Category

Ils en parlent !

Trévidic, Molins, Montbrial : ces hommes de droit chouchoutés par les médias

By Ils en parlent !

Dans un pays en état de choc, trois personnalités venues du monde judiciaire courent les plateaux de télé pour expliquer et rassurer

Le contenu ‘Le PNR ou l’inertie de l’Europe face au terrorisme’ n’est pas accessible car !user est en cours d’édition de celui-ci. Souhaitez-vous tout de même accéder au contenu et ‘libérer le verrou’ ?

Les faits — Le chef opérationnel des attentats du 13 novembre, Abdelhamid Abaaoud, est revenu sur « les scènes de crime » le soir des attaques, alors que la police était en cours d’intervention au Bataclan. Il projetait un attentat-suicide à la Défense, a déclaré mardi le procureur de Paris, François Molins.

Lire la suite

Le Figaro : «Il existe un deuxième cercle au-delà des 3000 combattants du djihad»

By Ils en parlent !

Une semaine après les attentats de Paris, l’avocat Thibault de Montbrial estime que des solutions auraient dû être trouvées depuis janvier ; pour lui, le règlement du problème que pose l’islam radical prendra des années.

LE FIGARO. – Dans votre livre Le sursaut ou le chaos, paru en juin dernier, vous écriviez, après les attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015: «La France est en guerre. Face au terrorisme, nous devons entrer dans une ère nouvelle.» Ce constat, le Président de la République l’a fait sien vendredi 13 novembre, juste après les attentats qui se sont produits à Saint-Denis et à Paris. La réaction de l’exécutif a-t-elle été appropriée? Du temps a-t-il été perdu en matière de prévention des attentats et de répression des délits ?

Thibault DE MONTBRIAL. – La réaction de l’exécutif a effectivement été, enfin, à la mesure de la gravité des attaques menées contre la France. Il est toutefois permis de regretter que les mesures adoptées (état d’urgence) ou initiées (renforcement des moyens humains et matériels des forces de sécurité) n’aient pas été aussi massivement mises en œuvre dès le lendemain des attaques de janvier 2015.

En effet, notre pays n’est pas exposé à un risque terroriste ponctuel, mais à une dynamique de long terme. Or celle-ci était déjà identifiée dès l’automne 2014 comme en témoignent les déclarations de différends ministres à l’époque. Il était donc inéluctable que cette dynamique aboutisse à de nombreuses et graves attaques sur notre territoire. Dès lors, non seulement les attaques de janvier n’ont en rien surpris les spécialistes, mais encore savaient-ils tous qu’il ne s’agissait que d’un début. De fait, les différentes tentatives de Villejuif (attaques contre des églises, avril 2015), Saint-Quentin Fallavier (attaque contre un site Seveso, juin 2015) ou du Thalys (attaque contre un train, août 2015) ont-elles conforté cette analyse, seule une combinaison d’héroïsme des uns et de maladresse des autres ayant permis d’éviter les carnages visés par les auteurs de ces actes.

L’attaque du 13 novembre 2015 s’inscrit hélas dans la suite de cette dynamique, ce qui permet d’ailleurs d’affirmer qu’elle ne sera évidemment pas la dernière.

Pour en revenir à votre question, l’identification préalable de cette dynamique de terreur générée depuis la Syrie et exécutée par de jeunes Français radicalisés et entrés en guerre contre leur propre pays, aurait dû conduire à la mise en œuvre de l’état d’urgence et des mesures subséquentes dès le mois de janvier 2015.

L’autre regret que l’on peut avoir est qu’une fois de plus le Président Hollande n’ait pas été capable de nommer précisément l’ennemi. Le terrorisme est un moyen, mais l’ennemi il faut le dire et le répéter, c’est l’islamisme radical.

Les services de renseignement et les services de sécurité, police, justice sont-ils correctement coordonnés?

La logique de l’antiterrorisme est que 99 succès, inconnus du public, seront balayés par un échec sanglant. Il faut d’abord rappeler que notre appareil de sécurité s’est trouvé brutalement confronté à une augmentation spectaculaire de la radicalisation islamiste. Le nombre des intéressés (quelques dizaines) était resté stable pendant plusieurs décennies, mais il a soudain augmenté de façon exponentielle avec les départs de plus en plus massifs au Jihad dans le cadre de la guerre en Syrie à partir du tournant 2012-2013.

Or, si des moyens humains et matériels supplémentaires ont été engagés par le gouvernement, il n’a évidemment pas été possible de maintenir le ratio entre le nombre d’agents disponibles et le nombre de «cibles» à surveiller , puisque celui-ci a été multiplié par plus de cent.

Ce constat étant posé, les événements des derniers mois démontrent évidemment la nécessité de toujours mieux coordonner les échanges entre les différents services, et à casser les logiques de chapelles résiduelles.

Sur le plan judiciaire, comme le rappelle régulièrement le juge Trévidic, il faudrait augmenter le nombre d’enquêteurs compte-tenu de la multiplication de l’ouverture de dossiers au Pôle Antiterroriste. Les sous-effectifs policiers ralentissent considérablement les enquêtes.

Dans cette logique, si l’annonce récente du recrutement de plusieurs magistrats antiterroristes est une bonne chose, il faudrait l’assortir de l’augmentation des effectifs de police judiciaire disponibles pour travailler sous leur direction.

Il faudrait également réfléchir à une décentralisation partielle de la lutte antiterroriste judiciaire ; les procureurs en poste dans certains départements où la radicalisation prolifère, en particulier dans le Sud, soulignent à juste titre que les services policiers et judiciaires locaux sont souvent les mieux placés pour enquêter sur des individus qui sont nés et ont grandi dans leur ressort. Cette décentralisation partielle de la lutte antiterroriste me paraît être une piste importante à suivre à l’avenir.

