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Olivier Debeney

Les chiffres clés de l’immigration

By Sécurité/Justice

Avec la loi immigration et deux attentats terroristes impliquant des personnes d’origines immigrées ces dernières semaines, l’immigration est au coeur de l’actualité politique.


AVERTISSEMENT

Les pouvoirs publics ignorent le nombre précis d’étrangers résidant en France, ainsi que leur répartition sur le territoire. Le démographe Gérard-François Dumont l’explique en ces termes : « Au début des années 2000, la France a décidé de changer sa méthode de recensement de la population (…) Le recensement n’est plus exhaustif, mais organisé selon un échantillonnage unique au monde. Chaque année, 8 % des communes de plus de 10.000 habitants sont recensées. Au bout de cinq ans, on atteint 50 %… Les données arrivent de façon tardive, les maires râlent car le recensement ne correspond pas à ce qu’ils constatent sur le terrain. ».

NOMBRE D’IMMIGRÉS

  • En 2021, la France comptait :
    → 7 millions d’immigrés (une personne née étrangère à l’étranger) sur une population totale d’environ 67 millions, soit 10,3% ;
    → 7,3 millions de personnes descendant d’immigrés (personnes nées en France et ayant au moins un parent immigré), soit 10,9% de la population totale ;
  • En 2019, 67 % des immigrés arrivés en France sont nés hors d’Europe, dont 41% en Afrique ;
  • En 2019-2020, 29,6% des enfants de 0-4 ans sont d’origine extra-européenne, et ce, sur trois générations, contre 7,6% des 60-64 ans et 3,1% des personnes âgées de plus de 80 ans.

66% des Français jugent qu’il y a trop d’immigrés extra-européens en France, CSA-CNEWS 11/11/2023.

IMMIGRATION LÉGALE

  • En 2022, la France a accueilli 467 782 nouveaux immigrés dont : 316 174 immigrés légaux, (Rappel moyenne annuelle entre 2007 et 2012 : 188.000 ; 136 724 demandeurs d’asiles, 4 782 mineurs non accompagnés (MNA) ; Par ailleurs, 20 000 illégaux ont quitté la France (éloignements, départs volontaires aidés et départs spontanés) ;
  • En 2022, le stock de titres valides et documents provisoires de séjours s’élève à plus de 3,8 millions contre 2,2 millions en 2007 ;
  • En 2020, 61% de la population immigrée en France est d’origine africaine. Soit le plus fort taux de l’OCDE.

IMMIGRATION ILLÉGALE

  • 600 000 à 900 000 illégaux présents sur le territoire national ;
  •  331 600 migrants sont entrés illégalement en Europe entre janvier et octobre 2023.

L’œil du CRSI

Tendance empirique de l’immigration clandestine en 2023

  • Actuellement près du mont Montgenèvre (Hautes-Alpes) la PAF intercepte environ 400 migrants chaque semaine et estime que 800 autres passent sans entrave. Soit un total estimé de 1.200 entrées, donc environ 5 000 par mois. Soit une tendance d’entrées par Montgenèvre de l’ordre de 60 000 en projection annuelle ;
  • Près de Perpignan dans les Pyrénées-Orientales, la PAF intercepte environ 4.000 migrants chaque semaine et estime que 8 000 autres passent sans entrave. Soit un total estimé de 12 000 entrées par mois. Soit une tendance d’entrées dans les Pyrénées- Orientales de l’ordre de 144 000 en projection annuelle

SOIT UNE TENDANCE TOTALE ACTUELLE DE : → 204 000 entrées annuelles pour Montgenèvre et les Pyrénées-Orientales.

→ Hors Vintimille (frontière italienne), Hendaye et aéroports.

Ces estimations qui résultent des responsables locaux permettent d’estimer que les diérents chires ociels de l’immigration clandestine en France sont assez largement sous-estimés.

→ A noter qu’en 2007 les taux d’exécutions des OQTF n’étaient que de 3,9%11.

