Category

Sécurité/Justice

dylan agbagni motorbike 6847538 1920

Les refus d’obtempérer routiers : une menace croissante pour les forces de l’ordre

By Sécurité/Justice

Décès en service du maréchal des logis-chef Lucas Voignier, Leyr (54), 9 mai 2026

La mort du maréchal des logis-chef Lucas Voignier, percuté en service sur une route de Meurthe-et-Moselle le 9 mai 2026, vient rappeler avec brutalité ce que les chiffres du ministère de l’Intérieur documentent froidement : intervenir sur la voie publique est, pour un gendarme, un acte qui peut coûter la vie.

Une tendance statistique préoccupante

Selon les données provisoires du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), 28 200 refus d’obtempérer routiers ont été enregistrés en France en 2025 par les forces de sécurité intérieure, soit une hausse de 11 % par rapport à 2024. Ce chiffre constitue un niveau inédit depuis le début de la série statistique en 2016.

Cette progression rompt avec la dynamique observée entre 2021 et 2024, période durant laquelle le phénomène avait reculé à un rythme moyen de 3 % par an, après une première phase de montée en charge entre 2016 et 2021 (+2 % par an en moyenne, passant de 24 400 à 27 600 faits). La stabilisation à environ 25 500 infractions sur les années 2023-2024 laissait envisager un plateau durable ; le rebond de 2025 invalide cette perspective.

Au-delà du volume global, la gravité des faits s’aggrave. En 2025, 22 % des refus d’obtempérer enregistrés sont qualifiés d’aggravés, c’est-à-dire exposant directement autrui à un risque de mort ou de blessures graves, représentant environ 6 200 infractions. Cette part progresse continuellement depuis 2016 (16 % à cette date) et gagne encore un point par rapport à 2024 (21 %). En valeur absolue, les refus d’obtempérer aggravés ont ainsi plus que doublé en dix ans, passant de 3 900 en 2016 à 6 200 en 2025.

Un risque mortel pour les militaires en intervention

Ces chiffres trouvent un écho tragique dans l’actualité récente. Le samedi 9 mai 2026, vers 14h20, le maréchal des logis-chef Lucas Voignier, affecté à la Brigade motorisée de Seichamps, a été percuté par un automobiliste sur la commune de Leyr (Meurthe-et-Moselle) au cours d’une intervention. Malgré les soins prodigués, il a malheureusement succombé à ses blessures. Il était âgé de 31 ans. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a précisé que le militaire était en mission pour la sécurité des concitoyens sur les routes de Meurthe-et-Moselle, au cours d’une manœuvre d’interception d’un véhicule tiers.

Ce drame illustre concrètement ce que traduisent les statistiques : les interventions routières des forces de l’ordre, et en particulier des motards de la gendarmerie, exposent quotidiennement les militaires à un risque vital. Il rappelle le précédent de l’adjudant-chef Éric Comyn, tué dans des circonstances analogues à Mougins en août 2024 lors d’un refus d’obtempérer caractérisé.

Une réponse institutionnelle engagée

Sur le plan opérationnel, le ministre de l’Intérieur avait rappelé, en réponse à la hausse des refus d’obtempérer en 2025, avoir donné pour instruction aux policiers et gendarmes d’engager des poursuites systématiques. Une enquête a été ouverte pour établir les circonstances exactes du drame de Leyr.

whatsapp image 2026 04 30 at 15.50.34

L’imprescriptibilité des violences commises sur les mineurs

By Sécurité/Justice

Par un membre du CRSI

Le rapport parlementaire d’avril 2026 révèle qu’en France, les délais de prescription des crimes sexuels sur mineurs laissent chaque année des centaines de victimes sans procès, malgré trente ans accordés après la majorité pour porter plainte.

Le rapport parlementaire d’avril 2026 consacré à l’imprescriptibilité des violences sur mineurs s’inscrit dans un contexte de forte progression des signalements et d’évolution du regard social sur ces crimes. Il met en lumière un décalage croissant entre les règles juridiques de prescription et la temporalité propre aux victimes. Dès lors, la question posée est celle de la pertinence d’une imprescriptibilité face à un phénomène massif et spécifique.

Un phénomène massif révélant les limites du cadre juridique actuel

Une augmentation significative des violences et des révélations tardives

Le rapport souligne une progression nette des violences sexuelles sur mineurs. Depuis 2020, le nombre de personnes mises en cause pour viol ou agression sexuelle sur mineur a augmenté de 56 %, traduisant une meilleure détection et une libération de la parole. Cette dynamique s’accompagne d’un phénomène central : la révélation tardive des faits.

Ainsi, la part des viols sur mineurs signalés plus de deux ans après les faits est passée de 39 % en 2017 à 45 % en 2024. Plus encore, en 2024, 42 % des mineurs victimes de violences sexuelles intrafamiliales portent plainte pour des faits datant de plus de cinq ans, et 11 % pour des faits vieux de plus de vingt ans. Ces données illustrent l’inadéquation entre le temps judiciaire et le temps psychique des victimes, souvent marqué par l’amnésie dissociative, la peur ou l’emprise, notamment dans les situations d’inceste.

Le rapport insiste sur le fait que ces mécanismes retardent la parole, rendant fréquemment les faits prescrits malgré leur gravité. Cette situation alimente un sentiment d’injustice chez les victimes, dont les affaires ne peuvent aboutir à un procès pénal.

Un droit déjà adapté mais devenu complexe et partiellement insuffisant

Face à ces spécificités, le législateur a progressivement aménagé la prescription. Depuis la réforme de 2018, les crimes sexuels sur mineurs sont prescrits 30 ans après la majorité, ce qui constitue un régime fortement dérogatoire. Le point de départ différé et l’allongement des délais témoignent de la prise en compte de la vulnérabilité des victimes.

Toutefois, ces adaptations n’épuisent pas les difficultés. Le rapport met en évidence une complexification croissante du droit, avec des mécanismes comme les infractions occultes ou dissimulées, ou encore l’obstacle de fait (lié notamment à l’amnésie dissociative). De plus, certaines alternatives contribuent déjà à une forme de « quasi-imprescriptibilité » : l’action civile, ou encore la pratique d’enquêtes préliminaires même pour des faits prescrits.

Cette accumulation de dérogations interroge la cohérence du système et suggère que le cadre actuel atteint ses limites face à l’ampleur du phénomène.

Une réforme débattue entre reconnaissance des victimes et contraintes juridiques

L’imprescriptibilité comme réponse à la spécificité des violences sur mineurs

Les arguments en faveur de l’imprescriptibilité reposent d’abord sur la nécessité de reconnaître la souffrance des victimes. Le rapport souligne que le procès pénal constitue un moment essentiel de validation de la parole. L’impossibilité de juger des faits prescrits est perçue comme une forme de déni de justice.

En outre, les spécificités des violences sur mineurs, notamment l’inceste et les mécanismes psycho-traumatiques, justifient une adaptation du droit. Le rapport rappelle que les auditions menées (au nombre de 22) ont mis en évidence la fréquence des révélations tardives et les obstacles structurels à la dénonciation.

Par ailleurs, les progrès techniques (analyses ADN, conservation des preuves, données numériques) atténuent en partie les difficultés probatoires traditionnellement invoquées. Le rapport souligne également que plusieurs pays européens ont déjà engagé des réformes allant vers un allongement voire une suppression des délais, montrant que cette évolution est juridiquement envisageable.

Des limites importantes et la recherche d’un équilibre

Malgré ces arguments, le rapport identifie plusieurs obstacles. Sur le plan juridique, l’imprescriptibilité est traditionnellement réservée aux crimes contre l’humanité, ce qui en fait un marqueur de gravité exceptionnelle. L’étendre aux violences sur mineurs pose donc une question de hiérarchie des infractions.

En outre, les difficultés probatoires demeurent réelles : avec le temps, les preuves matérielles disparaissent et les témoignages peuvent s’altérer, ce qui fragilise les procédures. Le rapport souligne également les suites judiciaires incertaines des plaintes, même en cas de non-prescription.

Enfin, des alternatives existent déjà, permettant de concilier partiellement les enjeux : action civile, reconnaissance sans condamnation pénale, ou amélioration de l’accompagnement des victimes pour favoriser une révélation plus précoce. Le rapport insiste sur la nécessité d’agir en amont, notamment par la prévention et la formation.

Dans ce contexte, les rapporteurs proposent une solution intermédiaire : rendre imprescriptibles tous les crimes commis sur mineurs, et non les seuls crimes sexuels, afin d’assurer une cohérence juridique. Cette réforme apparaît toutefois autant comme un signal politique fort que comme une réponse technique, dont l’efficacité dépendra des moyens alloués à la justice.

Sabotage-infrastructures-électriques

Sabotages d’infrastructures électriques en Europe : une menace croissante pour les sites industriels stratégiques

By Sécurité/Justice

Par un membre du CRSI

Les incendies volontaires dans le Cher (6-7 avril 2026)

Dans la nuit du 6 au 7 avril 2026, plusieurs incendies volontaires ont été simultanément déclenchés sur des installations électriques situées dans le département du Cher, à proximité de Bourges, La Chapelle-Saint-Ursin et Saint-Florent-sur-Cher. Deux transformateurs électriques et un pylône ont été gravement endommagés, provoquant des coupures d’électricité affectant près de trois mille foyers et des dommages matériels évalués à plusieurs millions d’euros. Selon la préfecture du Cher, les réparations pourraient s’étaler sur plusieurs mois.

