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Les midterms : quels impacts sur la France ?

By Défense et géopolitique

Ce scrutin de mi-mandat est habituellement un moment clé de la vie politique américaine puisqu’il se positionne comme un test pour le Président américain.

Par un adhérent du CRSI

Le Congrès américain est composé d’une chambre haute, le Sénat, représentant les États fédérés, et d’une chambre basse, la Chambre des représentants, qui porte la voix des citoyens américains. Les représentants sont élus tous les deux ans au suffrage universel direct. Les sénateurs sont, eux, renouvelés par tiers tous les deux ans via le même suffrage. Ce scrutin de mi-mandat est habituellement un moment clé de la vie politique américaine puisqu’il se positionne comme un test pour le Président américain. Les midterms de 2026 sont intervenues dans une société polarisée alors que la popularité de Donald Trump est au plus bas et que les démocrates souhaitent incarner l’avenir à l’approche des élections présidentielles de 2028.

                  Le 03 novembre 2026, les démocrates ont emporté les majorités du Sénat et de la Chambre des représentants. Certains États clés des républicains ont même basculé démocrates. Ainsi, Donald Trump a perdu et reconnaît sa défaite. Il l’explique en partie par la guerre en Iran.

Ces midterms auront-elles un impact en France ?

  • Les démocrates se concentreront sur des problématiques internes : le Congrès démocrate compte peser sur le budget fédéral, sur les nominations ainsi que sur les enquêtes parlementaires pouvant être lancées contre Trump et son administration.
  • Les droits de douane contre l’Europe ne baisseront pas nécessairement : après l’invalidation des tarifs douaniers par la Cour Suprême en février 2026, l’administration Trump les a placés sous le régime « section 301 » du droit commercial américain, permettant au Président d’agir sans le vote du Congrès.
  • Les États-Unis ne viendront pas au secours des Européens face à Poutine : même si les démocrates sont en partie favorables à l’aide à Kiev, Trump conserve son droit de veto et ses prérogatives diplomatiques. Il continuera donc de souffler le chaud et le froid sur les équilibres géopolitiques jusqu’à la fin de son mandat.
  • La guerre en Iran pourrait continuer et les prix à la pompe poursuivre leur inflation : en effet, le Congrès ayant peu de pouvoir en matière diplomatique, seul un accord entre Trump et l’Iran pourrait mettre fin à la guerre.
  • Maintien des pressions contre la souveraineté française et européenne : dans la stratégie de sécurité nationale américaine (NSS), il est écrit que les États-Unis doivent corriger la trajectoire des pays européens. L’UE est perçue comme un problème critique pour la souveraineté de ses États membres. Sa puissance de régulation et sa capacité à protéger ses citoyens, notamment à travers des lois comme le Digital Services Act, serait une menace pour les États-Unis.
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Des intérêts menant à l’accord américano-russe sur le diesel

By Nos événements, Défense et géopolitique

Par Florestan Tétaz, membre de la commission Défense & Relations Internationales du CRSI

Le soir du 9 octobre, l’accord inédit passé entre l’Amérique du Président Trump et la Russie du Président Poutine ébranla bien des chancelleries et des rédactions.

Maintenant que la brume est dissipée, il est plus aisé d’en distinguer les contours.

Cet accord, bien qu’étant encore une fois un coup de surprise du président américain, ne reflète qu’une convergence d’intérêts des deux parties impliquées, qu’il s’agit d’exposer ici. Ces intérêts sont à la fois des questions de politique interne et externe. Il s’agit alors d’analyser la seconde à la lumière de la première, et inversement.

Etats-Unis

Le Président Trump souffre d’une impopularité relative (entre 30 et 38% d’opinion favorable). Cependant, les élections des mideterms (de mi-mandat) arrivent, et avec elles un renouvellement partiel du Sénat et total de la Chambre des représentants, tous deux pour l’instant en mains républicaines.

Malgré une bataille de gerrymandering – redécoupage des circonscriptions – dantesque, avec des procédures judiciaires et autres référendums locaux dans certains États, les républicains ne s’attendent pas à déroger au réflexe électoral des Américains qui condamnent le président en exercice à une perte des chambres acquises deux ans auparavant. Récemment, seul le président George W. Bush y dérogea dans les conditions particulières suivant les attentats de 2001.

Dans ce contexte, le président doit rassurer les Américains, principalement concernés par un élément décisif : l’inflation et le prix à la pompe. Faire baisser les prix ne peut que se faire en inondant le marché, d’où cet accord.

De plus, la guerre au Moyen-Orient, provoquant cette flambée des prix, immobilise une capacité de gestion des flux de livraison. Les attaques répétées des Ukrainiens sur les raffineries russes aggravent ce déficit capacitaire, inquiétant l’Administration Trump. Celle-ci tente alors de ménager les infrastructures russes, afin de se rassurer sur ses opportunités à moyen et à long terme.

Russie

Les Russes ont passé un été à se serrer la ceinture, après que les Ukrainiens ont méthodiquement ciblé leurs raffineries, plombant ainsi la production à 60% de la production habituelle. Habituellement exportatrice, la Russie s’étonna même de devoir importer de l’essence depuis l’Inde ou encore le Kazakhstan.

L’avantage que la Russie tire de cet accord est de pouvoir légitimer une relance de sa production et d’inciter les États-Unis à faire pression sur les Ukrainiens afin que ceux-ci ne s’attaquent plus aux raffineries, au service de la baisse des prix du gallon… américain.

De plus, les chancelleries occidentales sont divisées quant à la manière appropriée de réagir à ce nouveau coup de théâtre. Cette division ne peut que faire les affaires du Kremlin dans sa guerre en Ukraine, alors que l’hiver arrive et que les attaques contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes s’intensifient.

Efficacité réelle

Le pari américano-russe est donc intéressé. Mais en pratique, les volumes annoncés ne vont probablement avoir qu’un impact marginal sur les marchés, si ce n’est un impact tout court.

De plus, la suspension des sanctions américaines, pourtant récemment étoffées d’un nouveau paquet, reste un point de crispation bipartisan contre l’administration Trump.

La Maison-Blanche parie sur un effet d’annonce qui pourrait rassurer les marchés, et le Kremlin veut rassurer son entourage sur sa résilience productive en vue de l’hiver.

Affaire à suivre…

dossiers

Accord Trump-Poutine sur les livraisons de gazoil

By Nos événements, Défense et géopolitique

Par Thomas Chatelard, membre de la commission Défense et Relations internationales

Les articles et annonces publiés dans les médias présente l’accord ainsi : 

C’est un arrangement politico-commercial d’approvisionnement en gazole russe, accompagné d’une dérogation américaine temporaire aux sanctions.

