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Olivier Debeney

Le Figaro : « Thibault de Montbrial : en matière de sécurité, le sursaut n’a pas eu lieu pour éviter le chaos »

By Ils en parlent !

Pour Thibault de Montbrial, le climat de violence et de provocation communautaires s’aggrave considérablement.

FIGAROVOX. – De l’affaire de Sisco à celle de Toulon, plusieurs faits divers sont devenus symboliques des tensions culturelles qui traversent la France avant de retomber. Les médias ont-ils réagi trop vite au mépris des faits?

Thibault de MONTBRIAL. – Ces incidents se multiplient et leur nombre est supérieur à ceux qui sont ainsi rapportés. Pour les médias, toute la difficulté consiste à faire le tri entre les faits eux-mêmes, mais également les rumeurs et les tentatives d’intoxication que la tension croissante dans le pays a pour inévitable conséquence de générer.

Aujourd’hui, certains médias évoquent les affrontements entre Corses et maghrébins à Sisco comme une simple bagarre de villageois tandis que l’agression de Toulon est présentée comme un acte de violence gratuite. Ces affaires sont-elles isolées ou traduisent-elles un climat de guerre civile larvée dans certains territoires?

Un procureur m’expliquait qu’il y avait «quasi systématiquement» une dimension communautaire derrière les violences commises dans son ressort.

Certains médias multiplient les efforts pour tenter de dissocier les violences de leur contexte. Or, s’il convient nécessairement d’être prudent et d’analyser chacun des faits de façon autonome, il n’est pas interdit de regarder le tableau d’ensemble qui révèle une réalité extrêmement inquiétante: nombre de ces incidents portent en toile de fond une dimension ethnico-religieuse.

Un procureur de province m’expliquait récemment qu’il y avait désormais «quasi systématiquement» une dimension communautaire en toile de fond derrière les différentes violences commises dans son ressort.

Ces faits sont-ils symptomatiques d’une violence liée à l’immigration et à l’islam qui s’est répandue depuis plusieurs années dans le pays?

Ces violences m’apparaissent plus précisément comme le résultat d’un communautarisme militant qui conduit certains individus à considérer que les règles de vie définies par l’Islam, c’est-à-dire la charia, doivent s’imposer par tous les moyens aux personnes qui vivent sur un territoire déterminé. La violente agression survenue à Nice au début de l’été contre une jeune femme qui servait de l’alcool dans un bar pendant le ramadan en constitue une parfaite illustration. Et il apparaît régulièrement que des affaires de droit commun classiques sont teintées de propos tels que «sale blanc» ou «sale kouffar» en rapport avec l’origine ou la religion.

Les médias semblent écartelés entre devoir d’informer, de dire le réel, et volonté de ne pas attiser les passions. Comment trouver le juste équilibre?

Il m’a été rapporté des situations dans le cadre desquelles, par souci d’apaisement, la dimension communautariste d’une infraction n’a pas été prise en compte par le Parquet.

Le risque est-il de verser dans le déni du réel, voire de banaliser une violence qu’il est urgent de combattre?

Péguy disait: «il faut dire ce que l’on voit, mais surtout il faut voir ce que l’on voit». Le déni expose à un double danger. D’abord, ne pas prendre la mesure du réel empêche par hypothèse de réfléchir aux solutions qu’il convient de lui opposer. Imagine-t-on un médecin opérer sur la base d’un diagnostic erroné, volontairement de surcroît?

Le deuxième risque consiste à voir se renforcer encore la défiance d’une partie de notre population envers les médias et les institutions en considérant que «on lui ment», sur la base du décalage qu’elle observe entre les faits qu’elle vit au quotidien et la façon dont ils sont rapportés dans le débat public. Autrement dit, la révélation de la réalité, aussi déplaisante soit-elle, m’apparaît comme le meilleur garant de la stabilité de notre société déjà fort ébranlée.

Enfin, notre pays est de plus en plus le théâtre de provocations qui sont ensuite exploitées dans des logiques victimaires par des associations aux visées communautaristes assumées, comme le CCIF.

Votre dernier livre s’intitule, Le sursaut ou le chaos. Après une brève période de sursaut, assiste-t-on au retour du politiquement correct?

L’évolution de ces derniers mois est très préoccupante. La multiplication et la diversité des incidents le démontrent. Outre les faits divers évoqués plus haut, rappelons les actes terroristes de basse intensité après les attaques dramatiques de Nice et de Saint-Étienne du Rouvray: attaque du commissariat de Toulouse le 30 Août, projets du «groupe des femmes» arrêtées l’autre semaine, mineurs interpellés ces derniers jours à Paris…. Il faut ajouter cette difficulté persistante d’une partie importante des observateurs à comprendre que les attaques prétendument menées par des «déséquilibrés» résultent des multiples incitations de l’État Islamique, qui ont précisément vocation à déclencher le passage à l’acte de personnes fragilisées, et que dissocier ces actes de la dimension terroriste à laquelle la France est exposée constitue une erreur d’analyse de l’ordre du contresens.

