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Brève Européenne 6 : Justice, migration, sécurité intérieure : un mois de juin riche en actualités et placé sous le signe de Schengen

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Le Conseil européen célèbre les 40 ans de l’espace Schengen au travers d’un diagnostic sur l’état de santé de la zone de libre-circulation

Les Etats-membres de l’UE (EM) ont approuvé le 12 juin 2025 une déclaration commune commémorant les quarante ans de l’espace Schengen, qui réunit en une seule zone de libre circulation 29 Etats pour 450 millions de personnes. Réalisé en deux étapes, avec des accords en 1985 et 1990, l’espace Schengen est devenu un marqueur fort de la construction européenne – et l’un de ses héritages les plus tangibles (voire, par ailleurs, la note du CRSI à ce sujet).

Par Aurélien Jean


Cependant, lors du Conseil des Ministres de l’Intérieur du lendemain (tenu à Luxembourg), l’esprit était moins aux commémorations qu’à des discussions quant à la meilleure manière de concilier la libre-circulation avec les « menaces » croissantes auxquelles est confronté l’espace Schengen. En effet, une dizaine de pays ont réintroduit des contrôles aux frontières, dont certains depuis dix ans maintenant (dont la France). Néanmoins, dans une déclaration en sept engagements, le Conseil s’est dit attaché « à ce que la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures reste une mesure de dernier recours » tout en estimant qu’il fallait agir davantage en ce qui concerne « le retour des personnes en séjour irrégulier ainsi que la prévention et la lutte contre la criminalité transfrontalière en ligne et hors ligne, le terrorisme, ainsi que les menaces émergentes telles que les menaces hybrides ou la cybercriminalité ». Et ce, alors qu’une semaine après la Belgique annonçait son intention d’introduire des contrôles aux frontières à l’été 2025 dans les gares, aéroports, aires de repos et grands axes du pays. La ministre de l’Asile et de la Migration, la nationaliste flamande Anneleen Van Bossuyt ayant argué la volonté de lutter contre l’immigration illégale et le « shopping de l’asile ».

Le commissaire européen aux affaires intérieures, Markus Brunner (PPE, Autriche) a, de son côté, exhorté à « mettre de l’ordre dans la ‘maison européenne’ [et à] mettre en œuvre le Pacte sur l’asile et la migration le plus rapidement possible ». La Commission, en tant que gardienne des traités, s’estime toutefois vigilante quant à l’évolution de la situation, notamment en Allemagne – situation sur laquelle s’est aussi exprimé le Ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. S’il faut « affirmer des signes de fermeté » car les règles de Schengen ont été fondées alors que « nous étions dans un autre monde », cela ne doit pas pour autant se faire au détriment des « déplacements pendulaires quotidiens transfrontaliers pour les honnêtes gens qui vont travailler d’un pays à l’autre ». M. Retailleau a aussi repris l’idée de patrouilles frontalières conjointes entre la France et l’Allemagne – une idée avancée quelques jours plus tôt par l’assemblée parlementaire franco-allemande. Du côté du Parlement européen, les commémorations de Schengen ont donné lieu à un discours durant la session plénière à Strasbourg ainsi qu’à des prises de positions diverses selon les affiliations politiques (un condensé ici).

Au rang des autres sujets abordés, la protection temporaire dont bénéficient les ukrainiens dans l’UE devrait être prolongée d’un an, jusqu’en mars 2027 et Chypre devrait être officiellement admise dans l’espace Schengen en 2026. Des étapes confirmatives sont toutefois requises d’ici là.

L’UE et le Royaume-Uni (RU) s’accordent sur des nouvelles règles de circulation concernant Gibraltar

Cédé par l’Espagne au Royaume-Uni en 1713, le rocher de Gibraltar était sorti de l’UE après le Brexit – au terme d’un texte arraché in extremis, mais qui ne réglait pas ou que partiellement certaines questions sensibles. Le mercredi 11 juin 2025, un accord en bonne et due forme a donc été signé entre l’UE (représentée par le commissaire Sefcovic) et le RU (via son ministre des affaires étrangères David Lammy) en présence du Ministre principal de Gibraltar et d’un représentant du Gouvernement espagnol, mettant fin à des négociations parfois tendues.

Cet accord prévoit de supprimer toutes les barrières physiques, contrôles frontaliers et autres mesures de vérification entravant la libre circulation des biens et des personnes circulant entre le territoire espagnol et la presqu’île britannique. Le défi a été de concilier l’intégration de Gibraltar à l’espace Schengen alors que le RU n’en est pas membre. Dans le détail, des contrôles frontaliers « deux-en-un » seront mis en place au port et à l’aéroport de Gibraltar, c’est-à-dire que ces infrastructures verront se déployer une coopération renforcée entre les autorités britanniques (représentant l’entrée sur le territoire du Royaume-Uni) et espagnoles (représentant l’entrée dans l’UE et l’espace Schengen via une frontière extérieure). Des arrangements ont aussi été trouvés pour fluidifier les processus en matière de visas et de permis.

Cela permettra de supprimer effectivement les contrôles terrestres, disposition particulièrement importante pour les 15 000 personnes, notamment espagnoles, traversant quotidiennement la frontière. Les contrôles frontaliers depuis le Brexit engendraient en effet des complications administratives et un surcoût pour l’économie. Cependant, bien que les dispositions concernant la libre-circulation soient marquantes, l’accord est plus large et couvre, notamment, des engagements en matière de concurrence, d’aides d’Etat, de fiscalité, de droit du travail et des travailleurs frontaliers, d’environnement, de commerce ou encore de lutte contre le blanchiment des capitaux. Ce dernier point, alors que le Rocher a été retiré la veille de la liste européenne des pays à haut risque de blanchiment (au détriment d’un autre rocher, Monaco, qui y a été ajouté). Enfin, des principes concernant une future union douanière entre l’UE et Gibraltar ont aussi été actés, où le territoire a dû faire des concessions, entre autres sur la question du faible prix du tabac.

Cet accord ne remet pas en cause l’appartenance du territoire au RU, ce qui n’empêche pas une frange de la classe politique britannique de s’indigner d’une perte de souveraineté. A l’inverse, le Gouvernement se félicite d’avoir dénoué une situation héritée de la précédente majorité.

La justice allemande juge illégaux les refoulements de demandeurs d’asile à la frontière…

Le tribunal administratif de Berlin a jugé, le 2 juin 2025, que les refoulements aux frontières mis en place par le Gouvernent allemand n’étaient pas conformes avec le droit européen. Le recours avait été formé en urgence par trois ressortissants somaliens (dont un mineur) arrivés en train depuis la frontière polonaise et refoulés après avoir demandé l’asile en Allemagne.

En effet, les juges ont considéré que le refus d’entrée sur le territoire ne peut pas être mis en œuvre tant que les procédures européennes n’ont pas été appliquées. En effet, en vertu du système « de Dublin », l’Allemagne aurait dû mener une instruction pour déterminer quel Etat-membre aurait effectivement été responsable du traitement de la demande d’asile des migrants (pour rappel, il s’agit du premier pays d’entrée sur le territoire de l’UE). Cela n’a pas été fait car le Gouvernement a considéré que l’application de l’article 72 du Traité sur l’Union Européenne l’en dispensait. Cet article prévoit la suspension de l’application de certaines mesures du droit européen en cas de menaces à l’ordre public. Les juges ont considéré que cette menace n’était pas caractérisée et ne reposait pas sur un ensemble de preuves suffisant, remettant en cause l’entièreté de la base juridique justifiant les refoulements. Pour le Tribunal, le simple nombre de demandes d’asile déposées ne suffit pas à invoquer une situation d’urgence, faute d’un lien établi avec la sécurité nationale et d’une argumentation justifiant en quoi les refoulements seraient utiles. De plus, elle a souligné que l’un des migrants était mineur, considéré à ce titre comme personne vulnérable, et que l’Allemagne n’avait pas cherché de solution commune avec la Pologne, enfreignant le principe de « coopération loyale ».

Notons que la décision du tribunal ne s’applique qu’à ces trois ressortissants et à leur cas d’espèce particulier, mais elle pourrait faire jurisprudence et ouvrir la voie à des jugements similaires dans de nombreux autres cas, particulièrement si la base légale est remise en cause. Par ailleurs, dans le système judiciaire allemand, cet arrêt n’est pas susceptible d’appel sauf à engager une assez peu probable procédure au fond.

La décision constitue en tout cas un revers pour la nouvelle coalition, qui a fait du durcissement migratoire l’un de ses leitmotivs. Dès son entrée en fonctions, le Chancelier avait en effet annoncé l’envoi de policiers supplémentaires aux frontières et promis un renforcement des expulsions. Il faisait suite à une campagne dominée par les enjeux sécuritaires, les attaques au couteau et un score très important du parti AfD. En corollaire, c’est toute la politique de Friedrich Merz qui est critiquée : des contrôles limités aux points de passages principaux, peu mobiles, créant des embouteillages, négligeant l’ensemble des axes secondaires et un effet dissuasif in fine assez faible (87 personnes refoulées en deux semaines – sur les limites des contrôles, voire la note du CRSI à ce sujet).

Malgré les critiques, Alexander Dobrindt, ministre de l’Intérieur, a toutefois annoncé que cet arrêt ne changerait pas l’action de l’exécutif, refusant de s’arrêter « sur des cas individuels » et soulignant que l’Allemagne continuerait cette politique visant à éviter « des demandes d’asile excessives ». Berlin assume d’ailleurs ouvertement vouloir aller plus loin que les actuelles propositions européennes sur l’asile et la migration, rejoignant en cela un groupe de quatorze Etats mené par le Danemark, l’Italie et les Pays-Bas. De plus, le Bundestag a voté le 27 juin un dispositif annoncé dès l’arrivée au pouvoir de la nouvelle coalition : la suspension pour deux ans du regroupement familial pour les réfugiés bénéficiaires d’une protection subsidiaire (cf. brèves de mai, sur le site du CRSI). Pour rappel, en 2024, 230 000 personnes ont demandé l’asile en Allemagne, soit 30% de moins qu’en 2023.

… Et la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) estime que l’aide à l’entrée illégale de migrants mineurs, par leurs tuteurs légaux, n’est pas condamnable

Dans un arrêt rendu en Grande chambre le 3 juin 2025 (C-460/23, Kinsa), la CJUE se penchait sur le cas d’une ressortissante d’un pays tiers entrée illégalement sur le territoire de l’Union (en l’espèce, en Italie). Arrêtée en 2019 à l’aéroport de Bologne avec sa fille et sa nièce, mineures et munies de faux passeports, elles ont néanmoins déposé une demande de protection internationale – alléguant d’un danger encouru dans leur pays d’origine. Saisi de l’affaire, le tribunal de Bologne a requis l’avis de la CJUE (via le mécanisme de la demande préjudicielle) afin de savoir si la qualification d’aide à l’entrée irrégulière peut être retenue dans ce cas – notamment au regard de la directive 2002/90.

Ainsi, la Cour de Luxembourg a estimé que le fait d’aider à la violation du franchissement irrégulier des frontières ne revêtait pas un caractère pénalement répréhensible dans le cas où il s’agissait de faire entrer des mineurs placés sous la garde effective d’une personne entrant elle-même irrégulièrement. A l’appui de leur argumentation, les juges invoquent les articles 7 et 24 de la Charte des Droits fondamentaux de l’UE (droit à la vie familiale et droits fondamentaux des enfants) afin d’expliquer que le comportement reproché constituait en réalité la continuation de la relation familiale et des devoirs effectifs liés à la garde des mineurs.

Par extrapolation, la CJUE a estimé que ce principe s’appliquait également à l’asile, car toute personne ayant demandé une protection internationale ne peut être considérée comme clandestine tant qu’un jugement de premier ressort n’a pas été rendu. De ce fait, l’adulte ne peut encourir de sanctions pénales – ni pour sa propre entrée irrégulière ni pour celles des mineures.

Au surplus, la CJUE affirme que toute législation nationale qui réprimerait ce type d’entrée irrégulière serait contraire au droit de l’UE ; car les EM ne peuvent aller plus loin que la portée de l’infraction générale d’aide à l’entrée irrégulière. Celle-ci étant définie en droit européen, le législateur national ne peut y rajouter des comportements et/ou situations non-prévus originellement.

La loi sur la sécurité, marqueur politique du Gouvernement italien, a été votée malgré des oppositions franches

Dans la foulée de la chambre basse, c’est le Sénat italien qui a approuvé la loi sur la sécurité présentée par le Gouvernement de Giorgia Meloni. Ce texte, très controversé dans le pays, renforce les peines pour certains délits, accroit la protection des policiers et ambitionne de protéger contre le terrorisme, le crime organisé, l’occupation illégale de propriétés ou encore les atteintes à l’ordre public. Un scope très large donc. Le texte a été présenté sous forme de décret-loi, en gestation depuis un an, et entré en vigueur en avril (le Parlement avait ensuite soixante jours pour l’approuver ou non). Il a été porté par plusieurs figures du Gouvernement, notamment la première ministre et le ministre des transports (et chef de la Ligue), Matteo Salvini.

