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Olivier Debeney

Saint-Pierre et Miquelon

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Saint-Pierre et Miquelon

Ciblés en avril par des droits de douanes à 50% de la part de Trump, proposé comme centre de rétention pour OQTF dangereux par Laurent Wauquiez, le petit archipel de Saint-Pierre et Miquelon a fait l’actualité plusieurs fois cette année.

Composé d’une dizaine d’îles situé à vingt kilomètres de l’île canadienne de Terre Neuve, la collectivité territoriale de Saint-Pierre et Miquelon est le seul héritage de la colonisation française en Amérique du Nord. Territoire d’outre-mer à l’identité bien singulière, il a été le théâtre à partir du XVème siècle de l’odyssée des pêcheurs baleiniers normands, bretons et basques. Situé à proximité des Grands bancs” de Terre Neuve qui est l’une des zones les plus poissonneuses au monde, Saint-Pierre et Miquelon a toujours été une base avancée pour la pêche au large et poursuit cette tradition, même si l’archipel est confronté à un contexte bien plus contraint aujourd’hui.

Par Pierre Erceau


Un archipel historiquement dédié à la pêche

L’archipel compte dix îles mais seulement deux communes : Saint-Pierre, qui concentre l’essentiel de l’activité économique, et Miquelon, regroupant une centaine de familles. L’économie de l’archipel est historiquement centrée sur la pêche à la morue. Il y a encore un siècle, on pouvait compter “une forêt de mâts” et une activité grouillante dans le port de Saint-Pierre. L’apogée de l’activité économique a été atteint après la deuxième guerre mondiale, avec le développement de la pêche industrielle entre les années 1960 et 1990.

Les tensions récurrentes avec le Canada sur la question des ZEE et des quotas a donné lieu à “la guerre de la morue” entre 1972 et 1994 culminant en 1988 avec la rétention d’un bateau de pêche français contenant 17 pêcheurs et 4 élus français durant plusieurs jours. Le 10 juin 1992, le tribunal international de New York rendait son verdict sur la ZEE française, qui est désormais réduite à un corridor de 200 miles marins de long sur 10,5 miles de largeur ironiquement renommée la “French baguette”, enclavée à l’intérieur de la ZEE canadienne. L’activité de pêche est beaucoup moins importante depuis, Saint-Pierre et Miquelon ne compte plus qu’une flotte de 15 chalutiers (2 semi industriels et 13 artisanaux) et elle se concentre sur les espèces suivantes : flétan, concombres de mer ou holothurie, crabes des neiges, homards, coquilles, raies, morues.

L’activité pêche désormais plus maigre, ne met pourtant pas la collectivité pas à l’abri de nouvelles pressions des pêcheurs canadiens qui l’accusaient de “vouloir s’emparer d’une part exorbitante de son quota historique du précieux poisson de fond (le flétan) qui migre à travers les eaux des deux pays.”Pourtant, les captures françaises de flétan s’élevaient en 2023 à 124 tonnes contre 4927 tonnes pour les canadiens. Un accord a été trouvé en 2024 autorisant la France à capturer 3% du total des captures, soit 147 tonnes la même année.

En 2025, nouvelles pressions, mais de Trump cette fois. Saint-Pierre ayant écoulé son flétan vers les Etats-Unis en raison de ses différends avec le Canada, sa balance commerciale lui a été beaucoup plus favorable que d’habitude (3,8 millions d’euros d’exportation contre 90 570 euros d’importations). L’administration Trump a calculé ses droits de douane mécaniquement en fonction de ce seul chiffre, aboutissant à des droits de douane de 50% qui ont depuis été revus à la baisse pour atteindre seulement 10%.

Quelles perspectives pour ce territoire en restructuration ?

Le territoire fait face à de nombreux défis : activité pêche soumise à de nombreuses contraintes, population vieillissante et décroissante, hypertrophie des emplois administrés (50% environ), tensions latentes avec le Canada sur les ressources et leurs zones d’exploitation … Face à cela, les pouvoirs publics cherchent à stimuler certains domaines de l’économie comme l’agriculture et l’aquaculture, mais misent surtout sur le tourisme comme pilier du développement de l’archipel (Schéma de développement stratégique 210-2030 ; Plan de développement agricole durable).

Le “caillou” a vu 13 000 touristes (plus de 50% de canadiens) débarquer sur ses côtes lors de la saison 2022-2023 et espère bien développer ce potentiel. L’objectif est aujourd’hui d’accueillir 20% de touristes supplémentaires par rapport aux 10 à 15 000 actuels. Malgré une autosuffisance alimentaire dans le passé, l’importance de l’agriculture sur l’île a nettement reculé en raison d’un sol pauvre et des contraintes liées à l’insularité. L’île importe l’essentiel de sa nourriture et ne subvient qu’à 2% de ses besoins ; de l’argent public est donc injecté afin de soutenir les nouvelles initiatives.

L’archipel est aujourd’hui 100% dépendant des hydrocarbures et est d’ailleurs situé dans une zone pétrolifère, le bassin sous laurentien. Possiblement exploitable depuis la ZEE française, la ressource est abondante dans la région et déjà exploitée par les Canadiens. Le choix a été fait de se concentrer aujourd’hui vers les énergies renouvelables, afin d’atteindre 30 à 50% de renouvelable dans le mix énergétique de Saint-Pierre et Miquelon d’ici 2050 (source EDF).

Face aux difficultés actuelles de l’archipel qui reste “sous perfusion” d’argent public, l’objectif est donc le développement du tourisme et une autonomie durable sur le plan énergétique et agricole.

Polémique : proposition d’un centre pour les OQTF dangereux

L’objectif de l’archipel étant de renforcer son attractivité, la proposition de Laurent Wauquiez d’enfermer les OQTF dangereux sur place est venue heurter de plein fouet la stratégie de communication de la collectivité. En insistant sur les aspects supposés rebutants de l’archipel : “isolé”, “146 jours de pluie par an » et “5 degrés en moyenne” la proposition du député a été très mal reçue par certains. Elle a aussi été perçue comme faisant de l’île un “dépotoir” au moment même où il s’agit d’accueillir plus de touristes. Selon d’autres réactions, elle s’inscrit aussi dans la continuité d’un usage des territoires d’outre-mer comme servant de “colonies pénitentiaires » comme cela fut le cas pour la Guyane ou la Nouvelle Calédonie ce que d’aucuns pourraient aussi qualifier de “néo-colonial”, ce dont l’intéressé s’est défendu. En réponse, une campagne de communication a été lancée afin de réaffirmer les atouts de l’archipel et son attractivité pour les touristes : “OQTF : On quitte tout facilement pour vivre à Saint-Pierre et Miquelon”.

