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Trafic de drogue l’état de la menace

By Sécurité/Justice

Trafic de drogue l’état de la menace

En France, l’ampleur du trafic de drogue fait peser un risque majeur sur la société dans son ensemble : problèmes sanitaires, corruption, déstabilisation des services de l’Etat.


Une infiltration croissante dans toutes les strates de la société française

  • En 2023, selon l’Oce antistupéfiants (OFAST), le chire d’aaires annuel du trafic de drogue est évalué à 3 milliards d’euros.
    → 240.000 personnes en vivent directement ou indirectement en France, 21.000 à temps plein.
  • En novembre 2022, la procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, en charge notamment de la juridiction nationale chargée de la lutte contre la criminalité organisée (Junalco) jugeait que « le niveau de la menace est tel que l’on détecte des risques de déstabilisation de notre État de droit, de notre modèle économique, mais également de nos entreprises, à un niveau stratégique majeur. La menace que font peser ces groupes criminels sur la société est « une question de porosité. Elle découle du degré de corruption à diérents niveaux. On le voit dans certains dossiers en cours d’instruction. L’un est déjà passé à l’audience, à la suite d’une aaire de corruption douanière [cinq anciens dirigeants de la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières ont été condamnés, le 24 septembre 2022, à des peines de prison pour des dérives liées à la gestion d’un informateur]. L’étape d’après, c’est la corruption de la police, ou des magistrats. C’est-à-dire une infiltration des agents engagés à lutter contre la criminalité ».

Sans “choc d’autorité” la France risque donc de devenir un proto-narco-Etat comme peuvent l’être selon certains analystes la Belgique ou les Pays-Bas.

« Sans exagérer, sans fantasmer, il faut se dire que tous les dossiers en cours démontrent aujourd’hui que la réalité de l’infiltration de nos sociétés par les réseaux criminels dépasse toutes les fictions », Laure Beccuau Procureure de Paris.

La banalisation des règlements de comptes

  • En 2023, dans les zones de compétences de la police, 315 homicides ou tentatives d’homicide entre malfaiteurs sont liés au trafic de drogue, soit une hausse de 57% en un an, rapporte le directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Veaux. Et d’ajouter : « Cette violence s’étend à des villes de taille moyenne, un peu partout sur le territoire ».

Les zones portuaires et aéroportuaires : points d’entrées privilégiés

  • En règle générale, en France, 80% des drogues saisies arrivent par voie maritime.
  • En 2022, 156,7 tonnes de drogue ont été saisies ;
    128 tonnes de cannabis, soit une augmentation de 15% par rapport à 2021, 27 tonnes de cocaïne (+5%), 1,4 tonne d’héroïne (+8%), 273 kilos d’amphétamines et de méthamphétamines (+21%).
  • En 2022, selon l’Oce européen des drogues et toxicomanies (OEDT), 303 tonnes de cocaïne ont été saisies, contre 58,4 tonnes en 2010, dont respectivement 110 tonnes à Anvers, 47,5 tonnes à Rotterdam, 10 tonnes saisies en France. A noter que seulement 6% des conteneurs européens transitent en France ;
  • Une corruption grandissante : « Tout s’achète : 35 000 euros pour un badge d’accès à un terminal, 100 000 euros pour recruter un conducteur de chariot-cavalier (portique de manutention de conteneur), 150 000 pour un docker », explique un membre de la police judiciaire de la Seine-Maritime au Parisien ;
  • En 2021, les services douaniers de Paris-Aéroports, ont saisi 17,1 tonnes de produits stupéfiants et plus de 250.000 doses de produits de synthèse.

De nouvelles substances qui rendent la lutte toujours plus dicile

  • En 2022, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), le nombre d’usagers7 dans l’année de : cocaïne est de 600.000, cannabis est de 5 millions, MDMA/ECSTASY est de 400.000.

Outre les drogues “traditionnelles” de nouvelles drogues de synthèse font leur apparition. La nouvelle menace vient des substances psychoactives dangereuses. Ces nouveaux produits de synthèse (NPS), tels que le 3-MMC, la MDMA, la kétamine et le GBL sont obtenus à l’aide de précurseurs chimiques disponibles légalement. Il suffit simplement de suivre la “recette”…

  •  Depuis 2008, en France, 368 NPS ont été répertoriés dont 35 en 2021 ;
  • En France, début septembre, l’agence régionale de santé (ARS) de l’Île de la Réunion a alerté sur la présence « d’opiacés de synthèse (…) cinq cent fois plus puissants que l’héroïne », entraînant « un risque d’overdose majeur, quelques secondes ou minutes après la prise du produit » ;
  • A titre d’exemple, en 2022, le fentanyl est responsable de la mort de 110.000 personnes aux Etats-Unis.

Une recomposition des trafics

A la multiplication des drogues s’ajoute une recomposition des trafics et une porosité toujours plus importante sur les flancs est et méditerranéen de l’Europe.

La guerre en Ukraine ne facilite pas la tâche aux forces de sécurité intérieures. Dès juin 2022, Interpol alertait quant à « la grande disponibilité d’armes du conflit actuel qui entraînera la prolifération d’armes illicites dans la phase post-conflit ». Cette fragilité structurelle du flanc est de l’Europe ne va pas s’améliorer puisque l’UE, en janvier 2024, vient d’intégrer partiellement à l’espace Schengen, la Roumanie et la Bulgarie.

L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) rappelle dans son rapport de 2022 que les conflits au sens large sont des facteurs de recomposition du trafic et de la production de drogue : « Les informations du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud-Est tendent à indiquer que les situations de conflit peuvent agir comme un aimant pour la fabrication de drogues synthétiques, qui peuvent de fait être produites n’importe où ».

Les consommateurs, le nerf de la guerre

Lors d’une visite à Marseille, le 4 janvier, le ministre de l’Intérieur a réarmé poursuivre sa stratégie de « harcèlement des consommateurs et des points de deal ». Le locataire de la place Beauvau souhaite intensifier la pression : « La police sera partout présente pour effectuer des contrôles et attaquer les consommateurs jusque chez eux ».

