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Olivier Debeney

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Lettre ouverte aux forces de l’ordre

By Sécurité/Justice

Par Yves GARREC, adhérent du CRSI

Lettre ouverte aux forces de l’ordre : « le rapport exécrable qui s’est établi entre le peuple français et la police doit cesser »

L’auteur de cette lettre précise que malgré la date de rédaction (2019), le contenu de la lettre correspond tout à fait au contexte actuel. 

Messieurs les gendarmes, les CRS, les forces mobiles et autres policiers, 

Je suis un responsable GILET JAUNE pour la simple raison que, comme chacun de nous, je suis un GILET JAUNE responsable … rien de plus … autant vous dire que je n’ai aucun pouvoir ni d’organisation, ni de commandement sur quiconque …
Pas plus que je ne suis le porte-parole de qui que ce soit.
D’être le mien me suffit amplement. 
Mes mains n’ont jamais tenu ni pavés, ni boules de pétanque, ni boulons, ni marteaux à destination des forces de l’ordre.
J’en fais un tout autre usage … plus approprié.
Jamais je n’ai proféré la moindre insulte à l’adresse des policiers.
Je ne suis pas un anti-flic viscéral, malade de son complexe d’Œdipe mal résolu. 
Je n’ai jamais cassé la moindre vitrine, ni détérioré le moindre monument public.
Et ce n’est pas demain la veille. 
Je vous passe la suite …
Le rapport exécrable qui s’est établi entre le peuple français et la police doit cesser…
Le plutôt sera le mieux.
Avant que des catastrophes plus graves encore ne surviennent.
Vous allez vous dire : « tiens un gilet jaune qui a décoloré son veston. »
Vous vous trompez.
Je ne suis pas de ceux qui s’interrogent sur l’opportunité de changer de nom ou de couleur.
Je suis Gilet Jaune à vie. 
Je suis un père tranquille et jamais il ne me serait venu à l’idée de prendre l’initiative d’occuper les ronds-points … jamais.
Pourtant je ne peux vous dire l’immensité du soulagement qui a été le mien à la vue de la réaction de ce petit peuple … Il faut comprendre … c’est de là que je viens. Il m’a fait naître, élevé, nourri comme il a pu …
Nous étions très pauvres …
Il m’a permis de faire des études dans des conditions d’une précarité indescriptible.
Je n’étais donc pas le seul à ressentir ce sentiment de révolte devant les propos méprisants et arrogants du président de notre pauvre république. 
D’ailleurs est-elle encore la nôtre ?
Monsieur le président vous avez mis mon pays à feu et à sang.
Votre quinquennat est la pire chose qu’il ait pu lui advenir depuis la guerre de 1940 …
Un immense malheur …
Pourtant j’en ai vu des présidents de la République … depuis Vincent AURIOL.
Monsieur le président vous faites de beaux discours sur la France.
Cependant vous la méconnaissez.
Au fond vous êtes un ignorant qui fait le savant.
Vos discours ne sont rien d’autre que du papier mâché. 
Une police est nécessaire dans un pays … 

MAIS IL CONVIENT DE RAPPELER CERTAINS PRINCIPES 

Premier point

Il n’y a pas de violence légitime d’où qu’elle vienne.
Nous sommes des êtres parlants : « Le premier homme qui a lancé une injure au lieu de lancer une pierre a inventé la civilisation », disait Freud.
Le fait de conférer une violence légitime à quiconque ne peut que le pousser à la tentation de passer outre cette étape première du langage et à faire usage immédiatement de la force et de la violence … impunément ?
J’ai fait énormément de manifestations du samedi … je l’ai vu de mes yeux …
Ce n’est pas la peine de me raconter des histoires. Il n’y a pas de violence légitime …
La seule qui puisse s’entendre consiste en la légitime défense … concept très difficile à apprécier en situation …
Pourquoi serait-on plus coulant et moins regardant pour un policier sur ce dernier point. 

Deuxième point

Porter un uniforme de policier n’est pas un permis de battre, de violenter, d’estropier, d’insulter etc.
Porter une arme à sa ceinture ne constitue aucunement un permis de chasse … un permis de tuer.
C’est vrai ça peut être excitant en tout ça pour certains.
J’en soupçonne que j’ai vu à l’œuvre dans les manifs d’avoir dans la bouche le goût du sang …
Jamais je ne généraliserai cela à tous les éléments de police. 
Lorsqu’un terroriste, un couteau à la main se trouve entouré d’une vingtaine de policiers armés jusqu’aux dents, peut-être est-ce excessif de le cribler d’une vingtaine de projectiles.
Peut-être peut-on le maîtriser en lui laissant la vie sauve. 
La peine de mort est interdite dans mon pays … que je sache …
Et serait-elle encore en vigueur, ce ne serait l’apanage d’aucun des citoyens d’en décider et de la mettre à exécution.
Ces citoyens fussent-ils des policiers.
La loi est la même pour tous … même les pires d’entre nous méritent de profiter de sa protection.
La loi n’est pas qu’une contrainte, elle est aussi ce qui nous protège et définit nos droits  

Troisième point

Les prérogatives de la police ne l’autorisent ni à rendre la justice … encore moins à se faire justice … ni à punir d’aucune façon. Nous avons une institution judiciaire dont c’est le travail.
Respectons la séparation des pouvoirs. 

Quatrième point

Les revendications pour plus de justice sociale et un degré supérieur de civilisation ou de société sous forme de manifestation ne relèvent pas de la délinquance.
Elles ne prennent cette forme que lorsque le pouvoir politique en place sert des intérêts antagonistes … voire réactionnaires … que lorsqu’il est sourd à toute écoute, à toute négociation.
La violence n’apparaît que lorsque la parole et le langage sont rendus inopérants.  