L’arrangement annoncé après l’entretien Trump–Poutine du 9 octobre comporte deux niveaux distincts :

  • Un engagement politique d’approvisionnement, portant sur des quantités de gazole russe destinées aux marchés américain et mondial.
  • Une mesure juridique américaine, la licence générale n° 135 de l’Office of Foreign Assets Control — OFAC — qui autorise temporairement certaines transactions nécessaires à cette commercialisation. www.washingtonpost.com

Ce qui est demandé à la Russie

L’engagement russe annoncé consiste à fournir du gazole selon une montée en puissance :

capture d’écran 2026 10 17 à 10.58.32

Ces chiffres proviennent des déclarations publiques rapportées après l’entretien.

Le terme « immédiatement » doit donc être lu comme une annonce politique : il ne précise ni la date de chargement, ni celle d’arrivée, ni le lieu de livraison.

Ce que les États-Unis accordent en contrepartie

Washington autorise temporairement les opérations relatives au gazole russe relevant des deux régimes de sanctions mentionnés dans la licence.

La permission couvre la vente, la livraison, le déchargement et l’importation, y compris aux États-Unis. Elle prend fin le 7 avril 2027 à 00 h 01, heure de l’Est américain. Une exclusion demeure : le texte n’autorise aucun débit sur les comptes détenus dans un établissement financier américain par la Banque centrale russe, le Fonds national de richesse russe ou le ministère russe des Finances. ofac.treasury.gov

La concession américaine est donc une ouverture réglementaire temporaire concernant le gazole. Elle ne constitue ni une levée générale des sanctions, ni une promesse publique d’achat par l’État américain.

Les conditions effectivement écrites

Le document officiel est très court. Il délimite un produit, des catégories d’opérations, une durée et une exclusion financière. En revanche, il ne définit pas l’organisation commerciale de l’échange. ofac.treasury.gov

La question que beaucoup se posent : existe-t-il une condition liée à l’Ukraine ?

Aucune clause de la licence OFAC ne subordonne l’autorisation à un cessez-le-feu, à un arrêt des frappes russes ou à un arrêt des attaques ukrainiennes contre les raffineries.

Donald Trump a annoncé séparément, le 11 octobre, un « cessez-le-feu énergétique ». Volodymyr Zelensky indiquait alors attendre les détails de la proposition. Si cette séquence montre une proximité politique entre les deux dossiers, elle ne démontre pas une condition juridique réciproque. www.reuters.com

La logique géopolitique possible est la suivante : préserver les raffineries russes faciliterait l’approvisionnement annoncé ; préserver les infrastructures ukrainiennes pourrait permettre de présenter l’ensemble comme une désescalade.

Une construction asymétrique

Un point technique important est l’asymétrie entre les engagements publics :

  • La mesure américaine est écrite et datée : elle ouvre une fenêtre réglementaire.
  • La fourniture russe est annoncée : son exécution dépend des capacités de raffinage, de la disponibilité des cargaisons et des arrangements commerciaux.
  • Aucun mécanisme public ne relie explicitement les deux : le texte ne prévoit pas de retrait automatique de l’autorisation si un volume n’est pas livré ou si les frappes se poursuivent.

Mon analyse est que cette construction laisse une forte place à la négociation politique au fil de l’exécution. Elle évite de rendre publiques des obligations détaillées, mais réduit aussi la possibilité de vérifier si chaque partie remplit sa contrepartie. Donc elle evite particulièrement aux américains de se voir reprocher que Poutine continue par exemple les bombardements.

Ne pas se laisser impressionner

Si cet accord est un premier pas vers d’autres engagements entre les US et la Russie, les premiers engagements en volume ne doivent pas nous impressionner malgré ce que les chiffres peuvent laisser voir.

Les trois premiers niveaux de cet accord représentent 1 800 000 tonnes de gazoil.

C’est seulement 3 jours et demi de la consommation américaine.

Source juridique principale : licence générale n° 135 de l’OFAC, 9 octobre 2026.

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Historique du service militaire en France

By Défense et géopolitique

Le service militaire obligatoire en France a existé pendant environ 125 ans, de 1872 à 1997.

Par Christian, membre de la Commission Défense & Relations internationales

  • 1798 : début d’ébauche avec la loi Jourdan, qui instaure la conscription sous la Révolution, mais de façon très irrégulière et non structurée.
  • 1872 : instauration d’un service militaire universel et obligatoire, à la suite de la défaite de 1870 contre la Prusse.
  • 1905 : service militaire obligatoire de 2 ans, sans possibilité d’exemption pour tous les hommes valides, même si des passe-droits ont pu exister avec des « achats » de conscrits par des familles aisées.
  • 1913 : le service militaire passe à 3 ans en raison des tensions européennes et des risques de guerre récurrents.
  • Années 1960-70 : le service militaire est réduit de manière progressive à 16 mois, puis à 12 mois. Il y avait la possibilité d’effectuer un service militaire long, jusqu’à 36 mois, souvent en FFA ou outre-mer.
  • 1997 : Jacques Chirac annonce la suspension du service national obligatoire.
  • 2001 : c’est la fin officielle et définitive du service militaire obligatoire en France.

Depuis, il a été remplacé par la Journée défense et citoyenneté (JDC), une journée d’information et de sensibilisation obligatoire pour tous les jeunes de 16 ans. De nombreux débats récurrents et animés sur son rétablissement ont été lancés, notamment avec le projet de Service national universel (SNU), lancé en 2019, mais ce dispositif reste à ce jour facultatif pour la majorité des jeunes.

La situation actuelle

La conscription est suspendue, et non abolie, depuis la loi de 1997 sous Jacques Chirac, qui a professionnalisé les armées. Elle peut donc être réactivée par une simple procédure législative. Le 27 novembre 2025, Emmanuel Macron a annoncé la création en 2026 d’un service militaire volontaire (SMV), remplaçant le SNU (Service national universel), qui est mis en extinction au 1er janvier 2026.

