Il faut souligner que l’Union européenne cherche à renforcer son autonomie stratégique dans un contexte international jugé instable

Par Viviane MEYER, membre de la commission Défense et Géopolitique

Ce discours a été introduit par une citation de Charles Dickens : « C’était le meilleur des temps, c’était le pire des temps », que la Présidente von der Leyen a utilisée pour résumer sa vision : « Notre Union n’a jamais été aussi forte. Mais notre Union peut aussi sembler plus précaire que jamais. » Cependant, il faut souligner que l’Union européenne cherche à renforcer son autonomie stratégique dans un contexte international jugé instable, l’idée générale qui prévaut est celle d’une Europe Indépendante.

Un invité d’honneur marquant : le Canada

Le Premier ministre canadien Mark Carney était l’invité d’honneur de cette édition. En effet, Mme von der Leyen a proposé au Canada de devenir un « membre associé » de l’UE. Cette approche est particulièrement innovante car c’est un concept inconnu au niveau européen, et qui reste toutefois encore à créer juridiquement et institutionnellement. La présidente von der Leyen a proposé que ce pays nord-américain rejoigne le futur « Conseil européen de sécurité ».

Par ailleurs, il est à noter que le Canada est en fait en pleine guerre commerciale avec les États-Unis et cherche de nouveaux partenaires d’une part, et d’autre part les relations de l’UE avec Washington sont « houleuses », et cette alliance proposée au Canada s’inscrirait dans une stratégie de rééquilibrage pour l’Europe entre les deux super-puissances, soit la Chine et les États-Unis.

Les échanges entre l’UE et le Canada ont bondi de 80% depuis 2016, grâce à l’entrée en vigueur d’un accord de libre-échange, qui a supprimé presque tous les droits de douane. Cette année, le Canada est devenu le premier pays non-membre de l’UE à rejoindre le programme de défense européen « SAFE ».

Ottawa espère également conclure un accord permettant à la Banque Européenne d’Investissement (BEI) de financer des projets canadiens liés aux minerais stratégiques, afin de réduire la dépendance à la Chine.

Il reste toutefois une marge d’amélioration. Les deux parties vont examiner les domaines « où nous avons des capacités et des besoins complémentaires », qui sont « stratégiquement importants » pour « garantir notre souveraineté », comme l’énergie, l’intelligence artificielle et les matières premières critiques et notamment les terres rares.

Le sujet central pour l’Europe : défense et sécurité

Il a été proposé de créer un « Conseil européen de sécurité », une instance dont l’objet serait de viser à renforcer la coordination stratégique face à la montée des menaces hybrides, militaires et cyber sur le continent.

Un partenariat avec l’Ukraine autour d’un système de défense antimissile modulaire baptisé « FREYA », qui allie l’expérience sur le terrain de l’Ukraine avec les capacités de production européennes. Cette guerre aux portes de l’Europe reste un sujet majeur d’inquiétude.

S’agissant de l’adhésion de l’Ukraine à l’Europe, cette perspective est pour l’instant gelée.

Il a été notamment souligné que l’Europe défendra chaque m² de son territoire, cela vise notamment les attaques récentes dont ont été l’objet notamment la Pologne, l’Allemagne, la Finlande et les pays Baltes (Estonie, Lituanie, Lettonie).

Par ailleurs, il a été largement évoqué que le réarmement européen se construit par la poursuite des efforts d’investissement dans la défense commune. Il s’inscrit dans la ligne du plan « ReArm Europe/Readiness 2030 » engagé les années précédentes. (800 milliards d’€ proposés en mars 2025, une dépense achevée en 2030).

Le Moyen-Orient a été mentionné compte tenu de graves tensions régionales qui y persistent. La solution à deux États avec Israël pays sûr et reconnu, et l’établissement d’un État palestinien sont les solutions préconisées.

Relancer l’économie européenne – le fil rouge est la compétitivité

Le fil rouge de la compétitivité est souligné depuis 2024 dans le rapport Draghi.

L’objectif central est l’achèvement du marché unique, avec notamment plus d’investissements dans nos industries corrélé à une baisse des dépendances stratégiques.

L’agenda économique souligne :

• Le retard technologique et d’innovation face aux États-Unis et à la Chine, notamment dans les secteurs stratégiques (IA, semi-conducteurs, Clean Tech).

• Les coûts de l’énergie, structurellement plus élevés en Europe particulièrement à la lumière de la situation géopolitique actuelle, pesant sur la compétitivité industrielle.

• La simplification réglementaire considérée comme une « simplification omnibus », avec la volonté de réduire la charge administrative pesant sur les entreprises, en particulier les PME. Cette demande est considérée comme essentielle pour les entreprises européennes.

