Le service militaire obligatoire en France a existé pendant environ 125 ans, de 1872 à 1997.

Par Christian, membre de la Commission Défense & Relations internationales

  • 1798 : début d’ébauche avec la loi Jourdan, qui instaure la conscription sous la Révolution, mais de façon très irrégulière et non structurée.
  • 1872 : instauration d’un service militaire universel et obligatoire, à la suite de la défaite de 1870 contre la Prusse.
  • 1905 : service militaire obligatoire de 2 ans, sans possibilité d’exemption pour tous les hommes valides, même si des passe-droits ont pu exister avec des « achats » de conscrits par des familles aisées.
  • 1913 : le service militaire passe à 3 ans en raison des tensions européennes et des risques de guerre récurrents.
  • Années 1960-70 : le service militaire est réduit de manière progressive à 16 mois, puis à 12 mois. Il y avait la possibilité d’effectuer un service militaire long, jusqu’à 36 mois, souvent en FFA ou outre-mer.
  • 1997 : Jacques Chirac annonce la suspension du service national obligatoire.
  • 2001 : c’est la fin officielle et définitive du service militaire obligatoire en France.

Depuis, il a été remplacé par la Journée défense et citoyenneté (JDC), une journée d’information et de sensibilisation obligatoire pour tous les jeunes de 16 ans. De nombreux débats récurrents et animés sur son rétablissement ont été lancés, notamment avec le projet de Service national universel (SNU), lancé en 2019, mais ce dispositif reste à ce jour facultatif pour la majorité des jeunes.

La situation actuelle

La conscription est suspendue, et non abolie, depuis la loi de 1997 sous Jacques Chirac, qui a professionnalisé les armées. Elle peut donc être réactivée par une simple procédure législative. Le 27 novembre 2025, Emmanuel Macron a annoncé la création en 2026 d’un service militaire volontaire (SMV), remplaçant le SNU (Service national universel), qui est mis en extinction au 1er janvier 2026.

Les six scénarios envisagés (Haut-Commissariat au Plan, mai 2025)

La note du Haut-Commissariat au Plan du 5 mai 2025 propose 6 pistes avec 2 axes : service civil ou militaire, et engagement volontaire ou obligatoire :

  • Service militaire volontaire : 6 mois, 10 % d’une classe d’âge : coût : 1,7 milliard €/an
  • Service militaire obligatoire hommes uniquement : 6 mois, 300 000 appelés : coût : 7,2 milliards €/an
  • Service militaire obligatoire hommes et femmes : 6 mois, 600 000 appelés : coût : 14,5 milliards €/an
  • Une solution hybride (la piste favorite du HCP) : service civil obligatoire (5 mois) + service militaire volontaire de 3 mois pour 10 % : coût intermédiaire à ce jour non chiffré : estimation entre 5 et 8 milliards €/an

Rétablir un service militaire obligatoire universel représenterait un budget annuel de 15 milliards d’€, sans compter les infrastructures à créer. Les casernes ont été soit détruites, soit transformées en logements sociaux, facs, IUT, etc. Le coût des terrains à acheter ainsi que les délais de construction (estimation entre 5 et 10 ans) n’ont pas encore été évalués ; les estimations basses seraient de l’ordre de 25 milliards d’€, un budget totalement hors sol compte tenu de l’état de nos finances publiques. La constitutionnalité d’un service civil obligatoire hors motif de défense est incertaine et problématique. Des questions juridiques, philosophiques et sociétales se posent aussi pour les jeunes au-delà de 16 ans. Plusieurs partis politiques sont farouchement opposés au rétablissement du service militaire : LFI, Parti communiste, Écologistes, Parti socialiste ? L’armée professionnelle actuelle a des besoins en qualité, pas en masse, car les appelés nécessitent un encadrement coûteux et chronophage en termes de formation, sans oublier le nombre d’encadrants à mettre à disposition pour les formations initiales, et tout le matériel mis à disposition : tenues, armement, cartouches, éléments dont nous manquons cruellement depuis de nombreuses années, ce qui est à ce jour impossible. L’armée et la gendarmerie font face à un nombre croissant et alarmant de démissions de cadres expérimentés : conditions de travail, rémunérations, considération de la hiérarchie, tensions avec la population, etc. Selon un sondage Ipsos-CESI de mars 2025, 86 % des Français sont favorables au retour d’un service militaire sous une forme ou une autre. Mais seulement 53 % sont favorables à un service obligatoire : 32 % le voudraient pour les deux sexes, et 21 % uniquement pour les hommes.

