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Olivier Debeney

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Le point sur l’espérance de vie en France

By Santé

Projet Plan FORME, note 2

Stéphane, Aurore, membres de la commission Santé

La prévention médicale vise à maintenir chaque citoyen en bonne santé et le plus longtemps possible. Or, notre pays voit sa population vieillir. Les futurs programmes politiques pour l’élection présidentielle de 2027 prendront-ils en compte cette situation ? Afficheront-ils des propositions telles que conservons notre forme ou bien soyez acteur de votre santé ?

Au 1er janvier 2024, la France comptait environ 68 millions d’habitants. Les personnes âgées de 75 ans et plus représentent près de 10 % de la population française, soit une augmentation de 19 % entre 2014 et 2024 (France métropolitaine et Départements et Régions d’Outre-Mer). Celles de 90 ans et plus représentent 1,4 % de la population française (1).

31 000 centenaires vivaient en France en 2024, soit trente fois plus qu’il y a 50 ans.

Vivre vieux

L’espérance de vie à la naissance représente la durée de vie moyenne d’une génération fictive soumise aux conditions de mortalité par âge de l’année considérée (2). En 2025, cet indicateur annonçait 85,9 ansd’espérance de vie à la naissance pour les femmes, contre 80,4 ans pour les hommes, soit un écart de 5,5 ans. L’espérance de vie à la naissance s’est allongée d’environ 30 ans en France depuis les années 1920, pour les deux sexes, cf. graphique 1, elle est notamment liée à la diminution de la mortalité infantile.

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Il y a une autre façon d’aborder l’espérance de vie : donner une espérance de vie à un âge donné. L’espérance de vie des Français à 65 ans a augmenté entre 1996 et 2025, cf. tableau 1.

On distingue donc d’une part l’espérance d’une femme née en 2025, elle peut espérer vivre jusqu’à 85,9 ans et d’une femme de 65 ans en 2025 qui peut espérer vivre encore 23,6 ans.

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L’espérance de vie en bonne santé est la durée de vie moyenne en bonne santé – c’est-à-dire sans limitation irréversible d’activité dans la vie quotidienne ni incapacités – d’une génération fictive soumise aux conditions de mortalité et de morbidité de l’année. Elle caractérise la mortalité et la morbidité indépendamment de la structure par âge (4). On parle aussi d’espérance de vie sans incapacité.

  • Depuis 2008, les femmes, à la naissance, ont gagné 1,3 an d’espérance de vie totale, mais perdu 5 mois d’espérance de vie sans incapacité.
  • Depuis 2008, les hommes, à la naissance, ont gagné 2,4 ans d’espérance de vie totale, mais seulement 1 an sans incapacité.

 

capture d’écran 2026 09 29 à 11.42.31On peut donc vivre longtemps, mais pas forcément en bonne santé ou sans incapacité, cf. graphique 2. L’objectif du plan FORME proposé par la commission santé du CRSI est d’allonger au maximum l’espérance de vie en bonne santé par l’adoption de mesures simples et pragmatiques afin que l’écart entre les deux indicateurs se réduise au maximum cf. tableau 2.

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« L’espérance de vie à 65 ans en 2024 était, pour les femmes, de 11,8 ans sans incapacité et 18,5 ans sans incapacité forte (handicap), et pour les hommes 10,5 ans sans incapacité et 15,8 ans sans incapacité forte. Depuis 2008, l’espérance de vie à 65 ans sans incapacité a progressé de 1 an et 9 mois pour les femmes et pour les hommes. L’essentiel de cette hausse a eu lieu entre 2008 et 2019 (6). »

Comparaison avec nos voisins

Selon les sources Eurostat (cf. tableau 3), en 2024, les Français ont moins d’années de vie en bonne santé à la naissance que la moyenne des habitants des 27 pays européens, 10 ans de moins que les Italiens.

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En France, depuis 2008, les données officielles confirment que l’on vit plus longtemps, mais pas forcément en meilleure santé. L’âge d’apparition des maladies chroniques recule plus lentement que celui de la mortalité. Chez les hommes, la progression de l’espérance de vie sans incapacité reste toutefois plus rapide que chez les femmes, réduisant l’écart entre les deux sexes sur cet indicateur.

Résumons

Depuis un siècle, l’espérance de vie à la naissance a considérablement progressé en France, passant d’environ 51 ans pour les hommes et 55 ans pour les femmes dans les années 1920 à respectivement 80,4 et 85,9 ans en 2025. En revanche, l’espérance de vie « en bonne santé » (sans incapacité) stagne, voire recule légèrement pour les femmes : les années de vie supplémentaires gagnées sont de plus en plus des années vécues avec une maladie chronique ou une incapacité.

 

S’inspirer d’Okinawa

Le Japon est très certainement le pays qui a le plus de centenaires en bonne forme. Le professeur de santé publique Craig Willcox (8) étudie ce phénomène depuis près de cinquante ans. Trois facteurs principaux sont mis en avant pour expliquer la bonne forme des personnes très âgées habitant sur l’île d’Okinawa : le régime alimentaire, les pratiques sociales et les facteurs génétiques. Leur alimentation est notamment basée sur une grande quantité de légumes et de fruits, plus de poisson que de viande, la patate douce plutôt que le riz. Ce régime est plus pauvre en calories que le nôtre.

D’où l’enjeu majeur de mettre en place un Plan FORME qui axera les solutions sur la pratique de l’exercice physique, et notamment du renforcement musculaire, et sur la promotion d’une alimentation adaptée pour limiter les conséquences de ce vieillissement. Il est aussi parfaitement envisageable d’adapter les pratiques sociales suivies par les Japonais au modèle français. Garder des liens sociaux et mettre l’accent sur l’entraide est réalisable et souhaitable. Nos aînés doivent continuer le plus possible une activité, au besoin même lucrative pour compléter leurs revenus comme cela se fait à Okinawa. L’espérance de vie en bonne santé varie en France selon les régions et les départements, il faut utiliser au maximum les données disponibles de nos institutions (par exemple : INSEE*, DREES**) et les résultats de nos chercheurs (9,10,11) pour dégager les pratiques locales qui expliquent ces différences et les développer au besoin.

Pistes de solutions adaptées à la France hexagonale :

  • Promouvoir de manière plus accentuée le régime alimentaire méditerranéen ou crétois (variante) qui a prouvé sa valeur pour améliorer l’espérance de vie en bonne santé, grâce notamment à ses effets protecteurs sur le système cardiovasculaire et sur la prévention de certains cancers (12). Cette alimentation riche en légumes, fruits frais et secs, céréales complètes, légumineuses, huile d’olive, fromage de chèvre ou de brebis (crétois) et en petits poissons gras serait même protectrice de la maladie d’Alzheimer. Il y a de nombreux avantages à ce régime alimentaire :
    • Simplicité de la cuisine qui ne nécessite pas de compétences particulières.
    • Régime avec des plats variés qui peut convenir à tous les goûts.
    • Les aliments inclus peuvent provenir de circuits courts français qui favorisent notre agriculture et limitent l’empreinte carbone liée au transport des produits.
  • Promouvoir des lieux d’échange pour les personnes âgées en centre-ville pour réduire leur isolement, prévenir les troubles cognitifs. La solitude tue aussi ! (13). Les commerces de proximité sont très nombreux à être fermés et dans toutes les villes, petites et grandes. Les mairies gagneraient à ouvrir un lieu, central, proche des transports en commun, et qui comporterait trois espaces:
    • Un pour donner des cours, conférences, conseils, etc. aux personnes âgées, dans le but non seulement d’être informées ou diverties, mais aussi de maintenir leurs capacités cognitives par l’apprentissage de nouvelles choses.
    • Un deuxième pour que ces personnes âgées donnent des cours de soutien, des conseils de vie aux plus jeunes notamment (but lucratif possible). Nos aînés ont acquis des sommes de connaissances et d’expériences dont chacun pourrait profiter en allant les consulter dans ce lieu !
    • Un dernier espace destiné à la convivialité, muni d’un four à micro-ondes, pour tisser des liens autour d’un repas, préparé à l’avance, mais pris en commun. Un espace de discussion, un espace de jeux (de société, de cartes, etc.), de travaux manuels (tricot, couture, etc.).
  • Les propositions pour améliorer l’exercice physique seront traitées dans des notes ultérieurement.

 

* INSEE : Institut national de la statistique et des études économiques.

