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Olivier Debeney

L’Intelligence Économique française : 30 ans et toujours naïve ?

By Dernièrement

Plus aucun Comex ne peut nier la puissance de l’intelligence économique (IE) !

Par Antoine de Tournemire


Si le renseignement passe pour le plus vieux métier du monde, le renseignement économique semble, lui, avoir tardé à se faire une place. Officiellement du moins. Certes, rappelait Alain Juillet, lors du colloque co-organisé par l’École de Guerre économique et la DGA, De Gaulle envoya des chargés de mission au Japon pour étudier l’informatique dans les années 1960…  Las ! Quand son ancien patron du Sdece (ancêtre de la DGSE), le général de Marolles remit deux plans stratégiques japonais aux constructeurs français : “ceux-ci ne surent qu’en faire…, s’étouffe l’ancien espion (…) Puis le métier s’est perdu.”

C’est durant son passage dans le privé, au poste de DG de Jacob Suchard, qu’Alain Juillet confie avoir découvert ce qu’on nommera l’IE lors d’un stage à Berkeley en 1988. Il y prend conscience que “le marketing fait partie de l’influence”. Partant, le benchmarking (le renseignement sur les concurrents), impose un nouveau métier et une nouvelle offre… Mais le concept est encore flou.

Ce n’est qu’en 1993, rappelle-t-il, que le cabinet britannique Control Risks organise le premier  séminaire pour le “renseignement d’entreprise” à Bruxelles. Le rapport Martre sortira l’année suivante en alertant sur le retard de la France dans le domaine et dans l’urgence de créer une filière.

Un accueil… réservé

Mais, “seuls 5 à 6% des dirigeants avaient compris qu’il fallait passer à l’offensive !” se souvient  un participant du colloque de l’École militaire. Si Edouard Balladur est classé parmi les convertis, avec Michelin ou Dassault,  d’autres tels “Philippe Jaffré (PDG d’ELF Aquitaine) venait en touriste…”(…) “même les banques ou le MEDEF mirent du temps à comprendre…

Quelques années plus tard, le président Chirac demande à Alain Juillet, alors qu’il dirige le renseignement à la DGSE, de “s’occuper de l’IE”. Mission qu’il prendra à bras le corps dès 2003 “dans un bureau et avec deux téléphones pour commencer au sein du SGDN (Secrétariat général de la défense nationale”. Pour évangéliser, il suit les conseils de Michèle Alliot Marie lui conseillant de commander un second rapport…

2003 : le rapport Carayon pour structurer l’IE.

Reprenant le constat et les solutions du rapport d’Henri Martre de 1993, celui de Bernard Carayon alerte également sur le retard de la France en matière d’intelligence économique (IE) par rapport à ses concurrents. En cause :

  • Le cloisonnement et circulation élitiste de l’information : L’information stratégique est souvent cloisonnée entre les administrations, les entreprises et les organismes de recherche, ce qui limite sa diffusion et son exploitation. De plus, la circulation de l’information est souvent réservée à une élite, ce qui exclut la grande majorité des acteurs économiques.
  • L’insuffisance des liens entre les secteurs public et privé : La collaboration entre le public et le privé en matière d’IE est souvent insuffisante, ce qui limite l’efficacité des actions entreprises.
  • Le manque d’intérêt global pour l’IE : L’IE n’est pas encore suffisamment considérée comme un enjeu stratégique par l’ensemble des acteurs économiques, ce qui freine son développement.

Or, face à une mondialisation de plus en plus concurrentielle et à des puissances étrangères développant des pratiques offensives de plus en plus sophistiquées, l’IE est devenue un outil indispensable pour protéger les intérêts stratégiques de la France et assurer la compétitivité de ses entreprises.  “L’IE est une réponse à une mondialisation agressive. Ces rapports furent l’enterrement de la naïveté française” résume l’ancien député Carayon. 

Contexte multi-menaces

Des alliés… concurrents

En effet, l’IE s’impose dans un monde ambigu dans lequel USA et UK sont partenaires et concurrents. “En France, en effet, l’IE arrive avec les Américains. Dès le Plan Marshall, les bailleurs de fonds exigent un suivi par leurs cabinets de conseils qui franchissent alors l’Atlantique…  Le ver était dans le fruit”, résume en souriant un professionnel. 