Les équipements visés alimentaient des réseaux desservant notamment des sites industriels liés à la production d’armement, parmi lesquels on retrouve les usines de MBDA – leader européen dans la conception de missiles et de systèmes de missiles – et de KNDS, acteur de référence dans le secteur de la défense terrestre (véhicules blindés, artillerie, systèmes de canon, tourelles, robots). Ces deux sociétés sont directement engagées dans l’effort de réarmement européen.

Le parquet de Bourges a ouvert une enquête pour destruction par moyens dangereux. Les investigations s’orientent vers une action coordonnée et préméditée : un tag « Actions contre la guerre » a été retrouvé sur place, suggérant une motivation antimilitariste revendiquée.

Une série d’attaques qui s’inscrit dans un continuum européen

Les précédents français

L’attaque du Cher s’inscrit dans la continuité directe des incendies volontaires qui avaient touché les départements du Var et des Alpes-Maritimes en mai 2025. Trois installations électriques avaient alors été endommagées, à Nice, Tanneron et Villeneuve-Loubet, privant plus de 100 000 foyers d’électricité. Des groupes anarchistes ont revendiqué les incendies de Tanneron et Villeneuve-Loubet, affichant une volonté de perturber le Festival de Cannes et, plus largement, de déstabiliser les infrastructures économiques et énergétiques. Bien qu’aucun lien formel n’ait été établi entre ces groupes et l’incendie du transformateur de Nice, la convergence des méthodes et des circonstances est notable.

Le contexte européen

Ce phénomène dépasse largement le cadre français. Depuis plusieurs années, de nombreux pays européens sont confrontés à une multiplication de sabotages ciblant leurs infrastructures énergétiques : Finlande, Serbie, Estonie et Hongrie ont notamment été affectés. L’Allemagne en offre l’illustration la plus saillante : l’incendie du 4 janvier 2026 a touché une partie du réseau électrique berlinois, provoquant des coupures d’électricité pour plusieurs dizaines de milliers de foyers, certains privés d’énergie pendant plusieurs jours en plein hiver. L’attaque a été revendiquée, dans un courrier, par le groupe d’extrême gauche Vulkangruppe, déjà responsable de faits similaires sur le territoire allemand.

Analyse des conséquences et des vulnérabilités

Impacts opérationnels et économiques

Ces incidents révèlent une vulnérabilité structurelle des infrastructures électriques européennes face à des actions de sabotage même limitées en moyens. Les coupures d’électricité affectent simultanément les foyers, les entreprises, les services d’urgence et les établissements de santé, générant un impact sur la population qui dépasse largement la séquence technique initiale.

Sur le plan économique, une interruption électrique, même de courte durée, peut engendrer des pertes s’élevant à plusieurs millions d’euros, auxquelles s’ajoutent des retards de production aux conséquences en cascade pour les chaînes d’approvisionnement.

Exposition stratégique des sites de défense

La dimension la plus préoccupante tient à la proximité des équipements visés avec des sites industriels de défense. Les usines de MBDA et KNDS, directement ou indirectement engagées dans l’effort de réarmement européen, constituent des cibles privilégiées pour les groupes antimilitaristes comme pour les acteurs étatiques hostiles souhaitant perturber les capacités productives sans recourir à un acte de guerre déclaré. Cette zone grise entre délinquance idéologique et action hybride étatique est précisément celle que les services de renseignement intérieur doivent être en mesure d’évaluer.

Profil des auteurs et logique d’action

Les attaques documentées révèlent des caractéristiques communes qui dessinent un profil relativement cohérent. Les auteurs identifiés ou présumés appartiennent le plus souvent à la mouvance d’extrême gauche ou anarchiste et font usage de leur référentiel idéologique – antimilitariste, anticapitaliste ou anti-énergétique – pour justifier le recours à la violence sur des biens.

Leurs modes opératoires sont remarquablement similaires : incendies de transformateurs et de pylônes, actions simultanées et coordonnées, ciblage d’infrastructures vitales (réseaux énergétiques, sites de transport, zones industrielles stratégiques). Cette cohérence transnationale suggère au minimum une circulation des savoir-faire entre mouvances, et, dans les scénarios les plus graves, une coordination éventuellement instrumentalisée par des puissances étrangères.

Face à cette exposition croissante, le renforcement de la protection physique des nœuds électriques critiques, notamment ceux qui desservent des sites de défense ou des services essentiels, apparaît comme une priorité de sécurité intérieure.

Sources : Le Figaro ; TF1 Infos ; France Info ; The Guardian ; Le Parisien ; Le Dauphiné Libéré

lutte-anti-drones-en-france

Montée en puissance de la lutte anti-drones en France

By Défense, Sécurité/Justice

– par Claire-Marine GROS, chef de cabinet adjointe CRSI

Source principale : En France, face à la montée de la menace, la lutte anti-drones passe à l’échelle industrielle, Le Monde, 9 mars 2026

Sources secondaires en bas de page

Contexte

La multiplication des incidents impliquant des drones autour d’infrastructures sensibles en Europe et en France conduit les autorités à renforcer les dispositifs de protection.

Un incident récent illustre cette tendance : un drone identifié comme d’origine russe a été neutralisé à proximité du porte-avions français Charles-de-Gaulle lors d’une escale en Suède². Depuis mi-2025, plus de 40 incidents de survol de drones ont été recensés en Europe³, notamment autour de sites militaires et industriels sensibles.

Face à cette menace, les autorités françaises ont décidé de structurer une capacité nationale industrielle et opérationnelle de lutte anti-drones, associant acteurs publics et industriels⁴.

Montée en puissance des capacités anti-drones

La France développe désormais des systèmes capables de détecter, identifier et neutraliser les drones hostiles, reposant sur :

  • des radars et capteurs de détection⁵ ;

  • des systèmes de brouillage pour perturber les communications du drone⁵ ;

  • des moyens d’interception ou de neutralisation⁵.

Ces technologies ont été testées et déployées lors des Jeux olympiques de Paris 2024, où elles ont permis la neutralisation de plusieurs drones près des sites olympiques⁶.

Structuration du marché industriel

Le gouvernement soutient la création d’un écosystème industriel français dédié à la lutte anti-drones, visant à garantir la souveraineté nationale et la protection des infrastructures sensibles.

Parmi les entreprises impliquées :

  • Thales⁷ : développement de solutions de détection et de neutralisation ;

  • CS Group⁸ : systèmes de commandement et technologies anti-drones ;

  • Hologarde⁹ : surveillance et détection ;

  • MC2 Technologies¹⁰ : brouillage et équipements électroniques ;

  • Cerbair¹¹ : systèmes de détection et neutralisation pour sites sensibles.

Les industriels indiquent que la demande va continuer à croître pour répondre aux besoins des forces armées et des opérateurs d’infrastructures critiques, et que le marché devrait se structurer à l’échelle nationale⁷⁻¹¹.

Les pouvoirs publics envisagent également :

  • la certification des fournisseurs technologiques ;

  • la mise en place d’un cadre de réponse graduée face aux drones hostiles ;

  • l’identification des infrastructures critiques nécessitant des dispositifs renforcés⁴.

Limites réglementaires

Le cadre légal actuel limite l’usage de certaines technologies (brouillage et interception) principalement aux forces armées et aux services de sécurité⁴.

Cette situation laisse certains opérateurs civils vulnérables face aux survols illégaux. Le gouvernement étudie donc des évolutions législatives pour élargir le champ d’intervention et renforcer la protection des sites sensibles⁴.

Enseignements

Les principales tendances identifiées sont :

  • augmentation rapide des incidents liés aux drones autour d’infrastructures sensibles²⁻³ ;

  • prise de conscience stratégique par les autorités françaises de l’importance de cette menace⁴ ;

  • structuration progressive d’un secteur industriel national dédié à la lutte anti-drones⁷⁻¹¹ ;

  • nécessité d’adapter le cadre juridique pour permettre la protection efficace des infrastructures civiles⁴.

Conclusion

La lutte contre les drones malveillants constitue désormais un enjeu majeur de sécurité nationale. Face à la multiplication des incidents et à l’évolution rapide des technologies, la France cherche à industrialiser ses capacités de détection et de neutralisation et à renforcer la coopération entre acteurs publics, industriels et opérateurs d’infrastructures critiques.

 

 

Notes et sources

  1. Le Monde, « En France, face à la montée de la menace, la lutte anti-drones passe à l’échelle industrielle », 9 mars 2026.
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/03/09/en-france-face-a-la-montee-de-la-menace-la-lutte-anti-drones-passe-a-l-echelle-industrielle_6670045_3234.html

  2. Swedish Armed Forces – identification du drone neutralisé près du porte-avions français Charles-de-Gaulle.
    https://www.forsvarsmakten.se

  3. Incidents de survol de drones en Europe depuis mi-2025 et survols de sites sensibles en France (Mourmelon, Eurenco, Île Longue), compilés par les autorités de sécurité publique.

  4. Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) – pilotage des réflexions gouvernementales sur la lutte anti-drones et protection des infrastructures critiques.
    https://www.sgdsn.gouv.fr

  5. Technologies de détection, brouillage et neutralisation de drones, déployées lors des événements sensibles. Sources : Ministère des Armées, https://www.defense.gouv.fr

  6. Déploiement anti-drones lors des Jeux olympiques 2024, Paris. 2024 Summer Olympics, https://www.paris2024.org

  7. Thales Group, solutions anti-drones. https://www.thalesgroup.com

  8. CS Group, technologies de commandement et lutte anti-drones. https://www.csgroup.eu

  9. Hologarde, solutions de surveillance. https://www.hologarde.com

  10. MC2 Technologies, équipements électroniques et brouillage anti-drones. https://www.mc2-technologies.com

  11. Cerbair, systèmes de détection et neutralisation. https://www.cerbair.com

panorama_cybermenace_tendances _2025

Panorama de la cybermenace – tendances observées en 2025

By Numérique, Sécurité/Justice

– par Claire-Marine GROS, chef de cabinet adjointe CRSI

Source : PANORAMA DE LA CYBERMENACE 2025 (CERT-FR / ANSSI – Rapport CERTFR-2026-CTI-002) (11 mars 2026)

Contexte

Le rapport publié par le CERT-FR présente les principales tendances de la menace informatique observées au cours de l’année 2025. Il s’appuie sur les incidents traités par les équipes de réponse aux incidents ainsi que sur l’analyse des opérations malveillantes affectant des organisations françaises et internationales. La cybermenace continue de se diversifier et de gagner en sophistication.