** DREES : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques.

SOURCES

  1. https://www.parlons-fin-de-vie.fr/wp-content/uploads/2026/07/atlas-2026-bat.pdf
  2. https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1374
  3. https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/chiffres-graphiques-tableaux/mortalite-en-france-en-chiffres-esperances-vie – esperance-de-vie-femme-homme
  4. https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c2017
  5. https://www.insee.fr/fr/statistiques/3281641?sommaire=3281778
  6. https://www.vie-publique.fr/en-bref/296722-esperance-de-vie-en-bonne-sante-65-ans-les-derniers-chiffres
  7. https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/sdg_03_11/default/table?lang=fr
  8. https://www.nationalgeographic.fr/voyage/bien-veillir-zones-bleues-okinawa-lile-ou-lon-vit-centenaire
  9. https://shs.cairn.info/revue-regards-2023-1-page-43?lang=fr
  10. https://shs.cairn.info/revue-population-2021-2-page-225?lang=fr
  11. https://shs.cairn.info/atlas-mondial-des-femmes–9782080435859-page-14?lang=fr

12.https://hal.univ-lorraine.fr/hal-01732335

  1. https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/la-solitude-tue-prematurement_175015
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L’innovation au profit de la sécurité civile

By Sécurité/Justice

L’ingéniosité mise au bénéfice de la modernisation des outils

Par les Jeunes CRSI

Si certaines inventions n’ont que peu changé dans l’histoire de la sécurité civile, tels que le célèbre outil, la hache des sapeurs-pompiers, d’autres ont bien évolué. Ainsi, la pompe à eau (ou à bras) de l’antiquité a laissé place au début du XXe siècle, aux pompes motorisées. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais cela est sans compter sur l’ingéniosité mise au bénéfice de l’amélioration et de la modernisation des outils et matériels.

Le début du XXIe siècle a permis de voir l’optimisation des lances incendies, à l’instar de la lance dysphasique (société française ZELUP et brigade des sapeurs-pompiers de Paris), qui par la combinaison de l’air avec l’eau, permet un usage raisonné de l’eau (plus économe et moins destructeur), une augmentation de l’efficacité et améliore la protection des sapeurs-pompiers. Mais cette lance entrouvre d’autres horizons dépassant sa fonction initiale d’extinction par l’eau. En effet, le transport d’air pourrait être utilisé pour les sapeurs-pompiers, la pression pneumatique pourrait être utilisée pour certains outils et enfin l’air froid pourrait être utilisée dans une finalité de rafraichissement (par exemple des tenues et le corps des sapeurs-pompiers).

Notre siècle actuel permet également de capitaliser sur la robotisation qui a marqué le siècle dernier. Ainsi, lors du célèbre incendie de la cathédrale de Notre-Dame de Paris du 15 avril 2019, le robot téléopéré Colossus de la société françase Shark Robotics a contribué à la lutte contre le sinistre par son engagement dans les zones trop dangereuses et exposées. Son utilisation est également très courante pour les feux de parking et structures dont l’engagement des soldats du feu est rendue compliquée. C’est d’ailleurs, pour préserver la vie des sapeurs-pompiers, que ces robots sont utilisés en Ukraine, pour limiter l’exposition et les pertes humaines des personnels engagés dans des actions de secours aux populations.

Ces deux exemples illustrent les partenariats pouvant se mettre en place entre des unités militaires ou services départementaux de sapeurs-pompiers et des sociétés françaises ou européennes. L’écosystème de la sécurité civile reposant majoritairement sur des établissements publics départementaux (SDIS) à l’exception de Paris/petite couronne (BSPP) et de Marseille (BMPM) ou encore des unités nationales (BMSC), ces partenariats se font pour chaque projet, en fonction des besoins et moyens des structures publiques à l’échelle locale.

L’ère numérique offre également de nouvelles opportunités qui ont pu être investies par des certaines sociétés afin de répondre aux besoins des services d’incendie et de secours. A titre d’illustration, dans la lutte contre les feux de forêt, la société Firetracking permet l’analyse par intelligence artificielle des images de 12 sites de caméras dispersés dans les massifs d’Indre-et-Loire. Entrainée à détecter les signes d’un départ d’incendie, tels les panaches de fumées, la surveillance est donc en continu et moins couteuse en moyens humains. Les nombreux exemples liés à l’IA se multiplient en même temps que le développement de cette technologie.

Contrairement au domaine de la défense, très structuré par l’Etat, qui a créé le 1er septembre 2018 une agence de l’innovation de défense (AID) (1,173 milliard d’euros engagés en 2025 pour 187 nouveaux projets de recherches, 158 projets d’accélération de l’innovation et 20 projets d’innovations participatives internes), le domaine de la sécurité civile est décentralisé ce qui ne l’empêche pas de voir les projets d’innovation se développer.

L’avenir promet donc à la sécurité civile de nombreuses innovations et nouveautés, dans un siècle marqué par de nombreux changements (transformation climatique, retour des conflictualités, rigueur budgétaire …).

 

BSPP : Brigade de sapeurs-pompiers de Paris

BMPM : Bataille de marins-pompiers de Marseille

BMSC : Brigade des militaires de la sécurité civile

SDIS : Service départemental d’incendie et de secours

État de droit

OQTF toujours et encore…..

By Sécurité/Justice

La France est certainement le pays d’Europe le plus touché

Par Raphael Piastra, maitre de conférences – HDR en droit public des Universités

La liste est longue des drames causés par ces individus qui n’ont plus rien à faire sur notre territoire mais qui y sont tout de même.  Et encore on ne nous dit pas tout sur ces OQTF. Reda Belhaj confie récemment dans #100Frontieres : «La priorité en ce moment, c’est d’arranger les statistiques». Quelques exemples.

A la Défense, fin août dernier, un jeune trentenaire est sauvagement assassiné après une tentative de vol par un Soudanais. Son OQTF date de décembre 2022….

Avignon : un refus de donner une cigarette se termine par un menton arraché à coups de dents, deux hommes arrêtés dont un sous OQTF (https://policeetrealites.com). Si  ce n’est pas là un acte d’ensauvagement à l’état pur, c’est quoi ? En 2005, la politologue et haute fonctionnaire française Thérèse Delpech a été la première à contribuer à la diffusion de ce vocable avec son livre qui reçut le prix Femina (1).

Avant ce fait terrible, il existe une litanie d’autres. Le plus emblématique reste celui de Philippine tuée le 20 septembre 2024 dans le Bois de Boulogne, par un suspect sous OQTF. Voilà donc ce que l’on peut découvrir, avec effroi, de façon assez régulière depuis quelques mois,  à la une de l’actualité. Avant d’être social ou sociétal, c’est avant tout lourdement factuel. Des étrangers, illégalement arrivés sur le sol de France le plus souvent connus des services judiciaires et sous le coup d’une OQTF, commettent des délits ou des crimes.  Rappelons que le coût annuel de l’immigration illégale dépasse les deux milliards d’euros (https://www.infomigrants.net). Dans le contexte de quasi faillite où nous vivons, il y aurait là de réelles économies à faire. En fermant le robinet des aides par exemple. En coupant la source, vous devenez bien moins attrayant. En renvoyant systématiquement dans le pays d’origine avec interdiction de retour sur le territoire national.

On s’aperçoit à chaque fois que, si l’OQTF avait été réalisée, on n’en serait pas arrivé là. Avec des si….Voyons  les grandes lignes de cette procédure  avant d’étudier quelques principaux éléments de mise en œuvre.

1. Les grandes lignes de la procédure

OQTF : un terme qui est devenu plus qu’ « à la mode » notamment dans le monde médiatique et encore plus sur les réseaux.  Pour ce faire il a suffi de quelques horribles crimes commis par des gens qui n’avaient rien à faire sur notre sol. Mais qui y étaient car rien ne pouvait les en empêcher (surtout pas Schengen)… Mais tant de contre-vérités sont dites à ce propos. Regardons-y de plus près.

La décision d’éloignement ou d’obligation de quitter le territoire français est prise par le préfet, notamment en cas de refus de délivrance de titre de séjour ou de séjour irrégulier. C’est la situation d’un étranger qui ne possède pas les documents l’autorisant à rester en France. La préfecture peut décider de placer l’étranger en centre de rétention administrative (CRA). En France, la durée maximale en centre de rétention administrative (CRA) est fixée à 90 jours en régime général. Elle peut être étendue jusqu’à 210 jours pour les personnes condamnées pour des faits d’une particulière gravité ou liées au terrorisme (loi Rodwell), sous le contrôle du juge des libertés et de la détention (JLD). Le délai maximal de rétention fixé par la directive européenne « retour » est de 18 mois (2).

Depuis la loi Valls du 31 Décembre 2012 le séjour irrégulier en France n’est plus un délit pénal. Ce qui fut une erreur monumentale. Cette loi ne facilite évidemment pas le travail des forces de l’ordre. Ainsi lorsque les policiers constatent une simple situation irrégulière (absence de papier par ex), ils ne peuvent ni interpeler, ni mettre en garde à vue (sauf situation de flagrance). Pour entrer dans le détail, l’obligation de quitter le territoire français (loi du 24 juillet 2006) est la mesure la plus usitée dans l’arsenal d’éloignement des étrangers – avant l’expulsion et la reconduite à la frontière. Elle concerne les étrangers présents sur le territoire national depuis plus de trois mois et visés par un refus de séjour (non renouvellement ou refus de délivrance de la carte de séjour ou d’une autorisation provisoire de séjour – APS, débouté du droit d’asile), en situation illégale (entrée irrégulière, validité du visa dépassée, contrôle de police…) ou présentant une menace pour l’ordre public. L’étranger peut être placé en centre de rétention administrative ou assigné à résidence.