Les exemples de la guerre économique ne manquent hélas pas. Chacun se rappelle du boycott américain des vins, notamment, lors du refus de la France de prendre part à la 2e guerre du Golfe. Quelques années plus tard, en 2001, les USA se sont dotés de lois extraterritoriales que nous avons pu découvrir avec l’affaire Alstom dans laquelle un dirigeant fut incarcéré aux USA pour des faits présumés de corruption. On se souvient également des rapports quotidiens d’activité exigés par le  FBI aux employés américains du fleuron français. Tout le monde a le souvenir amer de  l’amende record de la BNP pour avoir réalisé des transactions en dollars avec l’Iran. En effet, les USA s’arrogent le droit de demander des comptes à des entreprises étrangères, exerçant hors des États-Unis dès lors  que celles-ci utilisent le Dollar ou des plateformes américaines aussi répandues que Gmail… 

Une guerre économique

Les Chinois imposent également  leurs règles en s’inspirant de lois extraterritoriales américaines et attaquent. On se souvient d’Areva dont le réseau a été pénétré pendant 3 ans dans les années 2010 et dont l’enquête montrait que l’administrateur était – ô surprise – localisé dans l’Empire du milieu… Ce que le sénateur Jean-Baptiste Lemoyne résume clairement : “La Chine lamine la France depuis 25 ans.”

Une guerre informationnelle

Cyberactivisme, tensions géopolitiques, attaques pirates pour l’argent et pour l’influence sont quotidiennes. Hacker un hôpital français, ce n’est pas pour l’argent (ces établissements n’en n’ont pas) mais bel et bien pour affaiblir l’État. Comme il fut aussi visé par les attaques informationnelles sur TV5, enfin, la guerre économique (connaître son concurrent, ses brevets, ses faiblesses, ses contacts, ses devis, le désinformer, médiatiser ses failles, etc).

La transparence et l’éthique

Au-delà de leurs process, les entreprises cotées doivent également s’assurer de l’intégrité des entreprises partenaires.

Les solutions du rapport

L’IE doit être intégrée à la culture de toutes les entreprises et administrations françaises. Sensibilisation de l’ensemble des acteurs économiques à l’importance de l’IE et de leur donner les outils nécessaires pour la mettre en œuvre.

Créer des synergies entre le public et le privé en matière d’IE. Mise en place des dispositifs de partage d’information et de développer des partenariats entre les administrations et les entreprises.

Doter la France d’une stratégie nationale d’IE qui doit définir les objectifs et les moyens qui seront mis en œuvre pour les atteindre.

L’IE doit être utilisée par les entreprises françaises pour protéger leurs intérêts stratégiques et gagner des parts de marché. Cela implique de leur donner les outils et les ressources nécessaires pour développer une stratégie d’IE efficace.

Parmi les mesures adoptées, les ministères créent un “correspondant IE”. Hélas ! “Lors des réunions du Comité pour la compétitivité et la sécurité économique”, se rappelle Alain Juillet, “chacun campait sur ses positions : la DST dans le secret, Bercy dans sa prétention coutumière, le Quai prenait le thé. Seule la Défense, via la DGSE prêchait pour l’IE. Même le monde de la recherche boudait l’IE car elle allait à l’encontre de leur culture du partage. Les PME n’en comprennent pas plus”…

30 ans d’IE et après ?

Aujourd’hui, Carayon souhaite une plus importante impulsion de l’État. Il a été entendu puisque la DGA, par exemple, vient d’ouvrir une sous-direction à l’IE. L’ancien député souhaite également la création d’un fonds stratégique d’influence. Il appelle enfin de ses vœux que le secret des affaires ne relève plus du civil mais du pénal. Et de citer parmi les menaces “l’intelligence artificielle (qui) massacre le droit d’auteur, crée des deep fakes ou les agences anglo-saxonnes qui notent tout !