La lutte contre le trafic et la consommation de drogue se complexifie. Les points de deals sont de plus en plus dius et insaisissables. Leur mobilité est leur force.

« On ne peut pas vouloir la paix, la sécurité et la fermeté à Marseille et en même temps consommer du cannabis et de la cocaïne dans les beaux quartiers », Gérald Darmanin Ministre de l’Intérieur.

Des forces de l’ordre dépassées

Les mafias qui règnent sur le narco-banditisme sont en eervescence sur le territoire national. L’aaire d’Orly13 et les règlements de compte quasi quotidiens qui frappent les villes françaises en attestent. Ce constat s’observe aussi à l’échelon européen, comme le rappelle les assassinats d’un avocat et d’un témoin d’un procès par la mafia hollandaise. Elle avait été jusqu’à tenter l’enlèvement du Premier ministre néerlandais.

Ces mafias tentent constamment d’infiltrer les services de l’Etat et les diérents acteurs de la société civile, parfois avec succès.

Ce qui guette la France et les pays européens c’est le risque de voir ce phénomène criminel majeur de déstabilisation s’amplifier au fil des années, avec à la clé un risque important de basculement. Ce basculement entraînerait le pays vers une forme de sud-américanisation de la société. La France connaîtrait une multiplication des gangs armés, faisant pression sur des fonctionnaires de plus en plus stipendiés sur fond de crise socio-économique. Cela engendrerait une situation d’insécurité publique endémique, non plus centrée sur les zones géographiques qui nous échappent déjà.

L’Etat doit de toute urgence ouvrir un nouveau chapitre dans sa politique de sécurité nationale pour mener une guerre acharnée contre le narco-banditisme. Il lui faut davantage muscler ses moyens de détection, d’investigation et de neutralisation, à travers une politique pénale générale qui implique tous les acteurs, notamment la Police judiciaire, la DGSI, la DGSE et bien sûr les Douanes.

L’Etat doit donc fortement alourdir la répression pénale pour détruire les trafics et les organisations qui les entretiennent. Il doit impérativement reprendre en main la maîtrise de ses frontières métropolitaines et ultramarines en augmentant significativement les moyens de lutte maritime et routier. La frontière doit redevenir un rempart contre cette globalisation de la violence criminelle qui guette plus que jamais notre pays.


Sources

Le Figaro

ONUDC

RTBF

TF1

ARS de la Réunion

Les chiffres clés de l’immigration

By Sécurité/Justice

Avec la loi immigration et deux attentats terroristes impliquant des personnes d’origines immigrées ces dernières semaines, l’immigration est au coeur de l’actualité politique.


AVERTISSEMENT

Les pouvoirs publics ignorent le nombre précis d’étrangers résidant en France, ainsi que leur répartition sur le territoire. Le démographe Gérard-François Dumont l’explique en ces termes : « Au début des années 2000, la France a décidé de changer sa méthode de recensement de la population (…) Le recensement n’est plus exhaustif, mais organisé selon un échantillonnage unique au monde. Chaque année, 8 % des communes de plus de 10.000 habitants sont recensées. Au bout de cinq ans, on atteint 50 %… Les données arrivent de façon tardive, les maires râlent car le recensement ne correspond pas à ce qu’ils constatent sur le terrain. ».

NOMBRE D’IMMIGRÉS

  • En 2021, la France comptait :
    → 7 millions d’immigrés (une personne née étrangère à l’étranger) sur une population totale d’environ 67 millions, soit 10,3% ;
    → 7,3 millions de personnes descendant d’immigrés (personnes nées en France et ayant au moins un parent immigré), soit 10,9% de la population totale ;
  • En 2019, 67 % des immigrés arrivés en France sont nés hors d’Europe, dont 41% en Afrique ;
  • En 2019-2020, 29,6% des enfants de 0-4 ans sont d’origine extra-européenne, et ce, sur trois générations, contre 7,6% des 60-64 ans et 3,1% des personnes âgées de plus de 80 ans.

66% des Français jugent qu’il y a trop d’immigrés extra-européens en France, CSA-CNEWS 11/11/2023.

IMMIGRATION LÉGALE

  • En 2022, la France a accueilli 467 782 nouveaux immigrés dont : 316 174 immigrés légaux, (Rappel moyenne annuelle entre 2007 et 2012 : 188.000 ; 136 724 demandeurs d’asiles, 4 782 mineurs non accompagnés (MNA) ; Par ailleurs, 20 000 illégaux ont quitté la France (éloignements, départs volontaires aidés et départs spontanés) ;
  • En 2022, le stock de titres valides et documents provisoires de séjours s’élève à plus de 3,8 millions contre 2,2 millions en 2007 ;
  • En 2020, 61% de la population immigrée en France est d’origine africaine. Soit le plus fort taux de l’OCDE.

IMMIGRATION ILLÉGALE

  • 600 000 à 900 000 illégaux présents sur le territoire national ;
  •  331 600 migrants sont entrés illégalement en Europe entre janvier et octobre 2023.

L’œil du CRSI

Tendance empirique de l’immigration clandestine en 2023

  • Actuellement près du mont Montgenèvre (Hautes-Alpes) la PAF intercepte environ 400 migrants chaque semaine et estime que 800 autres passent sans entrave. Soit un total estimé de 1.200 entrées, donc environ 5 000 par mois. Soit une tendance d’entrées par Montgenèvre de l’ordre de 60 000 en projection annuelle ;
  • Près de Perpignan dans les Pyrénées-Orientales, la PAF intercepte environ 4.000 migrants chaque semaine et estime que 8 000 autres passent sans entrave. Soit un total estimé de 12 000 entrées par mois. Soit une tendance d’entrées dans les Pyrénées- Orientales de l’ordre de 144 000 en projection annuelle

SOIT UNE TENDANCE TOTALE ACTUELLE DE : → 204 000 entrées annuelles pour Montgenèvre et les Pyrénées-Orientales.

→ Hors Vintimille (frontière italienne), Hendaye et aéroports.

Ces estimations qui résultent des responsables locaux permettent d’estimer que les diérents chires ociels de l’immigration clandestine en France sont assez largement sous-estimés.