La rétention administrative permet de maintenir dans un lieu fermé (centre de rétention administrative) un étranger qui fait l’objet d’une décision d’éloignement, dans l’attente de son renvoi forcé. La rétention est décidée par l’administration. Elle peut être prolongée par le juge quand le départ immédiat de l’étranger est impossible. A noter que dans des recommandations publiées au Journal officiel le 22 juin 2023, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) a constaté les conditions de vie indignes des personnes retenues dans les centres de rétention administrative en France. Elle a notamment mentionné « une carcéralisation des CRA ». De son côté l’administration explique ce renforcement de la sécurité par l’évolution du profil des étrangers retenus qui seraient de plus en plus des sortants de prison. De plus l’allongement du temps de rétention crée des tensions de plus en plus vives.  La Contrôleuse a transmis des recommandations au gouvernement (3). On sait qu’il faut construire des CRA. Mais là encore la dette nous paralyse !

Si l’OQTF peut être exécutoire sans délai, l’étranger dispose généralement de 30 jours pour quitter le territoire. L’OQTF mentionne le pays où il devra être renvoyé s’il ne quitte pas le territoire national de son propre chef et dans les délais fixés. L’étranger peut contester l’OQTF auprès du tribunal administratif (le recours est alors suspensif), ou devant un juge des libertés et de la détention dans le cas où il est retenu dans un centre de rétention. Les associations humanitaires (ex : GISTI, LDH) apportent tout l’appui nécessaire aux recours grâce à leurs avocats militants.

L’OQTF ne doit pas être confondue avec un arrêté d’expulsion. Un arrêté d’expulsion entraîne un éloignement immédiat du territoire national ou, à défaut, peut être assorti d’une mesure d’assignation à résidence ou de placement en centre de rétention administrative. Une OQTF doit être exécutée dans un délai de 30 jours et par les propres moyens du ressortissant étranger. Cette marge de manœuvre n’est d’ailleurs pas sans poser problème.

Ce qui est essentiel à étudier c’est le ratio entre les OQTF exécutées et celles prononcées. Il s’établissait à 13,5 %, selon les données de la Direction centrale de la police aux frontières. Depuis, ce taux s’est dégradé, malgré l’engagement d’Emmanuel Macron en 2019. Il est passé de 12,4 % en 2018, à 12 % en 2019, puis 6,9 % en 2020, et enfin 5,6 % pour le premier semestre 2021 (4).

2. L’exécution des OQTF

Le problème le plus aigu qui se pose est celui de l’exécution des OQTF. La France est le pays de l’UE qui a le plus de problèmes à cet égard notamment avec l’Algérie. Entre 2012 et 2021, le taux d’exécution des OQTF, qui porte sur l’ensemble des OQTF prononcées, n’a cessé de diminuer, atteignant même un taux inférieur à 10 % depuis la crise sanitaire de la Covid. Le taux d’éloignement des étrangers placés en centre de rétention administrative (CRA) se situe en dessous des 45%. Ce taux concerne les seuls étrangers retenus en CRA qu’ils soient retenus pour une OQTF (61,54%), une procédure Dublin (19,5%) ou autres (5).

Au début de son second mandat E. Macron avait annoncé que le taux d’exécution des OQTF allait arriver à 100%. Ce qu’aucun pays au monde ne peut réussir (6). Aujourd’hui on en est à peine à 10 %, redisons-le.

Quelles explications sont fournies à ce chiffre très faible en matière d’OQTF (qui n’est pas le moins mauvais de l’UE tout de même) ? Trois principales.

  • D’abord le nombre de recours déposé et les annulations d’éloignement sur décision judiciaire (12,3 % en 2021 selon le rapport Buffet). Ensuite l’administration ne peut contraindre certains étrangers à quitter le territoire (mineur, conjoint de Français depuis au moins 3 ans, parent d’un enfant français, allocataire d’une rente d’accident du travail, nécessité de soins en France, attestation d’un séjour régulier depuis au moins dix ans…).
  • Également les effectifs et les moyens des forces de l’ordre interdisent de retrouver toutes les personnes expulsables.
  • Encore le refus des pays d’origine (Maroc, Tunisie, Algérie, Sénégal, Mali, Guinée, Côte d’Ivoire) de délivrer un laissez-passer consulaire (document de voyage délivré à un ressortissant ne possédant plus de document d’identité afin de permettre son transport). Avec la délivrance du document nécessaire à l’application de l’OQTF, se pose aussi la question des délais : selon le rapport du sénateur Buffet (mai 2022), seuls 53 % des laissez-passer consulaires délivrés en 2021 l’ont été dans un délai utile à l’expulsion. Pour forcer ces gouvernements à mieux collaborer, la France peut décider de restreindre les visas délivrés à leurs ressortissants. Avec certains pays comme l’Algérie ça ne marche pas vraiment et ce n’est pas d’aujourd’hui. Quelle que soit d’ailleurs l’attitude développée par notre exécutif. Quelle que soit aussi la génération, le pouvoir algérien entretient l’idée d’une dette de la France liée à la colonisation (7).

Il faut s’arrêter un peu ici sur une procédure qui explique en grande partie les problèmes rencontrés avec les OQTF. Lorsque les personnes à renvoyer ne disposent pas d’un titre d’identité, l’État doit donc obligatoirement obtenir l’accord du pays d’origine, à travers l’émission de ce qui s’appelle un laissez-passer consulaire. S’il n’y a pas ce laissez-passer, il n’y a pas d’exécution de l’OQTF possible. C’est le nœud gordien.  Le problème se pose avec acuité avec les ressortissants algériens. Le laissez-passer consulaire est un titre exceptionnel de voyage délivré à tout ressortissant algérien non immatriculé, pour lui permettre de rentrer en Algérie, en cas de perte ou de vol de son passeport. Comme nous l’a confié un ancien conseiller d’ambassade : avec les dossiers algériens il y a presque toujours un problème quant aux pièces à fournir (photo pas aux normes, délais vite dépassés). D’autant que la demande du laissez-passer doit être introduite auprès du consulat 72 heures avant le départ. A noter que ce titre est valable uniquement pour le retour en Algérie, pour un seul voyage et par la voie la plus directe.

Les démarches entreprises par la France pour obtenir ces documents n’aboutissent cependant que dans la moitié des cas. Le doublement de la durée de rétention en 2019 (à voir pour celle de 2026) n’a pas modifié significativement cette situation, les obstacles étant principalement d’ordre diplomatique. Car, dans la grande majorité des cas, ce sont effectivement des considérations diplomatiques qui incitent des Etats à une grande souplesse ou au contraire à une certaine rigidité dans la délivrance de laissez-passer. Redisons-le les tensions (historiques) entre l’Algérie et la France sont un exemple patent. Rappelons le cas hautement symbolique de Boualem Sansal (La Légende, Grasset, 2026). Et puis, on le dit peu, mais les négociations entre les deux pays si elles se « normalisent » selon L. Nunez, ont toujours un enjeu humain. Ce fut Boualem Sansal. C’est à présent Christophe Gleizes. Dernier otage en Algérie,  le journaliste sportif a été condamné en première instance, le 29 juin 2025, à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications à but de propagande nuisant à l’intérêt national » (8). Sa peine a été confirmée en appel le 3 décembre 2025. Ce type de condamnation, qui veut tout dire et rien dire,  est coutumier dans les régimes autoritaires. Car il faut aussi le rappeler au risque de déplaire, l’Algérie est un régime autoritaire. En effet dans la pratique quotidienne,  le système politique est largement dominé par un exécutif fort axé autour de la présidence de la République et fortement influencé (et même soumis) par l’institution militaire, dans un cadre institutionnel qu’on ne peut qualifier autrement qu’autoritaire. Ainsi que le note fort justement notre collègue  Mouloud Boumghar, professeur de droit public à l’université de Picardie-Jules-Verne : « aujourd’hui, nous sommes entrés dans une phase dictatoriale pour plusieurs raisons : la remise en cause du pluralisme, l’instrumentalisation politique de l’accusation de terrorisme, définie très largement, et un contexte politique marqué par une militarisation et un chauvinisme conservateur assumés » (9). Il faut aussi préciser que les Algériens sont les plus nombreux parmi les étrangers visés par une OQTF (10).

Pour achever, un ancien conseiller de J. Chirac nous a expliqué voici quelques années, qu’avec lui, les choses étaient finalement assez simples. Selon ledit conseiller « Chirac est ami avec à peu près toute l’Afrique. Notamment avec le roi du Maroc (ndlr : Hassan II) et sa famille. Il y a un lien quasi familial. Quand il y a des problèmes persistants en matière d’immigration délinquante,  il n’y a pas à l’époque d’OQTF mais des expulsions. Pour débloquer certaines situations Chirac appelle en direct son ami le roi Hassan et « négocie » les laissez-passer consulaires contre des visas. Simple et efficace ! ». Quant aux rapports avec l’Algérie de Zeroual puis de Bouteflika, Chirac sait aussi les gérer et ce de façon personnelle le plus souvent. De tous les présidents de la Vè, le héraut corrézien est celui qui a été le plus souvent sur le continent africain. Près d’une quarantaine de fois en deux mandats. Son surnom fut d’ailleurs longtemps « L’africain » (11).

