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Olivier Debeney

Un équilibre social fragile – observations du CRSI Grand-Ouest

By Travaux des adhérents

– Note d’observation de l’antenne CRSI Grand-Ouest

Les récents événements survenus dans l’Ouest mettent en évidence un durcissement des tensions autour du droit de propriété, une pression accrue sur les institutions locales, ainsi qu’une montée des violences diffuses – qu’elles soient intrafamiliales, communautaires ou liées à la criminalité organisée. L’affaire de la retraitée de Nantes privée de son logement, aujourd’hui engagée dans une grève de la faim pour dénoncer la lenteur des procédures d’expulsion, illustre de manière aiguë la vulnérabilité de certains propriétaires face aux squats. Ce cas n’est pas isolé : dans plusieurs départements, des particuliers se retrouvent dépossédés de biens occupés illégalement, au point que certains recourent à des groupes privés pour récupérer leur logement, au risque d’une double illégalité. Le sujet pose la question d’un dispositif plus rapide pour les occupants sans droit ni titre, notamment lorsque les propriétaires sont âgés ou modestes.

Parallèlement, un drame survenu en Seine-Maritime – le suicide d’un septuagénaire lors de son expulsion – rappelle que ces procédures peuvent mener à des situations extrêmes lorsqu’elles ne sont pas accompagnées socialement. Une meilleure coordination entre autorités administratives, forces de l’ordre, bailleurs et services sociaux apparaît nécessaire pour anticiper ces crises humaines.

Les institutions locales ont également été prises pour cible, comme à Grand-Couronne où un incendie volontaire a ravagé le hall de la mairie. L’enquête a abouti à plusieurs mises en examen et l’État s’est engagé dans un soutien financier et en matière de sécurisation. À Rouen, des tags antisémites sur une synagogue ont entraîné un renforcement de la protection du site et un rappel public des valeurs républicaines.

L’autre point de vigilance réside dans les ports du Havre, de Nantes–Saint-Nazaire et de Brest, devenus des foyers majeurs du trafic de cocaïne. Les saisies répétées et les tentatives d’infiltration dans la chaîne logistique confirment la nécessité de renforcer les unités spécialisées, d’intensifier l’analyse de risque des conteneurs et d’approfondir la coopération européenne.

À cela s’ajoutent des faits divers révélateurs d’un sentiment d’insécurité diffus : tirs sur des automobilistes en Ille-et-Vilaine, incendies agricoles suspectés d’être volontaires en Normandie, agression homophobe grave, mais aussi décès accidentel lors d’une tempête, invitant à consolider les dispositifs de prévention et d’alerte. Enfin, la hausse marquée des violences intrafamiliales, y compris dans les zones rurales, confirme l’importance des outils de protection – téléphones grave danger, ordonnances d’éloignement – et du renforcement des unités spécialisées.

L’ensemble dessine un paysage où se conjuguent pressions criminelles sur les ports, fragilisation du droit de propriété, tensions sociales ponctuelles et violences privées en expansion. Une stratégie globale, mêlant réponse sécuritaire, accompagnement social et protection des plus vulnérables, apparaît déterminante pour prévenir l’extension de ces phénomènes.

Gestion du risque incendie de forêt et aménagement du territoire : le bilan de l’année 2025

By Sécurité/Justice

– Par Bruno Lafon, Président de la DFCI (Défense des Forêts Contre l’Incendie) en Nouvelle Aquitaine et Pierre Macé, Directeur.

Une année 2025 record pour l’Europe et la France

L’année 2025 a été difficile en termes de feux de forêt. L’Europe a battu les records de surfaces brûlées avec plus d’un million d’hectares détruits au 9 septembre, après deux semaines particulièrement éprouvantes, du 5 au 19 août, ayant vu la destruction de 334 000 ha puis de 251 000 ha. Ces cumuls sont trois fois supérieurs aux moyennes enregistrées depuis 2006.

La France n’a pas été épargnée, avec 36 000 ha touchés au plan national (soit 2,5 fois la moyenne), dont l’incendie de Ribaute, dans l’Aude, qui a détruit 11 133 ha en cinq jours, avec une puissance très importante. Ces éléments font suite à la saison estivale de 2022, où la France avait vu brûler 71 000 ha, dont 28 900 ha en Gironde.

Ces événements sont riches d’enseignements sur l’évolution du risque de feu de forêt. Il convient de changer de paradigme, sans quoi la récurrence et la puissance des incendies pourraient perturber la sécurité du territoire, l’économie et l’environnement.