Enfin, notre pays est de plus en plus le théâtre de provocations qui sont ensuite exploitées dans des logiques victimaires par des associations aux visées communautaristes assumées, comme le CCIF. On peut également ajouter des opérations sidérantes telles que le «camp d’été décolonial», une réunion interdite aux blancs (!) qui s’est déroulée fin août près de Reims sans que le Préfet ne l’ait estimée contraire à l’Ordre public et où seuls des journalistes sélectionnés ont été admis. Cette manifestation est notamment à l’origine d’un article à charge contre la société française absolument surréaliste publié par le New-York Times la semaine dernière, qui constitue un cas d’école de ce mélange de provocation et de victimisation d’une partie de la communauté musulmane auxquelles nos institutions sont si réticentes à opposer la fermeté qui devrait s’imposer, comme la pathétique réaction du Préfet de la Marne l’a démontré. La sombre convergence de ces constats augure mal du sursaut nécessaire.

Lire l’article sur lefigaro.fr

BFM TV : François Hollande face au terrorisme: « Les politiques en France doivent changer leur logiciel »

By Ils en parlent !

Le Figaro : « Une voiture contenant des bonbonnes de gaz découverte à Paris : deux couples en gardes à vue »

By Ils en parlent !

Thibault de Montbrial : «Des incidents et découvertes assimilés à des tests susceptibles de préfigurer des frappes à venir»

INFO LE FIGARO – La berline suspecte, qui n’avait plus de plaque d’immatriculation, a été retrouvée dimanche matin aux abords de la cathédrale Notre-Dame. La section antiterroriste de la brigade criminelle et la DGSI ont été saisies. Deux couples sont en garde à vue.

La section antiterroriste de la brigade criminelle et la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) ont été saisies d’une enquête après la mystérieuse découverte, dimanche matin, d’une voiture contenant six bouteilles de gaz, cinq pleines dans le coffre et une vide sur le siège avant, trois bouteille de gasoil dans le coffre, aux abords de la cathédrale Notre-Dame à Paris. Le véhicule suspect, de marque Peugeot 607, feux de détresse allumés et dénué de toute plaque d’immatriculation, était stationné au 43, rue de la Bûcherie (Ve arrondissement). «La voiture était libre de tout occupant, comme abandonnée», précise au Figaro – qui a révélé cette affaire mercredi matin – une source informée, ajoutant que «les bonbonnes n’étaient reliées à aucun détonateur, aucune chaîne pyrotechnique».

Les experts de la police technique et scientifique ont passé la voiture au peigne fin. Les enquêteurs cherchent à remonter la piste du ou des derniers occupants. Deux couples étaient en garde à vue jeudi dans le cadre d’une enquête préliminaire du chef d’association de malfaiteurs terroristes criminelle. Il s’agit d’un premier couple d’une trentaine d’années (29 et 34 ans) interpellé la veille à 13h30 sur l’autoroute A7, sur l’aire de repos d’Orange-Le Grès (Vaucluse), par l’antenne locale du GIGN. Les gendarmes d’élite ont remis les suspects à la PJ. Connus des services de renseignements comme appartenant à la mouvance islamiste radicale, ils s’apprêtaient à se rendre en Espagne au moment de leur interception. Ils ont été transférés au 36, quai des Orfèvres pour y être interrogés. Un deuxième couple a été arrêté près de Montargis dans le Loiret et placé en garde à vue dans la nuit de mercredi à jeudi.Le propriétaire de la Peugeot 607, comme plusieurs autres suspects, a, lui aussi, été placé en garde à vue avant d’être relâché. Il est connu pour des faits de prosélytisme islamiste.

Dans un courrier envoyé mardi au préfet de police de Paris, Florence Berthout, maire (Les Républicains) du Ve arrondissement, ajoute qu’un «carnet de notes en arabe» a également été découvert dans le véhicule. Le Figaro a obtenu mercredi confirmation de source informée qu’«un feuillet en langue arabe est en cours de traduction». L’élue ajoute que la voiture a pu stationner en toute illégalité pendant plus de deux heures, en dépit de plusieurs signalements téléphoniques, dans une ruelle où le stationnement est interdit. Elle déplore «une grande difficulté d’appréhension de la menace» et un manque d’effectifs policiers dans un secteur touristique.