Il faut enfin ne pas oublier l’importance de la dimension européenne. Nous avons abandonné depuis longtemps les frontières intérieures au profit de l’unique frontière Schengen. Cet abandon n’a cependant pas été assorti de l’indispensable unification et coordination entre les services des différends pays concernés, ce qui a conduit de facto à un considérable affaiblissement des capacités de surveillance et de suivi des individus dangereux au sein de l’Union Européenne.

Il y a à cet égard une faillite politique (qu’illustre notamment l’absence récurrente d’un PNR Européen pourtant attendu depuis longtemps) dont il est incompréhensible qu’elle n’ait pas été, au moins en partie, comblée depuis le mois de janvier 2015, et qui pourrait à court terme coûter bien cher, non seulement à la France, mais également à de nombreux autres pays européens.

Il y a environ 10 000 personnes fichées S (pour Sûreté de l’État) en France, dont 5 000 pour islamisme radical. Le suivi des fichés S est-il aujourd’hui suffisant? Sinon, comment le renforcer?

Il faut rappeler que la fiche S est une catégorie du FPR (Fichier des Personnes Recherchées). Elle concerne donc des individus dont la dangerosité a été signalée aux services de renseignement, mais qui dans leur immense majorité ne sont pas «logés», c’est-à-dire que l’on ignore où ils sont. La fiche S permet d’identifier les individus s’ils sont contrôlés à une frontière Schengen, ou encore lors d’un contrôle routier ou d’un contrôle d’identité dans les transports en communs par exemple.

Ce n’est que dans un deuxième temps, une fois que l’on a établi où se trouvaient les intéressés, que la question de leur surveillance se pose. Or, aujourd’hui, les moyens humains et matériels des services de renseignement ne sont pas suffisants au regard de l’augmentation exponentielle du nombre de personnes dangereuses constaté ces trois dernières années. En pratique, si les personnes les plus dangereuses peuvent l’objet d’une surveillance permanente, qui mobilise 20 à 25 fonctionnaires et d’importants moyens matériels, la plupart sont l’objet de surveillance par sondage: les services s’intéressent à chacun pendant quelques temps, et si la «cible» ne montre aucun signe de dangerosité imminente, le dispositif est alors redéployé vers un autre et ainsi de suite. Cela explique qu’un individu qui a été surveillé sans résultat particulier, puisse passer à l’acte quelques mois plus tard alors que sa surveillance a cessé entre-temps.

Quelles ont été les conséquences de la réforme pénale adoptée par le Parlement le 17 juillet 2014 sur les condamnés et sur les conditions de leur incarcération?

La loi du 17 juillet 2014 a supprimé les peines plancher et instauré la contrainte pénale. S’il est trop tôt pour en tirer un bilan exhaustif, il faut souligner que le message de laxisme ainsi proclamé semble avoir été reçu cinq sur cinq compte-tenu de la hausse générale des chiffres de la délinquance constatée en cette fin d’année 2015.

Pour ce qui est plus précisément des questions de radicalisation, les lacunes du système judiciaire se concentrent sur la question de l’exécution des peines. Plusieurs individus radicalisés et condamnés ont bénéficié de permissions de sorties dont ils ont profité pour s’évader. Cette préoccupante répétition illustre l’absolue nécessité d’apporter aux Juges de l’Application des Peines une formation spécifique en matière de radicalisation, afin qu’ils puissent disposer des outils pour apprécier la dangerosité des individus, ce qui n’est aujourd’hui pas le cas.

Vous rappeliez en juin 2015 que, en janvier dernier, le Premier ministre évaluait à 3000 le nombre de Français combattants potentiels, sur notre propre territoire. Cette estimation a-t-elle évolué?

Ce chiffre de 3000 combattants potentiels a été cité par Manuel Valls lors de son discours du 13 janvier 2015 à l’Assemblée Nationale. Une petite année est passée, et les professionnels du renseignement civil et militaire, estiment selon les sources que ce chiffre est susceptible d’avoir un peu augmenté, mais dans des proportions qui sont extrêmement difficiles à évaluer précisément. Il faut à cet égard souligner que ne sont pas seulement concernés les individus partis se former en Syrie ou en Irak, mais également de nombreux islamistes radicaux qui se sont formés sur le territoire national au maniement d’armes de guerre assez simples d’utilisation: il est inutile de passer deux mois dans un camp militaire pour apprendre le maniement d’une kalachnikov et les rudiments tactiques permettant de l’utiliser pendant une demi-heure dans les rues d’une ville française.

A ce chiffre des combattants potentiels, il est cependant essentiel d’ajouter le nombre des sympathisants, qui constituent un deuxième cercle susceptible de leur apporter un soutien logistique. Les événements survenus ce jeudi 19 novembre au matin à Saint-Denis illustrent à cet égard que des solidarités se créent bien au-delà des réseaux terroristes proprement dit. Selon la plupart des estimations, il existe sur notre territoire plusieurs dizaines de milliers de personnes, qui sans être activement impliquées dans la préparation d’attentats, sont ou seraient prêtes à apporter leur soutien logistique à des individus de passage sans se poser de questions sur les projets de ceux-ci.

Les solutions proposées par le gouvernement pour lutter contre la radicalisation et pallier les risques d’attentats seront-elles suffisantes?

Le déclenchement de l’état d’urgence a permis la mise en œuvre de mesures opérationnelles qui étaient indispensables. Je pense en particulier aux centaines de perquisitions qui ont été engagées depuis lundi matin, et qui ont notamment permis de récupérer un nombre significatif d’armes et de munitions, même s’il ne s’agit manifestement que d’une petite partie du matériel considérable stocké sur notre territoire.

