Centre de Réflexion
sur la Sécurité Intérieure
10 rue Cimarosa – 75116 PARIS
Maîtrisons nos dépendances, nos indépendances, et nos interdépendances
Par Arnaud Rousseau, Président de la FNSEA
Il y a 80 ans, alors que l’Europe redécouvrait la paix mais était affamée, les agriculteurs se sont réunis pour répondre à l’ambition d’autosuffisance alimentaire nécessaire à la reconstruction et à la stabilité du continent. Ils s’y sont attelés avec énergie et une capacité d’adaptation exceptionnelles, permettant ainsi à l’ensemble des filières agricoles d’atteindre peu ou prou un niveau satisfaisant d’auto-approvisionnement.
Mais une fois les objectifs atteints, progressivement, au fur et à mesure que le spectre de la faim s’éloignait, le sens du métier d’agriculteur, son rôle nourricier et structurant dans les territoires s’est effacé. La société tout entière a perdu la notion du coût réel de l’alimentation, voire même son caractère vital.
Lentement mais avec constance, au fil des décisions des Gouvernements successifs, de la montée en puissance des préoccupations telles que le sacro-saint pouvoir d’achat, la France a perdu son outil de production et l’Europe est devenu une passoire aux importations, accentuant les concurrences déloyales mortifères pour les agriculteurs.
La photographie à date de la France agricole est éloquente. Sous les effets conjugués des marchés, des pressions économiques, climatiques et sanitaires, en 20 ans, la production de viande a baissé de 16 %, et les importations ont augmenté de 81 %. La production de vin a reculé de 24 %, et les importations ont grimpé de 15 %.
Pour les fruits, c’est tout aussi frappant : 12 % de production en moins mais 31 % d’importations en plus…
Entre 2015 et 2024, la France a perdu 1 million d’hectares de blé tendre. Soit 20 % des surfaces perdues. Et sur ces 20%, les trois quarts n’ont désormais plus aucune vocation de production agricole.
Avec la crise sanitaire COVID, le retour de la guerre et des tensions géopolitiques viennent à nouveau agiter la peur des pénuries alimentaires.
Brutalement, la crainte de ruptures dans la chaîne d’approvisionnement a fait prendre conscience aux Français et aux Européens leurs dangereuses dépendances : aux importations alimentaires, aux approvisionnements en énergie, en engrais, en produits sanitaires indispensables pour la protection des plantes et des troupeaux…
La souveraineté alimentaire s’est alors imposée comme un vecteur majeur de stabilité démocratique et de résilience face aux chocs de toute nature. La maîtrise de l’alimentation, sa disponibilité et la gestion de ses flux est une préoccupation hautement stratégique, au même titre que l’indépendance énergétique et une politique de défense restructurée.
La souveraineté alimentaire est un choix politique, un choix de société, qui engage l’alimentation des prochaines décennies, en prenant en compte toutes les variables économiques, géopolitiques, climatiques et sociétales dans lesquelles nous évoluons.
Si l’idée de la souveraineté alimentaire semble bien implantée désormais, accompagnée en cela par la loi d’orientation agricole votée fin janvier 2025, les actes se font encore attendre.
Pour les agriculteurs, et c’est pour cette raison qu’ils se sont massivement mobilisés à l’hiver 2024, les conditions de réussite sont claires : il faut relancer la production, assurer un revenu aux agriculteurs et les protéger des concurrences déloyales intra et extra européennes, pour rendre le secteur agricole résilient à long terme et attractif pour les jeunes générations.
Orienter la France et l’Europe sur le chemin de l’autonomie stratégique alimentaire est la seule stratégie à même de nous garantir la maîtrise de nos dépendances, de nos indépendances et de nos interdépendances. Et d’apporter un peu de longueur de vue et de contrôle au moment où le court-termisme et l’inconstance semblent s’installer…
La réponse de l’État aux cybermenaces sur les systèmes d’information civils
La Cour des Comptes a publié, le 16 juin 2025, un rapport sur la réponse de l’État face aux cybermenaces sur les systèmes d’information civils.
Le rapport constate une évolution progressive des cybermenaces au rythme des avancées technologiques et des développements géopolitiques.