L’affaire, énigmatique et inquiétante, est prise très au sérieux dans le contexte de menace actuelle. Entendu à huis clos à l’Assemblée nationale le 24 mai dernier, Patrick Calvar, le directeur général de la sécurité intérieure (DGSI), s’est dit «persuadé» que les terroristes de Daech « passeront en France au stade des véhicules piégés et des engins explosifs, et ainsi qu’ils monteront en puissance». «C’est ce que nous avons connu en 1986 et 1995 , il s’agit de modes opératoires classiques», rappelait le patron français de la lutte antiterroriste avant d’annoncer: «Ils vont finir par projeter des commandos dont la mission consistera à organiser des campagnes terroristes sans nécessairement aller à l’assaut avec la mort à la clef.» «Pour cela, il leur faut des artificiers et organiser toute une logistique, c’est-à-dire s’installer sur notre territoire, acquérir tous les produits», avait noté Patrick Calvar.

«La menace terroriste n’a jamais été aussi élevée»

Manuel Valls, premier ministre

Mardi matin, le premier ministre, Manuel Valls, a quant à lui rappelé sur RTL que la «menace terroriste n’a jamais été aussi élevée». Selon le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, les services français ont interpellé pour le seul mois d’août sept personnes en lien avec des réseaux terroristes, dont trois avaient des projets d’attentats.

«Il y a une très vive inquiétude au sein des services de renseignement face au spectre d’une attaque imminente et d’ampleur, observe Me Thibault de Montbrial, président du Cercle de réflexion sur la sécurité intérieure (CRSI). Les experts de l’antiterrorisme évoquent bien sûr l’État islamique, qui cherche à reprendre l’initiative en exportant le conflit en Europe, sans oublier la menace spécifique d’al-Qaida que l’on a tendance à oublier mais qui est bien réelle.» Cet expert assure qu’«un certain nombre d’incidents et de découvertes récentes sont assimilés par les analystes à des “tests” susceptibles de préfigurer des frappes à venir».

Lire l’article sur lefigaro.fr

Conseils & Entreprises : « L’adaptation de l’entreprise face au risque terroriste »

By Sécurité/Justice

Bercée par des décennies de paix, notre société découvre une réalité qui, hélas, s’inscrit dans le temps long. Il appartient au monde de l’entreprise de s’adapter en conséquence.

1) Aucune activité économique n’est aujourd’hui à l’abri du terrorisme :

L’éclectisme des activités économiques confrontées au terrorisme islamiste depuis janvier 2015 est éloquent :

  • une entreprise de presse à Paris
  • une imprimerie dans une zone industrielle en Seine-et-Marne
  • un supermarché à Paris
  • une usine en Isère
  • un centre d’hydrocarbure dans les Bouches-du-Rhône
  • un train dans le Pas-de-Calais
  • les abords d’un stade en Seine-Saint-Denis
  • des cafés et restaurants à Paris
  • une salle de spectacle à Paris

Aucune entreprise n’est plus à l’abri, qu’elle constitue par son activité une cible directe (entreprise recevant du public, ou travaillant dans des domaines stratégiques tels que l’énergie, le transport ou l’alimentation), qu’elle soit géographiquement située à proximité d’un lieu sensible, ou encore, qu’elle ait été ciblée pour des raisons d’opportunité (qui aurait imaginé l’irruption du terrorisme dans une imprimerie de Dammartin-en Goël ?) ou au choix des assaillants (Saint-Quentin-Fallavier).

Lire la suite de l’article

L’intégrale Arte : « Lutte antiterroriste: jusqu’où faut-il aller ? »

By Ils en parlent !

Partie 1

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Partie 2

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L’attentat de Nice a laissé entrevoir une nouvelle forme de radicalisation : celle d’un basculement rapide voire inattendu. Le tueur de Nice est présenté comme un « homme brutal et éloigné de la religion ». Bien que le gouvernement affirme que les liens entre l’homme et Daech, qui a revendiqué l’attaque, ne sont pour l’instant pas établis, c’est bien le profil d’un « auto-radicalisé éclair » qui se dessine.

À la suite de l’attentat de Nice, qui selon un dernier bilan a fait 84 morts et 308 blessés, François Hollande a ajouté la lutte antiterroriste à l’agenda des ministres européens des Affaires étrangères, réunisaujourd’hui à Bruxelles. Au sein de l’Union, aucune politique commune en matière de lutte contre le terrorisme n’a encore été mise en place. En France, de nombreuses questions alimentent le débat sociétal sur la sécurité : comment surveiller des gens qui ne sont pas fichés ? Quels changements sont à prévoir pour l’opération Sentinelle ? La réserve opérationnelle peut-elle réellement changer la donne ?

