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Les unités d’élite de la gendarmerie et de la police nationales

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Les unités d’élite de la gendarmerie et de la police nationales

Une efficacité partagée, des moyens à garantir

Dans un contexte de menaces multiformes, les unités d’élite françaises GIGN, RAID et BRI-PP s’imposent comme les piliers du dispositif national d’intervention. Le rapport d’information présenté le 2 juillet 2025 par le sénateur Bruno Belin, rapporteur spécial des crédits de la mission « Sécurités », en dresse un état des lieux précis.

Des missions critiques et complémentaires

Créées entre les années 1960 et 1980, ces unités partagent une vocation commune : répondre aux situations les plus complexes menaçant la sécurité publique. Elles interviennent sur :

  • Des prises d’otages, actes terroristes ou individus retranchés armés
  • Des interpellations à haut risque, souvent en appui de la police judiciaire
  • La protection de personnalités, de sites sensibles ou lors d’événements majeurs
  • Le rétablissement de l’ordre dans des contextes particulièrement dégradés (émeutes, établissements pénitentiaires, etc.)

Trois unités, trois structures

Bien qu’ayant un tronc commun fonctionnel, ces unités diffèrent dans leur statut et leur rattachement :

  • Le GIGN (gendarmerie) relève du statut militaire et du directeur général de la gendarmerie nationale.
  • Le RAID (police nationale) dépend du directeur général de la police nationale.
  • La BRI-PP (préfecture de police) est sous l’autorité directe du préfet de police.

Leurs effectifs sont également inégaux : environ 1 000 personnels pour le GIGN, 500 pour le RAID, et un peu plus de 100 pour la BRI-PP.

Une couverture territoriale structurée

Chaque unité agit selon un découpage géographique cohérent :

  • RAID : grandes villes et zones urbaines (zone police nationale)
  • GIGN : zones rurales et périurbaines (zone gendarmerie)
  • BRI-PP : Paris et petite couronne (avec un partage partiel avec le RAID)

Les unités centrales sont complétées par des antennes territoriales, mises en place après les attentats de 2015 pour renforcer la réactivité sur l’ensemble du territoire.

Une souplesse d’intervention est prévue en cas d’urgence absolue, via le schéma national d’intervention de 2016, qui permet à l’unité la plus proche d’intervenir, quelle que soit la zone.

Une montée en puissance opérationnelle

Le niveau d’engagement ne cesse de croître :

  • Le RAID a connu une hausse de 43 % de son activité entre 2019 et 2024, avec un quasi-doublement des interpellations à domicile.
  • Le GIGN affiche une augmentation de +285 % des missions de protection, +332 % pour les interpellations et +28 % pour les interventions.
  • La BRI-PP reste plus stable, avec environ 200 interpellations par an, et une hausse ponctuelle des interventions (26 en 2024).

Ces unités ont été sollicitées pour des événements d’ampleur comme les Jeux olympiques de Paris 2024, les troubles à Mayotte ou en Nouvelle-Calédonie.

Des moyens en progression, mais encore insuffisants

En 2024, le budget consolidé des trois unités s’élève à 140 millions d’euros en crédit de paiement, soit 0,5 % du budget total de la mission « Sécurités ». Cette hausse budgétaire accompagne l’augmentation des effectifs, l’obsolescence accélérée des équipements et la multiplication des missions.

Cependant, plusieurs limites structurelles persistent :

  • Des véhicules vétustes et inadaptés au rythme opérationnel
  • Une tension sur les effectifs dans certaines antennes territoriales
  • Des difficultés d’accès aux équipements spécifiques, notamment en balistique, à cause de procédures d’achat trop rigides
  • Des locaux exigus ou dégradés, peu compatibles avec les exigences de l’entraînement et de la réactivité

Recommandations du rapporteur

Pour garantir la pérennité et l’efficacité de ces unités, le rapport recommande notamment :

  • Le renforcement logistique outre-mer, pour permettre une meilleure projection
  • Un recours de plus en plus aux réservistes spécialisés
  • Une exemption ciblée au malus écologique pour les véhicules opérationnels
  • Une accélération des marchés publics pour les équipements de niche
  • Un plan immobilier ambitieux pour le GIGN, notamment à Versailles

Ces forces d’élite incarnent une expertise rare et une coordination renforcée au service de la sécurité nationale. Leur maintien à un haut niveau d’exigence opérationnelle appelle un engagement budgétaire soutenu et une réactivité administrative accrue

Présentation de la direction générale de l’armement

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Présentation de la direction générale de l’armement

Le 23 juin 2025, le délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva, a officialisé la création d’un Club des investisseurs de la défense destiné à contribuer au financement des entreprises de la BITD (base industrielle et technologique de défense).

La direction générale de l’armement dépend du ministère des Armées et des anciens combattants.

Dans le budget de l’État, la DGA dépend de la mission Défense et du Programme 146 “Équipement des forces”.


Les missions de la DGA

  • Équiper et soutenir les armées de façon souveraine en assurant la maîtrise d’œuvre étatique du système de défense
  • Fournir une capacité d’anticipation stratégique, technologique et industrielle pour concourir à la défense et à la sécurité nationale
  • Promouvoir une approche pragmatique de la coopération et soutenir les exportations
  • Orienter et soutenir la base industrielle de défense dans une logique de souveraineté
  • Maintenir le fondement de la dissuasion nucléaire et développer la capacité cyber du ministère au profit de la sécurité nationale

Le budget alloué

Le budget prévu pour 2025 s’inscrit dans l’objectif de souveraineté technologique de la France, face à la complexité géopolitique du monde.

  • Augmentation significative du budget
  • Renforcement de la souveraineté nationale, réponse aux nouvelles menaces, consolidation du rôle de la France au sein des alliances internationales

La priorité est donnée à la modernisation des équipements, au soutien des forces armées, ainsi qu’au développement de la défense technologique et de l’innovation stratégique.

  • 18.689.519.719 Md€ de crédits de paiement sont prévus au programme 146
  • 50,5 Md€ pour la mission Défense

Actualités

Le 16 juin 2025 :

  • Notification d’un marché de fourniture industriel pour la production des 5 années à venir
  • Environ 150 millions d’euros
  • Entreprise KNDS (européenne ; BITDE)

Du 14 au 20 juin 2025 :

  • Salon international de l’aéronautique et de l’espace au Bourget
  • Présentation par le Ministère des Armées des programmes de développement spatiaux, tels que CSO3, SYRACUSE et CERES
  • Signature par Sébastien Lecornu du Pacte Espace piloté par la DGA

Le 19 juin 2025 :

  • Réalisation du premier tir de développement du Missile d’interception de combat et d’autodéfense de nouvelle génération (MICA NG)
  • Effectué depuis un Rafale
  • Technologie plus furtive, plus performante et plus rapide
  • Travaux industriels et étatiques réalisés sous le pilotage de la DGA, maître d’ouvrage

Rapport d’information sur les enjeux et perspectives de l’économie de guerre

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Enjeux et perspectives de l’économie de Guerre

Le rapport d’information n° 1162 de l’Assemblée Nationale déposé le 20 mars 2025 vise à rapporter les enjeux et perspectives de l’économie de guerre soulevés lors des auditions de la commission de la Défense nationale et des Forces armées. Il apporte un éclairage sur les transformations à envisager pour renforcer la résilience industrielle de la France en temps de crise ou de conflit prolongé.


