Le pigeon : nouvelle arme ?

Par H., adhérente CRSI

Les oiseaux, comme le reste du monde animal, sont quasiment de manière intrinsèque des sources potentielles de danger pour l’Homme. En témoigne la diffusion active et mondiale depuis plusieurs années, et très surveillée, de plusieurs souches de virus Influenza, virus de la grippe. Pour certaines de ces souches, la barrière d’espèce a déjà sauté, des oiseaux vers les Mammifères…

Que se passerait-il si les oiseaux devenaient, cette fois-ci de manière extrinsèque, une nouvelle arme de guerre ? Les technologies qui touchent au vivant nous menacent-elles ?

En ce mois de juin, Marc Bloch entre au Panthéon. Dans « L’étrange défaite », l’historien relate un fait, parmi beaucoup d’autres, qui illustre une des raisons de la débâcle de 1940. « Appliquez la mesure 81 », l’ordre donné renvoyait en cascade à une succession d’autres mesures qui furent très mal interprétées. Ainsi, en septembre 1939, la gendarmerie d’Alsace-Lorraine massacra les pigeons voyageurs de l’armée dans trois départements français.

Hier victimes de l’impéritie de notre « suradministration » française, les pigeons sont-ils aujourd’hui victimes de scientifiques désinhibés ? Demain constitueront-ils une arme contre laquelle il faudra nous défendre ?

En mars dernier, la start-up russe Neiry a affirmé être en train de développer des pigeons biodrones. Ces animaux auraient subi une intervention chirurgicale. La pose d’un implant neuronal permettrait ainsi à ces oiseaux d’être téléguidés dans l’espace, et ce dans le but d’effectuer des missions. Plus discrets que des drones, les pigeons passent en effet inaperçus dans l’environnement humain, qu’il soit urbain ou rural. D’autant que les volatiles volent par tous les temps, et peuvent faire plus de 400 km sans pause. Ainsi opérés, les pigeons pourraient effectuer des opérations de surveillance, d’abord annoncées par la start-up comme civiles… 

 

Soldats ailés, soldats zélés

 

L’élevage de pigeon remonte au temps des Perses, s’est étendu en Grèce et en Egypte, puis dans toute la civilisation romaine. Les pigeons sont des animaux depuis longtemps utilisés comme messagers. Cela est dû à leur faculté de retourner à leur gîte. Nés à un point A et transportés à un point B, ils retournent toujours au point A. Leur vitesse de vol avoisine les 100 km/h. Ils peuvent parcourir jusqu’à 1 000 km.

Les pigeons furent donc utilisés très tôt dans l’histoire militaire des Hommes, transmettant ordres et appels au secours. Ils ont servi dans l’armée française, surtout pendant la première guerre mondiale où, selon les sources, 50 000 à 100 000 pigeons furent employés. Les oiseaux compensaient la destruction des réseaux téléphoniques et télégraphiques. Au cours de la seconde guerre mondiale, les pigeons restaient des relais entre les réseaux de résistance et Londres. L’opération « Columba » a parachuté, entre 1941 et 1944, ces animaux en territoire nazi pour récupérer des renseignements militaires. Ils ont également joué un rôle lors du débarquement du 6 juin 1944. Leur capacité à échapper aux interceptions, et aux brouillages, a fait d’eux un canal de communication sûr en contexte de guerre. Les rebelles syriens les employaient, il n’y a encore pas si longtemps.

A l’entrée du zoo de Lille, un monument leur est dédié car 20 000 pigeons sont morts pour la France lors de la Grande Guerre. Ces oiseaux ont même leur héros de Verdun : Vaillant, pigeon cité à l’ordre de la nation en 1916 et décoré de la bague d’honneur, comme un soldat. 

