All Posts By

Olivier Debeney

linkedin-terrain-de-jeu-de-nombreux-services-de-renseignement

LinkedIn, terrain de jeu de nombreux services de renseignement

By Numérique, Travaux des adhérents

– par Maëlys Gery, membre du CRSI

L’utilisation des réseaux sociaux grand public, et particulièrement de LinkedIn, par les services de renseignement étrangers (notamment chinois) marque un tournant dans les méthodes d’ingérence. Ce qui était autrefois un espace de réseautage professionnel « ennuyeux » est devenu un vivier stratégique pour le recrutement d’agents et le vol de données.

LA VULNÉRABILITÉ STRUCTURELLE DES RÉSEAUX PROFESSIONNELS

LinkedIn offre une transparence paradoxalement dangereuse pour les organisations sensibles :

  • Cartographie en temps réel : La précision des profils permet aux services étrangers de reconstituer l’organigramme complet d’une administration ou d’une entreprise stratégique.
  •  Ciblage psychologique : Les agents repèrent facilement les profils vulnérables, tels que les employés en quête de reconnaissance, les fonctionnaires frustrés par leur carrière ou les individus ayant des besoins financiers.
  • L’usurpation d’identité : l’usage de « faux profils » de hauts dirigeants permet d’approcher des homologues en message privé pour extraire des informations confidentielles sous couvert de confraternité.

 LE MODE OPÉRATOIRE DE L’APPROCHE VIRTUELLE AU RECRUTEMENT RÉEL

Le renseignement chinois a mis au point un processus de recrutement par étapes, particulièrement visible en République tchèque (rapport du BIS) et aux États-Unis :

  • Couverture professionnelle : Création de profils de « chasseurs de têtes » ou de « cabinets de conseil » basés à Singapour ou Hong Kong.
  • L’appât académique et financier : Des universitaires sont sollicités pour rédiger des rapports rémunérés. Ce qui semble être une mission légitime sert de « test » avant d’exiger des informations non publiques.
  •  La phase de « consolidation » : Les cibles sont invitées en Chine lors de voyages tous frais payés. Ces séjours visent à créer un lien de dépendance et un sentiment d’engagement envers les intérêts chinois.

UNE MENACE GLOBALE ET D’ENVERGURE ( ÉTATS-UNIS,FRANCE,EUROPE)

Le phénomène n’est plus marginal mais constitue une opération systémique :

  • En France : Une note commune de la DGSI et de la DGSE révèle que plus de 4 000 cadres de grandes entreprises françaises ont été ciblés.
  • Aux États-Unis : Des cas de corruption de fonctionnaires via LinkedIn ont été confirmés par le contre-espionnage et documentés par des enquêtes de presse (CNBC).
  • Objectif géopolitique : Au-delà du simple vol de propriété intellectuelle, ces manœuvres visent à asseoir la Chine comme première puissance économique mondiale et à affaiblir l’influence des pays du G7.

LE FOCUS NATIONAL: LA FRANCE FACE À L’INGÉRENCE NUMÉRIQUE 

L’alerte lancée par les services français souligne que l’Hexagone est une cible prioritaire, notamment en raison de son excellence dans les secteurs de la défense, de l’aérospatiale, de l’énergie et du luxe.

SECTEURS ET PROFILS PARTICULIÈREMENT VISÉS EN FRANCE

  • Les hauts fonctionnaires et contractuels : possédant des clés de compréhension sur les politiques publiques ou les régulations à venir.
  •  Les cadres de la « Base Industrielle et Technologique de Défense » (BITD) : Détenteurs de secrets technologiques et de propriété intellectuelle.
  • Les jeunes diplômés de grandes écoles : ciblés dès le début de leur carrière pour leur potentiel futur (stratégie du « pari sur l’avenir »).

