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Olivier Debeney

Drapeaux France et Europe

Thibault de Montbrial : «En amont du terrorisme, il faut lutter contre l’idéologie islamiste et contrôler les frontières»

By Ils en parlent !

Photos : Pixabay

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Un texte renforçant des mesures expérimentées dans le cadre de la lutte antiterroriste a été présenté mercredi en Conseil des ministres. Selon Thibault de Montbrial, si ce projet de loi offre des moyens juridiques et matériels, il devra s’accompagner d’une nouvelle politique migratoire.

Par 

FIGAROVOX. – L’État souhaite conférer «un caractère permanent» aux mesures expérimentées dans le cadre de la loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme (Silt) votée en octobre 2017. Est-ce une façon de faire entrer l’état d’urgence dans la loi de façon pérenne, comme certains le dénoncent ?

Thibault DE MONTBRIAL. – La comparaison avec l’état d’urgence est inappropriée. Il ne s’agit pas de pérenniser l’état d’urgence mais de pérenniser la loi Silt d’octobre 2017, qui avait intégré au droit commun des mesures certes dérivées de l’état d’urgence, mais en y ajoutant les garanties du contrôle par un juge judiciaire.

La menace terroriste islamiste est toujours importante et prend des formes multiples. Les six derniers attentats sont l’œuvre de gens qui n’étaient pas connus des services de renseignement. À ces éléments isolés il faut ajouter le risque de voir se former des réseaux terroristes structurés, susceptibles d’opérer des passages à l’acte spectaculaire, du type 13 novembre 2015. Ainsi, les services de renseignement doivent travailler sur les deux fronts : tenter d’identifier les individus susceptibles de passer à l’acte tout seul avec des moyens rudimentaires et dans le même temps, surveiller les nombreux islamistes connus, qui sont allés faire le djihad et sortent de prison ou ont voulu y aller, qu’ils soient Français, binationaux ou issus de pays francophones. Cela représente un nombre énorme de gens à surveiller.

Dans ces conditions, il est essentiel que les services de renseignement et la justice bénéficient de moyens importants et légaux pour faire face à cette menace de long terme.

Le ministre de l’Intérieur a annoncé pérenniser la technique controversée de l’algorithme, qui permet le traitement automatisé des données de connexion pour détecter les menaces, tout en l’étendant aux adresses web («URL»). La lutte contre le terrorisme passe-t-elle nécessairement par la surveillance numérique ?

Une lutte antiterroriste efficace repose sur la combinaison de plusieurs facteurs. Le premier est un facteur psychologique : l’appareil d’État et l’administration, mais aussi la population, doivent avoir conscience de l’ampleur du risque et de la nécessité de se donner les moyens pour y faire face. Ensuite, ces moyens représentent une combinaison entre des effectifs humains, des éléments matériels, des textes juridiques. Et, naturellement, une parfaite coopération entre les différents services concernés.

Les six derniers attentats sont l’œuvre de gens qui n’étaient pas connus des services de renseignement.

Il y a eu depuis quelques années un effort important de recrutement au sein de nos services de renseignements intérieur et extérieur. Mais, il ne faut pas oublier l’importance de la formation. Les nouvelles recrues doivent acquérir des savoir-faire complexes et bien sûr, bénéficier des ressources qui leur permettront de travailler dans des conditions optimales. Or, le travail d’analyse, l’un des plus importants en termes de renseignement, repose sur la capacité des services à recueillir en amont un maximum d’éléments pour nourrir les analyses. Dans ce cadre, cela n’aurait pas de sens que nos services de renseignement ne puissent pas utiliser les dernières évolutions technologiques, dans des conditions que le projet de loi à précisément vocation à encadrer.

Doit-on craindre pour nos libertés individuelles ?

D’abord je récuse une nouvelle fois plus l’opposition entre sécurité et liberté, puisque la sécurité est le socle préalable à l’exercice des libertés. Ensuite, non. En l’espèce, les dispositions du projet de loi, relatives à l’utilisation des algorithmes, ne permettent ni au gouvernement, ni à l’administration d’opérer des surveillances ciblées sur des personnes. Au contraire, l’idée est de permettre de solliciter l’autorisation d’enquêter sur un profil si des éléments recueillis de façon anonyme le rendent suspect. Le grand fantasme d’une possible surveillance, des adversaires politiques par exemple, dans l’état actuel du droit et des moyens techniques connus, est totalement infondé.

Ce projet de loi va-t-il permettre de lutter efficacement contre le terrorisme ?