Ces temps semblent révolus  et les successeurs ont à présent à piloter la sortie d’une « françafrique » qui n’a pas totalement disparu (12).  Pour être diplomate, il faut savoir parler plusieurs langues, y compris le double langage (Carey Mac William). Et, il faut le reconnaitre, Chirac et ses prédécesseurs savaient faire.

Il va falloir se pencher urgemment sur ces laissez-passer consulaires pour finaliser ces OQTF. Rappelons que pour la jeune Philippine l’accord  sur le laissez-passer est survenu le lendemain de sa remise en liberté par le JLD. L’allongement du délai de rétention voté voici peu permettra peut-être de mettre la société mieux à l’abri  des dangereux délinquants ou criminels étrangers. Encore faut-il avoir un nombre suffisant de CRA et le personnel pour les gérer. Dans la dernière décennie, le nombre de places de rétention administrative a progressé de manière continue sur le territoire métropolitain. Ainsi, le nombre de places théoriques en CRA est passé de 1 488 en 2017 à 1 959 en 2024, soit une hausse de près d’un tiers (31,7 %) en sept ans. S’y ajoutent 141 places dans les 28 LRA permanents. La France disposait ainsi, fin 2024, de l’une des plus grandes capacités de rétention en Europe. Mais le plus grand manque est celui des personnels (13). Reste que le problème le plus aigu qui persiste avec l’Algérie devra être traité en priorité par le nouveau ou la nouvelle locataire de l’Elysée en 2027. Une partie non négligeable de notre sécurité en dépend. Arrivera-t-on à dépasser voire transcender, l’héritage d’une histoire complexe ? Cela passe certainement d’abord par une remise en cause du traité de 1968. L’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 fixe un statut migratoire spécifique, dérogatoire et avantageux aux Algériens.  Il donne aussi à ces derniers un droit au séjour facilité et la possibilité du regroupement familial (consacré sous VGE).  Il a été modifié trois fois (1985, 1994, 2001). Il suscite de nombreux débats. En tout état de cause, et au risque d’une tautologie, la réalité de 1968 n’est plus du tout celle de 2026. Ce traité n’a a priori plus lieu d’être.

Notes :

  • Thérèse Delpech, L’Ensauvagement. Le retour de la barbarie au XXIe siècle, Pluriel, 2005. Rappelons qu’en 1999, le mot « sauvageon » avait été lancé par le ministre de l’intérieur Jean-Pierre Chevènement pour désigner les mineurs récidivistes.
  • europea.eu, 4/11/2014
  • https://www.cglpl.fr
  • https://www.liberation.fr, 22/10/2022.
  • Le système européen de Dublin (asile) est, en droit européen, le principe central selon lequel un seul pays est responsable du traitement d’une demande d’asile pour éviter qu’une personne ne dépose des dossiers dans plusieurs pays (le terme très inadéquat est « forum shopping »), https://etrangers-en-france.interieur.gouv.fr.
  • En effet dès 2019, Emmanuel Macron avançait, dans une interview Valeurs actuelles, l’objectif de porter à 100 % le taux d’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF). Un engagement jugé irréaliste par de nombreux commentateurs et spécialistes.
  • Boris Cyrulnik, Boualem Sansal, France-Algérie, résilience et réconciliation en Méditerranée, Odile Jacob, 2020 ; Pierre Vermeren, France-Algérie : de 1962 à nos jours : histoire d’une relation pathologique, Taillandier, 2026.
  • https://www.franceinfo.fr
  • https://www.lemonde.fr/afrique, 10/2/2023.
  • En 2024 un document est passé assez inaperçu. Il s’agit d’un rapport parlementaire pour avis rédigé par la députée Renaissance Brigitte Klinkert. Rendu le 16 octobre dans le cadre de la mission « immigration, asile et intégration » du projet de loi de finances 2025, il se focalise sur le cas des « étrangers ressortissants du Maghreb ». Ainsi, en 2023, parmi les 137 730 étrangers de toutes nationalités visés par une OQTF, plus d’un tiers sont originaires du Maghreb. De ce rapport on peut conclure aussi qu’entre les laissez-passer consulaires et les visas se conduit un rapport diplomatique proche du jeu de dupes (https://www.lejdd.fr, 25/11/2024). Selon un récent rapport de la Cour des Comptes, près de 44 % des OQTF prononcées concernent des citoyens algériens.
  • Cyril Bensimon, Jacques Chirac et l’Afrique, une amitié particulière, Le Monde, 26/9/2019.
  • Thomas Borrel (dir.), Amzat Boukari-Yabara (dir.), Benoît Collombat (dir.) et Thomas Deltombe (dir.), L’Empire qui ne veut pas mourir : Une histoire de la Françafrique, Éditions du Seuil, 2021.
  • https://www.senat.fr.
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Plan de prévention de santé : Le « Plan FORME »

By Santé

Faire prendre conscience des éléments qui permettraient d’améliorer la santé de notre population

Par Stéphane, Aurore, membres de la commission santé

Cette note a pour objectif de poser certains des futurs axes de travail de la commission santé qui touchent à la prévention en santé. Nos travaux sont destinés à faire prendre conscience des éléments qui permettraient d’améliorer la santé de notre population — en particulier celle des enfants et des personnes âgées — notamment au travers de propositions concrètes autour de l’alimentation et de l’activité physique.

Les raisons d’agir vite

De nombreuses études scientifiques montrent qu’il existe des liens entre certains facteurs de risque, certains comportements, certains types d’aliments et l’évolution de maladies chroniques comme l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires ou certains cancers.

Pour notre bien commun et celui de notre pays, prenons rapidement conscience de la nécessité de mener la lutte contre la sédentarité par la promotion de l’activité physique, et de favoriser une meilleure alimentation avec moins d’aliments transformés, moins de sucre, une meilleure qualité des protéines et des graisses.

La liste ci-dessous des principaux éléments qui doivent nous pousser à agir le plus vite possible est longue et malheureusement non exhaustive, citons sans aucune hiérarchie :

  • Une espérance de vie en bonne santé quasi stagnante
  • Un nombre croissant de Français qui souffrent de problèmes de poids
  • Une alimentation ultra-transformée en expansion
  • Un équilibre nutritionnel malmené chez beaucoup de Français
  • Le diabète est toujours en progression
  • Les risques de maladies cardiovasculaires sont sous-estimés
  • Les cancers explosent
  • Les maladies psychiatriques sont insuffisamment prises en charge, etc.

Les objectifs du plan Forme

Nous tenterons d’expliquer, sous forme de notes synthétiques, l’évolution des affections les plus courantes dans notre pays et les causes les plus citées et reconnues. Sur ces bases, nous proposerons des solutions les plus pragmatiques et simples possibles. Elles constitueront le socle d’un plan d’attaque contre ces affections, nous l’appellerons pour le moment « Plan FORME ». Il sera organisé majoritairement autour de deux axes : la promotion de l’exercice physique et le retour à des habitudes alimentaires qui concourent à un meilleur équilibre des apports nutritionnels.

La santé des Français ne se dégrade pas par fatalité, mais par une accumulation de choix — individuels, mais aussi politiques — qui privilégient trop souvent la thérapeutique au détriment d’une véritable politique de prévention. C’est un coût pour les Français eux-mêmes, pour leur santé et leur porte-monnaie, mais aussi un coût pour le budget de la France qui est amputé de ressources financières qui pourraient être utilisées ailleurs (instruction, défense, protection de la nature et de l’agriculture, etc.).

Nos travaux à venir se déclineront sur la forme de textes courts et intitulés « Le point sur… » pour faciliter la lecture et la compréhension des enjeux de santé. Nous espérons ainsi peser dans les débats de la prochaine campagne présidentielle de 2027.

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Humanoïdes, souveraineté et compétitivité

By Numérique

Entre risques et progrès

Par un adhérent du CRSI

Le 19 avril dernier a eu lieu la deuxième édition du semi-marathon couru de Pékin par des humanoïdes.

Alors qu’en 2025, ils – les humanoïdes – étaient 21 au départ et que seuls 4 avaient obtenu leur t-shirt de finisher, ils étaient 100 à s’aligner cette année. Des participants plus nombreux, mais surtout bien plus performants, et le temps du vainqueur 2026 interpelle : 50 minutes. Non seulement il bat le meilleur temps établi par un homme (57 minutes), mais surtout, il améliore le précédent record établi par un robot de presque 2 heures !  En un an, on conviendra que ce n’est pas un progrès marginal, mais plutôt un grand saut en avant – réussi.

Ces progrès ont profondément marqué le chancelier Merz qui a piqué une colère à la tribune en rentrant de Chine où il avait pu serrer la pince de quelques humanoïdes et les admirer dans une démonstration de Tai-Chi. Plus une semaine ne passe sans donner à voir une nouvelle image choc, comme récemment un policier de Shanghai suivi comme par son ombre par un « robocop » ou des humanoïdes de la société Figure AI, américains ceux-là, sur une chaîne de tri dans un centre logistique.