LES PRÉCONISATIONS DE LA DGSI POUR LES COLLABORATEURS

Pour contrer cette « opération d’envergure », les services de renseignement français diffusent des conseils de vigilance spécifiques :

  • Vérification de l’identité numérique : se méfier des profils trop parfaits ou « trop beaux pour être vrais » (photos générées par IA, parcours académique prestigieux mais sans recommandations réelles).
  • Vérifier si le recruteur appartient réellement à l’entreprise citée via un canal tiers (site officiel, standard téléphonique).
  • La règle de la « discrétion numérique » : éviter de mentionner sur son profil des détails trop précis sur des projets classifiés ou des technologies sensibles.
  • Limiter la visibilité de son réseau : les agents étrangers utilisent votre liste de contacts pour identifier qui travaille avec qui (cartographie de l’influence).

Détection du « signal d’alerte » (Red Flag) : toute proposition de rémunération excessive pour une note de synthèse ou une simple « consultation » doit être considérée comme suspecte et toute invitation à poursuivre la conversation sur des messageries cryptées (WhatsApp, WeChat, Signal) dès le premier contact est un marqueur fort de la méthode chinoise.

romans sur isère

Conférence à Romans-sur-Isère

By Dernièrement

Conférence du CRSI à Romans-sur-Isère : les enjeux de sécurité pour la France

Le mardi 31 mars 2026, Thibault de Montbrial, président du Centre de Réflexion sur la Sécurité Intérieure (CRSI), était invité à intervenir à Romans-sur-Isère pour une conférence consacrée aux enjeux de sécurité auxquels la France est aujourd’hui confrontée.

Organisée à la salle Jean Vilar par l’ANM-ONM et les équipes de Fabienne Viallet Degand, vice-présidente chargée de la section de la Drôme de l’association régionale Région lyonnaise des auditeurs de l’IHEDN, la rencontre a réuni près de 150 participants venus assister à cette conférence intitulée : « Sécurité : quels enjeux pour la France ? ».

Une mobilisation locale autour des questions de sécurité

La soirée s’est ouverte par un mot d’accueil de Marie-Hélène Thoraval, maire de Romans-sur-Isère, qui a tenu à rappeler l’importance de ces échanges publics autour des questions de sécurité et de cohésion nationale.

David Yendt, président de l’association régionale, a ensuite prononcé un mot introductif, soulignant l’intérêt de ces rencontres pour nourrir la réflexion collective sur les défis contemporains auxquels la France est confrontée.

Une analyse des fragilités sécuritaires actuelles

Lors de son intervention, Thibault de Montbrial a proposé une analyse des grandes évolutions du contexte sécuritaire français, en revenant notamment sur les dynamiques de violence, les fragilités institutionnelles et les défis posés à l’État dans l’exercice de ses missions régaliennes.

La conférence a également permis d’aborder les transformations profondes que connaît la société française et leurs implications pour la sécurité intérieure.

Des échanges nourris avec le public

La conférence s’est conclue par un temps d’échange avec les participants, permettant de prolonger la réflexion et d’aborder de nombreuses questions soulevées par l’actualité sécuritaire.

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des déplacements réguliers du CRSI en région, qui visent à favoriser le débat public et à diffuser plus largement les travaux du Centre sur les enjeux de sécurité.

31 mars (2)

LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ : « Les villes moyennes subissent les « queues de comètes » du crime organisé »

By Ils en parlent !

Thibault de Montbrial, le 31 mars à Romans-sur-Isère

À l’invitation des auditeurs de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et du Centre de réflexion sur la Sécurité Intérieure (CRSI) qu’il préside, l’avocat pénaliste Thibault de Montbrial sera à Romans-sur-Isère ce mardi 31 mars pour une conférence sur la sécurité intérieure en France en 2026. Entretien.

Lire l’article

Télécharger l’article

Plaidoirie_Rurale

Plaidoirie rurale

By Travaux des adhérents

– par H., adhérente CRSI.

 

Aviez-vous déjà imaginé que le modèle agricole fût au cœur de notre sécurité intérieure ?