Principales tendances observées

Activité soutenue des acteurs étatiques

Les groupes liés à des États sont particulièrement actifs, notamment dans des opérations d’espionnage informatique visant des institutions publiques, des organisations diplomatiques ou des secteurs stratégiques. Ces acteurs disposent de moyens techniques importants et mènent des campagnes d’intrusion souvent discrètes et de longue durée.

Mutation de la cybercriminalité

Les groupes cybercriminels poursuivent principalement des objectifs financiers. Le modèle des rançongiciels évolue : certaines opérations privilégient désormais l’ex-filtration et la divulgation de données plutôt que le chiffrement des systèmes, afin d’exercer une pression sur les victimes.

Exploitation rapide des vulnérabilités

L’exploitation de vulnérabilités connues reste l’un des vecteurs d’attaque les plus fréquents.

Les attaquants ciblent en priorité :

  • les équipements exposés sur Internet (pare-feux, VPN, serveurs applicatifs) ;

  • les systèmes insuffisamment mis à jour ;

  • les infrastructures périphériques des réseaux.

La rapidité d’exploitation après publication d’une vulnérabilité constitue un facteur aggravant.

Usage d’outils légitimes et dissimulation

Les acteurs malveillants recourent de plus en plus à des services et outils légitimes (administration système, stockage cloud, outils collaboratifs), ce qui complique la détection des intrusions et l’attribution des attaques.

Intérêt croissant pour l’intelligence artificielle

Les outils d’intelligence artificielle sont progressivement intégrés par certains acteurs malveillants, notamment pour automatiser certaines tâches ou améliorer les techniques d’ingénierie sociale.
Toutefois, leur usage ne constitue pas encore une transformation majeure des modes opératoires.

Évolution du cadre réglementaire européen

Le rapport souligne l’importance du Cyber Resilience Act, règlement européen visant à renforcer la sécurité des produits numériques.

À compter de septembre 2026, les éditeurs et fabricants devront notamment :

  • mettre en place des processus de gestion des vulnérabilités ;

  • signaler aux autorités compétentes les vulnérabilités exploitées activement ;

  • fournir des correctifs de sécurité dans des délais appropriés.

Ce cadre vise à améliorer la sécurité des produits tout au long de leur cycle de vie.

Enseignements

Les observations du CERT-FR mettent en évidence plusieurs évolutions structurantes :

  • une menace durablement élevée et diversifiée ;

  • une imbrication croissante entre cybercriminalité et activités étatiques ;

  • une exploitation rapide des vulnérabilités techniques ;

  • une adaptation constante des méthodes d’attaque.

Conclusion

La cybermenace demeure un enjeu majeur pour les organisations publiques et privées. La sécurisation des infrastructures exposées, la gestion rapide des vulnérabilités et le renforcement des capacités de détection et de réponse aux incidents constituent des priorités pour limiter l’impact des attaques.

Inondations

Inondations en France – hiver 2026

By Sécurité/Justice

Inondations en France – hiver 2026 : Un phénomène qui semble inédit mais qui pourrait se répéter plus souvent à l’avenir

– par Aurélien JEAN, membre du CRSI

Sources utilisées : Météo-France ; Développement-durable.gouv.fr (SDES) ; Courrier international ; GEO ; Euronews ; RTL Lëtzebuerg ; Géoconfluences (ENS Lyon) ; Guardian ; RTL info.be ; RTBF ; BBC ; 20 minutes.

 

I / 40 jours de pluie consécutifs et une série de tempêtes et perturbations qui placent 2026 dans le top 10 des hivers les plus pluvieux.

Il a plu de manière continue sur l’Hexagone entre le 14 janvier et le 22 février 2026, soit 40 jours consécutifs ; et ce, avec une succession de tempêtes (Goretti, Ingrid, Harry, Marta, Leonardo, Nils, Pedro) qui se sont succédé et ont touché tout le territoire – mais plus particulièrement la Bretagne, le pourtour méditerranéen et le quart Sud-ouest. Dans ces endroits, il a plu en quelques dizaines de jours l’équivalent d’un hiver entier. A l’échelle nationale, c’est tout simplement la série pluvieuse la plus longue depuis le début de ce type de mesures météorologiques, en 1959. 

Météo-France considère comme « jour de pluie » une journée dont le cumul moyen sur un territoire donné (ici, le pays entier) égale ou dépasse 1 millimètre. Cela peut toutefois recouvrir de fortes disparités locales, avec des précipitations irrégulières selon les endroits. Ces précipitations sont de surcroît tombées sur des sols déjà saturés et des rivières déjà hautes (« héritage de 2025 faisant). Aussi, février 2026 est le mois de février le plus pluvieux depuis 1959, avec une moyenne de précipitations nationale égale à deux fois les normales de saison.

Comme le relève Marie Dougnac dans Géoconfluences, la série est causée par : « un courant jet stream très puissant et positionné à des latitudes plus basses que d’habitude – au-dessus de l’Atlantique plutôt qu’au Nord de l’Europe. Ces tempêtes ont été alimentées par des « rivières atmosphériques », des flux d’air chaud et humide venus des Caraïbes ». 

Cela a donc engendré de nombreuses inondations et débordements de cours d’eau. Les départements du Maine-et-Loire et de la Charente ont été particulièrement exposés, par exemple avec la ville de Saintes. La carte des premières communes déclarées en « état de catastrophe naturelle » le montre : sur les 300 premières communes ayant obtenu ce classement administratif, 63 sont situées dans le Lot-et-Garonne, 77 dans le Maine-et-Loire et 91 en Gironde – soit près de 80% du total. Cela illustre aussi une autre réalité : la façade atlantique a payé le plus lourd tribut et a subi les dégâts les plus importants – en partie en raison de la progression géographique des différentes tempêtes, qui arrivaient de l’Atlantique.

Le service public de surveillance des niveaux des cours d’eau – Vigicrues – a décrit la vitesse des décrues comme lente, voire très lente. Ceci est dû à l’accumulation de pluies sur des sols déjà humides et qui n’ont cessé de se gorger d’eau. La situation explique en partie le fait qu’un autre record de durée ait été battu : celui des vigilances rouges. Elles ont concerné jusqu’à cinq départements en même temps avec une durée de quatorze jours. Cela a obligé les autorités locales à prendre des mesures ; par exemple à Bordeaux où la municipalité a dû activer le plan communal de sauvegarde de la ville – une première depuis décembre 1999.

Pour autant, toutes les régions n’ont pas subi de précipitations, et certaines ont même accueilli les pluies avec soulagement. Ainsi en est-il de aires les plus sèches du pourtour méditerranéen, fortement impactées par le manque d’eau des dernières années. Par exemple, après des récoltes 2023, 2024 et 2025 difficiles dues à des pluies insuffisantes et à une végétation en souffrance, les vignobles de l’Aude et du Roussillon peuvent espérer de meilleures vendanges. De manière générale, les pluies ont permis de remplir des nappes phréatiques jusque-là en dessous des valeurs normales et d’humidifier des sols qui étaient assez secs.

A noter que la France n’a pas été le seul pays impacté par le mauvais temps. Au Royaume-Uni, des records ont aussi été battus (6ème mois de janvier le plus pluvieux depuis 1836 en Angleterre ; record absolu en Irlande du Nord), conduisant même à des victimes. Outre-Quiévrain, des alertes aux crues ont été émises par l’Institut royal météorologique pour les provinces de Liège et du Luxembourg, frontalières de l’hexagone. 

 

II / Des phénomènes climatiques puissants mais qui pourraient s’intensifier en raison du changement climatique et de choix discutables dans l’aménagement du territoire

Le réchauffement climatique impactera la variabilité, la saisonnalité et l’intensité des pluies. En effet Météo-France relève qu’une atmosphère plus chaude contient davantage de vapeur d’eau, ce qui augmente le potentiel de précipitations intenses tout en modifiant leur rythme et en renforçant les extrêmes de précipitations (à la hausse comme à la baisse). La Météorologie nationale relève que ses projections climatiques issues de la TRACC (Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique) démontrent que les hivers deviendraient globalement plus pluvieux (entre +20 et +40% selon les endroits) et les étés plus secs. Signe de cette tendance : le précédent record de la plus longue série de jours de pluie ne datait que de 2023, avec 32 jours consécutifs. Les services britanniques estiment même que l’humidité des hivers, en raison du changement climatique, arrive avec vingt ans d’avance sur les modèles.

Les conséquences parfois désastreuses des précipitations pourraient aussi être accentuées par d’autres facteurs humains. En effet, si le volume d’eau tombé importe, la capacité d’un bassin versant à absorber le surcroit d’eau est un paramètre tout aussi crucial. A ce titre, l’aménagement du territoire a engendré une artificialisation des sols par les activités humaines qui a limité cette capacité d’absorption : imperméabilisation des surfaces avec du bitume, étalement urbain des zones pavillonnaires et des parcs d’activités et – peut-être plus grave encore – pression foncière ayant conduit à la construction de logements en zones inondables.