Les trois principales cybermenaces en 2023 sont:
- Le hameçonnage
- Le piratage de compte
- La fraudes/le rançongiciel
278 703 infractions liées au numérique ont été enregistrées en 2023, en augmentation de 9% par rapport à 2022:
- Atteintes numériques aux biens (escroqueries, arnaques en ligne etc.): 59%
- Atteintes numériques à la personne: 34%
- Atteintes numériques aux institutions: 5%
Les attaques par rançongiciel restent la première menace (34,1%), devant les attaques DDoS (28,2%) et les vols de données (17,2%).
Une cyberattaque coûte en moyenne:
- 466K€ aux TPE-PME
- 13M€ aux entreprise de taille intermédiaire (ETI)
- 135M€ aux grands groupes
Dans le public, certains hôpitaux ont supporté jusqu’à 5,5M€ de coûts directs (Corbeil-Essonnes en 2022)
Les administrations publiques, et notamment les collectivités, sont les secteurs les plus ciblés par les cyberattaques. On recense 187 incidents entre janvier 2022 et juin 2023 (17% du total traité par l’ANSSI).
Stratégie nationale:
La gouvernance cyber de la France est organisée autour de trois missions:
- L’État défend la Nation
- L’État se sécurise
- L’Etat protège la Nation
La France suit un modèle dual de cyberdéfense fondé sur la séparation des capacités offensives et défensives.
Le modèle est peu répandu dans les pays proches, avec, notamment, les anglo-saxons qui vont eux centraliser leurs capacités offensives et défensives dans les services de renseignements.
Une nouvelle stratégie nationale est validée en Conseil de défense en novembre 2024 sous le pilotage du SGDSN. Elle articule une réponse aux agressions, à la sécurisation des systèmes d’information de l’État et à la protection numérique de la société. Le rapport n’a pas encore été publié.
Le plan stratégique 2025-2027 « Au cœur d’un collectif, pour une Nation cyber-résiliente » instaure quatre axes et onze objectifs (cryptographie post-quantique, IA, réponse de masse, coopération européenne) mais sans budget détaillé pour le moment.
Historique:
La France, dès le début du XXIe siècle, s’est dotée d’un dispositif de lutte contre les cybermenaces.
- 2004-2008: Mise en place des premières structures de lutte contre les cyber-menaces, puis Livre blanc défense & sécurité 2008
- 7 juillet 2009: Décret n° 2009-834 créant l’ANSSI (service à compétence nationale rattaché au SGDSN)
- 2013: Loi de programmation militaire 2014-2019
- 2015 – 2017: Décret 2015-351 (sécurité Opérateur d’Importance Vital OIV) avec création du COMCYBER (mai 2017)
- 2018: Revue stratégique de cyberdéfense 2018 et instauration du CODIR-cyber qui prépare les décisions du Conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN) en matière cyber
- 2020 – 2021: Création de l’OSIIC (2020) et de VIGINUM (2021)
- 2022: Revue nationale stratégique 2022, priorité « résilience cyber de premier rang»
- Fin 2024: Validation d’une nouvelle Stratégie nationale de cybersécurité
Législations européennes:
L’édifice juridique, d’abord national (LPM, décrets OIV/OSE), est aujourd’hui largement européen. Depuis quelques années, l’Europe, qui s’inspire des modèles nationaux, vient renforcer les exigences en matière de cybersécurité. Les directives phares NIS 1 et NIS 2 l’illustrent parfaitement.
- 2016 : Directive NIS 1 (UE 2016/1148)
- 2018 : Loi n° 2018-133 et le décret 2018-384 pour transposer NIS 1 dans le droit français
- 2019 : Cybersecurity Act (Règlement UE)
- 2022 : Directive NIS 2, REC (entités critiques), Règlement DORA (finance)
- 2024 – 2025 : Projet de loi « Résilience » (transposition NIS 2, REC, DORA) adopté par le Sénat 12 mars 2025, examen final en cours
- 2024 – 2025 : Cyber Solidarity Act (règlement UE, entrée en vigueur le 4 février 2025)
Le projet de loi « Résilience »:
- Transpose NIS 2, REC et DORA multipliera de 500 à ~15000 le nombre d’entités régulées, couvrant 18 secteurs au lieu de 7 .