À titre d’exemple, l’année 2022 en France (71 000 ha brûlés), et en particulier dans le Sud-Ouest (36 700 ha brûlés), illustre une rupture dans le processus de protection du territoire contre les incendies.

Le dérèglement climatique rend les conditions de protection très difficiles. L’été 2022 a battu simultanément des records de température (+1,5 °C) et de sécheresse (75 % des précipitations normales), en Gironde, avec des journées à 42 °C et moins de 8 % d’hygrométrie. Plus inquiétant : les records concomitants de sécheresse et de température s’installent depuis 2000.

Dans le Sud-Ouest, la saison des feux de forêt a duré trois mois sans interruption. Si aucun mort n’est à déplorer, 55 000 personnes ont été évacuées, 19 maisons détruites et plus de 2 000 propriétaires sinistrés. Le climat de l’été 2022 n’est pas une exception, mais s’inscrit dans une tendance durable.

Pression démographique et vulnérabilité accrue

À cela s’ajoute un accroissement structurel de la population (+22 000 personnes par an en Gironde) qui, d’une part, augmente le risque de départs de feu (90 % sont d’origine anthropique) et, d’autre part, entraîne un développement des enjeux et des cibles (population, habitations, industries, sites stratégiques de défense… soit 20 constructions pour 100 ha brûlés). Cet accroissement démographique est particulièrement marqué sur les zones côtières (+26 % depuis 1975 sur les EPCI du littoral, contre +18 % sur le reste du territoire) et se retrouve à l’échelle mondiale, puisque 20 % de la population vit à moins de 30 km des côtes.

Les incendies peuvent aussi avoir un effet pénalisant sur la défense française, en menaçant les industries de l’armement, nombreuses dans la périphérie bordelaise, ainsi que les camps militaires. Lors des incendies de l’été 2022, les panaches de fumée auraient pu avoir des conséquences plus marquées sur les bases aériennes de Mont-de-Marsan et de Cazaux.

L’aménagement du territoire au cœur de la prévention

Une grande vigilance doit être apportée à l’aménagement du territoire, notamment dans les zones urbaines et les interfaces forêt-habitation (PLUI, SCOT…). La masse de combustible doit être maîtrisée, notamment par l’application des Obligations Légales de Débroussaillement (OLD). Les injonctions contradictoires entre les réglementations environnementales et sécuritaires ne facilitent pas leur application. Il convient de laisser aux préfets plus de latitude dans la hiérarchisation des priorités, pour éviter la paralysie du système de protection.

Suite aux tempêtes de 1999 et 2009, le massif des Landes de Gascogne compte 350 000 ha de peuplements de moins de 30 ans. Jamais dans son histoire ce massif n’a connu une telle continuité dans la structure des peuplements sensibles au feu, en raison de la continuité verticale de la végétation. Contrairement aux idées reçues, la surface forestière et les volumes de bois sur pied augmentent également en métropole, notamment grâce aux peuplements du Fonds forestier national. « Le stock de bois vivant a augmenté de 50 % en 30 ans pour atteindre 2,8 milliards de m³ » (source : IGN).

Pourtant, la forêt métropolitaine devient globalement émettrice de carbone, en raison de son mauvais état sanitaire, du vieillissement et du ralentissement du renouvellement. Les quatre principaux incendies en Gironde ont relâché plus de 5 millions de tonnes équivalent CO₂ (source : Forêt Innovation 23_003). À certains endroits, la litière a baissé de 80 cm et le feu s’est enterré à plus d’un mètre. Outre l’augmentation de la masse de combustible, le dépérissement global de la forêt s’accroît, lié aux attaques de pathogènes (insectes, champignons…) sur des peuplements stressés. La mondialisation des échanges intensifie cette menace.

Adapter la forêt au climat de demain

Le défi pour les forestiers est majeur : choisir des essences adaptées aux conditions pédologiques et climatiques actuelles et futures. Comment favoriser des essences capables de survivre dans 50 ans tout en se développant aujourd’hui ? Il convient de mettre en place des peuplements présentant un intérêt économique ou écologique suffisant pour garantir leur entretien, tout en facilitant leur sécurisation.

Les feux de forêt sont majoritairement d’origine anthropique (90 % des départs). Les surfaces brûlées ne sont que la conséquence des départs de feu : les feux les plus faciles à éteindre sont ceux qui ne démarrent pas. Il faut donc renforcer la sensibilisation aux bons gestes : ne pas jeter de mégot, respecter les interdictions d’accès, appliquer les règles de débroussaillement. Le travail des cellules de Recherche des Causes et Circonstances d’Incendies d’Espaces Naturels (RCCI-EN), coordonné par les préfets et associant sapeurs-pompiers, gendarmerie, police et forestiers, doit être poursuivi et renforcé, notamment en lien avec les magistrats.

