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Olivier Debeney

Vignette actu CRSI sécurité intérieure

Commission d’Enquête « 13 novembre » : l’analyse de Frédéric Gallois, ancien Commandant du GIGN, membre du Comité d’Honneur du CRSI, co- fondateur de la société Gallice»

By Dernièrement

« Rapport « Fenech » : La question n’est pas de décloisonner les services »

En temps de crise, une réflexion doit s’imposer sur la chaîne de commandement

Frédéric Gallois est ancien commandant du GIGN, membre du Centre de Réflexion sur la Sécurité Intérieure (CRSI) et co-fondateur de la société Gallice.

 

Une fois le calme revenu, toute organisation de gestion de crise doit chercher à tirer les enseignements des événements survenus, ne serait-ce que pour améliorer l’efficacité des moyens d’intervention. C’est précisément l’objet du travail réalisé par la commission d’enquête parlementaire suite aux attentats du 13 novembre dont les résultats ont été publiés le 5 juillet.

Même s’ils ne mettent pas en évidence d’importants « ratés », les parlementaires ont jugé que notre pays « n’était pas prêt » à affronter des événements d’une telle ampleur. Et si la commission a effectivement dressé un bilan encourageant, il n’est pas uniquement question de déterminer la capacité de nos services à anticiper ces événements tragiques – car le risque zéro est impossible -mais au contraire de savoir si notre pays est structurellement en mesure de secourir et de sauver les plus exposés.

La leçon est sans appel : la France n’a pas su mettre en œuvre les moyens opérationnels à sa disposition.

À la suite d’une attaque terroriste, l’un des principes importants d’une gestion de crise efficace repose sur l’aptitude à élaborer un plan de secours immédiat, et de riposte. Ce schéma d’intervention doit pouvoir, en quelques minutes, mettre en œuvre une organisation à la fois puissante, exceptionnelle et temporaire, permettant de dépasser les limites et les contingences de la gestion du quotidien. Cela implique un bousculement des règles « du temps de paix » pour passer instantanément dans un mode opérationnel correspondant au « temps de crise ».

À ce stade de la réflexion, il faut rappeler que des unités de gestion de crise existent, je pense au GIGN et au RAID, et qu’elles travaillent ensemble depuis plusieurs années. La question n’est donc pas de « décloisonner », comme le préconise le rapport « Fenech », mais de comprendre pourquoi, à chaque crise, ce qui avait été anticipé n’est finalement pas mis en place.

Éviter la crise dans la crise

Les attentats parisiens du 13 novembre, comme ceux du 11 septembre à New York, sont devenus des cas d’école pour travailler sur l’optimisation de la riposte. Lorsque le système n’arrive plus à s’adapter sans conflit à une contrainte extérieure nécessitant des mesures exceptionnelles, il en résulte « une crise dans la crise ». Pourtant, après le 11 septembre, tous les organes de protection des territoires à travers le monde ont proposé des schémas novateurs et opérationnels qui imposaient le décloisonnement des forces et l’optimisation des réponses en cas d’atteinte à la sûreté nationale.

En France, dans le domaine de l’intervention, cela a débouché sur des exercices communs, de nombreuses réorganisations et la création de structures de coordination, mais aussi d’énormes investissements ciblés sur ces unités nationales visant à adapter les moyens de riposte aux menaces les plus extrêmes : citons les exercices communs entre le RAID et le GIGN, dès 2007 au Stade de France ; la création du CPGC (Centre de Planification et de Gestion des Crises), rattaché à la Gendarmerie nationale ; la création de la FIPN (Force d’Intervention de la Police Nationale), puis la mise en place de l’UcoFi, l’Unité de coordination des Forces d’intervention incluant le GIGN et le RAID ; de nombreux nouveaux moyens rares et coûteux ont été investis au profit de ces deux unités.

Dans le même temps, le GIGN a été restructuré, et des exercices ont été menés avec la BRI. On parle ici au total de plus de 600 hommes. Pourtant, près de 10 ans après, sur une opération comme le Bataclan, une question reste en suspens : pourquoi ce qui avait été imaginé par les opérationnels et validé par les hautes autorités pour faire face à des événements majeurs, n’a pas été mis en œuvre ?

En situation exceptionnelle d’atteinte à la sûreté nationale, le déclenchement de dispositifs nationaux est la seule véritable solution.