C’est un nouveau pas dans la bonne direction. Sous la présidence d’Emmanuel Macron, il y a eu des progrès en termes d’organisation et d’augmentation des moyens juridiques et matériels dans la lutte antiterroriste au sens technique.

Il est indispensable de comprendre que la question de l’immigration est évidemment liée à celle du terrorisme.

Mais il faut comprendre que de nombreux autres facteurs ont leur importance en la matière. Ainsi, l’idéologie qui prévaut au passage à l’acte terroriste doit être combattue avec la même détermination. En effet, le terrorisme n’est qu’un moyen d’action politique, et la lutte primordiale reste celle contre l’idéologie. En l’espèce, nous sommes attaqués par l’islamisme, et la lutte contre l’idéologie islamiste est cruciale, bien en amont de la question de la violence. En la matière, et malgré la récente loi contre les séparatismes, on sent bien que la majorité présidentielle est tiraillée. Comme elle l’est sur la problématique migratoire.

Or, il est indispensable de comprendre que la question de l’immigration est évidemment liée à celle du terrorisme. Structurellement d’abord, puisque l’idéologie islamiste s’est développée en France et en Europe à la suite des politiques migratoires de ces quarante dernières années. Et tactiquement ensuite, car les derniers attentats ont été commis par des étrangers dont la majorité était en situation irrégulière. Ainsi, que ce soit au niveau français ou européen, la prochaine grande bataille politique et juridique à mener sera celle du contrôle de nos frontières. À défaut, les services de lutte antiterroriste seront submergés.

Source Le Figaro

Livre Noir

Islamisme, délinquance, immigration : osons l’autorité ! Thibault de Montbrial

By Ils en parlent !
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Thibault de Montbrial, avocat pénaliste et président du Centre de Réflexion sur la Sécurité Intérieure, avocat notamment de Zineb El Rhazoui, revient pour Livre Noir sur plusieurs thématiques sur lesquelles il est engagé : la police, la justice, la guerre contre l’islamisme, ou encore la restauration de l’autorité de l’Etat.

C’est l’objet de son dernier ouvrage « Osons l’autorité ». Thibault de Montbrial est spécialisé dans la défense des forces de sécurité intérieure, la légitime défense, la défense de victimes de crimes, d’accidents collectifs et d’actes terroristes ainsi que la responsabilité pénale des dirigeants.

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Cercle Droit & Liberté

« Face à l’insécurité grandissante, il faut des solutions rapides et concrètes » – Entretien avec Maître Thibault de Montbrial – Cercle Droit & Liberté

By Ils en parlent !

L’avocat Thibault de Montbrial nous a accordé un entretien à l’occasion de la sortie de son nouvel ouvrage « Osons l’autorité » (Editions de l’Observatoire), dans lequel il propose un programme complet pour restaurer l’autorité en France.

Guillaume Leroy : Votre dernier ouvrage peut être perçu comme un cri du cœur pour un retour de l’autorité en France. Quel est votre constat sur la société française ?

J’ai un triple regard car je défends les forces de l’ordre dans les tribunaux depuis 25 ans et j’ai fondé le Centre de Réflexion sur la Sécurité Intérieure qui me permet d’avoir une expertise sur les questions de sécurité, sans oublier mon avis de citoyen. Ce triple point de vue m’a permis de remarquer qu’en France tous les piliers de l’autorité se sont écroulés : les forces de l’ordre sont agressées tous les jours et c’est maintenant au tour des élus de faire face à la violence. L’assassinat de Samuel Paty a aussi mis en lumière les problématiques cultuelles et culturelles posées jusqu’au sein de l’école de la République, par l’évolution de la composition de notre population depuis 30 ans, auxquelles s’ajoutent, la perte des figures d’autorité, la destruction de nos repères intellectuels, le tout dans un contexte d’affaissement du niveau scolaire général.

Guillaume Leroy : Dans votre livre, vous faites une distinction entre autorité, que vous souhaitez, et autoritarisme, que vous abhorrez. Quelle distinction peut-on faire entre ces deux termes ? 

Le risque majeur dans cette période d’incertitude est de surréagir. Il faut sauver la France, grâce un à projet commun pour l’ensemble de nos citoyens, qui se baserait sur deux grands piliers : la restauration de l’autorité républicaine indispensable pour éviter l’effondrement, et l’affirmation de notre identité profonde.

«Il faut en effet rappeler qui nous sommes, sans arrogance, ni honte : un pays aux racines gréco-latines et de traditions judéo-chrétiennes.»