Dans le détail, la nouvelle loi prévoit plusieurs mesures. D’abord, le passage de certains actes autrefois considérés comme des infractions en délits, tels des actions de désobéissance civile (blocage de routes ou de lignes de chemins de fer) ou des sit-ins. Les condamnations pourront atteindre un mois de prison assorti de 300 euros d’amende (voire 6 ans dans le cas d’actions de groupe). Ensuite, la loi renforce les peines en cas d’agression/blessure d’un agent de police et alloue à ce dernier jusqu’à 10 000 euros pour couvrir ses frais de justice en cas d’enquête le concernant dans le cadre de son service – particulièrement sur des affaires de violences policières. Enfin, d’autres mesures durcissent les peines pour les détenus refusant d’obéir/se révoltant en prison ou en centre de détention pour migrants. Elles autorisent aussi les agents de renseignement à commettre certains crimes sans être poursuivis s’ils sont effectués à des fins de sécurité nationale. Les pickpockets seront en outre particulièrement ciblés et les squatteurs pourront être expulsés plus rapidement des lieux occupés. Les femmes enceintes reconnues coupables de délits entraînant une peine de prison seront désormais obligatoirement incarcérées une fois jugées (comme pour les mères d’enfants en bas âge), éventuellement dans des structures moins strictes qu’une prison classique. Ce sont en tout quatorze nouveaux délits qui sont créés, de même que de nouvelles circonstances aggravantes telles que le fait de proférer des menaces contre les forces de l’ordre pendant un rassemblement.

Ce texte a suscité beaucoup de réactions d’opposition de la part d’ONG, d’associations et de représentants de la société civile organisée qui craignent une « dérive autoritaire ». Des observateurs internationaux des Nations-Unies, de l’OSCEet même le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe ont exprimé leur désagrément quant à certaines mesures pouvant violer l’Etat de droit et le droit international. Les opposants estiment, en outre, que cette loi cible « de manière disproportionnée » les activistes, les migrants, les prisonniers et les minorités. De nombreuses manifestations ont d’ailleurs eu lieu juste avant le vote final, sans incidence sur son résultat. Ce tour de vis en matière de sécurité est également destiné à envoyer un message à l’électorat ayant porté au pouvoir la coalition des droites.

Dans un autre dossier, l’horizon pourrait en revanche s’assombrir pour le gouvernement Meloni. En effet, et alors que son modèle est de plus en plus considéré comme une source d’inspiration, la Cour de Cassation transalpine a rendu un avis juridique critiquant sévèrement l’accord signé entre Rome et Tirana (centres de rétention extraterritoriaux – cf. la note du CRSI). Il est notamment reproché l’absence de garanties procédurales et le fait que la détention soit une mesure par défaut et non une solution de dernier recours. Le document juridique est cependant non contraignant mais il pourra influencer les magistrats qui seraient saisis de litiges introduits dans le cadre de cet accord.

La Commission européenne fait le point sur la mise en œuvre par les Etats-membres (EM) du Pacte Asile et Migration – alors que se profile la directive « retours »

Les dernières données de l’agence européenne Frontex montrent une diminution de 20% des traversées irrégulières sur les cinq premiers mois de 2025 – particulièrement sur la route des Balkans, (-56%) et par la Mer Egée (-30%) mais avec toutefois une hausse de 17% des tentatives de traversées vers le Royaume-Uni. Comptant capitaliser sur ces résultats encourageants, la Commission européenne veut s’assurer de la bonne mise en œuvre des dispositions du Pacte Asile et Migration adopté en juin 2024 (sur ce texte, voire la note du CRSI). L’objectif est d’aboutir à une politique migratoire plus ferme et mieux coordonnée entre les EM, alors que les failles du règlement de Dublin sont visibles quotidiennement.

Pour ce faire, la Commission a passé en revue les plans nationaux soumis par tous les EM (sauf la Hongrie) sur la manière dont ils comptaient mettre en œuvre ledit pacte. Elle s’est focalisé sur dix aspects-clés nécessaires à une implémentation réussie : base de données Eurodac (stockant les empreintes digitales des migrants), conditions d’accueil, procédures de retour, voies légales et garantie des droits fondamentaux, etc. De manière globale, la Commission se dit satisfaite des efforts réalisés, mais note que des progrès sont à réaliser pour tenir l’objectif d’un déploiement opérationnel du pacte en juin 2026, comme voté.

Dans le détail, des divergences existent selon les pays. La France, par exemple et aux côtés d’une dizaine d’autres EM, dispose déjà des structures d’accueil et de ressources humaines. De nombreux EM ont aussi prévu de proposer un service de conseil juridique gratuit aux demandeurs d’asile. En revanche, d’autres pays, déjà exposés dans le système actuel, suscitent certaines inquiétudes, par exemple du point de vue de la mise en place d’une surveillance indépendante des droits fondamentaux. La Commission note par ailleurs que la majorité des EM ont mis en place les réformes nécessaires pour s’adapter au nouveau système d’évaluation de l’âge, censé objectiver les déclarations des demandeurs sur leur condition de mineur ou non. Les principaux points de progrès résident dans le traitement des arriérés des demandes d’asile.

Rappelons qu’un autre aspect crucial du Pacte sera déterminé cette année : le système de contributions indicatives. Déterminé par la Commission selon une clé de référence, il servira à établir la réserve de solidarité que devra verser chaque EM. Le « montant » pourra ne pas être pécunier puisqu’il reviendra à l’EM de choisir la forme qu’il préfère : réallocation de demandeurs d’asile, paiement financier, mesures alternatives, etc. Les contributions financières versées, recouvrées au début de chaque année, seront transférées vers les EM pouvant en avoir besoin pour gérer les situations migratoires (accueil, soutien gestion des frontières…). Concernant les mesures alternatives, celles-ci seront monétisées en équivalent contributif et pourront inclure des équipements techniques, un soutien opérationnel, du personnel, etc.

Ce bilan arrive alors que les EM sont en discussion sur un autre texte migratoire, ambitionnant de durcir le Pacte voté l’année dernière : la directive sur les retours de personnes en situation irrégulière. Lors du conseil des ministres de l’Intérieur à Luxembourg le 13 juin 2025, certains pays ont avancé leurs priorités et leurs lignes rouges. Ainsi, la Suède veut utiliser plus intensivement le levier des visas, en les conditionnant à la réadmission de ressortissants expulsés. Stockholm plaide aussi pour des expulsions de syriens, attendu l’évolution de la situation à Damas. De son côté, Rome craint un « fardeau procédural » et ne veut pas que le pouvoir discrétionnaire des Etats puisse être entravé (exemple de la durée des interdictions de retour). L’Italie est en effet l‘un des pays qui, selon la Commission, pourraient ne pas être prêts pour l’échéance de 2026. La Pologne dit aussi craindre pour sa sécurité, notamment en raison des nouvelles obligations sur le filtrage des migrants – un sujet délicat pour un pays qui subit une guerre hybride, avec des migrants instrumentalisés par la Russie et la Biélorussie. Varsovie admet en outre que « le modèle italien avec l’Albanie ne marche pas vraiment bien » et pose des questions juridiques (voir la note du CRSI à ce sujet).

Quant à la France, Bruno Retailleau a réaffirmé son opposition au système de reconnaissance mutuelle des décisions de retours, estimant que l’autorité qui ordonne une expulsion doit la mettre en œuvre. Il est soutenu en ce point par le gouvernement transalpin. Paris veut aussi faire du départ volontaire l’exception afin que les individus ne puissent pas « s’évanouir dans la nature » et veut renforcer les mesures permettant d’investiguer des liens potentiels avec le terrorisme de la part de certains migrants. La piste défendue par le Ministre de l’Intérieur consiste à pénaliser le séjour irrégulier, ouvrant la possibilité de fouiller les téléphones.

Vers un changement des règles d’engagement en ce qui concerne l’interception des migrants en instance de départ vers le RU ?

D’après plusieurs médias anglophones, le gouvernement français réfléchirait à modifier les règles d’engagement régissant le comportement des policiers et gendarmes déployés sur le littoral de la Manche. Les forces de l’ordre, dont la mission est de dissuader les migrants de partir vers les côtes anglaises, n’ont en effet que des prérogatives limitées en la matière.

Selon le modèle actuel, l’interception d’une tentative de départ ne peut advenir que lorsque les migrants ne sont pas dans l’eau – c’est-à-dire alors qu’ils ont encore les pieds sur le sable. Le risque avancé est de provoquer un mouvement qui engendrerait le décès de plusieurs migrants – incident pour lequel les forces de l’ordre seraient tenues responsables. Ainsi, sauf en cas d’extrême-urgence (danger évident et immédiat de mort, type noyade), une fois les migrants embarqués sur un bateau, les forces de l’ordre ne peuvent plus intervenir. La proposition en discussion verrait cette règle supprimée et remplacée par une limite fixée à 300 mètres des côtes, qui autoriserait l’intervention dans tous les cas, qu’importe le niveau de péril encouru par l’embarcation.

Cette évolution est tout sauf un hasard, alors que les tactiques employées par les passeurs s’adaptent en permanence et posent de nouveaux défis pour les contrer. Les techniques dites « taxi-boat » voient ainsi des embarcations pneumatiques arriver directement par la mer en longeant le littoral et récupérer des migrants en plusieurs points pour ne pas créer un seul attroupement facilement détectable. Ils restent de plus dans l’eau le temps de l’embarquement. Un moyen qui montre les limites des approches actuelles en la matière.

Enfin, le RU se plaint depuis plusieurs années de l’inefficacité d’une partie des mesures françaises, qui n’arrivent pas à dissuader les migrants de partir pour l’Angleterre – parfois plus d’un millier par jour, aidés en cela par une météo favorable. Le contexte politique britannique est de facto une donnée clé à considérer, notamment avec la croissance du parti Reform UK de Nigel Farage et l’incapacité – sanctionnée dans les urnes – du précédent gouvernement conservateur à arrêter les flux de « small boats ». Cela vient aussi dans un contexte où une nouvelle doctrine migratoire plus ferme a été dévoilée en mai 2025, dans un objectif assumé de dissuasion des candidats au passage (voir, sur ces points la note et les brèves publiées sur le site du CRSI).

Les colégislateurs s’entendent sur une refonte du mécanisme de suspension du régime d’exemption de visas

Le Conseil de l’UE et le Parlement européen (PE) sont ressortis avec un accord (texte amendé ici), le 17 juin 2025, relatif aux règles permettant de suspendre le régime de libéralisation des visas. En clair, il s’agissait de réformer le mécanisme qui exempte de visa les ressortissants de 61 pays – pour des voyages de maximum 90 jours sur une période de 180 jours – dans le cas où cette exemption nuirait aux intérêts de l’Union. Le mécanisme en lui-même a été introduit en 2013, mais l’évolution du contexte international et des priorités de l’UE rendaient cette réforme inévitable.

Dans le détail, la réforme crée avant tout des nouveaux motifs invocables pour suspendre l’exemption de visa tels que :

  • Le non-alignement du pays tiers sur les pratiques de l’UE en matière de régime de visa ;
  • La proximité géographique pouvant engendrer une arrivée non désirée de citoyens d’autres pays tiers (Afrique du Nord notamment) ;
  • La mise en place d’un programme de citoyenneté par investissement, reconnu contraire au droit européen par la CJUE (voir les brèves du CRSI à ce sujet) ;
  • Des menaces hybrides et/ou des lacunes dans la législation et les procédures du pays en question en matière de sécurité des documents (falsification, forte corruption etc.) ;
  • La détérioration des relations de l’UE avec ce pays, notamment au regard des Droits de l’Homme et du respect de la Charte de l’ONU, un marqueur de la position du Parlement.

A noter que ces motifs s’ajoutent à ceux existants, et ne les remplacent pas. Continueront donc de rentrer en compte des motifs de suspension basés sur l’augmentation du nombre de demandeurs d’asile provenant de pays avec un faible taux de reconnaissance d’une part et sur l’augmentation du nombre de ressortissants de pays tiers refusés à l’entrée ou avec une durée de séjour dépassée d’autre part. A noter que les seuils ont été précisés. Ils seront de 20% dans le premier cas et de 30% dans le second. De tels seuils ne sont pas une idée nouvelle et ont, notamment, été repris par la Commission dans sa proposition sur les retours vers des « pays sûrs » (voir la note du CRSI à ce sujet).

Parmi les autres mesures sur lesquels Parlement et Conseil sont tombés d’accord figure la durée de suspension, qui passera de neuf à douze mois assorti d’une possibilité de renouvellement prolongée de six mois supplémentaires (de dix-huit à vingt-quatre). L’UE aura aussi la possibilité de ne cibler que les hauts fonctionnaires et diplomates des pays tiers concernés sans toucher le reste de la population, une demande forte du PE.