En effet, on se rend compte qu’en pleine crise majeure, nous n’arrivons toujours pas à éviter les tensions entre logiques et intérêts « territoriaux » et « nationaux », verrouillant ainsi les possibilités de collaboration utile à la gestion de l’événement, notamment par l’engagement des moyens les plus sophistiqués.

Aussi, la défense à tout prix de l’intérêt territorial – celui des outils de gestion de temps de paix et du quotidien -, empêche les organisations de dimension nationale « d’entrer dans la boucle » avec toute la panoplie de moyens spéciaux lourds et d’expertises dont ils disposent. Et c’est en sens que le rapport « Fenech » vise juste.

Les unités nationales n’ont joué qu’un rôle d’appoint alors qu’elles auraient dû prendre le leadership dans les opérations de contre-terrorisme. Si cela n’enlève rien au formidable engagement des hommes de la BRI, et du courage incontestable dont ils ont fait preuve, on peut penser que face à un tel événement il aurait été cohérent et utile d’engager les moyens nationaux – mieux dotés et durcis ne serait-ce qu’en terme d’équipements – et dont la mission n’est plus l’engagement du quotidien mais plutôt celle, justement, de la gestion des situations d’exception (ce qu’on appelle le « contre-terrorisme » à la différence de « l’intervention » qui correspond à la grande criminalité quotidienne).

Dans de nombreux autres pays, lorsque survient un événement d’ordre national, la structure de commandement des unités nationales s’impose aux pouvoirs territoriaux car ces « systèmes de gestion de crise » constituent les forces les mieux préparées à mener des opérations de contre-terrorisme.

Il est donc primordial qu’une chaine de commandement opérationnel national – avec les capacités et expertises qu’elle seule détient – puisse investir immédiatement les trois niveaux décisifs de la gestion de crise : les patrons des unités GIGN /RAID, selon le principe menante/concourante, comme conseillers au niveau politique ministériel, leurs chefs de forces positionnés au niveau territorial avec le soutien des forces locales comme la BRI, et les chefs tactiques de ces unités à la manœuvre au contact de la scène de crime.

La tragédie du Bataclan doit servir de moteur. Non pas aux terroristes djihadistes qui l’ont perpétrée, mais aux autorités françaises pour qu’elles en tirent les leçons. Ces dernières doivent anticiper le déblocage momentané des résistances inhérentes aux temps de paix, sans les remettre en question, mais pouvant s’effacer le temps de la crise. Car cette dernière est une rupture avec le fonctionnement normal des systèmes. Il faut donc en saisir l’ampleur et déclencher les dispositifs adéquats pour l’anéantir, avant de revenir à la normalité.

En ce sens, la crise révèle les zones d’effort à entreprendre pour renforcer le dispositif opérationnel. Malheureusement, nous vivons à une époque où la menace est permanente et protéiforme, sans compter qu’elle peut encore se compliquer. L’heure est donc à la prise de conscience. Nous devons réaliser que, si nous possédons les outils les plus performants au monde, encore faut-il savoir et pouvoir les mettre en cohérence le jour venu.

Le point : « Quelles conditions pour le port d’arme des policiers hors service ? »

By Ils en parlent !

Le patron du 36 Quai des Orfèvres, Christian Sainte, appelle les policiers à ne pas exhiber leur arme « pour intimidation » ou de « manière préventive ».

Comment faire en sorte que le port d’arme des policiers hors service ne donne pas lieu à des dérives regrettables ? Depuis le début de l’état d’urgence, en novembre 2015, les policiers peuvent, s’ils le souhaitent, conserver leur arme en dehors de leur temps de travail. Une revendication de longue date de la part des syndicats, et notamment du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), qui considère que les fonctionnaires de police sont des cibles idéales pour les terroristes. La tuerie de Magnanville leur a donné raison.

Courant juin, le gouvernement a annoncé que la mesure serait prolongée après l’état d’urgence. Dans un article du 29 juin dernier, Le Point.fr expliquait que le port d’arme hors service n’avait en réalité que peu d’incidence dans la pratique. L’accès à de nombreux lieux recevant du public (supermarchés, salles de spectacle, cinémas, etc.) est de facto barré aux policiers par des agents de sécurité privés ou des portillons de sécurité. Impossible, donc, pour eux, d’y pénétrer. Des accords sont néanmoins possibles avec les propriétaires de ces établissements. Certaines villes, comme Paris, ont également donné pour consigne de laisser les agents des forces de l’ordre entrer armés et hors service dans les bâtiments publics (crèches, bibliothèques, musées, etc.).