Il faut cependant conserver à l’esprit que la situation que connaît notre pays ne pourra se régler que sur le long terme. À cet égard, il me semble que deux grands types de mesures sont indispensables.

Sur le plan de la sécurité, il faut que chacun comprenne que la France est engagée dans un défi de long terme, et que le logiciel d’analyse doit évoluer.

L’armement permanent des policiers même hors service est une mesure que je réclamais depuis plus d’un an, à laquelle les syndicats de police ont adhéré après les attaques de janvier. Il est désormais urgent de l’étendre à l’ensemble des personnes habilitées à porter une arme à titre professionnel (gendarmes, douaniers et autres).

Le but est de permettre une riposte aussi rapide que possible lors d’une fusillade, l’expérience ayant largement démontré que plus longue à venir est la riposte, plus le nombre de victimes augmente. Il s’agit donc d’une mesure de pur bon sens.

Mais il faut aller plus loin.

Le général de Villiers, Chef d’État-Major des Armées, a expliqué au Sénat en mai combien la mobilisation de ses troupes dans le cadre de l’opération Sentinelle avait empiété sur les missions traditionnelles de l’armée. Les syndicats de policiers ont expliqué cet été à Bernard Cazeneuve leur usure depuis le mois de janvier. Il est donc grand temps de dégager les forces de l’ordre et l’armée de certaines tâches de surveillance de sites fixes, et de déléguer cette responsabilité à des sociétés privées spécialement agréés par l’État pour armer leurs personnels (anciens militaires ou policiers par exemple). Ainsi, plusieurs milliers de militaires, gendarmes et policiers pourraient être réaffectés à d’autres tâches, plus en rapport avec leur formation et leurs missions traditionnelles. Dans cette même logique, certaines personnalités civiles exposées pourraient être protégées par des gardes-du-corps privés bénéficiant également d’un agrément pour être armés.

Sur le plan politique ensuite, il faut assumer un combat sans faiblesse contre la radicalisation. Cela implique un préalable incontournable: accepter de dire l’évidence factuelle selon laquelle l’islam radical est lié à l’islam.

Récoltant les fruits des lâchetés et des renoncements des quarante dernières années, notre tissu social est aujourd’hui mité par un communautarisme qui a fait le lit de cette radicalisation d’une partie de notre jeunesse. Il est donc impératif de travailler à reconquérir ceux qui ont quitté le giron de la nation.

À cet égard, la coopération avec les élites musulmanes est absolument indispensable. Il faut que l’ensemble des musulmans quitte l’ambiguïté résiduelle dans laquelle certains baignent encore. Pas seulement en dénonçant le terrorisme, ce qui et une évidence globalement partagée. Car il faut aller plus loin: les intellectuels, mais aussi les artistes ou les sportifs doivent clamer haut et fort que le fait religieux ne peut relever que de la sphère privée, et en aucun cas déborder sur les règles de vie commune, que ce soit en entreprise ou en société au sens le plus large. L’Islam de France doit une fois pour toute accepter que soit scindé ce qui relève d’une part du spirituel, donc de la vie privée, et d’autre part du temporel, c’est-à-dire de l’organisation de la vie de la citée, qui est du ressort des seules lois de la République.

Or il n’existe pas de clergé musulman. Les dissensions au sein des différences obédiences de cette religion sont criardes. Le CFCM n’a même pas réussi à imposer que soit lu un texte commun aujourd’hui dans les mosquées françaises pour condamner les attentats du 13 novembre dernier! Les influences sont multiples et parfois antagonistes, entre les lieux financés par telle ou telle mouvance ou État. Cette situation n’est plus tenable. Pour permettre l’émergence d’un Islam des Lumières, il ne faut reculer devant aucun tabou, y compris la possibilité d’abandonner pour un temps la loi de 1905 afin d’organiser cette représentativité de l’Islam de France en dehors des influences étrangères dont ont connaît aujourd’hui la nocivité, y compris en terme de radicalisation.

De fait, les mosquées radicales doivent être fermées. Il faut expulser les imams étrangers qui y prêchent la haine, mais aussi ceux qui demeurent dans l’ambigüité mais prônent un mode de vie parfaitement incompatible avec celui de la France du XXIème siècle.

Les choses doivent être dites: il s’agit d’un combat non pas religieux mais politique, et dont le résultat est crucial pour l’avenir de notre cohésion nationale.

Quelle sera l’influence de ces attentats sur la politique migratoire en France? Le risque que des migrants soient des djihadistes, Syriens en partance pour la France, ou Français de retour en France est-il significatif?

J’ai fait partie de ceux qui ont tiré la sonnette d’alarme dès la fin de l’été sur la question des migrants, non pas pour contester la détresse évidente de la majorité d’entre eux, mais parce que l’État islamique avait annoncé dès le mois de mars 2015, que l’envoi massif de centaines de milliers de migrants serait utilisé pour déstabiliser notre continent, et pour y infiltrer des combattants. Une fois de plus, le programme nous était annoncé.

Un mélange de naïveté et de bons sentiments a conduit l’ensemble des médias et dirigeants européens à abandonner instantanément toute raison devant l’émotion suscité par la photo du petit garçon retrouvé mort sur une plage grecque au début du mois de septembre. Or, s’il n’est évidemment pas question que l’Europe ne prenne pas sa part de solidarité face à des populations fuyant la guerre, il fallait pour autant conserver son sang-froid, canaliser le flot et organiser un accueil précédé d’un contrôle dans des conditions susceptibles de permettre à l’Europe de jouer son rôle de solidarité tout en conservant la maîtrise des événements et le contrôle de sa sécurité.