La proposition de Laurent Wauquiez aurait selon lui des avantages importants pour l’objectif recherché : un effet “dissuasif massif”, une gestion facilitée des éventuels incidents en raison de l’insularité, forcer les départs volontaires en mettant devant un choix binaire : “rentrer chez vous” ou “rester à Saint-Pierre et Miquelon”. Elle propose cependant, en partie, une redéfinition de l’usage de l’archipel dans le cadre d’une stratégie nationale de gestion de l’immigration et de la sécurité. Ce n’est pas sa fonction actuelle, reste donc à savoir sa faisabilité, son coût et si les bénéfices recherchés seront réels.


Saint-Pierre et Miquelon en bref

Composition : Ensemble de dix îlots. L’île Saint-Pierre est la plus peuplée et fait face à trois presqu’îles reliées par un isthme sableux formant Miquelon et Langlade. Les deux ensembles sont séparés par un chenal de 5km Les autres îlots sont inhabités mais l’Île aux marins accueille de nombreux touristes chaque année.

Statut : Collectivité d’outre-mer

Nombre d’habitants : 6000 environ

Superficie globale : 242 km²

ZEE : 12 400 km²

Climat : Maritime froid avec des températures s’échelonnant de -12°C à +20°C. Au croisement de plusieurs influences, le climat est assez imprévisible. Le vent est très présent, particulièrement en hiver où il rend les conditions plus pénibles et la brume également, du printemps jusqu’au début de l’été.

Saint-Pierre

  • Superficie : 26km²
  • Topographie : îles planes, altitude maximale de 12m.
  • Nombre d’habitants : environ 5400

Miquelon ou Miquelon et Langlade

Miquelon

  • Superficie : 101km²
  • Topographie : situé à 2m au-dessus de la mer, sol rocheux ou tourbeux
  • Nombre d’habitants : environ 600
  • Le village étant trop proche de la mer et risquant d’être submergé à moyen terme, une délocalisation du village est en cours sur une zone plus élevée à proximité. Le gouvernement français subventionne les habitants volontaires pour délocaliser leur maison.

Langlade

  • Superficie : 91 km²
  • Géographie : Reliée à Miquelon par un isthme de 12 km, avec Miquelon, elle représente la majorité de la réserve végétale et animale de l’archipel.
  • Nombre d’habitants : aucun résident permanent, mais de nombreuses résidences secondaires occupées en période estivale.
  • Île aux marins : petite île située dans la baie de Saint-Pierre et historiquement dédiée à la pêche. Désertée depuis les années 50, elle est aujourd’hui dédiée au tourisme et particulièrement visitée en période estivale.

Sources

https://cnes.fr/geoimage/saint-pierre-miquelon-deux-iles-francaises-aux-confins-canada

https://fr.euronews.com/my-europe/2025/04/10/pourquoi-larchipel-francais-de-saint-pierre-et-miquelon-fait-la-une-de-lactualite-mondiale

https://www.saint-pierre-et-miquelon.developpement-durable.gouv.fr/geographie-et-climat-a12.html

https://www.25km-de-miquelon.net/saint-pierre-et-miquelon/

https://www.saint-pierre-et-miquelon.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/dsbm_situation_de_l_existant_vf.pdf

 

 

Conférence à Biganos

By Dernièrement

Thibault de Montbrial donnait une conférence à Biganos le mercredi 9 juillet

Thibault de Montbrial donnait une nouvelle conférence, cette fois-ci à Biganos, en présence du maire Bruno Lafon, du maire d’Arcachon Yves Foulon et de la sénatrice Florence Lassarade.

Près de 150 personnes ont assisté à cette réunion publique, au cours de laquelle les questions de sécurité et de souveraineté ont été abordées.

En amont de cette soirée, le maire Bruno Lafon a exposé les problématiques locales rencontrées sur le bassin d’Arcachon et dans sa municipalité.

Présentation de la direction générale de l’armement

By Défense

Présentation de la direction générale de l’armement

Le 23 juin 2025, le délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva, a officialisé la création d’un Club des investisseurs de la défense destiné à contribuer au financement des entreprises de la BITD (base industrielle et technologique de défense).

La direction générale de l’armement dépend du ministère des Armées et des anciens combattants.

Dans le budget de l’État, la DGA dépend de la mission Défense et du Programme 146 “Équipement des forces”.


Les missions de la DGA

  • Équiper et soutenir les armées de façon souveraine en assurant la maîtrise d’œuvre étatique du système de défense
  • Fournir une capacité d’anticipation stratégique, technologique et industrielle pour concourir à la défense et à la sécurité nationale
  • Promouvoir une approche pragmatique de la coopération et soutenir les exportations
  • Orienter et soutenir la base industrielle de défense dans une logique de souveraineté
  • Maintenir le fondement de la dissuasion nucléaire et développer la capacité cyber du ministère au profit de la sécurité nationale

Le budget alloué

Le budget prévu pour 2025 s’inscrit dans l’objectif de souveraineté technologique de la France, face à la complexité géopolitique du monde.

  • Augmentation significative du budget
  • Renforcement de la souveraineté nationale, réponse aux nouvelles menaces, consolidation du rôle de la France au sein des alliances internationales

La priorité est donnée à la modernisation des équipements, au soutien des forces armées, ainsi qu’au développement de la défense technologique et de l’innovation stratégique.

  • 18.689.519.719 Md€ de crédits de paiement sont prévus au programme 146
  • 50,5 Md€ pour la mission Défense

Actualités

Le 16 juin 2025 :

  • Notification d’un marché de fourniture industriel pour la production des 5 années à venir
  • Environ 150 millions d’euros
  • Entreprise KNDS (européenne ; BITDE)

Du 14 au 20 juin 2025 :

  • Salon international de l’aéronautique et de l’espace au Bourget
  • Présentation par le Ministère des Armées des programmes de développement spatiaux, tels que CSO3, SYRACUSE et CERES
  • Signature par Sébastien Lecornu du Pacte Espace piloté par la DGA

Le 19 juin 2025 :

  • Réalisation du premier tir de développement du Missile d’interception de combat et d’autodéfense de nouvelle génération (MICA NG)
  • Effectué depuis un Rafale
  • Technologie plus furtive, plus performante et plus rapide
  • Travaux industriels et étatiques réalisés sous le pilotage de la DGA, maître d’ouvrage

Selon l’INSEE, l’agriculture observe un recul de l’élevage et un recours accru au capital et aux services agricoles depuis 1980

By Agroalimentaire, Economie

Selon l’INSEE, l’agriculture observe un recul de l’élevage et un recours accru au capital et aux services agricoles depuis 1980 

Le rapport de l’INSEE, publié en juin 2025, fait l’état des lieux des performances de l’agriculture française depuis 1980. On observe une diminution de la part de l’élevage par rapport aux productions végétales et aux services agricoles.