Le monde rural se porte mal, comme le reste me direz-vous…

L’épisode de Noël dernier lié à la dermatose nodulaire contagieuse des bovins, ou DNC, fut une injection de rappel à un constat établi depuis longtemps. Oublions-nous que nous « fêtons » les trente ans de la crise dite de la vache folle qui fut certainement une des plus grandes crises agricoles et agroalimentaires de notre époque ? Au plan mondial, la France est « médaille d’argent » pour le nombre de cas humains décédés du vMJC*, bel exploit…

Nous demandons à ceux qui nous nourrissent encore, mais pour combien de temps, de produire de meilleure qualité, avec un coût minimum, en utilisant le moins possible d’intrants.

Autour d’eux, un pont entre l’Etat et les éleveurs : les vétérinaires. Ils furent eux aussi, et malgré eux, au centre de cette récente crise dite de la DNC, mais cette fois-ci beaucoup plus violemment que lors des précédentes. Coiffés de leur casquette sanitaire, qu’ils ne peuvent discuter sans perdre une très grande partie de leur activité, les vétérinaires ruraux ont à la fois euthanasié des milliers de bovins et vacciné presque deux millions d’autres, le tout en quelques semaines.

Etre étonnée d’apprendre que ces délégués de mission étatique ne sont pas encore rétribués, à l’heure où j’écris ces lignes, est un euphémisme (1). Le 19 février dernier, la ministre de l’Agriculture avait sur son bureau une lettre signée d’organisations vétérinaires expliquant les conséquences du règlement trop tardif de ces missions jugées pourtant urgentes. L’Etat, lui, ne donne pas souvent de délai pour le paiement des charges sociales.

Circuit dysfonctionnel

Au-delà des difficultés financières qu’ont pu rencontrer ces praticiens, le retard de paiement semble un déni de reconnaissance de leur mission sanitaire accomplie en temps et en heure, mais aussi un déni de connaissance des entreprises du monde rural dont l’équilibre économique reste fragile. Oublions-nous que les cliniques vétérinaires sont garantes d’un pan entier de notre sécurité sanitaire ?

Il est vrai que cette vaccination, utile pour protéger les bovins d’une maladie jusqu’ici inconnue en Métropole, a coûté cher à la collectivité, déjà fauchée, et aux exportations de bovins, du fait de règles sanitaires européennes, fragilisant là-aussi des élevages pris entre deux feux (2). L’Europe a vu la réalité de ses anciennes frontières se reconstituer instantanément…

Peut-être y aurait-il eu moins de réticences de la part des éleveurs français si tous leurs jeunes bovins étaient encore engraissés, encore abattus et encore consommés en France ?  Notre pays est, en effet, le principal exportateur de broutards pour l’UE, les animaux naissent en France, mais sont engraissés, abattus et consommés principalement en Italie (3). Ce circuit est-il cohérent avec le bien-être animal, avec la nécessaire parcimonie énergétique demandée systématiquement par ailleurs, avec la préservation d’emplois nationaux ? La France pourrait être presque autosuffisante en viande bovine si elle n’exportait pas. Conséquence : elle en importe ! Et le quota de bœuf australien vient d’être multiplié par dix pour la décennie à venir… Ces animaux, s’ils sont nourris à l’herbe, seront même exemptés de droits de douane ! (4)

Des vaches, des passoires, des frontières

Quand on voit la paperasserie qui concerne nos terres en jachère (5), cherchons l’erreur ! Alors qu’un pâturage bien conduit participe à la diminution des traitements herbicides, à une diminution de production de gaz à effets de serre et économise de l’énergie, le tout en favorisant la biodiversité (6, 7). Le bon sens près de chez vous n’est plus à l’ordre du jour.

Sont-ce ces allées et venues de bovins qui sont à l’origine de la crise dite de la DNC ? Le bovin contaminé et importé en France n’a toujours pas été précisément identifié (8). Il vient d’Italie… Nos frontières sont des passoires aussi bien pour les migrants africains que pour les vaches transalpines. 

