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Attentat à Sydney, ce que l’on sait

By Sécurité/Justice

– Par Aurélien Jean, membre du CRSI

1. Ce que l’on sait des faits

  • Date : dimanche 14 décembre 2025, 18h47 (07h47 GMT).
  • Lieu: Bondi beach, ville de Sydney, Nouvelle-Galles-du-Sud (NSW -Australie) (localisation exacte ici).
  • Evènement particulier à ce lieu et cette heure : célébrations de la fête juive de Hanoukkah, qui dure usuellement huit jours et est aussi appelée « la fête des lumières juive ».
  • Nombre de victimes : 15 morts, dont une fille de 10 ans, un citoyen français et un survivant de la Shoah, et 42 blessés(dont 23 encore hospitalisés).
  • Réponse des services de secours et de police : réponse rapide, connaissance dès le départ de la notion d’armes à feu, d’une fête juive et de multiples victimes. L’application des procédures visant à limiter le déplacement des terroristes, les isoler, et à prioriser l’évacuation des personnes semble avoir été effectuée dans les règles. Deux agents de police ont en outre été blessés dans l’échange de tirs dont l’un, en service depuis quatre mois à peine, a été atteint deux fois et a perdu l’usage d’un œil. Au total, 328 policiers ont été mobilisés sur cette intervention.

Les assaillants étaient postés sur un pont afin de pouvoir tirer sur les fidèles rassemblés en contrebas, sur une esplanade, et ont déambulé afin de commettre leurs assassinats. L’une des armes utilisées semble être un fusil de chasse2 tandis que des vidéos montrent le père – bien moins à l’aise que le fils -manier un fusil à pompe.

Pendant l’attentat, un acte de courage d’un passant a été particulièrement remarqué. Ahmed al Ahmed (A3), commerçant de 43 ans d’origine syrienne installé en Australie depuis plusieurs années, s’est interposé et a réussi à désarmer l’un des individus (le père) en le prenant de dos. Ce dernier a toutefois reculé et a pu aller récupérer sur le pont une autre arme. A3 a été blessé par la suite et transporté à l’hôpital.

A noter une augmentation des actes antisémites en Australie depuis le 7 octobre 2023 (2000+ en 2023-2024 et 1650+ en 2024-2025), soit quatre à cinq fois plus que les niveaux recensés avant l’automne 2023.

 

2. Ce que l’on sait des auteurs

  • Sajid Akram (SA) –le père –50 ans -abattu par la police. Arrivé en Australie en 1998 avec un visa étudiant, transformé en 2001 en un visa de résidence pérennisé par la suite, commerçant primeur. En tant que membre d’un club de tir, il était titulaire –légal et sans histoire – d’un permis pour six armes à feu, qui ont toutes été utilisées. La licenceavait été délivrée en 2023 (première tentative en 2015 rejetée car il manquait une photo d’identité au dossier). Le passif de son fils ne semble pas avoir été pris en compte.
  • Naveed Akram (NA) –le fils –24 ans -grièvement blessé et transporté à l’hôpital dans un état critique tout en restant sous surveillance policière renforcée. Né en Australie, maçon au chômage. En 2019, son attitude avait éveillé l’attention du JCTT, un organe de surveillance des profils potentiellement terroristes qui rassemble servies de renseignement, police fédérale et polices des Etats fédérés. A l’époque, le tout jeune majeur n’avait néanmoins pas été catégorisé comme pouvant représenter une menace imminente ni même que sa radicalisation était avancée.

Malgré le fait qu’ils semblent avoir prêté allégeance à l’EI, aucune preuve de complicité n’existe à ce stade, ni d’appartenance claire à une organisation structurée. Ils vivaient dans l’Etat de NSW. Dans la voiture des assaillants, et en plus des armes et des munitions ayant servi à la fusillade, des engins explosifs artisanaux et deux drapeaux de Daesh ont été retrouvés.

Les motivations semblent donc être clairement de nature terroriste et islamiste, dixit le PM australien (Anthony Albanese). Les deux individus avaient suivi en 2019 des cours de récitation du Coran (Tawjeed), ce qui avait valu au fils d’apparaitre dans les radars des services de renseignements australiens (ASIO). Ceci, en raison du lien de ces cours avec deux membres de l’Etat islamique arrêtés en 2019, entre autres pour propagande et projet d’acte terroriste en Australie. Les deux individus sont, d’après la chaine australienne ABC, Isaac El Matari auto-déclaré commandeur de l’EI dans le pays – et Radwan Dakkak; et dorment actuellement en prison. La presse et les réseaux sociaux mentionnent en outre nommément l’Institut Al-Murad de Sydney, qui organise des activités en lien avec la « connaissance » du Coran et délivre même des attestations de réussite en ce sens. L’un des imams ayant enseigné à SA, Sheikh Adam Ismail, précise condamner les actes et n’est, lui, pas inquiété par les autorités.

D’après le Guardian, le fils a aussi eu des liens avec plusieurs mouvances de prédication islamique :

  • En 2019, il participe à un groupe de prédication de rue (street Dawah movement) visant à promouvoir l’islam aux passants. Une vidéo YouTube (depuis supprimée) le montre affirmant à deux adolescents que la prière et les cinq piliers de l’islam sont « plus importants que tout le reste. Le travail, les études ». Il distribuait aussi des tracts. Le mouvement en question précise que SA n’a jamais été membre du groupe mais participait « activement [aux] programmes de sensibilisation à la foi musulmane, organisés par des bénévoles le dimanche » et « s’était porté volontaire pour réaliser une vidéo ».
  • Des liens ont également été établis entre SA et le prédicateur islamiste radical Wisam Haddad. L’avocat de ce dernier nie cependant tout lien ou toute connaissance de son client avec l’attentat. Pour rappel, Wisam Haddad avait vu plusieurs de ses publications sur les réseaux sociaux être supprimées par la justice en raison de leur caractère raciste et antisémite.

De plus, les services australiens pensent que le père et son fils ont suivi en novembre 2025 un entrainement de type militaire dans le sud des Philippines–ce que les autorités locales ont confirmé. Arrivées le 01/11/25via un vol opéré par une compagnie philippine, ils sont repartis vers Sydney (via Manille) le 28/11/25. Si le fils a utilisé son passeport australien, le père est entré aux Philippines avec des papiers indiens. Cette région, notamment la ville de Davao, est connue pour être un foyer d’extrémisme djihadiste ; ayant déjà donné lieu à de très violents affrontements entre terroristes et forces de sécurité par le passé. L’île de Mindanao abrite notamment depuis les années 1990 des camps d’entrainements islamistes précédemment installées en zone afghano-pakistanaise. Les raisons précises du voyage, son déroulé et les personnes rencontrées à cette occasion sont encore en cours d’investigation.

 

3. Ce que l’on sait des suites

Les deux individus avaient déclaré à leurs proches s’absenter pour un week-end de pêche, et avaient loué sur Airbnb une résidence à 40 minutes du lieu de la fusillade (Brighton avenue, Sydney). Des caméras de surveillance ont filmé leur départ permettant de reconstituer leur itinéraire. La famille et le voisinage ne semblaient manifestement au courant de rien. Des perquisitions ont été menées par la police australienne au domicile des auteurs (Bonnyrigg, sud-ouest de Sydney) ainsi qu’au airbnb et des membres de la famille ont été interrogés.

En matière judiciaire, le fils – seul survivant – a formellement été inculpé le 17 décembre 2025 de 59 chefs d’inculpation dont 15 pour assassinat, 40 pour blessures volontaires et une pour acte de terrorisme. Ceci, alors que les premières funérailles ont pu se tenir.

L’attentat a relancé le débat sur la possession d’armes en Australie. Ceci alors que le pays compte 4 millions d’armes (15 pour 100 habitants) mais qu’il n’y a pas de chiffres officiels sur le sujet. Le PM veut ainsi durcir la possession d’armes à feu en pointant le fait que la radicalisation peut intervenir rapidement, et donc que les licences de possession ne devraient plus être délivrées à vie. Il est aussi évoqué la limitation du nombre d’armes détenues par personne, le conditionnement de l’acquisition à la citoyenneté australienne ou encore l’accélération des travaux autour du registre national des armes à feu. Aussi, des initiatives prises dans les Etats fédérés peuvent se révéler insuffisantes, faute de coordination et de partage d’informations (permis de détention d’armes, d’achat de munitions…). Au global, la politique australienne en matière de contrôle de la circulation des armes est moins stricte qu’en Europe.

L’ensemble de la classe politique australienne s’accorde sur la lutte contre les extrémismes et l’antisémitisme. Seule la droit radicale – One Nation Party – appelle à accélérer l’emprisonnement de « n’importe qui qui sympathise avec l’islamisme radical ». Les réactions des dirigeants internationaux sont, sans surprise, unanimes – déplorant et condamnant l’attentat.

Au-delà du choc mondial et des scènes de fraternité interreligieuse en Australie, notamment via des rassemblementsspontanés, le pays cherche des réponses à ses questions. En attendant, il a trouvé en A3 un héros qui a réussi, sans doute, à sauver plusieurs vies par son acte. La famille du policier sérieusement blessé veut aussi louer son courage et les difficultés de sa reconstruction physique et mentale.

Rappelons que, pour l’Australie, il s’agit de la pire tuerie depuis le massacre de Port Arthur en 1996.

La Fabrique du budget européen

By Economie

La Fabrique du budget européen, un édifice complexe, très politique, âprement négocié … mais insuffisamment doté ?

  • Par Aurélien Jean, membre du CRSI

* Les propos évoqués à la présente production relèvent de l’entière responsabilité de l’auteur et n’engagent d’aucune manière une quelconque institution

« I want my money back ». Bien plus que toute autre chose, ces quelques mots de Margaret Thatcher au conseil européen de Fontainebleau (1984) peuvent symboliser à la fois les relations entre Londres et Bruxelles au temps de l’avant-Brexit et les relations des Etats-membres (EM) vis-à-vis de l’édifice communautaire qu’ils financent. Les considérants budgétaires sont en effet souvent les plus âpres, car seuls eux déterminent les capacités d’action concrètes d’un ensemble technique et/ou administratif. Il n’y a qu’à voir la difficulté de certaines ONG à survivre une fois les subsides d’USAid coupés – voire même de l’OMS, soumise elle aussi à la foudre du gouvernement américain.

Concernant l’Europe, son calendrier a ceci de particulier qu’il mixe de manière assez surprenante parfois des considérations de très court terme et d’autres enjambant allègrement la prochaine décennie. Dans la première catégorie, figure par exemple la présidence tournante du Conseil européen – six mois par Etat-membre (EM). Ainsi, comme chaque EM à ce poste, le Danemark, qui a tenu les rênes au second semestre 2025, a révélé son programme de travail. Chypre a pris la suite. Sécurité et compétitivité, dans la droite lignée des priorités en cours et sans réelle surprise au regard du contexte international – coordination entre présidences tournantes faisant. Pour les affaires intérieures, cela signifie une emphase portée sur la lutte contre l’immigration irrégulière, le crime organisé et le trafic de drogue. Ce focus particulier s’est notamment matérialisé par de nouvelles initiatives dans ces matières ainsi qu’un compromis significatif trouvé en décembre 2025 sur les questions migratoires et du retour des clandestins.

Dans la deuxième catégorie, celle du temps long, la Commission européenne a révélé le 16 juillet 2025 son projet de Cadre Financier Pluriannuel (CFP, ou Multiannual Financial Framework – MFF – en anglais) – et dont Copenhague a dû traiter les premières réactions et tractations. Ce CFP, conçu pour donner le ton des politiques sectorielles européennes pour les années 2028 à 2034, régit l’ensemble des financements européens accordés à chaque pays, ventilés selon les priorités politiques. Cohésion, agriculture, sécurité, migration, action extérieure, administration européenne… autant d’objets dont le financement de demain se débat dès maintenant. Littéralement. La procédure, longue et complexe s’il en est, demande en effet ce temps en amont afin de pouvoir rassembler les conditions nécessaires à son adoption et l’accord unanime des EM.

Afin de rentrer dans ce sujet complexe recouvrant de multiples aspects intrinsèquement liés entre eux (politique, institutions, regard national, priorités divergentes, etc.), il importe d’abord de mentionner qu’il n’y a pas « un » budget. C’est en effet un édifice à deux têtes, technique autant que politique et en constante discussion (I), au montant conséquent mais en réalité assez faible au regard de ce à quoi il est censé répondre (II). In fine, il est à la conjonction des défis politiques et institutionnels de l’UE et en dit plus que n’importe quel autre texte sur la manière dont s’envisage l’Europe des années 2030 (III).

I – Le budget, c’est qui, c’est quoi, cela se forme comment ?

A – Rapide historique du budget européen

Sur le budget pluriannuel

La nécessité de penser le budget européen sur une plus longue période que la simple annualité comptable classique remonte aux années 1980. Trente ans après les premiers traités établissant la CECA – et donc les premières ressources européennes – l’écart de plus en plus important (et inquiétant) entre les ressources disponibles et les besoins budgétaires réels des institutions pour les programmes communautaires est devenu de plus en plus difficile à gérer. Disposer de perspectives financières pluriannuelles avait donc un triple objectif : apaiser les relations entre institutions, améliorer la discipline budgétaire des différentes institutions et optimiser la mise en œuvre des ressources budgétaires via une meilleure planification. Le premier accord interinstitutionnel (AII, dit « paquet Delors I ») a été conclu à cet effet en 1988 et était prévu pour cinq ans (1988-1992).

Portant le nom du Président de la Commission d’alors, il ambitionnait de dégager les ressources nécessaires pour accompagner la mise en œuvre de l’Acte unique européen, et ce alors que l’approfondissement de l’intégration communautaire se profilait pour le début de la décennie suivante. Un nouvel AII a pris la suite du précédent en 1993 et jusqu’en 1999 (le «Paquet Delors II»). Lors de n’être qu’une simple continuité du précédent AII, ce nouveau paquet a permis le doublement des Fonds structurels et l’augmentation du plafond des ressources propres. Le troisième AII, pour la période 2000-2006 (l’«Agenda 2000»), a été signé le 6 mai 1999 avec pour objectif majeur de garantir les ressources nécessaires pour financer l’élargissement de 2004 puis de 2007. Le quatrième AII, couvrant la période 2007-2013, a été conclu le 17 mai 2006.

Le traité de Lisbonne (2007, entré en vigueur en 2009) a fait du CFP un règlement du Conseil devant être adopté à l’unanimité, et non plus un simple AII – ce qui augmente sa valeur juridique. Par ailleurs, inséré dans le cadre d’une procédure législative spéciale distincte des textes « ordinaires », il est soumis pour examen au Parlement européen, qui appose son avis. Pour ce qui concerne le CFP actuel (2021-2027), celui-ci a formellement été adopté en décembre 2020. Le prochain CFP devra donc être approuvé au plus tard en décembre 2027 pour une mise en place début 2028.

Sur le budget annuel

Concernant le budget annuel, aux premiers temps de l’Europe, la situation était simple puisque le Conseil avait l’entièreté des pouvoirs d’approbation (la Commission, comme aujourd’hui, ne faisait que présenter une copie de base). Deux traités ont modifié cet état de fait :

  • En 1970, le Parlement obtient le dernier mot sur des dépenses dites « non obligatoires », c’est-à-dire celles qui ne résultent pas des obligations instituées dans les traités (8% des fonds à l’époque, 60% en 2010). Cette avancée est incluse dans l’accord dit « de Luxembourg » qui a également vu la naissance officielle du système de « ressources propres ».
  • En 1975, une évolution nette intervient puisque le PE peut rejeter l’ensemble du budget.

Après le traité de Lisbonne, la procédure budgétaire a été simplifiée et rendue plus lisible et transparente. La distinction entre dépenses obligatoires et non obligatoire a été supprimée et le nombre de lectures dans chacune des institutions a été ramené à une seule au lieu de deux.

B – Un budget qui repose sur un programme pluriannuel, fruit d’un compromis entre Parlement et Conseil, et qui se décline annuellement.

Le budget pluriannuel

Le budget part tout d’abord d’une proposition de la Commission effectuée plusieurs années avant la date prévisionnelle d’entrée en vigueur du nouveau CFP. Celle-ci est plutôt libre sur la forme et peut proposer des thématiques, domaines, actions et stratégies à sa discrétion – pourvu que cela rentre dans le cadre de ses pouvoirs et que la période soit d’au moins cinq ans. De même, à ce stade, elle a la discrétion sur les montants qu’elle espère voir alloués pour chaque programme ou ensemble de programme. Plus qu’un simple document, il s’agit en réalité d’un « paquet » composé de plusieurs documents, dont au moins deux cruciaux :

  • Le règlement fixant le cadre et les montants du CFP en tant que tel – il s’agit donc du total des dépenses envisagées ;
  • La décision relative aux ressources propres, qui fixe, elle, la provenance des ressources servant à financer les dépenses. Souvent moins scrutée à sa sortie que le règlement-cadre, elle n’en reste pas moins le document le plus instructif et non le moins débattu entre les EM.
  • Des programmes sectoriels divers selon la matière considérée (PAC, JAI…).

Ensuite, la Commission perd l’initiative au profit du Conseil, qui se charge des travaux au sein de sa formation des affaires générales. Elle reste associée au processus, naturellement, mais l’arbitrage se situe dans les mains des EM. Débute alors un long processus composé de tractations, de prises de positions plus ou moins officielles et/ou médiatisées et de nombreuses réunions entre les représentants permanents des EM. Ces derniers sont les équivalents des « ambassadeurs » des EM auprès de l’UE et se réunissent en COREPER – le comité des représentants permanents – afin d’arbitrer les points de discorde. Si un point est trop politique ou voit s’affronter des positions par-là trop éloignées pour être traitées à ce niveau hiérarchique, le « conflit » remonte au niveau du Conseil de l’UE (les ministres compétents en ces matières). In fine, les grandes caractéristiques, orientations et arbitrages décisifs pour le CFP – de même que l’adoption formelle de la position – ont lieu en Conseil européen, rassemblant les Chefs d’Etat et de Gouvernements. Point important, le CFP fixe le montant total des crédits par catégorie, mais aussi leur déclinaison annuelle – ce qui influe directement

La négociation du CFP se fait via une procédure spéciale, prévue par les traités (article 312 TFUE), et qui voit un pouvoir fort du Conseil, le Parlement étant plus en retrait sans être absent. Si les deux principaux textes mentionnés supra requièrent l’unanimité des EM au Conseil, une légère différence intervient sur la place du Parlement :

  • Pour le règlement fixant le CFP, le PE a un pouvoir d’approbation : il peut approuver ou rejeter le texte proposé mais sans pouvoir déposer d’amendement. C’est un « vote bloqué » en quelque sorte. En revanche, le Conseil ne peut passer outre l’avis du PE, ce qui l’oblige à présenter une copie suffisamment satisfaisante pour emporter l’adhésion des eurodéputés. A titre subsidiaire, l’approbation intervient aussi pour l’adhésion/retrait d’un EM de l’UE, pour certains accords internationaux ou en cas de violation des droits fondamentaux (article 7 TUE).
  • La décision sur les ressources propres ne requiert qu’un simple avis du PE. En clair, celui-ci peut approuver, rejeter, faire des propositions d’amendements, etc. Mais, si le Conseil ne peut statuer sans l’avoir reçu, il ne sera pas contraint par cet avis. En revanche, une ratification par tous les EM est impérative avant l’entrée en vigueur – ce n’est donc pas forcément plus simple à obtenir…
  • Quant aux programmes sectoriels, ceux-ci sont traités selon une procédure législative ordinaire, donc avec un pouvoir du PE plus grand – en revanche, les aspects financiers dépendent du résultat des négociations du CFP.