MINEURS ÉTRANGERS NON ACCOMPAGNÉS

  • En 2023, le coût des mineurs non accompagnés (MNA) risque de s’élever à plus de 2 milliards d’euros (+ 500 millions d’euros par rapport à 2022) ;
  • En 2022, 14 782 MNA ont été pris en charge, principalement originaires de la Côte d’Ivoire, de Guinée et de Tunisie.

Estimation pour 2023 : 40 000 MNA pris en charge.

Leur coût de prise en charge est tel que Martine Vassal, la vice-présidente de l’Assemblée des départements de France, se dit «prête» à se mettre «hors la loi et à ne plus assurer l’accueil des MNA s’il faut sauver les missions essentielles de [s]a collectivité ».

LES EFFETS DE L’IMMIGRATION

Impact de l’immigration sur l’économie

  • En 2021, le taux de chômage des immigrés est de 13% contre 7% pour ceux sans ascendance migratoire directe ;
  • Le coût de l’immigration en France est estimée à 53,9 milliards d’euros en 2023 d’après une étude de Contribuables Associés ;
  • En moyenne, une augmentation de 1% du nombre de travailleurs lié à l’immigration entraîne une baisse des salaires des ouvriers non-qualifiés natifs de presque 1% (0,99%), et augmente le salaire des managers de 0,13%.

« Sur 100 000 créations d’autoentreprises par an, nous considérons qu’à peu près la moitié sont [créées par des migrants en situation irrégulière] », Gérald Darmanin Ministre de l’Intérieur, Sénat, 30/11/2023.

Logements sociaux et immigration

→ 49% des ménages immigrés algériens sont locataires HLM ;

→ 48% des ménages immigrés d’Afrique subsaharienne sont locataires HLM ;

→ 45% des ménages immigrés marocains sont locataires HLM ;

→ 13%ménages«natifs»(non-immigrés) sont locataires HLM.

Immigration et insécurité

En France :

  • En 2023, environ 27% des détenus sont étrangers ;
  • En 2022, les taux de mis en cause des ressortissants africains sont par exemple 3 fois et 11 fois plus élevés que ceux des Français pour les violences sexuelles et les vols violents ;
  • Part des étrangers dans la délinquance à Paris sur les six premiers mois de 2022 : 48% de la délinquance globale, 70,4% des vols avec violences, 75,6% des vols simples.

Ailleurs en Europe :

En Suisse

  • En 2022, alors que les étrangers ne représentent que 26% de la population résidente, ils sont responsables de : 44% des homicides, 47% des viols,  41% des viols violents,  45% des agressions.

En Italie

  • Sur la période 2018-2021, alors que les étrangers ne représentent que 8% de la population résidente, ils sont responsables de : 28% des homicides et tentatives d’homicides, 41% des viols, 33% des coups et blessures, 49% des cambriolages.

En Allemagne

  • Sur la période 2017-2021, alors que les étrangers ne représentent que 11% de la population résidente, ils sont responsables de : 42% des homicides, 37% des viols, 32% des coups et blessures, 39% des cambriolages.

Immigration et terrorisme

«Lorsque l’on parle d’immigration aux Français, ils pensent le plus à l’insécurité/la violence et à l’islamisme », Sondage BVA pour la Fondation Jean Jaurès, février 2023.

À noter que 63% des terroristes islamistes de ces dernières années sont français. Mais 58% de ces français sont des descendants d’immigrés issus de pays musulmans.


Sources

INSEE 2022, 2023

Le Point, 05/11/2023

Ministère de l’Intérieur, 22/06/2023

Direction générale des étrangers en France, 22/06/2023

OCDE, « Les indicateurs de l’intégration en 2023 »

Frontex, 15/11/2023

 

 

Diane et Actéon / Cavalier d'Arpin

Prof menacée pour avoir montré un tableau classique : est-il encore possible de résister à l’islamisme à l’école en échappant à la violence ?

By Dernièrement

Photo : Diane et Actéon – Cavalier d’Arpin – 1603 / Wikimedia Commons

Au sein des établissements scolaires, les incidents liés aux convictions religieuses sont de plus en plus nombreux. Le dernier en date : les menaces envers une professeure après le refus de certains élèves dans un collège dans les Yvelines de regarder le tableau « Diane et Actéon » de Guisseppe Cesari.

