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Réformer pour pérenniser : les défis de la modernisation des lycées de la défense

By Défense

Source : Rapport de la Cour des Comptes le 2 février 2026

Réformer pour pérenniser : les défis de la modernisation des  lycées de la défense  

– par Lilou LECLERCQ, membre Jeunes CRSI

 

Les lycées de la défense sont des établissements d’excellence placés sous la tutelle du ministère  des Armées et du ministère de l’Éducation nationale. Ils dispensent un enseignement général et  technologique allant du collège aux classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), militaires et  civiles. 

Il existe 6 établissements de ce genre et accueillent à eux six, près de 4 500 élèves. Ces établissement remplissent une double mission :  

une mission d’aide aux familles de militaires pour les classes du secondaire ;
une mission d’aide au recrutement des armées pour les classes d’enseignement supérieur,  notamment via les CPGE. 

Par ailleurs, ces établissements disposent d’un statut atypique : les élèves sont rattachés à  l’institution militaire et donc au ministère des armées. L’enseignement y est assuré par des  professeurs détachés de l’Éducation nationale, tandis que l’encadrement est supervisé par des  militaires. 

 

I- Résultats /Constats 

A – Constats positifs 

Les lycées de la défense affichent des résultats particulièrement solides, notamment en classes  préparatoires aux grandes écoles (CPGE). En 2024, 38 % des élèves de CPGE ont intégré une école militaire à l’issue de leur scolarité. Ces donnes illustre l’efficacité du dispositif mis en place  dans les lycées de défense.  

De plus, il s’avère que les résultats au baccalauréat sont excellents, avec des taux de réussite très  élevés et une proportion importante de mentions. Les performances observées sont  régulièrement supérieures aux moyennes nationales. 

Ces résultats peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs :  

En effet, les effectifs sont réduis en comparaison des moyennes nationales, ils sont environ 25 en  secondaire et 20 en CPGE ce qui facilite l’apprentissage et l’encadrement. En effet, le taux  d’encadrement pédagogique et militaire est élevé (3,5 élèves par encadrant civil et militaire et un  enseignant pour 10,9 élèves, contre 13 dans la moyenne des pays de l’OCDE et 15 en France).  

Enfin, sont organisés un accompagnement systématique aux devoirs ainsi que des activités  périscolaires nombreuses et, 

pour beaucoup, gratuites. Le cadre militaire entretient en outre une discipline et une dynamique studieuse qui fait également une large place au sport, les établissements étant dotés d’infrastructures conséquentes.

B – Les limites  

Plusieurs constats ont démontrés les limites structurelles et financières importantes.  

Tout d’abord, la gestion du personnel est complexe. En l’absence d’un véritable corps d’accueil  au sein du ministère des Armées et des anciens combattants, la situation administrative des  personnels peut présenter des inconvénients et générer des difficultés de gestion. Ensuite, les emplois du temps sont parfois jugés trop denses, laissant peu de place au temps  libre et à l’équilibre personnel des élèves. Si la discipline constitue un facteur de réussite, elle peut  également entraîner une pression importante. 

Sur le plan social, le ministère reconnaît qu’une réflexion pourrait être menée concernant le poids  des critères sociaux dans l’admission. Le système actuel repose sur un double régime d’aides,  jugé coûteux et insuffisamment lisible. Son articulation manque de clarté, ce qui peut nuire à  l’équité entre les familles. 

La question budgétaire constitue un autre point majeur. Les dépenses sont complexes à identifier  et à quantifier, et elles augmentent d’année en année. Le coût annuel complet de fonctionnement  est estimé à 146 millions d’euros, soit environ 33 300 € par élève et par an. À titre de  comparaison, ce montant est très supérieur au coût moyen d’un élève dans l’enseignement public  classique. 

 

II – Les recommandations en vu d’une amélioration 

Afin de remédier à ces dysfonctionnements, le rapport de la Cour des comptes formule neuf  recommandations essentielles pour renforcer la cohérence du modèle. L’objectif prioritaire réside  dans l’amélioration de la gouvernance globale par une clarification des responsabilités  ministérielles et un pilotage stratégique plus affirmé. Une coordination interarmées accrue est  également préconisée pour harmoniser la gestion des différents sites et rationaliser les  investissements. Sur le plan social, une simplification des régimes d’aides est jugée nécessaire  pour garantir une meilleure équité entre les familles. Enfin, le rapport souligne l’importance de  mettre en place des outils d’évaluation rigoureux afin de mesurer l’efficacité réelle des politiques  publiques engagées depuis 2018 et d’ajuster les orientations futures aux besoins réels de la  défense. 

En définitive, bien que les lycées de défense soient des lycées avec d’excellents résultats  scolaires et bien qu’ils représentent une filière d’excellence ; les limites structurelles, sociales et  budgétaires soulignées par la Cour des comptes imposent une réforme profonde du modèle.

brève européenne Aurélien Jean

Brève Européenne 14 : Chypre s’installe aux commandes d’une Europe inquiète et malmenée par son « partenaire » américain

By Défense, Economie, Institutions, Sécurité/Justice

– Brève par Aurélien JEAN

Les priorités de la présidence chypriote du Conseil de l’UE

Tous les six mois, un Etat-membre (EM) prend les rênes du Conseil européen selon un calendrier rotatif (pour la France, la dernière occurrence est arrivée au premier semestre 2022). C’est ainsi que, le 1er janvier 2026, Chypre a succédé au Danemark et aura donc la main sur l’agenda européen jusque début juillet 2026. Cette position lui permet de mettre sur la table ses priorités mais l’oblige aussi à chercher des compromis au sein du Conseil, bâtir des coalitions autour des textes proposés et représenter l’institution dans les négociations en trilogue avec le Parlement européen et la Commission. 

Pour ce faire, l’EM révèle avant le début de sa présidence un programme de travail, généralement fourni, qui récapitule les axes d’action et les priorités. A noter pour Chypre :

Un semestre assez important pour l’avancée des travaux autour du prochain budget pluriannuel de l’UE (le CFP, voir la note du CRSI). Sujet tendu et facteur de divisions s’il en est, ce CFP voit un certain nombre de changements se dessiner, afin d’ambitionner de placer l’UE dans une capacité de réponse efficace à un monde durci et au retour de menaces diverses et plurielles sur le continent. A ce titre, la Commission avait prévu une augmentation des fonds pour la défense et la diplomatie, limitant de ce fait d’autres politiques comme la PAC. Pour autant, Chypre compte bien faire avancer les discussions sur les fonds alloués à la politique de cohésion, dont elle est une bénéficiaire notable depuis son entrée dans l’UE en 2004. Cela concerne des programmes comme le FEDER (développement régional), le FSE (fonds social) ou encore Interreg (coopération autour des zones frontalières).

En matière de politique étrangère et de voisinage, la priorité reste donnée au conflit ukrainien. A l’image des présidences précédentes, Nicosie aura à gérer un contexte politique très tendu, tant à l’intérieur de l’Union qu’à l’international. L’axe principal envisagé est de renforcer Kiev au moyen de la Facilité européenne pour la paix – toujours bloquée par la Hongrie. Un vingtième paquet de sanctions est aussi sur la table et se combinerait aux pourparlers avec les Etats-Unis – « allié » dont la fiabilité relative est devenu quasi-proverbiale. Pour autant, les relations transatlantiques restent centrales dans la vision chypriote, qui entend promouvoir le dialogue et l’influence diplomatique européenne. Ladite influence devant aussi se matérialiser avec d’autres régions du globe, à l’image des Etats du Golfe et, naturellement, des partenaires méditerranéens.

En matière commerciale, Chypre entend poursuivre la posture historique de l’UE, tournée vers le libre-échange, et se démarquer ainsi du mouvement de fond entamé par la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. Sur ces deux pays justement, la nouvelle Présidence n’en dit que très peu, ne mentionnant même pas les risques liés aux menaces sur la souveraineté numérique de l’Union. Sur le segment de la compétitivité, Nicosie poursuit pleinement l’agenda entamé depuis quelques mois, en défendant les plans de sauvegarde de l’acier européen et en ambitionnant l’autonomie de l’Union par sa capacité à innover, à sécuriser ses approvisionnements en composants essentiels et à réduire l’empreinte bureaucratique. Le tout, en accord avec les objectifs climatiques – bien que ce dernier point soit bien moins développé. La révision, controversée, des règles sur les droits des passagers aériens est en outre poursuivie.

Parmi les autres axes d’action figurent la simplification de la législation fiscale, la lutte contre la fraude et la coopération fiscale internationale ou encore la réforme de l’union douanière et la révision des règles sur la TVA pour les ventes à distance et les importations, deux dossiers techniques et d’actualité. Dans les domaines sociaux et professionnels, Nicosie ambitionne de nouer des accords sur les emplois de qualité (incluant la peu consensuelle directive sur les stages de qualité), sur le bien-être animal, sur les initiatives contre la pauvreté, sur la santé (biotechnologies et médicaments critiques) et sur l’accès à un logement abordable et durable. Deux autres serpents de mer européens figurent aussi dans le document : les textes sur les nouvelles règles de coordination des régimes de sécurité sociale et sur la directive sur l’égalité de traitement, en souffrance respectivement depuis 2016 et 2008. Des initiatives de coordination des politiques de la jeunesse et de la culture  ainsi que du tourisme – essentiel dans ce pays insulaire – sont par ailleurs délinées.

En matière agricole, la présidence chypriote aura fort à faire alors que l’actualité récente est pour le moins inflammable. En dehors de la très-commentée signature des accords de libre-échange avec le Mercosur, obtenue à la suite de concessions de la Commission ayant fait changer l’Italie de position, d’autres dossiers sont sur la table. La PAC d’abord, avec un montant prévu au prochain CFP qui continue d’être au cœur des attentions mais aussi en raison des enjeux climatiques et de durabilité qu’elle comporte. Un focus spécifique lié à la situation des marchés agricoles au regard du conflit russo-ukrainien figure au programme. Plusieurs autres textes relatifs à la sécurité alimentaire, aux végétaux, aux pratiques commerciales déloyales et à la politique commune de la pêche seront aussi soumis au Conseil sous la présidence chypriote.

Enfin, en matière d’affaires intérieures et de justice, le programme de travail se révèle aussi chargé avec des travaux qui se focaliseront sur la coopération judiciaire civile (protection des adultes vulnérables et reconnaissance automatique de la parentalité dans toute l’UE) ou bien sur les droits de l’Homme (inclusion, égalité de genre et lutte contre les discriminations). Plus fondamentalement, la lutte contre les menaces internes sera mise en avant, en accord avec la stratégie ProtectEU (voir la note du CRSI) et en réponse aux violations de l’espace aérien européen par des drones. Le renforcement des capacités répressive sera en outre un axe de travail, dans l’optique de contrer la recrudescence des actes imputables au crime organisé et continuer la lutte contre le terrorisme. A noter aussi que Chypre aura à gérer les discussions sur le paquet législatif visant à lutter contre les ingérences et les pressions sur les médias et sur les propositions de réforme d’Eurojust. La poursuite d’une ligne durcie en matière migratoire et de facilitation des retours est enfin à l’agenda, en combinant une emphase sur les « causes profondes de la migration » avec une volonté de solidarité intra-européenne renforcée.

A noter que ces priorités sont très similaires à celles de la présidence danoise avant elle, et pour cause. Afin d’éviter des disparités préjudiciables dans l’agenda européen (où six mois ne sont pas grand-chose), des grands axes sont définis par cycle d’un an et demi. En clair, trois présidences doivent s’accorder sur les grandes lignes communes qu’elles envisagent. La prochaine présidence marquera le début d’un nouveau cycle, avec l’arrivée aux commandes du Conseil de l’Irlande.

UE, Etats-Unis, régime des visas… et transfert automatique de données personnelles

La question de l’immigration est très sensible aux Etats-Unis, encore davantage sans doute depuis l’arrivée du très-peu stable 47ème président en janvier 2025. Parmi tous les projets en cours sur cette question, figure l’accès des ressortissants européens au territoire américain. Dans le cadre d’une discussion plus large sur le régime des visas, les Etats-Unis souhaitent avoir accès à de nombreuses données afin de pouvoir, le cas échéant, refuser l’entrée de personnes pouvant poser un risque à la sécurité nationale. 