La déclinaison annuelle

Une fois le montant global connu par année et par programme dans le CFP, il faut décliner le budget sur une base annuelle. Celui-ci peut varier par rapport aux CFP, suivant les orientations politiques et les priorités, a fortiori lorsque le cadre du CFP n’est pas du tout corrélé avec les élections européennes. De même, pour le budget annuel, le Parlement a une plus grande place – et un pouvoir équivalent à celui du Conseil. L’article 314 du TFUE définit en détail la procédure suivie :

  • La présentation du projet de budget par la Commission, au plus tard pour le 1er septembre mais souvent avant afin de tenir compte des différents délais de la procédure. Quelques points peuvent toutefois être modifiés par la suite, en cas de développements imprévus, mais obligatoirement avant la phase de conciliation.
  • L’adoption de la position du Conseil se fait avant le 1er octobre (souvent avant, par exemple dès l’été). Elle est explicitée afin de fournir au PE l’intégralité des motifs qui ont présidé à l’élaboration de cette position.
  • La lecture au Parlement doit se tenir dans un délai de 42 jours après transmission au Conseil. Il peut approuver, s’abstenir ou proposer des amendements. En cas d’abstention, le budget est réputé adopté. En cas d’amendements il est renvoyé au Conseil (et à la Commission à titre subsidiaire).
  • La conciliation et l’adoption finale vient donc en cas d’amendements (ce qui, en pratique, est toujours le cas). Cette phase a 21 jours pour aboutir et se statue à la majorité qualifiée des représentants du Conseil et à la majorité de ceux du PE. Pendant cette phase, la Commission est présente et a pour but de faciliter la conciliation – ce qui est grosso modo un rôle similaire à celui qu’elle adopte pendant les trilogues en procédure ordinaire.
  • Si aucun accord n’est trouvé, la Commission doit présenter un nouveau projet de budget. Si un accord est trouvé après les 21 jours mais avant le nouveau projet, les deux colégislateurs disposent de 14 jours pour entériner le texte. S’il n’est pas validé, la Commission devra effectivement présenter son nouveau projet de budget – et tout recommencera.

A noter que des budgets rectificatifs/supplémentaires peuvent être proposés. En effet, en cas d’événements inévitables, exceptionnels ou imprévus, la Commission peut mettre sur la table des projets de budgets rectificatifs modifiant le budget adopté pour l’exercice en cours. Ceux-ci sont soumis aux mêmes règles que le budget général.

Ainsi, pour le budget 2026, l’accord entre les colégislateurs puis l’adoption par chacun d’entre-eux a eu lieu en novembre 2025. Suivant une distinction qui existe aussi au national, le montant des autorisations d’engagement (accord pour dépenser – 192.8 milliards d’euros) diffère de celui des crédits de paiement (montant effectivement décaissé et payé – 190.1 milliards d’euros), en tenant compte de plusieurs centaines de millions d’euros en réserve en cas d’imprévus. Par rapport à la copie initiale, plus de 370 millions d’euros supplémentaires irrigueront la recherche, les réseaux de transport et d’énergie, l’environnement, la protection civile, la mobilité militaire, Erasmus ou encore la gestion des frontières.

Au global, plus de 23 milliards d’euros seront affectés au marché unique, 73 milliards d’euros pour les fonds de cohésion, 52.5 pour l’agriculture et l’environnement, 16.5 pour le voisinage et l’action extérieure et presque 4 milliards d’euros pour les politiques migratoires et de gestion des frontières. Les politiques de sécurité et de défense recevront plus de 2.25 milliards d’euros.

C – Un budget composé de plusieurs agrégations provenant de sources différentes

Les ressources propres « traditionnelles » et la TVA

La ressource propre par excellence du budget de l’UE repose sur les droits de douane perçus lors des importations de biens étrangers sur le territoire de l’Union, avec historiquement une prévalence des droits sur les produits agricoles. Elle représente environ 10 à 15% des recettes mais n’est récoltée qu’à hauteur de 75% par l’UE – le quart restant servant à couvrir les frais de perception engagés par les EM.

La ressource propre fondée sur la TVA repose sur le transfert d’une part du montant estimé de la TVA perçue par les États membres. Cette ressource était déjà prévue dans la décision de 1970, mais il a fallu attendre l’harmonisation des systèmes de TVA entre les États membres, en 1979, pour qu’elle soit collectée. A la suite d’une introduction progressive dans les années 1980, elle a vu les EM reverser 1% de leurs recettes de TVA, ce qui représentait 50% du budget de la CEE à l’époque. Actuellement, cette ressource représente environ 10 % des recettes des ressources propres. En corollaire, l’assiette n’a cessé de se réduire puisque la base prise en compte pour le versement de la TVA est passé de 55% du RNB de l’EM en 1988 à 50% en 1993. Plus encore, le « taux d’appel » des ressources TVA (c’est-à-dire le montant de la TVA récolté par l’EM – calculé uniquement sur le pourcentage retenu dans l’assiette) est passé de 1.4% en 1984 à 0.5% en 2003.

La ressource RNB, clé de voûte de l’architecture budgétaire européenne

La ressource propre fondée sur le RNB consiste en un prélèvement d’un pourcentage sur le Revenu national brut (RNB) des États membres fixé dans la procédure budgétaire annuelle. Cette ressource a été créé dans le « Paquet Delors I » afin d’équilibrer le budget communautaire alors que les ressources propres traditionnelles diminuaient et que les recettes issues de la TVA n’affichaient qu’une croissance timide. C’est l’exemple-type d’une contribution initialement d’appoint qui a grandi jusqu’à devenir indispensable à l’expansion des ambitions de l’UE. Aujourd’hui, et selon les années, cette ressource RNB représente entre les deux-tiers et les trois-quarts du budget européen. Chaque EM verse ainsi une contribution calculée sur son poids économique, mais qui se situe en général aux alentours d’un pourcent de la richesse nationale.

Cette ressource a représenté un véritable tournant dans l’architecture du budget européen. D’un équilibre auparavant fondé – ou à tout le moins souhaité – sur une nette prédominance des ressources propres « indépendantes » des EM, l’UE compte majoritairement sur les Etats-membres depuis plus de trente ans (leur part dans le financement du budget a triplé dans ce laps de temps).

Les autres ressources

Les autres recettes comprennent les impôts versés par le personnel de l’Union sur ses rémunérations, les contributions de pays tiers à certains programmes de l’Union (exemple de l’EEE ou du RU post-Brexit) ou bien les intérêts et les amendes payées par les entreprises qui enfreignent la législation de l’Union. En cas d’excédent, le solde de chaque exercice est inscrit au budget de l’exercice suivant en recette. Les autres recettes et ajustements, lus ensemble, représentent en règle générale entre 2 et 8 % du total des recettes.

Les emprunts représentent pour la période 2021-2027 une part importante du budget, bien qu’ils ne soient pas contenus officiellement dedans : ils sont catégorisés « hors-budget ». C’est une première, et une exception à la règle stricte qui prévalait (prévaut ?) jusqu’alors : le budget de l’Union ne peut pas être déficitaire et le financement de ses dépenses par l’emprunt n’est pas autorisé. Toutefois, afin de financer les subventions et les prêts octroyés par le « plan de relance » commun Next Generation EU, la Commission a été autorisée, de manière unique (one-shot), à emprunter jusqu’à 750 milliards d’euros (prix 2018) sur les marchés des capitaux. Toute nouvelle activité d’emprunt net doit cesser en 2026 et, ensuite, seules les opérations de refinancement seront autorisées. Toutefois, le remboursement de ces emprunts, lui, mobilisera bien des ressources incluses dans le budget de l’Union.

Enfin, d’autres ressources abondent les caisses de l’UE sans entrer dans la définition du budget. C’est principalement le cas des contributions de pays tiers servant à financer des politiques bien spécifiques : dépenses de la PESC ou du Fonds européen de développement (FED, servant à aider les pays dits « ACP » – Afrique, Caraïbes, Pacifique). Cela complémente les versements des EM pour ces mêmes programmes (inscrits au budget, eux).

La « nouvelle » ressource propre sur le plastique non recyclé

La ressource propre «plastique» a été introduite en 2021 et prend la forme d’une contribution nationale, c’est-à-dire un transfert direct depuis le budget des EM. Elle est calculée sur la base des quantités de déchets d’emballages en plastique non recyclés, avec un montant uniforme de 80 centimes d’euros par kilogramme. Néanmoins, des mécanismes adaptatifs sont, comme toujours avec l’UE, prévus : les contributions des États membres dont le RNB par habitant est inférieur à la moyenne européenne sont réduites d’un montant forfaitaire annuel correspondant à 3,8 kilogrammes de déchets plastiques par habitant. Ceci, afin de ne pas pénaliser les pays les plus pauvres de l’UE, majoritairement à l’Est et où les infrastructures ne sont pas toujours dimensionnées pour recycler de manière efficiente l’entièreté les déchets.

Les recettes générées par cette ressource représentent de 3 à 4 % environ du budget de l’Union. La forte inflation enregistrée depuis 2021 ayant « réduit la valeur réelle » issue de cette taxe, la Commission compte en augmenter le taux, actuellement fixé 0,80 €/kg, un montant forfaitaire. Une première augmentation aurait lieu en 2028, avant d’être indexée sur l’inflation chaque année.

D – L’ajout de la flexibilité : la révision à mi-parcours et le NGEU

La procédure de révision à mi-parcours n’est pas quelque-chose d’inné. Elle peut même apparaitre contraire à l’objectif initial des premiers AII. Néanmoins, elle s’est, plutôt récemment, imposée comme un complément utile voire indispensable aux CFP. En effet, le cinquième CFP, couvrant la période 2014-2020, a été le premier à enregistrer une diminution des montants globaux en termes réels – et ce dans un contexte difficile marqué par la crise de 2008 et celle des dettes souveraines. C’est pourquoi le Parlement a subordonné l’approbation du CFP à une révision obligatoire à mi-parcours, afin de pouvoir évaluer et ajuster les besoins budgétaires pour la période du CFP restante. L’accord a alors essentiellement permis une plus grande flexibilité et la conjonction des intérêts de chaque camp, particulièrement sur la question des ressources propres. Pourtant, cette façon de procéder a été conservée, puisqu’elle a eu lieu en 2023-2024 pour le CFP suivant.

La nouveauté cependant, c’est que dans le cadre de la révision du CFP 2021-2027 a, pour la première fois, été validé le principe d’une augmentation du montant global pluriannuel (alors que pour le MFF précédent, on redéployait des moyens à budget constant). Les plafonds de dépenses ont été rehaussés, avec par exemple: cinquante millions d’euros pour l’Ukraine, une augmentation des financements pour gestion des migrations et de l’action extérieure – respectivement 7,6 et 2 milliards d’euros- un financement additionnel pour la défense (dans le cadre de la plateforme STEP) ou encore une augmentation des financements des instruments spéciaux (réserve de solidarité en cas de catastrophe naturelle). Cela a aussi été l’occasion d’adapter les instruments budgétaires au programme NGEU avec, entre autres, des redéploiements de ressources. Enfin, malgré des montants en jeu inférieurs et une échelle de révision limitée par rapport à un CFP en bonne et due forme, les révisions à mi-parcours restent un texte budgétaire, et sont donc également âprement négociées.

II – Le budget semble de prime abord conséquent mais est en réalité insuffisant au regard de l’ampleur des tâches et des priorités affichées

A – Un budget qui repose surtout sur la contribution des EM, au détriment des intentions initiales

Il est bon de rappeler qu’à l’origine, la « ressource RNB » ne devait être perçue que si les autres ressources propres étaient insuffisantes pour couvrir les dépenses, et qu’il fallait donc les compléter pour tenir les engagements européens et surtout agricoles : jusqu’à trois-quarts du budget d’alors. Pourtant, au fil des ans, cette ressource – qui n’a rien de « propre » au sens où elle maintient l’UE sous le bon vouloir des EM – a fini par financer l’essentiel du budget de l’Union. La ressource fondée sur le RNB a triplé depuis la fin des années 1990 et représente actuellement environ 60 à 70 % des recettes des ressources propres.

Cette situation est complètement contraire aux intérêts de l’UE en ce qu’elle conduit à ce que son budget soit pour une large partie « sous perfusion » – et donc puisse, au moins conceptuellement, menacer la marge d’action et l’indépendance alléguée par rapport aux EM. La réalité est, heureusement, autre, mais la situation n’a rien de sain et ne participe pas à l’élaboration d’une situation claire. Elle alimente les revendications sur les « justes retours » et crée un système qui « ponctionne » pour redonner à l’EM d’une main le même argent qu’il lui a demandé de payer de l’autre. C’est schématique, et il ne faut pas non plus oublier la distinction contributeur/bénéficiaire, mais assez illustratif des expédients provisoires qui ont demeuré.

Il ne faut enfin pas omettre le fait que, même dans les pays les plus enclins à voir le CFP être revu substantiellement à la hausse, l’espace fiscal n’est pas infini. Pour la France voire l’Espagne, c’est même tout l’inverse, et une augmentation des budgets européens signifierait surtout une contrainte supplémentaire sur les ressources budgétaires nationales ; tant par les contributions plus importantes que par les moindres recettes tirées d’une potentielle augmentation du nombre de ressources propres. Une situation paradoxale puisque la France est elle-même sous le coup d’une procédure pour déficit excessive de la part de la Commission en raison de ses dépenses trop importantes.

B – Un budget qui ne représente qu’une fraction du PIB européen et qui ne peut couvrir l’ampleur réelle des besoins

Is €1.2T enough to save Europe? A travers cette simple interrogation, le journaliste de Politico Tim Ross résume le problème qui se pose à l’UE. Cette somme, bien que conséquente de prime abord, ne représente en réalité qu’un pourcent du PIB européen. A titre de comparaison, les dépenses publiques représentent 57% du PIB français et 48% du PIB allemand. De nombreux économistes et responsables politiques, estiment que ce chiffre est bien trop faible pour permettre un investissement des enjeux à la hauteur des défis auxquels l’Europe est confrontée. C’est d’ailleurs l’un des propos majeurs du rapport de septembre 2024 rédigé par l’ancien Premier ministre italien et ancien Président de la BCE, Mario Draghi. En France, le Président de la République ne dit pas non plus autre chose.

Le prochain budget européen aura en effet à relever un nombre important de défis : tensions commerciales, guerre aux portes du continent, nécessité du réarmement, compétitivité à retrouver, investissements à réaliser dans les technologies de rupture, etc. Le tout sans oublier les objectifs climatiques européens, les plus ambitieux et détaillés au monde à ce jour. Le CFP actuel est certes un budget pensé dans l’après-Covid et l’après-Brexit, donc censé être taillé pour les crises vécues par l’UE, mais l’ampleur, le dynamisme et la fréquence de celles-ci laissent entrevoir une inadéquation entre la période où ce CFP a été négocié et l’état actuel de la situation européenne et mondiale. Aussi, il faut prêter attention à la manière dont, quel que soit le montant, cet argent sera dépensé. En effet, le risque est grand de voir les fonds européens « saupoudrés » dans une myriade de projets différents voire concurrents et donc de ne pas réussir à créer un effet de levier suffisant pour placer un projet européen au niveau de succès espéré.

Si tous les EM sont d’accord sur le constat et la nécessité de réagencer les priorités à l’aune de la situation très évolutive dans laquelle nous naviguons, il y a à peu près autant de visions que l’EM. Entre la France, maximaliste avec son idée de doubler le budget européen et d’autres EM qui veulent à tout prix éviter toute augmentation, chacun avance ses idées. A titre d’illustration, l’OCDE estime qu’avec une augmentation « contenue » à 20 ou 30%, le budget européen représenterait 1.3% du PIB continental et aurait un poids bien supérieur pour agir. L’organisation recommande de se focaliser sur la défense et les projets transfrontaliers (réseaux électriques). De son côté, le très renommé et influent cercle Bruegel recommande ni plus ni moins que d’atteindre le seuil de 2%. Néanmoins, ces scénarios sont très optimistes et la Commission n’a aucun intérêt à proposer un chiffre trop ambitieux qui serait recalé d’emblée par les EM, abîmant sa crédibilité et faisant perdre un temps précieux à proposer une autre version.

Ce qui peut en être tiré dans les grandes lignes est que chaque capitale joue pour soi et pour soutenir les arbitrages qu’elle juge cruciaux – donnant lieu à des coalitions de circonstance. Entre pays bénéficiaires / contributeurs nets, entre EM pro-PAC et/ou pro-fonds sociaux, etc. Ainsi, la France peut se retrouver liée par certains intérêts avec la Pologne (subsides agricoles) contre les « frugaux » mais être également du côté de cette dernière face aux pays recevant le plus de fonds européens – en tant que pays contributeur net. Par exemple, l’Allemagne entend mettre l’accent sur la défense, le commerce ou l’IA quitte à restreindre l’agriculture, impensable pour Rome ou Varsovie. La Finlande, elle, tente de se faire entendre en soutenant une baisse des fonds de cohésion – une posture loin d’être partagée.

Les 2% mentionnés sont un chiffre conséquent (voire illusoire pour certains) mais qui illustre le défi posé par le remboursement des emprunts contractés au moment du pan de relance post-Covid. NextGenerationEU (NGEU, de son acronyme) représente en effet environ 800 milliards d’euros à rembourser à partir de 2028, et donc nécessite de trouver une capacité fiscale pour ce faire. Si l’on s’en tient aux prévisions les plus probables, cela pourrait consommer jusqu’à 20% de certains budgets annuels.