Plus de deux mois plus tard, le bilan est catastrophique. En Allemagne ou en Suède, le retournement des populations et de certains politiques est spectaculaire et les tensions ethniques palpables constituent le germe de difficultés et sans doute de violences qu’il n’est pas besoin d’être devin pour anticiper.

Quant à la question de l’éventualité d’infiltration de terroristes parmi les migrants, «impensable» aux yeux de tant de belles âmes, elle est aujourd’hui factuellement réglée par les empreintes retrouvées sur l’un des kamikazes du stade de France: oui l’État islamique a infiltré au moins un de ses hommes parmi les centaines de milliers de ceux qui sont entrés en Europe depuis la fin de l’été. Je pense que personne n’oserait aujourd’hui soutenir qu’il était le seul. On peut donc tenir pour certain le fait qu’un nombre significatif d’entre eux sont entrés parmi le flot des migrants. À la question de leur nombre il est impossible de répondre. J’espère simplement que nous ne découvrirons pas l’ampleur de cette infiltration au fur et à mesure d’attaques qui ensanglanteraient l’Europe mais je ne vous cache pas mon pessimisme à cet égard.

Le déroulement de la COP21 qui commencera le 29 novembre a été maintenu. Cependant, un arrêté publié au Journal officiel samedi 14 novembre autorise l’utilisation d’un antidote aux attaques chimiques. En effet, le gouvernement estime que «le risque d’attentats terroristes et le risque d’exposition aux neurotoxiques organophosphorés constituent des menaces sanitaires graves qui appellent des mesures d’urgence». Cette décision est-elle adaptée?

Il faut saluer cette décision ainsi que les propos de Manuel Valls à la tribune de l’Assemblée Nationale. On sait que l’État islamique n’a jamais reculé devant aucun procédé dans la guerre qu’il mène à ses ennemis au rang desquels nous figurons en bonne place.

Parer à toute éventualité relève donc de la responsabilité de nos gouvernements. Le déni ne fait pas disparaître la réalité, et se préparer aux événements les plus graves ne signifie pas qu’ils auront lieu, mais simplement que si tel était le cas, cette préparation en limiterait les effets.

En toute hypothèse, ce dernier point illustre la gravité de la situation et la nécessité pour tous (politiques, médias, citoyens) de comprendre que les 70 ans de paix que notre pays a vécu sont aujourd’hui terminés ; et que si nous ne sommes pas entrés dans une phase de guerre au sens où l’Europe l’a connu au milieu du XXème siècle, il est hélas certain que la violence a durablement fait son retour sur notre continent et dans nos vies.

Le règlement de la problématique politique sous-jacente prendra des années, pendant lesquelles il faut que chacun s’adapte, non seulement par des précautions de sécurité significativement plus élevées que jusqu’alors, mais aussi et peut-être surtout par une réflexion aussi bien collective que personnelle, qui permette à la France de traverser les moments difficiles à venir comme elle en a traversé d’autres par le passé, avec lucidité et détermination, afin de développer une résilience face aux épreuves qui nous attendent et d’asseoir le triomphe de nos valeurs.

Lire l’article sur lefigaro.fr

Ouest France : « Pourquoi armer les policiers en repos ? »

By Ils en parlent !

L’état d’urgence est prolongé jusqu’à fin février. Pendant cette période, les policiers pourront porter leur arme en dehors de leurs heures de service. Il était temps, estime Thibault de Montbrial, avocat au barreau de Paris, spécialiste de la légitime défense.

Les policiers qui le souhaitent pourront être armés en permanence, y compris hors service, a indiqué dans une note la direction générale de la Police nationale. Cette mesure s’appliquera pendant l’état d’urgence qui a été prolongé de trois mois jusqu’à fin février par un vote des députés. Elle était réclamée depuis samedi par les syndicats de police. Car en théorie, les policiers en repos doivent laisser leur arme dans leur service ou chez eux. Une pratique qui fluctue en fonction des spécialités.

Brassard et séances de tir

S’ils portent une arme pendant leur repos, les policiers devront arborer un brassard de police pour éviter la confusion avec des collègues en service qui pourraient intervenir. Il faudra également avoir effectué un minimum de séances de tir réglementaire organisées dans la police. Et aviser sa hiérarchie de la démarche de prendre son arme en rentrant chez soi par exemple.

Thibault de Montbrial, avocat au barreau de Paris, spécialiste de la légitime défense et des questions de terrorisme, défend et conseille des policiers depuis vingt ans. Il préside également le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, un groupe dans lequel se trouve notamment l’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic. Il milite depuis plusieurs années en faveur du port permanent de l’arme pour les personnes habilitées. Entretien.

Êtes-vous satisfait que le port permanent de l’arme soit enfin autorisé aux policiers ?

Mieux vaut tard que jamais. C’est dommage que les policiers en repos présents sur les lieux des attentats vendredi soir n’étaient pas armés. Ils auraient pu commencer à riposter et peut-être réduire le nombre de morts. Rien n’est sûr évidemment, mais ça aurait pu… Cette mesure, c’est bien, mais je demande qu’on aille au bout de la logique et que cette autorisation soit étendue à toute personne habilitée à porter une arme, les gendarmes en priorité, les douaniers et aussi les services civils de sécurité comme les convoyeurs de fonds par exemple.

Pourquoi le préconisez-vous ?

On sait, en analysant les scènes des attentats à travers le monde, que plus la riposte est rapide moins le nombre de morts est élevé. Si le terroriste rencontre une résistance, ça le gêne et ça peut même l’arrêter. En pleine ville, les forces de l’ordre mettent 5-10 minutes à arriver. Or, il faut dix secondes pour vider un chargeur de kalachnikov.