C’est dans cette optique que le locataire de la Maison Blanche avait émis l’idée d’exiger des voyageurs qu’ils soumettent jusqu’à cinq ans d’historique de leurs activités sur les réseaux sociaux avant leur arrivée. Si cette idée n’a pas connu de développements récents, il n’en a pas de même pour le programme « visa waiver » (exemption de visa pour 24 EM), pour lequel la Commission européenne a commencé à négocier avec les autorités américaines fin janvier 2026. Pour tenter d’aboutir à un accord sur la question, les capitales ont donné un mandat de négociation à la Commission afin de traiter avec le gouvernement américain. Une version actualisée d’une proposition de recommandation de juillet 2025 s’est trouvée ébruitée dans la presse et apporte quelques clarifications sur ce que les européens pourraient lâcher pour amadouer l’Oncle Sam. Notons qu’il ne s’agit que d’un mandat de négociation – et non d’un texte final – et que Bruxelles devra consulter les EM sur tout développement important.

Si l’Union campe fermement sur sa volonté de bannir les transferts de données à grande échelle et compte mettre en place un modèle d’échange en deux étapes pour limiter le partage automatique à des informations très basiques, d’autres concessions entrainent des inquiétudes. En effet, les autorités américaines pourraient se voir autorisées à conserver les données personnelles « pour lutter contre l’immigration irrégulière et prévenir, détecter et combattre la criminalité grave et les infractions terroristes ». Ceci, uniquement dans le cadre d’un accord bilatéral.

De plus, le nombre et l’identité des administrations américaines autorisées à accéder aux données restent imprécises, le mandat de négociation autorisant même la transmission à d’autres autorités que celles prévues dans l’accord en cas de « menace grave et imminente à la sécurité publique » – même si tout transfert vers un pays ou une organisation tierce serait interdit. Tout un ensemble de notions peu définies qui soulèvent des critiques juridiques sur l’application concrète des limites posées et sur la manière de s’assurer que l’accord ne soit pas travesti par la réalité. Pour autant, le système en deux étapes ne transmettrait de manière automatique que des données limitées, limitées à la stricte identification de la personne. Le second volet – des informations supplémentaires et plus détaillées – se ferait après appréciation humaine et « sur autorisation explicite de la partie requise ».

Plus encore, les USA seraient seulement tenus d’informer les EM de ce partage de données entre administrations. Point crucial, cette disposition pourrait primer sur d’autres garanties, autorisant ainsi une diffusion à plus large échelle des données des voyageurs – à des fins autres que la simple vérification d’identité donc. Malgré tout, le Conseil exige que des niveaux de protection des données « essentiellement équivalents » à ceux conférés par le RGPD soient définis (vœu pieux ?). Les européens veulent enfin se réserver le droit de dénoncer les États-Unis si ces derniers ne respectent plus les garanties inscrites dans l’accord – ceci, via la mise en place d’un organe de gouvernance.

Malgré une certaine prudence affichée pour la suite des négociations, les associations de défense des droits numériques soulignent que l’expérience des précédents accords de transfert de données avec les États-Unis ne permet pas d’être optimiste sur une utilisation raisonnable de ce qui sera transmis ni sur un respect du droit à la protection des données.

Au chapitre migration…

Premières indications sur le futur plan quinquennal de la Commission sur l’asile et la migration

La Commission a adopté le 29 janvier deux nouvelles stratégies-jumelles :  une, quinquennale, relative à l’asile et à la migration et une autre – la toute première du genre – sur la politique des visas. Bruxelles n’a pas fait d’annonce majeure, alors que l’actualité autour de ces sujets est déjà soutenue, mais a « simplement » structuré les différentes initiatives en cours au sein d’un unique plan d’ensemble. Ainsi, dans la première, sont repris le développement des hubs de retour, le contrôle renforcé des frontières la révision du mandat de Frontex ou encore le déploiement opérationnel de l’EES/ETIAS – autant de sujets qui sont en discussion (voire mis en place) depuis plusieurs mois déjà. Pour ce faire, six priorités ont été définies : la diplomatie migratoire ; des frontières européennes fortes ; un système d’asile et de migration équitable, ferme et adaptable ; les retours et les réadmissions ; les voies légales et la mobilité de la main-d’œuvre ; l’utilisation stratégique des ressources financières associée à un soutien opérationnel renforcé.

Dans le détail, plusieurs tendances de fond se voient confirmées, par exemple la révision du mandat de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) et de celui de l’Agence européenne pour la coopération des services répressifs (Europol). Le mandat de l’Agence européenne pour l’asile (EUAA) se verra évalué, le tout pouvant conduire à une éventuelle modification de « règlement fondateur ».

Sans surprise également au vu de l’actualité récente (retracée dans les brèves du CRSI), les procédures de traitement des demandes d’asile seront renforcées, notamment dans la perspective de l’envoi des demandeurs déboutés vers des « centres de retour » situés dans des pays hors-UE. Les accords passés avec des pays tiers dans cette perspective sont donc réaffirmés comme une étape-clé dans le contrôle des flux migratoires. Il est notamment question de renforcer les accords existants avec l’Egypte, la Jordanie et la Tunisie, d’élargir les coopérations avec d’autres pays et de travailler à la réadmission des ressortissants syriens et afghans – l’une des évolutions les plus notables observées dans le discours européen en 2025. Le partenariat avec la Syrie est en outre appelé à se renforcer après l’annonce par la Commission de l’octroi de 620 millions d’euros d’aides sur deux ans.

La stratégie se focalise en outre sur le contrôle des frontières, en soutenant l’implémentation de systèmes informatiques à grande échelle, la numérisation des procédures frontalières et l’utilisation de technologies comme l’IA dans la surveillance, les contrôles et l’analyse des donnés. L’emphase est mise sur une approche « durcie » des relations diplomatiques en liant plus étroitement la coopération migratoire avec l’octroi d’incitants financiers et de préférences commerciales par l’UE. En clair, pour obtenir ces avantages de la part de l’Union, le pays tiers devrait réadmettre une proportion conséquente de ses nationaux refoulés de l’asile en Europe.

Enfin, concernant les visas, il est prévu une révision des règles en vigueur afin de renforcer les moyens d’action sur les retours, les visas multiples l’accélération de la délivrance de visas d’affaires et des simplifications pour les étudiants et chercheurs (par exemple avec l’Inde).

L’UE et l’Inde évoquent les voies de migration légales pour les travailleurs indiens

Dans un contexte international plus que troublé et alors que l’Indopacifique semble être devenu le cœur des tensions géopolitiques du moment, l’UE cherche à renforcer sa posture et son influence dans la zone. Pour cela, un acteur incontournable est l’Inde, première démocratie du monde en termes numérique – et pays le plus peuplé de la planète depuis 2023. A ce titre, Bruxelles et New Delhi ont tenu un sommet commun, le 27 janvier 2026, dans la capitale indienne. En marge des discussions portant sur l’économie, l’industrie de défense ou le commerce international, un mémorandum consulté par le média de référence Agence Europe prévoit plusieurs évolutions en matière de migration entre les deux entités.

La volonté première est de faciliter les voies de migration légale, notamment celle des profils hautement qualifiés, des étudiants et chercheurs et des travailleurs saisonniers, via l’utilisation à terme d’une plateforme « talent pool ». Cette volonté s’inscrit en outre dans un cadre plus large visant à accueillir de la main d’œuvre immigrée dans des secteurs en tension qui peinent à recruter en Europe. Des projets-pilotes existent ainsi avec le Maroc, la Tunisie ou l’Égypte.

L’UE compte mettre en place un « portail juridique européen » (Legal Gateway Office) en Inde, axé en priorité sur le secteur des technologies numériques et de communication. Cet office est censé servir de portail unique d’information et d’accompagnement des candidats indiens sur les voies légales de migration vers l’UE – le tout, avec une durée pilote d’environ 26 mois. De l’autre côté, un renforcement de la coopération est aussi demandé en matière de gestion des flux migratoires et de réadmission des migrants irréguliers. La lutte contre les trafics d’êtres humains est enfin évoquée.

A noter que, contrairement au Mercosur, l’accord passé par l’Europe avec l’Inde ne fait pas débat au Conseil et est même salué par la quasi-intégralité de la classe politique européenne.

Les chiffres de Frontex montrent une baisse durable des traversées irrégulières

D’après le bilan annuel de l’agence européenne Frontex, le nombre de franchissements irréguliers des frontières de l’Union continue sa baisse amorcée en 2024 et atteint même le seuil le plus bas enregistré depuis 2021 avec « que » 178 000 détections.

La route de la Méditerranée centrale est restée la plus empruntée, avec des niveaux de détection globalement similaires à ceux de 2024 (-1%) et des départs majoritairement effectués depuis la Libye, tandis que les détections sur la route ouest-africaine ont chuté d’environ deux tiers (-63%), en lien avec la baisse des départs depuis la Mauritanie, le Maroc et le Sénégal. La route de la méditerranée orientale voit les passages diminuer de 27% (51 000+ traversées). Sont aussi en diminution notable les routes des Balkans occidentaux (-42% sur un an) et de l’Est (-37%). Les traversées depuis la France vers le Royaume-Uni affichent un timide recul de 3% (65 861 traversées), loin de pouvoir contenter Londres. Seule la route de Méditerranée occidentale (détroit de Gibraltar et enclaves espagnoles au Maroc) affiche une augmentation de 14% avec plus de 19 000 traversées. Pour autant, un point d’attention majeur reste la route Libye-Crète qui, en dépit de la baisse globale dans la région, a enregistré un triplement des traversées sur 2025.

Les trois nationalités les plus fréquemment identifiées aux frontières de l’UE étaient les Bangladais, les Égyptiens et les Afghans. L’agence de Varsovie estime enfin à plus de 1800 le nombre de personnes ayant perdu la vie en mer durant leurs traversées, à comparer avec les plus de 2500 de 2024.

Frontex rappelle également que l’année 2026 revêt d’une certaine importance en raison de la mise en œuvre complète du système EES (entry/exit system) et de l’entrée en application du Pacte sur l’asile et la migration – deux programmes majeurs décidés il y a quelques années et qui sont appelés à produire des effets notables. En outre, ETIAS (système européen d’autorisation et d’information concernant les voyages) doit aussi être lancé cette année. Enfin, l’UE veut rester vigilante quant à l’instrumentalisation des migrations, particulièrement par la Russie et la Biélorussie, à la frontière Est du continent.

Du côté de Luxembourg et de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE)…

Le Parlement européen saisit la CJUE d’une opinion juridique quant au traité MERCOSUR

Le 21 janvier 2026, les eurodéputés ont voté, par une majorité serrée (334 vs 324 avec 11 abstentions), le déferrement du texte de l’accord commercial passé avec les pays du MERCOSUR à la Cour de justice de l’Union européenne. Cette procédure, prévue à l’article 117 du règlement intérieur de l’institution, est peu fréquente mais permet de vérifier la compatibilité des textes signés avec les exigences imposées par les traités. En clair, de savoir si cet accord de libre-échange ne contrevient pas au cadre juridique européen. Pourtant, ce vote avait une dimension bien plus politique que juridique. En effet, et contrairement à la majorité des textes soumis à l’approbation des députés européens, les votes se sont faits moins sur une base d’affiliation partisane que de nationalité – les français ayant par exemple largement voté pour le renvoi à Luxembourg tous partis confondus. On retrouve ainsi les lignes de fracture nationales déjà exprimées au Conseil quelques jours auparavant.

Si ce vote peut apparaître comme une défaite pour la Commission – et sa Présidente Ursula von der Leyen (qui a échappé à une quatrième motion de censure dans la foulée) – est une victoire pour les mouvements agricoles fortement mobilisés, la réalité est plus nuancée. Dans les faits, l’opinion des juges européens peut prendre des mois (au mieux) voire des années avant d’être rendue – les estimations oscillant entre 18 et 24 mois, mais sans qu’il ne soit possible d’en être certain. Dans cet intervalle, la Commission peut choisir d’appliquer de manière temporaire l’accord commercial sans attendre le verdict juridique – pourvu que l’un des pays sudaméricains le décide aussi. Cela aurait l’avantage de contenter les pays les plus allants (Allemagne en tête) et de ne pas braquer des États sud-américains (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) déjà très courtisés par la Chine. Si la Commission est théoriquement censée patienter jusqu’au vote du Parlement, elle peut s’en affranchir si le délai devient irraisonnable, une notion floue par essence. Enfin, rien ne dit que la CJUE ne validera pas le dispositif de l’accord – demander une opinion ne signifie pas qu’il y a nécessairement des fautes de droit. L’hypothèse juridique la plus probable restant précisément l’absence de contre-indications.

