Centre de Réflexion
sur la Sécurité Intérieure
10 rue Cimarosa – 75116 PARIS
Verdict du procès Paty en appel : des larmes, des cris, et une « chape de plomb sur la tête » pour la famille de Samuel
Ce lundi 2 mars 2026, la cour d’assises spéciale de Paris, statuant en appel dans le dossier Samuel Paty, a condamné les quatre accusés à des peines allant de six ans de prison à quinze ans de réclusion. Abdelhakim Sefrioui écope à nouveau de quinze ans, Brahim Chnina voit sa peine ramenée à dix ans, et les deux plus jeunes accusés sont condamnés à six et sept ans.
– Tribune par le Général Bruno Courtois, animateur du Cercle Pégase, & Benoit Fayet, Consultant chez Sopra Steria et membre du Comité stratégique du CRSI
Dans un contexte global de rejet de l’occident et de tensions géopolitiques, la guerre hybride à l’encontre de nos démocraties, fondée sur l’omniprésence du numérique et des réseaux sociaux s’est considérablement accrue ces dernières années. La menace informationnelle, toute aussi concrète que les conflits « physiques », est une composante clé de cette conflictualité du quotidien : il n’est pas une semaine sans révélation d’une campagne informationnelle hostile, avec pour objectif de déstabiliser et affaiblir dans la durée la confiance dans nos institutions.
Les élections municipales en France pourraient devenir le prochain théâtre d’opérations de techniques de désinformation, comme le révèle une étude du Cercle Pégase, think tank dédié à la lutte informationnelle, et qui appelle à une résilience accrue sur ce sujet. (1)
Un nouveau défi pour les territoires déjà confrontés aux crises climatiques et sécuritaires
L’année 2025 a été marquée au niveau local en France, par plusieurs situations de crise liées au changement climatique (incendies, inondations, sécheresses), à l’insécurité ou aux activités criminelles (narcotrafic, …). Les élus et les collectivités territoriales sont en première ligne sur ces sujets, pour protéger et maintenir la confiance avec les citoyens, au quotidien ou lors d’évènements majeurs. Il s’agit d’être résilient à l’échelle des territoires : d’affronter ces événements et de décider le moment venu, d’agir, assurer la continuité des services publics et, in fine, préserver la qualité de vie d’un territoire ou la tranquillité publique.
A ces nombreux défis, s’ajoute le développement très rapide du numérique, des réseaux sociaux ou des IA génératives, qui dénature les situations de crise, banalise la violence, amplifie les réactions et la radicalité. Ainsi, des violences à destination des élus qui, au-delà des agressions physiques, ont désormais pour théâtre les réseaux sociaux. 36 % des maires disent avoir subi des menaces sur les réseaux en 2024, dont 24% des menaces de morts, selon un rapport du ministère de l’Intérieur. (2)
Les territoires, leurs institutions, les élus locaux, évoluent dans un contexte de « chaos informationnel », comme l’indique le Général Bruno Courtois, qui anime le Cercle Pégase, pour souligner le phénomène de submersion d’informations, difficiles à vérifier, nous exposant aux menaces et surtout aux manipulations. La désinformation a cette capacité insidieuse à empirer les crises auxquelles les sociétés font déjà face. Lors de catastrophes climatiques majeures, des fausses informations peuvent ainsi entraver les secours et annihiler les bons réflexes.
Des élections municipales, terrain de jeu idéal pour la désinformation
Les élections municipales vont constituer un moment favorable à nos adversaires pour diffuser rumeurs, fausses nouvelles et s’ingérer dans notre processus électoral. Si « aucune élection occidentale n’a été épargnée par des tentatives d’ingérence, de près ou de loin, depuis les années 2010 », selon Marc-Antoine Brillant, chef de Viginum, le service étatique de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, il n’y a pas d’enjeu clairement identifié de fraude à grande échelle, mais plutôt différentes menaces déstabilisatrices.
