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Les Terres Australes et Antarctiques françaises

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Les îles australes : « La réserve naturelle française »

Situées au sud de l’Océan Indien, à mi-chemin entre Madagascar et l’Antarctique, les îles australes faisant partie des Terres Australes et Antarctiques françaises (TAAF) regroupent trois archipels distincts : l’archipel de Crozet, les îles Kerguelen ainsi que Saint Paul et Amsterdam. 

Véritables sanctuaires de biodiversité, la France a créé en 2006 la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises qui, depuis sa deuxième extension en 2022, protège l’intégralité de ces territoires (terres émergées et ZEE). Elle représente 1 662 000 km² et constitue la deuxième plus grande aire marine protégée au monde. Cette extension a aussi permis à la France de dépasser son objectif de 30% d’espaces maritimes et terrestres protégées en atteignant les 33%. 

Dans la continuité des Accords de Paris, cette mesure permet à la France de se positionner comme leader sur les questions environnementales. 

Au-delà de l’aspect environnemental, ces îles présentent d’autres intérêts. Les ZEE importantes permettent à la France d’être leader sur les captures de légines australes, poisson particulièrement prisé sur le marché asiatique et américain. Sur le plan scientifique, elles permettent une meilleure connaissance des écosystèmes par les chercheurs et servent de lieu de mesure du champ magnétique terrestre. 

Par Pierre Erceau


Archipel de Crozet

Composition : 5 îles volcaniques divisées en deux groupes distants de 110 km : 

  • Les groupe occidental dit « îles Froides » : îles aux Cochons, îles des Pingouins, îlots des Apôtres. 
  • Le groupe oriental composé de l’île de la Possession et de l’île de l’Est. 

Topographie : Restes de sommet de volcans, côtes très découpées, peu de sédiments. Sommet culminant de 1050m. 

Superficie : 340km²

Climat : subantarctique, venteux et pluvieux tous les jours, température moyenne de 5°C. Vents violents (entre100 km/h et 180km/h) pendant120 jours par an. 

Base permanente « Alfred Faure » : A visée scientifique, occupée par 50 personnes en été, 25 en hiver. 

Faune : Gorfous, manchots royaux, pétrels, albatros, goélands, otaries, éléphants de mer, orques.

Archipel des Kerguelen

Composition :  une île principale, Grande Terre, entourée de plus de 300 îles et îlots très proches de l’île principale pour la plupart. 

Topographie : Partie émergée d’un immense plateau volcanique sous-marin. Sommet culminant de 1850m (Mont Ross), présence d’un glacier à l’ouest de Grande Terre. 

Superficie : 7 215 km2

Climat : océanique froid, venteux et pluvieux tous les jours, température moyenne de 4.5°C. Vents quasi constants de 35km/h. Vents réguliers de 150 km/h avec des points de 200 km/h.

Base permanente de « Port aux Français » : A visée scientifique, occupée par 120 personnes en été, 60 en hiver. 

Faune : Éléphants de mer, manchots royaux, albatros, gorfous.

Saint Paul et Amsterdam

Composition :  Deux îles distantes de 85km. 

Topographie : D’origines volcaniques, Saint Paul plus petite présente un cratère central envahi par la mer. Amsterdam plus grande est de forme plus circulaire. A plus de 3000km des continents les plus proches, c’est l’une des îles les plus isolées au monde. 

Superficie : 54km² pour Amsterdam et 8km² pour Saint Paul. 

Climat : climat océanique doux, venteux et pluvieux. Température moyenne de 14°C à Amsterdam. 

Base permanente de « Saint Martin de Viviès » : Située sur Amsterdam, elle accueille de 20 à 30 scientifiques en moyenne. 

Faune : l’albatros, le gorfou sauteur subtropical, le skua subantarctique, la sterne subantarctique ; otaries, éléphants de mer, léopards de mer, phoques, orques. 


Sources

Réserves naturelles de France

CNRS images

Préfecture TAAF

jérôme fourquet sondage crsi les maires et l'insécurité

Sondage « Les maires et l’insécurité » : analyse de Jérôme Fourquet

By Publications, Institutions, Sécurité/Justice

Analyse de Jérôme Fourquet – Les maires et l’insécurité

 

Dans son analyse du sondage « Les maires et l’insécurité» pour le CRSI, Jérôme Fourquet, directeur du département Opinions et stratégies d’entreprise de l’Ifop, souligne que la sécurité est un enjeu important pour de nombreux maires, en particulier dans les grandes communes. L’étude met en évidence une demande de simplification administrative, un élargissement des prérogatives des policiers municipaux et, dans les communes concernées, une volonté d’armer ces agents. Elle révèle aussi un sentiment d’abandon de l’État et une aspiration à un dialogue plus étroit avec l’administration sur les questions de sécurité.


La sécurité, un sujet de préoccupation majeur pour 1 maire sur 2

À un an des prochaines élections municipales, près d’un maire sur deux (48%) considère la sécurité comme un enjeu important dans sa commune, dont 19% en font une priorité de leur commune. Cette perception varie fortement selon la taille de la commune : dans celles de plus de 10.000 habitants, 82% des maires la jugent prioritaire ou très importante, contre seulement 45% dans les communes de moins de 2.000 habitants. Les maires du Sud-Ouest de la France (33%) sont les moins nombreux à considérer la sécurité comme un enjeu prioritaire.

Une large demande de simplification administrative et de renforcement des moyens des policiers

Les maires expriment une forte attente de facilitation des dispositifs de sécurité. Ainsi, 74% des élus souhaitent une simplification des procédures administratives pour l’installation de caméras de surveillance, un chiffre qui atteint même 95% en Île-de-France. Cette volonté est partagée de manière transversale, quel que soit le profil du maire ou la taille de sa commune.

« C’est une illustration à la fois de la prise de conscience des enjeux de sécurité, mais aussi d’une demande plus générale de facilitation de leurs tâches par les administrations, d’allègement de la bureaucratie : une préoccupation qui revient sans cesse chez les maires et qui tourne parfois à l’exaspération », note Jérôme Fourquet.

En matière de prérogatives, 65% des maires souhaitent que les policiers municipaux puissent effectuer des contrôles d’identité et des fouilles de véhicules ou d’individus, à l’image de la police nationale, une demande également particulièrement marquée par les maires franciliens (84%).

Une minorité de communes dispose de policiers municipaux mais une volonté d’armer les agents parmi les communes concernées

Seules 15% des communes interrogées disposent d’une police municipale ou de gardes champêtres, mais parmi celles-ci, 62% estiment nécessaire d’armer leurs agents, dont 56% indiquent que c’est déjà le cas.

Un sentiment d’abandon de l’État partagé par une majorité de maires et une demande de prise en considération vis-à-vis de l’administration

Plus d’un maire sur deux en France (56%) a le sentiment d’être abandonné par l’Etat en matière de sécurité. Cette perception est notamment marquée auprès des maires pour qui la sécurité est un sujet prioritaire (68%).

Par ailleurs, les maires de France expriment une forte demande de prise en considération et aspirent à un meilleur dialogue avec l’Etat. En effet, 93% des maires souhaitent être informés systématiquement de la présence de personnes « fichées S » dans leur commune, une exigence exprimée de manière homogène sur tout le territoire. Et neuf maires sur dix (89%) souhaitent que l’installation de réfugiés soit soumise à l’accord du maire et du conseil municipal, une revendication partagée par les élus de toutes tailles de commune. Les maires d’Ile de France (95%) et du Sud Est de la France (94%) sont les plus nombreux à exprimer cette demande.

louis domergue martinique

La Martinique : un pilier stratégique de la souveraineté française

By Publications, Défense, Institutions

La Martinique : un territoire stratégique et historique au service de la  souveraineté française

Par Louis Domergue 

 


 

Française depuis 1635, bien avant des territoires comme la Franche-Comté (1678) ou encore Nice  et la Savoie (1860), la Martinique s’est imposée dès son intégration comme un levier majeur de la  puissance française. Sa position dans les Caraïbes a permis de sécuriser des routes maritimes vitales  pour le commerce transatlantique et de renforcer durablement l’influence française dans cette  région du monde. En 1946, elle est devenue l’un des premiers territoires d’outre-mer à accéder au  statut de département, consolidant ainsi son intégration à la République et affirmant son rôle  d’avant-poste de souveraineté dans la région.  

Aujourd’hui, la Martinique incarne une pièce maîtresse de la présence française dans la Caraïbe, au  cœur des enjeux sécuritaires, économiques et diplomatiques.  

Un bastion stratégique dans la Caraïbe

Carrefour maritime entre l’Europe, les Amériques et l’Afrique, la Martinique joue un rôle clé de  stabilisateur régional. Les Forces Armées aux Antilles (FAA), déployées en Martinique et en  Guadeloupe, assurent la surveillance d’une zone maritime de 4 millions de km², soit deux fois la  surface de la Méditerranée. Elles mènent des missions variées : lutte contre les trafics de drogue et  d’armes, surveillance des eaux territoriales, assistance humanitaire et intervention rapide dans les  crises régionales.  

Cette position l’expose néanmoins à des menaces croissantes. En 2022, plus de 30 % des  exportations mondiales de cocaïne ont transité par la Caraïbe, alimentant des réseaux criminels qui  fragilisent l’économie locale et exacerbent l’insécurité. À cela s’ajoutent les flux migratoires  clandestins, notamment en provenance d’Haïti, et l’intensification des rivalités internationales : la  Chine investit massivement dans les infrastructures portuaires de la région, la Russie renforce sa  présence diplomatique et économique, tandis que le Venezuela, fragilisé, demeure une source  d’instabilité.  

Dans ce contexte, moderniser les capacités des FAA, renforcer les coopérations avec les États-Unis  et les organisations régionales et adapter les infrastructures logistiques sont des impératifs pour  préserver cette position.  

Par ailleurs, dans un contexte de tensions diplomatiques, la Martinique n’échappe pas aux  stratégies d’influence étrangères. En soutenant des mouvements indépendantistes (comme le  RPPRAC – Rassemblement pour la Protection des Peuples et des Ressources Afro-Caribéens – dont  le représentant, Rodrigue Petitot, a été condamné à plusieurs reprises pour trafic de drogues et  violence avec arme et ne dispose d’aucune légitimité) par le biais du groupe d’initiative de Bakou,  l’Azerbaïdjan tente d’exacerber les tensions locales et d’affaiblir la position française sous couvert  de discours anti-coloniaux. Cette stratégie, déjà observée en Nouvelle-Calédonie, impose une  réponse diplomatique et sécuritaire ferme ainsi qu’une surveillance accrue pour neutraliser toute  tentative de déstabilisation.  

Un modèle économique à transformer

L’influence régionale de la Martinique repose aussi sur une économie résiliante, essentielle à son  développement et au bien-être de sa population.  

L’un des principaux foyers de tensions en Martinique reste le coût de la vie, qui dépasse en  moyenne de 12 % celui de la Métropole, avec des écarts atteignant 40 % sur certains produits  alimentaires. Si l’insularité explique en partie ce phénomène, la dépendance excessive aux  importations et une fiscalité spécifique, notamment l’octroi de mer, y contribuent largement. Ce  dernier, principale ressource des collectivités, alourdit les importations et alimente une inflation  structurelle via des budgets publics déséquilibrés.  

