9 %), sous l’effet du refinancement à des taux plus élevés (taux moyen des Obligations assimilables du Trésor – OAT : 3,35 % en 2025 vs 1,70 % en 2022 et 0 % en 2021). Un « effet boule de neige » est désormais à l’œuvre : le taux apparent sur la dette dépasse le taux de croissance du PIB pour la 1ère fois depuis la crise sanitaire. Il aurait fallu réduire le déficit de 89,6 Md€ supplémentaires pour stabiliser le ratio. La France est le 3ème pays le plus endetté de la zone euro (après Grèce et Italie) et le seul parmi les États endettés à n’avoir pas réduit son ratio depuis la sortie de Covid.

 

II.  Des objectifs 2026 fragiles, une trajectoire pluriannuelle à crédibiliser d’urgence

2.1 Un environnement macroéconomique assombri

Le conflit au Moyen-Orient (fin févr. 2026) a provoqué une hausse de 30 % du baril en mars. Le gouvernement a révisé en avril (Rapport d’Avancement Annuel – RAA 2026) sa prévision de croissance à 0,9 % (contre 1,0 % en Loi de Finance Initiale) et d’inflation à 1,9 % (contre 1,3 %). Ces projections restent en haut de fourchette : consensus économistes (juin 2026) : +0,6 % / +2,1 % ; Banque de France : +0,5 % / +2,5 % ; INSEE : +0,7 % / +2,0 %. La croissance du T1 2026 est ressortie légèrement négative (−0,1 %), abaissant l’acquis de croissance à 0,4 %. L’inflation atteint déjà +2,4 % en mai sur un an. Un scénario « noir » (baril à 150 $) réduirait la croissance à +0,2 % et porterait l’inflation à 4,5 %, rendant quasi-impossible la réduction prévue du déficit.

 

2.2 De nouvelles hausses d’impôts au rendement incertain

14,7 Md€ de mesures nouvelles prévues en 2026. Taux de prélèvements obligatoires : 44,1 pts de PIB (2ème hausse consécutive, s’éloignant de la moyenne de la zone euro). Risques soulevés :

– Comportements d’adaptation des contribuables face à l’empilement des dispositifs ;

– Rendement de la lutte contre la fraude (+1,5 Md€) jugé élevé par le HCFP ;

– Hausse CNRACL (+1,8 Md€) conditionnée à des économies en contrepartie des collectivités ;

– Moindre élasticité des recettes face à une croissance affaiblie et une inflation pesant sur l’IS et les droits de mutation.

 

2.3 Une maîtrise des dépenses insuffisante

Dépenses totales LFI 2026 : 1 735 Md€. Dépense primaire : +0,5 % en volume (effort limité). Mais la charge de la dette absorbe +11,7 Md€ (+0,3 pt PIB, à 77,4 Md€ soit 2,5 pts PIB). Des économies de 6 Md€ restent non documentées. Résultat : déficit projeté à 5,0 pts PIB, dette à 118,5 pts PIB (+3 pts), France au rang de la plus forte progression du ratio d’endettement parmi les pays endettés de la zone euro en 2026.

 

2.4 Une trajectoire pluriannuelle absente et un risque d’échec en 2029

Le gouvernement n’a pas présenté de trajectoire révisée au-delà de 2026. Or, le simple respect des plafonds de Dépense Primaire Nette (DPN) recommandés par le Conseil de l’UE (1,2 %/an) laisserait le déficit à 3,2 pts PIB en 2029, manquant l’objectif imposé par la procédure de déficit excessif (< 3 % en 2029). Atteindre 4,1 pts en 2027 (trajectoire PSMT) exigerait un surcroît d’effort de 35 Md€ (1,1 pt PIB) et une diminution annuelle moyenne des dépenses primaires de −0,5 % en volume sur 2027-2031, contre +1,0 % par an sur la période de référence 2015-2019. La charge d’intérêts dépasse d’ores et déjà l’investissement dans l’éducation ou la défense. Un effet boule de neige (r > g) s’installe durablement.

 

III.  Les enseignements des consolidations en zone euro

La Cour analyse les expériences de l’Allemagne, du Portugal et de l’Italie, trois pays ayant dégagé durablement un excédent primaire corrigé du cycle sur 2010-2025, à l’inverse de la France dont le CAPB est resté systématiquement déficitaire sur toute la période.

