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TRIBUNE : Procès DZ : le point de rupture

By Sécurité/Justice

Par Raphael Piastra, Maître de Conférences en droit public des Universités, adhérent au CRSI 

Dysfonctionnements en audience, tensions répétées et sentiment d’impunité : cette tribune revient sur un procès révélateur des failles de notre système judiciaire.

« C’est une pièce de théâtre, faut arrêter ». Ainsi s’est exprimé, non sans une certaine lucidité, Zaineddine Ahamada, un des accusés du procès de la DZ mafia à Aix-en-Provence dans un box, privé de ses avocats. Ce procès inédit, qui s’est ouvert à Aix lundi 23 mars et s’est achevé le 10 avril, était censé juger les principaux chefs du gang. Il a été quotidiennement parasité par les artifices procéduraux et les postures des avocats, de leurs clients et de l’impuissance de la présidente à maintenir la police de l’audience.

Pendant les premiers jours il y a eu de multiples incidents d’audience. Ainsi, le mardi soir, ce sont deux des accusés, les deux présumés meneurs de la DZ Mafia, qui ont été exclus des débats jusqu’à la fin de la journée. Le lendemain matin, la cour a entendu la capitaine de police qui a conduit l’enquête de flagrance. On décortique le procès-verbal qu’elle a produit et qui, selon la défense, contient des incohérences. Le ton monte, des invectives fusent et la présidente décide de suspendre l’audience. Un peu plus tard, nouvel incident lorsque les avocats de la défense s’indignent que l’enquêtrice ait quitté le palais après la suspension, alors que son audition n’était pas terminée. Depuis lors elle a bénéficié d’un arrêt maladie alors que sa participation est pourtant décisive. Tant qu’elle a ce certificat médical, la présidente ne peut lui enjoindre de revenir. C’est un exemple parlant de ce qui s’est passé la plupart du temps.

« Ce qui se passe ici, je le déplore. On donne une image de la justice aux médias qui n’attendaient que ça », indique à raisons Me Morand-Lahouazi (avocat d’un des accusés). Et de rajouter : « ceux qui risquent la perpétuité dans ce box, ils ne vont pas dormir (ndlr : ils ont eux-mêmes endormi des gens pour l’éternité). Je n’ai pas envie que notre robe représente ça ».
« Un peu de respect pour la justice, c’est tout ce que je demande », conclut-il. Même s’il y a une certaine hypocrisie dans les propos de cet avocat, on ne peut que constater qu’il dit vrai. Quelle image de la justice donnée !

Face aux interventions spontanées et répétées de deux accusés, la présidente décide enfin de les renvoyer aux geôles : ils n’assisteront pas à la fin des débats, qui ont duré mardi jusqu’à 20h.

Le procès va donc se poursuivre avec l’audition de témoins (souvent apeurés), d’experts psychiatres ou psychologues que les accusés méprisent le plus souvent et ce devant un box et des bancs de la défense dépeuplés. Les accusés, absents, reçoivent chaque matin un huissier qui leur fait sommation à comparaître et le soir la greffière descend dans les geôles leur faire le rapport sur l’audience du jour. Quant aux avocats, ils ont également décidé de boycotter l’audience. On a évoqué le renvoi de ce procès. C’eut été catastrophique et surtout une victoire pour les accusés.

La présidente a annoncé la poursuite du procès. « Nous passons outre la présence des accusés », a-t-elle indiqué. Puis on a un fleuron d’hypocrisie : « Nous assistons à une conduite mécanique de l’audience, au mépris des règles les plus essentielles du procès, dénonce Me Raphaël Chiche, avocat d’un accusé. Le procès continue comme si de rien n’était afin que la décision soit délivrée le 10 avril, peu importe la méthode. Dans un état de droit, c’est inacceptable ». Le plus inacceptable dans un état de droit ce sont les crimes commis par ce gang, l’arrogance de certains prévenus et même l’attitude de certains avocats à l’audience. On y reviendra.

Dans quel monde vit-on ? Notre système judiciaire ne marche-t-il pas sur la tête ? Petit point sans importance aux yeux de beaucoup (et notamment de la justice), quid des parties civiles au nom des deux personnes assassinées par cette DZ (certes deux narcotrafiquants) ? On a assisté en effet à un spectacle lamentable. Avec notamment une présidente (expérimentée dit-on) qui ne tenait pas son audience dont elle a la police redisons-le. Même si c’était difficile parfois. Et tout ça car le droit pénal français est basé sur un totem unique : les droits de la défense. Les avocats des futurs coupables connaissent parfaitement celle-ci dont ils utilisent les moindres failles. Depuis quelques années, se sont implantés, sur Marseille et ses environs (mais aussi dans d’autres villes) des cabinets exclusivement spécialisés là-dessus. Les failles de la procédure et tout ce qui peut nuire à celle-ci. Leur clientèle est souvent peu recommandable mais très bonne payeuse ! Cela créait même des liens parfois dangereux.

Puis ce procès anormal a repris à peu près normalement. Un témoin clef (à charge) a témoigné anonymement (derrière un paravent). Mais comment une enceinte judiciaire peut-elle tolérer cela ? Depuis quand peut-on avoir peur à ce point dans un tel lieu ? Ces criminels continuent parfois de fanfaronner au mépris du respect que l’on doit à la justice. Mais ces barbares n’ont pas appris le sens du mot respect. Plus que cela, pour la plupart, ce n’est pas dans leur culture… Et l’on en est arrivé au verdict de ce procès : il est, a minima, en trompe l’œil. 25 ans de réclusion et un acquittement pour un double assassinat. L’acquittement prête à sourire, tout comme l’acquitté a souri en disant merci. En effet Amine Wallan (c’est son nom) n’en a pas fini avec la prison et la justice, d’autres procès l’attendent. Il sera jugé notamment en octobre pour un triple assassinat. Et il n’aurait rien fait sur ce dossier ? Alors qu’avec son ami d’enfance, Gabriel Ory (le condamné), ils sont les principaux chefs de la DZ.

Ce procès fut tellement sujet à caution que Franck Rastoul, procureur général de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, après avoir interjeté appel, a aussi annoncé avoir saisi, mercredi 22 avril, la bâtonnière de Marseille et les procureurs généraux de Toulouse et Paris pour « des propos (ndlr : de 4 avocats) qui posent question sur le plan déontologique et disciplinaire ».

Et le procureur de préciser « il ne s’agit pas de remettre en cause le droit de la défense. Mais quand, au bout de trois semaines, vous n’avez pas pu attaquer le fond et que vous avez trois semaines d’incidents, je pense qu’en termes de pratiques professionnelles cela interroge ». Dans de tels dossiers, il est de plus en plus fréquent que, par appât du gain mais aussi parfois par crainte, certains avocats ne sont pas loin de basculer dans la duplicité voire la complicité. Ce n’est certainement pas un hasard si la bâtonnière de Marseille a récemment ouvert une enquête déontologique visant une avocate (Me Christine D’Arrigo avocate de G. Ory). Le milieu des avocats, notamment phocéens, pousse des cris d’orfraies. Au nom de la liberté de plaider la justice, rendue au nom du peuple français, rappelons-le, ne peut pas (plus ?) tout tolérer. Les avocats, comme leurs clients, ne sont pas au-dessus des lois. Qu’ils méditent ce proverbe grec : les robes des avocats sont doublées de la sottise et de l’entêtement des plaideurs.

Tant que l’on n’inversera pas totalement le curseur de cette primauté des droits de la défense sur les droits des victimes, on ne s’en sortira pas. Et on fera le lit des délinquants et des criminels. Un exemple : l’absence volontaire et organisée des accusés comme à Aix, aurait dû sur-le-champ être sanctionnée d’une peine de prison ferme. Il est évident qu’il faut désormais donner priorité au droit des victimes. Alors cela nécessite une vaste réforme du droit et de la procédure pénale. Le souci est que le Conseil constitutionnel risque de censurer tout ce qui remet en cause ces sacro-saints droits de la défense. Il faudra alors s’interroger un jour sur la place dudit conseil, devenu de plus en plus droit-de-l’hommiste, dans notre état de droit. Le droit à la sûreté est aussi un droit fondamental. Et ceux qui le remettent en cause à l’instar des criminels de la DZ, ne doivent pas être mieux traités que les victimes qu’ils font. Ils devraient même l’être bien moins. Quand on regarde comment Nayib Bukele traite ses mafieux au Salvador et surtout comment il a réglé le problème de l’insécurité, il y a de quoi être envieux parfois ! Par certaines décisions récentes le juge constitutionnel a fait du tort à la démocratie. Il en va de même de certaines décisions du juge administratif. Ainsi dans les prétoires il existe de très mauvais signes pour l’état de droit et, partant, pour notre démocratie (JE Schoettl, Notre démocratie au péril des prétoires De l’État de droit au gouvernement des juges, Gallimard, 2022).

Un principe intellectuel et moral fondamental veut que les puissants fassent la loi. C’est une règle essentielle de l’ordre mondial, de même que dans la Mafia. Toute ressemblance n’est d’ailleurs pas fortuite (Noam Chomsky)

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Lettre ouverte aux forces de l’ordre

By Sécurité/Justice

Par Yves GARREC, adhérent du CRSI

Lettre ouverte aux forces de l’ordre : « le rapport exécrable qui s’est établi entre le peuple français et la police doit cesser »

L’auteur de cette lettre précise que malgré la date de rédaction (2019), le contenu de la lettre correspond tout à fait au contexte actuel. 