Contexte et définition

L’« économie de guerre » est définie non comme une économie en temps de guerre, mais comme une économie qui anticipe et se prépare à soutenir un effort militaire intense et prolongé en cas de conflit majeur

La loi de Programmation Militaire (LPM) 2019 – 2025, prévoit un budget global de 295 milliards d’euros. En 2023, les commandes adressées à la base industrielle et technologique de défense (BITD) ont atteint 20 milliards d’euros, marquant une accélération par rapport aux années précédentes. Sur la période 2012 – 2016, la moyenne annuelle des commandes BITD était de 9,5 milliards d’euros, et sur la période 2017 – 2022, de 15 milliards d’euros.

La LPM 2024 – 2030 prévoit un budget de 413 milliards d’euros. De manière générale, le budget alloué à la défense nationale ne cesse de croître.

Objectifs stratégiques

  •  Souveraineté et autonomie stratégique :
    • Réduction des dépendances critiques (titane, poudres, acier, minerais), notamment par la relocalisation de la production de poudre « gros calibre » à Bergerac
  •  Réindustrialisation :
    • Renforcement de la BITD :
      • 9 grands groupes industriels
      • 4 000 PME/ETI
      • 210 000 emplois directs
      • 30 Md€ de chiffre d’affaires annuel
  •  Adaptation aux conflits de haute intensité :
    • Production militaire accrue (munitions, drones, artillerie lourde, etc.) comme les canons CAESAR (Nexter) ou les Rafale (Dassault)

Diagnostic du rapport

  • Forces
    • Accélération des cadences de production (x5 entre 2022 – 2024)
    • Nouveaux outils juridiques : réquisitions, stocks stratégiques
    • Volonté politique affirmée (LPM 2024–2030)
  • Faiblesses
    • 30 % des entreprises BITD en difficulté d’approvisionnement (x2 par rapport à l’industrie générale)
    • 200 entreprises critiques en 2023 identifiées comme « goulets d’étranglement »
    • Accès au financement privé restreint (normes ESG pénalisantes)
    • Lourdeur normative, complexité administrative persistante

Propositions clés du rapport

Production & Relocalisation

  • Relancer les filières stratégiques (poudres, pyrotechnie, électronique de défense)

Simplification

  • Réforme des procédures de la Direction Générale de l’Armement
  • Création d’une force d’acquisition réactive

Financement

  • Création d’un Livret Défense
  • Mobilisation de l’épargne réglementée (Livret A, LDDS)
  • Soutien accru de Bpifrance et des banques commerciales

Europe de la Défense

  • Renforcement de la préférence européenne :
    • Objectif non atteint des 35 % de dépenses en coopération (actuel : 18 %)
    • 40 % des équipements européens sont achetés aux États-Unis
  • Soutien à :
    • EDIRPA (achats conjoints)
    • ASAP (munitions)
    • EDIP/EDIS (stratégie industrielle)

Innovation & Écologie de guerre

  • Création de l’Agence ministérielle pour l’IA de défense (AMIAD)
  • 2 Md€ investis dans l’IA d’ici 2030
  • Intégration des enjeux environnementaux :
    • Réduction des dépendances fossiles
    • Décarbonation des armées

Conclusions du rapport

L’économie de guerre n’est pas encore pleinement déployée mais des avancées sont constatées :

  • La disponibilité des nouveaux outils
  • Une prise de conscience stratégique amorcée
  • Un effort budgétaire engagé

Toutefois, le rapport préconise :

    • D’intensifier la mobilisation de la BITD
    • D’accroître la transparence des financements
    • De garantir une pédagogie publique sur les arbitrages budgétaires
    • D’élargir la préparation nationale (défense civile, opinion publique, éducation)
Lire le rapport
louis domergue martinique

La Martinique : un pilier stratégique de la souveraineté française

By Publications, Défense, Institutions

La Martinique : un territoire stratégique et historique au service de la  souveraineté française

Par Louis Domergue 

 


 

Française depuis 1635, bien avant des territoires comme la Franche-Comté (1678) ou encore Nice  et la Savoie (1860), la Martinique s’est imposée dès son intégration comme un levier majeur de la  puissance française. Sa position dans les Caraïbes a permis de sécuriser des routes maritimes vitales  pour le commerce transatlantique et de renforcer durablement l’influence française dans cette  région du monde. En 1946, elle est devenue l’un des premiers territoires d’outre-mer à accéder au  statut de département, consolidant ainsi son intégration à la République et affirmant son rôle  d’avant-poste de souveraineté dans la région.  

Aujourd’hui, la Martinique incarne une pièce maîtresse de la présence française dans la Caraïbe, au  cœur des enjeux sécuritaires, économiques et diplomatiques.  

Un bastion stratégique dans la Caraïbe

Carrefour maritime entre l’Europe, les Amériques et l’Afrique, la Martinique joue un rôle clé de  stabilisateur régional. Les Forces Armées aux Antilles (FAA), déployées en Martinique et en  Guadeloupe, assurent la surveillance d’une zone maritime de 4 millions de km², soit deux fois la  surface de la Méditerranée. Elles mènent des missions variées : lutte contre les trafics de drogue et  d’armes, surveillance des eaux territoriales, assistance humanitaire et intervention rapide dans les  crises régionales.  

Cette position l’expose néanmoins à des menaces croissantes. En 2022, plus de 30 % des  exportations mondiales de cocaïne ont transité par la Caraïbe, alimentant des réseaux criminels qui  fragilisent l’économie locale et exacerbent l’insécurité. À cela s’ajoutent les flux migratoires  clandestins, notamment en provenance d’Haïti, et l’intensification des rivalités internationales : la  Chine investit massivement dans les infrastructures portuaires de la région, la Russie renforce sa  présence diplomatique et économique, tandis que le Venezuela, fragilisé, demeure une source  d’instabilité.  

Dans ce contexte, moderniser les capacités des FAA, renforcer les coopérations avec les États-Unis  et les organisations régionales et adapter les infrastructures logistiques sont des impératifs pour  préserver cette position.  

Par ailleurs, dans un contexte de tensions diplomatiques, la Martinique n’échappe pas aux  stratégies d’influence étrangères. En soutenant des mouvements indépendantistes (comme le  RPPRAC – Rassemblement pour la Protection des Peuples et des Ressources Afro-Caribéens – dont  le représentant, Rodrigue Petitot, a été condamné à plusieurs reprises pour trafic de drogues et  violence avec arme et ne dispose d’aucune légitimité) par le biais du groupe d’initiative de Bakou,  l’Azerbaïdjan tente d’exacerber les tensions locales et d’affaiblir la position française sous couvert  de discours anti-coloniaux. Cette stratégie, déjà observée en Nouvelle-Calédonie, impose une  réponse diplomatique et sécuritaire ferme ainsi qu’une surveillance accrue pour neutraliser toute  tentative de déstabilisation.  