Il faut en effet rappeler qui nous sommes, sans arrogance, ni honte : un pays aux racines gréco-latines et de traditions judéo-chrétiennes, construit autour de quatre grandes valeurs : l’égalité homme-femme (même si des progrès restent à faire), la liberté de conscience (liberté de croire, de ne pas croire, de changer de croyance…), droit d’aimer qui l’on veut, sans considération de sexe, et une forme de bienveillance politique. Pour résumer, il faut recréer de la transcendance pour reconstruire un véritable « vivre ensemble », alors que cette notion est aujourd’hui devenue une incantation vide de sens, invoquée par une petite élite déconnectée, qui à titre personnel emploie de gros efforts pour ne pas se l’appliquer.

Guillaume Leroy : Dans votre premier chapitre, vous dressez une chronologie de la violence dans les manifestations en partant de la doctrine Oussekine jusqu’à nos jours. Quel constat faites-vous aujourd’hui sur ce sujet ? 

Toute la doctrine de maintien de l’ordre dans les manifestations est guidée par le drame de la mort de Malik Oussekine en 1986. Ce traumatisme légitime a toutefois abouti au recul systématique des gouvernements successifs dès lors qu’une manifestation devenait vigoureuse (Loi CPE de 2006, Loi El Khomri de 2016, Augmentation des prix du Gazole en 2018).

«L’apogée de cette doctrine d’inertie des forces de l’ordre se situe lors de la manifestation du 1er décembre 2018, pendant laquelle l’Arc de Triomphe a été abandonné à la vindicte des militants d’extrême gauche.»

L’apogée de cette doctrine d’inertie des forces de l’ordre se situe lors de la manifestation du 1er décembre 2018, pendant laquelle l’Arc de Triomphe a été abandonné à la vindicte des militants d’extrême gauche.
Mais cet événement marque aussi un changement de doctrine, avec une volonté d’adapter la riposte des forces de l’ordre face aux violences commises par ceux qui débordent les manifestations. Il n’y a d’ailleurs pas que dans les manifestations politiques que l’on observe une violence désinhibée contre les forces de l’ordre : la Rave Party du nouvel an, près de Rennes, en est le parfait exemple puisque les premiers gendarmes arrivés sur le site ont aussitôt été molestés et leur véhicule incendié.

Guillaume Leroy : On voit se développer un début sur le terme de « violences policières », qu’en pensez-vous ? 

Je réfute absolument ce terme car il s’agit d’un contresens, puisque les forces de l’ordre ont le monopole de la violence légitime. La problématique est en réalité celle de la violence policière illégitime. Mais cette précision sémantique cruciale est rarement apportée par les média car si l’adjectif « illégitime » est ajouté, c’est admettre qu’il existe des violences policières légitimes. Or, ce qui est pourtant une réalité juridique est insupportable à ceux qui instrumentalisent la notion. Ces derniers se retiennent bien de montrer ce que les forces de l’ordre subissent et empêchent tous les jours, en adéquation avec le droit.

Guillaume Leroy : Vous faites de l’islamisme radical, le principal ennemi de la France. Or, vous dressez un constat inquiétant : 65 détenus condamnés pour des faits liés au terrorisme vont être libérés. 

Tout d’abord, deux points importants, de nouveau sur la sémantique : Il n’y a pas besoin d’ajouter l’adjectif « radical » à islamisme car celui-ci est radical par nature. Il s’agit de l’Islam politique.
De plus, vous abordez les notions de l’islamisme et de terrorisme dans la même question. Il faut bien comprendre que le terrorisme est un mode d’action politique au service d’une idéologie : c’est le choix de la violence plutôt que la démocratie, au nom d’un objectif qui dans le cas du terrorisme islamiste, est la conquête de l’islam politique. Mais il existe également des modes opératoires non violents qui concourent au même objectif. Ainsi, certaines associations ne prônent pas directement la violence mais œuvrent grâce à une parfaite connaissance de notre système démocratique pour pouvoir imposer, à terme, un islam politique. Certaines ont d’ailleurs refusé de signer la charte des valeurs de l’Islam proposé par Emmanuel Macron. Les masques tombent : ces associations refusent ouvertement de partager nos valeurs. Cela dit, il est également permis de douter de la sincérité de certains autres signataires, notamment ceux qui s’inscrivent dans la mouvance des Frères musulmans.