Pour en débattre nous recevons ce soir, Thibault de Montbrial,avocat et spécialiste des questions de sécurité intérieure et du terrorisme, la politologue Vanessa Codaccioni et Jean-Dominique Merchet, journaliste à l’Opinion et spécialiste des questions de défense.

Voir l’émission sur le site Arte

Terrorisme : “Il nous faut affronter un phénomène durable”

By Ils en parlent !

Après ce nouvel attentat à Nice, la France doit prendre la mesure du danger terroriste. Dans un contexte de risque durable, il nous faut rétablir un niveau de sécurité permettant la protection de nos libertés.

Causeur1Depuis mars 2012 et l’équipée meurtrière de Merah, le terrorisme islamiste a transformé beaucoup de nos concitoyens en ennemis impitoyables. Vous avez déclaré en janvier 2015 que la France était en guerre. Comment la mener quand l’ennemi peut être mon livreur de pizza, mon voisin de palier ou mon collègue de bureau ? 

Thibault de Montbrial2. À mon sens, c’est dans le changement d’état d’esprit que réside la clé. Péguy disait : « Il faut toujours dire ce que l’on voit, mais surtout, il faut voir ce que l’on voit. » Si la classe politique commence à comprendre, l’ensemble du corps social doit réaliser que les formidables décennies de paix que nous venons de connaître sont terminées. Les attentats de 2015 et de 2016 constituent non pas une vague terroriste ponctuelle, comme cela a pu être le cas en 1985-1986 ou au milieu des années 1990, mais un phénomène durable. Nous sommes désormais confrontés à un islam sunnite de conquête, plus ou moins structuré à l’étranger, mais qui recrute des dizaines de milliers de combattants et de sympathisants parmi des jeunes Français qui vouent à leur pays une haine tenace. C’est à cette réalité qu’il nous faut nous adapter sur le long terme. Ce qui pose un double défi : il nous faut, d’une part, trouver le ressort politique permettant de recréer un projet commun et, d’autre part, mettre en place une politique de sécurité à la hauteur des épreuves qui nous attendent sans faire exploser notre société.

En tant qu’avocat, où placez-vous le curseur entre liberté et sécurité ?

Contrairement à la caricature répandue, les concepts de liberté et de sécurité ne sont pas antagonistes mais complémentaires, dès lors qu’il n’y a pas de liberté sans sécurité pour l’exercer – quel en serait le sens ? L’enjeu, c’est de trouver le juste équilibre pour qu’un niveau satisfaisant de sécurité permette le plein exercice des libertés. Mais si nous relâchions trop la garde au plan sécuritaire, nous pourrions assister à une succession d’actes de violence conduisant, in fine, à l’effondrement de notre société.

Vous n’en rajoutez pas un peu ? 

Non ! Mais beaucoup d’observateurs, comme vous, ou de décideurs, n’ont pas pris pleinement conscience de la réalité de ce risque.

1) Cet entretien a été réalisé avant l’attentat de Nice

Lire l’article sur causeur.fr

Le Figaro : « Nommer le mal, s’adapter et surtout ne plus subir »

By Ils en parlent !

Prévisible, le mode opératoire de l’attentat de Nice peut faire l’objet d’adaptations sécuritaires, estime Thibault de Montbrial. Mais c’est davantage la prise de conscience et la résilience des citoyens qui permettra d’affronter la réalité terroriste.

FIGAROVOX. – Est-ce que l’attentat de Nice était prévisible dans son mode opératoire?

Thibault de MONTBRIAL : Le mode opératoire est tout sauf une surprise. On trouve déjà la trace d’une incitation à utiliser le véhicule automobile dans des messages d’Al-Qaïda aux débuts des années 2010. Le 22 septembre 2014, Abu Muhammad Al-Adnani, porte-parole de l’Etat islamique, a réalisé une vidéo virulente de menace contre la France, dans laquelle il a fait un inventaire complet des moyens que les islamistes peuvent utiliser pour attaquer les Français sur leur sol. Parmi ces moyens, figure en bonne place l’utilisation de véhicules contre la foule. Il faut ajouter qu’à Dijon, en décembre 2014, juste avant Noël, un musulman qui avait revendiqué son acte par référence aux enfants palestiniens avait foncé dans la foule avec sa voiture. Pour rassurer la population, on avait expliqué qu’il était déséquilibré. Il avait en tout cas mis en œuvre ce mode opératoire vanté par l’Etat islamique dans ses vidéos.

« Le mode opératoire est tout sauf une surprise. »

Dans quelle mesure cet attentat aurait-il pu être techniquement évité ou du moins atténué dans ses effets?

