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Sécurité/Justice

Violences à l’hôpital

By Santé, Sécurité/Justice

Violences à l’hôpital

Le 9 avril, un brancardier a été violemment agressé au centre hospitalier de Challans (Vendée). L’agresseur, un patient de 35 ans, l’a insulté et frappé à plusieurs reprises, lui causant des blessures au visage et au thorax. Cet acte n’est pas anecdotique.


Chiffres clés [1]

  • + 23% de violences envers les médecins en 2022.
  • 2/3 des infirmiers ont été victimes de violences [2].
  • 32% des victimes de violences physiques ont porté plainte en 2021.
  • 20% des victimes de violences verbales ont porté plainte en 2021.

En 2022, le nombre de violences envers les médecins a augmenté de 23% et deux tiers des infirmiers ont été victimes d’agressions.

Conséquences

  • Traumatisme psychologique pour les
  • Départ de certains professionnels de la santé.
  • Détérioration de la qualité des

Proposition de loi en cours

La violence à l’égard des professionnels de santé est devenue un problème majeur. Une proposition de loi a été adoptée en première lecture à l’Assemblée Nationale en mars 2024. Son objectif est de dissuader les agressions et de faciliter les démarches pour les victimes.

Cette proposition de loi renforce d’abord les sanctions. Les peines encourues pour les violences commises contre les personnels soignants et non-soignants seront plus sévères, que ce soit à l’hôpital, en clinique, dans un cabinet médical ou encore en pharmacie. Le vol de matériel médical sera également puni plus lourdement. Un nouveau délit d’outrage spécifique aux professionnels de santé sera créé.

Les professionnels de santé victimes de violences pourront désormais être soutenus par leur employeur. Ce dernier aura la possibilité de porter plainte à la place de la victime (avec leur accord). Les personnes agressées pourront déclarer l’adresse de leur ordre professionnel comme domicile au moment du dépôt de plainte, pour éviter de renseigner une adresse personnelle.4

 


Sources

[1] Observatoire de la sécurité des médecins, dans le Le Parisien, 10 avril 2024

 

[2] Libération, 25 mai 2023

 

[3] Vie publique, 15 mars 2024

L’état d’urgence

By Sécurité/Justice

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

L’état d’urgence

Le cas de la Nouvelle-Calédonie offre une illustration récente de la mise en œuvre de l’état d’urgence. Décrété le 15 mai 2024 en réponse à des violences meurtrières liées au référendum sur l’indépendance, il permet aux autorités de restreindre certaines libertés individuelles, d’effectuer des perquisitions sans autorisation judiciaire et d’assigner des individus à résidence.


Généralités

L’état d’urgence est un régime d’exception qui renforce les prérogatives des autorités administratives en cas de trouble grave à l’ordre public ou de catastrophe. Le ministre de l’Intérieur et les préfets peuvent alors prendre des mesures restreignant les libertés fondamentales.

Créé en 1955 pour faire face aux événements liés à la guerre d’Algérie, l’état d’urgence a été appliqué cinq fois entre 1955 et aujourd’hui :

  • Lors de la guerre d’Algérie (en 1956 sur le territoire algérien – puis application à toute la métropole en 1957),
  • En Nouvelle-Calédonie en 1984,
  • Lors des émeutes de 2005,
  • Entre le 14 novembre 2015 et le 1er novembre 2017 à la suite des attentats islamistes de 2015,
  • Et le 15 mai 2024 en Nouvelle-Calédonie.

Les autres cadres juridiques

L’état d’urgence sanitaire En mars 2020, l’état d’urgence prend une nouvelle forme : l’état d’urgence sanitaire, donnant un cadre légal aux mesures prises par le gouvernement pour lutter contre l’épidémie de Covid-19.

L’état de siège Si le gouvernement estime que l’État d’urgence n’est plus pertinent pour garantir l’ordre public, l’État de siège peut alors être décrété en conseil des ministres (article 36 de la Constitution) : différence notoire avec l’État d’urgence, les pouvoirs de police sont transférés aux autorités militaires. 

Les pouvoirs exceptionnels du Président de la République En dernier lieu, le président peut grâce à l’article 16 de la Constitution être doté de pouvoirs exceptionnels et exercer les pouvoirs exécutifs et législatifs.   

Application

Définit par la loi du 3 avril 1955, l’état d’urgence a été modifié à plusieurs reprises depuis. Décrété en conseil des ministres pour une durée initiale de 12 jours, il peut être prolongé si une loi est votée par le Parlement. Cette dernière encadre son application pour une durée donnée. 

Le ministre de l’Intérieur et les préfets peuvent alors décider par des arrêtés :

  • des assignations à résidence de personne représentant un danger pour l’ordre public dans une durée limitée à 3 mois ;
  • des interdictions de séjour : interdire la circulation et restreindre l’accès à tout ou à une partie d’un département à des personnes spécifiques ;
  • des réquisitions de personnes ou moyens privés ; la remise d’armes et de munitions (catégories A à C) ;  
  • l’interdiction des manifestations et rassemblements de personnes sur la voie publique ;
  • la mise en place de périmètres de protection pour assurer la sécurité d’un lieu ou d’un événement ;
  • l’interdiction de certaines réunions publiques ou la fermeture de lieux publics et de lieux de culte au sein desquels sont tenus des propos appelant à la haine, la violence ou faisant l’apologie du terrorisme ; 
  • des perquisitions administratives. Ces dernières sont interdites entre 21h et 6h du matin, “sauf motivation spéciale” ainsi que “dans un lieu affecté à l’exercice d’un mandat parlementaire ou à l’activité professionnelle des avocats, des magistrats ou des journalistes”, auquel cas le procureur de la République doit en être informé ; 
  • le blocage de sites internet prônant des actes terroristes ou faisant l’apologie.

Contrôle parlementaire 

Les autorités administratives ont l’obligation d’informer le Parlement des mesures prises dans le cadre de la loi d’état d’urgence, afin qu’il puisse les contrôler et les évaluer.  