Un modèle économique à transformer

L’influence régionale de la Martinique repose aussi sur une économie résiliante, essentielle à son  développement et au bien-être de sa population.  

L’un des principaux foyers de tensions en Martinique reste le coût de la vie, qui dépasse en  moyenne de 12 % celui de la Métropole, avec des écarts atteignant 40 % sur certains produits  alimentaires. Si l’insularité explique en partie ce phénomène, la dépendance excessive aux  importations et une fiscalité spécifique, notamment l’octroi de mer, y contribuent largement. Ce  dernier, principale ressource des collectivités, alourdit les importations et alimente une inflation  structurelle via des budgets publics déséquilibrés.  

À cela s’ajoute la forte proportion de fonctionnaires (plus de 40 % des emplois salariés), dont les  primes, bien que compensatoires, entretiennent cette dynamique inflationniste en tirant vers le  haut les prix du logement et des biens de consommation, accentuant les écarts de pouvoir d’achat  avec le secteur privé.  

Au-delà des chiffres, la vie chère reflète une fragilité économique persistante, amplifiée par un tissu  productif limité et une fiscalité contraignante. Une refonte progressive des prélèvements locaux,  limitant leur effet inflationniste, et un soutien accru à l’investissement productif sont essentiels pour  préserver le pouvoir d’achat et garantir la résilience budgétaire du territoire. La réduction des  surcoûts logistiques, le soutien aux filières locales, l’insertion régionale et une transparence accrue  sur la formation des prix devront accompagner cette transformation.  

L’adhésion de la Martinique à la CARICOM (Communauté Caribéenne) le 20 février 2025 est une  avancée significative vers une intégration régionale accrue. Cette affiliation ouvre des perspectives  économiques nouvelles, facilitant les échanges avec les 21 États membres et associés. Elle permet  également d’ancrer davantage la Martinique dans un espace géopolitique structurant.  

Cependant, cette intégration impose une vigilance accrue. La gestion des flux commerciaux et la  protection des filières locales face aux importations à bas coûts en provenance des autres Etats  membres doivent être encadrées rigoureusement. Une harmonisation fiscale et douanière avec la  Métropole sera nécessaire. De plus l’ouverture économique impliquera d’encadrer les flux  migratoires qui pourraient se trouver facilités. L’objectif est de garantir à la Martinique, par une  stratégie équilibrée, les bénéfices de son double ancrage caribéen et français.  

Des annonces techniques, sans réponse structurelle

Le projet de loi contre la vie chère, annoncé en mars 2025 par le ministre des Outre-mer, vise à  renforcer le contrôle des prix et de la concurrence, à instaurer un suivi sectoriel plus strict, et à  soutenir les acteurs économiques affectés par les tensions sociales. La réforme de l’octroi de mer a  été évoquée, mais sans échéancier ni orientation claire.  

Ces annonces, largement dictées par l’urgence sociale de fin 2024 et la pression politique du  RPPRAC, ne sauraient tenir lieu de stratégie de transformation. L’architecture fiscale locale, fondée  sur l’octroi de mer, renchérit mécaniquement les produits importés, alimente les budgets publics  sans incitation à l’efficience, et accentue les inégalités entre secteur public et privé. Une réglementation dense, des aides mal ciblées et l’absence de leviers pour la production locale sont  au cœur du problème.  

Cibler les distributeurs et renforcer la régulation peut répondre à une pression politique  immédiate, mais ne produit pas de transformation durable. Une réforme utile supposerait de  réduire les surcoûts logistiques, de simplifier le cadre fiscal, et de construire un environnement  économique réellement incitatif pour produire, investir et recruter localement.  

Un socle culturel à intégrer dans l’action publique

La culture martiniquaise ne se limite pas à une vitrine identitaire : elle constitue un système vivant  d’organisation sociale, de reconnaissance mutuelle et d’expression collective. Trois temps forts  structurent notamment l’année et mobilisent l’ensemble du territoire : les Chanté Nwèl, le Carnaval  et le Tour des Yoles.  

Les Chanté Nwèl, qui débutent dès la mi-novembre, sont bien plus que des veillées de chants  religieux en créole. Ce sont des rassemblements communautaires où la musique, la cuisine  (boudin, schrubb, pâtés), la mémoire et la convivialité s’entrelacent. Organisés par des associations,  des mairies, des entreprises ou des familles, ils réactivent les solidarités locales à une période  charnière du calendrier.  

Le Carnaval, au cœur du mois de février, est un exutoire collectif à la fois festif et subversif, où la  rue devient espace de transgression ritualisée. Par ses vidé, ses jours thématiques (Mariage  burlesque, Mercredi des Cendres), ses reines et ses groupes à pied, il permet une mise en scène  codifiée des tensions sociales, des formes de satire politique, mais aussi une respiration nécessaire  dans le rythme de l’année.  

Le Tour des Yoles, dont la prochaine édition aura lieu du 27 juillet au 3 août 2025, est un  événement unique dans la Caraïbe. Il associe sport de haut niveau, transmission d’un savoir-faire  maritime ancestral, et mobilisation populaire à grande échelle. Chaque étape redessine une carte  affective du littoral, chaque yole incarne une commune, une équipe, une histoire. Ce n’est pas un  simple spectacle nautique, c’est une mise en mouvement du territoire.  

Autour de ces grands moments gravitent d’autres pratiques tout aussi structurantes : les fêtes  patronales, les soirées bèlè, les commémorations de l’abolition de l’esclavage, les concours de  cuisine, la Toussaint vécue comme une célébration. Toutes participent d’un rapport à la  transmission, à l’espace public, à la mémoire.  

Comprendre ces formes culturelles, ce n’est pas “faire local” : c’est prendre acte de ce qui fonde les  équilibres sociaux, les dynamiques d’adhésion ou de rejet, les représentations de la légitimité. Une  politique publique sérieuse ne peut s’y soustraire.  

Freiner l’exode des jeunes : une urgence sociale et économique

Chaque année, environ 4 000 Martiniquais quittent l’île pour la Métropole, attirés par des  opportunités éducatives et professionnelles plus favorables. Cet exode, amplifié par un chômage structurel (15 % en moyenne, 40 % chez les jeunes), prive la Martinique de ses forces vives et  affaiblit son tissu économique.  

Pour inverser cette tendance, il est indispensable de structurer des filières porteuses d’avenir. Le  numérique, l’énergie (valorisation du solaire et de la géothermie pour plus d’autonomie,  intégration d’un smart grid pour compenser l’intermittence), l’agrotransformation et les circuits  courts offrent des perspectives prometteuses.  

