Par Yves GARREC, adhérent du CRSI
Lettre ouverte aux forces de l’ordre : « le rapport exécrable qui s’est établi entre le peuple français et la police doit cesser »
L’auteur de cette lettre précise que malgré la date de rédaction (2019), le contenu de la lettre correspond tout à fait au contexte actuel.
Messieurs les gendarmes, les CRS, les forces mobiles et autres policiers,
Je suis un responsable GILET JAUNE pour la simple raison que, comme chacun de nous, je suis un GILET JAUNE responsable … rien de plus … autant vous dire que je n’ai aucun pouvoir ni d’organisation, ni de commandement sur quiconque …
Pas plus que je ne suis le porte-parole de qui que ce soit.
D’être le mien me suffit amplement.
Mes mains n’ont jamais tenu ni pavés, ni boules de pétanque, ni boulons, ni marteaux à destination des forces de l’ordre.
J’en fais un tout autre usage … plus approprié.
Jamais je n’ai proféré la moindre insulte à l’adresse des policiers.
Je ne suis pas un anti-flic viscéral, malade de son complexe d’Œdipe mal résolu.
Je n’ai jamais cassé la moindre vitrine, ni détérioré le moindre monument public.
Et ce n’est pas demain la veille.
Je vous passe la suite …
Le rapport exécrable qui s’est établi entre le peuple français et la police doit cesser…
Le plutôt sera le mieux.
Avant que des catastrophes plus graves encore ne surviennent.
Vous allez vous dire : « tiens un gilet jaune qui a décoloré son veston. »
Vous vous trompez.
Je ne suis pas de ceux qui s’interrogent sur l’opportunité de changer de nom ou de couleur.
Je suis Gilet Jaune à vie.
Je suis un père tranquille et jamais il ne me serait venu à l’idée de prendre l’initiative d’occuper les ronds-points … jamais.
Pourtant je ne peux vous dire l’immensité du soulagement qui a été le mien à la vue de la réaction de ce petit peuple … Il faut comprendre … c’est de là que je viens. Il m’a fait naître, élevé, nourri comme il a pu …
Nous étions très pauvres …
Il m’a permis de faire des études dans des conditions d’une précarité indescriptible.
Je n’étais donc pas le seul à ressentir ce sentiment de révolte devant les propos méprisants et arrogants du président de notre pauvre république.
D’ailleurs est-elle encore la nôtre ?
Monsieur le président vous avez mis mon pays à feu et à sang.
Votre quinquennat est la pire chose qu’il ait pu lui advenir depuis la guerre de 1940 …
Un immense malheur …
Pourtant j’en ai vu des présidents de la République … depuis Vincent AURIOL.
Monsieur le président vous faites de beaux discours sur la France.
Cependant vous la méconnaissez.
Au fond vous êtes un ignorant qui fait le savant.
Vos discours ne sont rien d’autre que du papier mâché.
Une police est nécessaire dans un pays …
MAIS IL CONVIENT DE RAPPELER CERTAINS PRINCIPES
Premier point
Il n’y a pas de violence légitime d’où qu’elle vienne.
Nous sommes des êtres parlants : « Le premier homme qui a lancé une injure au lieu de lancer une pierre a inventé la civilisation », disait Freud.
Le fait de conférer une violence légitime à quiconque ne peut que le pousser à la tentation de passer outre cette étape première du langage et à faire usage immédiatement de la force et de la violence … impunément ?
J’ai fait énormément de manifestations du samedi … je l’ai vu de mes yeux …
Ce n’est pas la peine de me raconter des histoires. Il n’y a pas de violence légitime …
La seule qui puisse s’entendre consiste en la légitime défense … concept très difficile à apprécier en situation …
Pourquoi serait-on plus coulant et moins regardant pour un policier sur ce dernier point.
Deuxième point
Porter un uniforme de policier n’est pas un permis de battre, de violenter, d’estropier, d’insulter etc.
Porter une arme à sa ceinture ne constitue aucunement un permis de chasse … un permis de tuer.
C’est vrai ça peut être excitant en tout ça pour certains.
J’en soupçonne que j’ai vu à l’œuvre dans les manifs d’avoir dans la bouche le goût du sang …
Jamais je ne généraliserai cela à tous les éléments de police.
Lorsqu’un terroriste, un couteau à la main se trouve entouré d’une vingtaine de policiers armés jusqu’aux dents, peut-être est-ce excessif de le cribler d’une vingtaine de projectiles.
Peut-être peut-on le maîtriser en lui laissant la vie sauve.
La peine de mort est interdite dans mon pays … que je sache …
Et serait-elle encore en vigueur, ce ne serait l’apanage d’aucun des citoyens d’en décider et de la mettre à exécution.
Ces citoyens fussent-ils des policiers.
La loi est la même pour tous … même les pires d’entre nous méritent de profiter de sa protection.
La loi n’est pas qu’une contrainte, elle est aussi ce qui nous protège et définit nos droits
Troisième point
Les prérogatives de la police ne l’autorisent ni à rendre la justice … encore moins à se faire justice … ni à punir d’aucune façon. Nous avons une institution judiciaire dont c’est le travail.
Respectons la séparation des pouvoirs.
Quatrième point
Les revendications pour plus de justice sociale et un degré supérieur de civilisation ou de société sous forme de manifestation ne relèvent pas de la délinquance.
Elles ne prennent cette forme que lorsque le pouvoir politique en place sert des intérêts antagonistes … voire réactionnaires … que lorsqu’il est sourd à toute écoute, à toute négociation.
La violence n’apparaît que lorsque la parole et le langage sont rendus inopérants.
Cinquième point
Je sais que je vais faire bondir certains de mes petits camarades.
J’ai échangé en marge des manifestations avec bon nombre de policiers gendarmes et autres …
Je vais vous dire je les plains …
Mais dans quel pétrin sont-ils ?
Notre président les utilise comme des pions.
La violence dans les manifestations vient très souvent des ordres qui leur sont donnés.
Combien de fois, à peine avions nous entamé une manifestation que les coups et les grenades pleuvaient ?
Combien de fois les forces dites de l’ordre l’ont été de l’ordre que l’on leur donnait : Casser du Gilet Jaune ?
Combien de fois à cause de ces ordres se sont-elles comportées en force du désordre ?
J’entends souvent cette plainte proférée par certains politiques ou politologues y compris par certains policiers : « Autrefois c’était bien on avait peur de la police ». Autrefois je ne craignais pas la police.
Actuellement je vais aux manifestations la peur au ventre.
Je me méfie …
Je me méfie parce que je ne sais pas sur qui je vais tomber.
Je sais que certains de ces hommes sont dans la toute-puissance.
Après ce que j’ai vu et vécu dans les manifs, je sais que je peux faire de très mauvaises rencontres.
J’en ai fait pourtant d’excellentes parmi ces hommes et ces femmes en uniforme. Lorsque j’entends que la problématique relèverait de la formation, ou du nombre, ou de la qualité de l’outillage répressif, je suis vraiment ébahi.
Le problème de la police est un problème politique.
Le travail d’un policier n’est pas de se substituer à celui de la justice certes … mais on ne peut non plus lui demander de palier à l’incurie des hommes et femmes politiques au pouvoir auxquels incombe précisément la résolution des problèmes économiques et sociaux du pays … responsabilité qu’ils ont réclamée à cor et à cri.
« À L’IMPOSSIBLE NUL N’EST TENU. SI VOUS NE SAVEZ PAS FAIRE LAISSEZ LA PLACE. »