Pas d’arme dans les boîtes à gants

Dans une note de service datée du 1er juillet 2016, et que Le Point.fr a pu consulter, Christian Sainte, le directeur régional de la police judiciaire (DRPJ) de Paris, encadre encore un peu plus la mesure. « Le port de l’arme de service est optionnel, écrit-il. Les policiers souhaitant bénéficier de ces dispositions doivent rédiger un rapport d’information à l’attention de leur chef de service. Ils doivent en outre être également en possession de leur brassard et avoir effectué au moins un tir réglementaire en 2016. »

Le port de l’arme hors service n’a de sens que si elle peut être dégainée instantanément et en toute sécurité. Aussi Christian Sainte précise-t-il : « L’arme doit être opérationnelle (cartouche chambrée), portée sur soi dans son étui et utilisable immédiatement. » Les transports de l’arme dans un sac, le coffre de sa voiture ou la boîte à gants sont ainsi interdits. Enfin, ultime recommandation : l’arme ne doit « pas être exhibée pour intimidation » ou « sortie de son étui systématiquement de manière préventive ». Bref, les policiers sont priés de ne pas jouer aux cow-boys.

Des règles strictes s’imposent également au policier qui souhaite garder son arme dans sa maison. Le SIG Sauer et les munitions doivent être conservés dans une mallette sécurisée et difficile d’accès, selon la note. Dans le cas de la tuerie de Magnanville, cela n’aurait donc rien changé. Peu de chances que Jean-Baptiste Salvaing ou Jessica Schneider aient eu le temps de se saisir de leur arme au moment de l’assaut de Larossi Abballa…

« Un frein mental sur le port d’arme »

Toutes ces conditions sont jugées trop drastiques par plusieurs commissaires. « C’est pathétique », s’emporte Thibaut de Montbrial, avocat et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure (CRSI). « Nous avons, en France, un véritable frein mental sur le port d’arme, y compris pour les forces de l’ordre.» L’avocat ajoute : « C’est un manque de confiance. On veut dissuader les policiers de porter leur arme hors service alors même que la mesure avait été prise pour protéger les policiers et leur famille, pris pour cible. »

Du côté du 36, on affirme que la note de service de Christian Sainte n’est « en aucun cas un retour en arrière ». « C’est une note par anticipation en attendant que la Direction générale de la police nationale (DGPN) fixe un cadre global », explique une source policière. Un cadre qui a été fixé le 5 juillet en comité technique paritaire, fait savoir la DGPN. Conformément à la volonté du gouvernement, le port d’arme hors service des policiers va bel et bien être pérennisé après l’état d’urgence, qui doit prendre fin le 26 juillet. Les policiers devront-ils simplement informer leur chef de service, ou au contraire solliciter son autorisation pour garder leur arme ? « Il reviendra aux chefs de service de préciser les modalités du port de l’arme. C’est dans la cascade de directions que cela va se décider », précise une autre source policière. Au cas par cas, donc.

Lire l’article sur lepoint.fr

AEF : « Il faut créer une catégorie d’agent de sécurité armé »

By Ils en parlent !

« La durée de la menace terroriste, que chacun s’accorde à évaluer en années, impose de repenser notre sécurité et d’intégrer dans notre réflexion un rôle accru de la sécurité privée, notamment une sécurité privée armée. » C’est ce qu’estime Thibault de Montbrial, dans une interview à AEF. « Il faut créer une catégorie distincte d’agent privé armé », plaide l’avocat au barreau de Paris, également président d’une association, le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure (lire sur AEF). « Ces agents pourraient s’acquitter de deux types de missions, d’une part la protection de périmètre et d’autre part la fonction d’accompagnement et de protection des personnes. » Thibault de Montbrial a publié, en juin 2015, « Le sursaut ou le chaos » chez Plon (photo ci-contre) (lire sur AEF).

AEF : Quel est votre regard sur les réflexions en cours en vue de créer un nouveau statut d’agent de sécurité renforcé armé ?

