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Insécurité et délinquance en 2024 : bilan statistique SSMSI

By Sécurité/Justice

Insécurité et délinquance en 2024 : bilan statistique SSMSI

Le 11 juillet 2025, le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) publie le bilan statistique « Insécurité et délinquance » consacré à l’année 2024.


Contexte 2024

L’année 2024 a été marquée par des événements sécuritaires importants, notamment avec les JO, les émeutes en Nouvelle-Calédonie, et les troubles en Martinique et en Guadeloupe.

Principaux résultats 2024 vs 2023

Atteintes aux personnes

  • Homicides: 976 victimes (‑2%)
    • Première baisse depuis 2020
  • Répartition des homicides:
    • 75% hors cadre familial
    • 11% conjugaux (108 victimes)
  • Tentatives d’homicide:
    • 4 290 victimes (+7%)
  • Total des violences sexuelles:
    • 122 400 victimes (+7%)
    • +11% par an depuis 2016
  • Viols et tentatives:
    • 46 100 victimes (+9%)
  • Profil des victimes de violences sexuelles:
    • 85% de femmes
    • 58% de mineurs
    • 19% <10 ans ; 39% 10‑17 ans
  • Total des violences physiques:
    • 449 800 victimes (+1%)
  • Violences physiques intrafamiliales:
    • 244 400 victimes (+3%)
    • +11% par an depuis 2016
    • 74% des victimes sont des femmes
  • Violences physiques hors cadre familial:
    • 205 500 victimes (0%)
    • dont 69 % d’hommes

Atteintes aux biens 

  • Vols avec armes:
    • 8 600 infractions (‑1%)
  • Vols violents sans arme:
    • 48 300 infractions (‑11%)
    • Vols concentrés dans les grandes unités urbaines
  • Vols sans violence contre des personnes:
    • 607 800 victimes entendues (‑5%)
  • Cambriolages de logement: 218 200 infractions (0%)
    • Majorité des victimes +45 ans
  • Vols de véhicule:
    • 137 600 véhicules (‑2%)
    • 28% par des 13‑17 ans
    • 50% par des 18‑29 ans
  • Vols dans les véhicules:
    • 256 100 véhicules (+1%)
  • Destructions et dégradations volontaires:
    • 528 800 infractions (‑4%)

Stupéfiants

  • Usage de stupéfiants:
    • 290 500 mis en cause
  • Trafic de stupéfiants:
    • 52 300 mis en cause (+7%)

Escroqueries et fraudes aux moyens de paiement

  • 417 300 victimes (+1%)
    • 50% des faits sont en lien avec le numérique (31% en 2016)

Indicateurs de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie nationales en 2024 et évolutions annuelles.

Élucidation (2023-2024)

  • Atteintes aux biens:
    • 7% élucidées
  • Atteintes aux personnes:
    • 50% élucidées, dont 65% pour les homicides et tentatives et 79% pour les violences physiques intrafamiliales

Profils des mis en cause

  • Les mis en cause de 18-29 ans: Surreprésentés dans les vols et les stupéfiants (usage 64%, trafic 56%, vols d’accessoires 57%, vols de véhicule 50%, cambriolages 41%)
  • Les mis en cause mineurs (13-17 ans):
    Fortement présents dans les vols avec arme 31%, les vols violents sans arme 35%, et les vols de véhicule 28%
  • Plus de 6 mis en cause sur 10 ont entre 13 et 29 ans pour les vols de véhicule, les vols liés aux véhicules ou les cambriolages de logement
  • Part des étrangers mis en cause:
    • 8% de la population
    • 37% des cambriolages de logement
    • 39% des vols dans les véhicules
    • 22% du trafic de stupéfiants
  • Le groupe de nationalité le plus représenté pour le trafic de stupéfiants est celui des ressortissants d’Afrique. Pour 4% de la population résidant en France, ils sont 15% des mis en cause.

Profil des mis en cause enregistrés par la police et la gendarmerie nationales en 2024 (en %)


Source: Ministère de l’interieur, service SSMSI

Lire le rapport

Saint-Pierre et Miquelon

By Institutions

Saint-Pierre et Miquelon

Ciblés en avril par des droits de douanes à 50% de la part de Trump, proposé comme centre de rétention pour OQTF dangereux par Laurent Wauquiez, le petit archipel de Saint-Pierre et Miquelon a fait l’actualité plusieurs fois cette année.

Composé d’une dizaine d’îles situé à vingt kilomètres de l’île canadienne de Terre Neuve, la collectivité territoriale de Saint-Pierre et Miquelon est le seul héritage de la colonisation française en Amérique du Nord. Territoire d’outre-mer à l’identité bien singulière, il a été le théâtre à partir du XVème siècle de l’odyssée des pêcheurs baleiniers normands, bretons et basques. Situé à proximité des Grands bancs” de Terre Neuve qui est l’une des zones les plus poissonneuses au monde, Saint-Pierre et Miquelon a toujours été une base avancée pour la pêche au large et poursuit cette tradition, même si l’archipel est confronté à un contexte bien plus contraint aujourd’hui.

Par Pierre Erceau


Un archipel historiquement dédié à la pêche

L’archipel compte dix îles mais seulement deux communes : Saint-Pierre, qui concentre l’essentiel de l’activité économique, et Miquelon, regroupant une centaine de familles. L’économie de l’archipel est historiquement centrée sur la pêche à la morue. Il y a encore un siècle, on pouvait compter “une forêt de mâts” et une activité grouillante dans le port de Saint-Pierre. L’apogée de l’activité économique a été atteint après la deuxième guerre mondiale, avec le développement de la pêche industrielle entre les années 1960 et 1990.

Les tensions récurrentes avec le Canada sur la question des ZEE et des quotas a donné lieu à “la guerre de la morue” entre 1972 et 1994 culminant en 1988 avec la rétention d’un bateau de pêche français contenant 17 pêcheurs et 4 élus français durant plusieurs jours. Le 10 juin 1992, le tribunal international de New York rendait son verdict sur la ZEE française, qui est désormais réduite à un corridor de 200 miles marins de long sur 10,5 miles de largeur ironiquement renommée la “French baguette”, enclavée à l’intérieur de la ZEE canadienne. L’activité de pêche est beaucoup moins importante depuis, Saint-Pierre et Miquelon ne compte plus qu’une flotte de 15 chalutiers (2 semi industriels et 13 artisanaux) et elle se concentre sur les espèces suivantes : flétan, concombres de mer ou holothurie, crabes des neiges, homards, coquilles, raies, morues.

L’activité pêche désormais plus maigre, ne met pourtant pas la collectivité pas à l’abri de nouvelles pressions des pêcheurs canadiens qui l’accusaient de “vouloir s’emparer d’une part exorbitante de son quota historique du précieux poisson de fond (le flétan) qui migre à travers les eaux des deux pays.”Pourtant, les captures françaises de flétan s’élevaient en 2023 à 124 tonnes contre 4927 tonnes pour les canadiens. Un accord a été trouvé en 2024 autorisant la France à capturer 3% du total des captures, soit 147 tonnes la même année.

En 2025, nouvelles pressions, mais de Trump cette fois. Saint-Pierre ayant écoulé son flétan vers les Etats-Unis en raison de ses différends avec le Canada, sa balance commerciale lui a été beaucoup plus favorable que d’habitude (3,8 millions d’euros d’exportation contre 90 570 euros d’importations). L’administration Trump a calculé ses droits de douane mécaniquement en fonction de ce seul chiffre, aboutissant à des droits de douane de 50% qui ont depuis été revus à la baisse pour atteindre seulement 10%.

Quelles perspectives pour ce territoire en restructuration ?

Le territoire fait face à de nombreux défis : activité pêche soumise à de nombreuses contraintes, population vieillissante et décroissante, hypertrophie des emplois administrés (50% environ), tensions latentes avec le Canada sur les ressources et leurs zones d’exploitation … Face à cela, les pouvoirs publics cherchent à stimuler certains domaines de l’économie comme l’agriculture et l’aquaculture, mais misent surtout sur le tourisme comme pilier du développement de l’archipel (Schéma de développement stratégique 210-2030 ; Plan de développement agricole durable).

Le “caillou” a vu 13 000 touristes (plus de 50% de canadiens) débarquer sur ses côtes lors de la saison 2022-2023 et espère bien développer ce potentiel. L’objectif est aujourd’hui d’accueillir 20% de touristes supplémentaires par rapport aux 10 à 15 000 actuels. Malgré une autosuffisance alimentaire dans le passé, l’importance de l’agriculture sur l’île a nettement reculé en raison d’un sol pauvre et des contraintes liées à l’insularité. L’île importe l’essentiel de sa nourriture et ne subvient qu’à 2% de ses besoins ; de l’argent public est donc injecté afin de soutenir les nouvelles initiatives.

L’archipel est aujourd’hui 100% dépendant des hydrocarbures et est d’ailleurs situé dans une zone pétrolifère, le bassin sous laurentien. Possiblement exploitable depuis la ZEE française, la ressource est abondante dans la région et déjà exploitée par les Canadiens. Le choix a été fait de se concentrer aujourd’hui vers les énergies renouvelables, afin d’atteindre 30 à 50% de renouvelable dans le mix énergétique de Saint-Pierre et Miquelon d’ici 2050 (source EDF).

Face aux difficultés actuelles de l’archipel qui reste “sous perfusion” d’argent public, l’objectif est donc le développement du tourisme et une autonomie durable sur le plan énergétique et agricole.

Polémique : proposition d’un centre pour les OQTF dangereux

L’objectif de l’archipel étant de renforcer son attractivité, la proposition de Laurent Wauquiez d’enfermer les OQTF dangereux sur place est venue heurter de plein fouet la stratégie de communication de la collectivité. En insistant sur les aspects supposés rebutants de l’archipel : “isolé”, “146 jours de pluie par an » et “5 degrés en moyenne” la proposition du député a été très mal reçue par certains. Elle a aussi été perçue comme faisant de l’île un “dépotoir” au moment même où il s’agit d’accueillir plus de touristes. Selon d’autres réactions, elle s’inscrit aussi dans la continuité d’un usage des territoires d’outre-mer comme servant de “colonies pénitentiaires » comme cela fut le cas pour la Guyane ou la Nouvelle Calédonie ce que d’aucuns pourraient aussi qualifier de “néo-colonial”, ce dont l’intéressé s’est défendu. En réponse, une campagne de communication a été lancée afin de réaffirmer les atouts de l’archipel et son attractivité pour les touristes : “OQTF : On quitte tout facilement pour vivre à Saint-Pierre et Miquelon”.

La proposition de Laurent Wauquiez aurait selon lui des avantages importants pour l’objectif recherché : un effet “dissuasif massif”, une gestion facilitée des éventuels incidents en raison de l’insularité, forcer les départs volontaires en mettant devant un choix binaire : “rentrer chez vous” ou “rester à Saint-Pierre et Miquelon”. Elle propose cependant, en partie, une redéfinition de l’usage de l’archipel dans le cadre d’une stratégie nationale de gestion de l’immigration et de la sécurité. Ce n’est pas sa fonction actuelle, reste donc à savoir sa faisabilité, son coût et si les bénéfices recherchés seront réels.