Je serai très prudent car il est difficile de répondre à cette question. On peut néanmoins faire deux remarques sur les barrages d’une part, les armes utilisées d’autre part. Le propre d’un véhicule très lourd comme un camion est qu’il peut forcer un barrage si celui-ci n’est pas renforcé. Il faut aujourd’hui que les barrages d’accès aux endroits sensibles – rassemblements de foules ou zones Seveso (zones industrielles dangereuses) – soient des barrages de type militaire, avec des chicanes et de la profondeur. C’est un principe qui doit s’imposer, même si dans le cas précisément de l’attentat de Nice, il est impossible de dire de manière certaine si une telle chicane aurait pu arrêter le camion. Mais a minima, elle aurait pu le ralentir suffisamment pour que les forces de l’ordre puissent plus rapidement tirer sur le chauffeur. Vient ensuite la question des armes. Le gouvernement a déjà doté un certain nombre d’unités de police et de gendarmerie de fusils d’assaut. Même si on peut tuer un conducteur de camion avec un pistolet, il est certain que le terroriste aurait pu être abattu beaucoup plus facilement avec une arme de guerre, plus puissante.

« Il faut aujourd’hui que les barrages d’accès aux endroits sensibles soient des barrages de type militaire, avec des chicanes et de la profondeur. »

Néanmoins, dès lors que tout peut arriver n’importe où et n’importe quand, il est irréaliste de penser qu’il y aura des hommes suffisamment armés dans 100% des endroits susceptibles d’être attaqués.

Mais comme l’a rappelé le procureur Molins, les policiers ont sauvé des vies en tuant le chauffeur. Cela illustre une fois de plus l’importance d’avoir des gens armés dans les lieux publics pour pouvoir faire cesser les attaques terroristes en cours.

« Le terroriste aurait pu être abattu beaucoup plus facilement avec une arme de guerre, plus puissante. »

Ce nouvel attentat montre la porosité entre djihadisme et délinquance. Les «fichiers S» suffisent-ils pour obtenir des renseignements efficaces en la matière?

L’attentat sur la Promenade des Anglais illustre l’extrême difficulté de l’anticipation. Vous avez d’un côté les individus identifiés, comme la plupart des combattants partis en Syrie et en Irak ou d’autres individus radicalisés susceptibles d’être surveillés en France. Mais vous avez de l’autre un large spectre de personnes non-identifiées comme islamistes et qui donc, par hypothèse, ne sont pas fichées. Ces dernières peuvent succomber au prosélytisme, passer effectivement de la délinquance – et souvent la petite délinquance – au djihadisme, mais aussi perdre leurs repères personnels les plus fondamentaux dans des moments difficiles de leur vie et se laisser alors aspirer par les messages d’incitation des organisations terroristes via les réseaux sociaux. Dans cette population un peu perdue, qui déteste notre société et qui passe sous le radar des services de renseignement, un passage à l’acte est quasiment imparable. C’est cette population que vise l’Etat islamique par ses multiples messages d’incitation à commettre des attaques. Il faut dès lors que, sur le terrain, les forces de l’ordre, mais aussi la population, aient conscience que de tels actes peuvent arriver à tout moment. L’anticipation, ce n’est pas seulement d’empêcher ces actes, mais également d’avoir conscience qu’ils peuvent survenir à tout moment, à Paris et en province, dans les grandes comme les petites villes, et de s’adapter en conséquence.

« Il faut dès lors que les forces de l’ordre, mais aussi la population, aient conscience que de tels actes peuvent arriver à tout moment. »

François Hollande s’apprêtait à interrompre l’état d’urgence, ce qui ne sera finalement pas le cas. Qu’en penser et, plus largement, comment changer notre environnement sécuritaire après cet attentat?

L’état d’urgence a pu être utile, même s’il a malheureusement été mis en place trop tard puisqu’il aurait dû l’être dès janvier 2015. Mais on ne peut pas indéfiniment le renouveler, car cela n’a pas de sens de pérenniser un état juridique provisoire. De même, on peut s’étonner que parmi les mesures immédiatement annoncées ce matin, figurent celles dont les conclusions de la commission d’enquête parlementaire présidée par Georges Fenec ont démontré l’inutilité.

Il faut plus largement que notre pays trouve un nouvel équilibre structurel pour vivre avec la réalité des attaques islamistes. Être réaliste ne signifie pas qu’il faut se résigner, mais au contraire qu’il convient d’adapter intelligemment notre droit, notre organisation sécuritaire, mais aussi notre vie quotidienne. C’est une question de résilience à l’échelle du pays. La population doit avoir confiance dans les mesures structurelles prises par ses dirigeants, et être elle-même formée à la conduite à tenir en cas d’attaque.