Lente dérive rurale qui s’ajoute à la montée du chaos urbain. La mauvaise orientation des choix de production aurait pu faire basculer une région entière dans une quasi révolte lors de cette crise sanitaire. Tout semblerait à revoir et rien ne devrait être juste effleuré lors d’une crise. Pour la première fois depuis cinquante ans, le France enregistre en 2025 un déficit commercial des productions agricoles et alimentaires (9). Causes à effets ?

Sans identification complète de tous les risques encourus, sans réelles politiques adaptées pour y faire face, l’histoire se répètera inévitablement car la mondialisation, et surtout celle de produits vivants, animaux ou végétaux, concourt forcément à la dissémination d’agents pathogènes (10). Le prochain visiteur sera peut-être zoonotique…

Ainsi notre modèle agricole, notre commerce de produits alimentaires ont tout à voir avec notre sécurité intérieure.

Les différentes crises concernant la viande l’ont montré. Cependant, les microbes ne sont pas responsables de tout. Nos réactions face à eux importent tellement plus. Pensons-y vraiment !

 

« La peur est capable de tout, et elle tue sans pitié. »**

« Sans pitié » serait, si vous le souhaitez, mon prochain sujet qui lie bien-être animal et sécurité intérieure.

*  vMJC = nouvelle forme variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Pour en savoir plus : https://www.depecheveterinaire.com/maladie-de-la-vache-folle-il-y-a-trente-ans-chronique-de-plusieurs-crises-sanitaires_679C50863E6FAC6D.html

** Le Hussard sur le toit, Jean Giono.

 

SOURCES :

(1) https://www.depecheveterinaire.com/missions-sanitaires-les-representants-veterinaires-alertent-sur-les-delais-de-paiement-excessifs-prejudiciables-a-un-engagement-durable_679A52863E6FAC6D.html

(2) https://agriculture.gouv.fr/dermatose-nodulaire-contagieuse-des-bovins-dnc-point-de-situation – section-4

(3)https://www.franceagrimer.fr/sites/default/files/rdd/documents/20240110_FICHE_FILIERE_BOVINE_2024_2.pdf

(4) https://www.lefigaro.fr/conjoncture/l-australie-et-l-union-europeenne-signent-un-vaste-accord-de-libre-echange-20260324

(5) https://www.allier.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Agriculture-foret-et-developpement-rural/PAC-Politique-Agricole-Commune/PAC-2025/Les-regles-relatives-aux-jacheres

(6) https://vienne.chambres-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/250_chambre_dagriculture_de_la_vienne/Documents/Ameliorer_sa_technique_et_innover/Productions_animales/Bovin_viande/Augmenter_le_paturage_CA_79.pdf

(7) https://www.agrireseau.net/documents/Document_117895.pdf

(8) vidéo de la chaine du Sénat https://www.youtube.com/watch?v=3NcC4fsLykw

(9) https://www.insee.fr/fr/statistiques/8684397?sommaire=8684437

(10) https://www.depecheveterinaire.com/premiers-cas-de-fco-et-de-maladie-de-schmallenberg-aux-pays-bas-en-2006-des-culicoides-transportes-avec-des-fleurs_679850823A6BA869.html

 

LE POINT : « L’Iran se dirige vers une défaite non seulement militaire, mais aussi politique »

By Ils en parlent !

L’Iran a, sans grande surprise, rejeté le plan de paix en 15 points proposé par Donald Trump. Pour « Le Point », le géopolitologue Frédéric Encel analyse les enjeux et conséquences de ce refus.

Téhéran a tranché : la paix au Moyen-Orient n’aura pas lieu. Du moins, pas selon les termes de Donald Trump. Plus tôt dans la journée, le président des États-Unis a proposé au régime iranien un accord en quinze points par l’intermédiaire du Pakistan. Un tiers de ce « deal » concernait le programme nucléaire du régime des Mollahs, exigeant notamment le renoncement à toute ambition militaire nucléaire – soit le démantèlement d’infrastructures sensibles et la remise aux États-Unis de l’ensemble des stocks d’uranium enrichi.