Le premier risque porte sur l’apparition de faux médias, des sites de presse fictifs ou des identités de sites usurpées. Dans sa récente étude, le Cercle Pégase a ainsi analysé et recensé les activités d’un réseau de désinformation russe, Storm-1516, et son mode opératoire consistant à générer massivement des articles sur des sites webs prenant l’apparence de la presse quotidienne régionale (PQR), articles ensuite relayés sur les réseaux sociaux. En récoltant et en analysant 15 000 de ces articles, en provenance de 24 sites webs, le Cercle Pégase démontre l’existence d’une démarche systématique visant à déformer l’actualité locale ou nationale, d’orienter vers des thématiques ou d’alimenter des récits. L’intérêt de générer une telle volumétrie d’articles est de pouvoir dissimuler les récits dans la masse.
Deuxièmement, des actions hostiles sont possibles comme la manipulation d’informations sur le déroulement du scrutin, la détérioration de l’image de certains candidats pour décourager la participation ou au contraire encourager le vote pour certaines listes, tous ces phénomènes étant amplifiés par la caisse de résonance numérique. Ces actions vont également se fonder sur des sujets sensibles pour les citoyens et des fractures déjà existantes, comme l’immigration, le contexte social ou le communautarisme. Une stratégie de déstabilisation qui peut aussi passer par un entrisme de mouvements radicaux, communautaires ou d’organisations criminelles sur des listes d’élus avec l’appui d’influenceurs par exemple. Des pressions et un entrisme là aussi, amplifiés et multipliés par le numérique.
Enfin, il peut s’agir, comme cela a été le cas lors d’élections locales ou nationales en Europe, de l’usage de comptes « inauthentiques » sur les réseaux sociaux (bots ou trolls pour donner l’illusion d’un mouvement de masse et republier massivement une fake news), de hashtags manipulés (publications coordonnées pour tromper les algorithmes de recommandation) ou enfin de deepfakes, enregistrement vidéo ou audio réalisé ou modifié grâce à l’intelligence artificielle, qui ciblent des thématiques à impact anxiogène, par exemple les faux témoignages d’agriculteurs générés par IA et devenus viraux lors des récentes manifestations fin 2025.
La culture de la résilience pour faire face à cette « guerre » informationnelle
L’objectif de cette « guerre » informationnelle à l’échelle locale est de s’attaquer à la confiance de la population envers les institutions ou personnes qui bénéficient encore de cette confiance, comme les maires, les élus de proximité (3) ou la presse locale. Il s’agit de briser les derniers liens locaux qui perdurent, alors que les liens nationaux ou européens sont beaucoup moins forts et d’affaiblir notre démocratie, en s’attaquant à son socle que sont les élections municipales.
Pour affronter ces défis, à l’aune des élections municipales à venir, il faut d’abord prendre conscience de la menace et s’y préparer au niveau des territoires, des élus et des médias locaux. Sur le long terme, il convient de poursuivre l’éducation aux réseaux sociaux, notamment en milieu scolaire pour démasquer les lacunes de la désinformation, mais aussi de se doter d’outils en appui de la stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l’information portée par le SGDSN, pour développer des capacités de supervision afin de veiller mais aussi collecter et analyser les données, anticiper, alerter et si besoin agir ou riposter. La menace informationnelle par nature croissante et durable impose de passer à une logique de « résilience offensive ».
Sources
(1) Désinformation électorale – le Cercle Pégase décrypte
(3) Les maires restent des figures de confiance pour 69% des Français qui leur font confiance contre 42% pour leur député et 22% pour leur gouvernement selon une enquête Sciences Po / CEVIPOF pour l’AMF réalisée par Ipsos en juin 2025
Quel système de défense structuré prévoir pour les citoyens dans l’espace public en contexte dégradé, de risque avéré de saturation totale, d’indisponibilité locale des Forces de l’ordre et du risque de pogrom
– Tribune par Pascal JACQUEMONT
L’actualité récente et les crises traversées par notre pays, qu’il s’agisse des émeutes de 2023 ou de la recrudescence d’actes violents à caractère idéologique ou crapuleux, révèlent
une fragilisation de la capacité de l’État à protéger efficacement tous les citoyens dans l’espace public, en particulier lors de situations de saturation des forces de l’ordre. La
montée de discours haineux, la circulation d’appels à la violence sur les réseaux sociaux, et la résurgence d’un climat de menace contre certaines communautés (notamment juive, mais
aussi contre les élus, les femmes et autres groupes vulnérables) imposent d’anticiper des scénarios de type pogrom ou d’incapacité temporaire ou sur une durée indéterminée du