→ A noter qu’en 2007 les taux d’exécutions des OQTF n’étaient que de 3,9%11.

MINEURS ÉTRANGERS NON ACCOMPAGNÉS

  • En 2023, le coût des mineurs non accompagnés (MNA) risque de s’élever à plus de 2 milliards d’euros (+ 500 millions d’euros par rapport à 2022) ;
  • En 2022, 14 782 MNA ont été pris en charge, principalement originaires de la Côte d’Ivoire, de Guinée et de Tunisie.

Estimation pour 2023 : 40 000 MNA pris en charge.

Leur coût de prise en charge est tel que Martine Vassal, la vice-présidente de l’Assemblée des départements de France, se dit «prête» à se mettre «hors la loi et à ne plus assurer l’accueil des MNA s’il faut sauver les missions essentielles de [s]a collectivité ».

LES EFFETS DE L’IMMIGRATION

Impact de l’immigration sur l’économie

  • En 2021, le taux de chômage des immigrés est de 13% contre 7% pour ceux sans ascendance migratoire directe ;
  • Le coût de l’immigration en France est estimée à 53,9 milliards d’euros en 2023 d’après une étude de Contribuables Associés ;
  • En moyenne, une augmentation de 1% du nombre de travailleurs lié à l’immigration entraîne une baisse des salaires des ouvriers non-qualifiés natifs de presque 1% (0,99%), et augmente le salaire des managers de 0,13%.

« Sur 100 000 créations d’autoentreprises par an, nous considérons qu’à peu près la moitié sont [créées par des migrants en situation irrégulière] », Gérald Darmanin Ministre de l’Intérieur, Sénat, 30/11/2023.

Logements sociaux et immigration

→ 49% des ménages immigrés algériens sont locataires HLM ;

→ 48% des ménages immigrés d’Afrique subsaharienne sont locataires HLM ;

→ 45% des ménages immigrés marocains sont locataires HLM ;

→ 13%ménages«natifs»(non-immigrés) sont locataires HLM.

Immigration et insécurité

En France :

  • En 2023, environ 27% des détenus sont étrangers ;
  • En 2022, les taux de mis en cause des ressortissants africains sont par exemple 3 fois et 11 fois plus élevés que ceux des Français pour les violences sexuelles et les vols violents ;
  • Part des étrangers dans la délinquance à Paris sur les six premiers mois de 2022 : 48% de la délinquance globale, 70,4% des vols avec violences, 75,6% des vols simples.

Ailleurs en Europe :

En Suisse

  • En 2022, alors que les étrangers ne représentent que 26% de la population résidente, ils sont responsables de : 44% des homicides, 47% des viols,  41% des viols violents,  45% des agressions.

En Italie

  • Sur la période 2018-2021, alors que les étrangers ne représentent que 8% de la population résidente, ils sont responsables de : 28% des homicides et tentatives d’homicides, 41% des viols, 33% des coups et blessures, 49% des cambriolages.

En Allemagne

  • Sur la période 2017-2021, alors que les étrangers ne représentent que 11% de la population résidente, ils sont responsables de : 42% des homicides, 37% des viols, 32% des coups et blessures, 39% des cambriolages.

Immigration et terrorisme

«Lorsque l’on parle d’immigration aux Français, ils pensent le plus à l’insécurité/la violence et à l’islamisme », Sondage BVA pour la Fondation Jean Jaurès, février 2023.

À noter que 63% des terroristes islamistes de ces dernières années sont français. Mais 58% de ces français sont des descendants d’immigrés issus de pays musulmans.


Sources

INSEE 2022, 2023

Le Point, 05/11/2023

Ministère de l’Intérieur, 22/06/2023

Direction générale des étrangers en France, 22/06/2023

OCDE, « Les indicateurs de l’intégration en 2023 »

Frontex, 15/11/2023

 

 

Attentat islamiste à Paris le 2 décembre 2023

By Sécurité/Justice

Vers 21h, quai de Grenelle, près du pont Bir-Hakeim dans le XVe arrondissement de Paris, puis aux abords du parc de Passy situé sur les quais de Seine dans XVIe arrondissement, un terroriste islamiste armé d’un couteau et d’un marteau attaque plusieurs groupes de personnes

LES FAITS

  • Vers 21h, quai de Grenelle, près du pont Bir-Hakeim dans le XVe arrondissement de Paris, puis aux abords du parc de Passy situé sur les quais de Seine dans XVIe arrondissement, un terroriste islamiste armé d’un couteau et d’un marteau attaque plusieurs groupes de personnes.
  •  L’intéressé qui se dit être porteur d’une ceinture échappe une première fois à une patrouille de police. Il crie à de nombreuses reprises “Allah akbar”. Il est finalement rattrapé et neutralisé grâce à un pistolet à impulsion électrique.
  • L’assaillant, Armand Rajabpour-Miyandoab (prénommé Iman jusqu’en 2003) est franco-iranien, fiché S pour islamisme, né le 21 mars 1997 à Neuilly-sur-Seine de parents iraniens musulmans chiites non-pratiquants arrivés en France en 1993. Il a enregistré une vidéo d’allégeance à l’Etat islamique en langue arabe.
  • Les victimes de l’attaque sont : Collin, un touriste germano-philipin âgé de 23 ans (décédé) ; Thierry, un Parisien de 60 ans ; Melvyn, un touriste britannique de 65 ans.
  • Bilan : un mort et deux blessés. Plusieurs personnes choquées.

QU’EN RETENIR ?