Avec cette mesure, on décuple le nombre de personnes dans les lieux publics susceptibles de riposter à une attaque terroriste. En plus, les terroristes ne peuvent pas repérer des policiers et gendarmes en civil.

Cette mesure devrait donc dépasser le cadre de l’état d’urgence, selon vous ?

Compte tenu du nombre d’islamistes radicaux en France, de leur violence exprimée et de la qualité de leur formation militaire, tous les professionnels savent que la situation que nous vivons actuellement va durer bien au-delà de l’état d’urgence. Le port permanent de l’arme doit donc devenir une culture des forces de l’ordre. Mais avec ses contraintes. C’est-à-dire qu’un policier qui va à une fête devra sans doute choisir entre l’arme et l’alcool.

Vous ne craignez pas des dérives, comme un policier qui tire à mauvais escient ?

Il n’y a aucune raison que les policiers fassent n’importe quoi avec leurs armes pendant leur repos, alors qu’ils la maîtrisent pendant leur service. Je tiens bien à préciser que je soutiens le port permanent de l’arme uniquement pour les personnes habilitées, c’est-à-dire celles qui bénéficient d’un entraînement et d’un apprentissage des règles de sécurité et d’une capacité d’analyse.

En dernier argument, dans une scène comme celle de vendredi soir à Paris, je crois que la question d’une balle perdue devient secondaire. Il vaut mieux laisser une chance aux gens de survivre et une personne armée peut sauver des dizaines de vies.

En France, il n’y a aucune culture de l’arme. Des dernières années de pratique judiciaire et administrative ont développé une crainte de l’arme chez les forces de l’ordre. Quand, en tant qu’avocat, on défend des policiers qui ont utilisé une arme, on se retrouve souvent face à une méconnaissance des magistrats et des questions parfois surréalistes.

Que permet la loi à un policier dans l’usage de son arme ?

Les règles de légitime défense sont les mêmes pour tous. Forces de l’ordre en service ou pas, simples citoyens, avec ou sans armes.

C’est pour cela que le port permanent de l’arme est une mesure facile à prendre, il n’y a pas d’adaptation légale nécessaire. En revanche, il y a une responsabilité. C’est pourquoi ce droit ne peut être étendu à des personnes qui savent maîtriser les armes. Il est ensuite de la responsabilité de l’administration de bien former les forces de l’ordre. Aujourd’hui, le niveau de formation au tir des policiers de sécurité publique – je parle ici de la base de la police – est insuffisant en France. De nombreux policiers prennent sur leur temps libre et leur argent pour améliorer leur niveau.

Faut-il améliorer les règles de légitime défense ?

La loi est extrêmement contraignante. La légitime défense doit être immédiate, nécessaire – c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’autres moyens – et proportionnelle. C’est l’interprétation de ce dernier élément qui est aujourd’hui le plus contestable. Il exige de celui qui est contraint de se défendre un sang-froid en plein stress quasi-inhumain.

Or la légitime défense tient jusqu’à ce que la menace cesse. Le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, que je préside, propose notamment d’assouplir ces règles en créant une « période de danger absolu » pendant laquelle les conditions juridiques du droit d’ouverture de feu par les forces de l’ordre en cas d’attaque terroriste dans un lieu public seraient élargies. Ce qui permettrait, par exemple, de tirer sur des terroristes lorsqu’ils s’enfuient, y compris dans le dos.

Lire l’article sur Ouest France

Le Figaro : « Moirans : l’Etat tétanisé devant la hausse des violences »

By Ils en parlent !

Un refus de permission de sortie pour assister à des obsèques a provoqué une série d’incidents et de violence à Moirans, dans l’Isère. Pour Thibault de Montbrial, l’État a choisi de renoncer à intervenir sans comprendre qu’il envoyait un message de faiblesse.

LE FIGARO. – Que vous inspirent les scènes de violence des gens du voyage à Moirans?

Thibault DE MONTBRIAL. – Les scènes hallucinantes vues à Moirans hier sont la conséquence de celles de l’autoroute A1 en août dernier. A l’époque, l’État avait fait le choix de laisser l’un des plus grands axes routiers d’Europe coupé par une centaine de personnes qui revendiquaient la sortie de prison de l’un des leurs. En renonçant à rétablir l’ordre contre une poignée d’individus, l’État avait alors envoyé un signal catastrophique dont les événements de Moirans sont la conséquence directe. Hier, comme en août, les forces de l’ordre ne sont pas intervenues pour interpeller les auteurs de ces violences et dégager les barrages en temps réel. Le signal donné est aussi clair que négatif: l’État ne recourra à aucun moment à l’affrontement physique contre des individus déterminés. On ne peut encore mesurer les conséquences délétères de ce message catastrophique, mais d’autres événements de cette nature paraissent dès lors inéluctables.

Pourquoi n’y a-t-il eu aucune interpellation ?

Ainsi qu’on l’a vu par exemple au cours des violents débordements qui ont suivi les matchs de l’équipe d’Algérie pendant la Coupe du Monde en 2014, La doctrine du gouvernement socialiste est la suivante: en matière de maintien de l’ordre, pas d’affrontement pour ne pas faire de victimes afin d’éviter que la situation n’empire. Le gouvernement a conscience que notre pays est dans une telle situation de tension qu’il suffirait de quelques blessés ou d’un tué parmi ces personnes issues de minorités pour que des territoires entiers du pays s’embrasent.

