Par un membre du cabinet

Longtemps associés à une forme de grand banditisme que l’on pensait en recul, les enlèvements et séquestrations connaissent depuis l’été 2023 un regain en France.

Derrière cette recrudescence se dessine surtout une évolution des pratiques criminelles. Le trafic de stupéfiants occupe une place centrale dans le phénomène, tandis que de nouvelles formes d’extorsion apparaissent, notamment autour des cryptomonnaies.

Les victimes elles-mêmes évoluent. Aux acteurs directement impliqués dans les trafics s’ajoutent désormais des détenteurs de cryptoactifs, des entrepreneurs ou encore leurs proches.

Enlèvement, séquestration, torture, diffusion de vidéos, menaces exercées sur les familles : la violence n’est plus seulement une conséquence des affrontements entre réseaux. Elle devient un instrument au service de l’économie criminelle.

1.Une pratique ancienne qui fait son retour

L’enlèvement contre rançon pourrait apparaître comme une pratique criminelle ancienne, associée à des modes opératoires que l’on pensait progressivement marginalisés. Pourtant, depuis quelques années, cette forme de criminalité connaît un regain préoccupant en France, sous des formes renouvelées.

Les chiffres permettent de mesurer le phénomène. Selon les données 2025 de l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), trois kidnappings ont lieu en moyenne chaque semaine sur le territoire. Au total, 146 faits ont été recensés sur l’année.

Les stupéfiants constituent le premier mobile identifié avec 45 % des cas, devant l’extorsion (23 %), les avoirs en cryptomonnaies (15 %), les différends financiers (10 %), le proxénétisme (4 %) et les affrontements entre bandes (3 %).

Le trafic de stupéfiants apparaît donc comme le principal moteur de cette résurgence.

Mais le phénomène dépasse désormais le seul cadre du narcotrafic. Les méthodes traditionnellement associées au banditisme et aux réseaux de stupéfiants se diffusent vers d’autres formes de criminalité. L’enlèvement et la séquestration retrouvent ainsi une place dans l’arsenal criminel, avec des cibles, des motivations et des modes opératoires renouvelés.

2. De nouvelles victimes, de nouveaux moyens de pression

Les modes de fonctionnement ont changé. Ils ont évolué et se sont élargis par la nature même de leur mise en œuvre. Ils se sont, si l’on peut employer ce terme, professionnalisés.

Auparavant, les règlements de comptes visaient quasiment uniquement les acteurs directement concernés et impliqués dans les réseaux. Désormais, la victime peut devenir un moyen de pression : trafiquant rival, débiteur, détenteur de cryptoactifs, entrepreneur, mais également parent ou conjoint de la personne réellement ciblée.

Le narcotrafic produit ainsi une criminalité de représailles à forte visibilité, dont les victimes ne sont plus seulement des acteurs du milieu.

Les cryptorapts illustrent particulièrement cette évolution. Plusieurs affaires ont consisté à enlever non pas directement le détenteur des actifs, mais un membre de sa famille afin d’obtenir le versement d’une rançon.

Dans une affaire survenue fin 2024, le père d’un influenceur a ainsi été enlevé après la séquestration du couple à son domicile. Il a ensuite été retrouvé dans le coffre d’un véhicule à plusieurs centaines de kilomètres.

Les enlèvements visant des détenteurs de cryptomonnaies sont d’ailleurs le segment qui progresse le plus rapidement : 56 faits ont été recensés en 2025, contre 21 deux ans plus tôt. Depuis janvier, une douzaine de dossiers ont également été confiés à la brigade de répression du banditisme pour la seule agglomération parisienne.

3.La violence change de fonction

C’est aussi la fonction même de la violence qui prend un tournant et revêt désormais une dimension plus large.

Elle permet de contraindre, d’intimider, d’obtenir une rançon, mais également de terroriser l’entourage. Le recours à la vidéo en est une illustration : désormais largement utilisée, elle permet d’accroître la pression exercée sur les proches.

La violence n’est donc plus seulement une conséquence de l’affrontement entre réseaux. Elle devient un moyen de pression à part entière.

4.La question pénitentiaire au cœur du problème

Le sujet est particulièrement intéressant à étudier sous l’angle de la sécurité intérieure, car cette évolution renvoie directement à la question pénitentiaire.

L’enlèvement peut être exécuté par de petites mains tandis que le commanditaire demeure à distance, parfois à l’étranger, parfois même en détention.

La demande de sécurité rejoint alors directement la problématique carcérale : comment expliquer la persistance de ces phénomènes ? Et surtout, comment neutraliser durablement ces réseaux lorsque l’incarcération ne suffit plus à interrompre les capacités de commandement de leurs dirigeants ?

Aujourd’hui, l’enjeu n’est donc plus uniquement d’incarcérer les narcotrafiquants, mais également d’empêcher la poursuite de l’activité criminelle depuis la détention.

Les suites données aux dossiers de cryptorapts et la place prise par ce phénomène dans le débat sur l’isolement des narcotrafiquants détenus seront, à ce titre, particulièrement intéressantes à suivre.

Sources :

https://www.20minutes.fr/monde/4212191-20260317-ain-cinq-suspects-arretes-apres-cryptorapt-pere-influenceur-2024?utm_source=chatgpt.com

https://www.leparisien.fr/faits-divers/rancon-torture-et-video-linquietant-retour-en-force-des-enlevements-sequestrations-21-09-2026-VMU2B2LLOJBATAVDNAIJSIUNM4.php