Les acteurs de l’IE s’accordent sur le fait que l’IE est mâture en 2024. Il y a 30 ans, l’américain Kroll et le britannique Control Risks régnaient en maître. Aujourd’hui, la France compte de nombreuses entreprises d’IE.  Même des PME “ont compris” et “y recourent”. Ils regrettent, toutefois, que le secteur privé traîne des pieds. “On a été naïfs, résume le général Bonnemaison, commandant de la cyberdéfense. Tous les pays recourent à l’IE. Ça n’est pas très bien. Mais c’est nécessaire.”  “On s’est loupé sur l’offensive. Alors que les autres ne se gênent pas” déplore  Alain Juillet. “Les entreprises ont peur. Mais elles doivent y aller ! Nous sommes en guerre informationnelle.  La pensée unique est un désastre. Or on doit apprendre à manipuler les autres. On doit être curieux et savoir ce qu’il se passe ailleurs. Il faut regarder comment font les autres. Même les Indiens ! (…) Le CAC 40 commence à le faire. Mais surtout dans les domaines touchant à la défense”. 

RGPD & IA ACT

Les acteurs de l’IE déplorent un flou opérationnel certain. Prenons le “scrapping”. Extraire les données en masse est-il autorisé ? “juridiquement, les agences françaises ont moins de droits que les entreprises étrangères pour traiter les datas nationales…” signalent les experts. Le RGPD, par exemple,  empêche les entreprises européennes de collecter des informations sur les USA. Alors que de leur côté, ces derniers le peuvent… La CNIL a ainsi condamné Clearview à 20 millions $ pour sa collecte de photos de visages en ligne à des fins de reconnaissance faciale. Mais l’entreprise américaine continue et ne paie pas…  L’UE a aussi “pondu” un “IA Act” qui réglemente excessivement les entreprises et empêche l’Europe de se défendre. 

Bref, conclut un intervenant : “On s’est enlevé une capacité à se défendre. Et on a donné une arme aux autres !”. 

RÉCIPROCITÉ

La BNP a payé 8.9 milliards $ d’amende pour avoir violé un embargo économique – qui ne concernait pas la France –  par le simple fait même d’avoir utilisé le dollar pour des virements … L’UE, conclut Alain Juillet, doit se doter comme les USA et la Chine de lois extraterritoriales”. 

En faisant un sursaut en matière d’IE, la France peut protéger ses intérêts stratégiques et assurer la compétitivité de ses entreprises. Et les talents ne manquent pas. Fin mars, une équipe française de hackers éthiques remportait pour la seconde fois au concours de piratage Pwn2Own d’une Tesla.

 


Antoine de Tournemire est directeur de l’agence d’e-réputation Laudans depuis 2012. Diplômé de l’École Supérieure de Journalisme de Paris, il a exercé dans la presse magazine (VSD, Valeurs Actuelles, Figaro Magazine…) puis sur le pure player Atlantico. Auteur de « Manager son e-réputation » (Ellipse), il sensibilise aujourd’hui le monde de l’entreprise aux problématiques de la réputation en ligne et intervient, notamment, dans la formation du diplôme SIR (Sûreté, Information, Renseignement) de Paris II Assas.

L’attractivité de la France à l’épreuve de l’insécurité

By Ils en parlent !

La France reste le pays le plus attractif en Europe, mais le développement de la violence et l’instabilité sociale pourraient bien changer la donne. Prendre des mesures face à l’insécurité devient donc une nécessité économique également

Par Alexia Germont


La France conserve donc la première place du podium de l’attractivité en Europe

La 7e édition du rendez-vous économique des industriels et des investisseurs étrangers, Choose France, avait cette année pour thème « France, terre de champions. Ce millésime 2024 a permis l’annonce de 56 projets d’investissements répartis sur le territoire national, à 65% d’origine européenne. Ce sont également quelques 10 000 promesses d’emplois annoncées par le gouvernement dans des secteurs aussi variés que la R&D, l’intelligence artificielle, la décarbonation et même le quantique. A quelques encablures désormais des JOP 2024, notre pays conserve donc la première place du podium de l’attractivité en Europe, et ce pour la cinquième année consécutive. L’exécutif, en peine de nouvelles économiques positives sur fond de dette publique vertigineuse, s’appuie sur ses réalisations pour se féliciter de ce succès : modification de l’environnement fiscal des entreprises pour le rendre plus favorable à l’investissement, mise en place du plan France Relance 2023… sans oublier une campagne de communication internationale à destination des leaders d’opinion pour ancrer définitivement l’idée que la France sait être audacieuse, attractive et favorable aux investisseurs.