De 1980-1984 à 2020-2024 :

  • Diminution de la production animale
    • 1980 – 1984 : 42,8%
    • 2020 – 2024 : 35,7%
  • Augmentation de la production végétale
    • 1980 – 1984 : 52,2%
    • 2020 – 2024 : 55,3%
  • Augmentation des services agricoles
    • 1980 – 1984 : 3,2%
    • 2020 – 2024 : 7,2%
  • Stagnation des jardins familiaux
    • 1980 – 1984 : 1,8%
    • 2020 – 2024 : 1,8%

Baisse de la production animale

Depuis 1980, la tendance est à la baisse pour la production animale.

Le recul de la production animale totale est de -2,8% en volume, notamment exacerbé par l’élevage bovin malgré l’augmentation de la production de volailles et d’œufs, désormais stabilisée.

Augmentation de la production végétale et des services agricoles

Production végétale :

On remarque une augmentation de la production végétale en volume (+36,0%).

Cette hausse résulte en partie de la montée en gamme de la production viticole et du réaménagement des superficies du vignoble.

Ainsi, malgré une baisse globale de production de vin de -34,4%, la part des vins d’appellations : 

  • Augmente en quantité produite :
    • 1980 – 1984 : 25,6%
    • 2020 – 2024 : 43,1%
  • Augmente en superficie du vignoble :
    • 1980 – 1984 : 32,6%
    • 2020 – 2024 : 56,0%

On n’observe, en revanche, que peu de changement des volumes de fruits et légumes.

En ce qui concerne les grandes cultures, les céréales reculent au profit de l’exploitation des oléagineux qui triple en production.

  • Surface cultivée en oléagineux :
    • 1980 – 1984 : 505 000 d’hectares
    • 2020 – 2024 : 2 194 000 d’hectares

Services agricoles :

Les services agricoles se composent de 97,9% de travaux agricoles et de 2,1% d’agritourisme.

Depuis 1980, les volumes des services agricoles ont quasiment doublé (+92,7%).

La production annuelle de services agricoles atteint désormais 6,4 milliards d’euros, soit davantage que celle des légumes, plantes et fleurs ou des volailles et œufs.

Augmentation des prix

La tendance est marquée : les prix augmentent. Les produits animaux ont augmenté de +69,6%, la production végétale de +53,9%, et les services agricoles de +132,2 %. 

Chute de l’emploi et recours au capital

L’augmentation de la production est liée à un recours de plus en plus fréquent au capital.

Une baisse significative de l’emploi est à noter malgré une augmentation de la productivité par actif.

L’emploi en équivalent temps plein (ETP) recule de -63,8%, l’emploi non salarié de -75,6%, et l’emploi salarié de -8,9%.

Le taux d’investissement passe de :

  • 1980 – 1984 : 21,6%
  • 2020 – 2024 : 30,4%

L’investissement est consacré à l’achat de machines agricoles, de bâtiments, d’équipements, de produits agricoles et de services professionnels.

Lire le rapport 

brève européenne Aurélien Jean

Brève Européenne 6 : Justice, migration, sécurité intérieure : un mois de juin riche en actualités et placé sous le signe de Schengen

By Institutions

Le Conseil européen célèbre les 40 ans de l’espace Schengen au travers d’un diagnostic sur l’état de santé de la zone de libre-circulation

Les Etats-membres de l’UE (EM) ont approuvé le 12 juin 2025 une déclaration commune commémorant les quarante ans de l’espace Schengen, qui réunit en une seule zone de libre circulation 29 Etats pour 450 millions de personnes. Réalisé en deux étapes, avec des accords en 1985 et 1990, l’espace Schengen est devenu un marqueur fort de la construction européenne – et l’un de ses héritages les plus tangibles (voire, par ailleurs, la note du CRSI à ce sujet).

Par Aurélien Jean


Cependant, lors du Conseil des Ministres de l’Intérieur du lendemain (tenu à Luxembourg), l’esprit était moins aux commémorations qu’à des discussions quant à la meilleure manière de concilier la libre-circulation avec les « menaces » croissantes auxquelles est confronté l’espace Schengen. En effet, une dizaine de pays ont réintroduit des contrôles aux frontières, dont certains depuis dix ans maintenant (dont la France). Néanmoins, dans une déclaration en sept engagements, le Conseil s’est dit attaché « à ce que la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures reste une mesure de dernier recours » tout en estimant qu’il fallait agir davantage en ce qui concerne « le retour des personnes en séjour irrégulier ainsi que la prévention et la lutte contre la criminalité transfrontalière en ligne et hors ligne, le terrorisme, ainsi que les menaces émergentes telles que les menaces hybrides ou la cybercriminalité ». Et ce, alors qu’une semaine après la Belgique annonçait son intention d’introduire des contrôles aux frontières à l’été 2025 dans les gares, aéroports, aires de repos et grands axes du pays. La ministre de l’Asile et de la Migration, la nationaliste flamande Anneleen Van Bossuyt ayant argué la volonté de lutter contre l’immigration illégale et le « shopping de l’asile ».

Le commissaire européen aux affaires intérieures, Markus Brunner (PPE, Autriche) a, de son côté, exhorté à « mettre de l’ordre dans la ‘maison européenne’ [et à] mettre en œuvre le Pacte sur l’asile et la migration le plus rapidement possible ». La Commission, en tant que gardienne des traités, s’estime toutefois vigilante quant à l’évolution de la situation, notamment en Allemagne – situation sur laquelle s’est aussi exprimé le Ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. S’il faut « affirmer des signes de fermeté » car les règles de Schengen ont été fondées alors que « nous étions dans un autre monde », cela ne doit pas pour autant se faire au détriment des « déplacements pendulaires quotidiens transfrontaliers pour les honnêtes gens qui vont travailler d’un pays à l’autre ». M. Retailleau a aussi repris l’idée de patrouilles frontalières conjointes entre la France et l’Allemagne – une idée avancée quelques jours plus tôt par l’assemblée parlementaire franco-allemande. Du côté du Parlement européen, les commémorations de Schengen ont donné lieu à un discours durant la session plénière à Strasbourg ainsi qu’à des prises de positions diverses selon les affiliations politiques (un condensé ici).

