Category

Institutions

brève européenne Aurélien Jean

Brève Européenne 1 : Allemagne, PPE, ProtectEU : l’Europe renforce ses frontières et sa sécurité

By Publications, Institutions, Sécurité/Justice

Allemagne, PPE et ProtectEU : nouvelles approches pour la migration et la sécurité en Europe

L’Allemagne présente les résultats de ses contrôles aux frontières, le PPE détaille son plan pour gérer la migration, et la Commission européenne introduit la stratégie ProtectEU pour renforcer la sécurité intérieure. Ces développements reflètent des efforts concertés pour répondre aux enjeux migratoires et sécuritaires actuels en Europe.

Par Aurélien Jean

 


L’Allemagne se félicite de sa nouvelle approche en matière de contrôles aux frontières

Alors que le pays vit toujours au rythme des négociations entre CDU et SPD afin d’aboutir à un gouvernement à la suite des élections législatives anticipées du 23 février dernier, la ministre de l’intérieur sortante a présenté le bilan de sa politique migratoire en conférence de presse.

La sociale-démocrate Nancy Faeser attribue la baisse du nombre de demandes d’asile au rétablissement des contrôles aux frontières. Dans le détail, ce chiffre a diminué de 34% entre 2023 et 2024, pour atteindre 213 000 demandes. Pour 2024, la baisse est même de 35% en comparaison de l’année dernière. En parallèle, les douanes ont refusé l’accès au territoire allemand à 50 000 personnes et procédé à l’arrestation d’environ 2 000 passeurs. La ministre s’est satisfaite de ces chiffres, les plus faibles depuis la sortie de la période Covid.

Pour rappel, en octobre 2023, Berlin avait réintroduit les contrôles aux frontières polonaises, tchèques et suisses avant de les élargir au reste des pays voisins en septembre dernier. Cette décision a été présentée comme une exception aux règles de libre circulation régissant les pays membres de l’espace Schengen – qui abolissent en principe ce type de contrôles sauf situation exceptionnelle (comme la France l’a fait valoir suite aux attentats de 2015). La décision allemande était motivée par des critiques récurrentes sur la politique de la coalition de centre-gauche alors au pouvoir, et ce dans la foulée de plusieurs attaques au couteau, notamment à Solingen. Dans plusieurs cas, des demandeurs d’asile avaient été impliqués.

Le prochain gouvernement prévoit de maintenir un ton ferme concernant la politique migratoire, en autorisant la police aux frontières à détenir des migrants devant être expulsés, en agrandissant les centres de détention et en supprimant le regroupement familial pour les demandeurs d’asile. Peu avant la conférence de Mme Faeser, le président de l’agence fédérale pour l’immigration et l’asile avait tout simplement proposé… la suppression du droit individuel à l’asile, provoquant un tollé.

Le PPE précise son approche en matière migratoire

Le Parti Populaire Européen (PPE) compte 188 sièges sur 720 au Parlement européen, et est de ce fait la principale force politique dans l’hémicycle. Il rassemble notamment les Républicains de François-Xavier Bellamy ou la CDU/CSU allemande de Manfred Weber. Il est aussi l’un des grands vainqueurs des élections de 2024 ayant conduit à un net virage à droite – rendant possible une coalition théorique dite « Venezuela » combinant droite, conservateurs et extrême-droite en lieu et place de la traditionnelle alliance droite-centre-sociaux-démocrates-écologistes. Autant dire que sa position sur des thématiques-phares de la nouvelle mandature, comme la migration, sera cruciale pour le devenir des textes présentés.

Dans cette optique, une approche en 9 points a été rendue publique. Intituler « maîtriser la migration : une approche ferme, équitable et tournée vers l’avenir », elle vise à stopper la migration irrégulière afin de ne pas surcharger le système d’accueil et pouvoir ainsi mieux intégrer les migrants légaux. Fruit de différentes visions nationales réunies au sein du PPE, elles combine plusieurs priorités : renforcement des frontières extérieures, protection de l’espace Schengen, lutte intensive contre les passeurs et détermination à contrer l’instrumentalisation des migrants comme armes de guerre hybride. Ce dernier point renvoie à la situation vécue par la Pologne et les pays Baltes, qui subissent une pression migratoire orchestrée par la Russie et la Biélorussie en marge du conflit ukrainien.

Le PPE se félicite aussi de la baisse du nombre d’entrées irrégulières en Europe observée en 2024, et appelle à renforcer le mouvement via une meilleure effectivité des retours forcés et un renforcement du rôle de Frontex pour permettre sa participation aux retours vers les pays tiers. La réduction de la charge administrative (délais, procédures, effets non suspensifs…) fait aussi partie du programme tout comme la surveillance des frontières au moyen de technologies comme l’IA, les drones ou les systèmes biométriques. Se félicitant des premiers résultats en la matière, la poursuite des coopérations avec les pays tiers est aussi envisagée, au besoin en utilisant les armes de l’aide au développement et des visas. Le PPE veut, en outre, solidifier les politiques d’intégration en ce qui concerne l’immigration légale et l’attraction des talents.

Enfin, le parti reconnait que l’Europe doit changer d’approche, en passant de la « sécurité aux frontières » à la « défense des frontières » et en y allouant des ressources suffisantes dans le prochain budget pluriannuel (MFF).

La Cour de Justice de l’UE (CJUE) se prononce sur la remise au Royaume-Uni d’un individu sous mandat d’arrêt

Le 3 avril dernier, la Cour de Luxembourg a statué sur la possibilité d’extrader un individu faisant l’objet d’un mandat d’arrêt vers le Royaume-Uni (en l’espèce, une personne soupçonnée de terrorisme en Irlande du Nord). La question était de savoir si cela était possible, attendu le durcissement des règles de libération conditionnelle intervenu sur le territoire britannique après la commission des faits en cause. Un détenu doit désormais purger les deux tiers de la peine avant de pourvoir espérer bénéficier du dispositif, contre une libération automatique dès la moitié de la peine effectuée dans le système précédent.

La Cour, en Grande chambre (arrêt C-743/24 Alchaster II), a estimé que l’extradition était possible et ne violait pas la Charte des Droits Fondamentaux de l’UE et, notamment, qu’elle ne contrevenait pas à l’interdiction d’infliger rétroactivement des peines plus fortes que celles applicables au moment de l’infraction. Elle estime dans son raisonnement qu’il faut séparer les notions de « peine » et « d’exécution » de la peine. En outre, le régime britannique continue de prévoir une possibilité de libération conditionnelle et ne conduit pas à un prolongement de la durée totale de détention.

La stratégie ProtectEU dévoilée ou comment la Commission compte revenir au centre du jeu sur la sécurité intérieure

Annoncée à Strasbourg fin mars, cette nouvelle stratégie s’inscrit dans la droite lignée des précédentes initiatives en matière de lutte contre le narcotrafic et la criminalité organisée. Elle reflète aussi les évolutions politiques à l’œuvre depuis déjà plusieurs mois – et singulièrement suite aux dernières élections européennes ayant conduit à un net virage à droite.

ProtectEU affiche de larges ambitions, attendu entre autres le nombre consistant de domaines d’action visés. Sans prétendre à l’exhaustivité, citons : la lutte contre le narcotrafic, la protection des victimes, le renforcement des moyens européens, l’amélioration significative de la coopération entre les autorités nationales (notamment en matière de renseignement), une approche plus efficace du problème de la cybercriminalité ou encore une vision renouvelée de la coopération internationale (avec, sur ce point, une refonte de la directive sur les visas).

De manière concrète, Frontex verra ses moyens humains augmentés à 30 000 agents (contre initialement 10 000 prévus pour 2027). Eurojust se verra aussi mieux dotée en moyens humains et matériels, tout comme Europol ; les deux agences basées à La Haye (Pays-Bas) devant être plus opérationnelles et appuyer plus efficacement les Etats-membres (EM).

Néanmoins, aucun délai n’a été fourni, si ce n’est que les textes seront présentés entre 2025 et 2026. Cela illustre toutes les limites du modèle européen des « stratégies » et autres « plans d’action ». Reposant intrinsèquement sur le bon vouloir des EM sur un sujet dans lequel l’UE n’intervient qu’en appui la Commission ne peut se substituer aux efforts nationaux en matière de coordination. Reste aussi à voir comment tripler les effectifs et, surtout, comment financer ces mesures alors que la négociation du prochain budget européen va commencer et que les autres priorités brûlantes ne manquent pas entre agriculture, industrie et, bien sûr, défense.


Sources

Euractiv, 01/04/2025, « La ministre allemande de l’Intérieur justifie la baisse de l’immigration par les contrôles aux frontières »

EPP Group, 03/04/2025, « Prise de position du groupe PPE sur l’exploitation des migrations »

Agence Europe, 04/04/2025, « La Cour de justice de l’UE se prononce sur les conditions de remise au Royaume-Uni d’une personne faisant l’objet d’un mandat d’arrêt »

TRIBUNE : La fuite en avant du concept d’État de droit

By Institutions

Par Alexandre MANCINO, avocat et président du Cercle Orion

À l’ouverture de la session parlementaire et dans le contexte du meurtre d’une jeune étudiante, Philippine, commis par un étranger sous OQTF, le ministre de l’Intérieur, Bruno RETAILLEAU, a fait part de la volonté politique de changer les règles pour protéger davantage les Français, les principes de l’Etat de droit n’était pas « intangibles et sacrés ».

Tout d’abord, il faut rappeler que toute démocratie repose sur trois piliers : le peuple, l’État et le droit.

Le risque de voir le peuple s’arroger trop de pouvoir, c’est de basculer dans une tyrannie de la majorité, dangereuse pour la liberté.

Le risque de voir l’État s’arroger trop de pouvoir, c’est de basculer dans une technocratie.

Le risque de voir le droit s’arroger trop de pouvoir, c’est de le déconnecter de la réalité et de la souveraineté populaire.

Sur ce dernier point, rappelons que le droit n’a pas à être intangible mais qu’il doit s’adapter en permanence aux circonstances et à la volonté du peuple. Quand le droit va à l’encontre du peuple, la démocratie se retrouve en danger car les sources du droit, émanant ordinairement de lui, sont alors fabriquées par des instances non légitimement élues. La nomocratie qui en résulte affaiblit la démocratie. En ce sens, Bruno RETAILLEAU a raison, l’Etat de droit n’est ni intangible, ni sacré.

Intangible et sacré ?

Les réactions virulentes des adversaires du Ministre qui prétendent que Bruno RETAILLEAU menace la démocratie, que l’Etat de droit est au contraire intangible et sacré, témoignent ainsi d’un mouvement de théologisation du concept d’Etat de droit. Tout le monde s’en réclame, notamment pour justifier l’application de règles juridiques qui vont à l’encontre de la cohésion nationale.