Le travail de simplification des normes porte ses premiers fruits, notamment par l’effet de la loi dite « Industrie Verte » d’octobre 2023 qui notamment assouplit le cadre d’implantation des usines, mais l’honnêteté intellectuelle conduit toutefois à souligner que des économistes, tels Laurent Izard par exemple, relativisent le succès de Choose France en soulignant que les décisions d’investissement sont souvent liées à l’octroi en parallèle de subventions publiques et qu’elles reflètent parfois une logique d’un capitalisme de prédation d’investisseurs étrangers opportunistes.

Sans confiance, point d’intérêt dans les meilleures perspectives de rentabilité.

Quel avenir ?

Cette cartographie de l’attractivité française posée, il est légitime de se projeter vers l’avenir pour identifier non les points de blocage à améliorer, mais bien plus les éléments déclencheurs de la décision d’investissement et assurer ainsi sa pérennité. Or, l’élément pivot fondateur n’est rien d’autre que la confiance. Sans confiance, point d’intérêt dans les meilleures perspectives de rentabilité. Pensons-nous que sans confiance, les états-majors d’entreprises d’Amazon, Pfizer, Thermomix, Morgan Stanley, ou McCain par exemple, amplifieront à l’avenir leurs décisions d’investissement et que d’autres entreprises se décideront à investir en France ?

Lucide. L’entreprise EY, dans son baromètre sur l’attractivité de la France publié le 2 mai dernier pose la question plus sous l’angle de la confiance économique et fiscale en affirmant que « les investisseurs sont confiants sur l’attractivité de la France ». La confiance fiscale est peut-être revenue grâce à la stabilité fiscale, mais celle-ci se heurtera nécessairement aux challenges économiques, sociaux et environnementaux qui nous attendent. EY s’interroge également en ces termes « Alors, quel regard suivre ? Celui des observateurs de l’aiguille de la dette ou de la polarisation de notre société ? Ou celui des acteurs du business international qui trouvent que la France constitue aujourd’hui un pôle de stabilité dans un monde qui en manque cruellement ? ».

Portons un regard lucide

Portons un regard lucide sur la réponse à cette question. La polarisation de notre société entraîne une montée continue de la violence, que nos compatriotes entrepreneurs et industriels perçoivent parfaitement. Elle se manifeste également par une instabilité sociale et parfois même des épisodes de violences non contrôlésengendrant des pertes financières pour notre tissu économique. Malheureusement, il existe un risque que la confiance des investisseurs étrangers s’érode face à la dégradation du climat sécuritaire de notre pays : les traditionnels « frottements sociaux », vus jusqu’ici comme une marque de « l’exception française », dégénèrent désormais fréquemment en affrontements en règle dans une société clivée. De ce point de vue, le rapport de la Commission d’enquête du Sénat rendu en avril dernier chiffre à un milliard d’euros le coût des émeutes de l’été 2023, rappelant que 2.500 bâtiments et 12.000 véhicules ont été incendiés lors de cet épisode de violences. Une ampleur sans commune mesure avec les émeutes de 2005. De même, les images des violences lors des contestations de la réforme des retraites ont eu un effet désastreux à l’étranger.

Le tissu économique nécessite, pour se développer et rester attractif, une réelle stabilité de la situation sécuritaire du pays, dans un contexte tant d’instabilité géopolitique que d’échéances électorales. Les outils productifs sont le fruit d’efforts continus de nos entreprises. L’attractivité de la France se maintiendra si la sécurité de son appareil productif est préservée.

Retrouvez l’article sur le site de l’Opinion

Alexia Germont est membre du comité stratégique du CRSI.Alexia Germont

Contre la délinquance des jeunes, osons… la prévention ! Tribune de Bruno Pomart

By Ils en parlent !

L’augmentation de la délinquance est un phénomène ressenti par la grande majorité des Français, quelles que soient leurs situations socioprofessionnelles et leurs origines géographiques. Ainsi, depuis de nombreuses années, les sondages et les enquêtes d’opinion se suivent et… se ressemblent !

Tribune de Bruno Pomart


La situation sécuritaire est préoccupante.