Saint-Pierre et Miquelon en bref

Composition : Ensemble de dix îlots. L’île Saint-Pierre est la plus peuplée et fait face à trois presqu’îles reliées par un isthme sableux formant Miquelon et Langlade. Les deux ensembles sont séparés par un chenal de 5km Les autres îlots sont inhabités mais l’Île aux marins accueille de nombreux touristes chaque année.

Statut : Collectivité d’outre-mer

Nombre d’habitants : 6000 environ

Superficie globale : 242 km²

ZEE : 12 400 km²

Climat : Maritime froid avec des températures s’échelonnant de -12°C à +20°C. Au croisement de plusieurs influences, le climat est assez imprévisible. Le vent est très présent, particulièrement en hiver où il rend les conditions plus pénibles et la brume également, du printemps jusqu’au début de l’été.

Saint-Pierre

  • Superficie : 26km²
  • Topographie : îles planes, altitude maximale de 12m.
  • Nombre d’habitants : environ 5400

Miquelon ou Miquelon et Langlade

Miquelon

  • Superficie : 101km²
  • Topographie : situé à 2m au-dessus de la mer, sol rocheux ou tourbeux
  • Nombre d’habitants : environ 600
  • Le village étant trop proche de la mer et risquant d’être submergé à moyen terme, une délocalisation du village est en cours sur une zone plus élevée à proximité. Le gouvernement français subventionne les habitants volontaires pour délocaliser leur maison.

Langlade

  • Superficie : 91 km²
  • Géographie : Reliée à Miquelon par un isthme de 12 km, avec Miquelon, elle représente la majorité de la réserve végétale et animale de l’archipel.
  • Nombre d’habitants : aucun résident permanent, mais de nombreuses résidences secondaires occupées en période estivale.
  • Île aux marins : petite île située dans la baie de Saint-Pierre et historiquement dédiée à la pêche. Désertée depuis les années 50, elle est aujourd’hui dédiée au tourisme et particulièrement visitée en période estivale.

Sources

https://cnes.fr/geoimage/saint-pierre-miquelon-deux-iles-francaises-aux-confins-canada

https://fr.euronews.com/my-europe/2025/04/10/pourquoi-larchipel-francais-de-saint-pierre-et-miquelon-fait-la-une-de-lactualite-mondiale

https://www.saint-pierre-et-miquelon.developpement-durable.gouv.fr/geographie-et-climat-a12.html

https://www.25km-de-miquelon.net/saint-pierre-et-miquelon/

https://www.saint-pierre-et-miquelon.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/dsbm_situation_de_l_existant_vf.pdf

 

 

Présentation de la direction générale de l’armement

By Défense

Présentation de la direction générale de l’armement

Le 23 juin 2025, le délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva, a officialisé la création d’un Club des investisseurs de la défense destiné à contribuer au financement des entreprises de la BITD (base industrielle et technologique de défense).

La direction générale de l’armement dépend du ministère des Armées et des anciens combattants.

Dans le budget de l’État, la DGA dépend de la mission Défense et du Programme 146 “Équipement des forces”.


Les missions de la DGA

  • Équiper et soutenir les armées de façon souveraine en assurant la maîtrise d’œuvre étatique du système de défense
  • Fournir une capacité d’anticipation stratégique, technologique et industrielle pour concourir à la défense et à la sécurité nationale
  • Promouvoir une approche pragmatique de la coopération et soutenir les exportations
  • Orienter et soutenir la base industrielle de défense dans une logique de souveraineté
  • Maintenir le fondement de la dissuasion nucléaire et développer la capacité cyber du ministère au profit de la sécurité nationale

Le budget alloué

Le budget prévu pour 2025 s’inscrit dans l’objectif de souveraineté technologique de la France, face à la complexité géopolitique du monde.

  • Augmentation significative du budget
  • Renforcement de la souveraineté nationale, réponse aux nouvelles menaces, consolidation du rôle de la France au sein des alliances internationales

La priorité est donnée à la modernisation des équipements, au soutien des forces armées, ainsi qu’au développement de la défense technologique et de l’innovation stratégique.

  • 18.689.519.719 Md€ de crédits de paiement sont prévus au programme 146
  • 50,5 Md€ pour la mission Défense

Actualités

Le 16 juin 2025 :

  • Notification d’un marché de fourniture industriel pour la production des 5 années à venir
  • Environ 150 millions d’euros
  • Entreprise KNDS (européenne ; BITDE)

Du 14 au 20 juin 2025 :

  • Salon international de l’aéronautique et de l’espace au Bourget
  • Présentation par le Ministère des Armées des programmes de développement spatiaux, tels que CSO3, SYRACUSE et CERES
  • Signature par Sébastien Lecornu du Pacte Espace piloté par la DGA

Le 19 juin 2025 :

  • Réalisation du premier tir de développement du Missile d’interception de combat et d’autodéfense de nouvelle génération (MICA NG)
  • Effectué depuis un Rafale
  • Technologie plus furtive, plus performante et plus rapide
  • Travaux industriels et étatiques réalisés sous le pilotage de la DGA, maître d’ouvrage

Selon l’INSEE, l’agriculture observe un recul de l’élevage et un recours accru au capital et aux services agricoles depuis 1980

By Agroalimentaire, Economie

Selon l’INSEE, l’agriculture observe un recul de l’élevage et un recours accru au capital et aux services agricoles depuis 1980 

Le rapport de l’INSEE, publié en juin 2025, fait l’état des lieux des performances de l’agriculture française depuis 1980. On observe une diminution de la part de l’élevage par rapport aux productions végétales et aux services agricoles.

De 1980-1984 à 2020-2024 :

  • Diminution de la production animale
    • 1980 – 1984 : 42,8%
    • 2020 – 2024 : 35,7%
  • Augmentation de la production végétale
    • 1980 – 1984 : 52,2%
    • 2020 – 2024 : 55,3%
  • Augmentation des services agricoles
    • 1980 – 1984 : 3,2%
    • 2020 – 2024 : 7,2%
  • Stagnation des jardins familiaux
    • 1980 – 1984 : 1,8%
    • 2020 – 2024 : 1,8%

Baisse de la production animale

Depuis 1980, la tendance est à la baisse pour la production animale.

Le recul de la production animale totale est de -2,8% en volume, notamment exacerbé par l’élevage bovin malgré l’augmentation de la production de volailles et d’œufs, désormais stabilisée.

Augmentation de la production végétale et des services agricoles

Production végétale :

On remarque une augmentation de la production végétale en volume (+36,0%).

Cette hausse résulte en partie de la montée en gamme de la production viticole et du réaménagement des superficies du vignoble.

Ainsi, malgré une baisse globale de production de vin de -34,4%, la part des vins d’appellations : 

  • Augmente en quantité produite :
    • 1980 – 1984 : 25,6%
    • 2020 – 2024 : 43,1%
  • Augmente en superficie du vignoble :
    • 1980 – 1984 : 32,6%
    • 2020 – 2024 : 56,0%

On n’observe, en revanche, que peu de changement des volumes de fruits et légumes.

En ce qui concerne les grandes cultures, les céréales reculent au profit de l’exploitation des oléagineux qui triple en production.

  • Surface cultivée en oléagineux :
    • 1980 – 1984 : 505 000 d’hectares
    • 2020 – 2024 : 2 194 000 d’hectares

Services agricoles :

Les services agricoles se composent de 97,9% de travaux agricoles et de 2,1% d’agritourisme.

Depuis 1980, les volumes des services agricoles ont quasiment doublé (+92,7%).

La production annuelle de services agricoles atteint désormais 6,4 milliards d’euros, soit davantage que celle des légumes, plantes et fleurs ou des volailles et œufs.

Augmentation des prix

La tendance est marquée : les prix augmentent. Les produits animaux ont augmenté de +69,6%, la production végétale de +53,9%, et les services agricoles de +132,2 %. 

Chute de l’emploi et recours au capital

L’augmentation de la production est liée à un recours de plus en plus fréquent au capital.

Une baisse significative de l’emploi est à noter malgré une augmentation de la productivité par actif.

L’emploi en équivalent temps plein (ETP) recule de -63,8%, l’emploi non salarié de -75,6%, et l’emploi salarié de -8,9%.

Le taux d’investissement passe de :

  • 1980 – 1984 : 21,6%
  • 2020 – 2024 : 30,4%

L’investissement est consacré à l’achat de machines agricoles, de bâtiments, d’équipements, de produits agricoles et de services professionnels.

Lire le rapport 

brève européenne Aurélien Jean

Brève Européenne 6 : Justice, migration, sécurité intérieure : un mois de juin riche en actualités et placé sous le signe de Schengen

By Institutions

Le Conseil européen célèbre les 40 ans de l’espace Schengen au travers d’un diagnostic sur l’état de santé de la zone de libre-circulation

Les Etats-membres de l’UE (EM) ont approuvé le 12 juin 2025 une déclaration commune commémorant les quarante ans de l’espace Schengen, qui réunit en une seule zone de libre circulation 29 Etats pour 450 millions de personnes. Réalisé en deux étapes, avec des accords en 1985 et 1990, l’espace Schengen est devenu un marqueur fort de la construction européenne – et l’un de ses héritages les plus tangibles (voire, par ailleurs, la note du CRSI à ce sujet).

Par Aurélien Jean


Cependant, lors du Conseil des Ministres de l’Intérieur du lendemain (tenu à Luxembourg), l’esprit était moins aux commémorations qu’à des discussions quant à la meilleure manière de concilier la libre-circulation avec les « menaces » croissantes auxquelles est confronté l’espace Schengen. En effet, une dizaine de pays ont réintroduit des contrôles aux frontières, dont certains depuis dix ans maintenant (dont la France). Néanmoins, dans une déclaration en sept engagements, le Conseil s’est dit attaché « à ce que la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures reste une mesure de dernier recours » tout en estimant qu’il fallait agir davantage en ce qui concerne « le retour des personnes en séjour irrégulier ainsi que la prévention et la lutte contre la criminalité transfrontalière en ligne et hors ligne, le terrorisme, ainsi que les menaces émergentes telles que les menaces hybrides ou la cybercriminalité ». Et ce, alors qu’une semaine après la Belgique annonçait son intention d’introduire des contrôles aux frontières à l’été 2025 dans les gares, aéroports, aires de repos et grands axes du pays. La ministre de l’Asile et de la Migration, la nationaliste flamande Anneleen Van Bossuyt ayant argué la volonté de lutter contre l’immigration illégale et le « shopping de l’asile ».

Le commissaire européen aux affaires intérieures, Markus Brunner (PPE, Autriche) a, de son côté, exhorté à « mettre de l’ordre dans la ‘maison européenne’ [et à] mettre en œuvre le Pacte sur l’asile et la migration le plus rapidement possible ». La Commission, en tant que gardienne des traités, s’estime toutefois vigilante quant à l’évolution de la situation, notamment en Allemagne – situation sur laquelle s’est aussi exprimé le Ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. S’il faut « affirmer des signes de fermeté » car les règles de Schengen ont été fondées alors que « nous étions dans un autre monde », cela ne doit pas pour autant se faire au détriment des « déplacements pendulaires quotidiens transfrontaliers pour les honnêtes gens qui vont travailler d’un pays à l’autre ». M. Retailleau a aussi repris l’idée de patrouilles frontalières conjointes entre la France et l’Allemagne – une idée avancée quelques jours plus tôt par l’assemblée parlementaire franco-allemande. Du côté du Parlement européen, les commémorations de Schengen ont donné lieu à un discours durant la session plénière à Strasbourg ainsi qu’à des prises de positions diverses selon les affiliations politiques (un condensé ici).