Un territoire valorisé est un territoire protégé. La forêt représente une opportunité pour la protection du territoire et pour son économie. La balance commerciale du secteur forestier est déficitaire de 6 milliards d’euros, mais la prévention des risques doit être intégrée à l’aménagement forestier : réseau de pistes, taille des parcelles, continuité des massifs, etc. L’Union européenne apporte un financement structurel via le FEADER, complété par des contreparties nationales, notamment celles des régions. Dans le cadre du futur plan 2027, il convient de maintenir des priorités structurantes d’aménagement du territoire, garantes d’une économie globale. 

Le besoin financier en prévention contre les incendies est estimé à 34 millions d’euros par an. La ligne budgétaire DFCI du ministère de l’Agriculture (BOP 149) est historiquement d’environ 18 millions d’euros, portée à 51 millions en 2024 grâce à des crédits exceptionnels. Il serait plus cohérent de stabiliser ce financement sur la ligne historique.

Conclusion : anticiper et renforcer la résilience

Il est nécessaire de rester humble face à l’ampleur des événements et de faire des choix en matière d’aménagement et d’entretien, en complément des actions de lutte. Il faut anticiper les effets de rupture dans le système de protection contre les incendies de végétation pour réduire la vulnérabilité. Si cette culture du risque n’est pas intégrée dès maintenant, dans des conditions climatiques de plus en plus instables, ni les meilleurs hommes ni les meilleures techniques ne suffiront face à l’ampleur des éléments.

Bruno Lafon et Pierre Macé

Modernisation de la sécurité civile : à quand une adaptation des moyens ?

By Sécurité/Justice

Par le Colonel Jean-Paul BOSLAND, Président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France et de l’Œuvre des Pupilles orphelins et fonds d’entraide des sapeurs-pompiers de France

 

Troisième composante de la sécurité intérieure, la sécurité civile est confrontée à un puissant enjeu de modernisation destiné à adapter le modèle français aux nouvelles menaces susceptibles d’affecter les populations. Outre les enjeux sécuritaires globaux que sont le retour de la guerre en Europe, la persistance du terrorisme de masse et la recrudescence des crises hybrides, les forces de sécurité civile sont  confrontées aux défis propres que constituent principalement la désertification médicale, le vieillissement démographique, et le dérèglement climatique.

Principaux acteurs de la sécurité civile, les sapeurs-pompiers sont au cœur de ces défis. Historiques soldats du feu, ils sont aussi devenus aujourd’hui des soldats de la santé avec l’explosion de leur activité de secours et de soins d’urgence aux personnes (SSUAP), laquelle représente en moyenne 86% des interventions. Cette inflation du SSUAP constitue la cause principale de l’augmentation de la pression opérationnelle (+ 17% en 10 ans) et met sous tension les unités, les matériels et les budgets. Cette sur sollicitation repose sur deux causes principales, auxquelles il appartient de remédier pour garantir la viabilité de notre modèle de secours.

En premier lieu, la multiplication du recours aux sapeurs-pompiers pour des demandes non-urgentes d’assistance aux personnes (transport sanitaire, relevage, téléalarme…) par carence des acteurs privés normalement compétents produit chez les sapeurs-pompiers -volontaires pour 80% d’entre eux- une perte de sens de leurs missions, une démotivation et des tensions avec leurs employeurs pour la gestion de leur disponibilité.

En second lieu, la crise de la permanence des soins, l’éloignement des hôpitaux des territoires et l’asphyxie des urgences génèrent une augmentation continue des temps de transport et d’attente, qui consume les ressources des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) et affaiblit leur potentiel de réponse à l’urgence. Afin d’inverser cette tendance, il est indispensable de rompre avec l’organisation actuelle des urgences pré hospitalières, éclatée entre les agences régionales de santé et les préfets et qui confère un droit de tirage illimité aux acteurs de la santé sur les sapeurs-pompiers sans compensation financière pour les collectivités territoriales, pour unifier leur pilotage sous l’autorité des préfets de département. Ces derniers devront pouvoir disposer dans chaque département d’une plateforme de réponse aux appels d’urgence permettant d’accroître la coopération interservices (pompiers, SAMU, ambulanciers, associations agréées de sécurité civile), d’améliorer la gestion de l’alerte et de dimensionner la réponse (délai, vecteur, équipage) selon le caractère urgent ou non de la demande. Il s’agit là de généraliser par la loi dans un délai raisonnable les plateformes qui ont démontré leur efficacité dans de nombreux pays européens et dans 21 départements français, et qui sont en projet dans 15 autres. En outre, les SDIS, forts de leur chaîne de réponse intégrée de niveau secouriste, infirmier et médical, doivent avoir la liberté de gérer les orientations de proximité à travers des bilans simplifiés, les départs différés et le recours aux associations agréées de sécurité civile en cas d’appel non-urgent. 