Cinquième point

Je sais que je vais faire bondir certains de mes petits camarades.
J’ai échangé en marge des manifestations avec bon nombre de policiers gendarmes et autres …
Je vais vous dire je les plains …
Mais dans quel pétrin sont-ils ?
Notre président les utilise comme des pions.
La violence dans les manifestations vient très souvent des ordres qui leur sont donnés.
Combien de fois, à peine avions nous entamé une manifestation que les coups et les grenades pleuvaient ?
Combien de fois les forces dites de l’ordre l’ont été de l’ordre que l’on leur donnait : Casser du Gilet Jaune ?
Combien de fois à cause de ces ordres se sont-elles comportées en force du désordre ?
J’entends souvent cette plainte proférée par certains politiques ou politologues y compris par certains policiers : « Autrefois c’était bien on avait peur de la police ». Autrefois je ne craignais pas la police.
Actuellement je vais aux manifestations la peur au ventre.
Je me méfie …
Je me méfie parce que je ne sais pas sur qui je vais tomber.
Je sais que certains de ces hommes sont dans la toute-puissance.
Après ce que j’ai vu et vécu dans les manifs, je sais que je peux faire de très mauvaises rencontres.
J’en ai fait pourtant d’excellentes parmi ces hommes et ces femmes en uniforme. Lorsque j’entends que la problématique relèverait de la formation, ou du nombre, ou de la qualité de l’outillage répressif, je suis vraiment ébahi.
Le problème de la police est un problème politique.
Le travail d’un policier n’est pas de se substituer à celui de la justice certes … mais on ne peut non plus lui demander de palier à l’incurie des hommes et femmes politiques au pouvoir auxquels incombe précisément la résolution des problèmes économiques et sociaux du pays … responsabilité qu’ils ont réclamée à cor et à cri.  

«  À L’IMPOSSIBLE NUL N’EST TENU. SI VOUS NE SAVEZ PAS FAIRE LAISSEZ LA PLACE. » 

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Projet de loi RIPOST : de quoi on parle ?

By Sécurité/Justice

Par Salomé Bessonnet Lelievre,  Jeunes CRSI

Le ministère de l’Intérieur a présenté en mars 2026, le dossier de presse du projet de loi RIPOST (Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l’ordre public, la Sécurité et la Tranquillité de nos concitoyens). Ce texte vise à combler certains vides juridiques face à des actes de délinquance ciblés.

Mesures d’ordre public

Squats et baux touristiques

  • Le texte étend la loi Kasbarian de 2023 pour inclure les squatteurs qui se maintiennent dans un logement de manière illégale après y être entrés légalement (exemple : via un bail de courte durée/meublé touristique).
  • Le préfet pourra prononcer une évacuation rapide pour abus de confiance.

Lutte contre les stupéfiants (responsabilisation des consommateurs)

  • Augmentation de l’amende forfaitaire délictuelle : elle passe de 200€ à 500€.
  • Suspension du permis de conduire ou du permis bateau (jusqu’à 3 ans) pour les personnes condamnées pour usage ou détention.

Rodéos motorisés

  • Création d’une amende forfaitaire délictuelle de 800€ payable sur-le-champ.
  • Possibilité d’une interdiction administrative de conduire tout véhicule à moteur (même sans permis) et confiscation du véhicule en cas de simple refus d’obtempérer.
  • Blocage du transfert du certificat d’immatriculation pour empêcher la revente du véhicule incriminé.

Protoxyde d’azote

  • L’inhalation hors cadre médical devient un délit : 1 an de prison, 3 750€ d’amende, ou amende forfaitaire de 200€.
  • La vente est strictement encadrée : interdiction de vente la nuit, peines allant jusqu’à 6 mois de prison et 7 500€ d’amende en cas de vente illégale, fermeture administrative des commerces.
  • Création de délits spécifiques pour le transport sans motif légitime et la conduite sous l’emprise de cette substance.

Mortiers d’artifice

  • La détention, le transport ou l’acquisition sans motif légitime sont punis de 3 ans de prison (5 ans si utilisation pour dégradation).
  • Fermetures administratives des commerces vendant ces produits illicitement et confiscation par les préfets en cas d’usage non professionnel.

Sécurité événementielle (rave parties et stades)

  • L’organisation d’une rave party non déclarée devient un délit passible de 2 ans de prison et 30 000€ d’amende, avec placement possible en garde à vue immédiate et comparution immédiate.
  • Les participants pourront désormais être sanctionnés pénalement via une amende forfaitaire de 300€.
  • Saisie et confiscation du matériel sonore et des véhicules.
  • Renforcement des interdictions administratives de stade (IAS) portées à une durée maximale de 24 mois.
  • Élargissement du champ d’application de l’IAS : applicable 24h avant et après une rencontre, et étendue en dehors des stades (lieux de rassemblement), avec application possible en cas d’incitation à la haine ou à la discrimination

Lutte contre la criminalité organisée

  • Fouilles de coffres et de bagages autorisées en zone frontalière sans réquisition, pour lutter contre l’entrée d’armes et de drogues.
  • Allongement de la garde à vue jusqu’à 72 heures pour les affaires liées à la criminalité organisée financière.
  • Possibilité de recourir aux techniques spéciales d’enquête pour démanteler les trafics de médicaments.
  • Transmission facilitée d’éléments judiciaires par les procureurs (même non spécialisés) aux services de renseignement

Sécurité privée

  • Agents de sécurité privée : possibilité d’inspecter visuellement les coffres de véhicules lors de grands événements ou avec l’autorisation du préfet ; recours autorisé aux caméras piétons (également étendu aux douaniers).
  • Agents de Police Judiciaire (APJ) : élargissement de leurs capacités d’intervention pour les premières constatations et actes d’enquête, afin de soulager les OPJ.