Atlantico : Une professeure d’un collège d’Issou dans les Yvelines a été menacée après avoir montré une œuvre d’art, un tableau du 17e siècle représentant des femmes nues. Le cours a choqué et certains collégiens n’ont pas hésité à accuser l’enseignante de propos racistes et d’avoir tenté de provoquer des élèves musulmans. Face à la multiplication de ces incidents à l’école, que peut-on faire ? 

Thibault de Montbrial : l’engagement d’un rapport de force sur la durée constitue la seule voie envisageable. Ce rapport de force, c’est le rappel permanent de règles strictes, assorti d’une application des procédures disciplinaires et le cas échéant pénales s’il y a lieu, avec des sanctions.

Sans le tryptique rappel des règles/engagement des procédures/sanctions effectives, il est impossible de reprendre la main. Il faut opposer la force combinée de notre volonté et de nos lois à celle de l’entrisme islamiste. Les hésitations et même la bienveillance naïve sont, en face, perçus comme de la faiblesse.

Source Atlantico

Attentat islamiste à Paris le 2 décembre 2023

By Sécurité/Justice

Vers 21h, quai de Grenelle, près du pont Bir-Hakeim dans le XVe arrondissement de Paris, puis aux abords du parc de Passy situé sur les quais de Seine dans XVIe arrondissement, un terroriste islamiste armé d’un couteau et d’un marteau attaque plusieurs groupes de personnes

LES FAITS

  • Vers 21h, quai de Grenelle, près du pont Bir-Hakeim dans le XVe arrondissement de Paris, puis aux abords du parc de Passy situé sur les quais de Seine dans XVIe arrondissement, un terroriste islamiste armé d’un couteau et d’un marteau attaque plusieurs groupes de personnes.
  •  L’intéressé qui se dit être porteur d’une ceinture échappe une première fois à une patrouille de police. Il crie à de nombreuses reprises “Allah akbar”. Il est finalement rattrapé et neutralisé grâce à un pistolet à impulsion électrique.
  • L’assaillant, Armand Rajabpour-Miyandoab (prénommé Iman jusqu’en 2003) est franco-iranien, fiché S pour islamisme, né le 21 mars 1997 à Neuilly-sur-Seine de parents iraniens musulmans chiites non-pratiquants arrivés en France en 1993. Il a enregistré une vidéo d’allégeance à l’Etat islamique en langue arabe.
  • Les victimes de l’attaque sont : Collin, un touriste germano-philipin âgé de 23 ans (décédé) ; Thierry, un Parisien de 60 ans ; Melvyn, un touriste britannique de 65 ans.
  • Bilan : un mort et deux blessés. Plusieurs personnes choquées.

QU’EN RETENIR ?

  • Le mode opératoire correspond à la propagande classique des islamistes depuis notamment les appels au djihad du porte-parole de l’Etat islamique Al Adnani le 21 septembre 2014.
  • Bien que confrontés à un périple meurtrier, les policiers n’ont pas utilisé leurs armes à feu malgré le cadre juridique offert par l’article L435-1 alinéa 5 du Code de la Sécurité intérieure.
  • Le parcours du terroriste montre une radicalisation précoce. Il se convertit à l’islam en 2015. Soupçonné de préparer un attentat à l’arme blanche dans le quartier de La Défense, il est condamné en mars 2018 à cinq ans de prison. Il sort en mars 2020 après quatre ans de détention.
  • Les premiers éléments de l’enquête révélés par la presse montrent une connexion directe de l’assaillant avec plusieurs djihadistes connus dont : Maximilien Thibault et Mélina Boughedir (djihadistes partis en Syrie), Adel Kermiche (tueur du Père Jacques Hamel en 2016), Larossi Aballa (tueur d’un couple de policiers à Magnanville en 2016), Abdoullakh Anzorov (tueur du professeur Samuel Paty en 2020).
  • Malgré des épisodes psychiatriques, sa vidéo d’allégeance à l’Etat islamique et ses déclarations aux enquêteurs montrent une lucidité parfaite.