Qui ignore encore que dans nos villes, nos campagnes, mais plus encore dans les cités sensibles qu’on appelle “quartiers prioritaires de la ville” (QPV), la sécurité constitue l’une des principales préoccupations des habitants ? La concertation qui vient d’être réalisée dans le cadre de la nouvelle génération des contrats de ville 2024-2030 en témoigne.

Les phénomènes de bandes violentes sont caractéristiques de l’insécurité au quotidien pour les habitants de ces quartiers : affrontement entre elles pour la maîtrise d’un territoire ou du marché de la drogue et prise à partie de la police considérée comme une bande rivale…L’actualité est riche et souvent dramatique, et pas seulement qu’à Marseille!

Sans nier l’intérêt des opérations coup de poing menées contre le crime organisé et les trafics en tout genre tenus par des voyous sans foi ni loi,  notre expérience sur le terrain nous démontre clairement que pour contrer la délinquance notamment celle des plus jeunes, les réponses essentiellement répressives ne suffisent pas. 

Voilà plus de quarante ans que, face à l’augmentation incessante d’une délinquance de plus en plus violente et de plus en plus jeune, nos dirigeants réfléchissent aux moyens de doter notre arsenal législatifs de nouveaux moyens répressifs.  Des lois, des lois et encore des lois…combien depuis 20 ans ? Et la prochaine c’est pour quand ?

 

Comme souvent en France, c’est une série de faits divers dramatiques, spectaculaires et particulièrement médiatisés qui suscite la  réaction de nos dirigeants politiques. Les débats sur “l’ensauvagement” de notre jeunesse se succèdent. Oui, l’hyperviolence d’une partie de la jeunesse n’est pas un mythe.  

La liste des victimes est longue et les marches blanches interminables : 

  • Thomas à Crepol,
  • Shemseddine à Viry-Chatillon,
  • Philippe à Grande-Synthe,
  • Matisse à Châteauroux.

Qui d’autres demain ?

La sécurité doit être assurée partout et constitue un droit fondamental

Parce que la sécurité doit être assurée partout et constitue un droit fondamental pour l’ensemble des citoyens, une action soutenue doit être menée dans ces quartiers à la fois pour combattre la délinquance sous toutes ses formes mais aussi pour prévenir celle-ci. Diminuer le sentiment d’insécurité, favoriser la participation des habitants à leur sécurité, et rapprocher les institutions de la population doivent être des priorités.

Nous sommes convaincus, plus que jamais, que la prévention doit être un pilier essentiel des politiques de sécurité. 

On ne le répètera jamais assez. La prévention de la délinquance, orientée en particulier vers les mineurs et les jeunes adultes, concourt non seulement au rétablissement de la sécurité et de la tranquillité publiques, mais elle contribue aussi à assurer la cohésion sociale dans les quartiers ! Il y a une urgence, car notre pays n’a jamais autant été fracturé.

 

Raid Aventure s’inscrit dans cette dynamique de “reconquête républicaine”

L’association Raid Aventure, que j’ai l’honneur de présider depuis plus de 30 ans,  s’inscrit clairement dans cette dynamique de “reconquête républicaine”. Quotidiennement près de 350 policiers, gendarmes, policiers municipaux, pompiers, douaniers, tous bénévoles de l’Association, investissent les quartiers les plus sensibles de notre pays, pour remettre du lien entre la police, la population et plus particulièrement la jeunesse, tout cela en privilégiant une éthique de la responsabilité et de l’engagement très éloignée de la culture de l’excuse en vogue.

Promouvoir le dialogue, la citoyenneté et les valeurs de la République à travers des activités ludiques, sportives et citoyennes sont notre ADN et, à en juger les retours du terrain, ça paie ! Aux jeunes adolescents que nous accompagnons dans le cadre de notre dispositif “Prox Aventure”, nous parlons de respect de l’uniforme, de discipline, de travail, d’effort et de patriotisme ! Notre récompense ? Leur sourire et leur enthousiasme ! Et pour certains, le projet d’intégrer la maison police !

Fort du soutien de nos partenaires historiques (le ministère de l’Intérieur, le ministère de la Ville, l’Agence nationale de la cohésion des territoires, les collectivités locales etc.), nous continuerons nos actions de prévention. Notre ambition est renforcée par un constat qui ne souffre d’aucune contestation: la police nationale pâtit encore d’un déficit d’image auprès d’une certaine jeunesse, celle issue notamment des quartiers sensibles. Dans ces territoires particulièrement fragiles, les risques d’exclusion sociale et le sentiment d’abandon ressenti par une partie de la population, en particulier les plus jeunes, constituent sans aucun doute des facteurs facilitant le passage vers la délinquance. 