C – Un budget grevé par le compromis – où l’impact des rabais sur la contribution

Le compromis est inhérent à la négociation européenne, qu’elle soit budgétaire ou non. En matière de versements au budget de l’UE, chaque EM veut naturellement maximiser les bénéfices qu’il pourra retirer du paquet pluriannuel – que ce soit pour ses secteurs de prédilection (agriculture pour la France) ou bien pour les priorités politiques qu’il affiche (immigration, sécurité, etc.).

A titre d’exemple, mentionnons les compromis de la Commission sur ses intentions initiales avec les versements aux régions. L’idée originale pour le CFP 2028-2035 était de fusionner toutes les aides en un seul « paquet » national conditionné à des réformes et/ou au respect des principes de l’Union. Le problème, c’est que l’échelon national redeviendrait maître dans l’allocation des fonds, au détriment des régions – qui s’en sont émues, alors que la politique de cohésion n’a pas vu ses grands équilibres bouger depuis les années 1970. La Commission a donc introduit une disposition pour garantir que les régions les plus pauvres continueront d’accéder aux fonds, un mouvement essentiel pour garantir un soutien politique, y inclus au sein du collège des commissaires. Idem pour les montants de la PAC, dont les fonds seront garantis en dépit de son intégration dans un plus vaste ensemble.

Néanmoins, tous les EM ne sont pas sur la même ligne, notamment au nord du continent où les « frugaux » veulent éviter toute mesure qui s’apparenterait à l’émission de nouvelles dettes communes. Des pays comme l’Allemagne craignent que les fonds supplémentaires proviennent de nouveaux prêts accordés à des pays qui dépensent déjà plus qu’ils ne le devraient au regard de leurs plans nationaux. Ce faisant, ces pays s’opposent à ces mécanismes en partie car ils ne pensent pas y avoir directement intérêt, au contraire de la relance post-Covid où un rebond de l’économie européenne pouvait s’avérer profitable.

Par exemple, Berlin fait partie des quelques EM contributeurs nets qui exigent un rabais sur leurs contributions théoriques. Historiquement, le premier EM à exiger de payer moins que son dû était le Royaume-Uni (RU) suite au compromis trouvé lors du Sommet européen de Fontainebleau en 1984, à une époque où la machine européenne était en panne. Il est vrai que le RU importait beaucoup de biens et ne bénéficiait que peu de la PAC, qui était alors le principal poste de dépenses de la CEE (voir la LSI de juillet 2025 du CRSI à ce sujet) et que sa contribution au titre de la TVA était plus importante que les autres EM en proportion. Un taux définitif de 66 % de l’écart entre la contribution britannique au titre de la TVA et ce que le Royaume-Uni perçoit du budget communautaire a donc été mis en place. Corollaire, ce sont les autres EM qui ont dû financer le manque à gagner. Pourtant, l’Allemagne a obtenu « un rabais sur le rabais » à hauteur d’un tiers sur le montant supplémentaire à verser.

Au gré des différents AII puis CFP, les taux de rabais des EM concernés ont varié, de même que leurs modalités pratiques de mise en œuvre. Au tournant du millénaire, l’Autriche et la Suède (entrés dans l’UE cinq ans auparavant !) ainsi que l’Allemagne et les Pays-Bas ne payaient qu’un quart de la somme dont ils auraient dû s’acquitter au titre du rabais britannique. Quelques années après, c’est sur le taux d’appel de la TVA que ces EM ont joué, avec ici encore le manque à gagner financé par les autres. En 2014, le Danemark s’est joint à la liste des demandeurs et a bénéficié de 130 millions d’euros de réductions de paiements sur sa contribution RNB (davantage pour les autres EM ci-avant mentionnés). Pour le CFP actuel courant jusqu’en 2027, les « rabais » ont été officiellement supprimés, même si les trois dispositifs préexistants ont en réalité été fusionnés en un seul, ce qui donne un chiffre global du montant de la ristourne. Les pays bénéficiant d’une réduction sur leur contribution théorique sont :

  • L’Allemagne, avec 3.671 milliards d’euros de réductions forfaitaires annuelles sur la période ;
  • Les Pays-Bas, avec 1.921 milliard d’euros ;
  • La Suède, avec 1.069 milliard d’euros ;
  • L’Autriche, avec 565 millions d’euros ;
  • Le Danemark, avec 377 millions d’euros.

Dans ce contexte, la France s’est toujours positionnée contre l’octroi de rabais pour elle-même, revendiquant un rôle moteur et « honnête » dans ses engagements européens. Ainsi, ce qui a pu être présenté en juillet 2025 comme un « rabais » obtenu par le Gouvernement pour l’exercice budgétaire 2026 n’est en réalité qu’un ajustement technique permis par une surestimation initiale des contributions nationales demandées par la Commission (basée sur une méthode datant du Covid). Mais ce n’est en rien spécifique à Paris ni en ristourne de quelque nature que ce soit. A l’inverse, si la France décidait unilatéralement de payer moins que son dû, elle risquerait de fortes sanctions et d’être traînée devant les juridictions européennes – et ce en complément d’un arrêt des aides et de sanctions financières.

La volonté d’obtenir un rabais peut naturellement s’expliquer, entre autres, par des considérations de politique intérieure et la nécessité de justifier à une audience domestique pourquoi cet argent est dépensé et, a fortiori, pourquoi le montant à payer devrait continuer de croître. Et ce, alors que des responsables politiques de premier plan basent leur programme européen sur le fondement principal que le budget de l’UE est forcément trop gros et qu’il faudrait le réduire. A sa décharge, la France est loin d’être le seul pays touché par ces questionnements sur l’utilité et le bien-fondé des dépenses de l’Union – qui sont, de leur côté, loin d’être exemptes de tout reproche (voir plus loin).

Au final, l’un des risques majeurs qui pèsent sur le CFP est sans doute lié au compromis et au statu quo. En essayent d’aboutir à un texte qui satisfasse l’ensemble des EM on aboutit in fine à un plus petit commun dénominateur, et donc à un certain conservatisme au sens où les mêmes types de crédits et leur proportion finiront par être appliqués (que l’on pense à la PAC ou aux fonds régionaux, très soutenus politiquement). Bien qu’il puisse être ajusté aux nouvelles priorités, il sera dès lors possible de l’interroger sur l’adéquation réelle du budget européen des années 2028-2035 et sa capacité à armer le continent dans le monde qui l’entoure.

III – Et maintenant, quid du budget européen des années 2030 ?

A – Des pistes nombreuses mais en gestation pour augmenter les ressources propres de l’UE

Le constat évoqué ci-avant quant à la faiblesse de la part des ressources propres dans le budget de l’UE, au regard de ce que les EM doivent verser, est conscientisé depuis bien longtemps déjà. Ce faisant de nombreuses pistes ont été avancées pour tenter de remédier au problème, certaines avec plus de fortune que d’autres.

Ce qui figure – ou non – dans les pistes envisagées

Dans le cadre de la présentation du CFP, la Commission propose donc toute une partie relative aux ressources propres et à la manière de financer les dépenses. Sans surprise, le prochain CFP reposera sur les contributions RNB des EM en grande majorité. Néanmoins, quelques propositions supplémentaires ont (où n’ont pas) été faites – chacun en disant long sur les raisons de ce (non) choix et sur la difficulté à les faire passer. Les propositions sont de plusieurs ordres :

  • Taxe sur les déchets électroniques non collectés, via un taux de taxation uniforme au poids censé rapporter environ 15 milliards d’euros par an ;
  • Droits d’accise sur le tabac, censés rapporter plus de 11 milliards annuellement et limiter les pertes liées à la fabrication et au commerce illicite de cette marchandise (13 milliards par an). Les taux d’impositions minimaux seraient communs à toute l’UE, les EM étant libres de taxer davantage. Selon les variétés de tabac, cela reviendrait à des taux minimums compris entre 40 et 63% du prix moyen pondéré au détail. De nouveaux produits entreraient aussi en ligne de compte, comme les tabacs chauffés et les liquides pour cigarettes électroniques (au prorata de leur teneur en nicotine) ;
  • Ressource fondé sur les entreprises réalisant au moins 100 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel dans l’UE, hors PME et entreprises de taille intermédiaire, pour des recettes estimées à 6.8 milliards d’euros par an.
  • D’autres ressources, moins facilement quantifiables car dépendant des évènements : produit des amendes infligées, droit ETIAS (autorisations de voyage), etc.

Ces ressources permettraient certes de rapporter de précieux deniers au budget européen (44 milliards estimés par an, soit 308 sur sept ans), et s’additionneraient aux autres. Néanmoins, elles ne seront pas simples à faire passer, et leur objet, leur champ d’application et/ou le montant finalement récupéré par le budget de l’UE bougera certainement durant les divers rounds de négociation. Des pays dits « frugaux », comme la Suède, ont d’ores et déjà manifesté leur opposition aux nouvelles taxes (même climatiques) en arguant notamment du surcroit de pression fiscale sur les EM attendu que ces montants seraient des milliards en moins pour les budgets nationaux. L’Allemagne est sur la même longueur d’onde, s’en prenant particulièrement à la taxe sur les entreprises. En effet, ce projet pourrait affecter la compétitivité du continent, attendu qu’il se base sur le chiffre d’affaires de la société et non sur son bénéfice effectif. Sans surprise non plus, la première économie d’Europe refuse toute idée d’endettement commun et préconise une utilisation optimale du budget européen afin de dégager des marges de manœuvre. Selon le Chancelier Merz, la crise est devenue la nouvelle réalité et l’UE doit s’en accommoder et non emprunter dès que des turbulences surviennent.

A l’inverse, d’autres pistes pourtant sérieusement envisagées et débattues ne figurent pas dans le CFP révélé. Cela ne signifie pas que des principes analogues ne seront pas réintroduits en cours de route, néanmoins des facteurs explicatifs existent.

  • Une taxe sur les petits colis n’est pas proposée par la Commission, bien qu’elle fut évoquée sous l’influence du gouvernement Français et soutenue par d’autres EM.
  • Une taxe sur le numérique et/ou sur les services numériques fournis par les grandes entreprises. Evoquée depuis plusieurs années déjà, notamment sous l’effet de la réticence des grands groupes à se conformer aux règles du DMA et du DSA, cette piste a repris de la vigueur suite à l’arrivée de la nouvelle administration américaine, qui honnit les règlementations numériques de l’UE. Néanmoins, et pour cette même raison, cette piste n’a pas été présentée par la Commission – peu surprenant à vrai dire alors que l’UE et les USA sont (encore) en pleine négociation autour de la question des droits de douanes décidés par Washington.

La fiscalité climatique

A cela s’ajoute d’autres projets dont la mise en œuvre est déjà en place, notamment le système d’échange des quotas d’émission (ETS). Sans entrer dans les détails, le système ETS 1 est en place depuis 2005 et vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre en Europe, via la création d’un marché pour les droits à polluer – applicable initialement pour les grandes installations industrielles, aéronautiques et de production d’électricité. Une partie des quotas est attribuée aux producteurs, l’autre est mise aux enchères (sauf pour l’électricité, où tout est aux enchères). La directive initiale a été révisée en 2021 dans le cadre de l’ambition Fit for 55, visant à réduire de 55% les émissions de CO2 en 2030 par rapport à 1990, et qui intègrera le transport maritime dès 2026. En parallèle, ETS 2 a été lancée pour inclure de nouveaux secteurs (bâtiment, transport routier, petite industrie…) dès 2027. A noter que l’entièreté du processus fonctionnera sur les enchères, les allocations gratuites étant supprimées. Les recettes tirées des systèmes ETS ont donc vocation à abonder le budget européen (au moins en partie), ici estimées à 9.6 milliards d’euros annuels.

Il en va de même pour le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF, ou CBAM en anglais). Celui-ci vise à donner un prix au carbone émis par la production industrielle hors-UE, afin de ne pas encourager la délocalisation et ne pas pénaliser les producteurs continentaux. Le MACF vise particulièrement les secteurs sensibles aux « fuites de carbone » (= délocalisation : fer/acier, ciment, électricité…). Les importateurs achèteront des certificats au prix des quotas du marché ETS et devront se déclarer au registre dès 2026. Comme pour ETS, une partie des ressources a vocation à abonder le budget européen (à hauteur de 1.4 milliard d’euros par an).

Tout l’enjeu pour l’UE est de maintenir un système équitable, alors que les recettes tirées d’ETS et du CBAM pourraient être très inégales selon les EM, notamment à l’Est de l’Europe où les industries sont plus polluantes. Mentionnons aussi que, à l’instar des ressources propres de manière globale, nombre d’EM sont opposées à ce que ces contributions augmentent ; faisant valoir qu’elles constituent déjà des impôts nationaux existants – et que l’augmentation des ressources propres signifierait augmenter les taxes dans les EM.

B – Un enjeu transversal et pas si mince : la bonne allocation des ressources

Une exigence qui suppose la lutte contre la fraude, objectif louable mais contrarié par la présence de plusieurs acteurs

La bonne allocation des ressources publiques et des fonds européens vient d’abord de la lutte contre la fraude. Un sujet pas si mince si l’on s’en réfère aux deux offices au frontispice de ce combat dans l’Union européenne :

  • L’OLAF (Office de lutte anti-fraude, basé à Bruxelles), crée en 1999 et agissant sous l’autorité de la Commission. Il mène des enquêtes et recommande les actions à effectuer (recouvrement par exemple) ;
  • L’EPPO (European Public Prosecutor’s Office, basé à Luxembourg), crée en 2017, indépendant et qui tient le rôle de parquet/procureur européen compétent pour 22 EM sur 27.

A cela s’ajoute la Cour des Comptes européenne, héritière d’une commission de contrôle interne à la Commission. Elle est sise elle aussi à Luxembourg depuis sa création en tant qu’organe indépendant en 1975. Devenue une « institution » de l’UE depuis 1993, elle a vu son mandat s’accroitre pour aujourd’hui consister en la production d’une déclaration d’assurance annuelle sur la fiabilité des comptes, de rapports thématiques ou encore d’audits sur un large éventail de domaines.

Selon l’OLAF et la Cour des comptes, les pertes annuelles liées aux fraudes visant le budget de l’UE s’élèveraient à plus d’un milliard d’euros, touchant notamment les secteurs agricoles, des fonds de cohésion et les marchés publics. Un exemple parmi les plus récents concerne une enquête ouverte par l’EPPO concernant des soupçons de fraude aux subventions agricoles concernant l’agence grecque en charge de ces paiements. Se basant sur de fausses déclarations, de prétendus « jeunes agriculteurs » auraient pu bénéficier de subsides, malgré la déclaration de terres en réalité publiques et situées loin du lieu de résidence déclaré – le tout avec la complicité de fonctionnaires nationaux. D’un montant estimé à plusieurs dizaines de millions d’euros, cette fraude prive en conséquence les fermiers légitimes des fonds qui leur étaient alloués. L’affaire a révélé les failles du contrôle national et la difficulté de l’EPPO à conduire des investigations avec des entités parfois très peu coopératives et/ou soucieuses des intérêts financiers de l’UE. L’affaire, dans ce cas, a fini par prendre une tournure politique avec la démission de plusieurs responsables gouvernementaux ainsi qu’une (première) amende de la Commission de 400 millions d’euros pour mauvaise gestion des fonds agricoles.

Face à cela, la Commission s’est bien engagée, à de multiples reprises à agir de manière ferme et continue (discours en 2022 et 2024 et stratégie spécifique). Néanmoins, peu d’actions concrètes ont été mise en place, à la grande frustration de nombreux eurodéputés et alors que les montant réels pourraient s’avérer bien supérieurs en raison d’un panel de circonstances : sous-déclaration des montants, manque de coordination entre les différents intervenants dans le domaine de la lutte contre la fraude ou encore recouvrement jamais effectué ou laissé à la discrétion du national, sans suivi de l’UE. A ce titre, la situation belge est un cas d’école. Le pays concentre une grande partie des enquêtes ouvertes par l’EPPO en raison de la densité d’institutions européennes qu’il abrite. Le problème réside pourtant dans les moyens limités et déjà sous pression de la justice belge, qui peine donc à absorber ce surcroit de travail (quelques dizaines d’enquêteurs pour presque 80 dossiers, dont certains très sensibles et techniques). Corollaire d’un système qui a du mal pouvoir faire « proprement » aboutir les enquêtes, le risque de détournements ou de mauvais usages de fonds européens est sans doute plus prégnant qu’ailleurs. Un autre rapport, de l’OCDE, dresse d’ailleurs lui aussi des constats similaires.

Un autre problème majeur est la « guerre de clocher » entre l’OLAF et l’EPPO, faute d’une répartition claire des compétences et de tensions régulières (l’OLAF accusant le Parquet de retarder le recouvrement financier et ce dernier avertissant que les enquêtes de l’OLAF peuvent perturber les procédures pénales). Une hypothétique réforme n’est pas à l’ordre du jour, attendu que la Commission ne semble pas prête à des arbitrages pourtant cruciaux. Par exemple, quel doit être le but premier : récupérer les fonds ou assurer une condamnation judiciaire ? Ce faisant, la posture volontariste de la Commission se ressent surtout pour Europol et Eurojust, agences très dynamiques et qui vont se voir substantiellement renforcées. Pour l’OLAF et l’EPPO, c’est le statu quo qui prédomine, tout juste une meilleure coopération est-elle avancée – alors qu’il s’agit d’un sujet de taille pour la crédibilité de l’UE et la confiance des citoyens.

L’impact encore trop limité de la Cour des Comptes et de la procédure de décharge

Il est loisible ici d’évoquer les « trous » dans le budget européen, c’est-à-dire des dépenses pour lesquelles la Cour des Comptes européenne émet des doutes voire refuse de certifier certains bilans en raison d’un nombre d’erreurs trop important. En effet, c’est le rôle des magistrats financiers que d’auditer et inspecter les comptes des institutions afin de produire un bilan financier annuel soumis aux colégislateurs. Sur recommandation du Conseil, le Parlement donne décharge à la Commission de l’exécution du budget de l’année N-2 (article 319 du TFUE). Si le Parlement peut théoriquement ajourner voire refuser d’octroyer la décharge, en pratique, il ne le fait quasiment jamais, celle-ci étant accordée avec plus ou moins de réserves. Ainsi, pour l’exercice 2023, les eurodéputés ont « déchargé » la quasi intégralité des institutions tout en pointant, encore une fois, le nombre élevé d’erreurs et la faiblesse de certains dispositifs de détection et de contrôle.

C’est également le moment où les eurodéputés peuvent envoyer des « messages » aux institutions pour lesquelles ils ont jugé que la gestion n’était pas conforme aux standards requis. L’exemple-type concerne le Conseil, avec lequel le PE est en conflit plus ou moins larvé depuis 2009 sur la question du budget. En effet, de dernier considère qu’il est en droit de contrôler l’exécution budgétaire de l’organe rassemblant les EM – et ce au nom de la transparence et de la responsabilité démocratique. Le conseil, lui, refuse de manière constante en se basant sur une interprétation différente du TFUE ; et estimant la démarche du PE motivée par des fins politiques. Cependant, et de manière globale, les avis de la Cour des Comptes restent limités dans leurs conséquences et n’empêchent pas diverses institutions de voir la décharge octroyée en dépit d’erreurs plus ou moins importantes.