À cela s’ajoute la forte proportion de fonctionnaires (plus de 40 % des emplois salariés), dont les  primes, bien que compensatoires, entretiennent cette dynamique inflationniste en tirant vers le  haut les prix du logement et des biens de consommation, accentuant les écarts de pouvoir d’achat  avec le secteur privé.  

Au-delà des chiffres, la vie chère reflète une fragilité économique persistante, amplifiée par un tissu  productif limité et une fiscalité contraignante. Une refonte progressive des prélèvements locaux,  limitant leur effet inflationniste, et un soutien accru à l’investissement productif sont essentiels pour  préserver le pouvoir d’achat et garantir la résilience budgétaire du territoire. La réduction des  surcoûts logistiques, le soutien aux filières locales, l’insertion régionale et une transparence accrue  sur la formation des prix devront accompagner cette transformation.  

L’adhésion de la Martinique à la CARICOM (Communauté Caribéenne) le 20 février 2025 est une  avancée significative vers une intégration régionale accrue. Cette affiliation ouvre des perspectives  économiques nouvelles, facilitant les échanges avec les 21 États membres et associés. Elle permet  également d’ancrer davantage la Martinique dans un espace géopolitique structurant.  

Cependant, cette intégration impose une vigilance accrue. La gestion des flux commerciaux et la  protection des filières locales face aux importations à bas coûts en provenance des autres Etats  membres doivent être encadrées rigoureusement. Une harmonisation fiscale et douanière avec la  Métropole sera nécessaire. De plus l’ouverture économique impliquera d’encadrer les flux  migratoires qui pourraient se trouver facilités. L’objectif est de garantir à la Martinique, par une  stratégie équilibrée, les bénéfices de son double ancrage caribéen et français.  

Des annonces techniques, sans réponse structurelle

Le projet de loi contre la vie chère, annoncé en mars 2025 par le ministre des Outre-mer, vise à  renforcer le contrôle des prix et de la concurrence, à instaurer un suivi sectoriel plus strict, et à  soutenir les acteurs économiques affectés par les tensions sociales. La réforme de l’octroi de mer a  été évoquée, mais sans échéancier ni orientation claire.  

Ces annonces, largement dictées par l’urgence sociale de fin 2024 et la pression politique du  RPPRAC, ne sauraient tenir lieu de stratégie de transformation. L’architecture fiscale locale, fondée  sur l’octroi de mer, renchérit mécaniquement les produits importés, alimente les budgets publics  sans incitation à l’efficience, et accentue les inégalités entre secteur public et privé. Une réglementation dense, des aides mal ciblées et l’absence de leviers pour la production locale sont  au cœur du problème.  

Cibler les distributeurs et renforcer la régulation peut répondre à une pression politique  immédiate, mais ne produit pas de transformation durable. Une réforme utile supposerait de  réduire les surcoûts logistiques, de simplifier le cadre fiscal, et de construire un environnement  économique réellement incitatif pour produire, investir et recruter localement.  

Un socle culturel à intégrer dans l’action publique

La culture martiniquaise ne se limite pas à une vitrine identitaire : elle constitue un système vivant  d’organisation sociale, de reconnaissance mutuelle et d’expression collective. Trois temps forts  structurent notamment l’année et mobilisent l’ensemble du territoire : les Chanté Nwèl, le Carnaval  et le Tour des Yoles.  

Les Chanté Nwèl, qui débutent dès la mi-novembre, sont bien plus que des veillées de chants  religieux en créole. Ce sont des rassemblements communautaires où la musique, la cuisine  (boudin, schrubb, pâtés), la mémoire et la convivialité s’entrelacent. Organisés par des associations,  des mairies, des entreprises ou des familles, ils réactivent les solidarités locales à une période  charnière du calendrier.  

Le Carnaval, au cœur du mois de février, est un exutoire collectif à la fois festif et subversif, où la  rue devient espace de transgression ritualisée. Par ses vidé, ses jours thématiques (Mariage  burlesque, Mercredi des Cendres), ses reines et ses groupes à pied, il permet une mise en scène  codifiée des tensions sociales, des formes de satire politique, mais aussi une respiration nécessaire  dans le rythme de l’année.  

Le Tour des Yoles, dont la prochaine édition aura lieu du 27 juillet au 3 août 2025, est un  événement unique dans la Caraïbe. Il associe sport de haut niveau, transmission d’un savoir-faire  maritime ancestral, et mobilisation populaire à grande échelle. Chaque étape redessine une carte  affective du littoral, chaque yole incarne une commune, une équipe, une histoire. Ce n’est pas un  simple spectacle nautique, c’est une mise en mouvement du territoire.  

Autour de ces grands moments gravitent d’autres pratiques tout aussi structurantes : les fêtes  patronales, les soirées bèlè, les commémorations de l’abolition de l’esclavage, les concours de  cuisine, la Toussaint vécue comme une célébration. Toutes participent d’un rapport à la  transmission, à l’espace public, à la mémoire.  

Comprendre ces formes culturelles, ce n’est pas “faire local” : c’est prendre acte de ce qui fonde les  équilibres sociaux, les dynamiques d’adhésion ou de rejet, les représentations de la légitimité. Une  politique publique sérieuse ne peut s’y soustraire.  

Freiner l’exode des jeunes : une urgence sociale et économique

Chaque année, environ 4 000 Martiniquais quittent l’île pour la Métropole, attirés par des  opportunités éducatives et professionnelles plus favorables. Cet exode, amplifié par un chômage structurel (15 % en moyenne, 40 % chez les jeunes), prive la Martinique de ses forces vives et  affaiblit son tissu économique.  

Pour inverser cette tendance, il est indispensable de structurer des filières porteuses d’avenir. Le  numérique, l’énergie (valorisation du solaire et de la géothermie pour plus d’autonomie,  intégration d’un smart grid pour compenser l’intermittence), l’agrotransformation et les circuits  courts offrent des perspectives prometteuses.  

Des programmes d’investissement ciblés et des mesures favorisant le retour des talents expatriés,  soutenus par des incitations fiscales spécifiques, pourraient renforcer l’attractivité économique  locale. En parallèle, des partenariats plus étroits entre les entreprises locales et les établissements  d’enseignement supérieur en Métropole et dans la Caraïbe contribueraient à limiter la fuite des  compétences tout en valorisant les jeunes talents martiniquais.  

Valoriser pleinement les atouts économiques

Malgré ses fragilités, la Martinique dispose d’atouts uniques qui pourraient constituer les  fondements d’un développement économique plus résilient. Le rhum agricole, seul au monde à  bénéficier d’une AOC, génère environ 100 millions d’euros par an et représente 40 % des  exportations agricoles de l’île. Ce produit emblématique pourrait être davantage valorisé par le  développement du “spiritourisme”, sur le modèle des circuits écossais autour du whisky, attirant  des visiteurs tout en dynamisant l’économie locale.  

Le tourisme, bien qu’identifié comme un levier économique, reste un secteur fragile et les  stratégies passées n’ont pas permis de structurer une filière durable et compétitive. En 2023, la  Martinique a franchi le seuil symbolique du million de visiteurs, générant plus de 500 millions  d’euros de retombées économiques. Si cette progression est encourageante, elle masque une  réalité plus préoccupante : l’île reste à la traîne par rapport à ses voisins. Sainte-Lucie attire  davantage avec trois fois moins d’habitants, et la République dominicaine enregistre onze millions  de visiteurs.  

Face à cette concurrence, la Martinique ne peut viser l’augmentation mécanique des flux et doit  engager une stratégie de différenciation. L’enjeu est de construire une offre touristique plus lisible,  qualitative, ancrée dans les circuits économiques locaux. Spiritourisme, écotourisme, tourisme de  séjour long et accueil de nomades digitaux doivent structurer un repositionnement ambitieux,  fondé sur la valeur plutôt que sur la masse.  

Le développement économique de la Martinique doit se faire par un choix clair des filières à  privilégier, dont la viabilité réelle et la longévité sont démontrées. Les stratégies généralistes  doivent être évitées pour privilégier les secteurs avec un avantage comparatif certain.  

Conclusion : un levier stratégique pour la France

La Martinique ne peut être pensée comme une simple périphérie française, mais comme un levier  stratégique au service de la puissance nationale. Trois axes majeurs doivent guider son avenir :  

  • Faire de la Martinique une position stratégique avancée, par la modernisation et le renfort  des FAA, le développement des alliances régionales et la consolidation du rôle sécuritaire du  territoire.  
  • Stimuler un développement autonome et compétitif par la réduction de la dépendance aux  importations, la structuration de filières d’avenir et le soutien au retour des jeunes talents.  
  • Inscrire son développement dans une intégration régionale maîtrisée, par la préservation des  intérêts locaux et le maintien de liens solides avec la Métropole.  

À l’horizon 2040, la Martinique doit devenir un modèle d’innovation et de stabilité. Elle peut et doit  s’imposer comme un acteur clé de la souveraineté sécuritaire et diplomatique française dans la  Caraïbe et en Amérique latine. Avec les investissements adéquats, elle pourra se transformer en  modèle d’autonomie régionale et d’innovation.  

La France renforcera non seulement son rayonnement, mais également sa capacité à s’adapter aux  défis stratégiques, économiques et énergétiques du XXIe siècle. 


Sources

Taube, M. (24 octobre 2024). Marcellin Nadeau à Bakou pour décoloniser la Martinique : trahison d’État ? L’édito de Michel Taube. Opinion Internationale.

Marianne. (12 décembre 2023). Les voyages tous frais payés de deux députés ultramarins en Azerbaïdjan pour dénoncer le colonialisme français. Marianne.

France Info. (30 octobre 2024). Outre-mer, terres d’ingérences ? France Info.

Le Monde. (5 mai 2024). Outre-mer : des indépendantistes attaqués par l’exécutif sur leurs liens avec l’Azerbaïdjan. Le Monde.

Le Figaro. (13 novembre 2024). Ingérence de l’Azerbaïdjan en Martinique : la France ne doit pas tendre l’autre joue. Le Figaro.

Le Nouvel Observateur. (21 novembre 2024). Pourquoi l’Azerbaïdjan veut en découdre avec la France. Le Nouvel Obs.

Le Point. (7 juin 2024). L’Azerbaïdjan accentue sa campagne contre le néocolonialisme de la France. Le Point.

France-Antilles. (10 février 2025). Marcellin Nadeau : « Je ne crois pas à la concurrence libre et non faussée en Martinique ». France-Antilles.

brève européenne Aurélien Jean

Brève Européenne 1 : Allemagne, PPE, ProtectEU : l’Europe renforce ses frontières et sa sécurité

By Publications, Institutions, Sécurité/Justice

Allemagne, PPE et ProtectEU : nouvelles approches pour la migration et la sécurité en Europe

L’Allemagne présente les résultats de ses contrôles aux frontières, le PPE détaille son plan pour gérer la migration, et la Commission européenne introduit la stratégie ProtectEU pour renforcer la sécurité intérieure. Ces développements reflètent des efforts concertés pour répondre aux enjeux migratoires et sécuritaires actuels en Europe.

Par Aurélien Jean

 


L’Allemagne se félicite de sa nouvelle approche en matière de contrôles aux frontières

Alors que le pays vit toujours au rythme des négociations entre CDU et SPD afin d’aboutir à un gouvernement à la suite des élections législatives anticipées du 23 février dernier, la ministre de l’intérieur sortante a présenté le bilan de sa politique migratoire en conférence de presse.