  • Le mode opératoire correspond à la propagande classique des islamistes depuis notamment les appels au djihad du porte-parole de l’Etat islamique Al Adnani le 21 septembre 2014.
  • Bien que confrontés à un périple meurtrier, les policiers n’ont pas utilisé leurs armes à feu malgré le cadre juridique offert par l’article L435-1 alinéa 5 du Code de la Sécurité intérieure.
  • Le parcours du terroriste montre une radicalisation précoce. Il se convertit à l’islam en 2015. Soupçonné de préparer un attentat à l’arme blanche dans le quartier de La Défense, il est condamné en mars 2018 à cinq ans de prison. Il sort en mars 2020 après quatre ans de détention.
  • Les premiers éléments de l’enquête révélés par la presse montrent une connexion directe de l’assaillant avec plusieurs djihadistes connus dont : Maximilien Thibault et Mélina Boughedir (djihadistes partis en Syrie), Adel Kermiche (tueur du Père Jacques Hamel en 2016), Larossi Aballa (tueur d’un couple de policiers à Magnanville en 2016), Abdoullakh Anzorov (tueur du professeur Samuel Paty en 2020).
  • Malgré des épisodes psychiatriques, sa vidéo d’allégeance à l’Etat islamique et ses déclarations aux enquêteurs montrent une lucidité parfaite.

Sources

Le Parisien, 03/12/2023

Ouest France, 03/12/2023

Le Figaro, 03/12/2023

La stratégie des Frères musulmans en Europe

By Sécurité/Justice

Depuis les massacres de civils israéliens commis par le Hamas le 7 octobre 2023, les Frères musulmans sont sur toutes les lèvres

Depuis les massacres de civils israéliens commis par le Hamas le 7 octobre 2023, les Frères musulmans sont sur toutes les lèvres. Le Hamas, organisation terroriste islamiste, est en effet issue de cette Confrérie sunnite. Le 16 octobre, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a affirmé que le footballeur Karim Benzema était « en lien » avec les Frères musulmans. Ce dernier, installé en Arabie Saoudite, a créé la polémique en apportant son soutien aux habitants de Gaza, « victimes une fois de plus de ces bombardements injustes qui épargnent ni femmes ni enfants », sans par ailleurs dénoncer les actes terroristes du Hamas.

Qu’est-ce que les Frères musulmans ?

Le 28 juillet 2007, dans une vidéo intitulée “Islam Muslims will conquer and rule Europe ”, Youssouf Al-Qaradawi, tête pensante des Frères musulmans et Président du Conseil européen de la fatwa et de la recherche (CEFR), déclarait que « la conquête de Rome, la conquête de l’Italie et de l’Europe, signifie que l’islam reviendra une nouvelle fois en Europe. Est-ce que cela veut dire que cette conquête se fera par la guerre ? Non, ce n’est pas nécessaire. Il y a une conquête pacifique, et la conquête pacifique est un des principes de cette religion. Je prévois que l’islam reviendra en Europe sans le recours à l’épée. Cela se fera par la prédication et les idées. » En 1928 quatre ans après l’abolition du califat ottoman, dans une Egypte “dé-islamisée” par le protectorat britannique, Hassan Al-Banna, grand-père de Tariq Ramadan, décide de créer près du Caire une organisation sociale, la Société des Frères musulmans. Elle vise à contrer l’influence occidentale perçue comme une menace pour l’islam et de rétablir un État islamique.

Il conçoit la Confrérie comme une sorte de Califat virtuel, dont la devise est : “Allah est notre but, le prophète notre guide, le coran notre constitution, le djihad notre voie, le martyre notre plus grande espérance ”. Pendant vingt ans, l’organisation va à la fois soutenir la lutte armée tout en la condamnant, s’immiscer dans la politique au Moyen-Orient. Elle est dissoute plusieurs fois par le Pouvoir Egyptien (1948, 1954). Pourchassés, les Frères musulmans finissent par s’implanter en Europe dans les années 1960, terre jugée plus clémente et accueillante que leur terre natale.

Stratégies et modes d’actions

Si leur idéologie est totalitaire, les Frères musulmans sont pragmatiques et patients. Leur stratégie s’inspire des procédés de l’hégémonie culturelle chers à Antonio Gramsci : pour contrôler une société dans son ensemble il faut d’abord subvertir la culture (la société civile) afin d’obtenir le contrôle de la société politique. Ils analysent les faiblesses des sociétés, recherchent les contradictions internes et les utilisent pour faire progresser leur projet : pauvreté de certaines communautés musulmanes, juridisme des droits de l’Homme, tolérance des sociétés occidentales, déchristianisation des populations… Dans ce cadre, le recours au double discours est presque permanent : victimisation, dénonciation d’une prétendue islamophobie, etc. La diffusion de leur soft power passe par l’utilisation de puissants relais d’opinion plus ou moins acquis à leur cause, tels que des hommes politiques, des intellectuels, des influenceurs, des sportifs. Ce qui permet d’obtenir sympathie et respectabilité aux yeux de décideurs politiques occidentaux ne connaissant en général que peu ou pas du tout l’islam et l’islamisme. La stratégie des Frères musulmans en Europe s’inscrit sur le long terme. Ils misent davantage sur le combat culturel, le social, et la démographie que sur le djihad armé. Ils s’appuient sur l’éducation (islamiser la base), les actions sociales (gagner les cœurs), l’activisme politique et judiciaire (pérenniser leur présence et se rendre indispensable), la victimisation au travers de l’islamophobie (les coupeurs de têtes/les coupeurs de langues) et la collecte de fonds (UE, ONG, etc.). Ces modes d’actions s’inscrivent pleinement dans le Frérisme, que Florence Bergeaud-Blackler, auteure du Frérisme et ses réseaux (Odile Jacob, février 2023), décrit comme un « système d’action » qui « a pour mission de conduire toutes les tendances religieuses djihadistes, salafistes orthopraxiques et modernistes vers l’accomplissement de la prophétie califale. C’est un dispositif stratégique dont l’unique but est de mettre en marche, guider, encadrer le “mouvement islamique ” vers la société islamique mondiale et universelle, qui est pour lui le seul futur possible ».

Florence Bergeaud-Blackler : « Le religieux est un impensé pour les dirigeants t bon nombre d’intellectuels occidentaux », Membre du comité Stratégique du CRSI et auteure du livre Le Frérisme et ses réseaux (Odile Jacob, février 2023)

Comment ont réagi les réseaux Fréristes en Europe à la suite des massacres perpétrés en Israël par le Hamas le 7 octobre dernier ?