Concernant l’exercice 2024, les auditeurs ont rendu public le 9 octobre 2025 leurs rapports sur l’exécution du budget de l’UE. Pour la sixième année consécutive, ils émettent un avis défavorable, soulignant un taux d’erreurs certes en baisse mais qui reste préoccupant (3.6% contre 5.6% en 2023). En corollaire, ils pointent le fait que la dette de l’UE est mécaniquement censée s’accroitre au gré des emprunts liés au plan de relance – ce qui doit nécessiter un CFP 2028-2034 robuste. Plus préoccupant, l’(autre) cour de Luxembourg observe des irrégularités causées notamment par une structure de surveillance et de reddition des comptes encore trop faible, ce qui ne permet pas de voir où va réellement une partie de l’argent décaissé au profit de EM. Cependant, ne nous y trompons pas, si les institutions semblent de prime abord critiquées, ce sont surtout les EM qui pâtissent des constats de la CdC ; particulièrement en raison de l‘incapacité de plusieurs d’entre-eux à respecter les règles européennes de passation des marchés publics et/ou de fiabilité des déclarations.

Enfin, il peut être intéressant de mentionner un exemple de rapport, en l’occurrence celui rendu public le 8 septembre 2025 et consacré à la flexibilité budgétaire de l’UE. En analysant la mobilisation de ressource initialement non prévues au budget de l’UE sur le CFP 2021-2017, la Cour des Comptes a formulé toute une série de propositions visant à simplifier le cadre actuel, jugé complexe en dépit des atouts évidents qu’entraine un cadre flexible – par exemple pour réagir à des crises par essence non prévues (Ukraine, etc.). L’ennui, c’est que les outils existants ont été épuisés très tôt, alors que les montants qu’ils prévoyaient ont été consommés précocement au regard de l’ampleur des crises. Autres écueils : le recours aux marges budgétaires pour financer des dépenses ordinaires, le peu de prospective effectué sur les enjeux des catastrophes naturels (la moitié des dépenses non escomptées) ou encore le chevauchement entre divers types d’instruments spéciaux et entre ces instruments et des programmes budgétés au CFP. Ce faisant, la Cour des Comptes recommande de regrouper l’ensemble des fonds situés au-delà du plafond du CFP en une seule enveloppe annualisée et de mieux définir ce qui peut entrer dans le cadre de la flexibilité budgétaire – afin d’éviter des redondances et de mieux répondre aux « vrais » besoins ». Néanmoins, ces recommandations ne sont qu’indicatives, et dépendront avant tout de la volonté de la commission de changer l’existant.

Qu’inclut-on dans « bonne allocation » ?

Les principes de « bonne allocation » ou de « bonne gouvernance » remontent à plusieurs décennies et peuvent être vus comme un héritage de l’après-guerre froide, où l’Occident n’avait pas de concurrents géopolitiques réels et pouvait se permettre d’augmenter ses exigences au moment de verser des fonds aux pays tiers – une approche bien moins évidente de nos jours. De même, l’idée d’optimiser le financement des initiatives politiques est vieille comme l’administration, et explique la création de la Cour des Comptes européenne dès 1975. Mais, de manière plus large, il faut distinguer la bonne allocation objective et subjective. La première a trait aux exigences, partagées entre tous, de transparence, de non-corruption, d’appels d’offre libres et égaux, etc. En bref, des principes de saine gouvernance budgétaire et comptable. La seconde acception renvoie à un domaine politique, où l’appréciation est orientée par nature. Il s’agit de l’idée que certaines dépenses, bien que parfaitement légales, relèvent d’un « gâchis » ou de fonds utilisés de travers.

C’est dans cette optique qu’il faut lire le débat relatif au financement des ONG dans l’Union. Clairement aidé par le virage à droite du Parlement européen (PE) aux dernières élections, un débat assez vocal s’est tenu après que le PPE, principal groupe au PE, ait soupçonné des associations d’utiliser des fonds européens du programme LIFE pour des activités de lobbying caché envers le Parlement et la Commission. Le rapport de la Cour des Comptes montrant que le versement de plus de 7 milliards d’euros de fonds européens par la Commission à un panel d’ONG sans réelle transparence n’a pas contribué à apaiser les choses. Si la véracité de l’entièreté des accusations portées quant au programme LIFE reste sujette à caution, cela illustre les débats qui peuvent avoir lieu entre fractions politiques sur l’utilité ou non de telle ou telle mesure. Et ce, d’autant plus que l’UE est parfois contrainte de réduire d’elle-même l’ampleur de ses propres politiques voire celle de sa visibilité à l’international ou au sein des EM. Ainsi en est-il du SEAE, le service européen pour l’action extérieure, contraint de procéder à une baisse d’effectifs et à la réduction des capacités d’une dizaine de postes diplomatiques à des fins d’économies et de priorisation d’autres programmes. Le Parlement aussi a eu ce genre d’arbitrages à faire, particulièrement dans ses services de communication et ses actions de promotion de l’Europe au sein des EM (Exprience Europe).

A ce titre, un exemple de « bonne allocation » avancé par la Commission et certains EM (Suède) est de conditionner le versement des aides au développement à des Etats-tiers respectant réellement les valeurs européennes et/ou coopérant de manière sincère et active en matière d’immigration et de réadmissions. L’idée n’est pas nouvelle, notamment en matière d’aide au développement, mais l’intégrer dans un budget pluriannuel serait un signal clair envoyé aux pays tiers – pas forcément bien perçu d’un point de vue diplomatique. Ce même enjeu de respect des valeurs peut s’entendre aussi dans l’UE, avec des appels à mieux conditionner les aides européennes au respect de l’Etat de droit ; visant ici particulièrement la Hongrie (déjà condamnée à de multiples reprises). C’est d’ailleurs l’approche suivie par la Commission (voir ci-après).

C – Un CFP 2028-2035 ambitieux mais clivant et qui ne représente qu’une ébauche du résultat final

Pour rappel, nous évoluons encore dans le cadre du MFF 2021-2027, négociée en période Covid. Bien qu’il ait été révisé en 2023, les ordres de grandeur globaux et la ventilation des priorités sont restés globalement similaires. Sur les 2070 milliards prévus, environ 800 proviennent en fait du plan de relance commun de 2020 (Next Generation EU – NGEU), un dispositif unique n’étant pas destiné à être pérennisé dans le temps. Le reste, 1270 milliards, correspond peu ou prou au budget initial en ce compris les aides à l’Ukraine. Si l’agriculture a longtemps été le principal budget de l’Europe, aujourd’hui, les diverses mesures agricoles et environnementales représentent environ 378 milliards d’euros en paiements directs, soit à peine un tiers du total. C’est le résultat des diverses réformes opérées dans la politique agricole, tout comme de la montée en puissance d’autres priorités telles que la cohésion ou la sécurité. Ainsi, la politique de cohésion représente 426 milliards d’euros et la sécurité/défense/migration environ 45 milliards. L’aide au développement et les relations de voisinage comptent pour 113.7 milliards et les dépenses pour le marché unique et l’innovation se portent à environ 150 milliards d’euros.

Ces montants sont à comparer avec la proposition de CFP dévoilée par la Commission le 16 juillet 2025. En guise de propos liminaire et d’avertissement, il faut mentionner que ce n’est qu’une proposition. Si elle est rendue publique deux ans avant le vote final, c’est bien qu’elle va subir de très nombreuses discussions, des amendements et autres révisions avant de prendre sa version finale – dont la direction est à ce jour totalement imprévisible, en ce qu’elle dépend des alliances politiques et de l’évolution du contexte européen et international. Ainsi donc, si l’on s’en tient aux chiffres communiqués, le CFP atteindrait pas loin de 2000 milliards d’euros – 80% d’augmentation par rapport au CFP initial de 2020 (avant le NGEU). Cela représenterait 1.26% du RNB européen, un niveau record. Néanmoins, en tenant compte du remboursement des emprunts post-Covid, cela ne représente plus que 1.15%. La ventilation envisagée sur sept ans des crédits s’opèrerait donc comme suit :

  • 865 milliards pour les plans nationaux, qui fusionnent les aides accordées au titre de la PAC et du Fonds social européen. Sur cette somme, le soutien au revenu des agriculteurs (ex-1er pilier de la PAC) proprement dit représenterait environ 300 d’euros et la cohésion économique, sociale et territoriale 453 milliards (en gros, il s’agit du FSE additionné du 2ème pilier de la PAC).
  • Presque 590 milliards pour le nouveau fond dédié à la compétitivité de l’économie européenne, à la prospérité et à la sécurité. A noter entre autres : 175 milliards pour le fonds Horizon Europe, dédié à la R&D, 130 milliards pour l’industrie de la défense et du spatial, 81 milliards pour faciliter la mobilité et les transports ou encore 40.8 milliards pour le programme Erasmus+. On le voit, ces centaines de milliards sont l’agrégat de dizaines de programmes différents (notamment InvestEU, IRIS2 ou encore EDIP, EDIRPA et ASAP pour la défense), regroupés à des fins de simplification, mantra réaffirmé ces derniers temps.
  • 215 milliards pour un grand ensemble « Global Europe », rassemblant les dépenses au titre de l’aide au développement, des mesures PESC et des fonds dédiés à l’élargissement et à la politique de voisinage.
  • Près de 118 milliards pour les dépenses administratives et de personnel.
  • A noter qu’au-delà du plafond des 2000 milliards d’euros figurent les aides à l’Ukraine (100 milliards) et un nouveau mécanisme de crise (presque 400 milliards), ayant vocation à devenir un fonds de réserve apte à prêter aux EM – sous garanties et à l’unanimité du Conseil – en cas de besoin.

Autre point ambitieux, la volonté assumée de supprimer les mécanismes de correction budgétaire : en clair les rabais. Les pays concernés, faisant valoir des budgets nationaux déjà sous pression, s’y opposent – notamment l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche, cette dernière étant déjà aux prises avec une procédure pour déficit excessif. Ainsi, ces pays ont déjà entamé un travail de pression estimant que le système de correction devait continuer de s’appliquer ; et menaçant de bloquer les discussions sinon. Il faut dire qu’un système aussi « ancien » que le rabais court mécaniquement le risque de devenir irréformable au fil des années, devant la norme au lieu de l’exception. Dans le même temps, la Commission doit faire face aux critiques des autres stakeholders (« parties prenantes » : lobbyistes, etc.) impliqués dans le façonnement du budget et qui ont un intérêt particulier à faire valoir : défense de l’environnement perçue comme trop peu financée, organisations agricoles qui montent au créneau… et même les journalistes qui reprochent à l’exécutif européen ses mauvaises manières envers eux ! Il faut dire que certains EM, eurodéputés ou observateurs ont quelques raisons de douter des annonces de la Commission et de leur pleine effectivité – prenant pour cela appui sur un rapport d’avril 2025 de la Cour des comptes européenne très critique sur des pans entiers du plan de relance NGEU.

Enfin, il est aussi possible de noter que les annonces relatives à la présentation du CFP se sont faites en deux étapes. La première, en juillet 2025, a concentré le gros des mesures, et des réactions. Cependant, un autre « paquet » d’annonces a eu lieu début septembre 2025, et vise davantage à compléter les cadre général déjà posé. En bref, il s’agit de sept propositions sectorielles parmi lesquelles un programme « Justice » doté de 800 millions d’euros (le double du CFP actuel) pour soutenir la formation et la coopération judiciaire civile et pénale et promouvoir l’indépendance et l’impartialité du pouvoir judiciaire en Europe – des valeurs essentielles prônées par l’UE. Aussi, le programme « marché unique et douane » se voit doté de 6,2 milliards d’euros afin de supprimer des obstacles transfrontaliers, réduire la charge administrative et participer à la production de statistiques fiables. Ce programme, qui fusionne plusieurs enveloppes, représenterait lui aussi le double du montant actuellement alloué. Notons qu’une ligne budgétaire « Périclès V » visant à lutter contre le faux-monnayage est aussi prévue.

D – In fine, que nous dit le projet de budget de la Commission sur l’Europe des années 2030 ?

On le voit, c’est une proposition de budget pluriannuel assez ambitieuse qui, au-delà du montant record, rebat les cartes et s’aventure sur un terrain sensible, notamment la PAC (fusionnée dans les fonds nationaux et avec un montant total réduit de 20% en comparaison du CFP actuel – 30% en comptant l’inflation et les prix réels). Les organisations professionnelles et du monde agricole ont d’ailleurs déjà prévu de se mobiliser afin de défendre une PAC au montant rehaussé – soutenu en cela par une part non négligeable des eurodéputés et de nombreux EM. Sur un sujet tel que celui-ci, un certain conservatisme prévaut : d’une part en raison du contexte actuel qui est à la défense de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire du continent ; d’autre part car la PAC est une – sinon la – politique historique de l’UE. Pour le premier facteur, vouloir réduire les budgets alors que les accords commerciaux contestés voire déséquilibrés peuvent accentuer certaines difficultés sectorielles dans l’agriculture est un risque que de nombreux EM ne sont pas prêts à prendre – chacun avec ses raisons propres mais avec surtout un diagnostic commun pour préserver la structure actuelle, mâtinée au besoin d’évolutions limitées. Pour le second facteur, il s’agit avant tout du poids des années : on ne supprime pas 60 ans d’histoire européenne d’un trait de plume, en mixant les fonds agricoles dans de grands agrégats. Quand bien même les effets seraient rigoureusement identiques, l’opposition est, ici, avant tout symbolique. Mentionnons qu’en parallèle, une évolution plus large de la PAC prévoit de modifier de nombreux paramètres (fléchage des subventions, suppression de normes, plafonnement et dégressivité des paiements).

Au-delà de la seule agriculture, c’est un remodelage des priorités assez net qui se dessine en comparaison de l’actuel CFP. Les affaires intérieures, la migration, la présence de l’Europe dans le monde et le soutien à l’Ukraine figurent en bonne place dans la liste des augmentations – pour des raisons évidentes au regard de l’évolution du contexte régional et mondial depuis 2022. Néanmoins, l’évolution la plus visible reste celle sur l’économie et la compétitivité. Non pas que cet enjeu n’ait pas été pris en compte dans les précédents MFF, mais ici l’impact du rapport Draghi et les conclusions qu’il en tire ont amené à Commission à adresser un signal politique et financier clair aux entreprises en s’affichant à leurs côtés pour redresser la productivité et la compétitivité du continent à l’international. Signe des temps, les notions d’autonomie, de souveraineté et d’innovation technologique et numérique se sont taillé une place de choix, laissant entrevoir un contexte futur à l’opposé de celui sur lequel les précédents CFP ont évolué.

Aussi, la volonté claironnée depuis 2020 d’avoir une « Europe géopolitique » trouve à se traduire de manière plus affirmée. Si les grands équilibres du MFF ne le montrent pas spécialement, la déclinaison annuelle est une bonne occasion de voir les changements de doctrine ou de façons de faire. Ainsi en est-il de la migration, dont les partenariats avec les pays tiers seront plus qu’avant conditionnés par leur bonne coopération en matière d’empêchement des départs et d’acceptation de leurs ressortissants (réadmissions). Plusieurs initiatives ont déjà eu lieu, notamment des accords financiers ad hoc avec des pays comme l’Egypte, la Tunisie et, bien sûr, la Turquie. Certains documents internes de la commission obtenus par la presse suggèrent en tout cas que Bruxelles aimerait bien aligner le financement extérieur avec ses priorités géopolitiques et migratoires – ce qui ne serait que la dernière itération d’une idée présente depuis longtemps dans le débat public, au national comme à l’Europe. De manière globale, les affaires intérieures recevraient 74 milliards d’euros sur sept ans (intégrés dans les plans nationaux), ce qui devra servir à financer la montée en puissance d’Europol et d’Eurojust (voir la note du CRSI à ce sujet) et à doter Frontex de moyens plus conséquents (12 Mds) pour garantir la « solidité » des frontières. Ces montants sont bien supérieurs à tout ce qui a pu être donné à ces agences par le passé, y compris au pic de la crise migratoire de 2015 ; et révèle par là même le changement d’attitude opéré par l’UE dans la foulée de la droitisation du paysage politique continental.

En chiffres, et par zones géographiques, 42,6 milliards d’euros au voisinage oriental, 42,5 milliards au Moyen-Orient, Afrique du Nord et le Golfe, 59,7 milliards à l’Afrique subsaharienne, 16,7 milliards à l’Asie-Pacifique et 9 milliards pour les Amériques et les Caraïbes. Le focus fait sur la zone géographique des pays du voisinage oriental, bien plus petite géographiquement que les autres (Ukraine, Moldavie, Balkans…), montre une prise de conscience claire de l’importance des enjeux dans cette zone tiraillée entre l’influence russe traditionnelle et l’attrait que représente l’UE. Enfin, presque 15 milliards d’euros seraient consacrés à des initiatives internationales de type Nations-Unies ou thématiques, à l’échelle régionale et les territoires d’outre-mer (Groenland inclus) recevraient 3.3 milliards d’euros. La PESC aurait une dotation d’un milliard.

Au rang des gagnants, les fonds destinés aux transports, à l’énergie et à l’interconnexion seront fortement rehaussés, parfois multipliés par 10 par rapport à leur équivalent dans le présent CFP. L’achèvement du réseau transeuropéen de transport est nommément évoqué, dans l’optique de la décarbonations du secteur. 17 milliards d’euros seront alloués à la mobilité militaire et aux infrastructures la sous-tendant – un domaine où les moyens manquent malgré son caractère crucial en cas de crise et pour la crédibilité de l’Alliance atlantique (jusqu’à être relevé par la Cour des comptes européenne). Les investissements dans l’amélioration de la qualité et de la connexion entre les réseaux énergétiques sont – à ce stade – prévus pour être multipliés par cinq, ce qui n’est pas dénué de sens au vu de la récente panne électrique ayant frappé la péninsule ibérique.

En matière de procédure et de flexibilité, cette proposition de la Commission est aussi assez intéressante. Sans revenir sur la très-commentée création de plans nationaux, d’autres évolutions sont apparues. D’abord, les programmes extrabudgétaires, tels que le fonds de réserve, qui représentent des centaines de milliards d’euros. Ensuite, une réallocation plus aisée des fonds entre les différents programmes, afin de donner de la flexibilité et de la réactivité à un CFP dont la structure actuelle est très rigide et ne permet pas de libérer rapidement des fonds en cas de priorité urgente. Enfin, une approche « argent-contre-réformes » assumée, visant à octroyer les subventions européennes aux EM uniquement si ceux-ci avancent dans le mise en œuvre des réformes.