La sociale-démocrate Nancy Faeser attribue la baisse du nombre de demandes d’asile au rétablissement des contrôles aux frontières. Dans le détail, ce chiffre a diminué de 34% entre 2023 et 2024, pour atteindre 213 000 demandes. Pour 2024, la baisse est même de 35% en comparaison de l’année dernière. En parallèle, les douanes ont refusé l’accès au territoire allemand à 50 000 personnes et procédé à l’arrestation d’environ 2 000 passeurs. La ministre s’est satisfaite de ces chiffres, les plus faibles depuis la sortie de la période Covid.

Pour rappel, en octobre 2023, Berlin avait réintroduit les contrôles aux frontières polonaises, tchèques et suisses avant de les élargir au reste des pays voisins en septembre dernier. Cette décision a été présentée comme une exception aux règles de libre circulation régissant les pays membres de l’espace Schengen – qui abolissent en principe ce type de contrôles sauf situation exceptionnelle (comme la France l’a fait valoir suite aux attentats de 2015). La décision allemande était motivée par des critiques récurrentes sur la politique de la coalition de centre-gauche alors au pouvoir, et ce dans la foulée de plusieurs attaques au couteau, notamment à Solingen. Dans plusieurs cas, des demandeurs d’asile avaient été impliqués.

Le prochain gouvernement prévoit de maintenir un ton ferme concernant la politique migratoire, en autorisant la police aux frontières à détenir des migrants devant être expulsés, en agrandissant les centres de détention et en supprimant le regroupement familial pour les demandeurs d’asile. Peu avant la conférence de Mme Faeser, le président de l’agence fédérale pour l’immigration et l’asile avait tout simplement proposé… la suppression du droit individuel à l’asile, provoquant un tollé.

Le PPE précise son approche en matière migratoire

Le Parti Populaire Européen (PPE) compte 188 sièges sur 720 au Parlement européen, et est de ce fait la principale force politique dans l’hémicycle. Il rassemble notamment les Républicains de François-Xavier Bellamy ou la CDU/CSU allemande de Manfred Weber. Il est aussi l’un des grands vainqueurs des élections de 2024 ayant conduit à un net virage à droite – rendant possible une coalition théorique dite « Venezuela » combinant droite, conservateurs et extrême-droite en lieu et place de la traditionnelle alliance droite-centre-sociaux-démocrates-écologistes. Autant dire que sa position sur des thématiques-phares de la nouvelle mandature, comme la migration, sera cruciale pour le devenir des textes présentés.

Dans cette optique, une approche en 9 points a été rendue publique. Intituler « maîtriser la migration : une approche ferme, équitable et tournée vers l’avenir », elle vise à stopper la migration irrégulière afin de ne pas surcharger le système d’accueil et pouvoir ainsi mieux intégrer les migrants légaux. Fruit de différentes visions nationales réunies au sein du PPE, elles combine plusieurs priorités : renforcement des frontières extérieures, protection de l’espace Schengen, lutte intensive contre les passeurs et détermination à contrer l’instrumentalisation des migrants comme armes de guerre hybride. Ce dernier point renvoie à la situation vécue par la Pologne et les pays Baltes, qui subissent une pression migratoire orchestrée par la Russie et la Biélorussie en marge du conflit ukrainien.

Le PPE se félicite aussi de la baisse du nombre d’entrées irrégulières en Europe observée en 2024, et appelle à renforcer le mouvement via une meilleure effectivité des retours forcés et un renforcement du rôle de Frontex pour permettre sa participation aux retours vers les pays tiers. La réduction de la charge administrative (délais, procédures, effets non suspensifs…) fait aussi partie du programme tout comme la surveillance des frontières au moyen de technologies comme l’IA, les drones ou les systèmes biométriques. Se félicitant des premiers résultats en la matière, la poursuite des coopérations avec les pays tiers est aussi envisagée, au besoin en utilisant les armes de l’aide au développement et des visas. Le PPE veut, en outre, solidifier les politiques d’intégration en ce qui concerne l’immigration légale et l’attraction des talents.

Enfin, le parti reconnait que l’Europe doit changer d’approche, en passant de la « sécurité aux frontières » à la « défense des frontières » et en y allouant des ressources suffisantes dans le prochain budget pluriannuel (MFF).

La Cour de Justice de l’UE (CJUE) se prononce sur la remise au Royaume-Uni d’un individu sous mandat d’arrêt

Le 3 avril dernier, la Cour de Luxembourg a statué sur la possibilité d’extrader un individu faisant l’objet d’un mandat d’arrêt vers le Royaume-Uni (en l’espèce, une personne soupçonnée de terrorisme en Irlande du Nord). La question était de savoir si cela était possible, attendu le durcissement des règles de libération conditionnelle intervenu sur le territoire britannique après la commission des faits en cause. Un détenu doit désormais purger les deux tiers de la peine avant de pourvoir espérer bénéficier du dispositif, contre une libération automatique dès la moitié de la peine effectuée dans le système précédent.

La Cour, en Grande chambre (arrêt C-743/24 Alchaster II), a estimé que l’extradition était possible et ne violait pas la Charte des Droits Fondamentaux de l’UE et, notamment, qu’elle ne contrevenait pas à l’interdiction d’infliger rétroactivement des peines plus fortes que celles applicables au moment de l’infraction. Elle estime dans son raisonnement qu’il faut séparer les notions de « peine » et « d’exécution » de la peine. En outre, le régime britannique continue de prévoir une possibilité de libération conditionnelle et ne conduit pas à un prolongement de la durée totale de détention.

La stratégie ProtectEU dévoilée ou comment la Commission compte revenir au centre du jeu sur la sécurité intérieure

Annoncée à Strasbourg fin mars, cette nouvelle stratégie s’inscrit dans la droite lignée des précédentes initiatives en matière de lutte contre le narcotrafic et la criminalité organisée. Elle reflète aussi les évolutions politiques à l’œuvre depuis déjà plusieurs mois – et singulièrement suite aux dernières élections européennes ayant conduit à un net virage à droite.

ProtectEU affiche de larges ambitions, attendu entre autres le nombre consistant de domaines d’action visés. Sans prétendre à l’exhaustivité, citons : la lutte contre le narcotrafic, la protection des victimes, le renforcement des moyens européens, l’amélioration significative de la coopération entre les autorités nationales (notamment en matière de renseignement), une approche plus efficace du problème de la cybercriminalité ou encore une vision renouvelée de la coopération internationale (avec, sur ce point, une refonte de la directive sur les visas).

De manière concrète, Frontex verra ses moyens humains augmentés à 30 000 agents (contre initialement 10 000 prévus pour 2027). Eurojust se verra aussi mieux dotée en moyens humains et matériels, tout comme Europol ; les deux agences basées à La Haye (Pays-Bas) devant être plus opérationnelles et appuyer plus efficacement les Etats-membres (EM).

Néanmoins, aucun délai n’a été fourni, si ce n’est que les textes seront présentés entre 2025 et 2026. Cela illustre toutes les limites du modèle européen des « stratégies » et autres « plans d’action ». Reposant intrinsèquement sur le bon vouloir des EM sur un sujet dans lequel l’UE n’intervient qu’en appui la Commission ne peut se substituer aux efforts nationaux en matière de coordination. Reste aussi à voir comment tripler les effectifs et, surtout, comment financer ces mesures alors que la négociation du prochain budget européen va commencer et que les autres priorités brûlantes ne manquent pas entre agriculture, industrie et, bien sûr, défense.


Sources

Euractiv, 01/04/2025, « La ministre allemande de l’Intérieur justifie la baisse de l’immigration par les contrôles aux frontières »

EPP Group, 03/04/2025, « Prise de position du groupe PPE sur l’exploitation des migrations »

Agence Europe, 04/04/2025, « La Cour de justice de l’UE se prononce sur les conditions de remise au Royaume-Uni d’une personne faisant l’objet d’un mandat d’arrêt »

TRIBUNE : La fuite en avant du concept d’État de droit

By Institutions

Par Alexandre MANCINO, avocat et président du Cercle Orion

À l’ouverture de la session parlementaire et dans le contexte du meurtre d’une jeune étudiante, Philippine, commis par un étranger sous OQTF, le ministre de l’Intérieur, Bruno RETAILLEAU, a fait part de la volonté politique de changer les règles pour protéger davantage les Français, les principes de l’Etat de droit n’était pas « intangibles et sacrés ».

Tout d’abord, il faut rappeler que toute démocratie repose sur trois piliers : le peuple, l’État et le droit.

Le risque de voir le peuple s’arroger trop de pouvoir, c’est de basculer dans une tyrannie de la majorité, dangereuse pour la liberté.

Le risque de voir l’État s’arroger trop de pouvoir, c’est de basculer dans une technocratie.

Le risque de voir le droit s’arroger trop de pouvoir, c’est de le déconnecter de la réalité et de la souveraineté populaire.

Sur ce dernier point, rappelons que le droit n’a pas à être intangible mais qu’il doit s’adapter en permanence aux circonstances et à la volonté du peuple. Quand le droit va à l’encontre du peuple, la démocratie se retrouve en danger car les sources du droit, émanant ordinairement de lui, sont alors fabriquées par des instances non légitimement élues. La nomocratie qui en résulte affaiblit la démocratie. En ce sens, Bruno RETAILLEAU a raison, l’Etat de droit n’est ni intangible, ni sacré.

Intangible et sacré ?

Les réactions virulentes des adversaires du Ministre qui prétendent que Bruno RETAILLEAU menace la démocratie, que l’Etat de droit est au contraire intangible et sacré, témoignent ainsi d’un mouvement de théologisation du concept d’Etat de droit. Tout le monde s’en réclame, notamment pour justifier l’application de règles juridiques qui vont à l’encontre de la cohésion nationale.

Dans l’ordre juridique français, sont « inaliénables et sacrés » les droits naturels et imprescriptibles reconnus par le bloc de constitutionnalité, dont la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, au premier rang desquels figure la liberté d’opinion, même religieuse. Par contraste, sont profanes, laïques et tangibles les règles d’organisation de la vie en société, déterminées par la loi, expression de la volonté générale. Rendre intangibles et sacrées les règles du droit des étrangers revient donc à théologiser ce qui doit relever de la loi en vertu de la norme suprême de notre ordre juridique interne, ce qui est fondamentalement contraire aux principes de la République française.

Pour les tenants d’un Etat de droit intangible et sacré, la Constitution française n’est pas au sommet de la hiérarchie des normes : les normes et les traités internationaux sont d’effet direct et invocables devant les juridictions nationales, sans égard particulier pour leur conformité à la Constitution française et la volonté du peuple souverain.

La Déclaration de 1789 et la Constitution de 1958 impliquent la conception républicaine de la liberté, où la liberté établie par la loi ou par la Constitution ne peut être restreinte que par la seule puissance publique, du fait de sa légitimité démocratique. Est intangible et sacré le suffrage universel comme seule source du pouvoir, ainsi qu’il en résulte de la décision de l’Assemblée nationale en 1958 de confier l’élaboration de la révision de la Constitution au gouvernement du Général De Gaulle et de l’esprit même de cette Constitution, avec un chef d’Etat élu directement par le peuple et de la possibilité de recourir au référendum.