Les six scénarios envisagés (Haut-Commissariat au Plan, mai 2025)

La note du Haut-Commissariat au Plan du 5 mai 2025 propose 6 pistes avec 2 axes : service civil ou militaire, et engagement volontaire ou obligatoire :

  • Service militaire volontaire : 6 mois, 10 % d’une classe d’âge : coût : 1,7 milliard €/an
  • Service militaire obligatoire hommes uniquement : 6 mois, 300 000 appelés : coût : 7,2 milliards €/an
  • Service militaire obligatoire hommes et femmes : 6 mois, 600 000 appelés : coût : 14,5 milliards €/an
  • Une solution hybride (la piste favorite du HCP) : service civil obligatoire (5 mois) + service militaire volontaire de 3 mois pour 10 % : coût intermédiaire à ce jour non chiffré : estimation entre 5 et 8 milliards €/an

Rétablir un service militaire obligatoire universel représenterait un budget annuel de 15 milliards d’€, sans compter les infrastructures à créer. Les casernes ont été soit détruites, soit transformées en logements sociaux, facs, IUT, etc. Le coût des terrains à acheter ainsi que les délais de construction (estimation entre 5 et 10 ans) n’ont pas encore été évalués ; les estimations basses seraient de l’ordre de 25 milliards d’€, un budget totalement hors sol compte tenu de l’état de nos finances publiques. La constitutionnalité d’un service civil obligatoire hors motif de défense est incertaine et problématique. Des questions juridiques, philosophiques et sociétales se posent aussi pour les jeunes au-delà de 16 ans. Plusieurs partis politiques sont farouchement opposés au rétablissement du service militaire : LFI, Parti communiste, Écologistes, Parti socialiste ? L’armée professionnelle actuelle a des besoins en qualité, pas en masse, car les appelés nécessitent un encadrement coûteux et chronophage en termes de formation, sans oublier le nombre d’encadrants à mettre à disposition pour les formations initiales, et tout le matériel mis à disposition : tenues, armement, cartouches, éléments dont nous manquons cruellement depuis de nombreuses années, ce qui est à ce jour impossible. L’armée et la gendarmerie font face à un nombre croissant et alarmant de démissions de cadres expérimentés : conditions de travail, rémunérations, considération de la hiérarchie, tensions avec la population, etc. Selon un sondage Ipsos-CESI de mars 2025, 86 % des Français sont favorables au retour d’un service militaire sous une forme ou une autre. Mais seulement 53 % sont favorables à un service obligatoire : 32 % le voudraient pour les deux sexes, et 21 % uniquement pour les hommes.

  • Mais aucun des Français interrogés n’est prêt à voir ses impôts augmenter pour financer le rétablissement du service militaire.

Le contexte européen

  • Depuis 2015, quatre pays européens ont réinstauré le service militaire obligatoire : la Lituanie (2015), la Suède (2017), la Lettonie (2024) et la Croatie (2025). Au total, dix pays de l’UE ont aujourd’hui un service militaire obligatoire. Plusieurs autres pays, comme l’Allemagne, la Pologne et la Belgique, ont relancé le débat.
  • Ce mouvement s’explique directement par le contexte géopolitique : la guerre en Ukraine et les tensions avec la Russie poussent les États à revoir leur posture défensive.

Le modèle suédois souvent cité comme référence

En Suède, tous les jeunes répondent à un questionnaire, 30 000 passent des tests d’aptitude, et seulement 8 000 (8 % d’une classe d’âge) sont finalement enrôlés pour 4 à 11 mois. Ce modèle de conscription sélective allie obligation de recensement et sélection par les armées selon leurs besoins réels. C’est une solution médiane, mais fort intéressante et moins coûteuse pour les finances publiques. En résumé, la France a choisi pour l’instant la voie du volontariat renforcé (SMV 2026), évitant les 7 à 15 milliards d’euros qu’exigerait un service obligatoire, tout en gardant la porte ouverte à une montée en puissance progressive si le contexte sécuritaire l’imposait.

Un sondage Ipsos-CESI de mars 2025 révèle que 86 % des Français sont favorables à un retour du service militaire. Mais cette adhésion massive cache une fracture : seulement 53 % souhaitent qu’il soit obligatoire, tandis que les autres préfèrent un engagement volontaire ou civique. Un sondage du think tank Destin commun pour Ouest-France confirme que 61 % des Français se disent favorables à une forme de service militaire obligatoire, mais avec de très fortes disparités selon les profils. C’est la fracture la plus nette. Les jeunes de 18-24 ans, directement concernés, se montrent nettement moins enthousiastes (40 % favorables) que les générations plus âgées (50-64 ans : 80 %, 65 ans et plus : 71 %). Les jeunes générations, n’ayant jamais connu l’obligation du service militaire, ne perçoivent pas son utilité immédiate. Pour beaucoup, cette contrainte serait un frein dans un parcours académique ou professionnel déjà semé d’embûches : perte de plusieurs mois dans le cursus scolaire ou universitaire, perte financière en cas de travail déjà trouvé, déconnexion avec le monde des études ou socioprofessionnel.

Dans l’hypothèse d’un service obligatoire, la proportion de favorables tombe à 41 % chez les moins de 35 ans, les premiers concernés. 1 jeune sur 2 croit possible une guerre sur le sol français, et 6 jeunes sur 10 se déclarent prêts à s’engager en cas de conflit majeur. L’armée jouit auprès de cette génération d’un niveau de confiance très élevé, là où presque toutes les autres institutions sont frappées par la défiance, notamment la police, la justice et même désormais l’Éducation nationale. Les Français rejettent massivement toute contribution financière accrue pour financer ce réarmement. La hausse des impôts reste une ligne rouge infranchissable pour la majorité, quelle que soit la tranche d’âge des personnes interrogées, tout comme la baisse des prestations sociales ou le report de l’âge de la retraite, sujet ô combien sensible et prégnant depuis quelques mois.

En d’autres termes : oui au service militaire, mais non à l’effort financier qu’il implique. C’est là que le bât blesse, car sans financement (quelle que soit la source), le service militaire restera un vœu pieux dans un dossier au fond d’un carton rangé sur une étagère dans une armoire d’un quelconque ministère.

L’opinion publique française est favorable au principe du service militaire, mais se divise profondément sur le caractère obligatoire, avec un fossé net entre les générations (les aînés pour, les jeunes beaucoup plus réservés, voire parfois hostiles), et entre la droite (très favorable) et la gauche (majoritairement opposée). Le gouvernement a tranché en faveur du volontariat pour l’instant, tout en laissant ouverte la porte de l’obligation en cas de crise majeure.

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La dissuasion nucléaire avancée

By Défense et géopolitique

L’objectif est de renforcer la défense de l’Europe dans le respect de l’indépendance française.

par Laurent Bregeon, membre de la Commission Défense & Relations internationales

Il est évident que la France veut renforcer sa dissuasion nucléaire face aux nouvelles menaces, tout en développant sa contribution à la défense européenne.