Des programmes d’investissement ciblés et des mesures favorisant le retour des talents expatriés,  soutenus par des incitations fiscales spécifiques, pourraient renforcer l’attractivité économique  locale. En parallèle, des partenariats plus étroits entre les entreprises locales et les établissements  d’enseignement supérieur en Métropole et dans la Caraïbe contribueraient à limiter la fuite des  compétences tout en valorisant les jeunes talents martiniquais.  

Valoriser pleinement les atouts économiques

Malgré ses fragilités, la Martinique dispose d’atouts uniques qui pourraient constituer les  fondements d’un développement économique plus résilient. Le rhum agricole, seul au monde à  bénéficier d’une AOC, génère environ 100 millions d’euros par an et représente 40 % des  exportations agricoles de l’île. Ce produit emblématique pourrait être davantage valorisé par le  développement du “spiritourisme”, sur le modèle des circuits écossais autour du whisky, attirant  des visiteurs tout en dynamisant l’économie locale.  

Le tourisme, bien qu’identifié comme un levier économique, reste un secteur fragile et les  stratégies passées n’ont pas permis de structurer une filière durable et compétitive. En 2023, la  Martinique a franchi le seuil symbolique du million de visiteurs, générant plus de 500 millions  d’euros de retombées économiques. Si cette progression est encourageante, elle masque une  réalité plus préoccupante : l’île reste à la traîne par rapport à ses voisins. Sainte-Lucie attire  davantage avec trois fois moins d’habitants, et la République dominicaine enregistre onze millions  de visiteurs.  

Face à cette concurrence, la Martinique ne peut viser l’augmentation mécanique des flux et doit  engager une stratégie de différenciation. L’enjeu est de construire une offre touristique plus lisible,  qualitative, ancrée dans les circuits économiques locaux. Spiritourisme, écotourisme, tourisme de  séjour long et accueil de nomades digitaux doivent structurer un repositionnement ambitieux,  fondé sur la valeur plutôt que sur la masse.  

Le développement économique de la Martinique doit se faire par un choix clair des filières à  privilégier, dont la viabilité réelle et la longévité sont démontrées. Les stratégies généralistes  doivent être évitées pour privilégier les secteurs avec un avantage comparatif certain.  

Conclusion : un levier stratégique pour la France

La Martinique ne peut être pensée comme une simple périphérie française, mais comme un levier  stratégique au service de la puissance nationale. Trois axes majeurs doivent guider son avenir :  

  • Faire de la Martinique une position stratégique avancée, par la modernisation et le renfort  des FAA, le développement des alliances régionales et la consolidation du rôle sécuritaire du  territoire.  
  • Stimuler un développement autonome et compétitif par la réduction de la dépendance aux  importations, la structuration de filières d’avenir et le soutien au retour des jeunes talents.  
  • Inscrire son développement dans une intégration régionale maîtrisée, par la préservation des  intérêts locaux et le maintien de liens solides avec la Métropole.  

À l’horizon 2040, la Martinique doit devenir un modèle d’innovation et de stabilité. Elle peut et doit  s’imposer comme un acteur clé de la souveraineté sécuritaire et diplomatique française dans la  Caraïbe et en Amérique latine. Avec les investissements adéquats, elle pourra se transformer en  modèle d’autonomie régionale et d’innovation.  

La France renforcera non seulement son rayonnement, mais également sa capacité à s’adapter aux  défis stratégiques, économiques et énergétiques du XXIe siècle. 


Sources

Taube, M. (24 octobre 2024). Marcellin Nadeau à Bakou pour décoloniser la Martinique : trahison d’État ? L’édito de Michel Taube. Opinion Internationale.

Marianne. (12 décembre 2023). Les voyages tous frais payés de deux députés ultramarins en Azerbaïdjan pour dénoncer le colonialisme français. Marianne.

France Info. (30 octobre 2024). Outre-mer, terres d’ingérences ? France Info.

Le Monde. (5 mai 2024). Outre-mer : des indépendantistes attaqués par l’exécutif sur leurs liens avec l’Azerbaïdjan. Le Monde.

Le Figaro. (13 novembre 2024). Ingérence de l’Azerbaïdjan en Martinique : la France ne doit pas tendre l’autre joue. Le Figaro.

Le Nouvel Observateur. (21 novembre 2024). Pourquoi l’Azerbaïdjan veut en découdre avec la France. Le Nouvel Obs.

Le Point. (7 juin 2024). L’Azerbaïdjan accentue sa campagne contre le néocolonialisme de la France. Le Point.

France-Antilles. (10 février 2025). Marcellin Nadeau : « Je ne crois pas à la concurrence libre et non faussée en Martinique ». France-Antilles.

La France, deuxième puissance exportatrice d’armement en 2024

By Défense

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

La France, deuxième puissance exportatrice d’armement en 2024

En 2024, les exportations d’armement français ont connu une croissance remarquable, atteignant plus de 18 milliards d’euros de commandes, soit une augmentation de 10 milliards d’euros par rapport à 2023. Cette performance, qualifiée de « deuxième meilleure année de notre histoire » par le Ministre des Armées le mardi 7 janvier 2025, témoigne de la vitalité de l’industrie de défense française, deux ans après avoir enregistré un record de 26,9 milliards d’euros d’armement exporté.

Cette année a été marquée par plusieurs contrats significatifs :

  • Naval Group a décroché un contrat de 5,6 milliards d’euros pour l’exportation de 4 sous-marins Barracuda aux Pays-Bas.
  • L’Indonésie a commandé 18 Rafales supplémentaires (dernière tranche des 42 Rafales commandés) et 2 sous-marins Scorpène Evolved.
  • Trois contrats de plus de 200 millions d’euros ont été signés pour l’exportation de Drones Patroller en Grèce, de Canons Caesar en Lituanie et de Corvettes en Angola.

Il est à noter que 50% des exportations ont été réalisées vers des pays européens.

Pour 2025, les perspectives sont également encourageantes. Le Ministre des Armées a annoncé l’exportation de 14 hélicoptères Caracal vers l’Irak et a mentionné des négociations en cours pour la vente de 3 sous-marins Scorpène à l’Argentine et de 3 autres à l’Inde.

Ces chiffres et ces contrats illustrent la dynamique positive des exportations d’armement français et le rôle majeur de l’industrie de défense dans l’économie nationale.

Les armées au coeur des JOP

By Défense

Dans un contexte de tensions électorales, de dégradation sécuritaire et d’augmentation des tensions internationales, les yeux seront, cet été, braqués sur la France, et les défis à relever seront nombreux. Pour faire face, les armées seront largement mises à contribution. Tour d’horizon des défis et des enjeux de leur mobilisation.