Les Frères musulmans, canal historique, à savoir “Musulmans de France ”, restent prudents et font profil bas. En effet, la branche légaliste, à la différence des qutbistes (Sayyid El-Qutb) qui privilégient le djihad armé, évite d’être trop exposé politiquement par crainte de répercussions sur leurs activités. Ce qui n’exclut pas de timides appels à la paix teintés d’anti-sionisme. A noter que depuis l’intensification des frappes et les incursions de l’armée israélienne à Gaza, les messages sont de plus en plus explicites. Accuser l’accusateur est devenu un réflexe pavlovien chez les Fréristes et islamistes en général. On imite systématiquement l’ennemi. On lui retourne son accusation. Il n’est plus nécessaire de réfléchir sur les termes du débat, il suffit simplement de les renverser et d’en dénoncer une prétendue islamophobie. Même le recteur de la grande mosquée de Paris, Chemseddine Hafiz, s’en est fait l’écho dans un récent communiqué de presse. Il parle ainsi d’une « nouvelle agression meurtrière israélienne » ; considère « la résistance du peuple palestinien comme légitime » et dénonce l’utilisation de la date du 7 octobre « pour attiser l’islamophobie et la haine envers les musulmans ». Les Fréristes utilisent également les influenceurs comme des relais de leur idéologie. De quoi l’affaire Karim Benzema est-il le nom ?
Les Frères musulmans dans les pays musulmans, islamisent par le bas. Dans les démocraties libérales, ils islamisent par le haut en utilisant notamment des influenceurs. Les Frères musulmans n’ont pas de charisme et ne se montrent pas. Au-delà de ce premier cercle, il y a un deuxième cercle constitué des affiliés, dont font partie des ambassadeurs aux millions de “followers” tels que Karim Benzema ou le chanteur Médine. Ces derniers sont élévés en tant qu’ambassadeur de l’islam, un “titre” prestigieux, et relaient leurs messages à la communauté. Pour autant, je ne pense pas que Karim Benzema soit l’un des leurs.

En quoi les actions du Hamas, organisation créée par les Frères
musulmans, s’inscrit pleinement dans la stratégie Frériste ?

Pour cela, il faut lire la charte du Hamas de 1988, véritable manifeste d’un mouvement programmatique. Ils y assument d’être l’une des ailes des Frères
musulmans. La Confrérie est décrite comme « le plus important des mouvements islamiques de l’époque moderne ; il se distingue par la profondeur de son mode de compréhension, la précision de son mode de représentation et l’universalisme parfait des concepts islamiques qui s’appliquent à l’ensemble des domaines de la vie, aux représentations et aux croyances, à la politique et à l’économie, à l’éducation et à la vie sociale, au judiciaire et à l’exécutif, à la mission et à l’enseignement, à l’art et à l’information, à ce qui est caché comme à ce qui est
manifeste et à tous les autres domaines de la vie. » Par ailleurs, les déclarations des cadres du Hamas s’inscrivent pleinement dans la “wasatiyyah”, idéologie issue des Frères musulmans. De l’arabe “wasat” (moyen, modéré, ou juste), le terme signifie la voie du juste milieu entre laïcité et extrémisme. Ce qui leur permet de faire croire aux Occidentaux qu’ils sont moins extrêmes que les autres courants islamistes tout en faisant agir des branches armées. Je n’en crois pas un mot.
Ils parlent le double langage, parce que les Occidentaux ne croient qu’au langage. Les Frères musulmans ne sont pas dans les règles du jeu de la diplomatie, puisqu’ils ne croient pas aux droits de l’homme, mais aux droits de dieu. Pour le dire autrement, ils ne sont comptables que d’un système “divin”et non d’un système “humain” qu’ils ne reconnaissent pas. C’est pour cette raison qu’ils mentent constamment.

L’Université Al-Azhar, institution sunnite qui fait autorité, a appelé les musulmans à s’unir face au « soutien occidental inhumain à la violation de tous les droits palestiniens par l’État d’occupation israélien ». Comment expliquez-vous la difficulté qu’ont certaines personnalités publiques occidentales à identifier la nature civilisationnelle et religieuse du conflit entre le Hamas et Israël ?

Tout d’abord, il convient de rappeler que les pays arabes et musulmans se fichent pas mal des massacres de Palestiniens en Syrie et en Jordanie ; l’Egypte refuse d’accueillir des réfugiés gazaouis ; Les riches pays musulmans de la péninsule arabique ne mettent pas en place de ponts humanitaires, etc. Ce n’est donc pas un conflit territorial. Cela étant dit, il y a des implications politiques fortes. En Occident, nos analystes n’ont pas été formés à prendre en compte la dimension religieuse. Cela s’expliquant entre autres par l’influence marxisme qui estime que ce n’est qu’un opium du peuple. Or, cette dimension est fortement mobilisatrice. En termes islamiques, le religieux implique le salut collectif instauration du Califat – et individuel – se sauver lors du jugement dernier. Toutes les actions sont tournées vers le salut. Cette dimension est quotidiennement présente chez les musulmans pratiquants. Le religieux est donc un impensé pour les dirigeants et bon nombre d’intellectuels occidentaux, alors qu’il ne l’est pas dans la bouche de dirigeants musulmans. Pour eux, les mouvements religieux sont des mouvements politiques. En tant qu’anthropologue, j’essaye d’expliquer la dimension religieuse et civilisationnelle à ce conflit. Pour eux, la guerre de civilisation, à la manière de Samuel Huntington, ils la mènent depuis la fin du XIXe siècle. A l’image du président turc, Recep Tayyip Erdoğan, qui a récemment déclaré en faisant allusion à la guerre entre Israël et le Hamas : « L’Occident, voulez-vous reprendre le combat entre la Croix et le Croissant ? ».

Quel regard portez-vous sur l’action de l’UE dans ce conflit ?

L’UE gesticule comme d’habitude. Les pays de l’UE ne forment pas un front commun. Il serait plus juste de parler de désunion. A titre d’exemple, La France est le seul pays de l’UE à reconnaître l’anti-sionisme comme un anti-sémitisme. Elle est d’ailleurs fortement critiquée pour cela. Concernant les financements accordés par la Commission européenne à des organisations islamistes ou fréristes, il convient de rappeler que cela n’émane pas directement de la volonté des Etats membres. La Commission se laisse influencer par un faisceau d’organisations islamistes rompues au lobbying européen. Tant que les États n’imposent pas de règles strictes, la Commission continuera à être influencée et donc à financer des mouvements islamistes, dont l’université islamique à Gaza fondée par les Frères musulmans.