Au rang des autres sujets abordés, la protection temporaire dont bénéficient les ukrainiens dans l’UE devrait être prolongée d’un an, jusqu’en mars 2027 et Chypre devrait être officiellement admise dans l’espace Schengen en 2026. Des étapes confirmatives sont toutefois requises d’ici là.

L’UE et le Royaume-Uni (RU) s’accordent sur des nouvelles règles de circulation concernant Gibraltar

Cédé par l’Espagne au Royaume-Uni en 1713, le rocher de Gibraltar était sorti de l’UE après le Brexit – au terme d’un texte arraché in extremis, mais qui ne réglait pas ou que partiellement certaines questions sensibles. Le mercredi 11 juin 2025, un accord en bonne et due forme a donc été signé entre l’UE (représentée par le commissaire Sefcovic) et le RU (via son ministre des affaires étrangères David Lammy) en présence du Ministre principal de Gibraltar et d’un représentant du Gouvernement espagnol, mettant fin à des négociations parfois tendues.

Cet accord prévoit de supprimer toutes les barrières physiques, contrôles frontaliers et autres mesures de vérification entravant la libre circulation des biens et des personnes circulant entre le territoire espagnol et la presqu’île britannique. Le défi a été de concilier l’intégration de Gibraltar à l’espace Schengen alors que le RU n’en est pas membre. Dans le détail, des contrôles frontaliers « deux-en-un » seront mis en place au port et à l’aéroport de Gibraltar, c’est-à-dire que ces infrastructures verront se déployer une coopération renforcée entre les autorités britanniques (représentant l’entrée sur le territoire du Royaume-Uni) et espagnoles (représentant l’entrée dans l’UE et l’espace Schengen via une frontière extérieure). Des arrangements ont aussi été trouvés pour fluidifier les processus en matière de visas et de permis.

Cela permettra de supprimer effectivement les contrôles terrestres, disposition particulièrement importante pour les 15 000 personnes, notamment espagnoles, traversant quotidiennement la frontière. Les contrôles frontaliers depuis le Brexit engendraient en effet des complications administratives et un surcoût pour l’économie. Cependant, bien que les dispositions concernant la libre-circulation soient marquantes, l’accord est plus large et couvre, notamment, des engagements en matière de concurrence, d’aides d’Etat, de fiscalité, de droit du travail et des travailleurs frontaliers, d’environnement, de commerce ou encore de lutte contre le blanchiment des capitaux. Ce dernier point, alors que le Rocher a été retiré la veille de la liste européenne des pays à haut risque de blanchiment (au détriment d’un autre rocher, Monaco, qui y a été ajouté). Enfin, des principes concernant une future union douanière entre l’UE et Gibraltar ont aussi été actés, où le territoire a dû faire des concessions, entre autres sur la question du faible prix du tabac.

Cet accord ne remet pas en cause l’appartenance du territoire au RU, ce qui n’empêche pas une frange de la classe politique britannique de s’indigner d’une perte de souveraineté. A l’inverse, le Gouvernement se félicite d’avoir dénoué une situation héritée de la précédente majorité.

La justice allemande juge illégaux les refoulements de demandeurs d’asile à la frontière…

Le tribunal administratif de Berlin a jugé, le 2 juin 2025, que les refoulements aux frontières mis en place par le Gouvernent allemand n’étaient pas conformes avec le droit européen. Le recours avait été formé en urgence par trois ressortissants somaliens (dont un mineur) arrivés en train depuis la frontière polonaise et refoulés après avoir demandé l’asile en Allemagne.

En effet, les juges ont considéré que le refus d’entrée sur le territoire ne peut pas être mis en œuvre tant que les procédures européennes n’ont pas été appliquées. En effet, en vertu du système « de Dublin », l’Allemagne aurait dû mener une instruction pour déterminer quel Etat-membre aurait effectivement été responsable du traitement de la demande d’asile des migrants (pour rappel, il s’agit du premier pays d’entrée sur le territoire de l’UE). Cela n’a pas été fait car le Gouvernement a considéré que l’application de l’article 72 du Traité sur l’Union Européenne l’en dispensait. Cet article prévoit la suspension de l’application de certaines mesures du droit européen en cas de menaces à l’ordre public. Les juges ont considéré que cette menace n’était pas caractérisée et ne reposait pas sur un ensemble de preuves suffisant, remettant en cause l’entièreté de la base juridique justifiant les refoulements. Pour le Tribunal, le simple nombre de demandes d’asile déposées ne suffit pas à invoquer une situation d’urgence, faute d’un lien établi avec la sécurité nationale et d’une argumentation justifiant en quoi les refoulements seraient utiles. De plus, elle a souligné que l’un des migrants était mineur, considéré à ce titre comme personne vulnérable, et que l’Allemagne n’avait pas cherché de solution commune avec la Pologne, enfreignant le principe de « coopération loyale ».

Notons que la décision du tribunal ne s’applique qu’à ces trois ressortissants et à leur cas d’espèce particulier, mais elle pourrait faire jurisprudence et ouvrir la voie à des jugements similaires dans de nombreux autres cas, particulièrement si la base légale est remise en cause. Par ailleurs, dans le système judiciaire allemand, cet arrêt n’est pas susceptible d’appel sauf à engager une assez peu probable procédure au fond.

La décision constitue en tout cas un revers pour la nouvelle coalition, qui a fait du durcissement migratoire l’un de ses leitmotivs. Dès son entrée en fonctions, le Chancelier avait en effet annoncé l’envoi de policiers supplémentaires aux frontières et promis un renforcement des expulsions. Il faisait suite à une campagne dominée par les enjeux sécuritaires, les attaques au couteau et un score très important du parti AfD. En corollaire, c’est toute la politique de Friedrich Merz qui est critiquée : des contrôles limités aux points de passages principaux, peu mobiles, créant des embouteillages, négligeant l’ensemble des axes secondaires et un effet dissuasif in fine assez faible (87 personnes refoulées en deux semaines – sur les limites des contrôles, voire la note du CRSI à ce sujet).

