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Insécurité et immigration : l’Allemagne change de cap

By Sécurité/Justice

Menacée par l’insécurité et une immigration massive, l’Allemagne change de cap

Par Bruno Mahieux


Soligen, un triste symbole

Le 23 août dernier, à Solingen, une attaque au couteau a causé la mort tragique de 3 victimes, et blessant 5 autres personnes lors d’un festival fêtant les 650 ans de la ville.

Solingen est une ville moyenne de l’Allemagne de l’Ouest, à une trentaine de kilomètres de Düsseldorf.  Avec près de 160 000 habitants, elle est surtout renommée pour ses fabriques de lames et de couteaux :  Le Solingen est à l’Allemagne ce que l’Opinel est à la France. Un symbole de qualité et du savoir-faire artisanal allemand. Triste symbole de voir cet acte criminel commis dans la ville dont le couteau est la fierté.

L’attaque a été commise par un Syrien de 26 ans, non connu des services de la police allemande, mais qui aurait dû être expulsé d’Allemagne l’année dernière, sa demande d’asile ayant été rejetée. Il s’agit d’un nouvel acte revendiqué par l’Etat Islamique après l’attaque au camion bélier sur le marché de Noël de Berlin en 2016, faisant à l’époque 13 victimes.

La liste des attentats ne cesse de s’allonger, créant de fortes tensions dans toute l’Allemagne :

  • Le 25 janvier 2023, une attaque au couteau dans un train régional reliant Hambourg à Kiel, faisant 2 morts et sept blessés. L’auteur était d’origine palestinienne et apatride.
  • Le 31 mai 2024, 5 personnes sont blessées par un homme de 25 ans d’origine afghane, lors d’un meeting politique anti-islam à Mannheim. Un policier décèdera de ses blessures.
  • Le 27 août, un homme armé de deux couteaux ayant menacé et agressé plusieurs passants, est abattu à Moers.
  • Le 30 août, une femme de 32 ans poignarde plusieurs personnes à Siegen, faisant 5 blessés.
  • Le 5 septembre dernier, la police allemande tuait un homme d’origine autrichienne et connu pour ses sympathies islamistes, alors qu’il planifiait un attentat terroriste contre le consulat général d’Israël, à Munich.
  • Plusieurs autres projets d’attentats au nom de l’Etat Islamique ont été déjoués, visant des édifices religieux, églises ou synagogues, dont la cathédrale de Cologne.

 

Une dégradation globale de la situation sécuritaire

Ces attentats à répétition sont un choc pour la population.  L’Allemagne était jusqu’à présent l’un des pays les plus sûr du monde, selon le Global Peace Index[1].  Pourtant, selon les chiffres du ministère de l’intérieur [2],  la situation se dégrade de façon spectaculaire : plus de 5,94 millions de délits de toute nature ont été répertoriés en Allemagne, soit une hausse de 5,5 % par rapport à 2022, qui avait déjà vu le nombre de délits augmenter significativement de 11,5 % par rapport à 2021 (5 628 584 délits répertoriés contre 5 047 860 en 2021).

Autre fait notable : les délits sont de plus en plus violents : ils ont cru de 8,5 % l’année dernière, pour atteindre un record depuis 2007, avec 214 099 cas répertoriés, après une année 2023 qui avait déjà vu augmenter le nombre de délits violents de 19,8 %.

Les raisons de cette augmentation de la criminalité sont multiples :  La fin de la pandémie de COVID et des contrôles qui en ont découlé, ainsi que la crise économique et sociale liée au retour de l’inflation en 2022 ont certainement joué un rôle.    Néanmoins, une analyse fine des chiffres du ministère de l’intérieur met clairement en évidence le lien entre immigration et insécurité :

En effet, parmi les 2,246 millions de personnes mises en cause dans ces délits, (soit une augmentation de 7,6 % par rapport à l’année précédente, respectivement 18,3 % par rapport à 2019), environ 923 000 personnes (41 % des personnes mises en cause) sont des étrangers. Si l’on excepte les personnes étrangères entrées illégalement en Allemagne, la proportion d’étrangers est de 34,4 %.

Enfin, alors qu’il n’y a eu pratiquement aucune évolution du nombre de personnes mises en cause parmi la population de nationalité allemande (+1%), on a constaté une augmentation globale significative de + 13,5% parmi les étrangers.  La part de la population étrangère ayant également augmenté, l’impact de l’immigration sur cette hausse de l’insécurité est difficilement contestable.

Les partis de gouvernement qui ont pendant des années nié le lien entre l’immigration de masse et l’augmentation de la criminalité, l’ont désormais reconnu, à commencer par la ministre de l’Intérieur elle-même, Nancy Faeser, pourtant non suspecte de sympathies avec « l’extrême droite ».

 

Une immigration massive au cours de la dernière décennie

Jusqu’à la première crise du pétrole en 1973, l’immigration allemande était pour l’essentiel une immigration de travail, issue des pays européens du sud de l’Europe (Espagne, Italie, Yougoslavie) et de la Turquie.

L’immigration s’est progressivement intensifiée dans les années 70, avec l’autorisation du regroupement familial.  On estime à un million le nombre d’enfants turcs nés sur le sol allemand grâce à cette loi.  L’impact sur la population était cependant relativement limité, le code de la nationalité allemande étant régi par le droit du sang.  C’est en 2000 que celui-ci sera remplacé par le droit du sol, sous certaines conditions.

Suite à la réunification en 1991, consécutive à la chute du mur de Berlin, l’ouverture du marché du travail aux pays membres de l’UE provoque une immigration massive, majoritairement en provenance des pays de l‘Est et du sud de l’Europe.

C’est à partir de 2015 que le poids de l’immigration en provenance de pays islamistes s’est considérablement renforcé :  L’Europe est confrontée à une crise migratoire sans précédent en raison de la guerre civile en Syrie.  Sous l’impulsion de sa chancelière Angela Merkel, l’Allemagne a accueilli, entre 2015 et 2016, 2,5 millions de réfugiés sur son territoire.

Malgré une accalmie de la crise migratoire les années suivantes, l’arrivée de migrants est restée assez élevée en comparaison avec ses voisins européens, le gouvernement allemand facilitant une immigration ciblée pour palier au vieillissement de la population et au déficit démographique qui en résulte. En 2022, plus de 2 millions migrants se sont installés en Allemagne.

Cette immigration massive a pour conséquence une forte augmentation du nombre de naturalisations :  en effet, la plupart des immigrés arrivés au cours de la crise migratoire remplissent aujourd’hui les critères de naturalisation, (maîtrise de la langue, présence dans le pays depuis un certain nombre d’années), et entreprennent les démarches pour obtenir la nationalité allemande. En 2023, ce sont près de 200 100 étrangers qui ont obtenu un passeport allemand outre-Rhin, selon un rapport publié le 28 mai dernier par l’office fédéral de la statistique. Prés de 50 % sont d’origine syrienne, irakienne, afghane ou turque.

Après des années de forte immigration, l’Allemagne est à la limite de l’intégration. Le nombre de demandes d’asile a augmenté de 51% l’an dernier (329 000), créant des difficultés d’hébergement dans les communes.

 

Des répercutions politiques notables

Ces derniers mois marquent un tournant majeur dans le débat sur l’immigration.  Alors que l’immigration était absente de la campagne électorale de 2021 qui a amené la coalition actuelle au pouvoir, le sujet de l’immigration s’est imposé au centre des débats politiques.

Le sujet est particulièrement sensible dans l’ex Allemagne de l’Est, alors que les Länders est-allemand étaient historiquement peu concernés par l’immigration, en comparaison avec l’ex Allemagne de l’Ouest.  Le 1er septembre dernier, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) a réalisé une percée historique lors d’élections régionales en Thuringe et en Saxe, (2 Länders issus de l’ex Allemagne de l’Est), devenant la première force politique de la Thuringe et talonnant les Chrétiens Démocrates en Saxe.  D’autres élections prévues dans le Brandebourg le 22 septembre prochain devrait confirmer cette tendance selon les derniers sondages.

L’irruption de l’AfD comme deuxième force politique en Allemagne est considéré par beaucoup comme le fruit d’une immigration incontrôlée.