 

La prévention doit être un pilier essentiel des politiques de sécurité

La loi relative à la sécurité globale du 25 mai 2021 a certes permis d’attribuer -en dépit de la censure de certaines dispositions par le conseil constitutionnel- des moyens et des ressources nouvelles aux acteurs de la sécurité : renforcement des prérogatives des polices municipales, meilleur encadrement de la sécurité privée, élargissement de l’accès à la vidéo-protection et des drones pour les forces de l’ordre, renforcement de la répression des infractions commises à l’encontre des policiers et des gendarmes, etc. Nous ne pouvons que saluer ces avancées, car elles étaient attendues par les principaux acteurs de la sécurité, mais quid de la prévention, ce pilier essentiel des politiques de lutte contre la délinquance ?

Gageons dès lors que la nouvelle stratégie nationale de prévention de la délinquance (SNDP) actuellement en cours de préparation par le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) sera à la hauteur des défis. L’Association Raid Aventure a fait des propositions dans le cadre des groupes de travail de cette instance qui devraient enfin permettre d’apporter des réponses aux dysfonctionnements trop souvent constatés sur le terrain : bureaucratie, empilement de certains dispositifs, querelles d’égo, choc des cultures professionnelles etc. Il est temps d’y mettre fin !

 

Écoutons les véritables acteurs de terrain et faisons preuve de pragmatisme et d’imagination. C’est comme cela que nous donnerons à la prévention ses véritables lettres de noblesse. Il y a nécessité  car avec la répression on éteint l’incendie dans l’urgence et avec la prévention on construit dans la durée ! Alors contre la délinquance des jeunes, osons… la prévention !

 


Bruno Pomart est ex-policier du Raid – Major de Police,
Président fondateur de l’association Raid Aventure, Maire de Belflou (Aude),
Chevalier de la Légion d’honneur et de l’Ordre national du Mérite.

Notice rouge Interpol

By Institutions

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

À la suite de l’évasion de Mohamed Amra au péage d’Incarville, où deux agents pénitentiaires ont été assassinés et trois autres ont été blessés (dont deux gravement), Interpol a émis une notice rouge à son encontre.

Qu’est-ce qu’une notice rouge ?

Une notice rouge est une demande internationale d’arrestation et d’extradition émise par Interpol à la demande d’un pays membre de cette organisation internationale. Elle vise à localiser et à arrêter un individu recherché en vue de son extradition vers le pays demandeur pour qu’il y soit jugé et/ou y purge une peine.

 

Comment cela fonctionne ?

Tout commence par une demande émanant d’un pays membre d’Interpol. Dans le cas de Mohamed Amra, ce sont les autorités françaises qui ont sollicité l’émission de la notice rouge, fournissant à Interpol des informations détaillées sur le fugitif, son physique, ses empreintes digitales et les charges retenues contre lui.

Interpol examine la demande et, si elle est conforme aux critères définis par l’organisation, elle diffuse la notice rouge, ce qui enclenche une série de mesures :  les informations sur le fugitif sont intégrées aux bases de données d’Interpol, les agents aux frontières sont alertés, et les enquêtes s’intensifient à l’échelle internationale.

 

Conditions d’utilisation ?

  • Lorsqu’un individu a été condamné pour un crime grave et qu’il s’est soustrait à l’exécution de sa peine.
  • Lorsqu’un individu est considéré comme un danger pour la sécurité publique.
  • L’individu recherché doit être clairement identifié.
  • Le crime pour lequel il est recherché doit être passible d’une peine d’au moins un an d’emprisonnement dans le pays demandeur.
  • Le pays concerné doit s’engager à extrader l’individu recherché s’il est arrêté.

D’autres notices

Il existe sept autres notices Interpol :

Jaune : personnes disparue

Bleue : informations complémentaires

Noire : personnes décédées non identifiées

Verte : mise en garde et renseignements

Orange : menace imminente

Mauve : mode opératoire

Spéciale Interpol-Conseil de sécurité des Nations Unies :
entités et personnes visées par des sanctions du Conseil de sécurité.