A noter enfin que ce texte figure parmi les derniers négociés par la présidence polonaise du Conseil européen, avant qu’elle ne laisse la place au Danemark pour une période de six mois. Il devra passer par un vote formel au PE et par une approbation des EM avant d’entrer en vigueur.

Dans le reste de l’actualité européenne

EUROJUST : L’agence européenne a dévoilé un rapport relatif aux droits des victimes en contexte transfrontalier. Il souligne plusieurs difficultés telles que l’identification des victimes, la complexité des enquêtes sur plusieurs pays ou encore la sous-déclaration des crimes commis.

EPPO : Le Parquet européen a signé un accord de coopération avec six pays d’Amérique Latine (Pérou, Argentine, Costa-Rica, Panama, Paraguay et Brésil). Ces accords ont pour but de renforcer la coopération en matière de crime organisé transnational, de blanchiment d’argent ou de corruption.

FRONTEX : L’UE et la Bosnie-Herzégovine ont signé un accord renforçant leur coopération en matière migratoire et de gestion des frontières. Conformément à des engagements conjoints pris en 2022, Frontex pourra déployer un contingentpermanent en Bosnie (pays candidat à l’adhésion) – aéroports et points de passage frontaliers avec des pays non-membres de l’UE inclus.

COMMISSION EUROPEENNE : Dans une lettre du 23 juin adressée aux dirigeants européens, Ursula Von der Leyen a fait le point sur les accords passés avec des pays tiers en matière migratoire. En outre, de nouvelles étapes sont prévues avec le Sénégal (30M d’euros d’aides pour prévenir les départs et augmenter les taux de réadmission) ainsi qu’avec l’Inde. Dans le cas de New Delhi, l’UE veut mettre en place un guichet unique pour un « partenariat de talents » vers l’Europe. Ce « bureau pilote » pourra être étendu à d’autres pays tiers en cas de résultats probants.

PARLEMENT EUROPEEN : Des eurodéputés ont entendu en commission LIBE (libertés civiles, justice et affaires intérieures) des représentants d’EPPO, de la Commission, d’Europol et d’Eurojust. Il en ressort que la coopération entre ces différentes agences et les EM pourrait être mieux structurée, notamment en matière d’accès et de partage des informations. Les agences européennes sont d’accord sur le fait que le cadre juridique est inadapté (ex : Europol ne peut initier d’enquête que sur demande d’un EM). Cela est particulièrement sensible en matière de criminalité organisée.

CJUE : Selon l’avocat général Emiliou (dans l’affaire C-50/24 Danané), une demande d’asile peut être présentée dans un centre de rétention situé à l’intérieur du territoire (ex : aéroport) et être considérée comme relevant d’une procédure « à la frontière ». La rétention peut de même être prolongée au-delà du délai initial sans affecter ce statut. Rappelons que l’opinion d’un avocat général ne détermine pas nécessairement le verdict final de la formation de jugement.

Augmentation de la consommation de drogues

By Santé, Sécurité/Justice

L’augmentation de la consommation de drogues

Dans un communiqué, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) mentionne que la « cocaïne est le marché des drogues illicites qui connaît la plus forte croissance au monde ».

En 2023, 6% de la population mondiale âgée de 15 à 64 ans avait consommé de la drogue, contre 5,2% en 2013. Le cannabis est la drogue la plus consommée.


A l’échelle internationale

La superficie de cultures illicites a augmenté en Colombie de 34% en un an, les saisies ont augmenté de 68% sur la période 2019-2023, le nombre d’usagers est passé de 17 à 25 millions en dix ans

  • Augmentation de la superficie des cultures illicites de 34% (en un an)
  • Augmentation de la production en 2023 : 3.708 tonnes, soit près de 34% de plus qu’en 2022
  • Augmentation de 68% des saisies sur 2019-2023
    • Saisies de cocaïne : 2.275 tonnes, soit une augmentation de 68% par rapport à 2019-2023
  • Augmentation du nombre d’usagers de 17 à 25 millions, de 2013 à 2023

Le trafic s’étend à l’Europe occidentale avec des “centaines de milliards brassés chaque année”.

A l’échelle européenne 

Selon les données de l’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA)

  • En 2023, 7.500 personnes décédées à cause de la drogue
    • Parmi 1 million de décès de personnes âgées de 15 à 64 ans, 24.7 seraient liées à l’usage de drogues
  • Saisie de Cocaïne (2023) :  419 tonnes
  • Production de stimulants en Europe : amphétamines, MDMA, cathinones
  • Achats simplifiés par les réseaux sociaux et les plateformes en ligne de drogue et / ou de produits chimiques permettant leur fabrication
    • En 2024 : 47 nouvelles substances psychoactives recensées (Europol et EUDA via Early Warning System)

A l’échelle française

Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), le cannabis est la substance la plus consommée parmi les 11-75 ans.

  • 21 millions de personnes l’ont déjà expérimenté (29,9% des jeunes de 17 ans en 2022) 
  • 1,4 million d’usagers en consomment régulièrement (au moins 10 fois au cours du mois) 
  • 900 000 usagers en consomment quotidiennement

Toutefois, le tabac et l’alcool – substances licites – demeurent les produits les plus consommés en France.

Principales substances consommées en Europe

  • Cannabis : environ 1,5% des adultes (4,3 millions) en consomment chaque jour ou presque
    • Le cannabis de synthèse plus concentré en THC fait peser de nouveaux risques sur la santé publique
  • Cocaïne : 2e drogue la plus consommée des 15-34 ans avec 2,7 millions de consommateurs
    • Mélangée à des opioïdes ou de l’alcool : responsable d’un quart des décès par overdose en 2023
  • Crack : extrêmement addictif et de plus en plus consommé
  • Kétamine : à surveiller ; pourrait devenir la drogue principale de beaucoup de consommateurs dans le cadre d’une polyconsommation (en croissance également)
  • Trafic de faux médicaments à base d’opioïdes : en forte hausse
  • Héroïne : recul depuis une 10n d’années

L’EUDA entend faciliter la coopération avec les États membres pour notamment mettre en place un “système d’évaluation des menaces pour la santé et la sécurité”.

Principales substances consommées en France

  • 14,6% des adultes ont expérimenté d’autres drogues que le cannabis en 2023 : cocaïne, ecstasy/MDMA, champignons hallucinogènes, LSD, amphétamines, héroïne, crack 
    • 2014 : 9,1%
  • La cocaïne est le deuxième produit illicite le plus consommé
    • 9,4% d’expérimentateurs parmi les adultes (2023)
    • 1,1 million d’usagers de 11 à 75 ans dans l’année
    • Entre 2011 et 2023, le coût du gramme de cocaïne est passé de 60 à 66 euros 

Ecstasy (MDMA) : 8,2% d’expérimentateurs parmi les adultes

 

 

brève européenne Aurélien Jean

Brève Européenne 5 : Entre dégradation sécuritaire et complexité organisationnelle : comment réformer l’appareil policier dans la capitale de l’Europe ?

By Publications, Institutions, Sécurité/Justice

Entre dégradation sécuritaire et complexité organisationnelle : comment réformer l’appareil policier dans la capitale de l’Europe ?

Située au croisement des enjeux sécuritaires, politiques, institutionnels et linguistiques, la région de Bruxelles-Capitale est un condensé de la Belgique. À l’image du pays dont elle est la ville-centre, elle subit une recrudescence de faits délictuels et criminels sur fond d’expansion du trafic de drogue et des réseaux de criminalité organisée. En corollaire, l’organisation de ses forces de l’ordre est l’héritière d’un système profondément réformé au tournant du millénaire mais qui semble refléter davantage un impératif de conciliation politique qu’une déclinaison opérationnelle des besoins de sécurité. C’est tout particulièrement le cas lorsque l’on prête un œil aux zones de police locale actives dans la région de Bruxelles aux circonscriptions réduites et à la coordination parfois incomplète, entre elles tout comme avec leur homologue fédérale.

Par Aurélien Jean

 


 

Pour tenter de répondre à ces dysfonctionnements, l’Etat fédéral veut reprendre la main et imposer une réforme des zones de police bruxelloises, avec comme idée assumée de faire des émules ailleurs dans le pays. Réforme souvent évoquée, appelée de ses vœux par une bonne part de la classe politique flamande mais longtemps repoussée sous pression de l’échelon politique local, méfiant quant à tout ce qui pourrait amoindrir le pouvoir mayoral. Cependant, une telle refonte ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion plus large sur d’autres aspects structurants du modèle actuel, notamment son financement : daté, complexe et mettant sous pression le budget des communes.

De manière générale, la réforme, qu’importe si et dans quelles conditions elle aboutit, ne se suffira pas à elle-même et impliquera un engagement politique a minima sur du moyen terme pour prétendre adresser dans la durée des problématiques incrustées. Ce faisant, le cas de la police bruxelloise est un exemple intéressant et illustratif de la difficulté à trouver un optimum organisationnel et du tâtonnement progressif des pouvoirs publics, entre contentement des édiles et réponses adaptées à des défis sécuritaires évolutifs.

 

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Loi sur le narcotrafic : censure partielle par le Conseil constitutionnel

By Sécurité/Justice

Loi sur le narcotrafic : censure partielle par le Conseil constitutionnel

– par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

 

Le 12 juin 2025, le Conseil constitutionnel rend une décision n°2025-885 DC sur la loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic.

  • La loi adoptée est partiellement conforme.
  • Le Conseil statue sur trois saisines contestant 38 des 64 articles de la loi.

32 articles déclarés conformes à la Constitution

Les dispositions permettent notamment : 

  • La fermeture administrative de lieux en lien avec la commission d’infractions liées au narcotrafic (Article 4)
  •  La prolongation exceptionnelle de la garde à vue pour les personnes ayant ingéré des substances stupéfiantes pour leur transport (Article 26)
  • Le retrait et le blocage de contenus en ligne qui proposent l’achat de stupéfiants (Article 28)
  • L’activation à distance d’appareils électroniques fixes et mobiles aux fins d’enregistrement de l’image et du son dans le cadre de la lutte contre la criminalité organisée (Articles 38 et 39)
  • La création dans les établissements pénitentiaires des quartiers de lutte contre la criminalité organisée dans lesquels s’applique un régime de détention dérogatoire (Article 61)

6 articles censurés totalement ou partiellement par le Conseil

  • L’article 5 qui donnait aux services de renseignement accès aux bases de données fiscales : 
    • Censure totale : atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée
  • L’article 15 qui permettait le traitement algorithmique des URL :
    • Censure totale : faute d’encadrement du traitement suffisant, sur le fondement du droit au respect de la vie privée
  • L’article 19 qui aggravait les peines de privation de liberté en cas de port d’arme lors de la commission de certains crimes et délits :
    • Censure totale : non-respect du principe de proportionnalité des peines
  • L’article 40 avec dispositions qui permettaient de fonder une condamnation sur la base d’éléments de preuve issus de techniques d’enquêtes versées au « dossier coffre » :
    • Censure partielle : méconnaissance du respect des droits de la défense et du principe du contradictoire
  • L’article 55 avec dispositions qui étendaient les règles les plus dérogatoires de procédure applicables (garde à vue allongée à 96h) à la criminalité organisée aux infractions de corruption et de trafic d’influence :
    • Censure partielle : atteinte aux droits de la défense ainsi qu’à la liberté individuelle
  • L’article 56 avec dispositions qui posaient pour principe le recours exclusif à la visioconférence pour la comparution des personnes placées en quartier de lutte contre la criminalité organisée et des personnes :
    • Censure partielle : eu égard à la garantie s’attachant à la présentation physique du prévenu devant le juge 

Des réserves d’interprétation sont émises par le Conseil relatives à la proportionnalité des mesures confirmées (fermetures administratives, dispositifs d’activations à distance, régime de fouilles).

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les mégaconstellations à la conquête de l’internet crsi

Les mégaconstellations à la conquête de l’internet

By Publications, Numérique

Les mégaconstellations à la conquête de l’internet

Synthèse

Avec le déploiement des constellations de satellites à orbite basse, les services de communications par satellite sont une alternative crédible aux services des opérateurs de télécommunications, grâce à des performances comparables en termes de débit et de latence à celle des réseaux fixes ou mobiles.

Si les premières offres disponibles visent avant tous le marché grand public dans des zones isolées, les applications sur le plan militaire démontrent que l’internet satellitaire est un actif stratégique pour les états souhaitant préserver leur domination sur le plan géopolitique.

La plupart des grandes puissances ont aujourd’hui un programme de mégaconstellation, mais les Etats-Unis restent le leader incontesté de ce marché grâce à la domination de la société Starlink.

L’Europe n’est pas démunie, mais devra surmonter ses divisions internes pour proposer une alternative crédible et préserver sa souveraineté dans le domaine spatial mais également dans le domaine des télécommunications.