Thibault de Montbrial : Tout d’abord, il faut faire un constat lié au contexte terroriste. Il y a aujourd’hui une unanimité à considérer que les services régaliens ne sont pas en mesure d’assurer de façon satisfaisante, au regard des problèmes d’effectifs ou d’entraînement, une sécurité optimale sur tous les endroits sensibles sur le territoire. La durée de la menace, que chacun s’accorde à évaluer en années, impose de repenser notre sécurité et intégrer dans notre réflexion un rôle accru de la sécurité privée, notamment une sécurité privée armée.

Un premier pas a été franchi avec Charlie hebdo, protégé par une société privée armée, LPN Group (lire sur AEF). Mais il y a également les sites industriels Seveso : aujourd’hui, les agents qui sécurisent ces périmètres ne sont pas armés, ce qui rend ces sites hautement vulnérables à une attaque en force avec des conséquences désastreuses. Un procureur m’a ainsi confié qu’un attentat sur un site sensible de son ressort pourrait aboutir, à peu de coûts, à la mort de 50 000 personnes en fonction de la direction du vent. L’État ne peut pas être partout tout le temps. Il faut permettre aux acteurs économiques privés de se protéger, à leurs frais, soit en embauchant des agents dévolus à ces tâches de sécurité, soit en ayant recours à des sociétés spécialisées. Chacun doit prendre sa part de charge pour sa sécurité.

AEF : Les sociétés privées de sécurité sont-elles prêtes à armer leurs agents ?

Thibault de Montbrial : C’est une interrogation cruciale : il n’est évidemment pas questiond’envisager, sans aucun critère, d’autoriser toutes les sociétés de sécurité privée à armer leurs agents. Il faut ainsi créer une catégorie distincte d’agent privé armé. Ces agents pourraient s’acquitter de deux types de missions, d’une part la protection de périmètre, ce qui existe déjà avecCharlie hebdo, et d’autre part la fonction d’accompagnement et de protection des personnes. Dans une circulaire récente, le directeur général de la police nationale Jean-Marc Falcone souligne l’augmentation significative de personnes directement ou indirectement menacées (lire sur AEF). Là encore, il n’est pas incongru d’imaginer que certaines personnes puissent organiser elles-mêmes leur sécurité, avec l’accord de l’État, à leurs frais, par l’emploi d’agents armés. Je pense par exemple aux grands patrons d’industrie, aux chefs d’entreprises sensibles.

Mais il faut que tout cela puisse être contrôlé par l’État, avec des critères. Dans le même temps, il faut un pragmatisme dans l’élaboration de ces critères. J’ai suivi le dossier de LPN Group pourCharlie hebdo, et nous avons vu concrètement une impréparation totale de l’administration à cette nouvelle donne. Ce n’est pas un reproche : ce n’était jamais arrivé ! Il a été compliqué de déterminer à qui les armes devaient être attribuées, de savoir si c’était une mission définie par un périmètre avec une interdiction de dépasser une limite spatiale… Il a fallu défricher et le défrichage n’est pas fini. Il faut pérenniser tout cela, avec peut-être des textes réglementaires.

Il y a enfin une dimension de formation technique. C’est un nouveau marché qui s’adresse avant tout de façon assez naturelle aux anciens des services de l’État – police, armée, gendarmerie — et qui va créer des emplois. Ce marché peut également être ouvert à des personnes qui n’ont jamais servi sous un uniforme, mais avec une formation qui soit validée. Je ne pense pas qu’il s’agisse de formations très complexes : il y a aujourd’hui des associations, dont l’Enit (École nationale d’instruction de tir), qui peuvent former des agents à l’utilisation d’une arme. Il existe donc des solutions de formation qui peuvent être externalisées, mais il faut aussi une formation juridique.

J’ai ainsi créé, à la fin 2015, la première formation juridique à la légitime défense opérationnelle, « survivre et rester libre ». Cette formation a vocation à parler de la légitime défense de façon extrêmement concrète, avec des mises en situation simulées et traduites en jurisprudence. Dans la formation des sociétés privées à venir, il faut d’évidence une dimension juridique, mais celle-ci doit être adaptée et opérationnelle. Vous ne pouvez pas faire un cours de droit magistral pur. J’ai ainsi formé les équipes de LPN Group, et quelques sociétés sont également intéressées par la question de la légitime défense, hors arme à feu, la problématique restant la même. Aujourd’hui, il y a une augmentation de la violence, notamment par arme à feu, et chacun en est conscient.