On pourra valablement se demander si la forme humaine du robot n’est pas un phénomène de mode. Etait-il nécessaire pour ces robots de tri d’avoir deux jambes et deux pieds ? Seraient-ils plus performants en ayant des formes plus adaptées à leur mission ? C’est sans doute vrai pour des tâches très particulières ou pour des contraintes physiques ou spatiales spécifiques. Ainsi un véhicule autonome n’est rien d’autre qu’un robot doté d’un simple châssis muni de 4 roues et d’une intelligence dédiée à analyser le trafic et son environnement. Ainsi, « l’auto-mobile » porte enfin proprement son nom ! Dans le cas d’un robot multitâche, évoluant dans un environnement conçu, dimensionné et habité par les hommes, celui-ci gagne à être humanoïde : par exemple pour monter les escaliers, ouvrir une porte, etc.

Mais la question n’est en fait pas là, ce débat est vain. Il y aura des humanoïdes, des formes nouvelles, et des hybrides, comme le barman du film « Passengers ».   Mais tous auront – ont déjà – en commun d’être des objets articulés doués d’une certaine capacité d’analyse, de décision et d’action. Par commodité, appelons-les tous « humanoïdes ».

Les emplois, je choisis ce mot à dessein, que l’on peut trouver pour nos humanoïdes sont nombreux. Dans les métiers dangereux, répétitifs et fatigants, demandant peu d’initiative (au moins pour un temps), les robots pourront se substituer à l’homme ou l’accompagner et l’assister.

Une étude réalisée aux Etats-Unis arrive à cette conclusion : 60 millions de postes sont amenés à être occupés par des humanoïdes. Un tiers d’une population active de 170 millions ! Comme toute étude prospective, elle repose sur des hypothèses, mais celles-ci sont connues et la méthode est rigoureuse : Pour chaque métier, tel que recensé par l’administration américaine, on applique un taux de remplacement. Pour un métier répétitif et dangereux : 80 % ; métier demandant de l’improvisation, taux de remplacement : nul. Même si ce nombre est surévalué, même s’il ne s’agit pas toujours de substitution 1 pour 1 (il faudra quand même quelques hommes contremaîtres pour diriger une équipe d’humanoïdes), le taux de pénétration dans l’industrie sera très significatif. Et pour certains, une fois l’industrie convertie, c’est vous et moi qui pourrons bénéficier des services d’un humanoïde à demeure. Gageons que les plus anglophiles pourrons le programmer pour parler avec les voix de Mr Carson ou de Mrs Hughes dans la série Downtown Abbey. L’aspirateur robot Dreame aura alors rejoint le vieil iMac au rayon des objets obsolètes, avec le 78 tours du grand-père.

Jean Marc Jancovici a bien raison de nous rappeler que le niveau de vie au salaire médian est encore supérieur à celui d’un grand bourgeois au XVIIe siècle et que notre consommation énergétique correspond à l’énergie de travail de 200 personnes. Alors que le parc de machines et l’énergie abondante devraient, s’ils disparaissaient, être remplacés par 200 esclaves pour le service de chaque homme moderne, Elon Musk n’annonce qu’un, voire deux humanoïdes par personne. C’est plus parlant et plus concret que la comptabilité kWh établie par Jancovici, mais alors, le nombre de 60 millions de postes annoncés par l’étude citée plus haut paraîtront bien ridicules en regard de ce parc d’humanoïdes domestiques.

Pour arriver à ce résultat, il aura fallu résoudre quelques questions qui n’ont rien de secondaires : quelle sera la nouvelle relation au travail dans ce mode de substitution, comment se fera la répartition de la valeur dans un mode de production encore plus capitaliste, à quoi seront affectés les gains de productivité qui résulteront de cette rupture ?

Comment ces humanoïdes accompagneront-ils les évolutions des populations vieillissantes et les flux de population ?

Il y a un grand risque pour les pays européens de perdre encore en compétitivité et en souveraineté. Ce risque est majeur et encore incompris.

Jusqu’à présent, l’Europe a participé d’une façon ou d’une autre aux innovations. Elle a pu en bénéficier, parfois conserver les gains de productivité, fruits de l’innovation, parfois les partager, jamais elle n’a été totalement hors-jeu. Et les chaînes de production européennes ont pu se maintenir, et lorsque nous étions amenés à délocaliser la production physique, nous restions bénéficiaires de l’innovation, grâce aux brevets, ou à la gestion de la complexité (les emplois tertiaires) nécessaire au bon fonctionnement de la production délocalisée.

Mais dans cette rupture qu’est l’IA incarnée, l’Europe risque fort d’être dépassée.  Demain, une chaîne de montage automobile devra acheter des robots américains ou chinois pour rester compétitive (de ce point de vue, c’est peut-être une chance, car les disparités de coût du travail seront gommées, ou tout au moins atténuées).  Mais la compétitivité obtenue sera relative et partielle.

Là où un ouvrier coûte 100, le robot coûtera 50 à son concepteur et nous sera facturé 75 (c’est l’ordre de grandeur). Le gain sera donc partagé et s’exportera sous forme d’un creusement du déficit commercial. Et puisque le robot n’est finalement qu’un logiciel, nécessitant des mises à jour, on peut craindre une forme de chantage à la bonne conduite.

Arthur Mensch, fondateur de Mistral, vient d’alerter les députés français sur ce risque de transfert de valeur, conséquence d’une dépendance à l’IA américaine. Un développeur informatique aujourd’hui ne code plus, mais produit 20 fois plus de code qu’il y a cinq ans. Dans une équipe où subsistent les questions de coordination et de communication, le gain de productivité est de 5 plutôt que de 20, mais cela est néanmoins considérable.

Alors que cette question, dans l’univers des services intellectuels, commence à peine à être appréhendée, se dresse déjà le danger de nouveaux transferts et de pertes de compétitivité liés aux robots.  A la vitesse à laquelle ceux-ci sont développés, en Chine, en Corée et aux Etats-Unis, comment envisager rattraper notre retard ?

Espérons en tout cas que les récents mouvements d’humeur du Président Trump interdisant les dernières versions des IA Anthropic aux non-américains, qui semblent réveiller nos politiques, continueront de les aiguillonner et de les tenir en alerte au moment de protéger le capital de sociétés françaises comme AMI Labs, (Advance Machine Intelligence Labs, fondée par Yann Le Cun), Mistral (fondée par Arthur Mensch) ou encore Genesis AI (co-fondée par Théophile Gervet, cette start-up spécialisée dans les modèles d’intelligence artificielle permet de reproduire à l’aide de robots les mouvements les plus complexes comme ceux de la main).  Espérons également que ces mêmes politiques sauront favoriser Dassault Systèmes, clef dans les systèmes d’apprentissage aux robots, aider au développement de Wandercraft (robots français, en test chez Renault) ou encore travailler avec les Allemands de Neura.

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Réunion publique à Phalempin

By Dernièrement

Lundi 21 septembre, Thibault de Montbrial était à Phalempin à l’occasion d’une réunion publique organisée par le CRSI, qui a rassemblé plus de 100 personnes.

Face aux grands défis auxquels la France est confrontée, il a livré son analyse et présenté plusieurs pistes de réflexion autour de sujets majeurs : souveraineté de l’État, insécurité et réponse politique, poids des normes administratives sur l’économie, insertion professionnelle, mais aussi de rémunération et coût du travail.

La soirée s’est poursuivie par un temps d’échange avec le public, avant de se conclure par une séance de dédicace de son dernier ouvrage, France : le choc ou la chute (Éditions de l’Observatoire, octobre 2025).

Ce déplacement a également été l’occasion d’échanger avec le maire de Phalempin, Thierry Lazaro, autour des enjeux du territoire.

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lits hopitaux

Lits d’hôpitaux : La France accueille-t-elle tous ses patients ?

By Santé

L’évolution du nombre de lits d’hôpitaux n’est pas liée qu’au seul progrès médical

Aurore, Yannick, membres de la commission CRSI santé

La question de l’évolution et globalement de la diminution du nombre de lits d’hospitalisation est l’un des axes majeurs de notre politique de santé. Elle répond certes à des impératifs budgétaires, mais aussi à l’évolution des technologies médicales.

En 2024, la France compte 534 lits d’hôpitaux* pour 100 000 habitants déclarés, la moyenne européenne se situe à 507 (cf. Graphe 1). Selon les pays, notons qu’il peut exister des différences de comptabilisation des lits selon leur nature (public/privé, EPHAD, etc.).