Sur les aspects juridiques proprement dits, deux points sont soumis à l’avis des juges :

  • Le premier concerne l’outrepassement du mandat de la Commission européenne, en ce qu’elle serait allée plus loin que ce que les traités lui permettent en séparant les volets commerciaux et politiques de l’accord – une manœuvre permettant de contourner l’approbation de tous les parlements nationaux lors de la ratification (et à l’inverse de ce que le CETA avait dû subir).
  • Le second a trait au « mécanisme de rééquilibrage » prévu dans l’accord. Il permet à un État d’exiger des compensations si une réglementation de l’autre partie (introduite postérieurement à l’entrée en vigueur de l’accord) réduit ses exportations. Dans les faits, cette disposition pourrait être actionnée par un État sud-américain dans le cas où l’UE renforcerait ses règles en matière de pesticides ou de lutte contre la déforestation importée.

Rappelons que la Cour de Luxembourg a déjà dû, par le passé, donner son opinion sur plusieurs textes en négociation. Ainsi, en 2014, son opinion négative quant à l’entrée de l’Union dans la CEDH avait gelé le processus – jusqu’à aujourd’hui encore (voir la note du CRSI).

Hongrie : stupéfiants, position à l’ONU et violation des compétences de l’UE

Un recours en manquement est un recours adressé par la commission européenne ou un autre EM à l’encontre d’un EM de l’UE qui a manqué à ses obligations découlant du droit de l’Union. Cela peut concerner un défaut de transposition en droit interne, une mauvaise application des règles… ou un refus d’endosser une position commune validée par le Conseil. C’est dans ce dernier cas que la Hongrie a été condamnée par la Cour de justice le 27 janvier 2026 (C-271/23, Commission/Hongrie).

L’affaire remonte à 2020 et à une session de la commission des stupéfiants des Nations-Unies. Lors de la réunion de cette instance, Budapest a voté dans un sens opposé à la position commune validée par le Conseil de l’UE (les autres EM donc). Cela concernait la modification du classement du cannabis et des substances apparentées dans les conventions des Nations unies sur les stupéfiants et les substances psychotropes, suivant en cela une recommandation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). De plus, le représentant hongrois s’est fendu d’une déclaration revendiquant son action et justifiant le choix de son pays, arguant que le Conseil n’avait pas le droit de prendre cette position. Face à cela, la Commission a engagé un recours en manquement, estimant que la Hongrie avait violé la compétence externe exclusive de l’UE ainsi que le principe de coopération loyale.

Les juges ont fait entièrement droit à l’argumentation de la Commission. En effet, en votant contre une position commune du Conseil, la Hongrie a compromis le principe de coopération loyale, qui veut que les EM soient tenus de faciliter l’accomplissement par l’Union de ses missions. Le gouvernement magyar a aussi rompu le principe d’unité dans la représentation internationale de l’Europe et affaibli le pouvoir de négociation collectif des 27. De plus, la chambre relève que la modification du classement des substances pouvait influer sur d’autres textes juridiques susceptibles d’affecter directement le droit de l’UE. C’est pourquoi l’adoption de la position commune relève d’une compétence exclusive de l’Union, ce que Budapest a méconnu. Enfin, la Cour précise que, dans le cadre d’un recours en manquement, un EM ne peut pas plaider l’illégalité d’un acte d’une institution – sinon cela reviendrait à légitimer le fait de « se faire justice soi-même ».

Opinion AG – décision de retour et emprisonnement de longue durée.

Le 22 janvier 2026, l’Avocat général (AG) Spielmann a rendu ses conclusions dans l’affaire C-877/24. Celle-ci concerne un renvoi préjudiciel effectué par le Conseil d’État néerlandais qui demande l’avis de la Cour de Luxembourg dans deux affaires dont il est saisi. Elles impliquent en effet deux ressortissants de pays tiers (Azerbaïdjan et Afghanistan) respectivement condamnés à la réclusion criminelle pour des homicides et pour des tentatives d’assassinats terroristes commis sur le territoire de l’Union. La juridiction néerlandaise se demande s’il est possible de délivrer une décision d’éloignement alors qu’il est impossible matériellement d’expulser la personne en question en raison de sa peine d’emprisonnement. Ceci, alors que la directive 2008/115 semble être imprécise sur ce point.

Face à cette question, l’AG estime que la directive en question ne s’oppose pas à la délivrance d’une décision d’expulsion même en cas d’emprisonnement de longue durée – sous réserve que les autorités vérifient périodiquement si l’éloignement peut s’envisager au regard de la situation pénale de la personne. Aussi, la directive n’impose pas la délivrance de titre de séjour durant l’exécution de la peine. Pour le reste, l’avocat général estime que l’adoption d’une décision de retour est en revanche impossible lorsqu’une perpétuité réellement incompressible est prononcée – puisque l’expulsion elle-même devient dès lors impossible.

Rappelons que l’avis d’un AG a pour vocation d’éclairer la formation de jugement par la proposition d’une solution juridique, mais ne la lie pas quant au dispositif du prononcé.

Le rapport du Conseil de l’Europe sur les conditions d’interpellation et d’incarcération en France

Le Conseil de l’Europe est une institution, plus ancienne que l’Union européenne, destinée à la promotion et à la défense des droits de l’Homme sur le continent européen. Basée à Strasbourg (avec la CEDH), elle dispose de plusieurs comités et institutions pour exercer cette mission. L’une d’entre elles est le Comité de prévention de la torture (CPT), composée de plusieurs experts qualifiés menant des visites dans les différents Etats-parties au CoE (46). Pour plus d’informations générales sur le CoE et ses instances, se référer à la note du CRSI.

Le CPT a donc, au cours de l’une de ses missions, été amené à visiter plusieurs postes de police et établissements pénitentiaires français – aussi bien pour adultes que pour mineurs. Sans grande surprise, leur rapport pointe une situation préoccupante sur plusieurs aspects. Le premier concerne la surpopulation carcérale – un sujet récurrent et conscientisé depuis longtemps – qui atteint plus de 80 000 personnes emprisonnées pour 63 000 places ; conduisant à ce qu’environ 3 000 détenus soient contraints de dormir au sol. Toujours concernant les prisons, les auteurs estiment que les activités sont largement insuffisantes, avec plus de 20 heures par jour en cellule et des lacunes dans les activités récréatives et éducatives des mineurs. De « graves déficiences » sont aussi relevées dans la prise en charge des détenus atteints de troubles psychiatriques. Quant aux postes de police, le CPT affirme avoir relevé des cas de violences volontaires sur des individus interpellés et pointe une insalubrité de certains locaux.

A noter que, dans la liste des établissements et des brigades contrôlées, une très large partie des visites s’est effectuée en zone urbaine (police nationale) et notamment à Paris et Marseille – c’est-à-dire l’ensemble des 11 emprises de police et un tiers des emprises de la gendarmerie. Seules deux unités de l’ex-maréchaussée complètent cette mission. Il en est de même pour les établissements pénitentiaires, où quatre sur cinq sont à Marseille ou en banlieue parisienne. 

Si le nombre et la répartition des visites effectuées sont naturellement insuffisantes pour pouvoir tirer un constat général et absolu, les situations pointées n’en sont pas moins réelles. A ce titre, les autorités françaises ont répondu au rapport en reconnaissant certains dysfonctionnements et en affichant leur intention de renforcer la formation des personnels, augmenter le nombre de places de prison et améliorer les conditions de détention. Rappelons qu’il ne s’agit que d’un rapport visant à visibiliser un sujet auprès des autorités nationales concernées, le CPT n’ayant pas de pouvoir contraignant.

Europol annonce le démantèlement d’un réseau de drogues de synthèse

L’Agence européenne pour la coopération des services répressifs (Europol) est habituée à communiquer sur ses actions aux quatres coins du continent. Pour autant, le 21 janvier 2025, l’agence de la Haye (Pays-Bas) a annoncé le démantèlement d’un vaste réseau de production et de distribution de drogues de synthèse – dont de la MDMA, des méthamphétamines et des amphétamines. L’opération est, de l’avis même des responsables d’Europol, l’une des plus vastes jamais menées en Europe puisqu’elle a conduit à l’arrestation de 85 personnes (dont deux chefs de réseau présumés) et à la saisie de plus de 1000 tonnes de produits chimiques – qui peuvent conduire à 300 tonnes de drogue. Le communiqué annonce en outre la mise hors service de 24 laboratoires clandestins (dont neuf en Belgique) et la saisie de 500 000 euros, de 9 véhicules et de biens immobiliers. La majorité des arrestations concerne des citoyens polonais, mais des belges et des néerlandais seraient aussi concernés. Rien qu’en Allemagne, ce sont 800 kilos de produits et 160 000 litres de déchets chimiques qui ont été saisis – ainsi que 45 personnes interpellées. 

Les autorités de plusieurs pays européens ont été mobilisées pour cette opération, baptisée « Fabryka » : Pays-Bas, Belgique, République Tchèque, Allemagne, Pologne et Espagne. Selon elles, il s’agit d’un coup dur porté aux réseaux criminels actifs sur le marché clandestin des drogues de synthèse. Ces produits sont réalisés à partir de composants initialement légaux, importés d’Asie en grande quantité – et dont le circuit de distribution en Europe a attiré l’attention des autorités. Il est enfin de plus en plus évident que la fabrication et le trafic en masse de tels produits à un impact environnemental conséquent.

Dans le reste de l’actualité européenne :

PARLEMENT : Les députés européens ont adopté, le 20 janvier 2025, une proposition de résolution appelant à intensifier la lutte contre le narcotrafic dans l’UE. Déposée de manière commune par cinq groupes (PPE, S&D, Les Verts, Renew, La Gauche) et approuvée à une large majorité, elle vise à inciter les institutions européennes à agir davantage pour contrer les violences liées aux organisations criminelles impliquées dans le trafic de stupéfiants. Cette résolution intervient dans le contexte plus particulier des multiples homicides commis à Marseille, et notamment l’assassinat de Mehdi Kessaci. 

Le 27 janvier 2026, les eurodéputés de la commission LIBE (libertés civiles, justice et affaires intérieures) ont en outre adopté deux accords politiques sur deux accords passés avec le Conseil de l’UE (« trilogues »). Dans le détail, le premier accord concerne les textes migratoires sur les « pays tiers surs » et les « pays d’origine surs » – un dossier qui s’était conclu de manière étonnamment rapide pour un tel sujet. Le second accord concerne la directive relative à la lutte contre la corruption et harmonisant la prévention et les sanctions – un texte quelque peu édulcoré par rapport à la position initiale du PE. Sur le détail de ces mesures, voir les brèves du CRSI de décembre 2025.

POLOGNE : Le gouvernement a demandé à la Commission européenne de se saisir de ses prérogatives conférées par le Digital services Act (DSA) afin de mettre la pression sur le réseau social TikTok. Selon Varsovie, la plateforme ne respecte pas ses obligations et favorise la diffusion de contenus ouvertement anti-UE et appelant à un « Polexit ». Ces vidéos, entièrement générées par IA, sont suspectées par les autorités d’être le dernier avatar d’une campagne d’ingérence russe dans le pays. La Commission a accusé réception de la demande polonaise.

CJUE : La Cour de justice de l’Union européenne a mis en ligne un nouveau portail d’information à destination des citoyens et des professionnels du droit. Reprenant les informations déjà disponibles, celles-ci sont réagencées au travers d’interfaces modernisés et de nouveaux critères de recherche pensés pour être plus intuitifs. Cela concerne notamment un site internet rénové, un nouveau formulaire de recherche de la jurisprudence (InfoCuria), une page pour les communiqués de presse et le lancement de la chaine vidéo Curia Web TV. Le tout, afin de rendre l’accès au droit européen plus proche et plus intuitif pour le citoyen.

PAYS-BAS : La police néerlandaise a utilisé des drones le long de sa frontière avec la Belgique durant les fêtes de fin d’année afin de prévenir l’entrée illégale de mortiers et autres feux d’artifice sur son territoire. Les engins aériens peuvent notamment surveiller les véhicules les plus suspects afin de faciliter leur contrôle. L’objectif poursuivi est de contrer l’utilisation croissante de ces feux d’artifice achetés à l’étranger et interdits à la vente en territoire néerlandais – produits dont 120 kilogrammes ont pu être saisis en une journée. Ils provoquent en effet chaque année des blessures parfois importantes, y compris sur des mineurs. A noter que diverses interdictions existent déjà des deux côtés de la frontière, principalement décidées au niveau local.