Les politiques agricoles ont aussi pu jouer un rôle. En privilégiant l’agriculture intensive et les openfields, les acteurs de l’agriculture ont acté la disparition de dizaines de milliers de kilomètres de haies. Pourtant, en plus de leur impact sur la biodiversité, les haies servent à stabiliser les sols et à canaliser le ruissellement – leur disparition est un outil de moins dans la régulation naturelle d’un phénomène lui aussi naturel. Aussi, la pose de drains pour évacuer l’humidité excédentaire en hiver et homogénéiser la croissance des arbres et l’artificialisation des cours d’eau (création de barrages et canaux, comblement des méandres, etc.) a accéléré l’écoulement de l’eau et réduit les aires où les crues peuvent être contenues. Dans ce contexte, rappelons que seule une commune sur trois en France dispose aujourd’hui d’un plan de prévention des risques naturels. Ceci, alors qu’environ 6000 communes font l’objet d’une reconnaissance d’état de catastrophe naturelle chaque année (tous risques confondus mais à 94% pour inondations et sécheresses).

Enfin, il importe de mentionner que les inondations sont actuellement le risque naturel le plus fréquent en France et représentent à ce titre le premier poste d’indemnisation pour « catastrophe naturelle » de la part des assureurs (un français sur quatre est à risque). Or, un réchauffement de 2°C pourrait augmenter de 10 à 40 % l’intensité des crues décennales et de plus de 40 % celles des crues centennales (Roudier et al., 2016). Il n’est donc pas difficile de prévoir que la hausse des primes d’assurance est appelée à se poursuivre à mesure que les effets du réchauffement climatique se feront sentir. Face à cela, les pouvoirs publics sont déjà sous pression pour, a minima, proposer des adaptations permettant de tenir compte de ces facteurs de risque (replanter les haies, désimperméabiliser les sols, stopper l’artificialisation et le « bétonnage », etc.). 

prevention-des-risques-aux-attentats

Prévention des risques aux attentats : un nouveau texte à l’Assemblée Nationale

By Sécurité/Justice

Proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale par Monsieur le Député Charles Rodwell le 11 février.

Prévention des risques aux attentats : un nouveau texte à l’Assemblée Nationale 

– par Lilou LECLERCQ, membre Jeunes CRSI

Depuis plusieurs années, la France fait face à une menace terroriste persistante et  évolutive, conduisant l’État à renforcer progressivement les instruments juridiques de  prévention, de protection et de sécurisation de l’ordre public.  

La proposition de loi déposé en décembre 2025 à l’Assemblée Nationale s’inscrit dans  cette dynamique en consolidant les dispositifs de suivi des personnes à risque et en  adaptant le régime de rétention administrative applicable aux étrangers représentant une  menace grave.

I. Renforcement des dispositions relatives au suivi et à la prévention des risques  terroristes

A – Création de nouveaux outils administratifs et judiciaires 

Ce texte vise à mieux anticiper et prévenir les comportements susceptibles de constituer  une menace grave pour l’ordre public.  

Il y a ainsi dans ces dispositions, la création d’une injonction d’examen psychiatrique,  permettant à l’autorité administrative, dans un cadre strictement défini, de solliciter une  évaluation médicale lorsqu’un individu présente des signes de radicalisation ou de  dangerosité ayant la possibilité de déboucher sur un passage à l’acte. De plus, s’instaure  un dispositif de rétention de sûreté terroriste applicable à certaines personnes ayant été  condamnées pour des infractions terroristes et présentant, à l’issue de leur peine, une  particulière dangerosité.  

Objectif : prévenir la récidive par une mesure privative.  

B – Extension des dispositifs de prévention existants 

Au-delà de la création de nouveaux instruments, la proposition de loi élargit et consolide  les mécanismes déjà en vigueur. Les dispositions législatives visent à élargir le champ de la mesure judiciaire, afin de  permettre un suivi des individus dangereux. De plus, une des autres mesure prévues par ce texte vise à améliorer la transmission  d’informations dans le cadre d’un suivi psychiatrique. Ce dispositif instaure une coordination renforcée entre les autorités sanitaires et  administratives, afin de mieux signaler les situations dans lesquelles l’état d’un patient  présente un risque manifeste pour la sécurité publique. L’ensemble de ces dispositions participe ainsi à une logique de consolidation du dispositif  législatif préventif déjà existant.

 

II. Adaptation du droit administratif français en matière de sécurité administrative et  du droit des étrangers 

A – Encadrement renforcé de l’identité et de l’état civil 

Le texte renforce les contrôles relatifs au régime de changement de nom, afin de prévenir  d’éventuels détournements, à des fins de dissimulation d’identité.  Cet encadrement accru sécurise les données d’état civil sans pour autant supprimer cette  liberté, prévenant ainsi plus efficacement les pratiques frauduleuses. 

B – Réaménagement du régime de rétention administrative des étrangers  

De plus, il propose d’instaurer un maintien en rétention administrative des étrangers  condamnés pour des infractions à caractère terroristes. Une adaptation au cadre juridique  existant aux exigences spécifiques de la lutte contre le terrorisme et aux impératifs de  sécurité nationale. 

En définitive, cette proposition de loi s’inscrit dans l’ambition régalienne de l’État de  pérenniser une réponse sécuritaire face à une menace terroriste protéiforme et croissante.  En articulant l’extension des prérogatives administratives, singulièrement en droit des  étrangers à un renforcement inédit du suivi psychiatrique et judiciaire, le texte cherche un  point d’équilibre entre efficacité opérationnelle et sauvegarde de l’État de droit et des  normes constitutionnelles qui en découlent. 

Toutefois, l’aboutissement de cette réforme reste suspendu à une double exigence : la  viabilité de son financement face à l’alourdissement des procédures, et surtout, sa  capacité à transiter outre le contrôle de constitutionnalité. 

 

Articles de la proposition de loi :  

Article 1er (art. L. 229‑7 [nouveau] du code de la sécurité intérieure) : Injonction d’examen psychiatrique  Article 2 (art. 706‑25‑23 à 706-25-25 [nouveaux] du code de procédure pénale ) : Rétention de sûreté  terroriste  

Article 3 : (706-25-16 du code de procédure pénale) Extension du champ d’application de la mesure  judiciaire de prévention de la récidive terroriste et de réinsertion  

Article 4 (art. L. 3211-11-1, L. 3211-12-7, L. 3212-5 et L. 3212-9 du code de la santé publique ) :  Amélioration de l’information des préfets et des services de renseignement dans le cadre ou à l’issue d’une  mesure de soins psychiatriques sans consentement  

Article 5 (art. L. 228-2, L. 228-4, L. 228-5 et L. 229-5 du code de la sécurité intérieure) : Instauration d’un  sursis à exécution applicable aux jugements annulant le renouvellement d’une mesure individuelle de  contrôle et de surveillance et création  

d’une voie d’appel contre les ordonnances refusant l’exploitation de documents saisis lors d’une visite  domiciliaire  

Article 6 (art. 60 et 61-3-1 du code civil , art. 706-53-8 706-25-10 et.706-25-12 du code de procédure pénale)  : Encadrement de la procédure de changement de nom à l’état civil  

Article 7 (art. L. 742-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) : Rétablissement de  la base légale permettant le maintien en rétention administrative pendant 210 jours des étrangers condamnés  pour des infractions à caractère terroriste  

Article 8 (art. L. 742-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) : Extension du  régime dérogatoire de rétention administrative aux étrangers dont le comportement représente une menace  actuelle et d’une particulière gravité pour l’ordre  

public, à raison de faits d’atteinte aux personnes pénalement constatés  

Article 8 bis (nouveau) (art. L. 741-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) :  Réitération du placement en rétention administrative sur le fondement d’une même décision d’éloignement  Article 9 : Compensation des charges pour l’État et les organismes de sécurité sociale

 

brève européenne Aurélien Jean

Brève Européenne 14 : Chypre s’installe aux commandes d’une Europe inquiète et malmenée par son « partenaire » américain

By Défense, Economie, Institutions, Sécurité/Justice

– Brève par Aurélien JEAN

Les priorités de la présidence chypriote du Conseil de l’UE

Tous les six mois, un Etat-membre (EM) prend les rênes du Conseil européen selon un calendrier rotatif (pour la France, la dernière occurrence est arrivée au premier semestre 2022). C’est ainsi que, le 1er janvier 2026, Chypre a succédé au Danemark et aura donc la main sur l’agenda européen jusque début juillet 2026. Cette position lui permet de mettre sur la table ses priorités mais l’oblige aussi à chercher des compromis au sein du Conseil, bâtir des coalitions autour des textes proposés et représenter l’institution dans les négociations en trilogue avec le Parlement européen et la Commission. 

Pour ce faire, l’EM révèle avant le début de sa présidence un programme de travail, généralement fourni, qui récapitule les axes d’action et les priorités. A noter pour Chypre :

Un semestre assez important pour l’avancée des travaux autour du prochain budget pluriannuel de l’UE (le CFP, voir la note du CRSI). Sujet tendu et facteur de divisions s’il en est, ce CFP voit un certain nombre de changements se dessiner, afin d’ambitionner de placer l’UE dans une capacité de réponse efficace à un monde durci et au retour de menaces diverses et plurielles sur le continent. A ce titre, la Commission avait prévu une augmentation des fonds pour la défense et la diplomatie, limitant de ce fait d’autres politiques comme la PAC. Pour autant, Chypre compte bien faire avancer les discussions sur les fonds alloués à la politique de cohésion, dont elle est une bénéficiaire notable depuis son entrée dans l’UE en 2004. Cela concerne des programmes comme le FEDER (développement régional), le FSE (fonds social) ou encore Interreg (coopération autour des zones frontalières).