Messieurs les gendarmes, les CRS, les forces mobiles et autres policiers, 

Je suis un responsable GILET JAUNE pour la simple raison que, comme chacun de nous, je suis un GILET JAUNE responsable … rien de plus … autant vous dire que je n’ai aucun pouvoir ni d’organisation, ni de commandement sur quiconque …
Pas plus que je ne suis le porte-parole de qui que ce soit.
D’être le mien me suffit amplement. 
Mes mains n’ont jamais tenu ni pavés, ni boules de pétanque, ni boulons, ni marteaux à destination des forces de l’ordre.
J’en fais un tout autre usage … plus approprié.
Jamais je n’ai proféré la moindre insulte à l’adresse des policiers.
Je ne suis pas un anti-flic viscéral, malade de son complexe d’Œdipe mal résolu. 
Je n’ai jamais cassé la moindre vitrine, ni détérioré le moindre monument public.
Et ce n’est pas demain la veille. 
Je vous passe la suite …
Le rapport exécrable qui s’est établi entre le peuple français et la police doit cesser…
Le plutôt sera le mieux.
Avant que des catastrophes plus graves encore ne surviennent.
Vous allez vous dire : « tiens un gilet jaune qui a décoloré son veston. »
Vous vous trompez.
Je ne suis pas de ceux qui s’interrogent sur l’opportunité de changer de nom ou de couleur.
Je suis Gilet Jaune à vie. 
Je suis un père tranquille et jamais il ne me serait venu à l’idée de prendre l’initiative d’occuper les ronds-points … jamais.
Pourtant je ne peux vous dire l’immensité du soulagement qui a été le mien à la vue de la réaction de ce petit peuple … Il faut comprendre … c’est de là que je viens. Il m’a fait naître, élevé, nourri comme il a pu …
Nous étions très pauvres …
Il m’a permis de faire des études dans des conditions d’une précarité indescriptible.
Je n’étais donc pas le seul à ressentir ce sentiment de révolte devant les propos méprisants et arrogants du président de notre pauvre république. 
D’ailleurs est-elle encore la nôtre ?
Monsieur le président vous avez mis mon pays à feu et à sang.
Votre quinquennat est la pire chose qu’il ait pu lui advenir depuis la guerre de 1940 …
Un immense malheur …
Pourtant j’en ai vu des présidents de la République … depuis Vincent AURIOL.
Monsieur le président vous faites de beaux discours sur la France.
Cependant vous la méconnaissez.
Au fond vous êtes un ignorant qui fait le savant.
Vos discours ne sont rien d’autre que du papier mâché. 
Une police est nécessaire dans un pays … 

MAIS IL CONVIENT DE RAPPELER CERTAINS PRINCIPES 

Premier point

Il n’y a pas de violence légitime d’où qu’elle vienne.
Nous sommes des êtres parlants : « Le premier homme qui a lancé une injure au lieu de lancer une pierre a inventé la civilisation », disait Freud.
Le fait de conférer une violence légitime à quiconque ne peut que le pousser à la tentation de passer outre cette étape première du langage et à faire usage immédiatement de la force et de la violence … impunément ?
J’ai fait énormément de manifestations du samedi … je l’ai vu de mes yeux …
Ce n’est pas la peine de me raconter des histoires. Il n’y a pas de violence légitime …
La seule qui puisse s’entendre consiste en la légitime défense … concept très difficile à apprécier en situation …
Pourquoi serait-on plus coulant et moins regardant pour un policier sur ce dernier point. 

Deuxième point

Porter un uniforme de policier n’est pas un permis de battre, de violenter, d’estropier, d’insulter etc.
Porter une arme à sa ceinture ne constitue aucunement un permis de chasse … un permis de tuer.
C’est vrai ça peut être excitant en tout ça pour certains.
J’en soupçonne que j’ai vu à l’œuvre dans les manifs d’avoir dans la bouche le goût du sang …
Jamais je ne généraliserai cela à tous les éléments de police. 
Lorsqu’un terroriste, un couteau à la main se trouve entouré d’une vingtaine de policiers armés jusqu’aux dents, peut-être est-ce excessif de le cribler d’une vingtaine de projectiles.
Peut-être peut-on le maîtriser en lui laissant la vie sauve. 
La peine de mort est interdite dans mon pays … que je sache …
Et serait-elle encore en vigueur, ce ne serait l’apanage d’aucun des citoyens d’en décider et de la mettre à exécution.
Ces citoyens fussent-ils des policiers.
La loi est la même pour tous … même les pires d’entre nous méritent de profiter de sa protection.
La loi n’est pas qu’une contrainte, elle est aussi ce qui nous protège et définit nos droits  

Troisième point

Les prérogatives de la police ne l’autorisent ni à rendre la justice … encore moins à se faire justice … ni à punir d’aucune façon. Nous avons une institution judiciaire dont c’est le travail.
Respectons la séparation des pouvoirs. 

Quatrième point

Les revendications pour plus de justice sociale et un degré supérieur de civilisation ou de société sous forme de manifestation ne relèvent pas de la délinquance.
Elles ne prennent cette forme que lorsque le pouvoir politique en place sert des intérêts antagonistes … voire réactionnaires … que lorsqu’il est sourd à toute écoute, à toute négociation.
La violence n’apparaît que lorsque la parole et le langage sont rendus inopérants.  

Cinquième point

Je sais que je vais faire bondir certains de mes petits camarades.
J’ai échangé en marge des manifestations avec bon nombre de policiers gendarmes et autres …
Je vais vous dire je les plains …
Mais dans quel pétrin sont-ils ?
Notre président les utilise comme des pions.
La violence dans les manifestations vient très souvent des ordres qui leur sont donnés.
Combien de fois, à peine avions nous entamé une manifestation que les coups et les grenades pleuvaient ?
Combien de fois les forces dites de l’ordre l’ont été de l’ordre que l’on leur donnait : Casser du Gilet Jaune ?
Combien de fois à cause de ces ordres se sont-elles comportées en force du désordre ?
J’entends souvent cette plainte proférée par certains politiques ou politologues y compris par certains policiers : « Autrefois c’était bien on avait peur de la police ». Autrefois je ne craignais pas la police.
Actuellement je vais aux manifestations la peur au ventre.
Je me méfie …
Je me méfie parce que je ne sais pas sur qui je vais tomber.
Je sais que certains de ces hommes sont dans la toute-puissance.
Après ce que j’ai vu et vécu dans les manifs, je sais que je peux faire de très mauvaises rencontres.
J’en ai fait pourtant d’excellentes parmi ces hommes et ces femmes en uniforme. Lorsque j’entends que la problématique relèverait de la formation, ou du nombre, ou de la qualité de l’outillage répressif, je suis vraiment ébahi.
Le problème de la police est un problème politique.
Le travail d’un policier n’est pas de se substituer à celui de la justice certes … mais on ne peut non plus lui demander de palier à l’incurie des hommes et femmes politiques au pouvoir auxquels incombe précisément la résolution des problèmes économiques et sociaux du pays … responsabilité qu’ils ont réclamée à cor et à cri.  

«  À L’IMPOSSIBLE NUL N’EST TENU. SI VOUS NE SAVEZ PAS FAIRE LAISSEZ LA PLACE. » 

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Projet de loi RIPOST : de quoi on parle ?

By Sécurité/Justice

Par Salomé Bessonnet Lelievre,  Jeunes CRSI

Le ministère de l’Intérieur a présenté en mars 2026, le dossier de presse du projet de loi RIPOST (Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l’ordre public, la Sécurité et la Tranquillité de nos concitoyens). Ce texte vise à combler certains vides juridiques face à des actes de délinquance ciblés.

Mesures d’ordre public

Squats et baux touristiques

  • Le texte étend la loi Kasbarian de 2023 pour inclure les squatteurs qui se maintiennent dans un logement de manière illégale après y être entrés légalement (exemple : via un bail de courte durée/meublé touristique).
  • Le préfet pourra prononcer une évacuation rapide pour abus de confiance.

Lutte contre les stupéfiants (responsabilisation des consommateurs)

  • Augmentation de l’amende forfaitaire délictuelle : elle passe de 200€ à 500€.
  • Suspension du permis de conduire ou du permis bateau (jusqu’à 3 ans) pour les personnes condamnées pour usage ou détention.

Rodéos motorisés

  • Création d’une amende forfaitaire délictuelle de 800€ payable sur-le-champ.
  • Possibilité d’une interdiction administrative de conduire tout véhicule à moteur (même sans permis) et confiscation du véhicule en cas de simple refus d’obtempérer.
  • Blocage du transfert du certificat d’immatriculation pour empêcher la revente du véhicule incriminé.

Protoxyde d’azote

  • L’inhalation hors cadre médical devient un délit : 1 an de prison, 3 750€ d’amende, ou amende forfaitaire de 200€.
  • La vente est strictement encadrée : interdiction de vente la nuit, peines allant jusqu’à 6 mois de prison et 7 500€ d’amende en cas de vente illégale, fermeture administrative des commerces.
  • Création de délits spécifiques pour le transport sans motif légitime et la conduite sous l’emprise de cette substance.