COMMISSION :  La Direction générale des affaires intérieures et de la migration (DG HOME) a rendu public un communiqué le 18 janvier 2026 soulignant la bonne mise en œuvre du système EES (Entry/Exit system), un programme qui a initialement connu des difficultés pour aboutir. Bruxelles se félicite que l’EES ait pu, en trois mois, enregistrer près de 20 millions de franchissements de frontières extérieures de l’UE et ait pu empêcher près de 10 000 arrivées illégales (qui se sont traduites par des refus d’entrée). La Commission relève aussi que la plupart des pays ont dépassé le seuil de 35% d’enrôlement biométrique dès la mi-novembre 2025, alors que l’échéance était fixée au 10 janvier 2026 et que la mise en place complète doit intervenir le 10 avril 2026. Enfin, le système a aussi prouvé sa capacité à détecter des faux documents d’identité. Rappelons que l’EES consiste à enregistrer les entrées et sorties de ressortissants non européens aux frontières de l’UE et introduit une vérification d’identité biométrique (visage et empreintes digitales) en lieu et place du traditionnel cachet.

CONSEIL DE L’UE : Les ministres européens de la Justice ont, le 23 janvier 2026, convenu de la nécessité d’une action plus forte concernant le trafic de biens culturels et la restitution de ceux exportés illégalement. En ce sens, ils ont demandé à la Commission de présenter des études sur le sujet. Le ministre chypriote concerné estime que cinq milliards d’euros sont engendrés chaque année par ce type de trafic – lequel peut profiter de régimes juridiques variables d’un EM à l’autre et d’une action commune encore très timide en la matière.

Lors de la même « rencontre informelle », les ministres ont exprimé leur souhait de faire progresser le recouvrement des avoirs criminels – et ce, alors que le taux de confiscation reste inférieur à 2% dans l’UE et que les revenus annuels de la criminalité organisée sont estimés à au moins 139 milliards d’euros. Sur ce point, le cadre juridique est déjà existant, notamment via la directive 2024/1260 qui pourrait produire des effets si elle était appliquée de manière plus rapide et ambitieuse. Les EM soutiennent aussi une meilleure coopération entre public et privé et un échange d’informations renforcé. Le tout, dans le respect de l’Etat de droit et de la protection des données personnelles.

 

* Les propos évoqués aux présentes brèves relèvent de l’entière responsabilité de l’auteur et n’engagent d’aucune manière une quelconque institution

actes antireligieux

Bilan des actes antireligieux en France

By Sécurité/Justice

– par Claire-Marine GROS, chef de cabinet adjointe CRSI

Étude des chiffres des actes antireligieux en France sur la période 2023 – 2025

En 2025, près de 2 500 actes antireligieux ont été recensés sur le territoire national, un niveau globalement stable par rapport à 2024. Ces actes concernent principalement trois religions : le judaïsme, le christianisme et l’islam.

Évolution par religion

Catégorie 2023 2024 2025 Var. 23→24 Var. 24→25
Antisémites 1 676 1 571 1 320 –6,3 % –16,0 %
Antichrétiens 985 773 843 –21,5 % +9,1 %
Antimusulmans 242 173 326 –28,5 % +88,4 %

Points clés :

  • Les actes antisémites restent historiquement élevés, représentant 53 % des actes en 2025, malgré un recul de 16 % par rapport à 2024.
  • Les actes antichrétiens, majoritairement des atteintes aux biens (87 %), représentent 34 % du total et ont augmenté de 9 % en 2025.
  • Les actes antimusulmans, en majorité agressions physiques, verbales ou haine en ligne (64 %), ont fortement augmenté (+88 %) en 2025.

Mesures de prévention et de protection

Le ministère de l’Intérieur poursuit une politique active de lutte contre les actes antireligieux :

  • Sécurisation des lieux de culte : rondes, patrouilles, points fixes, renforcement lors des fêtes religieuses.
  • Sensibilisation des responsables religieux aux enjeux de sécurité (plus de 220 sessions depuis mars 2025).
  • Soutien financier à la protection des sites cultuels : près de 48 millions d’euros investis depuis 2015 pour installer vidéosurveillance, verrous et portes blindées.
  • Recours aux mesures de police administrative : dissolutions d’associations, gels d’avoirs et signalements judiciaires. 

Perspectives

Le gouvernement, avec le ministère de l’Intérieur, organise prochainement des Assises nationales et territoriales pour renforcer la prévention et la répression des actes antireligieux, mobiliser tous les acteurs concernés et identifier de nouvelles pistes d’action.

julien michel le pétrole demeure

Le pétrole demeure

By Publications, Energie/Industrie, Travaux des adhérents

Par Julien MICHEL

*Coordinateur national CRSI & cadre dans l’industrie Oil & Gas

Energie verte nécessaire, pétrole indispensable

L’analyse des usages réels du pétrole, de la structure du raffinage, des chaînes de valeur industrielles et des dépendances indirectes des technologies bas carbone met en évidence les limites techniques, matérielles et économiques d’une transition rapide vers un modèle prétendument « sans pétrole ».

Au-delà de sa fonction énergétique carburant de nos véhicules, le pétrole constitue une matière première structurante pour la pétrochimie, les matériaux, les infrastructures et la maintenance des systèmes énergétiques alternatifs.
Toute stratégie de transition crédible doit intégrer ces contraintes afin d’éviter des ruptures industrielles, économiques et sociales majeures.

I. Le pétrole, une ressource industrielle globale, et non un simple carburant

Le pétrole est fréquemment réduit, voire diabolisé dans le débat public, à son usage comme carburant. Cette approche occulte sa fonction première dans l’industrie : celle de matière première pétrochimique.

Les plastiques, polymères, résines, isolants, textiles synthétiques, composants électroniques, lubrifiants et de nombreux produits intermédiaires essentiels sont issus directement ou indirectement du pétrole. Ces matériaux sont indispensables à des secteurs stratégiques tels que la santé, l’agroalimentaire, le bâtiment, l’automobile, l’aéronautique, l’électronique et les réseaux énergétiques.

À ce jour, aucune alternative ne permet de substituer ces usages à grande échelle, avec des performances techniques, une durabilité et des coûts équivalents.

Un baril de pétrole brut (159 litres) ne peut être transformé à la demande. Le raffinage est un processus de séparation, produisant simultanément plusieurs fractions :

  • Environ 70 % du baril est transformé en carburants (essence, diesel, kérosène)
  • Environ 30 % correspond à des produits non énergétiques essentiels : naphta, bitume, GPL, lubrifiants, résidus industriels…

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Il est techniquement impossible de produire uniquement les fractions dites « utiles » sans générer les autres.

Ainsi, toute réduction rapide des usages énergétiques se heurterait à un surplus structurel de produits carburants, que l’économie mondiale ne saurait absorber autrement qu’en les brûlant, les exportant ou désorganisant les chaînes industrielles. En clair, que fait-on des 111 litres de pétroles contenus restants dans un baril ? Nous générerons donc une autre forme de pollution.

II. L’illusion d’une transition rapide, contraintes techniques et industrielles

Comme évoqué précédemment, environ 70 % du pétrole extrait est aujourd’hui destiné aux carburants.
Imaginer une disparition rapide de ces usages suppose, une reconversion massive des flux vers la pétrochimie ou une réduction drastique de la production pétrolière, incompatible avec les besoins industriels incompressibles.

La transition énergétique est donc contrainte par les volumes physiques et non uniquement par la volonté politique ou les choix technologiques.

Les technologies bas carbones ne sont pas indépendantes du pétrole.
Les éoliennes, en particulier, nécessitent des lubrifiants issus du raffinage pétrolier pour leur fonctionnement et leur maintenance. (1 vidange/an en moyenne)

Les lubrifiants représentent environ 1 % du volume d’un baril, soit 1,59 litre.
Or, une éolienne requiert entre 250 et 400 litres d’huile. La production de cette quantité implique le raffinage d’environ 250 barils de pétrole brut, générant mécaniquement les 99 % restants sous forme d’autres produits.

Allons un peu plus loin… En France, nous avons un peu plus de 10000 éoliennes (A janvier 2025.Chiffre en hausse constante).
Admettons que nous nos éoliennes ne nécessitent que « 250 » litres d’huile de lubrification chacune et que nous les vidangeons une fois par an.

  • Cela représente donc 2,5 Million/an de litres d’huile pour tout le parc français.
  • Nous devons doc raffiner 625 Million/an de barils de pétrole ou 1.71Million barils / jour pour l’entretien de notre parc éolien sur l’année. (Ce qui n’est pas le cas)

Ce constat souligne une réalité souvent sous-estimée qui démontre que le développement des énergies renouvelables repose sur une industrie pétrolière pleinement opérationnelle.

III. Le pétrole incorporé dans la matière, une dépendance structurelle

Une part significative du pétrole n’est pas consommée comme énergie, mais incorporée directement dans les biens matériels.

Le saviez-vous ?

Une voiture moderne, thermique ou électrique, contient plusieurs centaines de kilogrammes de plastiques et polymères. La fabrication de 1 kg de plastique nécessite en moyenne 1 à 2 kg d’hydrocarbures. Ainsi, un véhicule électrique intégrant 200 à 300 kg de plastiques incorpore indirectement jusqu’à 400 kg d’hydrocarbures, soit plusieurs centaines de litres de pétrole équivalent.
Ce pétrole est « figé » dans la matière, mais reste indispensable à la fabrication.

Batteries, panneaux photovoltaïques, réseaux électriques, câbles, isolants, composites et équipements industriels reposent sur des matériaux pétrochimiques, une extraction minière fortement dépendante des carburants fossiles des chaînes logistiques mondiales elles-mêmes alimentées au pétrole.

Les engins d’extraction des minerais précieux nécessaires à la fabrication des batteries, c’est 30 à 100 litres / engin / heure.

À ce stade, aucune solution énergétique alternative ne permet de supporter ces besoins en puissance, en continuité et en fiabilité. Même si les concepteurs de ces grosses machines travaillent sur le développement et la fiabilisation d’engins hybrides.

IV. Le cas français, un système industriel encore largement pétro-dépendant

La production nationale de pétrole est marginale, mais la France dispose d’un appareil de raffinage stratégique capable de transformer près d’un million de barils par jour.

Chaque jour, ces infrastructures fournissent les carburants nécessaires aux transports et à l’économie, les lubrifiants indispensables à l’industrie et aux énergies renouvelables et les matières premières pétrochimiques essentielles aux matériaux et aux infrastructures.

Une réduction brutale de cette activité créerait des déséquilibres majeurs dans l’ensemble du tissu économique et industriel.

Quelques chiffres d’illustration : (Source Worldometer et SDES)

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Production, importation et consommation (2024)

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V. L’approvisionnement pétrolier comme facteur clé de la sécurité intérieure et de la stabilité nationale

Au-delà de la dimension infrastructurelle, le pétrole joue un rôle déterminant dans la sécurité intérieure du pays. Un approvisionnement énergétique stable et maîtrisé conditionne le bon fonctionnement des forces de sécurité, des services de secours, des hôpitaux, des transports publics et de l’ensemble des services publics indispensables à l’ordre et à la cohésion sociale.

Vous souvenez vous de la coupure d’électricité par sabotage à Cannes en mai 2025 ? Acte malveillant qui n’a pas été sans conséquences…

Dans le domaine pétrolier, même combat, toute rupture prolongée ou désorganisation de l’approvisionnement est susceptible de générer des tensions sociales, des troubles à l’ordre public et une fragilisation de la stabilité économique. L’augmentation brutale des prix de l’énergie ou les pénuries de carburant peuvent en effet alimenter des mouvements de contestation, affecter le pouvoir d’achat des ménages et perturber les chaînes d’approvisionnement essentielles. Au risque de vous remémorer de mauvais souvenirs, nous l’avons déjà connu, en 2018, le mouvement des « gilets jaunes » !

La politique pétrolière nationale ne relève pas uniquement d’un choix économique ou énergétique, mais constitue également un levier central de prévention des crises internes. Elle participe directement à la capacité de l’État à garantir la sécurité des citoyens, à maintenir l’ordre public et à préserver la continuité de la vie économique et sociale du pays.