maintien de l’ordre dans certains quartiers ou communes. Face à ce constat, il devient urgent d’envisager un système structuré permettant aux citoyens de participer, sous contrôle légal et institutionnel, à la défense et à la protection de leur environnement immédiat en cas d’indisponibilité des forces de sécurité. Plusieurs pistes, déjà prévues ou amorcées dans le droit et la doctrine, méritent d’être généralisées et renforcées :
1. Renforcement et généralisation des dispositifs existants de participation citoyenne
Le dispositif de participation citoyenne, encadré par la gendarmerie et les mairies, permet déjà d’impliquer des citoyens référents dans la vigilance et la prévention des atteintes à la sécurité publique. Ce réseau, basé sur le volontariat, la formation et la coordination avec les forces de l’ordre, pourrait être étendu à l’ensemble du territoire, y compris dans les zones périurbaines et rurales particulièrement exposées en cas de crise majeure. Son rôle doit être reconnu dans la détection précoce, l’alerte et la primo-intervention non violente, en privilégiant l’évitement de la confrontation et la mise à l’abri des personnes vulnérables. (1)
2. Mobilisation des réserves citoyennes et communales
La réserve communale de sécurité civile (RCSC), composée de citoyens volontaires et bénévoles placés sous l’autorité du maire, constitue un outil légal d’assistance à la population en cas de crise. Sa mission, centrée sur la sauvegarde, la prévention et l’appui logistique, doit être renforcée et mieux connue du public. Elle ne se substitue pas aux services de secours professionnels, mais offre une capacité de réaction locale en cas de saturation des dispositifs d’État. Son extension à tous les quartiers et communes, avec une segmentation fine et une ouverture aux résidents étrangers, permettrait d’assurer une couverture territoriale plus résiliante face aux menaces hybrides et aux situations de chaos temporaire. La mission d’une telle réserve généralisée devrait aussi contenir le primo traitement des débuts d’incendies à l’image de ce qu’auraient fait des groupes de citoyens à Lorient en juillet 2023, mais dorénavant dans un cadre relevant de la chaine de
commandement locale des services de secours. (2)
De plus, la réserve militaire opérationnelle est en plein développement, avec un objectif de doubler ses effectifs d’ici 2035 afin de renforcer le lien entre la Nation et la Défense. Les citoyens français âgés de 17 à 72 ans peuvent s’y engager pour soutenir les forces armées en cas de besoin, ce qui constitue un levier important d’implication citoyenne dans la sécurité nationale. Toutefois cette réserve limitée a surtout une vocation à la haute intensité et l’approche d’une force hostile serait de l’immobiliser autant que faire se peut par des actions dans les territoires. (3) Il convient donc de développer un dispositif citoyen de masse et dans la profondeur afin de libérer de la disponibilité des forces opérationnelles pour leur vocation première.
3. Diffusion d’une doctrine claire de protection citoyenne
La doctrine actuelle, notamment à travers le Guide des bonnes pratiques pour la sûreté des espaces publics (SGDSN), insiste sur la détection, l’alerte, la mise à l’abri et l’évitement de la confrontation. Il est urgent de compléter cette doctrine par un guide spécifique de défense citoyenne en situation de défaillance temporaire de l’État, à destination des municipalités, des gestionnaires d’espaces publics et des citoyens.
Ce guide devrait intégrer :
- Les procédures d’alerte et de coordination avec les autorités,
- Les gestes de premiers secours et de protection collective,
- Les limites de l’action citoyenne (éviter la constitution de milices, respect de la légalité et de la proportionnalité en cas de légitime défense). (4) (5)
- Le droit à la proportionnalité citoyenne surtout à des fins de légitime défense d’autrui dans l’espace public ou hors de son domicile ; celui-ci n’étant de fait pas encore reconnu (fiche R 2 , p84 du Guide des bonnes pratiques pour la sûreté des espaces publics reconnait des situations de légitime défense dans l’espace public mais n’accorde que le recours aux mains nues, crier , etc…)
4. Clarification du cadre légal de la légitime défense et de l’action citoyenne
La loi française encadre strictement la légitime défense : la riposte doit être simultanée à l’agression, proportionnée et justifiée par une atteinte réelle et injustifiée. Le port d’armes pour se défendre dans l’espace public est interdit sans motif légitime, et la participation citoyenne doit rester dans le cadre de l’assistance, de la vigilance et de l’alerte, non de la confrontation armée. (6) (7) Il convient de rappeler et de diffuser largement ce cadre pour éviter tout dérapage ou initiative individuelle dangereuse. A cet effet, Il convient aussi de créer au plus vite un cadre citoyen à la légitime défense d’autrui, assujetti à l’autorité régalienne, notamment hors du domicile, le temps que les forces de l’ordre interviennent et plus encore en cas d’indisponibilité des forces de l’Ordre comme vécu l’été 2023.