Le futur de l’internet satellitaire reste néanmoins dépendant de la capacité des acteurs à surmonter une triple menace: la pénurie de fréquence orbitale, l’émergence d’une cybercriminalité dans le domaine spatial et le problème des débris spatiaux qui risquent à terme de rendre impossible l’exploitation des mégaconstellations.

 

L’ internet par satellite : une nouvelle ère industrielle

L’internet par satellite a longtemps été considéré comme une solution alternative aux réseaux de communications terrestres, que ce soient les réseaux fixes (cuivre et maintenant fibre) ou les réseaux mobiles.

Essentiellement basées sur des satellites géostationnaires (GEO), situés à 36.000 km d’altitude, les communications par satellite n’étaient pertinentes que dans des cas très particuliers, pour couvrir les zones où les systèmes de télécommunication terrestres n’existent pas (zones blanches, forêts, déserts et océans), ou pour fournir un service de secours lorsque ceux-ci étaient endommagés (une catastrophe naturelle par exemple). Dans les faits, les services satellites étaient réservés à des applications militaires ou gouvernementales, ou pour de la transmission de données pour de grandes entreprises, et à la diffusion de bouquets de chaines TV pour le grand public.

La baisse des coûts a joué un rôle majeur dans l’expansion des systèmes LEO. Le coût de lancement est de moins en moins élevés, en raison du poids plus faible des satellites qui constituent les systèmes à orbite basse. La capacité des opérateurs à réutiliser les engins lanceurs de satellites est également un facteur favorisant le développement de ces solutions.

D’autres facteurs tels que les progrès de la technologie des satellites, un soutien financier solide et la demande croissante de services de connectivité à faible latence rendent la réalisation de systèmes de communication LEO à grande échelle plus plausible aujourd’hui que par le passé.

L’émergence des projets de constellations de satellites en orbite basse (LEO) change singulièrement la donne : Les opérateurs de satellites LEO, situés entre 400 et 2.000 km d’altitude, proposent des services internet comparables à ceux fournis par les solutions terrestres, grâce à des temps de latence plus court, (inférieur à 50 ms), et des connexions haut débit, avec l’avantage supplémentaire d’être un réseau à couverture mondiale : Une seule infrastructure est en capacité de délivrer ses services partout dans le monde.

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Une offre commerciale à destination du grand public

Sur le plan commercial, les constellations existantes visent principalement à fournir des services internet au grand public.

  • Elles mettent en avant leur capacité à réduire la fracture numérique en connectant les régions du globe les plus éloignées, et l’aide au développement des pays sous- développés grâce à l’accès à des ressources éducatives ou à des services de santé (télémédecine).
  • Elles constituent également une alternative au câbles sous-marins pour fournir de la connectivité en gros aux opérateurs de télécommunications, qui sont confrontés à des usages en forte croissance qui peut donner lieu à des problèmes ponctuel de pénurie de capacité qu’il est di?icile de traiter avec le seul réseau terrestre.

Le marché global des communications par satellite est estimé à 36,58 Md$ en 2025 avec une croissance (CAGR) estimée de 5,5 % pour atteindre 45,29 Md$ en 2029.

Malgré la baisse des coûts de production et de lancement des satellites au cours des dernières années, les offres de satellites grand public par satellite restent un marché de niche, la viabilité du modèle économique des mégaconstellations restant à démontrer sur des grands volumes. Le prix des offres reste à ce jour trop élevé pour espérer une généralisation de son usage à l’échelle de la planète, d’autant que les opérateurs de télécommunications offrent aux utilisateurs une couverture et des débits de très bonne qualité dans la plupart des pays développés.

Néanmoins, les évolutions technologiques devraient permettre dans un avenir proche de proposer de nouveaux services susceptibles de bouleverser le marché des opérateurs de télécommunications.

Les fournisseurs de chipset intègrent actuellement la fonction permettant de communiquer directement par satellite à partir d’un téléphone mobile. De telles offres pourraient bientôt concurrencer les offres des opérateurs de téléphonie mobiles.

Les progrès continus en matière de miniaturisation, de réutilisation des lanceurs et de programmation des satellites devrait permettre de baisser les coûts dans la durée, et de favoriser la réutilisation des satellites en orbite pour de nouvelles missions.

Autre secteur en devenir, l’Internet des Objets (l’IoT) consistant à connecter des objets avec des liens de communications (Wi-Fi, Bluetooth, réseaux cellulaires (2G, 3G, 4G, 5G), LoRaWAN, Sigfox, Zigbee) pourrait voir son développement accéléré dans beaucoup de secteurs industriels grâce aux mégaconstellations qui rendent la connexion possible à n’importe quel point de la planète, y compris dans les zones les plus reculées.

Un enjeu de souveraineté pour les puissances mondiales

Depuis plusieurs années, ces « mégaconstellations » internet en orbite basse sont devenues un enjeu stratégique majeur pour les États pour des raisons militaires et de souveraineté qui surpasse grandement les enjeux commerciaux.

La suprématie d’un état dans le domaine spatial peut constituer un outil d’influence géopolitique majeur.

Le conflit en Ukraine a démontré que les satellites en orbite basse peuvent jouer un rôle majeur, notamment en termes de communication et de surveillance. Par nature, les services satellites sont résilients, là où les réseaux terrestres sont facilement détruits et difficiles à reconstruire dans des délais courts.

En bénéficiant depuis le début du conflit des services de la société américaine Starlink, les troupes ukrainiennes ont ainsi pu soutenir les troupes au sol, grâce à la capture d’images à haute résolution, essentielles pour la surveillance, ce qui s’est révélé être un atout déterminant dans l’équilibre des forces en présence.

La plupart des grandes puissances ont aujourd’hui des projets de mégaconstellations, plus ou moins avancés, visant à préserver leur autonomie dans le domaine des infrastructures de communications pour éviter toute dépendance technologique dont on constate combien il est di?icile de se soustraire, avec les exemples du Cloud et des plateformes de services avec la domination des GAFAM américains, portant atteinte à la souveraineté des états européens.

Au moins trois puissances spatiales – les États-Unis, la Chine et l’Europe disposeront d’ici 2030 de constellations haut-débit en orbite basse à travers des sociétés commerciales (comme Starlink). La Russie a approuvée en avril 2022 le projet de la constellation Sfera, prévoyant le déploiement de 264 satellites d’ici 2030-2035. D’autres acteurs privés (Lynk, AST, Telesat) et gouvernementaux se lancent également dans la bataille du spatial.

Le panorama du marché qui suit démontre grandissant de l’intérêt des grandes puissances géopolitiques pour les constellations de satellites, qui exigent à la fois une maîtrise technologique, et des capacités d’investissements significatives.

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Starlink : le leader incontesté des services internet par satellite

La filiale Starlink de la société SpaceX est de loin l’acteur dominant sur le marché de la connectivité par satellite. Le projet Starlink a pour ambition de fournir un accès Internet haut débit aux populations du monde entier, en particulier à celles des zones reculées et mal desservies.

Le projet a démarré ses travaux en janvier 2015, et le premier lancement de satellites a eu lieu en 2019. Le service est opérationnel depuis 2021. Starlink possède une avance considérable sur la concurrence, avec à ce jour une constellation de 6.750 satellites déployés dans l’espace à l’issue de 250 lancements de fusées. Ce sont plus de 6.200 satellites qui sont déjà déployés en 2025, et l’ambition de Starlink et d’atteindre une couverture globale avec plus de 12 000 satellites d’ici 2030.

L’entreprise vise à fournir un accès Internet fiable même dans les régions les plus reculées du monde, réduisant ainsi la fracture numérique.

Les services Starlink sont déjà disponibles dans 125 pays et régions dont le Bhoutan. Il y aurait 6 millions d’utilisateurs. En France, l’offre internet est disponible depuis 2021 pour un abonnement mensuel de 40 €, avec des débits pouvant aller jusqu’à un débit jusqu’à 220 Mbps, avec une latence de 20 ms. Elle attire de plus en plus d’abonnés situés dans les «zones blanches», les zones di?iciles à couvrir par nos opérateurs de télécommunications.

SpaceX annonce que les services Starlink sont accessibles dans plus de 1.000 avions, ce service est en plein développement. Air France a annoncé une offre de connexion wifi haut débit sur ses avions courant 2025. Les services Starlink sont depuis 2024 disponibles à bord de certaines lignes de trains, aux Etats-Unis et en Ecosse.

Au-delà des services d’internet par satellite, Starlink ambitionne d’introduire une offre de téléphonie mobile (voix et données) pour les téléphones mobiles LTE (4G ou 5G) dès 2025, grâce à une nouvelle génération de satellites dotées des fonctionnalités Direct-To- Cell (D2C) permettant des liaisons directes avec des téléphones cellulaires. Ce serait une rupture majeure dans le domaine de la téléphonie mobile., avec l’arrivée d’un acteur aynat un réseau prêt à l’usage, d’envergure mondiale.

635 satellites de nouvelle génération ont déjà été déployés en orbite à l’issue du dernier lancement le 3 juin 2025. L’objectif de SpaceX est d’avoir 700 satellites en orbite d’ici mi 2025 pour permettre l’ouverture des service D2C. La Federal Communications Commission (FCC: l’autorité de régulation américaine dans le domaine de télécommunications) ayant donné son accord, une phase de tests pré-opérationnelle (Beta tests) se déroule actuellement aux Etats-Unis jusqu’en juillet 2025. T-Mobile participe à ces Betatests. D’autres partenariats sont déjà signés avec des opérateurs au Japon (KDDI), au chili et au Pérou (Entel) ou encore en Ukraine (Kyivstar).

 

Kuiper, un nouvel entrant dans les services satellites

Avec le lancement réussi d’un premier lot de 27 satellites dans l’espace, le géant américain Amazon a entamé dans la nuit de mardi 29 avril 2025 une nouvelle phase de son projet Kuiper, dont l’objectif est de concurrencer la constellation Starlink, du milliardaires Elon Musk, en déployant une constellation de satellites à orbite basse LEO (Low Earth Orbit), à une altitude d’environ 450 km au-dessus de la Terre, qui permettra à terme de proposer des services d’accès internet à très haut débit depuis tous les points du globe.

La filiale d’Amazon prévoit une dépense initiale de 10 milliards de dollars dans sa constellation, soit à peu près autant que Starlink.

Le projet, annoncé en 2019, a pris du retard, et c’est une course contre la montre qui vient de se lancer. Amazon devra en effet lancer 3.200 satellites d’ici 2029, pour ne pas perdre la licence d’exploitation accordée en juillet 2020 par la FCC, Pour tenir les délais, Amazon prévoit plus de 80 lancements pour déployer sa constellation initiale, en utilisant différent lanceurs : Outre les lanceurs Atlas V et Vulcan Centaur d’United Launch Alliance (ULA), Amazon prévoit également d’utiliser son propre lanceur, New Glenn de la firme Blue Origin ainsi que les services d’Arianespace, avec un premier lancement prévu d’ici à la fin de l’année. En tout, Ariane 6 devrait ainsi e?ectuer 18 lancements pour le compte d’Amazon.

Néanmoins, le retard pris sur Starlink importe peu, car les synergies potentielles avec son catalogue d’offres grand public sont énormes : Le projet Kuiper associe une constellation de satellites LEO à des terminaux grand public compacts et peu coûteux, à un réseau mondial de stations terrestres et à une infrastructure de communication résiliente alimentée par Amazon Web Services (AWS). Amazon a investi massivement dans l’infrastructure terrestre, y compris des stations au sol et des centres de données, pour assurer une communication fluide avec les satellites en orbite. Les services internet viendront compléter les offres d’e-commerce, de cloud, et le service Prime d’Amazon qui compte plus de 200 millions d’abonnés. Autant d’atouts dont Elon Musk ne dispose pas et qui feront de l’offre Kuiper un concurrent redoutable pour le propriétaire de Space X.

 

Iris2 : La réponse européenne

Il est essentiel pour les états européens de disposer d’une solution autonome et souveraine en matière de télécommunications. Or, la connectivité spatiale est l’alternative la plus fiable lorsqu’il s’agit de palier à l’absence de communications terrestres (par exemple en cas de conflit, ou en cas de catastrophe naturelle majeure).

Grand projet européen, le programme Iris2 (Infrastructure, Resilience, Interconnectivity and Security by Satellite) vise à déployer à l’horizon 2030 une constellation de plus de 300 satellites sur différentes orbites et le segment terrestre associé pour garantir des communications gouvernementales sécurisées à chaque état membre de l’Union Européenne, tout en permettant des services commerciaux aux entreprises.

Contrairement à ses concurrents américains, Iris est une solution hybride combinant des satellites évoluant à des orbites différentes : 264 satellites devront évoluer à une orbite de 1.200 km, 18 à une orbite moyenne de 8.000 km et une dizaine à une orbite basse entre 450 et 700 km. Contrairement à Starlink et Kuiper, Iris2 n’est donc pas une mégaconstellation et sa vocation première ne sera donc pas commerciale, mais de répondre aux enjeux de sécurité et de souveraineté des états européens.