VI. Le pétrole comme pilier de la souveraineté industrielle et stratégique nationale

La souveraineté industrielle ne se limite pas à la capacité de produire de l’électricité ou d’extraire des ressources. Elle repose également sur la maîtrise des capacités de transformation, en particulier dans les secteurs critiques.

Le raffinage du pétrole constitue à cet égard un actif stratégique majeur.
Bien que la France importe l’essentiel de son pétrole brut, elle conserve une capacité nationale de raffinage lui permettant de transformer les flux entrants selon ses besoins spécifiques, de sécuriser l’approvisionnement en carburants, lubrifiants et matières premières pétrochimiques, et d’amortir les chocs géopolitiques et logistiques internationaux.

La perte ou l’affaiblissement de ces capacités entraînerait une dépendance accrue à des produits raffinés importés, réduisant fortement la marge de manœuvre de l’État en période de crise (conflits internationaux, ruptures logistiques, tensions sur les marchés). Une sortie précipitée du pétrole, sans alternative industrielle pleinement opérationnelle, conduirait paradoxalement à externaliser la production de produits pétroliers raffinés, à importer des matériaux et composants stratégiques fabriqués à l’étranger et à transférer la valeur ajoutée, l’expertise et le contrôle industriel hors du territoire national.

Dans ce contexte, une transition non maîtrisée ne renforcerait pas la souveraineté, mais la fragiliserait, en exposant davantage l’économie française aux décisions de pays producteurs ou transformateurs tiers.

Le maintien d’un socle pétrolier industriel maîtrisé constitue donc un facteur de résilience stratégique, compatible avec une trajectoire progressive de décarbonation.

VII. Le facteur humain, une filière industrielle structurante pour l’emploi et les compétences.

La filière pétrolière française repose sur une main-d’œuvre très nombreuse, qualifiée, expérimentée et spécialisée, mobilisée à tous les niveaux de la chaîne de raffinage, de maintenance, d’ingénierie, de logistique et distribution.

Les raffineries, dépôts, pipelines, ports pétroliers et infrastructures associées nécessitent des compétences techniques pointues, acquises sur plusieurs années, voire décennies.
Ces savoir-faire ne sont ni immédiatement transférables, ni rapidement reconstituables dans d’autres secteurs industriels. Une réduction brutale de l’activité entraînerait une perte irréversible de compétences difficilement récupérable en cas de besoin ultérieur mais surtout des dizaines de milliers de personnes qui rejoindraient le plus grand employeur de France : France Travail ! (Anciennement Pôle Emploi)

Les infrastructures pétrolières françaises sont réparties sur l’ensemble du territoire, souvent dans des zones industrielles structurantes. Autour de ces sites s’organise un écosystème industriel complet de sous-traitants spécialisés, d’entreprises de maintenance, de bureaux d’ingénierie, de formations techniques locales, d’emplois indirects dans le transport, la sécurité et les services.

Les sites pétroliers classés SEVESO sont légalement tenus de s’arrêter régulièrement pour des opérations de maintenance préventive, conformément aux directives européennes sur la prévention des accidents majeurs. Ces arrêts techniques d’envergure mobilisent jusqu’à 2 000 personnes pendant plusieurs semaines, tous corps d’état confondus. Il s’agit donc d’opérations lourdes, planifiées et indispensables, auxquelles s’ajoutent encore les campagnes de maintenance annuelle, elles aussi très consommatrices en ressources humaines.

Imaginez ce qu’engendre la fermeture d’un site SEVESO sur l’emploi local ? La fragilisation de cette filière entraînerait des conséquences sociales et économiques importantes, notamment dans des territoires déjà exposés aux mutations industrielles.

Contrairement à une idée répandue, la transition énergétique n’entraînera pas une baisse globale des besoins de maintenance industrielle.
Le développement des énergies renouvelables, des réseaux électriques renforcés et des nouvelles infrastructures augmente au contraire, la complexité des systèmes, les besoins en maintenance spécialisée et enfin la dépendance à des lubrifiants, matériaux et savoir-faire issus de la filière pétrolière.

Ainsi, la main-d’œuvre aujourd’hui mobilisée dans le raffinage et la maintenance pétrolière constitue, une masse salariale importante et un socle de compétences indispensable à la transition elle-même.

VIII. Pétrole & nucléaire, un socle énergétique et industriel indissociable

Le nucléaire constitue le cœur de la souveraineté énergétique française et assure une production d’électricité pilotable, décarbonée et stable.
Toutefois, contrairement à une perception répandue, cette filière ne fonctionne pas en autonomie industrielle complète.

La conception, la construction, l’exploitation et la maintenance du parc nucléaire reposent sur des chaînes industrielles lourdes et des infrastructures logistiques alimentées majoritairement par des carburants pétroliers.

Ainsi, le nucléaire ne s’oppose pas au pétrole : il s’appuie sur lui pour fonctionner dans la durée.

À toutes les étapes du cycle nucléaire, le pétrole intervient de manière directe ou indirecte :

  • Construction des centrales :
    Béton, aciers spéciaux, composites, câbles, isolants, résines, peintures industrielles et polymères sont largement issus de la pétrochimie.
  • Maintenance et exploitation :
    Les centrales nécessitent une maintenance lourde et continue mobilisant des lubrifiants industriels, des huiles hydrauliques, et des graisses techniques,
    tous issus du raffinage du pétrole.
  • Logistique et transport :
    Le transport du combustible nucléaire, des pièces lourdes, des déchets et des équipes repose quasi exclusivement sur des moyens fonctionnant aux carburants pétroliers.
  • Le Diesel d’Ultime Secours :
    Ce dispositif doit permettre en cas de perte totale des alimentations électriques externes et internes aux centrales, de rétablir l’alimentation électrique des matériels et systèmes de sûreté.
Dit autrement : face à une situation critique, les DUS sont en capacité de garantir le fonctionnement des systèmes de refroidissement de l’installation.

En l’absence de substituts capables d’assurer ces fonctions avec le même niveau de fiabilité et de continuité, le pétrole demeure un support indispensable du nucléaire.

Le fonctionnement sûr et continu du parc nucléaire repose sur la disponibilité permanente de pièces, d’équipements, d’EPI (Équipements de Protection Individuels) et de consommables.

Une fragilisation de la filière pétrolière nationale affecterait directement la maintenance du parc nucléaire, la sécurité de nos installations et la capacité de réponse en situation de crise (incident industriel, événement climatique, tension géopolitique…).

Ainsi, pétrole et nucléaire forment un binôme stratégique.

Dans les faits le nucléaire fournit une électricité bas carbone indispensable et le pétrole fournit la sécurité, la matière, la mobilité, la maintenance et la logistique sans lesquelles cette électricité ne peut être produite, distribuée et sécurisée.

Une transition rapide visant à affaiblir simultanément la filière pétrolière et à renforcer le nucléaire créerait une contradiction structurelle, en fragilisant les conditions matérielles mêmes du succès du nucléaire.

Conclusion

La transition énergétique constitue un objectif nécessaire et légitime.
Toutefois, l’analyse des contraintes physiques, industrielles et matérielles montre que l’hypothèse d’une sortie rapide et complète du pétrole relève d’une illusion technico-industrielle.

Le pétrole ne peut être appréhendé uniquement comme une énergie du passé, mais comme un socle structurel de l’économie moderne, y compris pour les technologies dites bas carbone.

Une stratégie crédible doit donc s’inscrire dans une transformation progressive, fondée sur le réalisme industriel, l’innovation et la maîtrise des risques économiques et sociaux, plutôt que sur une rupture rapide aux conséquences difficilement maîtrisables.

gendarmerie nationale

Adaptation du modèle territorial de la Gendarmerie nationale

By Sécurité/Justice

– par Claire-Marine GROS, chef de cabinet adjointe CRSI

Source exploitée : Rapport de la Cour des comptes

Urgence d’adaptation du modèle territorial de la Gendarmerie nationale – constats et recommandations de la Cour des comptes

Contexte

La Cour des comptes alerte sur la fragilisation progressive du modèle territorial de la Gendarmerie nationale. Si les effectifs globaux apparaissent stables, le réseau des brigades territoriales est confronté à une inadéquation croissante entre moyens disponibles et évolution des besoins opérationnels, notamment dans les zones périurbaines.

En 2025, la Gendarmerie nationale compte environ 103 000 gendarmes hors réservistes, dont près des deux tiers sont affectés aux unités territoriales (66 100 ETP). Elle exerce sa compétence sur 33 333 communes, couvrant 95 % du territoire national et 34,7 millions d’habitants.

 

Fragilisation du maillage territorial

Depuis le début des années 2000, le nombre de brigades a diminué sous l’effet de dissolutions et de la montée en puissance des communautés de brigades (COB), désormais majoritaires. Cette évolution, si elle a permis une mutualisation des moyens, n’a pas compensé :

  • la forte croissance démographique en zone gendarmerie, notamment périurbaine;
  • la hausse soutenue de l’activité (+45 % de faits constatés depuis 2010). 

Le ratio gendarmes/habitants a ainsi diminué d’environ 10 % en vingt ans.

 

Déséquilibres d’effectifs

La Cour relève un décalage marqué entre la progression des effectifs affectés aux services centraux (+10 % en 15 ans) et la quasi-stagnation des effectifs en brigade (+1 % depuis 2010).
De nombreuses unités demeurent sous-dimensionnées :

  • près d’un quart des brigades de proximité n’atteignent pas le seuil minimal de six gendarmes ;
  • environ 20 % des brigades sont ouvertes au public moins de dix heures par semaine. 

Cette situation limite la capacité de la Gendarmerie à assurer pleinement sa mission de proximité et de contact avec la population.

 

Principales recommandations

La Cour des comptes préconise notamment :

  • un rééquilibrage pluriannuel des effectifs au profit des territoires les plus en tension d’ici 2030 ;
  • la suppression des unités de très faible effectif ne présentant pas de contraintes spécifiques ;
  • le relèvement des effectifs minimaux en zone périurbaine ;
  • la suspension de la création de nouvelles brigades au profit du renforcement des unités existantes ;
  • le développement de modes de contact alternatifs avec les usagers ;
  • l’achèvement de la dématérialisation de la plainte et le déploiement de la visio-plainte d’ici 2026.

 

Enjeu

La Cour appelle à une adaptation rapide du modèle territorial afin de préserver l’efficacité opérationnelle de la Gendarmerie nationale et la qualité du service rendu à la population dans un contexte de transformation démographique et sécuritaire.

accident de voiture

Recrudescence des refus d’obtempérer

By Sécurité/Justice

– par Claire-Marine GROS, chef de cabinet adjointe CRSI

Source exploitée : Insécurité et délinquance en 2025 – Ministère de l’Intérieur

Une hausse marquée du phénomène en 2025

Les statistiques du ministère de l’Intérieur montrent une augmentation importante des refus d’obtempérer en 2025. Au total, 28 200 infractions ont été recensées, soit environ 77 faits par jour et une hausse d’environ 11% sur un an, après plusieurs années de baisse.

Ce phénomène est aujourd’hui considéré comme un enjeu majeur de sécurité routière et de sécurité publique. Il constitue désormais l’un des délits routiers les plus fréquents en France, derrière la conduite sous l’emprise d’alcool ou de stupéfiants.

Par ailleurs, plus d’un tiers de ces infractions impliquent une mise en danger directe de la vie d’autrui, ce qui accentue la gravité du phénomène et les inquiétudes des autorités.

refus d'obtempérer statistiques

L’actualité du début de semaine : multiplication d’incidents violents

L’actualité du début février 2026 confirme cette aggravation du phénomène avec plusieurs faits marquants.

Accidents et blessés parmi les forces de l’ordre

Dans la nuit du 1er au 2 février 2026, en Seine-et-Marne, un véhicule a volontairement percuté un camion-plateau contre des policiers de la BAC, blessant plusieurs fonctionnaires. Au total, neuf policiers ont été blessés en seulement 24 heures dans différents refus d’obtempérer survenus sur le territoire.

Plusieurs autres incidents similaires ont été signalés dans les mêmes 48h, notamment :

  • un refus d’obtempérer à Saint-Cyr-l’École,
  • une « course-poursuite » entre Toulouse et Carcassonne sur près de 100 km,
    illustrant la dangerosité croissante de ces comportements.