En matière de politique étrangère et de voisinage, la priorité reste donnée au conflit ukrainien. A l’image des présidences précédentes, Nicosie aura à gérer un contexte politique très tendu, tant à l’intérieur de l’Union qu’à l’international. L’axe principal envisagé est de renforcer Kiev au moyen de la Facilité européenne pour la paix – toujours bloquée par la Hongrie. Un vingtième paquet de sanctions est aussi sur la table et se combinerait aux pourparlers avec les Etats-Unis – « allié » dont la fiabilité relative est devenu quasi-proverbiale. Pour autant, les relations transatlantiques restent centrales dans la vision chypriote, qui entend promouvoir le dialogue et l’influence diplomatique européenne. Ladite influence devant aussi se matérialiser avec d’autres régions du globe, à l’image des Etats du Golfe et, naturellement, des partenaires méditerranéens.

En matière commerciale, Chypre entend poursuivre la posture historique de l’UE, tournée vers le libre-échange, et se démarquer ainsi du mouvement de fond entamé par la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. Sur ces deux pays justement, la nouvelle Présidence n’en dit que très peu, ne mentionnant même pas les risques liés aux menaces sur la souveraineté numérique de l’Union. Sur le segment de la compétitivité, Nicosie poursuit pleinement l’agenda entamé depuis quelques mois, en défendant les plans de sauvegarde de l’acier européen et en ambitionnant l’autonomie de l’Union par sa capacité à innover, à sécuriser ses approvisionnements en composants essentiels et à réduire l’empreinte bureaucratique. Le tout, en accord avec les objectifs climatiques – bien que ce dernier point soit bien moins développé. La révision, controversée, des règles sur les droits des passagers aériens est en outre poursuivie.

Parmi les autres axes d’action figurent la simplification de la législation fiscale, la lutte contre la fraude et la coopération fiscale internationale ou encore la réforme de l’union douanière et la révision des règles sur la TVA pour les ventes à distance et les importations, deux dossiers techniques et d’actualité. Dans les domaines sociaux et professionnels, Nicosie ambitionne de nouer des accords sur les emplois de qualité (incluant la peu consensuelle directive sur les stages de qualité), sur le bien-être animal, sur les initiatives contre la pauvreté, sur la santé (biotechnologies et médicaments critiques) et sur l’accès à un logement abordable et durable. Deux autres serpents de mer européens figurent aussi dans le document : les textes sur les nouvelles règles de coordination des régimes de sécurité sociale et sur la directive sur l’égalité de traitement, en souffrance respectivement depuis 2016 et 2008. Des initiatives de coordination des politiques de la jeunesse et de la culture  ainsi que du tourisme – essentiel dans ce pays insulaire – sont par ailleurs délinées.

En matière agricole, la présidence chypriote aura fort à faire alors que l’actualité récente est pour le moins inflammable. En dehors de la très-commentée signature des accords de libre-échange avec le Mercosur, obtenue à la suite de concessions de la Commission ayant fait changer l’Italie de position, d’autres dossiers sont sur la table. La PAC d’abord, avec un montant prévu au prochain CFP qui continue d’être au cœur des attentions mais aussi en raison des enjeux climatiques et de durabilité qu’elle comporte. Un focus spécifique lié à la situation des marchés agricoles au regard du conflit russo-ukrainien figure au programme. Plusieurs autres textes relatifs à la sécurité alimentaire, aux végétaux, aux pratiques commerciales déloyales et à la politique commune de la pêche seront aussi soumis au Conseil sous la présidence chypriote.

Enfin, en matière d’affaires intérieures et de justice, le programme de travail se révèle aussi chargé avec des travaux qui se focaliseront sur la coopération judiciaire civile (protection des adultes vulnérables et reconnaissance automatique de la parentalité dans toute l’UE) ou bien sur les droits de l’Homme (inclusion, égalité de genre et lutte contre les discriminations). Plus fondamentalement, la lutte contre les menaces internes sera mise en avant, en accord avec la stratégie ProtectEU (voir la note du CRSI) et en réponse aux violations de l’espace aérien européen par des drones. Le renforcement des capacités répressive sera en outre un axe de travail, dans l’optique de contrer la recrudescence des actes imputables au crime organisé et continuer la lutte contre le terrorisme. A noter aussi que Chypre aura à gérer les discussions sur le paquet législatif visant à lutter contre les ingérences et les pressions sur les médias et sur les propositions de réforme d’Eurojust. La poursuite d’une ligne durcie en matière migratoire et de facilitation des retours est enfin à l’agenda, en combinant une emphase sur les « causes profondes de la migration » avec une volonté de solidarité intra-européenne renforcée.

A noter que ces priorités sont très similaires à celles de la présidence danoise avant elle, et pour cause. Afin d’éviter des disparités préjudiciables dans l’agenda européen (où six mois ne sont pas grand-chose), des grands axes sont définis par cycle d’un an et demi. En clair, trois présidences doivent s’accorder sur les grandes lignes communes qu’elles envisagent. La prochaine présidence marquera le début d’un nouveau cycle, avec l’arrivée aux commandes du Conseil de l’Irlande.

UE, Etats-Unis, régime des visas… et transfert automatique de données personnelles

La question de l’immigration est très sensible aux Etats-Unis, encore davantage sans doute depuis l’arrivée du très-peu stable 47ème président en janvier 2025. Parmi tous les projets en cours sur cette question, figure l’accès des ressortissants européens au territoire américain. Dans le cadre d’une discussion plus large sur le régime des visas, les Etats-Unis souhaitent avoir accès à de nombreuses données afin de pouvoir, le cas échéant, refuser l’entrée de personnes pouvant poser un risque à la sécurité nationale. 

C’est dans cette optique que le locataire de la Maison Blanche avait émis l’idée d’exiger des voyageurs qu’ils soumettent jusqu’à cinq ans d’historique de leurs activités sur les réseaux sociaux avant leur arrivée. Si cette idée n’a pas connu de développements récents, il n’en a pas de même pour le programme « visa waiver » (exemption de visa pour 24 EM), pour lequel la Commission européenne a commencé à négocier avec les autorités américaines fin janvier 2026. Pour tenter d’aboutir à un accord sur la question, les capitales ont donné un mandat de négociation à la Commission afin de traiter avec le gouvernement américain. Une version actualisée d’une proposition de recommandation de juillet 2025 s’est trouvée ébruitée dans la presse et apporte quelques clarifications sur ce que les européens pourraient lâcher pour amadouer l’Oncle Sam. Notons qu’il ne s’agit que d’un mandat de négociation – et non d’un texte final – et que Bruxelles devra consulter les EM sur tout développement important.

Si l’Union campe fermement sur sa volonté de bannir les transferts de données à grande échelle et compte mettre en place un modèle d’échange en deux étapes pour limiter le partage automatique à des informations très basiques, d’autres concessions entrainent des inquiétudes. En effet, les autorités américaines pourraient se voir autorisées à conserver les données personnelles « pour lutter contre l’immigration irrégulière et prévenir, détecter et combattre la criminalité grave et les infractions terroristes ». Ceci, uniquement dans le cadre d’un accord bilatéral.

De plus, le nombre et l’identité des administrations américaines autorisées à accéder aux données restent imprécises, le mandat de négociation autorisant même la transmission à d’autres autorités que celles prévues dans l’accord en cas de « menace grave et imminente à la sécurité publique » – même si tout transfert vers un pays ou une organisation tierce serait interdit. Tout un ensemble de notions peu définies qui soulèvent des critiques juridiques sur l’application concrète des limites posées et sur la manière de s’assurer que l’accord ne soit pas travesti par la réalité. Pour autant, le système en deux étapes ne transmettrait de manière automatique que des données limitées, limitées à la stricte identification de la personne. Le second volet – des informations supplémentaires et plus détaillées – se ferait après appréciation humaine et « sur autorisation explicite de la partie requise ».

Plus encore, les USA seraient seulement tenus d’informer les EM de ce partage de données entre administrations. Point crucial, cette disposition pourrait primer sur d’autres garanties, autorisant ainsi une diffusion à plus large échelle des données des voyageurs – à des fins autres que la simple vérification d’identité donc. Malgré tout, le Conseil exige que des niveaux de protection des données « essentiellement équivalents » à ceux conférés par le RGPD soient définis (vœu pieux ?). Les européens veulent enfin se réserver le droit de dénoncer les États-Unis si ces derniers ne respectent plus les garanties inscrites dans l’accord – ceci, via la mise en place d’un organe de gouvernance.

Malgré une certaine prudence affichée pour la suite des négociations, les associations de défense des droits numériques soulignent que l’expérience des précédents accords de transfert de données avec les États-Unis ne permet pas d’être optimiste sur une utilisation raisonnable de ce qui sera transmis ni sur un respect du droit à la protection des données.

Au chapitre migration…

Premières indications sur le futur plan quinquennal de la Commission sur l’asile et la migration

La Commission a adopté le 29 janvier deux nouvelles stratégies-jumelles :  une, quinquennale, relative à l’asile et à la migration et une autre – la toute première du genre – sur la politique des visas. Bruxelles n’a pas fait d’annonce majeure, alors que l’actualité autour de ces sujets est déjà soutenue, mais a « simplement » structuré les différentes initiatives en cours au sein d’un unique plan d’ensemble. Ainsi, dans la première, sont repris le développement des hubs de retour, le contrôle renforcé des frontières la révision du mandat de Frontex ou encore le déploiement opérationnel de l’EES/ETIAS – autant de sujets qui sont en discussion (voire mis en place) depuis plusieurs mois déjà. Pour ce faire, six priorités ont été définies : la diplomatie migratoire ; des frontières européennes fortes ; un système d’asile et de migration équitable, ferme et adaptable ; les retours et les réadmissions ; les voies légales et la mobilité de la main-d’œuvre ; l’utilisation stratégique des ressources financières associée à un soutien opérationnel renforcé.