Mortiers d’artifice

  • La détention, le transport ou l’acquisition sans motif légitime sont punis de 3 ans de prison (5 ans si utilisation pour dégradation).
  • Fermetures administratives des commerces vendant ces produits illicitement et confiscation par les préfets en cas d’usage non professionnel.

Sécurité événementielle (rave parties et stades)

  • L’organisation d’une rave party non déclarée devient un délit passible de 2 ans de prison et 30 000€ d’amende, avec placement possible en garde à vue immédiate et comparution immédiate.
  • Les participants pourront désormais être sanctionnés pénalement via une amende forfaitaire de 300€.
  • Saisie et confiscation du matériel sonore et des véhicules.
  • Renforcement des interdictions administratives de stade (IAS) portées à une durée maximale de 24 mois.
  • Élargissement du champ d’application de l’IAS : applicable 24h avant et après une rencontre, et étendue en dehors des stades (lieux de rassemblement), avec application possible en cas d’incitation à la haine ou à la discrimination

Lutte contre la criminalité organisée

  • Fouilles de coffres et de bagages autorisées en zone frontalière sans réquisition, pour lutter contre l’entrée d’armes et de drogues.
  • Allongement de la garde à vue jusqu’à 72 heures pour les affaires liées à la criminalité organisée financière.
  • Possibilité de recourir aux techniques spéciales d’enquête pour démanteler les trafics de médicaments.
  • Transmission facilitée d’éléments judiciaires par les procureurs (même non spécialisés) aux services de renseignement

Sécurité privée

  • Agents de sécurité privée : possibilité d’inspecter visuellement les coffres de véhicules lors de grands événements ou avec l’autorisation du préfet ; recours autorisé aux caméras piétons (également étendu aux douaniers).
  • Agents de Police Judiciaire (APJ) : élargissement de leurs capacités d’intervention pour les premières constatations et actes d’enquête, afin de soulager les OPJ.

Moyens technologiques et vidéoprotection

  • Vidéo-assistance : élargissement de l’expérimentation aux lieux ouverts au public en cas de menace terroriste ou d’atteinte grave aux personnes ; le texte précise qu’il ne s’agit pas de reconnaissance faciale, mais d’un outil algorithmique d’aide à la décision émettant des alertes.
  • Lecture automatisée des plaques d’immatriculation (LAPI) : autorisation étendue à de nouvelles infractions (cambriolages, escroqueries, soustractions de mineurs) avec une conservation des données fixée à une année.
  • Pseudonymisation : les enquêteurs pourront être identifiés par leur numéro d’immatriculation administrative dans les actes d’enquête pour les protéger des représailles.
JET

De l’expérimentation « JET » (1986) au programme interministériel « JET 2.0 » : une nouvelle réponse à la délinquance des mineurs

By Institutions

Par Laurent Bregeon, Christian Cuffel, Gregory Lalau, Patrick Duros et Guillaume Faure, CRSI Occitanie

Genèse et fondements du projet « JET » initial (1986 – 2000)

Le projet Jeunes en Équipes de Travail (JET) est né d’une intuition forte de l’Amiral Braque de la Perrière en 1986. À cette époque, l’armée souhaitait affirmer son rôle social et son potentiel de cohésion nationale.

Une philosophie de la « Rupture Constructive »

Le principe reposait sur le volontariat de jeunes (souvent majeurs à l’époque) issus de quartiers dits « sensibles » ou en perte totale de repères. L’idée était de les extraire de leur environnement quotidien pour les plonger dans un cadre radicalement différent :

  • L’uniforme sans distinction : les jeunes portaient une tenue réglementaire, gommant les signes d’appartenance sociale ou de marginalité, favorisant l’unité.
  • L’immersion en section : intégrés dans des structures militaires, ils étaient soumis à une discipline de fer, mais protectrice

Les piliers de la méthode JET

  • Instruction Citoyenne : réapprendre les codes de la vie en collectivité, le respect des emblèmes, de la hiérarchie et d’autrui.
  • Remise à niveau scolaire : un volet pédagogique important visait à combler les lacunes fondamentales (lecture, écriture, calcul).
  • Dépassement de soi : par le sport et les épreuves physiques, le projet visait à restaurer l’estime de soi, souvent brisée par l’échec scolaire ou social.

Le bilan historique : Succès comportemental, échec de transition

Le projet fut qualifié de réussite sur le plan de la métamorphose des individus (hygiène de vie, respect des horaires, santé). Cependant, il fut supprimé au début des années 2000 pour deux raisons majeures :

  • Le coût : un encadrement d’active 24h/24 représentait une charge budgétaire lourde pour la Défense.
  • Le « mur » civil : à la sortie, les jeunes se retrouvaient souvent démunis, les formations militaires n’étant pas toujours calquées sur les besoins du marché du travail, provoquant un risque de rechute faute de suivi (« relais » inexistant).

Proposition : Le Programme « JET 2.0 » (Mineurs 15-18 ans)

Le projet « JET 2.0 » propose de reprendre les forces du modèle initial tout en corrigeant ses faiblesses par une approche interministérielle et territoriale.

Un encadrement hiérarchisé et optimisé

Contrairement au modèle de 1986, l’encadrement repose sur une structure à deux étages :

  • La Direction (Active) : les groupes sont gérés et commandés par des gradés d’active issus de la Police Nationale, de la Gendarmerie ou des Armées ; ils garantissent l’autorité, la sécurité et la déontologie.
  • L’Exécution (Réserve) : sous leur direction, des réservistes opérationnels volontaires assurent l’encadrement direct ; ces réservistes apportent leur double compétence (expérience de l’uniforme et métier dans le civil), facilitant le rôle de modèle pour les jeunes.

Une alternative judiciaire aux CER et CEF

Ce programme cible les mineurs délinquants (15-18 ans) comme une alternative sérieuse à la prison :

  • Activités à haute valeur sociale : travaux d’intérêt général, chantiers de restauration du patrimoine, activités de protection de l’environnement.
  • Volet financier : une compensation financière peut être instaurée, indexée sur le comportement et la réussite des modules de formation, pour responsabiliser le mineur.

Vers une refonte opérationnelle de l’Ordonnance de 1945

Le projet JET 2.0 s’inscrit dans une volonté d’optimiser l’esprit de l’Ordonnance de 1945 (récemment intégrée au CJPM).

Accélération et Lisibilité

Délai de réponse : le programme JET 2.0 doit intervenir dans un délai de 1 à 3 mois après les faits ; un mineur doit être sanctionné/formé tant que l’acte commis est encore « frais » dans sa mémoire.

Fin du clivage Éducatif/Pénal : le JET 2.0 est une mesure hybride : c’est une sanction (privation de libertés classiques, discipline) qui sert l’éducation (insertion, respect).

Le chaînon manquant : le partenariat économique

Pour éviter l’écueil du projet de 1986, le JET 2.0 intègre dès le premier jour :

  • Les entrepreneurs et collectivités : ils interviennent dans le programme pour proposer des débouchés concrets.
  • La justice restaurative : inclure des rencontres avec les victimes pour que le mineur prenne conscience de la portée de ses actes, favorisant ainsi une réinsertion durable.

Conclusion

Le manque de lisibilité actuel des actions de la police, de la justice, et de la PJJ nécessite un projet fédérateur.

Au-delà de l’enjeu éducatif, le JET 2.0 s’impose comme une nécessité de sécurité nationale. Face à une délinquance qui s’affranchit des codes et des limites, la passivité ou la lenteur administrative deviennent des facteurs d’insécurité. En réaffirmant la verticalité de l’autorité par des cadres militaires et la réalité de l’engagement par les réservistes, ce programme sécurise l’avenir de nos institutions. Il offre à notre jeunesse la chance d’un sursaut avant la rupture définitive, et à nos concitoyens, la garantie d’un État qui ne renonce à aucun de ses territoires, ni à aucune de ses composantes.

Les axes d’optimisation de l’ordonnance de 1945 peuvent être analysés de la façon suivante :

  • Accélérer la procédure car la lenteur était le défaut le plus critiqué : un mineur pouvait attendre un an ou plus entre les faits et le jugement et à cet âge, le temps vécu est très dense, un délai aussi long rompt le lien entre l’acte et la conséquence. L’optimisation passe par des audiences dans un délai de 1 à 3 mois, ce que le CJPM a tenté d’instaurer avec sa procédure en deux temps.
  • Rendre les réponses pénales lisibles : l’empilement des réformes successives depuis 1945 avait rendu le droit des mineurs illisible, même pour les praticiens et une codification claire, hiérarchisant les mesures de la plus légère à la plus contraignante, était indispensable pour que le mineur, sa famille et la victime comprennent ce qui se passe.
  • Mieux individualiser la réponse : l’Ordonnance posait le principe d’individualisation, mais les moyens d’enquête sur la personnalité (bilans éducatifs, rapports sociaux) étaient souvent insuffisants ou tardifs.
    L’optimisation suppose des évaluations plus systématiques et rapides pour adapter la mesure au profil réel du jeune.
  • Dépasser l’opposition éducatif/pénal : le débat public a longtemps opposé les tenants de l’éducatif pur aux partisans d’une réponse plus répressive. Il faut alors penser des mesures hybrides comme la réparation pénale (le mineur répare concrètement le préjudice), le travail d’intérêt général adapté, ou encore les stages de citoyenneté, qui sont à la fois éducatifs et symboliquement punitifs.
  • Donner plus de place à la victime : l’Ordonnance de 1945 était centrée sur le mineur, au détriment de la victime. L’introduction de la justice restaurative, médiation, rencontre encadrée entre auteur et victime, constitue un apport majeur pour réparer le lien social et réduire le sentiment d’impunité.
  • Renforcer les moyens humains et matériels puisque c’est le point aveugle de toutes les réformes : la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) manque chroniquement de personnels éducatifs, et les places en établissements spécialisés sont insuffisantes. Une loi parfaite sans moyens ne sera pas efficace ni suivie.
  • Agir en amont par la prévention car l’Ordonnance n’intervenait que lorsque la délinquance était constituée : or les recherches en criminologie montrent que l’intervention précoce, dès les premiers signaux à l’école ou dans la famille, est bien plus efficace que le traitement pénal a posteriori.
    Un partenariat structuré entre l’Éducation nationale, le travail social et la justice reste à construire.