AEF : Le transport de fonds, Charlie hebdo : l’armement privé est déjà possible. Faut-il alors vraiment de nouveaux textes réglementaires ?

Thibault de Montbrial : Les transporteurs de fonds ont des textes spécifiques, tandis que Charlie hebdo a bénéficié d’une décision administrative, mais nous sommes plus dans le pragmatisme que dans le droit. Il faut organiser tout cela mais sans s’enfermer dans un métier. Cela peut être à la fois de la protection de sites ou la protection de personnes. Je ne pense pas qu’il faille plusieurs textes : il faut un texte global qui, contrairement à celui des transporteurs de fonds, soit applicable à toutes sortes de missions, avec des critères de formation et de compétences pragmatiques, et des contrôles.

Nous sommes sur une évolution : le besoin est déjà analysé. Compte tenu de l’ampleur de la menace, de sa durée prévisible, des capacités et des limites propres de l’État, il est inéluctable de trouver des solutions complémentaires. Il faut changer l’état d’esprit. C’est une extension du régalien, pas un abandon, et c’est la recherche de partenaires de haut niveau. Cela permettra enfin de libérer des unités actuellement dévolues à ces tâches et qui ont d’autres missions à réaliser.

BFM TV : « Thibault de Montbrial face à Frédéric Péchenard : L’attaque de Magnanville est-elle surprenante ? »

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Le Figaro : « Terrorisme : un rapport préconise d’aménager le plan Sentinelle »

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Selon BFMTV, un rapport confidentiel du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale propose de supprimer les militaires statiques de l’opération Sentinelle au profit de patrouilles mobiles.

10.000 militaires déployés en permanence sur le territoire pour assurer la sécurité des sites sensibles. Un budget d’un million d’euros par jour, selon le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian. L’opération «Sentinelle», coeur du plan Vigipirate lancé juste après la tuerie de Charlie Hebdo, fait aujourd’hui débat. BFM TV révèle le contenu d’un rapport confidentiel du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), service dépendant de Matignon, qui préconise plusieurs pistes pour faire évoluer le système.

Supprimer les gardes statiques

Le rapport que s’est procuré BFM et qui avait été remis à Manuel Valls en début d’année recommande notamment l’abandon des gardes statiques, qui feraient des militaires des cibles de choix pour d’éventuels terroristes. Il s’agit de généraliser plutôt les patrouilles mobiles pour «renforcer le caractère aléatoire de la surveillance, créer l’incertitude chez les terroristes.»

Consacrer plus de temps à l’instruction

Autre problème que soulève l’opération Sentinelle: la perte du temps normalement consacré à l’instruction des militaires. En 2015, l’armée a consacré 40 à 50 % de son temps à la projection intérieure, alors qu’elle n’y consacrait que 5 % avant l’activation de l’opération. Autant d’heures perdues pour l’entraînement et la formation des soldats. Alors qu’elle doit consacrer 90 jours par an à la préparation opérationnelle, l’armée de terre n’en aura consacré que 64 en 2015, rappelle BFM TV. Avec «Sentinelle», les militaires «redoutent ce qu’ils perçoivent à terme comme une inévitable perte de certaines de leurs compétences techniques, nécessaires à leur engagement opérationnel», relevait déjà un rapport récent du Haut Comité d’évaluation de la condition militaire (HCECM). Pointant ce caractère chronophage de l’opération, le rapport plaide pour un rééquilibrage en faveur de l’instruction.

Donner aux militaires un pistolet automatique

Aujourd’hui, les militaires qui patrouillent dans les rues, sont armés de fusils d’assaut de type Famas, ce qui est certes dissuasif mais d’usage risqué. Le rapport propose donc d’adapter l’armement des militaires à des rondes au milieu des civils, en les dotant en plus de pistolets automatiques, armes qui seraient moins sujettes aux dommages collatéraux.

Le rapport prône également une meilleure coordination entre militaires et policiers, que ce soit à travers une mutualisation de la surveillance des sites sensibles ou bien davantage de coopération entre eux lors des attentats.