Sources

Le Parisien, 03/12/2023

Ouest France, 03/12/2023

Le Figaro, 03/12/2023

La stratégie des Frères musulmans en Europe

By Sécurité/Justice

Depuis les massacres de civils israéliens commis par le Hamas le 7 octobre 2023, les Frères musulmans sont sur toutes les lèvres

Depuis les massacres de civils israéliens commis par le Hamas le 7 octobre 2023, les Frères musulmans sont sur toutes les lèvres. Le Hamas, organisation terroriste islamiste, est en effet issue de cette Confrérie sunnite. Le 16 octobre, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a affirmé que le footballeur Karim Benzema était « en lien » avec les Frères musulmans. Ce dernier, installé en Arabie Saoudite, a créé la polémique en apportant son soutien aux habitants de Gaza, « victimes une fois de plus de ces bombardements injustes qui épargnent ni femmes ni enfants », sans par ailleurs dénoncer les actes terroristes du Hamas.

Qu’est-ce que les Frères musulmans ?

Le 28 juillet 2007, dans une vidéo intitulée “Islam Muslims will conquer and rule Europe ”, Youssouf Al-Qaradawi, tête pensante des Frères musulmans et Président du Conseil européen de la fatwa et de la recherche (CEFR), déclarait que « la conquête de Rome, la conquête de l’Italie et de l’Europe, signifie que l’islam reviendra une nouvelle fois en Europe. Est-ce que cela veut dire que cette conquête se fera par la guerre ? Non, ce n’est pas nécessaire. Il y a une conquête pacifique, et la conquête pacifique est un des principes de cette religion. Je prévois que l’islam reviendra en Europe sans le recours à l’épée. Cela se fera par la prédication et les idées. » En 1928 quatre ans après l’abolition du califat ottoman, dans une Egypte “dé-islamisée” par le protectorat britannique, Hassan Al-Banna, grand-père de Tariq Ramadan, décide de créer près du Caire une organisation sociale, la Société des Frères musulmans. Elle vise à contrer l’influence occidentale perçue comme une menace pour l’islam et de rétablir un État islamique.

Il conçoit la Confrérie comme une sorte de Califat virtuel, dont la devise est : “Allah est notre but, le prophète notre guide, le coran notre constitution, le djihad notre voie, le martyre notre plus grande espérance ”. Pendant vingt ans, l’organisation va à la fois soutenir la lutte armée tout en la condamnant, s’immiscer dans la politique au Moyen-Orient. Elle est dissoute plusieurs fois par le Pouvoir Egyptien (1948, 1954). Pourchassés, les Frères musulmans finissent par s’implanter en Europe dans les années 1960, terre jugée plus clémente et accueillante que leur terre natale.

Stratégies et modes d’actions

Si leur idéologie est totalitaire, les Frères musulmans sont pragmatiques et patients. Leur stratégie s’inspire des procédés de l’hégémonie culturelle chers à Antonio Gramsci : pour contrôler une société dans son ensemble il faut d’abord subvertir la culture (la société civile) afin d’obtenir le contrôle de la société politique. Ils analysent les faiblesses des sociétés, recherchent les contradictions internes et les utilisent pour faire progresser leur projet : pauvreté de certaines communautés musulmanes, juridisme des droits de l’Homme, tolérance des sociétés occidentales, déchristianisation des populations… Dans ce cadre, le recours au double discours est presque permanent : victimisation, dénonciation d’une prétendue islamophobie, etc. La diffusion de leur soft power passe par l’utilisation de puissants relais d’opinion plus ou moins acquis à leur cause, tels que des hommes politiques, des intellectuels, des influenceurs, des sportifs. Ce qui permet d’obtenir sympathie et respectabilité aux yeux de décideurs politiques occidentaux ne connaissant en général que peu ou pas du tout l’islam et l’islamisme. La stratégie des Frères musulmans en Europe s’inscrit sur le long terme. Ils misent davantage sur le combat culturel, le social, et la démographie que sur le djihad armé. Ils s’appuient sur l’éducation (islamiser la base), les actions sociales (gagner les cœurs), l’activisme politique et judiciaire (pérenniser leur présence et se rendre indispensable), la victimisation au travers de l’islamophobie (les coupeurs de têtes/les coupeurs de langues) et la collecte de fonds (UE, ONG, etc.). Ces modes d’actions s’inscrivent pleinement dans le Frérisme, que Florence Bergeaud-Blackler, auteure du Frérisme et ses réseaux (Odile Jacob, février 2023), décrit comme un « système d’action » qui « a pour mission de conduire toutes les tendances religieuses djihadistes, salafistes orthopraxiques et modernistes vers l’accomplissement de la prophétie califale. C’est un dispositif stratégique dont l’unique but est de mettre en marche, guider, encadrer le “mouvement islamique ” vers la société islamique mondiale et universelle, qui est pour lui le seul futur possible ».