En corollaire, l’Etat de droit se verra renforcé via une généralisation de la conditionnalité et la possibilité de suspendre les paiements (à l’image de ce qui existe déjà avec le NGEU). Cependant, si des pays comme la Hongrie ou la Slovaquie sont visés par des procédures ouvertes par Bruxelles, il ne sera pas facile d’aller au bout de ces dispositions attendu l’unanimité requise au Conseil. Ce focus porté sur les valeurs et l’Etat de droit s’observe dans le CFP, proposé comme un tout impliquant des budgets en hausse pour le soutien aux médias, le secteur culturel, les associations de défense de la démocratie et pour la société civile de manière générale. Pensés comme un moyen efficace d’entretenir des contre-pouvoirs dans des régimes politiques parfois de plus en plus illibéraux, près de 8.6 milliards d’euros seront alloués à ces initiatives. De son côté, Erasmus – le navire amiral de la création d’un sentiment européen par la jeunesse – verra son budget passer de 26.5 à 41 milliards d’euros sur sept ans, ici aussi dans l’espoir de solidifier la société civile via les échanges culturels et éducatifs. En somme, il s’agit de renforcer tout à la fois les valeurs par une pression sur le « haut du spectre » politique par la conditionnalité des subsides et par des moyens alloués à la diffusion du sentiment européen et de l’attachement aux principes communs via les européens lambda.

Notons, pour anecdote illustrative, que la nouvelle répartition proposée dans le CFP tranche avec ce qui était pratiquée jusqu’ici… et donc avec les habitudes des colégislateurs. Si le Conseil s’offusque de la fusion de différents subsides en plans nationaux, le Parlement a vu sa tâche d’examen du budget compliquée par la difficulté d’attribuer lesdits plans à des commissions spécifiques – en ce que plusieurs d’entre-elles ont leur ressort dans la même enveloppe. Plusieurs commissions pourraient donc avoir à connaitre des différents plans avancés.

En conclusion

Le budget européen est l’exemple-type d’une volonté de cadrer l’avenir avec une idée de ce qui peut être produit sur le court et moyen terme. Reprenant tous les canons des théories de la bonne gouvernance il se fixe pour objectif de doter l’Union d’un mécanisme efficace et fiable pour implémenter ses politiques. Par le CFP, il ambitionne de définir les grandes priorités pour une large partie de la décennie suivante. Par sa déclinaison annuelle, il décline cette ambition avec les priorités de l’instant, tout en veillant à les replacer dans un contexte plus large sans tomber dans la sur-focalisation immédiate.

Plus encore que l’idéal qui a présidé à cet édifice à deux têtes, il est révélateur de l‘influence et du fonctionnement de la machine européenne. Le mécanisme d’un plan pluriannuel décliné ensuite par annuités avec des indicateurs et des trajectoires conçues sur plusieurs années a essaimé au national, particulièrement après les crises survenues entre 2008 et 2012. La loi de programmation des finances publiques, en France, en est l’illustration flagrante – tout autant que l’envoi annuel des projets de budgets à la Commission pour validation et conseil (désigné sous le vocable de « semestre européen »). Désormais, tous les EM ont ce genre de plans pluriannuels nationaux, eux-mêmes envoyés pour validation à Bruxelles. Néanmoins, il ne faut pas surestimer l’importance de l’UE en la matière, la flexibilité reste le maître-mot et les dérogations sont monnaie courante. On se souviendra à ce titre d’un Jean-Claude Juncker président de la Commission qui justifiait sa complaisance envers l’application toute relative par Paris des règles du Pacte de Stabilité d’un « parce que c’est la France ».

Le budget européen proprement dit n’est pas non plus exempt de critiques, de limites ou de défis. Le premier et le principal d’entre eux reste son montant, et ce que les EM voudront bien verser au pot commun – pas spécialement un détail alors que ces mêmes EM abondent pour environ deux-tiers. Les priorités sont nombreuses, capitales voire déterminantes mais qu’importe que le budget fasse 1200 ou 2000 milliards d’euros, il paraîtra toujours trop faible aux tenants du maximalisme et toujours trop gros aux partisans de la frugalité. Le feuilleton qui s’ouvre pour, sans doute, les deux prochaines années sera à la fois révélateur de la capacité des institutions de l’Union à préserver les acquis et à obtenir ce dont elles estiment avoir besoin et révélateur de l’importance réelle que les capitales nationales accordent à l’UE dans une période où la défense revient au premier plan et où les budgets nationaux ne peuvent tolérer le moindre dérapage.

Ne pas, enfin, sous-estimer l’impact du Parlement européen, qui reste l’institution ayant gagné le plus de pouvoirs au gré des traités successifs. S’il a certes moins de pouvoirs que le Conseil sur le MFF, il fait jeu égal avec lui sur le budget annuel, qui n’est ni plus ni moins que sa traduction législative divisée par sept. Ce faisant, il a de solides moyens de défendre ses vues, de par sa capacité de communication et sa visibilité – construite avec constance sur son caractère représentatif et démocratiquement élu (ce qui n’est, au passage, pas moins vrai du Conseil). Mais plus que les EM, c’est l’attitude des députés envers la Commission qu’il faudra scruter, en ce que le PE est sous tension : votes capitaux en dehors de la majorité pro-européenne traditionnelle, manque de considération, condamnation de la Commission par la CJUE pour défaut de transparence, etc.

In fine, la séquence budgétaire qui s’ouvre révèlera ce qu’est l’Europe de 2025 : un espace où se prennent des décisions parfois capitales, souvent dans une publicité relative, mais avec toujours à l’esprit les très nombreux arbitrages de toutes natures qui sous-tendent la politique de l’Union.

* Les opinions exprimées ne représentent que celles de l’auteur et n’engagent en rien la Cour de justice de l’Union européenne.

 

 

 

Sources et bibliographie

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BRAUN Elisa, « Belgium under growing scrutiny over stalled EU corruption probes”, Euractiv.com, 18/07/25. Disponible sur: https://www.euractiv.com/section/politics/news/belgium-under-growing-scrutiny-over-stalled-eu-corruption-probes/

GRIERA Max, « La question du contrôle du budget du Conseil par le Parlement européen continue de faire débat » (édité par Anne-Sophie GAYET), Euractiv.fr, 20/09/2023. Disponible sur : https://www.euractiv.fr/section/institutions/news/la-question-du-controle-du-budget-du-conseil-par-le-parlement-europeen-continue-de-faire-debat/

KURMAYER Nikolaus, « Polémique sur les subventions de l’UE : les ONG dénoncent une volonté de les discréditer », Euractiv.fr, 04/02/2025. Disponible sur : https://www.euractiv.fr/section/eet/news/polemique-sur-les-subventions-de-lue-les-ong-denoncent-une-volonte-de-les-discrediter/

LIN Jeremias, et alii, « Budget 2028-2034 : la Commission opère des coupes dans les subventions agricoles de l’UE », Euractiv.fr, 16/07/25. Disponible sur : https://www.euractiv.fr/section/agriculture-food/news/budget-2028-2034-la-commission-opere-des-coupes-dans-les-subventions-agricoles-de-lue/

MOLLER-NIELSEN Thomas, « Why the next EU budget could be doomed to failure», Euractiv.com, 15/07/25. Disponible sur: https://www.euractiv.com/section/economy-jobs/news/why-the-next-eu-budget-could-be-doomed-to-failure/

WULFF WOLD Jacob, « Le Parlement européen menace de bloquer les négociations sur le futur budget de l’UE » (édité par Anne-Sophie GAYET), Euractiv.fr, 15/07/25. Disponible sur : https://www.euractiv.fr/section/politics/news/le-parlement-europeen-menace-de-bloquer-les-negociations-sur-le-futur-budget-de-lue/

« Vrai ou faux. La France peut-elle diminuer sa contribution au budget européen, comme l’affirme le RN ? », Radio France, 16/09/25. Disponible sur : https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/le-vrai-ou-faux/vrai-ou-faux-la-france-peut-elle-diminuer-sa-contribution-au-budget-europeen-comme-l-affirme-le-rn-8493869

SCHIMIZZI Ioanna, « Plus de sept milliards d’euros versés aux ONG sans réelle transparence », Paperjam.lu, 07/04/25. Disponible sur : https://paperjam.lu/article/lobbying-des-ong-finance-par-lue-la-transparence-fait-defaut

« La Présidence danoise du Conseil de l’UE entend avancer rapidement et de manière décisive sur la prévention des arrivées irrégulières et les retours », Agence Europe, bulletin quotidien du 03/07/25. Disponible sur : https://agenceurope.eu/fr/bulletin/article/13672/14

« Plus flexible dans sa gestion budgétaire, le ‘Fonds européen pour la compétitivité’ post-2027 englobera quatorze programmes existants », Agence Europe, bulletin quotidien du 10/07/25. Disponible sur : https://agenceurope.eu/fr/bulletin/article/13677/1

« La Commission européenne entérine sa révolution sur le budget, avec un montant historique, une nouvelle structure et des prêts « au-delà du plafond », Agence Europe, bulletin quotidien, 17/07/25. Disponible sur : https://agenceurope.eu/fr/bulletin/article/13682/1

« La Commission européenne propose 74 milliards d’euros sur la période 2028-2034 pour gérer les frontières, les migrations et la lutte contre le crime », Agence Europe, bulletin quotidien du 18/07/25. Disponible sur : https://agenceurope.eu/fr/bulletin/article/13683/4

« CFP 2028-2034 – Erasmus+ augmenterait de 55%, et AgoraEU regrouperait 8,6 milliards d’euros pour la culture, les médias et la démocratie », Agence Europe, bulletin quotidien du 18/07/25. Disponible sur : https://agenceurope.eu/fr/bulletin/article/13683/5

« Les pays de l’UE dits ‘frugaux’ s’opposent au montant du CFP post-2027 et à l’adoption de ressources propres proposés par la Commission européenne », Agence Europe, bulletin quotidien du 18/07/25. Disponible sur : https://agenceurope.eu/fr/bulletin/article/13683/6

« La Commission européenne propose d’augmenter considérablement les droits d’accise sur les produits du tabac traditionnels et d’inclure les nouveaux », Agence Europe, bulletin quotidien du 18/07/25. Disponible sur : https://agenceurope.eu/fr/bulletin/article/13683/15

« De nombreux États membres de l’UE protestent contre la réduction proposée du budget 2028-2034 alloué à la PAC », Agence Europe, bulletin quotidien du 19/07/25. Disponible sur : https://agenceurope.eu/fr/bulletin/article/13684/4

« Les propositions de nouvelles ressources propres soumises par la Commission ne sont pas du goût des États membres de l’UE », Agence Europe, bulletin quotidien du 11/10/25. Disponible sur : https://agenceurope.eu/fr/bulletin/article/13728/20

« La Cour des comptes émet un avis défavorable sur les dépenses financées par le budget de l’UE en 2024, mais note la baisse du taux d’erreurs », Agence Europe, bulletin quotidien du 11/10/25. Disponible sur : https://agenceurope.eu/fr/bulletin/article/13728/21

« Flexibilité budgétaire – la Cour des comptes européenne invite la Commission à simplifier et à mieux anticiper ses besoins », Agence Europe, bulletin quotidien du 9 septembre 25. Disponible sur : https://agenceurope.eu/fr/bulletin/article/13704/14

« Budget: Bruxelles a été trop indulgent avec la France », La Tribune, 03/06/2016. Disponible sur : https://www.latribune.fr/economie/france/budget-bruxelles-a-ete-trop-indulgent-avec-la-france-president-de-l-eurogroupe-576483.html

Drapeau européen

Le pacte Asile-Immigration

By Institutions

– par Claire-Marine GROS, chef de cabinet adjointe CRSI

Objectif général du Pacte

  • Ce pacte a pour but d’instaurer un système européen commun pour la gestion de l’asile et de la migration, afin de remplacer des dispositifs dispersés/pays-par-pays par un cadre unifié. 
  • Il cherche à offrir à la fois sécurité des frontières, protection des droits fondamentaux des demandeurs d’asile/migrants, et une répartition plus équitable de la “charge” entre États membres — pour éviter que seuls les pays “frontaliers” ou “d’entrée” supportent tout le poids. 
  • Il entend faire de la migration une politique “normale”, planifiée, intégrée (asile, immigration légale, retours, intégration) — et non plus une gestion ponctuelle ou crise après crise.

Les quatre piliers du Pacte

Le pacte s’articule autour de quatre grands axes / piliers, qui définissent ses mécanismes structurants.

a. Sécuriser les frontières extérieures

  • Mise en place d’un contrôle renforcé aux frontières extérieures de l’UE : identification, enregistrement, vérifications de sécurité et de santé pour les personnes arrivant de l’extérieur. 
  • Création / transformation de la base de données Eurodac en une base “migration et asile”, pour enregistrer de façon unifiée les données biométriques et faciliter le suivi / la reconnaissance des personnes. 
  • Instauration d’une procédure “frontière” (border procédure) obligatoire pour certains demandeurs d’asile — notamment ceux jugés peu susceptibles d’obtenir la protection, ou présentant des risques — pour décider rapidement de l’entrée, de l’asile ou d’un renvoi. 
  • Mécanismes en cas de crise ou d’arrivée massive : pouvoir déclencher des “protocoles de crise” pour aider les États sous forte pression migratoire. 

b. Procédures d’asile plus rapides et harmonisées

  • Harmonisation des règles d’asile : un ensemble commun de régulations définissant comment les demandes d’asile doivent être traitées, dans tous les États membres. 
  • Normes communes pour la réception des demandeurs (conditions d’accueil, garanties des droits, prise en compte des personnes vulnérables, etc.) 
  • Clarification des critères de qualification pour la protection internationale (qui peut obtenir l’asile / protection) : reconnaissance uniforme des statuts. 
  • Lutte contre les abus du système : obligations de coopération pour les demandeurs, conséquences en cas de non-coopération, pour éviter les demandes d’asile frauduleuses ou abusives. 

c. Solidarité et répartition de la responsabilité entre États-membres

  • Instauration d’un mécanisme de solidarité permanente : les États contribuent de façon collective quand l’un d’eux subit une forte pression migratoire. 
  • Plusieurs formes possibles de contribution : relocalisation de migrants/asi­lés, contributions financières, soutien opérationnel (personnel, aide logistique, centres d’accueil…) selon les capacités et choix de chaque État. 
  • Clarification des critères pour déterminer quel pays est “responsable” d’une demande d’asile — afin de limiter les “débuts en chaîne” (secondary movements) : l’asile doit être demandé dans le pays d’entrée, et la répartition entre États doit être plus équitable. 

d. Coopération internationale et migrations légales / intégration

  • Développement de partenariats avec des pays hors-UE (pays d’origine ou de transit) pour lutter contre les causes de l’immigration irrégulière, le trafic d’êtres humains, et favoriser le retour ou la réadmission lorsque c’est pertinent. 
  • Création de voies légales de migration (travail, études, regroupement familial, réinstallation, demandes d’asile légitimes…) pour répondre aux besoins des pays de l’UE — ce qui participe à une gestion planifiée et ordonnée de la migration. 
  • Mise en avant des politiques d’intégration pour les migrants légaux : accès aux droits, conditions d’accueil, accompagnement, inclusion sociale — afin de mieux gérer l’immigration sur le long terme.

 

État d’avancement et mise en œuvre

  • Le Pacte a été adopté par le Parlement européen le 10 avril 2024 et par le Conseil le 14 mai 2024.
  • Il est entré en vigueur le 11 juin 2024.
  • Les règles commenceront à s’appliquer progressivement — la mise en œuvre effective des différents actes législatifs est prévue d’ici l’été 2026.

Les chiffres 2024 de l’immigration en Europe

By Institutions

– par Claire-Marine GROS, chef de cabinet adjointe CRSI

Quelques repères globaux pour 2024

  • Au 1ᵉʳ janvier 2024, environ 29,0 millions de citoyens de pays tiers (non-UE) vivaient dans l’UE — soit 6,4 % de la population totale.
  • Entre 2021 et 2024, la proportion de personnes “nées à l’étranger” dans l’UE (immigrés + descendants) est passée de 13,0 % à 14,7 %.
  • En 2024, l’UE a délivré environ 3,5 millions de premiers titres de séjour à des ressortissants de pays tiers, ce qui témoigne des flux réguliers d’immigration.

 

Immigration “clandestine” / irrégulière (2024)

Quand on parle d’“immigration clandestine” dans l’UE, on se réfère souvent aux entrées irrégulières aux frontières (non-autorisées) ou aux séjours sans titre. Voici les chiffres récents :

  • En 2024, l’agence Frontex a enregistré 239 000 franchissements irréguliers des frontières extérieures de l’UE — le chiffre le plus bas depuis 2021, soit une baisse de 38 % par rapport à 2023.
  • Ces entrées irrégulières sont comptabilisées route par route : la route de la Méditerranée centrale a vu une chute marquée de ~59 % ; la route via les Balkans occidentaux a reculé de ~78 %.
  • Malgré la baisse globale, certaines voies d’entrée ont vu une hausse : notamment la route orientale (frontières UE-Biélorussie/Russie) et certaines arrivées via les îles Canaries/Atlantique.
  • En ce qui concerne le nombre de ressortissants de pays tiers “en situation irrégulière” dans l’UE, selon une statistique compilée pour 2024, ils représenteraient environ 918 925 personnes — ce chiffre traduirait une baisse de 27,4 % par rapport à 2023.

 

Comparatif 2024–2025

Immigration “stable” / population immigrée

  • Au 1ᵉʳ janvier 2024, l’UE comptait environ 29,0 millions de citoyens de pays tiers (non-UE), soit 6,4 % de la population totale.
  • Toujours au 1ᵉʳ janvier 2024, environ 44,7 millions de personnes vivant dans l’UE étaient “nées hors de l’UE” — ce qui représente 9,9 % de la population.
  • Selon les plus récentes estimations (2025), la population de l’UE a atteint ≈ 450,4 millions d’habitants. Cette hausse est largement attribuée à l’immigration – le solde naturel (naissances – décès) restant négatif.
  • Cela confirme que l’immigration, en particulier l’immigration régulière (travail, regroupement familial, protection, etc.), reste un facteur structurel de croissance démographique dans l’UE.

Immigration irrégulière / clandestine (entrées non autorisées)

  • En 2025, la tendance à la baisse se poursuit : entre janvier et mai 2025, Frontex indique une diminution de 20 % des franchissements irréguliers par rapport à la même période en 2024 (soit ≈ 63 700 détections).
  • Aussi, sur le premier semestre 2025 (janvier–juin), le nombre de franchissements irréguliers détectés s’élève à ≈ 75 900, soit une baisse de ~20 % par rapport au premier semestre 2024.