Au sein du SGDSN, on indique que «toutes les propositions évoquées par le rapport ont été prises en compte depuis». De nombreux experts et responsables militaires plaident par ailleurs pour un réaménagement de l’opération Sentinelle. Comme l’avocat et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure Thibault de Montbrial, dans Le Figaro, il y a quelques jours: «Question sécurité, l’opération «Sentinelle» ne paraît plus adaptée à la nature de la menace ni à sa durée, puisque les capacités de l’armée de terre à remplir ses missions naturelles sont largement affectées par cette mobilisation», disait l’avocat spécialiste de sécurité intérieure. Il plaidait pour «renforcer la sécurité armée dans les lieux publics et les zones sensibles, notamment les zones industrielles de type Seveso». Il y a deux semaines, Le Figaro annonçait par ailleurs que l’opération pourrait être abandonnée en 2017, d’après des sources du ministère de la Défense.

Lire l’article sur lefigaro.fr

Le Figaro : « l’Occident est attaqué par des gens mus par une idéologie de conquête »

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FIGAROVOX/ANALYSE -Pour Thibault de Montbrial, il n’y a pas de doute, l’attaque du club gay d’Orlando est bien un acte de terrorisme islamiste. Il rappelle notamment que le 26 mai 2016, l’État islamique avait appelé ses sympathisants à se mobiliser.

Un massacre à Orlando a fait 50 morts dans un club gay en Floride. L’assaillant venait de prêter allégeance à Daech qui a revendiqué l’attaque. Certains évoquent cependant la menace d’un loup solitaire et Barack Obama a dénoncé «un acte de terreur et de haine» sans prononcer le terme d’ «islam radical». Doit-on parler de terrorisme islamiste?

Thibault Montbrial: Les éléments rendus publics par le FBI permettent d’identifier un mode opératoire qui correspond à la lettre aux incitations de passages à l’acte des multiples messages vidéo de l’État Islamique adressés aux populations musulmanes occidentales.

Théorisée par le porte parole de l’État Islamique Mohamed Al-Adnani dans son appel du 22 septembre 2014, il s’agit d’une incitation générale à tous les musulmans, où qu’ils soient, à tuer des occidentaux, par tous les moyens. Il faut donc dissocier ces actes d’initiative auxquels Daech incite les musulmans qui vivent en occident, des attaques commanditées et organisées par un réseau, comme l’opération du 13 novembre à Paris.

Depuis 2014, l’État Islamique a multiplié les incitations de cette sorte. En dernier lieu, une vidéo de ce même Al-Adnani a été diffusée le 26 mai 2016, appelant les sympathisants de l’État Islamique à se mobiliser pendant le mois du ramadan et à frapper les occidentaux partout où cela était possible et en particulier chez eux.

Le passage à l’acte de Omar Mateen à Orlando s’inscrit donc parfaitement dans une logique de réponse individuelle à cette incitation, matérialisée par l’allégeance à Daech qu’il a concrétisé par le coup de téléphone passé juste avant de perpétrer son massacre.

Quant au Président Barack Obama, j’ignore les informations exactes dont il disposait lorsqu’il a pris la parole hier en début d’après-midi heure américaine, mais son absence de référence à l’islamisme est pour le moins étrange au regard de l’ensemble des éléments divulgués concomitamment par les services de renseignements américains.

Cet attentat est-il comparable à celui du Bataclan?

Il existe des similitudes mais également des différences. La principale différence c’est qu’au regard des éléments connus ce matin, il semble s’agir d’une attaque d’initiative, comme précisé ci-dessus, et non une opération commanditée et planifiée comme le fut celle du 13 novembre.

Quant au mode opératoire lui-même, si beaucoup en France ont paru le découvrir le soir du 13 novembre, il ne faut pas oublier qu’il s’agit hélas d’un classique du terrorisme islamiste, puisque de nombreux massacres commis à l’arme de guerre ont été commis ces dernières années au Kenya par exemple, mais aussi dans de moindres proportions à Bruxelles (attaque du musée juif le 24 mai 2014) ou à Copenhague (14 février 2015). Une autre similitude avec la tragédie du 13 novembre 2015 concerne le type de cible, puisqu’il s’agit manifestement d’une atteinte au mode de vie occidental (boîte de nuit) en particulier portée contre la communauté homosexuelle, dont il faut rappeler qu’elle a subi des persécutions abominables dans les territoires tenus par l’État Islamique, où les gays étaient précipités du toit des immeubles comme en ont témoigné de nombreuses vidéos.