Pour en revenir à la libération des détenus, elle pose un défi considérable à l’Etat : Entre 2018 et 2022 : 250 détenus pour faits de terrorisme ont été ou seront libérés, sans compter les 8000 individus libres fichés pour présenter un risque terroriste. Les 250 individus en cours de libération, sont pour la plupart des combattants expérimentés qui se sont rendus sur des théâtres d’opérations. Pour reprendre l’expression d’un responsable aguerri du renseignement, ils ont « le gout du sang dans la bouche » et jouissent de ce fait d’une expérience mais aussi d’un prestige considérable auprès d’une partie islamisée de notre population. Je crains que la combinaison de leur renommée et de leur expérience puisse conduire à la constitution de groupes pouvant agir sur le territoire français, à moyen terme.

«Un des responsables opérationnels du renseignement militaire estime que les années 2020 risquent de marquer le passage du terrorisme à la guérilla (attaques régulières de moyenne intensité contre les forces de l’ordre).»

A ce titre, un des responsables opérationnels du renseignement militaire estime que les années 2020 risquent de marquer le passage du terrorisme à la guérilla (attaques régulières de moyenne intensité contre les forces de l’ordre). Il faudrait être capable de surveiller ces individus mais l’Etat n’a pas les moyens humains et matériels de le faire de façon exhaustive.

Malgré les progrès réalisés depuis cinq ans, il faut aller plus loin : On a construit des digues mais la vague est trop haute. Je prône un changement total de perspective budgétaire. L’état doit recentrer son action au profit du régalien et déléguer à d’autres acteurs, par exemple les fondations privées, un certain nombre d’autres tâches.  Aujourd’hui, 60% du PIB est consacré au social contre environ 3% au régalien. Si cela avait marché, ça se saurait. Or, nous sommes au bord de la catastrophe.

Guillaume Leroy : Depuis un mois, le Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a fermé neuf mosquées et a dissout deux associations, dont le CCIF. Saluez-vous ces décisions ou trouvez-vous au contraire que ces choix sont faits pour éviter de traiter les vraies problématiques ? 

Il faut faire une distinction entre la politique de sécurité mise en place par Christophe Castaner et celle de Gérald Darmanin. L’ancien Ministre de l’Intérieur vient d’un sérail où l’on est peu sensibilisé aux problématiques sécuritaires, ce qui n’est pas le cas de Gérald Darmanin. Ces décisions vont dans le bon sens mais j’appelle à aller plus loin : il faut aussi dissoudre l’association « Musulmans de France », branche française des Frères Musulmans. Je tiens aussi à saluer le travail sur la loi contre le séparatisme : C’est un texte sans précédent. La patronne du renseignement territorial a ainsi expliqué devant l’assemblée nationale comment ce texte allait accroître les capacités de surveillance, et le cas échéant de répression, des associations cultuelles. Je souhaite et j’espère que ces mesures seront étendues aux associations culturelles et sportives.

«Il va vite falloir prendre à bras le corps la problématique migratoire, dont j’explique dans mon livre combien elle constitue un dénominateur commun aux maux qui frappent notre pays.»

J’appelle solennellement à ce que les députés LREM votent ce texte, car il correspond à la réalité du terrain et va dans le sens de ce que veut le peuple : j’ai la conviction que 70% des électeurs l’adopterait. La sécurité est un sujet où le « en même temps » n’est plus envisageable.
J’appelle aussi les députés de LR à voter ce texte : on ne saurait en effet arguer de ce qu’il n’est pas parfait pour se dérober. S’il est vrai qu’il me parait indispensable d’aller beaucoup plus loin que ce que prévoit cette loi, elle présente en toute hypothèse l’immense mérite d’être un premier vrai pas dans la bonne direction. La France va très mal, il faut prendre ses responsabilités. A propos de responsabilité, il va vite falloir prendre à bras le corps la problématique migratoire, dont j’explique dans mon livre combien elle constitue un dénominateur commun aux maux qui frappent notre pays.

Guillaume Leroy : Que faire lorsque la CEDH accepte la possibilité de créer un délit de blasphème, comme dans son arrêt du 25 octobre 2018, que vous citez dans votre livre ?

C’est un arrêt regrettable. Il faut garder le cap et se souvenir que le droit n’est pas neutre. C’est un outil, une arme. Nos institutions doivent prendre en compte le fait que nos adversaires utilisent notre droit contre nous. C’est ce que j’appelle le « Judo des valeurs », c’est-à-dire l’utilisation de la force de l’adversaire pour le faire chuter.

«Les droits fondamentaux que constituent les libertés d’expression, de conscience et de religion sont utilisés aujourd’hui par nos ennemis pour, à terme, entraver nos libertés.»