- Vise notamment 661 collectivités territoriales comme entités essentielles (EE) et 992 communautés de communes comme entités importantes (EI)
- Coût estimé de la mise en conformité : 450 – 880K€ (entités essentielles) ou 100 – 200K€ (entités importantes), puis 10% par an de maintien
Gouvernance:
La gouvernance française est structurée ainsi:
- Décision stratégique au sommet de l’État avec le conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN)
- Réunions préparées par le comité directeur de la cyberdéfense (CODIR cyber)
- Pilotage interministériel et mise en oeuvre des décisions par le Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN)
- La structure opérationnel civil unique avec l’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI)
- La structure militaire avec le commandement de la cyberdéfense (COMCYBER)
Le Centre de coordination des crises cyber (C4) joue un rôle central dans la réponse technique aux cyberattaques. Il assure des missions de connaissance, détection, caractérisation et imputation des attaques. La coordination opérationnelle est assurée entre plusieurs entités : ANSSI, COMCYBER, DGA, DGSI et DGSE.
ANSSI:
La Cour des Comptes met l’accent sur le rôle prépondérant et considérable que joue l’ANSSI dans la réponse de l’Etat face aux cybermenaces.
Missions principales:
- Assistance et remédiation pour l’État, les OIV et les OSE (CERT-FR)
- Qualification et labellisation de produits, services et formations de cybersécurité
- Sensibilisation du grand public et des dirigeants
- Représentation et expertise française dans les enceintes européennes et internationales
Effectifs:
- 128 agents en 2009
- 622 agents en 2023
- La trajectoire initiale était 786 ETP en 2027 mais stoppée par la LF 2025
Capacités opérationnelles et projets en cours:
- Maillage national de CSIRT ministériels, sectoriels et territoriaux.
- Projet d’Observatoire interministériel de la menace pour centraliser les données d’incidents
Les CSIRT sont les « Computer Security Incident Response Team » ou les centres de réponse aux incidents cyber.
Recommandations de la Cour des comptes:
Plan d’action national:
Il faut arrimer la stratégie nationale 2024 à un échéancier détaillé et à une programmation pluriannuelle des moyens (SGDSN)
Lutte contre la cyber-criminalité:
Il faut mieux coordonner autorités judiciaires et services de renseignement (SGDSN, Justice, Intérieur)
CSIRT:
Il faut clarifier les rôles des CSIRT ministériels, sectoriels et territoriaux avec une garantie de financement pérenne (SGDSN, ANSSI)
Observatoire national de la menace:
Il est nécessaire de mettre rapidement en place, au sein de l’ANSSI, un observatoire centralisant les données et les analyses d’incidents (SGDSN, ANSSI)
Contrôles NIS 2:
Il faut cartographier les risques, intensifier et prioriser les audits et les sanctions des entités régulées (SGDSN, ANSSI)
Budget ANSSI:
Il est nécessaire définir une programmation pluriannuelle avec la nouvelle stratégie et le plan stratégique 2025 (SGDSN, ANSSI)
Sensibilisation des dirigeants publics:
Il est important d’inscrire des objectifs cybersécurité explicites dans leurs lettres de mission (SGDSN)
Conventions SGDSN-ANSSI-ministères:
Il convient de signer des conventions fixant objectifs, échéancier et moyens cyber au sein de chaque ministère (SGDSN, ANSSI)
Modèle économique durable:
Il faut stabiliser le financement du GIP Acyma et du Campus Cyber (SGDSN)
Labellisation PME et collectivités:
Il y a lieu de définir des critères de labellisation de solutions cyber adaptées aux petites structures (SGDSN, ANSSI)
Formation:
Il faut adapter l’offre interne de formation aux nouveaux besoins des entités régulées et piloter l’écosystème des formations en cybersécurité (SGDSN, ANSSI)
Lire le rapport
Patrick Stefanini était l’invité de LCI ce dimanche 20 juillet 2025 pour l’Événement du Dimanche.
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Insécurité et délinquance en 2024 : bilan statistique SSMSI
Le 11 juillet 2025, le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) publie le bilan statistique « Insécurité et délinquance » consacré à l’année 2024.