Le pouvoir introuvable

Affirmer que le suffrage universel n’est pas légitime à définir les principes et les règles de la vie en société, retirer au peuple la capacité de décider pour la confier aux juges ne saurait sérieusement être considéré comme une avancée pour la démocratie et les libertés.

La prééminence de l’Etat de droit ne saurait rendre acceptable que le respect par l’Etat de l’ensemble des règles juridiques supralégales conduise à des drames humains causés par des facteurs sur lesquels le politique peut agir. Elle ne saurait rendre acceptable l’impossibilité d’expulser des étrangers dont la dangerosité criminogène est avérée, surtout quand la réitération de leurs crimes est avérée. Elle ne saurait non plus rendre acceptable que l’athlète afghane Marzieh HAMIDI soit harcelée et menacée de mort et de viol par des migrants originaires de son pays présents sur le sol national, lesquels adhèrent manifestement aux tendances des talibans, islamistes, terroristes, misogynes et pédophiles. La prééminence de l’Etat de droit ne saurait faire de la France le paradis des loups dans la bergerie.


Diplômé d’HEC Paris et de Sciences Po, Alexandre Mancino est un avocat et entrepreneur engagé dans le débat public. Il est Président du Cercle Orion qu’il a fondé pendant ses études en 2017. Il est aussi fondateur de la start-up AimPact et du Mouvement citoyen Agora qui ont eu pour objectif de moderniser l’action publique en impliquant les citoyens et en portant un projet ancré qui puisse répondre aux préoccupations des Français.

Fondé en 2017 à Paris par Alexandre Mancino, le Cercle Orion est un think tank et forum politique nouvelle génération, d’influence libérale-conservatrice. Sa raison d’être est d’incarner et de promouvoir une nouvelle génération de décideurs engagés, libres et audacieux ; désireux de prendre part aux enjeux contemporains et d’y apporter des solutions à impact pérennes pour le présent et l’avenir, dans un esprit entrepreneurial et innovant, orientées vers le bien commun.

Les autorités administratives indépendantes

By Institutions

Autorités Administratives Indépendantes (AAI) et Autorités Publiques Indépendantes (API)

Depuis la création de la CNIL en 1978, la France a vu proliférer de nombreuses institutions désignées sous le nom d’Autorités Administratives Indépendantes (AAI) ou d’Autorités Publiques Indépendantes (API) depuis 2003, avec la création de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). Au cours des quarante dernières années, l’exécutif s’est déchargé de nombreux pouvoirs au profit de ces institutions, dans des domaines stratégiques divers allant de l’énergie à l’audiovisuel en passant par les télécommunications, la finance et la santé. Quel que soit le résultat des élections, le futur gouvernement devra composer avec ces institutions, sous peine d’être sanctionné par le Conseil constitutionnel ou par la Cour de justice de l’Union Européenne (CJUE).

 

Les Autorités Administratives / Publiques Indépendantes

Les AAI et API sont des institutions de l’État, créées ou reconnues par la loi, en charge de la régulation d’un secteur d’activité. Elles peuvent aussi être chargées de protéger les droits des citoyens.

Les AAI et API peuvent, selon leur fonction, détenir :

  • Un pouvoir de recommandation (conseiller sur une pratique, par exemple) ;
  • Un pouvoir de décision individuelle (nommer à des postes, par exemple);
  • Un pouvoir de réglementation et de sanction.

 

La loi de 2017 liste 17 autorités administratives indépendantes (AAI) :

  • Autorité de contrôle des nuisances sonores aéroportuaires (ACNUSA) ;
  • Autorité de la concurrence ;
  • Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP) ;
  • Autorité nationale des jeux ;
  • Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ;
  • Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) ;
  • Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) ;
  • Commission de régulation de l’énergie (CRE) ;
  • Commission du secret de la défense nationale (CSDN) ;
  • Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) ;
  • Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL);
  • Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) ;
  • Commission nationale du débat public (CNDP) ;
  • Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) ;
  • Défenseur des droits ;
  • Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES) ;
  • Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).

 

Bien qu’indépendantes, les AAI sont liées budgétairement à un ministère. Ce n’est pas le cas des autorités publiques indépendantes qui disposent de la personnalité morale, leur octroyant ainsi le bénéfice d’une autonomie financière.

Il existe sept autorités publiques indépendantes :

  1. Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) ;
  2. Autorité des marchés financiers (AMF) ;
  3. Autorité de régulation des transports (anciennement Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières – ARAFER);
  4. Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) qui a succédé au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et à la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet (HADOPI) ;
  5. Haute Autorité de santé (HAS) ;
  6. Haut Conseil du commissariat aux comptes (H3C) ;
  7. Médiateur national de l’énergie.

 

Chiffres clés

La loi du 20 janvier 2017 a restreint le nombre d’autorités indépendantes à 24 au lieu d’une quarantaine auparavant.

L’importance des services des AAI ou API est très hétérogène. Certains sont peu développés (comme le Haut Conseil du commissariat aux comptes), d’autres plus nombreux : ceux de l’Autorité des Marchés Financiers ou de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom, anciennement CSA), notamment disposent d’une force au travail pouvant atteindre plusieurs centaines d’agents.

Les budgets de ces autorités sont en constante augmentation : Selon les derniers rapports annuels de 2023 disponibles, ces institutions représenteraient au minimum environ 3500 agents pour un budget de fonctionnement supérieur à 430 millions d’euros. (Le budget des AAI/API était de 367,8 millions d’Euros en 2016)

Les personnels peuvent relever du droit privé et être recrutés par contrat mais, dans de nombreux cas, il s’agit de fonctionnaires détachés ou mis à disposition.

 

Autorités administratives indépendantes ?
Une indépendance en question

Le nom même de ces institutions, qui relève de l’oxymore, interroge sur leur mission au sein de l’appareil d’état : une institution peut-elle être une autorité “administrative”, et donc relevant de l’exécutif de l’état, et en même temps être une autorité “indépendante”, donc soustraite au principe rappelé par l’article 20 de la Constitution selon lequel le gouvernement, responsable devant le parlement, détermine et conduit la politique de la nation et dispose pour ce faire de l’administration” ?

Dans les faits, ces institutions sont devenues le bras armé des institutions européennes, bien plus que de l’état Français, leur existence même étant souvent exigée par le droit européen.

C’est le cas dans de nombreux secteurs, parmi lesquels les secteurs de l’audiovisuel, des télécommunications, de l’énergie ou des transports, pour lesquels l’Union Européenne impose aux états membres, au travers de directives, de créer des autorités indépendantes afin d’assurer des missions de régulations au sein du secteur concerné.

A titre d’exemple, l’article 51 du Règlement Général de Protection des données (RGPD) de l’UE énonce que “chaque état membre prévoit qu’une ou plusieurs autorités publiques indépendantes sont chargées de surveiller l’application du présent règlement “. En France, cette autorité est la CNIL.

Ce type d’institutions n’est donc pas un phénomène limité à la France, qui aura joué un rôle de précurseur en la matière. Il s’est considérablement développé dans l’ensemble des pays membres de l’UE, sous des formes juridiques et des dénominations diverses selon les particularités propres à chaque pays.

L’arsenal des moyens dont disposent les Autorités Indépendantes alimente les interrogations sur la compatibilité de ces institutions avec le pouvoir et l’ordre démocratique. 

Si le pouvoir politique souhaite reprendre la main sur son administration, voire remettre en cause l’existence même de ces institutions, cela nécessiterait à minima une remise en cause du droit de l’Union Européenne.

Par Bruno Mahieux

Notice rouge Interpol

By Institutions

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

À la suite de l’évasion de Mohamed Amra au péage d’Incarville, où deux agents pénitentiaires ont été assassinés et trois autres ont été blessés (dont deux gravement), Interpol a émis une notice rouge à son encontre.

Qu’est-ce qu’une notice rouge ?

Une notice rouge est une demande internationale d’arrestation et d’extradition émise par Interpol à la demande d’un pays membre de cette organisation internationale. Elle vise à localiser et à arrêter un individu recherché en vue de son extradition vers le pays demandeur pour qu’il y soit jugé et/ou y purge une peine.

 

Comment cela fonctionne ?

Tout commence par une demande émanant d’un pays membre d’Interpol. Dans le cas de Mohamed Amra, ce sont les autorités françaises qui ont sollicité l’émission de la notice rouge, fournissant à Interpol des informations détaillées sur le fugitif, son physique, ses empreintes digitales et les charges retenues contre lui.

Interpol examine la demande et, si elle est conforme aux critères définis par l’organisation, elle diffuse la notice rouge, ce qui enclenche une série de mesures :  les informations sur le fugitif sont intégrées aux bases de données d’Interpol, les agents aux frontières sont alertés, et les enquêtes s’intensifient à l’échelle internationale.

 

Conditions d’utilisation ?

  • Lorsqu’un individu a été condamné pour un crime grave et qu’il s’est soustrait à l’exécution de sa peine.
  • Lorsqu’un individu est considéré comme un danger pour la sécurité publique.
  • L’individu recherché doit être clairement identifié.
  • Le crime pour lequel il est recherché doit être passible d’une peine d’au moins un an d’emprisonnement dans le pays demandeur.
  • Le pays concerné doit s’engager à extrader l’individu recherché s’il est arrêté.

D’autres notices

Il existe sept autres notices Interpol :

Jaune : personnes disparue

Bleue : informations complémentaires

Noire : personnes décédées non identifiées

Verte : mise en garde et renseignements

Orange : menace imminente

Mauve : mode opératoire

Spéciale Interpol-Conseil de sécurité des Nations Unies :
entités et personnes visées par des sanctions du Conseil de sécurité.

L’Organisation internationale de la police criminelle (INTERPOL)

By Institutions

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

Interpol, l’Organisation internationale de police criminelle, est composée de 196 pays membres. Fondée le 7 septembre 1923, son siège se situe à Lyon. Interpol joue un rôle crucial dans la coordination des efforts policiers internationaux et la facilitation de l’échange d’informations entre les pays membres pour lutter contre la criminalité et le terrorisme dans le monde.

 

En bref

La criminalité et le terrorisme ne connaissent pas de frontières.

Face à ces fléaux, Interpol souhaite favoriser une “collaboration entre les autorités de police des pays membres pour créer un monde plus sûr.

A cette fin, Interpol leur permet d’échanger et d’accéder à des informations sur les infractions et les criminels en leur apportant un appui technique et opérationnel.”

Chiffres clés

  • 196 pays membres
  • Plus de 1 000 agents
  • 7 bases de données contenant plus de 80 millions d’enregistrements
  • Plus de 100 000 notices rouges actives
  • Participation à plus de 15 000 opérations internationales chaque année

Un rôle central dans la coordination des efforts policiers

Au cœur de sa mission, Interpol centralise et analyse les données provenant des forces de l’ordre du monde entier, favorisant une approche concertée face aux criminels qui outrepassent les frontières.

L’organisation met à disposition des pays membres une plateforme sécurisée d’échange d’informations, I-24/7, permettant une communication fluide et instantanée entre les forces de l’ordre.

Quelles sont ses missions ?

Elles s’articulent autour de quatre axes principaux :

Lutter contre la criminalité organisée : Trafic de drogue, d’armes et d’êtres humains, blanchiment d’argent, corruption, etc.

Soutenir les enquêtes et les opérations internationales : Coordination des enquêtes, échange d’informations, déploiement d’équipes d’intervention, etc.