Dans l’ordre juridique français, sont « inaliénables et sacrés » les droits naturels et imprescriptibles reconnus par le bloc de constitutionnalité, dont la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, au premier rang desquels figure la liberté d’opinion, même religieuse. Par contraste, sont profanes, laïques et tangibles les règles d’organisation de la vie en société, déterminées par la loi, expression de la volonté générale. Rendre intangibles et sacrées les règles du droit des étrangers revient donc à théologiser ce qui doit relever de la loi en vertu de la norme suprême de notre ordre juridique interne, ce qui est fondamentalement contraire aux principes de la République française.

Pour les tenants d’un Etat de droit intangible et sacré, la Constitution française n’est pas au sommet de la hiérarchie des normes : les normes et les traités internationaux sont d’effet direct et invocables devant les juridictions nationales, sans égard particulier pour leur conformité à la Constitution française et la volonté du peuple souverain.

La Déclaration de 1789 et la Constitution de 1958 impliquent la conception républicaine de la liberté, où la liberté établie par la loi ou par la Constitution ne peut être restreinte que par la seule puissance publique, du fait de sa légitimité démocratique. Est intangible et sacré le suffrage universel comme seule source du pouvoir, ainsi qu’il en résulte de la décision de l’Assemblée nationale en 1958 de confier l’élaboration de la révision de la Constitution au gouvernement du Général De Gaulle et de l’esprit même de cette Constitution, avec un chef d’Etat élu directement par le peuple et de la possibilité de recourir au référendum.

Le pouvoir introuvable

Affirmer que le suffrage universel n’est pas légitime à définir les principes et les règles de la vie en société, retirer au peuple la capacité de décider pour la confier aux juges ne saurait sérieusement être considéré comme une avancée pour la démocratie et les libertés.

La prééminence de l’Etat de droit ne saurait rendre acceptable que le respect par l’Etat de l’ensemble des règles juridiques supralégales conduise à des drames humains causés par des facteurs sur lesquels le politique peut agir. Elle ne saurait rendre acceptable l’impossibilité d’expulser des étrangers dont la dangerosité criminogène est avérée, surtout quand la réitération de leurs crimes est avérée. Elle ne saurait non plus rendre acceptable que l’athlète afghane Marzieh HAMIDI soit harcelée et menacée de mort et de viol par des migrants originaires de son pays présents sur le sol national, lesquels adhèrent manifestement aux tendances des talibans, islamistes, terroristes, misogynes et pédophiles. La prééminence de l’Etat de droit ne saurait faire de la France le paradis des loups dans la bergerie.


Diplômé d’HEC Paris et de Sciences Po, Alexandre Mancino est un avocat et entrepreneur engagé dans le débat public. Il est Président du Cercle Orion qu’il a fondé pendant ses études en 2017. Il est aussi fondateur de la start-up AimPact et du Mouvement citoyen Agora qui ont eu pour objectif de moderniser l’action publique en impliquant les citoyens et en portant un projet ancré qui puisse répondre aux préoccupations des Français.

Fondé en 2017 à Paris par Alexandre Mancino, le Cercle Orion est un think tank et forum politique nouvelle génération, d’influence libérale-conservatrice. Sa raison d’être est d’incarner et de promouvoir une nouvelle génération de décideurs engagés, libres et audacieux ; désireux de prendre part aux enjeux contemporains et d’y apporter des solutions à impact pérennes pour le présent et l’avenir, dans un esprit entrepreneurial et innovant, orientées vers le bien commun.

Les autorités administratives indépendantes

By Institutions

Autorités Administratives Indépendantes (AAI) et Autorités Publiques Indépendantes (API)

Depuis la création de la CNIL en 1978, la France a vu proliférer de nombreuses institutions désignées sous le nom d’Autorités Administratives Indépendantes (AAI) ou d’Autorités Publiques Indépendantes (API) depuis 2003, avec la création de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). Au cours des quarante dernières années, l’exécutif s’est déchargé de nombreux pouvoirs au profit de ces institutions, dans des domaines stratégiques divers allant de l’énergie à l’audiovisuel en passant par les télécommunications, la finance et la santé. Quel que soit le résultat des élections, le futur gouvernement devra composer avec ces institutions, sous peine d’être sanctionné par le Conseil constitutionnel ou par la Cour de justice de l’Union Européenne (CJUE).

 

Les Autorités Administratives / Publiques Indépendantes

Les AAI et API sont des institutions de l’État, créées ou reconnues par la loi, en charge de la régulation d’un secteur d’activité. Elles peuvent aussi être chargées de protéger les droits des citoyens.

Les AAI et API peuvent, selon leur fonction, détenir :

  • Un pouvoir de recommandation (conseiller sur une pratique, par exemple) ;
  • Un pouvoir de décision individuelle (nommer à des postes, par exemple);
  • Un pouvoir de réglementation et de sanction.

 

La loi de 2017 liste 17 autorités administratives indépendantes (AAI) :

  • Autorité de contrôle des nuisances sonores aéroportuaires (ACNUSA) ;
  • Autorité de la concurrence ;
  • Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP) ;
  • Autorité nationale des jeux ;
  • Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ;
  • Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) ;
  • Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) ;
  • Commission de régulation de l’énergie (CRE) ;
  • Commission du secret de la défense nationale (CSDN) ;
  • Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) ;
  • Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL);
  • Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) ;
  • Commission nationale du débat public (CNDP) ;
  • Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) ;
  • Défenseur des droits ;
  • Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES) ;
  • Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).

 

Bien qu’indépendantes, les AAI sont liées budgétairement à un ministère. Ce n’est pas le cas des autorités publiques indépendantes qui disposent de la personnalité morale, leur octroyant ainsi le bénéfice d’une autonomie financière.

Il existe sept autorités publiques indépendantes :

  1. Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) ;
  2. Autorité des marchés financiers (AMF) ;
  3. Autorité de régulation des transports (anciennement Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières – ARAFER);
  4. Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) qui a succédé au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et à la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet (HADOPI) ;
  5. Haute Autorité de santé (HAS) ;
  6. Haut Conseil du commissariat aux comptes (H3C) ;
  7. Médiateur national de l’énergie.

 

Chiffres clés

La loi du 20 janvier 2017 a restreint le nombre d’autorités indépendantes à 24 au lieu d’une quarantaine auparavant.

L’importance des services des AAI ou API est très hétérogène. Certains sont peu développés (comme le Haut Conseil du commissariat aux comptes), d’autres plus nombreux : ceux de l’Autorité des Marchés Financiers ou de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom, anciennement CSA), notamment disposent d’une force au travail pouvant atteindre plusieurs centaines d’agents.

Les budgets de ces autorités sont en constante augmentation : Selon les derniers rapports annuels de 2023 disponibles, ces institutions représenteraient au minimum environ 3500 agents pour un budget de fonctionnement supérieur à 430 millions d’euros. (Le budget des AAI/API était de 367,8 millions d’Euros en 2016)

Les personnels peuvent relever du droit privé et être recrutés par contrat mais, dans de nombreux cas, il s’agit de fonctionnaires détachés ou mis à disposition.

 

Autorités administratives indépendantes ?
Une indépendance en question

Le nom même de ces institutions, qui relève de l’oxymore, interroge sur leur mission au sein de l’appareil d’état : une institution peut-elle être une autorité “administrative”, et donc relevant de l’exécutif de l’état, et en même temps être une autorité “indépendante”, donc soustraite au principe rappelé par l’article 20 de la Constitution selon lequel le gouvernement, responsable devant le parlement, détermine et conduit la politique de la nation et dispose pour ce faire de l’administration” ?

Dans les faits, ces institutions sont devenues le bras armé des institutions européennes, bien plus que de l’état Français, leur existence même étant souvent exigée par le droit européen.

C’est le cas dans de nombreux secteurs, parmi lesquels les secteurs de l’audiovisuel, des télécommunications, de l’énergie ou des transports, pour lesquels l’Union Européenne impose aux états membres, au travers de directives, de créer des autorités indépendantes afin d’assurer des missions de régulations au sein du secteur concerné.

A titre d’exemple, l’article 51 du Règlement Général de Protection des données (RGPD) de l’UE énonce que “chaque état membre prévoit qu’une ou plusieurs autorités publiques indépendantes sont chargées de surveiller l’application du présent règlement “. En France, cette autorité est la CNIL.

Ce type d’institutions n’est donc pas un phénomène limité à la France, qui aura joué un rôle de précurseur en la matière. Il s’est considérablement développé dans l’ensemble des pays membres de l’UE, sous des formes juridiques et des dénominations diverses selon les particularités propres à chaque pays.

L’arsenal des moyens dont disposent les Autorités Indépendantes alimente les interrogations sur la compatibilité de ces institutions avec le pouvoir et l’ordre démocratique. 

Si le pouvoir politique souhaite reprendre la main sur son administration, voire remettre en cause l’existence même de ces institutions, cela nécessiterait à minima une remise en cause du droit de l’Union Européenne.

Par Bruno Mahieux

Notice rouge Interpol

By Institutions

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

À la suite de l’évasion de Mohamed Amra au péage d’Incarville, où deux agents pénitentiaires ont été assassinés et trois autres ont été blessés (dont deux gravement), Interpol a émis une notice rouge à son encontre.

Qu’est-ce qu’une notice rouge ?

Une notice rouge est une demande internationale d’arrestation et d’extradition émise par Interpol à la demande d’un pays membre de cette organisation internationale. Elle vise à localiser et à arrêter un individu recherché en vue de son extradition vers le pays demandeur pour qu’il y soit jugé et/ou y purge une peine.

 

Comment cela fonctionne ?

Tout commence par une demande émanant d’un pays membre d’Interpol. Dans le cas de Mohamed Amra, ce sont les autorités françaises qui ont sollicité l’émission de la notice rouge, fournissant à Interpol des informations détaillées sur le fugitif, son physique, ses empreintes digitales et les charges retenues contre lui.

Interpol examine la demande et, si elle est conforme aux critères définis par l’organisation, elle diffuse la notice rouge, ce qui enclenche une série de mesures :  les informations sur le fugitif sont intégrées aux bases de données d’Interpol, les agents aux frontières sont alertés, et les enquêtes s’intensifient à l’échelle internationale.

 

Conditions d’utilisation ?

  • Lorsqu’un individu a été condamné pour un crime grave et qu’il s’est soustrait à l’exécution de sa peine.
  • Lorsqu’un individu est considéré comme un danger pour la sécurité publique.
  • L’individu recherché doit être clairement identifié.
  • Le crime pour lequel il est recherché doit être passible d’une peine d’au moins un an d’emprisonnement dans le pays demandeur.
  • Le pays concerné doit s’engager à extrader l’individu recherché s’il est arrêté.

D’autres notices

Il existe sept autres notices Interpol :

Jaune : personnes disparue

Bleue : informations complémentaires

Noire : personnes décédées non identifiées

Verte : mise en garde et renseignements

Orange : menace imminente

Mauve : mode opératoire

Spéciale Interpol-Conseil de sécurité des Nations Unies :
entités et personnes visées par des sanctions du Conseil de sécurité.

L’Organisation internationale de la police criminelle (INTERPOL)

By Institutions

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

Interpol, l’Organisation internationale de police criminelle, est composée de 196 pays membres. Fondée le 7 septembre 1923, son siège se situe à Lyon. Interpol joue un rôle crucial dans la coordination des efforts policiers internationaux et la facilitation de l’échange d’informations entre les pays membres pour lutter contre la criminalité et le terrorisme dans le monde.