Contexte 2024
L’année 2024 a été marquée par des événements sécuritaires importants, notamment avec les JO, les émeutes en Nouvelle-Calédonie, et les troubles en Martinique et en Guadeloupe.
Principaux résultats 2024 vs 2023
Atteintes aux personnes
- Homicides: 976 victimes (‑2%)
- Première baisse depuis 2020
- Répartition des homicides:
- 75% hors cadre familial
- 11% conjugaux (108 victimes)
- Tentatives d’homicide:
- 4 290 victimes (+7%)
- Total des violences sexuelles:
- 122 400 victimes (+7%)
- +11% par an depuis 2016
- Viols et tentatives:
- 46 100 victimes (+9%)
- Profil des victimes de violences sexuelles:
- 85% de femmes
- 58% de mineurs
- 19% <10 ans ; 39% 10‑17 ans
- Total des violences physiques:
- 449 800 victimes (+1%)
- Violences physiques intrafamiliales:
- 244 400 victimes (+3%)
- +11% par an depuis 2016
- 74% des victimes sont des femmes
- Violences physiques hors cadre familial:
- 205 500 victimes (0%)
- dont 69 % d’hommes
Atteintes aux biens
- Vols avec armes:
- 8 600 infractions (‑1%)
- Vols violents sans arme:
- 48 300 infractions (‑11%)
- Vols concentrés dans les grandes unités urbaines
- Vols sans violence contre des personnes:
- 607 800 victimes entendues (‑5%)
- Cambriolages de logement: 218 200 infractions (0%)
- Majorité des victimes +45 ans
- Vols de véhicule:
- 137 600 véhicules (‑2%)
- 28% par des 13‑17 ans
- 50% par des 18‑29 ans
- Vols dans les véhicules:
- 256 100 véhicules (+1%)
- Destructions et dégradations volontaires:
- 528 800 infractions (‑4%)
Stupéfiants
- Usage de stupéfiants:
- 290 500 mis en cause
- Trafic de stupéfiants:
- 52 300 mis en cause (+7%)
Escroqueries et fraudes aux moyens de paiement
- 417 300 victimes (+1%)
- 50% des faits sont en lien avec le numérique (31% en 2016)
Indicateurs de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie nationales en 2024 et évolutions annuelles.
Élucidation (2023-2024)
- Atteintes aux biens:
- 7% élucidées
- Atteintes aux personnes:
- 50% élucidées, dont 65% pour les homicides et tentatives et 79% pour les violences physiques intrafamiliales
Profils des mis en cause
- Les mis en cause de 18-29 ans: Surreprésentés dans les vols et les stupéfiants (usage 64%, trafic 56%, vols d’accessoires 57%, vols de véhicule 50%, cambriolages 41%)
- Les mis en cause mineurs (13-17 ans):
Fortement présents dans les vols avec arme 31%, les vols violents sans arme 35%, et les vols de véhicule 28% - Plus de 6 mis en cause sur 10 ont entre 13 et 29 ans pour les vols de véhicule, les vols liés aux véhicules ou les cambriolages de logement
- Part des étrangers mis en cause:
- 8% de la population
- 37% des cambriolages de logement
- 39% des vols dans les véhicules
- 22% du trafic de stupéfiants
- Le groupe de nationalité le plus représenté pour le trafic de stupéfiants est celui des ressortissants d’Afrique. Pour 4% de la population résidant en France, ils sont 15% des mis en cause.
Profil des mis en cause enregistrés par la police et la gendarmerie nationales en 2024 (en %)
Source: Ministère de l’interieur, service SSMSI
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Thibault de Montbrial parle de souveraineté et de sécurité dans le bassin d’Arcachon
Le journaliste Jean-Pierre Despeyroux (correspondant Sud Ouest) dédie, ce vendredi 18 juillet, un article sur le déplacement de Thibault de Montbrial à Biganos le 9. Très bon retour sur une conférence réussie en présence du Maire de Biganos Bruno Lafon, de la sénatrice LR Florence Lassarade, et du Maire d’Arcachon Yves Foulon.