Moyens technologiques et vidéoprotection

  • Vidéo-assistance : élargissement de l’expérimentation aux lieux ouverts au public en cas de menace terroriste ou d’atteinte grave aux personnes ; le texte précise qu’il ne s’agit pas de reconnaissance faciale, mais d’un outil algorithmique d’aide à la décision émettant des alertes.
  • Lecture automatisée des plaques d’immatriculation (LAPI) : autorisation étendue à de nouvelles infractions (cambriolages, escroqueries, soustractions de mineurs) avec une conservation des données fixée à une année.
  • Pseudonymisation : les enquêteurs pourront être identifiés par leur numéro d’immatriculation administrative dans les actes d’enquête pour les protéger des représailles.
JET

De l’expérimentation « JET » (1986) au programme interministériel « JET 2.0 » : une nouvelle réponse à la délinquance des mineurs

By Institutions

Par Laurent Bregeon, Christian Cuffel, Gregory Lalau, Patrick Duros et Guillaume Faure, CRSI Occitanie

Genèse et fondements du projet « JET » initial (1986 – 2000)

Le projet Jeunes en Équipes de Travail (JET) est né d’une intuition forte de l’Amiral Braque de la Perrière en 1986. À cette époque, l’armée souhaitait affirmer son rôle social et son potentiel de cohésion nationale.

Une philosophie de la « Rupture Constructive »

Le principe reposait sur le volontariat de jeunes (souvent majeurs à l’époque) issus de quartiers dits « sensibles » ou en perte totale de repères. L’idée était de les extraire de leur environnement quotidien pour les plonger dans un cadre radicalement différent :

  • L’uniforme sans distinction : les jeunes portaient une tenue réglementaire, gommant les signes d’appartenance sociale ou de marginalité, favorisant l’unité.
  • L’immersion en section : intégrés dans des structures militaires, ils étaient soumis à une discipline de fer, mais protectrice

Les piliers de la méthode JET

  • Instruction Citoyenne : réapprendre les codes de la vie en collectivité, le respect des emblèmes, de la hiérarchie et d’autrui.
  • Remise à niveau scolaire : un volet pédagogique important visait à combler les lacunes fondamentales (lecture, écriture, calcul).
  • Dépassement de soi : par le sport et les épreuves physiques, le projet visait à restaurer l’estime de soi, souvent brisée par l’échec scolaire ou social.

Le bilan historique : Succès comportemental, échec de transition

Le projet fut qualifié de réussite sur le plan de la métamorphose des individus (hygiène de vie, respect des horaires, santé). Cependant, il fut supprimé au début des années 2000 pour deux raisons majeures :

  • Le coût : un encadrement d’active 24h/24 représentait une charge budgétaire lourde pour la Défense.
  • Le « mur » civil : à la sortie, les jeunes se retrouvaient souvent démunis, les formations militaires n’étant pas toujours calquées sur les besoins du marché du travail, provoquant un risque de rechute faute de suivi (« relais » inexistant).

Proposition : Le Programme « JET 2.0 » (Mineurs 15-18 ans)

Le projet « JET 2.0 » propose de reprendre les forces du modèle initial tout en corrigeant ses faiblesses par une approche interministérielle et territoriale.

Un encadrement hiérarchisé et optimisé

Contrairement au modèle de 1986, l’encadrement repose sur une structure à deux étages :

  • La Direction (Active) : les groupes sont gérés et commandés par des gradés d’active issus de la Police Nationale, de la Gendarmerie ou des Armées ; ils garantissent l’autorité, la sécurité et la déontologie.
  • L’Exécution (Réserve) : sous leur direction, des réservistes opérationnels volontaires assurent l’encadrement direct ; ces réservistes apportent leur double compétence (expérience de l’uniforme et métier dans le civil), facilitant le rôle de modèle pour les jeunes.

Une alternative judiciaire aux CER et CEF

Ce programme cible les mineurs délinquants (15-18 ans) comme une alternative sérieuse à la prison :

  • Activités à haute valeur sociale : travaux d’intérêt général, chantiers de restauration du patrimoine, activités de protection de l’environnement.
  • Volet financier : une compensation financière peut être instaurée, indexée sur le comportement et la réussite des modules de formation, pour responsabiliser le mineur.

Vers une refonte opérationnelle de l’Ordonnance de 1945

Le projet JET 2.0 s’inscrit dans une volonté d’optimiser l’esprit de l’Ordonnance de 1945 (récemment intégrée au CJPM).

Accélération et Lisibilité

Délai de réponse : le programme JET 2.0 doit intervenir dans un délai de 1 à 3 mois après les faits ; un mineur doit être sanctionné/formé tant que l’acte commis est encore « frais » dans sa mémoire.

Fin du clivage Éducatif/Pénal : le JET 2.0 est une mesure hybride : c’est une sanction (privation de libertés classiques, discipline) qui sert l’éducation (insertion, respect).

Le chaînon manquant : le partenariat économique

Pour éviter l’écueil du projet de 1986, le JET 2.0 intègre dès le premier jour :

  • Les entrepreneurs et collectivités : ils interviennent dans le programme pour proposer des débouchés concrets.
  • La justice restaurative : inclure des rencontres avec les victimes pour que le mineur prenne conscience de la portée de ses actes, favorisant ainsi une réinsertion durable.

Conclusion

Le manque de lisibilité actuel des actions de la police, de la justice, et de la PJJ nécessite un projet fédérateur.