 

En bref

La criminalité et le terrorisme ne connaissent pas de frontières.

Face à ces fléaux, Interpol souhaite favoriser une “collaboration entre les autorités de police des pays membres pour créer un monde plus sûr.

A cette fin, Interpol leur permet d’échanger et d’accéder à des informations sur les infractions et les criminels en leur apportant un appui technique et opérationnel.

Chiffres clés

  • 196 pays membres
  • Plus de 1 000 agents
  • 7 bases de données contenant plus de 80 millions d’enregistrements
  • Plus de 100 000 notices rouges actives
  • Participation à plus de 15 000 opérations internationales chaque année

Un rôle central dans la coordination des efforts policiers

Au cœur de sa mission, Interpol centralise et analyse les données provenant des forces de l’ordre du monde entier, favorisant une approche concertée face aux criminels qui outrepassent les frontières.

L’organisation met à disposition des pays membres une plateforme sécurisée d’échange d’informations, I-24/7, permettant une communication fluide et instantanée entre les forces de l’ordre.

Quelles sont ses missions ?

Elles s’articulent autour de quatre axes principaux :

Lutter contre la criminalité organisée : Trafic de drogue, d’armes et d’êtres humains, blanchiment d’argent, corruption, etc.

Soutenir les enquêtes et les opérations internationales : Coordination des enquêtes, échange d’informations, déploiement d’équipes d’intervention, etc.

Promouvoir la coopération policière internationale : Renforcement des capacités des forces de l’ordre nationales, échange de bonnes pratiques, etc.

Prévenir la criminalité et le terrorisme : Analyse des tendances criminelles, sensibilisation du public, formation des forces de l’ordre, etc.

Quels outils et services ?

Interpol met à disposition de ses pays membres une large gamme d’outils et de services :

Les notices : Interpol émet différents types de notices, comme les notices rouges pour les personnes recherchées, les notices bleues pour les personnes disparues et les notices vertes pour les personnes témoins ou susceptibles de fournir des informations utiles. Elles sont diffusées à tous les pays membres et permettent aux forces de l’ordre d’identifier rapidement les individus recherchés.

Les bases de données : Interpol gère plusieurs bases de données contenant des informations sur les personnes recherchées, les documents de voyage volés ou perdus, les empreintes digitales et les modus operandi des criminels. Ces bases de données permettent aux enquêteurs d’effectuer des recherches croisées et d’établir des liens entre des affaires apparemment distinctes.

Les équipes d’intervention : Interpol peut déployer des équipes d’intervention spécialisées pour apporter un soutien aux pays membres dans le cadre d’enquêtes complexes ou d’opérations à haut risque. Ces équipes sont composées d’experts dans divers domaines tels que la criminalistique, le renseignement et le cybercrime.

Qui pilote Interpol ?

La structure de gouvernance d’Interpol comprend plusieurs instances :

Le Secrétaire général : Nommé par l’Assemblée générale, il dirige le Secrétariat général d’Interpol et assure la gestion courante de l’organisation.

L’Assemblée générale : Réunit tous les trois ans les représentants de tous les pays membres et définit les orientations stratégiques de l’organisation.

Le Comité exécutif : Composé de 19 représentants des pays membres, il supervise les activités quotidiennes d’Interpol et assure la mise en œuvre des décisions de l’Assemblée générale.

Les Bureaux centraux nationaux (B.C.N.) : Chaque pays membre a son propre B.C.N., qui est le point de contact national pour Interpol. Les B.C.N. sont responsables de la collecte et de l’échange d’informations criminelles avec Interpol et les autres pays membres.

Quatre langues officielles

  • Français
  • Anglais
  • Espagnol (depuis 1955)
  • Arabe (depuis 1999)

Exclusivité CRSI : Tribune de Jean-Éric Schoettl

By Institutions

Un sursaut d’autorité pour combattre l’ensauvagement ?

 

Le Premier ministre a raison : face à la montée de la violence des mineurs, nous ne pouvons plus nous bercer de mots ou nous contenter de demi-mesures. Mais il nous faut plus qu’un sursaut d’autorité. Il nous faut la réinventer. Et revoir de fond en comble plusieurs de nos politiques publiques. Est-il encore temps ?

Le mélange explosif formé par la violence juvénile, d’une part, la délinquance courante et les crimes communautaires et religieux, d’autre part, nous plonge dans un tel désarroi que nous sommes tentés, pour nous rassurer, d’attribuer la violence des mineurs à une cause unique (la drogue, les réseaux sociaux…) et d’en tirer une médication simple et expédiente. C’est la tentation de beaucoup de commentateurs et de personnalités politiques. Mais la réalité est autrement complexe. Le simplisme du diagnostic ne peut conduire qu’à l’insuffisance de la thérapeutique. Pour y voir plus clair et, si possible, entrer en voie de résilience, il faut au moins répondre aux questions suivantes.

 

Comment caractériser la violence des mineurs qui sévit actuellement à l’extérieur comme à l’intérieur de l’univers scolaire ?

Une partie de la violence des mineurs tient à l’environnement culturel contemporain, dans lequel baigne l’ensemble de la jeune génération. On en connaît les principaux traits : individualisme tout-puissant, indifférence à l’autre, hédonisme, consumérisme, dégradation du niveau scolaire, effondrement de la lecture remplacée par l’addiction aux écrans, enfermement narcissique dans les réseaux sociaux, exposition précoce aux contenus violents et pornographiques. Une autre composante de la violence des mineurs trouve sa source dans la déstructuration du tissu social, alliant pauvreté et monoparentalité, cas fréquent dans la population d’origine sahélienne.

Une forte proportion des mineurs interpellés lors des émeutes de l’été 2023 provenait de familles monoparentales pauvres.

Une autre encore est liée à la consommation ou au trafic de drogue, et à tout son halo de délinquance courante. Une quatrième forme de violence, communautaire et confessionnelle, est le produit d’un endoctrinement frériste et salafiste qui touche désormais un nombre malheureusement non négligeable de familles musulmanes. 

Ces différentes composantes de la violence juvénile sont d’intensités différentes. Les réseaux sociaux par exemple sont loin de tout expliquer : ils peuvent être vecteurs et catalyseurs de violence, mais n’en sont pas la cause première. Ces composantes sont en outre de natures très différentes : l’anomie, au sein de la société globale, est un facteur de violence, mais l’excès de normes, au sein des communautés d’appartenance, en est un autre, non moins puissant. Ces composantes n’en sont pas moins inter-corrélées et elles sont toutes favorisées par la faiblesse des réponses que leur oppose le monde adulte. En s’interdisant d’être coercitive à l’égard des mineurs, la société – c’est-à-dire les parents, les maîtres et l’Etat – laisse libre cours à chacune de ces composantes de la violence juvénile.

Le lien entre carence de l’autorité (entendue comme une absence ou une insuffisance de coercition légale) et ensauvagement (pas seulement des mineurs) se manifeste dans d’autres domaines, tous plus ou moins liés à la crise de l’intégration. On pourrait parler de la justice des mineurs (le problème principal, à cet égard, étant non celui de l’excuse de minorité, mais celui de l’effectivité et de la célérité de la sanction, auquel le récent code pénal des mineurs apporte une réponse contre-productive), du faible nombre et de la gestion (aujourd’hui défectueuse) des centres éducatifs fermés, du maintien de l’ordre en général et du contrôle des manifestations sur la voie publique en particulier. Sans oublier le traitement des émeutes urbaines et la conduite à tenir par les forces de police et de gendarmerie en cas de refus d’obtempérer. Et l’ombre qui plane sur tout cela : la politique migratoire (ou plutôt son absence).

Une autre illustration de cette causalité entre défaut de coercition légale et ensauvagement du tissu social vient d’être mise en évidence par le préfet Michel Auboin dans son rapport sur les étrangers extra-communautaires et le logement social en France (Fondation pour l’innovation politique et Observatoire de l’immigration et de la démographie). Le bailleur public, et mieux encore le maire, “doit s’assurer que les locataires vivent en paix, ce qui suppose qu’il ait la capacité d’agir pour faire cesser les troubles graves à l’ordre public (agressions, trafic de drogue, rodéos…) qui naissent au sein de son patrimoine”. Il faut donc remettre en cause le dogme du maintien dans les lieux, notamment en instituant un bail à durée limitée permettant, indépendamment de mesures plus coercitives (expulsions locatives), de ne pas renouveler un bail en cas de mauvais comportement. La recherche de la mixité sociale impose en outre de confier aux maires plutôt qu’aux algorithmes préfectoraux l’attribution des logements sociaux. Remplaçons “bailleur social” par “proviseur” et “révocation du bail du locataire fauteur de troubles” par “renvoi de l’élève fauteur de troubles” : les solutions se valent mutatis mutandis. De même, ne plus s’obliger à recaser dans un établissement scolaire ordinaire un élève renvoyé en raison de son comportement agressif se justifie autant que ne plus attribuer de logement HLM à un locataire incivil.

 

Faut-il mettre en cause la responsabilité pénale des parents ?

Ce serait non seulement cruel, mais encore inopérant, lorsque les parents sont dépassés par les évènements, ce qui est le cas de ces mères célibataires travaillant loin de leur domicile pour subvenir aux besoins d’une nombreuse nichée abandonnée à elle-même la plupart du temps. Mais il y a des situations où, oui, la famille doit être déclarée responsable parce qu’elle est en effet complice, passive ou active, des agissements de ses enfants. Il en est ainsi lorsqu’elle laisse ses rejetons commettre certains actes tout en ayant conscience de leur caractère délictueux, notamment en matière de trafic de drogue. Il en est ainsi a fortiori lorsqu’elle les y incite par esprit de lucre. Ou lorsqu’elle endoctrine ses enfants en leur inspirant la haine de la France ou de telle ou telle catégorie de Français, voire en les mettant sur le chemin du djihad. En pareilles circonstances, il est à la fois juste et efficace de responsabiliser les parents sur le plan pénal et pas seulement du point de vue de leur responsabilité civile.

A la suite des émeutes urbaines de juin 2023, le garde des sceaux, avait pris une circulaire invitant les parents à exercer leur devoir de surveillance sur la conduite de leurs enfants et leur rappelant non seulement qu’ils peuvent être obligés à indemniser les victimes, mais aussi les risques pénaux qu’ils encourent (selon la circulaire) en application de l’article 227-17 du code pénal. Celui-ci punit de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende “le fait, par le père ou la mère, de se soustraire, sans motif légitime, à ses obligations légales au point de compromettre la santé, la sécurité, la moralité ou l’éducation de son enfant mineur”, obligations définies par l’article 371-1 du code civil (protéger l’enfant dans “sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement”). 