« On ne peut pas indéfiniment renouveler l’état d’urgence, car ça n’a pas de sens de pérenniser un état juridique provisoire. »

La résilience, c’est se préparer en amont pour savoir réagir pendant, et pouvoir rebondir après. Il faut ainsi apprendre aux civils à avoir les bonnes réactions pendant un attentat, ce qui évitera également de passer à chaque fois un mois en état de choc avec des fleurs et des bougies.

Ce qui se passe depuis ce matin montre qu’on en est encore loin. L’état de sidération de certains montre que ce processus d’adaptation à une nouvelle réalité est nécessaire.

« La résilience, c’est se préparer en amont pour savoir réagir pendant, et pouvoir rebondir après. Il faut ainsi apprendre aux civils à avoir les bonnes réactions pendant un attentat. »

Mais pour atteindre cette résilience, il faut au préalable réussir à nommer le mal qui nous frappe: l’islamisme radical. Et prendre conscience de ce que notre problème n’est pas en Syrie et en Irak, mais bien sur notre territoire, où des milliers d’islamistes sont en capacité de passer à l’action, eux-mêmes soutenus par un second cercle de plusieurs dizaines de milliers de sympathisants.

Nommer les choses, c’est aussi comprendre que faire la guerre au terrorisme ne veut strictement rien dire: le terrorisme est un moyen qui est au service d’une idéologie politique, l’Islam radical. Cela nécessite de comprendre une fois pour toute que nous sommes sortis de 70 ans de paix. Il faut accepter cette réalité terrible et ses implications pratiques dans nos vies quotidiennes, pour que, tous ensemble collectivement – politiques, responsables de la sécurité mais aussi citoyens – nous puissions nous adapter et surtout, enfin arrêter de subir.

« Il faut au préalable nommer le mal qui nous frappe : l’islamisme radical. Prendre conscience de ce que notre problème n’est pas en Syrie et en Irak, mais sur notre territoire, où des milliers d’islamistes sont en capacité de passer à l’action, eux-mêmes soutenus par un second cercle de plusieurs dizaines de milliers de sympathisants. »

 

Lire l’article sur lefigaro.fr
Vignette actu CRSI sécurité intérieure

Commission d’Enquête « 13 novembre » : l’analyse de Frédéric Gallois, ancien Commandant du GIGN, membre du Comité d’Honneur du CRSI, co- fondateur de la société Gallice»

By Dernièrement

« Rapport « Fenech » : La question n’est pas de décloisonner les services »

En temps de crise, une réflexion doit s’imposer sur la chaîne de commandement

Frédéric Gallois est ancien commandant du GIGN, membre du Centre de Réflexion sur la Sécurité Intérieure (CRSI) et co-fondateur de la société Gallice.

 

Une fois le calme revenu, toute organisation de gestion de crise doit chercher à tirer les enseignements des événements survenus, ne serait-ce que pour améliorer l’efficacité des moyens d’intervention. C’est précisément l’objet du travail réalisé par la commission d’enquête parlementaire suite aux attentats du 13 novembre dont les résultats ont été publiés le 5 juillet.

Même s’ils ne mettent pas en évidence d’importants « ratés », les parlementaires ont jugé que notre pays « n’était pas prêt » à affronter des événements d’une telle ampleur. Et si la commission a effectivement dressé un bilan encourageant, il n’est pas uniquement question de déterminer la capacité de nos services à anticiper ces événements tragiques – car le risque zéro est impossible -mais au contraire de savoir si notre pays est structurellement en mesure de secourir et de sauver les plus exposés.

La leçon est sans appel : la France n’a pas su mettre en œuvre les moyens opérationnels à sa disposition.

À la suite d’une attaque terroriste, l’un des principes importants d’une gestion de crise efficace repose sur l’aptitude à élaborer un plan de secours immédiat, et de riposte. Ce schéma d’intervention doit pouvoir, en quelques minutes, mettre en œuvre une organisation à la fois puissante, exceptionnelle et temporaire, permettant de dépasser les limites et les contingences de la gestion du quotidien. Cela implique un bousculement des règles « du temps de paix » pour passer instantanément dans un mode opérationnel correspondant au « temps de crise ».

À ce stade de la réflexion, il faut rappeler que des unités de gestion de crise existent, je pense au GIGN et au RAID, et qu’elles travaillent ensemble depuis plusieurs années. La question n’est donc pas de « décloisonner », comme le préconise le rapport « Fenech », mais de comprendre pourquoi, à chaque crise, ce qui avait été anticipé n’est finalement pas mis en place.

