Centre de Réflexion
sur la Sécurité Intérieure
10 rue Cimarosa – 75116 PARIS
Thibault de Montbrial était dans La Matinale sur CNEWS Europe 1
Invité de Romain Desarbres, revenant sur l’attaque antisémite survenue à Amsterdam, le Président du CRSI appelle à une lutte plus importante contre l’antisémitisme – en hausse. Il appelle également à combattre le narcotrafic, une priorité en terme de sécurité intérieure.
À l’invitation du maire Gilles Gascon, Thibault de Montbrial participait aux assises de sécurité publique à Saint-Priest
Devant près de 400 participants, dont de nombreux élus locaux et agents municipaux, les échanges ont mis en lumière les réalités de terrain et l’inquiétude partagée face à une situation sécuritaire très dégradée.
Le sénateur Étienne Blanc, co-rapporteur d’une commission d’enquête sur le narcotrafic, a rappelé l’ampleur du phénomène : 240 000 personnes concernées et plus de 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Les réseaux criminels fonctionnent désormais comme de véritables entreprises, recourant à la violence, à la corruption et au blanchiment.
Marie-Hélène Thoraval, maire de Romans-sur-Isère et membre du comité stratégique du CRSI, a souligné l’urgence d’un sursaut collectif pour répondre concrètement à l’insécurité qui touche l’ensemble des territoires.

Tribune de Thibault de Montbrial dans Le Figaro
Dans cette analyse, le Président du CRSI alerte sur le développement exponentiel des mafias liées au trafic de stupéfiants en France, comme dans les pays d’Amérique du Sud.
Face à ce basculement gravissime, il propose de repenser la réponse judiciaire et de créer un parquet spécialisé.

Quelques données sur la production, la consommation, les exportations et les importations d’énergie en France
Par Tristan Audras,
*agrégé d’économie
Afin de faire fonctionner différents secteurs clefs de son économie, la France consomme chaque année plusieurs centaines de térawatt-heure d’énergie. Leur production et leur importation constituent un enjeu décisif de souveraineté. Deux questions fondamentales se posent aujourd’hui dans ce domaine : comment assurer l’indépendance énergétique de la France ? Comment préparer un modèle énergétique robuste et durable face au changement climatique et à l’épuisement des ressources ? Commençons par dresser un état des lieux du secteur énergétique en France.
La production d’énergie en France
En 2023, la France a produit 1 420 TWH d’énergie primaire ce qui constitue une augmentation de 13,3% par rapport à 2022.
Le nucléaire représente la part la plus importante de cette production (72%), suivi par les énergies renouvelables et intermittentes thermiques et électriques (27%) et les énergies fossiles (1%).
La progression de la production française s’explique par :
- Une croissance inédite des énergies intermittentes et renouvelables (+27,4%) avec une production éolienne particulièrement dynamique (+38%) et des progrès pour l’hydraulique (+24%) et le photovoltaïque (+15,6%).
- Un rebond de la production nucléaire (+15%) après l’identification de problèmes de corrosion en 2022. 34 des 56 réacteurs sont désormais
Les principales sources d’énergie intermittentes et renouvelables sont : la biomasse (31%), l’hydraulique (15%), l’éolien (14%), les pompes à chaleur (14%) et le solaire photovoltaïque (6%).
La production nucléaire française s’effectue au moyen de 56 réacteurs répartis sur 18 centrales. Ces 56 réacteurs ont été construits entre 1972 et 1991, un nouveau est en cours de construction à Flamanville.
Répartis sur toute la France, les centrales nucléaires ont été construites en bordure de fleuves, de rivières ou d’océans. Trois sites se situent par exemple le long de la vallée du Rhônes (Tricastin, Cruas et Saint Alban) et trois le long de la Loire (Saint-Laurent-des- eaux, Dampierre et Belleville). Exploitée pendant 42 ans, la centrale de Fessenheim dans le Haut-Rhin est définitivement arrêtée depuis le 30 juin 2020.
La consommation d’énergie en France
En 2023, la France a consommé 2 523 TWH d’énergie. Si la consommation finale d’énergie a baissé (-2,6%), les usages internes de la branche énergie et les pertes liées aux transformations et au transport ont augmenté de 10,5%.