En résumé, les limites de l’Ordonnance de 1945 ne tenaient pas tant à ses principes, qui restent fondés, qu’à leur mise en œuvre : lenteur, illisibilité, manque de moyens et absence de vision préventive. Le CJPM de 2021 y a répondu en partie, mais la question des ressources et de la prévention demeure entière. D’où un manque de lisibilité des actions et des actions par toutes les parties : Police, Gendarmerie, Justice, Administration Pénitentiaire, Pouvoirs Publics, Gouvernement et Parlement.

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Ce qui marche, c’est le « hors système »

By Economie

– par Christine MATHIS, référente du CRSI pour la région Île-de-France et coordonne les travaux des adhérents pour cette région. Consultante en accompagnement du changement pour les entreprises, elle bénéficie d’une solide culture économique.

Regards de chefs d’entreprise sur la gouvernance économique française

Dans le cadre de ses groupes de travail, le CRSI a recueilli les contributions de chefs d’entreprise sur les freins structurels à la compétitivité française et les attentes vis-à-vis de l’action publique. Leurs analyses convergent autour d’un constat sans détour : ce qui fonctionne en France, c’est ce qui échappe au système ordinaire.

Le modèle Notre-Dame : une leçon de gouvernance

La reconstruction de Notre-Dame de Paris et l’organisation des Jeux Olympiques ont démontré qu’il était possible, en France, de tenir des délais, de respecter des budgets et d’obtenir des résultats exceptionnels. La recette ? Une vision claire, un responsable identifié, un budget défini et un allègement des procédures habituelles.

Ce modèle fait aujourd’hui référence dans les milieux économiques. Pour les enjeux de défense et de réindustrialisation notamment, les interlocuteurs sont unanimes : sans un « effet Notre-Dame », c’est-à-dire sans dérogation assumée aux lourdeurs du système, les ambitions resteront lettre morte.

Trop de normes tuent la norme

Les chefs d’entreprise auditionnés pointent en premier lieu l’instabilité normative comme facteur de désorganisation. Ils appellent à un moratoire normatif, proposition initialement formulée par Alain Madelin, sur toute modification de dispositif existant, avec une règle d’intervention a minima.

Deux exemples concrets illustrent ce diagnostic : la transformation du DIF en CPF, où les entreprises n’ont pas le temps d’intégrer un dispositif avant qu’il évolue ou disparaisse ; et les obligations sur la gestion des données qui ont remis en cause le tiers payant dans les mutuelles, souvent introduites par voie d’amendement sans étude d’impact.

Au-delà de l’instabilité, c’est aussi le caractère indifférencié des normes générales qui pose problème. Trois exemples illustrent leurs effets pervers :

  • La loi Rixain (quota de 40 % de femmes dans les instances de gouvernance) produit dans l’industrie un effet inverse à celui escompté : faute de mixité dans les métiers techniques, certains postes support sont systématiquement réservés à des femmes pour atteindre le quota, instituant de facto des « métiers 100 % féminins ».
  • L’index égalité Homme/Femme est conçu pour les entreprises de services ; appliqué à l’industrie, où la répartition fonctionnelle est structurellement différente, il ne mesure plus rien de pertinent.
  • Le droit du travail, insuffisamment flexible, empêche les entreprises industrielles d’ajuster rapidement leurs effectifs aux variations de production.

À cela s’ajoutent des demandes concrètes : allègement des contraintes environnementales pour les constructions sur terrains d’entreprise ou en friches industrielles, et revalorisation des filières techniques et scientifiques, notamment pour les jeunes femmes, face à un déséquilibre criant entre formations et besoins réels du marché.

Ce que les entreprises attendent de l’État

Il serait réducteur de lire ces contributions comme un simple plaidoyer anti-étatique. Ce que les chefs d’entreprise expriment, c’est avant tout une demande de clarté et d’engagement. Leurs attentes se structurent autour de trois axes :

Une vision et des priorités assumées. Quelle ambition pour la France à dix ans ? Quelles sont les priorités de la Nation ? Les entreprises ne demandent pas moins d’État, mais un État qui choisit et qui dit ce qu’il choisit.

Un cadre stable et lisible. Cela suppose de clarifier le périmètre respectif de l’État, de l’administration et de la société civile, notamment sur les questions industrielles et de défense où l’articulation avec le niveau européen reste confuse.

Un engagement sur la méthode. Les entreprises ont appris à se méfier des grandes consultations sans lendemain. Ce qu’elles demandent : deux ou trois priorités claires pour le mandat, un nombre limité de propositions techniques, et surtout, une trajectoire tenue dans la durée.

paris le conseil constitutionnel

Le Conseil Constitutionnel est-il contre la démocratie ?

By Institutions

– par Raphael PIASTRA, Maitre de Conférences en droit public – HDR des Universités, membre du CRSI

 

À deux reprises, et après d’autres décisions similaires, le CC a encore démontré voici peu qu’il n’était plus tout à fait le protecteur de nos droits et libertés. Il est même en passe de devenir le contraire. Deux décisions emblématiques de ce que l’on peut appeler un dévoiement de sa mission, sont à étudier. 

La première décision est très récente

(Décision n° 2025-1185 QPC du 13 mars 2026).

Saisi dans une affaire de stupéfiants, les « Sages » (le nom n’est il pas devenu erroné ?) ont prononcé une non-conformité totale de la peine complémentaire obligatoire visant à confisquer certains biens en cas de condamnation pour trafic de drogues. Dans une décision publiée  vendredi 13 mars l’institution a donc prononcé une non-conformité totale de la peine complémentaire obligatoire de confiscation de certains biens en cas de condamnation pour trafic de stupéfiants. Selon les juges de la rue de Montpensier, cette règle empêchait les juges d’adapter la peine à chaque situation. 

Or, la confiscation serait prononcée automatiquement sans que les juges puissent moduler la peine ou en dispenser le condamné. La disposition prévoit la confiscation de tout bien ayant servi à la commission de l’infraction, ou qui en était le produit, qu’il s’agisse d’un véhicule ou de l’habitation de l’individu condamné. Le Conseil constitutionnel a ainsi refusé cette règle pourtant inscrite dans le Code pénal français après avoir été saisi lors d’un renvoi de la chambre criminelle de la Cour de cassation du 17 décembre dernier dans le cadre d’une affaire de trafic de stupéfiants. Le mis en cause, Mostafa B., avait été condamné par la cour d’appel de Bordeaux, le 16 octobre 2024, à sept ans de prison et à une confiscation de certains de ses biens. Une affaire de trafic de stupéfiants bien évidemment avec pour acteurs principaux, une fois encore, des individus issus de l’immigration africaine. En 2021, selon l’INSEE, la délinquance africaine représentait 58,2 % des actes (Maghreb : 37,6 %, Afrique noire : 20,6%).

Revenons un peu sur une décision aussi scandaleuse que dangereuse  pour l’ordre public. Dans son 4è considérant le CC estime que selon l’article 8 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires … ». Le principe d’individualisation des peines qui découle de cet article implique qu’une sanction pénale ne puisse être appliquée que si le juge l’a expressément prononcée, en tenant compte des circonstances propres à chaque espèce. Il ne saurait toutefois faire obstacle à ce que le législateur fixe des règles assurant une répression effective des infractions. Certes le principe d’individualisation des peines existe. Cela signifie que la peine n’est pas automatique : le juge tient compte des antécédents, de la situation personnelle et des circonstances de l’infraction. Le Conseil s’est déjà prononcé là-dessus (décision n° 2014-696 DC du 7 août 2014, Loi relative à l’individualisation des peines et renforçant l’efficacité des sanctions pénales). C’est donc devenu un principe constitutionnel. 

Mais depuis une dizaine d’années s’est développé en France  un fléau majeur et meurtrier, le narcotrafic. Il attente quotidiennement à l’ordre public et gagne tout le territoire. Il est aussi particulièrement juteux. Les chiffres se rejoignent à peu près pour fixer son poids à près de 8 milliards d’euros. « La DZ Mafia fait sans doute entre 5 et 6 milliards d’euros d’argent liquide », a assuré Gérald Darmanin lors d’un déplacement à Marseille (capitale du trafic) en 2025. Le procureur de la République de Marseille a opiné que «les cadres dirigeants (ndlr : de la DZ mafia) dégagent un bénéfice de 300.000 euros par personne chaque mois» (conférence de presse du 14 mars suite à un gros coup de filet sur cette mafia).