Une mobilisation multi-dimensionnelle

L’armée de Terre

Pour contribuer à la mise en place d’une capacité de dissuasion et de réaction efficace, et soutenir l’action des forces de sécurité intérieure (FSI) déjà largement mobilisés, le chef d’état-major de l’Armée de Terre (CEMAT) a annoncé la mobilisation de près de 20.000 militaires (dont 3.000 aviateurs) sur la période des Jeux Olympiques.

En réalité, aucune indication n’a été fournie sur la ventilation du personnel sur l’ensemble de l’évènement, sur la répartition géographique des eectifs et sur l’étendue des compétences mises à contribution. Autre point, le rôle des réservistes – et notamment du bataillon de réserve d’Île-de-France (24ème Régiment d’Infanterie) – n’est pas précisément déterminé. Ce dernier devrait bénéficier d’un rôle important au sein du dispositif parisien, sans que des éléments clairs n’aient été fournis.

La région parisienne sera découpée en quatre zones d’action (non indiquées) dont chacune sera aux ordres d’un état-major tactique.

La brigade olympique, spécialement constituée pour la sécurité des JO, sera commandée par la 27ème brigade d’infanterie de montagne. Cette brigade assurera le volet terrestre en Ile-de-France, dans la région de Marseille et celle de Nice.

La Marine nationale

Les moyens de la Marine nationale et la Gendarmerie maritime ont été et seront conjointement mis à contribution pour assurer la protection du parcours de la flamme olympique et des épreuves nautiques. Les épreuves de voile à Marseille mobiliseront près de 300 personnes par jour, avec notamment l’appui, en soutien, du Bataillon de marins-pompiers de Marseille

L’armée de l’Air et de l’Espace (AAE)

Déjà mise à contribution lors de la Coupe du monde de Rugby 2023, l’AAE aura pour tâche de mettre en œuvre des “bulles de protection” autour des épreuves et des sites sensibles et de garantir une surveillance de basse altitude contre la menace très redoutée des mini-drones. En ce sens, en 2023 et 2024, deux exercices de lutte anti-drone (Coubertin LAD 1 et 2) ont permis de tester et d’évaluer la préparation des forces en vue de l’échéance olympique. En eet, l’AAE sera chargée de la coordination interministérielle des dispositifs de lutte anti-drone.

Malgré ce point d’attention, un rapport sénatorial classé secret-défense a alerté sur des lacunes dans la lutte anti-drone française en particulier sur le système Parade mis en place par Thalès.

Un dispositif particulier de sûreté aérienne (DPSA) sur-mesure est mis en place pour l’occasion sur Paris et Marseille.

Les capacités spécifiques

Parmi les capacités spécifiques, on notera la cynotechnie et les éléments NRBC (Nucléaire-Radiologique-Bactériologique-Chi mique).

Les équipes cynotechniques sont indispensables dans la détection d’explosifs mais peuvent aussi permettre de neutraliser une menace humaine. La majorité des eectifs proviendront du 132ème régiment d’infanterie cynotechnique.

Pour le NRBC, les armées interviennent en soutien du détachement central interministériel d’intervention technique (DCI-IT) afin de “blanchir” les sites de compétition mais aussi pour décontaminer en cas d’alerte.

Focus : le statut de “volontaire découverte”

Pour permettre la réalisation de certaines missions, le ministère des Armées a mis en plus le statut de “volontaire découverte”, qui permet de recruter, à l’issue d’une formation militaire initiale, de jeunes majeurs seront incorporés au sein d’une unité opérationnelle pour 4 mois.

Ce statut concernera une centaine de jeunes, et permettra concrètement de participer à la sécurisation de sites militaires, à des cérémonies ocielles mais aussi, sans que cela soit encore définitivement tranché, au dispositif Sentinelle.

Ce format d’engagement, qui pourra se transformer en engagement dans la réserve opérationnelle ou dans l’active à l’issue, reprend une proposition du CEMAT de 2022, qui consistait à recruter 10.000 jeunes par an dans le cadre d’un contrat de 6 mois.

Bien qu’intéressants d’un point de vue communicationnel, ces engagements de très courte durée interrogent sur le niveau d’intégration des personnels, sur l’assimilation des attendus, sur la capacité à encaisser le stress d’un déploiement après une formation courte et récente. Reste à voir s’ils permettront d’attirer de nouveaux éléments pour remédier aux dicultés de recrutement.

Une palette de missions

Le CEMAT a indiqué qu’ “une partie (des militaires) sera mobilisée pour la protection, au sens large, des Jeux Olympiques, en accompagnement des forces de sécurité intérieure”, avec des missions Sentinelle “de contrôle général des espaces ou pour un certain nombre de mesures ou de missions spécifiques”. Parmi ces missions, on pense eectivement à l’accueil et l’accompagnement de la flamme sur le territoire français, les célébrations du 14 juillet, qui tombent quelques jours avant le début des épreuves olympiques. On pense aussi bien entendu à la protection des épreuves en outre-mer et au large de Marseille par les eectifs de la Marine Nationale.

De fortes contraintes logistiques

Le secteur francilien étant celui qui verra la plus forte concentration de militaires, la problématique du logement est apparue assez vite. Si des aménagements ont été prévus au sein des casernes à l’extérieur de Paris, ces dernières, d’une part, n’existent plus intra-muros, et d’autre part, restent largement insusantes. Pour parvenir à une augmentation des capacités d’accueil, un camp militaire permettant de loger 5.000 militaires, sous tentes, est en cours d’installation sur la pelouse de Reuilly. L’armée de l’air est aussi confrontée à ce type de dicultés, avec la nécessité de monter un camp d’une capacité de plusieurs centaines d’individus sur la Base aérienne 107 (Vélizy-Villacoublay, Yvelines) pour sécuriser l’espace aérien (notamment dans la lutte anti-drone).

Une dimension internationale

Rendant compte à la fois d’une dimension diplomatique et opérationnelle, la France recevra le soutien de partenaires étrangers en matière d’eectifs policiers et militaires, mais aussi dans le domaine du renseignement. La communication est faible sur les pays contributeurs et la nature de ces renforts. Le vice-président du Conseil des ministres polonais, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, a indiqué que son pays participera à la “coalition internationale” mise en place par la France. Cette terminologie, qui a mis dans l’embarras les responsables politiques et diplomatiques français, semble un peu démesurée pour qualifier des renforts relativement sporadiques de la part de partenaires européens, ou extra-européens dans le cadre d’accords bilatéraux.

Le chiffre de 2.185 (policiers et militaires) a été avancé, sans qu’il soit possible de les répartir. Pour reprendre l’exemple de la Pologne, seul partenaire ayant fait état de sa contribution, 13 équipages cynophiles et une quarantaine de policiers ont été annoncés. L’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Italie et la Belgique ont répondu à l’appel, mais c’est en tout 46 États qui ont été sollicités.

Cette démarche s’ancre dans un processus de coopération classique, quoi qu’aux dimensions importantes, à la mesure de l’événement et des risques qui l’entourent. En 2023, 160 forces de sécurité européennes avaient été déployées pour la Coupe du monde de Rugby. En 2022, ce sont 3 détachements, dont un dédié à la lutte anti-drone, qui ont appuyé la sécurisation de la Coupe du monde de football au Qatar.