En raison de la multiplication des attentats terroristes depuis les années 1980, la France a, en parallèle de l’état d’urgence, considérablement renforcé sa législation : la loi du 24 juillet 2015 sur le renseignement, la loi du 3 juin 2016 relative au terrorisme et au crime organisé, la loi du 30 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme et enfin la loi du 30 juillet 2021 relative à la prévention d’actes de terrorisme et au renseignement. 

Cette prolifération législative fait dire à certains juristes et observateurs que l’État d’urgence s’est banalisé et pérennisé en faisant son entrée dans le droit commun. Dans son rapport de 2021, le Conseil d’État a formulé des recommandations visant à clarifier l’application de l’état d’urgence et mieux le distinguer de la gestion de crise. L’étude préconise une définition plus précise en limitant son déclenchement aux crises de « haute intensité » et encourageant une approche proactive pour anticiper les actions gouvernementales. 

Pour une meilleure gestion des crises, l’étude propose de faire du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) l’administration interministérielle en charge la direction des opérations en période d’état d’urgence. 

Enfin, les rapporteurs invitent à définir des schémas d’intervention pour chaque type de crise, et de renforcer les contrôles parlementaires et juridictionnels en inscrivant des règles procédurales dans la Constitution et d’activer un comité de liaison entre le Conseil d’État et la Cour de cassation dès le déclenchement de l’état d’urgence. 

Un régime sollicité

L’état d’urgence est souvent réclamé par les politiques de l’opposition comme en juin 2023 lors des émeutes et violences urbaines liées à la mort de Nahel les présidents des partis LR et R! ont tous les deux réclamé que cette mesure soit prise par le gouvernement. 

L’état d’urgence a également été demandé par les présidents des LR et du RN en février 2024 pour le département de Mayotte. En effet, l’archipel mahorais est en proie à de nombreux troubles de l’ordre public et subit l’arrivée massive de migrants depuis de nombreuses années.

Notre article sur Mayotte ici.

Le 24 mars 2024, à la suite des attentats du 22 mars 2024 à Moscou, un Conseil de Défense et de Sécurité nationale a été réuni par le Président Emmanuel Macron. Le gouvernement français a décidé de relever le plan Vigipirate au niveau “urgence attentat”, le plus élevé. La France avait réduit son niveau d’alerte depuis le 15 janvier (ce dernier avait été renforcé au moment de l’attentat terroriste qui avait coûté la vie de Dominique Bernard à Arras).

Quelques contestations 

Ces mesures ont fait l’objet de critiques de certaines oppositions et du Défenseur des droits dès 2017. Elles sont dénoncées comme attentatoires aux droits et aux libertés des citoyens car elles renforcent considérablement les pouvoirs de l’exécutif (notamment en matière de police administrative). 

Conclusion

Destinés à un «péril imminent», les états d’urgence récents ont permis de tirer différents enseignements sur ce régime d’exception, de cerner ses limites, ses avantages et ses risques.

Depuis 2015, la France a été durant la moitié de la période (jusqu’à aujourd’hui) en état d’urgence : antiterroriste ou sanitaire. Il est très probable que de futures crises conduisent à la mise en œuvre de nouveaux états d’urgence. La mise en place de ce régime est perfectible et résulte d’un affaiblissement structurel de l’État.

L’état d’urgence décrété en Nouvelle-Calédonie le 15 mai 2024 a autorisé la mise en place de restrictions telles que des couvre-feux, l’interdiction de manifester, des assignations à résidence et des contrôles d’identité renforcés. Les autorités ont également pu procéder à des perquisitions sans autorisation judiciaire. Elles ont aussi pu fermer des établissements recevant du public et restreindre l’accès aux réseaux sociaux.

Notre article sur la Nouvelle-Calédonie ici.

Explosion des violences en Nouvelle-Calédonie

By Sécurité/Justice

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

Explosion des violences en Nouvelle-Calédonie

D’importantes violences urbaines se déroulent depuis lundi en Nouvelle-Calédonie, suite à la mobilisation des indépendantistes alors qu’un projet de loi constitutionnelle pour la modification du corps électoral est à l’étude depuis quelques jours.


Point de situation 

Avant lundi 13 mai 

Le projet de loi constitutionnelle pour l’ouverture du corps électoral de Nouvelle-Calédonie a entraîné la mobilisation des mouvements indépendantistes de cette collectivité d’outre-mer depuis plusieurs semaines. Des interpellations ont eu lieu la semaine dernière et les tensions se sont intensifiées jusqu’à l’examen du texte ce lundi à l’Assemblée. Les personnes interpellées ont été placées en garde à vue pour « participation armée à un attroupement, entrave à la circulation, complicité d’entrave à la circulation et dégradation » a précisé le parquet de Nouméa. Les personnes mises en cause « revendiquent avoir commis les faits à l’appel de la CCAT » (Cellule de coordination des actions de terrain), toujours selon le parquet de Nouméa.

La CCAT est la structure mise en place par l’Union calédonienne (UC), elle rassemble plusieurs partis et mouvements indépendantistes et organise la mobilisation toujours en cours.

Depuis lundi 13 mai

Depuis l’entrée en examen du texte de loi à l’Assemblée nationale hier, les tensions ont éclaté, donnant lieu à des affrontements et à violences importantes qui se sont poursuivies dans la nuit provoquant un bilan déjà lourd :

  • 54 policiers et gendarmes blessés
    en 48 heures;
  • Des tirs tendus avec des armes de gros calibre, des carabines de grande chasse, sur les gendarmes;
  • 82 personnes interpellées;
  • Près de 1500 appels
    aux sapeurs-pompiers;
  • Des centaines de voitures brûlées;
  • Plus d’une cinquantaine de commerces et entreprises incendiés;
  • Des particuliers ont été contraints de quitter leur domicile avant qu’il ne soit incendié;
  • Le père de Sonia Backès (79 ans), présidente de la province Sud de l’archipel et principale figure du camp non indépendantiste, a été évacué de sa maison en flammes par le GIGN.

Le ministère de l’Intérieur a envoyé des renforts de métropole qui sont en route : des éléments du GIGN et du RAID, quatre escadrons de gendarmes mobiles et deux sections de la CRS 8 (une unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines). Un couvre-feu a été institué, l’aéroport international, les lycées et les collèges ont été fermés.