Dans le détail, plusieurs tendances de fond se voient confirmées, par exemple la révision du mandat de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) et de celui de l’Agence européenne pour la coopération des services répressifs (Europol). Le mandat de l’Agence européenne pour l’asile (EUAA) se verra évalué, le tout pouvant conduire à une éventuelle modification de « règlement fondateur ».

Sans surprise également au vu de l’actualité récente (retracée dans les brèves du CRSI), les procédures de traitement des demandes d’asile seront renforcées, notamment dans la perspective de l’envoi des demandeurs déboutés vers des « centres de retour » situés dans des pays hors-UE. Les accords passés avec des pays tiers dans cette perspective sont donc réaffirmés comme une étape-clé dans le contrôle des flux migratoires. Il est notamment question de renforcer les accords existants avec l’Egypte, la Jordanie et la Tunisie, d’élargir les coopérations avec d’autres pays et de travailler à la réadmission des ressortissants syriens et afghans – l’une des évolutions les plus notables observées dans le discours européen en 2025. Le partenariat avec la Syrie est en outre appelé à se renforcer après l’annonce par la Commission de l’octroi de 620 millions d’euros d’aides sur deux ans.

La stratégie se focalise en outre sur le contrôle des frontières, en soutenant l’implémentation de systèmes informatiques à grande échelle, la numérisation des procédures frontalières et l’utilisation de technologies comme l’IA dans la surveillance, les contrôles et l’analyse des donnés. L’emphase est mise sur une approche « durcie » des relations diplomatiques en liant plus étroitement la coopération migratoire avec l’octroi d’incitants financiers et de préférences commerciales par l’UE. En clair, pour obtenir ces avantages de la part de l’Union, le pays tiers devrait réadmettre une proportion conséquente de ses nationaux refoulés de l’asile en Europe.

Enfin, concernant les visas, il est prévu une révision des règles en vigueur afin de renforcer les moyens d’action sur les retours, les visas multiples l’accélération de la délivrance de visas d’affaires et des simplifications pour les étudiants et chercheurs (par exemple avec l’Inde).

L’UE et l’Inde évoquent les voies de migration légales pour les travailleurs indiens

Dans un contexte international plus que troublé et alors que l’Indopacifique semble être devenu le cœur des tensions géopolitiques du moment, l’UE cherche à renforcer sa posture et son influence dans la zone. Pour cela, un acteur incontournable est l’Inde, première démocratie du monde en termes numérique – et pays le plus peuplé de la planète depuis 2023. A ce titre, Bruxelles et New Delhi ont tenu un sommet commun, le 27 janvier 2026, dans la capitale indienne. En marge des discussions portant sur l’économie, l’industrie de défense ou le commerce international, un mémorandum consulté par le média de référence Agence Europe prévoit plusieurs évolutions en matière de migration entre les deux entités.

La volonté première est de faciliter les voies de migration légale, notamment celle des profils hautement qualifiés, des étudiants et chercheurs et des travailleurs saisonniers, via l’utilisation à terme d’une plateforme « talent pool ». Cette volonté s’inscrit en outre dans un cadre plus large visant à accueillir de la main d’œuvre immigrée dans des secteurs en tension qui peinent à recruter en Europe. Des projets-pilotes existent ainsi avec le Maroc, la Tunisie ou l’Égypte.

L’UE compte mettre en place un « portail juridique européen » (Legal Gateway Office) en Inde, axé en priorité sur le secteur des technologies numériques et de communication. Cet office est censé servir de portail unique d’information et d’accompagnement des candidats indiens sur les voies légales de migration vers l’UE – le tout, avec une durée pilote d’environ 26 mois. De l’autre côté, un renforcement de la coopération est aussi demandé en matière de gestion des flux migratoires et de réadmission des migrants irréguliers. La lutte contre les trafics d’êtres humains est enfin évoquée.

A noter que, contrairement au Mercosur, l’accord passé par l’Europe avec l’Inde ne fait pas débat au Conseil et est même salué par la quasi-intégralité de la classe politique européenne.

Les chiffres de Frontex montrent une baisse durable des traversées irrégulières

D’après le bilan annuel de l’agence européenne Frontex, le nombre de franchissements irréguliers des frontières de l’Union continue sa baisse amorcée en 2024 et atteint même le seuil le plus bas enregistré depuis 2021 avec « que » 178 000 détections.

La route de la Méditerranée centrale est restée la plus empruntée, avec des niveaux de détection globalement similaires à ceux de 2024 (-1%) et des départs majoritairement effectués depuis la Libye, tandis que les détections sur la route ouest-africaine ont chuté d’environ deux tiers (-63%), en lien avec la baisse des départs depuis la Mauritanie, le Maroc et le Sénégal. La route de la méditerranée orientale voit les passages diminuer de 27% (51 000+ traversées). Sont aussi en diminution notable les routes des Balkans occidentaux (-42% sur un an) et de l’Est (-37%). Les traversées depuis la France vers le Royaume-Uni affichent un timide recul de 3% (65 861 traversées), loin de pouvoir contenter Londres. Seule la route de Méditerranée occidentale (détroit de Gibraltar et enclaves espagnoles au Maroc) affiche une augmentation de 14% avec plus de 19 000 traversées. Pour autant, un point d’attention majeur reste la route Libye-Crète qui, en dépit de la baisse globale dans la région, a enregistré un triplement des traversées sur 2025.

Les trois nationalités les plus fréquemment identifiées aux frontières de l’UE étaient les Bangladais, les Égyptiens et les Afghans. L’agence de Varsovie estime enfin à plus de 1800 le nombre de personnes ayant perdu la vie en mer durant leurs traversées, à comparer avec les plus de 2500 de 2024.

Frontex rappelle également que l’année 2026 revêt d’une certaine importance en raison de la mise en œuvre complète du système EES (entry/exit system) et de l’entrée en application du Pacte sur l’asile et la migration – deux programmes majeurs décidés il y a quelques années et qui sont appelés à produire des effets notables. En outre, ETIAS (système européen d’autorisation et d’information concernant les voyages) doit aussi être lancé cette année. Enfin, l’UE veut rester vigilante quant à l’instrumentalisation des migrations, particulièrement par la Russie et la Biélorussie, à la frontière Est du continent.

Du côté de Luxembourg et de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE)…

Le Parlement européen saisit la CJUE d’une opinion juridique quant au traité MERCOSUR

Le 21 janvier 2026, les eurodéputés ont voté, par une majorité serrée (334 vs 324 avec 11 abstentions), le déferrement du texte de l’accord commercial passé avec les pays du MERCOSUR à la Cour de justice de l’Union européenne. Cette procédure, prévue à l’article 117 du règlement intérieur de l’institution, est peu fréquente mais permet de vérifier la compatibilité des textes signés avec les exigences imposées par les traités. En clair, de savoir si cet accord de libre-échange ne contrevient pas au cadre juridique européen. Pourtant, ce vote avait une dimension bien plus politique que juridique. En effet, et contrairement à la majorité des textes soumis à l’approbation des députés européens, les votes se sont faits moins sur une base d’affiliation partisane que de nationalité – les français ayant par exemple largement voté pour le renvoi à Luxembourg tous partis confondus. On retrouve ainsi les lignes de fracture nationales déjà exprimées au Conseil quelques jours auparavant.

Si ce vote peut apparaître comme une défaite pour la Commission – et sa Présidente Ursula von der Leyen (qui a échappé à une quatrième motion de censure dans la foulée) – est une victoire pour les mouvements agricoles fortement mobilisés, la réalité est plus nuancée. Dans les faits, l’opinion des juges européens peut prendre des mois (au mieux) voire des années avant d’être rendue – les estimations oscillant entre 18 et 24 mois, mais sans qu’il ne soit possible d’en être certain. Dans cet intervalle, la Commission peut choisir d’appliquer de manière temporaire l’accord commercial sans attendre le verdict juridique – pourvu que l’un des pays sudaméricains le décide aussi. Cela aurait l’avantage de contenter les pays les plus allants (Allemagne en tête) et de ne pas braquer des États sud-américains (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) déjà très courtisés par la Chine. Si la Commission est théoriquement censée patienter jusqu’au vote du Parlement, elle peut s’en affranchir si le délai devient irraisonnable, une notion floue par essence. Enfin, rien ne dit que la CJUE ne validera pas le dispositif de l’accord – demander une opinion ne signifie pas qu’il y a nécessairement des fautes de droit. L’hypothèse juridique la plus probable restant précisément l’absence de contre-indications.

Sur les aspects juridiques proprement dits, deux points sont soumis à l’avis des juges :

  • Le premier concerne l’outrepassement du mandat de la Commission européenne, en ce qu’elle serait allée plus loin que ce que les traités lui permettent en séparant les volets commerciaux et politiques de l’accord – une manœuvre permettant de contourner l’approbation de tous les parlements nationaux lors de la ratification (et à l’inverse de ce que le CETA avait dû subir).
  • Le second a trait au « mécanisme de rééquilibrage » prévu dans l’accord. Il permet à un État d’exiger des compensations si une réglementation de l’autre partie (introduite postérieurement à l’entrée en vigueur de l’accord) réduit ses exportations. Dans les faits, cette disposition pourrait être actionnée par un État sud-américain dans le cas où l’UE renforcerait ses règles en matière de pesticides ou de lutte contre la déforestation importée.