En décembre 2024, la commission européenne a attribué au consortium SpaceRise un contrat de concession d’une durée de 12 ans pour le développement, le déploiement et l’exploitation du système de connectivité sécurisée par satellite Iris2 de l’Union.

Le contrat consiste en un partenariat public-privé visant à acquérir un système composé de plus de 290 satellites pour fournir des services gouvernementaux d’ici 2030 tout en permettant de proposer une offre commerciale souveraine aux entreprises européennes.

Le consortium SpaceRISE est composé de trois opérateurs européens de réseaux satellitaires : SES SA, Eutelsat SA et Hispasat S.A.

Un budget d’un montant de 10,6 milliards d’euros sur douze ans est prévu pour le projet. Les pouvoirs publics européens en finance environ 60 %, le reste (soit environ 4 milliards d’euros) provenant de l’industrie privée et des opérateurs de télécommunications. Une enveloppe de 2,4 Md€ est attribuée par l’Union européenne jusqu’en 2027, complétée de 600 millions d’euros jusqu’en 2025 provenant de l’Agence spatiale européenne (ESA). 550 millions d’euros proviennent de l’ESA, et 2 Md€ de la Commission européenne dans le cadre du budget septennal actuel (2021-2027). Les fonds restants devraient provenir du prochain budget de l’UE (2028-2034). Le coût pour l’état français est d’environ 300 millions d’euros environ, à travers France 2030.

Mais en dépit d’avancées récentes, IRIS2 reste fragile. Les discussions ont été nombreuses pour parvenir à un accord, aussi bien du côté des industriels que des États. L’Allemagne s’est plainte d’un projet dans lequel ses champions nationaux seraient relégués au second plan tandis qu’Airbus et Thales ont fait pression sur la commission européenne afin de limiter les risques financiers, avant de se retirer du consortium tout en restant un partenaire important du projet.

D’ailleurs, l’Allemagne, qui avait fini par se résigner en signant l’accord fin 2024, songerait à sortir du projet européen IRIS2, selon un article du quotidien allemand Handelsblatt. L’armée allemande envisage la mise en place de son propre réseau de satellites d’ici à 2029. La constellation prévue serait composée de centaines de satellites de petites dimensions, Ils seraient acheminés, du moins en partie, en orbite basse terrestre, un an avant la date estimée pour l’activation opérationnelle du dispositif européen. L’information a été confirmée par le porte-parole du ministère de la défense allemand. Pour le moment aucun détail n’a été fourni sur les coûts ou la conception technique de ces satellites, ni par quel lanceur, ils seraient envoyés.

 

Les ambitions chinoises face au leadership américain

La Chine est très discrète sur ses ambitions dans le domaine de l’internet par satellite. Cependant, le leadership américain dans le domaine spatial des communications à haut débit ne pouvait laisser les autorités chinoises indifférentes.

Le projet de constellation Guowang (réseau national) a été révélé pour la première fois en 2020 à travers la demande de réservation de fréquences déposée à l’ITU (International Telecommunication Union) pour environ 13.000 satellites. Conformément aux règles de l’ITU, la moitié des 13.000 satellites devra être en orbite d’ici 2032 ce qui va nécessiter une augmentation importante du rythme des lancements Chinois.

Rappelons que Guowang n’est pas la première méga-constellation chinoise. Le projet Qianfan/Thousand Sails a déjà envoyé ses 54 premiers satellites en orbite lors de trois lancements cette année.

Ces deux constellations pourraient être concurrentes car émanant d’initiatives publiques et industrielles de natures di?érentes, Qianfan est mise en œuvre par une entreprise soutenue par la municipalité de Shanghai, laShanghai Spacecom Satellite Technology (SSST) tandis que la constellation Guowang est gérée par le China Satellite Network Group Co., Ltd, ou China Satnet, l’entreprise publique créée en avril 2021, filiale de l’entreprise d’ÉtatChina Aerospace Science and Technology Corporation(CASC). China Satnet supervise la conception, le déploiement et l’exploitation de la constellation.

Par ces programmes, la Chine ambitionne d’avoir jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de satellites, avec des premiers services opérationnels d’ici 2 à 3 ans, sauf éventuels retards. Le pays pourrait donc bénéficier de constellations avant la fin de la décennie, potentiellement avant IRIS2 (un délai comparable au déploiement européen de OneWeb, par exemple). Cependant, ces constellations seraient dans un premier temps davantage de nature commerciale plutôt que très sécurisées.

 

Les défis sécuritaires de l’internet par satellite

Les fréquences : une ressource stratégique devenue rare

Pour fonctionner, les satellites ont besoin de communiquer par l’intermédiaire du spectre électromagnétique,décomposéenbandedefréquences. L’attributiondesfréquences, est gérée au niveau international pat l’ITU (International Telecommunications Union), une institution basée à Genève, agence des Nations Unis spécialisée dans les technologies de l’information et de la communication, réunissant 194 états membres.

Les sociétés ayant un projet de mise en orbite de satellites de communications doivent au préalable faire une demande de réservation d’un couple «fréquence/position orbitale » auprès de l’ITU. La gouvernance est basée sur le double principe du « premier arrivé, premier servi » et de partage équitable des ressources entre les états membres. Seuls les états pouvant faire cette demande, les sociétés privées doivent passer par l’intermédiaire d’une administration nationale qui se charge de déposer la demande au nom du demandeur. En France, c’est l’Agence Nationale des Fréquences (AFNR) qui se charge de collecter et de valider les demandes françaises avant de les porter auprès de l’ITU.

Cette procédure, mise en œuvre dans les années 50, à une période de relative abondance de la ressource orbitale, n’était plus adaptée aux défis créés par la multiplication des projets spatiaux en orbite basse et la relative pénurie des ressources fréquence qui en résultait.

L’ITU a mis en place en 2019 une contrainte supplémentaire obligeant un opérateur à mettre en orbite un satellite dans un délai de 7 ans maximum à partir du moment où le projet est notifié auprès de l’ITU.

Les couples fréquence/orbite, limités par nature, sont devenus une ressource stratégique pour les états et entreprises qui les utilisent. Tous les acteurs déclarés mettent en place des stratégies de contournement des règles de l’ITU pour capter le maximum de ressource fréquentielles, provoquant une véritable lutte entre les états et les entreprises privées pour se procurer les couples fréquence/orbites nécessaires à leur fonctionnement. De ce point de vue, il ne fait guère de doute que les constellations chinoises prévoyant un nombre important de satellites sont avant tout un moyen d’occuper des positions orbitales de façon à limiter le développement et l’expansion de Starlink.

A noter que la France et l’Europe ayant déposé des demandes de fréquences assez tôt, disposent de ce fait de droits de priorité assez favorable dans la compétition entre puissances. (OneWeb, filiale d’Eutelsat, est notamment prioritaire sur Starlink en orbite basse).

La cybercriminalité dans l’espace : une nouvelle menace

Les risques liés à la cybersécurité dans l’espace constituent un enjeu majeur de l’internet par satellite. L’importance prise par les constellations de satellites en font des cibles privilégiées pour des attaques cybernétiques et d’autres formes de sabotage.

Compte tenu des investissements très élevés nécessaires à la mise sur orbite et à l’exploitation d’une constellation de satellites, les conséquences d’une prise de contrôle ou de la destruction d’un satellite par des pirates ou par des états ennemis pourraient être désastreuses, à la fois sur le plan financier mais également du point de vue de la souveraineté de l’état, ces attaques peuvent avoir des impacts secondaires majeurs sur de nombreux secteurs privés et gouvernementaux (y compris sur le plan le plan militaire), sans oublier les effets sur la sécurité de l’espace avec la multiplication des débris spatiaux.

Il est donc indispensable de concevoir la sécurité des infrastructures des constellations par satellite de bout en bout, c’est-à-dire sur l’ensemble de la chaîne de valeur des services par satellite.

  • Cela inclut notamment la sécurisation des communications entre le sol et le satellite, (qu’il faut protéger contre les interceptions illégales ou le brouillage des signaux), mais également les communications entre les satellites : Contrairement à un satellite géostationnaire qui tourne de façon synchrone avec la planète, un satellite en orbite basse n’est qu’un élément de la chaîne de communication, est toujours en mouvement par rapport au sol, volant à des vitesses de 7,8 km/s. Il faut donc gérer des transferts entre satellites, pour que si l’un s’éloigne trop, un autre prenne le relais pour maintenir la connexion avec les utilisateurs au sol.
  • Ensuite, il faut tenir compte du fait que les satellites deviennent de plus en plus dépendants de logiciels embarqués (on parle de Software-Defined Satellites), autant d’éléments qui sont des failles potentielles dans le système de sécurité des constellations. Cela implique le développement et la validation rigoureuse du code embarqué en amont, mais également une surveillance et une maintenance en continu, pour s’assurer que le satellite reste protégé dans le temps, face aux nouvelles vulnérabilités découvertes au fil du temps.
  • Enfin, il ne faut pas oublier la sécurisation de l’infrastructure terrestre, qui est elle- même connectée au réseau. Ces installations terrestres sont d’autant plus vulnérables qu’elles se trouvent parfois dans des sites isolés et difficiles à protéger.

Le problème des débris spatiaux

Le déploiement de ces mégaconstellations pose de nouveaux problèmes de sécurité avec la multiplication des débris spatiaux, contribuant à l’aggravation de la pollution de l’espace. En effet, des tonnes de lanceurs, et de satellites en fin de vie restent dans l’espace orbital, parfois pendant des décennies. Certains explosent créant de centaines de milliers d’éclats ou de débris. Le nombre et la taille de ces objets augmentent régulièrement, et cela augmente le risque de collision avec les satellites en activité.

Les constellations de satellites à orbite basse nécessitent un nombre important de satellites pour proposer un service sur toute la planète. Alors que 3 satellites géostationnaires sont su?isants pour di?user des services sur la terre entière, les opérateurs de services Internet LEO doivent lancer des centaines, voire des dizaines de milliers de satellites pour fournir une couverture équivalente.

Le cycle de vie des satellites LEO est également notoirement plus court que celui des satellites géostationnaires : Alors qu’un satellite GEO doit être remplacé au bout de 15 ans, la durée de vie d’un satellite LEO est estimé entre 5 ans et 7 ans, nécessitant un renouvellement régulier des satellites en orbite.

Compte tenu des projets annoncés, on estime qu’en moyenne huit satellites seront lancés chaque jour depuis la Terre, soit une masse totale de quatre tonnes de matériel envoyé dans l’espace chaque jour.

Selon l’ESA, si la tendance actuelle des lancements se poursuit, il pourrait y avoir près de 54.000 objets de plus de 10 cm en orbite terrestre basse. Le nombre de débris spatiaux dont la taille est supérieure à 1 mm est quant à lui estimé à environ 128 millions.

Le risque de collision est particulièrement élevé dans certaines zones, comme l’orbite terrestre basse, où se concentrent beaucoup de satellites. Elles se produisent à des vitesses très élevées (entre 25.200 et 57.600 km/h, soit 10 fois la vitesse d’un coup de fusil!) La collision d’un seul objet peut générer une multitude de débris supplémentaires en impesanteur. La multiplication des débris à la suite d’une collision pourrait à terme créer une réaction en chaine qui rendrait impossible toute exploitation de l’espace orbital par l’homme.

Ces débris constituent une menace pour les satellites opérationnels, mais aussi pour le succès des futures missions spatiales. C’est également une pollution lumineuse du ciel nocturne et une nuisance pour la recherche astronomique.

Il est urgent de prendre de prendre la mesure du problème, en mettant en place une surveillance étroite des trajectoires de satellites afin de prévenir les problèmes de collision, et la création de débris supplémentaires qui en résulterait. Cela ne pourra se faire sans une coopération mondiale entre les opérateurs de satellites, les agences spatiales et la communauté internationale pour suivre les trajectoires, partager les données et respecter les règles permettant de limiter les émissions de débris.

Une menace pour la souveraineté numérique européenne

Les opérateurs télécoms européens sont confrontés à un double défi :

  • Un défi de rentabilité dans un marché des télécommunications morcelé, sous la contrainte de la réglementation européenne qui impose d’avoir 3 voire 4 opérateurs de téléphonie mobiles dans chaque pays, (soit environ 80 opérateurs pour un marché de 350 millions d’habitants), là où les opérateurs de téléphonie mobile aux Etats-Unis et en Chine se comptent sur les doigts d’une main.
  • Un défi d’innovation face aux GAFAM américains, qui captent l’essentiel de la valeur circulant sur nos réseaux, en proposant des services innovants et en investissant massivement dans les nouvelles technologies (Cloud, IA, IOT, Cyber)

Dans ce contexte, l’émergence des mégaconstellations et de l’internet par satellite n’est pas une bonne nouvelle pour un secteur déjà en crise. L’incapacitédel’Europeàprotéger son marché des télécommunications et à proposer des alternatives crédibles à la constellation de Starlink constitue une menace d’ampleur pour la souveraineté numérique européenne. Le projet IRIS2 est de ce point de vue une priorité pour la France et pour l’Europe.