Au-delà de l’enjeu éducatif, le JET 2.0 s’impose comme une nécessité de sécurité nationale. Face à une délinquance qui s’affranchit des codes et des limites, la passivité ou la lenteur administrative deviennent des facteurs d’insécurité. En réaffirmant la verticalité de l’autorité par des cadres militaires et la réalité de l’engagement par les réservistes, ce programme sécurise l’avenir de nos institutions. Il offre à notre jeunesse la chance d’un sursaut avant la rupture définitive, et à nos concitoyens, la garantie d’un État qui ne renonce à aucun de ses territoires, ni à aucune de ses composantes.

Les axes d’optimisation de l’ordonnance de 1945 peuvent être analysés de la façon suivante :

  • Accélérer la procédure car la lenteur était le défaut le plus critiqué : un mineur pouvait attendre un an ou plus entre les faits et le jugement et à cet âge, le temps vécu est très dense, un délai aussi long rompt le lien entre l’acte et la conséquence. L’optimisation passe par des audiences dans un délai de 1 à 3 mois, ce que le CJPM a tenté d’instaurer avec sa procédure en deux temps.
  • Rendre les réponses pénales lisibles : l’empilement des réformes successives depuis 1945 avait rendu le droit des mineurs illisible, même pour les praticiens et une codification claire, hiérarchisant les mesures de la plus légère à la plus contraignante, était indispensable pour que le mineur, sa famille et la victime comprennent ce qui se passe.
  • Mieux individualiser la réponse : l’Ordonnance posait le principe d’individualisation, mais les moyens d’enquête sur la personnalité (bilans éducatifs, rapports sociaux) étaient souvent insuffisants ou tardifs.
    L’optimisation suppose des évaluations plus systématiques et rapides pour adapter la mesure au profil réel du jeune.
  • Dépasser l’opposition éducatif/pénal : le débat public a longtemps opposé les tenants de l’éducatif pur aux partisans d’une réponse plus répressive. Il faut alors penser des mesures hybrides comme la réparation pénale (le mineur répare concrètement le préjudice), le travail d’intérêt général adapté, ou encore les stages de citoyenneté, qui sont à la fois éducatifs et symboliquement punitifs.
  • Donner plus de place à la victime : l’Ordonnance de 1945 était centrée sur le mineur, au détriment de la victime. L’introduction de la justice restaurative, médiation, rencontre encadrée entre auteur et victime, constitue un apport majeur pour réparer le lien social et réduire le sentiment d’impunité.
  • Renforcer les moyens humains et matériels puisque c’est le point aveugle de toutes les réformes : la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) manque chroniquement de personnels éducatifs, et les places en établissements spécialisés sont insuffisantes. Une loi parfaite sans moyens ne sera pas efficace ni suivie.
  • Agir en amont par la prévention car l’Ordonnance n’intervenait que lorsque la délinquance était constituée : or les recherches en criminologie montrent que l’intervention précoce, dès les premiers signaux à l’école ou dans la famille, est bien plus efficace que le traitement pénal a posteriori.
    Un partenariat structuré entre l’Éducation nationale, le travail social et la justice reste à construire.

En résumé, les limites de l’Ordonnance de 1945 ne tenaient pas tant à ses principes, qui restent fondés, qu’à leur mise en œuvre : lenteur, illisibilité, manque de moyens et absence de vision préventive. Le CJPM de 2021 y a répondu en partie, mais la question des ressources et de la prévention demeure entière. D’où un manque de lisibilité des actions et des actions par toutes les parties : Police, Gendarmerie, Justice, Administration Pénitentiaire, Pouvoirs Publics, Gouvernement et Parlement.

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Conférence au Mans

By Dernièrement

120 participants au Mans pour une nouvelle conférence du CRSI

Le CRSI était hier soir au Mans, à l’invitation des Discussions du Maine, pour une nouvelle étape de son tour de France des conférences régionales.

Plus de 120 participants ont répondu présent pour une soirée consacrée aux grands enjeux régaliens : souveraineté nationale, sécurité intérieure, restauration de l’autorité de l’État. Des sujets qui mobilisent, qui interrogent, et qui appellent un débat sérieux, loin des postures partisanes.

Les échanges, chaleureux et engagés, ont confirmé ce que le CRSI observe à chaque étape de ces rencontres en région : une attente forte des citoyens pour une réflexion de fond sur l’avenir du pays. Au-delà des grandes métropoles, les territoires sont pleinement parties prenantes de ce débat.

Cette soirée mancelle s’inscrit dans une dynamique plus large. Le CRSI poursuit sa présence sur le terrain avec deux prochaines étapes déjà programmées : les Pyrénées-Atlantiques, puis la Vendée.

LeMans

Sabotage-infrastructures-électriques

Sabotages d’infrastructures électriques en Europe : une menace croissante pour les sites industriels stratégiques

By Sécurité/Justice

Par un membre du CRSI

Les incendies volontaires dans le Cher (6-7 avril 2026)

Dans la nuit du 6 au 7 avril 2026, plusieurs incendies volontaires ont été simultanément déclenchés sur des installations électriques situées dans le département du Cher, à proximité de Bourges, La Chapelle-Saint-Ursin et Saint-Florent-sur-Cher. Deux transformateurs électriques et un pylône ont été gravement endommagés, provoquant des coupures d’électricité affectant près de trois mille foyers et des dommages matériels évalués à plusieurs millions d’euros. Selon la préfecture du Cher, les réparations pourraient s’étaler sur plusieurs mois.

Les équipements visés alimentaient des réseaux desservant notamment des sites industriels liés à la production d’armement, parmi lesquels on retrouve les usines de MBDA – leader européen dans la conception de missiles et de systèmes de missiles – et de KNDS, acteur de référence dans le secteur de la défense terrestre (véhicules blindés, artillerie, systèmes de canon, tourelles, robots). Ces deux sociétés sont directement engagées dans l’effort de réarmement européen.