Mais il n’est pas sûr, au regard de ses termes et de la jurisprudence, que l’article 227-17 du code pénal, qui vise le délaissement des enfants par leurs parents, permette de poursuivre les parents à raison des actes criminels ou délictuels de leurs enfants. Le lien causal entre les agissements du mineur et la défaillance parentale serait la plupart du temps difficile à établir. Au demeurant, il ne semble pas que la responsabilité pénale des parents des émeutiers de 2023 ait été beaucoup recherchée et encore moins  reconnue.

Aussi convient-il d’expliciter par un texte la responsabilité pénale des parents à raison des actes commis par leurs enfants. Tel était le sens de la proposition de loi “tendant à renforcer la responsabilité pénale des personnes qui exercent l’autorité parentale sur un mineur délinquant” déposée voici une vingtaine d’années par le sénateur centriste Nicolas About. Cette proposition insérait dans le code pénal un article 227-17 bis disposant que “Le fait, pour une personne qui exerce l’autorité parentale sur un mineur, d’avoir laissé ce mineur commettre une infraction pénale, par imprudence, négligence ou manquement grave à ses obligations parentales, est passible des mêmes peines que si elle s’était rendue coupable de complicité”. Mais cette initiative s’est heurtée à un de ces nombreux tabous qui piègent tout débat sur la justice des mineurs.

Le tabou pourrait cette fois être levé si le parti progressiste et le Conseil constitutionnel n’y font pas barrage. Le projet de loi “relatif à la responsabilité parentale et à la réponse pénale en matière de délinquance des mineurs”, que défendra Eric Dupont Moretti devant le Parlement, sanctionne en effet les parents lorsque leur négligence éducative a conduit leur enfant à commettre plusieurs crimes ou délits.

La peine encourue est de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, sans préjudice d’une peine complémentaire de travail d’intérêt général.

D’autres pays démocratiques, confrontés à la violence des mineurs, ont déjà sauté le pas. C’est le cas des Etats Unis. Ainsi, le code pénal de Californie, Etat progressiste, prévoit un emprisonnement d’un an et une amende de  2.500 $, ou l’imposition d’une période de probation, pour les parents ayant failli à leur devoir en laissant, en connaissance de cause, leur enfant commettre une infraction. Cette défaillance est en effet considérée comme confinant à la complicité ou au défaut grave de surveillance ayant causé aux tiers des dommages corporels ou matériels. L’Etat du Michigan n’est pas en reste : tout récemment (9 avril 2024), la cour criminelle de Pontiac a condamné les deux époux Crumbley à dix à quinze ans de prison, à la suite du quadruple meurtre commis par leur fils, âgé de quinze ans, avec une arme qu’ils lui avaient offerte alors qu’ils connaissaient ses troubles de comportement.

La mise en cause de la responsabilité parentale, au pénal comme au civil, peut donc, dans certaines situations, constituer un élément de réponse à la délinquance des mineurs. Toutefois, compte tenu des caractéristiques actuelles de la violence juvénile, qui sont multifactorielles, il est illusoire d’en faire la panacée que certains voient en elle. 

 

La défaillance de l’autorité explique-t-elle les phénomènes actuels ?

Carence de l’autorité (des parents, des maîtres et de l’Etat) : pour expliquer la montée de la violence chez les mineurs, ce diagnostic est désormais largement partagé. Les événements récents ont décillé beaucoup d’yeux. À Viry-Châtillon, le 18 avril, le Premier ministre fustige la “culture de l’excuse” et reprend son leitmotiv : 

“Tu casses, tu répares, tu salis, tu nettoies, défies l’autorité, on t’apprend à la respecter”

Il y a loin, bien sûr, de ces fortes paroles aux actes et des actes aux résultats. Mais, en attendant, elles marquent une victoire de la lucidité sur le déni. Hier encore, la référence au déficit d’autorité aurait été taxée de fantasme réactionnaire. En 2016, l’actuelle ministre de l’éducation, Nicole Belloubet, raillait “les fariboles sur la restauration de l’autorité ou le port de la blouse”. Il est symptomatique que soit aujourd’hui portée au crédit de Gabriel Attal par la grande majorité de l’opinion une mesure prohibitive – l’interdiction de l’abaya – qui aurait été jugée stigmatisante par tous les bons esprits il y a quelques années. Nous venons de loin.

Toutefois, pour trouver une thérapeutique opérante, il faut aller jusqu’au bout du diagnostic. La nostalgie de l’autorité perdue ne suffira pas à remonter la pente. Pour que l’autorité s’affirme, il faut que la société dote sans réticence son titulaire des moyens effectifs et suffisants (matériels, juridiques, statutaires, psychologiques) d’exercer sa fonction. Ce n’est pas le cas aujourd’hui et cela donne la mesure de l’effort à accomplir pour restaurer ce qui peut l’être de l’autorité perdue.

 

La société contemporaine refuse-t-elle au dépositaire de l’autorité les moyens de sa  fonction ?

Oui. Prenons le cas du proviseur du lycée Maurice Ravel, à Paris, confronté à l’élève qui refuse de retirer son voile dans l’enceinte de l’établissement. Peut-il, face à ce refus, déclencher des poursuites disciplinaires ? Les circulaires n’évoquent de telles sanctions que d’une plume tremblante, mettant sans cesse en avant la nécessité impérieuse du “dialogue” (avec l’élève, avec les parents). Hier l’élève insolent était consigné et, de surcroît, réprimandé par ses parents. C’était la double peine. Aujourd’hui beaucoup de parents demandent des comptes (lorsqu’ils ne le bousculent pas) au professeur qui ose admonester leur progéniture. Aujourd’hui, une suspension de plusieurs jours pour comportement illicite, agressif ou injurieux impose de réunir un conseil de discipline dont la composition n’est nullement acquise aux responsables scolaires. Dans les quartiers à forte population immigrée, une certaine paranoïa communautaire paralyse les responsables scolaires lorsqu’ils auraient des velléités de sévir.

Et que faire face à une attitude provocatrice caractérisée ? Le proviseur du lycée Maurice Ravel pouvait-il, comme cela aurait paru naturel y a quelques décennies, contraindre physiquement l’élève à ôter son voile ou, à défaut, la saisir par le bras pour la mener à une salle de retenue ou à la porte de     l’établissement ? Une telle “contrainte par corps” est ce que le droit administratif classique nomme “privilège d’exécution d’office”. C’est, en théorie, celui de tout détenteur de l’autorité publique confronté à un refus d’obtempérer. Mais il a été implicitement aboli dans les établissements scolaires autant que dans les lieux publics. 

Jusque dans les années soixante-dix, les gardiens de square, avec leurs casquettes, leurs houppelandes et leurs sifflets (panoplie des signes visibles et audibles de l’autorité), n’hésitaient pas à agripper un chenapan par l’oreille s’il piétinait une plate bande. Cela ne choquait personne. Aujourd’hui, le gardien de square serait révoqué et poursuivi pénalement s’il osait une telle manifestation d’autorité. Et, aujourd’hui, un policier ou un gendarme qui utilise son arme, même en respectant les conditions d’emploi, sera très souvent poursuivi pour homicide si un drame survient. 

Si le proviseur du lycée Maurice Ravel s’était livré au quart de ce dont l’accuse, sur les réseaux sociaux, l’élève voilée, les autorités académiques l’auraient désavoué au motif que le souci de faire respecter la loi ne justifie aucun geste brutal. La doctrine est gravée dans le marbre des bons sentiments humanistes et pédagogistes : il faut toujours privilégier le dialogue sur la coercition lorsque sont en cause des questions aussi délicates que celles intéressant la personnalité et les convictions. Agripper la rebelle voilée par le bras ? Groupes militants et médias crieraient à la maltraitance islamophobe. Dans le contexte non pas multiconfessionnel, mais religieusement homogène, qui est celui de beaucoup de quartiers dont la population est issue du monde musulman (Maghreb, Sahel, Turquie, Caucase, Proche- Orient et Moyen-Orient), une partie significative des élèves verrait une héroïne dans la révoltée et une partie significative des parents, exposés aux discours communautaristes et aux prêches intégristes (l’interdiction du voile est une brimade contre les musulmans), en ferait une martyre. On imagine la suite. Si une simple sommation de respecter la loi a fait pleuvoir des menaces de mort sur le proviseur, le poussant à la démission, on n’ose penser à ce qu’une manifestation d’autorité musclée, banale il y a une cinquantaine d’années, aurait pu provoquer.

 

Le statut des titulaires de l’autorité doit-il être revu, y compris en dehors du monde enseignant ?

Rétablir l’autorité, c’est vrai au-delà de l’enseignement, suppose que la collectivité s’en remette beaucoup plus amplement qu’aujourd’hui au dépositaire de l’autorité. Et donc remplir celui-ci de la plénitude de ses prérogatives, y compris des plus traditionnelles d’entre elles, tel le “privilège d’exécution d’office”. Sa latitude décisionnelle doit être sensiblement élargie, ce qui impose de se passer de ces encadrements sourcilleux censés interdire l’arbitraire. Quant au risque d’usage abusif du pouvoir délégué, inhérent à toute large délégation, il peut être combattu par un contrôle a posteriori sensible aux difficultés de la fonction. 

A l’inverse, refuser de faire confiance au titulaire de l’autorité, refuser de lui déléguer un pouvoir de contrainte, c’est abdiquer l’essence même de l’autorité. Le législateur, comme les tutelles administratives et juridictionnelles, doivent le comprendre.

 

Comment la société peut-elle aider les professeurs confrontés, au sein même de leurs classes, à l’indiscipline, à la violence ou à la contestation des enseignements ?

Aide-toi et la société t’aidera. La communauté éducative doit pouvoir compter sur la société, mais elle doit d’abord rassembler et employer ses propres forces. 

Des cours d’empathie et d’initiation aux valeurs de la République ne rétabliront pas la sérénité lorsqu’elle est sérieusement atteinte. Seule serait opérante une volonté farouche et solidaire de la communauté éducative de ne plus rien laisser passer en matière de violation des règles de la vie scolaire, qu’il s’agisse d’indiscipline, de harcèlement ou d’atteintes à la laïcité. 

Ceci implique le pouvoir hiérarchique donné au proviseur ou au principal de se séparer d’un enseignant ou d’un surveillant hostile aux exigences de cette solidarité ; la fluidité de l’information entre professeurs, proviseurs, rectorat et, au-delà, avec tous les acteurs responsables de l’ordre public au sens large (police, justice, services sociaux) ; l’intervention de la police ou de la justice en direction de la famille ou du milieu pour contrer les représailles communautariste, punir les auteurs de discours de haine sur les réseaux sociaux ou pour mettre en cause, le cas échéant, la responsabilité civile ou pénale des parents ; la présence d’assistants d’éducation (terme symptomatiquement substitué à celui  de  “surveillants” il y a une vingtaine d’années) aptes moralement et physiquement à inspirer du respect aux élèves ; l’exercice par le dirigeant de l’établissement d’un pouvoir disciplinaire autonome allant jusqu’à la radiation de l’élève ; la remise en vigueur des codes de courtoisie passés (se lever à l’entrée du professeur, se mettre en rangs dans la cour avant de pénétrer en classe, vouvoyer le professeur…) ; l’attribution à chaque élève d’une note de conduite, inscrite à son bulletin ; l’uniforme scolaire ; la symbolique patriotique (distribution des prix, Marseillaise, salut aux couleurs…) ; la multiplication des internats et des placements d’office en internat des élèves qui, dans leur propre intérêt, comme dans celui de la collectivité, doivent être soustraits à leur milieu ; la garde des élèves dans les établissements d’enseignement après les heures de cours (comme le souhaite à juste titre Gabriel Attal) ; le transfert des établissements d’enseignement en dehors des cités problématiques ; l’inscription des élèves renvoyés dans des établissements spécialisés. 