Exemple récent particulièrement violent

Un autre fait divers survenu récemment à Nantes montre la gravité potentielle de ces situations. Après une course-poursuite, un conducteur a roulé à contresens et a percuté un véhicule de police, blessant plusieurs agents qui ont dû être désincarcérés.

Les refus d’obtempérer ne sont plus de simples infractions routières, mais peuvent rapidement devenir des situations mettant en danger la vie des policiers et des citoyens.

 

Une préoccupation croissante dans la société et chez les forces de l’ordre

Face à cette évolution, les syndicats policiers dénoncent un sentiment d’impunité chez certains conducteurs et une diminution du respect de l’autorité.

Le ministre de l’Intérieur a également évoqué un recul du respect des règles et une banalisation des comportements dangereux, considérant ces infractions comme un véritable fléau de sécurité publique.

Un sondage publié début février 2026 indique que 86 % des Français sont favorables à des peines de prison ferme pour les auteurs de refus d’obtempérer mettant la vie d’autrui en danger.

 

Un durcissement de la réponse pénale

Face à l’augmentation du phénomène, la réponse judiciaire s’est renforcée. Le refus d’obtempérer entraîne notamment :

  • un retrait automatique de six points sur le permis,
  • des sanctions pénales aggravées en cas de mise en danger d’autrui,
  • et, depuis 2025, la possibilité de qualifier certains faits d’homicide routier lorsqu’un refus d’obtempérer entraîne la mort d’une personne.

Dans les cas les plus graves, notamment lorsque d’autres infractions sont associées (alcool, stupéfiants ou conduite sans permis), les peines peuvent atteindre 10 ans d’emprisonnement et 150 000€ d’amende.

aurélien jean europe

Protect EU : l’Europe de la sécurité et les États-membres

By Institutions, Sécurité/Justice

Une stratégie européenne ambitieuse dépendante des États-membres

Annoncée à Strasbourg le 30 mars dernier, la nouvelle stratégie interne de la Commission européenne (dénommée « ProtectEU ») vise à remédier à une situation conscientisée depuis des années : le partage limité des informations relatives à la sécurité nationale et au renseignement intérieur. Assumant d’avoir un scope très large, ProtectEU vise à implémenter de nombreux changements, tant en matière de migration que de narcotrafic ou de protection des publics les plus vulnérables. Cependant, malgré une densité certaine d’annonces qui marquent un changement de mentalité substantiel au sein des institutions européennes quoique dans la continuité de ce qui s’observe depuis déjà quelques années cette nouvelle stratégie n’en est pour le moment qu’au stade du vœu pieux, et dépendra avant tout du bon vouloir des Etats-membres.

Par Aurélien Jean

 


 

Le contexte socio-politique est favorable à des propositions ambitieuses en matière de sécurité intérieure, afin de renforcer le rôle joué par l’UE dans ce domaine

ProtectEU vise ainsi à remédier à un état de fait dans lequel les Etats-membres (EM) ont des réticences à partager les informations et renseignements en leur possession avec leurs voisins. Cette situation est connue depuis des années et s’est trouvée dramatiquement exposée avec les attentats terroristes de la décennie 2010. Cependant, il ne faudrait pas réduire cette stratégie interne à ce seul motif. Elle se place en réalité dans un ensemble plus large de mesures visant à renforcer la coopération entre les EM vie des initiatives pilotées directement par les institutions (et notamment par la direction générale adéquate, la DG HOME, chargée des frontières, des migrations, des affaires intérieures, de l’espace Schengen, etc.). Notons que l’annonce officielle avait été précédée d’une conférence de presse fin mars 2025 dans laquelle la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, avait déjà révélé son intention de mettre en place des briefings réguliers avec l’intégralité du Collège des Commissaires notamment dans le but de les tenir informés des derniers développements en matière de sécurité, défense et menaces hybrides. Si l’effet pratique et opérationnel est quasi-nul, il reste révélateur d’un mouvement de conscientisation très clair.

A titre d’illustration, citons le dernier rapport de l’agence EUROPOL (chargée précisément de la coopération policière entre les EM). Révélé le 18 mars, il met en exergue les menaces auxquelles l’Europe a à faire face en matière de trafic de drogue, de crime organisé ou encore de cyberattaques. Plus encore, il avertit sur l’impact de l’IA dans la structuration et les capacités d’action des réseaux criminels ; leur permettant d’atteindre une puissance déstabilisatrice avec des moyens limités. L’agence prophétise d’ailleurs « l’émergence d’une IA totalement autonome [qui] pourrait ouvrir la voie à des réseaux criminels entièrement contrôlés par l’IA, marquant ainsi une nouvelle ère pour le crime organisé ».

Si toutes ces grandes tendances sont perceptibles depuis quelques années déjà, la publication de ce rapport et, deux semaines après, de ProtectEU est un signal clair des intentions de Bruxelles. Cela est encore plus net lorsque l’on considère les domaines les plus critiques identifiés par Europol : infrastructures, « rançongiciels », fraudes en ligne, pédopornographie, trafics de drogue, d’armes ou de migrants, criminalité environnementale. Tout cela nous introduit à une approche multidimensionnelle des menaces pour la sécurité intérieure, approche qui se retrouve quasi-dupliquée dans ProtectEU.

En outre, ProtectEU a ceci de particulier qu’elle n’est pas qu’une déclinaison sectorielle et « en silo » d’un problème identifié. Elle assume de mentionner un panel de menaces variées et de vouloir préparer le continent à la survenance de plusieurs d’entre-elles dans un laps de temps restreint voire en interconnexion. Il est à ce titre révélateur d’observer l’évolution nette des discours et des textes législatifs en discussion sur les sujets visés par cette stratégie. Ainsi en est-il du thème migratoire. Depuis les incidents à la frontière Pologne-Biélorussie, l’UE sait que l’immigration est une arme de guerre hybride ; et tente se faisant de développer des moyens de réponse. Les propositions du nouveau commissaire aux affaires intérieures, l’autrichien Markus Brunner (PPE, droite/centre-droit) illustrent cette tendance, notamment par le soutien pouvant être adopté aux centres de retours situés en pays tiers, à l’image de ce que tente de mettre en place le gouvernement italien.

De manière encore plus large, un leitmotiv constant de la Commission « Von der Leyen II », entrée en fonctions en décembre 2024 et penchant nettement à droite, est de projeter l’image d’un exécutif européen conscient de la gravité des enjeux actuels et qui tente d’y apporter des réponses à son échelle. C’est dans cette optique qu’il faut voir un continuum intéressant. En l’espace d’un mois, la Commission a révélé trois textes relatifs, d’une manière ou d’une autre, à la sécurité et à la défense. D’abord, le paquet à plusieurs centaines de milliards pour réarmer le continent (ReArm Europe, dont les modalités pratiques sont encore partiellement floues). Vient ensuite un plan d’action pour réagir aux crises (EU Preparedness Union Strategy) qui a surtout fait parler de lui pour la communication peu orthodoxe choisie pour le visibiliser. Enfin, ProtectEU, qui est la dernière pierre de la trilogie sécurité militaire / sécurité civile / sécurité intérieure.

ProtectEU condense des évolutions substantielles, tant matérielles que structurelles et joue la carte de la stratégie des moyens

Tout d’abord, une des annonces « choc » du plan concerne Frontex. Bien loin de la dissolution que réclame à cor et à cris une partie du spectre politique, celle qui est sans doute la plus médiatisée des agences européennes va connaître un triplement de ses effectifs. Actuellement, la cible est prévue à 10 000 agents d’ici 2027. La stratégie prévoit d’attendre les 30 000 personnels à un horizon temporel non précisé. A titre de comparaison, c’est peu ou prou le nombre total de personnes travaillant pour la Commission européenne aujourd’hui (Directions Générales et agences décentralisées). L’agence basée à Varsovie sera donc, à terme, l’entité administrative européenne disposant des ressources humaines les plus conséquentes, à même donc de pouvoir détacher des contingents significatifs à plusieurs endroits sensibles dans l’UE. En sus, les moyens technologiques et matériels à la disposition de l’Agence Européenne de Garde-Frontières et de Garde-Côtes de son nom complet, seront rehaussés afin de fournir un appui qualitatif aux forces nationales de protection des frontières. Il est évoqué notamment des systèmes de renseignement et de gestion intégrée basés sur l’IA, les données biométriques et les drones, le tout d’ici 2027.

En parallèle, il était déjà acté par la Commission que Frontex serait appelée à jouer un rôle plus important afin d’aider les EM dans l’application des « opérations de retour » (en clair, des expulsions). Si le texte est encore entre les mains des colégislateurs européens (Parlement et Conseil) l’idée d’augmenter les retours et les pouvoirs de l’agence fait l’objet d’un quasi-consensus et n’a qu’un faible risque d’être mise en échec.

Cependant, les transformations les plus spectaculaires concernent les agences Europol et Eurojust (cette dernière s’occupant de la coopération judiciaire pénale entre les EM). Toutes deux basées à La Haye, aux Pays-Bas, elles vont non seulement connaître une augmentation de leurs moyens mais aussi et surtout une redéfinition plus extensive de leur domaine d’action.

Europol est ainsi appelée à se transformer de manière spectaculaire pour devenir, dès 2026, « une réelle agence de police opérationnelle », apte à appuyer les requêtes des EM. Pour se faire, elle connaîtra une extension de ses domaines d’intervention aux menaces hybrides (type actes de sabotage) et un renforcement des moyens de détection en corrélation avec les progrès technologiques. En complément, l’agence sera autorisée à développer son réseau de coopération international, notamment via l’établissement de partenariats renforcés avec des pays tiers sûrs ainsi qu’avec le secteur privé. Ces intervenants extérieurs devront néanmoins prouver leur respect des règles européennes en matière de droits fondamentaux et de protection des données. Enfin, Europol verra ses effectifs doubler pour atteindre plus de 3500 personnes à terme.

Dans la lignée de l’amélioration des capacités d’Europol, l’agence Eurojust suivra elle aussi le mouvement, afin de pouvoir répondre judiciairement aux nouvelles activités d’Europol. Un texte en ce sens est attendu pour 2026. De leur côté, les EM sont appelés à étendre le plus rapidement possible des contrôles systématiques (et biométriques) aux frontières extérieures de l’Union.

Ainsi, et en filigrane, c’est le constat actuel d’une insuffisance de moyens et de lacunes dans la coopération qui est reconnu. Comme l’a signalé M. Brunner devant les journalistes à Strasbourg « Il n’est pas difficile pour les criminels de garder une longueur d’avance si les autorités chargées de l’application de la loi ne sont pas équipées ou ont les mains liées ». Sa collègue Henna Virkkunen a été encore plus franche en affirmant que de nombreux services de police sont « très en retard en ce qui concerne les outils numériques » et manquent de compétences pour faire face à a prolifération de la criminalité numérique.

Le cas du narcotrafic est ainsi illustratif de ces difficultés et il n’est nul besoin de rappeler à quel point la situation est inquiétante en de nombreux endroits du continent. A ce titre, ProtectEU récupère l’initiative lancée en 2023 qui visait à créer une « Alliance des ports européens » regroupant les acteurs publics et privés des plateformes portuaires, principales porte d’entrée des marchandises illicites sur le continent. L’objectif est d’intensifier les échanges, pour parvenir à une stratégie commune sur la question objectif modeste s’il en est mais qui n’est pas du ressort initial de l’UE si l’on s’en tient aux traités.

Par ailleurs, il serait incomplet de ne pas mentionner les initiatives lancées ces dernières années sur les sujets de la criminalité organisée et du trafic de drogue : feuille de route énonçant les mesures prioritaires de la Commission (2023), stratégie contre la criminalité organisée (2021) ou bien la stratégie antidrogue de l’UE 2021-2025 (2020). On a donc a minima trois textes déjà existants, certes modernisés et mis à jour, qui sont intégrés dans ProtectEU. L’effort intellectuel est louable, mais il ne fait que reprendre dans de larges proportions des dynamiques institutionnelles déjà existantes et des constats déjà partagés depuis plus de cinq ans. Ceci montre bien les limites des documents déclaratifs et/ou concertatifs dans des sujets qui dépassent la simple capacité d’action de l’UE. Cela a néanmoins le mérite de laisser le sujet en bonne place sur la table, et de fait de garder l’attention des EM dessus.