Saint-Pierre et Miquelon
Ciblés en avril par des droits de douanes à 50% de la part de Trump, proposé comme centre de rétention pour OQTF dangereux par Laurent Wauquiez, le petit archipel de Saint-Pierre et Miquelon a fait l’actualité plusieurs fois cette année.
Composé d’une dizaine d’îles situé à vingt kilomètres de l’île canadienne de Terre Neuve, la collectivité territoriale de Saint-Pierre et Miquelon est le seul héritage de la colonisation française en Amérique du Nord. Territoire d’outre-mer à l’identité bien singulière, il a été le théâtre à partir du XVème siècle de l’odyssée des pêcheurs baleiniers normands, bretons et basques. Situé à proximité des Grands bancs” de Terre Neuve qui est l’une des zones les plus poissonneuses au monde, Saint-Pierre et Miquelon a toujours été une base avancée pour la pêche au large et poursuit cette tradition, même si l’archipel est confronté à un contexte bien plus contraint aujourd’hui.
Par Pierre Erceau
Un archipel historiquement dédié à la pêche
L’archipel compte dix îles mais seulement deux communes : Saint-Pierre, qui concentre l’essentiel de l’activité économique, et Miquelon, regroupant une centaine de familles. L’économie de l’archipel est historiquement centrée sur la pêche à la morue. Il y a encore un siècle, on pouvait compter “une forêt de mâts” et une activité grouillante dans le port de Saint-Pierre. L’apogée de l’activité économique a été atteint après la deuxième guerre mondiale, avec le développement de la pêche industrielle entre les années 1960 et 1990.
Les tensions récurrentes avec le Canada sur la question des ZEE et des quotas a donné lieu à “la guerre de la morue” entre 1972 et 1994 culminant en 1988 avec la rétention d’un bateau de pêche français contenant 17 pêcheurs et 4 élus français durant plusieurs jours. Le 10 juin 1992, le tribunal international de New York rendait son verdict sur la ZEE française, qui est désormais réduite à un corridor de 200 miles marins de long sur 10,5 miles de largeur ironiquement renommée la “French baguette”, enclavée à l’intérieur de la ZEE canadienne. L’activité de pêche est beaucoup moins importante depuis, Saint-Pierre et Miquelon ne compte plus qu’une flotte de 15 chalutiers (2 semi industriels et 13 artisanaux) et elle se concentre sur les espèces suivantes : flétan, concombres de mer ou holothurie, crabes des neiges, homards, coquilles, raies, morues.
L’activité pêche désormais plus maigre, ne met pourtant pas la collectivité pas à l’abri de nouvelles pressions des pêcheurs canadiens qui l’accusaient de “vouloir s’emparer d’une part exorbitante de son quota historique du précieux poisson de fond (le flétan) qui migre à travers les eaux des deux pays.”Pourtant, les captures françaises de flétan s’élevaient en 2023 à 124 tonnes contre 4927 tonnes pour les canadiens. Un accord a été trouvé en 2024 autorisant la France à capturer 3% du total des captures, soit 147 tonnes la même année.
En 2025, nouvelles pressions, mais de Trump cette fois. Saint-Pierre ayant écoulé son flétan vers les Etats-Unis en raison de ses différends avec le Canada, sa balance commerciale lui a été beaucoup plus favorable que d’habitude (3,8 millions d’euros d’exportation contre 90 570 euros d’importations). L’administration Trump a calculé ses droits de douane mécaniquement en fonction de ce seul chiffre, aboutissant à des droits de douane de 50% qui ont depuis été revus à la baisse pour atteindre seulement 10%.
Quelles perspectives pour ce territoire en restructuration ?
Le territoire fait face à de nombreux défis : activité pêche soumise à de nombreuses contraintes, population vieillissante et décroissante, hypertrophie des emplois administrés (50% environ), tensions latentes avec le Canada sur les ressources et leurs zones d’exploitation … Face à cela, les pouvoirs publics cherchent à stimuler certains domaines de l’économie comme l’agriculture et l’aquaculture, mais misent surtout sur le tourisme comme pilier du développement de l’archipel (Schéma de développement stratégique 210-2030 ; Plan de développement agricole durable).