A quoi il faut ajouter un allègement de la tutelle juridictionnelle sur les décisions quotidiennement prises par les autorités scolaires, décisions qui, jusqu’à une date récente, étaient considérées comme des “actes d’ordre intérieur” échappant au contrôle du juge. 

Programme indigeste ? Impossibilité de faire rentrer le dentifrice dans le tube ? Peut-être. Mais sans un big bang de l’autorité, la violence étendra ses quartiers dans l’univers scolaire. Dire qu’il est “trop tard” est un alibi trop commode pour éluder le changement de paradigme qui s’impose. Rattraper tant d’années de négligence, de lâcheté et de complaisance oblige l’école, et la société tout entière, à émettre aujourd’hui un message net et fort de retour à l’ordre. Il est peut-être trop tard, mais le déraillement est certain si nous ne tentons même pas de changer le cours des choses.

 

N’est-ce pas prôner le retour à un passé scolaire idéalisé ?

Restaurer l’autorité à l’école, c’est en effet reconstruire l’estrade malencontreusement supprimée après 1968. C’est revenir à Jules Ferry : replacer l’enseignant en surplomb, refaire de lui “celui qui institue”. 

L’enseignant doit tirer l’élève vers le haut, en faire un être rationnel et un citoyen. Il doit l’intégrer au monde des adultes, le connecter à tout ce que la nation tisse entre nous de commune appartenance, à commencer par ce  “riche legs de souvenirs” et cette “volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis” dont parlait Ernest Renan dans “Qu’est-ce qu’une nation ?”. L’enseignant doit transmettre des connaissances, une mémoire et des valeurs, avec ce que cette fonction de transmission implique d’unilatéralisme. 

L’enseignant doit redevenir le “maître”, dans les deux sens du terme. 

 

Cela ne doit pas le conduire bien sûr à délaisser la pédagogie ou à négliger le sentiment de l’enfant. Mais ce n’est pas à l’enfant de piloter sa propre éducation. 

Pendant le temps éducatif, le monde adulte, en la personne du maître, doit tenir la barre, afin de pouvoir un jour la confier à l’élève devenu adulte. Tenir la barre, c’est faire œuvre de capitaine, et donc conduire, animer et inspirer. Mais aussi, le cas échéant, prévenir ou mâter des mutineries.  Tout ne peut reposer sur le charisme personnel de l’enseignant. Aussi l’école doit-elle réapprendre à punir. Outre qu’elle garantit à tous les conditions d’une bonne transmission des connaissances, la sanction a, par elle-même, une vertu éducative sur l’élève fautif. On a trop confondu, pendant des années, autorité et autoritarisme. 

S’il y a un domaine où on peut dire, sans gros risque de se tromper, que “c’était mieux avant”, c’est celui de l’éducation publique.

 

Quelle est la part de l’immigration dans la montée de la violence juvénile ?

L’immigration n’explique pas toute la violence juvénile, mais elle y contribue substantiellement. On le voit bien avec les mineurs isolés étrangers. On l’observe dans les quartiers à forte population immigrée avec le trafic de drogue, les règlements de comptes, le vandalisme, les agressions sexuelles et les rodéos. On l’a constaté lors des émeutes urbaines de 2023, même s’il se trouvait en effet des Kevin et Matteo parmi les casseurs et les pillards.

C’est vrai aussi à l’école. Beaucoup de faits récents de violence survenus dans l’univers scolaire ou sa périphérie ont des connotations ethno-religieuses : enseignants agressés dans les salles de classe pour des propos jugés impies, passages à tabac d’élèves trop bien intégrés, remise en cause véhémente des enseignements et des règles de la vie scolaire. Y sont impliqués non seulement des élèves, mais leurs familles.

Un des traits communs de ces évènements est de révéler combien les cultures d’origine des populations nouvellement établies sur notre sol entretiennent avec l’Etat une relation différente de celle de la population native. Ces cultures d’origine considèrent généralement que l’Etat n’a pas à interférer avec la norme familiale et religieuse. Elles estiment, souvent en toute candeur, que la règle religieuse et communautaire prévaut sur la loi française, laquelle est fréquemment ignorée ou mal comprise par les familles immigrées. Elles récusent pour cette raison le recours à la justice légale et se défient d’institutions nationales qu’elles perçoivent comme mystérieuses ou hostiles. 

Qui plus est, contrairement à la société d’accueil, la plupart des cultures d’origine n’ont pas répudié le recours à la violence privée et en sacralisent même certaines formes, que ce soit  pour des motifs religieux (guerre sainte, châtiment des blasphémateurs et des apostats) ou pour se conformer à des codes claniques (crimes d’honneur et vendettas). Ajoutons-y la jalousie d’adolescents étouffés par un carcan familial, communautaire et religieux à l’égard de celui (et surtout de celle) qui s’affranchit des interdits tribaux en adoptant les mœurs de la société d’accueil. Cette jalousie semble être à l’origine des agressions subies par Samara à Montpellier et par Shamseddine à Viry-Châtillon. Le crime du “miroir d’eau” à Bordeaux, le 10 avril, pourrait être de la même veine : des musulmans trinquant avec des kouffars à la fin du ramadan ont pu apparaître, aux yeux du jeune Afghan intégriste qui les a poignardés, comme des renégats lui inspirant une haine ambivalente à base de répulsion et d’attirance. Comprenons aussi que le refoulement sexuel des jeunes gens élevés dans un milieu musulman rigoriste, induit par l’inaccessibilité des partenaires féminins (a fortiori parmi les jeunes hommes célibataires qui composent une forte proportion des demandeurs d’asile), est une source de violence, notamment à l’égard des femmes.

Cette violence latente, de nature culturelle, a un effet inhibiteur sur l’exercice de l’autorité à l’école. Le scénario conduisant à l’assassinat de Samuel Paty est dans toutes les têtes. Il s’agit non d’une crainte isolée, mais d’une peur collective et permanente : comme le révèle une enquête du syndicat national des directions de l’Education nationale, un principal de collège ou proviseur du lycée sur quatre a vu l’enseignement dispensé dans son établissement ou les règles de vie de son établissement contestés au nom de l’islam. Dans ce lourd contexte, toute intimidation, devant être prise au sérieux, est susceptible de conduire à l’autocensure.

Par culpabilité post-coloniale, par peur de stigmatiser et d’amalgamer, par paresse, par lâcheté ou par embarras, la République a pratiqué jusqu’ici un irénisme préjudiciable tant à l’équilibre de la société française qu’à la bonne intégration des nouveaux venus. Il faut désormais non plus seulement cesser de pousser la poussière sous le tapis, non plus seulement accompagner psychologiquement nos enseignants, non plus seulement diffuser des guides de vivre ensemble et des vademecum sur la laïcité, mais encore couper les têtes  de l’hydre islamiste plus vite qu’elles ne repoussent. 

Combat régalien, mais aussi culturel et social. Il faut être intraitable à l’égard des activistes, mais aussi améliorer les conditions de vie et conquérir les cœurs de ceux qu’ils cherchent à rallier. L’école ne pourra redevenir cette fabrique de citoyens qu’évoquait Jean Jaurès dans sa lettre aux instituteurs de 1888 que si elle redevient un ascenseur social et si elle donne un contenu positif et attractif aux idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. 

La France doit apprendre à se faire aimer de ses nouveaux enfants. Mais il faut, pour cela, qu’elle réapprenne à s’aimer elle-même. C’est ici que le bât blesse. Que peut faire l’éducation nationale si, pour un tiers d’entre eux (comme cela semble être le cas), les jeunes enseignants adhèrent au gauchisme woke, souscrivent à la vulgate décoloniale, dénigrent le récit national et voient dans la laïcité un pavillon de complaisance de la xénophobie ?

En tout état de cause, la nation doit répliquer avec plus de détermination aux provocations de l’islamisme. Il aura fallu attendre quinze ans, entre l’affaire des foulards de Creil de 1989 et la loi de 2004, pour que la République ose interdire le port de signes religieux ostentatoires dans l’enseignement public. Il aura fallu des années de tergiversations et de disputes institutionnelles internes pour qu’elle prohibe l’occultation du visage dans l’espace public. Des délais de réponse aussi longs, de pareils états d’âme, la préparent mal aux batailles à venir.

 

En quoi un changement de la politique migratoire pourrait-il changer la donne ?

Un demi-million d’étrangers d’origine extra-européenne s’installent en France chaque année à divers titres (arrivées légales, asile, entrées clandestines). 

Un afflux de cette ampleur compromet l’intégration de ceux qui s’entassent déjà sur son territoire. 

Dans l’état du monde contemporain, avec la conquête du monde musulman par l’islamisme comme phénomène géopolitique durable et l’explosion démographique en Afrique, une immigration massive en provenance d’outre Méditerranée est ingérable. A court terme, elle déborde nos dispositifs d’accueil ; à moyen terme, elle compromet l’assimilation ; à plus long terme, elle expose la société française à de graves déchirements. 

Bien sûr, une partie de ce flux s’intégrera, et parfois très bien. Mais notre devoir à l’égard des générations futures est de regarder en face les évidences quantitatives et la prégnance des facteurs culturels. La conduite exemplaire d’un Mamoudou Gossama (ce jeune malien sans papier qui sauva en 2018 un petit garçon suspendu à une fenêtre, en escaladant quatre étages à mains nues) ne doit pas être l’arbre héroïque cachant la forêt des ghettos et des fermentations toxiques dont ils sont le chaudron. Nombre d’enseignants professent aujourd’hui devant des classes composées exclusivement d’enfants de famille musulmane. Il est autrement plus difficile de “faire France” dans ces conditions que lorsque les petits Ali côtoient les petits Alain.

Donner ses chances à l’intégration impose de réduire significativement la pression migratoire. Pour prendre une image triviale, un plombier ne peut déboucher un lavabo s’il n’a pas d’abord fermé le robinet.

Cela suppose des révisions que la bien-pensance jugera, comme à l’accoutumée,  “faire le jeu de l’extrême droite”, alors que ce serait lui ôter le monopole de l’expression du sentiment populaire. 