« Toute cause mérite d’être défendue politiquement, mais elle ne mérite pas de l’être en engageant des actions mortelles contre les gendarmes, contre les habitants, sur l’agglomération de Nouméa », a ajouté le haut-commissaire. « Sur la ville de Nouméa, l’action est menée essentiellement sur les quartiers Nord avec des destructions de commerces, de pharmacies et de domiciles », a poursuivi M. Le Franc. « Car on a malheureusement pu constater des exfiltrations d’habitants » avant que leurs « domiciles ne soient brûlés ».

Déclaration du haut-commissaire de la République

Contexte historique

Les années 1980 furent marquées par une escalade de tensions entre les partisans de l’indépendance et ceux en faveur du maintien du territoire dans la République française. Ces divisions profondes ont conduit à des affrontements d’une grande violence.

La prise d’otages d’Ouvéa qui s’est déroulée du 22 avril au 5 mai 1988 fut sans conteste l’événement le plus dramatique de cette période. Cette prise d’otages, menée par des indépendantistes kanak contre des gendarmes mobiles français, s’est soldée par un bilan humain extrêmement lourd. Au total, 26 personnes ont péri  : 4 gendarmes, 2 militaires, 19 Kanaks et 1 civil. Cette tragédie poussa les parties vers la table des négociations.

Le 26 juin 1988, les accords de Matignon-Oudinot sont signés par l’État français, les indépendantistes du FLNKS et les loyalistes du RPCR et mettent fin au conflit. Ils instituent un statut transitoire pour la Nouvelle-Calédonie sur une période de dix ans. Cette période est consacrée à un développement économique, social, culturel et institutionnel visant à préparer le territoire à un référendum d’autodétermination en 1998.

L’accord de Nouméa est signé le 5 mai 1998. Il réunit à nouveau l’État, les indépendantistes et les loyalistes et renforce l’autonomie de la Nouvelle-Calédonie. Il prévoit un transfert progressif de compétences de l’État à la Nouvelle-Calédonie, dans l’attente d’un référendum d’autodétermination (reporté à 2018).

Conformément aux accords de Nouméa, trois référendums d’autodétermination ont été organisés en Nouvelle-Calédonie entre 2018 et 2021, tous ont été gagnés par les anti indépendantistes :

  • 2018 : Le premier référendum, organisé le 4 novembre 2018, voit la victoire du “non” à l’indépendance avec 56,7% des suffrages exprimés. 
  • 2020 : Le second référendum, organisé le 4 octobre 2020, confirme la victoire du “non” avec 53,26% des suffrages exprimés. 
  • 2021 : Le troisième et dernier référendum, organisé le 12 décembre 2021 voit le “non” l’emporter avec 96,50% des voix, mais sur fond d’une abstention record de 56,13% (les indépendantistes ayant appelé au boycott).

La réforme en question

Situation actuelle

Le statut d’électeur pour les élections provinciales est lié à une condition : être inscrit sur les listes électorales spéciales de 1998, ou être descendant de ceux qui y étaient. L’accord de Nouméa permettait aux  indépendantistes kanaks, inquiets de devenir minoritaire, d’être assurés de peser davantage sur le plan électoral.

Projet de loi actuel

Pour des raisons démocratiques, le gouvernement souhaite élargir le corps électoral à tous les natifs de l’île et aux personnes domiciliées sur le territoire depuis plus de dix ans.

Spécificités de la Nouvelle-Calédonie

Avant 1999, la Nouvelle-Calédonie était un territoire français d’outre-mer. Depuis, elle est devenue une collectivité territoriale à statut particulier. Cette collectivité est composée de trois provinces et de 33 communes.

L’archipel français est situé dans le Pacifique Sud et est doté d’un statut particulier lui conférant une certaine autonomie.

Capitale : Nouméa

Langue officielle : Français 

Religion : Essentiellement chrétienne. L’Islam et le Bouddhisme sont également présents.

Peuples et ethnies : Kanaks (40%), Européens (29%), Wallisiens et Futuniens (9%), Asiatiques (4%), Tahitiens (2%)

Superficie : 18 575 km²

Monnaie locale : le Franc pacifique
1€ = 119,33 CFP
1000 CFP = 8,38€

Des institutions propres : un congrès, un gouvernement, un Sénat coutumier, un Conseil économique, social et environnemental, des conseils coutumiers

Trois provinces : Nord, Sud et îles Loyautés (chacune possède une assemblée délibérante et des représentants au Congrès).

Un représentant de l’État : un haut-commissaire de la République.

Le coût de la vie quotidienne est élevé alors que le pouvoir d’achat est plus faible qu’en métropole. La Nouvelle-Calédonie importe une grande partie de ses produits de consommation. 

51 000 Calédoniens vivent sous le seuil de pauvreté (​​19,1 % de la population), c’est-à-dire avec moins de 87 950 francs par mois (737€).

La Nouvelle-Calédonie bénéficie d’un statut particulier au sein de la République française, défini par le titre XIII de la Constitution et la loi organique du 19 mars 1999. Ce statut la qualifie de collectivité « sui generis », c’est-à-dire qu’elle possède des caractéristiques uniques qui la distinguent des autres collectivités.

Deux articles de la Constitution lui sont consacrés, les 76 et 77. Ils permettent notamment un partage de la souveraineté et une autonomie partielle lui octroyant le droit de voter les “lois du pays”

L’État reste compétent dans les domaines suivants :

  • Le contrôle de l’immigration ;
  • La monnaie ;
  • Le Trésor ;
  • La défense nationale ;
  • La fonction publique de l’État ;
  • Le maintien de l’ordre ;
  • L’enseignement supérieur et la recherche.

Le message “alerte extrêmement grave” diffusé par SMS le 13 mai à Paris

By Sécurité/Justice

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

Le message “alerte extrêmement grave” diffusé par SMS le 13 mai à Paris

Lundi 13 mai à 20h00, un message intitulé « Alerte extrêmement grave » a été diffusé sur les téléphones portables des Parisiens se trouvant dans le périmètre de sécurité des Jeux olympiques. 