Le “caillou” a vu 13 000 touristes (plus de 50% de canadiens) débarquer sur ses côtes lors de la saison 2022-2023 et espère bien développer ce potentiel. L’objectif est aujourd’hui d’accueillir 20% de touristes supplémentaires par rapport aux 10 à 15 000 actuels. Malgré une autosuffisance alimentaire dans le passé, l’importance de l’agriculture sur l’île a nettement reculé en raison d’un sol pauvre et des contraintes liées à l’insularité. L’île importe l’essentiel de sa nourriture et ne subvient qu’à 2% de ses besoins ; de l’argent public est donc injecté afin de soutenir les nouvelles initiatives.
L’archipel est aujourd’hui 100% dépendant des hydrocarbures et est d’ailleurs situé dans une zone pétrolifère, le bassin sous laurentien. Possiblement exploitable depuis la ZEE française, la ressource est abondante dans la région et déjà exploitée par les Canadiens. Le choix a été fait de se concentrer aujourd’hui vers les énergies renouvelables, afin d’atteindre 30 à 50% de renouvelable dans le mix énergétique de Saint-Pierre et Miquelon d’ici 2050 (source EDF).
Face aux difficultés actuelles de l’archipel qui reste “sous perfusion” d’argent public, l’objectif est donc le développement du tourisme et une autonomie durable sur le plan énergétique et agricole.
Polémique : proposition d’un centre pour les OQTF dangereux
L’objectif de l’archipel étant de renforcer son attractivité, la proposition de Laurent Wauquiez d’enfermer les OQTF dangereux sur place est venue heurter de plein fouet la stratégie de communication de la collectivité. En insistant sur les aspects supposés rebutants de l’archipel : “isolé”, “146 jours de pluie par an » et “5 degrés en moyenne” la proposition du député a été très mal reçue par certains. Elle a aussi été perçue comme faisant de l’île un “dépotoir” au moment même où il s’agit d’accueillir plus de touristes. Selon d’autres réactions, elle s’inscrit aussi dans la continuité d’un usage des territoires d’outre-mer comme servant de “colonies pénitentiaires » comme cela fut le cas pour la Guyane ou la Nouvelle Calédonie ce que d’aucuns pourraient aussi qualifier de “néo-colonial”, ce dont l’intéressé s’est défendu. En réponse, une campagne de communication a été lancée afin de réaffirmer les atouts de l’archipel et son attractivité pour les touristes : “OQTF : On quitte tout facilement pour vivre à Saint-Pierre et Miquelon”.
La proposition de Laurent Wauquiez aurait selon lui des avantages importants pour l’objectif recherché : un effet “dissuasif massif”, une gestion facilitée des éventuels incidents en raison de l’insularité, forcer les départs volontaires en mettant devant un choix binaire : “rentrer chez vous” ou “rester à Saint-Pierre et Miquelon”. Elle propose cependant, en partie, une redéfinition de l’usage de l’archipel dans le cadre d’une stratégie nationale de gestion de l’immigration et de la sécurité. Ce n’est pas sa fonction actuelle, reste donc à savoir sa faisabilité, son coût et si les bénéfices recherchés seront réels.
Saint-Pierre et Miquelon en bref
Composition : Ensemble de dix îlots. L’île Saint-Pierre est la plus peuplée et fait face à trois presqu’îles reliées par un isthme sableux formant Miquelon et Langlade. Les deux ensembles sont séparés par un chenal de 5km Les autres îlots sont inhabités mais l’Île aux marins accueille de nombreux touristes chaque année.
Statut : Collectivité d’outre-mer
Nombre d’habitants : 6000 environ
Superficie globale : 242 km²
ZEE : 12 400 km²
Climat : Maritime froid avec des températures s’échelonnant de -12°C à +20°C. Au croisement de plusieurs influences, le climat est assez imprévisible. Le vent est très présent, particulièrement en hiver où il rend les conditions plus pénibles et la brume également, du printemps jusqu’au début de l’été.
Saint-Pierre
- Superficie : 26km²
- Topographie : îles planes, altitude maximale de 12m.