Le terroriste est un citoyen américain né aux États-Unis. Après le massacre de San Bernardino, déjà commis par un couple d’américains, l’Amérique est-elle visée par des «ennemis intérieurs»?

L’Amérique a déjà subi plusieurs attaques menées par des Islamistes américains sur son propre sol. Le 5 novembre 2009 à Fort Hood (Texas), un médecin psychiatre, commandant de l’armée américaine, a ouvert le feu sur une base militaire, tuant 13 de ses camarades et en blessant 30 autres. Ce ressortissant américain était né en Palestine. Le 15 avril 2013, les frères Tsarnaiëv faisaient exploser deux bombes sur la ligne d’arrivée du Marathon de Boston (3 morts, 264 blessés). Nés en Tchétchénie, ils avaient émigré aux États-Unis en 2001.

Mais depuis un an, les attaques se multiplient. Le 3 mai 2015 à Garland (Texas), la première attaque revendiquée par l’État Islamique fut un échec, puisque la police tua les deux assaillants venus s’en prendre à un concours de caricatures de Mahomet. Le 2 décembre 2015 à San Bernardino (Californie) un couple (lui né au Pakistan et devenu américain, elle toujours de nationalité pakistanaise) a ouvert le feu dans un centre d’aide sociale puis dans la rue (14 mort, 26 blessés) ; sans revendiquer formellement cette action, Daech qualifia le couple de «partisans» de l’État Islamique.

Ainsi, si les ressortissants américains sont nettement moins nombreux que les européens à partir combattre pour le Djihad au Moyen-Orient, le nombre de ceux qui opèrent des attaques sur leur propre territoire est manifestement en train de croître.

Il faut d’ailleurs souligner les difficultés auxquelles se heurte le FBI à cet égard, puisque avant leur passage à l’acte, plusieurs des terroristes impliqués à Boston, Garland ou Orlando avaient déjà été auditionnés.

Peut-on craindre une augmentation de ces attaques?

Tous ceux qui travaillent sur ces questions rivalisent effectivement de pessimisme.

Au-delà de la considération liée aux difficultés actuelles de l’État Islamique sur le terrain, à la fois sur le front Syrio-Irakien et sur le sol Libyen, différends faits précis ont été mis en avant par les responsables du renseignement civil et militaire ces derniers mois pour craindre une recrudescence des attaques sur nos territoires.

Différentes personnalités aussi qualifiées que le Général Breedlove, Commandant suprême des forces alliées en Europe s’exprimant devant la Commission de Défense du Sénat Américain le 2 mars 2016, ou encore Patrick Calvar, Directeur Général de la Sécurité Intérieure s’exprimant devant la Commission de la défense Nationale et des Forces Armées de l’Assemblée Nationale le 10 mai 2016, ont évoqué l’existence de cellules islamistes infiltrées en Europe, déjà mentionnées dans une note d’Europol du mois de janvier 2016. L’estimation du nombre d’individus concernés atteint plusieurs dizaines.

C’est dans ce contexte très dégradé que le message d’incitation à frapper les occidentaux pendant le ramadan a été émis par Al-Adnani le 26 mai dernier.

Il faut également ajouter que, de son côté, l’organisation Al-Qaïda a émis des messages similaires ; il n’est donc pas interdit de craindre des attaques «concurrentes» de ces deux organisations terroristes sur les terres occidentales dans les semaines qui viennent.

Pour ce qui concerne plus spécifiquement la France, il va de soit que la concentration de l’attention mondiale autour de l’Euro de football avec 24 équipes européennes, c’est-à-dire 24 délégations sportives et les milliers de supporters qui les accompagnent, constitue une cible de tout premier choix, tout comme le Tour de France qui va suivre.

C’est pourquoi, au-delà des mots d’ordre de tel ou de tel groupe terroriste, il est indispensable de comprendre que l’Occident est avant tout attaqué par des gens qui, quelles que soient leur organisation, sont mus par une idéologie de conquête: celle de l’Islam radical sunnite. Et les actes de terreurs menés depuis plusieurs mois, en Europe ou aux États-Unis pour promouvoir cette idéologie sont le plus souvent opérés par des personnes qui possèdent la nationalité du pays qu’elles attaquent. C’est dire le défi auquel l’Europe et les États-Unis sont confrontés s’inscrit donc dans la durée.