Au rang des autres sujets abordés, la protection temporaire dont bénéficient les ukrainiens dans l’UE devrait être prolongée d’un an, jusqu’en mars 2027 et Chypre devrait être officiellement admise dans l’espace Schengen en 2026. Des étapes confirmatives sont toutefois requises d’ici là.

L’UE et le Royaume-Uni (RU) s’accordent sur des nouvelles règles de circulation concernant Gibraltar

Cédé par l’Espagne au Royaume-Uni en 1713, le rocher de Gibraltar était sorti de l’UE après le Brexit – au terme d’un texte arraché in extremis, mais qui ne réglait pas ou que partiellement certaines questions sensibles. Le mercredi 11 juin 2025, un accord en bonne et due forme a donc été signé entre l’UE (représentée par le commissaire Sefcovic) et le RU (via son ministre des affaires étrangères David Lammy) en présence du Ministre principal de Gibraltar et d’un représentant du Gouvernement espagnol, mettant fin à des négociations parfois tendues.

Cet accord prévoit de supprimer toutes les barrières physiques, contrôles frontaliers et autres mesures de vérification entravant la libre circulation des biens et des personnes circulant entre le territoire espagnol et la presqu’île britannique. Le défi a été de concilier l’intégration de Gibraltar à l’espace Schengen alors que le RU n’en est pas membre. Dans le détail, des contrôles frontaliers « deux-en-un » seront mis en place au port et à l’aéroport de Gibraltar, c’est-à-dire que ces infrastructures verront se déployer une coopération renforcée entre les autorités britanniques (représentant l’entrée sur le territoire du Royaume-Uni) et espagnoles (représentant l’entrée dans l’UE et l’espace Schengen via une frontière extérieure). Des arrangements ont aussi été trouvés pour fluidifier les processus en matière de visas et de permis.

Cela permettra de supprimer effectivement les contrôles terrestres, disposition particulièrement importante pour les 15 000 personnes, notamment espagnoles, traversant quotidiennement la frontière. Les contrôles frontaliers depuis le Brexit engendraient en effet des complications administratives et un surcoût pour l’économie. Cependant, bien que les dispositions concernant la libre-circulation soient marquantes, l’accord est plus large et couvre, notamment, des engagements en matière de concurrence, d’aides d’Etat, de fiscalité, de droit du travail et des travailleurs frontaliers, d’environnement, de commerce ou encore de lutte contre le blanchiment des capitaux. Ce dernier point, alors que le Rocher a été retiré la veille de la liste européenne des pays à haut risque de blanchiment (au détriment d’un autre rocher, Monaco, qui y a été ajouté). Enfin, des principes concernant une future union douanière entre l’UE et Gibraltar ont aussi été actés, où le territoire a dû faire des concessions, entre autres sur la question du faible prix du tabac.

Cet accord ne remet pas en cause l’appartenance du territoire au RU, ce qui n’empêche pas une frange de la classe politique britannique de s’indigner d’une perte de souveraineté. A l’inverse, le Gouvernement se félicite d’avoir dénoué une situation héritée de la précédente majorité.

La justice allemande juge illégaux les refoulements de demandeurs d’asile à la frontière…

Le tribunal administratif de Berlin a jugé, le 2 juin 2025, que les refoulements aux frontières mis en place par le Gouvernent allemand n’étaient pas conformes avec le droit européen. Le recours avait été formé en urgence par trois ressortissants somaliens (dont un mineur) arrivés en train depuis la frontière polonaise et refoulés après avoir demandé l’asile en Allemagne.

En effet, les juges ont considéré que le refus d’entrée sur le territoire ne peut pas être mis en œuvre tant que les procédures européennes n’ont pas été appliquées. En effet, en vertu du système « de Dublin », l’Allemagne aurait dû mener une instruction pour déterminer quel Etat-membre aurait effectivement été responsable du traitement de la demande d’asile des migrants (pour rappel, il s’agit du premier pays d’entrée sur le territoire de l’UE). Cela n’a pas été fait car le Gouvernement a considéré que l’application de l’article 72 du Traité sur l’Union Européenne l’en dispensait. Cet article prévoit la suspension de l’application de certaines mesures du droit européen en cas de menaces à l’ordre public. Les juges ont considéré que cette menace n’était pas caractérisée et ne reposait pas sur un ensemble de preuves suffisant, remettant en cause l’entièreté de la base juridique justifiant les refoulements. Pour le Tribunal, le simple nombre de demandes d’asile déposées ne suffit pas à invoquer une situation d’urgence, faute d’un lien établi avec la sécurité nationale et d’une argumentation justifiant en quoi les refoulements seraient utiles. De plus, elle a souligné que l’un des migrants était mineur, considéré à ce titre comme personne vulnérable, et que l’Allemagne n’avait pas cherché de solution commune avec la Pologne, enfreignant le principe de « coopération loyale ».

Notons que la décision du tribunal ne s’applique qu’à ces trois ressortissants et à leur cas d’espèce particulier, mais elle pourrait faire jurisprudence et ouvrir la voie à des jugements similaires dans de nombreux autres cas, particulièrement si la base légale est remise en cause. Par ailleurs, dans le système judiciaire allemand, cet arrêt n’est pas susceptible d’appel sauf à engager une assez peu probable procédure au fond.

La décision constitue en tout cas un revers pour la nouvelle coalition, qui a fait du durcissement migratoire l’un de ses leitmotivs. Dès son entrée en fonctions, le Chancelier avait en effet annoncé l’envoi de policiers supplémentaires aux frontières et promis un renforcement des expulsions. Il faisait suite à une campagne dominée par les enjeux sécuritaires, les attaques au couteau et un score très important du parti AfD. En corollaire, c’est toute la politique de Friedrich Merz qui est critiquée : des contrôles limités aux points de passages principaux, peu mobiles, créant des embouteillages, négligeant l’ensemble des axes secondaires et un effet dissuasif in fine assez faible (87 personnes refoulées en deux semaines – sur les limites des contrôles, voire la note du CRSI à ce sujet).

Malgré les critiques, Alexander Dobrindt, ministre de l’Intérieur, a toutefois annoncé que cet arrêt ne changerait pas l’action de l’exécutif, refusant de s’arrêter « sur des cas individuels » et soulignant que l’Allemagne continuerait cette politique visant à éviter « des demandes d’asile excessives ». Berlin assume d’ailleurs ouvertement vouloir aller plus loin que les actuelles propositions européennes sur l’asile et la migration, rejoignant en cela un groupe de quatorze Etats mené par le Danemark, l’Italie et les Pays-Bas. De plus, le Bundestag a voté le 27 juin un dispositif annoncé dès l’arrivée au pouvoir de la nouvelle coalition : la suspension pour deux ans du regroupement familial pour les réfugiés bénéficiaires d’une protection subsidiaire (cf. brèves de mai, sur le site du CRSI). Pour rappel, en 2024, 230 000 personnes ont demandé l’asile en Allemagne, soit 30% de moins qu’en 2023.

… Et la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) estime que l’aide à l’entrée illégale de migrants mineurs, par leurs tuteurs légaux, n’est pas condamnable

Dans un arrêt rendu en Grande chambre le 3 juin 2025 (C-460/23, Kinsa), la CJUE se penchait sur le cas d’une ressortissante d’un pays tiers entrée illégalement sur le territoire de l’Union (en l’espèce, en Italie). Arrêtée en 2019 à l’aéroport de Bologne avec sa fille et sa nièce, mineures et munies de faux passeports, elles ont néanmoins déposé une demande de protection internationale – alléguant d’un danger encouru dans leur pays d’origine. Saisi de l’affaire, le tribunal de Bologne a requis l’avis de la CJUE (via le mécanisme de la demande préjudicielle) afin de savoir si la qualification d’aide à l’entrée irrégulière peut être retenue dans ce cas – notamment au regard de la directive 2002/90.

Ainsi, la Cour de Luxembourg a estimé que le fait d’aider à la violation du franchissement irrégulier des frontières ne revêtait pas un caractère pénalement répréhensible dans le cas où il s’agissait de faire entrer des mineurs placés sous la garde effective d’une personne entrant elle-même irrégulièrement. A l’appui de leur argumentation, les juges invoquent les articles 7 et 24 de la Charte des Droits fondamentaux de l’UE (droit à la vie familiale et droits fondamentaux des enfants) afin d’expliquer que le comportement reproché constituait en réalité la continuation de la relation familiale et des devoirs effectifs liés à la garde des mineurs.

Par extrapolation, la CJUE a estimé que ce principe s’appliquait également à l’asile, car toute personne ayant demandé une protection internationale ne peut être considérée comme clandestine tant qu’un jugement de premier ressort n’a pas été rendu. De ce fait, l’adulte ne peut encourir de sanctions pénales – ni pour sa propre entrée irrégulière ni pour celles des mineures.

Au surplus, la CJUE affirme que toute législation nationale qui réprimerait ce type d’entrée irrégulière serait contraire au droit de l’UE ; car les EM ne peuvent aller plus loin que la portée de l’infraction générale d’aide à l’entrée irrégulière. Celle-ci étant définie en droit européen, le législateur national ne peut y rajouter des comportements et/ou situations non-prévus originellement.

La loi sur la sécurité, marqueur politique du Gouvernement italien, a été votée malgré des oppositions franches

Dans la foulée de la chambre basse, c’est le Sénat italien qui a approuvé la loi sur la sécurité présentée par le Gouvernement de Giorgia Meloni. Ce texte, très controversé dans le pays, renforce les peines pour certains délits, accroit la protection des policiers et ambitionne de protéger contre le terrorisme, le crime organisé, l’occupation illégale de propriétés ou encore les atteintes à l’ordre public. Un scope très large donc. Le texte a été présenté sous forme de décret-loi, en gestation depuis un an, et entré en vigueur en avril (le Parlement avait ensuite soixante jours pour l’approuver ou non). Il a été porté par plusieurs figures du Gouvernement, notamment la première ministre et le ministre des transports (et chef de la Ligue), Matteo Salvini.