Les principaux secteurs consommateurs d’énergie en France sont : les transports (34%), le bâtiment résidentiel (28%) et l’industrie (19%). Tous ces secteurs ont vu leur consommation d’énergie diminuer en 2023 : -5,1% pour l’industrie, -2,8% pour le transport et -2,5% pour le bâtiment résidentiel.
Les principales sources d’énergies consommées sont : le nucléaire (39%), les produits pétroliers (30%), les énergies intermittentes et renouvelables (15%) et le gaz naturel (13%)
Exportations et importations d’énergie en France
En 2023, la production nationale d’énergie ayant augmenté plus rapidement que la consommation, le taux d’indépendance énergétique s’est amélioré. Cette année, la France a assumé 56,3% de ses besoins.
Exportations
Grâce au rebond de la production nucléaire et au progrès des énergies intermittentes et renouvelables, la France est devenue exportatrice nette d’électricité (50 TWH et 3,9 milliards d’euros). Elle a également exporté vers d’autres pays européens pour 140 TWH de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) acheté à l’étranger.
Importations
La facture énergétique s’est élevée l’année dernière à 61 milliards d’euros soit environ moitié moins qu’en 2022. La France importe principalement du gaz et du pétrole :
- Les entrées nettes de gaz (importations moins exportations et transit) ont diminué de 19,6% en 2023 du fait du rebond de la production électrique. La facture, de 16 milliards d’euros, a été divisée par trois par rapport à l’année précédente notamment grâce à la baisse des cours mondiaux. La France se fournit principalement en Norvège, aux États-Unis et encore pour environ 12,5% auprès de la Russie.
- Les importations de pétrole brut ont augmenté de 10,5% en 2023 (540 TWH) pour un montant de 27,1 milliards d’euros. Au contraire, les importations de produits raffinés ont diminué de 15% pour un montant de 19,8 milliards d’euros. Au total, le pétrole représente 76% de la facture énergétique de la France qui se fournit principalement en Afrique du Nord et aux États-Unis pour le brut et auprès de la Belgique, de l’Espagne, des Pays-Bas et de l’Inde pour le raffiné.
Les principaux pays producteurs dans le monde
En 2023, les principales sources d’énergie de la planète étaient : le pétrole (31,7%), le charbon (26,5%) et le gaz naturel (23,3%). Les énergies fossiles représentent ainsi toujours plus de 80% des sources d’énergie primaire, contre 14,2% pour l’intermittent et le renouvelable et 3,9% pour le nucléaire.
Pétrole
Les trois principaux pays producteurs de pétrole (compris ici au sens large : pétrole brut, pétrole de schiste, sables bitumineux, etc) sont :
- Les États-Unis avec plus de 12,9 millions de barils par jour, soit environ 19% de la production 65% des extractions du pays sont du pétrole et du gaz de schiste. Les États-Unis ont exporté plus de 4 millions de barils par jour l’année dernière, ce qui fait du pétrole, la première catégorie d’exportation du pays en volume et en valeur.
- La Russie avec environ 10,4 millions de barils par jour, principalement du pétrole brut, soit 12,5% environ de la production mondiale. Devant l’embargo occidental sur le pétrole, la Russie a redirigé la quasi-totalité de ses exportations vers l’Asie. Alors que l’Europe représentait auparavant 40 à 45% du volume des exportations dans ce domaine, la Russie se tourne aujourd’hui à 50% vers la Chine et 40% vers l’Inde.
- Les treize pays de l’OPEP avec en tête l’Arabie Saoudite, premier producteur de pétrole brut) qui produisent environ 36% du pétrole mondial, soit plus de 93 millions de barils par jour. D’après la firme BP, cette part devrait d’ailleurs augmenter car ces pays possèdent environ 70% des réserves mondiales de pétrole.
Gaz
Les deux principaux pays producteurs de gaz sont les États-Unis et la Russie. En 2022, les premiers ont produit 1 027 milliards de m3 de gaz contre 699 milliards pour leur concurrent. Suivent ensuite l’Iran, la Chine et le Canada (autour de 220 milliards de m3). Si, du fait des sanctions occidentales, la Russie a connu des difficultés en 2023, les États-Unis, ont, eux, vu leur production augmenter d’environ 4%. Il s’agit désormais du premier exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL), principalement vers l’Europe et l’Asie.