 

Cette alerte, accompagnée d’une sonnerie stridente, diffusée y compris sur les téléphones mis en mode silencieux,  a provoqué la surprise et parfois la panique de nombreux habitants.

En effet, le dispositif FR-Alert est habituellement réservé aux situations d’urgence majeures telles que : 

  • les catastrophes naturelles, 
  • les risques industriels, 
  • les attentats, 
  • les alertes nucléaires. 

 

Les réactions ont été d’autant plus vives que le niveau d’alerte choisi pour ce message est le plus élevé :

Or, il ne s’agissait cette fois-ci que d’une information pour prévenir de la mise en place du « Pass Jeux », le fameux QR code indispensable pour circuler dans la zone olympique pendant les Jeux cet été.

La préfecture de Police a présenté cette alerte comme  un “test”.

Le ministère de l’Intérieur l’a commenté en ces termes : « À événement exceptionnel dispositif exceptionnel ».

Focus sur l’interdiction du territoire français (ITF)

By Sécurité/Justice

Focus sur l’interdiction du territoire français (ITF)


L’article 433-23-1 du code pénal permet au juge de prononcer une peine complémentaire d’interdiction du territoire français soit à titre définitif soit pour une durée minimale de 10 ans, pour certaines infractions.

En réponse à une question écrite, le Gouvernement indique le 22 février :

Une centaine de mesures d’ITF ont été prononcées chaque année dans le cadre de condamnations criminelles entre 2014 et 2019.

Oscillant entre 93 en 2014 et 123 en 2020, le nombre de mesures d’interdiction du territoire français a doublé à partir de 2021 : 221 condamnations ont été prononcées en 2021 et 208 en 2022 [1].

Depuis 2014, le nombre de mesures d’interdiction du territoire français prononcées chaque année en matière correctionnelle est en augmentation régulière : 1 800 condamnations délictuelles prononçant une ITF étaient enregistrées en 2014, contre plus de 6 200 en 2022 [2].

Les citoyens européens représentent 16 % des condamnés encourant l’ITF, les ressortissants de pays africains 58 %, les autres nationalités 25 % et les personnes de nationalité inconnue, 2 % [3].

L’augmentation du nombre d’ITF par les juridictions de jugement résulte, non seulement de l’élargissement du champ infractionnel éligible à cette peine, mais également de la diffusion de circulaires de politique pénale territoriale.

En effet, par la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, l’interdiction du territoire français a vu son champ étendu à de nombreuses infractions, principalement de violences, de vols et d’escroqueries aggravées.

En outre, a circulaire de politique pénale territoriale pour la Guyane du 29 septembre 2022 incite au prononcé de peines complétaires d’ITF à l’encontre des auteurs de trafic de stupéfiants, la circulaire de politique pénale territoriale pour Mayotte du 11 mars 2022 préconisant les mesures d’ITF contre « les passeurs » en matière d’immigration clandestine.

Enfin, le ministère de la Justice ne dispose pas de données relatives aux expulsions effectives.

 


Sources

[1] SG-SDSE tables statistiques du Casier judiciaire national, traitement DACG-PEPP, données 2022 provisoires

 

[2] SG-SDSE SID/CASSIOPEE-Traitement DACG/PEPP

 

[3] SG-SDSE SID/CASSIOPEE-Traitement DACG/PEPP

Douanes

Etats des lieux des douanes françaises

By Sécurité/Justice

Etats des lieux des douanes françaises

La direction générale des douanes et des droits indirects (DGDDI) est une autorité française rattachée au Ministère de l’Economie et des finances.

Elle est réglementée par le droit national (droit des douanes) mais aussi par des accords internationaux (OMC, traités, etc.).

Par Tristan Audras


Les missions

La DGDDI exerce principalement deux missions :

● Surveiller les frontières : contrôles migratoires nationaux, protection des frontières extérieures de l’Union européenne, surveillance des frontières numériques,

● Contrôler les marchandises : lutte contre les trafics et le crime organisé, contrôle de la conformité des marchandises, contrôles fiscaux, conseil aux entreprises.

Organisation des services de douane

L’autorité est dirigée depuis le 3 avril 2024 par Florian Colas. Elle est composée, en plus de la direction générale, de services déconcentrés (12 directions interrégionales et 42 divisions régionales) et de 11 services spécialisés comme la Direction Nationale du Renseignement et des Enquêtes Douanières (DNRED), chargée de la lutte contre les grandes fraudes et contre les organisations criminelles.

Effectifs

L’autorité emploie plus de 16.000 agents assignés pour moitié à la surveillance sur le terrain et pour moitié aux contrôles administratifs et aux opérations commerciales. On compte plus de 750 enquêteurs et agents de renseignement, plus de 400 informaticiens et plus de 500 marins.

Moyens mobilisés

Le budget de la DGDDI était en 2022 d’environ 1,2 milliards d’euros. Pour eectuer ses missions elle dispose entre autres de :

  • 15 vedettes garde-côtes (19 à 32 mètres)
  • 13 vedette de surveillance rapprochée (10 à 14 mètres)
  • 9 hélicoptères
  • 7 avions biturbines
  • 203 vidéos endoscope

Les résultats 2022

1/ Les chiffres des saisies sur le territoire national :

  • 7,6 tonnes de cocaïne (-4% par rapport à 2021)
  • 0,627 tonnes d’héroïne (+35% par rapport à 2021)
  • 66,25 tonnes de cannabis (-42% par rapport à 2021)
  • 473,4 tonnes de cigarettes (+61% par rapport à 2021)
  • 1 135 armes (+41% par rapport à 2021)
  • 11,5 millions d’articles contrefaits retirés du marché
  • 423 infractions à la Convention de Washington réglementant le passage à la frontière
  • Plus de 38.000 espèces animales et végétales (+14% par rapport à 2021)

2/ La crise migratoire :

En coopération avec l’agence Frontex, la DGDDI assure une mission de garde frontière sur 77 points de passage frontaliers dont 20 maritimes et 54 aériens :

  • 3,79 millions de personnes contrôlées
  • 2.057 migrants secourus en mer

Affaires marquantes 2022

  • Janvier 2022 : Les garde-côtes douaniers de Martinique saisissent 1 184 kg de cocaïne (valeur estimée à plus de 94 millions d’euros) dans deux voiliers.
  • Février 2022 : 7 tonnes de tabac dissimulées sous des palettes d’orange découverts par la brigade de Perpignan dans un camion frigorifique.
  • Juin 2022 : La BSE de Nice-Aéroport a procédé à la saisie d’une gouache d’Henri Matisse d’une valeur de 70 000 €, transportée sans autorisation du ministère de la Culture.
  • Novembre 2021-Juin 2022 : Opération « lake » coordonnée par Europol qui permet la saisie par la douane française de 254KG de civelle soit environ 750 anguilles en devenir préservée du trafic.