Face à cette montée de la violence, la coalition au pouvoir en Allemagne n’hésite pas à employer les grands moyens, quitte à se mettre en infraction avec les règles européennes et les accords de Schengen.

Suite aux actes criminels de l’été, de nombreuses décisions ont été prises rapidement, pour tenter d’inverser la tendance, preuve d’un relatif consensus au sein de la coalition face à l’urgence de la situation.

Parmi les mesures les plus marquantes prises dans le courant de l’été – renforcement des lois sur le port d’armes, suppression des aides pour les demandeurs d’asile entrés dans un autre pays de l’UE avant l’Allemagne, renvoi de 28 afghans condamnés pour crimes dans leur pays d’origine – celle annoncée par le chancelier Scholz le 9 septembre dernier,  décrétant que l’Allemagne allait rétablir les contrôles à ses frontières à partir du 16 septembre, ne manquera pas de relancer la question de la politique migratoire de l’Union  Européenne.

Au regard de la gravité des problèmes de sécurité constatés en France, le prochain gouvernement français serait bien intentionné de s’inspirer du pragmatisme de son voisin allemand et de ce qui est mis en place au Danemark, aux Pays-Bas, en Suède ou encore en Italie.


Sources

[1] L’Allemagne se classe au 20 ième rang mondial selon le Global Peace Index 2024, avec un niveau de sécurité considéré comme élevé.  A titre de comparaison, la France se situe au 86 rang mondial avec un niveau de sécurité moyen, derrière des pays comme la Roumanie, le Libéria ou le Paraguay.

[2] Tous les chiffres mentionnés dans cette note sont issus du rapport publié en avril 2024 : Polizeiliche Kriminalstatistik 2023. www.bka.de

Le refus d’obtempérer

By Sécurité/Justice

Le refus d’obtempérer

Le drame survenu à Mougins le 26 août 2024, où un gendarme a perdu la vie à la suite d’un homicide consécutif à un refus d’obtempérer, met en lumière l’ampleur et la gravité de ce phénomène. Cette infraction, qui consiste à ne pas se soumettre aux injonctions d’un agent des forces de l’ordre sur la route, peut avoir de lourdes conséquences. Au-delà des cas particuliers, cet acte pose des questions fondamentales : refus de l’autorité de l’État, montée de l’insécurité, réponse pénale, responsabilité individuelle, etc.


Actualité

Le lundi 26 août a été marquée par la mort dramatique de l’adjudant Éric Comyn à Mougins (gendarme de 54 ans) en raison d’un refus d’obtempérer.

Récemment, un policier municipal s’est retrouvé dans le coma après avoir pris en chasse un véhicule ayant grillé un feu rouge à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne) le mardi 27 août.

Le rappeur Zola a été placé en garde à vue pour refus d’obtempérer le jeudi 29 août. Il a pris la fuite à vive allure sous l’emprise de stupéfiants. Il circulait les feux éteints à plus de 200 km/h.

Deux autres policiers municipaux ont été percutés par un chauffard refusant de s’arrêter le vendredi 30 août à Toulouse. Le conducteur avait consommé du protoxyde d’azote au moment des faits.

Dans la nuit du samedi 31 août, les policiers de la BAC ont ouvert le feu sur un chauffard refusant d’obtempérer, après que ce dernier leur a foncé dessus

Un piéton a été grièvement blessé lors d’un refus d’obtempérer à Paris le dimanche 1er septembre, alors que le conducteur tentait de prendre la fuite. Le chauffeur a été interpellé après avoir percuté un immeuble.

Lundi 2 septembre à Fréthun (Pas-de-Calais), un chauffeur est mort après avoir percuté un pylône électrique à la suite d’un refus d’obtempérer et une course-poursuite avec la Gendarmerie.

Un chauffeur a blessé un policier et un gendarme lors d’une course-poursuite à la suite d’un refus d’obtempérer le mardi 3 septembre à Paris.

Le même jour à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) dans la soirée, un chauffeur a percuté une voiture de police et blessé deux policiers dans sa fuite après avoir refusé d’obtempérer.

Le jeudi 6 septembre à Cannes, deux policiers ont été légèrement blessés lors d’un refus d’obtempérer. Le conducteur, âgé de 16 ans, était sous l’emprise de stupéfiants.

Un chauffeur de 28 ans, roulant sans phares et sans ceinture a percuté un tramway alors qu’il fuyait après un refus d’obtempérer. L’événement a eu lieu à Mulhouse le samedi 7 septembre (Haut-Rhin).

Dans la nuit du samedi au dimanche 8 septembre à Beure (Doubs), un conducteur a refusé d’obtempérer et a ensuite percuté une autre voiture. Quatre personnes ont été blessées.

Dans la même nuit à Clermont-Ferrand, un homme à scooter a refusé d’obtempérer et a traîné un policier sur cinquante mètres.

 

Il y a eu 23.100 refus d’obtempérer en 2023.

 

Définition

“Le fait, pour tout conducteur, d’omettre d’obtempérer à une sommation de s’arrêter émanant d’un fonctionnaire ou d’un agent chargé de constater les infractions et muni des insignes extérieurs et apparents
de sa qualité est puni de deux ans d’emprisonnement et de
15.000 euros d’amende.”

Le refus d’obtempérer est à distinguer du délit de fuite (s’enfuir après avoir causé un accident).

Peines encourues

Le refus d’obtempérer est un délit pénal puni de deux ans d’emprisonnement et de 15.000€ d’amende, ainsi que des peines complémentaires suivantes :

  • Suspension du permis de conduire pour une durée ne pouvant excéder trois ans;
  • Peine de travail d’intérêt général;
  • Peine de jours-amende;
  • Annulation du permis de conduire;
  • Confiscation du véhicule utilisé lors de l’infraction ou de l’un ou plusieurs véhicules appartenant au condamné;
  • Obligation pour le condamné d’accomplir, à ses frais, un stage de sensibilisation à la sécurité routière.

Enfin, l’immobilisation du véhicule peut être prescrite et six points du permis de conduire peuvent être enlevés.

Circonstances aggravantes

Lorsque les circonstances du refus d’obtempérer exposent autrui à un risque de mort ou de blessures de nature à amener une mutilation ou une infirmité permanente, les sanctions sont encore plus lourdes :

  • 5 ans d’emprisonnement;
  • 75.000€ euros d’amende;
  • Suspension automatique du permis de conduire sans durée maximale précisée.

Lorsque ces circonstances concernent une personne dépositaire de l’autorité publique, les peines sont portées à :

  • 7 ans d’emprisonnement;
  • 100.000€ d’amende.

Distinction entre le refus d’obtempérer et les atteintes involontaires ou volontaires à la personne

Les atteintes involontaires ou volontaires à la personne sont à distinguer du refus d’obtempérer qui les précède.

Les infractions retenues peuvent être multiples et dépendent des circonstances exactes des faits qui suivent le refus d’obtempérer : homicide volontaire ou tentative d’homicide, qui sont des crimes, homicide involontaire (délit), coups et blessures à la personne (délit), conduite en état alcoolique ou sous l’emprise de stupéfiants, conduite sans permis, etc.

Les peines encourues peuvent alors être  très élevées: emprisonnement pouvant aller jusqu’à la perpétuité, lourde amende, révocation du permis de conduire pouvant être à vie, etc.

Quel usage des armes à feu pour les forces de l’ordre ?

En cas de refus d’obtempérer, l’usage des armes par les forces de l’ordre n’est possible que lorsqu’elles estiment que ce refus d’obtempérer expose leur vie ou celle d’autrui à un danger immédiat. Cet usage est strictement encadré par  l’article L435-1 du Code de la sécurité intérieure.

“Dans l’exercice de leurs fonctions et revêtus de leur uniforme ou des insignes extérieurs et apparents de leur qualité, les agents de la police nationale et les militaires de la gendarmerie nationale peuvent, outre les cas mentionnés à l’article L. 211-9, faire usage de leurs armes en cas d’absolue nécessité et de manière strictement proportionnée :

4° Lorsqu’ils ne peuvent immobiliser, autrement que par l’usage des armes, des véhicules, embarcations ou autres moyens de transport, dont les conducteurs n’obtempèrent pas à l’ordre d’arrêt et dont les occupants sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique
ou à celles d’autrui.