- Nombre d’habitants : environ 5400
Miquelon ou Miquelon et Langlade
Miquelon
- Superficie : 101km²
- Topographie : situé à 2m au-dessus de la mer, sol rocheux ou tourbeux
- Nombre d’habitants : environ 600
- Le village étant trop proche de la mer et risquant d’être submergé à moyen terme, une délocalisation du village est en cours sur une zone plus élevée à proximité. Le gouvernement français subventionne les habitants volontaires pour délocaliser leur maison.
Langlade
- Superficie : 91 km²
- Géographie : Reliée à Miquelon par un isthme de 12 km, avec Miquelon, elle représente la majorité de la réserve végétale et animale de l’archipel.
- Nombre d’habitants : aucun résident permanent, mais de nombreuses résidences secondaires occupées en période estivale.
- Île aux marins : petite île située dans la baie de Saint-Pierre et historiquement dédiée à la pêche. Désertée depuis les années 50, elle est aujourd’hui dédiée au tourisme et particulièrement visitée en période estivale.
Sources
https://cnes.fr/geoimage/saint-pierre-miquelon-deux-iles-francaises-aux-confins-canada
https://www.saint-pierre-et-miquelon.developpement-durable.gouv.fr/geographie-et-climat-a12.html
https://www.25km-de-miquelon.net/saint-pierre-et-miquelon/
Thibault de Montbrial donnait une conférence à Biganos le mercredi 9 juillet
Thibault de Montbrial donnait une nouvelle conférence, cette fois-ci à Biganos, en présence du maire Bruno Lafon, du maire d’Arcachon Yves Foulon et de la sénatrice Florence Lassarade.
Près de 150 personnes ont assisté à cette réunion publique, au cours de laquelle les questions de sécurité et de souveraineté ont été abordées.
En amont de cette soirée, le maire Bruno Lafon a exposé les problématiques locales rencontrées sur le bassin d’Arcachon et dans sa municipalité.
Présentation de la direction générale de l’armement
Le 23 juin 2025, le délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva, a officialisé la création d’un Club des investisseurs de la défense destiné à contribuer au financement des entreprises de la BITD (base industrielle et technologique de défense).
La direction générale de l’armement dépend du ministère des Armées et des anciens combattants.
Dans le budget de l’État, la DGA dépend de la mission Défense et du Programme 146 “Équipement des forces”.
Les missions de la DGA
- Équiper et soutenir les armées de façon souveraine en assurant la maîtrise d’œuvre étatique du système de défense
- Fournir une capacité d’anticipation stratégique, technologique et industrielle pour concourir à la défense et à la sécurité nationale
- Promouvoir une approche pragmatique de la coopération et soutenir les exportations
- Orienter et soutenir la base industrielle de défense dans une logique de souveraineté
- Maintenir le fondement de la dissuasion nucléaire et développer la capacité cyber du ministère au profit de la sécurité nationale
Le budget alloué
Le budget prévu pour 2025 s’inscrit dans l’objectif de souveraineté technologique de la France, face à la complexité géopolitique du monde.
- Augmentation significative du budget
- Renforcement de la souveraineté nationale, réponse aux nouvelles menaces, consolidation du rôle de la France au sein des alliances internationales
La priorité est donnée à la modernisation des équipements, au soutien des forces armées, ainsi qu’au développement de la défense technologique et de l’innovation stratégique.
- 18.689.519.719 Md€ de crédits de paiement sont prévus au programme 146
- 50,5 Md€ pour la mission Défense
Actualités
Le 16 juin 2025 :
- Notification d’un marché de fourniture industriel pour la production des 5 années à venir
- Environ 150 millions d’euros
- Entreprise KNDS (européenne ; BITDE)
Du 14 au 20 juin 2025 :
- Salon international de l’aéronautique et de l’espace au Bourget
- Présentation par le Ministère des Armées des programmes de développement spatiaux, tels que CSO3, SYRACUSE et CERES
- Signature par Sébastien Lecornu du Pacte Espace piloté par la DGA
Le 19 juin 2025 :
- Réalisation du premier tir de développement du Missile d’interception de combat et d’autodéfense de nouvelle génération (MICA NG)
- Effectué depuis un Rafale
- Technologie plus furtive, plus performante et plus rapide
- Travaux industriels et étatiques réalisés sous le pilotage de la DGA, maître d’ouvrage