En dehors de ce qui a déjà été mentionné ci-dessus, les 29 pages de ProtectEU brassent large, et impliquent d’autres mesures plus ou moins nettes et/ou abouties. Ci-après, un rapide aperçu des sept domaines d’action recensés :

  • Une nouvelle gouvernance européenne en matière de sécurité intérieure, qui n’a de réellement nouveau que l’appellation, en ce qu’elle prévoit ce qui existe déjà dans les grandes lignes: discuter avec les EM et le Parlement européen. Dans cette partie figure aussi un « bouclier démocratique européen pour renforcer la résilience», sans plus de précisions mais illustrant assez bien le concept de vision « à 360° » ;
  • Une anticipation des menaces à la sécurité grâce à de nouvelles façons de partager des renseignements, ce qui suppose une coopération pleine et entière de la part de tous les EM. L’anticipation viendra aussi de l’augmentation des moyens au sein du centre commun de recherche dépendant de la Commission. Celui-ci sera chargé de simplifier le cycle de recherche, de développement et de validation règlementaire des solutions innovantes dans les technologies avancées ;
  • Des outils plus efficaces pour les services répressifs et des agences plus fortes. Cela inclut une évaluation plus poussée de l’expansion des systèmes de reconnaissance automatiques de plaques d’immatriculation ainsi qu’une proposition législative pour un système européen de communication critiques (attendue en 2026) ;
  • Le renforcement de la résilience face aux menaces hybrides, avec une modernisation du Protocole de crise européen, une attention particulière portée aux câbles sous-marins et la volonté d’avancer sur le quantique ;
  • La lutte contre la grande criminalité organisée, passant entre autres par l’adoption de standards législatifs communs en matière de trafic d’armes ;
  • La lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, avec notamment un nouveau système de suivi du financement du terrorisme et un nouvel « agenda européen » en la matière. Un focus tout particulier sera porté, dès cette année, sur les Balkans occidentaux ;
  • L’UE en tant qu’acteur mondial fort en matière de sécurité. Malgré la focale portée sur la sécurité intérieure de l’UE, il ne s’agit pas de délaisser les coopérations et les échanges de procédés avec les pays tiers. Cela part du constat justifié que la criminalité transnationale se combat avec des moyens eux aussi transnationaux. C’est à ce titre que le renforcement d’Europol et d’Eurojust prend tout son sens, dans la perspective de nouveaux accord avec les pays de la zone latino-américaine et caribéenne.

Fait intéressant, dans cette partie figure aussi une lecture plus « sécuritaire » de la délivrance de visas, notamment via une mise à jour de la stratégie européenne dédiée à ce type de documents.

Ce dernier domaine d’action montre des similarités notables avec une approche ouvertement défendue par certains députés européens de droite concernant la gestion des migrations et des retours forcés. Il reste à voir dans quelle mesure les deux sujets seront finalement imbriqués (et, surtout, votés).

Preuve du caractère extensif des mesures proposées, plusieurs propositions concernent spécifiquement les mineurs, le cyberharcèlement et les victimes des violences. Dans ces trois cas, il s’agira principalement d’augmenter l’effectivité de leur protection et de mettre en place des stratégies et autres plans d’action. Les EM sont aussi instamment appelés à transposer les textes déjà adoptés et les colégislateurs, à accélérer leurs travaux sur le règlement relatif à la lutte contre l’exploitation et les abus sexuels sur les mineurs.

Et maintenant on fait quoi, comment et avec quels arbitrages ?

Un premier point critique concerne le nombre réel de textes nouveaux. Il est très faible mais cela ne doit pas surprendre, et ce pour une double raison. D’abord, la quantité de textes déjà existants est assez importante, et il n’est pas à démontrer l’efficacité de l’UE en matière de production d’actes législatifs. Secondement, la marge de manœuvre limitée de l’Union en matière de sécurité intérieure. Selon les aspects du sujet, on se situe au mieux dans une compétence partagée avec les EM. Sinon, il s’agit d’une compétence d’appui, c’est à dire un domaine où l’UE ne peut que rechercher une certaine harmonisation entre ses EM mais sans avoir de réelle prise sur l’évolution des choses. A l’inverse, la politique commerciale et concurrentielle est par nature une compétence exclusive, ce qui alloue une centralisation normative et une direction politique bien plus importantes et plus confortables pour gérer efficacement les affaires.

En corollaire immédiat, force est de constater que la majorité des initiatives devant faire l’objet d’un examen législatif concernent in fine des directives déjà existantes qu’il convient de « toiletter » plus que de réécrire entièrement. Mentionnons, en guise d’illustration, les textes relatifs aux substances pyrotechniques, au mandat d’arrêt européen ou encore au crime organisé.

Un deuxième point est de mentionner que ce plan est avant tout une vision d’ensemble des menaces auxquelles les européens doivent être prêts à faire face dans un futur proche. Si ProtectEU évoque parfois des déclinaisons opérationnelles précises, elle n’est en rien quelque chose de concret immédiatement applicable. C’est avec ces réserves qu’il faut interpréter les annonces de la Commission. Recruter 20 000 garde-frontières supplémentaires (sans même avoir encore atteint les 10 000 postes déjà prévus) est très ambitieux, et ce n’est sans doute pas un hasard si aucun horizon temporel n’a été communiqué.

Plus que le simple fait de recruter des agents de terrain, il s’agit aussi et surtout pour Frontex de trouver un corps d’encadrement et de direction à la hauteur d’un tel management. D’une part, les agents européens ne sont pas autonomes et ne font qu’appuyer les forces nationales. Ce sont donc ces dernières qui disposent de l’essentiel capacités et des ressources humaines « de terrain ». D’autre part, les forces nationales se renforcent elles aussi de leur côté (Pologne, pays Baltes) et ont besoin de leur propre corps d’encadrement et de leurs propres agents. Il est parfaitement envisageable de penser que les aspirants garde-frontières de tous grades seront davantage attirés par un poste au national : esprit patriotique, facilité de recrutement, pas d’exigence de multilinguisme (au contraire de l’UE) ou encore meilleure visibilité des campagnes d’information sur les carrières. La ressource humaine est donc précieuse, a fortiori lorsque l’on considère les récentes évolutions en matière de recrutement et de service militaire, les armées piochant dans le même vivier potentiel de candidats.

Un troisième point a trait au financement de ces mesures, qui vont coûter sans doute plusieurs milliards. Prudente, la Commission n’a pas fourni de chiffrage financier global de ProtectEU, mais la mise en œuvre d’un tel ensemble ne serait-ce que pour les nouvelles ressources humaines devra nécessairement s’accompagner de ressources crédibles afin d’être efficace. Il n’est nul besoin de rappeler que lesdites ressources seront en concurrence avec d’autres fonds européens alloués à des enjeux tout aussi sensibles et consommateurs de financements communautaires :

  • La défense, alors que l’on n’a sans doute pas tout vu en la matière (on rappellera utilement que la réelle prise de conscience date de l’investiture de Donald Trump, soit à peine trois mois…) ;
  • L’agriculture : qui oserait se mettre à dos la profession et revoir les tracteurs s’installer sur le rond-point Schuman ? La Politique agricole commune représente, avec les fonds de développement régionaux, le principal poste actuel de subventions européennes ;
  • Les fonds de cohésion, alors que les efforts réclamés pour financer le réarmement ont donné lieu à un intense effort de lobbying des élus locaux du continent pour garder leur enveloppe.

Le tout, dans un contexte où le prochain cadre financier pluriannuel (MFF) de l’UE débute son parcours de négociations en 2025  et consistera à déterminer combien chaque Etat va devoir verser au budget commun et quelle sera la taille de celui-ci.

Un dernier point, qui se rapproche du premier, concerne la réelle implémentation du projet de la Commission. En effet, si les annonces semblent fracassantes, elles n’en requièrent pas moins la coopération des EM et elles reposent sur leur diligence à traduire en droit national les règles européennes. Plus encore, pour les domaines ne relevant pas de la compétence de l’UE, elles ne tiennent que par le seul bon-vouloir en matière de partage d’information et d’accord sur les priorités. Tel pays peut en effet, au regard de son histoire, de sa sociologie ou simplement de sa politique intérieure, avoir des priorités divergentes de celles de ses voisins, et ce faisant allouer des moyens de manière différenciée par rapport au constat commun établi à l’échelle du continent.

Corollaire de tout ce qui précède, un certain nombre de mesures identifiées dans la stratégie ne visent qu’à demander aux Etats de transposer ce qui existe déjà. Citons à ce titre, la directive 2023/977 sur les échanges d’informations, dont la mise en œuvre par les EM s’avère assez lente. Quant à la directive SRI 2 relative aux réseaux et systèmes d’informations 23 EM sur 27 ont reçu une mise en demeure de la Commission pour transposition incomplète ou inexistante. Encore plus frappant, des mesures qui sont reprises dans ProtectEU sont en réalité en discussion depuis des années mais bloquent faute de consensus. C’est ainsi le cas du projet de législation relatif à la lutte contre les contenus pédopornographiques, paralysé en raison du désaccord entre les EM sur la position à adopter quant aux messageries privées (type WhatsApp ou Signal) et à l’obligation de coopération avec les autorités.

Ce faisant, et de manière un brin pessimiste, la Commission compte sur le fait qu’il n’y ait pas de « passager clandestin » et que chacun prenne sa juste part au problème ce qui n’est pas en soi un mauvais raisonnement, tant l’actualité nous montre que les atteintes à la sécurité intérieure ne connaissent pas de frontières. Seulement, la réalité impose de considérer ProtectEU comme reposant, en partie sur du déclaratif voire sur du performatif, au moins jusqu’à ce que la Cour de Justice de l’Union Européenne ait enjoint aux réfractaires de rejoindre les rangs à la suite d’un jugement, ce qui peut prendre des années.

Au global, qu’en retenir ?

Le principal enseignement de ProtectEU est la démarche en elle-même. Sans aller jusqu’à affirmer que l’initiative relève de l’inédit, il s’agit cependant d’un mouvement notable dans la posture de institutions européennes.

Cela se remarque par le spectre extrêmement large des thématiques couvertes par la stratégie interne. Elle démontre une réelle volonté d’action sur un vaste panel de menaces clairement identifiées. En un sens, l’étape la plus difficile pour faire bouger les choses au niveau européen a déjà été réalisée : la conscientisation du problème. Portée par le contexte global, la droitisation du continent qui rend le PPE incontournable et la succession de menaces tant internes qu’externes, la Commission a trouvé ici un réel moyen d’influence et d’augmentation de son pouvoir, tant la coordination entre les EM est cruciale si l’ensemble des problèmes listés veut trouver une réponse satisfaisante. Ursula Von der Leyen, déjà connue pour son management très personnifié et sa tendance centralisatrice trouve ici un moyen de renforcer sa légitimité, bâtie au fil des crises qui ont secoué le continent depuis 2019.

L’étendue du pouvoir et de l’influence réelle qu’obtiendra la Commission seront en réalité facteurs de ce que les EM voudront bien lui confier. Un mouvement intéressant sera ainsi de voir dans quelle mesure les missions et les moyens des agences dédiées seront rehaussés. Dans une situation financière loin d’être optimale et avec d’autres priorités incontestables dans un monde changeant pour lequel l’UE découvre qu’elle n’est pas équipée, il peut y avoir un écart entre le déclaratoire et la matérialisation effective. Et ce, particulièrement en l’absence de ressources supplémentaires accessibles via la dette ou via l’ouverture de nouvelles ressources propres à même d’abonder le budget.

 


Source

« The changing DNA of serious and organized crime » Rapport Europol 2025

 

Chiffres 2025 Insécurité et délinquance

Insécurité et délinquance sur l’année 2025 en France

By Publications, Sécurité/Justice

– par Claire-Marine GROS, chef de cabinet adjointe CRSI

La présente analyse répertorie les chiffres publiés par le Service du Statistique Ministériel de la Sécurité intérieure (29 janvier 2026).

Lecture d’ensemble

La photographie 2025 de l’insécurité et de la délinquance fait apparaître une évolution contrastée. Les atteintes aux biens poursuivent globalement leur recul, tandis que les atteintes aux personnes continuent d’augmenter. Cette divergence structurelle constitue l’élément le plus marquant du rapport.

I. Le chiffre central : +5 % de violences physiques

En 2025, les violences physiques enregistrées augmentent de 5 % par rapport à 2024.