L’internet par satellite constitue une opportunité pour les européens d’étendre leur potentiel de revenus à des marchés hors d’atteinte avec les solutions classiques de telecommunications.

Si rien n’est fait pour contrer l’’expansion des mégaconstellations de satellites, (inéluctable au regard des progrès tangibles de Starlink en matière de réduction des coûts et d’économies d’échelle), l’Europe ne disposera d’aucun répit avant que ses réseaux ne soient intégralement dominés par les États-Unis. Ainsi, l’ensemble des données européennes, le pétrole de l’économie numérique, pourrait finir par ne transiter que via des réseaux américains.

Etude de la Fondapol sur l’immigration Afghane en Europe

By Institutions

L’immigration afghane en Europe

Le 6 juin 2025, Fondapol a publié une étude sur l’immigration afghane en France, retraçant les données statistiques des demandeurs d’asile, de leur taux d’insertion et du taux de délinquance.


Contexte et Chiffres

Depuis 2015, le nombre de demandeurs d’asile ne fait qu’augmenter en Europe. Les Afghans empruntent une nouvelle route vers l’Union Européenne passant par la Serbie (ce qui facilite l’accès).

  • En 2015 : 195.000 afghans ont fait une demande d’asile dans les pays de l’UE
    • Ouverture des frontières par Angela Merkel
    • Intensification attentats en Afghanistan
    • Procédure Dublin suivie : le demandeur d’asile fait une demande auprès de son État d’accueil, pour rejoindre un autre État.
      • En Suède, les demandes d’asile passent de 3.000 en 2014 à 41.000 en 2015.

Les pays du Nord de l’Europe choisissent une politique de fermeture des frontières, déplaçant le mouvement des réfugiés afghans vers l’Europe occidentale.


La France, pays de l’asile afghan

Il y a encore quelques années, les afghans se dirigeaient vers le Royaume-Uni et ne faisaient que transiter en France.

  • En 2024 : 8.500 demandeurs d’asile recensés au RU
    • En 2024 : 9.500 arrivés par “small boats”
  • Depuis 2015 : les demandes d’asile augmentent significativement en France
    • 2015 : 2.200 demandes
    • 2016 : 5.989 demandes
    • 2023 : 17.550 demandes dont 812 mineurs non accompagnés
    • 2024 : + de 13.000 demandes déposées
  • En France : les afghans sont n°1 parmi les demandeurs d’asile, après les ukrainiens

Des afghans peu formés

  • Depuis 2016 : un groupe de plus de 100.000 afghans s’est constitué en France
    • 89.000 adultes afghans bénéficient d’un titre de séjour en France
    • + 10.376 afghans sous procédure Ofpra qui se verront attribuer une réponse en 2025
  • Les Afghans font partie des 10 premières nationalités titulaires d’un titre de séjour en France
  • Contrat d’intégration républicaine (CIR) non obligatoire
  • Faible niveau de scolarisation
    • + de 40% déclarent ne jamais avoir été scolarisé
    • En 2021 après la chute de Kaboul, ¼ de la population vivait en zone urbaine et 30% des enfants âgés de 5 à 17 ans exerçaient une activité contraire à toute scolarisation
    • Moyenne d’âge des primo demandeurs d’asile : 27,4 ans
    • Près de 19% des Afghans déclarent avoir un niveau scolaire ne dépassant pas celui de l’école primaire
      • 10% ne savent ni lire ni écrire dans leur langue maternelle
      • 17% ont un niveau supérieur au baccalauréat
      • 18 mois après la signature CIR : 57% sont sans emploi

La délinquance afghane

  • Part des étrangers parmi les condamnés détenus : 25%
  • Comparaison Allemande 
    • En 2023 : Afghans représentent 0,5% de la population
    • En 2024 : 2,3% de la population
  • Les Afghans sont très présents pour les crimes de type mafieux
    • 9 fois fois plus représentés dans vols à main armée contre des établissements financiers
    • 8 fois fois plus dans les vols qualifiés dans les bureaux et agences postaux 
    • 7 fois fois plus dans les vols et extorsions de fonds contre les convoyeurs de fonds

Typologie de la population demandeur

  • Entre 2015 et 2024 : 85% des demandeurs sont des hommes
    • 1.064.946 personnes ont signé un CIR, 47,81% étaient des femmes
  • Nombre de femmes bénéficiant d’un titre de séjour en France < 18%
    • Difficultés pour les femmes sur les routes migratoires et au niveau culturel
  • Depuis 2021-2022 : accélération des demandes de regroupement familial et augmentation de la part des femmes.
    • En 2024 : 410 Afghanes arrivées en France en tant qu’épouses de ressortissant français
Lien de l’étude

Rapport de la Cour des comptes sur la situation budgétaire des finances publiques

By Economie

Situation budgétaire des finances publiques

La Cour des comptes a publié en février 2025, un rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques début 2025.


Quelques définitions essentielles

Selon l’INSEE, le déficit public mesure la différence entre l’ensemble des dépenses courantes, dépenses d’investissement non financier et transferts en capital qu’elles effectuent, d’une part, et l’ensemble de leurs ressources non financières.

Le projet de loi de finances (PLF) présente l’ensemble des dépenses et recettes pour l’année suivante. Il détermine ainsi le budget, c’est-à-dire la nature, le montant et l’affectation des ressources et des charges selon un équilibre économique et financier déterminé.


État actuel des finances publiques

L’année 2024 est caractérisée par un faible montant de recettes, prolongeant et aggravant la situation déjà préoccupante en 2023.

  • En 2023, le déficit public est de 5,5 % du PIB
  • En 2024, le déficit est de 5,7 % du PIB (environ 169,6 Md€)

La Cour des comptes souligne que la croissance économique est restée positive et qu’aucune récession ne semble être de mise.

Plusieurs facteurs sont cependant à prendre en compte dans l’aggravation du déficit : 

  • Mauvaise évaluation dans la loi de finances initiale des objectifs de réduction du déficit, une révision à la baisse a été nécessaire.
  • Pas suffisamment de recettes caractérisant un manque à gagner par la Cour des comptes.
  • Des dépenses publiques importantes et fluctuantes. Les dépenses majoritaires dans la sécurité sociale (+4 Md€ des prévisions), les administrations locales (+10,7 Md€ des prévisions) ont contribué au dépassement des prévisions initiales. Les dépenses des administrations de l’État ont été contenues.
  • Augmentation des charges liées à la dette (environ 60 Md € pour 2024)

Quelles perspectives pour 2025 ?


  • Le budget établi pour 2025 prévoit une baisse du déficit à 5,4 % du PIB. L’objectif étant d’atteindre un déficit inférieur à 3% du PIB en 2029.
  • Budget 2025 : 
    • Réduction du déficit à 139 Md € (baisse de 17,3 Md € par rapport au budget exécuté en 2024)
    • Hausse des prélèvements obligatoires estimée à plus de 25 Md€ ; pour les grandes entreprises (taxe exceptionnelle) environ 8 Md € ; pour l’imposition des plus hauts revenus environ 2 Md € et l’extinction du bouclier tarifaire énergétique pour 3,9 Md €.

La Cour des comptes alerte sur le fait que les dépenses de l’État montrent une modération avec une quasi stabilité en valeur par rapport à 2024. Le risque est que la charge de la dette ne fasse qu’augmenter revenant ainsi en 2029 à 3,2% du PIB (107 Md €) et à 3,5% en 2031 (124 Md €) devenant ainsi le premier budget de l’État.

La Cour des comptes préconise le maintien des engagements pour 2025 afin de maintenir les ajustements prévus dans la durée.

A un niveau mondial, les prévisions de croissance mondiale ont été revues à la baisse en raison de l’application de droits de douane qui atteignent des niveaux inédits et du haut niveau d’incertitude du moment.

Le Fonds monétaire international alerte sur le fait que l’intensification d’une guerre commerciale et l’accentuation de l’incertitude pourraient peser davantage sur les perspectives de croissance à court et à long termes. Il préconise ainsi que les pays oeuvrent de manière constructive pour promouvoir un environnement commercial stable et prévisible et pour faciliter la coopération internationale.

Lire le rapport

Rapport d’information sur les enjeux et perspectives de l’économie de guerre

By Défense

Enjeux et perspectives de l’économie de Guerre

Le rapport d’information n° 1162 de l’Assemblée Nationale déposé le 20 mars 2025 vise à rapporter les enjeux et perspectives de l’économie de guerre soulevés lors des auditions de la commission de la Défense nationale et des Forces armées. Il apporte un éclairage sur les transformations à envisager pour renforcer la résilience industrielle de la France en temps de crise ou de conflit prolongé.


Contexte et définition

L’« économie de guerre » est définie non comme une économie en temps de guerre, mais comme une économie qui anticipe et se prépare à soutenir un effort militaire intense et prolongé en cas de conflit majeur

La loi de Programmation Militaire (LPM) 2019 – 2025, prévoit un budget global de 295 milliards d’euros. En 2023, les commandes adressées à la base industrielle et technologique de défense (BITD) ont atteint 20 milliards d’euros, marquant une accélération par rapport aux années précédentes. Sur la période 2012 – 2016, la moyenne annuelle des commandes BITD était de 9,5 milliards d’euros, et sur la période 2017 – 2022, de 15 milliards d’euros.

La LPM 2024 – 2030 prévoit un budget de 413 milliards d’euros. De manière générale, le budget alloué à la défense nationale ne cesse de croître.

Objectifs stratégiques

  •  Souveraineté et autonomie stratégique :
    • Réduction des dépendances critiques (titane, poudres, acier, minerais), notamment par la relocalisation de la production de poudre « gros calibre » à Bergerac
  •  Réindustrialisation :
    • Renforcement de la BITD :
      • 9 grands groupes industriels
      • 4 000 PME/ETI
      • 210 000 emplois directs
      • 30 Md€ de chiffre d’affaires annuel
  •  Adaptation aux conflits de haute intensité :
    • Production militaire accrue (munitions, drones, artillerie lourde, etc.) comme les canons CAESAR (Nexter) ou les Rafale (Dassault)

Diagnostic du rapport

  • Forces
    • Accélération des cadences de production (x5 entre 2022 – 2024)
    • Nouveaux outils juridiques : réquisitions, stocks stratégiques
    • Volonté politique affirmée (LPM 2024–2030)
  • Faiblesses
    • 30 % des entreprises BITD en difficulté d’approvisionnement (x2 par rapport à l’industrie générale)
    • 200 entreprises critiques en 2023 identifiées comme « goulets d’étranglement »
    • Accès au financement privé restreint (normes ESG pénalisantes)
    • Lourdeur normative, complexité administrative persistante

Propositions clés du rapport

Production & Relocalisation

  • Relancer les filières stratégiques (poudres, pyrotechnie, électronique de défense)

Simplification

  • Réforme des procédures de la Direction Générale de l’Armement
  • Création d’une force d’acquisition réactive

Financement

  • Création d’un Livret Défense
  • Mobilisation de l’épargne réglementée (Livret A, LDDS)
  • Soutien accru de Bpifrance et des banques commerciales

Europe de la Défense

  • Renforcement de la préférence européenne :
    • Objectif non atteint des 35 % de dépenses en coopération (actuel : 18 %)
    • 40 % des équipements européens sont achetés aux États-Unis
  • Soutien à :
    • EDIRPA (achats conjoints)
    • ASAP (munitions)
    • EDIP/EDIS (stratégie industrielle)

Innovation & Écologie de guerre

  • Création de l’Agence ministérielle pour l’IA de défense (AMIAD)
  • 2 Md€ investis dans l’IA d’ici 2030
  • Intégration des enjeux environnementaux :
    • Réduction des dépendances fossiles
    • Décarbonation des armées

Conclusions du rapport

L’économie de guerre n’est pas encore pleinement déployée mais des avancées sont constatées :

  • La disponibilité des nouveaux outils
  • Une prise de conscience stratégique amorcée
  • Un effort budgétaire engagé

Toutefois, le rapport préconise :

    • D’intensifier la mobilisation de la BITD
    • D’accroître la transparence des financements
    • De garantir une pédagogie publique sur les arbitrages budgétaires
    • D’élargir la préparation nationale (défense civile, opinion publique, éducation)
Lire le rapport
brève européenne Aurélien Jean

Brève Européenne 4 : Un printemps européen dynamique dans les domaines policiers, judiciaires et migratoires

By Institutions

Un printemps européen dynamique dans les domaines policiers, judiciaires et migratoires

Retrouvez l’actualité de l’Union européenne retracée par Aurélien Jean, membre des Jeunes CRSI.