Malgré les critiques, Alexander Dobrindt, ministre de l’Intérieur, a toutefois annoncé que cet arrêt ne changerait pas l’action de l’exécutif, refusant de s’arrêter « sur des cas individuels » et soulignant que l’Allemagne continuerait cette politique visant à éviter « des demandes d’asile excessives ». Berlin assume d’ailleurs ouvertement vouloir aller plus loin que les actuelles propositions européennes sur l’asile et la migration, rejoignant en cela un groupe de quatorze Etats mené par le Danemark, l’Italie et les Pays-Bas. De plus, le Bundestag a voté le 27 juin un dispositif annoncé dès l’arrivée au pouvoir de la nouvelle coalition : la suspension pour deux ans du regroupement familial pour les réfugiés bénéficiaires d’une protection subsidiaire (cf. brèves de mai, sur le site du CRSI). Pour rappel, en 2024, 230 000 personnes ont demandé l’asile en Allemagne, soit 30% de moins qu’en 2023.

… Et la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) estime que l’aide à l’entrée illégale de migrants mineurs, par leurs tuteurs légaux, n’est pas condamnable

Dans un arrêt rendu en Grande chambre le 3 juin 2025 (C-460/23, Kinsa), la CJUE se penchait sur le cas d’une ressortissante d’un pays tiers entrée illégalement sur le territoire de l’Union (en l’espèce, en Italie). Arrêtée en 2019 à l’aéroport de Bologne avec sa fille et sa nièce, mineures et munies de faux passeports, elles ont néanmoins déposé une demande de protection internationale – alléguant d’un danger encouru dans leur pays d’origine. Saisi de l’affaire, le tribunal de Bologne a requis l’avis de la CJUE (via le mécanisme de la demande préjudicielle) afin de savoir si la qualification d’aide à l’entrée irrégulière peut être retenue dans ce cas – notamment au regard de la directive 2002/90.

Ainsi, la Cour de Luxembourg a estimé que le fait d’aider à la violation du franchissement irrégulier des frontières ne revêtait pas un caractère pénalement répréhensible dans le cas où il s’agissait de faire entrer des mineurs placés sous la garde effective d’une personne entrant elle-même irrégulièrement. A l’appui de leur argumentation, les juges invoquent les articles 7 et 24 de la Charte des Droits fondamentaux de l’UE (droit à la vie familiale et droits fondamentaux des enfants) afin d’expliquer que le comportement reproché constituait en réalité la continuation de la relation familiale et des devoirs effectifs liés à la garde des mineurs.

Par extrapolation, la CJUE a estimé que ce principe s’appliquait également à l’asile, car toute personne ayant demandé une protection internationale ne peut être considérée comme clandestine tant qu’un jugement de premier ressort n’a pas été rendu. De ce fait, l’adulte ne peut encourir de sanctions pénales – ni pour sa propre entrée irrégulière ni pour celles des mineures.

Au surplus, la CJUE affirme que toute législation nationale qui réprimerait ce type d’entrée irrégulière serait contraire au droit de l’UE ; car les EM ne peuvent aller plus loin que la portée de l’infraction générale d’aide à l’entrée irrégulière. Celle-ci étant définie en droit européen, le législateur national ne peut y rajouter des comportements et/ou situations non-prévus originellement.

La loi sur la sécurité, marqueur politique du Gouvernement italien, a été votée malgré des oppositions franches

Dans la foulée de la chambre basse, c’est le Sénat italien qui a approuvé la loi sur la sécurité présentée par le Gouvernement de Giorgia Meloni. Ce texte, très controversé dans le pays, renforce les peines pour certains délits, accroit la protection des policiers et ambitionne de protéger contre le terrorisme, le crime organisé, l’occupation illégale de propriétés ou encore les atteintes à l’ordre public. Un scope très large donc. Le texte a été présenté sous forme de décret-loi, en gestation depuis un an, et entré en vigueur en avril (le Parlement avait ensuite soixante jours pour l’approuver ou non). Il a été porté par plusieurs figures du Gouvernement, notamment la première ministre et le ministre des transports (et chef de la Ligue), Matteo Salvini.

Dans le détail, la nouvelle loi prévoit plusieurs mesures. D’abord, le passage de certains actes autrefois considérés comme des infractions en délits, tels des actions de désobéissance civile (blocage de routes ou de lignes de chemins de fer) ou des sit-ins. Les condamnations pourront atteindre un mois de prison assorti de 300 euros d’amende (voire 6 ans dans le cas d’actions de groupe). Ensuite, la loi renforce les peines en cas d’agression/blessure d’un agent de police et alloue à ce dernier jusqu’à 10 000 euros pour couvrir ses frais de justice en cas d’enquête le concernant dans le cadre de son service – particulièrement sur des affaires de violences policières. Enfin, d’autres mesures durcissent les peines pour les détenus refusant d’obéir/se révoltant en prison ou en centre de détention pour migrants. Elles autorisent aussi les agents de renseignement à commettre certains crimes sans être poursuivis s’ils sont effectués à des fins de sécurité nationale. Les pickpockets seront en outre particulièrement ciblés et les squatteurs pourront être expulsés plus rapidement des lieux occupés. Les femmes enceintes reconnues coupables de délits entraînant une peine de prison seront désormais obligatoirement incarcérées une fois jugées (comme pour les mères d’enfants en bas âge), éventuellement dans des structures moins strictes qu’une prison classique. Ce sont en tout quatorze nouveaux délits qui sont créés, de même que de nouvelles circonstances aggravantes telles que le fait de proférer des menaces contre les forces de l’ordre pendant un rassemblement.

Ce texte a suscité beaucoup de réactions d’opposition de la part d’ONG, d’associations et de représentants de la société civile organisée qui craignent une « dérive autoritaire ». Des observateurs internationaux des Nations-Unies, de l’OSCEet même le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe ont exprimé leur désagrément quant à certaines mesures pouvant violer l’Etat de droit et le droit international. Les opposants estiment, en outre, que cette loi cible « de manière disproportionnée » les activistes, les migrants, les prisonniers et les minorités. De nombreuses manifestations ont d’ailleurs eu lieu juste avant le vote final, sans incidence sur son résultat. Ce tour de vis en matière de sécurité est également destiné à envoyer un message à l’électorat ayant porté au pouvoir la coalition des droites.

Dans un autre dossier, l’horizon pourrait en revanche s’assombrir pour le gouvernement Meloni. En effet, et alors que son modèle est de plus en plus considéré comme une source d’inspiration, la Cour de Cassation transalpine a rendu un avis juridique critiquant sévèrement l’accord signé entre Rome et Tirana (centres de rétention extraterritoriaux – cf. la note du CRSI). Il est notamment reproché l’absence de garanties procédurales et le fait que la détention soit une mesure par défaut et non une solution de dernier recours. Le document juridique est cependant non contraignant mais il pourra influencer les magistrats qui seraient saisis de litiges introduits dans le cadre de cet accord.