Promouvoir la coopération policière internationale : Renforcement des capacités des forces de l’ordre nationales, échange de bonnes pratiques, etc.

Prévenir la criminalité et le terrorisme : Analyse des tendances criminelles, sensibilisation du public, formation des forces de l’ordre, etc.

Quels outils et services ?

Interpol met à disposition de ses pays membres une large gamme d’outils et de services :

Les notices : Interpol émet différents types de notices, comme les notices rouges pour les personnes recherchées, les notices bleues pour les personnes disparues et les notices vertes pour les personnes témoins ou susceptibles de fournir des informations utiles. Elles sont diffusées à tous les pays membres et permettent aux forces de l’ordre d’identifier rapidement les individus recherchés.

Les bases de données : Interpol gère plusieurs bases de données contenant des informations sur les personnes recherchées, les documents de voyage volés ou perdus, les empreintes digitales et les modus operandi des criminels. Ces bases de données permettent aux enquêteurs d’effectuer des recherches croisées et d’établir des liens entre des affaires apparemment distinctes.

Les équipes d’intervention : Interpol peut déployer des équipes d’intervention spécialisées pour apporter un soutien aux pays membres dans le cadre d’enquêtes complexes ou d’opérations à haut risque. Ces équipes sont composées d’experts dans divers domaines tels que la criminalistique, le renseignement et le cybercrime.

Qui pilote Interpol ?

La structure de gouvernance d’Interpol comprend plusieurs instances :

Le Secrétaire général : Nommé par l’Assemblée générale, il dirige le Secrétariat général d’Interpol et assure la gestion courante de l’organisation.

L’Assemblée générale : Réunit tous les trois ans les représentants de tous les pays membres et définit les orientations stratégiques de l’organisation.

Le Comité exécutif : Composé de 19 représentants des pays membres, il supervise les activités quotidiennes d’Interpol et assure la mise en œuvre des décisions de l’Assemblée générale.

Les Bureaux centraux nationaux (B.C.N.) : Chaque pays membre a son propre B.C.N., qui est le point de contact national pour Interpol. Les B.C.N. sont responsables de la collecte et de l’échange d’informations criminelles avec Interpol et les autres pays membres.

Quatre langues officielles

  • Français
  • Anglais
  • Espagnol (depuis 1955)
  • Arabe (depuis 1999)

Exclusivité CRSI : Tribune de Jean-Éric Schoettl

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Un sursaut d’autorité pour combattre l’ensauvagement ?

 

Le Premier ministre a raison : face à la montée de la violence des mineurs, nous ne pouvons plus nous bercer de mots ou nous contenter de demi-mesures. Mais il nous faut plus qu’un sursaut d’autorité. Il nous faut la réinventer. Et revoir de fond en comble plusieurs de nos politiques publiques. Est-il encore temps ?

Le mélange explosif formé par la violence juvénile, d’une part, la délinquance courante et les crimes communautaires et religieux, d’autre part, nous plonge dans un tel désarroi que nous sommes tentés, pour nous rassurer, d’attribuer la violence des mineurs à une cause unique (la drogue, les réseaux sociaux…) et d’en tirer une médication simple et expédiente. C’est la tentation de beaucoup de commentateurs et de personnalités politiques. Mais la réalité est autrement complexe. Le simplisme du diagnostic ne peut conduire qu’à l’insuffisance de la thérapeutique. Pour y voir plus clair et, si possible, entrer en voie de résilience, il faut au moins répondre aux questions suivantes.

 

Comment caractériser la violence des mineurs qui sévit actuellement à l’extérieur comme à l’intérieur de l’univers scolaire ?

Une partie de la violence des mineurs tient à l’environnement culturel contemporain, dans lequel baigne l’ensemble de la jeune génération. On en connaît les principaux traits : individualisme tout-puissant, indifférence à l’autre, hédonisme, consumérisme, dégradation du niveau scolaire, effondrement de la lecture remplacée par l’addiction aux écrans, enfermement narcissique dans les réseaux sociaux, exposition précoce aux contenus violents et pornographiques. Une autre composante de la violence des mineurs trouve sa source dans la déstructuration du tissu social, alliant pauvreté et monoparentalité, cas fréquent dans la population d’origine sahélienne.

Une forte proportion des mineurs interpellés lors des émeutes de l’été 2023 provenait de familles monoparentales pauvres.

Une autre encore est liée à la consommation ou au trafic de drogue, et à tout son halo de délinquance courante. Une quatrième forme de violence, communautaire et confessionnelle, est le produit d’un endoctrinement frériste et salafiste qui touche désormais un nombre malheureusement non négligeable de familles musulmanes. 

Ces différentes composantes de la violence juvénile sont d’intensités différentes. Les réseaux sociaux par exemple sont loin de tout expliquer : ils peuvent être vecteurs et catalyseurs de violence, mais n’en sont pas la cause première. Ces composantes sont en outre de natures très différentes : l’anomie, au sein de la société globale, est un facteur de violence, mais l’excès de normes, au sein des communautés d’appartenance, en est un autre, non moins puissant. Ces composantes n’en sont pas moins inter-corrélées et elles sont toutes favorisées par la faiblesse des réponses que leur oppose le monde adulte. En s’interdisant d’être coercitive à l’égard des mineurs, la société – c’est-à-dire les parents, les maîtres et l’Etat – laisse libre cours à chacune de ces composantes de la violence juvénile.

Le lien entre carence de l’autorité (entendue comme une absence ou une insuffisance de coercition légale) et ensauvagement (pas seulement des mineurs) se manifeste dans d’autres domaines, tous plus ou moins liés à la crise de l’intégration. On pourrait parler de la justice des mineurs (le problème principal, à cet égard, étant non celui de l’excuse de minorité, mais celui de l’effectivité et de la célérité de la sanction, auquel le récent code pénal des mineurs apporte une réponse contre-productive), du faible nombre et de la gestion (aujourd’hui défectueuse) des centres éducatifs fermés, du maintien de l’ordre en général et du contrôle des manifestations sur la voie publique en particulier. Sans oublier le traitement des émeutes urbaines et la conduite à tenir par les forces de police et de gendarmerie en cas de refus d’obtempérer. Et l’ombre qui plane sur tout cela : la politique migratoire (ou plutôt son absence).

Une autre illustration de cette causalité entre défaut de coercition légale et ensauvagement du tissu social vient d’être mise en évidence par le préfet Michel Auboin dans son rapport sur les étrangers extra-communautaires et le logement social en France (Fondation pour l’innovation politique et Observatoire de l’immigration et de la démographie). Le bailleur public, et mieux encore le maire, “doit s’assurer que les locataires vivent en paix, ce qui suppose qu’il ait la capacité d’agir pour faire cesser les troubles graves à l’ordre public (agressions, trafic de drogue, rodéos…) qui naissent au sein de son patrimoine”. Il faut donc remettre en cause le dogme du maintien dans les lieux, notamment en instituant un bail à durée limitée permettant, indépendamment de mesures plus coercitives (expulsions locatives), de ne pas renouveler un bail en cas de mauvais comportement. La recherche de la mixité sociale impose en outre de confier aux maires plutôt qu’aux algorithmes préfectoraux l’attribution des logements sociaux. Remplaçons “bailleur social” par “proviseur” et “révocation du bail du locataire fauteur de troubles” par “renvoi de l’élève fauteur de troubles” : les solutions se valent mutatis mutandis. De même, ne plus s’obliger à recaser dans un établissement scolaire ordinaire un élève renvoyé en raison de son comportement agressif se justifie autant que ne plus attribuer de logement HLM à un locataire incivil.

 

Faut-il mettre en cause la responsabilité pénale des parents ?

Ce serait non seulement cruel, mais encore inopérant, lorsque les parents sont dépassés par les évènements, ce qui est le cas de ces mères célibataires travaillant loin de leur domicile pour subvenir aux besoins d’une nombreuse nichée abandonnée à elle-même la plupart du temps. Mais il y a des situations où, oui, la famille doit être déclarée responsable parce qu’elle est en effet complice, passive ou active, des agissements de ses enfants. Il en est ainsi lorsqu’elle laisse ses rejetons commettre certains actes tout en ayant conscience de leur caractère délictueux, notamment en matière de trafic de drogue. Il en est ainsi a fortiori lorsqu’elle les y incite par esprit de lucre. Ou lorsqu’elle endoctrine ses enfants en leur inspirant la haine de la France ou de telle ou telle catégorie de Français, voire en les mettant sur le chemin du djihad. En pareilles circonstances, il est à la fois juste et efficace de responsabiliser les parents sur le plan pénal et pas seulement du point de vue de leur responsabilité civile.

A la suite des émeutes urbaines de juin 2023, le garde des sceaux, avait pris une circulaire invitant les parents à exercer leur devoir de surveillance sur la conduite de leurs enfants et leur rappelant non seulement qu’ils peuvent être obligés à indemniser les victimes, mais aussi les risques pénaux qu’ils encourent (selon la circulaire) en application de l’article 227-17 du code pénal. Celui-ci punit de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende “le fait, par le père ou la mère, de se soustraire, sans motif légitime, à ses obligations légales au point de compromettre la santé, la sécurité, la moralité ou l’éducation de son enfant mineur”, obligations définies par l’article 371-1 du code civil (protéger l’enfant dans “sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement”). 

Mais il n’est pas sûr, au regard de ses termes et de la jurisprudence, que l’article 227-17 du code pénal, qui vise le délaissement des enfants par leurs parents, permette de poursuivre les parents à raison des actes criminels ou délictuels de leurs enfants. Le lien causal entre les agissements du mineur et la défaillance parentale serait la plupart du temps difficile à établir. Au demeurant, il ne semble pas que la responsabilité pénale des parents des émeutiers de 2023 ait été beaucoup recherchée et encore moins  reconnue.

Aussi convient-il d’expliciter par un texte la responsabilité pénale des parents à raison des actes commis par leurs enfants. Tel était le sens de la proposition de loi “tendant à renforcer la responsabilité pénale des personnes qui exercent l’autorité parentale sur un mineur délinquant” déposée voici une vingtaine d’années par le sénateur centriste Nicolas About. Cette proposition insérait dans le code pénal un article 227-17 bis disposant que “Le fait, pour une personne qui exerce l’autorité parentale sur un mineur, d’avoir laissé ce mineur commettre une infraction pénale, par imprudence, négligence ou manquement grave à ses obligations parentales, est passible des mêmes peines que si elle s’était rendue coupable de complicité”. Mais cette initiative s’est heurtée à un de ces nombreux tabous qui piègent tout débat sur la justice des mineurs.

Le tabou pourrait cette fois être levé si le parti progressiste et le Conseil constitutionnel n’y font pas barrage. Le projet de loi “relatif à la responsabilité parentale et à la réponse pénale en matière de délinquance des mineurs”, que défendra Eric Dupont Moretti devant le Parlement, sanctionne en effet les parents lorsque leur négligence éducative a conduit leur enfant à commettre plusieurs crimes ou délits.

La peine encourue est de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, sans préjudice d’une peine complémentaire de travail d’intérêt général.