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Pour un usage augmenté de la biométrie au service d’une meilleure sécurité publique

By Sécurité/Justice

Benoit Fayet

Consultant en transformation numérique
Membre du comité stratégique du CRSI

Les événements sportifs mondiaux à venir en France en 2023 (Coupe du Monde de rugby) et 2024 (Jeux Olympiques et Paralympiques) sont une formidable perspective pour notre pays, mais représentent également une menace majeure en termes de sécurité publique…

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Mineurs délinquants : Le modèle français inadapté à la délinquance d’aujourd’hui

By Sécurité/Justice

Régis LEMIERRE
Chef de service éducatif,
Ancien responsable national de l’UNSA-SPJJ (Syndicat UNSA de la Protection Judiciaire de la Jeunesse)

Ayant travaillé quarante ans à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, j’ai pu suivre l’évolution de la prise en charge des mineurs délinquants. J’ai constaté l’abandon progressif d’un encadrement éducatif « Contenant », suite à la montée en puissance d’une idéologie opposée à toute sanction (y compris l’enfermement) au motif d’une incompatibilité entre éducation et répression…

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Une analyse de l’Affaire Pegasus Par Marc-Olivier Boisset et Jean Langlois-Berthelot

By Sécurité/Justice

Par Marc-Olivier Boisset et Jean Langlois-Berthelot

Démocratisation des cyberarmes – Montée en puissance des cyber-menaces

Le 18 juillet 2021, le consortium international de journalistes « Forbidden Stories » publiait une enquête intitulée « The Pegasus Project ».
C’est un coup de tonnerre : selon l’enquête, le logiciel espion Pegasus, commercialisé par l’entreprise israélienne NSO Group, est utilisé depuis plusieurs années pour surveiller de façon systématique des journalistes, des activistes et d’autres membres de la société civile. Le 13 septembre, Apple diffusait une mise à jour de sécurité d’iOS, son système d’exploitation pour l’IPhone. Il s’agissait pour Apple d’apporter une réponse technique au scandale, ses téléphones ayant démontré leur vulnérabilité face à Pegasus…

Mais deux semaines après les premières révé- lations, déjà, différents éléments techniques re- cueillis par les autorités françaises dans le cadre de l’enquête judiciaire tendaient à confirmer le tra- vail réalisé par ce consortium de dix-sept médias2. Ainsi, par exemple, en analysant le téléphone d’un journaliste de la chaîne de télévision France 24, l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’in- formation (ANSSI), chargée de la cybersécurité de l’État, a confirmé la présence de traces du passage de Pegasus.

Les données techniques récupérées sur le télé- phone par l’agence de cybersécurité ont confirmé que l’appareil du journaliste avait à minima subi une phase d’étude approfondie en vue d’une cybe- rattaque : des adresses de courriers électroniques de comptes Apple en lien avec une infrastructure d’attaque liée à NSO Group étaient présentes sur le mobile du correspondant de France 24. Les mêmes identifiants ont été récupérés chez d’autres cibles de NSO Group : Omar Radi, journaliste marocain actuellement en prison, Claude Mangin, épouse d’un militant du Sahara occidental également incarcéré au Maroc, mais aussi François de Rugy, un des ministres français qui auraient été visés par Pegasus.

NSO Group n’en est pas à son coup d’essai. Elle avait déjà fait l’objet de révélations cinq ans aupa- ravant, le 25 août 2016, par le laboratoire Citizen Lab et l’entreprise Lookout. Ces-derniers avaient démontré à l’époque que le téléphone portable du militant émirati des droits de l’homme Ahmed Man- soor avait été la cible du même logiciel espion. Le militant avait reçu deux SMS suspects, qui promet- taient de lui faire des révélations sur les tortures de prisonniers aux seins des prisons émiriennes. Suite aux investigations techniques, il s’avère que le lien contenu dans les SMS reçus entrainait le téléchar- gement d’un logiciel malveillant, nommé Trident. Celui-ci exploite trois vulnérabilités dites « zero day » du système d’exploitation d’Apple. Une fois le té- léphone portable de la cible infecté par ce logiciel, celui-ci diffuse vers le commanditaire l’historique des localisations GPS, les communications, les pho- tographies, la liste des contacts, le son capté par le micro et la vidéo prise par la caméra, et ce à l’insu de l’utilisateur. Ces incidents sont caractéristiques d’une véritable démocratisation de l’accès aux cyberarmes par les organisations publiques, mais aussi privées.

La démocratisation des cyberarmes

En 1998, le film « Ennemi d’État », de Tony Scott, véritable thriller technologique d’anticipation, mettait en scène l’avocat Robert Clayton Dean (Will Smith) poursuivi par la puissante National Security Agency (NSA), qui emploie toutes ses capacités techniques pour essayer de l’éliminer. Cette fiction mettait en exergue toutes les possibilités offertes par le cybe- respace pour collecter des informations voir entra- ver une cible.

Pendant longtemps, les capacités techniques utilisées nécessitaient des investissements importants : en 2013 le budget de la NSA s’élevait à 10,8 milliards de dollars5 sur un budget total consacré aux renseignements par les Américains de 66,7 milliards de dollars6. Peu d’États étaient en mesure de consentir un tel effort financier pour se doter de capacités de cyberattaque performantes. Vingt ans après « Ennemi d’État », avec l’expansion du cyberespace, force est de constater que le paradigme a changé et que les cyberarmes, en particulier les capacités de cybersurveillance, ne sont plus l’apanage des organisations publiques disposant d’une expertise technique de haut niveau. Les acteurs ne disposant pas des compétences techniques pour concevoir ce type d’outils peuvent désormais les acquérir facile- ment auprès d’organisations privées comme NSO Group. « C’est un marché en plein essor. Il y a multi- plication des acteurs et des méthodes d’espionnage proposées », selon Bastien Bobe, expert de l’entre- prise Lookout. On assiste ainsi depuis une dizaine d’années à une véritable démocratisation de l’arme cyber dont l’Affaire Pegasus ne constitue que la par- tie émergée de l’iceberg.