Il faut prendre en compte que le contexte évolue perpétuellement, avec la guerre en Ukraine, de nouveaux arsenaux, des défenses antimissiles, des alliances et des menaces conventionnelles grandissantes.

Ainsi, le principe de la dissuasion doit rester fondé sur la souveraineté de la décision, l’indépendance des moyens et la définition des intérêts vitaux de la France, sous la responsabilité du président de la République.

Elle repose donc sur la crédibilité politique et opérationnelle, qui s’appuie sur les forces nucléaires et l’industrie.

Cette dissuasion est vectorisée par des composantes air, terre et mer, assurant la discrétion, la survivabilité, la rapidité, la réactivité, la visibilité, la capacité de signalement et, en dernier recours, la frappe.

Objectif :

La dissuasion avancée que propose la France à ses partenaires européens consiste à participer davantage à la coopération stratégique et aux exercices liés à la dissuasion.

Les partenaires européens ne partagent pas la décision d’emploi de l’arme nucléaire. La France conserve sa souveraineté.

La dissuasion nucléaire doit être complétée par des moyens conventionnels : défense sol-air, missiles, drones, capacités balistiques.

La France envisage de pouvoir déployer ses FAS dans des pays européens en période de crise. Le cadre opérationnel reste à définir.

Ces déploiements posent la question de la démocratie avec le Parlement, notamment au regard de l’article 35 de la Constitution.

Pour ce faire, la modernisation et le rehaussement sont initiés, avec une augmentation de la capacité en consacrant 57 Md€ à la dissuasion dans la LPM 2024-2030.

Basé sur cette stratégie, il en ressort les recommandations suivantes :

  • Préserver l’indépendance nucléaire française
  • Maintenir les deux composantes : SNLE + FAS
  • Financer durablement leur renouvellement
  • Renforcer les FAS
  • Moderniser les SNLE
  • Protéger les sites nucléaires par la défense sol-air
  • Préparer un avion de 6e génération à capacité nucléaire
  • Développer une capacité balistique conventionnelle souveraine
  • Préparer les infrastructures pour les SNLE jusqu’en 2090
  • Associer davantage le Parlement aux déploiements européens

Problématique :

Il s’agit de garder et de préserver la force de dissuasion sans abandonner la souveraineté française, tout en proposant une protection de dimension européenne.

Conclusion :

La « dissuasion nucléaire avancée » cherche donc à renforcer la sécurité européenne sans transformer la dissuasion française en dissuasion nucléaire partagée.

À retenir :

Une contribution européenne accrue, mais une décision nucléaire qui reste française.

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Paradoxe entre la ferveur lors de la présence du pape et la violence des lycéens cette semaine

By Défense et géopolitique

Un paradoxe saisissant : la ferveur spirituelle lors de la visite papale et l’extrême violence des lycéens la semaine suivante.

Par Viviane MEYER, membre de la commission Défense

Un paradoxe saisissant : la ferveur spirituelle lors de la visite papale et l’extrême violence des lycéens la semaine suivante.

La visite du pape Léon XIV en France a été marquée par une ferveur populaire exceptionnelle des jeunes, contrastant violemment avec les violences urbaines et lycéennes qui secouent le pays depuis plusieurs jours.

La visite du pape a semblé un moment d’unité nationale, loin des clivages politiques qui animent régulièrement la France, le pape incarnant l’ordre, la paix, la spiritualité.

Ces deux événements, survenus à quelques jours d’intervalle, illustrent une fracture profonde dans la société française, entre espoir spirituel et désespoir social.

Des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées à Paris pour acclamer le pape, notamment des jeunes, répondant massivement à l’appel de l’Église. L’ambiance était sereine, joyeuse et bienveillante : la police a été applaudie, aucun incident n’a été signalé, et les rues de la capitale étaient ornées de drapeaux français et de sourires.

1. Les violences lycéennes : un chaos social et politique

Un discours victimaire et des revendications budgétaires, portés par une partie de la jeunesse qui se présente comme marginalisée, bien que l’État consacre déjà des moyens extrêmement importants. Les revendications budgétaires, formulées cette semaine alors que la violence sévit et que des dégradations très importantes sont constatées (même sur des lycées récemment rénovés, ce qui entraîne de nouveaux coûts extrêmement élevés, comme le lycée Mandela à Nantes, 62 millions d’euros en 2014), illustrent une nouvelle fois la propension de certaines banlieues à se poser en victimes d’une société qui ne tient pas ses promesses à l’égard de sa jeunesse. Comment tenir sa promesse devant un tel rejet de l’école ? Quelles sont leurs véritables revendications, eu égard à quels besoins ?

L’extrême gauche (LFI) est pointée du doigt pour avoir instrumentalisé ces mouvements, avec des accusations de complicité de certains enseignants et de manipulation de mineurs. Ces manipulations visent à déstabiliser le gouvernement dans une période préélectorale, en utilisant des mineurs pour attiser le chaos.

Il faut souligner le rôle des casseurs « professionnels », qui deviennent les mercenaires du chaos et sont souvent extérieurs au lycée : il est absolument évident. Le problème fondamental est l’incapacité du système à les maîtriser. C’est une guerre culturelle qui s’ébauche, avec l’école pour cible des extrêmes.

Il est à noter que la majorité des lycéens soutiennent les revendications (meilleures conditions d’études, moyens pour les établissements) mais désapprouvent les méthodes violentes. 90 % d’entre eux condamnent les violences : agressions de policiers, jets de projectiles, incendies.

2. Le paradoxe : deux France qui ne se connaissent pas et qui ne se reconnaissent pas

Une France de jeunes qui croient encore en l’avenir, en l’espoir d’une vie spirituelle apaisée autour d’une unité nationale.

Une autre France qui se détruit, qui casse, qui est violente, qui est instrumentalisée de façon probablement inconsciente par des discours politiques souvent haineux pour notre pays.

Un autre aspect est le rapport à l’autorité et aux institutions. La figure papale est choisie, désirée, alors que l’école et, plus largement, les institutions républicaines sont vécues comme imposées, voire défaillantes. Deux perceptions radicalement différentes d’une même Nation à un même moment.

Les questions qui se posent sont : comment agir véritablement ?

  • Faudrait-il plus de répression concrète, d’application immédiate des peines (même courtes) pour ces mineurs extrêmement violents ?
  • Faudrait-il des parents plus impliqués et concernés, car actuellement démissionnaires de leur rôle fondamental ?
  • Faudrait-il des mesures matérielles, financières, judiciaires, sociales, pour redonner force et vigueur au rôle de parent, c’est-à-dire les rendre responsables des actes violents et destructeurs de leurs enfants ?
  • Faudrait-il plus d’écoute aussi pour certaines des revendications des lycéens ? Il semblerait qu’un sentiment de précarité et d’abandon soit ressenti. Cette écoute devrait être suivie de mesures effectives afférentes, dans un délai assez court.