Naissances en berne, parents plus âgés, le défi démographique français

By Economie

– par Claire-Marine GROS, chef de cabinet adjointe CRSI

Contexte général

La natalité en France connaît depuis plusieurs années une baisse continue. Cette tendance s’inscrit dans un phénomène démographique plus large observé dans de nombreux pays développés.

Chiffres clés récents

  • Nombre de naissances (2024) : environ 663 000, en baisse de 2,2 % par rapport à 2023 et 21,5 % depuis 2010.
  • Taux de fécondité (2024) : 1,62 enfant par femme, le plus bas depuis la fin de la Première Guerre mondiale.
  • En 2024 : 251 270 IVG réalisées vs 663 000 naissances soit ≈ 0,38 IVG pour 1 naissance vivante
  • Solde naturel (naissances – décès, 2024) : +17 000, le plus faible depuis la Seconde Guerre mondiale.
  • Population totale (1er janvier 2025) : ≈ 68,6 millions, croissance modeste principalement due à l’immigration.
  • Taux de natalité (2024) : 9,7 naissances pour 1 000 habitants.
  • Âge moyen des mères au premier enfant (2024) : 31,0 ans.

Tendances

  • L’âge moyen des mères augmente régulièrement, retardant la parentalité et contribuant à une fécondité plus faible.
  • La natalité est en recul sur toutes les tranches d’âge et concerne toutes les régions de France.
  • Comparativement à l’Europe, la France reste parmi les pays avec le taux de fécondité le plus élevé, mais la tendance à la baisse se confirme. 

Enjeux et impacts

  • Vieillissement de la population : augmentation du ratio personnes âgées/personnes actives.
  • Systèmes sociaux et retraites : moins de jeunes générations pour soutenir les systèmes de sécurité sociale.
  • Économie et emploi : potentiel déficit de main-d’œuvre, impact sur les services et infrastructures.
  • Services publics : ajustement possible dans l’éducation et la santé, fermetures ou réorganisation d’écoles et services pédiatriques. 

Facteurs explicatifs

  • Report de la parentalité et réduction du nombre d’enfants souhaités.
  • Contraintes économiques et coût de la vie.
  • Évolution des aspirations personnelles et professionnelles.
  • Effets structurels liés à la démographie des femmes en âge de procréer. 

Actualité récente

  • Les premiers mois de 2025 confirment la baisse : mars 2025 affiche 53 520 naissances (-2,3 % vs mars 2024).
  • En octobre 2025, une diminution de 3,6 % des naissances est observée par rapport à octobre 2024.

Les tendances devraient se poursuivre, soulignant les défis démographiques et économiques à venir.

 

Source exploitée : 

  • INSEE, Statistiques et analyses démographiques 2024–2025.
  • Le Monde, analyses récentes sur la natalité en France.
  • INED, rapports sur l’âge des pères et mères.

Trafic et usage de stupéfiants en France : tendances 2016-2024

By Santé, Sécurité/Justice

– par Claire-Marine GROS, chef de cabinet adjointe CRSI

Données issues du rapport Interstats Analyse n°78 – Déc. 2025

L’étude statistique conduite par le SSMSI dresse un panorama très documenté de l’évolution des infractions liées aux stupéfiants en France depuis 2016. Elle met en évidence une hausse continue des mis en cause, un poids écrasant du cannabis, et une progression spectaculaire de la cocaïne et des drogues de synthèse, bouleversant l’équilibre historique du marché illicite des drogues.

1. Un niveau d’interpellations historiquement élevé

Selon le rapport, 2024 marque un sommet dans les procédures enregistrées par police et gendarmerie :

  • 290 400 mis en cause pour usage, en hausse constante depuis 2016
  • 52 300 pour trafic, soit +6 %/an en moyenne depuis 2016
  • 68 % des usagers sanctionnés par AFD (196 400 personnes) suite à la réforme de 2020

Concrètement : 1 Français est interpellé pour usage de stupéfiants toutes les 2 minutes.

Le rapport souligne que cette augmentation s’inscrit dans un contexte d’usage en hausse depuis plus de 15 ans, notamment pour le cannabis mais aussi pour certaines drogues illicites émergentes .

2. Cannabis : socle du marché, massivement majoritaire

Le cannabis demeure la première drogue enregistrée dans l’ensemble des infractions.

  • 92 % des mis en cause pour usage
  • 78 % pour trafic
    plus de 300 000 personnes impliquées en 2024

Le rapport insiste sur la prépondérance de la résine, identifiée dans :

  • 87 % des cas pour trafic
  • 78 % pour usage

Une économie structurée, accessible, et portée par des profils très jeunes :
22 % des trafiquants sont mineurs – âge médian 21 ans.

3. Cocaïne : progression fulgurante et montée en puissance

L’étude note un changement majeur depuis 2016, avec une accélération du marché de la cocaïne.

  • Trafic : +176 % en 9 ans → presque triplé
  • 21 900 mis en cause trafic / 29 500 usage en 2024

La géographie du phénomène est marquée :
Guyane : 300 mis en cause pour trafic pour 100 000 habitants (≈1 pour 340 habitants) .

La cocaïne devient la deuxième drogue du marché, mais la première en dynamique.

4. Crack : niche numériquement, enjeu social et sécuritaire majeur

Le rapport distingue le crack du reste de la cocaïne, du fait de ses profils spécifiques et sa localisation extrême.

  • 900 mis en cause trafic / 1 600 usage – faibles volumes, mais :
    >50 % des faits commis à Paris
    41 % des usagers et 47 % des trafiquants étrangers, majoritairement africains

Concentration urbaine + précarité = pression sociale forte et visible.

5. Drogues de synthèse : montée rapide, souvent en poly-usage

Le rapport met en lumière une croissance très marquée :

  • Ecstasy/MDMA : +118 % trafic depuis 2016
  • Usage kétamine ×5 ; cathinones (3-MMC) ×11

Profil très différent du cannabis :
83 % des consommateurs d’ecstasy sans AFD consomment un autre produit,
89 % des trafiquants d’ecstasy multi-produits .

Un marché festif devenu structuré, connecté aux réseaux, en hybridation avec cocaïne/cannabis.

6. Profils sociologiques des mis en cause

Le rapport indique une jeunesse très marquée, surtout pour le cannabis.

  • Usage cannabis → âge médian 24 ans
  • Trafiquants cannabis → 79 % ont moins de 30 ans
  • Femmes ~8 % à 10 % selon produit (sous-représentation nette)
  • Étrangers → 22 % des mis en cause trafic (vs 8 % population générale)

Pic particulier :

Crack : 47 % trafiquants étrangers / 41 % usagers → phénomène très segmenté.

À retenir

  • 2024 = volume d’interpellations record
  • Cannabis = 9 usages interpellés sur 10
  • Cocaïne = +176 % de trafic depuis 2016 = basculement de marché
  • 3-MMC ×11 → signal fort de mutation vers la synthèse
  • Les trafiquants cannabis ont 21 ans en médiane
  • Crack : Paris concentre >50 % des faits → enjeu ciblé

Densité médicale en France : un indicateur trompeur qui masque de fortes inégalités d’accès aux soins

By Santé

– Note du CRSI Sud-Est

La densité médicale – souvent présentée comme le nombre de médecins pour 100 000 habitants – donne l’impression rassurante d’une France correctement dotée. Avec 339 médecins pour 100 000 habitants en 2023, le pays semble bien équipé. Mais ce chiffre global, en hausse par rapport à 2019 (318), dissimule des réalités beaucoup plus contrastées. Il inclut en effet l’ensemble des praticiens, hospitaliers comme libéraux, alors que 40 % exercent à l’hôpital, principalement dans les grandes métropoles. Dès qu’on se concentre sur ceux que la population consulte en premier recours – les médecins libéraux –, la densité tombe à 217 pour 100 000 habitants, et même 146 pour les généralistes. C’est là que les disparités territoriales apparaissent.

Des inégalités marquées entre territoires

La densité médicale varie du simple au double selon les départements. Les zones rurales et montagneuses (Creuse, Hautes-Alpes…) peinent à attirer des médecins, en raison de l’isolement géographique et d’un bassin de patientèle dispersé. À l’inverse, les départements urbains ou touristiques comme les Alpes-Maritimes ou le Val-de-Marne affichent des densités élevées, dopées par les hôpitaux et les pôles universitaires. Mais même dans ces territoires attractifs, les libéraux restent moins nombreux qu’il n’y paraît : 190 pour 100 000 habitants dans les Alpes-Maritimes, contre 163 dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Selon l’Atlas démographique du CNOM (2023), 20 % des communes françaises – environ 6 000 – sont classées en désert médical, c’est-à-dire en dessous de 120 généralistes libéraux pour 100 000 habitants ou à plus de 30 minutes du cabinet le plus proche. Et ce phénomène ne touche plus seulement la France périphérique : il gagne les centres urbains sensibles, où l’insécurité freine l’installation.

PACA : une région dense en apparence, fissurée en profondeur

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur offre une illustration parfaite de ce paradoxe. Avec 409 médecins pour 100 000 habitants en 2023, elle figure parmi les régions les mieux dotées, grâce à son attractivité touristique et universitaire. Mais si l’on s’intéresse aux libéraux, la densité chute à 340, dont 169 généralistes. Les écarts internes sont considérables :

Département Densité totale Libéraux / 100k hab.
Alpes-Maritimes (06) 520 190
Bouches-du-Rhône (13) 421 172
Var (83) 394 164
Vaucluse (84) 360 160
Hautes-Alpes (05) 312 158
Alpes-de-Haute-Provence (04) 298 163

On observe jusqu’à 74 % d’écart d’un département à l’autre. Selon l’ARS (2023), 60 % des déserts médicaux régionaux se situent dans les zones alpines et l’arrière-pays varois, où le temps d’accès à un médecin dépasse régulièrement 45 minutes.

Les nouveaux déserts : au cœur des villes

Les grandes villes PACA affichent des densités globales flatteuses (Nice 540, Marseille 520, Toulon 430). Mais en termes de libéraux :

  • Marseille : 180
  • Toulon : 172
  • Nice : 190

Et dans certains quartiers sensibles, la densité chute sous 120 médecins libéraux pour 100 000 habitants, comme aux Quatre-Cents à Marseille (112), dans les cités nord-est de Toulon (115) ou à l’Ariane à Nice (118) : moins qu’à Brignoles, petite commune rurale du Var (155).

La raison majeure ? L’insécurité.
Entre 2021 et 2023, 127 agressions de médecins libéraux ont été recensées par le CNOM, dont 73 % en zone urbaine, touchant majoritairement des femmes (61 %). Or celles-ci représentent désormais 52 % des médecins en activité et 60 % des jeunes diplômés (DREES 2024). 68 % des femmes médecins de moins de 35 ans refusent l’exercice isolé en zone sensible.

Résultat : les cabinets ferment, les urgences se saturent. À l’hôpital de La Timone (Marseille), 42 % des admissions relèvent de pathologies non urgentes, contre 28 % en moyenne nationale. À Nice-Saint-Roch, la surcharge grimpe à +30 % l’été, et jusqu’à 60 % de consultations qui auraient dû relever du secteur libéral. Cette mauvaise orientation génère selon l’Observatoire régional de la santé une surmortalité évitable estimée à 5 % dans les zones sous-dotées.

Conclusion : un indicateur à manier avec prudence

La densité médicale nationale masque des écarts profonds entre territoires, avec des déserts médicaux ruraux mais aussi urbains, souvent aggravés par l’insécurité. Pour inverser la tendance, un changement d’échelle est nécessaire : un choc d’autorité et d’attractivité permettant d’assurer la sécurité des praticiens, de favoriser l’installation en zone sensible et de renforcer les alternatives (maisons de santé, télémédecine, incitations fiscales, assistanat médical).

À défaut, la fracture sanitaire risque de se creuser et les populations les plus fragiles continueront à subir la pénurie médicale.

 

Références : DREES 2024 ; CNOM Atlas 2023 ; ARS PACA 2023 ; Insee 2023.

brève européenne Aurélien Jean

Brève Européenne 11 : Mobilité militaire, actualités judiciaires et pression migratoire (novembre 2025)

By Institutions, Sécurité/Justice

– Par Aurélien JEAN, membre du CRSI

* Les propos évoqués aux présentes brèves relèvent de l’entière responsabilité de l’auteur et n’engagent d’aucune manière une quelconque institution

Europe et mobilité militaire : un « Schengen militaire » pour répondre aux lacunes.

Le sujet de la mobilité militaire en Europe – et surtout des freins à celle-ci – n’est pas neuf et a même fait l’objet d’un rapport de la Cour des comptes européenne en février 2025. L’institution de Luxembourg y relevait tout un ensemble de problèmes et de difficultés opérationnelles pouvant remettre en question la viabilité des engagements de défense en cas d’attaque majeure. Pire encore, les obstacles et les procédures administratives sont telles qu’elles sont à l’origine de la majorité du temps perdu pour transporter du matériel militaire entre les différents EM. Suite à ce rapport très critique, la Commission a lancé une consultation afin d’identifier les principaux irritants dans la mobilité militaire ; le tout complété par un paquet législatif révélé le 19 novembre 2025.

En effet, et ainsi que le relève Euractiv, les goulets d’étranglements sont nombreux : délais parfois importants pour la délivrance des permis de transit, nombre d’entités chargées d’examiner la demande (Ministère, agences de sécurité…), ou encore habitudes différenciées qu’ont les forces des EM à travailler ensemble : un contingent portugais n’aurait ainsi aucun mal à traverser l’Espagne. En revanche, le problème est tout autre avec l’Allemagne… puisqu’il faut déclarer le passage des troupes dans chaque Land traversé.

Pour tenter de répondre à cette situation sous-optimale, la Commission européenne met sur la table un cadre contraignant pour faciliter le transport de troupes et d’équipement dans toute l’Union et permettre l’accès des infrastructures à des usages duaux, civils comme militaires. L’horizon est fixé à 2027, en ligne avec les discours sur la nécessaire accélération de la préparation aux crises. Pour y arrives, cinq axes sont mis en avant : supprimer des obstacles réglementaires ; mettre en place un nouveau ‘Système européen de réponse renforcée pour la mobilité militaire’ (EMERS) ; renforcer la résilience des infrastructures de transport ; mettre en commun et partager des capacités de mobilité militaire des États membres et enfin renforcer la gouvernance et la coordination avec un nouveau groupe de transport de mobilité militaire et un comité renforcé du réseau transeuropéen de transport (RTE-T). A noter que l’EMERS s’accordera avec les mouvements de l’OTAN afin de simplifier les processus.

A ce titre, une autorisation unique sera mise en place afin de rationaliser et prioriser les formalités pour cette étape déclarative qui est actuellement celle qui prend le plus de temps. Dans le cadre d’EMERS (crise aigüe voire guerre donc), une simple notification de mouvements transfrontaliers suffira, et non une autorisation en bonne et due forme. Pour faciliter la mise en place, la Commission a identifié 500 projets prioritaires où les goulets d’étranglement devront être supprimés. Le focus mis sur les infrastructures duales est justifié pour profiter également à l’économie et générer des gains de productivité en temps de paix. Le financement, renforcé, est actuellement imputé sur le « Mécanisme pour l’interconnexion en Europe » qui serait doté de 17.65 milliards d’euros dans le prochain budget pluriannuel 2028-2034 – encore au stade des premières discussions, rappelons-le.

 

La Commission révèle une stratégie de modernisation digitale des systèmes judiciaires

La Commission européenne a dévoilé le 20 novembre 2025 une nouvelle stratégie ambitionnant, notamment, de faire évoluer le fonctionnement des tribunaux et réguler l’usage de l’IA dans les juridictions. DigitalJustice@2030 décline des objectifs sur cinq ans afin de rendre les services judiciaires plus efficients et résilients face aux transformations numériques. Les principaux axes peuvent être résumés comme suit :

  • Favoriser l’interaction et le fonctionnement intégré des différents outils en service dans les EM, afin de garantir un minimum de cohérence et un partage d’expériences adéquat ;
  • Favoriser un usage responsable de l’IA – uniquement comme outil de soutien et non de décision – dans les domaines comme la transcription automatique, l’analyse de documents ou la priorisation de dossiers ;
  • Améliorer l’accès aux juridictions et aux jurisprudences nationales et européennes, en soutenant l’Espace européen des données juridiques. Cela se déclinera par exemple par un accès plus transparent aux décisions pour les professionnels du droit (généralisation des identifiants ELI et ECLI) ou la création d’outils d’IA plus adaptés ;
  • Rendre davantage interopérables des visioconférences judiciaires transfrontalières, dans le but final de pouvoir aboutir à une numérisation intégrale des procédures civiles et commerciales. Les avancées escomptées en matière de numérisation expliquent la hausse des moyens alloués à la justice dans le prochain budget pluriannuel présenté en juillet 2025 ;
  • Développer l’acquisition de compétences utiles à la gestion numérique des dossiers pour les juges, procureurs et personnels judiciaires. Ceci, via une stratégie 2025-2030 axée sur la formation.

A noter que l’emphase portée sur la digitalisation n’est pas neuve. Elle se place dans le contexte plus large des retours d’expériences de la crise Covid, qui avait largement révélé une justice trop dépendante au papier et aux procédures insuffisamment flexibles. Enfin, elle s’inscrit dans le cadre de divers programmes orientés – en tout ou partie – vers la transition numérique des services publics essentiels d’ici 2030, tels que l’Union des compétences ou la décennie numérique.

 

Au chapitre migration…

Le (très sensible) rapport sur la pression migratoire publié alors que les chiffres sont encourageants

Les chiffres rendus publics le 10 octobre 2025 par l’agence européenne Frontex auraient de quoi réjouir les décideurs européens. En effet, et en comparaison de la même période en 2024, le nombre d’entrées irrégulières sur le territoire de l’Union a chuté de 22% – pour s’établir à plus de 133 000. Dans le détail, les flux sont irréguliers : la route de Méditerranée orientale (Mer Egée) a vu une diminution de 22% dans ses traversées et ce chiffre atteint même 58% de baisse pour la route de Méditerranée orientale (Canaries). En revanche, d’autres voies sont plus actives, par exemple la traversée de la Manche vers le Royaume-Uni, qui a enregistrée 14% de départs en plus.