– Allemagne : consolidation ancrée dans des réformes macroéconomiques des années 2000 (Hartz I-IV, relèvement de l’âge de retraite) et une règle constitutionnelle de frein à l’endettement. Réduction de 22,3 pts PIB de dette entre 2010 et 2019, au prix d’un sous-investissement public ;

– Portugal : consolidation sous contrainte (programme d’assistance 2011-2014 ; 16,8 pts PIB de mesures). Coût récessif initial élevé, amorti par la reprise et des réformes structurelles. Dette revenue sous le niveau d’avant-crise ;

– Italie : excédent primaire structurel continu mais croissance atone et effet boule de neige maintenant la dette ≈ 140 pts PIB.

Facteurs de réussite identifiés : consolidation choisie plutôt que subie ; effort initial substantiel inscrit dans une trajectoire cible ; maîtrise des coûts macroéconomiques et sociaux via réformes de l’emploi/retraite et investissements structurants ; qualité du cadre institutionnel (règles budgétaires, indépendance des institutions) ; mesures de crise temporaires et ciblées avec normalisation rapide ; sous-indexation temporaire des prestations en période inflationniste. 

 

 

 Source : La situation et les perspectives des finances publiques – Juin 2026, Rapport de la Cour de Comptes

 

Solde démographique négatif

Solde démographique négatif

By Santé

France : la fin du modèle démographique

Par Florestan Tétaz, chargé de mission pour le Cabinet du CRSI

 

Contexte général : la réputation démographique de la France

Du XXe siècle et jusqu’aux années 2000, la France a la réputation d’être l’un des pays les plus féconds d’Europe, portée par le baby-boom (1946-1974) et un solde naturel structurellement excédentaire (plus de 300 000 par an dans les années 1960). 

Le taux de natalité, autour de 18-20‰ au début du siècle, décline progressivement mais reste longtemps supérieur à celui de ses voisins européens. 

À partir des années 2010, la différence entre les  naissances et les décès diminue continuellement : le solde naturel reste positif mais plonge de 251 000 en 2012 à seulement 17 619 en 2024.

 

Rapport de l’Insee 2025 – Solde naturel négatif 

– En 2025, 645 000 bébés sont nés, soit 2,1 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010. 

– L’indicateur conjoncturel de fécondité tombe à 1,56 enfant par femme, son niveau le plus faible depuis la fin de la Première Guerre mondiale. 

– 651 000 personnes sont décédées, en légère hausse, notamment en raison d’une épidémie de grippe hivernale meurtrière. 

– L’espérance de vie à la naissance progresse à 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes. 

Conséquence directe : le solde naturel devient négatif pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

Evolution sur les 5 dernières années 

Naissances : 

– Diminuent de 742 052 en 2021 à 645 000 en 2025. 

Décès : 

– Restent stables entre 661 585 en 2021, 639 269 en 2023 et 651 000 en 2025. 

Le solde naturel : 

– Diminue sur la période de +80 467 en 2021, +38 534 en 2023, +17 619 en 2024, puis -6 000 en 2025.

La bascule s’opère donc progressivement et est observable depuis plusieurs dizaines d’années.

Solde démographique de la France

Politiques publiques, objectifs et impacts 

Le 16 janvier 2024 est annoncé un plan de « réarmement démographique » reposant sur une réforme du congé parental (transformé en « congé de naissance ») et un plan de lutte contre l’infertilité, sans objectif chiffré officiel précis (pas de cible explicite de taux de fécondité ou de nombre de naissances annoncée). 

 

Décroissance naturelle compensée par l’immigration

Bien que le solde naturel soit désormais négatif (-6 000 en 2025), la population française continue de connaître une faible croissance (+0,25 % sur sur l’année 2025). 

Cet accroissement de la population représente 230 000 personnes supplémentaires en 2025, résultant d’un solde naturel négatif (-6 000) et d’un solde migratoire positif qui comble ce déficit.

 

Source : Article du 15/06/2026, La situation démographique en 2025 et en séries longues, État civil et estimations de population, Insee Résultats