 

 

capture d’écran 2026 09 24 à 16.55.29Graphe 1 : Total des lits d’hôpitaux en 2024 par pays européen (1) – Les lits d’hôpitaux comprennent des lits pour les soins curatifs, les soins de longue durée et les soins de réadaptation (soins somatiques et psychiatriques)

La France se situe donc dans la moyenne européenne pour ce qui concerne le nombre de lits d’hôpitaux pour 100 000 habitants déclarés, comme le montre la carte 1 ci-dessous :

capture d’écran 2026 09 24 à 14.40.09Carte 1 : Nombre de lits dans les hôpitaux par État membre, en 2023 (2)

 

Cependant, le nombre de lits hospitaliers diminue depuis plusieurs années comme le montre le graphe 2. La France a perdu 45 700 lits d’hospitalisation complète entre 2024 et 2013, soit environ 11 %. Entre ces dates, cette baisse se fait de manière quasi constante et continue (cf. pente de la courbe en bleu foncé).

Une partie de cette baisse est expliquée par les innovations médicales et chirurgicales qui permettent des soins moins lourds pour les patients, ces derniers pouvant justes être hospitalisés la journée (soins ambulatoires). En effet, les diagnostics sont plus rapides, la circulation des informations cliniques est accentuée par les systèmes d’information et les connections entre les différents équipements médicaux. En ce qui concerne la chirurgie, les techniques opératoires ont considérablement évoluées. Elles s’appuient sur des informations cliniques précises obtenues en amont. Grâce à cela et aux outils chirurgicaux modernes (robots par exemple) les durées d’intervention sont nettement plus courtes et la période de rétablissement post-opératoire également. Ces éléments contribuent à la diminution des durées de séjour et du nombre de lits. Ces technologies modernes nécessitent des moyens importants que les hôpitaux de taille moyenne ont du mal à mobiliser. Ils sont, de fait, les plus touchés par la diminution du nombre de lits de chirurgie.

En 2013, les établissements de santé ont pris en charge près de 12 millions de séjours d’hospitalisation complète contre 10,8 millions en 2024, soit 97,2 millions de journées d’hospitalisation complète (établissements de soins de longue durée, ou SLD, exclus). Ces lits sont occupés en 2024 à plus de 80 % toutes disciplines confondues, soit + 1,5 % depuis 2022.

Tout cela explique également le nombre croissant de lits d’hospitalisation partielle, moins d’une nuitée et appelé aussi lits ambulatoires, qui a augmenté de 23 200 places en 11 ans pour atteindre 91 100 place fin 2024. Les hospitalisations partielles ont augmenté passant de moins de 15 millions en 2013 à 20,5 millions en 2024.

Enfin, l’attente des patients doit être intégrée, toute choses égales par ailleurs, ils préfèrent passer le moins de temps possible à l’hôpital. La condition de la réussite de cette politique des lits d’hôpitaux est le développement des moyens de prises en charge au domicile. Pour les personnes âgées dépendantes, le développement de ces moyens est aussi une condition pour retarder le plus possible l’admission en EHPAD. La somme de ces différents éléments correspond aux évolutions majeures de notre temps.

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Graphe 2 : Évolution du nombre de lits et de place d’hospitalisation partielle entre 2013 et 2024 (3)

 

Le graphe 3 ci-dessous montre l’évolution de la capacité d’accueil selon les secteurs. Pourtant en parallèle d’une baisse des lits en psychiatrie, les besoins de cette discipline ont explosé, notamment depuis la crise de la Covid-19 et pour les adolescents surtout.

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Graphe 3 : Lits d’hospitalisation complète entre 2003 et 2024 (4)

Résumons, entre 2013 et 2024, donc en 11 ans, il y a +23 200 places d’hospitalisation partielle d’un côté et -45 700 places d’hospitalisation complètes de l’autre…

Le bilan est-il négatif ? Fin 2024, le sénateur Maurey (5) s’interroge : « […] le nombre de lits en soins critiques a baissé de 1,7 % (entre 2020 et 2021), […] notre pays a accéléré les fermetures de lits d’hôpitaux depuis la crise du covid-19, notamment celles de lits en soins critiques ».

La réponse officielle faite au sénateur Maurey est celle-ci : « En ce qui concerne les soins critiques plus précisément, un nouveau cadre réglementaire a été défini en 2022 pour tirer les leçons de la crise covid. Il prévoit notamment de rehausser les ratios de personnels non médicaux pour les unités de soins intensifs, introduit une flexibilité du nombre de lits pour permettre à tous les établissements de faire face à des besoins de prise en charge saisonniers ou de plus grande ampleur et structure les filières de soins critiques à l’échelle de chaque région ». Elle suggère plus une volonté de suradministration qu’une réflexion sur la question du manque de personnel médical pour conserver des lits.

Les attentes sur des brancards, régulièrement médiatisés, dans les services d’urgence laissent penser que le nombre de lits d’hospitalisation ou sa répartition sur le territoire est possiblement inadaptée. Elle est, en tous les cas, hétérogène comme le montrent les cartes 2 et 3. Cependant, il ne faut pas sous-estimer, comme causes de ces attentes, la désorganisation de la prise en charge et, là encore, le manque de personnel puisque le taux d’occupation des lits n’est pas de 100%.

En ce qui concerne les urgences, la clé est la coopération avec la médecine libérale pour éviter les engorgements des services d’accueil d’urgence. Il faudrait une structure double, l’une hospitalière, l’autre libérale.  Elles devraient être implantées de façon proche et fonctionner en continu. Le centre 15, qui gère les appels, dirigerait les cas qui lui semblent peu graves vers la structure libérale. Les expériences, déjà en place, sont prometteuses. Sur ce point la puissance publique devrait poser des objectifs forts et contraignants notamment au secteur libéral. Que diront les futurs programmes pour la présidentielle de 2027 sur ce point ?

capture d’écran 2026 09 24 à 14.43.57

En 2013, chiffres INSEE disponibles (7), la France comptait environ 66,13 millions d’habitants recensés (population au 1er janvier). En 2024, la population de notre pays est proche de 68,64 millions, soit près de 2,5 millions de personnes de plus à soigner. Par définition, les personnes en situation irrégulière et non recensées ne figurent pas dans ces chiffres, et leur besoin en matière de soins est mal connu.

Alors que la population française s’accroît et vieillit, le nombre d’hospitalisations complètes chute depuis plus de 10 ans… Notre espérance de vie en bonne santé n’a progressé que d’un an en 20 ans contre 3,5 ans pour l’Italie et presque 7 ans pour la Suède (8). Elle était en 2024 de 63,6 ans, les deux sexes confondus. Or, notre espérance de vie à la naissance (9) est en 2025 de 85,9 ans pour les femmes et de 80,3 ans pour les hommes.  Il y a donc une longue période où nos aînés vivent tout en souffrant de maladies…

Ils auront donc probablement besoin de lits d’hôpitaux longue durée. La compensation ne pourra pas se faire avec les lits proposés par les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Ils offrent en moyenne 111 places pour 1 000 habitants de 75 ans ou plus (10). Ce chiffre varie grandement selon les départements, par exemple : 60 places pour le Corse, 130 pour l’ouest de la France. Les capacités d’accueil des Ehpad ont certes augmenté entre 2007 et 2019, mais on note une baisse de 0,8 % depuis 2019.

Il reste difficile de tirer des conclusions sur la qualité de la prise en charge des patients sur le simple comptage des lits. « L’hospitalisation complète des patients ne peut être considérée comme la seule modalité de prise en charge et le nombre de lits comme le seul indicateur de la qualité des soins » rappel le ministère auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l’accès aux soins (5).

N’oublions pas que la capacité des hôpitaux (publics mais aussi, à ne jamais oublier, privés) à répondre aux crises sanitaires majeures est un sujet qui doit nous mobiliser. Ces crises peuvent être des pandémies, des conflits, des accidents majeurs, des actes terroristes, des crises sécuritaires internes graves. L’hôpital possède déjà des outils de mobilisation de ressources qui lui sont propres (hôpital en tension, plan blanc, coopération avec les Préfets sur le plan rouge). Néanmoins, cette dimension spécifique doit être travaillée et accentuée. Au regard des futures crises à venir, la capacité de réaction coordonnée des hôpitaux de notre territoire devient un élément crucial d’une politique régalienne solide.

Par ailleurs, si la réduction de lits d’hospitalisation complète est actée, s’accompagne-t-elle d’assez de moyens de lutte pour la prévention des affections chroniques ? On peut imaginer, en théorie, qu’une politique de prévention efficace permettrait de faire baisser le recours à l’hospitalisation.

* Les lits d’hôpitaux sont ceux qui sont régulièrement entretenus et dotés de personnel et immédiatement disponibles pour les soins des patients admis. Ils couvrent les lits pour accueillir les patients qui sont officiellement admis (ou hospitalisés) dans un établissement pour un traitement et/ou des soins et qui restent au moins une nuit. Il s’agit notamment des lits dans tous les hôpitaux, y compris les hôpitaux généraux, les hôpitaux de santé mentale et de toxicomanie et d’autres hôpitaux spécialisés, que le lit soit occupé ou non. Les statistiques présentées excluent les tables chirurgicales, les chariots de récupération, les civières d’urgence, les lits de soins le jour même, les lits pour nourrissons en bonne santé, les lits dans les services qui ont été fermés pour quelque raison que ce soit, les lits provisoires et temporaires, ou les lits dans les établissements de soins infirmiers et résidentiels.