Mais l’effet produit est exactement inverse: au lieu de montrer sa fermeté et de dissuader les futurs fauteurs de troubles, l’État a choisi de renoncer à intervenir sans comprendre qu’il envoyait un message d’une immense faiblesse. Les perturbations successives qu’on observe dès lors, avec des troubles inouïs à l’ordre public et des violences qui ont des coûts très importants pour la société, à la fois en ce qui concerne le fonctionnement – la coupure d’une autoroute en août, d’une route et d’une voie ferrée hier – et la remise en état – pour réparer les dégâts causés, en sont la triste illustration.

Cette attitude des forces de l’ordre ne s’applique pas qu’aux gens du voyage…

Non. On l’a vue à l’œuvre lorsque des débordements très graves étaient advenus après les matchs de l’équipe d’Algérie pendant la coupe du monde 2014, avec des scènes surréalistes notamment dans le quartier des Champs Élysées où des personnes étaient victimes de dépouillement systématiques et où se sont même produits certains cas d’agressions sexuelles. Certains de ces événements se sont déroulés à quelques mètres des cordons de forces de l’ordre, dont les demandes d’intervention formulés par le commandement de terrain étaient refusées par la hiérarchie.

Pour en revenir aux incidents de l’A1 et de Moirans, il faut encore souligner que l’on a affaire à des individus qui non seulement entravent la liberté d’aller et venir, provoquent des dégâts importants aux biens matériels, mais dont l’action constitue de surcroît une pression sur l’autorité judiciaire.

Tout ceci est d’autant plus insupportable que, dès que les manifestations sont pacifiques, la force publique est volontiers utilisée pour des évacuations parfois musclées, comme les avocats l’ont expérimenté hier devant le Tribunal de Lille.

Il faut enfin souligner que les forces de l’ordre (policiers et gendarmes) ne sont que les exécutants de ces choix politiques, et que nombre d’entre eux en sont écoeurés et comprennent l’exaspération de nos concitoyens.

Comment l’État peut-il encore affirmer son autorité en laissant passer de tels actes de violences ?

Dans sa conférence de presse de rentrée, François Hollande avait justifié le comportement du préfet qui avait délibérément choisi ne pas libérer l’autoroute A1 par la force.

L’exécutif est tétanisé devant l’ampleur de la décomposition du tissu social et la hausse des violences de toute nature. Mais refuser par principe le recours à la violence légitime, c’est afficher une faiblesse qui encourage les fauteurs de troubles quels qu’ils soient, et expose avec certitude notre société à des violences futures dont la gravité ne pourra que croître.

Lire l’article sur lefigaro.fr

Paris Match : Le cri d’alarme du juge Trévidic « La France est l’ennemi numéro 1 de l’Etat Islamique »

By Ils en parlent !

Pendant dix ans, il a animé le Pôle judiciaire antiterroriste. Forcé de quitter ses fonctions en pleine tempête pour devenir vice-Président du tribunal de grande instance de Lille, Marc Trévidic nous parle sans tabous.

Paris Match. Pouvez-vous estimer aujourd’hui le niveau de risque que courent les Français ?

Marc Trévidic. La menace est à un niveau maximal, jamais atteint jusqu’alors. D’abord, nous sommes devenus pour l’Etat islamique [EI] l’ennemi numéro un. La France est la cible principale d’une armée de terroristes aux moyens illimités. Ensuite, il est clair que nous sommes particulièrement vulnérables du fait de notre position géographique, de la facilité d’entrer sur notre territoire pour tous les djihadistes d’origine européenne, ­Français ou non, et du fait de la volonté clairement et sans cesse exprimée par les hommes de l’EI de nous frapper. Et puis, il faut le dire : devant l’ampleur de la menace et la diversité des formes qu’elle peut prendre, notre dispositif de lutte antiterroriste est devenu perméable, faillible, et n’a plus l’efficacité qu’il avait auparavant. Enfin, j’ai acquis la conviction que les hommes de Daech [acronyme de l’Etat islamique] ont l’ambition et les moyens de nous atteindre beaucoup plus durement en organisant des actions d’ampleur, incomparables à celles menées jusqu’ici. Je le dis en tant que technicien : les jours les plus sombres sont devant nous. La vraie guerre que l’EI entend porter sur notre sol n’a pas encore commencé.

Pourquoi un constat si alarmant ?

Nous avons en face de nous un groupe ­terroriste plus puissant que jamais. Bien plus puissant qu’Al-Qaïda à sa grande époque. L’EI, fort d’environ 30 000 “soldats” sur le terrain, a recruté plus de membres que l’organisation fondée par Ben Laden en quinze ans ! Et ce n’est pas fini. La France est, de fait, confrontée à une double menace. Celle du déferlement de ce que j’appelle les “scuds” humains du djihad individuel, ces hommes qui passent à l’action sans grande formation ni préparation, agissant seuls, avec plus ou moins de réussite, comme on a pu le voir ces derniers temps. Et celle, sans commune mesure, que je redoute : des actions d’envergure que prépare sans aucun doute l’EI, comme celles menées par Al-Qaïda, qui se sont soldées parfois par des carnages effroyables.

Disposez-vous d’éléments indiquant qu’on se dirige vers ce type d’actions d’envergure ?

Ceux que l’on arrête et qui acceptent de parler nous disent que l’EI a l’intention de nous frapper systématiquement et durement. Comprenez-moi bien, il ressort de nos enquêtes que nous sommes indubitablement l’ennemi absolu. Les hommes de Daech ont les moyens, l’argent et la faculté d’acquérir facilement autant d’armes qu’ils veulent et d’organiser des attaques de masse. Le terrorisme est une surenchère ; il faut toujours aller plus loin, frapper plus fort. Et puis, il reste “le prix ­Goncourt du terrorisme” à atteindre, et je fais là référence aux attentats du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center. Je n’imagine pas un instant qu’un homme tel qu’Abou Bakr ­al-Baghdadi et son armée vont se satisfaire longtemps d’opérations extérieures de peu d’envergure. Ils sont en train de penser à quelque chose de bien plus large, visant en tout premier lieu l’Hexagone.