La réalité, qui échappe au juge constitutionnel, c’est que le narcitrafic a tué, rien que sur Marseille, 49 personnes en 2023 et encore 24 en 2024. Et au niveau national 110 morts, 341 blessés en 2024 (des chiffres en baisse par rapport à 2023 où on dénombra 139 morts et 413 blessées). Mais le principe de réalité semble échapper totalement aux juges constitutionnels, enferrés qu’ils sont dans un droitdel’hommisme  qui les aveugle. Des gens meurent sous les balles de mafieux sans foi ni loi et on estime que ces gens-là ont les mêmes droits que les honnêtes citoyens et même les familles des victimes ? Rappelons-nous Saint-Just : «pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». 

Dans son considérant cité ci-dessus le CC précise avec une hypocrisie totale : Il ne saurait toutefois faire obstacle à ce que le législateur fixe des règles assurant une répression effective des infractions.  Mais dès que le législateur pénal vote justement une loi répressive, le conseil s’enhardit à  en censurer ses aspects répressifs (loi Attal,  loi Darmanin). Il se trouve que ce même conseil fait très peu cas d’un droit fondamental de tout citoyen : la sûreté (art. 2 de la Déclaration de 1789). Il en va de même de la liberté de circulation. Le Conseil lui-même considère que celle-ci est protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 (il l’a notamment rappelé dans la décision du 5 août 2021).Comme la sûreté,  la liberté est ainsi « un droit naturel et imprescriptible ». Personne n’est dupe des dangers d’une société, notamment celle qu’est devenue la notre depuis quelques décennies. Mais chaque citoyen doit pouvoir bénéficier au mieux  de ses droits et libertés sans qu’ils soient de plus en plus entravés (cf derniers chiffres sur l’insécurité) par les mafieux qui peuplent nos villes. Et surtout lorsque ceux-ci bénéficient des largesses d’un  juge constitutionnel qui est aussi là, et même surtout là,  pour protéger les honnêtes gens. 

La sécurité est un souci majeur de l’opinion publique. Ainsi 68 % des Français placent la sécurité en tête de leurs préoccupations pour les prochaines municipales mesurait, quant à lui, l’institut IFOP dans une enquête réalisée en  janvier 2026. Et bien lorsqu’un juge constitutionnel prononce une non-conformité totale de la peine complémentaire obligatoire visant à confisquer certains biens en cas de condamnation pour trafic de drogues, il met en danger la démocratie. En faisant même  le jeu des trafiquants ce qui est un comble absolu.

 

La seconde décision concerne un OQTF

(Décision n° 2025-895 DC du 7 août 2025, Loi visant à faciliter le maintien en rétention des personnes condamnées pour des faits d’une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive)

À sa sortie de prison, l’agresseur malien des trois femmes blessées vendredi 19 décembre 2025 dans le métro parisien avait fait l’objet d’une OQTF et avait été placé en centre de rétention administrative. Malheureusement il n’avait pu y être maintenu que 90 jours, faute de prolongation votée par le Conseil constitutionnel. Le vote s’est joué à un rien… mais les conséquences sont retentissantes. Le 7 août dernier, le Conseil constitutionnel a donc censuré l’allongement de la durée de rétention pour les étrangers jugés dangereux, approuvée par les députés quelques semaines plus tôt. Le texte ambitionnait de faire passer la durée du placement en centre de rétention administrative (CRA) à 210 jours (majorité des pays de l’UE) au lieu de 90 pour les étrangers « condamnés pour des faits d’une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive ». Une mesure retoquée à une voix près par les Sages (celle de Richard Ferrand selon Marianne). Déjà le secret du délibéré est foulé aux pieds car en aucune manière ce genre de détail ne doit « fuiter »…

Écroué en janvier 2024 pour vol aggravé et agression sexuelle après condamnation pénale, ce clandestin avait reçu une obligation de quitter le territoire à sa sortie de prison en juillet et été placé dans un CRA. « Faute d’obtention d’un laissez-passer consulaire en l’absence de titre d’identité valide », sa rétention avait pris fin au bout des 90 jours légaux. En refusant la “loi Philippine”, c’est-à-dire l’extension de la rétention à 210 jours prévue dans la loi immigration, on se doit de constater que le Conseil constitutionnel a donc légalement permis, même indirectement,  à un clandestin malien sous OQTF de poignarder hier trois femmes dans le métro de Paris. Il y a quelque part mise en danger de la vie d’autrui. Pour simple information l’article 223-1 du Code pénal  prévoit que “le fait d’exposer directement autrui à un risque immédiat de mort ou de blessures de nature à entraîner une mutilation ou une infirmité permanente par la violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.” 

Comme le constate Me Gilles-William Goldnadel : « Ce violeur malien sous OQTF, a été libéré au bout des 90 jours maximum. J’accuse le Conseil constitutionnel d’être directement responsable du malheur de ses victimes en cassant la loi ayant prévu la prolongation de ce délai » (X). 

Et sur la base de ce délai trop court, il va malheureusement y avoir d’autres affaires mettant en cause des OQTF. D’abord car nonobstant la reprise d’une soi-disant diplomatie constructive (dixit L. Nunez),  avec l’Algérie, ce pays a certes libéré notre ami Sansal mais retient toujours Christophe Gleizes. C’est cette diplomatie des otages très prisée des autorités algériennes. Ensuite ce pays  bloque toujours les laisser-passer consulaires. Donc tous les OQTF algériens sont bloqués en France.  Enfin la plupart sont dans des CRA qui sont le plus souvent de véritables passoires et au sein desquels ils ne peuvent rester plus de 90 jours. Ne serait-il pas utile d’étudier la solution mise en place par Giorgia Meloni avec la construction de centres d’externalisation de la demande d’asile en Albanie ? D’autres pays que ce dernier seraient sans doute preneurs. 

Faisons remarquer que le 11 Mars dernier la Cour constitutionnelle italienne a donné raison au gouvernement de Giorgia Meloni qui a fait adopter une loi  restreignant l’acquisition de la nationalité pour les étrangers descendant d’Italiens.

 

A titre de conclusion, rappelons Jean-Eric Schoettl (ex secrétaire général du CC) qui a déjà très bien démontré les risques que faisaient courir de telles décisions (comme celles d’autres juges) dans un ouvrage qui fait date (La Démocratie au péril des prétoires: De l’État de droit au gouvernement des juges, Gallimard, 2022) ainsi que par de nombreux articles. Et il est fort à parier que le projet de loi dit Riposte (visant à réprimer les usages de mortiers, les rodéos, le protoxyde d’azote…) proposée récemment par L. Nunez en matière de déliquance, sera retoquée plus ou moins fortement par le Conseil Constitutionnel. Et ce sera là encore quitus donné aux délinquants…..

Mais il y a plus grave peut-être et ce dans la gestion du Conseil lui-même. Un an seulement après avoir validé sa nomination, Richard Ferrand a décidé de limoger sa secrétaire générale, Aurélie Bretonneau. Dans un courriel interne du 23 mars, cette ex-adjointe à la secrétaire générale du gouvernement a confirmé qu’il avait « proposé au président de la République de mettre fin à mes fonctions en raison de divergences de vues sur la conduite de l’institution ». Un mail entre le président et la secrétaire générale consulté par Politico, fait  référence à des divergences sur « la place du droit », après des tensions entre les deux responsables de l’institution (Atlantico.fr). Tous les échos convergent pour dire que l’ancien président de l’Assemblée Nationale se comporte souvent comme un despote. « Hormis Juppé, personne ne résiste vraiment » nous a confié récemment un membre de cabinet ministériel. Autant dire de suite qu’il s’agit d’un précédent des plus fâcheux. Imagine-t-on pareil pitoyable spectacle sous les présidences de Daniel Mayer, Robert Badinter ou Pierre Mazeaud ? 

 Alors que se profile l’élection présidentielle de 2027, il serait opportun de réfléchir  vraiment à ce qu’est devenu le Conseil Constitutionnel. D’abord le système de ses nominations est devenu totalement  politisé. MM Fabius et encore plus Ferrand en sont une illustration. Quant à certaines autres nominations de membres, cela devient du recasage pur et simple. Il y a à revoir sur ce point. Ensuite, et au risque de choquer, il faut revenir sur la QPC. Elle est devenue un moyen dilatoire de réécrire la loi ou de combler ce que le CC n’a pu faire sur une loi quand il n’en a pas été saisi auparavant.  Cette QPC selon nous ne respecte pas la démocratie parlementaire selon laquelle, tout de même, c’est le Parlement qui est seul légitime à voter la loi. Et si cette dernière va trop loin, le législateur doit seul pouvoir la corriger. Ce qui fait que seule la saisine parlementaire est légitime à nos yeux. Les saisines faites par l’exécutif doivent être, selon nous, supprimées. 

Regardons autour de nous les cours constitutionnelles d’autres pays. Elles se tiennent à leur place et rien de plus. Il ne faut en aucun cas que le juge constitutionnel devienne une sorte de cour suprême. « En France, la seule Cour suprême qui existe, c’est le peuple (C. de Gaulle).  

linkedin-terrain-de-jeu-de-nombreux-services-de-renseignement

LinkedIn, terrain de jeu de nombreux services de renseignement

By Numérique, Défense et géopolitique

– par Maëlys Gery, membre du CRSI

L’utilisation des réseaux sociaux grand public, et particulièrement de LinkedIn, par les services de renseignement étrangers (notamment chinois) marque un tournant dans les méthodes d’ingérence. Ce qui était autrefois un espace de réseautage professionnel « ennuyeux » est devenu un vivier stratégique pour le recrutement d’agents et le vol de données.