Valeurs Actuelles : « Il faut aller plus loin dans le permis de port d’armes en France »

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VA. Vous parlez régulièrement du port d’arme pour les citoyens. En quoi une telle évolution permettrait-elle de lutter contre l’insécurité ?

Thibault de Montbrial. L’analyse de nombreuses attaques à l’arme de guerre dans des lieux publics conduit au théorème suivant : plus rapide est la riposte par le feu, moins il y a de victimes. C’est pourquoi les autorités ont changé les règles d’intervention des forces de l’ordre, les primos-intervenants étant désormais invités à entrer directement en action et non plus à former un périmètre de sécurité en attendant les groupes d’interventions.

VA. Mais avant l’arrivée des primos-intervenants, que faire sinon subir, si personne ne porte une arme à l’intérieur du lieu attaqué ?

Thibault de Montbrial. D’abord, inciter les policiers à porter leur arme en dehors du service. Cette mesure cruciale permet d’avoir des personnes armées en civil dans les transports en commun, les galeries commerciales, les cinémas ou les salles de spectacle (sauf celles qui ont la bêtise de les interdire).Il faut donc inciter les administrations qui demeurent réticentes, comme la gendarmerie ou les douanes, à encourager leur personnel sur cette voie.

Mais il faut aller plus loin. Je préconise à cet égard de permettre à deux catégories de citoyens de porter une arme sous leur vêtement civil : d’abord les anciens membres des forces de l’ordre, et ensuite, certains citoyens volontaires qui seraient formés à cette fin. Pour ces deux catégories de « civils armés », on peut imaginer une formation initiale suivie par un entraînement régulier et un contrôle périodique aussi bien sur le plan technique que médical et psychologique.

Il n’est pas question d’armer tout le monde. Mais, appliquée à 1 ou 2% de notre population, cette mesure permettrait d’avoir en permanence une couverture significative des lieux publics.

Son coût serait modéré au regard de l’efficacité considérable qui en résulterait à la fois en efficacité de riposte et même de dissuasion, puisque les assaillants s’exposeraient à un risque de riposte immédiate qu’ils ne pourraient mesurer à l’avance.

VA. Souhaitez-vous, si certains citoyens peuvent s’armer, que la France bascule dans ce qu’on appelle une « société à l’israélienne »?

Thibault de Montbrial. Que nous le voulions ou non, ce basculement a commencé avec la multiplication des attaques dont notre territoire est l’objet (16 depuis celle du commissariat de Joué-Les Tours le 20 décembre 2014). En Israël, la plupart des actions qui ont mis fin aux attaques de ces dernières années sont le fait de civils armés dont l’intervention dans la minute du début de l’attaque a souvent permis de neutraliser le ou les assaillants. L’autre aspect positif d’une évolution à l’israélienne consiste à travailler la résilience de la population : se préparer au risque, réagir au mieux, rebondir après. Il faut dépasser les fleurs et les bougies et mettre en place une politique lucide de sécurité civile.

VA. Les détracteurs du port d’arme utilisent l’exemple du nombre de morts dans les pays qui l’autorisent, notamment aux États-Unis. Que leur répondez-vous?

Thibault de Montbrial. Le port d’arme véhicule de nombreux fantasmes, mélange d’idéologies et d’ignorance, à commencer par la confusion classique entre le port et la détention. Les États américains qui autorisent le port d’une arme ont tous vu la criminalité baisser. Les massacres de civils sont l’œuvre de personnes qui utilisent des armes détenues (et non portées) et, dans l’immense majorité des cas, dans des États où le port d’arme est interdit ; et la plupart des homicides sont commis avec des armes illégalement détenues. En toute hypothèse, ma proposition est adaptée à la situation de la France. Elle ne consiste pas à autoriser n’importe qui à sortir avec une arme dans la rue, mais à augmenter significativement la protection de nos lieux publics, dans un cadre structuré (formation, contrôle) et limité à 1 ou 2 % de la population choisie selon les critères précités. Alors que tous les spécialistes savent que les attaques terroristes plus ou moins spectaculaires vont continuer à frapper notre pays pendant de nombreuses années, il est impossible de faire l’économie de solutions opérationnelles simples et peu coûteuses susceptibles de renforcer la sécurité de nos concitoyens.

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