ECR_25 mars_TDM

Intervention au Parlement européen : réflexions sur les risques de fragmentation en Europe

By Dernièrement

Le mercredi 25 mars 2026, Thibault de Montbrial, président du Centre de Réflexion sur la Sécurité Intérieure (CRSI), est intervenu au Parlement européen à Bruxelles dans le cadre d’une conférence consacrée aux risques de fragmentation interne en Europe.

Organisée par les députés européens Charlie Weimers et Marion Maréchal, cette rencontre a réuni plusieurs experts internationaux autour du thème : « Civil war – Europe at risk ».

Un débat européen sur les fragilités contemporaines

Les échanges ont permis d’aborder, sous différents angles nationaux, les tensions susceptibles d’affecter la cohésion des sociétés européennes. Plusieurs universitaires et analystes sont intervenus, notamment le professeur David Betz (Royaume-Uni), le Dr Ralph Schoellhammer (Autriche/Allemagne) et le Dr Eoin Lenihan (Irlande), apportant chacun un éclairage spécifique sur leur aire géographique.

Dans ce cadre, Thibault de Montbrial a présenté une analyse centrée sur la situation française, en mettant en perspective les dynamiques sécuritaires, sociales et institutionnelles observées ces dernières années.

Une approche comparative et stratégique

La conférence s’est structurée autour de deux tables rondes thématiques, suivies d’un temps d’échange entre intervenants et organisateurs. Les discussions ont porté sur les facteurs de fragilisation des sociétés européennes, les risques de tensions internes et les conditions nécessaires au maintien de la stabilité.

L’approche comparative adoptée a permis de confronter les réalités nationales, tout en faisant émerger des préoccupations communes à plusieurs États membres de l’Union européenne.

Le CRSI engagé dans le débat européen

Cette intervention s’inscrit dans la volonté du CRSI de contribuer activement aux réflexions sur les enjeux de sécurité, tant au niveau national qu’européen. Elle témoigne également de la reconnaissance de l’expertise française dans les débats stratégiques internationaux.

À l’issue de la conférence, les intervenants ont poursuivi leurs échanges dans un cadre plus informel avec plusieurs acteurs institutionnels et médiatiques.

 

l’ia dans tous ses états crsi

La cybersécurité comme impératif stratégique et pilier de la résilience institutionnelle

By Travaux des adhérents

– par Guillaume FAURE et Grégory ROURES, membre du CRSI Occitanie

Dans un paysage numérique en constante mutation, la sécurité des systèmes d’information n’est plus une simple variable technique relevant des directions informatiques : elle s’impose désormais comme un choix stratégique majeur, indispensable à la pérennité de toute organisation.

Les données récentes confirment l’ampleur de la menace. En 2024, le nombre de cyberattaques est estimé à environ 385 000, touchant de plein fouet les structures les plus fragiles, au premier rang desquelles les TPE, PME et ETI, qui représentent 37 % des victimes. Cette pression constante s’exerce également sur les collectivités territoriales et les établissements de santé, illustrant une délinquance numérique sans frontière sectorielle.

L’analyse de l’état de la menace montre que la vulnérabilité n’est pas seulement technologique, mais avant tout humaine. Le phishing, ou hameçonnage, demeure le mode opératoire privilégié dans 73 % des attaques, exploitant avec efficacité la confiance, la distraction ou l’inattention des agents. Qu’il s’agisse de l’arnaque au président, qui frappe près de 6 000 entreprises chaque mois, ou de formes plus sophistiquées d’ingénierie sociale, les attaquants s’appuient systématiquement sur le facteur humain, considéré comme le maillon faible de la chaîne de sécurité.

L’émergence du Cybercrime as a Service (CaaS) a d’ailleurs industrialisé ces pratiques. Des acteurs malveillants peuvent désormais louer sur le dark web des outils d’attaque sophistiqués, ce qui multiplie les campagnes d’extorsion par rançongiciel et abaisse fortement le niveau d’expertise requis pour lancer une offensive cyber.