  • Mais aucun des Français interrogés n’est prêt à voir ses impôts augmenter pour financer le rétablissement du service militaire.

Le contexte européen

  • Depuis 2015, quatre pays européens ont réinstauré le service militaire obligatoire : la Lituanie (2015), la Suède (2017), la Lettonie (2024) et la Croatie (2025). Au total, dix pays de l’UE ont aujourd’hui un service militaire obligatoire. Plusieurs autres pays, comme l’Allemagne, la Pologne et la Belgique, ont relancé le débat.
  • Ce mouvement s’explique directement par le contexte géopolitique : la guerre en Ukraine et les tensions avec la Russie poussent les États à revoir leur posture défensive.

Le modèle suédois souvent cité comme référence

En Suède, tous les jeunes répondent à un questionnaire, 30 000 passent des tests d’aptitude, et seulement 8 000 (8 % d’une classe d’âge) sont finalement enrôlés pour 4 à 11 mois. Ce modèle de conscription sélective allie obligation de recensement et sélection par les armées selon leurs besoins réels. C’est une solution médiane, mais fort intéressante et moins coûteuse pour les finances publiques. En résumé, la France a choisi pour l’instant la voie du volontariat renforcé (SMV 2026), évitant les 7 à 15 milliards d’euros qu’exigerait un service obligatoire, tout en gardant la porte ouverte à une montée en puissance progressive si le contexte sécuritaire l’imposait.

Un sondage Ipsos-CESI de mars 2025 révèle que 86 % des Français sont favorables à un retour du service militaire. Mais cette adhésion massive cache une fracture : seulement 53 % souhaitent qu’il soit obligatoire, tandis que les autres préfèrent un engagement volontaire ou civique. Un sondage du think tank Destin commun pour Ouest-France confirme que 61 % des Français se disent favorables à une forme de service militaire obligatoire, mais avec de très fortes disparités selon les profils. C’est la fracture la plus nette. Les jeunes de 18-24 ans, directement concernés, se montrent nettement moins enthousiastes (40 % favorables) que les générations plus âgées (50-64 ans : 80 %, 65 ans et plus : 71 %). Les jeunes générations, n’ayant jamais connu l’obligation du service militaire, ne perçoivent pas son utilité immédiate. Pour beaucoup, cette contrainte serait un frein dans un parcours académique ou professionnel déjà semé d’embûches : perte de plusieurs mois dans le cursus scolaire ou universitaire, perte financière en cas de travail déjà trouvé, déconnexion avec le monde des études ou socioprofessionnel.

Dans l’hypothèse d’un service obligatoire, la proportion de favorables tombe à 41 % chez les moins de 35 ans, les premiers concernés. 1 jeune sur 2 croit possible une guerre sur le sol français, et 6 jeunes sur 10 se déclarent prêts à s’engager en cas de conflit majeur. L’armée jouit auprès de cette génération d’un niveau de confiance très élevé, là où presque toutes les autres institutions sont frappées par la défiance, notamment la police, la justice et même désormais l’Éducation nationale. Les Français rejettent massivement toute contribution financière accrue pour financer ce réarmement. La hausse des impôts reste une ligne rouge infranchissable pour la majorité, quelle que soit la tranche d’âge des personnes interrogées, tout comme la baisse des prestations sociales ou le report de l’âge de la retraite, sujet ô combien sensible et prégnant depuis quelques mois.

En d’autres termes : oui au service militaire, mais non à l’effort financier qu’il implique. C’est là que le bât blesse, car sans financement (quelle que soit la source), le service militaire restera un vœu pieux dans un dossier au fond d’un carton rangé sur une étagère dans une armoire d’un quelconque ministère.

L’opinion publique française est favorable au principe du service militaire, mais se divise profondément sur le caractère obligatoire, avec un fossé net entre les générations (les aînés pour, les jeunes beaucoup plus réservés, voire parfois hostiles), et entre la droite (très favorable) et la gauche (majoritairement opposée). Le gouvernement a tranché en faveur du volontariat pour l’instant, tout en laissant ouverte la porte de l’obligation en cas de crise majeure.