Le parquet de Bourges a ouvert une enquête pour destruction par moyens dangereux. Les investigations s’orientent vers une action coordonnée et préméditée : un tag « Actions contre la guerre » a été retrouvé sur place, suggérant une motivation antimilitariste revendiquée.

Une série d’attaques qui s’inscrit dans un continuum européen

Les précédents français

L’attaque du Cher s’inscrit dans la continuité directe des incendies volontaires qui avaient touché les départements du Var et des Alpes-Maritimes en mai 2025. Trois installations électriques avaient alors été endommagées, à Nice, Tanneron et Villeneuve-Loubet, privant plus de 100 000 foyers d’électricité. Des groupes anarchistes ont revendiqué les incendies de Tanneron et Villeneuve-Loubet, affichant une volonté de perturber le Festival de Cannes et, plus largement, de déstabiliser les infrastructures économiques et énergétiques. Bien qu’aucun lien formel n’ait été établi entre ces groupes et l’incendie du transformateur de Nice, la convergence des méthodes et des circonstances est notable.

Le contexte européen

Ce phénomène dépasse largement le cadre français. Depuis plusieurs années, de nombreux pays européens sont confrontés à une multiplication de sabotages ciblant leurs infrastructures énergétiques : Finlande, Serbie, Estonie et Hongrie ont notamment été affectés. L’Allemagne en offre l’illustration la plus saillante : l’incendie du 4 janvier 2026 a touché une partie du réseau électrique berlinois, provoquant des coupures d’électricité pour plusieurs dizaines de milliers de foyers, certains privés d’énergie pendant plusieurs jours en plein hiver. L’attaque a été revendiquée, dans un courrier, par le groupe d’extrême gauche Vulkangruppe, déjà responsable de faits similaires sur le territoire allemand.

Analyse des conséquences et des vulnérabilités

Impacts opérationnels et économiques

Ces incidents révèlent une vulnérabilité structurelle des infrastructures électriques européennes face à des actions de sabotage même limitées en moyens. Les coupures d’électricité affectent simultanément les foyers, les entreprises, les services d’urgence et les établissements de santé, générant un impact sur la population qui dépasse largement la séquence technique initiale.

Sur le plan économique, une interruption électrique, même de courte durée, peut engendrer des pertes s’élevant à plusieurs millions d’euros, auxquelles s’ajoutent des retards de production aux conséquences en cascade pour les chaînes d’approvisionnement.

Exposition stratégique des sites de défense

La dimension la plus préoccupante tient à la proximité des équipements visés avec des sites industriels de défense. Les usines de MBDA et KNDS, directement ou indirectement engagées dans l’effort de réarmement européen, constituent des cibles privilégiées pour les groupes antimilitaristes comme pour les acteurs étatiques hostiles souhaitant perturber les capacités productives sans recourir à un acte de guerre déclaré. Cette zone grise entre délinquance idéologique et action hybride étatique est précisément celle que les services de renseignement intérieur doivent être en mesure d’évaluer.

Profil des auteurs et logique d’action

Les attaques documentées révèlent des caractéristiques communes qui dessinent un profil relativement cohérent. Les auteurs identifiés ou présumés appartiennent le plus souvent à la mouvance d’extrême gauche ou anarchiste et font usage de leur référentiel idéologique – antimilitariste, anticapitaliste ou anti-énergétique – pour justifier le recours à la violence sur des biens.

Leurs modes opératoires sont remarquablement similaires : incendies de transformateurs et de pylônes, actions simultanées et coordonnées, ciblage d’infrastructures vitales (réseaux énergétiques, sites de transport, zones industrielles stratégiques). Cette cohérence transnationale suggère au minimum une circulation des savoir-faire entre mouvances, et, dans les scénarios les plus graves, une coordination éventuellement instrumentalisée par des puissances étrangères.

Face à cette exposition croissante, le renforcement de la protection physique des nœuds électriques critiques, notamment ceux qui desservent des sites de défense ou des services essentiels, apparaît comme une priorité de sécurité intérieure.

Sources : Le Figaro ; TF1 Infos ; France Info ; The Guardian ; Le Parisien ; Le Dauphiné Libéré

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Spring Campus 2026 de Croissance+

By Dernièrement

Réconciliation : reconstruire la cohésion nationale – Thibault de Montbrial au Spring Campus 2026 de Croissance+

Thibault de Montbrial était l’invité du Spring Campus 2026 organisé par Croissance+, pour une intervention intitulée « Réconciliation : reconstruire la cohésion nationale », auquel participaient plus de 250 entrepreneurs et chefs d’entreprise.

La France traverse une crise profonde. Crise d’autorité, crise de confiance, crise de cohésion. Ce diagnostic, Thibault de Montbrial le pose avec clarté depuis de nombreuses années – et il est aujourd’hui partagé bien au-delà des cercles spécialisés.

La sécurité n’est pas une option politique, c’est la condition première de la liberté. Sans ordre, sans protection effective des personnes, il ne peut y avoir ni liberté réelle ni projet collectif. La sécurité n’est pas le contraire de la liberté, elle en est le fondement.

Fondateur et président du Centre de Réflexion sur la Sécurité Intérieure (CRSI), Thibault de Montbrial a appelé à une véritable refondation de l’action publique : redonner à l’État sa capacité d’agir, restaurer l’autorité là où elle s’est effacée, et recréer les conditions d’un lien social durable entre les Français.

La réconciliation nationale ne viendra pas de discours ou d’incantations. Elle exige des actes, une volonté politique et une lucidité sur ce qui fracture réellement notre société.