Soldats du feu et de la santé, les sapeurs-pompiers sont aujourd’hui aussi des soldats du climat, du fait de leur implication en première ligne dans la prévention et la lutte contre les effets du dérèglement climatique : sécheresses, canicules, feux de forêts et d’espaces naturels, tempêtes, inondations, épisodes méditerranéens, cyclones…Hier exceptionnels, ces événements, aujourd’hui de plus en plus fréquents et intenses, affectent l’ensemble de l’Hexagone et de nos territoires ultramarins. Ils exigent donc, là encore, d’anticiper et de consolider toutes les composantes du continuum de sécurité civile. Cet effort d’adaptation implique de renforcer à la fois la résilience de la société par une meilleure formation des citoyens et des élus à la gestion des risques et des crises, la coordination territoriale et nationale des acteurs autour des professionnels du secours, ainsi que les moyens capacitaires en accroissant les effectifs de sapeurs-pompiers, volontaires et professionnels,  et en modernisant leurs équipements grâce aux apports de l’innovation : intelligence artificielle, drones, robots, flotte souveraine d’avions bombardiers d’eau. 

Un tel effort implique un engagement budgétaire accru de l’État dans le renouvellement des moyens nationaux et dans le soutien à l’investissement des SDIS à travers la pérennisation des pactes capacitaires mis en place après les feux de forêts de 2022. Tout comme il requiert de réviser sans plus attendre le financement des SDIS, unanimement reconnu comme obsolète et à bout de souffle, pour doter les départements de ressources robustes et dynamiques, qu’elles proviennent des assurances, de l’activité touristique ou des métropoles.

Mises en exergue par le récent Beauvau de la sécurité civile, ces axes de réforme doivent, malgré les difficultés politiques et financières, alimenter rapidement une loi de modernisation très attendue par les acteurs du secours pour adapter la protection des populations aux défis et menaces du XXIème siècle et pour faire véritablement de la sécurité civile une politique publique structurante de notre sécurité nationale.

Col. Jean-Paul Bosland

La sécurité civile, composante méconnue de la sécurité intérieure

By Sécurité/Justice

– Par Patrick HERTGEL, médecin sapeur-pompier urgentiste à la BSPP, et maître de conférence à  SciencesPo Paris.

La sécurité civile constitue une composante généralement inattendue, et souvent méconnue, de la sécurité intérieure. Habituellement, la sécurité civile est plutôt regardée comme une force distincte de la sécurité intérieure : la première répondant schématiquement aux événements accidentels tandis que la seconde faisant face aux atteintes intentionnelles portées à l’ordre social.

En réalité, elle constitue pourtant un autre versant de la sécurité intérieure qui vient compléter les forces de sécurité publique, armées, dotées de prérogatives de puissance publique et de capacités de coercition.

C’est le droit positif en vigueur qui vient en premier lieu établir cette appartenance puisque ses principales dispositions relatives à la sécurité civile sont codifiées au livre VII du code de la sécurité intérieure. La sécurité civile y est préalablement définie à l’article L112-1 qui dispose qu’elle «  […] a pour objet la prévention des risques de toute nature, l’information et l’alerte des populations ainsi que la protection des personnes, des animaux, des biens et de l’environnement contre les accidents, les sinistres et les catastrophes par la préparation et la mise en œuvre de mesures et de moyens appropriés relevant de l’État, des collectivités territoriales et des autres personnes publiques ou privées. Elle concourt à la protection générale des populations, en lien avec la sécurité publique au sens de l’article L. 111-1 et avec la défense civile […]. »

Nous pouvons donc nous pencher brièvement sur les moyens et les missions des forces de sécurité civile en France.

 

Des moyens relevant largement de l’engagement citoyen 

Il convient tout d’abord de relever qu’aux termes de la loi « Toute personne concourt par son comportement à la sécurité civile. En fonction des situations auxquelles elle est confrontée et dans la mesure de ses possibilités, elle veille à prévenir les services de secours et à prendre les premières dispositions nécessaires ».

