Entre relation et protocole
Par Alenxandru Andrei, membre de la Commission Défense & Relations Internationales
La visite de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre 2026, a rappelé que la relation entre Paris et le Saint-Siège ne relève pas seulement du protocole. L’ambassade de France près le Saint-Siège est la plus ancienne représentation diplomatique permanente française à l’étranger, et ce lien conserve aujourd’hui une utilité politique et diplomatique réelle.
La relation a pourtant connu une rupture profonde au début du XXe siècle. En 1904, la visite du président Émile Loubet au roi d’Italie, puis le conflit autour de plusieurs évêques français, provoquent une grave crise. La France rappelle son ambassadeur et rompt officiellement ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège le 30 juillet 1904. La loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 met ensuite fin au Concordat sur l’essentiel du territoire français.
Les relations sont rétablies en 1921, après près de dix-sept ans d’interruption. La France ne revient pas au Concordat, mais rétablit une relation diplomatique stable avec Rome.
Une exception subsiste cependant en Alsace-Moselle. Ces territoires étant allemands en 1905, la loi de séparation ne s’y est pas appliquée. Aujourd’hui encore, l’évêque de Metz et l’archevêque de Strasbourg sont nommés selon une procédure associant le président de la République et le Saint-Siège. Cette survivance juridique maintient un lien institutionnel particulier entre Paris et Rome.
L’intérêt de cette relation dépasse largement les questions religieuses. Le Saint-Siège dispose d’un réseau diplomatique mondial, d’une présence ancienne dans de nombreuses régions sensibles et d’un accès à des acteurs politiques, religieux et sociaux parfois difficiles à atteindre par les canaux classiques.
Lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron à l’Élysée le 25 septembre, Léon XIV a abordé plusieurs dossiers internationaux : Ukraine, Proche-Orient, Afrique, climat et intelligence artificielle. Il a appelé la France à demeurer « un artisan infatigable de paix et de multilatéralisme ». À Metz, trois jours plus tard, il a développé son discours sur l’Europe, le droit international et l’héritage de Robert Schuman.
Le Liban, les chrétiens d’Orient, Jérusalem ou encore le dialogue interreligieux constituent également des sujets sur lesquels la France et le Saint-Siège disposent d’intérêts communs.
Les désaccords demeurent néanmoins importants sur plusieurs sujets de société. La question de la fin de vie est aujourd’hui l’un des principaux points de divergence : la France a adopté en août 2026 une loi créant un droit à l’aide à mourir, alors que le Saint-Siège maintient son opposition à l’euthanasie et au suicide assisté.
Pour la France, l’intérêt est donc moins religieux que diplomatique. Le Saint-Siège reste un réseau d’information, d’influence et de médiation présent sur des terrains où les États ne disposent pas toujours des mêmes relais.
La question est simple : la France utilise-t-elle pleinement ce canal, notamment au Proche-Orient, en Afrique et dans les dossiers où facteurs politiques, religieux et communautaires s’entremêlent ?
L’histoire de la relation franco-vaticane montre en tout cas que, malgré les crises et les divergences, Paris et Rome ont toujours fini par considérer qu’il était préférable de maintenir le dialogue.
Sources principales : France Diplomatie ; Présidence de la République ; Saint-Siège ; Conseil d’État ; Sénat ; Légifrance ; archives gouvernementales françaises.