Le véritable défi est : comment faire Nation avec une jeunesse dont l’une est baignée par la transcendance et l’appartenance, et l’autre par la rupture, le rejet et les revendications ?

Comment construire la société française de demain ?

  • Réinventer, réhabiliter le travail au-delà de l’emploi traditionnel ;
  • Reconstruire un récit collectif au-delà de la fragmentation des imaginaires issus des réseaux sociaux, créer un narratif commun.

« Détruis-toi pour te connaître, construis-toi pour te surprendre ; l’important n’est pas d’être, mais de devenir. » F. Kafka

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France – Saint-Siège : une relation diplomatique singulière

By Défense et géopolitique

Entre relation et protocole

Par Alenxandru Andrei, membre de la Commission Défense & Relations Internationales

La visite de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre 2026, a rappelé que la relation entre Paris et le Saint-Siège ne relève pas seulement du protocole. L’ambassade de France près le Saint-Siège est la plus ancienne représentation diplomatique permanente française à l’étranger, et ce lien conserve aujourd’hui une utilité politique et diplomatique réelle.

La relation a pourtant connu une rupture profonde au début du XXe siècle. En 1904, la visite du président Émile Loubet au roi d’Italie, puis le conflit autour de plusieurs évêques français, provoquent une grave crise. La France rappelle son ambassadeur et rompt officiellement ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège le 30 juillet 1904. La loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 met ensuite fin au Concordat sur l’essentiel du territoire français.

Les relations sont rétablies en 1921, après près de dix-sept ans d’interruption. La France ne revient pas au Concordat, mais rétablit une relation diplomatique stable avec Rome.

Une exception subsiste cependant en Alsace-Moselle. Ces territoires étant allemands en 1905, la loi de séparation ne s’y est pas appliquée. Aujourd’hui encore, l’évêque de Metz et l’archevêque de Strasbourg sont nommés selon une procédure associant le président de la République et le Saint-Siège. Cette survivance juridique maintient un lien institutionnel particulier entre Paris et Rome.

L’intérêt de cette relation dépasse largement les questions religieuses. Le Saint-Siège dispose d’un réseau diplomatique mondial, d’une présence ancienne dans de nombreuses régions sensibles et d’un accès à des acteurs politiques, religieux et sociaux parfois difficiles à atteindre par les canaux classiques.

Lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron à l’Élysée le 25 septembre, Léon XIV a abordé plusieurs dossiers internationaux : Ukraine, Proche-Orient, Afrique, climat et intelligence artificielle. Il a appelé la France à demeurer « un artisan infatigable de paix et de multilatéralisme ». À Metz, trois jours plus tard, il a développé son discours sur l’Europe, le droit international et l’héritage de Robert Schuman.

Le Liban, les chrétiens d’Orient, Jérusalem ou encore le dialogue interreligieux constituent également des sujets sur lesquels la France et le Saint-Siège disposent d’intérêts communs.

Les désaccords demeurent néanmoins importants sur plusieurs sujets de société. La question de la fin de vie est aujourd’hui l’un des principaux points de divergence : la France a adopté en août 2026 une loi créant un droit à l’aide à mourir, alors que le Saint-Siège maintient son opposition à l’euthanasie et au suicide assisté.

Pour la France, l’intérêt est donc moins religieux que diplomatique. Le Saint-Siège reste un réseau d’information, d’influence et de médiation présent sur des terrains où les États ne disposent pas toujours des mêmes relais.

La question est simple : la France utilise-t-elle pleinement ce canal, notamment au Proche-Orient, en Afrique et dans les dossiers où facteurs politiques, religieux et communautaires s’entremêlent ?

L’histoire de la relation franco-vaticane montre en tout cas que, malgré les crises et les divergences, Paris et Rome ont toujours fini par considérer qu’il était préférable de maintenir le dialogue.

 

Sources principales : France Diplomatie ; Présidence de la République ; Saint-Siège ; Conseil d’État ; Sénat ; Légifrance ; archives gouvernementales françaises.

ue et électricité

Le marché européen de l’électricité

By Défense et géopolitique

Un enjeu de souveraineté pour la France

Par Alexandru, membre de la Commission Défense & Relations Internationales

Peu de sujets illustrent aussi bien la tension entre intégration européenne et souveraineté nationale que le marché de l’électricité. La France possède le premier parc nucléaire d’Europe, une électricité décarbonée à plus de 95 % et parmi les moins chères du continent. Pourtant, le prix qu’elle paie ne dépend pas seulement de son parc : il se forme à l’échelle européenne, selon des règles qu’elle ne maîtrise pas entièrement. Comprendre ces règles, c’est comprendre une part de notre marge de manœuvre économique.

Comment se forme le prix. Le marché européen fonctionne selon l’« ordre de mérite »: à chaque instant, les centrales sont appelées de la moins chère à la plus chère, et c’est le coût de la dernière centrale nécessaire pour équilibrer le réseau qui fixe le prix payé à toutes les autres. Quand cette centrale marginale brûle du gaz, le prix du gaz détermine celui de l’électricité — y compris pour un kilowattheure nucléaire produit à coût bien inférieur. Le couplage des Bourses européennes prolonge ce mécanisme au- delà des frontières : un prix formé ailleurs se propage jusqu’à nous. C’est le cœur du paradoxe français : un avantage physique réel, insuffisamment traduit dans le prix, surtout aux heures de pointe.

La réforme de 2024 : une victoire partielle. Après la crise de 2022 (prix de gros au-delà de 1 000 €/MWh, plus de 600 milliards d’euros de soutien public dans l’UE), la France, l’Espagne et la Grèce ont réclamé un « découplage » structurel des prix de l’électricité et du gaz. L’Allemagne, les Pays-Bas et les pays nordiques ont défendu le statu quo. Le compromis, en vigueur depuis le 16 juillet 2024 (règlement UE 2024/1747 et directive 2024/1711), maintient la tarification marginale sur les marchés de court terme, mais généralise les instruments de long terme : contrats pour différence (CfD) bidirectionnels pour soutenir les capacités bas-carbone, et facilitation des contrats d’achat d’électricité (PPA). La France n’a pas obtenu le découplage qu’elle demandait ; elle a obtenu les outils pour contourner en partie le problème.