« L’EI A RECRUTÉ PLUS DE MEMBRES QU’AL QAÏDA EN QUINZE ANS »

Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi la France ?

Parce qu’on revient à cette idée qu’on est la cible idéale ! Traditionnellement, l’adversaire numéro un du terrorisme djihadiste a longtemps été les Etats-Unis, mais les paramètres ont changé. Les Américains sont plus difficiles à atteindre. La France, elle, est facile à toucher. Il y a la proximité géographique, il y a des relais partout en Europe, il y a la facilité opérationnelle de renvoyer de Syrie en France des volontaires aguerris, des Européens, membres de l’organisation, qui peuvent revenir légalement dans l’espace Schengen­ et s’y fondre avant de passer à l’action.

Il y a aussi des raisons politiques, idéologiques ?

Evidemment ! La France est devenue l’allié numéro un des Etats-Unis dans la guerre contre Daech et les filières djihadistes. Nous combattons par les armes aux côtés des Etats-Unis. Nous avons mené des raids aériens contre l’EI en Irak. Maintenant, nous intervenons en Syrie. De plus, la France a un lourd “passif” aux yeux des islamistes. Pour eux, c’est toujours une nation coloniale, revendiquant parfois ses racines chrétiennes, soutenant ouvertement Israël, vendant des armes aux pays dits “mécréants et corrompus” du Golfe ou du Moyen-Orient. Et une nation qui opprimerait délibérément son importante communauté musulmane. Ce dernier argument est un axe de propagande essentiel pour l’EI. Nos forces armées sont aussi intervenues au Mali pour arrêter les islamistes, même si ce ne sont pas les mêmes réseaux. Ajoutons enfin que, en France, nous sommes depuis des années en première ligne pour combattre le “djihad global”. Longtemps notre dispositif antiterroriste nous a permis de porter des coups sévères aux terroristes et aux ­djihadistes de toute obédience.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui ?

Non, la donne a changé. L’évidence est là : nous ne sommes plus en mesure de prévenir les attentats comme par le passé. On ne peut plus les empêcher. Il y a là quelque chose d’inéluctable. Bien sûr, on arrête des gens, on démantèle des cellules, on a de la chance aussi, comme on a pu le voir avec certaines affaires récentes, mais la chance ou le fait que les terroristes se plantent dans leur mode opérationnel, ou encore que des citoyens fassent preuve de grande bravoure, ça ne peut pas durer éternellement. Quant aux moyens affectés à la lutte antiterroriste, ils sont clairement devenus très insuffisants, et je pèse mes mots. On frise l’indigence à l’heure où la menace n’a jamais été aussi forte. Ces deux dernières années, j’ai constaté par moi-même qu’il n’y avait parfois plus d’enquêteurs pour mener les investigations dont nous avions besoin ! On fait donc le strict minimum, sans pouvoir pousser les enquêtes, sans “SAV”, au risque de passer à côté de graves menaces. Les politiques prennent des postures martiales, mais ils n’ont pas de vision à long terme. Nous, les juges, les policiers de la DGSI, les hommes de terrain, nous sommes complètement débordés. Nous risquons d’“aller dans le mur”.

« LES KOUACHI N’ÉTAIENT PAS PARTIS POUR UNE OPÉRATION SUICIDE ! »

Et le dispositif Sentinelle, qui mobilise des milliers d’hommes pour protéger des lieux symboliques, des sites sensibles, il n’est pas efficace ?

Ce dispositif protège certains endroits, rassure la population. Mais, en fait, il déplace la menace. Cela n’évitera jamais que des hommes déterminés passent à l’action ici ou ailleurs. Si cela leur paraît trop compliqué de s’en prendre à un objectif sous surveillance, ils en trouveront un autre. Un cinéma, un centre commercial, un rassemblement populaire… Sentinelle, Vigipirate, on ne peut pas se permettre de s’en priver, la population ne le comprendrait pas, mais fondamentalement cela ne résout rien. Cela ne freinera pas les hommes de l’EI le jour où ils décideront de passer à la vitesse supérieure et de commettre des attentats d’ampleur. D’autant que nous sommes incapables d’enrayer leur montée en puissance constante. Nul doute que le groupe soit actuellement en train de bâtir les structures, les réseaux, de former les hommes pour concevoir des plans d’attentats de masse. Ils préparent le terrain pour pouvoir frapper fort.

Que penser, alors, de la nouvelle stratégie française ? Des ­premières frappes aériennes ont visé Daech sur le sol syrien. La France invoque un “droit de légitime défense” et dit vouloir cibler les terroristes à la base…

Procéder à des frappes “extra-judiciaires” revient à se calquer sur le modèle américain. Cela fait des années que les Etats-Unis éliminent des chefs, des stratèges, des recruteurs au Yémen, en Afghanistan, en Somalie, mais sans affaiblir les groupes visés. Cela n’a jamais marché ! Je ne crois pas au bien-fondé de la stratégie française. Peut-on penser déstabiliser Daech et nuire à ses objectifs en éliminant des leaders, des “opérationnels” qui auraient été repérés ? Y a-t-il des chefs d’une telle importance qu’ils ne puissent être remplacés dans l’heure par d’autres hommes ? Rien n’est moins sûr. De toute façon, ils nous ont “dans le collimateur” et, de ce point de vue-là, ça ne changera rien ! Cela peut même avoir l’effet inverse que celui recherché en créant des “vocations”. Si, d’aventure, il y avait quelques ciblages réellement pointus, le bras de la justice n’étant pas très long, j’aurais tendance à me dire qu’une petite roquette fera l’affaire ; mais, clairement, il n’est rien dans cette stratégie qui permette de renverser le cours d’une guerre contre une armée de terroristes et de la gagner.