Éviter la crise dans la crise

Les attentats parisiens du 13 novembre, comme ceux du 11 septembre à New York, sont devenus des cas d’école pour travailler sur l’optimisation de la riposte. Lorsque le système n’arrive plus à s’adapter sans conflit à une contrainte extérieure nécessitant des mesures exceptionnelles, il en résulte « une crise dans la crise ». Pourtant, après le 11 septembre, tous les organes de protection des territoires à travers le monde ont proposé des schémas novateurs et opérationnels qui imposaient le décloisonnement des forces et l’optimisation des réponses en cas d’atteinte à la sûreté nationale.

En France, dans le domaine de l’intervention, cela a débouché sur des exercices communs, de nombreuses réorganisations et la création de structures de coordination, mais aussi d’énormes investissements ciblés sur ces unités nationales visant à adapter les moyens de riposte aux menaces les plus extrêmes : citons les exercices communs entre le RAID et le GIGN, dès 2007 au Stade de France ; la création du CPGC (Centre de Planification et de Gestion des Crises), rattaché à la Gendarmerie nationale ; la création de la FIPN (Force d’Intervention de la Police Nationale), puis la mise en place de l’UcoFi, l’Unité de coordination des Forces d’intervention incluant le GIGN et le RAID ; de nombreux nouveaux moyens rares et coûteux ont été investis au profit de ces deux unités.

Dans le même temps, le GIGN a été restructuré, et des exercices ont été menés avec la BRI. On parle ici au total de plus de 600 hommes. Pourtant, près de 10 ans après, sur une opération comme le Bataclan, une question reste en suspens : pourquoi ce qui avait été imaginé par les opérationnels et validé par les hautes autorités pour faire face à des événements majeurs, n’a pas été mis en œuvre ?

En situation exceptionnelle d’atteinte à la sûreté nationale, le déclenchement de dispositifs nationaux est la seule véritable solution.

En effet, on se rend compte qu’en pleine crise majeure, nous n’arrivons toujours pas à éviter les tensions entre logiques et intérêts « territoriaux » et « nationaux », verrouillant ainsi les possibilités de collaboration utile à la gestion de l’événement, notamment par l’engagement des moyens les plus sophistiqués.

Aussi, la défense à tout prix de l’intérêt territorial – celui des outils de gestion de temps de paix et du quotidien -, empêche les organisations de dimension nationale « d’entrer dans la boucle » avec toute la panoplie de moyens spéciaux lourds et d’expertises dont ils disposent. Et c’est en sens que le rapport « Fenech » vise juste.

Les unités nationales n’ont joué qu’un rôle d’appoint alors qu’elles auraient dû prendre le leadership dans les opérations de contre-terrorisme. Si cela n’enlève rien au formidable engagement des hommes de la BRI, et du courage incontestable dont ils ont fait preuve, on peut penser que face à un tel événement il aurait été cohérent et utile d’engager les moyens nationaux – mieux dotés et durcis ne serait-ce qu’en terme d’équipements – et dont la mission n’est plus l’engagement du quotidien mais plutôt celle, justement, de la gestion des situations d’exception (ce qu’on appelle le « contre-terrorisme » à la différence de « l’intervention » qui correspond à la grande criminalité quotidienne).

Dans de nombreux autres pays, lorsque survient un événement d’ordre national, la structure de commandement des unités nationales s’impose aux pouvoirs territoriaux car ces « systèmes de gestion de crise » constituent les forces les mieux préparées à mener des opérations de contre-terrorisme.

Il est donc primordial qu’une chaine de commandement opérationnel national – avec les capacités et expertises qu’elle seule détient – puisse investir immédiatement les trois niveaux décisifs de la gestion de crise : les patrons des unités GIGN /RAID, selon le principe menante/concourante, comme conseillers au niveau politique ministériel, leurs chefs de forces positionnés au niveau territorial avec le soutien des forces locales comme la BRI, et les chefs tactiques de ces unités à la manœuvre au contact de la scène de crime.

La tragédie du Bataclan doit servir de moteur. Non pas aux terroristes djihadistes qui l’ont perpétrée, mais aux autorités françaises pour qu’elles en tirent les leçons. Ces dernières doivent anticiper le déblocage momentané des résistances inhérentes aux temps de paix, sans les remettre en question, mais pouvant s’effacer le temps de la crise. Car cette dernière est une rupture avec le fonctionnement normal des systèmes. Il faut donc en saisir l’ampleur et déclencher les dispositifs adéquats pour l’anéantir, avant de revenir à la normalité.