Présentation de la réserve

By Défense

Présentation de la réserve


Objectifs 2024 

Le conflit en Ukraine, a montré l’importance des troupes de réserve compte tenu du degré d’attrition. Contrairement à des conflits asymétriques, les conflits de haute intensité avec un haut degré d’attrition nécessitent que nos armées reconstituent une certaine masse en matériel et en hommes. La réserve occupe dès lors une place indispensable.

413 milliards d’euros alloués au budget de la défense grâce à la Loi de Programmation Militaire.

La LPM (Loi de Programmation Militaire) s’étend entre 2024 et 2030 avec l’bjectif notamment d’augmenter à 275000 le nombre de personnes actives.

Pour la période 2024-2030, le montant des besoins physico-financiers programmés s’élève à 413,3 milliards d’euros. Les ressources budgétaires de la mission “Défense”, hors charges de pensions et à périmètre constant, évolueront de la manière suivante (En milliards d’euros courants) : 

 

2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030 Total
Crédit de paiement de la mission « Défense » 47,2 50,5 53,7 56,9 60,4 63,9 67,4 400
Variation (+) 3,3 3,3 3,2 3,2 3,5 3,5 3,5
Variation cumulée par rapport à 2023 (+) 3,3 6,6 9,8 13 16,5 20 23,5
Crédits de paiement de la mission « Défense cumulés 47,2 97,8 151,5 208,5 268,7 332,6 400

 

La LPM prévoit également d’augmenter le nombre de réservistes :

  • 80000 en 2030 
  • 105000 en 2035 

Soit un réserviste pour deux militaires d’actives.

 

Comment devenir réserviste:

  • Être citoyen français
  • Avoir un casier judiciaire vierge.
  • Être apte médicalement ( visite médicale d’aptitude).
  • Avoir une condition physique correcte.
  • Être âgé de plus de 17 ans et de moins de 50 ans pour les militaires du rang, moins de 64 ans pour les officiers et les sous-officiers jusqu’à 67 ans, voire 72 ans pour certaines spécialités comme les médecins.

Le réserviste signe un contrat d’engagement à servir dans la réserve (ESR) qui dure entre un et cinq ans (renouvelable). Il peut servir entre 5 jours et 120 jours par an.

 

La formation et les missions du réserviste

  • La FMIR (formation militaire initiale du réserviste) : qui dure 5 jours.
  • Apprentissage des grades, du vocabulaire militaire, des formations propres à chaque armées.
  • Activités sportives, courses d’orientation, parcours d’obstacles, maniement des armes, tir.
  • Apprentissage des valeurs militaires:
  • Service de la patrie, sens du devoir, discipline, cohésion, tenue etc
  • En cas de conflit de haute intensité et de mobilisation, les réservistes doivent être prêts à assurer en un mois 90% des missions des militaires d’active sur le territoire national.
  • Il peuvent également effectuer des missions en opération extérieure (OPEX)

Plan vigipirate, toujours d’actualité

By Défense

Plan vigipirate, toujours d’actualité

Plan Vigipirate : « été-automne 2024 » – L’ensemble du territoire national est maintenu au niveau « Urgence attentat » pour faire face à l’élévation globale de la menace terroriste depuis le début de l’année 2024. Il permet de mettre l’accent sur la sécurité des sites métropolitains et ultramarins en lien avec les JOP 2024 et le relais de la flamme, sur la sécurité des lieux de rassemblement culturels et festifs et les lieux de culte, et sur la sécurité des transports et des bâtiments publics.


Caractéristiques générales

Le Plan Vigipirate est placé sous l’autorité du Premier ministre et associe les organes de l’État, l’ensemble des collectivités territoriales, les acteurs publics et privés ainsi que les citoyens à une attitude de vigilance, de prévention et de protection.

Le Plan Vigipirate comprend trois niveaux distincts :

  • Le niveau de vigilance,
  • Le niveau sécurité renforcée – risque d’attentat,
  • Le niveau d’urgence attentat.

Ce sont pas moins de 300 mesures mises en place dans le cadre du Plan Vigipirate . 116 mesures socles sont ainsi appliquées à douze domaines d’activités (transports, réseaux, rassemblements, santé, cybersécurité etc.) et 194 mesures supplémentaires peuvent être activées selon l’évolution de la situation et de la menace terroriste sur le sol français.

“Depuis 2012, 21 attaques islamistes ont échoué et 75 projets d’attentat sont été déjoués.”

 Le Figaro

 

Le niveau d’urgence attentat

Créé au cours d’un conseil de défense en 2016, ce niveau exceptionnel a été activé pour la première fois en réaction à l’attentat du marché de Noël de Strasbourg, survenu le 11 décembre 2018 et à l’origine de cinq morts et 11 blessés.

Ce niveau peut être mis en place à la suite d’un attentat ou si une entité terroriste identifiée mais non localisée prévoit de passer à l’attaque sur le sol français. Théoriquement, ce niveau est activé le temps de la gestion de la crise.

Parmi les mesures applicables dans le cadre du niveau urgence attentat, nous retrouvons

  • Le renforcement de la surveillance de certains lieux de culte identifiés (églises, synagogues etc.).
  • La mise en œuvre de contrôles visuels des sacs et affaires à l’entrée des différents établissements scolaires.
  • Le renforcement des contrôles d’accès à certains établissements publics.
  • Le renforcement des contrôles aux frontières.

 

Une menace terroriste en constante évolution

Malgré tout, la menace terroriste évolue et certains attentats sont désormais déclenchés à distance. Cette situation préoccupante remet ainsi en question la capacité des services de sécurité français à garantir efficacement la protection des citoyens.

“L’État islamique est capable désormais de pouvoir enclencher des attentats à distance. (…) Ce que l’on comprend de l’attentat en Russie [de mars 2024], c’est que des gens à l’extérieur, dans d’autres pays, ont pu donner des ordres à des gens à l’intérieur d’un pays pour passer à l’acte.”

Gérald Darmanin

 

Les limites du Plan Vigipirate

En février 2015, le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian déclarait qu’un peu plus d’un million d’euros était alloué chaque jour à l’opération Sentinelle, mise en œuvre dans le cadre du Plan Vigipirate.

Certains décideurs remettent en question l’efficacité même du Plan Vigipirate. La durée prolongée du niveau d’alerte depuis les attentats de 2015 entraîne un épuisement progressif des ressources humaines et matérielles.

Le fait que le niveau d’alerte soit prolongé pendant plus de dix ans questionne également la pertinence du Plan Vigipirate.

 

La loi “Silt”

La loi « Silt », en vigueur depuis octobre 2017, est une initiative cruciale dans la lutte contre le terrorisme, cette dernière intégrant des mesures exceptionnelles de l’état d’urgence dans le cadre juridique habituel. Cette loi confère aux préfets le pouvoir d’établir des zones de protection dans les endroits à risque, facilitant ainsi la surveillance et le contrôle des accès.