Données du ministère de l’Intérieur

Sur la période 2016 – 2023, les forces de sécurité intérieure ont constaté 25.700 délits de refus d’obtempérer  routiers en moyenne par an. Ces derniers ont légèrement diminué sur la période (-5 %), avec une hausse entre  2016 et 2021, suivie d’une baisse de 2021 à 2023.

1 sur 5 des refus d’obtempérer routier est un délit aggravé9 fois sur 10, il met en danger d’autres usagers de la route.
La part de ces délits aggravés est passée de 16 % en 2016 à 21 % en 2023

 

Rapportés à la population potentiellement concernée, ces refus d’obtempérer ne sont pas plus fréquents dans les grandes agglomérations urbaines que dans les petites.

En zone police (moitié des infractions enregistrées), 97 % des refus d’obtempérer sont commis par des hommes et 75 % des personnes mises en cause sont âgées de moins de 30 ans.

TRIBUNE : Quels outils numériques pour les polices municipales au sein du continuum de sécurité français ?

By Sécurité/Justice

TRIBUNE : Quels outils numériques pour les polices municipales au sein du continuum de sécurité français ?

Le rôle et le poids des polices municipales en tant que police de proximité et du quotidien, se renforcent en France depuis plusieurs années. Pour répondre aux enjeux actuels prégnants de sécurité et pour améliorer l’efficacité de leurs actions, ces polices municipales doivent pouvoir s’appuyer sur des outils numériques adaptés.

Benoît Fayet, consultant Défense & Sécurité Sopra Steria Next et membre du comité stratégique du CRSI

Quentin Huleux, consultant Défense & Sécurité Sopra Steria Next

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Dans un contexte sécuritaire dégradé en France, les polices municipales font face à un point de bascule : leur montée en puissance quantitative avec plus de 24 000 policiers municipaux à ce jour, et leur rôle bien souvent de primo-intervenants au quotidien devant une délinquance de masse permettent à l’État de les considérer aujourd’hui comme un pilier de la coproduction de sécurité en France. À ce titre, un “Beauvau des polices municipales” a été lancé en avril pour traiter notamment des missions des polices municipales. Dans ce cadre, le levier du numérique pour affirmer le rôle de ces polices municipales doit être appréhendé dans sa globalité. En effet, des besoins forts sont exprimés par les collectivités locales pour accélérer le déploiement en équipements numériques (vidéosurveillance, etc.) ou pour renforcer la digitalisation des polices municipales (partage d’information avec la police ou gendarmerie nationales, consultation de fichiers, etc.).

Vidéosurveillance et sécurité publique, l’usage de la donnée pour mieux “faire face”

La vidéosurveillance est devenue un équipement numérique incontournable pour les collectivités locales, sur lesquels des polices municipales peuvent s’appuyer pour
renforcer la sécurité d’un territoire. En 2024, plus de 6 000 communes en France sont ainsi équipées de caméras de vidéosurveillance (soit +20% de communes en 10 ans). La vidéosurveillance est un outil qui dispose de nombreux atouts. Elle est d’abord très efficace pour la verbalisation (détection de déchets ou d’objets abandonnés, traitement d’infractions routières ou de stationnement, etc.). Par ailleurs, elle offre une aide indispensable à l’élucidation de faits et permet d’optimiser la présence des agents sur le terrain. Enfin, elle permet d’anticiper tous types d’événements, d’obtenir une connaissance plus fine d’une situation et de piloter plus efficacement des opérations sur un territoire donné.

Un usage “augmenté” de la vidéosurveillance pourrait être encouragé pour aller plus loin en termes de valorisation et exploitation de données issues des centres de supervision urbains (CSU) mais aussi de partage de données en temps réel entre forces de sécurité locales et nationales sur le terrain ou à un niveau de commandement (déport d’images ou de vidéos issues des CSU, de données issues de caméras piétons, etc.). Cet usage augmenté de la vidéosurveillance devrait se faire dans un cadre juridique clarifié et renforcé (durée minimale légale de stockage des données, etc.).

Dans ce contexte, l’usage de l’intelligence artificielle dans le traitement des données issues de la vidéosurveillance pourrait aussi être étudié, dans un cadre juridique strict à appréhender, pour permettre par exemple des recoupages d’informations et des analyses qui augmenteraient considérablement les capacités des acteurs producteurs de sécurité localement. Ainsi, l’exploitation de bandes vidéo d’une zone géographique définie dans le cadre d’une enquête sur des faits de cambriolage, nécessite aujourd’hui une revue humaine de l’ensemble des données, opération chronophage et laborieuse qui serait minimisée par un recours à l’intelligence artificielle.

Au cœur de la coproduction de sécurité, le partage d’information

L’interopérabilité est un autre levier numérique majeur. Le partage de l’information constitue en effet une pratique clé dans l’accomplissement des missions attribuées aux polices municipales, du fait de leur statut de police de proximité. Si le projet Réseau Radio du Futur aspire à offrir une infrastructure réseau accessible à l’ensemble des acteurs de sécurité et de secours, cette dynamique d’interopérabilité devra se convertir en des outils adaptés.

La projection des données sur des outils cartographiques partagés par les forces municipales et étatiques est à ce titre un enjeu crucial pour assurer la mise en cohérence de l’ensemble de ces forces. Cette mise à disposition de systèmes d’information collaboratifs permettrait d’obtenir des tableaux de bord centralisés des données sur la délinquance, ainsi que des outils de supervision unique permettant une représentation dans le temps et l’espace et une mise à disposition des données à l’ensemble des acteurs concernés par la sécurité d’un même territoire. L’interopérabilité entre ces acteurs via le
numérique serait un changement de paradigme qui pourrait garantir un véritable “continuum de sécurité” au niveau local face à un fonctionnement actuel plutôt en silo.

Une meilleure intégration des polices municipales par l’accès aux données

Parallèlement, il conviendrait d’améliorer l’accès des polices municipales à certaines données issues de fichiers informatiques consultés par les forces de sécurité intérieure “étatiques”. En écho à des besoins forts exprimés par les pouvoirs locaux et à une demande plus forte de protection de la part de nos concitoyens, le Parlementappelle ainsi à améliorer les possibilités d’accès à certains fichiers informatiques de police (notamment FPR, TAJ et Docvérif) via un outillage adapté à la voie publique répondant strictement au cadre d’emploi de ces fichiers et aux critères de sécurité informatique du ministère de l’Intérieur.

Cette dynamique de montée en compétences et d’outillage numérique des polices municipales doit aussi s’appréhender à l’aune des enjeux posés en 2023 par la Loi
d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur (LOPMI) de mettre “plus de bleu” dans la rue et de faire de la présence sur la voie publique la norme et en unité, l’exception.

Une réflexion doit ainsi être menée pour renforcer les capacités d’action des policiers municipaux sur le terrain via des prérogatives judiciaires étendues (verbalisation d’amende forfaitaire pour un délit, etc.) qui seraient rendues possibles par un outillage numérique adapté dans l’affirmation d’un continuum de sécurité abouti faisant des polices municipales la véritable police de proximité et du quotidien.

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Le narcotrafic en France

By Sécurité/Justice

Le narcotrafic en France : Rapport des sénateurs Jérôme Durain et Etienne Blanc

– par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

L’émergence de produits nouveaux et la banalisation des drogues dures [1]

Jamais la drogue n’a été autant produite dans le monde, jamais elle n’a été autant distribuée.

  • 3ème activité dans le monde après le pétrole et l’alimentaire.
  • 1ère activité criminelle selon l’ONU, ce qui représente 8% du commerce mondial.

Le secteur de la drogue générerait en France environ 3 milliards d’euros par an et impliquerait 240.000 personnes pour le seul trafic de cannabis.

Le cannabis

Le cannabis reste de loin la drogue la plus répandue dans le monde : 219 millions de personnes (soit 4,3% de la population mondiale) en ont consommé en 2021, contre 192 millions en 2018.

C’est davantage que toutes les autres drogues réunis.

La cocaïne

Le phénomène le plus marquant des dix dernières années est l’explosion du trafic de cocaïne. Le constat de l’ONUDC est sans appel :

“Le monde connaît actuellement une augmentation massive et prolongée de l’offre et de la demande de cocaïne.”