La Commission européenne fait le point sur la mise en œuvre par les Etats-membres (EM) du Pacte Asile et Migration – alors que se profile la directive « retours »

Les dernières données de l’agence européenne Frontex montrent une diminution de 20% des traversées irrégulières sur les cinq premiers mois de 2025 – particulièrement sur la route des Balkans, (-56%) et par la Mer Egée (-30%) mais avec toutefois une hausse de 17% des tentatives de traversées vers le Royaume-Uni. Comptant capitaliser sur ces résultats encourageants, la Commission européenne veut s’assurer de la bonne mise en œuvre des dispositions du Pacte Asile et Migration adopté en juin 2024 (sur ce texte, voire la note du CRSI). L’objectif est d’aboutir à une politique migratoire plus ferme et mieux coordonnée entre les EM, alors que les failles du règlement de Dublin sont visibles quotidiennement.

Pour ce faire, la Commission a passé en revue les plans nationaux soumis par tous les EM (sauf la Hongrie) sur la manière dont ils comptaient mettre en œuvre ledit pacte. Elle s’est focalisé sur dix aspects-clés nécessaires à une implémentation réussie : base de données Eurodac (stockant les empreintes digitales des migrants), conditions d’accueil, procédures de retour, voies légales et garantie des droits fondamentaux, etc. De manière globale, la Commission se dit satisfaite des efforts réalisés, mais note que des progrès sont à réaliser pour tenir l’objectif d’un déploiement opérationnel du pacte en juin 2026, comme voté.

Dans le détail, des divergences existent selon les pays. La France, par exemple et aux côtés d’une dizaine d’autres EM, dispose déjà des structures d’accueil et de ressources humaines. De nombreux EM ont aussi prévu de proposer un service de conseil juridique gratuit aux demandeurs d’asile. En revanche, d’autres pays, déjà exposés dans le système actuel, suscitent certaines inquiétudes, par exemple du point de vue de la mise en place d’une surveillance indépendante des droits fondamentaux. La Commission note par ailleurs que la majorité des EM ont mis en place les réformes nécessaires pour s’adapter au nouveau système d’évaluation de l’âge, censé objectiver les déclarations des demandeurs sur leur condition de mineur ou non. Les principaux points de progrès résident dans le traitement des arriérés des demandes d’asile.

Rappelons qu’un autre aspect crucial du Pacte sera déterminé cette année : le système de contributions indicatives. Déterminé par la Commission selon une clé de référence, il servira à établir la réserve de solidarité que devra verser chaque EM. Le « montant » pourra ne pas être pécunier puisqu’il reviendra à l’EM de choisir la forme qu’il préfère : réallocation de demandeurs d’asile, paiement financier, mesures alternatives, etc. Les contributions financières versées, recouvrées au début de chaque année, seront transférées vers les EM pouvant en avoir besoin pour gérer les situations migratoires (accueil, soutien gestion des frontières…). Concernant les mesures alternatives, celles-ci seront monétisées en équivalent contributif et pourront inclure des équipements techniques, un soutien opérationnel, du personnel, etc.

Ce bilan arrive alors que les EM sont en discussion sur un autre texte migratoire, ambitionnant de durcir le Pacte voté l’année dernière : la directive sur les retours de personnes en situation irrégulière. Lors du conseil des ministres de l’Intérieur à Luxembourg le 13 juin 2025, certains pays ont avancé leurs priorités et leurs lignes rouges. Ainsi, la Suède veut utiliser plus intensivement le levier des visas, en les conditionnant à la réadmission de ressortissants expulsés. Stockholm plaide aussi pour des expulsions de syriens, attendu l’évolution de la situation à Damas. De son côté, Rome craint un « fardeau procédural » et ne veut pas que le pouvoir discrétionnaire des Etats puisse être entravé (exemple de la durée des interdictions de retour). L’Italie est en effet l‘un des pays qui, selon la Commission, pourraient ne pas être prêts pour l’échéance de 2026. La Pologne dit aussi craindre pour sa sécurité, notamment en raison des nouvelles obligations sur le filtrage des migrants – un sujet délicat pour un pays qui subit une guerre hybride, avec des migrants instrumentalisés par la Russie et la Biélorussie. Varsovie admet en outre que « le modèle italien avec l’Albanie ne marche pas vraiment bien » et pose des questions juridiques (voir la note du CRSI à ce sujet).

Quant à la France, Bruno Retailleau a réaffirmé son opposition au système de reconnaissance mutuelle des décisions de retours, estimant que l’autorité qui ordonne une expulsion doit la mettre en œuvre. Il est soutenu en ce point par le gouvernement transalpin. Paris veut aussi faire du départ volontaire l’exception afin que les individus ne puissent pas « s’évanouir dans la nature » et veut renforcer les mesures permettant d’investiguer des liens potentiels avec le terrorisme de la part de certains migrants. La piste défendue par le Ministre de l’Intérieur consiste à pénaliser le séjour irrégulier, ouvrant la possibilité de fouiller les téléphones.

Vers un changement des règles d’engagement en ce qui concerne l’interception des migrants en instance de départ vers le RU ?

D’après plusieurs médias anglophones, le gouvernement français réfléchirait à modifier les règles d’engagement régissant le comportement des policiers et gendarmes déployés sur le littoral de la Manche. Les forces de l’ordre, dont la mission est de dissuader les migrants de partir vers les côtes anglaises, n’ont en effet que des prérogatives limitées en la matière.

Selon le modèle actuel, l’interception d’une tentative de départ ne peut advenir que lorsque les migrants ne sont pas dans l’eau – c’est-à-dire alors qu’ils ont encore les pieds sur le sable. Le risque avancé est de provoquer un mouvement qui engendrerait le décès de plusieurs migrants – incident pour lequel les forces de l’ordre seraient tenues responsables. Ainsi, sauf en cas d’extrême-urgence (danger évident et immédiat de mort, type noyade), une fois les migrants embarqués sur un bateau, les forces de l’ordre ne peuvent plus intervenir. La proposition en discussion verrait cette règle supprimée et remplacée par une limite fixée à 300 mètres des côtes, qui autoriserait l’intervention dans tous les cas, qu’importe le niveau de péril encouru par l’embarcation.