A noter aussi une évolution dans les pays du Maghreb, avec une forte hausse des départs de puis la Libye tant en direction de l’Italie (+ 50%) que de la Crète (+ 280% sur un an). La « nouveauté » si l’on peut dire concerne le report de réseaux de passeurs du Maroc vers l’Algérie – en grande partie dus aux efforts de Rabat pour lutter contre le phénomène et aux tactiques de plus en plus complexes utilisées par les passeurs dans la région. D’autres solutions peuvent être avancées pour expliquer une partie de ce succès d’estime, notamment les accords passés avec des Etats comme l’Egypte ou la Tunisie. Le changement d’attitude de certains Etats-Membres (EM) depuis plusieurs mois sur ce sujet peut aussi concourir.

Pourtant, malgré ces constats plutôt encourageants, la perception du sujet ne varie guère dans les EM, et continue d’occuper une place hautement sensible ; c’est ce qui a motivé la Commission à reporter la présentation du rapport sur la pression migratoire (voir aussi les brèves d’octobre 2025 du CRSI). Les tensions récurrentes entre EM sur le sujet n’arrangent rien à l’affaire, notamment entre les pays soumis à une particulière pression migratoire (Italie, Grèce) et les autres. Celui-ci a finalement été présenté le 10 novembre 2025.

Dans le détail, ce rapport pave la voie pour une proposition de décision implémentant certains aspects du Pacte sur l’asile et la migration. Y figure, entre autres, une catégorisation en 3 parties, chacune basée sur des critères comme la taille du pays, le nombre de demandes d’asile, le nombre d’arrivées irrégulières ou encore celui des opérations de sauvetage en mer. Ainsi sont catégorisés :

  • Les pays sous pression migratoire ;
  • Les pays exposés à un risque de pression migratoire à court terme (<1 an) – la France figurant dans cette catégorie ;
  • Les pays confrontés à une situation migratoire grave.

Point important, cette façon de classer les EM est plus souple que d’autres modèles alternatifs et peut conduire à ce que des EM « de deuxième ligne » puissent aussi bénéficier des mécanismes de solidarité – France ou Allemagne notamment.

A noter une seconde décision, du Conseil cette fois-ci, devant fixer le nombre de demandeurs d’asile relocalisables au titre de ce mécanisme de solidarité ainsi que leur ventilation par EM. Le Pacte prévoyait un chiffre minimum de 30 000 personnes.

Danemark : controverse sur un contournement des règles d’immigration

Un début de polémique agite Copenhague après la révélation d’une part anormalement élevée d’étudiants bangladais dans les cursus de master de l’université de Roskilde, située non loin de la capitale. Ils représentent en effet 16% des nouveaux étudiants de maitrise, ce qui a éveillé les soupçons d’une partie de la classe politique qui a demandé des explications. La première ministre elle-même a estimé que les universités ne devaient pas contourner les règles gouvernementales en matière migratoire.

Cette situation a conduit à mettre sur le devant de la scène un angle mort de la politique migratoire danoise : les étudiants étrangers admis en études au Danemark peuvent venir avec leurs familles, ce qui donne le droit à l’étudiant et à ses proches de chercher du travail. D’où l’accusation des oppositions selon laquelle ce système sert de porte dérobée pour venir s’installer au Danemark sous couvert d’un projet d’études ne constituant en réalité pas la priorité principale. En effet, d’après des médias locaux, le nombre d’accompagnants a décuplé sur les dernières années.

Face à cette polémique, le Gouvernement danois a réagi en introduisant des règles plus strictes concernant les étudiants internationaux. Les nouvelles mesures incluent un niveau de danois rehaussé, une justification plus complète des études et des diplômes obtenus ainsi qu’une attention renforcée aux modalités de recrutement de la part des établissements. Aussi, en 2026, les étudiants internationaux ne pourront plus amener avec eux leurs partenaires.

Rappelons que, malgré une coalition de centre-gauche, le Danemark dispose d’une des législations les plus strictes d’Europe en matière migratoire – ce qui a inspiré la Commission européenne pour plusieurs initiatives actuellement en discussion. Ce scandale intervient alors que des élections nationales sont prévues pour 2026.

Migration de travail : Accord des colégislateurs sur la « réserve de talents »

Le 18 novembre 2025, le Parlement européen et le Conseil sont parvenus à un accord sur le projet de vivier de talents ambitionnant de mettre en adéquation les besoins du patronat européen avec les projets de migration légale des ressortissants de pays tiers. Ayant pour projet de combler les besoins en main d’œuvre dans les secteurs en tension, il reposera toutefois sur une participation volontaire des EM et s’organisera sous forme de plateforme numérique. Le vote formel par chacun des deux colégislateurs doit encore intervenir, mais plusieurs nouveautés sont appelées à voir le jour.

Ainsi, une liste continentale des secteurs en pénurie de main d’œuvre sera établie, ce qui permettra de mieux trier les compétences que les aspirants candidats à la migration rempliront. Ceux-ci seront donc invités à créer un profil et à exposer leurs compétences, qualifications, expériences professionnelles et niveaux de langues. Il leur sera aussi possible de mentionner, facultativement, leur(s) EM de préférence et/ou leur disponibilité immédiate. Les offres d’emploi, elles, devront comporter au minimum : le nom et les coordonnées de l’employeur direct et de l’intermédiaire, une description du poste, la durée du contrat et le lieu de travail ainsi que, de manière facultative, des informations sur la rémunération initiale et/ou la fourchette salariale appliquée. Les syndicats européens, de leur côté, déplorent une initiative qui n’offre, selon eux, pas de garanties de protection suffisantes ni de mécanismes de prévention des fraudes adéquats.

Pour autant, une inscription ou une sélection pour un poste vacant ne garantissent en rien un droit au séjour effectif dans l’un des EM. En complément, la Commission souhaite que les EM disposent de procédures accélérées afin de faciliter le recrutement et répondre aux besoins des employeurs (visas/permis de travail, non-application de tests préalables, reconnaissances des qualifications/équivalences…). En outre, un pays pourra se retirer de ce système, mais avec un préavis de neuf mois.

Il est à noter enfin que seuls les employeurs « légitimes » pourront poster des offres, ce qui protège contre les entreprises radiées ou suspendues des registres nationaux – où tout simplement ceux dont l’accès à la plateforme a été refusé pour diverses raisons. Naturellement, seuls les candidats majeurs seront éligibles et aucun système de travail détaché ne sera possible par cette plateforme.

Royaume-Uni : Réforme des règles sur l’asile

Le pays est devenu ces derniers temps un avant-poste du durcissement migratoire sur le continent européen. Depuis déjà quelques mois, on a pu assister à des tentatives de dissuader la traversée de migrants irréguliers via des partenariats avec la France, un accord (avorté) avec le Rwanda ou bien la mise en place de nouvelles initiatives numériques compliquant l’insertion des clandestins (voir, à ce titre, les travaux du CRSI ici, et ici). Ce mois de novembre 2025 a vu de nouvelles règles venir s’ajouter à ce paquet dissuasif, visant ici une refonte notable du système d’asile. Ci-après, un aperçu des changements souhaités par la home secretary Shabana Mahmood.

Tout d’abord, il est proposé que les personnes ayant obtenu le statut de réfugié pourraient être contraintes de retourner dans leur pays une fois les conditions de sécurité redevenues acceptables dans celui-ci. Ainsi, il serait mis fin au statut permanent de réfugié, avec un renouvellement de demande à effectuer tous les deux ans et demi – une des mesures inspirées par le système danois de « negative nation branding » (ou « dénigrement de la nation ») auprès des candidats à l’exil ; bien que les recherches empiriques soient plus circonspectes sur l’efficacité réelle de cet affichage. De plus, le gouvernement britannique envisage de multiplier par quatre le temps d’attente permettant de demander un permis de séjour permanent – sésame indispensable en vue de la naturalisation. Il passerait de cinq à vingt ans mais ne concernerait que les nouveaux arrivants.

En outre, Londres veut s’attaquer à l’application jugée extensive de la convention des droits de l’Homme par la CEDH, notamment son article 8 sur le droit à la vie familiale. Une précision législative est attendue pour redéfinir ce qu’est la « famille proche » (un parent ou un enfant par exemple). Cette mesure est l’une des plus symboliques et met mal à l’aise une partie du gouvernement du Premier ministre Keir Starmer (travailliste). Le ministère britannique de l’Intérieur précise que les règles annoncées s’appliqueront aux réfugiés ukrainiens ; tout en ajoutant que la majorité d’entre-eux souhaiterait rentrer en Ukraine une fois la guerre terminée.

Un troisième point très notable, notamment dans le contexte des évènements de l’été survenus autour de l’hôtel d’Epping (voir les brèves du CRSI), concerne les aides accordées aux migrants. L’automaticité de la fourniture d’un logement et d’allocations hebdomadaires sera supprimée, de même que l’aide accordée aux demandeurs en droit de travailler et pouvant subvenir à leurs besoins. Aussi, tout migrant qui enfreindrait la loi, ne respecterait pas la directive d’éloignement ou travaillerait illégalement se verrait retirer les aides. Celles-ci devant être accordées en priorité aux personnes contribuant à l’économie. Enfin, les personnes possédant des objets de grande valeur pourraient se voir mises à contribution pour participer aux frais de leur logement.

Au rang des autres mesures figurent l’utilisation de l’IA pour évaluer l’âge des personnes arrivant illégalement sur le territoire, un enjeu majeur au regard de la difficulté à déterminer l’âge des mineurs isolés. Par ailleurs, la mise en place de nouvelles voies d’accès sûres est à l’étude, sur le modèle de ce qui a été fait pour l’Ukraine (parrainage de type « Homes for Ukraine »). L’accent est mis sur l’inclusion dans les communautés locales, avec l’accord de celles-ci ainsi qu’un bon niveau d’anglais préalable. Enfin, Londres veut faire pression sur la Namibie, l’Angola et la République démocratique du Congo en suspendant l’octroi de visas jusqu’à ce que ces gouvernements ne renforcent leur coopération en matière de retour des criminels et des illégaux et allègent en conséquence les contraintes qui pèsent sur ces expulsions.

Les priorités migratoires de la présidence chypriote

Le 1er janvier 2026, ce sera au tour de Chypre de prendre les rênes du conseil européen, et ce pour une durée de six mois. En succédant à la présidence danoise en fonctions depuis juillet 2025, Nicosie reprendra à sa charge les négociations au Conseil sur les dossiers en cours – ainsi que les négociations en Trilogue avec le Parlement européen et la Commission. Le pays, l’un des plus petits de l’UE, a la particularité d’être coupé en deux depuis les années 1970 en raison d’une occupation turque de sa partie nord. Si cela l’empêche d’intégrer l’OTAN – dont Ankara est membre – il a néanmoins pu rejoindre l’UE en 2004, et vis donc sa deuxième présidence tournante.

Les chypriotes devront donc gérer tout un ensemble de sujets sensibles dont entre autres les règlements relatifs au retour des personnes en situation irrégulière dans l’UE et au concept de « pays tiers sûrs » ou encore la finalisation de la mise ne place du Pacte asile et migration. L’Etat le plus oriental de l’UE – reconnu par la Commission comme étant « sous pression migratoire » – devra en outre faire atterrir des règles standardisées sur les centres de retours en pays tiers et faire accepter la réserve de solidarité imaginée par Bruxelles. Au demeurant, la lutte contre les réseaux de passeurs figure aussi dans les axes de travail.

 

La Commission et les procédures d’infraction

A intervalles réguliers, la Commission européenne rend publiques les procédures ouvertes contre les EM pour défaut de transposition des textes du droit européen dans leur droit national. Agissant sur base des traités, elle maintient ainsi son rôle historique de « Gardienne » desdits traités et sa capacité à maintenir la cohérence et l’uniformité du droit de l’Union. Les procédures d’infraction se déroulent généralement en trois temps : lettres de mises en demeure, avis motivés et, ultimement, saisie de la CJUE (voire aussi, et pour plus de détails, la note du CRSI consacrée au juge de l’UE). Ci-après, l’état des lieux des procédures d’infraction pour le mois de novembre 2025.

Au rang des lettres de mises en demeure, ont notamment été adressés :

  • À la Bulgarie et à la Hongrie une injonction à transposer les règles relatives à l’aide juridictionnelle dans le cadre des procédures pénales telles qu’elles ressortent de la directive 2016/1919. Ce texte ambitionne d’établir des normes communes pour la protection des suspects et établir un droit uniforme à l’aide juridictionnelle.
  • A l’Allemagne, à l’Espagne et à la Lettonie une injonction à transposer les règles relatives à la directive sur les armes à feu (2021/555) avec, pour Berlin, des dispositions additionnelles manquantes des directives 2019/68 et 2019/69. Ce texte fixe des normes minimales communes concernant l’acquisition, la détention et le transfert d’armes à feu à usage civil (sport, chasse) et vise à prévenir le trafic illicite et les actes criminels.

Concernant les avis motivés :

  • Bruxelles demande à la Suède de transposer correctement les dispositions de la directive 2017/1371 sur la lutte contre la fraude atteignant les intérêts de l’Union. L’objectif du texte était précisément d’éviter les infractions contre le budget européen en harmonisant les définitions, sanctions et compétences respectives.
  • L’exécutif européen enjoint la Belgique et la Lettonie à transposer les dispositions de la directive 2022/2557 relative à la résilience des entités critiques, un texte qui vise à garantir la fourniture des services vitaux en cas de crise (énergie, transports, santé, eau, banque, numérique…). Dispositions d’actualité s’il en est et qui n’ont que partiellement été mises en œuvre dans les EM visés.
  • La Commission demande à l’Estonie, à la Hongrie et à la Pologne de respecter la directive 2013/40 ayant trait aux cyberattaques. Celle-ci vise à renforcer les législations nationales et introduire des sanctions. La transposition par ces trois EM est jugée incorrecte sur plusieurs points, entre autres sur les dispositions relatives aux interceptions illégales.

A noter enfin qu’une lettre de mise en demeure a été envoyée à la Slovaquie pour violation des principes fondamentaux de l’Union, notamment des exigences de primauté, d’autonomie, d’effectivité et d’application uniforme du droit de l’UE. Cela fait suite aux modifications constitutionnelles de septembre 2025 qui permettent aux autorités nationales d’examiner de quelles manière les règles européennes peuvent s’appliquer dans le pays (voir les brèves du CRSI). De telles dispositions sont absolument proscrites par les traités, même en cas de révision constitutionnelle, car elles remettent en cause la primauté du droit communautaire. Les amendements à la loi fondamentale de Bratislava visaient à limiter les droits des personnes et groupes LGBT.

 

Du côté de Luxembourg et de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE)…

Séjour dans l’UE et notion de « ressources »

Dans un arrêt rendu le 13 novembre 2025 (C-525/23 Oti), la Cour de Luxembourg a dû se pencher sur la notion de « ressources » associée à la directive 2016/801 relative aux conditions de séjour dans l’UE pour les ressortissants de pays tiers impliqués dans des actions de volontariat ou des projets d’études. L’affaire part d’un ressortissant de pays tiers arrivé en Hongrie pour du volontariat. Afin de pouvoir vivre pendant son séjour sur le sol hongrois, l’individu en question pouvait obtenir des ressources financières provenant de son oncle. Or, les autorités magyares ont refusé le renouvellement du titre de séjour, arguant d’une disposition de droit national restreignant le champ d’interprétation de ce qui relève d’un « membre » de la famille. Si la Cour de Budapest-Capitale lui a donné raison en estimant que les moyens de subsistance pouvaient provenir tant du travail que d’allocations diverses, la cour suprême hongroise a estimé qu’il fallait préciser la nature des fonds reçus, ce à quoi ils correspondent et s’ils peuvent être considérés comme illimités et définitifs.

Malgré cette réponse, la cour de Budapest a saisi la CJUE d’une question préjudicielle afin de vérifier la conformité au droit européen de la réponse de la cour suprême. Les juges de l’Union ont répondu en estimant que les vérifications additionnelles demandées par la plus haute juridiction hongroise n’ont pas lieu d’être. En effet, un ressortissant de pays tiers remplissant les conditions fixées par la directive susmentionnée a le droit de recevoir un titre de séjour ; sans qu’il ne puisse être ajouté de conditions supplémentaires. En effet, la notion de « ressources » doit être uniforme dans toute l’UE, ce qui dit conduire à vérifier les ressources à disposition du demandeur uniquement dans l’optique de savoir s’il est effectivement en mesure d’en disposer – sans devoir s’attacher donc à leur nature ou leur provenance spécifique.

Travail des juges et compensation adéquate des heures supplémentaires

Toujours le 13 novembre 2025 et toujours dans le cadre d’un renvoi préjudiciel, la Cour de justice a eu à connaitre des conditions réglementant la compensation des heures supplémentaires prestées par les magistrats nationaux (C-272/24 Tribunalul Galaţi). Dans le cas d’espèce, il s’agissait d’un juge roumain travaillant au sein d’une juridiction en sous-effectif et ayant donc accompli un surcroit de travail par rapport à ses tâches normales. Il a par la suite demandé une compensation sous forme pécuniaire – ce qui a été rejeté par le tribunal de grande instance de Bucarest, au motif que la compensation peut prendre d’autres formes (jours de repos par exemple).

La CJUE commence par rappeler la nécessaire indépendance des juges comme partie essentielle au droit fondamental à la protection juridictionnelle. Par ailleurs, le juge européen note qu’une garantie de cette même indépendance provient d’un niveau de rémunération en concordance avec l’importance des fonctions exercées, notamment afin de prémunir contre le risque de corruption. Pour autant le juge de l’Union note que l’octroi d’un repos compensateur peut se révéler suffisant et est, en tout cas, une mesure appropriée au regard du droit européen. Pour autant, deux conditions sont attachées pour que ce type de compensation soit opérant : pouvoir effectivement faire valoir le temps de repos compensateur et que rien de tout cela ne porte préjudice à l’adéquation de la rémunération des juges au regard de leurs responsabilités, notamment en termes de neutralité, d’imperméabilité aux éléments extérieurs et d’indépendance vis-à-vis des pouvoirs exécutifs et législatifs.

Conservation des données génétiques et biométriques de personnes poursuivies

Saisie d’un renvoi préjudiciel dans l’affaire C-57/23 Policejní prezidium, la CJUE a estimé le 20 novembre 2025 que les services de police d’un EM sont en droit de décider de conserver des données biométriques et génétiques ; et ce sans que le droit national ne doive obligatoirement fixer une durée maximale. Le cas en question provenait d’un fonctionnaire tchèque définitivement condamné dans une affaire mais qui contestait la conservation des données comme une atteinte à sa vie privée. La difficulté juridique provenant de l’adéquation ou non de ladite conservation avec la directive 2016/680 sur le traitement des données personnelles dans le cadre d’infraction et d’enquêtes.