Depuis 2015, les saisies mondiales sont en augmentation constante.

Il y a 3 grands pays producteurs (plus de la moitié de la cocaïne mondiale) : le Pérou, la Colombie et la Bolivie.

Les drogues de synthèse

Elles sont fabriquées sans matières naturelles et peuvent ainsi être produites près du lieu de consommation. Elles ne nécessitent pas de compétences particulières ni d’installations lourdes.

Au total, 897 nouvelles drogues de synthèse ont été répertoriées au niveau européen.

L’Europe, en particulier l’Europe de l’Est, les Pays-Bas et la Belgique, est devenue un lieu de production où sont implantés des dizaines de laboratoires clandestins.

Un blanchiment tentaculaire

3,5 milliards d’euros au minimumsont générés chaque année par le narcotrafic et échappent aux autorités, révèle le ministre de l’Économie et des Finances.

Un phénomène qui touche désormais l’intégralité du territoire national

Le narcotrafic a gagné les villes petites et moyennes et les zones rurales.

Certaines zones sont submergées par une arrivée massive de cocaïne. Le port du Havre et les outre-mer (Guyane et Antilles notamment) sont particulièrement exposés.

L’OCLCO estime qu’entre 80% et 90% du nombre total des règlements de comptes, des meurtres et des tentatives de meurtres entre délinquants s’expliquent par des différends liés au trafic de stupéfiants.

La population est de plus en plus jeune et nombreuse sur les points de deal. Les mineurs occupent une place importante dans cet écosystème.

L’incarcération des trafiquants ne suffit pas à mettre un terme à l’activité délinquante de beaucoup d’entre eux.

La lutte contre le narcotrafic

Une coopération internationale défaillante

Il subsiste des “trous noirs”, des États non coopératifs que le droit international ne permet pas de contraindre.

Des blocages persistent avec des interlocuteurs comme le Maroc ou encore les Émirats Arabes Unis.

La coopération est mieux engagée du côté européen grâce aux agences Europol et Eurojust, deux acteurs efficaces de coopération policière et judiciaire.

Des territoires d’outre-mer abandonnés par l’État

Des services sont sous dotés avec des effectifs loin d’être suffisants pour faire face à l’intensification du trafic de stupéfiants et face à la violence qui en résulte. Les outils utilisés et les moyens accordés sont clairement insuffisants.

Sur un vol provenant de la Guyane ou des Antilles en direction de la métropole, la moitié des passagers peuvent être des passeurs.

Des contrôles sur 100% des vols, ce qui avait pourtant été recommandé par le Sénat en 2020, n’ont été mis en place qu’en 2022, soit 20 ans après que les Pays-Bas ne l’aient fait pour les vols en provenance du Suriname. [2]

Entre leur mise en place et le 31 janvier 2024, ils ont permis la saisie d’une tonne de cocaïne transportée par 680 “mules”.

 


Sources

[1] Rapport de la commission d’enquête du Sénat sur l’impact du narcotrafic en France et les mesures à prendre pour y remédier, 14/05/2024

 

[2] Rapport du Sénat Mettre fin au trafic de cocaïne en Guyane : l’urgence d’une réponse plus ambitieuse, 2020

Le défi de la sécurisation des convois pénitentiaires

By Sécurité/Justice

Le défi de la sécurisation des convois pénitentiaires

Le mardi 14 mai 2024, un convoi pénitentiaire composé de deux fourgons est attaqué au péage d’Incarville (A13 dans l’Eure) par un commando composé de plusieurs individus lourdement armés. Mohamed Amra, détenu qui effectuait un transfert entre Rouen et Évreux, réussit à s’échapper dans cette attaque au lourd bilan : deux agents pénitentiaires tués et trois blessés grièvement.


Les questionnements

Alors que plus de 130 000 extractions judiciaires ont eu lieu en France en 2023, trois grandes questions autour des convois pénitentiaires se posent à la suite de cet événement d’une rare gravité :

  • Comment sont sécurisés les convois pénitentiaires, notamment concernant les détenus dangereux ?
  • Comment les assaillants se procurent-ils des armes de guerre comme celles utilisées lors de l’attaque ?
  • Comment les services de renseignements anticipent-ils de tels phénomènes ?

La sécurisation des convois pénitentiaires

La sécurisation des convois pénitentiaires repose sur des procédures adaptées au niveau de dangerosité des détenus, classés de 1 à 4 par l’Autorité de régulation et de programmation des extractions judiciaires (ARPEJ) et le centre de détention concerné. Pour une escorte de niveau 1, moins risquée, deux à trois agents suffisent. À partir du niveau 2, d’autres forces de sécurité comme la police ou la gendarmerie nationales peuvent être présentes. Mohamed Amra, condamné à plusieurs reprises et qui avait déjà tenté de s’évader, nécessitait par exemple une escorte de niveau 3. Concernant leur équipement, les agents pénitentiaires sont dotés de pistolets, mais ce matériel est jugé insuffisant face à des attaques avec des armes de guerre comme utilisées à Incarville.

L’approvisionnement en armes de guerre

Les armes de guerre sont de plus en plus nombreuses à circuler en France, où 105 fusillades avec ce type d’armement ont été dénombrées en 2023. Les filières d’approvisionnement sont variées. À l’échelle nationale, les vols d’armes constituent la principale source d’approvisionnement. Il existe également de nombreuses filières de contrebande à l’échelle communautaire, notamment parmi les armes « neutralisées » et celles récupérées en ex-Tchécoslovaquie. Enfin, à l’échelle internationale, la région des Balkans de l’Ouest constitue la principale zone d’approvisionnement en armes de guerre, héritage du conflit lié à l’éclatement de l’ex-Yougoslavie dans les années 1990. Selon le commandant divisionnaire de police Philippe Nobles, les criminels relevant de la bande organisée disposent en général d’un armement lourd car ils s’attaquent à des cibles sécurisées. Ils maîtrisent les réseaux d’approvisionnement et utilisent la plupart du temps du matériel provenant de l’étranger.

Le rôle du renseignement

Créé en 2017 par Jean-Jacques Urvoas, le Service national du renseignement pénitentiaire (SNRP) est le service de renseignement du ministère de la Justice. Il vise à recueillir et exploiter du renseignement dans trois domaines : la lutte antiterroriste, la lutte contre la criminalité organisée et le renforcement de la sécurité pénitentiaire, notamment en prévenant les évasions. Ce service se professionnalise avec des moyens décuplés et une organisation plus claire. Hasard troublant, il souligne deux heures avant l’assaut du fourgon le risque accru d’évasion préméditée, notamment en lien avec des organisations criminelles. Toutefois, Mohamed Amra n’était pas répertorié comme particulièrement signalé malgré sa dangerosité. Plus globalement, le manque de coopération entre renseignement pénitentiaire et surveillants de prison concernant les extractions judiciaires est régulièrement pointé du doigt.

Les propositions du syndicat des directeurs des services pénitentiaires pour mieux sécuriser les extractions pénitentiaires

Dans sa lettre d’information de juin 2024, le syndicat des directeurs des services pénitentiaires FO-Direction a exprimé des propositions visant à mieux sécuriser les extractions pénitentiaires.

Améliorer la coordination du pilotage des missions de la direction de l’administration pénitentiaire (DAP)

Le syndicat souhaite d’abord améliorer la coordination du pilotage des missions de la DAP. Pour ce faire, il propose notamment de créer un poste de directeur de projet extractions judiciaires qui permettrait de mieux prendre en compte les sujets pénitentiaires au ministère de la Justice, mais aussi d’anticiper les problématiques et de solliciter les arbitrages nécessaires.

Renforcer les conditions de sécurité des convois pénitentiaires

Cette mise en cohérence nécessite d’augmenter de manière globale les conditions de sécurité. Le syndicat FO-Direction propose ainsi :

  • Une refonte de la formation initiale et continue des surveillants pour faire face à de telles situations (révision du socle de formation, régionalisation, mutualisation avec les forces de sécurité intérieure),
  • La finalisation du déploiement des équipes de sécurité pénitentiaire (pour lesquelles la carence d’agents est estimée à au moins 300 personnels),
  • La refonte de la nomenclature des escortes,
  • L’optimisation du profilage des détenus grâce à un partage d’information renforcé entre les différents services (renseignement pénitentiaire, police, gendarmerie),
  • Une modularité des équipements et une plus grande marge de manœuvre opérationnelle au niveau territorial.