Chaque citoyen est ainsi le propre acteur de sécurité civile et ce concept est central dans la résilience nationale. Contrairement aux forces chargées de la sécurité publique qui constituent des administrations de l’État, civiles ou militaire, les moyens de la sécurité civile relèvent de divers statuts et pour une grande part des collectivités territoriales. Son administration centrale se trouve naturellement au ministère et l’intérieur à la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC).

La DGSCGC, outre ses missions classiques de conception des politiques publiques, de coordination des acteurs et de production normative, gère également un centre opérationnel de gestion interministérielle et crises (COGIC) et dispose d’un état-major qui exerce une autorité directe sur des moyens nationaux déconcentrés de sécurité civile : les régiments d’instruction et d’intervention de la sécurité civile (RIISC), les moyens aériens (avions et hélicoptères), les services de déminage et des établissements de soutien opérationnel et logistique (ESOL).

Cependant, l’essentiel des capacités opérationnelles de la sécurité civile ne relève pas directement de l’État mais se trouve dans les services d’incendie et de secours (SIS) dont l’organisation répond à modèle original à deux égards : une gouvernance bicéphale d’une part et un important recours au volontariat d’autre part. La majorité du territoire national est défendue par des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) à l’exception de la région parisienne et de la ville de Marseille. La Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) est une grande unité de l’Armée de terre, appartenant à l’arme du génie et placée à la disposition du préfet de police pour l’accomplissement des missions de sécurité civile. Le Bataillon de Marins-Pompiers de Marseille, relevant de la Marine nationale, relève quant à lui du maire de Marseille pour son financement et son emploi.

A l’exceptions de ces deux unités militaires, les SIS sont portés par des établissements administratifs territoriaux disposant d’une personnalité juridique et d’un conseil d’administration présidé de droit par le président du conseil départemental. Leurs ressources proviennent majoritairement des contributions du département ainsi que des communes et intercommunalités. C’est ainsi que la première originalité de ce modèle réside dans cette distinction entre les autorités de gestion, le conseil d’administration du SDIS, et d’emploi, le maire et le préfet du département principalement.

La seconde originalité se trouve dans la composition des ressources humaines puisque 80% des sapeurs-pompiers des SDIS sont des volontaires tandis que seuls 20% sont des professionnels. Les sapeurs-pompiers volontaires effectuent environ les deux-tiers des missions des SDIS ; ils exercent leur activité au titre d’un engagement qui nécessite une disponibilité souvent exigeante. Les SDIS emploient également des personnels administratifs, techniques et spécialisés (PATS)

Le maintien de cette disponibilité des sapeurs-pompiers volontaires est menacé par des contraintes réglementaires, notamment issues du droit européen qui tend à les considérer comme des travailleurs du fait notamment de leur indemnisation et du lien de subordination existant avec leur service. Il est également affecté par le fréquent éloignement du lieu de travail du lieu de résidence : il est ainsi difficile de disposer de sapeurs-pompiers volontaires disponibles aux heures ouvrables.

Au total, on dénombrait au 31 décembre 2023 en France 256 446 sapeurs-pompiers parmi lesquels 200 046 volontaires, 43 448 professionnels et 12 952 militaires. 

 

Des missions élargies et répondant aux enjeux sociétaux

Les missions de sécurité civile relèvent de l’exercice de la police administrative et sont donc placées sous la direction de l’autorité compétente en la matière : le maire, le préfet et le premier ministre (ou par délégation le ministre de l’Intérieur) selon leur périmètre et leurs enjeux.

Historiquement, la première mission de sécurité civile a constitué dans la lutte contre les incendies puis dans la réponse aux accidents, sinistres ou catastrophes. Progressivement, les sapeurs-pompiers se sont vus également confier les secours et les soins d’urgences aux personnes qui constituent actuellement les missions les plus nombreuses et, à plusieurs égards, parmi les plus dimensionnantes.

Les SIS assurent ainsi la protection des personnes, les animaux, des biens et de l’environnement en répondant aux risques courants, du quotidien, ainsi qu’aux risques particuliers, moins fréquents mais aux conséquences plus sévères.

Parmi ces risques particuliers, on distingue classiquement les risques naturels, les risques technologiques et les risques sociaux. Les forces de sécurité civile sont ainsi amenées à faire face aux phénomènes climatiques, aux feux d’espaces naturels, aux accidents industriels et aux attentats, troubles sociaux et violences urbaines. Les changements climatiques, les mouvements sociaux et les conflits armés entraînent une augmentation notable de ce type de situations.

L’inclusion de la sécurité civile au sein de la sécurité intérieure ne constitue pas uniquement une construction intellectuelle mais se manifeste également dans le fonctionnement et l’activité des services.

 

Patrick Hertgen