Dans le détail, la nouvelle loi prévoit plusieurs mesures. D’abord, le passage de certains actes autrefois considérés comme des infractions en délits, tels des actions de désobéissance civile (blocage de routes ou de lignes de chemins de fer) ou des sit-ins. Les condamnations pourront atteindre un mois de prison assorti de 300 euros d’amende (voire 6 ans dans le cas d’actions de groupe). Ensuite, la loi renforce les peines en cas d’agression/blessure d’un agent de police et alloue à ce dernier jusqu’à 10 000 euros pour couvrir ses frais de justice en cas d’enquête le concernant dans le cadre de son service – particulièrement sur des affaires de violences policières. Enfin, d’autres mesures durcissent les peines pour les détenus refusant d’obéir/se révoltant en prison ou en centre de détention pour migrants. Elles autorisent aussi les agents de renseignement à commettre certains crimes sans être poursuivis s’ils sont effectués à des fins de sécurité nationale. Les pickpockets seront en outre particulièrement ciblés et les squatteurs pourront être expulsés plus rapidement des lieux occupés. Les femmes enceintes reconnues coupables de délits entraînant une peine de prison seront désormais obligatoirement incarcérées une fois jugées (comme pour les mères d’enfants en bas âge), éventuellement dans des structures moins strictes qu’une prison classique. Ce sont en tout quatorze nouveaux délits qui sont créés, de même que de nouvelles circonstances aggravantes telles que le fait de proférer des menaces contre les forces de l’ordre pendant un rassemblement.

Ce texte a suscité beaucoup de réactions d’opposition de la part d’ONG, d’associations et de représentants de la société civile organisée qui craignent une « dérive autoritaire ». Des observateurs internationaux des Nations-Unies, de l’OSCEet même le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe ont exprimé leur désagrément quant à certaines mesures pouvant violer l’Etat de droit et le droit international. Les opposants estiment, en outre, que cette loi cible « de manière disproportionnée » les activistes, les migrants, les prisonniers et les minorités. De nombreuses manifestations ont d’ailleurs eu lieu juste avant le vote final, sans incidence sur son résultat. Ce tour de vis en matière de sécurité est également destiné à envoyer un message à l’électorat ayant porté au pouvoir la coalition des droites.

Dans un autre dossier, l’horizon pourrait en revanche s’assombrir pour le gouvernement Meloni. En effet, et alors que son modèle est de plus en plus considéré comme une source d’inspiration, la Cour de Cassation transalpine a rendu un avis juridique critiquant sévèrement l’accord signé entre Rome et Tirana (centres de rétention extraterritoriaux – cf. la note du CRSI). Il est notamment reproché l’absence de garanties procédurales et le fait que la détention soit une mesure par défaut et non une solution de dernier recours. Le document juridique est cependant non contraignant mais il pourra influencer les magistrats qui seraient saisis de litiges introduits dans le cadre de cet accord.

La Commission européenne fait le point sur la mise en œuvre par les Etats-membres (EM) du Pacte Asile et Migration – alors que se profile la directive « retours »

Les dernières données de l’agence européenne Frontex montrent une diminution de 20% des traversées irrégulières sur les cinq premiers mois de 2025 – particulièrement sur la route des Balkans, (-56%) et par la Mer Egée (-30%) mais avec toutefois une hausse de 17% des tentatives de traversées vers le Royaume-Uni. Comptant capitaliser sur ces résultats encourageants, la Commission européenne veut s’assurer de la bonne mise en œuvre des dispositions du Pacte Asile et Migration adopté en juin 2024 (sur ce texte, voire la note du CRSI). L’objectif est d’aboutir à une politique migratoire plus ferme et mieux coordonnée entre les EM, alors que les failles du règlement de Dublin sont visibles quotidiennement.

Pour ce faire, la Commission a passé en revue les plans nationaux soumis par tous les EM (sauf la Hongrie) sur la manière dont ils comptaient mettre en œuvre ledit pacte. Elle s’est focalisé sur dix aspects-clés nécessaires à une implémentation réussie : base de données Eurodac (stockant les empreintes digitales des migrants), conditions d’accueil, procédures de retour, voies légales et garantie des droits fondamentaux, etc. De manière globale, la Commission se dit satisfaite des efforts réalisés, mais note que des progrès sont à réaliser pour tenir l’objectif d’un déploiement opérationnel du pacte en juin 2026, comme voté.

Dans le détail, des divergences existent selon les pays. La France, par exemple et aux côtés d’une dizaine d’autres EM, dispose déjà des structures d’accueil et de ressources humaines. De nombreux EM ont aussi prévu de proposer un service de conseil juridique gratuit aux demandeurs d’asile. En revanche, d’autres pays, déjà exposés dans le système actuel, suscitent certaines inquiétudes, par exemple du point de vue de la mise en place d’une surveillance indépendante des droits fondamentaux. La Commission note par ailleurs que la majorité des EM ont mis en place les réformes nécessaires pour s’adapter au nouveau système d’évaluation de l’âge, censé objectiver les déclarations des demandeurs sur leur condition de mineur ou non. Les principaux points de progrès résident dans le traitement des arriérés des demandes d’asile.

Rappelons qu’un autre aspect crucial du Pacte sera déterminé cette année : le système de contributions indicatives. Déterminé par la Commission selon une clé de référence, il servira à établir la réserve de solidarité que devra verser chaque EM. Le « montant » pourra ne pas être pécunier puisqu’il reviendra à l’EM de choisir la forme qu’il préfère : réallocation de demandeurs d’asile, paiement financier, mesures alternatives, etc. Les contributions financières versées, recouvrées au début de chaque année, seront transférées vers les EM pouvant en avoir besoin pour gérer les situations migratoires (accueil, soutien gestion des frontières…). Concernant les mesures alternatives, celles-ci seront monétisées en équivalent contributif et pourront inclure des équipements techniques, un soutien opérationnel, du personnel, etc.

Ce bilan arrive alors que les EM sont en discussion sur un autre texte migratoire, ambitionnant de durcir le Pacte voté l’année dernière : la directive sur les retours de personnes en situation irrégulière. Lors du conseil des ministres de l’Intérieur à Luxembourg le 13 juin 2025, certains pays ont avancé leurs priorités et leurs lignes rouges. Ainsi, la Suède veut utiliser plus intensivement le levier des visas, en les conditionnant à la réadmission de ressortissants expulsés. Stockholm plaide aussi pour des expulsions de syriens, attendu l’évolution de la situation à Damas. De son côté, Rome craint un « fardeau procédural » et ne veut pas que le pouvoir discrétionnaire des Etats puisse être entravé (exemple de la durée des interdictions de retour). L’Italie est en effet l‘un des pays qui, selon la Commission, pourraient ne pas être prêts pour l’échéance de 2026. La Pologne dit aussi craindre pour sa sécurité, notamment en raison des nouvelles obligations sur le filtrage des migrants – un sujet délicat pour un pays qui subit une guerre hybride, avec des migrants instrumentalisés par la Russie et la Biélorussie. Varsovie admet en outre que « le modèle italien avec l’Albanie ne marche pas vraiment bien » et pose des questions juridiques (voir la note du CRSI à ce sujet).

Quant à la France, Bruno Retailleau a réaffirmé son opposition au système de reconnaissance mutuelle des décisions de retours, estimant que l’autorité qui ordonne une expulsion doit la mettre en œuvre. Il est soutenu en ce point par le gouvernement transalpin. Paris veut aussi faire du départ volontaire l’exception afin que les individus ne puissent pas « s’évanouir dans la nature » et veut renforcer les mesures permettant d’investiguer des liens potentiels avec le terrorisme de la part de certains migrants. La piste défendue par le Ministre de l’Intérieur consiste à pénaliser le séjour irrégulier, ouvrant la possibilité de fouiller les téléphones.

Vers un changement des règles d’engagement en ce qui concerne l’interception des migrants en instance de départ vers le RU ?

D’après plusieurs médias anglophones, le gouvernement français réfléchirait à modifier les règles d’engagement régissant le comportement des policiers et gendarmes déployés sur le littoral de la Manche. Les forces de l’ordre, dont la mission est de dissuader les migrants de partir vers les côtes anglaises, n’ont en effet que des prérogatives limitées en la matière.

Selon le modèle actuel, l’interception d’une tentative de départ ne peut advenir que lorsque les migrants ne sont pas dans l’eau – c’est-à-dire alors qu’ils ont encore les pieds sur le sable. Le risque avancé est de provoquer un mouvement qui engendrerait le décès de plusieurs migrants – incident pour lequel les forces de l’ordre seraient tenues responsables. Ainsi, sauf en cas d’extrême-urgence (danger évident et immédiat de mort, type noyade), une fois les migrants embarqués sur un bateau, les forces de l’ordre ne peuvent plus intervenir. La proposition en discussion verrait cette règle supprimée et remplacée par une limite fixée à 300 mètres des côtes, qui autoriserait l’intervention dans tous les cas, qu’importe le niveau de péril encouru par l’embarcation.

Cette évolution est tout sauf un hasard, alors que les tactiques employées par les passeurs s’adaptent en permanence et posent de nouveaux défis pour les contrer. Les techniques dites « taxi-boat » voient ainsi des embarcations pneumatiques arriver directement par la mer en longeant le littoral et récupérer des migrants en plusieurs points pour ne pas créer un seul attroupement facilement détectable. Ils restent de plus dans l’eau le temps de l’embarquement. Un moyen qui montre les limites des approches actuelles en la matière.

Enfin, le RU se plaint depuis plusieurs années de l’inefficacité d’une partie des mesures françaises, qui n’arrivent pas à dissuader les migrants de partir pour l’Angleterre – parfois plus d’un millier par jour, aidés en cela par une météo favorable. Le contexte politique britannique est de facto une donnée clé à considérer, notamment avec la croissance du parti Reform UK de Nigel Farage et l’incapacité – sanctionnée dans les urnes – du précédent gouvernement conservateur à arrêter les flux de « small boats ». Cela vient aussi dans un contexte où une nouvelle doctrine migratoire plus ferme a été dévoilée en mai 2025, dans un objectif assumé de dissuasion des candidats au passage (voir, sur ces points la note et les brèves publiées sur le site du CRSI).

Les colégislateurs s’entendent sur une refonte du mécanisme de suspension du régime d’exemption de visas

Le Conseil de l’UE et le Parlement européen (PE) sont ressortis avec un accord (texte amendé ici), le 17 juin 2025, relatif aux règles permettant de suspendre le régime de libéralisation des visas. En clair, il s’agissait de réformer le mécanisme qui exempte de visa les ressortissants de 61 pays – pour des voyages de maximum 90 jours sur une période de 180 jours – dans le cas où cette exemption nuirait aux intérêts de l’Union. Le mécanisme en lui-même a été introduit en 2013, mais l’évolution du contexte international et des priorités de l’UE rendaient cette réforme inévitable.

Dans le détail, la réforme crée avant tout des nouveaux motifs invocables pour suspendre l’exemption de visa tels que :

  • Le non-alignement du pays tiers sur les pratiques de l’UE en matière de régime de visa ;
  • La proximité géographique pouvant engendrer une arrivée non désirée de citoyens d’autres pays tiers (Afrique du Nord notamment) ;
  • La mise en place d’un programme de citoyenneté par investissement, reconnu contraire au droit européen par la CJUE (voir les brèves du CRSI à ce sujet) ;
  • Des menaces hybrides et/ou des lacunes dans la législation et les procédures du pays en question en matière de sécurité des documents (falsification, forte corruption etc.) ;
  • La détérioration des relations de l’UE avec ce pays, notamment au regard des Droits de l’Homme et du respect de la Charte de l’ONU, un marqueur de la position du Parlement.