Construire des alternatives aux extractions

Enfin, pour FO-Direction, éviter les extractions est le meilleur moyen de les sécuriser. Deux grands axes sont dégagés :

  • Une meilleure gestion des extractions médicales : améliorer la prise en charge médicale à l’intérieur des établissements, autoriser plus facilement les sorties sans escorte pour les détenus en fin de peine et ayant déjà bénéficié d’une permission de sortir sans incident
  • Une meilleure gestion des extractions judiciaires : maintenir le maximum de co-accusés dans un même établissement pénitentiaire, construire des salles d’audience sur les domaines pénitentiaires, développer la visioconférence.

Le 21 mai 2024, le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti a signé un relevé de décisions avec les organisations syndicales représentatives de l’administration pénitentiaire. Un protocole d’accord a été signé le 13 juin. Celui-ci comporte une trentaine de mesures, qui reprennent en partie les propositions de l’intersyndicale, comme le développement du recours à la visioconférence, une meilleure dotation en armes automatiques pour les agents ou encore l’utilisation de véhicules banalisés pour les extractions pénitentiaires.


Sources :

Les autorités administratives indépendantes

By Institutions

Autorités Administratives Indépendantes (AAI) et Autorités Publiques Indépendantes (API)

Depuis la création de la CNIL en 1978, la France a vu proliférer de nombreuses institutions désignées sous le nom d’Autorités Administratives Indépendantes (AAI) ou d’Autorités Publiques Indépendantes (API) depuis 2003, avec la création de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). Au cours des quarante dernières années, l’exécutif s’est déchargé de nombreux pouvoirs au profit de ces institutions, dans des domaines stratégiques divers allant de l’énergie à l’audiovisuel en passant par les télécommunications, la finance et la santé. Quel que soit le résultat des élections, le futur gouvernement devra composer avec ces institutions, sous peine d’être sanctionné par le Conseil constitutionnel ou par la Cour de justice de l’Union Européenne (CJUE).

 

Les Autorités Administratives / Publiques Indépendantes

Les AAI et API sont des institutions de l’État, créées ou reconnues par la loi, en charge de la régulation d’un secteur d’activité. Elles peuvent aussi être chargées de protéger les droits des citoyens.

Les AAI et API peuvent, selon leur fonction, détenir :

  • Un pouvoir de recommandation (conseiller sur une pratique, par exemple) ;
  • Un pouvoir de décision individuelle (nommer à des postes, par exemple);
  • Un pouvoir de réglementation et de sanction.

 

La loi de 2017 liste 17 autorités administratives indépendantes (AAI) :

  • Autorité de contrôle des nuisances sonores aéroportuaires (ACNUSA) ;
  • Autorité de la concurrence ;
  • Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP) ;
  • Autorité nationale des jeux ;
  • Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ;
  • Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) ;
  • Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) ;
  • Commission de régulation de l’énergie (CRE) ;
  • Commission du secret de la défense nationale (CSDN) ;
  • Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) ;
  • Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL);
  • Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) ;
  • Commission nationale du débat public (CNDP) ;
  • Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) ;
  • Défenseur des droits ;
  • Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES) ;
  • Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).

 

Bien qu’indépendantes, les AAI sont liées budgétairement à un ministère. Ce n’est pas le cas des autorités publiques indépendantes qui disposent de la personnalité morale, leur octroyant ainsi le bénéfice d’une autonomie financière.

Il existe sept autorités publiques indépendantes :

  1. Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) ;
  2. Autorité des marchés financiers (AMF) ;
  3. Autorité de régulation des transports (anciennement Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières – ARAFER);
  4. Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) qui a succédé au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et à la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet (HADOPI) ;
  5. Haute Autorité de santé (HAS) ;
  6. Haut Conseil du commissariat aux comptes (H3C) ;
  7. Médiateur national de l’énergie.

 

Chiffres clés

La loi du 20 janvier 2017 a restreint le nombre d’autorités indépendantes à 24 au lieu d’une quarantaine auparavant.

L’importance des services des AAI ou API est très hétérogène. Certains sont peu développés (comme le Haut Conseil du commissariat aux comptes), d’autres plus nombreux : ceux de l’Autorité des Marchés Financiers ou de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom, anciennement CSA), notamment disposent d’une force au travail pouvant atteindre plusieurs centaines d’agents.

Les budgets de ces autorités sont en constante augmentation : Selon les derniers rapports annuels de 2023 disponibles, ces institutions représenteraient au minimum environ 3500 agents pour un budget de fonctionnement supérieur à 430 millions d’euros. (Le budget des AAI/API était de 367,8 millions d’Euros en 2016)

Les personnels peuvent relever du droit privé et être recrutés par contrat mais, dans de nombreux cas, il s’agit de fonctionnaires détachés ou mis à disposition.

 

Autorités administratives indépendantes ?
Une indépendance en question

Le nom même de ces institutions, qui relève de l’oxymore, interroge sur leur mission au sein de l’appareil d’état : une institution peut-elle être une autorité “administrative”, et donc relevant de l’exécutif de l’état, et en même temps être une autorité “indépendante”, donc soustraite au principe rappelé par l’article 20 de la Constitution selon lequel le gouvernement, responsable devant le parlement, détermine et conduit la politique de la nation et dispose pour ce faire de l’administration” ?

Dans les faits, ces institutions sont devenues le bras armé des institutions européennes, bien plus que de l’état Français, leur existence même étant souvent exigée par le droit européen.

C’est le cas dans de nombreux secteurs, parmi lesquels les secteurs de l’audiovisuel, des télécommunications, de l’énergie ou des transports, pour lesquels l’Union Européenne impose aux états membres, au travers de directives, de créer des autorités indépendantes afin d’assurer des missions de régulations au sein du secteur concerné.

A titre d’exemple, l’article 51 du Règlement Général de Protection des données (RGPD) de l’UE énonce que “chaque état membre prévoit qu’une ou plusieurs autorités publiques indépendantes sont chargées de surveiller l’application du présent règlement “. En France, cette autorité est la CNIL.

Ce type d’institutions n’est donc pas un phénomène limité à la France, qui aura joué un rôle de précurseur en la matière. Il s’est considérablement développé dans l’ensemble des pays membres de l’UE, sous des formes juridiques et des dénominations diverses selon les particularités propres à chaque pays.

L’arsenal des moyens dont disposent les Autorités Indépendantes alimente les interrogations sur la compatibilité de ces institutions avec le pouvoir et l’ordre démocratique. 

Si le pouvoir politique souhaite reprendre la main sur son administration, voire remettre en cause l’existence même de ces institutions, cela nécessiterait à minima une remise en cause du droit de l’Union Européenne.

Par Bruno Mahieux

les câbles sous marins de télécommunications crsi

Les câbles sous-marins de télécommunications

By Publications, Numérique

Les câbles sous-marins de télécommunications

Par Bruno Mahieux

 

Un domaine d’excellence française

La France, au travers de l’Agence de Participation de l’Etat (APE), a annoncé fin juin 2024 le rachat de 80 % du capital d’Alcatel Submarine Networks (ASN) à NOKIA. Le coût de l’opération est estimé à 350 millions d’Euros dette comprise, pour un chiffre d’affaires d’environ 1,1 milliards d’Euros. L’opération devrait être bouclée d’ici la fin de l’année 2024. Cette acquisition met fin à une décennie de renoncements et d’hésitations coupables.1 C’est une excellente nouvelle pour la souveraineté numérique de notre pays et pour sa capacité de déploiement des infrastructures numériques du futur.