 

Des drones, des pigeons, des radars

 

Les algorithmes de navigation des actuels drones autonomes sont calqués sur ceux des oiseaux migrateurs. Les groupes de drones peuvent désormais copier les modalités de vol des nuées d’oiseaux, tels les étourneaux où chaque individu qui n’interagit qu’avec ses sept voisins les plus proches. Le pigeon possède, lui, une capacité de navigation exceptionnelle et il a aussi inspiré les ingénieurs pour l’amélioration des drones modernes. Les pigeons sont donc un des outils, discrets et fiables, employables par nos forces de sécurité. Ils peuvent être inclus dans une stratégie qui vise à sécuriser les communications et à isoler physiquement ces réseaux pour maintenir des échanges en milieu hostile. L’armée française conserve de nos jours un élevage de 200 pigeons, au mont Saint Valérien, plutôt dans un souci de mémoire et de transmission des savoirs. Mais en cas d’effondrement total des communications, cela pourrait servir ! Résilience… L’armée si besoin ferait également certainement appel aux nombreux colombophiles français, comme par le passé.

L’idée d’en faire un soldat n’est donc pas nouvelle, mais ce n’est plus dans une optique de communication entre les troupes qu’il pourrait être utilisé. La technique employée par cette start-up russe n’est évidemment pas encore au point, il semble, pour le moment, que les oiseaux puissent être simplement orientés vers la droite ou la gauche… Leur faible poids, environ 300 g, les empêche de porter de lourdes charges, un maximum de 16 g dans un sac à dos est le poids maximal. Mais seize grammes suffisent pour des armes bactériologiques, qui dispersées dans l’atmosphère, à l’endroit voulu, engendreraient un massacre…

Le concept de pigeon-drone pose d’autres questions.

Pour l’humaniste, une question morale d’abord, car transformer un pigeon, un animal vivant, en plate-forme de surveillance, voire pire, se heurte à des notions d’éthique de l’expérimentation animale.

Ensuite, cela nous renvoie à une certaine vision du monde et au rapport que nous avons à l’animal.

Enfin, regarderons-nous toujours les animaux comme des créatures naturelles ou comme des dangers potentiels ? Un pigeon qui pourrait être téléguidé, tel un drone vivant, peut devenir une arme bien difficile à détecter et envers laquelle il sera compliqué de se protéger. Avec l’avancée rapide de technologies de pointe, qui combinent biologie, médecine et physique, la science-fiction semble se conjuguer au présent proche.

Il existe depuis longtemps des radars aviaires chargés de détecter les oiseaux en vol à différentes altitudes et ceux qui sont proches des pistes d’atterrissage. Les collisions « oiseaux contre avion » causent, chaque année, des dégâts importants. Mais la simple possibilité de l’existence de pigeon-drones obligera peut-être nos forces de sécurité à revoir leurs moyens et leur stratégie de détection et de défense.

Dans un communiqué de presse daté du 18 mai 2026, la direction générale des armées indique avoir commandé 16 véhicules qui seront équipés d’un nouveau radar (radar en bande X Girafe 1X) pour moderniser les capacités de détection et de surveillance aérienne de l’armée de Terre. Ce radar, de fabrication suédoise, peut détecter à plusieurs kilomètres et sur 360°, des micro-drones comme des avions de combats. Comment nos forces de sécurité intérieure feront la différence entre un pigeon lambda et un « pigeon dronisé » ? Certes, les pigeons étaient, de fait, déjà détectés par tous les radars, mais leur signal n’était pas jusqu’ici priorisé, c’est-à-dire qu’ils ne déclenchaient pas d’alerte, pas encore…

 

Sommes-nous prêts pour ces nouveaux types de menace ?

 

Sources :

https://www.defense.gouv.fr/sites/default/files/ministere-armees/Esprit défense n° 16 – Eté 2025.pdf

https://www.dgse.gouv.fr/fr/la-dgse/nos-actualites/chroniques-du-secret-pigeons-voyageurs

https://information.tv5monde.com/international/pigeons-biodrones-sous-marin-capable-de-provoquer-un-tsunami-ces-nouvelles-armes-developpees-en-russie-2808582

https://www.linkedin.com/pulse/le-pigeon-biodrone-ne-sera-peut-être-pas-larme-du-futur-tewfik-hamel-x2use/

https://www.colombophiliefr.com/page-d-exemple/

https://www.defense.gouv.fr/sites/default/files/ministere-armees/Communiqué_A_La DGA commande 16 véhicules équipés d’un radar en bande X à Saab et Scania pour moderniser les capacités de détection et de surveillance aérienne de l’armée de Terre.pdf