Les mesures à prendre sont sans mystère : limitation des visas et du regroupement familial, évaluation sérieuse des capacités d’intégration lors de la première délivrance d’un titre de séjour, suppression de l’automaticité du renouvellement de la carte de résident, simplification de la procédure de reconduite à la frontière pour rendre celle-ci plus effective, pression accrue sur les pays d’origine pour coopérer au rapatriement de leurs ressortissants, expulsion de tout étranger présentant une menace pour l’ordre public, déchéance de nationalité pour les binationaux ayant manifesté leur haine de la France, limitation de l’attractivité sociale de notre pays. En matière d’asile, il nous faut prendre beaucoup mieux en compte le risque qu’incarnent, pour l’ordre public, non seulement ceux qui ont commis ou participé à des actes terroristes, mais également ceux qui adhèrent à l’idéologie qui en constitue le terreau. Il faut imposer, dans tous les cas d’accès à la nationalité, une vérification rigoureuse de l’assimilation. Enfin, il faut instituer un service national obligatoire pour les jeunes des deux sexes de manière à reproduire, sur le plan social et culturel, le brassage que l’ancien service militaire réalisait sur le plan social.  

Un tel programme est un Himalaya à gravir, dira-t-on non sans raison. 

L’instauration d’un service national obligatoire pose à lui seul une montagne de problèmes logistiques et financiers. Par ailleurs, une politique migratoire aussi ferme que celle évoquée ci-dessus nous mettrait en délicatesse avec la doxa. Elle serait en contradiction avec le lénifiant pacte migratoire européen, en voie de conclusion, qui n’aura pas pour effet, et n’a d’ailleurs pas véritablement pour objet, de réduire l’immigration.  Un tel programme nous exposerait à de sérieuses difficultés diplomatiques, à des sanctions européennes et à une campagne dénonçant un virage illibéral de la France. 

Et que dire des modifications juridiques ici proposées ? Elles se heurtent aujourd’hui à des obstacles constitutionnels ou conventionnels qui, pour être de nature souvent jurisprudentielle, n’en sont pas moins formidables. Nos cinq cours suprêmes, trois nationales (Conseil constitutionnel, Conseil d’Etat et Cour de cassation) et deux européennes (Cour de justice de l’Union européenne et Cour européenne des droits de l’homme), convergent, au titre de leurs divers chefs de compétence et sur divers terrains juridiques, pour entraver toute fermeté des pouvoirs publics en la matière. Au nom d’une vision abstraite et absolutiste des droits de l’homme, les droits de l’immigrant, cet “Autre” magnifié, prévalent sur les intérêts de la collectivité. C’est la revanche d’Antigone sur Créon. On l’a vu, tout récemment encore, avec le Conseil constitutionnel pour la loi immigration et pour l’initiative référendaire (RIP) des parlementaires LR. Ou avec la Cour de justice de l’Union européenne et le Conseil d’Etat pour le refoulement des irréguliers à la frontière franco-italienne. Ou avec la Cour européenne des droits de l’homme pour l’expulsion des islamistes caucasiens et pour le retour en France des femmes de nationalité française parties rejoindre Daech. 

Franchir ces impressionnants obstacles est cependant vital pour l’identité, la sécurité et la souveraineté nationales. Il ne faut pas s’interdire de “renverser la table” par des “lits de justice” ou par la résistance aux jurisprudences inacceptables des cours supranationales. Un traité se renégocie ou se dénonce. La Constitution se révise. Il faut rétablir la primauté de la loi nationale lorsque le législateur, en toute conscience et en toute connaissance de cause, entend déroger au traité. Il faut instaurer un “dernier mot parlementaire” contre les jurisprudences incompatibles avec les intérêts supérieurs de la nation.

 

Le Royaume-Uni compose avec le communautarisme depuis longtemps. Pourquoi la France n’agirait-elle pas de même ?

Le Royaume-Uni compose en effet depuis longtemps avec le communautarisme, sans être épargné pour autant par la violence islamiste. Et ces accommodements produisent des  résultats qui n’ont rien de raisonnable : importation du droit coranique en matière de relations familiales, banalisation des accoutrements religieux jusque dans la police, manifestations pro-palestiniennes imposantes scandant des slogans antisémites, impunité des “grooming gangs” (bandes de violeurs d’origine pakistanaise) pour cause de political correctness. Cerise sur le gâteau : un premier ministre écossais islamo-woke qui fait voter une loi réprimant non seulement l’incitation à la haine, mais tout propos, même tenu en privé, susceptible d’être ressenti comme offensant par une minorité. La liberté d’expression menacée sur les terres qui l’ont vu naître : Robert Burns, David Hume, Adam Smith et Thomas Reid doivent se retourner dans leurs tombes. Pendant ce temps, le Danemark réinvente le délit de blasphème. Et, dans les communes bruxelloises à fortes populations turque et marocaine, travaillées par la propagande frériste, les autorités municipales, pour acheter la paix civile et être réélues, se plient à tous les désidératas communautaires. C’est toute l’Europe qui risque de se renier au nom du vivre ensemble. La bigoterie islamo-woke fait régresser l’Occident.

Nous n’en sommes pas arrivés là en France, mais, par endroits, nous glissons sur cette pente. Il faut la remonter. Pour ne pas “éteindre les Lumières”, il ne faut transiger avec le communautarisme ni à l’école, ni dans les autres services publics, ni dans l’espace public. Aucune société ne peut vivre sans un ordre symbolique. Nous devons réapprendre à faire respecter le nôtre. Y compris dans nos entreprises et nos associations. Il faut soutenir celles d’entre elles qui prennent des règlements intérieurs pour soumettre leur personnel à des obligations de neutralité. A cet effet, il faut donner sa pleine portée à l’article L. 1321-2-1 introduit dans le Code du travail par la loi El Khomri (“Le règlement intérieur (de l’entreprise) peut contenir des dispositions inscrivant le principe de neutralité et restreignant la manifestation des convictions des salariés si ces restrictions sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché”), sans le limiter aux personnels en rapport direct avec le public (ce qui est la tendance du juge judiciaire, comme l’illustre l’arrêt Camaïeu du 14 avril 2021 de la chambre sociale de la Cour de cassation). 

La bonne nouvelle est que les imams éclairés existent, et que leur apport théologique pourrait inspirer un islam de France compatible avec la laïcité à la française, laquelle a une dimension non seulement juridique mais aussi coutumière. La mauvaise nouvelle est que les imams éclairés n’ont guère d’influence sur toute une partie des jeunes issus de l’immigration. Ceux-ci importent des idées théologiques du moyen âge parce qu’ils sont dans une logique d’affrontement manichéen avec la société française et qu’ils font de l’islam guerrier et de la lecture littérale du Coran leur oriflamme identitaire. Cette réalité est niée par les idiots utiles de l’islamisme, mais les imams éclairés, eux, en ont douloureusement conscience.

 

Que faire, en résumé, pour ne pas injurier l’avenir ?

Face à la montée de la violence en général et à celle des mineurs en particulier, face au fanatisme qui séduit si souvent la jeunesse, nous ne pouvons plus nous bercer de mots et nous contenter de demi-mesures. Il nous faut un “choc d’autorité”. Il nous faut aussi revoir de fond en comble plusieurs de nos politiques publiques et non des moindres : logement social, politique de la ville, immigration, sécurité intérieure (s’agissant non seulement de la lutte contre le terrorisme, mais encore de la prévention et de la répression de ce  “djihadisme d’atmosphère” dont parle Gilles Kepel). Il nous faut enfin rééquilibrer nos mécanismes institutionnels dans le sens de la restauration de la souveraineté nationale et populaire, qu’il s’agisse des relations entre droit national et droit européen, de la place de la justice ou de la séparation des pouvoirs. 

La contention de la violence est au fondement du pacte social. Si, en cette matière, cruciale pour l’avenir du pays, nous renonçons aux moyens de nos fins, il ne faudra plus larmoyer sur l’état de décivilisation dans lequel il s’enfonce.

Télécharger l’article

A propos de l’auteur

Jean-Éric Schoettl est un haut fonctionnaire français et constitutionnaliste de renom, principalement connu pour avoir été le secrétaire général du Conseil constitutionnel de 1997 à 2007.
Jean-Éric Schoettl est l’auteur de La Démocratie au péril des prétoires (Gallimard, « Le Débat », 2022) et publie régulièrement des articles dans la presse.
Enfin, il est Commandeur de la Légion d’honneur.

L’agence de l’Union européenne pour l’asile

By Institutions

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

Agence de l’UE sur l’asile L’Agence de l’Union européenne pour l’asile (AUEA), basée à Malte, joue un rôle crucial dans la gestion des demandes d’asile au sein de l’espace Schengen.

Créée en 2011, elle a pour mission d’aider les États membres à mettre en œuvre un régime d’asile européen commun, harmonisé et efficace. Face à l’augmentation des flux migratoires ces dernières années, son action s’est intensifiée grâce à un budget triplé et un personnel renforcé.

Par Charline Le Du


Présentation

L’AUEA est une agence décentralisée de l’Union européenne qui vise à renforcer la coopération entre les États membres en matière d’asile et à promouvoir un système d’asile européen commun juste et efficace.

Principales missions

  • Aider les États membres à gérer les demandes d’asile et à mettre en œuvre le régime d’asile européen commun (RAEC).
  • Fournir une expertise et une assistance technique aux États membres.
  • Organiser des formations et des ateliers pour les professionnels de l’asile.
  • Promouvoir la recherche et l’innovation en matière d’asile.
  • Contribuer à la coordination des politiques d’asile au niveau européen.

Créée en 2022, en remplacement du Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO), l’AUEA est basée à Malte (La Valette).

L’agence est composée :

  • D’un conseil d’administration,
  • De représentants des États membres,
  • De la Commission européenne et du Parlement européen,
  • Un directeur exécutif, nommé par le conseil d’administration.

Historique

2011 : Les débuts

Le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO) est créé par l’Union européenne par le biais du règlement (UE) n° 439/2010 du Parlement européen et du Conseil.

Cette initiative visait à répondre aux défis croissants de la gestion des flux migratoires et des demandes d’asile. Basé à Malte, L’EASO a joué un rôle crucial dans la mise en place d’un système d’asile européen plus cohérent et ecace, en s’attaquant à des missions telles que le soutien aux États membres, le renforcement de l’accueil et de l’intégration des réfugiés, et la promotion de la coopération en matière d’asile.

2014 : Adoption du règlement (UE) n° 1168/2011, modifiant le règlement (UE) n° 439/2010, par le Parlement européen et le Conseil de l’UE, contribuant à renforcer le rôle de l’EASO et à améliorer la coordination entre les États membres en matière d’asile. Il a également permis d’harmoniser les procédures d’asile et les conditions d’accueil des demandeurs d’asile.

2016 : Lancement de l’opération conjointe Poseidon Frontex-EASO en Grèce par l’Union européenne. Cette opération vise à répondre à la crise migratoire qui a vu un nombre croissant de personnes arriver en Grèce par voie maritime.

L’opération visait à :

  • Renforcer la surveillance des frontières maritimes en Grèce ;
  • Intercepter les migrants en mer et les ramener en Grèce ;
  • Identifier et enregistrer les migrants ;
  • Fournir une assistance aux migrants en Grèce.

2018 : La Commission publie une proposition de transformation du Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO) en une agence européenne de l’asile à part entière.