D’autres pays démocratiques, confrontés à la violence des mineurs, ont déjà sauté le pas. C’est le cas des Etats Unis. Ainsi, le code pénal de Californie, Etat progressiste, prévoit un emprisonnement d’un an et une amende de  2.500 $, ou l’imposition d’une période de probation, pour les parents ayant failli à leur devoir en laissant, en connaissance de cause, leur enfant commettre une infraction. Cette défaillance est en effet considérée comme confinant à la complicité ou au défaut grave de surveillance ayant causé aux tiers des dommages corporels ou matériels. L’Etat du Michigan n’est pas en reste : tout récemment (9 avril 2024), la cour criminelle de Pontiac a condamné les deux époux Crumbley à dix à quinze ans de prison, à la suite du quadruple meurtre commis par leur fils, âgé de quinze ans, avec une arme qu’ils lui avaient offerte alors qu’ils connaissaient ses troubles de comportement.

La mise en cause de la responsabilité parentale, au pénal comme au civil, peut donc, dans certaines situations, constituer un élément de réponse à la délinquance des mineurs. Toutefois, compte tenu des caractéristiques actuelles de la violence juvénile, qui sont multifactorielles, il est illusoire d’en faire la panacée que certains voient en elle. 

 

La défaillance de l’autorité explique-t-elle les phénomènes actuels ?

Carence de l’autorité (des parents, des maîtres et de l’Etat) : pour expliquer la montée de la violence chez les mineurs, ce diagnostic est désormais largement partagé. Les événements récents ont décillé beaucoup d’yeux. À Viry-Châtillon, le 18 avril, le Premier ministre fustige la “culture de l’excuse” et reprend son leitmotiv : 

“Tu casses, tu répares, tu salis, tu nettoies, défies l’autorité, on t’apprend à la respecter”. 

Il y a loin, bien sûr, de ces fortes paroles aux actes et des actes aux résultats. Mais, en attendant, elles marquent une victoire de la lucidité sur le déni. Hier encore, la référence au déficit d’autorité aurait été taxée de fantasme réactionnaire. En 2016, l’actuelle ministre de l’éducation, Nicole Belloubet, raillait “les fariboles sur la restauration de l’autorité ou le port de la blouse”. Il est symptomatique que soit aujourd’hui portée au crédit de Gabriel Attal par la grande majorité de l’opinion une mesure prohibitive – l’interdiction de l’abaya – qui aurait été jugée stigmatisante par tous les bons esprits il y a quelques années. Nous venons de loin.

Toutefois, pour trouver une thérapeutique opérante, il faut aller jusqu’au bout du diagnostic. La nostalgie de l’autorité perdue ne suffira pas à remonter la pente. Pour que l’autorité s’affirme, il faut que la société dote sans réticence son titulaire des moyens effectifs et suffisants (matériels, juridiques, statutaires, psychologiques) d’exercer sa fonction. Ce n’est pas le cas aujourd’hui et cela donne la mesure de l’effort à accomplir pour restaurer ce qui peut l’être de l’autorité perdue.

 

La société contemporaine refuse-t-elle au dépositaire de l’autorité les moyens de sa  fonction ?

Oui. Prenons le cas du proviseur du lycée Maurice Ravel, à Paris, confronté à l’élève qui refuse de retirer son voile dans l’enceinte de l’établissement. Peut-il, face à ce refus, déclencher des poursuites disciplinaires ? Les circulaires n’évoquent de telles sanctions que d’une plume tremblante, mettant sans cesse en avant la nécessité impérieuse du “dialogue” (avec l’élève, avec les parents). Hier l’élève insolent était consigné et, de surcroît, réprimandé par ses parents. C’était la double peine. Aujourd’hui beaucoup de parents demandent des comptes (lorsqu’ils ne le bousculent pas) au professeur qui ose admonester leur progéniture. Aujourd’hui, une suspension de plusieurs jours pour comportement illicite, agressif ou injurieux impose de réunir un conseil de discipline dont la composition n’est nullement acquise aux responsables scolaires. Dans les quartiers à forte population immigrée, une certaine paranoïa communautaire paralyse les responsables scolaires lorsqu’ils auraient des velléités de sévir.

Et que faire face à une attitude provocatrice caractérisée ? Le proviseur du lycée Maurice Ravel pouvait-il, comme cela aurait paru naturel y a quelques décennies, contraindre physiquement l’élève à ôter son voile ou, à défaut, la saisir par le bras pour la mener à une salle de retenue ou à la porte de     l’établissement ? Une telle “contrainte par corps” est ce que le droit administratif classique nomme “privilège d’exécution d’office”. C’est, en théorie, celui de tout détenteur de l’autorité publique confronté à un refus d’obtempérer. Mais il a été implicitement aboli dans les établissements scolaires autant que dans les lieux publics. 

Jusque dans les années soixante-dix, les gardiens de square, avec leurs casquettes, leurs houppelandes et leurs sifflets (panoplie des signes visibles et audibles de l’autorité), n’hésitaient pas à agripper un chenapan par l’oreille s’il piétinait une plate bande. Cela ne choquait personne. Aujourd’hui, le gardien de square serait révoqué et poursuivi pénalement s’il osait une telle manifestation d’autorité. Et, aujourd’hui, un policier ou un gendarme qui utilise son arme, même en respectant les conditions d’emploi, sera très souvent poursuivi pour homicide si un drame survient. 

Si le proviseur du lycée Maurice Ravel s’était livré au quart de ce dont l’accuse, sur les réseaux sociaux, l’élève voilée, les autorités académiques l’auraient désavoué au motif que le souci de faire respecter la loi ne justifie aucun geste brutal. La doctrine est gravée dans le marbre des bons sentiments humanistes et pédagogistes : il faut toujours privilégier le dialogue sur la coercition lorsque sont en cause des questions aussi délicates que celles intéressant la personnalité et les convictions. Agripper la rebelle voilée par le bras ? Groupes militants et médias crieraient à la maltraitance islamophobe. Dans le contexte non pas multiconfessionnel, mais religieusement homogène, qui est celui de beaucoup de quartiers dont la population est issue du monde musulman (Maghreb, Sahel, Turquie, Caucase, Proche- Orient et Moyen-Orient), une partie significative des élèves verrait une héroïne dans la révoltée et une partie significative des parents, exposés aux discours communautaristes et aux prêches intégristes (l’interdiction du voile est une brimade contre les musulmans), en ferait une martyre. On imagine la suite. Si une simple sommation de respecter la loi a fait pleuvoir des menaces de mort sur le proviseur, le poussant à la démission, on n’ose penser à ce qu’une manifestation d’autorité musclée, banale il y a une cinquantaine d’années, aurait pu provoquer.

 

Le statut des titulaires de l’autorité doit-il être revu, y compris en dehors du monde enseignant ?

Rétablir l’autorité, c’est vrai au-delà de l’enseignement, suppose que la collectivité s’en remette beaucoup plus amplement qu’aujourd’hui au dépositaire de l’autorité. Et donc remplir celui-ci de la plénitude de ses prérogatives, y compris des plus traditionnelles d’entre elles, tel le “privilège d’exécution d’office”. Sa latitude décisionnelle doit être sensiblement élargie, ce qui impose de se passer de ces encadrements sourcilleux censés interdire l’arbitraire. Quant au risque d’usage abusif du pouvoir délégué, inhérent à toute large délégation, il peut être combattu par un contrôle a posteriori sensible aux difficultés de la fonction. 

A l’inverse, refuser de faire confiance au titulaire de l’autorité, refuser de lui déléguer un pouvoir de contrainte, c’est abdiquer l’essence même de l’autorité. Le législateur, comme les tutelles administratives et juridictionnelles, doivent le comprendre.

 

Comment la société peut-elle aider les professeurs confrontés, au sein même de leurs classes, à l’indiscipline, à la violence ou à la contestation des enseignements ?

Aide-toi et la société t’aidera. La communauté éducative doit pouvoir compter sur la société, mais elle doit d’abord rassembler et employer ses propres forces. 

Des cours d’empathie et d’initiation aux valeurs de la République ne rétabliront pas la sérénité lorsqu’elle est sérieusement atteinte. Seule serait opérante une volonté farouche et solidaire de la communauté éducative de ne plus rien laisser passer en matière de violation des règles de la vie scolaire, qu’il s’agisse d’indiscipline, de harcèlement ou d’atteintes à la laïcité. 

Ceci implique le pouvoir hiérarchique donné au proviseur ou au principal de se séparer d’un enseignant ou d’un surveillant hostile aux exigences de cette solidarité ; la fluidité de l’information entre professeurs, proviseurs, rectorat et, au-delà, avec tous les acteurs responsables de l’ordre public au sens large (police, justice, services sociaux) ; l’intervention de la police ou de la justice en direction de la famille ou du milieu pour contrer les représailles communautariste, punir les auteurs de discours de haine sur les réseaux sociaux ou pour mettre en cause, le cas échéant, la responsabilité civile ou pénale des parents ; la présence d’assistants d’éducation (terme symptomatiquement substitué à celui  de  “surveillants” il y a une vingtaine d’années) aptes moralement et physiquement à inspirer du respect aux élèves ; l’exercice par le dirigeant de l’établissement d’un pouvoir disciplinaire autonome allant jusqu’à la radiation de l’élève ; la remise en vigueur des codes de courtoisie passés (se lever à l’entrée du professeur, se mettre en rangs dans la cour avant de pénétrer en classe, vouvoyer le professeur…) ; l’attribution à chaque élève d’une note de conduite, inscrite à son bulletin ; l’uniforme scolaire ; la symbolique patriotique (distribution des prix, Marseillaise, salut aux couleurs…) ; la multiplication des internats et des placements d’office en internat des élèves qui, dans leur propre intérêt, comme dans celui de la collectivité, doivent être soustraits à leur milieu ; la garde des élèves dans les établissements d’enseignement après les heures de cours (comme le souhaite à juste titre Gabriel Attal) ; le transfert des établissements d’enseignement en dehors des cités problématiques ; l’inscription des élèves renvoyés dans des établissements spécialisés. 

A quoi il faut ajouter un allègement de la tutelle juridictionnelle sur les décisions quotidiennement prises par les autorités scolaires, décisions qui, jusqu’à une date récente, étaient considérées comme des “actes d’ordre intérieur” échappant au contrôle du juge. 

Programme indigeste ? Impossibilité de faire rentrer le dentifrice dans le tube ? Peut-être. Mais sans un big bang de l’autorité, la violence étendra ses quartiers dans l’univers scolaire. Dire qu’il est “trop tard” est un alibi trop commode pour éluder le changement de paradigme qui s’impose. Rattraper tant d’années de négligence, de lâcheté et de complaisance oblige l’école, et la société tout entière, à émettre aujourd’hui un message net et fort de retour à l’ordre. Il est peut-être trop tard, mais le déraillement est certain si nous ne tentons même pas de changer le cours des choses.

 

N’est-ce pas prôner le retour à un passé scolaire idéalisé ?

Restaurer l’autorité à l’école, c’est en effet reconstruire l’estrade malencontreusement supprimée après 1968. C’est revenir à Jules Ferry : replacer l’enseignant en surplomb, refaire de lui “celui qui institue”. 

L’enseignant doit tirer l’élève vers le haut, en faire un être rationnel et un citoyen. Il doit l’intégrer au monde des adultes, le connecter à tout ce que la nation tisse entre nous de commune appartenance, à commencer par ce  “riche legs de souvenirs” et cette “volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis” dont parlait Ernest Renan dans “Qu’est-ce qu’une nation ?”. L’enseignant doit transmettre des connaissances, une mémoire et des valeurs, avec ce que cette fonction de transmission implique d’unilatéralisme. 