Charbon
Selon l’Agence internationale de l’énergie, la production mondiale de charbon a atteint un nouveau niveau record de 8.582 millions de tonnes en 2022. La Chine compte à elle seule pour plus de la moitié de cette production mondiale (51% environ) puis suivent l’Inde, l’Indonésie et les États-Unis. Il est toutefois intéressant de noter que les États-Unis disposent de la plus grande réserve prouvée (22%). La France ne consomme presque plus de charbon (à peine 9 millions de tonnes en 2022). Seules trois centrales thermiques existent encore en métropole, à Cordemais (Loire-Atlantique) et Saint-Avold (Moselle).
Le nucléaire
Après une forte poussée dans les années 1980, le nucléaire ne représente aujourd’hui que 4% du mix énergétique mondial et 9% du mix électrique. En 2023, selon l’Energy Institute, La production mondiale nucléaire s’élevait à 2.686 TWh [1]. Avec ses 1.022,4 TWh la France produit donc près de 38% de l’énergie nucléaire mondiale, en deuxième position derrière les États-Unis mais devant la Chine.
Énergies intermittentes et renouvelables
Depuis 2005, les énergies intermittentes et renouvelables ont connu une forte croissance et représentent aujourd’hui 14,2% du mix énergétique mondial et 30% du mix électrique. Les pays importants sont :
- La Chine : il s’agit du principal producteur d’électricité hydraulique (30,1 % de la production mondiale) et du premier producteur d’énergie solaire (33% du total). La Chine a représenté 51 % de la production solaire mondiale supplémentaire et 60 % de la nouvelle production éolienne mondiale de 2023 par rapport à 2022.
- Plusieurs pays ont un mix énergétique vert : L’Islande grâce à l’hydraulique et à la géothermie (100% d’énergies renouvelables), le Costa Rica (100%) grâce à l’hydraulique, l’Écosse (97%) grâce à l’éolien, ou la Norvège (95%) grâce aussi à l’hydraulique.
Sources
[1] Connaissance des énergies
Le rôle de l’Union Européenne en matière énergétique
Dans la répartition des compétences entre l’Union européenne et les États membres (exclusives, partagées ou d’appui), l’énergie est une compétence partagée au même titre que douze autres domaines (marché intérieur, agriculture et pêche, transports, santé publique, etc.). Concrètement, les États membres ne peuvent agir “que si l’Union européenne a décidé de ne pas le faire ou si elle n’a pas encore proposé de législation” (compétences définies à l’article 4 du traité de l’UE). Le principe de subsidiarité s’applique : l’UE intervient seulement si les objectifs définis ne peuvent pas être atteints de manière suffisante par les États membres et s’il est plus pertinent de le faire au niveau européen ; tout repose donc dans les définitions des objectifs européens et celle de l’efficacité.
Principaux objectifs de l’UE [1]
Selon l’union de l’énergie (2015), les cinq principaux objectifs de la politique énergétique de l’UE sont les suivants :
- Diversifier les sources d’énergie de l’Europe et garantir la sécurité énergétique grâce à la solidarité et à la coopération entre les pays de l’Union européenne;
- Assurer le fonctionnement d’un marché intérieur de l’énergie pleinement intégré, de façon à garantir la libre circulation de l’énergie dans l’Union grâce à des infrastructures adéquates et à l’élimination des obstacles techniques ou réglementaires;
- Améliorer l’efficacité énergétique et réduire la dépendance à l’égard des importations d’énergie, faire baisser les émissions et stimuler l’emploi et la croissance;
- Décarboner l’économie et se diriger vers une économie à faible intensité de carbone, conformément à l’accord de Paris;
- Promouvoir la recherche dans les technologies à faible intensité de carbone et dans les technologies énergétiques propres et donner la priorité à la recherche et à l’innovation pour stimuler la transition énergétique et améliorer la compétition.
L’objectif est de “garantir aux foyers et aux entreprises de l’UE une énergie sûre, durable, compétitive, et à des prix abordables”.
L’UE vise une augmentation de 42,5% de la part des énergies renouvelables d’ici 2030, une réduction de 11,7% de la consommation par rapport à 2020, l’interconnexion d’au-moins 15% des réseaux d’électricité.
“Sur le plan énergétique, l’un des enjeux historiques au niveau européen a longtemps été la constitution d’une Union de l’énergie : celle-ci impliquerait l’intégration totale des marchés nationaux de l’énergie.