A noter que ces motifs s’ajoutent à ceux existants, et ne les remplacent pas. Continueront donc de rentrer en compte des motifs de suspension basés sur l’augmentation du nombre de demandeurs d’asile provenant de pays avec un faible taux de reconnaissance d’une part et sur l’augmentation du nombre de ressortissants de pays tiers refusés à l’entrée ou avec une durée de séjour dépassée d’autre part. A noter que les seuils ont été précisés. Ils seront de 20% dans le premier cas et de 30% dans le second. De tels seuils ne sont pas une idée nouvelle et ont, notamment, été repris par la Commission dans sa proposition sur les retours vers des « pays sûrs » (voir la note du CRSI à ce sujet).

Parmi les autres mesures sur lesquels Parlement et Conseil sont tombés d’accord figure la durée de suspension, qui passera de neuf à douze mois assorti d’une possibilité de renouvellement prolongée de six mois supplémentaires (de dix-huit à vingt-quatre). L’UE aura aussi la possibilité de ne cibler que les hauts fonctionnaires et diplomates des pays tiers concernés sans toucher le reste de la population, une demande forte du PE.

A noter enfin que ce texte figure parmi les derniers négociés par la présidence polonaise du Conseil européen, avant qu’elle ne laisse la place au Danemark pour une période de six mois. Il devra passer par un vote formel au PE et par une approbation des EM avant d’entrer en vigueur.

Dans le reste de l’actualité européenne

EUROJUST : L’agence européenne a dévoilé un rapport relatif aux droits des victimes en contexte transfrontalier. Il souligne plusieurs difficultés telles que l’identification des victimes, la complexité des enquêtes sur plusieurs pays ou encore la sous-déclaration des crimes commis.

EPPO : Le Parquet européen a signé un accord de coopération avec six pays d’Amérique Latine (Pérou, Argentine, Costa-Rica, Panama, Paraguay et Brésil). Ces accords ont pour but de renforcer la coopération en matière de crime organisé transnational, de blanchiment d’argent ou de corruption.

FRONTEX : L’UE et la Bosnie-Herzégovine ont signé un accord renforçant leur coopération en matière migratoire et de gestion des frontières. Conformément à des engagements conjoints pris en 2022, Frontex pourra déployer un contingentpermanent en Bosnie (pays candidat à l’adhésion) – aéroports et points de passage frontaliers avec des pays non-membres de l’UE inclus.

COMMISSION EUROPEENNE : Dans une lettre du 23 juin adressée aux dirigeants européens, Ursula Von der Leyen a fait le point sur les accords passés avec des pays tiers en matière migratoire. En outre, de nouvelles étapes sont prévues avec le Sénégal (30M d’euros d’aides pour prévenir les départs et augmenter les taux de réadmission) ainsi qu’avec l’Inde. Dans le cas de New Delhi, l’UE veut mettre en place un guichet unique pour un « partenariat de talents » vers l’Europe. Ce « bureau pilote » pourra être étendu à d’autres pays tiers en cas de résultats probants.

PARLEMENT EUROPEEN : Des eurodéputés ont entendu en commission LIBE (libertés civiles, justice et affaires intérieures) des représentants d’EPPO, de la Commission, d’Europol et d’Eurojust. Il en ressort que la coopération entre ces différentes agences et les EM pourrait être mieux structurée, notamment en matière d’accès et de partage des informations. Les agences européennes sont d’accord sur le fait que le cadre juridique est inadapté (ex : Europol ne peut initier d’enquête que sur demande d’un EM). Cela est particulièrement sensible en matière de criminalité organisée.

CJUE : Selon l’avocat général Emiliou (dans l’affaire C-50/24 Danané), une demande d’asile peut être présentée dans un centre de rétention situé à l’intérieur du territoire (ex : aéroport) et être considérée comme relevant d’une procédure « à la frontière ». La rétention peut de même être prolongée au-delà du délai initial sans affecter ce statut. Rappelons que l’opinion d’un avocat général ne détermine pas nécessairement le verdict final de la formation de jugement.

Augmentation de la consommation de drogues

By Santé, Sécurité/Justice

L’augmentation de la consommation de drogues

Dans un communiqué, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) mentionne que la « cocaïne est le marché des drogues illicites qui connaît la plus forte croissance au monde ».

En 2023, 6% de la population mondiale âgée de 15 à 64 ans avait consommé de la drogue, contre 5,2% en 2013. Le cannabis est la drogue la plus consommée.


A l’échelle internationale

La superficie de cultures illicites a augmenté en Colombie de 34% en un an, les saisies ont augmenté de 68% sur la période 2019-2023, le nombre d’usagers est passé de 17 à 25 millions en dix ans

  • Augmentation de la superficie des cultures illicites de 34% (en un an)
  • Augmentation de la production en 2023 : 3.708 tonnes, soit près de 34% de plus qu’en 2022
  • Augmentation de 68% des saisies sur 2019-2023
    • Saisies de cocaïne : 2.275 tonnes, soit une augmentation de 68% par rapport à 2019-2023
  • Augmentation du nombre d’usagers de 17 à 25 millions, de 2013 à 2023

Le trafic s’étend à l’Europe occidentale avec des “centaines de milliards brassés chaque année”.

A l’échelle européenne 

Selon les données de l’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA)

  • En 2023, 7.500 personnes décédées à cause de la drogue
    • Parmi 1 million de décès de personnes âgées de 15 à 64 ans, 24.7 seraient liées à l’usage de drogues
  • Saisie de Cocaïne (2023) :  419 tonnes
  • Production de stimulants en Europe : amphétamines, MDMA, cathinones
  • Achats simplifiés par les réseaux sociaux et les plateformes en ligne de drogue et / ou de produits chimiques permettant leur fabrication
    • En 2024 : 47 nouvelles substances psychoactives recensées (Europol et EUDA via Early Warning System)

A l’échelle française

Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), le cannabis est la substance la plus consommée parmi les 11-75 ans.

  • 21 millions de personnes l’ont déjà expérimenté (29,9% des jeunes de 17 ans en 2022) 
  • 1,4 million d’usagers en consomment régulièrement (au moins 10 fois au cours du mois) 
  • 900 000 usagers en consomment quotidiennement

Toutefois, le tabac et l’alcool – substances licites – demeurent les produits les plus consommés en France.

Principales substances consommées en Europe

  • Cannabis : environ 1,5% des adultes (4,3 millions) en consomment chaque jour ou presque
    • Le cannabis de synthèse plus concentré en THC fait peser de nouveaux risques sur la santé publique
  • Cocaïne : 2e drogue la plus consommée des 15-34 ans avec 2,7 millions de consommateurs
    • Mélangée à des opioïdes ou de l’alcool : responsable d’un quart des décès par overdose en 2023
  • Crack : extrêmement addictif et de plus en plus consommé
  • Kétamine : à surveiller ; pourrait devenir la drogue principale de beaucoup de consommateurs dans le cadre d’une polyconsommation (en croissance également)
  • Trafic de faux médicaments à base d’opioïdes : en forte hausse
  • Héroïne : recul depuis une 10n d’années

L’EUDA entend faciliter la coopération avec les États membres pour notamment mettre en place un “système d’évaluation des menaces pour la santé et la sécurité”.

Principales substances consommées en France

  • 14,6% des adultes ont expérimenté d’autres drogues que le cannabis en 2023 : cocaïne, ecstasy/MDMA, champignons hallucinogènes, LSD, amphétamines, héroïne, crack 
    • 2014 : 9,1%
  • La cocaïne est le deuxième produit illicite le plus consommé
    • 9,4% d’expérimentateurs parmi les adultes (2023)
    • 1,1 million d’usagers de 11 à 75 ans dans l’année
    • Entre 2011 et 2023, le coût du gramme de cocaïne est passé de 60 à 66 euros 

Ecstasy (MDMA) : 8,2% d’expérimentateurs parmi les adultes

 

 

brève européenne Aurélien Jean

Brève Européenne 5 : Entre dégradation sécuritaire et complexité organisationnelle : comment réformer l’appareil policier dans la capitale de l’Europe ?

By Publications, Institutions, Sécurité/Justice

Entre dégradation sécuritaire et complexité organisationnelle : comment réformer l’appareil policier dans la capitale de l’Europe ?

Située au croisement des enjeux sécuritaires, politiques, institutionnels et linguistiques, la région de Bruxelles-Capitale est un condensé de la Belgique. À l’image du pays dont elle est la ville-centre, elle subit une recrudescence de faits délictuels et criminels sur fond d’expansion du trafic de drogue et des réseaux de criminalité organisée. En corollaire, l’organisation de ses forces de l’ordre est l’héritière d’un système profondément réformé au tournant du millénaire mais qui semble refléter davantage un impératif de conciliation politique qu’une déclinaison opérationnelle des besoins de sécurité. C’est tout particulièrement le cas lorsque l’on prête un œil aux zones de police locale actives dans la région de Bruxelles aux circonscriptions réduites et à la coordination parfois incomplète, entre elles tout comme avec leur homologue fédérale.

Par Aurélien Jean

 


 

Pour tenter de répondre à ces dysfonctionnements, l’Etat fédéral veut reprendre la main et imposer une réforme des zones de police bruxelloises, avec comme idée assumée de faire des émules ailleurs dans le pays. Réforme souvent évoquée, appelée de ses vœux par une bonne part de la classe politique flamande mais longtemps repoussée sous pression de l’échelon politique local, méfiant quant à tout ce qui pourrait amoindrir le pouvoir mayoral. Cependant, une telle refonte ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion plus large sur d’autres aspects structurants du modèle actuel, notamment son financement : daté, complexe et mettant sous pression le budget des communes.

De manière générale, la réforme, qu’importe si et dans quelles conditions elle aboutit, ne se suffira pas à elle-même et impliquera un engagement politique a minima sur du moyen terme pour prétendre adresser dans la durée des problématiques incrustées. Ce faisant, le cas de la police bruxelloise est un exemple intéressant et illustratif de la difficulté à trouver un optimum organisationnel et du tâtonnement progressif des pouvoirs publics, entre contentement des édiles et réponses adaptées à des défis sécuritaires évolutifs.

 

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Loi sur le narcotrafic : censure partielle par le Conseil constitutionnel

By Sécurité/Justice

Loi sur le narcotrafic : censure partielle par le Conseil constitutionnel

– par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

 

Le 12 juin 2025, le Conseil constitutionnel rend une décision n°2025-885 DC sur la loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic.

  • La loi adoptée est partiellement conforme.
  • Le Conseil statue sur trois saisines contestant 38 des 64 articles de la loi.