Avec le rachat d’ASN, la France se dote d’une capacité industrielle de conception et de fabrication de câbles sous-marins et renforce sa capacité de pose et de maintenance de câbles avec 7 navires supplémentaires, complétant ainsi la flotte d’Orange, qui dispose de 6 navires câbliers pour déployer et maintenir les câbles sous-marins des infrastructures réseaux qu’il opère et un navire de reconnaissance supplémentaire pour l’étude des fonds.2

Avec ASN et Orange Marine, la France se positionne ainsi parmi les leaders mondiaux du câble sous- marins, aux côtés du Royaume-Uni, des États-Unis et du Japon, en disposant d’une capacité de bout en bout permettant de concevoir, de produire et de déployer les câbles, puis de les maintenir et les réparer avec l’aide d’une flotte de 14 navires, la première flotte au monde en la matière.3

 

Un marché en forte croissance

Les câbles de télécommunications sont présents dans les fonds marins depuis l’installation du premier câble télégraphique transatlantique au milieu du 19e siècle. Jusqu’au milieu des années 2000, la pose et le contrôle des câbles sous-marins était principalement assurés par les opérateurs téléphoniques, regroupés sous forme de consortiums. Initialement constitués de paires de cuivre pour véhiculer les appels téléphoniques, les câbles sont de nos jours constitués de paires de fibre optique, les technologies les plus récentes permettant de véhiculer jusqu’à 400 Térabits de données par seconde dans un câble pas plus épais qu’un tuyau d’arrosage.

Aujourd’hui on estime que plus de 90 % du trafic mondial d’internet passe encore par les câbles sous- marins, le reste des communications mondiales passant par la voie satellite.

Ces câbles sont posés au fond des mers et océan à l’aide de navires câbliers. Dans les zones à faible profondeurs, les câbles sont enfouis pour éviter leur dégradation par des chaluts ou par des ancres marines. Dans les zones de grands fonds, les câbles, protégés par une armure simple ou double, sont simplement posés sur le fond.

Les infrastructures de télécommunications sous-marines sont conséquentes : Il y aurait environ 450 câbles déployés sur la planète, selon les statistiques disponibles, tous les câbles n’étant pas répertoriés pour des raisons de sécurité défense. Les câbles sous-marins représentent une longueur cumulée d’environ 1,3 millions de kilomètres, soit 32 fois le tour de la Terre. L’Europe est de loin la région du monde la plus active en matière de projets de déploiements de câbles, avec près de 77 nouveaux câbles déployés entre 2010 et 2023. Ce chiffre est à comparer avec les 45 câbles déployés sur l’Amérique du Nord, 44 au moyen Orient et Afrique du Nord , 30 câbles déployés vers l’Afrique sub saharienne et 28 câbles vers l’Amérique Latine, 7 en Europe de l’Est.4

Sous l’effet de l’évolution de nos usages numériques, et en particulier de l‘émergence du télétravail, la digitalisation des entreprise et l’explosion du streaming video, le rythme de déploiement s’est accéléré : près de la moitié des câbles sous-marins ont été déployés au cours de la dernière décennie et ces chiffres augmentent régulièrement depuis 2020.

Les GAFAM se sont imposés sur ce marché en forte croissance en investissant dans leurs propres câbles pour interconnecter leurs centres de données partout dans le monde, ils détiennent ainsi un meilleur contrôle de leurs services et s’affranchissent progressivement des opérateurs de télécommunications. Aujourd’hui environ 70 % des projets sont financés par Google ou Facebook. Plus de 40 câbles sous- marins seront détenus partiellement ou totalement par les Hyperscalers d’ici la fin 2026.

 

Des infrastructures d’importance vitale

Ces infrastructures sous-marines, par définition invisibles, sont méconnues du grand public mais également de beaucoup de nos dirigeants. Pourtant, le rôle primordial des câbles sous-marins dans le déroulement des opérations commerciales, financières, militaires, administratives ou même individuelles fait de ce réseau, une véritable infrastructure « d’importance vitale » 5 pour notre économie et notre société.

Dans le contexte géopolitique actuel et compte tenu de la dépendance croissante de notre société au numérique, les câbles sous-marins constituent un point de vulnérabilité de notre économie et de notre société. L’attaque contre les gazoducs Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique, en septembre 2022 a démontré que les conflits futurs peuvent se jouer aussi via les infrastructures sous-marines.

Le renforcement de la sécurité des infrastructures sous-marines commence avec la multiplication des routes pour des questions de redondance et donc de résilience des réseaux, en cas de détérioration ou de destruction des câbles sous-marins.

La seconde priorité est le renforcement des capacités de réparation et de maintenance des câbles sous- marins, avec une flotte de navires câbliers capable d’intervenir 365 jours par an, partout sur les mers du globe, et dans des délais courts.

Aujourd’hui 95 % des incidents sont causés par des chaluts ou par des ancres marines, ou par des tremblements de terre. La plupart des coupures se produisent près des côtes, là où le trafic maritime est plus important et où l’eau est moins profonde.

Mais le point le plus vulnérable des réseaux de câbles sous-marins sont les parties terrestres de l’infrastructure. En effet, lorsque les câbles atteignent la surface après leur long parcours sous-marin, ils rejoignent une « station d’atterrissement » sur la côte.

Pour un acteur malveillant, l’intérêt d’une attaque physique sur les stations d’atterrissement est très grand : ces sites concentrent un nombre important de câbles en leur sein, créant une possibilité de frappe aux conséquence multiples en une seule attaque.

Les risques sont multiples : Attaque par explosifs ou assauts armés sur le bâtiment, sabotages des équipements ou du générateur d’énergie, offensives indirectes par interruption du courant.

Autre sujet de préoccupation, les câblo-opérateurs utilisent de plus en plus des systèmes de gestion à distance pour leurs réseaux câblés. Les propriétaires de câbles les plébiscitent car ils leur permettent de faire des économies sur les coûts de surveillance et de maintenance. Cependant, ces systèmes ont une sécurité médiocre, ce qui expose les câbles à des risques de cybersécurité.

 

Un enjeu de sécurité et de souveraineté

Loin d’être des infrastructures neutres, les câbles sous-marins doivent être mise sous haute surveillance. Il est nécessaire d’en repenser la sécurité et d’assurer ainsi sa résilience. En effet, une défaillance des infrastructures de télécommunications aurait automatiquement un impact sur de nombreuses infrastructures critiques (électricité, pétrole, gaz, eau…) en raison de l’inter-dépendance entre les réseaux.

Dans un contexte d’accroissement des tensions internationales, la Commission Européenne s’est emparée du sujet et a publié un ensemble de recommandations pour assurer la sécurité et la résilience des câbles sous-marins.6 Ce document s’est inspiré des programmes américain et japonais, en visant à l’augmentation des opérations de dissuasion des attaques de ces infrastructures et au développement d’une capacité de construction et de réparation à la hauteur des enjeux, facilité par une meilleure coopération entre états et un financement privé des projets jugés les plus stratégiques.

La France peut jouer un rôle majeur dans ce domaine et plusieurs mesures sont envisageables à très court terme pour renforcer le leadership français :

  • Avec deux acteurs majeurs que sont Orange Marine et ASN, la France dispose d’une opportunité unique de dominer le marché des câbles sous-marins. La fusion des activités d’Orange Marine et d’ASN permettrait de maîtriser la chaîne de valeur complète et de créer une flotte de câblier incomparable, représentant plus de 30 % de la flotte mondiale. Au-delà de la capacité à optimiser les plans de charges de la flotte de navire, une telle flotte représenterait la meilleure assurance face aux risques de sabotage potentiel.
  • Un autre signe du leadership de la France dans le domaine des câbles sous-marins est l’importance du territoire français pour l’arrivée de câbles La France est le point d’entrée de la plupart des câbles reliant l’Europe au reste du monde : Marseille, par exemple, a su s’imposer comme le principal point d’entrée de la Méditerranée pour les câbles sous-marins, loin devant les autres villes méditerranéennes. C’est en facilitant la construction de Data Center à proximité des points d’atterrissage des câbles transatlantiques et en allégeant les démarches administratives nécessaires que la France conservera son attractivité et restera un point d’atterrissement majeur des câbles sous-marin.

 


Sources

1 En 2016, la France avait abandonné l’activité de câble d’Alcatel Submarine Networks dans le cadre de la vente d’Alcatel Lucent à Nokia, avec la bénédiction d’Emmanuel Macron, alors Ministre de l’économie. L’état avait ensuite envisagé, en 2019, de faire racheter ASN au travers d’Orange Marine, sans succès.

2 Orange est le seul opérateur européen de télécommunications à avoir gardé sa filiale de navires câbliers. British Telecom et Telefonica les ont vendues et Orange a acquis la filiale que Telecom Italia avait créée.