Afin de réaliser ce projet, l’ouverture à la concurrence de ces marchés nationaux de l’électricité et du gaz a par exemple été réalisée progressivement à partir de 2004 pour les entreprises et collectivités, et de 2007 pour les particuliers. Des règles nationales demeurent toutefois pour favoriser certaines entreprises historiques.
En parallèle, l’UE a acté la séparation des activités de production, de transport, de distribution et de fourniture d’énergie aux consommateurs : aucune entreprise ne peut désormais avoir le monopole d’un bout à l’autre de la chaîne, de la production à la consommation.
L’harmonisation des réseaux de transport d’énergie en vue d’améliorer leurs interconnexions entre pays européens a été entreprise. L’UE a également mis en œuvre des mécanismes de solidarité régionale en cas de crise.
Depuis le 1er janvier 2020, les gestionnaires nationaux des réseaux d’électricité ont l’obligation de mettre à disposition au moins 70 % de la capacité des réseaux pour les échanges transfrontaliers. Une politique qui faisait dire au régulateur français de l’énergie (CRE), en 2020, que le marché intérieur européen dans ce domaine était “un projet en voie d’achèvement” [2].
Cadre légal
L’article 194 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) donne le cadre général, des dispositions spécifiques, des règlements et des directives l’accompagnent (article 122 – protection des consommateurs -, articles 170-172 – accords internationaux – du TFUE).
Le Pacte vert et le Paquet climat lancés en 2019 et 2021 visent à transformer l’Europe en un continent neutre en carbone d’ici 2050. Parmi les nombreuses mesures annoncées figurent l’objectif de 42,5 % d’énergies renouvelables dans le mix européen d’ici à 2030 (23 % de la consommation finale brute d’énergie de l’UE en 2022) et une refonte de la fiscalité de l’énergie (l’adapter aux objectifs européens).
Le traité Euratom (signé à Rome en 1957) constitue la base juridique de la plupart des actions de l’Union dans le domaine de l’énergie nucléaire.
Quelques chiffres
Consommation énergétique globale
- UE : 9,1 % de la consommation primaire d’énergie mondiale (CPEM)
- Chine : 27,6 % CPEM
- États-Unis : 15,2 % CPEM
- CPEM de l’UE en 2023 : Environ 1,3 milliard de tonnes équivalent pétrole.
- CPEM des États-Unis en 2023 : 2,3 milliards de tonnes équivalent pétrole.
Sources d’énergie dans l’UE
- Énergies fossiles : Environ 70 %
- Pétrole : 37 %
- Gaz : 21 %
- Charbon : 12 %
- Énergies renouvelables : Plus de 23 % de la consommation finale d’énergie de l’UE en 2022.
Dépendance énergétique (quelques pays) [3]
- UE : 63%
- Zone euro : 67%
- Estonie : 6%
- Suède : 27%
- Roumanie : 32%
- Bulgarie : 37%
- Finlande : 41%
- Danemark : 42%
- Pologne : 46%
- France : 52%
- Allemagne : 68%
- Portugal : 71%
- Espagne : 74%
- Belgique : 74%
- Autriche : 74%
- Turquie : 77% (hors UE)
- Italie : 79%
- Grèce : 79%
- Pays-Bas : 80%
Sources
[1] La politique de l’énergie: principes généraux, mars 2024, lecture recommandée [2] Toute l’Europe, octobre 2024 [3] Eurostat
Actualité du CRSI, Enjeux de sécurité et de souveraineté, Dossier sur la souveraineté énergétique
Chers amis,
Comme vous le savez, le CRSI poursuit son développement en ouvrant ses réflexions à tous les sujets de souveraineté. Ainsi, ce nouveau numéro propose un dossier spécial sur les enjeux de souveraineté et de sécurité énergétique.
Cette lettre reprend aussi toute l’actualité du CRSI, des données liées à la sécurité et des études d’opinion en la matière. Vous pourrez prendre connaissance des chiffres officiels de l’immigration, des OQTF, du taux d’occupation des prisons, ou encore de ce que dit la loi à propos des centres de rétention administrative (CRA). Vous découvrirez aussi quelques témoignages dont celui de Claire Geronimi.
N’hésitez pas à partager cette lettre autour de vous et à nous suivre sur les réseaux sociaux. Votre soutien est essentiel pour nos travaux.