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ce-qui-marche-cest-le-hors-systeme

Ce qui marche, c’est le « hors système »

By Economie

– par Christine MATHIS, référente du CRSI pour la région Île-de-France et coordonne les travaux des adhérents pour cette région. Consultante en accompagnement du changement pour les entreprises, elle bénéficie d’une solide culture économique.

Regards de chefs d’entreprise sur la gouvernance économique française

Dans le cadre de ses groupes de travail, le CRSI a recueilli les contributions de chefs d’entreprise sur les freins structurels à la compétitivité française et les attentes vis-à-vis de l’action publique. Leurs analyses convergent autour d’un constat sans détour : ce qui fonctionne en France, c’est ce qui échappe au système ordinaire.

Le modèle Notre-Dame : une leçon de gouvernance

La reconstruction de Notre-Dame de Paris et l’organisation des Jeux Olympiques ont démontré qu’il était possible, en France, de tenir des délais, de respecter des budgets et d’obtenir des résultats exceptionnels. La recette ? Une vision claire, un responsable identifié, un budget défini et un allègement des procédures habituelles.

Ce modèle fait aujourd’hui référence dans les milieux économiques. Pour les enjeux de défense et de réindustrialisation notamment, les interlocuteurs sont unanimes : sans un « effet Notre-Dame », c’est-à-dire sans dérogation assumée aux lourdeurs du système, les ambitions resteront lettre morte.

Trop de normes tuent la norme

Les chefs d’entreprise auditionnés pointent en premier lieu l’instabilité normative comme facteur de désorganisation. Ils appellent à un moratoire normatif, proposition initialement formulée par Alain Madelin, sur toute modification de dispositif existant, avec une règle d’intervention a minima.

Deux exemples concrets illustrent ce diagnostic : la transformation du DIF en CPF, où les entreprises n’ont pas le temps d’intégrer un dispositif avant qu’il évolue ou disparaisse ; et les obligations sur la gestion des données qui ont remis en cause le tiers payant dans les mutuelles, souvent introduites par voie d’amendement sans étude d’impact.

Au-delà de l’instabilité, c’est aussi le caractère indifférencié des normes générales qui pose problème. Trois exemples illustrent leurs effets pervers :

  • La loi Rixain (quota de 40 % de femmes dans les instances de gouvernance) produit dans l’industrie un effet inverse à celui escompté : faute de mixité dans les métiers techniques, certains postes support sont systématiquement réservés à des femmes pour atteindre le quota, instituant de facto des « métiers 100 % féminins ».
  • L’index égalité Homme/Femme est conçu pour les entreprises de services ; appliqué à l’industrie, où la répartition fonctionnelle est structurellement différente, il ne mesure plus rien de pertinent.
  • Le droit du travail, insuffisamment flexible, empêche les entreprises industrielles d’ajuster rapidement leurs effectifs aux variations de production.

À cela s’ajoutent des demandes concrètes : allègement des contraintes environnementales pour les constructions sur terrains d’entreprise ou en friches industrielles, et revalorisation des filières techniques et scientifiques, notamment pour les jeunes femmes, face à un déséquilibre criant entre formations et besoins réels du marché.

Ce que les entreprises attendent de l’État

Il serait réducteur de lire ces contributions comme un simple plaidoyer anti-étatique. Ce que les chefs d’entreprise expriment, c’est avant tout une demande de clarté et d’engagement. Leurs attentes se structurent autour de trois axes :

Une vision et des priorités assumées. Quelle ambition pour la France à dix ans ? Quelles sont les priorités de la Nation ? Les entreprises ne demandent pas moins d’État, mais un État qui choisit et qui dit ce qu’il choisit.

Un cadre stable et lisible. Cela suppose de clarifier le périmètre respectif de l’État, de l’administration et de la société civile, notamment sur les questions industrielles et de défense où l’articulation avec le niveau européen reste confuse.

Un engagement sur la méthode. Les entreprises ont appris à se méfier des grandes consultations sans lendemain. Ce qu’elles demandent : deux ou trois priorités claires pour le mandat, un nombre limité de propositions techniques, et surtout, une trajectoire tenue dans la durée.

paris le conseil constitutionnel

Le Conseil Constitutionnel est-il contre la démocratie ?

By Institutions

– par Raphael PIASTRA, Maitre de Conférences en droit public – HDR des Universités, membre du CRSI

 

À deux reprises, et après d’autres décisions similaires, le CC a encore démontré voici peu qu’il n’était plus tout à fait le protecteur de nos droits et libertés. Il est même en passe de devenir le contraire. Deux décisions emblématiques de ce que l’on peut appeler un dévoiement de sa mission, sont à étudier. 

La première décision est très récente

(Décision n° 2025-1185 QPC du 13 mars 2026).

Saisi dans une affaire de stupéfiants, les « Sages » (le nom n’est il pas devenu erroné ?) ont prononcé une non-conformité totale de la peine complémentaire obligatoire visant à confisquer certains biens en cas de condamnation pour trafic de drogues. Dans une décision publiée  vendredi 13 mars l’institution a donc prononcé une non-conformité totale de la peine complémentaire obligatoire de confiscation de certains biens en cas de condamnation pour trafic de stupéfiants. Selon les juges de la rue de Montpensier, cette règle empêchait les juges d’adapter la peine à chaque situation. 