• Le financement de l’économie : les appels récurrents à l’Union de l’épargne et des investissements (anciennement Union des marchés de capitaux) pour mobiliser l’épargne européenne, estimée à plusieurs milliers de milliards d’euros, vers l’investissement productif européen plutôt que vers les marchés américains.

Il est à souligner la convergence entre effort de défense et relance économique : les investissements massifs dans le réarmement « ReArm Europe » sont considérés comme un moteur de croissance industrielle, d’innovation et d’emplois.

Le cadre financier pluriannuel comme enjeu économique majeur

Le nouveau Cadre Financier Pluriannuel marque une refonte profonde de l’architecture budgétaire européenne, avec trois mots-clés : compétitivité, sécurité et défense.

Les négociations du budget européen 2028-2034 conditionnent directement la capacité de l’UE à financer :

• La transition énergétique et climatique,

• L’effort de défense commun, renforcement des fonds dont la cybersécurité,

• Les nouvelles priorités technologiques (IA, numérique).

Le CFP est un point de friction majeur entre États membres contributeurs nets versus bénéficiaires, qui rend cet enjeu central mais aussi très politiquement sensible.

De plus, les acteurs de la solidarité et des associations s’inquiètent du rééquilibrage vers défense/compétitivité au détriment du social et du climat.

Dans le cadre de la sécurité, la défense de l’Ukraine est un des piliers du CFP. Toutefois des débats existent s’agissant du poids du soutien dans le budget de l’UE, qui est en concurrence avec d’autres priorités dont la défense européenne et le climat.

Intelligence artificielle dans l’Union

L’IA est une des technologies clés pour renforcer la compétitivité européenne, aux côtés de l’innovation et de la transition numérique. L’IA est considérée comme un levier pour booster la productivité et soutenir la croissance économique de l’UE, dans un contexte de concurrence accrue avec les États-Unis et la Chine. La nécessité de positionner l’Europe comme un acteur technologique majeur a été soulignée, avec l’idée de réduire la dépendance aux acteurs extra-européens, ceci tout en garantissant un cadre éthique et en veillant à la protection des citoyens. L’IA est évoquée de manière transversale, comme un outil au service des objectifs plus larges de l’UE.

Il est à remarquer que cependant aucune mesure concrète, nouveau texte législatif ou initiative dédiée n’a été annoncée à l’exception du « Kids Act ».

Protection des mineurs en ligne : le « Kids Act »

Projet législatif présenté pour mieux encadrer l’utilisation des réseaux sociaux par les jeunes.

L’objectif de ce projet législatif est de limiter l’exposition des mineurs aux contenus dangereux des réseaux sociaux, à l’addiction numérique et aux dérives des plateformes. Il s’inscrit dans la continuité du Digital Services Act (DSA), avec une approche spécifiquement ciblée sur les enfants/adolescents.

Immigration et protection des frontières

Le discours de 2026 réaffirme la priorité absolue donnée à la mise en œuvre intégrale du Pacte sur la migration et l’asile (adopté en 2024), présenté comme le cadre légal et opérationnel pour répondre aux défis migratoires de l’UE. Le Renforcement des frontières extérieures avec une Agence européenne pour l’asile (EASO) dotée de moyens humains et financiers accrus.

Le doublement des effectifs de FRONTEX, qui est en charge de sécuriser les frontières extérieures des pays de l’UE. Soulignons une baisse de 55% des traversées irrégulières en 2025-2026.

D’autre part, un renforcement des contrôles aux frontières internes, faisant partie de l’espace Schengen surtout pour les pays sous pression, soit l’Italie, la Grèce et l’Espagne, est pleinement opérationnel.

Des accords de réadmission renforcés avec les pays tiers (Tunisie, Maroc, Égypte et Turquie) pour les migrants en situation irrégulière ont été négociés. Il s’agit de conditionnalités pour les fonds européens, ceux-ci sont rattachés au respect des engagements concrets pris par les pays tiers concernés.

Conclusion :

La Présidente von der Leyen a terminé son discours par un ultimatum politique :

« Pour les États membres : “Soit nous restons divisés et vulnérables, soit nous choisissons l’unité et la force collective.”

Pour les citoyens : “L’Europe n’est pas un projet du passé, mais une promesse pour l’avenir.

Investissez, innovez, et défendez-la.”

Pour le monde : “L’Europe sera un partenaire fiable, mais jamais un acteur faible.”

“L’Europe n’est pas une option. C’est notre avenir. Et cet avenir se construit aujourd’hui.” »

Ursula von der Leyen