Florence Bergeaud-Blackler : « Le religieux est un impensé pour les dirigeants t bon nombre d’intellectuels occidentaux », Membre du comité Stratégique du CRSI et auteure du livre Le Frérisme et ses réseaux (Odile Jacob, février 2023)

Comment ont réagi les réseaux Fréristes en Europe à la suite des massacres perpétrés en Israël par le Hamas le 7 octobre dernier ?

Les Frères musulmans, canal historique, à savoir “Musulmans de France ”, restent prudents et font profil bas. En effet, la branche légaliste, à la différence des qutbistes (Sayyid El-Qutb) qui privilégient le djihad armé, évite d’être trop exposé politiquement par crainte de répercussions sur leurs activités. Ce qui n’exclut pas de timides appels à la paix teintés d’anti-sionisme. A noter que depuis l’intensification des frappes et les incursions de l’armée israélienne à Gaza, les messages sont de plus en plus explicites. Accuser l’accusateur est devenu un réflexe pavlovien chez les Fréristes et islamistes en général. On imite systématiquement l’ennemi. On lui retourne son accusation. Il n’est plus nécessaire de réfléchir sur les termes du débat, il suffit simplement de les renverser et d’en dénoncer une prétendue islamophobie. Même le recteur de la grande mosquée de Paris, Chemseddine Hafiz, s’en est fait l’écho dans un récent communiqué de presse. Il parle ainsi d’une « nouvelle agression meurtrière israélienne » ; considère « la résistance du peuple palestinien comme légitime » et dénonce l’utilisation de la date du 7 octobre « pour attiser l’islamophobie et la haine envers les musulmans ». Les Fréristes utilisent également les influenceurs comme des relais de leur idéologie. De quoi l’affaire Karim Benzema est-il le nom ?
Les Frères musulmans dans les pays musulmans, islamisent par le bas. Dans les démocraties libérales, ils islamisent par le haut en utilisant notamment des influenceurs. Les Frères musulmans n’ont pas de charisme et ne se montrent pas. Au-delà de ce premier cercle, il y a un deuxième cercle constitué des affiliés, dont font partie des ambassadeurs aux millions de “followers” tels que Karim Benzema ou le chanteur Médine. Ces derniers sont élévés en tant qu’ambassadeur de l’islam, un “titre” prestigieux, et relaient leurs messages à la communauté. Pour autant, je ne pense pas que Karim Benzema soit l’un des leurs.

En quoi les actions du Hamas, organisation créée par les Frères
musulmans, s’inscrit pleinement dans la stratégie Frériste ?