Or, la confiscation serait prononcée automatiquement sans que les juges puissent moduler la peine ou en dispenser le condamné. La disposition prévoit la confiscation de tout bien ayant servi à la commission de l’infraction, ou qui en était le produit, qu’il s’agisse d’un véhicule ou de l’habitation de l’individu condamné. Le Conseil constitutionnel a ainsi refusé cette règle pourtant inscrite dans le Code pénal français après avoir été saisi lors d’un renvoi de la chambre criminelle de la Cour de cassation du 17 décembre dernier dans le cadre d’une affaire de trafic de stupéfiants. Le mis en cause, Mostafa B., avait été condamné par la cour d’appel de Bordeaux, le 16 octobre 2024, à sept ans de prison et à une confiscation de certains de ses biens. Une affaire de trafic de stupéfiants bien évidemment avec pour acteurs principaux, une fois encore, des individus issus de l’immigration africaine. En 2021, selon l’INSEE, la délinquance africaine représentait 58,2 % des actes (Maghreb : 37,6 %, Afrique noire : 20,6%).

Revenons un peu sur une décision aussi scandaleuse que dangereuse  pour l’ordre public. Dans son 4è considérant le CC estime que selon l’article 8 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires … ». Le principe d’individualisation des peines qui découle de cet article implique qu’une sanction pénale ne puisse être appliquée que si le juge l’a expressément prononcée, en tenant compte des circonstances propres à chaque espèce. Il ne saurait toutefois faire obstacle à ce que le législateur fixe des règles assurant une répression effective des infractions. Certes le principe d’individualisation des peines existe. Cela signifie que la peine n’est pas automatique : le juge tient compte des antécédents, de la situation personnelle et des circonstances de l’infraction. Le Conseil s’est déjà prononcé là-dessus (décision n° 2014-696 DC du 7 août 2014, Loi relative à l’individualisation des peines et renforçant l’efficacité des sanctions pénales). C’est donc devenu un principe constitutionnel. 

Mais depuis une dizaine d’années s’est développé en France  un fléau majeur et meurtrier, le narcotrafic. Il attente quotidiennement à l’ordre public et gagne tout le territoire. Il est aussi particulièrement juteux. Les chiffres se rejoignent à peu près pour fixer son poids à près de 8 milliards d’euros. « La DZ Mafia fait sans doute entre 5 et 6 milliards d’euros d’argent liquide », a assuré Gérald Darmanin lors d’un déplacement à Marseille (capitale du trafic) en 2025. Le procureur de la République de Marseille a opiné que «les cadres dirigeants (ndlr : de la DZ mafia) dégagent un bénéfice de 300.000 euros par personne chaque mois» (conférence de presse du 14 mars suite à un gros coup de filet sur cette mafia).

La réalité, qui échappe au juge constitutionnel, c’est que le narcitrafic a tué, rien que sur Marseille, 49 personnes en 2023 et encore 24 en 2024. Et au niveau national 110 morts, 341 blessés en 2024 (des chiffres en baisse par rapport à 2023 où on dénombra 139 morts et 413 blessées). Mais le principe de réalité semble échapper totalement aux juges constitutionnels, enferrés qu’ils sont dans un droitdel’hommisme  qui les aveugle. Des gens meurent sous les balles de mafieux sans foi ni loi et on estime que ces gens-là ont les mêmes droits que les honnêtes citoyens et même les familles des victimes ? Rappelons-nous Saint-Just : «pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». 

Dans son considérant cité ci-dessus le CC précise avec une hypocrisie totale : Il ne saurait toutefois faire obstacle à ce que le législateur fixe des règles assurant une répression effective des infractions.  Mais dès que le législateur pénal vote justement une loi répressive, le conseil s’enhardit à  en censurer ses aspects répressifs (loi Attal,  loi Darmanin). Il se trouve que ce même conseil fait très peu cas d’un droit fondamental de tout citoyen : la sûreté (art. 2 de la Déclaration de 1789). Il en va de même de la liberté de circulation. Le Conseil lui-même considère que celle-ci est protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 (il l’a notamment rappelé dans la décision du 5 août 2021).Comme la sûreté,  la liberté est ainsi « un droit naturel et imprescriptible ». Personne n’est dupe des dangers d’une société, notamment celle qu’est devenue la notre depuis quelques décennies. Mais chaque citoyen doit pouvoir bénéficier au mieux  de ses droits et libertés sans qu’ils soient de plus en plus entravés (cf derniers chiffres sur l’insécurité) par les mafieux qui peuplent nos villes. Et surtout lorsque ceux-ci bénéficient des largesses d’un  juge constitutionnel qui est aussi là, et même surtout là,  pour protéger les honnêtes gens. 

La sécurité est un souci majeur de l’opinion publique. Ainsi 68 % des Français placent la sécurité en tête de leurs préoccupations pour les prochaines municipales mesurait, quant à lui, l’institut IFOP dans une enquête réalisée en  janvier 2026. Et bien lorsqu’un juge constitutionnel prononce une non-conformité totale de la peine complémentaire obligatoire visant à confisquer certains biens en cas de condamnation pour trafic de drogues, il met en danger la démocratie. En faisant même  le jeu des trafiquants ce qui est un comble absolu.

 

La seconde décision concerne un OQTF

(Décision n° 2025-895 DC du 7 août 2025, Loi visant à faciliter le maintien en rétention des personnes condamnées pour des faits d’une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive)

À sa sortie de prison, l’agresseur malien des trois femmes blessées vendredi 19 décembre 2025 dans le métro parisien avait fait l’objet d’une OQTF et avait été placé en centre de rétention administrative. Malheureusement il n’avait pu y être maintenu que 90 jours, faute de prolongation votée par le Conseil constitutionnel. Le vote s’est joué à un rien… mais les conséquences sont retentissantes. Le 7 août dernier, le Conseil constitutionnel a donc censuré l’allongement de la durée de rétention pour les étrangers jugés dangereux, approuvée par les députés quelques semaines plus tôt. Le texte ambitionnait de faire passer la durée du placement en centre de rétention administrative (CRA) à 210 jours (majorité des pays de l’UE) au lieu de 90 pour les étrangers « condamnés pour des faits d’une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive ». Une mesure retoquée à une voix près par les Sages (celle de Richard Ferrand selon Marianne). Déjà le secret du délibéré est foulé aux pieds car en aucune manière ce genre de détail ne doit « fuiter »…