Bonne lecture !
Crise écologique et souveraineté énergétique dans les bâtiments publics : Des combats qui convergent
Par Jacques Montagne,
*Directeur général d’Alter Watt, un bureau d’étude énergétique, né de la conviction que la transition écologique est un enjeu majeur des années à venir.Alter Watt aide ses clients à réduire la consommation énergétique de leurs bâtiments avec des solutions intégrant la dimension globale de la transition écologique.Avec 50 collaborateurs, la société opère partout en France. Elle dispose du certificat Audit OPQIBI 1905 et respecte les normes NF EN 16247 intégrées dans sa méthodologie. Alter Watt est articulé en trois typologies d’expertises synergiques : étude, travaux et financement.
Face à une crise énergétique et à l’urgence climatique, les bâtiments publics en France se retrouvent au cœur des préoccupations nationales. L’État, ses opérateurs et les collectivités territoriales sont confrontés à un défi majeur : concilier impératifs écologiques, économiques et stratégiques pour assurer la transition énergétique de leur patrimoine immobilier.
La rénovation énergétique du bâti public apparaît ainsi non seulement comme une nécessité environnementale, mais aussi comme un enjeu de souveraineté énergétique et d’indépendance nationale. La question qui se pose alors : où en est la rénovation énergétique des bâtiments publics dans ce contexte de crise ?
Plus que jamais, l’État et les collectivités territoriales, qui couvrent 10% du parc de bâtiments Français ont un rôle clé à jouer en matière d’exemplarité. L’article 5 de la directive européenne sur l’efficacité énergétique (DEE) souligne d’ailleurs le « rôle exemplaire des bâtiments appartenant à des organismes publics« , imposant la rénovation annuelle de 3 % de la surface au sol des bâtiments publics pour satisfaire aux exigences minimales en matière de performance énergétique. L’article 5 vise plus globalement à réduire significativement la consommation énergétique des bâtiments, avec pour effet escompté de diminuer la dépendance aux énergies fossiles importées.
Au fil des années, une avalanche de réglementations a été mise en place pour encadrer cette transition énergétique. En tête, le décret tertiaire, issu de l’article 175 de la loi Élan, impose des réductions significatives de consommation d’énergie dans les bâtiments tertiaires de plus de 1.000 m². Cette mesure concerne environ un milliard de mètres carrés en France, soit près de 68 % du parc tertiaire. Les objectifs fixés sont ambitieux : une diminution de 40 % d’ici 2030, 50 % d’ici 2040 et 60 % d’ici 2050, ou l’atteinte de seuils planchers fixés par arrêtés. Il est à noter que le secteur du bâtiment représente 44 % de la consommation énergétique nationale, ce qui en fait un levier majeur pour atteindre les objectifs climatiques et énergétiques.
La conjonction des crises énergétique avec la crise climatique renforce l’urgence de la rénovation énergétique.
En effet, les vagues de chaleur estivales récurrentes mettent en évidence la nécessité de garantir un confort thermique adéquat dans les bâtiments publics, notamment les écoles. Le confort d’été devient une priorité, incitant les collectivités à intégrer des mesures d’adaptation aux changements climatiques dans leurs appels d’offres publics, conformément aux préconisations de l’ADEME. Les projets de rénovation visent ainsi à améliorer l’efficacité énergétique tout en assurant le bien-être des usagers.
La crise énergétique agit comme un catalyseur de la rénovation. En effet, la hausse persistante des prix de l’énergie, notamment du gaz, pèse lourdement sur les budgets des collectivités. Cette situation les incite à rechercher des solutions pour réduire leurs dépenses énergétiques. Malgré la dépendance à l’import d’uranium, consommer de l’électricité produite en France ou du bois local apparaît alors comme une alternative plus économique et plus souveraine que l’utilisation de gaz importé, souvent en provenance de Russie. La transition vers des sources d’énergie locales et renouvelables contribue non seulement à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi au renforcement de l’indépendance énergétique.