« L’Affaire Pegasus constitue la partie visible de cette guerre invisible qui a lieu dans le cyberespace »

Le principal risque de cette démocratisation des cyberarmes est la banalisation de l’usage de ces ca- pacités techniques par les acteurs publics, mais sur- tout à terme privés. En effet, « on constate souvent que les armes cyber utilisés par les États se retrouvent in fine en vente sur le marché noir de la cybercrimi- nalité », rappelle Philippe Rondel de Check Point Software Technologies France8. La vie privée des individus sera ainsi davantage exposée à des actes de cybercriminalité. Cette banalisation des outils a d’ailleurs déjà augmenté le nombre d’acte de cy- bercriminalité. À ce titre, l’Internet Crime Report du FBI9 souligne que 241 342 attaques par phishing ont été signalés en 2020, contre 114 702 en 2019, soit une augmentation de 50 % de ce type d’attaque. Cet accroissement des actions de phishing risque d’en- trainer à court terme une augmentation des actions de chantage numérique10.

De plus, avec l’avènement de la technologie 5G, cette démocratisation devrait s’accélérer. En effet, le déploiement de cette nouvelle norme de télécom- munication va provoquer une forte augmentation du volume d’objets connectés: les spécialistes esti- ment à environ 30 milliards le nombre de ces objets aujourd’hui et ils s’attendent à un accroissement de plus de 20 % par an. Le risque est que ces objets soient détournés de leur usage initial pour collec- ter des informations sur un individu à son insu. À titre d’exemple, Alexis Viguié et Adrien Albisetti ont découvert que le robot connecté Monsieur Cuisine connect, commercialisé par l’enseigne Lidl, dispose d’un microphone fonctionnel qui n’apparait dans aucune fiche technique de l’appareil12. Ils ont réussi à faire fonctionner ce micro et ont pu discuter à dis- tance, via une application de messagerie vocal. Lidl a expliqué que ce micro était présent « au cas où » le produit serait amélioré avec un assistant vocal afin d’être commandé par la voix. Cet accroissement de la surface numérique des organisations et des indi- vidus, basé sur des objets connectés plus ou moins sécurisés, va de facto multiplier les opportunités de cyberattaques pour les organisations publiques et privées. Le niveau de cybersécurité des systèmes numériques, ainsi que les capacités techniques de cyberprotection, constitueront des éléments en-core plus déterminants pour l’efficacité d’une stra- tégie de cyberdéfense.

La cybersécurité, enjeu majeur pour les organisations

L’Affaire Pegasus constitue la partie visible de cette guerre invisible qui a lieu dans le cyberespace de- puis plusieurs années déjà. La diversification des acteurs en mesure d’utiliser ces capacités risque d’augmenter le brouillard de guerre, complexifiant encore davantage l’attribution des cyberattaques. L’utilisation d’acteurs privés dans cet espace permet aux États de brouiller les pistes et d’échapper plus facilement à une potentielle attribution de leurs ac- tions : l’entreprise privée devient une véritable « so- ciété écran numérique », elle constitue une garantie supplémentaire d’anonymat pour l’État à l’origine des attaques dans le cyberespace. On devrait ain- si assister à une intensification des tensions dans le cyberespace entre les différents acteurs publics, mais aussi privés : les groupes terroristes, en parti- culier devraient profiter de cet accès à de nouvelles capacités techniques et augmenter le volume de leurs actions de cyberterrorisme.

Cette multiplication des acteurs aura également un effet sur la ressource humaine : elle augmente- ra à court terme la pression sur le recrutement de talents dans le domaine de la cybersécurité, qui constitue aujourd’hui une difficulté majeure pour les États. Cette ressource demeure aujourd’hui largement insuffisante pour répondre à l’ensemble des besoins publics et privés. En France, les entreprises de cybersécurité éprouvent de grandes difficultés à recruter et à garder leur ressource humaine.

Pour faire face à l’augmentation des cyberattaques, il semble primordial pour les États de continuer à agir à minima selon trois axes. En premier lieu, il est essentiel de poursuivre la sensibilisation du grand public sur l’importance de l’hygiène informatique. En effet, la majorité des incidents ou des attaques réussissent grâce à des erreurs humaines. Réduire ces erreurs permet de limiter les chances de succès des cyberattaques. Dans ce domaine, une bonne hygiène numérique peut par exemple facilement permettre de contrecarrer une attaque par phishing

Ensuite, il est nécessaire de poursuivre le dévelop- pement de capacités de cyberdéfense. Cet effort de développement doit s’effectuer dans deux do- maines. D’une part, il est utile pour protéger son organisation de disposer de systèmes dédiés de cyberprotection, par exemple pour la détection des attaques complexes. D’autre part, il demeure néces- saire d’améliorer le niveau minimal de cybersécuri- té de tous les systèmes numériques. À ce titre, un renforcement des normes de sécurité informatique apparait comme une piste intéressante à étudier pour protéger les libertés fondamentales des indivi- dus. L’exemple du robot commercialisé par Lidl souligne à quel point il est essentiel pour les fabricants d’objets connectés d’améliorer le niveau de sécurité de leurs objets.

« La course aux capacités de cyberdéfense ne fait que commencer… et ne cessera pas »

Enfin, la mise en place de partenariats entre États semble aussi indispensable, tant cette menace de- meure diffuse et non-territorialisé. Réussir à attribuer une cyberattaque constitue un enjeu de taille pour les États, tant le cyberespace offre d’opportunités de masquer sa véritable identité, voire d’usurper celle d’un autre.

La course aux capacités de cyberdéfense ne fait que commencer et ne cessera pas, tant la numérisation de nos sociétés devrait se poursuivre à un rythme effréné. Face à cette numérisation à outrance, il conviendra de s’attacher lors du développement de nouveaux systèmes de respecter le concept de « frugalité numérique » (i.e. s’interroger sur la nécessité de numériser certaines fonctions) pour limiter les opportunités d’attaque cyber.