SOURCES :

(1) https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Healthcare_resource_statistics_-_beds

(2) https://www.touteleurope.eu/societe/cartes-quels-pays-europeens-comptent-le-plus-de-lits-dans-les-hopitaux/

(3) https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse-documents-de-reference/panoramas-de-la-drees/260520-Etablissements-de-santé-en-2024

(4) https://evaluation.securite-sociale.fr/home/maladie/1-5-1-capacite-d-accueil-des-eta.html

(5) https://www.senat.fr/questions/base/2024/qSEQ241001035.html

(6) https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2021-07/Fiche 02 – Les capacités d’accueil à l’hôpital.pdf?TSPD_101_R0=087dc22938ab20001f02d6f3a23ac54b540518c7f23180163a0bb748355de0f259a03b90c726b56308809069481430004e701f2af2acf9f57b3542daefbc7a18dabaebcae64238d5e10ae1510a52f9b22b12a84a4c369f7f7dac40747dfdcf92

(7) https://www.insee.fr/fr/statistiques/8721185?sommaire=8721209&q=population

(8) https://www.crsi-france.fr/sedentarite-des-francais-voulons-nous-enterrer-nos-enfants/

(9) https://www.insee.fr/fr/statistiques/2416631

(10) https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2025-09/PAPH – Fiche 09 – Les établissements d’hébergement pour personnes âgées_0.pdf

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État de l’union – Discours d’Ursula Von Der Leyen le 16 septembre devant le Parlement Européen

By Défense et géopolitique

Il faut souligner que l’Union européenne cherche à renforcer son autonomie stratégique dans un contexte international jugé instable

Par Viviane MEYER, membre de la commission Défense et Géopolitique

Ce discours a été introduit par une citation de Charles Dickens : « C’était le meilleur des temps, c’était le pire des temps », que la Présidente von der Leyen a utilisée pour résumer sa vision : « Notre Union n’a jamais été aussi forte. Mais notre Union peut aussi sembler plus précaire que jamais. » Cependant, il faut souligner que l’Union européenne cherche à renforcer son autonomie stratégique dans un contexte international jugé instable, l’idée générale qui prévaut est celle d’une Europe Indépendante.

Un invité d’honneur marquant : le Canada

Le Premier ministre canadien Mark Carney était l’invité d’honneur de cette édition. En effet, Mme von der Leyen a proposé au Canada de devenir un « membre associé » de l’UE. Cette approche est particulièrement innovante car c’est un concept inconnu au niveau européen, et qui reste toutefois encore à créer juridiquement et institutionnellement. La présidente von der Leyen a proposé que ce pays nord-américain rejoigne le futur « Conseil européen de sécurité ».

Par ailleurs, il est à noter que le Canada est en fait en pleine guerre commerciale avec les États-Unis et cherche de nouveaux partenaires d’une part, et d’autre part les relations de l’UE avec Washington sont « houleuses », et cette alliance proposée au Canada s’inscrirait dans une stratégie de rééquilibrage pour l’Europe entre les deux super-puissances, soit la Chine et les États-Unis.

Les échanges entre l’UE et le Canada ont bondi de 80% depuis 2016, grâce à l’entrée en vigueur d’un accord de libre-échange, qui a supprimé presque tous les droits de douane. Cette année, le Canada est devenu le premier pays non-membre de l’UE à rejoindre le programme de défense européen « SAFE ».

Ottawa espère également conclure un accord permettant à la Banque Européenne d’Investissement (BEI) de financer des projets canadiens liés aux minerais stratégiques, afin de réduire la dépendance à la Chine.

Il reste toutefois une marge d’amélioration. Les deux parties vont examiner les domaines « où nous avons des capacités et des besoins complémentaires », qui sont « stratégiquement importants » pour « garantir notre souveraineté », comme l’énergie, l’intelligence artificielle et les matières premières critiques et notamment les terres rares.

Le sujet central pour l’Europe : défense et sécurité

Il a été proposé de créer un « Conseil européen de sécurité », une instance dont l’objet serait de viser à renforcer la coordination stratégique face à la montée des menaces hybrides, militaires et cyber sur le continent.

Un partenariat avec l’Ukraine autour d’un système de défense antimissile modulaire baptisé « FREYA », qui allie l’expérience sur le terrain de l’Ukraine avec les capacités de production européennes. Cette guerre aux portes de l’Europe reste un sujet majeur d’inquiétude.

S’agissant de l’adhésion de l’Ukraine à l’Europe, cette perspective est pour l’instant gelée.

Il a été notamment souligné que l’Europe défendra chaque m² de son territoire, cela vise notamment les attaques récentes dont ont été l’objet notamment la Pologne, l’Allemagne, la Finlande et les pays Baltes (Estonie, Lituanie, Lettonie).

Par ailleurs, il a été largement évoqué que le réarmement européen se construit par la poursuite des efforts d’investissement dans la défense commune. Il s’inscrit dans la ligne du plan « ReArm Europe/Readiness 2030 » engagé les années précédentes. (800 milliards d’€ proposés en mars 2025, une dépense achevée en 2030).

Le Moyen-Orient a été mentionné compte tenu de graves tensions régionales qui y persistent. La solution à deux États avec Israël pays sûr et reconnu, et l’établissement d’un État palestinien sont les solutions préconisées.

Relancer l’économie européenne – le fil rouge est la compétitivité

Le fil rouge de la compétitivité est souligné depuis 2024 dans le rapport Draghi.

L’objectif central est l’achèvement du marché unique, avec notamment plus d’investissements dans nos industries corrélé à une baisse des dépendances stratégiques.

L’agenda économique souligne :

• Le retard technologique et d’innovation face aux États-Unis et à la Chine, notamment dans les secteurs stratégiques (IA, semi-conducteurs, Clean Tech).

• Les coûts de l’énergie, structurellement plus élevés en Europe particulièrement à la lumière de la situation géopolitique actuelle, pesant sur la compétitivité industrielle.

• La simplification réglementaire considérée comme une « simplification omnibus », avec la volonté de réduire la charge administrative pesant sur les entreprises, en particulier les PME. Cette demande est considérée comme essentielle pour les entreprises européennes.

• Le financement de l’économie : les appels récurrents à l’Union de l’épargne et des investissements (anciennement Union des marchés de capitaux) pour mobiliser l’épargne européenne, estimée à plusieurs milliers de milliards d’euros, vers l’investissement productif européen plutôt que vers les marchés américains.

Il est à souligner la convergence entre effort de défense et relance économique : les investissements massifs dans le réarmement « ReArm Europe » sont considérés comme un moteur de croissance industrielle, d’innovation et d’emplois.

Le cadre financier pluriannuel comme enjeu économique majeur

Le nouveau Cadre Financier Pluriannuel marque une refonte profonde de l’architecture budgétaire européenne, avec trois mots-clés : compétitivité, sécurité et défense.

Les négociations du budget européen 2028-2034 conditionnent directement la capacité de l’UE à financer :

• La transition énergétique et climatique,

• L’effort de défense commun, renforcement des fonds dont la cybersécurité,

• Les nouvelles priorités technologiques (IA, numérique).

Le CFP est un point de friction majeur entre États membres contributeurs nets versus bénéficiaires, qui rend cet enjeu central mais aussi très politiquement sensible.

De plus, les acteurs de la solidarité et des associations s’inquiètent du rééquilibrage vers défense/compétitivité au détriment du social et du climat.

Dans le cadre de la sécurité, la défense de l’Ukraine est un des piliers du CFP. Toutefois des débats existent s’agissant du poids du soutien dans le budget de l’UE, qui est en concurrence avec d’autres priorités dont la défense européenne et le climat.

Intelligence artificielle dans l’Union

L’IA est une des technologies clés pour renforcer la compétitivité européenne, aux côtés de l’innovation et de la transition numérique. L’IA est considérée comme un levier pour booster la productivité et soutenir la croissance économique de l’UE, dans un contexte de concurrence accrue avec les États-Unis et la Chine. La nécessité de positionner l’Europe comme un acteur technologique majeur a été soulignée, avec l’idée de réduire la dépendance aux acteurs extra-européens, ceci tout en garantissant un cadre éthique et en veillant à la protection des citoyens. L’IA est évoquée de manière transversale, comme un outil au service des objectifs plus larges de l’UE.

Il est à remarquer que cependant aucune mesure concrète, nouveau texte législatif ou initiative dédiée n’a été annoncée à l’exception du « Kids Act ».

Protection des mineurs en ligne : le « Kids Act »

Projet législatif présenté pour mieux encadrer l’utilisation des réseaux sociaux par les jeunes.

L’objectif de ce projet législatif est de limiter l’exposition des mineurs aux contenus dangereux des réseaux sociaux, à l’addiction numérique et aux dérives des plateformes. Il s’inscrit dans la continuité du Digital Services Act (DSA), avec une approche spécifiquement ciblée sur les enfants/adolescents.