Face à ce constat, le coût de l’inaction devient prohibitif. L’impact financier moyen d’un incident cyber est aujourd’hui évalué à plus de 58 000 euros, tandis qu’une violation de données majeure peut atteindre plusieurs millions d’euros, parfois bien au-delà de 3,8 millions selon la nature de l’incident et la taille de l’organisation. Au-delà de la perte immédiate, c’est parfois la survie même de l’entité qui est en jeu : 60 % des PME victimes d’une attaque d’envergure déposeraient le bilan dans les dix-huit mois qui suivent.

À l’échelle mondiale, la cybercriminalité génère des revenus annuels vertigineux de 1 280 milliards de dollars, s’imposant comme l’une des économies les plus lucratives du monde numérique. Pourtant, la réponse judiciaire reste confrontée à d’immenses difficultés, avec une probabilité de traduction des auteurs en justice estimée à seulement 0,05 %.

Dès lors, la cybersécurité doit être abordée sous l’angle de la GRC : Gouvernance, Risques et Conformité. Il ne s’agit plus de considérer la sécurité informatique comme une dépense, mais comme un investissement indispensable à la résilience de l’organisation.

Cette approche suppose une implication réelle et constante des comités de direction. La gouvernance doit fixer une orientation stratégique alignée sur les objectifs métiers, tandis que le management de la sécurité de l’information, souvent appuyé par des standards comme l’ISO 27001, assure la mise en œuvre de politiques de prévention, de contrôle et d’évaluation des risques. Cela implique de passer d’une posture réactive à une culture de la vigilance, dans laquelle chaque collaborateur devient un acteur de la défense collective.

L’émergence de l’intelligence artificielle bouleverse aujourd’hui cet équilibre, en apportant à la fois des opportunités inédites et des risques nouveaux. Si 77 % des entreprises ont déjà intégré l’IA générative dans leur arsenal de cyberdéfense afin d’améliorer leur rapidité opérationnelle, les attaquants exploitent eux aussi ces technologies pour concevoir des malwares polymorphes et des campagnes de phishing hyper-personnalisées à grande échelle.

Le phénomène du Shadow AI, où 18 % des employés admettent saisir des données confidentielles dans des IA publiques sans autorisation, crée de nouvelles brèches de sécurité qu’il devient urgent de combler. La route vers la résilience en 2026 passe donc par une sécurisation stricte des usages de l’IA, ainsi que par le maintien impératif de “l’humain dans la boucle” afin de limiter les biais, les erreurs et les hallucinations des systèmes automatisés.

La maturité cyber d’une organisation ne s’acquiert pas par l’accumulation d’outils technologiques, mais par une amélioration continue de l’hygiène informatique et par une sensibilisation constante des équipes. À ce titre, le recours aux dispositifs proposés par l’ANSSI pour évaluer son niveau de préparation constitue une étape cruciale pour identifier ses vulnérabilités et hiérarchiser ses priorités de protection.

En pratique, cette démarche doit s’accompagner de mesures concrètes : authentification multifacteur, mises à jour régulières, gestion rigoureuse des accès, sauvegardes isolées, plan de réponse à incident, exercices de crise et campagnes de sensibilisation au phishing. C’est en combinant gouvernance, prévention et réaction que l’organisation peut réellement renforcer sa capacité de résistance face aux attaques.

En définitive, la sécurité est un processus dynamique qui exige du temps, des moyens et un engagement durable. En renforçant la confiance par la protection des données et en instaurant une culture de la vigilance face aux sollicitations numériques, l’entreprise ne protège pas seulement ses actifs : elle garantit aussi sa crédibilité, sa continuité d’activité et sa place dans une économie numérique mondiale où la sécurité est devenue le socle de toute relation durable.

La Gendarmerie nationale, à travers ses sections opérationnelles de lutte contre les cybermenaces, accompagne ce mouvement de sécurisation et rappelle que, dans ce combat pour la souveraineté numérique, nous sommes tous, par nécessité, acteurs.