Sources

Capital. (2019, 06 13). Les vices cachés du Monsieur Cuisine connect de Lidl. Consulté sur Capital: https://www.capital. fr/entreprises-marches/les-vices-caches-du-monsieur-cui- sine-connect-de-lidl-1341819

FBI. (2020). Internet Crime Report 2020. FBI.

Forbidden Stories. (2021, 07 18). The Pegasus project. Récupéré sur Forbidden Stories: https://forbiddenstories. org/case/the-pegasus-project/

France 24. (2021, 07 20). Pegasus, l’arbre qui cache la forêt du marché de la cybersurveillance étatique. Récupéré
sur France 24: https://www.france24.com/fr/%C3%A- 9co-tech/20210720-pegasus-l-arbre-qui-cache-la- for%C3%AAt-du-march%C3%A9-de-la-cybersurveillance- %C3%A9tatique

Le Monde. (2013, 08 29). Espionnage : le «budget noir» américain rendu public. Récupéré sur Le Monde: https:// www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/08/29/ espionnage-le-budget-noir-des-etats-unis-rendu-pu- blic_3468693_3222.html

Le Monde. (2021, 07 29). « Projet Pegasus » : les analyses des autorités françaises confirment l’infection des télé- phones personnels de plusieurs journalistes. Récupéré sur Le monde: https://www.lemonde.fr/projet-pegasus/ article/2021/07/29/projet-pegasus-les-analyses-des-au- torites-francaises-confirment-l-infection-de-te- lephones-de-journalistes_6089946_6088648.html

Meddah, H. (2020, janvier 15). Cybersécurité recherche experts désespérément. Récupéré sur L’usine nouvelle: https://www.usinenouvelle.com/article/cybersecurite-re- cherche-experts-desesperement.N919064

OFFICE of the DIRECTOR of NATIONAL INTELLIGENCE. (2021). U.S. Intelligence Community Budget. Récupéré sur OFFICE of the DIRECTOR of NATIONAL INTELLIGENCE: https://www.dni.gov/index.php/what-we-do/ic-budget

Press, G. (2016, Septembre 2). Internet Of Things By The Numbers: What New Surveys Found. Récupéré sur Forbes: https://www.forbes.com/sites/gilpress/2016/09/02/inter- net-of-things-by-the-numbers-what-new-surveys-foun- d/#2b50369016a0

Zone militaire. (2018, 10 31). En 2018, le budget du rensei- gnement américain s’est élevé à 81,5 milliards de dollars, en hausse de 11,6%. Récupéré sur Opex360: http://www. opex360.com/

Soldats EI

The Telegraph : Des dizaines d’anciens soldats français ont rejoint des groupes djihadistes au Moyen-Orient, révèle un nouveau rapport

By Sécurité/Justice

Les groupes islamistes ont recruté des dizaines d’anciens soldats français, un nouveau rapport troublant a révélé moins de trois mois après une attaque terroriste par un membre du personnel au siège de la police à Paris a choqué la nation.

Plus d’un tiers des anciens combattants sont convertis à l’islam et près de la moitié ont servi dans des unités d’élite de la Légion étrangère, des parachutistes, des commandos ou des marines où ils ont acquis une expertise dans le combat et la manipulation d’armes et d’explosifs.

Le journal conservateur Le Figaro a publié mercredi des extraits du prochain rapport du Center for the Analysis of Terrorism, un groupe de réflexion basé à Paris.

Le rapport indique que l’armée française «constitue une cible de recrutement stratégique pour les groupes terroristes… et les anciens soldats représentent des atouts considérables pour ces groupes».

Le rapport, «Soldats et djihad», décrit 23 anciens militaires «identifiés au sein d’organisations terroristes [principalement Isil] ou impliqués dans le complot d’attaques terroristes».

Un précédent rapport parlementaire avait noté qu’une trentaine d’anciens militaires avaient rejoint des groupes djihadistes depuis 2012. Plusieurs anciens légionnaires ont été arrêtés pour des complots terroristes en France, et d’anciens parachutistes ou commandos sont devenus des chefs d’unités de combat d’Isil en Syrie ou en Irak.

D’autres qui sont restés en France ont été impliqués dans la planification d’attaques contre des soldats ou des sites militaires.

Certains des anciens militaires « se sont radicalisés après avoir rejoint l’armée française, tandis que d’autres ont commencé à se radicaliser après avoir quitté l’armée », indique le rapport.

«Cependant, certains envisageaient de rejoindre des groupes djihadistes avant d’être recrutés par les forces armées françaises.»

O ne ce combat est nommé Boris V., de Charente, en France du sud-ouest, qui est devenu un commando d’air spécifiquement pour acquérir des compétences qui seraient utiles à un groupe terroriste.

Il a reçu le nom de guerre de «Younous le déserteur» et a été tué près d’Alep, en Syrie, en 2016.

Frédéric R., un ancien légionnaire dans la soixantaine qui s’est converti à l’islam, a été arrêté le mois dernier et a avoué avoir aidé un groupe de jeunes radicalisés à planifier des attaques.

Le renseignement militaire français a déclaré que les efforts pour détecter et prévenir la radicalisation avaient été intensifiés plus tôt cette année et que « plusieurs cas montrant des signes de bas niveau » étaient actuellement surveillés.

Il a déclaré qu’aucun de ces cas ne présentait un danger immédiat et que « le niveau de menace de l’islam djihadiste sunnite au sein des forces armées est désormais considéré comme faible ».

En octobre, un policier radicalisé a poignardé à mort quatre personnes au siège de la police à Paris, soi-disant l’un des bâtiments les plus sûrs de France.

Thibault de Montbrial, un ancien parachutiste et chef du Center for Internal Security Studies, un autre groupe de réflexion, a déclaré au Telegraph: «La question de la détection des personnes susceptibles de se radicaliser pendant leur service [dans les forces armées] est capitale. Même si l’armée est une formidable institution d’intégration et de cohésion, le risque est réel ».

Source The Telegraph