32 articles déclarés conformes à la Constitution

Les dispositions permettent notamment : 

  • La fermeture administrative de lieux en lien avec la commission d’infractions liées au narcotrafic (Article 4)
  •  La prolongation exceptionnelle de la garde à vue pour les personnes ayant ingéré des substances stupéfiantes pour leur transport (Article 26)
  • Le retrait et le blocage de contenus en ligne qui proposent l’achat de stupéfiants (Article 28)
  • L’activation à distance d’appareils électroniques fixes et mobiles aux fins d’enregistrement de l’image et du son dans le cadre de la lutte contre la criminalité organisée (Articles 38 et 39)
  • La création dans les établissements pénitentiaires des quartiers de lutte contre la criminalité organisée dans lesquels s’applique un régime de détention dérogatoire (Article 61)

6 articles censurés totalement ou partiellement par le Conseil

  • L’article 5 qui donnait aux services de renseignement accès aux bases de données fiscales : 
    • Censure totale : atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée
  • L’article 15 qui permettait le traitement algorithmique des URL :
    • Censure totale : faute d’encadrement du traitement suffisant, sur le fondement du droit au respect de la vie privée
  • L’article 19 qui aggravait les peines de privation de liberté en cas de port d’arme lors de la commission de certains crimes et délits :
    • Censure totale : non-respect du principe de proportionnalité des peines
  • L’article 40 avec dispositions qui permettaient de fonder une condamnation sur la base d’éléments de preuve issus de techniques d’enquêtes versées au « dossier coffre » :
    • Censure partielle : méconnaissance du respect des droits de la défense et du principe du contradictoire
  • L’article 55 avec dispositions qui étendaient les règles les plus dérogatoires de procédure applicables (garde à vue allongée à 96h) à la criminalité organisée aux infractions de corruption et de trafic d’influence :
    • Censure partielle : atteinte aux droits de la défense ainsi qu’à la liberté individuelle
  • L’article 56 avec dispositions qui posaient pour principe le recours exclusif à la visioconférence pour la comparution des personnes placées en quartier de lutte contre la criminalité organisée et des personnes :
    • Censure partielle : eu égard à la garantie s’attachant à la présentation physique du prévenu devant le juge 

Des réserves d’interprétation sont émises par le Conseil relatives à la proportionnalité des mesures confirmées (fermetures administratives, dispositifs d’activations à distance, régime de fouilles).

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les mégaconstellations à la conquête de l’internet crsi

Les mégaconstellations à la conquête de l’internet

By Publications, Numérique

Les mégaconstellations à la conquête de l’internet

Synthèse

Avec le déploiement des constellations de satellites à orbite basse, les services de communications par satellite sont une alternative crédible aux services des opérateurs de télécommunications, grâce à des performances comparables en termes de débit et de latence à celle des réseaux fixes ou mobiles.

Si les premières offres disponibles visent avant tous le marché grand public dans des zones isolées, les applications sur le plan militaire démontrent que l’internet satellitaire est un actif stratégique pour les états souhaitant préserver leur domination sur le plan géopolitique.

La plupart des grandes puissances ont aujourd’hui un programme de mégaconstellation, mais les Etats-Unis restent le leader incontesté de ce marché grâce à la domination de la société Starlink.

L’Europe n’est pas démunie, mais devra surmonter ses divisions internes pour proposer une alternative crédible et préserver sa souveraineté dans le domaine spatial mais également dans le domaine des télécommunications.

Le futur de l’internet satellitaire reste néanmoins dépendant de la capacité des acteurs à surmonter une triple menace: la pénurie de fréquence orbitale, l’émergence d’une cybercriminalité dans le domaine spatial et le problème des débris spatiaux qui risquent à terme de rendre impossible l’exploitation des mégaconstellations.

 

L’ internet par satellite : une nouvelle ère industrielle

L’internet par satellite a longtemps été considéré comme une solution alternative aux réseaux de communications terrestres, que ce soient les réseaux fixes (cuivre et maintenant fibre) ou les réseaux mobiles.

Essentiellement basées sur des satellites géostationnaires (GEO), situés à 36.000 km d’altitude, les communications par satellite n’étaient pertinentes que dans des cas très particuliers, pour couvrir les zones où les systèmes de télécommunication terrestres n’existent pas (zones blanches, forêts, déserts et océans), ou pour fournir un service de secours lorsque ceux-ci étaient endommagés (une catastrophe naturelle par exemple). Dans les faits, les services satellites étaient réservés à des applications militaires ou gouvernementales, ou pour de la transmission de données pour de grandes entreprises, et à la diffusion de bouquets de chaines TV pour le grand public.

La baisse des coûts a joué un rôle majeur dans l’expansion des systèmes LEO. Le coût de lancement est de moins en moins élevés, en raison du poids plus faible des satellites qui constituent les systèmes à orbite basse. La capacité des opérateurs à réutiliser les engins lanceurs de satellites est également un facteur favorisant le développement de ces solutions.

D’autres facteurs tels que les progrès de la technologie des satellites, un soutien financier solide et la demande croissante de services de connectivité à faible latence rendent la réalisation de systèmes de communication LEO à grande échelle plus plausible aujourd’hui que par le passé.

L’émergence des projets de constellations de satellites en orbite basse (LEO) change singulièrement la donne : Les opérateurs de satellites LEO, situés entre 400 et 2.000 km d’altitude, proposent des services internet comparables à ceux fournis par les solutions terrestres, grâce à des temps de latence plus court, (inférieur à 50 ms), et des connexions haut débit, avec l’avantage supplémentaire d’être un réseau à couverture mondiale : Une seule infrastructure est en capacité de délivrer ses services partout dans le monde.

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Une offre commerciale à destination du grand public

Sur le plan commercial, les constellations existantes visent principalement à fournir des services internet au grand public.

  • Elles mettent en avant leur capacité à réduire la fracture numérique en connectant les régions du globe les plus éloignées, et l’aide au développement des pays sous- développés grâce à l’accès à des ressources éducatives ou à des services de santé (télémédecine).
  • Elles constituent également une alternative au câbles sous-marins pour fournir de la connectivité en gros aux opérateurs de télécommunications, qui sont confrontés à des usages en forte croissance qui peut donner lieu à des problèmes ponctuel de pénurie de capacité qu’il est di?icile de traiter avec le seul réseau terrestre.

Le marché global des communications par satellite est estimé à 36,58 Md$ en 2025 avec une croissance (CAGR) estimée de 5,5 % pour atteindre 45,29 Md$ en 2029.

Malgré la baisse des coûts de production et de lancement des satellites au cours des dernières années, les offres de satellites grand public par satellite restent un marché de niche, la viabilité du modèle économique des mégaconstellations restant à démontrer sur des grands volumes. Le prix des offres reste à ce jour trop élevé pour espérer une généralisation de son usage à l’échelle de la planète, d’autant que les opérateurs de télécommunications offrent aux utilisateurs une couverture et des débits de très bonne qualité dans la plupart des pays développés.

Néanmoins, les évolutions technologiques devraient permettre dans un avenir proche de proposer de nouveaux services susceptibles de bouleverser le marché des opérateurs de télécommunications.

Les fournisseurs de chipset intègrent actuellement la fonction permettant de communiquer directement par satellite à partir d’un téléphone mobile. De telles offres pourraient bientôt concurrencer les offres des opérateurs de téléphonie mobiles.

Les progrès continus en matière de miniaturisation, de réutilisation des lanceurs et de programmation des satellites devrait permettre de baisser les coûts dans la durée, et de favoriser la réutilisation des satellites en orbite pour de nouvelles missions.

Autre secteur en devenir, l’Internet des Objets (l’IoT) consistant à connecter des objets avec des liens de communications (Wi-Fi, Bluetooth, réseaux cellulaires (2G, 3G, 4G, 5G), LoRaWAN, Sigfox, Zigbee) pourrait voir son développement accéléré dans beaucoup de secteurs industriels grâce aux mégaconstellations qui rendent la connexion possible à n’importe quel point de la planète, y compris dans les zones les plus reculées.

Un enjeu de souveraineté pour les puissances mondiales

Depuis plusieurs années, ces « mégaconstellations » internet en orbite basse sont devenues un enjeu stratégique majeur pour les États pour des raisons militaires et de souveraineté qui surpasse grandement les enjeux commerciaux.

La suprématie d’un état dans le domaine spatial peut constituer un outil d’influence géopolitique majeur.

Le conflit en Ukraine a démontré que les satellites en orbite basse peuvent jouer un rôle majeur, notamment en termes de communication et de surveillance. Par nature, les services satellites sont résilients, là où les réseaux terrestres sont facilement détruits et difficiles à reconstruire dans des délais courts.

En bénéficiant depuis le début du conflit des services de la société américaine Starlink, les troupes ukrainiennes ont ainsi pu soutenir les troupes au sol, grâce à la capture d’images à haute résolution, essentielles pour la surveillance, ce qui s’est révélé être un atout déterminant dans l’équilibre des forces en présence.

La plupart des grandes puissances ont aujourd’hui des projets de mégaconstellations, plus ou moins avancés, visant à préserver leur autonomie dans le domaine des infrastructures de communications pour éviter toute dépendance technologique dont on constate combien il est di?icile de se soustraire, avec les exemples du Cloud et des plateformes de services avec la domination des GAFAM américains, portant atteinte à la souveraineté des états européens.

Au moins trois puissances spatiales – les États-Unis, la Chine et l’Europe disposeront d’ici 2030 de constellations haut-débit en orbite basse à travers des sociétés commerciales (comme Starlink). La Russie a approuvée en avril 2022 le projet de la constellation Sfera, prévoyant le déploiement de 264 satellites d’ici 2030-2035. D’autres acteurs privés (Lynk, AST, Telesat) et gouvernementaux se lancent également dans la bataille du spatial.

Le panorama du marché qui suit démontre grandissant de l’intérêt des grandes puissances géopolitiques pour les constellations de satellites, qui exigent à la fois une maîtrise technologique, et des capacités d’investissements significatives.

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Starlink : le leader incontesté des services internet par satellite

La filiale Starlink de la société SpaceX est de loin l’acteur dominant sur le marché de la connectivité par satellite. Le projet Starlink a pour ambition de fournir un accès Internet haut débit aux populations du monde entier, en particulier à celles des zones reculées et mal desservies.

Le projet a démarré ses travaux en janvier 2015, et le premier lancement de satellites a eu lieu en 2019. Le service est opérationnel depuis 2021. Starlink possède une avance considérable sur la concurrence, avec à ce jour une constellation de 6.750 satellites déployés dans l’espace à l’issue de 250 lancements de fusées. Ce sont plus de 6.200 satellites qui sont déjà déployés en 2025, et l’ambition de Starlink et d’atteindre une couverture globale avec plus de 12 000 satellites d’ici 2030.

L’entreprise vise à fournir un accès Internet fiable même dans les régions les plus reculées du monde, réduisant ainsi la fracture numérique.

Les services Starlink sont déjà disponibles dans 125 pays et régions dont le Bhoutan. Il y aurait 6 millions d’utilisateurs. En France, l’offre internet est disponible depuis 2021 pour un abonnement mensuel de 40 €, avec des débits pouvant aller jusqu’à un débit jusqu’à 220 Mbps, avec une latence de 20 ms. Elle attire de plus en plus d’abonnés situés dans les «zones blanches», les zones di?iciles à couvrir par nos opérateurs de télécommunications.

SpaceX annonce que les services Starlink sont accessibles dans plus de 1.000 avions, ce service est en plein développement. Air France a annoncé une offre de connexion wifi haut débit sur ses avions courant 2025. Les services Starlink sont depuis 2024 disponibles à bord de certaines lignes de trains, aux Etats-Unis et en Ecosse.