Les principaux défis

Les services de douanes doivent faire face à plusieurs sujets prioritaires ces dernières années :

  • La guerre en Ukraine : la mise en place de trains de sanctions successifs contre la Russie qui limitent les importations et les exportations en direction de ce pays et prévoient la saisie d’actifs détenues par l’Etat russe ou des oligarques. Il s’agit de vérifier l’application de ces sanctions et d’accompagner les entreprises impactées. Une « task force » dédiée a été créée en 2022.
  • Le développement de la plateforme numérique France sésame lancée en 2021 et qui a pour but de renforcer la compétitivité des ports français et facilitant et sécurisant le passage des marchandises.
  • La mise en place d’un nouveau système informatique de traitement des opérations de commerce international afin de faciliter la déclaration et la supervision des flux de marchandise.
  • Les contrôles de conformité, sanitaires et phytosanitaires des produits importés. A ce titre les douanes ont réalisé plus 78 000 analyses d’échantillons en 2022 dont environ 24 000 n’étaient pas conformes.
  • L’entrée en vigueur depuis 2021 du Paquet TVA e-commerce qui vise à lutter contre la fraude à la TVA ans le commerce en ligne. En 2022, 76.792.073 déclarations en douane déposées dans Delta H7 (service en ligne spécifique) ont été traitées.

Rapport du Sénat sur les émeutes de Juin 2023

By Sécurité/Justice

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

Rapport du Sénat sur les émeutes de Juin 2023

Du 27 juin au 7 juillet 2023, notre pays a connu un déferlement de violences que le Sénat a analysé en détail.


Un dramatique bilan humain et de lourds dégâts matériels

Le Sénat chiffre à 793 millions d’euros le coût des émeutes de 2023, soit quatre fois plus qu’en 2005. [1]

  • 40% des sinistres déclarés concernent l’Île-de-France
  • 42,5% du    coût    total   des   émeutes concerne l’Île-de-France
  • 12 031 véhicules incendiés

Deux personnes décédées et plus d’un millier de blessés.

782 agents des forces de l’ordre blessés en neuf jours, soit près de quatre fois plus qu’au cours des vingt-cinq nuits d’émeutes de 2005.

  • 674 policiers
  • 108 gendarmes
  • 3 sapeurs-pompiers

Le profil-type des émeutiers

50 000 émeutiers, la plupart des mineurs, dont 29% d’étrangers

  • 91% des auteurs sont des hommes
  • 71% sont de nationalité française
  • Une moyenne d’âge entre 17 et 18 ans.

Un tiers des 3 500 personnes interpellées sont des mineurs

Le travail d’enquête judiciaire se poursuit. Il concerne souvent des personnes déjà connues des services de police.

Des motivations protéiformes : entre défiance de l’autorité et opportunisme

Pourcentage des individus justifiant leur participation aux émeutes :

 

Motif de participation

 

Pourcentage

 

Décès du jeune homme

 

8%

 

Contestation de l’action des forces de l’ordre

 

 

10%

Une amplitude géographique qui dépasse les seuls quartiers “sensibles”

Si les quartiers sensibles ont été les plus durement touchés par les émeutes de juin 2023, l’impact de ces violences s’est étendu bien au-delà.

  • 38,9% des sinistres déclarés aux assureurs concernaient l’Île-de-France, mais cette région n’est pas la seule à avoir été frappée.
  • L’Auvergne-Rhône-Alpes et les Hauts-de-France ont également subi de lourdes dégradations, avec respectivement 13,1% et 8,6% des sinistres.
  • Aucune région n’a été épargnée

Au total, 672 communes réparties dans 95 départements ont été touchées par les violences.

Le rôle déterminant joué par les réseaux sociaux

Ces événements ont représenté près de 15% de l’activité totale des réseaux en France pendant cette période.

Des plateformes telles que X (Twitter), Facebook et Snapchat ont été utilisées pour :

  • Diffuser des informations et des images en temps réel
  • Coordonner les rassemblements et les actions, facilitant la mobilisation et la propagation des émeutes
  • Répandre des rumeurs et de la désinformation

Violent affrontement contre les forces de l’ordre

  • Des milliers de tirs de mortiers d’artifice recensés.
  • 47 attaques de casernes de gendarmerie enregistrées.

Augmentation  de   la   population carcérale

  • Création de 30 000 nouvelles places de prison annoncée par le gouvernement (sans calendrier)
  • 15 000 places de prison prévues d’ici 2027 par le ministère de la Justice

 


Sources

[1] Le Parisien, 10 avril 2024

La répartition des migrants sur le territoire européen

By Sécurité/Justice

La répartition des migrants sur le territoire européen

Le Pacte européen sur l’immigration et l’asile devrait sensiblement modifier les critères de répartition des migrants entre pays de l’UE, définis par les accords Dublin III. Comment s’opère cette répartition aujourd’hui ?