Cette proposition vise à :

  • Renforcer le rôle de l’EASO dans la gestion des demandes d’asile au sein de l’Union européenne ;
  • Améliorer la coordination entre les États membres en matière d’asile ;
  • Harmoniser les procédures d’asile et les conditions d’accueil des demandeurs d’asile ;
  • Accroître l’efficacité du système d’asile européen.

Novembre 2019 : Création de l’Agence de l’Union européenne pour l’asile (AUEA). Elle remplace le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO) et dispose d’un mandat plus large et de pouvoirs étendus.

Elle a pour mission de :

  • Renforcer la coordination et la coopération entre les États membres en matière d’asile ;
  • Contribuer à l’harmonisation des procédures d’asile et des conditions d’accueil des demandeurs d’asile ;
  • Gérer le système d’information sur les pays d’origine ;
  • Former les agents des États membres en charge de l’asile.

2020 : Le COVID-19 impacte fortement les systèmes d’asile en Europe.

Réduction de 32% des demandes d’asile par rapport à 2019 (471 270 demandes). Baisse de 18% du nombre de dossiers en attente, mais toujours supérieur à 2014 (773 600 dossiers). 44% des demandeurs d’asile ont obtenu le statut de réfugié (en hausse de 22% par rapport à 2021). 31% ont reçu la protection subsidiaire (en hausse de 48%). 25% ont obtenu la protection humanitaire (en hausse de 72%).

Mars 2022 : Le début de la guerre en Ukraine provoque une crise humanitaire majeure et un aux massif de réfugiés vers l’Union européenne.

L’AUEA réagit immédiatement en activant son plan d’urgence pour faire face à l’augmentation du nombre de demandes d’asile.

L’agence prend les mesures suivantes :

  • Renforcement de son personnel sur le terrain pour soutenir les États membres les plus touchés ;
  • Mobilisation de ressources supplémentaires pour l’accueil et l’hébergement des réfugiés ;
  • Coordination avec les États membres et les organisation internationales pour garantir une réponse européenne cohérente et efficace.

En cours : Négociations sur le règlement sur la procédure d’asile unique (RPAS). L’objectif est de créer un système d’asile européen plus juste et plus ecace pour les personnes fuyant la persécution et les conflits.

Les mesures phares :

  • Harmoniser les procédures d’asile dans l’Union européenne ;
  • Assurer une protection adéquate aux personnes réfugiées ;
  • Répartir équitablement les responsabilités entre les États membres pour l’examen des demandes d’asile.

Les négociations sur le RPAS portent sur plusieurs points clés :

  • Les critères d’octroi du statut de réfugié et de la protection subsidiaire.
  • Les conditions d’accueil et d’intégration des personnes réfugiées.

Limites régulièrement soulignées

  • Un manque de compétences coercitives,
  • Des ressources limitées,
  • Des différences nationales dans l’application du droit d’asile,
  • Une dépendance des États membres pour les données et informations,
  • Un manque de transparence dans le processus décisionnel.
Logo Europol

L’Agence de l’Union européenne pour la coopération des services répressifs (Europol)

By Institutions

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

Créée en 1999, Europol est devenue le pilier de la lutte contre la criminalité et le terrorisme en Europe. Cette agence agit comme un centre névralgique, collectant et analysant les informations des forces de l’ordre nationales pour les diffuser aux autorités compétentes.

Créée en 1999, Europol est devenue le pilier de la lutte contre la criminalité et le terrorisme en Europe. Cette agence agit comme un centre névralgique, collectant et analysant les informations des forces de l’ordre nationales pour les diuser aux autorités compétentes. Elle facilite également la coordination des opérations et enquêtes internationales, permettant une réponse européenne unie aux menaces transnationales. Son champ d’action est large, allant du trafic de drogue et d’êtres humains à la cybercriminalité et au terrorisme. Europol s’est même distinguée dans la lutte contre le terrorisme djihadiste.

Par Charline Le Du


Présentation

L’Agence de l’Union européenne pour la coopération des services répressifs (Europol) est une agence décentralisée (ou agence de régulation) de l’Union européenne. Ces agences contribuent à la mise en place des politiques de l’Union dans leur domaine spécifique sans pour autant être rattachées à une institution particulière.

Europol a pour mission d’aider les États membres dans leur lutte contre la criminalité organisée. Ces principaux domaines de compétence sont : le terrorisme, le trafic de stupéfiants, le blanchiment d’argent, la cybercriminalité, la fraude organisée, la contrefaçon de la monnaie et la traite des êtres humains.

Europol fournit essentiellement trois services :

  • Un soutien aux opérations de maintien de l’ordre ;
  • Une plateforme d’échange d’information sur les activités criminelles, appelée Secure Information Exchange Network (SIENA). Elle est utilisée par les Etats membres, d’autres agences européennes comme Frontex, et des pays partenaires. En 2022 plus de 122 000 aaires ont été initiées via SIENA ;
  • Un centre d’expertise en matière de maintien de l’ordre. L’agence emploie notamment plus de cent analystes qui publient fréquemment des rapports et évaluations sur l’état de la criminalité en Europe.

Historique

  • 1995 : signature de la convention Europol par tous les États membres de l’Union européenne qui prévoit la création de l’Oce Européen de police. L’agence ne commence ses activités qu’en 1999, après la signature de tous les protocoles.
  • 2007 : le Traité de Lisbonne renforce la légitimité et l’ecacité d’Europol en “communautarisant” la coopération policière. Jusqu’à cette date, la convention impliquait simplement des négociations entre État et les décisions étaient prises à l’unanimité.
  • 2007 : Trois pays obtiennent de ne pas participer à la coopération policière : le Danemark, l’Irlande et le Royaume-Uni. Le Royaume Uni a depuis intégré Europol malgré le Brexit.
  • 2018 : L’agence est dirigée par Catherine de Bolle (directrice exécutif), secondée par trois directeurs adjoints : Jean-Philippe Lecoue (directeur des opérations), Jürgen Ebner (département de la gouvernance), Andrei Linta (département des capacités).
  • 2022 : le règlement de l’Agence a été modifié afin de renforcer son action en Europe. Europol peut désormais proposer l’ouverture d’enquêtes aux Etats membres ou encore introduire des alertes dans le système d’information de Schengen. Les contrôles externes et internes d’Europol ont aussi été renforcés notamment sur la question du traitement et de la sécurisation des données.
Dans ses effectifs, l’agence emploie environ 1400 personnes dont 262 officiers de liaison et 55 français avec un budget de 208 millions d’euros (2023) En partenariat avec 51 pays du monde.

Il existe deux types de partenariats :

  • collaboration opérationnelle (Moldavie, Canada, USA, Monaco…),
  • coopération stratégique, moins importante en termes de partage des données (Chine, Brésil…).

Des opérations d’envergure sur le territoire européen

  • 2015 : Opération « Ambre bleue », destinée à lutter contre le trafic de stupéfiants en provenance d’Amérique du Sud, du Pakistan et de l’Afghanistan. Entre le 4 mai et le 24 juin, elle mobilise les services de 59 pays et conduit à la saisie de 7.7 tonnes de drogue, ainsi qu’à l’arrestation de 900 personnes.
  • 2017 : Opération « calibre » contre le trafic d’armes à feu. Mobilisant 17 polices européennes, cette opération a permis la saisie de 136 armes à feu, 7000 cartouches, et l’arrestation de 18 personnes dans les Balkans.
  • 2022 : Opération « Oscar », pour lutter contre le contournement des sanctions russes.
  • 2023 : Organisation de deux journées d’action coordonnées dans 26 pays contre le trafic d’armes et de stupéfiants, la traite des êtres humains et d’autres formes de criminalité organisée. Elles conduisent à l’arrestation de 566 personnes, la saisie de 310 armes et 626 kilos de cocaïne.
  • Février 2024 : Un réseau de passeurs irako-kurde, l’un des plus importants d’Europe, très connu pour les traversées illégales de la Manche a été démantelé par Europol après deux ans d’enquête2. L’opération policière a permis l’interpellation de 18 individus en Allemagne, tous faisant l’objet de mandats d’arrêts européens, dont 12 émis par la France.

Aujourd’hui, les premier défis d’Europol concernent la sécurisation des données. Dans ce domaine l’agence est contrôlée par le Centre Européen de protection des données (CEPD). Europol doit traiter des milliers de données tout en protégeant la vie privée des citoyens et en empêchant les attaques extérieures. Un autre défi concerne l’innovation. Il s’agit de traiter les données avec de nouveaux moyens afin d’aider plus efficacement les actions policières.

Les limites

  • Des défis souvent diciles à relever, en eet, le site d’information Politico3 a révélé le 27 mars 2024 la disparition de documents sensibles des bureaux d’Europol de La Haye. Il s’agirait des dossiers personnels de la directrice de l’agence européenne et de ses trois adjoints disparus en septembre dernier, retrouvés dans la rue et remis par un citoyen au commissariat le plus proche. Un incident grave qui porte atteinte à la sécurité et qui a vu ouvrir une enquête interne au sein d’Europol.
  • L’agence voit aussi ses compétences limitées car elle n’a aucun pouvoir exécutif et ses agents ne peuvent arrêter des suspects ou agir sans l’accord des autorités nationales. Les outils mis en place sont donc : un échange d’information entre Europol et les services répressifs nationaux, la participation à des équipes communes d’enquête, ou encore des demandes aux autorités nationales d’ouvrir des enquêtes pénales relevant des compétences d’Europol.
  • Face à la montée des actes terroristes en Europe (Paris, Bruxelles, Manchester, Barcelone, etc.) la question se pose aussi de la pertinence de l’agence en matière de lutte anti-terroriste. Le Président de la République, Emmanuel Macron, lors de son discours à la Sorbonne en 2017, s’était dit favorable à une académie européenne du renseignement, laissant entendre que le service d’échange de renseignements entre polices nationales d’Europol ne suffisait pas.

Sources

Europol

Politico, 27 mars 2024 « Serious security breach hits EU police agency »

 

Retour sur les institutions de l’UE

By Institutions

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

Les acteurs institutionnels

L’Union européenne (UE) est une organisation unique régie par un ensemble de traités qui définissent ses institutions et ses compétences. Le pouvoir est partagé entre plusieurs instances qui se sont construites progressivement, et parfois selon des écoles de pensées différentes (néo-fonctionnalistes – Europe de l’expertise qui supplante le pouvoir des élus ; fédéralistes – les prises de décision des États membres de l’UE doivent se faire à l’échelon européen ; intergouvernementalistes – Europe des nations). C’est ce qui a donné à l’UE sa structure actuelle, composée de nombreux organes, travaillant notamment sur les questions migratoires et sécuritaires…


Les acteurs décisionnaires

L’Union européenne est composée de sept institutions, dont quatre qui sont décisionnelles : le Conseil européen, le Conseil de l’UE, la Commission européenne, et le Parlement européen. Ces quatre institutions dirigent l’administration et donnent les orientations politiques en jouant des rôles différents dans le processus législatif.