Au-delà des services d’internet par satellite, Starlink ambitionne d’introduire une offre de téléphonie mobile (voix et données) pour les téléphones mobiles LTE (4G ou 5G) dès 2025, grâce à une nouvelle génération de satellites dotées des fonctionnalités Direct-To- Cell (D2C) permettant des liaisons directes avec des téléphones cellulaires. Ce serait une rupture majeure dans le domaine de la téléphonie mobile., avec l’arrivée d’un acteur aynat un réseau prêt à l’usage, d’envergure mondiale.

635 satellites de nouvelle génération ont déjà été déployés en orbite à l’issue du dernier lancement le 3 juin 2025. L’objectif de SpaceX est d’avoir 700 satellites en orbite d’ici mi 2025 pour permettre l’ouverture des service D2C. La Federal Communications Commission (FCC: l’autorité de régulation américaine dans le domaine de télécommunications) ayant donné son accord, une phase de tests pré-opérationnelle (Beta tests) se déroule actuellement aux Etats-Unis jusqu’en juillet 2025. T-Mobile participe à ces Betatests. D’autres partenariats sont déjà signés avec des opérateurs au Japon (KDDI), au chili et au Pérou (Entel) ou encore en Ukraine (Kyivstar).

 

Kuiper, un nouvel entrant dans les services satellites

Avec le lancement réussi d’un premier lot de 27 satellites dans l’espace, le géant américain Amazon a entamé dans la nuit de mardi 29 avril 2025 une nouvelle phase de son projet Kuiper, dont l’objectif est de concurrencer la constellation Starlink, du milliardaires Elon Musk, en déployant une constellation de satellites à orbite basse LEO (Low Earth Orbit), à une altitude d’environ 450 km au-dessus de la Terre, qui permettra à terme de proposer des services d’accès internet à très haut débit depuis tous les points du globe.

La filiale d’Amazon prévoit une dépense initiale de 10 milliards de dollars dans sa constellation, soit à peu près autant que Starlink.

Le projet, annoncé en 2019, a pris du retard, et c’est une course contre la montre qui vient de se lancer. Amazon devra en effet lancer 3.200 satellites d’ici 2029, pour ne pas perdre la licence d’exploitation accordée en juillet 2020 par la FCC, Pour tenir les délais, Amazon prévoit plus de 80 lancements pour déployer sa constellation initiale, en utilisant différent lanceurs : Outre les lanceurs Atlas V et Vulcan Centaur d’United Launch Alliance (ULA), Amazon prévoit également d’utiliser son propre lanceur, New Glenn de la firme Blue Origin ainsi que les services d’Arianespace, avec un premier lancement prévu d’ici à la fin de l’année. En tout, Ariane 6 devrait ainsi e?ectuer 18 lancements pour le compte d’Amazon.

Néanmoins, le retard pris sur Starlink importe peu, car les synergies potentielles avec son catalogue d’offres grand public sont énormes : Le projet Kuiper associe une constellation de satellites LEO à des terminaux grand public compacts et peu coûteux, à un réseau mondial de stations terrestres et à une infrastructure de communication résiliente alimentée par Amazon Web Services (AWS). Amazon a investi massivement dans l’infrastructure terrestre, y compris des stations au sol et des centres de données, pour assurer une communication fluide avec les satellites en orbite. Les services internet viendront compléter les offres d’e-commerce, de cloud, et le service Prime d’Amazon qui compte plus de 200 millions d’abonnés. Autant d’atouts dont Elon Musk ne dispose pas et qui feront de l’offre Kuiper un concurrent redoutable pour le propriétaire de Space X.

 

Iris2 : La réponse européenne

Il est essentiel pour les états européens de disposer d’une solution autonome et souveraine en matière de télécommunications. Or, la connectivité spatiale est l’alternative la plus fiable lorsqu’il s’agit de palier à l’absence de communications terrestres (par exemple en cas de conflit, ou en cas de catastrophe naturelle majeure).

Grand projet européen, le programme Iris2 (Infrastructure, Resilience, Interconnectivity and Security by Satellite) vise à déployer à l’horizon 2030 une constellation de plus de 300 satellites sur différentes orbites et le segment terrestre associé pour garantir des communications gouvernementales sécurisées à chaque état membre de l’Union Européenne, tout en permettant des services commerciaux aux entreprises.

Contrairement à ses concurrents américains, Iris est une solution hybride combinant des satellites évoluant à des orbites différentes : 264 satellites devront évoluer à une orbite de 1.200 km, 18 à une orbite moyenne de 8.000 km et une dizaine à une orbite basse entre 450 et 700 km. Contrairement à Starlink et Kuiper, Iris2 n’est donc pas une mégaconstellation et sa vocation première ne sera donc pas commerciale, mais de répondre aux enjeux de sécurité et de souveraineté des états européens.

En décembre 2024, la commission européenne a attribué au consortium SpaceRise un contrat de concession d’une durée de 12 ans pour le développement, le déploiement et l’exploitation du système de connectivité sécurisée par satellite Iris2 de l’Union.

Le contrat consiste en un partenariat public-privé visant à acquérir un système composé de plus de 290 satellites pour fournir des services gouvernementaux d’ici 2030 tout en permettant de proposer une offre commerciale souveraine aux entreprises européennes.

Le consortium SpaceRISE est composé de trois opérateurs européens de réseaux satellitaires : SES SA, Eutelsat SA et Hispasat S.A.

Un budget d’un montant de 10,6 milliards d’euros sur douze ans est prévu pour le projet. Les pouvoirs publics européens en finance environ 60 %, le reste (soit environ 4 milliards d’euros) provenant de l’industrie privée et des opérateurs de télécommunications. Une enveloppe de 2,4 Md€ est attribuée par l’Union européenne jusqu’en 2027, complétée de 600 millions d’euros jusqu’en 2025 provenant de l’Agence spatiale européenne (ESA). 550 millions d’euros proviennent de l’ESA, et 2 Md€ de la Commission européenne dans le cadre du budget septennal actuel (2021-2027). Les fonds restants devraient provenir du prochain budget de l’UE (2028-2034). Le coût pour l’état français est d’environ 300 millions d’euros environ, à travers France 2030.

Mais en dépit d’avancées récentes, IRIS2 reste fragile. Les discussions ont été nombreuses pour parvenir à un accord, aussi bien du côté des industriels que des États. L’Allemagne s’est plainte d’un projet dans lequel ses champions nationaux seraient relégués au second plan tandis qu’Airbus et Thales ont fait pression sur la commission européenne afin de limiter les risques financiers, avant de se retirer du consortium tout en restant un partenaire important du projet.

D’ailleurs, l’Allemagne, qui avait fini par se résigner en signant l’accord fin 2024, songerait à sortir du projet européen IRIS2, selon un article du quotidien allemand Handelsblatt. L’armée allemande envisage la mise en place de son propre réseau de satellites d’ici à 2029. La constellation prévue serait composée de centaines de satellites de petites dimensions, Ils seraient acheminés, du moins en partie, en orbite basse terrestre, un an avant la date estimée pour l’activation opérationnelle du dispositif européen. L’information a été confirmée par le porte-parole du ministère de la défense allemand. Pour le moment aucun détail n’a été fourni sur les coûts ou la conception technique de ces satellites, ni par quel lanceur, ils seraient envoyés.

 

Les ambitions chinoises face au leadership américain

La Chine est très discrète sur ses ambitions dans le domaine de l’internet par satellite. Cependant, le leadership américain dans le domaine spatial des communications à haut débit ne pouvait laisser les autorités chinoises indifférentes.

Le projet de constellation Guowang (réseau national) a été révélé pour la première fois en 2020 à travers la demande de réservation de fréquences déposée à l’ITU (International Telecommunication Union) pour environ 13.000 satellites. Conformément aux règles de l’ITU, la moitié des 13.000 satellites devra être en orbite d’ici 2032 ce qui va nécessiter une augmentation importante du rythme des lancements Chinois.

Rappelons que Guowang n’est pas la première méga-constellation chinoise. Le projet Qianfan/Thousand Sails a déjà envoyé ses 54 premiers satellites en orbite lors de trois lancements cette année.

Ces deux constellations pourraient être concurrentes car émanant d’initiatives publiques et industrielles de natures di?érentes, Qianfan est mise en œuvre par une entreprise soutenue par la municipalité de Shanghai, laShanghai Spacecom Satellite Technology (SSST) tandis que la constellation Guowang est gérée par le China Satellite Network Group Co., Ltd, ou China Satnet, l’entreprise publique créée en avril 2021, filiale de l’entreprise d’ÉtatChina Aerospace Science and Technology Corporation(CASC). China Satnet supervise la conception, le déploiement et l’exploitation de la constellation.

Par ces programmes, la Chine ambitionne d’avoir jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de satellites, avec des premiers services opérationnels d’ici 2 à 3 ans, sauf éventuels retards. Le pays pourrait donc bénéficier de constellations avant la fin de la décennie, potentiellement avant IRIS2 (un délai comparable au déploiement européen de OneWeb, par exemple). Cependant, ces constellations seraient dans un premier temps davantage de nature commerciale plutôt que très sécurisées.

 

Les défis sécuritaires de l’internet par satellite

Les fréquences : une ressource stratégique devenue rare

Pour fonctionner, les satellites ont besoin de communiquer par l’intermédiaire du spectre électromagnétique,décomposéenbandedefréquences. L’attributiondesfréquences, est gérée au niveau international pat l’ITU (International Telecommunications Union), une institution basée à Genève, agence des Nations Unis spécialisée dans les technologies de l’information et de la communication, réunissant 194 états membres.

Les sociétés ayant un projet de mise en orbite de satellites de communications doivent au préalable faire une demande de réservation d’un couple «fréquence/position orbitale » auprès de l’ITU. La gouvernance est basée sur le double principe du « premier arrivé, premier servi » et de partage équitable des ressources entre les états membres. Seuls les états pouvant faire cette demande, les sociétés privées doivent passer par l’intermédiaire d’une administration nationale qui se charge de déposer la demande au nom du demandeur. En France, c’est l’Agence Nationale des Fréquences (AFNR) qui se charge de collecter et de valider les demandes françaises avant de les porter auprès de l’ITU.

Cette procédure, mise en œuvre dans les années 50, à une période de relative abondance de la ressource orbitale, n’était plus adaptée aux défis créés par la multiplication des projets spatiaux en orbite basse et la relative pénurie des ressources fréquence qui en résultait.

L’ITU a mis en place en 2019 une contrainte supplémentaire obligeant un opérateur à mettre en orbite un satellite dans un délai de 7 ans maximum à partir du moment où le projet est notifié auprès de l’ITU.

Les couples fréquence/orbite, limités par nature, sont devenus une ressource stratégique pour les états et entreprises qui les utilisent. Tous les acteurs déclarés mettent en place des stratégies de contournement des règles de l’ITU pour capter le maximum de ressource fréquentielles, provoquant une véritable lutte entre les états et les entreprises privées pour se procurer les couples fréquence/orbites nécessaires à leur fonctionnement. De ce point de vue, il ne fait guère de doute que les constellations chinoises prévoyant un nombre important de satellites sont avant tout un moyen d’occuper des positions orbitales de façon à limiter le développement et l’expansion de Starlink.