Cette évolution est tout sauf un hasard, alors que les tactiques employées par les passeurs s’adaptent en permanence et posent de nouveaux défis pour les contrer. Les techniques dites « taxi-boat » voient ainsi des embarcations pneumatiques arriver directement par la mer en longeant le littoral et récupérer des migrants en plusieurs points pour ne pas créer un seul attroupement facilement détectable. Ils restent de plus dans l’eau le temps de l’embarquement. Un moyen qui montre les limites des approches actuelles en la matière.

Enfin, le RU se plaint depuis plusieurs années de l’inefficacité d’une partie des mesures françaises, qui n’arrivent pas à dissuader les migrants de partir pour l’Angleterre – parfois plus d’un millier par jour, aidés en cela par une météo favorable. Le contexte politique britannique est de facto une donnée clé à considérer, notamment avec la croissance du parti Reform UK de Nigel Farage et l’incapacité – sanctionnée dans les urnes – du précédent gouvernement conservateur à arrêter les flux de « small boats ». Cela vient aussi dans un contexte où une nouvelle doctrine migratoire plus ferme a été dévoilée en mai 2025, dans un objectif assumé de dissuasion des candidats au passage (voir, sur ces points la note et les brèves publiées sur le site du CRSI).

Les colégislateurs s’entendent sur une refonte du mécanisme de suspension du régime d’exemption de visas

Le Conseil de l’UE et le Parlement européen (PE) sont ressortis avec un accord (texte amendé ici), le 17 juin 2025, relatif aux règles permettant de suspendre le régime de libéralisation des visas. En clair, il s’agissait de réformer le mécanisme qui exempte de visa les ressortissants de 61 pays – pour des voyages de maximum 90 jours sur une période de 180 jours – dans le cas où cette exemption nuirait aux intérêts de l’Union. Le mécanisme en lui-même a été introduit en 2013, mais l’évolution du contexte international et des priorités de l’UE rendaient cette réforme inévitable.

Dans le détail, la réforme crée avant tout des nouveaux motifs invocables pour suspendre l’exemption de visa tels que :

  • Le non-alignement du pays tiers sur les pratiques de l’UE en matière de régime de visa ;
  • La proximité géographique pouvant engendrer une arrivée non désirée de citoyens d’autres pays tiers (Afrique du Nord notamment) ;
  • La mise en place d’un programme de citoyenneté par investissement, reconnu contraire au droit européen par la CJUE (voir les brèves du CRSI à ce sujet) ;
  • Des menaces hybrides et/ou des lacunes dans la législation et les procédures du pays en question en matière de sécurité des documents (falsification, forte corruption etc.) ;
  • La détérioration des relations de l’UE avec ce pays, notamment au regard des Droits de l’Homme et du respect de la Charte de l’ONU, un marqueur de la position du Parlement.

A noter que ces motifs s’ajoutent à ceux existants, et ne les remplacent pas. Continueront donc de rentrer en compte des motifs de suspension basés sur l’augmentation du nombre de demandeurs d’asile provenant de pays avec un faible taux de reconnaissance d’une part et sur l’augmentation du nombre de ressortissants de pays tiers refusés à l’entrée ou avec une durée de séjour dépassée d’autre part. A noter que les seuils ont été précisés. Ils seront de 20% dans le premier cas et de 30% dans le second. De tels seuils ne sont pas une idée nouvelle et ont, notamment, été repris par la Commission dans sa proposition sur les retours vers des « pays sûrs » (voir la note du CRSI à ce sujet).

Parmi les autres mesures sur lesquels Parlement et Conseil sont tombés d’accord figure la durée de suspension, qui passera de neuf à douze mois assorti d’une possibilité de renouvellement prolongée de six mois supplémentaires (de dix-huit à vingt-quatre). L’UE aura aussi la possibilité de ne cibler que les hauts fonctionnaires et diplomates des pays tiers concernés sans toucher le reste de la population, une demande forte du PE.

A noter enfin que ce texte figure parmi les derniers négociés par la présidence polonaise du Conseil européen, avant qu’elle ne laisse la place au Danemark pour une période de six mois. Il devra passer par un vote formel au PE et par une approbation des EM avant d’entrer en vigueur.

Dans le reste de l’actualité européenne

EUROJUST : L’agence européenne a dévoilé un rapport relatif aux droits des victimes en contexte transfrontalier. Il souligne plusieurs difficultés telles que l’identification des victimes, la complexité des enquêtes sur plusieurs pays ou encore la sous-déclaration des crimes commis.

EPPO : Le Parquet européen a signé un accord de coopération avec six pays d’Amérique Latine (Pérou, Argentine, Costa-Rica, Panama, Paraguay et Brésil). Ces accords ont pour but de renforcer la coopération en matière de crime organisé transnational, de blanchiment d’argent ou de corruption.

FRONTEX : L’UE et la Bosnie-Herzégovine ont signé un accord renforçant leur coopération en matière migratoire et de gestion des frontières. Conformément à des engagements conjoints pris en 2022, Frontex pourra déployer un contingentpermanent en Bosnie (pays candidat à l’adhésion) – aéroports et points de passage frontaliers avec des pays non-membres de l’UE inclus.

COMMISSION EUROPEENNE : Dans une lettre du 23 juin adressée aux dirigeants européens, Ursula Von der Leyen a fait le point sur les accords passés avec des pays tiers en matière migratoire. En outre, de nouvelles étapes sont prévues avec le Sénégal (30M d’euros d’aides pour prévenir les départs et augmenter les taux de réadmission) ainsi qu’avec l’Inde. Dans le cas de New Delhi, l’UE veut mettre en place un guichet unique pour un « partenariat de talents » vers l’Europe. Ce « bureau pilote » pourra être étendu à d’autres pays tiers en cas de résultats probants.

PARLEMENT EUROPEEN : Des eurodéputés ont entendu en commission LIBE (libertés civiles, justice et affaires intérieures) des représentants d’EPPO, de la Commission, d’Europol et d’Eurojust. Il en ressort que la coopération entre ces différentes agences et les EM pourrait être mieux structurée, notamment en matière d’accès et de partage des informations. Les agences européennes sont d’accord sur le fait que le cadre juridique est inadapté (ex : Europol ne peut initier d’enquête que sur demande d’un EM). Cela est particulièrement sensible en matière de criminalité organisée.