Par Tristan Audras


La répartition des migrants en Europe

  • 380 000 migrants sont entrés illégalement dans l’UE en 2023 (+17% par rapport à 2022) : les principaux points de passage sont la Méditerranée centrale (41%), les Balkans (26%) et la Méditerranée orientale. L’Italie est le premier point d’entrée dans l’UE (presque 40%, environ 150 000 clandestins en 2023) suivi de l’Espagne et de la Grèce.
  • Les migrants recueillis sont transférés dans différents centres d’accueil dans laquelle leur demande d’asile est traitée. En France les dispositifs d’accueil sont pilotés par l’Office Français de l’immigration et de l’intégration (OFII).
  • Depuis les accords Dublin III (2013) le pays qui prend en charge la demande d’asile est celui qui a joué le rôle le plus important dans l’entrée du demandeur sur le territoire de l’UE. Cette importance est mesurée à partir de trois critères hiérarchisés : la présence de membre de la famille dans un État membre, l’octroi de titre de séjours antérieurs et le point d’entrée du migrant dans l’UE. Il existe des aussi des possibilité de relocalisations des demandes mais celles-ci sont peu utilisées. En septembre l’Allemagne a par exemple suspendu son accueil volontaire de migrants en provenance d’Italie du fait d’une trop forte « pression migratoire ».
  • 1,14 millions de demandes d’asile ont été déposées dans l’UE en 2023 :
    • Allemagne : 350 000 demandes (+51% par rapport à 2022)
    • France : 167 000 demandes (+8.6% par rapport à 2022)
    • Espagne : 162 000 (+37% par rapport à 2022)
    • Italie : 136 000 demandes
  • Les migrants proviennent essentiellement :
    • De Syrie : 181 000 demandes (16% du total ; +38% par rapport à 2022)
    • D’Afghanistan : 114 000 demandes (10% du total ; -11% par rapport à 2022)
    • De Turquie : 101 000 demandes (9% du total)
  • Le taux d’acceptation des demandes d’asile tout comme les conditions d’accueil des migrants varient selon les pays. Néanmoins depuis les années 1990, le Régime d’asile européen commun (RAEC) définit des normes minimales en matière d’asile.
  • En 2023 dans l’UE, le taux d’acceptation globale était de 43%. Ce taux varie selon les pays de provenance : Syriens (80%) ; Afghans (61%) ; Turcs (25%) ; Bangladeshis (5%).
  • En 2023, 24 millions de citoyens non-européens résidaient en Europe soit environ 5% de la population. Les pays les plus attractifs sont l’Allemagne, l’Espagne et la France mais le pays de provenance des migrants joue fortement dans le choix final de destination : les Espagnols accueillent beaucoup de Vénézuéliens, de Colombiens et de Péruviens, les Allemands accueillent beaucoup de Turcs…
  • La France compte aujourd’hui entre 600 000 et 900 000 clandestins (Ministère de l’Intérieur). Parmi les demandeurs déboutés, on retrouve principalement des Ivoiriens, des Algériens, des Nigérians, des Comoriens, des Bangladais et des Turcs.

L’OFII (O ce français de l’immigration et de l’intégration) rempli cinq principales missions vis-à-vis des immigrés légaux et illégaux :

  • Recevoir les demandes et de préparer les regroupements familiaux
  • Accueillir et d’intégrer les immigrés dans le cadre du contrat d’intégration républicaine
  • Mettre en place les dispositifs d’aide au retour et à la réinsertion.
  • Accompagner les demandeurs d’asile (pilotage des structures de premier accueil, supervision des places d’hébergement…)
  • Traiter les demandes d’embauche d’étrangers par les chefs d’entreprise.

Depuis 1999 et le Conseil de Tampere, le Régime d’asile européen commun (RAEC) est constitué d’un ensemble de textes législatifs ayant pour objectif de définir les normes minimales de traitement des demandes d’asile. Ces textes concernent : les politiques de VISA, la coopération consulaire, la circulation entre pays dans le cadre de Schengen… L’objectif est de tendre progressivement vers une procédure d’asile commune et un statut uniforme des réfugiés dans tous les pays de l’UE.

Le rôle des associations d’aide aux migrants Les associations d’aide aux migrants jouent un rôle de premier plan dans l’accueil des migrants. Certaines sont bien connues comme France Terre d’Asile ou SOS Méditerranée, médiatisée lors de l’affaire Ocean Viking [1], mais il en existe en réalité une multitude : 1 500 recensées par le ministère de l’Intérieur [2].

Ces associations répondent ainsi à des appels à projets publics et signent des conventions qui leur permettent d’exercer une partie des missions de l’État. Elle reçoivent des subventions : 736 millions d’euros en 2023 [3]. Les États européens, en difficulté sur ces sujets, n’hésitent pas à s’appuyer sur ces entités à leur déléguer des compétences régaliennes (gestion des flux, accueil, etc.) en n’ayant parfois des objectifs différents [4]. L’exemple de l’Allemagne finançant des ONG en Italie est à souligner [5].

 


Sources

[1] Europe 1, 16/11/2022

 

[2] Europe 1, 18/11/2022

 

[3] Annexe PLF 2023

 

[4] Ce qui fera l’objet d’une prochaine note du CRSI

 

[5] JDD, 07/10/2023

Relations entre la police et la population

La relation police-population à l’ère du numérique

By Sécurité/Justice

La relation police-population à l’ère du numérique

Diplômé de Sciences-Po Paris, Benoit Fayet a exercé dans le conseil en stratégie et management puis dans le secteur de la sécurité des particuliers.

Benoit Fayet

Il est aujourd’hui consultant dans un cabinet de conseil en transformation digitale, notamment au profit de ministères régaliens. Il est également membre du comité stratégique du CRSI.

 


Le ministère de l’Intérieur a annoncé récemment la généralisation d’ici à l’été 2024 des dispositifs de plainte en ligne et de visioplainte.

En expérimentation depuis quelques mois, ces dispositifs viennent modifier la relation existante entre la population et la police en permettant une nouvelle forme de prise en charge des victimes, complètement digitalisée et sans contact physique.

S’ils ne résolvent pas la problématique clé de la réponse pénale, ces outils complémentaires à l’accueil en commissariat ou brigades, sont toutefois un levier intéressant pour rapprocher les citoyens du dépôt de plainte, à la condition de répondre à de forts enjeux de développement (usages opérationnels, cybersécurité, …).

Généralisation des dispositifs de plainte en ligne d’ici l’été 2024.