A noter que la France et l’Europe ayant déposé des demandes de fréquences assez tôt, disposent de ce fait de droits de priorité assez favorable dans la compétition entre puissances. (OneWeb, filiale d’Eutelsat, est notamment prioritaire sur Starlink en orbite basse).

La cybercriminalité dans l’espace : une nouvelle menace

Les risques liés à la cybersécurité dans l’espace constituent un enjeu majeur de l’internet par satellite. L’importance prise par les constellations de satellites en font des cibles privilégiées pour des attaques cybernétiques et d’autres formes de sabotage.

Compte tenu des investissements très élevés nécessaires à la mise sur orbite et à l’exploitation d’une constellation de satellites, les conséquences d’une prise de contrôle ou de la destruction d’un satellite par des pirates ou par des états ennemis pourraient être désastreuses, à la fois sur le plan financier mais également du point de vue de la souveraineté de l’état, ces attaques peuvent avoir des impacts secondaires majeurs sur de nombreux secteurs privés et gouvernementaux (y compris sur le plan le plan militaire), sans oublier les effets sur la sécurité de l’espace avec la multiplication des débris spatiaux.

Il est donc indispensable de concevoir la sécurité des infrastructures des constellations par satellite de bout en bout, c’est-à-dire sur l’ensemble de la chaîne de valeur des services par satellite.

  • Cela inclut notamment la sécurisation des communications entre le sol et le satellite, (qu’il faut protéger contre les interceptions illégales ou le brouillage des signaux), mais également les communications entre les satellites : Contrairement à un satellite géostationnaire qui tourne de façon synchrone avec la planète, un satellite en orbite basse n’est qu’un élément de la chaîne de communication, est toujours en mouvement par rapport au sol, volant à des vitesses de 7,8 km/s. Il faut donc gérer des transferts entre satellites, pour que si l’un s’éloigne trop, un autre prenne le relais pour maintenir la connexion avec les utilisateurs au sol.
  • Ensuite, il faut tenir compte du fait que les satellites deviennent de plus en plus dépendants de logiciels embarqués (on parle de Software-Defined Satellites), autant d’éléments qui sont des failles potentielles dans le système de sécurité des constellations. Cela implique le développement et la validation rigoureuse du code embarqué en amont, mais également une surveillance et une maintenance en continu, pour s’assurer que le satellite reste protégé dans le temps, face aux nouvelles vulnérabilités découvertes au fil du temps.
  • Enfin, il ne faut pas oublier la sécurisation de l’infrastructure terrestre, qui est elle- même connectée au réseau. Ces installations terrestres sont d’autant plus vulnérables qu’elles se trouvent parfois dans des sites isolés et difficiles à protéger.

Le problème des débris spatiaux

Le déploiement de ces mégaconstellations pose de nouveaux problèmes de sécurité avec la multiplication des débris spatiaux, contribuant à l’aggravation de la pollution de l’espace. En effet, des tonnes de lanceurs, et de satellites en fin de vie restent dans l’espace orbital, parfois pendant des décennies. Certains explosent créant de centaines de milliers d’éclats ou de débris. Le nombre et la taille de ces objets augmentent régulièrement, et cela augmente le risque de collision avec les satellites en activité.

Les constellations de satellites à orbite basse nécessitent un nombre important de satellites pour proposer un service sur toute la planète. Alors que 3 satellites géostationnaires sont su?isants pour di?user des services sur la terre entière, les opérateurs de services Internet LEO doivent lancer des centaines, voire des dizaines de milliers de satellites pour fournir une couverture équivalente.

Le cycle de vie des satellites LEO est également notoirement plus court que celui des satellites géostationnaires : Alors qu’un satellite GEO doit être remplacé au bout de 15 ans, la durée de vie d’un satellite LEO est estimé entre 5 ans et 7 ans, nécessitant un renouvellement régulier des satellites en orbite.

Compte tenu des projets annoncés, on estime qu’en moyenne huit satellites seront lancés chaque jour depuis la Terre, soit une masse totale de quatre tonnes de matériel envoyé dans l’espace chaque jour.

Selon l’ESA, si la tendance actuelle des lancements se poursuit, il pourrait y avoir près de 54.000 objets de plus de 10 cm en orbite terrestre basse. Le nombre de débris spatiaux dont la taille est supérieure à 1 mm est quant à lui estimé à environ 128 millions.

Le risque de collision est particulièrement élevé dans certaines zones, comme l’orbite terrestre basse, où se concentrent beaucoup de satellites. Elles se produisent à des vitesses très élevées (entre 25.200 et 57.600 km/h, soit 10 fois la vitesse d’un coup de fusil!) La collision d’un seul objet peut générer une multitude de débris supplémentaires en impesanteur. La multiplication des débris à la suite d’une collision pourrait à terme créer une réaction en chaine qui rendrait impossible toute exploitation de l’espace orbital par l’homme.

Ces débris constituent une menace pour les satellites opérationnels, mais aussi pour le succès des futures missions spatiales. C’est également une pollution lumineuse du ciel nocturne et une nuisance pour la recherche astronomique.

Il est urgent de prendre de prendre la mesure du problème, en mettant en place une surveillance étroite des trajectoires de satellites afin de prévenir les problèmes de collision, et la création de débris supplémentaires qui en résulterait. Cela ne pourra se faire sans une coopération mondiale entre les opérateurs de satellites, les agences spatiales et la communauté internationale pour suivre les trajectoires, partager les données et respecter les règles permettant de limiter les émissions de débris.

Une menace pour la souveraineté numérique européenne

Les opérateurs télécoms européens sont confrontés à un double défi :

  • Un défi de rentabilité dans un marché des télécommunications morcelé, sous la contrainte de la réglementation européenne qui impose d’avoir 3 voire 4 opérateurs de téléphonie mobiles dans chaque pays, (soit environ 80 opérateurs pour un marché de 350 millions d’habitants), là où les opérateurs de téléphonie mobile aux Etats-Unis et en Chine se comptent sur les doigts d’une main.
  • Un défi d’innovation face aux GAFAM américains, qui captent l’essentiel de la valeur circulant sur nos réseaux, en proposant des services innovants et en investissant massivement dans les nouvelles technologies (Cloud, IA, IOT, Cyber)

Dans ce contexte, l’émergence des mégaconstellations et de l’internet par satellite n’est pas une bonne nouvelle pour un secteur déjà en crise. L’incapacitédel’Europeàprotéger son marché des télécommunications et à proposer des alternatives crédibles à la constellation de Starlink constitue une menace d’ampleur pour la souveraineté numérique européenne. Le projet IRIS2 est de ce point de vue une priorité pour la France et pour l’Europe.

L’internet par satellite constitue une opportunité pour les européens d’étendre leur potentiel de revenus à des marchés hors d’atteinte avec les solutions classiques de telecommunications.

Si rien n’est fait pour contrer l’’expansion des mégaconstellations de satellites, (inéluctable au regard des progrès tangibles de Starlink en matière de réduction des coûts et d’économies d’échelle), l’Europe ne disposera d’aucun répit avant que ses réseaux ne soient intégralement dominés par les États-Unis. Ainsi, l’ensemble des données européennes, le pétrole de l’économie numérique, pourrait finir par ne transiter que via des réseaux américains.

Etude de la Fondapol sur l’immigration Afghane en Europe

By Institutions

L’immigration afghane en Europe

Le 6 juin 2025, Fondapol a publié une étude sur l’immigration afghane en France, retraçant les données statistiques des demandeurs d’asile, de leur taux d’insertion et du taux de délinquance.


Contexte et Chiffres

Depuis 2015, le nombre de demandeurs d’asile ne fait qu’augmenter en Europe. Les Afghans empruntent une nouvelle route vers l’Union Européenne passant par la Serbie (ce qui facilite l’accès).

  • En 2015 : 195.000 afghans ont fait une demande d’asile dans les pays de l’UE
    • Ouverture des frontières par Angela Merkel
    • Intensification attentats en Afghanistan
    • Procédure Dublin suivie : le demandeur d’asile fait une demande auprès de son État d’accueil, pour rejoindre un autre État.
      • En Suède, les demandes d’asile passent de 3.000 en 2014 à 41.000 en 2015.

Les pays du Nord de l’Europe choisissent une politique de fermeture des frontières, déplaçant le mouvement des réfugiés afghans vers l’Europe occidentale.


La France, pays de l’asile afghan

Il y a encore quelques années, les afghans se dirigeaient vers le Royaume-Uni et ne faisaient que transiter en France.

  • En 2024 : 8.500 demandeurs d’asile recensés au RU
    • En 2024 : 9.500 arrivés par “small boats”
  • Depuis 2015 : les demandes d’asile augmentent significativement en France
    • 2015 : 2.200 demandes
    • 2016 : 5.989 demandes
    • 2023 : 17.550 demandes dont 812 mineurs non accompagnés
    • 2024 : + de 13.000 demandes déposées
  • En France : les afghans sont n°1 parmi les demandeurs d’asile, après les ukrainiens

Des afghans peu formés

  • Depuis 2016 : un groupe de plus de 100.000 afghans s’est constitué en France
    • 89.000 adultes afghans bénéficient d’un titre de séjour en France
    • + 10.376 afghans sous procédure Ofpra qui se verront attribuer une réponse en 2025
  • Les Afghans font partie des 10 premières nationalités titulaires d’un titre de séjour en France
  • Contrat d’intégration républicaine (CIR) non obligatoire
  • Faible niveau de scolarisation
    • + de 40% déclarent ne jamais avoir été scolarisé
    • En 2021 après la chute de Kaboul, ¼ de la population vivait en zone urbaine et 30% des enfants âgés de 5 à 17 ans exerçaient une activité contraire à toute scolarisation
    • Moyenne d’âge des primo demandeurs d’asile : 27,4 ans
    • Près de 19% des Afghans déclarent avoir un niveau scolaire ne dépassant pas celui de l’école primaire
      • 10% ne savent ni lire ni écrire dans leur langue maternelle
      • 17% ont un niveau supérieur au baccalauréat
      • 18 mois après la signature CIR : 57% sont sans emploi

La délinquance afghane

  • Part des étrangers parmi les condamnés détenus : 25%
  • Comparaison Allemande 
    • En 2023 : Afghans représentent 0,5% de la population
    • En 2024 : 2,3% de la population
  • Les Afghans sont très présents pour les crimes de type mafieux
    • 9 fois fois plus représentés dans vols à main armée contre des établissements financiers
    • 8 fois fois plus dans les vols qualifiés dans les bureaux et agences postaux 
    • 7 fois fois plus dans les vols et extorsions de fonds contre les convoyeurs de fonds

Typologie de la population demandeur

  • Entre 2015 et 2024 : 85% des demandeurs sont des hommes
    • 1.064.946 personnes ont signé un CIR, 47,81% étaient des femmes
  • Nombre de femmes bénéficiant d’un titre de séjour en France < 18%
    • Difficultés pour les femmes sur les routes migratoires et au niveau culturel
  • Depuis 2021-2022 : accélération des demandes de regroupement familial et augmentation de la part des femmes.
    • En 2024 : 410 Afghanes arrivées en France en tant qu’épouses de ressortissant français
Lien de l’étude