La citoyenneté de l’UE n’est pas à vendre : Malte condamnée par la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) pour son programme de « passeports dorés »

Dans un arrêt rendu en grande chambre le 29 avril 2025, la CJUE a condamné Malte pour une modification intervenue en 2020 concernant sa loi sur la citoyenneté. Le gouvernement maltais avait en effet rendu possible l’acquisition de la nationalité maltaise par naturalisation pour « services rendus » ; désignés ici par des investissements directs dans l’économie de l’île. En clair, les futurs citoyens devaient investir 600 000 euros, résider à Malte et financer une ONG locale avant de recevoir leur passeport.

En effet, la détention d’une nationalité d’un Etat-membre (EM) de l’UE donne automatiquement à son détenteur la citoyenneté européenne. Elle confère ce faisant certains avantages comme celui de pouvoir se déplacer, vivre et travailler librement dans les 27 pays de l’UE ou de pouvoir voter aux élections locales et européennes.

Dans le cas maltais, la Commission soupçonnait ce programme de favoriser la corruption et le blanchiment d’argent et l’a incité à engager un recours en manquement contre La Valette. Elle estimait en effet que l’Etat violait les règles relatives à la citoyenneté de l’Union (article 20 TFUE) et au principe de coopération loyale. Entre temps, le programme des « passeports dorés » a été suspendu pour les citoyens russes et biélorusses suite à l’invasion de l’Ukraine mais restait en vigueur pour d’autres nationalités.

La Cour a suivi le raisonnement de la Commission en estimant que Malte a mis en place un système s’apparentant à la commercialisation de la citoyenneté maltaise, et donc européenne. Ce faisant, les juges ont relevé qu’un État membre ne peut pas accorder sa nationalité en échange de paiements ou d’investissements, car cela revient à faire de l’acquisition de la nationalité une simple transaction commerciale. De plus, une telle pratique ne permet pas d’établir le lien de solidarité et de loyauté à l’œuvre entre un État et ses citoyens. Tout en rappelant que les EM restent libres de déterminer les conditions d’octroi de leur nationalité, la CJUE relève que cela ne les dispense pas de respecter le droit de l’Union, et notamment d’assurer la confiance mutuelle entre les EM découlant du principe de coopération loyale. Cela ne remet en revanche pas en cause la possibilité pour un Etat d’accorder un droit de résidence sur son sol en échange d’investissements.

Malte affirme qu’il se conformera à la décision, en dépit des rentrées d’argent conséquentes que ce programme lui rapportait. Néanmoins, cette décision ne remet pas en cause les nationalités déjà accordées par le gouvernement maltais – au contraire d’autres pays européens comme Chypre qui avait non seulement stoppé un programme similaire, mais retiré 45 passeports. A noter que la Bulgarie avait également supprimé un système similaire en mars 2022.

La Commission européenne saisit la CJUE contre la Hongrie en raison d’un décret prévoyant la remise en liberté de passeurs emprisonnés

Début mai 2025, la Commission européenne a annoncé avoir saisi la CJUE contre la Hongrie. En parallèle des différentes procédures déjà engagées par Bruxelles contre Budapest – touchant notamment à l’état de droit et à l’asile – cette dernière action en justice a trait au décret d’avril 2023 émanant du gouvernement magyar et fait suite à une mise en demeure non appliquée.

Le décret prévoit en effet la remise en liberté des passeurs arrêtés pour trafic de migrants, et ce en vue de leur expulsion. Le gouvernement a présenté ce décret comme visant prioritairement à lutter contre la surpopulation carcérale (pointée du doigt par le Conseil de l’Europe) et à réaliser des économies. Le pays compte effectivement un taux d’emprisonnement très élevé (211 pour 100 000 habitants) et une surpopulation carcérale comparable à la France (112% vs 119%). Si, d’après les autorités, plus de 2400 personnes ont déjà été relâchées, la réelle raison derrière ce décret pourrait être à chercher ailleurs.

L’UE estime que ce système est défaillant car le décret ne prévoit aucun mécanisme visant à surveiller le passeur une fois celui-ci relâché. De manière technique, il prévoit que la peine physiquement effectuée en Hongrie soit, pour ce genre d’infraction, convertie en une « détention de réintégration » qui oblige à quitter sous 72 heures le territoire hongrois, qu’importe la durée effective de détention réalisée. Le détenu se retrouve donc de facto libre, faute de pouvoir contrôler qu’il effectue réellement une peine de prison dans son pays d’origine. La Commission estime en conséquence que cela enfreint les directives de 2002 relatives au trafic de migrants et affaiblit le caractère dissuasif du droit de l’Union.

Entre les lignes, il s’agit de défier une nouvelle fois la Commission sur les questions migratoires, un marqueur fort de l’exécutif hongrois alors que les élections législatives se profilent en avril 2026. En 2023, la Hongrie avait déjà dû payer une amende de 200 millions d’euros assorti d’une astreinte d’un million d’euros par jour pour non-respect du droit d’asile – un record en la matière. Des milliards d’euros de fonds européens sont aussi gelés pour des conflits d’intérêt, des atteintes aux droits des personnes LGBT ou des infractions aux règles de passation des marchés publics.

Rapport annuel 2024 d’Eurojust : l’agence de l’UE mise sur la coopération avec les pays tiers

Basée à La Haye (aux Pays-Bas), l’Agence de l’Union Européenne pour la coopération judiciaire en matière pénale – Eurojust de son diminutif – a rendu public son rapport annuel pour l’année 2024. De manière générale, on y apprend que l’agence a traité près de 13 000 affaires (dont 5300 nouvelles), soit 60% de hausse par rapport à 2019. En outre, elle a facilité la saisie de plus de 1.3 milliard d’euros d’actifs criminels et de l’équivalent marchand de 19.6 milliards d’euros de stupéfiants. En outre, grâce aux mécanismes de coopération, 1272 suspects ont pu être arrêtés, plus de 1300 témoins entendus et 971 mandats d’arrêts émis. Les équipes d’enquête communes et de réunions de coordination sont également en hausse significative (respectivement 25% et 11%).

De manière plus ciblée, en 2024 comme pour l’avenir, Eurojust veut porter la focale sur la coopération avec les pays tiers, notamment via des accords facilitant l’échange d’informations opérationnelles en matière de trafic de drogue, de blanchiment d’argent ou de traite d’êtres humains. Ainsi, l’année dernière des accords ou des arrangements ont été signés avec l’Arménie, la Bosnie-Herzégovine, la Bolivie, le Chili, le Costa-Rica, l’Equateur, la Panama et le Pérou – autant d’Etats soumis à des problématiques aigües en matière sécuritaire et pour lesquels des réseaux organisés opèrent, parfois jusqu’en Europe. En outre, sur le nombre d’affaires traitées, plus d’un millier concernaient des Etats non-membres de l’UE, Royaume-Uni, Etats-Unis, Balkans occidentaux et Suisse en tête. Selon la récente stratégie ProtectEU, les coopérations internationales d’Europol sont appelées à s’intensifier dans les prochaines années (voir la note du CRSI à ce sujet).

Enfin, Eurojust a lancé en juin 2024 le Réseau judiciaire européen contre la criminalité organisée, dans l’optique de renforcer la coordination entre magistrats spécialisés, diffuser les informations et les bonnes pratiques ou encore analyser les modus operandi des groupes criminels.

Rappelons que le rôle des agences de coopération comme Eurojust est essentiel, dans la mesure où près de 90% des groupes criminels d’envergure opèrent dans plusieurs pays, souvent en infiltrant l’économie légale.

Europol cible les réseaux criminels employant des adolescents comme tueurs à gages

Dans la lignée des efforts policiers déjà déployés pour lutter contre les groupes criminels et l’embrigadement de jeunes adolescents comme tueurs à gages, Europol a lancé une vaste opération contre un réseau de recrutement de préadolescents susceptibles de constituer un vivier employable pour commettre des assassinats. Baptisée GRIMM, l’opération à rassemblée huit pays européens : Belgique, Danemark, France, Allemagne, Norvège, Pays-Bas, Finlande et Suède (Stockholm ayant la responsabilité de l’opération).

Cette Task force a notamment réussi à éviter plusieurs passages à l’acte et vise à démanteler rapidement des réseaux agiles, opérant quasi-exclusivement sur les réseaux sociaux et/ou les plateformes de jeu en ligne ; des endroits où peuvent être repérés plus facilement des jeunes en manque de repères. Souvent contre quelques milliers d’euros, ils représentent une main d’œuvre consommable, bon marché et facilement influençable tout en rajoutant de la distance entre les commanditaires et les forces de l’ordre.

Si le sujet est très sensible en France, où l’implication de mineurs de 12 ou 13 ans téléguidés par des groupes criminels est prouvée, l’hexagone n’est en rien un cas unique en Europe. Des cas similaires aux drames survenus à Marseille ont aussi eu lieu en Suède – le pays accusant un des taux d’homicides par fusillade parmi les plus élevés du continent, y compris sur des innocents. Le port de Malaga, en Andalousie est aussi un hotspot pour les cartels mexicains faisant transiter la drogue.

A noter que l’activité d’Europol devrait croitre ces prochaines années, dans la lignée des récentes annonces formulées par l’exécutif européen et soumises au vote des colégislateurs. Le 20 mai 2025, le Parlement a ainsi approuvé une proposition de règlement visant à doter l’agence d’un centre européen de lutte contre le trafic de migrants (ECAMS), en coordination avec Frontex et Eurojust – dans l’objectif de renforcer la coopération et le travail inter-agences, y inclus dans les pays-tiers.

La Commission européenne veut rendre facultatives certaines règles concernant le renvoi des migrants déboutés de l’asile vers des pays tiers

Dans la foulée des récentes initiatives visant à lutter contre l’immigration régulière et faciliter les retours des migrants déboutés, la Commission européenne avait dévoilée en avril une liste de pays « sûrs » aptes à accueillir des déboutés (voir la note du CRSI à ce sujet). Néanmoins, une des questions qui restaient encore floues avait trait au « critère de connexion » entre le débouté et le pays de renvoi. En clair, à quel point le migrant expulsable devait être originaire du pays dit « sûr » pour pouvoir y être renvoyé.

Cette question vient sans doute d’être tranchée. Dans une proposition de révision du concept de pays sûr, Bruxelles rend désormais facultatif la prise en compte du critère de connexion. Cela signifie qu’un Etat-membre (EM) pourra renvoyer une personne déboutée vers un pays tiers dont il n’est pas originaire si celui-ci peut lui offrir un degré de protection équivalent. Ledit pays tiers pourra dès lors n’être qu’un lieu par lequel le migrant serait passé durant son périple ou un pays disposant d’un accord spécifique avec l’UE. Les EM pourront cependant toujours continuer à appliquer le critère de proximité si leur droit interne l’exige.

Ce principe pourra aussi s’appliquer pour refuser une demande d’asile et permettra de rendre facultatif l’effet suspensif d’un recours déposé en constatation d’un refus décidé sur base de ce concept – là aussi, selon le droit applicable dans l’EM considéré. L’objectif affiché par la Commission est de réduire les délais procéduraux et prévenir les abus en matière de recours par les demandeurs. A noter toutefois que cette révision ne s’appliquera pas aux mineurs non-accompagnés et que la notion de « sûreté » en elle-même reste inchangée.

Cette proposition marque une étape supplémentaire dans la refonte des règles européennes applicables à l’asile, et ce alors que certains pays (tels l’Autriche) poussent pour aller encore plus loin sur ce sujet. Ce système, censé améliorer l’efficacité et l’effectivité des retours suscite inquiétudes et critiques de la part de députés européens et d’ONG. Néanmoins, des organismes officiels tels que le Contrôleur Européen de la Protection des Données (CEPD) peuvent émettre des avis. Le CEPD recommande ainsi « une analyse d’impact approfondie » afin de veiller au « respect des droits fondamentaux », car selon lui « la protection des données constitue l’une des dernières lignes de défense pour les personnes vulnérables, telles que les migrants et les demandeurs d’asile ». Rappelons que cette refonte des règles doit cependant encore être votée au Conseil et au Parlement européens.

Le Royaume-Uni dévoile de nouvelles règles censées réduire l’immigration et renforcer les frontières…

Le Premier ministre britannique, Keir Starmer (travailliste) a annoncé une nouvelle doctrine en matière migratoire qui peut se résumer ainsi : « s’installer Royaume-Uni (RU) est un privilège et non un droit ». Reprenant une rhétorique qui – si elle n’est pas surprenante au vu des difficultés de Londres en matière migratoire – aurait été davantage appropriée pour un élu conservateur, le locataire du 10 Downing Street a estimé que la politique des gouvernements précédents était un échec. Il compte instaurer un nouveau régime plus strict mais qui, en même temps, fait la part belle à l’immigration de talents.