De plus, elle renforce les dispositifs de surveillance en permettant au ministère de l’Intérieur d’imposer des restrictions de déplacement à des individus jugés menaçants, couplées parfois d’obligations de pointage quotidien. Cette législation facilite également les contrôles aux abords des aéroports et des gares, ainsi que la fermeture administrative des lieux de culte incitant au terrorisme.

Initialement assorties de restrictions temporaires par le Parlement, ces différentes mesures ont été prolongées jusqu’à la fin de l’année 2020, puis définitivement maintenues en 2021. Cette loi vise ainsi à assurer une réponse pérenne et adaptée aux défis sécuritaires contemporains, tout en maintenant un équilibre entre la protection des citoyens et le respect des libertés individuelles.

Le renforcement de la lutte contre les ingérences étrangères en France

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Crédit photo : Unsplash

Le renforcement de la lutte contre les ingérences étrangères en France

Le Sénat français a adopté le 22 mai, une proposition de loi visant à contrer les ingérences étrangères sur le territoire national. Ce texte s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques accrues et d’utilisation croissante des outils numériques à des fins de manipulation. Il vise à renforcer les outils juridiques et techniques à disposition des autorités pour identifier, prévenir et réprimer les tentatives d’ingérence.


Pourquoi renforcer la lutte contre les ingérences étrangères ?

Augmentation des menaces d’ingérences 

La géopolitique actuelle est marquée par une intensification des rivalités entre les puissances, notamment entre les pays occidentaux, la Russie et la Chine. Ces tensions se traduisent par une augmentation des tentatives d’ingérence dans les affaires intérieures des pays, y compris la France.

Les acteurs étrangers disposent d’outils de plus en plus sophistiqués pour mener des opérations d’ingérence, notamment via les réseaux sociaux, la désinformation et  les cyberattaques. Les ingérences étrangères peuvent avoir des conséquences graves sur la démocratie française, en menaçant la souveraineté et en attisant les divisions sociales.

Vulnérabilité de la France

En raison de son ouverture au monde et de sa forte présence dans les médias internationaux, la France est une cible privilégiée pour les acteurs étrangers qui cherchent à influencer l’Union européenne.

Protection de la démocratie française 

Il s’agit de préserver la souveraineté nationale, de garantir la liberté d’expression des citoyens français, et de défendre les valeurs fondamentales de la République. En luttant contre les ingérences étrangères, la France contribue également à la stabilité et à la sécurité en Europe et dans le monde.

Les mesures principales

La proposition de loi comporte plusieurs mesures clés, parmi lesquelles :

  • La création d’un registre des représentants d’intérêts étrangers pour accroître la transparence des activités d’influence menées par des acteurs étrangers en France. Les personnes exerçant des activités d’influence pour le compte d’un gouvernement étranger devront s’inscrire dans ce registre et déclarer leurs activités.

 

  • La loi dote les services de renseignement de nouveaux outils pour identifier et contrer les ingérences étrangères. Ils pourront notamment utiliser des algorithmes pour détecter des activités suspectes en ligne et mener des enquêtes plus approfondies sur les réseaux d’influence étrangers.

 

  • Les sanctions sont renforcées en cas d’ingérence étrangère avérée, notamment des amendes plus élevées et des peines d’emprisonnement.

 

 “L’usage qui sera fait par les services de renseignements de ces algorithmes permettra d’identifier, de détecter et de faire échec à ce type d’évènements qui peuvent porter atteinte à ce qu’est le cœur de l’état de droit, c’est-à-dire l’expression du suffrage du peuple souverain.”

Jean-Noël Barrot

Ministre délégué chargé de l’Europe de France

Des points de controverse

L’utilisation d’algorithmes par les services de renseignement est l’une des mesures les plus controversées de la proposition de loi. La gauche craint que cette mesure ne conduise à une atteinte aux libertés individuelles

Les défenseurs de la mesure soulignent quant à eux son utilité pour lutter contre les cyberattaques et les ingérences, et rappellent que l’usage des algorithmes est déjà encadré et a fait ses preuves dans la lutte contre le terrorisme.

La cybersécurité dans la stratégie militaire française

By Défense

La cybersécurité dans la stratégie militaire française

La cybersécurité s’ancre dans une myriade de concepts liés au cyberespace (l’espace constitué par les infrastructures interconnectées relevant des technologies de l’information, notamment l’internet, et par les données qui y sont traitées). La cybersécurité comprend les usages défensifs et offensifs des systèmes d’information. On prend en compte les moyens techniques utilisés pour l’échange de données (réseaux informatiques, téléphoniques, satellitaires…) ainsi que l’ensemble des informations stockées ou circulant sur des supports numériques (sites Internet, bases de données, messageries et communications électroniques, transaction dématérialisées, etc).

Par Paul Laurent, étudiant en droit public à l’université Paris-Panthéon-Assas


Le cybersécurité est constituée de 3 axes fondamentaux :

  • La cyberdéfense
  • La cyberrésilience
  • La cyberprotection

1/ La cyberstratégie militaire française, perspective historique

Le livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale en 2008, en positionnant les attaques informatiques comme deuxième menace la plus importante pour la sécurité nationale, affirme la prise de conscience des enjeux “cyber”.

Le livre blanc de 2013 va plus loin en affirmant que la “capacité à se protéger contre les attaques informatiques, de les détecter et d’en identifier les auteurs, est devenue un des éléments de la souveraineté nationale”.

La stratégie cyber française est développée en profondeur dans la revue stratégique de cyberdéfense de 2018.

La cybersécurité française est mise à l’épreuve annuellement sur l’exercice DEFNET.

2/ Le éléments de la doctrine militaire française

Taillée pour répondre à 6 missions principales (prévenir, anticiper, protéger, détecter, réagir, attribuer), la doctrine française s’organise en 3 axes de lutte informatique :

La Lutte Informatique Défensive (LID).

C’est la composante traditionnelle de la posture stratégique française dans le domaine “cyber”. Elle met en œuvre le travail de plusieurs acteurs (principalement COMCYBER, ANSSI et services de renseignement) pour répondre principalement aux missions de prévention, de protection et d’attribution.

La LID, par la vigilance continue imposée par le cyberespace, nécessite la mise en place d’une posture permanente de cyberdéfense (PCC), qui doit permettre de répondre à quatres niveaux de menaces :

  1. Jaune : risques potentiels plus ou moins importants.
  2. Orange : risques potentiels plus ou moins importants.
  3. Rouge : risques hostiles jugés
  4. Écarlate : risques majeurs et simultanés.

La Lutte Informatique Offensive (LIO)

Le volet offensif de la lutte informatique n’apparaît publiquement qu’en janvier 2019 dans le corpus doctrinal français.