L’enseignant doit redevenir le “maître”, dans les deux sens du terme. 

 

Cela ne doit pas le conduire bien sûr à délaisser la pédagogie ou à négliger le sentiment de l’enfant. Mais ce n’est pas à l’enfant de piloter sa propre éducation. 

Pendant le temps éducatif, le monde adulte, en la personne du maître, doit tenir la barre, afin de pouvoir un jour la confier à l’élève devenu adulte. Tenir la barre, c’est faire œuvre de capitaine, et donc conduire, animer et inspirer. Mais aussi, le cas échéant, prévenir ou mâter des mutineries.  Tout ne peut reposer sur le charisme personnel de l’enseignant. Aussi l’école doit-elle réapprendre à punir. Outre qu’elle garantit à tous les conditions d’une bonne transmission des connaissances, la sanction a, par elle-même, une vertu éducative sur l’élève fautif. On a trop confondu, pendant des années, autorité et autoritarisme. 

S’il y a un domaine où on peut dire, sans gros risque de se tromper, que “c’était mieux avant”, c’est celui de l’éducation publique.

 

Quelle est la part de l’immigration dans la montée de la violence juvénile ?

L’immigration n’explique pas toute la violence juvénile, mais elle y contribue substantiellement. On le voit bien avec les mineurs isolés étrangers. On l’observe dans les quartiers à forte population immigrée avec le trafic de drogue, les règlements de comptes, le vandalisme, les agressions sexuelles et les rodéos. On l’a constaté lors des émeutes urbaines de 2023, même s’il se trouvait en effet des Kevin et Matteo parmi les casseurs et les pillards.

C’est vrai aussi à l’école. Beaucoup de faits récents de violence survenus dans l’univers scolaire ou sa périphérie ont des connotations ethno-religieuses : enseignants agressés dans les salles de classe pour des propos jugés impies, passages à tabac d’élèves trop bien intégrés, remise en cause véhémente des enseignements et des règles de la vie scolaire. Y sont impliqués non seulement des élèves, mais leurs familles.

Un des traits communs de ces évènements est de révéler combien les cultures d’origine des populations nouvellement établies sur notre sol entretiennent avec l’Etat une relation différente de celle de la population native. Ces cultures d’origine considèrent généralement que l’Etat n’a pas à interférer avec la norme familiale et religieuse. Elles estiment, souvent en toute candeur, que la règle religieuse et communautaire prévaut sur la loi française, laquelle est fréquemment ignorée ou mal comprise par les familles immigrées. Elles récusent pour cette raison le recours à la justice légale et se défient d’institutions nationales qu’elles perçoivent comme mystérieuses ou hostiles. 

Qui plus est, contrairement à la société d’accueil, la plupart des cultures d’origine n’ont pas répudié le recours à la violence privée et en sacralisent même certaines formes, que ce soit  pour des motifs religieux (guerre sainte, châtiment des blasphémateurs et des apostats) ou pour se conformer à des codes claniques (crimes d’honneur et vendettas). Ajoutons-y la jalousie d’adolescents étouffés par un carcan familial, communautaire et religieux à l’égard de celui (et surtout de celle) qui s’affranchit des interdits tribaux en adoptant les mœurs de la société d’accueil. Cette jalousie semble être à l’origine des agressions subies par Samara à Montpellier et par Shamseddine à Viry-Châtillon. Le crime du “miroir d’eau” à Bordeaux, le 10 avril, pourrait être de la même veine : des musulmans trinquant avec des kouffars à la fin du ramadan ont pu apparaître, aux yeux du jeune Afghan intégriste qui les a poignardés, comme des renégats lui inspirant une haine ambivalente à base de répulsion et d’attirance. Comprenons aussi que le refoulement sexuel des jeunes gens élevés dans un milieu musulman rigoriste, induit par l’inaccessibilité des partenaires féminins (a fortiori parmi les jeunes hommes célibataires qui composent une forte proportion des demandeurs d’asile), est une source de violence, notamment à l’égard des femmes.

Cette violence latente, de nature culturelle, a un effet inhibiteur sur l’exercice de l’autorité à l’école. Le scénario conduisant à l’assassinat de Samuel Paty est dans toutes les têtes. Il s’agit non d’une crainte isolée, mais d’une peur collective et permanente : comme le révèle une enquête du syndicat national des directions de l’Education nationale, un principal de collège ou proviseur du lycée sur quatre a vu l’enseignement dispensé dans son établissement ou les règles de vie de son établissement contestés au nom de l’islam. Dans ce lourd contexte, toute intimidation, devant être prise au sérieux, est susceptible de conduire à l’autocensure.

Par culpabilité post-coloniale, par peur de stigmatiser et d’amalgamer, par paresse, par lâcheté ou par embarras, la République a pratiqué jusqu’ici un irénisme préjudiciable tant à l’équilibre de la société française qu’à la bonne intégration des nouveaux venus. Il faut désormais non plus seulement cesser de pousser la poussière sous le tapis, non plus seulement accompagner psychologiquement nos enseignants, non plus seulement diffuser des guides de vivre ensemble et des vademecum sur la laïcité, mais encore couper les têtes  de l’hydre islamiste plus vite qu’elles ne repoussent. 

Combat régalien, mais aussi culturel et social. Il faut être intraitable à l’égard des activistes, mais aussi améliorer les conditions de vie et conquérir les cœurs de ceux qu’ils cherchent à rallier. L’école ne pourra redevenir cette fabrique de citoyens qu’évoquait Jean Jaurès dans sa lettre aux instituteurs de 1888 que si elle redevient un ascenseur social et si elle donne un contenu positif et attractif aux idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. 

La France doit apprendre à se faire aimer de ses nouveaux enfants. Mais il faut, pour cela, qu’elle réapprenne à s’aimer elle-même. C’est ici que le bât blesse. Que peut faire l’éducation nationale si, pour un tiers d’entre eux (comme cela semble être le cas), les jeunes enseignants adhèrent au gauchisme woke, souscrivent à la vulgate décoloniale, dénigrent le récit national et voient dans la laïcité un pavillon de complaisance de la xénophobie ?

En tout état de cause, la nation doit répliquer avec plus de détermination aux provocations de l’islamisme. Il aura fallu attendre quinze ans, entre l’affaire des foulards de Creil de 1989 et la loi de 2004, pour que la République ose interdire le port de signes religieux ostentatoires dans l’enseignement public. Il aura fallu des années de tergiversations et de disputes institutionnelles internes pour qu’elle prohibe l’occultation du visage dans l’espace public. Des délais de réponse aussi longs, de pareils états d’âme, la préparent mal aux batailles à venir.

 

En quoi un changement de la politique migratoire pourrait-il changer la donne ?

Un demi-million d’étrangers d’origine extra-européenne s’installent en France chaque année à divers titres (arrivées légales, asile, entrées clandestines). 

Un afflux de cette ampleur compromet l’intégration de ceux qui s’entassent déjà sur son territoire. 

Dans l’état du monde contemporain, avec la conquête du monde musulman par l’islamisme comme phénomène géopolitique durable et l’explosion démographique en Afrique, une immigration massive en provenance d’outre Méditerranée est ingérable. A court terme, elle déborde nos dispositifs d’accueil ; à moyen terme, elle compromet l’assimilation ; à plus long terme, elle expose la société française à de graves déchirements. 

Bien sûr, une partie de ce flux s’intégrera, et parfois très bien. Mais notre devoir à l’égard des générations futures est de regarder en face les évidences quantitatives et la prégnance des facteurs culturels. La conduite exemplaire d’un Mamoudou Gossama (ce jeune malien sans papier qui sauva en 2018 un petit garçon suspendu à une fenêtre, en escaladant quatre étages à mains nues) ne doit pas être l’arbre héroïque cachant la forêt des ghettos et des fermentations toxiques dont ils sont le chaudron. Nombre d’enseignants professent aujourd’hui devant des classes composées exclusivement d’enfants de famille musulmane. Il est autrement plus difficile de “faire France” dans ces conditions que lorsque les petits Ali côtoient les petits Alain.

Donner ses chances à l’intégration impose de réduire significativement la pression migratoire. Pour prendre une image triviale, un plombier ne peut déboucher un lavabo s’il n’a pas d’abord fermé le robinet.

Cela suppose des révisions que la bien-pensance jugera, comme à l’accoutumée,  “faire le jeu de l’extrême droite”, alors que ce serait lui ôter le monopole de l’expression du sentiment populaire. 

Les mesures à prendre sont sans mystère : limitation des visas et du regroupement familial, évaluation sérieuse des capacités d’intégration lors de la première délivrance d’un titre de séjour, suppression de l’automaticité du renouvellement de la carte de résident, simplification de la procédure de reconduite à la frontière pour rendre celle-ci plus effective, pression accrue sur les pays d’origine pour coopérer au rapatriement de leurs ressortissants, expulsion de tout étranger présentant une menace pour l’ordre public, déchéance de nationalité pour les binationaux ayant manifesté leur haine de la France, limitation de l’attractivité sociale de notre pays. En matière d’asile, il nous faut prendre beaucoup mieux en compte le risque qu’incarnent, pour l’ordre public, non seulement ceux qui ont commis ou participé à des actes terroristes, mais également ceux qui adhèrent à l’idéologie qui en constitue le terreau. Il faut imposer, dans tous les cas d’accès à la nationalité, une vérification rigoureuse de l’assimilation. Enfin, il faut instituer un service national obligatoire pour les jeunes des deux sexes de manière à reproduire, sur le plan social et culturel, le brassage que l’ancien service militaire réalisait sur le plan social.  

Un tel programme est un Himalaya à gravir, dira-t-on non sans raison. 

L’instauration d’un service national obligatoire pose à lui seul une montagne de problèmes logistiques et financiers. Par ailleurs, une politique migratoire aussi ferme que celle évoquée ci-dessus nous mettrait en délicatesse avec la doxa. Elle serait en contradiction avec le lénifiant pacte migratoire européen, en voie de conclusion, qui n’aura pas pour effet, et n’a d’ailleurs pas véritablement pour objet, de réduire l’immigration.  Un tel programme nous exposerait à de sérieuses difficultés diplomatiques, à des sanctions européennes et à une campagne dénonçant un virage illibéral de la France. 

Et que dire des modifications juridiques ici proposées ? Elles se heurtent aujourd’hui à des obstacles constitutionnels ou conventionnels qui, pour être de nature souvent jurisprudentielle, n’en sont pas moins formidables. Nos cinq cours suprêmes, trois nationales (Conseil constitutionnel, Conseil d’Etat et Cour de cassation) et deux européennes (Cour de justice de l’Union européenne et Cour européenne des droits de l’homme), convergent, au titre de leurs divers chefs de compétence et sur divers terrains juridiques, pour entraver toute fermeté des pouvoirs publics en la matière. Au nom d’une vision abstraite et absolutiste des droits de l’homme, les droits de l’immigrant, cet “Autre” magnifié, prévalent sur les intérêts de la collectivité. C’est la revanche d’Antigone sur Créon. On l’a vu, tout récemment encore, avec le Conseil constitutionnel pour la loi immigration et pour l’initiative référendaire (RIP) des parlementaires LR. Ou avec la Cour de justice de l’Union européenne et le Conseil d’Etat pour le refoulement des irréguliers à la frontière franco-italienne. Ou avec la Cour européenne des droits de l’homme pour l’expulsion des islamistes caucasiens et pour le retour en France des femmes de nationalité française parties rejoindre Daech. 