En général, le Conseil européen (qui réunit les chefs d’État ou chefs de gouvernement des vingt-sept États membres) ne légifère pas. Toutefois, il peut approuver les modifications apportées au traité sur le fonctionnement de l’UE (TFUE). Son rôle principal est de définir les orientations politiques de l’UE.

“En principe, la Commission présente de nouvelles législations qui sont adoptées par le Parlement et le Conseil de l’Union européenne. Ensuite, les actes législatifs sont mis en œuvre par les États membres, la Commission étant chargée de veiller à ce qu’ils soient correctement appliqués.”[1]

Les trois autres institutions de l’UE sont la Cour de justice de l’Union européenne, la Banque centrale européenne et la Cour des comptes européenne.

Les organes fonctionnels et services interinstitutionnels

Sept organes ont pour mission de conseiller les institutions citées précédemment (le Comité économique et social européen – CESE, le Comité européen des régions – CdR), de veiller à ce que les institutions respectent les règles et procédures de l’UE (le Médiateur européen, le Contrôleur européen de la protection des données – CEPD) ou de soutenir l’UE dans le domaine des affaires étrangères (le Service européen pour l’action extérieure – SEAE). Enfin, la Banque européenne d’investissement (BEI) finance des projets qui contribuent à réaliser les objectifs de l’Union, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’UE.

Quatre services interinstitutionnels existent pour soutenir l’action européenne (l’équipe d’intervention en cas d’urgence informatique, l’école européenne d’administration, l’office européen de la sélection du personnel et l’Office des publications).

Les acteurs opérationnels

Pour parvenir à légiférer et à mener son action sur l’ensemble des compétences qui lui sont attribuées, l’Union européenne s’appuie sur plus de quarante agences spécialisées qui remplissent, chacune, des missions spécifiques. Dotées d’une personnalité juridique propre, elles contribuent à la mise en œuvre des politiques de l’UE.

Ces agences se répartissent en quatre catégories :

  • Les agences exécutives, instituées par l’exécutif européen pour une durée déterminée, sont des entités juridiques actuellement au nombre de six. Elles travaillent sur des initiatives de la Commission, telles que l’innovation, la recherche, le climat et l’environnement, l’éducation et la culture ou encore la santé et le numérique.
  • Les agences de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) mettent en œuvre la politique étrangère, de sécurité et de défense Nous y retrouvons l’Agence européenne de défense, l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne et le Centre satellitaire de l’Union européenne.
  • Les agences et organes EURATOM qui coordonnent les programmes nationaux de recherche nucléaire, à des fins pacifiques, fournissent des connaissances, des infrastructures et des financements pour l’énergie nucléaire et garantissent un approvisionnement en énergie nucléaire sûr et suffisant [2] . On y retrouve l’Agence d’approvisionnement d’Euratom et l’Agence Fusion for Energy (F4E).
  • Les agences décentralisées (ou agence de régulation) sont totalement distinctes des institutions et sont dotées d’une personnalité juridique propre et ne sont pas limitées par le temps (créée à durée indéterminée). Elles sont pourvues d’un conseil d’administration, auquel siègent les États membres et la Commission, et d’un directeur.

“Elles relèvent du contrôle de leur conseil d’administration et participent à la mise en œuvre des politiques de l’UE, tout en appuyant la coopération entre l’Union et les autorités nationales. Pour cela, elles mettent en commun les compétences et connaissances techniques et spécialisées des institutions nationales et européennes.” [3]

Elles interviennent sur des sujets variés tels que l’alimentation, la médecine, comme l’Agence européenne des médicaments (EMA) qui s’est fait connaître pendant la crise Covid, la justice, la sécurité, la toxicomanie, l’environnement, le droit des citoyens de l’UE, la pêche ou encore les chemins de fer. On en compte actuellement plus d’une trentaine [4], parmi lesquelles :

  • L’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex),
  • L’agence de l’Union européenne pour la coopération des services répressifs (Europol) ou encore,
  • L’agence de l’Union européenne pour l’asile (AUEA).

 


Sources

[1] Commission européenne

 

[2] Commission européenne

 

[3] Union européenne

 

[4] Répertoire des agences décentralisées

Retour sur les compétences de l’UE

By Institutions

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

Les compétences de l’Union européenne

L’immigration est devenue une compétence partagée entre l’Union européenne et ses États membres. La signature du Pacte européen en décembre 2023 l’illustre et rappelle l’importance prise par les institutions de l’UE (Commission européenne, Conseil européen, Conseil de l’Union européenne) dans de nombreux domaines dont l’immigration.


Généralités

Le droit européen s’immisce dans une multitude de domaines de la vie quotidienne des citoyens, des entreprises, des administrations et des associations au sein des États membres. Cette imbrication profonde affecte de manière significative le fonctionnement du système juridique et administratif de chaque pays. Les États membres doivent transposer les directives européennes en droit national, c’est-à-dire les adapter à leur propre système juridique. Pour que l’Union européenne puisse agir, elle doit cependant y être autorisée. Tout pouvoir qui lui est conféré est défini par des traités. Les trois textes majeures en la matière sont :

  • Le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, signé à Rome (1957) [1]
  • Le traité sur l’Union européenne, signé à Maastricht (1992) [2]
  • Le traité de Lisbonne (2007) [3]

Le traité de Maastricht élargit les compétences de l’Union européenne (éducation, formation professionnelle, culture, santé publique, protection des  consommateurs,  réseaux  transeuropéens  et politique industrielle), met en place une politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et lance les grands travaux d’une politique intérieures et de justice où les décisions se prennent à l’unanimité entre les différents pays de l’UE. Les domaines concernés sont les suivants :

  • Les frontières extérieures de la Communauté ;
  • Lutte contre le terrorisme, la criminalité, le trafic de drogue et la fraude internationale ;
  • Coopération en matière de justice pénale et civile ;
  • Création d’un Office européen de police (Europol) doté d’un système d’échange d’informations entre les polices nationales ;
  • Lutte contre l’immigration irrégulière ;
  • Politique commune d’asile.

Un transfert des compétences

L’Union européenne ne peut agir que dans les domaines où ses États membres lui ont donné le pouvoir de le faire, selon les traités européens. Ces traités définissent qui peut légiférer et dans quel domaine : l’UE, les États membres, ou les deux.

Selon trois grands principes

  • Le principe d’attribution : L’UE dispose uniquement des pouvoirs qui lui ont été conférés par les traités européens, ratifiés par tous les États membres ;
  • Le principe de proportionnalité : L’action de l’UE ne peut pas aller au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs des traités ;
  • Le principe de subsidiarité : Dans les domaines où l’UE ou les États membres peuvent agir, l’UE ne peut intervenir que si son action est plus. [4]

Trois compétences

  • Les compétences exclusives : “Seule l’UE est habilitée à adopter des actes législatifs. Le rôle des États membres se limite à appliquer la législation, sauf si l’UE les autorise à adopter eux-mêmes certains actes.” [5] Elles sont définies par l’article 3 du traité sur le fonctionnement de l’UE
    • Union douanière
    • Etablissement des règles de concurrence nécessaires au fonctionnement du marché intérieur
    • Politique monétaire pour les États membres dont la monnaie est l’euro
    • Conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique commune de la pêche
    • Politique commerciale commune
    • Conclusion d’un accord international (sous conditions)
  • Les compétences partagées : “Les États membres ne peuvent agir que si l’UE a décidé de ne pas le faire ou si elle n’a pas encore proposé de législation.” [6]
    • Marché unique
    • Emploi et affaires sociales
    • Cohésion économique, sociale et territoriale
    • Agriculture
    • Pêche
    • Environnement
    • Protection des consommateurs
    • Transports
    • Réseaux transeuropéens
    • Energie
    • Justice et les droits fondamentaux
    • Migration et les affaires intérieures
    • Santé publique (cf a.168 TFUE)
    • Recherche et l’espace
    • Coopération au développement et l’aide
  • Les compétences d’appui : Les États membres légifèrent, l’UE apporte son aide (soutenir, coordonner ou compléter l’action des États).
    • Coordination des politiques économiques et de l’emploi
    • Définition et la mise en œuvre de la politique étrangère et de sécurité commune
    • Clause de fiexibilité”, qui, dans des conditions strictes, permet à l’UE d’intervenir en dehors de ses domaines normaux de responsabilité

En matière migratoire

La politique migratoire de l’Union européenne est un domaine complexe et en constante évolution, marqué par un partage des compétences entre l’UE et ses États membres.

L’Union européenne intervient dans les domaines suivants :

  • L’Adoption de la législation en matière d’asile et de migration : le Parlement européen et le Conseil de l’UE adoptent conjointement la législation relative à l’asile, aux visas, aux frontières et aux droits des migrants. Ils définissent les conditions d’entrée et de séjour des immigrants légaux (le Pacte européen en est un bon exemple).
  • La coordination des politiques nationales : l’UE encourage la coordination des politiques migratoires des États membres et veille à la cohérence de ces politiques avec le droit de l’UE.
  • Le financement des politiques migratoires : l’UE cofinance des projets et programmes en matière de migration dans les États membres et dans les pays.
  • La coopération avec les pays tiers : l’UE négocie des accords avec des pays tiers sur la migration et le développement (la PESC prend alors le relais). Les États membres conservent pour leur part les compétences suivantes en matière de migration :
    • La mise en œuvre de la législation européenne : les États membres sont responsables de la transposition et de l’application de la législation européenne en matière d’asile et de migration.
    • La gestion des frontières nationales : les États membres contrôlent leurs propres frontières et peuvent décider de mettre en place des contrôles aux frontières intérieures en cas de circonstances
    • Les décisions d’admission et d’expulsion : les États membres sont responsables de l’examen des demandes d’asile et de l’octroi de permis de séjour.
    • Ils peuvent également décider d’expulser les migrants en situation irrégulière.

Ce partage des compétences sur un sujet aussi important que celui de l’immigration, en raison des enjeux qu’il représente – souveraineté des États sur des compétences régaliennes, sécurité intérieure, enjeux humains et sociaux-économiques, notions de solidarité – entraîne un certain nombre de difficultés tant fonctionnelles que politiques. En premier lieu, les gouvernements des pays de la zone UE n’ont pas tous la même approche en la matière et ont parfois des considérations bien différentes ; c’est notamment le cas de la Hongrie régulièrement mise en exergue dans les médias. Par ailleurs, les États membres peuvent parfois avoir des interprétations différentes de la législation européenne et appliquer les textes différemment les uns des autres.

Le Pacte européen a été signé, en autres, pour lutter contre ce manque de coordination entre les politiques nationales (interprétation, application et logistique commune – avoir les mêmes modes opératoires aux moments opportuns, les États membres ont souvent tendance à agir tel un corps désarticulé et sans cohérence).

D’une manière plus générale, il existe encore une forte difficulté à trouver des solutions communes aux problèmes migratoires ; à trouver une solution tout court.


Sources

[1] Parlement européen

[2] Parlement européen

[3] Parlement européen

[4] Commission européenne

[5] Commission européenne

[6] Toute l’Europe, 18/11/2021