Ainsi, la chambre estime que le droit de l’Union ne s’oppose pas à une réglementation nationale régissant la collecte de ce type de données pour toute personne poursuivie ou soupçonnée d’une infraction. Deux conditions sont cependant attachées : aucune distinction ne peut être établie dans la finalité du traitement des données entre les personnes poursuivies et soupçonnées d’une part et les exigences de traitement des données doivent être respectées d’autre part (traitement non excessif, durée n’excédant pas le nécessaire, etc.). Enfin, le juge européen reconnait que la réglementation nationale peut autoriser, sous conditions, l’appréciation de la nécessité de conserver des données biométriques et génétiques par les services de police eux-mêmes sur base de leurs règles internes.

 

Dans le reste de l’actualité européenne :

ELARGISSEMENT : La Commission européenne a présenté le 4 novembre 2025 plusieurs rapports relatifs aux progrès réalisés par les pays candidats à l’intégration de l’UE. Globalement, le bilan est positif, avec de nettes avancées réalisées par l’Ukraine, la Moldavie, l’Albanie et le Monténégro. Ces quatre Etats ont accéléré les processus de réforme avec de se mettre en conformité avec « l’acquis communautaire » ; c’est-à-dire l’ensemble des régulations européennes déjà adoptées et que tout pays candidat se doit de mettre en œuvre pour entrer dans l’UE avec les mêmes législations que ses homologues. Tirana et Skopje sont d’ailleurs dans le peloton de tête des pays les plus avancés, avec possiblement la clôture de tous les chapitres de négociation d’ici 2026 ou 2027. En revanche, le processus est bloqué en ce qui concerne la Géorgie, un pays qui se rapproche de plus en plus de Moscou et pour lequel la Commissaire à l’élargissement (Marta Kos – Slovénie) estime n’être « un pays candidat que de nom ». D’autres pays tels que la Serbie, la Bosnie-Herzégovine ou la Macédoine du Nord n’ont pas connu d’avancées significatives.

BUDGET 2026 : Le Conseil de l’UE et le Parlement européen sont tombés d’accord le 15 novembre 2025 sur les crédits affectés à l’exercice budgétaire 2026. 192.8 milliards d’euros sont prévus en engagements dont 190.1 en paiements. Prévoyant plusieurs centaines de millions d’euros en cas d’imprévus, le texte a donné satisfaction aux représentants du Parlement, notamment grâce à des dotations augmentées de plus de 370 millions d’euros pour des programmes comme la recherche, les réseaux de transport et d’énergie, l’environnement, la protection civile, la mobilité militaire, Erasmus ou encore la gestion des frontières.

Ainsi, plus de 23 milliards d’euros seront affectés au marché unique, 73 milliards d’euros pour les fonds de cohésion, 52.5 pour l’agriculture et l’environnement, 16.5 pour le voisinage et l’action extérieure et presque 4 milliards d’euros pour les politiques migratoires et de gestion des frontières. Les politiques de sécurité et de défense recevront plus de 2.25 milliards d’euros.

Cet accord a été avalisé par les eurodéputés le 26 novembre 2025.

COMMISSION : Dans la foulée du 19ème paquet de sanctions adoptées contre la Russie le 23 octobre 2025 – et qui restreignait notamment la circulation des diplomates russes dans l’UE – la Commission a annoncé le 7 novembre 2025 un durcissement des règles relatives à l’octroi de visas pour les ressortissants russes. Ceux-ci ne peuvent plus obtenir un visa à entrées multiples, et doivent donc demander une nouvelle autorisation pour chaque voyage – Bruxelles justifiant les examens approfondis que cette mesure va engendrer par des considérations de sécurité. Certaines exceptions sont toutefois possibles : journalistes indépendants, membres d’associations e la société civile et de défense des droits, etc.

CONSEIL : Les EM sont tombés d’accord le 19 novembre 2025 sur une position commune concernant le règlement relatif à l’établissement d’une application de voyage numérique européenne. Concrètement, cela servira à faciliter le passage des points frontaliers par une vérification à distance des documents requis en amont du franchissement. Les agents des polices aux frontières pourront ainsi consulter avec une meilleure amplitude les base de données policières ou migratoires ; conduisant à une fluidification des flux. Les voyageurs pourront aussi créer des titres de voyage numériques récapitulant les informations requises – notamment dans la perspective de la mise en place du système ETIAS en 2026.

EUROJUST : Le 13 novembre 2023, l’Agence de l’Union européenne pour la coopération judiciaire en matière pénale (Eurojust) a révélé son document de programmation pluriannuelle 2026-2028 dans lequel elle fait de la numérisation cde la coopération judiciaire un de ses axes forts pour les prochaines années. A ce titre, plusieurs initiatives sont en cours, comme un omnibus de la Commission, le canal JUDEX (communication sur les mandats d’enquête européens), l’intégration du registre antiterroriste ou encore l’identification automatique des liens entre procédures multinationales. Pour répondre à ces défis et à un panel de missions appelé à s’accroitre (voir ici ou ), Eurojust ambitionne de moderniser ses infrastructures et sa sécurité informatique, développer davantage de partenariats hors-UE et être capable d’apporter un soutien rapide aux juges et procureurs.

CJUE :  Le 13 novembre 2024, l’avocat général (AG) Spielmann a rendu ses conclusions dans l’affaire C-666/24, ayant trait à la loi d’amnistie prononcée par le Parlement espagnol pour les actes accomplis dans le cadre du référendum pour l’indépendance de la Catalogne en 2017. L’AG note que l’amnistie reste une matière relevant des EM, et que la directive 2017/451 relative à la lutte contre le terrorisme ne s’oppose pas à une telle loi ; notamment car la situation catalane n’implique pas d’autoamnistie ni de violation des droits de l’Homme. Il relève en outre que le champ et la périodicité d’application sont bien définis et que ladite loi d’amnistie a un objectif évident de réconciliation sociale.

A noter que d’autres conclusions du même AG portant sur une autre affaire (C-523/24) mais toujours reliée à cette loi d’amnistie ont été rendues le même jour et ont trait à l’exonération de responsabilité en matière de deniers publics.

Rappelons enfin que les conclusions de l’AG relèvent d’une opinion juridique individuelle et ne lient pas la formation de jugement.

* Les propos évoqués aux présentes brèves relèvent de l’entière responsabilité de l’auteur et n’engagent d’aucune manière une quelconque institution

Gestion du risque incendie de forêt et aménagement du territoire : le bilan de l’année 2025

By Sécurité/Justice

– Par Bruno Lafon, Président de la DFCI (Défense des Forêts Contre l’Incendie) en Nouvelle Aquitaine et Pierre Macé, Directeur.

Une année 2025 record pour l’Europe et la France

L’année 2025 a été difficile en termes de feux de forêt. L’Europe a battu les records de surfaces brûlées avec plus d’un million d’hectares détruits au 9 septembre, après deux semaines particulièrement éprouvantes, du 5 au 19 août, ayant vu la destruction de 334 000 ha puis de 251 000 ha. Ces cumuls sont trois fois supérieurs aux moyennes enregistrées depuis 2006.

La France n’a pas été épargnée, avec 36 000 ha touchés au plan national (soit 2,5 fois la moyenne), dont l’incendie de Ribaute, dans l’Aude, qui a détruit 11 133 ha en cinq jours, avec une puissance très importante. Ces éléments font suite à la saison estivale de 2022, où la France avait vu brûler 71 000 ha, dont 28 900 ha en Gironde.

Ces événements sont riches d’enseignements sur l’évolution du risque de feu de forêt. Il convient de changer de paradigme, sans quoi la récurrence et la puissance des incendies pourraient perturber la sécurité du territoire, l’économie et l’environnement.

À titre d’exemple, l’année 2022 en France (71 000 ha brûlés), et en particulier dans le Sud-Ouest (36 700 ha brûlés), illustre une rupture dans le processus de protection du territoire contre les incendies.

Le dérèglement climatique rend les conditions de protection très difficiles. L’été 2022 a battu simultanément des records de température (+1,5 °C) et de sécheresse (75 % des précipitations normales), en Gironde, avec des journées à 42 °C et moins de 8 % d’hygrométrie. Plus inquiétant : les records concomitants de sécheresse et de température s’installent depuis 2000.

Dans le Sud-Ouest, la saison des feux de forêt a duré trois mois sans interruption. Si aucun mort n’est à déplorer, 55 000 personnes ont été évacuées, 19 maisons détruites et plus de 2 000 propriétaires sinistrés. Le climat de l’été 2022 n’est pas une exception, mais s’inscrit dans une tendance durable.

Pression démographique et vulnérabilité accrue

À cela s’ajoute un accroissement structurel de la population (+22 000 personnes par an en Gironde) qui, d’une part, augmente le risque de départs de feu (90 % sont d’origine anthropique) et, d’autre part, entraîne un développement des enjeux et des cibles (population, habitations, industries, sites stratégiques de défense… soit 20 constructions pour 100 ha brûlés). Cet accroissement démographique est particulièrement marqué sur les zones côtières (+26 % depuis 1975 sur les EPCI du littoral, contre +18 % sur le reste du territoire) et se retrouve à l’échelle mondiale, puisque 20 % de la population vit à moins de 30 km des côtes.

Les incendies peuvent aussi avoir un effet pénalisant sur la défense française, en menaçant les industries de l’armement, nombreuses dans la périphérie bordelaise, ainsi que les camps militaires. Lors des incendies de l’été 2022, les panaches de fumée auraient pu avoir des conséquences plus marquées sur les bases aériennes de Mont-de-Marsan et de Cazaux.

L’aménagement du territoire au cœur de la prévention

Une grande vigilance doit être apportée à l’aménagement du territoire, notamment dans les zones urbaines et les interfaces forêt-habitation (PLUI, SCOT…). La masse de combustible doit être maîtrisée, notamment par l’application des Obligations Légales de Débroussaillement (OLD). Les injonctions contradictoires entre les réglementations environnementales et sécuritaires ne facilitent pas leur application. Il convient de laisser aux préfets plus de latitude dans la hiérarchisation des priorités, pour éviter la paralysie du système de protection.

Suite aux tempêtes de 1999 et 2009, le massif des Landes de Gascogne compte 350 000 ha de peuplements de moins de 30 ans. Jamais dans son histoire ce massif n’a connu une telle continuité dans la structure des peuplements sensibles au feu, en raison de la continuité verticale de la végétation. Contrairement aux idées reçues, la surface forestière et les volumes de bois sur pied augmentent également en métropole, notamment grâce aux peuplements du Fonds forestier national. « Le stock de bois vivant a augmenté de 50 % en 30 ans pour atteindre 2,8 milliards de m³ » (source : IGN).

Pourtant, la forêt métropolitaine devient globalement émettrice de carbone, en raison de son mauvais état sanitaire, du vieillissement et du ralentissement du renouvellement. Les quatre principaux incendies en Gironde ont relâché plus de 5 millions de tonnes équivalent CO₂ (source : Forêt Innovation 23_003). À certains endroits, la litière a baissé de 80 cm et le feu s’est enterré à plus d’un mètre. Outre l’augmentation de la masse de combustible, le dépérissement global de la forêt s’accroît, lié aux attaques de pathogènes (insectes, champignons…) sur des peuplements stressés. La mondialisation des échanges intensifie cette menace.

Adapter la forêt au climat de demain

Le défi pour les forestiers est majeur : choisir des essences adaptées aux conditions pédologiques et climatiques actuelles et futures. Comment favoriser des essences capables de survivre dans 50 ans tout en se développant aujourd’hui ? Il convient de mettre en place des peuplements présentant un intérêt économique ou écologique suffisant pour garantir leur entretien, tout en facilitant leur sécurisation.

Les feux de forêt sont majoritairement d’origine anthropique (90 % des départs). Les surfaces brûlées ne sont que la conséquence des départs de feu : les feux les plus faciles à éteindre sont ceux qui ne démarrent pas. Il faut donc renforcer la sensibilisation aux bons gestes : ne pas jeter de mégot, respecter les interdictions d’accès, appliquer les règles de débroussaillement. Le travail des cellules de Recherche des Causes et Circonstances d’Incendies d’Espaces Naturels (RCCI-EN), coordonné par les préfets et associant sapeurs-pompiers, gendarmerie, police et forestiers, doit être poursuivi et renforcé, notamment en lien avec les magistrats.

Un territoire valorisé est un territoire protégé. La forêt représente une opportunité pour la protection du territoire et pour son économie. La balance commerciale du secteur forestier est déficitaire de 6 milliards d’euros, mais la prévention des risques doit être intégrée à l’aménagement forestier : réseau de pistes, taille des parcelles, continuité des massifs, etc. L’Union européenne apporte un financement structurel via le FEADER, complété par des contreparties nationales, notamment celles des régions. Dans le cadre du futur plan 2027, il convient de maintenir des priorités structurantes d’aménagement du territoire, garantes d’une économie globale. 

Le besoin financier en prévention contre les incendies est estimé à 34 millions d’euros par an. La ligne budgétaire DFCI du ministère de l’Agriculture (BOP 149) est historiquement d’environ 18 millions d’euros, portée à 51 millions en 2024 grâce à des crédits exceptionnels. Il serait plus cohérent de stabiliser ce financement sur la ligne historique.

Conclusion : anticiper et renforcer la résilience

Il est nécessaire de rester humble face à l’ampleur des événements et de faire des choix en matière d’aménagement et d’entretien, en complément des actions de lutte. Il faut anticiper les effets de rupture dans le système de protection contre les incendies de végétation pour réduire la vulnérabilité. Si cette culture du risque n’est pas intégrée dès maintenant, dans des conditions climatiques de plus en plus instables, ni les meilleurs hommes ni les meilleures techniques ne suffiront face à l’ampleur des éléments.

Bruno Lafon et Pierre Macé

Modernisation de la sécurité civile : à quand une adaptation des moyens ?

By Sécurité/Justice

Par le Colonel Jean-Paul BOSLAND, Président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France et de l’Œuvre des Pupilles orphelins et fonds d’entraide des sapeurs-pompiers de France

 

Troisième composante de la sécurité intérieure, la sécurité civile est confrontée à un puissant enjeu de modernisation destiné à adapter le modèle français aux nouvelles menaces susceptibles d’affecter les populations. Outre les enjeux sécuritaires globaux que sont le retour de la guerre en Europe, la persistance du terrorisme de masse et la recrudescence des crises hybrides, les forces de sécurité civile sont  confrontées aux défis propres que constituent principalement la désertification médicale, le vieillissement démographique, et le dérèglement climatique.

Principaux acteurs de la sécurité civile, les sapeurs-pompiers sont au cœur de ces défis. Historiques soldats du feu, ils sont aussi devenus aujourd’hui des soldats de la santé avec l’explosion de leur activité de secours et de soins d’urgence aux personnes (SSUAP), laquelle représente en moyenne 86% des interventions. Cette inflation du SSUAP constitue la cause principale de l’augmentation de la pression opérationnelle (+ 17% en 10 ans) et met sous tension les unités, les matériels et les budgets. Cette sur sollicitation repose sur deux causes principales, auxquelles il appartient de remédier pour garantir la viabilité de notre modèle de secours.

En premier lieu, la multiplication du recours aux sapeurs-pompiers pour des demandes non-urgentes d’assistance aux personnes (transport sanitaire, relevage, téléalarme…) par carence des acteurs privés normalement compétents produit chez les sapeurs-pompiers -volontaires pour 80% d’entre eux- une perte de sens de leurs missions, une démotivation et des tensions avec leurs employeurs pour la gestion de leur disponibilité.

En second lieu, la crise de la permanence des soins, l’éloignement des hôpitaux des territoires et l’asphyxie des urgences génèrent une augmentation continue des temps de transport et d’attente, qui consume les ressources des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) et affaiblit leur potentiel de réponse à l’urgence. Afin d’inverser cette tendance, il est indispensable de rompre avec l’organisation actuelle des urgences pré hospitalières, éclatée entre les agences régionales de santé et les préfets et qui confère un droit de tirage illimité aux acteurs de la santé sur les sapeurs-pompiers sans compensation financière pour les collectivités territoriales, pour unifier leur pilotage sous l’autorité des préfets de département. Ces derniers devront pouvoir disposer dans chaque département d’une plateforme de réponse aux appels d’urgence permettant d’accroître la coopération interservices (pompiers, SAMU, ambulanciers, associations agréées de sécurité civile), d’améliorer la gestion de l’alerte et de dimensionner la réponse (délai, vecteur, équipage) selon le caractère urgent ou non de la demande. Il s’agit là de généraliser par la loi dans un délai raisonnable les plateformes qui ont démontré leur efficacité dans de nombreux pays européens et dans 21 départements français, et qui sont en projet dans 15 autres. En outre, les SDIS, forts de leur chaîne de réponse intégrée de niveau secouriste, infirmier et médical, doivent avoir la liberté de gérer les orientations de proximité à travers des bilans simplifiés, les départs différés et le recours aux associations agréées de sécurité civile en cas d’appel non-urgent. 

Soldats du feu et de la santé, les sapeurs-pompiers sont aujourd’hui aussi des soldats du climat, du fait de leur implication en première ligne dans la prévention et la lutte contre les effets du dérèglement climatique : sécheresses, canicules, feux de forêts et d’espaces naturels, tempêtes, inondations, épisodes méditerranéens, cyclones…Hier exceptionnels, ces événements, aujourd’hui de plus en plus fréquents et intenses, affectent l’ensemble de l’Hexagone et de nos territoires ultramarins. Ils exigent donc, là encore, d’anticiper et de consolider toutes les composantes du continuum de sécurité civile. Cet effort d’adaptation implique de renforcer à la fois la résilience de la société par une meilleure formation des citoyens et des élus à la gestion des risques et des crises, la coordination territoriale et nationale des acteurs autour des professionnels du secours, ainsi que les moyens capacitaires en accroissant les effectifs de sapeurs-pompiers, volontaires et professionnels,  et en modernisant leurs équipements grâce aux apports de l’innovation : intelligence artificielle, drones, robots, flotte souveraine d’avions bombardiers d’eau. 

Un tel effort implique un engagement budgétaire accru de l’État dans le renouvellement des moyens nationaux et dans le soutien à l’investissement des SDIS à travers la pérennisation des pactes capacitaires mis en place après les feux de forêts de 2022. Tout comme il requiert de réviser sans plus attendre le financement des SDIS, unanimement reconnu comme obsolète et à bout de souffle, pour doter les départements de ressources robustes et dynamiques, qu’elles proviennent des assurances, de l’activité touristique ou des métropoles.

Mises en exergue par le récent Beauvau de la sécurité civile, ces axes de réforme doivent, malgré les difficultés politiques et financières, alimenter rapidement une loi de modernisation très attendue par les acteurs du secours pour adapter la protection des populations aux défis et menaces du XXIème siècle et pour faire véritablement de la sécurité civile une politique publique structurante de notre sécurité nationale.

Col. Jean-Paul Bosland