Le cas de l’attaque du domicile du maire de L’Haÿ-les-Roses, en famille, dans la nuit du samedi 1er au dimanche 2 juillet 2023 est emblématique : que peuvent faire les citoyens voisins de l’élu dans le cadre d’une approche d’urgence, selon un Guide public qui définirait un protocole inscrivant cette assistance à personne en danger
dans une chaine de commandement crée en la circonstance ? Idéalement , une telle approche devrait s’inscrire dans une vision élargie à un échelon communal de la réserve (réserve territoriale de gendarmerie / garde nationale) , s’appuyant sur les retraités disponibles, en particulier ceux qui ont eu une expérience militaire ou administrative , mais aussi des citoyens offrant des garanties. La zone d’action étant la commune du réserviste, il serait par nature compétent, connaissant son environnement mais aussi motivé pour le protéger sans solde.
5. Coordination préfectorale et municipale
En cas de crise majeure, il est indispensable de prévoir une chaîne de commandement claire, sous l’autorité préfectorale ou municipale, permettant d’activer et de protéger juridiquement les dispositifs citoyens, d’assurer leur formation, leur encadrement et leur reconnaissance, tout en évitant la constitution de milices incontrôlées. L’État doit offrir un cadre légal sécurisé et des moyens adaptés à ces initiatives, en s’appuyant sur l’expérience acquise lors des crises récentes et sur les dispositifs existants de réserve et de participation citoyenne.
6. Préparation et sensibilisation de la population
La diffusion prochaine du guide « France résiliante » à tous les foyers, qui détaillera les conduites à tenir en cas de menaces graves (catastrophes, cyberattaques, conflits armés), constitue une avancée pour la préparation individuelle et collective. Il convient de l’accompagner d’une campagne de formation et de sensibilisation à la sécurité civile, à la vigilance, à la solidarité de voisinage et la légitime défense d’autrui. (8)
En conclusion
La situation actuelle impose de doter la France d’un système citoyen légal, encadré, transparent et efficace, permettant de pallier temporairement les carences des dispositifs d’État en cas de crise majeure, tout en préservant l’État de droit et la cohésion sociale. Nous appelons les ministères et les préfectures à engager sans délai des actions concrètes pour structurer, diffuser et protéger ces dispositifs, afin que chaque citoyen puisse participer à la défense de la communauté locale dans le respect des valeurs républicaines et des droits fondamentaux.
Sources
(1) https://www.gers.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Securite-et-Protection-de-la-Population2/Securite-interieure/Dispositif-de-participation-citoyenne
(2) https://www.isere.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Risques-majeurs/Collectivites/Planification-PCS-PICS-DICRIM-etc.-et-exercices/La-reserve-communale-de-Securite-civile-RCSC
(3) https://www.defense.gouv.fr/actualites/reserve-militaire-pilier-defense-nationale)[[4]](https://www.francetvinfo.fr/societe/armee-securite-defense/armee-le-gouvernement-francais-veut-doubler-le-nombre-de-reservistes_7134924.html
(4) https://www.gers.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Securite-et-Protection-de-la-Population2/Securite-interieure/Dispositif-de-participation-citoyenne
(5) https://www.leger-avocat.fr/legitime-defense—quelles-sont-les-conditions-pour-en-beneficier–_ad130.html)[[6]](https://www.universalis.fr/encyclopedie/legitime-defense/
(6) https://www.isere.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Risques-majeurs/Collectivites/Planification-PCS-PICS-DICRIM-etc.-et-exercices/La-reserve-communale-de-Securite-civile-RCSC
(7) https://www.defense.gouv.fr/actualites/reserve-militaire-pilier-defense-nationale
(8) https://news.milipol.com/crisis-management-french-european-and-global-perspectives/