Des services en ligne dédiés répondant à des natures de faits ou de signalements précis

Depuis quelques années, le ministère de l’Intérieur a entrepris une transformation de la prise en charge de la population par l’intermédiaire du déploiement de services en ligne via des sites web ou des applications mobiles, permettant à des citoyens de signaler et déclarer des faits sur un site en ligne dédié selon la nature du délit constaté ou de procéder à un dépôt de plainte en ligne. Il s’agit bien souvent d’une ore de contacts numériques par « thématique » organisée par typologie de faits ou de signalement :

  • Perceval, plateforme de signalement des fraudes à la carte bancaire ;
  • Pharos, plateforme de signalement de contenus illicites sur internet ;
  • Thésée, plateforme de signalement des e-escroqueries ;
  • Arrêtons les violences, plateforme numérique de signalement des atteintes aux personnes et de l’accompagnement des victimes (violences sexuelles et sexistes, violences conjugales, discriminations, etc.) ;
  • La Plainte en ligne, qui permet un dépôt de plainte sur internet avant de se rendre, sur rendez-vous, en commissariat ou en brigade pour confirmer et signer le procès-verbal de plainte. Seules les atteintes aux biens sont concernées (vols, vandalisme, …) et uniquement lorsque l’auteur n’a pas été identifié ;
  • La Visioplainte qui permet de déposer plainte en échangeant à distance par visioconférence avec un policier ou un gendarme, en ayant réservé un créneau auparavant.

Ces outils n’ont pas vocation à remplacer le dépôt de plainte en commissariat ou en brigade mais se positionnent comme un canal complémentaire d’accueil des victimes.

Des services en ligne « généralistes » pour écouter et conseiller les citoyens

La Police nationale avec moncommissariat.fr et la Gendarmerie nationale avec la brigade numérique puis avec masecurité.fr ont aussi mis en place des points de contact digitaux « généralistes » qui permettent à un citoyen de se mettre en contact avec des agents en ligne. Ces dispositifs sont conçus pour écouter et conseiller les citoyens, puis les orienter vers d’autres points de contact numériques ou une unité ou une brigade, selon une logique de « guichet unique ». Des services en ligne spécifiques sur ces sites sont aussi proposés (signalement de points de trafic de drogue se trouvant à proximité de son domicile, par exemple).

Un succès auprès des citoyens qui témoigne de la couverture d’un réel besoin

Ces services en ligne connaissent un succès significatif se traduisant par une fréquentation croissante, confirmé par un pic pendant les périodes passées de confinement, et présentent des résultats satisfaisants. Le dispositif de signalement des trafics de stupéfiants a, par exemple, recueilli plus de 30 000 signalements depuis sa mise en place en 2021. La plateforme Perceval a relevé un préjudice total de plus de 50 millions d’euros depuis son lancement en 2018 pour les signalements des fraudes à la carte bancaire, avec 200000 signalements en moyenne par an, pour un préjudice moyen d’environ 500 euros. La plateforme Pharos a reçu plus de 400 000 signalements de contenus illicites sur internet en 2020. Depuis le début de l’expérimentation de la Plainte en ligne, plus de 3 000 déclarations sont déposées chaque mois en moyenne.

Quels enjeux pour ces services en ligne ?

Être à la hauteur des attentes et des usages numériques de la population.

La proposition de sites à la hauteur des attentes et usages numériques contemporains est un enjeu clé pour le ministère de l’Intérieur en termes d’image et d’influence au sein d’une société où la relation entre les forces de l’ordre et la population est observée avec attention.

Évoluer rapidement pour offrir de nouveaux services et faire aux menaces numériques :

Les sites proposés doivent aussi avoir la capacité de s’adapter rapidement à des nouvelles demandes et de les déployer dans des délais contraints sans dégrader le niveau ou la qualité du service. Il convient également d’anticiper les conséquences d’une hausse de fréquentation sur l’infrastructure technique de ces sites.

De même, dans un contexte d’attaques informatiques récurrentes à l’encontre des services de l’état, comme dernièrement avec la cyberattaque de hackers pro-russes visant le réseau interministériel de l’État (RIE), ces sites doivent être également adaptés pour « faire face » afin d’assurer la disponibilité du service, de sécuriser les données présentes sur les sites ou de détecter des faux signalements et anticiper des vagues de désinformation par exemple.

Ces sites doivent s’adapter pour faire face aux menaces de cyberattaques.

Réfléchir à de nouveaux usages opérationnels pour les forces de sécurité intérieure : 

Le ministère de l’Intérieur doit réfléchir à une adaptation de son modèle opérationnel à l’aune de cette nouvelle relation numérique entre forces de l’ordre et population, afin d’aboutir à une amélioration globale de la prise en charge des citoyens, qu’ils soient dans une logique de démarche, de signalement ou en tant que victime.

Il convient de penser et de se projeter sur un tel changement de paradigme qui pourrait équilibrer à terme le contact « numérique » et le contact « physique ». Cette réflexion doit placer la population au centre et définir la ligne directrice des services en ligne selon un principe de complémentarité (le « contact » numérique est un préalable ou un prérequis à la prise en charge en unité…), de substitution (le « contact » numérique remplace la prise en charge en unité…) ou de subsidiarité (le « contact » numérique remplace la prise en charge en unité quand il est le plus efficace…).

Il peut également être envisagé de nouveaux usages « intermédiaires » entre la prise en charge en unité et par les services en ligne. Des démarches, des signalements ou des plaintes pourraient être enregistrées par les forces de sécurité intérieure sur la voie publique via leurs terminaux NEO (smartphones professionnels à disposition des forces de sécurité intérieure) ou lors d’opérations dédiées dans l’espace public afin d’aller vers les victimes et la population, comme indiqué par la LOPMI (Loi du 24 janvier 2023 d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur)1 et proposé dernièrement par la Gendarmerie nationale.

Le développement de ces sites ore également l’opportunité de réfléchir à la mise en place de nouveaux usages de collecte d’informations et de renseignements dans une logique de renforcement des capacités de détection des signaux, même faibles, qui impose au ministère de l’Intérieur de diversifier les canaux de remontée des signalements en mobilisant tous les capteurs disponibles au sein de la société comme ces sites dans une perspective de « société de vigilance ».