En conclusion, la cybersécurité ne peut plus être reléguée au rang de simple défi technique : elle s’impose comme un pilier stratégique de la pérennité des organisations face à une menace massive, industrialisée et en constante évolution. Alors que l’humain demeure le maillon faible privilégié par les attaquants, l’émergence de l’intelligence artificielle complexifie encore l’équation en automatisant et en personnalisant les offensives.

Pour survivre dans cet écosystème hostile où l’inaction devient financièrement fatale, les organisations doivent impérativement adopter une gouvernance proactive fondée sur la culture de la vigilance, la conformité et l’hygiène informatique. En transformant la sécurité en investissement résilient plutôt qu’en simple dépense, elles protègent non seulement leurs actifs, mais préservent aussi leur souveraineté, leur continuité et leur crédibilité.

 

Lexique de cybersécurité

  • ANSSI : Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information – organisme français chargé de la cybersécurité.
  • CaaS (Cybercrime as a Service) : modèle commercial où des cybercriminels louent des outils ou services d’attaque à d’autres acteurs malveillants.
  • Chiffres clés : statistiques ou données utilisées pour illustrer l’ampleur des cyberattaques (ex : 385 000 attaques estimées en 2024).
  • GRC (Gouvernance, Risques, Conformité) : approche stratégique intégrant la gouvernance de la sécurité, l’identification des risques et le respect des normes réglementaires.
  • Hygiène informatique : ensemble des pratiques visant à réduire les vulnérabilités informatiques (mises à jour, sauvegardes, gestion des accès…).
  • Hameçonnage / Phishing : technique de fraude visant à obtenir des informations confidentielles en se faisant passer pour une entité légitime.
  • IA (Intelligence Artificielle) : systèmes informatiques capables de simuler des capacités cognitives humaines, y compris l’apprentissage automatique.
  • IA générative : type d’IA capable de créer du contenu nouveau (texte, image, code, etc.).
  • Shadow AI : usage d’IA non autorisé par les services IT ou la direction, souvent via des services publics accessibles en ligne.
  • Ingénierie sociale : techniques manipulant les comportements humains pour obtenir des informations confidentielles.
  • ISO 27001 : norme internationale définissant les exigences pour un système de management de la sécurité de l’information.
  • Rançongiciel / Ransomware : logiciel malveillant bloquant l’accès aux données et demandant une rançon pour les restituer.
  • Arnaque au président / CEO fraud : type de phishing ciblant la direction d’une entreprise pour détourner des fonds.
  • Maillon faible : élément vulnérable dans un système de sécurité, souvent le facteur humain.
  • Plan de réponse à incident (PRI) : procédure permettant de gérer efficacement les incidents de sécurité.
  • Plan de continuité / reprise d’activité (PCA/PRA) : dispositif garantissant le fonctionnement ou le redémarrage d’une organisation après un incident majeur.
FBB-dessin-lefigaro

LE FIGARO : « Pourquoi la stratégie du “parasitisme de couvée” se retournera contre LFI »

By Ils en parlent !

La tribune de Florence Bergeaud-Blackler dans le Figaro

L’élection de David Guiraud à Roubaix est le résultat d’une stratégie assumée : faire du vote communautaire un levier politique, analyse l’anthropologue. Mais LFI ne pourra échapper à son destin de n’être que le nid d’une couvée qui n’est pas la sienne.

À Roubaix, un député de La France insoumise vient d’être élu avec 55 % des suffrages, porté en grande partie par le vote de la communauté musulmane. Ce résultat est l’aboutissement de deux dynamiques : d’un côté, un clientélisme de tous les partis traditionnels qui ont rivalisé de gestes de complaisance envers l’islam pour séduire un « vote musulman » ; de l’autre, la stratégie assumée de LFI, seule formation à avoir fait du vote communautaire de la « nouvelle France » un levier politique. Au final, presque tous les partis ont contribué à créer les conditions du succès de la stratégie du « coucou » des Frères musulmans.

Dans le Nord, à Roubaix, à Tourcoing, à Denain ou à Maubeuge, aucun candidat ne peut raisonnablement prétendre à la victoire…

Lire la suite