En l’espèce, les droits fondamentaux que constituent les libertés d’expression, de conscience et de religion sont utilisés aujourd’hui par nos ennemis pour, à terme, entraver nos libertés. On ne peut pas traiter les revendications d’individus qui veulent détruire notre démocratie comme s’il s’agissait d’une querelle au sein d’une amicale de boulistes.

Guillaume Leroy : Dans votre ouvrage, vous soutenez les politiques de sécurité intérieure des Ministres Valls et Cazeneuve, qui ont transposé dans le droit commun une partie des mesures de l’état d’urgence sécuritaire. Faut-il nécessairement sacrifier sa liberté pour obtenir la sécurité ?

Je récuse totalement cette opposition entre liberté et sécurité. Il n’y a pas de liberté si nous ne sommes pas en sécurité pour l’exercer. La sécurité est le préalable de nos libertés, le socle de leur expression.

Guillaume Leroy : Si vous étiez Ministre de l’Intérieur, quelles seraient vos trois premières mesures ?

(Rires) Pour que je sois Ministre de l’intérieur, il faudrait au préalable un cap fixé sans ambiguïté, et une totale convergence avec le garde des Sceaux pour optimiser une coopération sans faille. En effet, la sécurité de nos concitoyens résulte de la symbiose entre la police et la justice, qui ne sont rien d’autres que les maillons d’une même chaîne.

Depuis juillet dernier par exemple, les positions respectives du Ministre Gérald Darmanin et du Garde des Sceaux Eric Dupont-Moretti me paraissent plus relever d’une énième manifestation du « et en même temps ». Or comme je l’ai expliqué, les violences, fractures et tensions qui minent notre pays ne pourront pas se régler sans un tournant résolu et totalement assumé vers le rétablissement de l’autorité républicaine, y compris dans le domaine de l’immigration. Sans vouloir dramatiser, il en va désormais de la survie de notre nation.

Merci Maître de Montbrial pour cet entretien

Source CDL
Thibault de Montbrial - Entreprendre

Thibault de Montbrial : « Il faut oser l’autorité pour la sécurité des Français »

By Ils en parlent !

C’est un véritable réquisitoire qu’il dresse ! Avocat au barreau de Paris et Président du Centre de Réflexion sur la sécurité intérieure, Maître Thibault de Montbrial est une des grandes figures des prétoires qui prend aussi le temps de la réflexion et de faire des propositions constructives sur un des sujets qui préoccupent le plus nos concitoyens : leur sécurité.

Auteur d’un excellent essai qui est paru il y a quelques semaines (« Osons l’autorité », aux éditions de l’Observatoire), il a accepté notre interview entre deux audiences pour le procès de l’attentat du Thalys dans lequel il était le défenseur de cinq des passagers dans cette affaire. Son analyse et ses idées méritent vraiment d’être prises en compte.

Pourquoi la notion de l’autorité de l’État s’est autant affaiblie depuis quelques années ?

THIBAULT DE MONTBRIAL : Il s’agit du résultat d’une dégradation qui a commencé dans les années 1970. Petit à petit, tous les repères structurants se sont affaissés. Dans le même temps, la sphère d’intervention de l’Etat n’a cessé de croître, jusqu’à créer une entité hypertrophiée, dont la fonction sociale a très largement primé sur le reste.

Rendez-vous compte qu’aujourd’hui, les budgets régaliens (armées, intérieur, justice) représentent moins de 3% du PIB, contre plus de 60% pour les budgets sociaux. Dans le même temps, les préoccupations individuelles se sont très largement autocentrées, le sentiment d’appartenance à la République française se délitant constamment au profit d’un individualisme forcené, et d’un sentiment d’appartenance parfois reportée vers des origines religieuses ou ethniques.

Est-ce que la société française est en proie à une véritable fracturation selon vous ?

Oui. L’évolution de la composition de notre population et la perte des repères structurants ont conduit à l’apparition sur le territoire français, de logiques particulières au détriment du sentiment d’appartenance à la nation. Ce sont des replis ethniques ou religieux, mais aussi des logiques de délinquance ethno-territoriale, où des bandes se disputent un territoire. Symbole de la déliquescence de notre Etat, la police n’est plus alors vue par l’ensemble des protagonistes comme une bande rivale.

Quelles sont vos propositions pour éviter que cette fracturation ne se creuse encore plus ?