Les leviers dont dispose la France. Ces outils sont déterminants. Le CfD de quarante ans prévu pour les futurs EPR2, les contrats d’allocation de production nucléaire ouverts à l’industrie, les PPA de long terme : tous visent à reconnecter le prix payé au coût réel de production, plutôt qu’au prix marginal du gaz. La réforme prévoit aussi un mécanisme de crise permettant, sur décision européenne, de fixer temporairement des prix pour les PME et les industriels. Autant de marges à utiliser pleinement.

Le front ouvert : les aides d’État. C’est aujourd’hui le point chaud. Le financement public des EPR2 — prêt bonifié couvrant 60 % du programme, adossé au fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, et CfD — a été notifié à la Commission le 19 novembre 2025. Le 31 mars 2026, celle-ci a ouvert une enquête approfondie au titre des règles relatives aux aides d’État. Des pays hostiles au nucléaire, l’Autriche en tête, pourraient contester toute validation, comme ils l’ont fait pour Hinkley Point C au Royaume-Uni et Paks II en Hongrie. L’issue conditionne le calendrier de la relance nucléaire française.

Enjeux pour la souveraineté française. Trois points méritent une vigilance particulière de notre commission : défendre à Bruxelles le droit de traduire l’avantage nucléaire en compétitivité industrielle, sans quoi une rente construite par plusieurs générations profitera moins à notre industrie qu’elle ne le devrait ; obtenir une reconnaissance pleine et rapide du nucléaire dans le cadre des aides d’État, à parité avec les renouvelables ; et peser sur les futures évolutions du marché pour que le prix payé se rapproche du coût réel de production. La souveraineté énergétique ne se joue pas seulement dans nos centrales : elle se joue désormais aussi dans les textes européens.

Sources principales : Conseil de l’UE et Parlement européen (réforme EMD, règlement2024/1747, direc5ve 2024/1711) ; Commission européenne (aide d’État SA.119469) ; CRE ; RTE.

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État de l’union – Discours d’Ursula Von Der Leyen le 16 septembre devant le Parlement Européen

By Défense et géopolitique

Il faut souligner que l’Union européenne cherche à renforcer son autonomie stratégique dans un contexte international jugé instable

Par Viviane MEYER, membre de la commission Défense et Géopolitique

Ce discours a été introduit par une citation de Charles Dickens : « C’était le meilleur des temps, c’était le pire des temps », que la Présidente von der Leyen a utilisée pour résumer sa vision : « Notre Union n’a jamais été aussi forte. Mais notre Union peut aussi sembler plus précaire que jamais. » Cependant, il faut souligner que l’Union européenne cherche à renforcer son autonomie stratégique dans un contexte international jugé instable, l’idée générale qui prévaut est celle d’une Europe Indépendante.

Un invité d’honneur marquant : le Canada

Le Premier ministre canadien Mark Carney était l’invité d’honneur de cette édition. En effet, Mme von der Leyen a proposé au Canada de devenir un « membre associé » de l’UE. Cette approche est particulièrement innovante car c’est un concept inconnu au niveau européen, et qui reste toutefois encore à créer juridiquement et institutionnellement. La présidente von der Leyen a proposé que ce pays nord-américain rejoigne le futur « Conseil européen de sécurité ».

Par ailleurs, il est à noter que le Canada est en fait en pleine guerre commerciale avec les États-Unis et cherche de nouveaux partenaires d’une part, et d’autre part les relations de l’UE avec Washington sont « houleuses », et cette alliance proposée au Canada s’inscrirait dans une stratégie de rééquilibrage pour l’Europe entre les deux super-puissances, soit la Chine et les États-Unis.

Les échanges entre l’UE et le Canada ont bondi de 80% depuis 2016, grâce à l’entrée en vigueur d’un accord de libre-échange, qui a supprimé presque tous les droits de douane. Cette année, le Canada est devenu le premier pays non-membre de l’UE à rejoindre le programme de défense européen « SAFE ».

Ottawa espère également conclure un accord permettant à la Banque Européenne d’Investissement (BEI) de financer des projets canadiens liés aux minerais stratégiques, afin de réduire la dépendance à la Chine.

Il reste toutefois une marge d’amélioration. Les deux parties vont examiner les domaines « où nous avons des capacités et des besoins complémentaires », qui sont « stratégiquement importants » pour « garantir notre souveraineté », comme l’énergie, l’intelligence artificielle et les matières premières critiques et notamment les terres rares.

Le sujet central pour l’Europe : défense et sécurité

Il a été proposé de créer un « Conseil européen de sécurité », une instance dont l’objet serait de viser à renforcer la coordination stratégique face à la montée des menaces hybrides, militaires et cyber sur le continent.

Un partenariat avec l’Ukraine autour d’un système de défense antimissile modulaire baptisé « FREYA », qui allie l’expérience sur le terrain de l’Ukraine avec les capacités de production européennes. Cette guerre aux portes de l’Europe reste un sujet majeur d’inquiétude.

S’agissant de l’adhésion de l’Ukraine à l’Europe, cette perspective est pour l’instant gelée.

Il a été notamment souligné que l’Europe défendra chaque m² de son territoire, cela vise notamment les attaques récentes dont ont été l’objet notamment la Pologne, l’Allemagne, la Finlande et les pays Baltes (Estonie, Lituanie, Lettonie).

Par ailleurs, il a été largement évoqué que le réarmement européen se construit par la poursuite des efforts d’investissement dans la défense commune. Il s’inscrit dans la ligne du plan « ReArm Europe/Readiness 2030 » engagé les années précédentes. (800 milliards d’€ proposés en mars 2025, une dépense achevée en 2030).

Le Moyen-Orient a été mentionné compte tenu de graves tensions régionales qui y persistent. La solution à deux États avec Israël pays sûr et reconnu, et l’établissement d’un État palestinien sont les solutions préconisées.

Relancer l’économie européenne – le fil rouge est la compétitivité

Le fil rouge de la compétitivité est souligné depuis 2024 dans le rapport Draghi.

L’objectif central est l’achèvement du marché unique, avec notamment plus d’investissements dans nos industries corrélé à une baisse des dépendances stratégiques.

L’agenda économique souligne :

• Le retard technologique et d’innovation face aux États-Unis et à la Chine, notamment dans les secteurs stratégiques (IA, semi-conducteurs, Clean Tech).

• Les coûts de l’énergie, structurellement plus élevés en Europe particulièrement à la lumière de la situation géopolitique actuelle, pesant sur la compétitivité industrielle.