LA VULNÉRABILITÉ STRUCTURELLE DES RÉSEAUX PROFESSIONNELS

LinkedIn offre une transparence paradoxalement dangereuse pour les organisations sensibles :

  • Cartographie en temps réel : La précision des profils permet aux services étrangers de reconstituer l’organigramme complet d’une administration ou d’une entreprise stratégique.
  •  Ciblage psychologique : Les agents repèrent facilement les profils vulnérables, tels que les employés en quête de reconnaissance, les fonctionnaires frustrés par leur carrière ou les individus ayant des besoins financiers.
  • L’usurpation d’identité : l’usage de « faux profils » de hauts dirigeants permet d’approcher des homologues en message privé pour extraire des informations confidentielles sous couvert de confraternité.

 LE MODE OPÉRATOIRE DE L’APPROCHE VIRTUELLE AU RECRUTEMENT RÉEL

Le renseignement chinois a mis au point un processus de recrutement par étapes, particulièrement visible en République tchèque (rapport du BIS) et aux États-Unis :

  • Couverture professionnelle : Création de profils de « chasseurs de têtes » ou de « cabinets de conseil » basés à Singapour ou Hong Kong.
  • L’appât académique et financier : Des universitaires sont sollicités pour rédiger des rapports rémunérés. Ce qui semble être une mission légitime sert de « test » avant d’exiger des informations non publiques.
  •  La phase de « consolidation » : Les cibles sont invitées en Chine lors de voyages tous frais payés. Ces séjours visent à créer un lien de dépendance et un sentiment d’engagement envers les intérêts chinois.

UNE MENACE GLOBALE ET D’ENVERGURE ( ÉTATS-UNIS,FRANCE,EUROPE)

Le phénomène n’est plus marginal mais constitue une opération systémique :

  • En France : Une note commune de la DGSI et de la DGSE révèle que plus de 4 000 cadres de grandes entreprises françaises ont été ciblés.
  • Aux États-Unis : Des cas de corruption de fonctionnaires via LinkedIn ont été confirmés par le contre-espionnage et documentés par des enquêtes de presse (CNBC).
  • Objectif géopolitique : Au-delà du simple vol de propriété intellectuelle, ces manœuvres visent à asseoir la Chine comme première puissance économique mondiale et à affaiblir l’influence des pays du G7.

LE FOCUS NATIONAL: LA FRANCE FACE À L’INGÉRENCE NUMÉRIQUE 

L’alerte lancée par les services français souligne que l’Hexagone est une cible prioritaire, notamment en raison de son excellence dans les secteurs de la défense, de l’aérospatiale, de l’énergie et du luxe.

SECTEURS ET PROFILS PARTICULIÈREMENT VISÉS EN FRANCE

  • Les hauts fonctionnaires et contractuels : possédant des clés de compréhension sur les politiques publiques ou les régulations à venir.
  •  Les cadres de la « Base Industrielle et Technologique de Défense » (BITD) : Détenteurs de secrets technologiques et de propriété intellectuelle.
  • Les jeunes diplômés de grandes écoles : ciblés dès le début de leur carrière pour leur potentiel futur (stratégie du « pari sur l’avenir »).

LES PRÉCONISATIONS DE LA DGSI POUR LES COLLABORATEURS

Pour contrer cette « opération d’envergure », les services de renseignement français diffusent des conseils de vigilance spécifiques :

  • Vérification de l’identité numérique : se méfier des profils trop parfaits ou « trop beaux pour être vrais » (photos générées par IA, parcours académique prestigieux mais sans recommandations réelles).
  • Vérifier si le recruteur appartient réellement à l’entreprise citée via un canal tiers (site officiel, standard téléphonique).
  • La règle de la « discrétion numérique » : éviter de mentionner sur son profil des détails trop précis sur des projets classifiés ou des technologies sensibles.
  • Limiter la visibilité de son réseau : les agents étrangers utilisent votre liste de contacts pour identifier qui travaille avec qui (cartographie de l’influence).

Détection du « signal d’alerte » (Red Flag) : toute proposition de rémunération excessive pour une note de synthèse ou une simple « consultation » doit être considérée comme suspecte et toute invitation à poursuivre la conversation sur des messageries cryptées (WhatsApp, WeChat, Signal) dès le premier contact est un marqueur fort de la méthode chinoise.

Plaidoirie_Rurale

Plaidoirie rurale

By Economie, NASA

– par H., adhérente CRSI.

 

Aviez-vous déjà imaginé que le modèle agricole fût au cœur de notre sécurité intérieure ?

Le monde rural se porte mal, comme le reste me direz-vous…

L’épisode de Noël dernier lié à la dermatose nodulaire contagieuse des bovins, ou DNC, fut une injection de rappel à un constat établi depuis longtemps. Oublions-nous que nous « fêtons » les trente ans de la crise dite de la vache folle qui fut certainement une des plus grandes crises agricoles et agroalimentaires de notre époque ? Au plan mondial, la France est « médaille d’argent » pour le nombre de cas humains décédés du vMJC*, bel exploit…

Nous demandons à ceux qui nous nourrissent encore, mais pour combien de temps, de produire de meilleure qualité, avec un coût minimum, en utilisant le moins possible d’intrants.

Autour d’eux, un pont entre l’Etat et les éleveurs : les vétérinaires. Ils furent eux aussi, et malgré eux, au centre de cette récente crise dite de la DNC, mais cette fois-ci beaucoup plus violemment que lors des précédentes. Coiffés de leur casquette sanitaire, qu’ils ne peuvent discuter sans perdre une très grande partie de leur activité, les vétérinaires ruraux ont à la fois euthanasié des milliers de bovins et vacciné presque deux millions d’autres, le tout en quelques semaines.

Etre étonnée d’apprendre que ces délégués de mission étatique ne sont pas encore rétribués, à l’heure où j’écris ces lignes, est un euphémisme (1). Le 19 février dernier, la ministre de l’Agriculture avait sur son bureau une lettre signée d’organisations vétérinaires expliquant les conséquences du règlement trop tardif de ces missions jugées pourtant urgentes. L’Etat, lui, ne donne pas souvent de délai pour le paiement des charges sociales.

Circuit dysfonctionnel

Au-delà des difficultés financières qu’ont pu rencontrer ces praticiens, le retard de paiement semble un déni de reconnaissance de leur mission sanitaire accomplie en temps et en heure, mais aussi un déni de connaissance des entreprises du monde rural dont l’équilibre économique reste fragile. Oublions-nous que les cliniques vétérinaires sont garantes d’un pan entier de notre sécurité sanitaire ?

Il est vrai que cette vaccination, utile pour protéger les bovins d’une maladie jusqu’ici inconnue en Métropole, a coûté cher à la collectivité, déjà fauchée, et aux exportations de bovins, du fait de règles sanitaires européennes, fragilisant là-aussi des élevages pris entre deux feux (2). L’Europe a vu la réalité de ses anciennes frontières se reconstituer instantanément…

Peut-être y aurait-il eu moins de réticences de la part des éleveurs français si tous leurs jeunes bovins étaient encore engraissés, encore abattus et encore consommés en France ?  Notre pays est, en effet, le principal exportateur de broutards pour l’UE, les animaux naissent en France, mais sont engraissés, abattus et consommés principalement en Italie (3). Ce circuit est-il cohérent avec le bien-être animal, avec la nécessaire parcimonie énergétique demandée systématiquement par ailleurs, avec la préservation d’emplois nationaux ? La France pourrait être presque autosuffisante en viande bovine si elle n’exportait pas. Conséquence : elle en importe ! Et le quota de bœuf australien vient d’être multiplié par dix pour la décennie à venir… Ces animaux, s’ils sont nourris à l’herbe, seront même exemptés de droits de douane ! (4)

Des vaches, des passoires, des frontières

Quand on voit la paperasserie qui concerne nos terres en jachère (5), cherchons l’erreur ! Alors qu’un pâturage bien conduit participe à la diminution des traitements herbicides, à une diminution de production de gaz à effets de serre et économise de l’énergie, le tout en favorisant la biodiversité (6, 7). Le bon sens près de chez vous n’est plus à l’ordre du jour.

Sont-ce ces allées et venues de bovins qui sont à l’origine de la crise dite de la DNC ? Le bovin contaminé et importé en France n’a toujours pas été précisément identifié (8). Il vient d’Italie… Nos frontières sont des passoires aussi bien pour les migrants africains que pour les vaches transalpines. 

Lente dérive rurale qui s’ajoute à la montée du chaos urbain. La mauvaise orientation des choix de production aurait pu faire basculer une région entière dans une quasi révolte lors de cette crise sanitaire. Tout semblerait à revoir et rien ne devrait être juste effleuré lors d’une crise. Pour la première fois depuis cinquante ans, le France enregistre en 2025 un déficit commercial des productions agricoles et alimentaires (9). Causes à effets ?

Sans identification complète de tous les risques encourus, sans réelles politiques adaptées pour y faire face, l’histoire se répètera inévitablement car la mondialisation, et surtout celle de produits vivants, animaux ou végétaux, concourt forcément à la dissémination d’agents pathogènes (10). Le prochain visiteur sera peut-être zoonotique…

Ainsi notre modèle agricole, notre commerce de produits alimentaires ont tout à voir avec notre sécurité intérieure.