L’Organisation internationale de la police criminelle (INTERPOL)

By Institutions

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

Interpol, l’Organisation internationale de police criminelle, est composée de 196 pays membres. Fondée le 7 septembre 1923, son siège se situe à Lyon. Interpol joue un rôle crucial dans la coordination des efforts policiers internationaux et la facilitation de l’échange d’informations entre les pays membres pour lutter contre la criminalité et le terrorisme dans le monde.

 

En bref

La criminalité et le terrorisme ne connaissent pas de frontières.

Face à ces fléaux, Interpol souhaite favoriser une “collaboration entre les autorités de police des pays membres pour créer un monde plus sûr.

A cette fin, Interpol leur permet d’échanger et d’accéder à des informations sur les infractions et les criminels en leur apportant un appui technique et opérationnel.

Chiffres clés

  • 196 pays membres
  • Plus de 1 000 agents
  • 7 bases de données contenant plus de 80 millions d’enregistrements
  • Plus de 100 000 notices rouges actives
  • Participation à plus de 15 000 opérations internationales chaque année

Un rôle central dans la coordination des efforts policiers

Au cœur de sa mission, Interpol centralise et analyse les données provenant des forces de l’ordre du monde entier, favorisant une approche concertée face aux criminels qui outrepassent les frontières.

L’organisation met à disposition des pays membres une plateforme sécurisée d’échange d’informations, I-24/7, permettant une communication fluide et instantanée entre les forces de l’ordre.

Quelles sont ses missions ?

Elles s’articulent autour de quatre axes principaux :

Lutter contre la criminalité organisée : Trafic de drogue, d’armes et d’êtres humains, blanchiment d’argent, corruption, etc.

Soutenir les enquêtes et les opérations internationales : Coordination des enquêtes, échange d’informations, déploiement d’équipes d’intervention, etc.

Promouvoir la coopération policière internationale : Renforcement des capacités des forces de l’ordre nationales, échange de bonnes pratiques, etc.

Prévenir la criminalité et le terrorisme : Analyse des tendances criminelles, sensibilisation du public, formation des forces de l’ordre, etc.

Quels outils et services ?

Interpol met à disposition de ses pays membres une large gamme d’outils et de services :

Les notices : Interpol émet différents types de notices, comme les notices rouges pour les personnes recherchées, les notices bleues pour les personnes disparues et les notices vertes pour les personnes témoins ou susceptibles de fournir des informations utiles. Elles sont diffusées à tous les pays membres et permettent aux forces de l’ordre d’identifier rapidement les individus recherchés.

Les bases de données : Interpol gère plusieurs bases de données contenant des informations sur les personnes recherchées, les documents de voyage volés ou perdus, les empreintes digitales et les modus operandi des criminels. Ces bases de données permettent aux enquêteurs d’effectuer des recherches croisées et d’établir des liens entre des affaires apparemment distinctes.

Les équipes d’intervention : Interpol peut déployer des équipes d’intervention spécialisées pour apporter un soutien aux pays membres dans le cadre d’enquêtes complexes ou d’opérations à haut risque. Ces équipes sont composées d’experts dans divers domaines tels que la criminalistique, le renseignement et le cybercrime.

Qui pilote Interpol ?

La structure de gouvernance d’Interpol comprend plusieurs instances :

Le Secrétaire général : Nommé par l’Assemblée générale, il dirige le Secrétariat général d’Interpol et assure la gestion courante de l’organisation.

L’Assemblée générale : Réunit tous les trois ans les représentants de tous les pays membres et définit les orientations stratégiques de l’organisation.

Le Comité exécutif : Composé de 19 représentants des pays membres, il supervise les activités quotidiennes d’Interpol et assure la mise en œuvre des décisions de l’Assemblée générale.

Les Bureaux centraux nationaux (B.C.N.) : Chaque pays membre a son propre B.C.N., qui est le point de contact national pour Interpol. Les B.C.N. sont responsables de la collecte et de l’échange d’informations criminelles avec Interpol et les autres pays membres.

Quatre langues officielles

  • Français
  • Anglais
  • Espagnol (depuis 1955)
  • Arabe (depuis 1999)