Le développement de ces sites offre de nombreuses opportunités dans une perspective de
« société de vigilance ».

Aller plus loin dans l’exploitation des données recueillies : 

Ces services en ligne orent un levier de développement des usages autour de la donnée non négligeable pour le ministère de l’Intérieur. Il s’agit d’un nouveau « gisement » de données qu’il convient de structurer, développer et valoriser. La nature et la qualité des données recueillies sur les plateformes numériques pourraient être enrichies pour mieux aider les policiers et les gendarmes dans l’exploitation de ces données au quotidien en cohérence avec les éléments numériques désormais disponibles dans le cadre de signalements de faits de délinquance.

De plus, le levier de l’exploitation automatisée des données recueillies sur les plateformes numériques, via des algorithmes ou des solutions d’IA, devrait être étudié afin de développer les capacités des policiers et des gendarmes en termes de détection et de prévention en améliorant le traitement et le tri de données, l’analyse et la qualification du contenu issu des sites.

Veiller aux enjeux éthiques liés à l’arrivée des plateformes numériques : 

Enfin, le développement de ces sites par le ministère de l’Intérieur pose plusieurs questions d’un point de vue éthique qu’il convient de maîtriser pour faciliter l’acceptation sociale de ces services et pour les conformer au cadre juridique français relatif à la protection des données personnelles.

  • Accessibilité garantie pour tous types de public et quel que soit le mode de connexion ;
  • Mise en avant de ces services en ligne qui ne doit pas se faire au détriment de l’accueil et de la prise en charge «physique» en unité afin d’éviter les effets de dépendance à l’accès au numérique du fait des fractures territoriales existantes en France ;
  • Contrôle systématisé des données transmises sur ces sites au regard des finalités des sites et selon un principe de proportionnalité.

Un texte amputé d’un tiers par le Conseil constitutionnel

By Sécurité/Justice

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

Un texte amputé d’un tiers par le Conseil constitutionnel

Le 25 janvier 2024, le Conseil constitutionnel a rendu sa décision concernant la loi immigration, adoptée un mois plus tôt à l’Assemblée nationale. Cette décision a été rendue suite à une saisine du Président de la République. Plus d’un tiers des articles de la loi ont été censurés, le Conseil constitutionnel estimant qu’ils étaient contraires à la Constitution. Ainsi 32 des 86 articles ont été considérés comme étant des “cavaliers législatifs » et 3 autres ont été jugés contraires à la Constitution, notamment pour atteinte à la liberté d’aller et venir, au droit à la vie privée et familiale, ou encore au principe d’égalité.


Définition d’un cavalier législatif (32 des 35 articles supprimés pour ce motif)

“ Un cavalier législatif est une mesure introduite dans la loi en préparation par un amendement qui n’a aucun lien avec le projet ou la proposition de loi déposé sur le bureau de la première assemblée saisie en méconnaissance des règles posées par les articles 39 et 44 de la Constitution. [1]

Ce qu’il reste de la loi votée au Parlement [2] [3]

  • Élargissement des OQTF à certains étrangers habituellement protégés et simplification des expulsions, y compris pour ceux arrivés en France avant l’âge de 13 ans, ceux qui résident sur le territoire depuis plus de 20 ans, ceux mariés à un citoyen français et les parents d’un enfant français.
  • Exclusion de l’aide sociale à l’enfance pour les étrangers de 18 à 21 ans sous OQTF.
  • Création d’un fichier des mineurs non accompagnés délinquants.
  • Interdiction de placer des mineurs en centre de rétention administrative (CRA)
  • Régularisations, sous condition, dans les métiers en tension : La loi donne aux préfets un pouvoir discrétionnaire de régularisation des travailleurs sans-papiers dans ces métiers, mais permet à ces derniers de demander un titre de séjour sans passer par leur employeur.
  • Titre de séjour conditionné au respect des « principes de la République ». Désormais, une personne étrangère qui sollicite un titre de séjour s’engagera « par la souscription d’un contrat d’engagement, au respect des principes de la République » (liberté personnelle, liberté d’expression, égalité entre les femmes et les hommes, etc).
  • Simplification des procédures de la Cour nationale du droit d’asile : certaines décisions pourront être prises par un juge unique et non plus de manière collégiale.
  • Allongement de la durée d’assignation à résidence de certains étrangers : elle passe de 6 mois à 1 an et devient renouvelable deux fois pour les étrangers justifiant une impossibilité de quitter le territoire.
  • Déploiement de pôles « France Asile » sur tout le territoire pour y concentrer les services de la préfecture et de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et des agents de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Objectif : traiter les demandes d’asile des nouveaux arrivants en France.

Les principaux articles supprimés

Le Conseil constitutionnel a censuré une grande partie de la loi immigration, adoptée en décembre 2023, notamment les mesures phares concernant les quotas migratoires annuels et le durcissement de l’accès aux prestations sociales pour les étrangers.

Censurés sur le fond :

  • Quotas migratoires annuels : le Conseil constitutionnel a jugé que le Parlement ne pouvait pas être contraint de fixer des quotas migratoires.
  • Relevé d’empreintes des étrangers en situation irrégulière : la loi initiale autorisait la contrainte pour la prise d’empreintes, ce que le Conseil a jugé contraire à la Constitution.

Censurés pour des motifs de procédure :

  • Durcissement de l’accès aux prestations sociales pour les étrangers : allongement de la durée de résidence exigée pour l’APA et les APL.
  • Resserrement des critères du regroupement familial : augmentation de la durée de résidence requise de 18 à 24 mois.
  • Caution retour pour les étudiants étrangers: dépôt d’une caution pour garantir leur départ du territoire à l’expiration de leur titre de séjour.
  • Fin de l’automaticité du droit du sol pour les enfants d’étrangers nés en France [4].

 

 


Sources

[1] Dalloz

 

[2] France Info, 25/01/2024

 

[3] Le Point, 26/01/2024

 

[4] Vie Publique, 27/01/2024