Ce chiffre constitue l’indicateur le plus structurant du rapport. Il concerne un volume très élevé de faits, bien supérieur aux infractions les plus graves mais plus rares (homicides, viols), ce qui lui confère un impact direct sur la sécurité quotidienne 

Cette hausse :

  • met fin à la stabilisation observée en 2024 ;
  • concerne à la fois les violences hors cadre familial et intrafamiliales, indiquant un phénomène diffus et non circonscrit 
  • s’inscrit dans une tendance haussière de long terme depuis 2016, même si le rythme est légèrement inférieur à la moyenne observée sur la période.

Alors que plusieurs formes de délinquance reculent, cette progression des violences physiques traduit une dégradation persistante des atteintes directes aux personnes, cœur du diagnostic sécuritaire pour 2025.

II. Autres évolutions marquantes

Atteintes aux personnes

  • Violences sexuelles : +8 % 
    • dont viols et tentatives de viol : +9 % 
  • Homicides : +1 % (982 victimes) 
  • Tentatives d’homicide : +5 % 
  • Refus d’obtempérer routiers : +11 % (nouvel indicateur)

Stupéfiants et délinquance économique

  • Usage de stupéfiants : +6 % 
  • Trafic de stupéfiants : +8 % 
  • Escroqueries et fraudes : +8 % (tendance haussière continue depuis 2016)

Atteintes aux biens (tendance inverse)

  • Vols avec armes : −7 % 
  • Cambriolages de logements : −3 % 
  • Vols de véhicules : −9 % 
  • Vols dans les véhicules : −9 % 
  • Destructions et dégradations volontaires : +2 % (hausse modérée, inférieure aux niveaux de 2023)

III. Éléments de structure et de profil

  • Les mineurs représentent une part en baisse parmi les mis en cause depuis 2016, notamment pour les vols violents. 
  • Les mis en cause étrangers sont surreprésentés dans certaines atteintes aux biens (cambriolages, vols liés aux véhicules), par rapport à leur part dans la population. 
  • Une partie significative des infractions, en particulier les violences, reste sous-déclarée, comme le montrent les enquêtes de victimation.

Conclusion

Le rapport 2025 met en évidence une amélioration relative de la délinquance patrimoniale, mais cette évolution favorable est contrebalancée par une hausse persistante des violences, dont l’augmentation de +5 % des violences physiques constitue le signal le plus important. Ce chiffre résume à lui seul le paradoxe central de l’année 2025 : moins de vols, mais plus de violence.

Pour aller plus loin

473 000 violences physiques enregistrées en 2025 c’est :

  • 1 300 violences physiques par jour
  • 54 par heure
  • 1 toutes les 1 minute
  • 0,7 % de la population française (environ 1 personne sur 140)
  • 0,8–0,9 % des adultes
  • 54 % intrafamiliales (environ 257 000)
  • 46 % hors cadre familial (environ 216 000)
  • Niveau plus de 2,5 fois supérieur à 2016 

Il faut garder en tête que ce sont des faits enregistrés, pas le total réel, car une grande partie des violences n’est pas signalée. 

Chiffres Immigration 2025

Chiffres de l’immigration 2025 en France

By Publications, Défense, Institutions

– par Claire-Marine GROS, chef de cabinet adjointe CRSI

Derrière les chiffres de l’immigration en 2025 se dessinent des tendances lourdes et des évolutions marquantes. Ce rapport s’appuie sur les données provisoires du ministère de l’Intérieur, arrêtées au 27 janvier 2026, pour en décrypter les principaux enseignements.

Une hausse globale des entrées légales

En 2025, la France a délivré 384 000 premiers titres de séjour, soit une hausse de 11,2 % par rapport à 2024, atteignant un niveau historiquement élevé. Cette augmentation s’inscrit dans une tendance de long terme : les entrées légales annuelles ont doublé en vingt ans, pour atteindre environ 376 000 à 380 000 primo-délivrances en 2025.

Ces chiffres excluent les renouvellements de titres, les ressortissants de l’Espace économique européen et les étrangers mineurs.

Le rôle central des motifs non économiques

Contrairement à certaines représentations, l’immigration pour raisons professionnelles représente une part minoritaire des titres délivrés : seulement 13 % des primo-délivrances en 2025, en recul par rapport à 17 % en 2024.

I. L’immigration étudiante

Le motif étudiant reste le premier motif d’attribution, représentant environ 30 à 31 % des premiers titres de séjour. Cette dynamique s’accompagne d’une augmentation des visas de court séjour pour études ou stages (+5,8 %).

II. L’augmentation des motifs humanitaires

Les premiers titres de séjour pour motifs humanitaires connaissent une hausse de 65 % en un an, soit 36 000 primo-délivrances supplémentaires. Ils deviennent le deuxième motif d’attribution, représentant environ un quart des titres délivrés. Cette progression constitue l’un des principaux moteurs de la hausse globale de l’immigration.

 

La délivrance des premiers titres de séjour par motif d’admission détaillé :

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La délivrance des renouvellements de séjour par motif d’admission détaillé :

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Des flux majoritairement issus de certaines zones géographiques

Les nationalités les plus représentées parmi les bénéficiaires de titres de séjour sont :

  • Maroc
  • Algérie
  • Tunisie

Les ressortissants du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne demeurent majoritaires. Concernant l’asile, les Ukrainiens, suivis des ressortissants de la République démocratique du Congo et de l’Afghanistan, restent en tête des demandes enregistrées.

 

La délivrance des renouvellements de titres de séjour : principales nationalités par motif en 2025 :

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Une dynamique soutenue des visas

En amont des flux migratoires, la France a délivré près de 3 millions de visas en 2025, en hausse de 3,5 % par rapport à 2024.

  • 2,66 millions concernent des visas de court séjour, principalement touristiques (2 millions).
  • Les visas pour motifs touristiques (+6,4 %) et pour études ou stages (+5,8 %) sont les plus dynamiques.
  • Les principaux bénéficiaires sont les ressortissants chinois, suivis des Marocains et des Indiens.

Une hausse des éloignements sans inversion de tendance

32 379 étrangers en situation irrégulière ont quitté le territoire, soit une augmentation de 16,5 % par rapport à 2024. Cependant, cette hausse des éloignements ne compense pas celle des entrées légales, ce qui contribue à un solde migratoire positif.

Des évolutions contrastées sur l’asile et la nationalité

  • Les demandes d’asile enregistrées en GUDA sont en baisse de 10,3 %, avec 116 476 demandes en 2025
  • Le nombre de décisions accordant une protection (réfugié ou protection subsidiaire) augmente de 12,1 %, atteignant 78 782 décisions positives.
  • Les naturalisations reculent de 6,8 %, avec 62 235 acquisitions de la nationalité française, notamment en raison du durcissement des critères introduit par la circulaire du 2 mai 2025.

 

Conclusion

Les données provisoires du ministère de l’Intérieur pour 2025 montrent une hausse nette et soutenue de l’immigration en France, avec près de 384 000 premiers titres de séjour délivrés, un niveau record. Cette tendance s’inscrit dans une dynamique de long terme.

L’analyse des motifs de séjour révèle que l’augmentation ne repose pas principalement sur l’immigration de travail, dont la part recule à 13 % des primo-délivrances. Elle est surtout portée par les motifs humanitaires, en hausse de 65 % en un an, et par l’immigration étudiante, qui reste le premier motif d’attribution.

Titres valides et documents provisoires de séjour par type de document au 31 décembre :

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Pour rappel 

Données INSEE 2024

En 2024, 7,7 millions d’ immigrés vivent en France, soit 11,3 % de la population totale. 2,6 millions d’immigrés, soit 33 % d’entre eux, ont acquis la nationalité française.

La population étrangère vivant en France s’élève à 6,0 millions de personnes, soit 8,8 % de la population totale. Elle se compose de 5,1 millions d’immigrés n’ayant pas acquis la nationalité française et de 0,9 million de personnes nées en France de nationalité étrangère.

1,6 million de personnes sont nées de nationalité française à l’étranger. Avec les personnes immigrées (7,7 millions), au total 9,3 millions de personnes vivant en France sont nées à l’étranger, soit 13,6 % de la population.

48,9 % des immigrés vivant en France sont nés en Afrique. 30,9 % sont nés en Europe. Les pays de naissance les plus fréquents des immigrés sont l’Algérie (12,4 %), le Maroc (11,7 %), le Portugal (7,3 %), la Tunisie (4,9 %), l’Italie (3,6 %), la Turquie (3,4 %) et l’Espagne (3,1 %). Près de la moitié des immigrés sont originaires d’un de ces sept pays (46,4 %).

Chiffres immigration 2025

Chiffres officiels de l’immigration en 2025

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– par Olivier DEBENEY, Directeur de cabinet

Source : données provisoires du ministère de l’Intérieur, 27 janvier 2026

Une hausse globale des entrées légales

En 2025, la France a délivré 384 000 premiers titres de séjour, soit une hausse de 11,2 % par rapport à 2024, atteignant un niveau historiquement élevé. Cette augmentation s’inscrit dans une tendance de long terme : les entrées légales annuelles ont doublé en vingt ans, pour atteindre environ 376 000 à 380 000 primo-délivrances en 2025.

Ces chiffres excluent les renouvellements de titres, les ressortissants de l’Espace économique européen et les étrangers mineurs.

Motifs de primo délivrance de titres de séjour

 

Le rôle central des motifs non économiques

Contrairement à certaines représentations, l’immigration pour raisons professionnelles représente une part minoritaire des titres délivrés : seulement 13 % des primo-délivrances en 2025, en recul par rapport à 17 % en 2024.

a) L’immigration étudiante

Le motif étudiant reste le premier motif d’attribution, représentant environ 30 à 31 % des premiers titres de séjour. Cette dynamique s’accompagne d’une augmentation des visas de court séjour pour études ou stages (+5,8 %).

b) L’augmentation des motifs humanitaires

Les premiers titres de séjour pour motifs humanitaires connaissent une hausse de 65 % en un an, soit 36 000 primo-délivrances supplémentaires. Ils deviennent le deuxième motif d’attribution, représentant environ un quart des titres délivrés. Cette progression constitue l’un des principaux moteurs de la hausse globale de l’immigration.

Hausse motif humanitaire

Des flux majoritairement issus de certaines zones géographiques

Les nationalités les plus représentées parmi les bénéficiaires de titres de séjour sont :

  • Maroc
  • Algérie
  • Tunisie

Les ressortissants du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne demeurent majoritaires. Concernant l’asile, les Ukrainiens, suivis des ressortissants de la République démocratique du Congo et de l’Afghanistan, restent en tête des demandes enregistrées.

Primo-délivrance principales nationalités

 

Une dynamique soutenue des visas

En amont des flux migratoires, la France a délivré près de 3 millions de visas en 2025, en hausse de 3,5 % par rapport à 2024.

  • 2,66 millions concernent des visas de court séjour, principalement touristiques (2 millions).
  • Les visas pour motifs touristiques (+6,4 %) et pour études ou stages (+5,8 %) sont les plus dynamiques.
  • Les principaux bénéficiaires sont les ressortissants chinois, suivis des Marocains et des Indiens.

Une hausse des éloignements sans inversion de tendance

32 379 étrangers en situation irrégulière ont quitté le territoire, soit une augmentation de 16,5 % par rapport à 2024. Cependant, cette hausse des éloignements ne compense pas celle des entrées légales, ce qui contribue à un solde migratoire positif.

Eloignements irréguliers

Des évolutions contrastées sur l’asile et la nationalité

  • Les demandes d’asile enregistrées en GUDA sont en baisse de 10,3 %, avec 116 476 demandes en 2025.
  • Le nombre de décisions accordant une protection (réfugié ou protection subsidiaire) augmente de 12,1 %, atteignant 78 782 décisions positives.

Les naturalisations reculent de 6,8 %, avec 62 235 acquisitions de la nationalité française, notamment en raison du durcissement des critères introduit par la circulaire du 2 mai 2025.

 

Conclusion

Les données provisoires du ministère de l’Intérieur pour 2025 montrent une hausse nette et soutenue de l’immigration en France, avec près de 384 000 premiers titres de séjour délivrés, un niveau record. Cette tendance s’inscrit dans une dynamique de long terme.

L’analyse des motifs de séjour révèle que l’augmentation ne repose pas principalement sur l’immigration de travail, dont la part recule à 13 % des primo-délivrances (pour rappel, l’immigration de travail représentait 17% des primo-délivrances en 2024). Elle est surtout portée par les motifs humanitaires, en hausse de 65 % en un an, et par l’immigration étudiante, qui reste le premier motif d’attribution.