C’est dans une volonté d’affirmation face à des concurrents étatiques et infra-étatiques de plus en plus agressifs que les autorités ont décidé de rompre (légèrement) avec la posture uniquement défensive qui prévalait.

Cet aspect offensif reste très encadré par le droit national et international, et la France affirme n’y recourir que dans le cadre de la légitime défense.

La mise en place d’une action offensive peut être réalisée de manière autonome ou en combinaison avec des moyens militaires conventionnels pour “produire des effets à l’encontre d’un système adverse pour en altérer la disponibilité ou la confidentialité des données”.

La Lutte Informatique d’Influence (L2I)

Ce dernier élément est probablement le plus dense, puisqu’il nécessite une posture permanente offensive et défensive, et comprend un aspect tri temporel, avec une utilisation en amont, durant et en aval d’un conflit.

Cet aspect met potentiellement en concurrence l’Etat français et les forces armées avec n’importe quel acteur dans un conflit asymétrique déterritorialisé, en jouant sur des leviers parfois exclusivement irrationnels (la stimulation émotionnelle des utilisateurs notamment). La guerre, mais aussi les relations internationales, pouvant se définir comme une dialectique des volontés, la lutte d’influence au sein de la “couche informationnelle du cyberespace” joue un rôle éminemment stratégique.

Les missions du COMCYBER consistent “à détecter les attaques informationnelles susceptibles de nuire à la réputation des armées ou d’entraver leur action, à les caractériser, à les contrer et à promouvoir l’action de nos forces” (renseigner, défendre et agir).

3/ La structure militaire française

Le COMCYBER : Le commandement de la cyberdéfense, créé en 2017, rassemble l’ensemble des forces de cyberdéfense du ministère des armées. Il est placé sous l’autorité du chef d’état-major des armées.

Il dispose d’un état-major de la cyberdéfense (EM-CYBER) intégré dans la structure de l’état-major des armées, ainsi que d’un groupement de la cyberdéfense des armées (GCA) qui regroupe les centres spécialisés en cyberdéfense (notamment le Centre d’Analyse en Lutte Informatique Défensive – CALID).

L’ANSSI : L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, créée en 2009, est placée sous l’autorité du Premier ministre par le biais du secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN). Entité non-militaire, elle est chargée de la mission d’autorité nationale de défense des systèmes d’information de l’Etat et du soutien à ses opérateurs. L’ANSSI travaille en étroite collaboration avec les acteurs militaires de la cybersécurité.

Le CIAE : Le Centre interarmées des actions sur l’environnement, sous la tutelle du commandement du renseignement (COM-RENS) regroupe des acteurs français de l’influence militaire dans une perspective de mise en œuvre de la L2I.

Les autres organes : Un certain nombre d’autres structures sont dotés de compétences pour répondre aux enjeux de LID, LIO et L2I. On soulignera notamment VIGINUM (sous l’autorité du SGDSN), la DGSE, la DGSI, le Conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN, le Comité de direction cyber (CODIR), le Coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT), etc.

Depuis 2021, la gendarmerie nationale s’est dotée d’un “commandement de la gendarmerie dans le cyberespace” (ComCyberGend) regroupant l’institut de recherche criminelle (IRCGN) et le centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N). Il est chargé de piloter, conduire et animer le dispositif de la gendarmerie nationale dans la lutte contre les cybermenaces.

4/ Le cadre juridique internationale des actions de cyberdéfense

Les actions de lutte informatique défensive et offensive s’ancrent dans le principe de légitime défense, et dans la doctrine française du droit international sur le cyberespace.

Les actions de lutte informatique d’influence répondent à deux systèmes normatifs en fonction du contexte d’action. En temps de paix, c’est la Charte des Nations unies qui est la norme internationale de référence. En cas de conflit armé, la France s’engage à respecter les règles du Droit international humanitaire (nécessité militaire, précaution et proportionnalité dans l’attaque).

Les articles L. 2321-1 à L. 2321-4 du Code de la défense contiennent les dispositions juridiques nationales principales en ce qui concerne la mise en œuvre des actions de l’Etat sur le cyberespace.

5/ Les acteurs industriels français

On note le déploiement de certains des grands acteurs industriels de Défense et de Sécurité français sur le segment de la cybersécurité (Thalès, Aribus Defence & Space, etc) mais aussi d’acteurs civils comme Capgemini, Atos, Orange Cyberdéfense ou encore SFR Cybersécurité.

La France représente 4% d’un marché mondial de la cybersécurité écrasé par les Etats-Unis (39%).

La question d’un marché européen face aux filières nationales chinoise, états-unienne ou israélienne se pose. Le règlement EIDAS (harmonisation des normes sur l’identification électronique) ou la directive Network and Information Security de 2016 concrétisent une démarche timide en ce sens, malgré l’absence de vision commune dans le domaine.

6/ L’évolution des menaces

La particularité du risque cyber réside dans l’absence totale de barrières géographiques combinée à l’accès à une capacité de nuisance de la part d’individus isolés. Plus globalement, la menace se découpe en deux catégories : l’action militante et l’action mercantile.

Ce péril joue un rôle majeur dans le rééquilibrage du rapport de force mondial au profit des pays émergents, dans l’émergence des mouvements terroristes et dans la redistribution des sphères d’influence régionales.

A l’échelle nationale, la menace cyber est sur une courbe largement ascendante, en raison d’une part de l’augmentation des menaces mondiales, mais aussi plus simplement de l’intensification de la cybernétisation qui étend mécaniquement la surface menacée.

Quelques chiffres :

  • Augmentation de 50% des cyberattaques visant les collectivités territoriales (depuis 2019).
  • Plus de la moitié des entreprises françaises ont déjà subi une cyberattaque.
  • 2 milliards d’euros de dégâts pour l’économie française (2023).
  • Augmentation de 300% des cyberattaques russes contre les pays de l’OTAN (de 2020 à 2022).

7/ Les enjeux à venir

Outre l’augmentation des menaces et la difficulté de mise en œuvre commune à l’échelle européenne (absence de conception commune des menaces, méthodes de traitement et normes industrielles), la France est confrontée à plusieurs enjeux. Voici les principaux :

  • La proposition, conformément au droit international, d’une définition exacte de l’étendue de la souveraineté des Etats sur les différentes couches du cyberespace et des actes considérés comme illicites.
  • Les difficultés de recrutement (1 100 postes non pourvus au ministère des Armées) malgré l’ambition de créer 953 nouveaux postes d’ici 2030.
  • L’importance de la formation continue dans ce secteur, donc la perte de temps de travail effectif.
  • La complexité de la mise en place d’un cloud de confiance souverain.
  • Le cas d’Atos, et du maintien de ses activités cyber dans le giron d’un groupe français.
  • La “dette technique” à rattraper pour adapter les forces françaises aux enjeux technologiques (près d’un milliard d’euros).
  • La sécurisation des Jeux Olympiques (3 milliards d’attaques cyber attendues, 10 fois plus qu’à Tokyo en 2020).