Les différentes crises concernant la viande l’ont montré. Cependant, les microbes ne sont pas responsables de tout. Nos réactions face à eux importent tellement plus. Pensons-y vraiment !

 

« La peur est capable de tout, et elle tue sans pitié. »**

« Sans pitié » serait, si vous le souhaitez, mon prochain sujet qui lie bien-être animal et sécurité intérieure.

*  vMJC = nouvelle forme variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Pour en savoir plus : https://www.depecheveterinaire.com/maladie-de-la-vache-folle-il-y-a-trente-ans-chronique-de-plusieurs-crises-sanitaires_679C50863E6FAC6D.html

** Le Hussard sur le toit, Jean Giono.

 

SOURCES :

(1) https://www.depecheveterinaire.com/missions-sanitaires-les-representants-veterinaires-alertent-sur-les-delais-de-paiement-excessifs-prejudiciables-a-un-engagement-durable_679A52863E6FAC6D.html

(2) https://agriculture.gouv.fr/dermatose-nodulaire-contagieuse-des-bovins-dnc-point-de-situation – section-4

(3)https://www.franceagrimer.fr/sites/default/files/rdd/documents/20240110_FICHE_FILIERE_BOVINE_2024_2.pdf

(4) https://www.lefigaro.fr/conjoncture/l-australie-et-l-union-europeenne-signent-un-vaste-accord-de-libre-echange-20260324

(5) https://www.allier.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Agriculture-foret-et-developpement-rural/PAC-Politique-Agricole-Commune/PAC-2025/Les-regles-relatives-aux-jacheres

(6) https://vienne.chambres-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/250_chambre_dagriculture_de_la_vienne/Documents/Ameliorer_sa_technique_et_innover/Productions_animales/Bovin_viande/Augmenter_le_paturage_CA_79.pdf

(7) https://www.agrireseau.net/documents/Document_117895.pdf

(8) vidéo de la chaine du Sénat https://www.youtube.com/watch?v=3NcC4fsLykw

(9) https://www.insee.fr/fr/statistiques/8684397?sommaire=8684437

(10) https://www.depecheveterinaire.com/premiers-cas-de-fco-et-de-maladie-de-schmallenberg-aux-pays-bas-en-2006-des-culicoides-transportes-avec-des-fleurs_679850823A6BA869.html

 

l’ia dans tous ses états crsi

La cybersécurité comme impératif stratégique et pilier de la résilience institutionnelle

By Numérique, Défense et géopolitique

– par Guillaume FAURE et Grégory ROURES, membre du CRSI Occitanie

Dans un paysage numérique en constante mutation, la sécurité des systèmes d’information n’est plus une simple variable technique relevant des directions informatiques : elle s’impose désormais comme un choix stratégique majeur, indispensable à la pérennité de toute organisation.

Les données récentes confirment l’ampleur de la menace. En 2024, le nombre de cyberattaques est estimé à environ 385 000, touchant de plein fouet les structures les plus fragiles, au premier rang desquelles les TPE, PME et ETI, qui représentent 37 % des victimes. Cette pression constante s’exerce également sur les collectivités territoriales et les établissements de santé, illustrant une délinquance numérique sans frontière sectorielle.

L’analyse de l’état de la menace montre que la vulnérabilité n’est pas seulement technologique, mais avant tout humaine. Le phishing, ou hameçonnage, demeure le mode opératoire privilégié dans 73 % des attaques, exploitant avec efficacité la confiance, la distraction ou l’inattention des agents. Qu’il s’agisse de l’arnaque au président, qui frappe près de 6 000 entreprises chaque mois, ou de formes plus sophistiquées d’ingénierie sociale, les attaquants s’appuient systématiquement sur le facteur humain, considéré comme le maillon faible de la chaîne de sécurité.

L’émergence du Cybercrime as a Service (CaaS) a d’ailleurs industrialisé ces pratiques. Des acteurs malveillants peuvent désormais louer sur le dark web des outils d’attaque sophistiqués, ce qui multiplie les campagnes d’extorsion par rançongiciel et abaisse fortement le niveau d’expertise requis pour lancer une offensive cyber.

Face à ce constat, le coût de l’inaction devient prohibitif. L’impact financier moyen d’un incident cyber est aujourd’hui évalué à plus de 58 000 euros, tandis qu’une violation de données majeure peut atteindre plusieurs millions d’euros, parfois bien au-delà de 3,8 millions selon la nature de l’incident et la taille de l’organisation. Au-delà de la perte immédiate, c’est parfois la survie même de l’entité qui est en jeu : 60 % des PME victimes d’une attaque d’envergure déposeraient le bilan dans les dix-huit mois qui suivent.

À l’échelle mondiale, la cybercriminalité génère des revenus annuels vertigineux de 1 280 milliards de dollars, s’imposant comme l’une des économies les plus lucratives du monde numérique. Pourtant, la réponse judiciaire reste confrontée à d’immenses difficultés, avec une probabilité de traduction des auteurs en justice estimée à seulement 0,05 %.

Dès lors, la cybersécurité doit être abordée sous l’angle de la GRC : Gouvernance, Risques et Conformité. Il ne s’agit plus de considérer la sécurité informatique comme une dépense, mais comme un investissement indispensable à la résilience de l’organisation.

Cette approche suppose une implication réelle et constante des comités de direction. La gouvernance doit fixer une orientation stratégique alignée sur les objectifs métiers, tandis que le management de la sécurité de l’information, souvent appuyé par des standards comme l’ISO 27001, assure la mise en œuvre de politiques de prévention, de contrôle et d’évaluation des risques. Cela implique de passer d’une posture réactive à une culture de la vigilance, dans laquelle chaque collaborateur devient un acteur de la défense collective.

L’émergence de l’intelligence artificielle bouleverse aujourd’hui cet équilibre, en apportant à la fois des opportunités inédites et des risques nouveaux. Si 77 % des entreprises ont déjà intégré l’IA générative dans leur arsenal de cyberdéfense afin d’améliorer leur rapidité opérationnelle, les attaquants exploitent eux aussi ces technologies pour concevoir des malwares polymorphes et des campagnes de phishing hyper-personnalisées à grande échelle.

Le phénomène du Shadow AI, où 18 % des employés admettent saisir des données confidentielles dans des IA publiques sans autorisation, crée de nouvelles brèches de sécurité qu’il devient urgent de combler. La route vers la résilience en 2026 passe donc par une sécurisation stricte des usages de l’IA, ainsi que par le maintien impératif de “l’humain dans la boucle” afin de limiter les biais, les erreurs et les hallucinations des systèmes automatisés.

La maturité cyber d’une organisation ne s’acquiert pas par l’accumulation d’outils technologiques, mais par une amélioration continue de l’hygiène informatique et par une sensibilisation constante des équipes. À ce titre, le recours aux dispositifs proposés par l’ANSSI pour évaluer son niveau de préparation constitue une étape cruciale pour identifier ses vulnérabilités et hiérarchiser ses priorités de protection.

En pratique, cette démarche doit s’accompagner de mesures concrètes : authentification multifacteur, mises à jour régulières, gestion rigoureuse des accès, sauvegardes isolées, plan de réponse à incident, exercices de crise et campagnes de sensibilisation au phishing. C’est en combinant gouvernance, prévention et réaction que l’organisation peut réellement renforcer sa capacité de résistance face aux attaques.

En définitive, la sécurité est un processus dynamique qui exige du temps, des moyens et un engagement durable. En renforçant la confiance par la protection des données et en instaurant une culture de la vigilance face aux sollicitations numériques, l’entreprise ne protège pas seulement ses actifs : elle garantit aussi sa crédibilité, sa continuité d’activité et sa place dans une économie numérique mondiale où la sécurité est devenue le socle de toute relation durable.

La Gendarmerie nationale, à travers ses sections opérationnelles de lutte contre les cybermenaces, accompagne ce mouvement de sécurisation et rappelle que, dans ce combat pour la souveraineté numérique, nous sommes tous, par nécessité, acteurs.

En conclusion, la cybersécurité ne peut plus être reléguée au rang de simple défi technique : elle s’impose comme un pilier stratégique de la pérennité des organisations face à une menace massive, industrialisée et en constante évolution. Alors que l’humain demeure le maillon faible privilégié par les attaquants, l’émergence de l’intelligence artificielle complexifie encore l’équation en automatisant et en personnalisant les offensives.

Pour survivre dans cet écosystème hostile où l’inaction devient financièrement fatale, les organisations doivent impérativement adopter une gouvernance proactive fondée sur la culture de la vigilance, la conformité et l’hygiène informatique. En transformant la sécurité en investissement résilient plutôt qu’en simple dépense, elles protègent non seulement leurs actifs, mais préservent aussi leur souveraineté, leur continuité et leur crédibilité.