Pour cela, il faut lire la charte du Hamas de 1988, véritable manifeste d’un mouvement programmatique. Ils y assument d’être l’une des ailes des Frères
musulmans. La Confrérie est décrite comme « le plus important des mouvements islamiques de l’époque moderne ; il se distingue par la profondeur de son mode de compréhension, la précision de son mode de représentation et l’universalisme parfait des concepts islamiques qui s’appliquent à l’ensemble des domaines de la vie, aux représentations et aux croyances, à la politique et à l’économie, à l’éducation et à la vie sociale, au judiciaire et à l’exécutif, à la mission et à l’enseignement, à l’art et à l’information, à ce qui est caché comme à ce qui est
manifeste et à tous les autres domaines de la vie. » Par ailleurs, les déclarations des cadres du Hamas s’inscrivent pleinement dans la “wasatiyyah”, idéologie issue des Frères musulmans. De l’arabe “wasat” (moyen, modéré, ou juste), le terme signifie la voie du juste milieu entre laïcité et extrémisme. Ce qui leur permet de faire croire aux Occidentaux qu’ils sont moins extrêmes que les autres courants islamistes tout en faisant agir des branches armées. Je n’en crois pas un mot.
Ils parlent le double langage, parce que les Occidentaux ne croient qu’au langage. Les Frères musulmans ne sont pas dans les règles du jeu de la diplomatie, puisqu’ils ne croient pas aux droits de l’homme, mais aux droits de dieu. Pour le dire autrement, ils ne sont comptables que d’un système “divin”et non d’un système “humain” qu’ils ne reconnaissent pas. C’est pour cette raison qu’ils mentent constamment.

L’Université Al-Azhar, institution sunnite qui fait autorité, a appelé les musulmans à s’unir face au « soutien occidental inhumain à la violation de tous les droits palestiniens par l’État d’occupation israélien ». Comment expliquez-vous la difficulté qu’ont certaines personnalités publiques occidentales à identifier la nature civilisationnelle et religieuse du conflit entre le Hamas et Israël ?

Tout d’abord, il convient de rappeler que les pays arabes et musulmans se fichent pas mal des massacres de Palestiniens en Syrie et en Jordanie ; l’Egypte refuse d’accueillir des réfugiés gazaouis ; Les riches pays musulmans de la péninsule arabique ne mettent pas en place de ponts humanitaires, etc. Ce n’est donc pas un conflit territorial. Cela étant dit, il y a des implications politiques fortes. En Occident, nos analystes n’ont pas été formés à prendre en compte la dimension religieuse. Cela s’expliquant entre autres par l’influence marxisme qui estime que ce n’est qu’un opium du peuple. Or, cette dimension est fortement mobilisatrice. En termes islamiques, le religieux implique le salut collectif instauration du Califat – et individuel – se sauver lors du jugement dernier. Toutes les actions sont tournées vers le salut. Cette dimension est quotidiennement présente chez les musulmans pratiquants. Le religieux est donc un impensé pour les dirigeants et bon nombre d’intellectuels occidentaux, alors qu’il ne l’est pas dans la bouche de dirigeants musulmans. Pour eux, les mouvements religieux sont des mouvements politiques. En tant qu’anthropologue, j’essaye d’expliquer la dimension religieuse et civilisationnelle à ce conflit. Pour eux, la guerre de civilisation, à la manière de Samuel Huntington, ils la mènent depuis la fin du XIXe siècle. A l’image du président turc, Recep Tayyip Erdoğan, qui a récemment déclaré en faisant allusion à la guerre entre Israël et le Hamas : « L’Occident, voulez-vous reprendre le combat entre la Croix et le Croissant ? ».

Quel regard portez-vous sur l’action de l’UE dans ce conflit ?

L’UE gesticule comme d’habitude. Les pays de l’UE ne forment pas un front commun. Il serait plus juste de parler de désunion. A titre d’exemple, La France est le seul pays de l’UE à reconnaître l’anti-sionisme comme un anti-sémitisme. Elle est d’ailleurs fortement critiquée pour cela. Concernant les financements accordés par la Commission européenne à des organisations islamistes ou fréristes, il convient de rappeler que cela n’émane pas directement de la volonté des Etats membres. La Commission se laisse influencer par un faisceau d’organisations islamistes rompues au lobbying européen. Tant que les États n’imposent pas de règles strictes, la Commission continuera à être influencée et donc à financer des mouvements islamistes, dont l’université islamique à Gaza fondée par les Frères musulmans.