3 On dénombre actuellement environ 45 navires câbliers, dont 8 au Royaume-Uni et 7 aux États-Unis. Source ICPC.

4 Analysis Mason , Mai 2024 ; un câble connectant plusieurs continents est donc compté plusieurs fois.

5 La notion d’importante vitale s’applique à un « établissement, ouvrage ou installation dont le dommage ou l’indisponibilité ou la destruction par suite d’un acte de malveillance, de sabotage ou de terrorisme risquerait, directement ou indirectement : d’obérer gravement le potentiel de guerre ou économique, la sécurité ou la capacité de survie de la nation ; ou de mettre gravement en cause la santé ou la vie de la population » [Article R1332 1 du code de La Défense)

6 Recommendation on the security and resilience of submarine cable infrastructures – 26.2.2024 C(2024) 1181 final

La prise d’otages des JO de Munich (1972)

By Sécurité/Justice

La prise d’otages des JO de Munich (1972)

Le 5 septembre 1972, les Jeux Olympiques de Munich (Allemagne de l’Ouest) sont frappés par la prise d’otages de onze membres de la délégation israélienne par un groupe terroriste palestinien nommé « Septembre noir ».


Contexte

Les Jeux Olympiques d’été de 1972 ont lieu en Allemagne de l’Ouest et visent à effacer les souvenirs des Jeux de Berlin de 1936 et à montrer au monde une Allemagne réconciliée et tournée vers l’avenir. Cette volonté explique un système de sécurité très léger qui fut reproché. Les Israéliens, pour leur part, sont inquiets de la sécurité de leurs athlètes, compte tenu de la situation explosive qui existe au Proche-Orient (la guerre des Six Jours a eu lieu en 1967) et avec un FPLP actif (Front populaire de libération de la Palestine, créé en 1967).

Le déroulement du drame

Le 5 septembre 1972, un commando de huit hommes du groupe terroriste palestinien « Septembre noir » s’est introduit dans le village olympique, où résident les athlètes israéliens. Profitant des mesures de sécurité relativement légères, les assaillants prennent en otage onze athlètes et entraîneurs. Leurs motivations est liées au conflit israélo-palestinien et à la lutte pour la reconnaissance d’un État palestinien.

Les terroristes exigent la libération de 234 prisonniers palestiniens détenus dans les prisons israéliennes en échange de la libération des otages. Des négociations sont menées, mais les discussions échouent et laissent place à la précipitation.

La tentative de sauvetage

Le 6 septembre, les autorités allemandes mettent en place une opération de sauvetage à l’aéroport de Fürstenfeldbruck.  L’intervention est malheureusement un fiasco avec la mort de tous les otages israéliens et d’un policier allemand. Cinq terroristes ont également trouvé la mort, tandis que trois autres ont été capturés.

Les conséquences

Malgré cette tragédie, les Jeux Olympiques de Munich vont jusqu’à leur terme. La cérémonie de clôture est marquée par un hommage solennel rendu aux victimes.

Le massacre de Munich a été un choc particulièrement violent et a marqué un tournant dans l’histoire des Jeux Olympiques :  la sécurité des athlètes et des spectateurs a été renforcée de manière considérable lors des éditions ultérieures.En 2017 un mémorial en hommage aux victimes est inauguré au parc olympique de Munich. En 2022, à l’occasion du 50e anniversaire de l’attaque, l’Allemagne a annoncé des réparations financières pour les familles des victimes.

Des JOP de Paris sous haute surveillance, dans un contexte international tendu

Pour accuillir les épreuves olympiques et paralypiques, le nombre de forces de l’ordre et agents de sécurité mobilisés est impressionnant. Ils assureront notamment la protection de 16 millions de visiteurs et des 15.000 athlètes.

  • 45.000 policiers et gendarmes pour la cérémonie d’ouverture,
  • 30.000 policiers et gendarmes chaque jour sur l’ensemble de la durée des Jeux,
  • 15.000 militaires,
  • 7.000 élèves des écoles de police et de gendarmerie
  • 8.500 réservistes,
  • 22.000 agents de sécurité privée,
  • 5.000 douaniers, agents de sûreté, policiers aux frontières, forces Sentinelles aux Aéroports de Paris, renforcés par 1.900 forces de l’ordre pendant les JO.
  • Un dispositif de Sécurité civile hors norme.
Tous les chiffres sur le JOP de Paris

Les Jeux Olympiques et Paralympiques en chiffres

By Sécurité/Justice

Les Jeux Olympiques et Paralympiques en chiffres

Pour la première fois depuis un siècle, du 26 juillet au 11 août 2024, la France accueillera les Jeux Olympiques d’été. Du 28 août au 8 septembre 2024, elle organise les premiers Jeux Paralympiques d’été de son histoire.


  • 15.000 athlètes venant du monde entier
  • 878 épreuves programmées
  • 32 disciplines représentées
  • 16 millions de visiteurs attendus
  • 150.000 emplois minimum créés

Les effectifs de sécurité

  • 45.000 policiers et gendarmes pour la cérémonie d’ouverture,
  • 30.000 policiers et gendarmes chaque jour sur l’ensemble de la durée des Jeux,
  • 15.000 militaires,
  • 7.000 élèves des écoles de police et de gendarmerie
  • 8.500 réservistes,
  • 22.000 agents de sécurité privée,
  • 5.000 douaniers, agents de sûreté, policiers aux frontières, forces Sentinelles aux Aéroports de Paris, renforcés par 1.900 forces de l’ordre pendant les JO.

Le nombre de forces de l’ordre mobilisées pour les Jeux 2024 est comparable à celui d’autres grands événements sportifs internationaux. En 2012 les eectifs de sécurité des Jeux Olympiques de Londres 2012 s’élevaient à 42.000 agents.

L’enjeu de la sécurité des transports

Des ressources humaines

Plus de 4.000 agents de prévention et de sûreté seront déployés quotidiennement sur le réseau. Des patrouilles du Groupe de protection des réseaux de transports (GPSR) et de la Sûreté générale seront également présentes, renforcées par des équipes de sécurité privée.

Des brigades cynophiles

Des brigades cynophiles spécialisées dans la détection d’explosifs seront présentes pour intervenir en cas d’objets suspects.

Vidéoprotection

Plus de 80.000 caméras de vidéoprotection sont déjà déployées et 10 millions d’euros supplémentaires ont été investis pour améliorer la surveillance des gares à proximité des sites de compétition.

Offre de transport

Pour éviter des flux massifs et dangereux de visiteurs, l’ore de transport sera renforcée de 15% pendant les Jeux. Des navettes « point à point » seront mises en place pour les spectateurs et 5.000 agents seront présents dans les gares et stations pour renseigner les voyageurs.

La sécurité privée

La Fédération française20 de sécurité privée (FFSP) a estimé entre 17.000 et 22.000 le nombre d’agents nécessaires pour compléter les forces de l’ordre durant les Jeux. Ces agents seront recrutés par des entreprises françaises (G4S, Securitas) et internationales (ICTS Security Services).

Les agents mobilisés bénéficieront d’une formation spécifique. Ils seront formés à la gestion des foules, à la détection des comportements suspects, et aux procédures de sécurité en vigueur.

Le budget exact alloué à la sécurité privée n’a pas été officiellement communiqué. Cependant, il devrait s’élever à plusieurs dizaines de millions d’euros, compte tenu du nombre d’agents mobilisés et des prestations qu’ils assureront. Le budget total de la sécurité des Jeux est estimé à 3,2 milliards d’euros.

La Cérémonie d’ouverture

Le 26 juillet 2024, c’est sur la Seine que s’ouvriront les Jeux Olympiques de Paris. Pour la première fois, la cérémonie d’ouverture ne se déroulera pas dans un stade mais sur un fleuve.

  • Environ 160 chefs d’État et de gouvernement y prendront place.
  • Le nombre de téléspectateurs dans le monde est estimé entre 1 et 2 milliards.
  • 300.000 spectateurs seront autorisés à assister à la cérémonie d’ouverture.
  • 6 kilomètres de parcours sur les berges de Seine pour la Cérémonie d’ouverture.