 

Lexique de cybersécurité

  • ANSSI : Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information – organisme français chargé de la cybersécurité.
  • CaaS (Cybercrime as a Service) : modèle commercial où des cybercriminels louent des outils ou services d’attaque à d’autres acteurs malveillants.
  • Chiffres clés : statistiques ou données utilisées pour illustrer l’ampleur des cyberattaques (ex : 385 000 attaques estimées en 2024).
  • GRC (Gouvernance, Risques, Conformité) : approche stratégique intégrant la gouvernance de la sécurité, l’identification des risques et le respect des normes réglementaires.
  • Hygiène informatique : ensemble des pratiques visant à réduire les vulnérabilités informatiques (mises à jour, sauvegardes, gestion des accès…).
  • Hameçonnage / Phishing : technique de fraude visant à obtenir des informations confidentielles en se faisant passer pour une entité légitime.
  • IA (Intelligence Artificielle) : systèmes informatiques capables de simuler des capacités cognitives humaines, y compris l’apprentissage automatique.
  • IA générative : type d’IA capable de créer du contenu nouveau (texte, image, code, etc.).
  • Shadow AI : usage d’IA non autorisé par les services IT ou la direction, souvent via des services publics accessibles en ligne.
  • Ingénierie sociale : techniques manipulant les comportements humains pour obtenir des informations confidentielles.
  • ISO 27001 : norme internationale définissant les exigences pour un système de management de la sécurité de l’information.
  • Rançongiciel / Ransomware : logiciel malveillant bloquant l’accès aux données et demandant une rançon pour les restituer.
  • Arnaque au président / CEO fraud : type de phishing ciblant la direction d’une entreprise pour détourner des fonds.
  • Maillon faible : élément vulnérable dans un système de sécurité, souvent le facteur humain.
  • Plan de réponse à incident (PRI) : procédure permettant de gérer efficacement les incidents de sécurité.
  • Plan de continuité / reprise d’activité (PCA/PRA) : dispositif garantissant le fonctionnement ou le redémarrage d’une organisation après un incident majeur.
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ESTA, une bonne idée !

By Numérique, Economie, Sécurité/Justice, Institutions

– par Dominique BROGI, référente CRSI Vaucluse, & Laurent L

Entrer en France de manière régulière ne réclame qu’un passeport en cours de validité, alors que pour se rendre aux États-Unis ou au Royaume-Uni, un voyageur doit préalablement solliciter une autorisation de voyage payante. N’y a-t-il pas là une pratique inspirante ?

Les conditions d’accès aux États-Unis exigent qu’un étranger sollicite une autorisation électronique de voyage appelée ESTA. Cette autorisation électronique concerne les ressortissants de pays bénéficiant du Visa Waiver program qui est un programme d’exemption de visa. Une quarantaine de pays sont concernés par ce programme comme la France, l’Allemagne ou encore le Japon.

Ce document est délivré via un système automatisé qui détermine l’éligibilité des visiteurs à voyager sur le sol américain pour un séjour inférieur à 90 jours. La décision d’autoriser ou pas ce séjour est prise dans les 72 heures qui suivent la demande. Valable 2 ans, l’ESTA permet de se rendre aux États-Unis plusieurs fois sans avoir besoin d’une nouvelle autorisation. La demande d’ESTA exige d’avoir un passeport valide et une carte bancaire, puisque la délivrance de ce document coûte 40$.

Le questionnaire ESTA est composé de trois grandes rubriques regroupant dans l’ordre :

  • Les informations personnelles d’identité du voyageur ;
  • Les informations de voyage aux Etats-Unis ;
  • Les questions concernant l’état de santé, les intentions et les antécédents judiciaires du voyageur.

Pour voyager au Royaume-Uni (Angleterre, Pays de Galles, Écosse, Irlande du nord), vous devez également disposer d’une autorisation de voyage électronique (ETA), dont le coût s’élève à 16£ soit environ 19€. L’ETA est aussi valable 2 ans ou jusqu’à l’expiration de la date de validité du passeport.

Des données statistiques éclairantes

La France est la première destination touristique au Monde depuis de nombreuses années. Selon l’INSEE, en 2024, 100 millions de visiteurs internationaux sont entrés sur le territoire national. La fréquentation européenne dans les hôtels en France est portée en premier lieu par des clients en provenance des pays voisins, le Royaume-Uni (10,4 millions de nuitées en 2024), ou frontaliers comme l’Allemagne (7,3 millions de nuitées en 2024).

En 2024, les campings enregistrent principalement des touristes néerlandais (13,7 millions de nuitées en 2024) et allemands (11,2 millions de nuitées). Mais c’est la clientèle américaine, historiquement très nombreuse dans les hôtels, qui est la plus dynamique depuis 2023 et représente 10,4 millions de nuitées dans les hôtels en 2024.

Toujours selon l’INSEE, en 2024, la population étrangère vivant en France s’élève à 6 millions de personnes, soit 8,8 % de la population totale.

En 2024-2025, 443 500 étudiants étrangers étaient inscrits dans l’enseignement supérieur français, en augmentation de 3% sur un an et de 17% en cinq ans (chiffres du MESR/SIES).

Enfin et toujours en 2004, les estimations du nombre d’étrangers en situation irrégulière en France variaient entre 200 000 selon la Direction centrale du contrôle de l’immigration et 400 000 selon l’Organisation internationale du travail.

Pourquoi pas nous ?

Sur la base d’un cadre légal, faisons ensemble une expérience de pensée complétée par une mise en équation.

L’article L111-1 du code de la sécurité intérieure dispose que « la sécurité est un droit fondamental et l’une des conditions de l’exercice des libertés individuelles et collectives. L’Etat a le devoir d’assurer la sécurité en veillant sur l’ensemble du territoire de la république, à la défense des institutions et des intérêts nationaux, au respect des Lois, au maintien de la paix et de l’ordre publics, à la protection des personnes et des biens. »

Considérant que la sécurité et la défense sont des prérogatives nationales, considérant que la France est un pays carrefour, culturel, économique et social, il serait probablement utile de connaitre un peu mieux les intentions des personnes de nationalités étrangères qui posent le pied sur notre sol : à l’instar des formalités exigées pour entrer aux Etats-Unis, pourquoi ne pas demander préalablement des informations sur l’identité du voyageur, l’objet de son séjour, son état de santé et ses éventuelles condamnations. En fonction des réponses fournies, l’Etat serait légitime à autoriser ou pas la personne à se rendre et séjourner en France.

Vous avez dit frontières ?

La frontière en tant que zone géographique, est une limite franchissable, car ouverte ou fermée.

La frontière caractérise une unité à l’égard d’une diversité et ou d’une altérité.

La frontière est donc une zone de régulation dans l’espace, l’intérieur et l’extérieur, et dans le flux, les uns et les autres.

Instaurer un ESTA français enverrait un double signal limpide : 

  • d’une part la souveraineté et la sécurité ne sont pas négociables ;
  • d’autre part l’Etat veille sur ses frontières matérielles et projetées.

Instaurer un ESTA français amènerait également les individus malveillants et/ou ceux tentés par une intrusion sur le territoire de manière irrégulière à agir en pleine conscience. L’élément moral, troisième élément constitutif de l’infraction (avec l’élément légal et l’élément matériel) établissant l’intentionnalité de la faute, serait donc caractérisé.

Instaurer un ESTA français établirait donc une frontière physique et mentale.

Considérations éthiques

Un tel dispositif soulève des enjeux éthiques liés à l’atteinte potentielle à la vie privée et à la normalisation d’une forme de surveillance numérique des voyageurs. 

L’exploitation d’informations personnelles collectées numériquement pourrait être considéré comme un premier pas, ouvrant la possibilité à termes de contribuer à une extension progressive des pratiques de contrôle, dont la légitimité doit être appréciée au regard des libertés individuelles et du principe de nécessité.

Pour autant, eu égard au nombre de données que chaque individu publie sur les réseaux sociaux quotidiennement, parfois avec une relative insouciance, le principe d’instauration d’un tel dispositif ne saurait être jugé excessif.

Le développement de cette pratique pourrait alors participer à la redéfinition des standards internationaux en matière de contrôle aux frontières, en influençant l’équilibre entre sécurité, coopération internationale et protection des droits fondamentaux. 

Ce changement de dispositif pourrait ainsi constituer un indicateur clé des orientations futures des politiques migratoires et numériques à l’échelle internationale.

Une mesure pensée, légitime et raisonnable

Considérant l’état des finances de la Nation, considérant que 100 millions de touristes étrangers entrent sur le territoire, adopter le principe de l’ESTA français et fixer son coût à 30€ par personne apporterait 3 milliards d’euros/an.

Si l’on ajoute à cela les résidents étrangers et les étudiants, on peut estimer que 200 millions d’euros pourraient encore être perçus.

Au-delà de cet aspect financier susceptible de contribuer à la réduction du déficit public, améliorer la connaissance des personnes entrant et circulant sur notre territoire, prévenir les risques sanitaires, économiques et sécuritaires, ne saurait être contesté.

Aussi, l’essentiel relève d’un principe élémentaire : ceux qui entendent fouler notre terre, travailler ou suivre un cursus académique devraient disposer d’une autorisation administrée par la puissance publique.

Document à présenter en cas de contrôle par les forces de sécurité intérieures, cet ESTA permettrait aisément de distinguer les situations régulières et irrégulières en tout temps et en tous lieux.

Certains esprits chagrins décèleront dans cette proposition des objectifs obscènes, des amalgames offensant l’intelligence ou encore l’opposition entre sécurité et liberté. A cela il faut répondre froidement par un pragmatisme incontestable : certains le font depuis des années (l’ESTA a été créé en 2001) et nous nous y plions de bonne grâce. Prenons donc exemple !