Écroué en janvier 2024 pour vol aggravé et agression sexuelle après condamnation pénale, ce clandestin avait reçu une obligation de quitter le territoire à sa sortie de prison en juillet et été placé dans un CRA. « Faute d’obtention d’un laissez-passer consulaire en l’absence de titre d’identité valide », sa rétention avait pris fin au bout des 90 jours légaux. En refusant la “loi Philippine”, c’est-à-dire l’extension de la rétention à 210 jours prévue dans la loi immigration, on se doit de constater que le Conseil constitutionnel a donc légalement permis, même indirectement,  à un clandestin malien sous OQTF de poignarder hier trois femmes dans le métro de Paris. Il y a quelque part mise en danger de la vie d’autrui. Pour simple information l’article 223-1 du Code pénal  prévoit que “le fait d’exposer directement autrui à un risque immédiat de mort ou de blessures de nature à entraîner une mutilation ou une infirmité permanente par la violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.” 

Comme le constate Me Gilles-William Goldnadel : « Ce violeur malien sous OQTF, a été libéré au bout des 90 jours maximum. J’accuse le Conseil constitutionnel d’être directement responsable du malheur de ses victimes en cassant la loi ayant prévu la prolongation de ce délai » (X). 

Et sur la base de ce délai trop court, il va malheureusement y avoir d’autres affaires mettant en cause des OQTF. D’abord car nonobstant la reprise d’une soi-disant diplomatie constructive (dixit L. Nunez),  avec l’Algérie, ce pays a certes libéré notre ami Sansal mais retient toujours Christophe Gleizes. C’est cette diplomatie des otages très prisée des autorités algériennes. Ensuite ce pays  bloque toujours les laisser-passer consulaires. Donc tous les OQTF algériens sont bloqués en France.  Enfin la plupart sont dans des CRA qui sont le plus souvent de véritables passoires et au sein desquels ils ne peuvent rester plus de 90 jours. Ne serait-il pas utile d’étudier la solution mise en place par Giorgia Meloni avec la construction de centres d’externalisation de la demande d’asile en Albanie ? D’autres pays que ce dernier seraient sans doute preneurs. 

Faisons remarquer que le 11 Mars dernier la Cour constitutionnelle italienne a donné raison au gouvernement de Giorgia Meloni qui a fait adopter une loi  restreignant l’acquisition de la nationalité pour les étrangers descendant d’Italiens.

 

A titre de conclusion, rappelons Jean-Eric Schoettl (ex secrétaire général du CC) qui a déjà très bien démontré les risques que faisaient courir de telles décisions (comme celles d’autres juges) dans un ouvrage qui fait date (La Démocratie au péril des prétoires: De l’État de droit au gouvernement des juges, Gallimard, 2022) ainsi que par de nombreux articles. Et il est fort à parier que le projet de loi dit Riposte (visant à réprimer les usages de mortiers, les rodéos, le protoxyde d’azote…) proposée récemment par L. Nunez en matière de déliquance, sera retoquée plus ou moins fortement par le Conseil Constitutionnel. Et ce sera là encore quitus donné aux délinquants…..

Mais il y a plus grave peut-être et ce dans la gestion du Conseil lui-même. Un an seulement après avoir validé sa nomination, Richard Ferrand a décidé de limoger sa secrétaire générale, Aurélie Bretonneau. Dans un courriel interne du 23 mars, cette ex-adjointe à la secrétaire générale du gouvernement a confirmé qu’il avait « proposé au président de la République de mettre fin à mes fonctions en raison de divergences de vues sur la conduite de l’institution ». Un mail entre le président et la secrétaire générale consulté par Politico, fait  référence à des divergences sur « la place du droit », après des tensions entre les deux responsables de l’institution (Atlantico.fr). Tous les échos convergent pour dire que l’ancien président de l’Assemblée Nationale se comporte souvent comme un despote. « Hormis Juppé, personne ne résiste vraiment » nous a confié récemment un membre de cabinet ministériel. Autant dire de suite qu’il s’agit d’un précédent des plus fâcheux. Imagine-t-on pareil pitoyable spectacle sous les présidences de Daniel Mayer, Robert Badinter ou Pierre Mazeaud ? 

 Alors que se profile l’élection présidentielle de 2027, il serait opportun de réfléchir  vraiment à ce qu’est devenu le Conseil Constitutionnel. D’abord le système de ses nominations est devenu totalement  politisé. MM Fabius et encore plus Ferrand en sont une illustration. Quant à certaines autres nominations de membres, cela devient du recasage pur et simple. Il y a à revoir sur ce point. Ensuite, et au risque de choquer, il faut revenir sur la QPC. Elle est devenue un moyen dilatoire de réécrire la loi ou de combler ce que le CC n’a pu faire sur une loi quand il n’en a pas été saisi auparavant.  Cette QPC selon nous ne respecte pas la démocratie parlementaire selon laquelle, tout de même, c’est le Parlement qui est seul légitime à voter la loi. Et si cette dernière va trop loin, le législateur doit seul pouvoir la corriger. Ce qui fait que seule la saisine parlementaire est légitime à nos yeux. Les saisines faites par l’exécutif doivent être, selon nous, supprimées. 

Regardons autour de nous les cours constitutionnelles d’autres pays. Elles se tiennent à leur place et rien de plus. Il ne faut en aucun cas que le juge constitutionnel devienne une sorte de cour suprême. « En France, la seule Cour suprême qui existe, c’est le peuple (C. de Gaulle).