Immigration et protection des frontières

Le discours de 2026 réaffirme la priorité absolue donnée à la mise en œuvre intégrale du Pacte sur la migration et l’asile (adopté en 2024), présenté comme le cadre légal et opérationnel pour répondre aux défis migratoires de l’UE. Le Renforcement des frontières extérieures avec une Agence européenne pour l’asile (EASO) dotée de moyens humains et financiers accrus.

Le doublement des effectifs de FRONTEX, qui est en charge de sécuriser les frontières extérieures des pays de l’UE. Soulignons une baisse de 55% des traversées irrégulières en 2025-2026.

D’autre part, un renforcement des contrôles aux frontières internes, faisant partie de l’espace Schengen surtout pour les pays sous pression, soit l’Italie, la Grèce et l’Espagne, est pleinement opérationnel.

Des accords de réadmission renforcés avec les pays tiers (Tunisie, Maroc, Égypte et Turquie) pour les migrants en situation irrégulière ont été négociés. Il s’agit de conditionnalités pour les fonds européens, ceux-ci sont rattachés au respect des engagements concrets pris par les pays tiers concernés.

Conclusion :

La Présidente von der Leyen a terminé son discours par un ultimatum politique :

« Pour les États membres : “Soit nous restons divisés et vulnérables, soit nous choisissons l’unité et la force collective.”

Pour les citoyens : “L’Europe n’est pas un projet du passé, mais une promesse pour l’avenir.

Investissez, innovez, et défendez-la.”

Pour le monde : “L’Europe sera un partenaire fiable, mais jamais un acteur faible.”

“L’Europe n’est pas une option. C’est notre avenir. Et cet avenir se construit aujourd’hui.” »

Ursula von der Leyen

crsi jeunes

La lutte contre les feux de forêts, quelles perspectives pour les moyens aériens de la sécurité civile ?

By Sécurité/Justice

La question de la disponibilité des moyens aériens revient chaque année

Par les Jeunes CRSI

Le 15 mai 2025, le Pélican 35 (CL-415) de la sécurité civile subissait un accident en touchant un haut fond lors d’un entrainement en Corse. Alors que la saison des feux de forêts de l’année 2026 a fortement commencé, la question de la disponibilité des moyens aériens et leurs perspectives revient chaque année.

Rappelons que seul les « Pélicans » (indicatif radio) sont construits nativement pour être amphibies et dédiés à la lutte contre les incendies de forêts. Le modèle en service (CL-415) est né au bord du Saint- Laurent en 1993 et est le successeur du CL-215 (premier vol en 1967). Le CL-415 peut emporter plus de 6 000 litres d’eau et écope en 12 secondes sur une distance d’écopage d’un peu plus de 400 mètres.

En France, ils sont utilisés en groupes de 4 canadairs, pratiquant l’attaque du feu en escouade avec un temps de 90 secondes d’intervalle de sécurité entre chaque appareil.

La France possède 12 CL-415 opérationnels mais ne peut en commander d’autres, du fait de l’arrêt de production depuis 2015. Il faudra attendre 2028, pour voir arriver les 2 premiers DHC-515 Firefighter (successeur du CL-415), puis 2032 pour les 2 autres suivants. Ce nouveau modèle ne comportera pas de grandes différences, hormis sur la modernisation des outils de pilotage.

Mais à l’heure du retour de l’enjeu de souveraineté, un projet prometteur pourrait offrir une alternative. En effet, plus de la moitié des commandes de cet avion canadien provient de l’union européenne (24 sur 38). Un constructeur français, Hynaéro, tente de créer son propre modèle. Il s’agit de Hynaero Frégate-F100, avec un objectif d’un premier vol en 2029 et une entrée en service en 2031.

Au-delà de l’intérêt de souveraineté, cet avion se distinguerait par une capacité plus élevée d’emport d’eau (10 000 litres). Ce projet est soutenu par des collectivités territoriales, l’union européenne et le secteur privé.

Un autre projet pourrait aboutir au cours de la décennie 2030. C’est le Roadfour Seagle du constructeur belge Roadfour, avec une prévision d’emport d’eau atteignant plus de 12 000 litres. Si les canadiens ont misé sur leur expérience, les européens misent donc sur l’innovation essayant de repousser les limites, pour gagner en efficacité.

Si les avions amphibies sont les plus connus, avec leur coque de bateau, la France utilise d’autres moyens aériens apportant chacun leur avantage.

L’autre avion connu est aussi canadien, le Dash 8 Q400MR, indicatif radio « Milan », entrée en service en 2005. La France en possède 8. Il présente une capacité de largage de 10 000 litres, peut mélanger le retardant à l’eau, en faisant de lui un spécialiste du guet aérien armé (vol de surveillance et d’attaque précoce du feu). Il doit toutefois retourner à un pélicandrome pour se recharger en eau. Il présente l’intérêt de pouvoir être reconditionné en transport de personnels (64 passagers) ou de fret (9 tonnes) en dehors de la saison des feux de forêts. Sa capacité de faire des longs vols lui permet d’être positionné régulièrement à la Réunion, en prévision de la saison des feux de forêts de l’hémisphère sud.

Pour lui succéder, du fait de son arrêt de production, un projet à partir d’un ATR 72 par la société française Kepplair Evolution permettrait de disposer du Kepplair 72, dénommé The Forest Keeper. Il pourrait remplir les mêmes missions que le Dash 8 Q400MR mais avec une capacité d’emport d’eau limitée à 7 500 litres.

Enfin, le 3e modèle d’avion utilisé par la France pour l’attaque des feux est l’Air Tractor AT-802, indicatif radio « Abel ». A l’origine, c’est un avion texan d’épandage agricole. Il existe en version à roue ou hydravion et peut emporter 3 000 litres. La France en loue 2 à 6 par saison de feux de forêts. Il est très utile pour l’attaque des feux naissants et présente un coût plus faible du fait de sa taille.

Enfin, pour être complet au sujet des avions, il est impensable de ne pas mentionner le Beechcraft King Air B200, indicatif radio « Bengale ». Cet avion à l’origine d’aviation civile n’attaque pas le feu mais il coordonne depuis les airs, les moyens aériens. Il permet donc d’assurer l’intervention en sécurité des avions entre eux, mais aussi des moyens terrestres vis-à-vis des largages.

En résumé, s’agissant des avions, qu’ils soient adaptés en version de sécurité civile, ou conçus à l’origine pour ces missions, la période actuelle est marquée par la difficulté d’approvisionnement. Mais cette difficulté a grandement contribué à l’émergence de projets européens promettant aux pays européens, un bel avenir pour la décennie 2030.

Si les avions ont donc un bel avenir devant eux, les hélicoptères ne sont pas sans reste.

Le premier qu’il convient de citer est le Super Puma, indicatif radio « Puma » (SA330 Puma, AS332 Super Puma, puis l’AS532 Cougar) d’Airbus Helicopters. Chaque été, près de 6 de ces modèles sont loués. Ils présentent de nombreux avantages : capacité d’emport de 4 000 litres, vol de nuit et largage de nuit, manœuvrabilité plus élevée qu’un avion, élingue de 120 mètres permettant de se réapprovisionner sur de petites surfaces et enfin, capacité de transport de troupes (8 personnels) ou de matériels. Il peut donc déposer et approvisionner les sapeurs de la brigade des militaires de la sécurité civile, dans les zones difficiles accessibles par engins terrestres.

Si ces modèles sont loués, le mécanisme européen RescEU doit permettre d’en financer l’achat de trois modèles pour des pays européens (France, la Pologne et la Roumanie).

Le deuxième hélicoptère d’Airbus Helicopters, le H145 (indicatif radio, « Dragon »), dernière version du célèbre hélicoptère de la sécurité civile, peut lui aussi opérer des largages avec réservoir (bambi bucket) d’environ 800 litres. La sécurité civile devrait disposer de 40 exemplaires d’ici 2029. L’intérêt de cet hélicoptère est qu’il appartient à la sécurité civile et effectue d’autres missions (secours en montagne, secours en littoral, secours lors d’inondations, transports sanitaires …).

Enfin, le 3e hélicoptère n’est pas un modèle mais une catégorie. Derrière l’indicatif radio « Condor », se trouvent des hélicoptères de modèles variés mais qui sont loués et sont des hélicoptères bombardiers d’eau légers pouvant emporter jusqu’à 1 000 litres. La France en loue jusque 4 par saison.Si concernant les hélicoptères, l’Europe démontre son savoir-faire, son défi est de maintenir ses capacités de production par la sécurisation de commandes.

Pour conclure, la plus grande question au sujet des moyens aériens de la sécurité civile concerne le coût et le choix entre une organisation reposant sur une flotte publique (propriété des pouvoirs publics), une flotte mixte ou une flotte essentiellement issue de locations auprès d’opérateurs privés.

Si le scénario d’une flotte essentiellement issue de locations n’est pas celui adopté par la France, celui d’une flotte essentiellement publique ne pourrait être possible que lorsque les différents projets, principalement européens, aboutiront.