Côté « bâton », plusieurs mesures significatives ont été annoncées. Par exemple, les expulsions seront plus fréquentes et il sera mis fin à l’automaticité du droit à s’installer au RU après cinq ans de présence sur le territoire. Ainsi, les migrants devront désormais résider dix ans au RU avant de pouvoir demander un permis de séjour – sauf s’ils prouvent une contribution réelle et durable à l’économie. Cela s’applique également aux personnes déjà présentes au RU. Dans tous les cas, et pour tous les types de profils, les exigences de maîtrise de la langue anglaise seront rehaussées. L’objectif évident est de faciliter l’intégration au tissu local, l’insertion professionnelle et sociale et ainsi réduire les risques d’exploitation et d’abus (dont sont notamment victimes les clandestins). Sont aussi prévus des contrôles et des critères plus stricts dans les demandes d’asile, des sanctions pour les parrains de migrants et une révision des critères d’expulsion. En outre, l’immigration familiale est dans le viseur et le gouvernement veut restreindre l’application de l’article 8 de la CESDHLF (droit à la vie familiale – Conseil de l’Europe, dont le RU est membre), afin de faciliter les expulsions.

Côté « carotte », le RU veut se montrer plus ouvert aux talents mondiaux et renforcer son attractivité pour des profils à haute valeur ajoutée. Une procédure accélérée sera mise en place pour ces personnes, travaillant dans des secteurs d’avenir ou en pénurie (professionnels du médical, informaticiens, spécialistes de l’IA…). Le niveau de qualification attendu sera désormais celui d’une licence (Bachelor). Cette ouverture aux profils qualifiés a pour but avoué d’en finir avec un système qui « encourageait à recruter des travailleurs moins qualifiés au lieu d’investir dans notre jeunesse ». Les entreprises souhaitant obtenir un visa pour de la main d’œuvre étrangère devront ainsi prouver qu’elles « investissent dans les travailleurs britanniques et développent les compétences dans ce pays ». Un des objectifs est de faire redémarrer les apprentissages et les investissements dans le capital humain, qui ont eu tendance à décroître au profit d’une main d’œuvre étrangère plus compétitive mais moins « qualitative ».

Il s’agit donc de privilégier les personnes capables de contribuer à la croissance et déjà présentes sur le sol britannique, au besoin en les formant à de nouveaux emplois, au lieu d’accorder de manière assez large des visas de travail. En corollaire, c’est aussi la question de la surcharge des services publics, sous-financés, qui se pose tout comme celle du coût du logement. Néanmoins, ces mesures sont loin de faire l’unanimité, notamment de la part d’associations et d’organisations de la société civile qui fustigent des mesures modifiant les règles en cours de route et qui dissuaderaient des talents tout en ne restreignant pas les arrivées illégales.

Ces nouvelles annonces interviennent dans un contexte où la pression migratoire exercée sur le Royaume-Uni ne faiblit pas et où ce sujet devient de plus en plus irritant pour une part croissante de l’électorat (solde migratoire atteignant presque un million d’arrivées). Si M. Starmer s’est félicité d’une baisse de 40% des visas accordés et d’une hausse des expulsions (24 000 depuis juillet 2024, dont 16% de hausse pour les profils délinquants), ce chiffre reste encore faible – tant au regard de la réalité que du ressenti d’une part de la population. Ainsi, lors des élections locales du 2 mai 2025, le parti Reform UK du populiste d’extrême-droite, anti-establishment et anti-UE Nigel Farage a enregistré une progression spectaculaire, gagnant des centaines de sièges dans les exécutifs locaux.

Tandis que l’Allemagne prévoit de restreindre le regroupement familial et de supprimer l’acquisition accélérée de la nationalité

Conformément aux promesses de campagne des partis la composant, et dans la droite lignée des mesures prévues dans l’accord de gouvernement, la coalition au pouvoir à Berlin va prochainement présenter deux textes au Bundestag.

Le premier texte concerne le durcissement du regroupement familial pour les personnes sous protection subsidiaire. Actuellement celles-ci peuvent rester en Allemagne sans avoir obtenu l’asile ou le statut de réfugié – notamment en raison d’un conflit armé dans leur pays d’origine (environ 390 000 personnes dans ce cas – provenant aux 3/4 de Syrie). Environ 12 000 proches de ces personnes sont autorisés à entrer en Allemagne chaque année au titre de ce regroupement (conjoints, enfants…). Ce ne sera désormais plus le cas, au moins durant les deux premières années de présence sur le sol allemand – et hors cas de détresse manifeste. Si de nombreuses organisations de la société civile s’opposent à cette mesure – en faisant valoir que l’éloignement de la famille compliquera l’intégration – elle pourrait soulager la pression logistique et financière qui pèse sur les collectivités locales (Länder), en charge de l’accueil. Pour rappel, ce dispositif avait déjà été suspendu entre 2016 et 2018, au pic de la crise migratoire, afin de ne pas surcharger les services d’immigration.

Le second texte a trait à la naturalisation. Le précédent gouvernement de centre-gauche (SPD/FDP/Verts) avait facilité le processus d’acquisition de la citoyenneté, par exemple avec des « naturalisations turbo » en trois ans (Turbo-Einbürgerungen) pour les immigrés bien intégrés. Ce dispositif, très critiqué par la CDU/CSU, sera supprimé, et ce alors que 200 000 personnes ont obtenu la citoyenneté l’an dernier – le chiffre le plus élevé en 25 ans. Selon Alexander Dobrindt, ministre de l’Intérieur : « La citoyenneté allemande doit être accordée à la fin du processus d’intégration, et non au début ». En revanche, d’autres points adoptés sous la précédente législature resteront inchangés : maintien du raccourcissement du délai d’attente de droit commun pour la naturalisation (cinq ans au lieu de huit) ou encore autorisation de la double nationalité.

La baisse du nombre de demandeurs d’asile syriens modifie la distribution générale des migrations en Europe

Les premières données de l’Agence Européenne pour l’asile (EUAA, basée à Malte) pour 2025 montrent une évolution notable de plusieurs tendances concernant la ventilation par pays et la provenance des demandeurs d’asile.

Premièrement, l’Allemagne n’est plus le premier pays en nombre de demandes (12 700+), dépassée par la France (13 000+), l’Espagne (12 900+) et suivie par l’Italie (11 400+). Ces quatre pays représentent environ les trois-quarts du total des demandes enregistrées (moins de 70 000 en tout – en recul constant depuis octobre 2024). En un an, Berlin a reçu 40% de demandes de moins là où Paris et Madrid ont connu une certaine stabilité dans ces chiffres. Les mesures de contrôles plus strictes aux frontières ainsi que la baisse du nombre de demandeurs d’asile syriens – pour lesquels l’Allemagne était la destination première – peuvent expliquer cette évolution (voir la note du CRSI à ce sujet, et malgré le fait que Berlin continue d’accepter la grande majorité des demandes d’asile).

Deuxièmement, le recul significatif du nombre de demandeurs d’origine syrienne (moins de 5 000, à son plus bas niveau depuis le début de la guerre civile au début des années 2010). La chute du régime de Bachar al-Assad et l’arrivée d’un nouveau pouvoir, mieux considéré par les pays européens, expliquent cette tendance.

Troisièmement, en raison du recul du nombre de syriens, la principale nationalité des demandeurs d’asile a changé. Elle n’émane pas d’un pays d’Afrique ou d’Asie, mais du Venezuela. 8 500 de ses ressortissants ont demandé la protection d’un pays européen en février (+12% sur un an) ; majoritairement en Espagne, un pays où la diaspora est déjà bien implantée et où la langue commune facilite l’intégration. La crise politique et économique latente explique en partie cette hausse, mais la forte progression observée pour cette nationalité depuis fin 2024 peut aussi être causée par les politiques restrictives des Etats-Unis, destination historique des migrants sud-américains. A noter que les ressortissants colombiens et péruviens ont aussi davantage déposé de demandes d’asile en Europe (respectivement +4% et +3%).

En France, l’influence de la francophonie est nette puisque, derrière les Ukrainiens et les Afghans, figurent les Haïtiens et les Congolais (9% des demandes), les Guinéens (5%) et les Ivoiriens (4%).

Enfin, le taux de reconnaissance global des demandes d’asile est tombé à son plus bas niveau depuis la crise du Covid-19, à 25%. Là encore, la répartition des nationalités explique cette baisse, avec une chute du nombre de syriens et une hausse des ressortissants venant de pays non éligibles (Pérou, Colombie, Egypte, Bangladesh…) – certains de ces pays figurant d’ailleurs dans la liste des « pays sûrs » dévoilée par la Commission en avril 2025 (liste qui n’est pas sans susciter quelques critiques). Néanmoins, même pour les syriens, ce taux a chuté à 14% (contre 90% auparavant), en raison de la décision de plusieurs Etats de stopper l’examen des demandes en provenance de ce pays suite au changement de régime.

L’Agence des Droits Fondamentaux de l’UE (FRA) met à jour de la base de données sur la détention pénale en Europe

La FRA, basée à Vienne, a pour mission d’aider les Etats-membres à assurer le respect des droits fondamentaux lorsqu’ils mettent en application le droit européen. Etablie en 2007, et prenant la suite de l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes, la FRA réalise principalement des travaux de recherche et/ou de compilation de bases de données relatives auxdits droits. Elle peut aussi formuler des avis sur des sujets spécifiques à la demande des institutions européennes (Commission, Conseil, Parlement). Elle est enfin présente dans le dialogue avec les organisations de la société civile impliquées dans ces thématiques.

La FRA a donc publié le 20 mai 2025 une version actualisée de la base de données relative aux conditions de détention dans l’UE et au Royaume-Uni. Cette base, accessible en ligne, a pour but premier de répertorier les normes et textes juridiques des différents Etats en matière de condition pénitentiaires (taille des cellules, hygiène, accès aux soins, vidéosurveillance, violences…). Des paramètres spécifiques sont aussi inclus (femmes, mineurs étrangers, personnes vulnérables).

De plus, étant avant tout destinée aux professionnels du droit, elle comprend aussi la jurisprudence récente des Cours (nationales et européennes) ainsi que les rapports des organismes de contrôle, tel le Contrôleur général des lieux de privation de liberté en France.

Rapport de la Cour des comptes – Déficit de la Sécurité sociale

By Economie

Rapport sur l’application des lois de financement de la sécurité sociale

Le 26 mai 2025, la Cour des comptes a publié un rapport sur les comptes de la Sécurité sociale. En 2024, le déficit de la Sécurité sociale atteint 15,3 milliards soit 4,8 milliards d’euros de plus que les prévisions. Pour l’institution, sans mesures de redressement, le financement du système de protection sociale ne pourra pas tenir. Les magistrats de la rue Cambon dénoncent des comptes « hors de contrôle », avec une projection de déficit à 24,1 milliards d’euros d’ici 2028.


Données principales

Déficit croissant

  • Déficit de 15,3 milliards d’euros en 2024 (0,4% du PIB) dont 90 % est imputable à la branche maladie
  • Hausse de 4,8 milliards (46%) par rapport aux prévisions initiales
  • Projection d’un déficit de 22,1 milliards d’euros en 2025 et 24,1 milliards d’euros en 2028

Dépenses et recettes

  • Dépassement de l’objectif national de dépenses d’assurance-maladie (Ondam) de 1,5 milliard d’euros, principalement en raison d’une hausse des dépenses de soins de ville et d’un déficit hospitalier estimé à 3 milliards d’euros
  • Des recettes fiscales surestimées (–3,7 Md€), notamment en lien avec une consommation plus faible que prévu et une croissance modérée de la masse salariale

Allégements de cotisations

  • Une progression des allégements de cotisations patronales (77,3 Md€ de pertes de recettes en 2024), insuffisamment compensés par l’État, avec une perte nette de 5,5 Md€ pour les comptes sociaux

Dette sociale

  • Une dette sociale en hausse continue, qui devrait dépasser 180 milliards d’euros en 2028, sans perspective crédible de résorption, faisant peser un risque de crise de liquidité dès 2027 pour l’Acoss ( Agence centrale des organismes de la sécurité sociale) dès 2027

Propositions de la Cour des comptes

  • Tendre vers une gestion plus performante du personnel non-soignant dans les hôpitaux publics.
  • Améliorer la traçabilité du versement des pensions alimentaires.
  • Réduire le coût du cumul emploi-retraite pour les finances publiques.
  • Rendre obligatoires les contrôles de cumuls d’emplois dans la fonction publique hospitalière.
  • Clarifier le régime juridique des contrats de vacataires.
  • Prévoir un plafonnement global des rémunérations des intérimaires paramédicaux (incluant frais de gestion).
  • Renforcer la lutte contre les fraudes estimée à 4,5 milliards, notamment :
    • les pensions de retraite versées à l’étranger ;
    • le recouvrement des indus au sein de la sécurité sociale.
  • Préparer un programme pluriannuel de maîtrise des dépenses de l’Ondam, incluant :
    • Développement de la prévention en santé
    • Réorganisation de l’offre de soins
    • Partage des efforts entre les acteurs du système de santé.
Lire le rapport complet