En ce sens, la crise révèle les zones d’effort à entreprendre pour renforcer le dispositif opérationnel. Malheureusement, nous vivons à une époque où la menace est permanente et protéiforme, sans compter qu’elle peut encore se compliquer. L’heure est donc à la prise de conscience. Nous devons réaliser que, si nous possédons les outils les plus performants au monde, encore faut-il savoir et pouvoir les mettre en cohérence le jour venu.

Le point : « Quelles conditions pour le port d’arme des policiers hors service ? »

By Ils en parlent !

Le patron du 36 Quai des Orfèvres, Christian Sainte, appelle les policiers à ne pas exhiber leur arme « pour intimidation » ou de « manière préventive ».

Comment faire en sorte que le port d’arme des policiers hors service ne donne pas lieu à des dérives regrettables ? Depuis le début de l’état d’urgence, en novembre 2015, les policiers peuvent, s’ils le souhaitent, conserver leur arme en dehors de leur temps de travail. Une revendication de longue date de la part des syndicats, et notamment du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), qui considère que les fonctionnaires de police sont des cibles idéales pour les terroristes. La tuerie de Magnanville leur a donné raison.

Courant juin, le gouvernement a annoncé que la mesure serait prolongée après l’état d’urgence. Dans un article du 29 juin dernier, Le Point.fr expliquait que le port d’arme hors service n’avait en réalité que peu d’incidence dans la pratique. L’accès à de nombreux lieux recevant du public (supermarchés, salles de spectacle, cinémas, etc.) est de facto barré aux policiers par des agents de sécurité privés ou des portillons de sécurité. Impossible, donc, pour eux, d’y pénétrer. Des accords sont néanmoins possibles avec les propriétaires de ces établissements. Certaines villes, comme Paris, ont également donné pour consigne de laisser les agents des forces de l’ordre entrer armés et hors service dans les bâtiments publics (crèches, bibliothèques, musées, etc.).

Pas d’arme dans les boîtes à gants

Dans une note de service datée du 1er juillet 2016, et que Le Point.fr a pu consulter, Christian Sainte, le directeur régional de la police judiciaire (DRPJ) de Paris, encadre encore un peu plus la mesure. « Le port de l’arme de service est optionnel, écrit-il. Les policiers souhaitant bénéficier de ces dispositions doivent rédiger un rapport d’information à l’attention de leur chef de service. Ils doivent en outre être également en possession de leur brassard et avoir effectué au moins un tir réglementaire en 2016. »

Le port de l’arme hors service n’a de sens que si elle peut être dégainée instantanément et en toute sécurité. Aussi Christian Sainte précise-t-il : « L’arme doit être opérationnelle (cartouche chambrée), portée sur soi dans son étui et utilisable immédiatement. » Les transports de l’arme dans un sac, le coffre de sa voiture ou la boîte à gants sont ainsi interdits. Enfin, ultime recommandation : l’arme ne doit « pas être exhibée pour intimidation » ou « sortie de son étui systématiquement de manière préventive ». Bref, les policiers sont priés de ne pas jouer aux cow-boys.

Des règles strictes s’imposent également au policier qui souhaite garder son arme dans sa maison. Le SIG Sauer et les munitions doivent être conservés dans une mallette sécurisée et difficile d’accès, selon la note. Dans le cas de la tuerie de Magnanville, cela n’aurait donc rien changé. Peu de chances que Jean-Baptiste Salvaing ou Jessica Schneider aient eu le temps de se saisir de leur arme au moment de l’assaut de Larossi Abballa…

« Un frein mental sur le port d’arme »

Toutes ces conditions sont jugées trop drastiques par plusieurs commissaires. « C’est pathétique », s’emporte Thibaut de Montbrial, avocat et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure (CRSI). « Nous avons, en France, un véritable frein mental sur le port d’arme, y compris pour les forces de l’ordre.» L’avocat ajoute : « C’est un manque de confiance. On veut dissuader les policiers de porter leur arme hors service alors même que la mesure avait été prise pour protéger les policiers et leur famille, pris pour cible. »

Du côté du 36, on affirme que la note de service de Christian Sainte n’est « en aucun cas un retour en arrière ». « C’est une note par anticipation en attendant que la Direction générale de la police nationale (DGPN) fixe un cadre global », explique une source policière. Un cadre qui a été fixé le 5 juillet en comité technique paritaire, fait savoir la DGPN. Conformément à la volonté du gouvernement, le port d’arme hors service des policiers va bel et bien être pérennisé après l’état d’urgence, qui doit prendre fin le 26 juillet. Les policiers devront-ils simplement informer leur chef de service, ou au contraire solliciter son autorisation pour garder leur arme ? « Il reviendra aux chefs de service de préciser les modalités du port de l’arme. C’est dans la cascade de directions que cela va se décider », précise une autre source policière. Au cas par cas, donc.

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