• La simplification réglementaire considérée comme une « simplification omnibus », avec la volonté de réduire la charge administrative pesant sur les entreprises, en particulier les PME. Cette demande est considérée comme essentielle pour les entreprises européennes.

• Le financement de l’économie : les appels récurrents à l’Union de l’épargne et des investissements (anciennement Union des marchés de capitaux) pour mobiliser l’épargne européenne, estimée à plusieurs milliers de milliards d’euros, vers l’investissement productif européen plutôt que vers les marchés américains.

Il est à souligner la convergence entre effort de défense et relance économique : les investissements massifs dans le réarmement « ReArm Europe » sont considérés comme un moteur de croissance industrielle, d’innovation et d’emplois.

Le cadre financier pluriannuel comme enjeu économique majeur

Le nouveau Cadre Financier Pluriannuel marque une refonte profonde de l’architecture budgétaire européenne, avec trois mots-clés : compétitivité, sécurité et défense.

Les négociations du budget européen 2028-2034 conditionnent directement la capacité de l’UE à financer :

• La transition énergétique et climatique,

• L’effort de défense commun, renforcement des fonds dont la cybersécurité,

• Les nouvelles priorités technologiques (IA, numérique).

Le CFP est un point de friction majeur entre États membres contributeurs nets versus bénéficiaires, qui rend cet enjeu central mais aussi très politiquement sensible.

De plus, les acteurs de la solidarité et des associations s’inquiètent du rééquilibrage vers défense/compétitivité au détriment du social et du climat.

Dans le cadre de la sécurité, la défense de l’Ukraine est un des piliers du CFP. Toutefois des débats existent s’agissant du poids du soutien dans le budget de l’UE, qui est en concurrence avec d’autres priorités dont la défense européenne et le climat.

Intelligence artificielle dans l’Union

L’IA est une des technologies clés pour renforcer la compétitivité européenne, aux côtés de l’innovation et de la transition numérique. L’IA est considérée comme un levier pour booster la productivité et soutenir la croissance économique de l’UE, dans un contexte de concurrence accrue avec les États-Unis et la Chine. La nécessité de positionner l’Europe comme un acteur technologique majeur a été soulignée, avec l’idée de réduire la dépendance aux acteurs extra-européens, ceci tout en garantissant un cadre éthique et en veillant à la protection des citoyens. L’IA est évoquée de manière transversale, comme un outil au service des objectifs plus larges de l’UE.

Il est à remarquer que cependant aucune mesure concrète, nouveau texte législatif ou initiative dédiée n’a été annoncée à l’exception du « Kids Act ».

Protection des mineurs en ligne : le « Kids Act »

Projet législatif présenté pour mieux encadrer l’utilisation des réseaux sociaux par les jeunes.

L’objectif de ce projet législatif est de limiter l’exposition des mineurs aux contenus dangereux des réseaux sociaux, à l’addiction numérique et aux dérives des plateformes. Il s’inscrit dans la continuité du Digital Services Act (DSA), avec une approche spécifiquement ciblée sur les enfants/adolescents.

Immigration et protection des frontières

Le discours de 2026 réaffirme la priorité absolue donnée à la mise en œuvre intégrale du Pacte sur la migration et l’asile (adopté en 2024), présenté comme le cadre légal et opérationnel pour répondre aux défis migratoires de l’UE. Le Renforcement des frontières extérieures avec une Agence européenne pour l’asile (EASO) dotée de moyens humains et financiers accrus.

Le doublement des effectifs de FRONTEX, qui est en charge de sécuriser les frontières extérieures des pays de l’UE. Soulignons une baisse de 55% des traversées irrégulières en 2025-2026.

D’autre part, un renforcement des contrôles aux frontières internes, faisant partie de l’espace Schengen surtout pour les pays sous pression, soit l’Italie, la Grèce et l’Espagne, est pleinement opérationnel.

Des accords de réadmission renforcés avec les pays tiers (Tunisie, Maroc, Égypte et Turquie) pour les migrants en situation irrégulière ont été négociés. Il s’agit de conditionnalités pour les fonds européens, ceux-ci sont rattachés au respect des engagements concrets pris par les pays tiers concernés.

Conclusion :

La Présidente von der Leyen a terminé son discours par un ultimatum politique :

« Pour les États membres : “Soit nous restons divisés et vulnérables, soit nous choisissons l’unité et la force collective.”

Pour les citoyens : “L’Europe n’est pas un projet du passé, mais une promesse pour l’avenir.

Investissez, innovez, et défendez-la.”

Pour le monde : “L’Europe sera un partenaire fiable, mais jamais un acteur faible.”

“L’Europe n’est pas une option. C’est notre avenir. Et cet avenir se construit aujourd’hui.” »

Ursula von der Leyen

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Du pigeon voyageur au pigeon téléguidé : une nouvelle frontière du conflit ?

By Défense et géopolitique

Le pigeon : nouvelle arme ?

Par H., adhérente CRSI

Les oiseaux, comme le reste du monde animal, sont quasiment de manière intrinsèque des sources potentielles de danger pour l’Homme. En témoigne la diffusion active et mondiale depuis plusieurs années, et très surveillée, de plusieurs souches de virus Influenza, virus de la grippe. Pour certaines de ces souches, la barrière d’espèce a déjà sauté, des oiseaux vers les Mammifères…

Que se passerait-il si les oiseaux devenaient, cette fois-ci de manière extrinsèque, une nouvelle arme de guerre ? Les technologies qui touchent au vivant nous menacent-elles ?

En ce mois de juin, Marc Bloch entre au Panthéon. Dans « L’étrange défaite », l’historien relate un fait, parmi beaucoup d’autres, qui illustre une des raisons de la débâcle de 1940. « Appliquez la mesure 81 », l’ordre donné renvoyait en cascade à une succession d’autres mesures qui furent très mal interprétées. Ainsi, en septembre 1939, la gendarmerie d’Alsace-Lorraine massacra les pigeons voyageurs de l’armée dans trois départements français.

Hier victimes de l’impéritie de notre « suradministration » française, les pigeons sont-ils aujourd’hui victimes de scientifiques désinhibés ? Demain constitueront-ils une arme contre laquelle il faudra nous défendre ?