Est-on à l’abri d’une campagne d’attentats sur notre sol ?

Non. Si l’on prend l’exemple des frères Kouachi, les auteurs de la fusillade de “Charlie Hebdo”, ils étaient, au vu de ce que l’on sait, “en route” pour une campagne d’attentats. On y a échappé parce que, dans un accident de voiture, l’un des frères a perdu sa carte d’identité. C’est cela qui a permis de les identifier et de lancer la chasse à l’homme qui s’est soldée par la mort des deux terroristes, tués par le GIGN. Les Kouachi n’étaient pas partis pour une opération suicide ! S’ils avaient pu, ils auraient continué à frapper. Comme Nemmouche, le tueur du Musée juif de Bruxelles, comme Merah… L’an dernier, j’ai fait neutraliser un réseau de djihadistes très dangereux qui voulait créer un commando de dix “Merah” autonomes, opérant simultanément sur l’ensemble du territoire. L’idée que nous soyons un jour confrontés à une ou plusieurs campagnes d’attentats majeurs ne peut être écartée. Ceux qui nous attaquent veulent nous faire le plus de mal possible. Et le faire dans la durée. Ils s’y préparent. Les Français vont devoir ­s’habituer non à la menace des attentats, mais à la réalité des attentats, qui vont à mes yeux immanquablement survenir. Il ne faut pas se voiler la face. Nous sommes désormais dans l’œil du cyclone. Le pire est devant nous.

Lire l’article sur parismatch.com

France 2 – Complément d’enquête : « Attentats : peut-on éviter la psychose ? »

By Ils en parlent !
[su_youtube_advanced url= »https://youtu.be/npGmcC-fonk » showinfo= »no » rel= »no »]
Voir la vidéo sur le site francetvinfo.fr

Délit de propagande

A Béziers, il tenait un restaurant kebab un peu particulier : menu « AK47 », menus “Grenade”, “Kalach” ou “Calibre 12”. Jugé en comparution immédiate pour « apologie du terrorisme », le suspect plaide l’humour et la provocation, mais les policiers ont retrouvé chez lui des armes et des vidéos compromettantes. Aujourd’hui, il est en prison, comme cet autre homme jugé pour avoir crié « Daech ! » dans les rues de Mende, en Lozère, un soir d’ivresse.
Une enquête de Raphaële Schapira, Jean-Marc Nouk-Nouk et Alice Panouillot, suivie d’un entretien avec Thibault de Montbrial, avocat et spécialiste des questions de terrorisme.


 

« Le pire est à venir ! » Le cri d’alarme de Marc Trévidic fait froid dans le dos. Le célèbre ex-juge antiterroriste en est certain : Daech va bientôt frapper la France, la menace est imminente. Plan Vigipirate, opération Sentinelle, nouvelle loi sur le renseignement… un arsenal toujours plus puissant est mis en place, on apprend que des projets d’attentat ont été déjoués – une dizaine en moins d’un an… Comment résister à la psychose ? C’est le thème de « Complément d’enquête » du 15 octobre 2015.

Cet été, trois jeunes auraient eu l’intention de décapiter un gradé militaire au nom d’Allah. Comment ces projets sont-ils détectés et neutralisés ? A quel moment intervenir pour empêcher le passage à l’acte ? Peut-on punir une « simple » intention criminelle ?

Depuis la loi antiterroristela justice se fait plus sévère : jeunes radicalisés, provocateurs du web, ou même personnes en état d’ivresse qui insultent la police au nom de Daech, la liste des condamnés pour « apologie du terrorisme » s’allonge sans cesse. Certains écopent de peines de prison ferme. Des voix se lèvent pour dénoncer des abus dans l’application de cette nouvelle loi.

Alors, voit-on des terroristes partout ? Y compris chez les migrants ? Une idée folle, un fantasme qui nourrit la psychose, notamment en Hongrie, où le discours anti-islam trouve un écho auprès de la population.

 Au sommaire de ce « Complément d’enquête »

Les attentats déjoués

Qui se cache derrière le projet d’attentat de cet été ? Trois jeunes Français à peine majeurs, aujourd’hui incarcérés, qui auraient planifié la décapitation d’un haut gradé militaire. La nouvelle a provoqué l’émoi de la classe politique, mais les avocats et quelques députés jugent que cette affaire relève avant tout du « fantasme ».
Une enquête de Tristan Waleckx, Romain Boutilly, Vincent Gobert et Olivier Broutin, suivie d’un entretien avec Valérie de Boisrolin, mère d’une jeune fille partie en Syrie.

Délit de propagande (Voir le détail ci-dessus)

Entretien avec Thibault de Montbrial, avocat et spécialiste des questions de terrorisme.

La parano hongroise

Le 8 septembre, la télévision hongroise révélait que les services secrets hongrois avaient déjà identifié deux terroristes arabes arrivés en Europe dans le flot des migrants. Info ou intox ? Reportage dans le pays d’Europe le plus hostile aux migrants, une nation qui n’hésite pas à assimiler islam et terrorisme.
Un reportage de Jean-Karl Lambert, Raphaëlle Duroselle et Xavier Puypéroux, suivi d’un entretien avec Tristan Nitot, membre du collectif « Ni pigeons ni espions » et du Conseil national du numérique.