CJUE : Selon l’avocat général Emiliou (dans l’affaire C-50/24 Danané), une demande d’asile peut être présentée dans un centre de rétention situé à l’intérieur du territoire (ex : aéroport) et être considérée comme relevant d’une procédure « à la frontière ». La rétention peut de même être prolongée au-delà du délai initial sans affecter ce statut. Rappelons que l’opinion d’un avocat général ne détermine pas nécessairement le verdict final de la formation de jugement.

Augmentation de la consommation de drogues

By Santé, Sécurité/Justice

L’augmentation de la consommation de drogues

Dans un communiqué, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) mentionne que la « cocaïne est le marché des drogues illicites qui connaît la plus forte croissance au monde ».

En 2023, 6% de la population mondiale âgée de 15 à 64 ans avait consommé de la drogue, contre 5,2% en 2013. Le cannabis est la drogue la plus consommée.


A l’échelle internationale

La superficie de cultures illicites a augmenté en Colombie de 34% en un an, les saisies ont augmenté de 68% sur la période 2019-2023, le nombre d’usagers est passé de 17 à 25 millions en dix ans

  • Augmentation de la superficie des cultures illicites de 34% (en un an)
  • Augmentation de la production en 2023 : 3.708 tonnes, soit près de 34% de plus qu’en 2022
  • Augmentation de 68% des saisies sur 2019-2023
    • Saisies de cocaïne : 2.275 tonnes, soit une augmentation de 68% par rapport à 2019-2023
  • Augmentation du nombre d’usagers de 17 à 25 millions, de 2013 à 2023

Le trafic s’étend à l’Europe occidentale avec des “centaines de milliards brassés chaque année”.

A l’échelle européenne 

Selon les données de l’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA)

  • En 2023, 7.500 personnes décédées à cause de la drogue
    • Parmi 1 million de décès de personnes âgées de 15 à 64 ans, 24.7 seraient liées à l’usage de drogues
  • Saisie de Cocaïne (2023) :  419 tonnes
  • Production de stimulants en Europe : amphétamines, MDMA, cathinones
  • Achats simplifiés par les réseaux sociaux et les plateformes en ligne de drogue et / ou de produits chimiques permettant leur fabrication
    • En 2024 : 47 nouvelles substances psychoactives recensées (Europol et EUDA via Early Warning System)

A l’échelle française

Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), le cannabis est la substance la plus consommée parmi les 11-75 ans.

  • 21 millions de personnes l’ont déjà expérimenté (29,9% des jeunes de 17 ans en 2022) 
  • 1,4 million d’usagers en consomment régulièrement (au moins 10 fois au cours du mois) 
  • 900 000 usagers en consomment quotidiennement

Toutefois, le tabac et l’alcool – substances licites – demeurent les produits les plus consommés en France.

Principales substances consommées en Europe

  • Cannabis : environ 1,5% des adultes (4,3 millions) en consomment chaque jour ou presque
    • Le cannabis de synthèse plus concentré en THC fait peser de nouveaux risques sur la santé publique
  • Cocaïne : 2e drogue la plus consommée des 15-34 ans avec 2,7 millions de consommateurs
    • Mélangée à des opioïdes ou de l’alcool : responsable d’un quart des décès par overdose en 2023
  • Crack : extrêmement addictif et de plus en plus consommé
  • Kétamine : à surveiller ; pourrait devenir la drogue principale de beaucoup de consommateurs dans le cadre d’une polyconsommation (en croissance également)
  • Trafic de faux médicaments à base d’opioïdes : en forte hausse
  • Héroïne : recul depuis une 10n d’années

L’EUDA entend faciliter la coopération avec les États membres pour notamment mettre en place un “système d’évaluation des menaces pour la santé et la sécurité”.

Principales substances consommées en France

  • 14,6% des adultes ont expérimenté d’autres drogues que le cannabis en 2023 : cocaïne, ecstasy/MDMA, champignons hallucinogènes, LSD, amphétamines, héroïne, crack 
    • 2014 : 9,1%
  • La cocaïne est le deuxième produit illicite le plus consommé
    • 9,4% d’expérimentateurs parmi les adultes (2023)
    • 1,1 million d’usagers de 11 à 75 ans dans l’année
    • Entre 2011 et 2023, le coût du gramme de cocaïne est passé de 60 à 66 euros 

Ecstasy (MDMA) : 8,2% d’expérimentateurs parmi les adultes

 

 

brève européenne Aurélien Jean

Brève Européenne 5 : Entre dégradation sécuritaire et complexité organisationnelle : comment réformer l’appareil policier dans la capitale de l’Europe ?

By Publications, Institutions, Sécurité/Justice

Entre dégradation sécuritaire et complexité organisationnelle : comment réformer l’appareil policier dans la capitale de l’Europe ?

Située au croisement des enjeux sécuritaires, politiques, institutionnels et linguistiques, la région de Bruxelles-Capitale est un condensé de la Belgique. À l’image du pays dont elle est la ville-centre, elle subit une recrudescence de faits délictuels et criminels sur fond d’expansion du trafic de drogue et des réseaux de criminalité organisée. En corollaire, l’organisation de ses forces de l’ordre est l’héritière d’un système profondément réformé au tournant du millénaire mais qui semble refléter davantage un impératif de conciliation politique qu’une déclinaison opérationnelle des besoins de sécurité. C’est tout particulièrement le cas lorsque l’on prête un œil aux zones de police locale actives dans la région de Bruxelles aux circonscriptions réduites et à la coordination parfois incomplète, entre elles tout comme avec leur homologue fédérale.

Par Aurélien Jean

 


 

Pour tenter de répondre à ces dysfonctionnements, l’Etat fédéral veut reprendre la main et imposer une réforme des zones de police bruxelloises, avec comme idée assumée de faire des émules ailleurs dans le pays. Réforme souvent évoquée, appelée de ses vœux par une bonne part de la classe politique flamande mais longtemps repoussée sous pression de l’échelon politique local, méfiant quant à tout ce qui pourrait amoindrir le pouvoir mayoral. Cependant, une telle refonte ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion plus large sur d’autres aspects structurants du modèle actuel, notamment son financement : daté, complexe et mettant sous pression le budget des communes.

De manière générale, la réforme, qu’importe si et dans quelles conditions elle aboutit, ne se suffira pas à elle-même et impliquera un engagement politique a minima sur du moyen terme pour prétendre adresser dans la durée des problématiques incrustées. Ce faisant, le cas de la police bruxelloise est un exemple intéressant et illustratif de la difficulté à trouver un optimum organisationnel et du tâtonnement progressif des pouvoirs publics, entre contentement des édiles et réponses adaptées à des défis sécuritaires évolutifs.

 

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