Les sites des épreuves

Dans Paris, plusieurs sites ont été choisis :

  • L’Arena Champ de Mars pour les épreuves de judo et de lutte.
  • L’Arena Bercy pour les épreuves de basketball, de gymnastique artistique et de trampoline.
  • L’Arena Paris Sud pour les épreuves d’Haltérophilie, de handball, de tennis de table et de volleyball.
  • L’Arena Porte de la Chapelle pour les épreuves de gymnastique rythmique et de badminton.
  • Le Grand Palais pour les épreuves de taekwondo et d’escrime.
  • L’Hôtel de Ville pour les épreuves d’athlétisme.
  • Les Invalides pour l’athlétisme, le cyclisme sur route et le tir à l’arc.
  • La Concorde pour les épreuves de basketball 3×3, de breaking, de cyclisme BMX freestyle et de skateboard.
  • Le Parc des Princes pour les épreuves de football.
  • Le Pont Alexandre III pour les épreuves de cyclisme sur route, de natation, marathon et de triathlon.
  • Le stade Roland-Garros pour les épreuves de boxe et de tennis.
  • Le stade Tour Eiffel pour les épreuves de volleyball de plage.
  • Le Trocadéro pour les épreuves d’athlétisme et de cyclisme sur route.

Si Paris est au cœur de l’organisation des Jeux Olympiques, la ville ne sera pas la seule à accueillir des épreuves. De nombreuses villes, réparties à travers toute la France, sont également concernées. Tahiti accueillera les épreuves de surf.

Paris, Lille, Lyon, Saint-Etienne, Marseille, Nice, Châteauroux, Nantes, Bordeaux et Tahiti attendent des épreuves.

La réponse opérationnelle de sécurité civile

By Sécurité/Justice

La réponse opérationnelle de sécurité civile

Pendant l’été 2024, les sapeurs-pompiers seront fortement mobilisés aux niveaux national, zonal et départemental pour couvrir 3 risques dimensionnant et cumulatifs.

Partant, la planification du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, en lien avec les services d’incendie et de secours, garantie 3 dispositifs opérationnels pendant la période estivale :

  • Pour couvrir les risques courants et les risques courants aggravés, environ 35.000 sapeurs-pompiers par jour pour assurer la protection des populations et le secours à personne au quotidien sur l’ensemble du territoire national.
  • Pour couvrir les risques de feux de forêts, environ 6.000 sapeurs-pompiers.
  • Pour couvrir les risques liés directement aux JOP environ 4.500 sapeurs-pompiers.

Pour les JOP 2024, la réponse opérationnelle capacitaire peut se résumer ainsi :

Les trois scénarios dimensionnant retenus sont les suivants :

  • Attentat conventionnel,
  • Mouvement de foule en conséquence d’un évènement particulier (type explosion à proximité d’un site olympique, violent feu, événement climatique extrême…),
  • Attentat à composantes radiologique, chimique ou biologique.

L’ensemble des dispositifs zonaux et nationaux sera placé sous la coordination de l’état-major de la sécurité civile. Cette coordination sera conduite en lien direct avec les EMIZ de l’ensemble des zones de défense, le CNCS et les CO partenaires interne ou externe au MIOM13.

Des dispositifs de secours intra-zonaux mis en place et coordonnés par les EMIZ au profit des départements hôtes.

Des ressources départementales nationales (SIS métropole + Guyane + La Réunion + Antilles) mobilisées pour renforcer la zone de défense Ile-de-France sous la forme de détachements de renfort national.

En province, en plus des eectifs nominaux du département, chaque site d’épreuve sera sécurisé par un dispositif dédié de 250 sapeurs-pompiers. Au total 2.500 sapeurs-pompiers renforceront les départements concernés.

Sur la zone de défense IDF qui concentre plus de 80% des épreuves des JOP, 1.500 sapeurs-pompiers civils et militaires seront mobilisés en plus du potentiel opérationnel journalier (POJ) classique. Ce dispositif sera renforcé par 700 sapeurs-pompiers des 6 autres zones de défense. Au total, sur l’ensemble de la période, 2.200 sapeurs-pompiers viendront en renfort de la BSPP et des SDIS de la grande couronne.

Au niveau national, plus de 4.700 sapeurs-pompiers (dont 2.000 spécialistes NRBC) renforceront la réponse territoriale de sécurité civile. 4 ociers renforceront les structures de commandement et de gestion de crise en Polynésie Française.

Nombre de véhicules engagés pour les renforts zonaux et nationaux : près de 1.000 véhicules d’intervention et de logistique.

La mobilisation des moyens destinés à la sécurisation des sites sensibles

La DGSCGC assurera la coordination et la conduite des missions de sécurisation des sites sensibles, dans le respect des objectifs fixés par les préfets et en coordination avec le laboratoire central de la préfecture de police. Elle sera lien direct et permanent avec les zones de défense et s’appuiera sur les services spécialisés des diérents ministères (MINARM, Douanes, Pénitentiaire) ainsi que ceux de la coopération internationale. Elle coordonnera en particulier les moyens de déminage : démineurs et appuis (équipes cynotechniques + EOR) pour la réalisation des inspections de sécurité, conformément à la planification eectuée avec les préfectures, les EMIZ et la CNSJ.

Les inspections de sécurité

Les inspections de sécurité programmées seront réalisées dans chaque ville accueillant les JOP24, réparties sur 8 sites pour la province, sur la zone Ile de France et un site outre-mer à Tahiti :

  • 115 inspections de sécurité programmées sur la zone Ile de France (intégrant la cérémonie d’ouverture) ;
  • 48 inspections de sécurité pour la province ;
  • 10 inspections de sécurité à Tahiti.

Pour la Zone IDF

Ces inspections de sécurité nécessitent l’engagement des forces suivantes :

  • 103 démineurs et démineurs plongeurs du GID,
  • 30 démineurs du laboratoire central de la préfecture de police (LCPP),
  • 12 démineurs du MINARM,
  • 10 EOR du GID,
  • 50 EOR de la PP,
  • 210 EOR de la DGGN,
  • 140 EOR du MINARM,
  • 3 équipes cynotechniques en recherche d’explosifs du la Pénitentiaire,
  • 7 équipes cynotechniques en recherche d’explosifs des Douanes,
  • 94 équipes cynotechniques ARDE du MINARM,
  • 37 équipes cynotechniques en recherche d’explosifs du MIOM,
  • 279 équipes cynotechniques en recherche d’explosifs internationales.

Pour la zone province

  • 90 démineurs et démineurs plongeurs du GID ;
  • 46 démineurs internationaux ;
  • 100 EOR agents administratifs formés par le GID ;
  • 20EOR de la DGGN;
  • 16 équipes cynotechniques ARDE du MINARM ;
  • 27 équipes cynotechniques en recherche d’explosifs du MIOM ;
  • 33 équipes cynotechniques en recherche d’explosifs internationales.Pour Tahiti
  • 4 démineurs du MINARM ;
  • 2 équipes cynotechniques du MINARM.

Glossaire

EMIZ : État-major interministériel de zone de défense et de sécurité. Il assure une veille opérationnelle permanente, de transposer au niveau zonal l’ensemble de la planification interministérielle de sécurité nationale.

CNCS : Centre national de commandement stratégique. Il centralise, analyse et synthétise les informations qui lui sont envoyées par les préfectures et les diérents ministères.

MIOM : Ministère de l’Intérieur et des Outre-mer.

SIS : Secteur d’Informations sur les Sols.

BSPP : Brigade de sapeurs-pompiers de Paris.

SDIS : Service départemental d’incendie et de secours.

NRBC : Nucléaire, radiologique, biologique et chimique.

DGSCGC : Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises.

MINARM : Ministère des Armées.

EOR : Explosive Ordnance Reconnaissance. Ce sont des assistants volontaires spécialisés qui travailleront en appui des équipes de déminage du GID pendant les JO.

CNSJ : Coordination nationale pour la sécurité des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024.

GID : Groupement d’intervention du déminage.

DGGN : Direction générale de la gendarmerie nationale.

PP : Préfecture de Police de Paris.

ARDE : Les Armées s’appuient sur des équipes cynotechniques composées de chiens d’Aide à la recherche et à la détection d’explosifs (ARDE).