Rappelons que la Cour de Luxembourg a déjà dû, par le passé, donner son opinion sur plusieurs textes en négociation. Ainsi, en 2014, son opinion négative quant à l’entrée de l’Union dans la CEDH avait gelé le processus – jusqu’à aujourd’hui encore (voir la note du CRSI).

Hongrie : stupéfiants, position à l’ONU et violation des compétences de l’UE

Un recours en manquement est un recours adressé par la commission européenne ou un autre EM à l’encontre d’un EM de l’UE qui a manqué à ses obligations découlant du droit de l’Union. Cela peut concerner un défaut de transposition en droit interne, une mauvaise application des règles… ou un refus d’endosser une position commune validée par le Conseil. C’est dans ce dernier cas que la Hongrie a été condamnée par la Cour de justice le 27 janvier 2026 (C-271/23, Commission/Hongrie).

L’affaire remonte à 2020 et à une session de la commission des stupéfiants des Nations-Unies. Lors de la réunion de cette instance, Budapest a voté dans un sens opposé à la position commune validée par le Conseil de l’UE (les autres EM donc). Cela concernait la modification du classement du cannabis et des substances apparentées dans les conventions des Nations unies sur les stupéfiants et les substances psychotropes, suivant en cela une recommandation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). De plus, le représentant hongrois s’est fendu d’une déclaration revendiquant son action et justifiant le choix de son pays, arguant que le Conseil n’avait pas le droit de prendre cette position. Face à cela, la Commission a engagé un recours en manquement, estimant que la Hongrie avait violé la compétence externe exclusive de l’UE ainsi que le principe de coopération loyale.

Les juges ont fait entièrement droit à l’argumentation de la Commission. En effet, en votant contre une position commune du Conseil, la Hongrie a compromis le principe de coopération loyale, qui veut que les EM soient tenus de faciliter l’accomplissement par l’Union de ses missions. Le gouvernement magyar a aussi rompu le principe d’unité dans la représentation internationale de l’Europe et affaibli le pouvoir de négociation collectif des 27. De plus, la chambre relève que la modification du classement des substances pouvait influer sur d’autres textes juridiques susceptibles d’affecter directement le droit de l’UE. C’est pourquoi l’adoption de la position commune relève d’une compétence exclusive de l’Union, ce que Budapest a méconnu. Enfin, la Cour précise que, dans le cadre d’un recours en manquement, un EM ne peut pas plaider l’illégalité d’un acte d’une institution – sinon cela reviendrait à légitimer le fait de « se faire justice soi-même ».

Opinion AG – décision de retour et emprisonnement de longue durée.

Le 22 janvier 2026, l’Avocat général (AG) Spielmann a rendu ses conclusions dans l’affaire C-877/24. Celle-ci concerne un renvoi préjudiciel effectué par le Conseil d’État néerlandais qui demande l’avis de la Cour de Luxembourg dans deux affaires dont il est saisi. Elles impliquent en effet deux ressortissants de pays tiers (Azerbaïdjan et Afghanistan) respectivement condamnés à la réclusion criminelle pour des homicides et pour des tentatives d’assassinats terroristes commis sur le territoire de l’Union. La juridiction néerlandaise se demande s’il est possible de délivrer une décision d’éloignement alors qu’il est impossible matériellement d’expulser la personne en question en raison de sa peine d’emprisonnement. Ceci, alors que la directive 2008/115 semble être imprécise sur ce point.

Face à cette question, l’AG estime que la directive en question ne s’oppose pas à la délivrance d’une décision d’expulsion même en cas d’emprisonnement de longue durée – sous réserve que les autorités vérifient périodiquement si l’éloignement peut s’envisager au regard de la situation pénale de la personne. Aussi, la directive n’impose pas la délivrance de titre de séjour durant l’exécution de la peine. Pour le reste, l’avocat général estime que l’adoption d’une décision de retour est en revanche impossible lorsqu’une perpétuité réellement incompressible est prononcée – puisque l’expulsion elle-même devient dès lors impossible.

Rappelons que l’avis d’un AG a pour vocation d’éclairer la formation de jugement par la proposition d’une solution juridique, mais ne la lie pas quant au dispositif du prononcé.

Le rapport du Conseil de l’Europe sur les conditions d’interpellation et d’incarcération en France

Le Conseil de l’Europe est une institution, plus ancienne que l’Union européenne, destinée à la promotion et à la défense des droits de l’Homme sur le continent européen. Basée à Strasbourg (avec la CEDH), elle dispose de plusieurs comités et institutions pour exercer cette mission. L’une d’entre elles est le Comité de prévention de la torture (CPT), composée de plusieurs experts qualifiés menant des visites dans les différents Etats-parties au CoE (46). Pour plus d’informations générales sur le CoE et ses instances, se référer à la note du CRSI.

Le CPT a donc, au cours de l’une de ses missions, été amené à visiter plusieurs postes de police et établissements pénitentiaires français – aussi bien pour adultes que pour mineurs. Sans grande surprise, leur rapport pointe une situation préoccupante sur plusieurs aspects. Le premier concerne la surpopulation carcérale – un sujet récurrent et conscientisé depuis longtemps – qui atteint plus de 80 000 personnes emprisonnées pour 63 000 places ; conduisant à ce qu’environ 3 000 détenus soient contraints de dormir au sol. Toujours concernant les prisons, les auteurs estiment que les activités sont largement insuffisantes, avec plus de 20 heures par jour en cellule et des lacunes dans les activités récréatives et éducatives des mineurs. De « graves déficiences » sont aussi relevées dans la prise en charge des détenus atteints de troubles psychiatriques. Quant aux postes de police, le CPT affirme avoir relevé des cas de violences volontaires sur des individus interpellés et pointe une insalubrité de certains locaux.

A noter que, dans la liste des établissements et des brigades contrôlées, une très large partie des visites s’est effectuée en zone urbaine (police nationale) et notamment à Paris et Marseille – c’est-à-dire l’ensemble des 11 emprises de police et un tiers des emprises de la gendarmerie. Seules deux unités de l’ex-maréchaussée complètent cette mission. Il en est de même pour les établissements pénitentiaires, où quatre sur cinq sont à Marseille ou en banlieue parisienne. 

Si le nombre et la répartition des visites effectuées sont naturellement insuffisantes pour pouvoir tirer un constat général et absolu, les situations pointées n’en sont pas moins réelles. A ce titre, les autorités françaises ont répondu au rapport en reconnaissant certains dysfonctionnements et en affichant leur intention de renforcer la formation des personnels, augmenter le nombre de places de prison et améliorer les conditions de détention. Rappelons qu’il ne s’agit que d’un rapport visant à visibiliser un sujet auprès des autorités nationales concernées, le CPT n’ayant pas de pouvoir contraignant.

Europol annonce le démantèlement d’un réseau de drogues de synthèse

L’Agence européenne pour la coopération des services répressifs (Europol) est habituée à communiquer sur ses actions aux quatres coins du continent. Pour autant, le 21 janvier 2025, l’agence de la Haye (Pays-Bas) a annoncé le démantèlement d’un vaste réseau de production et de distribution de drogues de synthèse – dont de la MDMA, des méthamphétamines et des amphétamines. L’opération est, de l’avis même des responsables d’Europol, l’une des plus vastes jamais menées en Europe puisqu’elle a conduit à l’arrestation de 85 personnes (dont deux chefs de réseau présumés) et à la saisie de plus de 1000 tonnes de produits chimiques – qui peuvent conduire à 300 tonnes de drogue. Le communiqué annonce en outre la mise hors service de 24 laboratoires clandestins (dont neuf en Belgique) et la saisie de 500 000 euros, de 9 véhicules et de biens immobiliers. La majorité des arrestations concerne des citoyens polonais, mais des belges et des néerlandais seraient aussi concernés. Rien qu’en Allemagne, ce sont 800 kilos de produits et 160 000 litres de déchets chimiques qui ont été saisis – ainsi que 45 personnes interpellées. 

Les autorités de plusieurs pays européens ont été mobilisées pour cette opération, baptisée « Fabryka » : Pays-Bas, Belgique, République Tchèque, Allemagne, Pologne et Espagne. Selon elles, il s’agit d’un coup dur porté aux réseaux criminels actifs sur le marché clandestin des drogues de synthèse. Ces produits sont réalisés à partir de composants initialement légaux, importés d’Asie en grande quantité – et dont le circuit de distribution en Europe a attiré l’attention des autorités. Il est enfin de plus en plus évident que la fabrication et le trafic en masse de tels produits à un impact environnemental conséquent.

Dans le reste de l’actualité européenne :

PARLEMENT : Les députés européens ont adopté, le 20 janvier 2025, une proposition de résolution appelant à intensifier la lutte contre le narcotrafic dans l’UE. Déposée de manière commune par cinq groupes (PPE, S&D, Les Verts, Renew, La Gauche) et approuvée à une large majorité, elle vise à inciter les institutions européennes à agir davantage pour contrer les violences liées aux organisations criminelles impliquées dans le trafic de stupéfiants. Cette résolution intervient dans le contexte plus particulier des multiples homicides commis à Marseille, et notamment l’assassinat de Mehdi Kessaci. 