Il y a deux chantiers à mener en parallèle. Le premier, c’est celui du rétablissement d’une autorité pour tout ce qui touche à la sécurité des français. Il n’y a pas de secret : cela commence par une redistribution massive des moyens de l’Etat vers ses missions essentielles. La sécurité est en effet la première des obligations qui incombent à notre Etat dans le cadre du pacte social. Mais en parallèle, il faut recréer du sens, de la transcendance.

Aujourd’hui, le « vivre ensemble » est devenu une incantation creuse assénée par des gens qui font tout pour y échapper dans leur vie personnelle. Les islamistes recrutent en opposant à notre individualisme et notre nihilisme, leur sens de l’appartenance à l’Ouma. Sans arrogance mais sans honte, il nous faut assumer notre histoire. Nous sommes une civilisation millénaire, aux racines gréco-latines et de tradition judéo chrétienne. Les valeurs fondamentales de la République sont magnifiques, et méritent de fédérer : égalité entre les hommes et les femmes ; liberté de croire, de changer de croyance, de ne plus croire ; liberté d’aimer qui l’on veut ; gouvernance politique démocratique fondée sur une forme de bienveillance qui n’existe pas dans les régimes autoritaires. Nous devons convaincre les nouvelles générations d’adhérer à ces valeurs formidables, pour lesquelles tant de braves se sont tombés au champ d’Honneur.

Est-ce que l’islamisme politique est le principal danger pour la société française ?

Très clairement oui. Et beaucoup ne l’ont pas encore compris. En effet, l’effroi causé par la violence du terrorisme islamiste conduit chacun à bien en mesurer le risque. Mais on oublie souvent que le terrorisme est un moyen d’action politique au service d’une cause. En l’occurrence le terrorisme islamiste est un moyen utilisé par les islamistes pour tenter de déstabiliser notre société et conduire à un enchaînement de violences qui aboutissent t à un effondrement de la République.

Focalisés par l’aspect spectaculaire de la violence, nombreux sont ceux qui ignorent le danger que constitue l’autre branche de l’islamisme politique : celui qui ne recourt pas à la violence mais utilise le fonctionnement même de notre société démocratique (élections, droits, système judiciaire…) pour s’immiscer petit à petit dans le fonctionnement de notre vie publique. Il faut le dire et le répéter : la conquête de territoires par un islam minoritaire est théorisée depuis près d’un siècle par les frères musulmans et les salafistes.

Le cycle provocation/victimisation qui a vocation à empêcher l’intégration des immigrés de culture ou de religion musulmane au profit d’une réappropriation de leurs racines, est à la base de ce processus. C’est ce qui rend si important la lutte contre les associations communautarisées, à laquelle Gérald Darmanin s’est courageusement attelé. Mais il faut que l’ensemble de nos élites politiques ou journalistiques sortent qui du déni, qui de la complaisance, qui de la lâcheté, et comprennent l’importance des enjeux. Partout, les clignotants sont alarmants.

Comment jugez-vous la politique de sécurité du Président Macron et du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin ?

Le Président Macron a tout de suite compris l’urgence de la lutte antiterroriste. Que ce soit dans l’organisation ou par la loi, le cap est bon, même si l’ampleur de la tâche est immense, compte tenu notamment du risque considérable que fait courir à notre territoire les remises en liberté de centaine d’anciens djihadistes revenus de Syrie et qui ont ou auront dans les deux ans purgé leur peine de prison. Sur les autres sujets de sécurité, il semble malheureusement que le « en même temps » ne facilite pas les choses.

En effet, la sécurité est une coproduction entre l’Intérieur et la Justice, et en face d’un Gérald Darmanin déterminé, le Garde des sceaux Eric Dupont-Moretti semble malheureusement avoir bien du mal à quitter sa robe de talentueux avocat de la défense pour endosser celle d’avocat de la société.

Seriez-vous prêt à vous engager politiquement pour tenter de mettre en pratique vos idées ?

Je suis en contact quasi permanent avec les politiques et les hauts fonctionnaires en charge des questions régaliennes. Je raconte d’ailleurs plusieurs anecdotes à cet égard dans mon livre. Oui j’y suis prêt, mais à la condition de disposer effectivement des moyens pour contribuer à la mise en œuvre d’une politique réellement ferme qui m’apparaît indispensable pour éviter le pire à notre pays. Antiterrorisme, lutte contre l’islamisme, sécurité, immigration : tout est lié et l’augmentation spectaculaire de la violence comme mode de résolution des conflits depuis quelques années confirme que le temps presse. Notre pays est à la croisée des chemins.

Propos recueillis par René Chiche

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