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Par les membres du CRSI Dordogne

Les forces de l’ordre sont exposées à des risques professionnels significatifs, qu’ils soient physiques, opérationnels ou psychologiques.

État des risques professionnels dans les forces de l’ordre

Chaque année, entre 15 et 25 policiers et gendarmes perdent la vie dans l’exercice de leurs fonctions.

Les blessures en service touchent quant à elles entre 10 000 et 20 000 agents par an, on dénombrait ainsi 10 816 gendarmes blessés en 2025, un chiffre en hausse nette depuis 2010, sous l’effet conjugué des crises des Gilets jaunes, des tensions en outre-mer et de l’intensification de la lutte contre le trafic de drogue.

À ces blessures physiques s’ajoutent 50 à 60 suicides par an au sein des forces de l’ordre, à parts sensiblement égales entre police et gendarmerie. Si la police nationale enregistre une baisse encourageante, la gendarmerie connaît pour sa part une tendance à la hausse. Pour mesurer l’ampleur du phénomène, il est utile de rappeler qu’une vingtaine d’internes en médecine, profession pourtant réputée pour sa vulnérabilité psychologique — se suicident chaque année : les forces de l’ordre font donc face à un risque deux à trois fois supérieur.

Les causes de ces atteintes sont multiples et souvent combinées : accidents de la voie publique, refus d’obtempérer, courses-poursuites, blessures par balle ou par engins explosifs improvisés, mais aussi, de façon croissante, charge mentale et troubles de stress post-traumatique (TSPT).

Mesures correctives et perspectives d’évolution

La prévention du suicide doit être étendue à la gendarmerie sur le modèle de ce qui existe dans la police, notamment via le Service de Soutien Psychologique Opérationnel (SSPO) et le dispositif Sentinelles. Ces outils, reposant sur des référents formés, ont permis de diviser par deux le nombre de suicides dans la police nationale.

Un véritable service de santé propre au ministère de l’Intérieur doit être créé, sur le modèle du Service de Santé des Armées (SSA). Aujourd’hui, 4 000 élèves policiers par an (ils seront 7 000 en 2030 selon l’annonce du DGPN) sont scolarisés dans des structures en province sans service de santé suffisant pour absorber ce chiffre. Cette absence de prise en charge conduit à des situations ubuesques où des élèves se retrouvent en report de scolarité pendant des semaines, des mois, voire des années.

L’organisation de la police nationale mériterait d’être repensée. Les trois corps actuels : Corps d’Encadrement et d’Application (CEA), Corps de Commandement (CD) et Corps de Conception et de Direction (CCD), pourraient être ramenés à deux, sur le modèle plus lisible de la gendarmerie.

La mutualisation des corps supports de la police et de la gendarmerie doit être accélérée, afin de gagner en cohérence et en efficacité.

En matière de maintien de l’ordre, les secouristes opérationnels (SOC police) devraient être transformés en dispositif d’équipes médicales opérationnelles de gendarmerie (EMOG), tel qu’il existe déjà dans les escadrons de gendarmerie. La création d’un tel dispositif en police est toutefois subordonnée à la création préalable d’un service médical dédié.

La formation doit être mieux adaptée aux contraintes opérationnelles, notamment en ce qui concerne l’utilisation des véhicules.

Il convient de rétablir des critères de taille et de poids pour le recrutement, ainsi qu’une visite d’incorporation dès le premier jour d’arrivée en formation des lauréats, afin de détecter au plus tôt toute contre-indication au service.

Plus globalement, la question de la mutualisation de la police et de la gendarmerie doit être clairement posée. L’exemple belge, où cette fusion s’est très bien passée, montre qu’elle est possible. En France, ces deux forces disposent de compétences reconnues dans le monde entier mais ne travaillent pas, ou trop peu, ensemble.

Enfin, il est nécessaire d’exiger de la presse une couverture neutre et équilibrée des forces de l’ordre, en évitant les traitements systématiquement à charge contre la police et la gendarmerie.