En mars dernier, la start-up russe Neiry a affirmé être en train de développer des pigeons biodrones. Ces animaux auraient subi une intervention chirurgicale. La pose d’un implant neuronal permettrait ainsi à ces oiseaux d’être téléguidés dans l’espace, et ce dans le but d’effectuer des missions. Plus discrets que des drones, les pigeons passent en effet inaperçus dans l’environnement humain, qu’il soit urbain ou rural. D’autant que les volatiles volent par tous les temps, et peuvent faire plus de 400 km sans pause. Ainsi opérés, les pigeons pourraient effectuer des opérations de surveillance, d’abord annoncées par la start-up comme civiles… 

 

Soldats ailés, soldats zélés

 

L’élevage de pigeon remonte au temps des Perses, s’est étendu en Grèce et en Egypte, puis dans toute la civilisation romaine. Les pigeons sont des animaux depuis longtemps utilisés comme messagers. Cela est dû à leur faculté de retourner à leur gîte. Nés à un point A et transportés à un point B, ils retournent toujours au point A. Leur vitesse de vol avoisine les 100 km/h. Ils peuvent parcourir jusqu’à 1 000 km.

Les pigeons furent donc utilisés très tôt dans l’histoire militaire des Hommes, transmettant ordres et appels au secours. Ils ont servi dans l’armée française, surtout pendant la première guerre mondiale où, selon les sources, 50 000 à 100 000 pigeons furent employés. Les oiseaux compensaient la destruction des réseaux téléphoniques et télégraphiques. Au cours de la seconde guerre mondiale, les pigeons restaient des relais entre les réseaux de résistance et Londres. L’opération « Columba » a parachuté, entre 1941 et 1944, ces animaux en territoire nazi pour récupérer des renseignements militaires. Ils ont également joué un rôle lors du débarquement du 6 juin 1944. Leur capacité à échapper aux interceptions, et aux brouillages, a fait d’eux un canal de communication sûr en contexte de guerre. Les rebelles syriens les employaient, il n’y a encore pas si longtemps.

A l’entrée du zoo de Lille, un monument leur est dédié car 20 000 pigeons sont morts pour la France lors de la Grande Guerre. Ces oiseaux ont même leur héros de Verdun : Vaillant, pigeon cité à l’ordre de la nation en 1916 et décoré de la bague d’honneur, comme un soldat. 

 

Des drones, des pigeons, des radars

 

Les algorithmes de navigation des actuels drones autonomes sont calqués sur ceux des oiseaux migrateurs. Les groupes de drones peuvent désormais copier les modalités de vol des nuées d’oiseaux, tels les étourneaux où chaque individu qui n’interagit qu’avec ses sept voisins les plus proches. Le pigeon possède, lui, une capacité de navigation exceptionnelle et il a aussi inspiré les ingénieurs pour l’amélioration des drones modernes. Les pigeons sont donc un des outils, discrets et fiables, employables par nos forces de sécurité. Ils peuvent être inclus dans une stratégie qui vise à sécuriser les communications et à isoler physiquement ces réseaux pour maintenir des échanges en milieu hostile. L’armée française conserve de nos jours un élevage de 200 pigeons, au mont Saint Valérien, plutôt dans un souci de mémoire et de transmission des savoirs. Mais en cas d’effondrement total des communications, cela pourrait servir ! Résilience… L’armée si besoin ferait également certainement appel aux nombreux colombophiles français, comme par le passé.

L’idée d’en faire un soldat n’est donc pas nouvelle, mais ce n’est plus dans une optique de communication entre les troupes qu’il pourrait être utilisé. La technique employée par cette start-up russe n’est évidemment pas encore au point, il semble, pour le moment, que les oiseaux puissent être simplement orientés vers la droite ou la gauche… Leur faible poids, environ 300 g, les empêche de porter de lourdes charges, un maximum de 16 g dans un sac à dos est le poids maximal. Mais seize grammes suffisent pour des armes bactériologiques, qui dispersées dans l’atmosphère, à l’endroit voulu, engendreraient un massacre…

Le concept de pigeon-drone pose d’autres questions.

Pour l’humaniste, une question morale d’abord, car transformer un pigeon, un animal vivant, en plate-forme de surveillance, voire pire, se heurte à des notions d’éthique de l’expérimentation animale.

Ensuite, cela nous renvoie à une certaine vision du monde et au rapport que nous avons à l’animal.

Enfin, regarderons-nous toujours les animaux comme des créatures naturelles ou comme des dangers potentiels ? Un pigeon qui pourrait être téléguidé, tel un drone vivant, peut devenir une arme bien difficile à détecter et envers laquelle il sera compliqué de se protéger. Avec l’avancée rapide de technologies de pointe, qui combinent biologie, médecine et physique, la science-fiction semble se conjuguer au présent proche.

Il existe depuis longtemps des radars aviaires chargés de détecter les oiseaux en vol à différentes altitudes et ceux qui sont proches des pistes d’atterrissage. Les collisions « oiseaux contre avion » causent, chaque année, des dégâts importants. Mais la simple possibilité de l’existence de pigeon-drones obligera peut-être nos forces de sécurité à revoir leurs moyens et leur stratégie de détection et de défense.

Dans un communiqué de presse daté du 18 mai 2026, la direction générale des armées indique avoir commandé 16 véhicules qui seront équipés d’un nouveau radar (radar en bande X Girafe 1X) pour moderniser les capacités de détection et de surveillance aérienne de l’armée de Terre. Ce radar, de fabrication suédoise, peut détecter à plusieurs kilomètres et sur 360°, des micro-drones comme des avions de combats. Comment nos forces de sécurité intérieure feront la différence entre un pigeon lambda et un « pigeon dronisé » ? Certes, les pigeons étaient, de fait, déjà détectés par tous les radars, mais leur signal n’était pas jusqu’ici priorisé, c’est-à-dire qu’ils ne déclenchaient pas d’alerte, pas encore…

 

Sommes-nous prêts pour ces nouveaux types de menace ?

 

Sources :

https://www.defense.gouv.fr/sites/default/files/ministere-armees/Esprit défense n° 16 – Eté 2025.pdf

https://www.dgse.gouv.fr/fr/la-dgse/nos-actualites/chroniques-du-secret-pigeons-voyageurs

https://information.tv5monde.com/international/pigeons-biodrones-sous-marin-capable-de-provoquer-un-tsunami-ces-nouvelles-armes-developpees-en-russie-2808582

https://www.linkedin.com/pulse/le-pigeon-biodrone-ne-sera-peut-être-pas-larme-du-futur-tewfik-hamel-x2use/

https://www.colombophiliefr.com/page-d-exemple/

https://www.defense.gouv.fr/sites/default/files/ministere-armees/Communiqué_A_La DGA commande 16 véhicules équipés d’un radar en bande X à Saab et Scania pour moderniser les capacités de détection et de surveillance aérienne de l’armée de Terre.pdf