Franchir ces impressionnants obstacles est cependant vital pour l’identité, la sécurité et la souveraineté nationales. Il ne faut pas s’interdire de “renverser la table” par des “lits de justice” ou par la résistance aux jurisprudences inacceptables des cours supranationales. Un traité se renégocie ou se dénonce. La Constitution se révise. Il faut rétablir la primauté de la loi nationale lorsque le législateur, en toute conscience et en toute connaissance de cause, entend déroger au traité. Il faut instaurer un “dernier mot parlementaire” contre les jurisprudences incompatibles avec les intérêts supérieurs de la nation.

 

Le Royaume-Uni compose avec le communautarisme depuis longtemps. Pourquoi la France n’agirait-elle pas de même ?

Le Royaume-Uni compose en effet depuis longtemps avec le communautarisme, sans être épargné pour autant par la violence islamiste. Et ces accommodements produisent des  résultats qui n’ont rien de raisonnable : importation du droit coranique en matière de relations familiales, banalisation des accoutrements religieux jusque dans la police, manifestations pro-palestiniennes imposantes scandant des slogans antisémites, impunité des “grooming gangs” (bandes de violeurs d’origine pakistanaise) pour cause de political correctness. Cerise sur le gâteau : un premier ministre écossais islamo-woke qui fait voter une loi réprimant non seulement l’incitation à la haine, mais tout propos, même tenu en privé, susceptible d’être ressenti comme offensant par une minorité. La liberté d’expression menacée sur les terres qui l’ont vu naître : Robert Burns, David Hume, Adam Smith et Thomas Reid doivent se retourner dans leurs tombes. Pendant ce temps, le Danemark réinvente le délit de blasphème. Et, dans les communes bruxelloises à fortes populations turque et marocaine, travaillées par la propagande frériste, les autorités municipales, pour acheter la paix civile et être réélues, se plient à tous les désidératas communautaires. C’est toute l’Europe qui risque de se renier au nom du vivre ensemble. La bigoterie islamo-woke fait régresser l’Occident.

Nous n’en sommes pas arrivés là en France, mais, par endroits, nous glissons sur cette pente. Il faut la remonter. Pour ne pas “éteindre les Lumières”, il ne faut transiger avec le communautarisme ni à l’école, ni dans les autres services publics, ni dans l’espace public. Aucune société ne peut vivre sans un ordre symbolique. Nous devons réapprendre à faire respecter le nôtre. Y compris dans nos entreprises et nos associations. Il faut soutenir celles d’entre elles qui prennent des règlements intérieurs pour soumettre leur personnel à des obligations de neutralité. A cet effet, il faut donner sa pleine portée à l’article L. 1321-2-1 introduit dans le Code du travail par la loi El Khomri (“Le règlement intérieur (de l’entreprise) peut contenir des dispositions inscrivant le principe de neutralité et restreignant la manifestation des convictions des salariés si ces restrictions sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché”), sans le limiter aux personnels en rapport direct avec le public (ce qui est la tendance du juge judiciaire, comme l’illustre l’arrêt Camaïeu du 14 avril 2021 de la chambre sociale de la Cour de cassation). 

La bonne nouvelle est que les imams éclairés existent, et que leur apport théologique pourrait inspirer un islam de France compatible avec la laïcité à la française, laquelle a une dimension non seulement juridique mais aussi coutumière. La mauvaise nouvelle est que les imams éclairés n’ont guère d’influence sur toute une partie des jeunes issus de l’immigration. Ceux-ci importent des idées théologiques du moyen âge parce qu’ils sont dans une logique d’affrontement manichéen avec la société française et qu’ils font de l’islam guerrier et de la lecture littérale du Coran leur oriflamme identitaire. Cette réalité est niée par les idiots utiles de l’islamisme, mais les imams éclairés, eux, en ont douloureusement conscience.

 

Que faire, en résumé, pour ne pas injurier l’avenir ?

Face à la montée de la violence en général et à celle des mineurs en particulier, face au fanatisme qui séduit si souvent la jeunesse, nous ne pouvons plus nous bercer de mots et nous contenter de demi-mesures. Il nous faut un “choc d’autorité”. Il nous faut aussi revoir de fond en comble plusieurs de nos politiques publiques et non des moindres : logement social, politique de la ville, immigration, sécurité intérieure (s’agissant non seulement de la lutte contre le terrorisme, mais encore de la prévention et de la répression de ce  “djihadisme d’atmosphère” dont parle Gilles Kepel). Il nous faut enfin rééquilibrer nos mécanismes institutionnels dans le sens de la restauration de la souveraineté nationale et populaire, qu’il s’agisse des relations entre droit national et droit européen, de la place de la justice ou de la séparation des pouvoirs. 

La contention de la violence est au fondement du pacte social. Si, en cette matière, cruciale pour l’avenir du pays, nous renonçons aux moyens de nos fins, il ne faudra plus larmoyer sur l’état de décivilisation dans lequel il s’enfonce.

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A propos de l’auteur

Jean-Éric Schoettl est un haut fonctionnaire français et constitutionnaliste de renom, principalement connu pour avoir été le secrétaire général du Conseil constitutionnel de 1997 à 2007.
Jean-Éric Schoettl est l’auteur de La Démocratie au péril des prétoires (Gallimard, « Le Débat », 2022) et publie régulièrement des articles dans la presse.
Enfin, il est Commandeur de la Légion d’honneur.

L’agence de l’Union européenne pour l’asile

By Institutions

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

Agence de l’UE sur l’asile L’Agence de l’Union européenne pour l’asile (AUEA), basée à Malte, joue un rôle crucial dans la gestion des demandes d’asile au sein de l’espace Schengen.

Créée en 2011, elle a pour mission d’aider les États membres à mettre en œuvre un régime d’asile européen commun, harmonisé et efficace. Face à l’augmentation des flux migratoires ces dernières années, son action s’est intensifiée grâce à un budget triplé et un personnel renforcé.

Par Charline Le Du


Présentation

L’AUEA est une agence décentralisée de l’Union européenne qui vise à renforcer la coopération entre les États membres en matière d’asile et à promouvoir un système d’asile européen commun juste et efficace.

Principales missions

  • Aider les États membres à gérer les demandes d’asile et à mettre en œuvre le régime d’asile européen commun (RAEC).
  • Fournir une expertise et une assistance technique aux États membres.
  • Organiser des formations et des ateliers pour les professionnels de l’asile.
  • Promouvoir la recherche et l’innovation en matière d’asile.
  • Contribuer à la coordination des politiques d’asile au niveau européen.

Créée en 2022, en remplacement du Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO), l’AUEA est basée à Malte (La Valette).

L’agence est composée :

  • D’un conseil d’administration,
  • De représentants des États membres,
  • De la Commission européenne et du Parlement européen,
  • Un directeur exécutif, nommé par le conseil d’administration.

Historique

2011 : Les débuts

Le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO) est créé par l’Union européenne par le biais du règlement (UE) n° 439/2010 du Parlement européen et du Conseil.

Cette initiative visait à répondre aux défis croissants de la gestion des flux migratoires et des demandes d’asile. Basé à Malte, L’EASO a joué un rôle crucial dans la mise en place d’un système d’asile européen plus cohérent et ecace, en s’attaquant à des missions telles que le soutien aux États membres, le renforcement de l’accueil et de l’intégration des réfugiés, et la promotion de la coopération en matière d’asile.

2014 : Adoption du règlement (UE) n° 1168/2011, modifiant le règlement (UE) n° 439/2010, par le Parlement européen et le Conseil de l’UE, contribuant à renforcer le rôle de l’EASO et à améliorer la coordination entre les États membres en matière d’asile. Il a également permis d’harmoniser les procédures d’asile et les conditions d’accueil des demandeurs d’asile.

2016 : Lancement de l’opération conjointe Poseidon Frontex-EASO en Grèce par l’Union européenne. Cette opération vise à répondre à la crise migratoire qui a vu un nombre croissant de personnes arriver en Grèce par voie maritime.

L’opération visait à :

  • Renforcer la surveillance des frontières maritimes en Grèce ;
  • Intercepter les migrants en mer et les ramener en Grèce ;
  • Identifier et enregistrer les migrants ;
  • Fournir une assistance aux migrants en Grèce.

2018 : La Commission publie une proposition de transformation du Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO) en une agence européenne de l’asile à part entière.

Cette proposition vise à :

  • Renforcer le rôle de l’EASO dans la gestion des demandes d’asile au sein de l’Union européenne ;
  • Améliorer la coordination entre les États membres en matière d’asile ;
  • Harmoniser les procédures d’asile et les conditions d’accueil des demandeurs d’asile ;
  • Accroître l’efficacité du système d’asile européen.

Novembre 2019 : Création de l’Agence de l’Union européenne pour l’asile (AUEA). Elle remplace le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO) et dispose d’un mandat plus large et de pouvoirs étendus.

Elle a pour mission de :

  • Renforcer la coordination et la coopération entre les États membres en matière d’asile ;
  • Contribuer à l’harmonisation des procédures d’asile et des conditions d’accueil des demandeurs d’asile ;
  • Gérer le système d’information sur les pays d’origine ;
  • Former les agents des États membres en charge de l’asile.

2020 : Le COVID-19 impacte fortement les systèmes d’asile en Europe.

Réduction de 32% des demandes d’asile par rapport à 2019 (471 270 demandes). Baisse de 18% du nombre de dossiers en attente, mais toujours supérieur à 2014 (773 600 dossiers). 44% des demandeurs d’asile ont obtenu le statut de réfugié (en hausse de 22% par rapport à 2021). 31% ont reçu la protection subsidiaire (en hausse de 48%). 25% ont obtenu la protection humanitaire (en hausse de 72%).

Mars 2022 : Le début de la guerre en Ukraine provoque une crise humanitaire majeure et un aux massif de réfugiés vers l’Union européenne.

L’AUEA réagit immédiatement en activant son plan d’urgence pour faire face à l’augmentation du nombre de demandes d’asile.

L’agence prend les mesures suivantes :

  • Renforcement de son personnel sur le terrain pour soutenir les États membres les plus touchés ;
  • Mobilisation de ressources supplémentaires pour l’accueil et l’hébergement des réfugiés ;
  • Coordination avec les États membres et les organisation internationales pour garantir une réponse européenne cohérente et efficace.

En cours : Négociations sur le règlement sur la procédure d’asile unique (RPAS). L’objectif est de créer un système d’asile européen plus juste et plus ecace pour les personnes fuyant la persécution et les conflits.

Les mesures phares :

  • Harmoniser les procédures d’asile dans l’Union européenne ;
  • Assurer une protection adéquate aux personnes réfugiées ;
  • Répartir équitablement les responsabilités entre les États membres pour l’examen des demandes d’asile.

Les négociations sur le RPAS portent sur plusieurs points clés :

  • Les critères d’octroi du statut de réfugié et de la protection subsidiaire.
  • Les conditions d’accueil et d’intégration des personnes réfugiées.

Limites régulièrement soulignées

  • Un manque de compétences coercitives,
  • Des ressources limitées,
  • Des différences nationales dans l’application du droit d’asile,
  • Une dépendance des États membres pour les données et informations,
  • Un manque de transparence dans le processus décisionnel.