Le 27 janvier 2026, les eurodéputés de la commission LIBE (libertés civiles, justice et affaires intérieures) ont en outre adopté deux accords politiques sur deux accords passés avec le Conseil de l’UE (« trilogues »). Dans le détail, le premier accord concerne les textes migratoires sur les « pays tiers surs » et les « pays d’origine surs » – un dossier qui s’était conclu de manière étonnamment rapide pour un tel sujet. Le second accord concerne la directive relative à la lutte contre la corruption et harmonisant la prévention et les sanctions – un texte quelque peu édulcoré par rapport à la position initiale du PE. Sur le détail de ces mesures, voir les brèves du CRSI de décembre 2025.

POLOGNE : Le gouvernement a demandé à la Commission européenne de se saisir de ses prérogatives conférées par le Digital services Act (DSA) afin de mettre la pression sur le réseau social TikTok. Selon Varsovie, la plateforme ne respecte pas ses obligations et favorise la diffusion de contenus ouvertement anti-UE et appelant à un « Polexit ». Ces vidéos, entièrement générées par IA, sont suspectées par les autorités d’être le dernier avatar d’une campagne d’ingérence russe dans le pays. La Commission a accusé réception de la demande polonaise.

CJUE : La Cour de justice de l’Union européenne a mis en ligne un nouveau portail d’information à destination des citoyens et des professionnels du droit. Reprenant les informations déjà disponibles, celles-ci sont réagencées au travers d’interfaces modernisés et de nouveaux critères de recherche pensés pour être plus intuitifs. Cela concerne notamment un site internet rénové, un nouveau formulaire de recherche de la jurisprudence (InfoCuria), une page pour les communiqués de presse et le lancement de la chaine vidéo Curia Web TV. Le tout, afin de rendre l’accès au droit européen plus proche et plus intuitif pour le citoyen.

PAYS-BAS : La police néerlandaise a utilisé des drones le long de sa frontière avec la Belgique durant les fêtes de fin d’année afin de prévenir l’entrée illégale de mortiers et autres feux d’artifice sur son territoire. Les engins aériens peuvent notamment surveiller les véhicules les plus suspects afin de faciliter leur contrôle. L’objectif poursuivi est de contrer l’utilisation croissante de ces feux d’artifice achetés à l’étranger et interdits à la vente en territoire néerlandais – produits dont 120 kilogrammes ont pu être saisis en une journée. Ils provoquent en effet chaque année des blessures parfois importantes, y compris sur des mineurs. A noter que diverses interdictions existent déjà des deux côtés de la frontière, principalement décidées au niveau local.

COMMISSION :  La Direction générale des affaires intérieures et de la migration (DG HOME) a rendu public un communiqué le 18 janvier 2026 soulignant la bonne mise en œuvre du système EES (Entry/Exit system), un programme qui a initialement connu des difficultés pour aboutir. Bruxelles se félicite que l’EES ait pu, en trois mois, enregistrer près de 20 millions de franchissements de frontières extérieures de l’UE et ait pu empêcher près de 10 000 arrivées illégales (qui se sont traduites par des refus d’entrée). La Commission relève aussi que la plupart des pays ont dépassé le seuil de 35% d’enrôlement biométrique dès la mi-novembre 2025, alors que l’échéance était fixée au 10 janvier 2026 et que la mise en place complète doit intervenir le 10 avril 2026. Enfin, le système a aussi prouvé sa capacité à détecter des faux documents d’identité. Rappelons que l’EES consiste à enregistrer les entrées et sorties de ressortissants non européens aux frontières de l’UE et introduit une vérification d’identité biométrique (visage et empreintes digitales) en lieu et place du traditionnel cachet.

CONSEIL DE L’UE : Les ministres européens de la Justice ont, le 23 janvier 2026, convenu de la nécessité d’une action plus forte concernant le trafic de biens culturels et la restitution de ceux exportés illégalement. En ce sens, ils ont demandé à la Commission de présenter des études sur le sujet. Le ministre chypriote concerné estime que cinq milliards d’euros sont engendrés chaque année par ce type de trafic – lequel peut profiter de régimes juridiques variables d’un EM à l’autre et d’une action commune encore très timide en la matière.

Lors de la même « rencontre informelle », les ministres ont exprimé leur souhait de faire progresser le recouvrement des avoirs criminels – et ce, alors que le taux de confiscation reste inférieur à 2% dans l’UE et que les revenus annuels de la criminalité organisée sont estimés à au moins 139 milliards d’euros. Sur ce point, le cadre juridique est déjà existant, notamment via la directive 2024/1260 qui pourrait produire des effets si elle était appliquée de manière plus rapide et ambitieuse. Les EM soutiennent aussi une meilleure coopération entre public et privé et un échange d’informations renforcé. Le tout, dans le respect de l’Etat de droit et de la protection des données personnelles.

 

* Les propos évoqués aux présentes brèves relèvent de l’entière responsabilité de l’auteur et n’engagent d’aucune manière une quelconque institution

actes antireligieux

Bilan des actes antireligieux en France

By Sécurité/Justice

– par Claire-Marine GROS, chef de cabinet adjointe CRSI

Étude des chiffres des actes antireligieux en France sur la période 2023 – 2025

En 2025, près de 2 500 actes antireligieux ont été recensés sur le territoire national, un niveau globalement stable par rapport à 2024. Ces actes concernent principalement trois religions : le judaïsme, le christianisme et l’islam.

Évolution par religion

Catégorie 2023 2024 2025 Var. 23→24 Var. 24→25
Antisémites 1 676 1 571 1 320 –6,3 % –16,0 %
Antichrétiens 985 773 843 –21,5 % +9,1 %
Antimusulmans 242 173 326 –28,5 % +88,4 %

Points clés :

  • Les actes antisémites restent historiquement élevés, représentant 53 % des actes en 2025, malgré un recul de 16 % par rapport à 2024.
  • Les actes antichrétiens, majoritairement des atteintes aux biens (87 %), représentent 34 % du total et ont augmenté de 9 % en 2025.
  • Les actes antimusulmans, en majorité agressions physiques, verbales ou haine en ligne (64 %), ont fortement augmenté (+88 %) en 2025.

Mesures de prévention et de protection

Le ministère de l’Intérieur poursuit une politique active de lutte contre les actes antireligieux :

  • Sécurisation des lieux de culte : rondes, patrouilles, points fixes, renforcement lors des fêtes religieuses.
  • Sensibilisation des responsables religieux aux enjeux de sécurité (plus de 220 sessions depuis mars 2025).
  • Soutien financier à la protection des sites cultuels : près de 48 millions d’euros investis depuis 2015 pour installer vidéosurveillance, verrous et portes blindées.
  • Recours aux mesures de police administrative : dissolutions d’associations, gels d’avoirs et signalements judiciaires. 

Perspectives

Le gouvernement, avec le ministère de l’Intérieur, organise prochainement des Assises nationales et territoriales pour renforcer la prévention et la répression des actes antireligieux, mobiliser tous les acteurs concernés et identifier de nouvelles pistes d’action.

gendarmerie nationale

Adaptation du modèle territorial de la Gendarmerie nationale

By Sécurité/Justice

– par Claire-Marine GROS, chef de cabinet adjointe CRSI

Source exploitée : Rapport de la Cour des comptes

Urgence d’adaptation du modèle territorial de la Gendarmerie nationale – constats et recommandations de la Cour des comptes

Contexte

La Cour des comptes alerte sur la fragilisation progressive du modèle territorial de la Gendarmerie nationale. Si les effectifs globaux apparaissent stables, le réseau des brigades territoriales est confronté à une inadéquation croissante entre moyens disponibles et évolution des besoins opérationnels, notamment dans les zones périurbaines.

En 2025, la Gendarmerie nationale compte environ 103 000 gendarmes hors réservistes, dont près des deux tiers sont affectés aux unités territoriales (66 100 ETP). Elle exerce sa compétence sur 33 333 communes, couvrant 95 % du territoire national et 34,7 millions d’habitants.

 

Fragilisation du maillage territorial

Depuis le début des années 2000, le nombre de brigades a diminué sous l’effet de dissolutions et de la montée en puissance des communautés de brigades (COB), désormais majoritaires. Cette évolution, si elle a permis une mutualisation des moyens, n’a pas compensé :

  • la forte croissance démographique en zone gendarmerie, notamment périurbaine;
  • la hausse soutenue de l’activité (+45 % de faits constatés depuis 2010). 

Le ratio gendarmes/habitants a ainsi diminué d’environ 10 % en vingt ans.

 

Déséquilibres d’effectifs

La Cour relève un décalage marqué entre la progression des effectifs affectés aux services centraux (+10 % en 15 ans) et la quasi-stagnation des effectifs en brigade (+1 % depuis 2010).
De nombreuses unités demeurent sous-dimensionnées :

  • près d’un quart des brigades de proximité n’atteignent pas le seuil minimal de six gendarmes ;
  • environ 20 % des brigades sont ouvertes au public moins de dix heures par semaine. 

Cette situation limite la capacité de la Gendarmerie à assurer pleinement sa mission de proximité et de contact avec la population.

 

Principales recommandations

La Cour des comptes préconise notamment :

  • un rééquilibrage pluriannuel des effectifs au profit des territoires les plus en tension d’ici 2030 ;
  • la suppression des unités de très faible effectif ne présentant pas de contraintes spécifiques ;
  • le relèvement des effectifs minimaux en zone périurbaine ;
  • la suspension de la création de nouvelles brigades au profit du renforcement des unités existantes ;
  • le développement de modes de contact alternatifs avec les usagers ;
  • l’achèvement de la dématérialisation de la plainte et le déploiement de la visio-plainte d’ici 2026.

 

Enjeu

La Cour appelle à une adaptation rapide du modèle territorial afin de préserver l’efficacité opérationnelle de la Gendarmerie nationale et la qualité du service rendu à la population dans un contexte de transformation démographique et sécuritaire.