Face à ce foisonnement d’injonctions convergentes, l’action apparaît comme une évidence, et pour enfoncer le clou de nombreuses aides sont disponibles pour soutenir les projets de rénovation énergétique. Des programmes comme ACTEE+, le Fonds vert, la Dotation de soutien à l’investissement local (DSIL), la Dotation de soutien à l’investissement des départements (DSID), les Certificats d’économies d’énergie (CEE), ainsi que les initiatives européennes comme le Fonds européen de développement régional (FEDER) et le plan France Relance, offrent des opportunités conséquentes de financement. Ces dispositifs visent à alléger le poids financier des travaux de rénovation et à encourager les collectivités à s’engager dans la transition énergétique.
Des acteurs déterminants
Plusieurs acteurs jouent un rôle déterminant dans cette dynamique. Les banques publiques, comme la Banque des Territoires, les fonds d’investissement, les agences nationales telles que l’ADEME, l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU) ou l’Agence Nationale du Sport (ANS), apportent leur expertise et leur soutien financier. Les collectivités locales et l’État agissent comme catalyseurs pour impulser et soutenir les projets de rénovation, en mettant en place des stratégies cohérentes et ambitieuses.
L’intracting émerge comme une solution financière innovante et efficace. Ce mécanisme permet aux collectivités de financer des projets d’efficacité énergétique grâce à des avances remboursables, créant un cycle vertueux où les économies réalisées sont réinvesties dans de nouveaux projets. La ville d’Albertville en est un exemple probant : Débuté avec un fonds de 113.000 euros en 2019, l’intracting a permis de gérer un fonds de plus de 500.000 euros fin 2023, avec une projection à deux millions d’euros d’ici fin 2026. Cette approche permet de pérenniser les investissements dans la rénovation énergétique, tout en maîtrisant les budgets publics.
De même, l’université Rennes 1 a mis en place un fonds de 3 millions d’euros pour moderniser son parc immobilier, visant la rénovation de 100 % de son patrimoine bâti sur 15 ans. Ce plan ambitieux s’inscrit dans une volonté de réduire la consommation énergétique, de diminuer les émissions de gaz à effet de serre et de renforcer l’indépendance énergétique de l’établissement.
L’école Romain-Rolland (Clermont-Ferrand), illustre parfaitement cette démarche. Lauréate du prix CUBE.écoles, elle a réalisé une réduction de 38,7 % de sa consommation d’énergie en un an. Cette performance témoigne du potentiel des collectivités à agir efficacement sur leur patrimoine bâti en mobilisant l’ensemble des leviers disponibles : investissements, gestion intelligente des ressources, mobilisation des usagers.
Si le budget demeure un problème, au-delà des investissements et des technologies, la sobriété énergétique demeure le levier le plus efficace et rentable pour réduire la consommation d’énergie. Elle implique des changements de comportements, une gestion optimisée des équipements et une sensibilisation des usagers. La sobriété permet des économies immédiates sans nécessiter de lourds investissements, tout en préparant le terrain pour des actions plus structurantes.
Nécessité environnementale, opportunité économique et impératif stratégique pour les collectivités et l’État.
La rénovation énergétique des bâtiments publics s’impose donc comme un enjeu majeur à l’intersection de la crise écologique et de la quête de souveraineté énergétique.
La conjonction des aides financières, de la hausse des coûts de l’énergie, de l’urgence climatique et du besoin d’indépendance énergétique converge vers un même objectif : réduire la consommation de gaz, diminuer les dépenses énergétiques et renforcer la souveraineté nationale en privilégiant les sources d’énergie plus locales et bas-carbone. (Electricité avec les pompes à chaleur, ou encore bois en chaudière à combustion)
L’urgence d’accélérer les actions est palpable pour atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030 : il s’agit non seulement de respecter les engagements européens et internationaux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de garantir un meilleur confort pour les usagers des bâtiments publics. L’exemplarité de l’État et des collectivités territoriales est essentielle pour impulser une dynamique nationale de transition énergétique, montrant la voie vers un avenir plus durable, plus résilient et plus souverain.
La rénovation énergétique du bâti public est donc devenue une nécessité impérieuse qui réunit enjeux écologiques, économiques et stratégiques. En réduisant la dépendance aux énergies fossiles importées et en valorisant les ressources locales, la France renforce sa souveraineté énergétique et contribue activement à la lutte contre le changement climatique. Les combats pour la crise écologique et la souveraineté énergétique convergent ainsi, offrant une occasion unique de transformer durablement le paysage énergétique national.
L’énergie et les armées
Par Paul Laurent,
*Etudiant en Master de droit public à l’université Paris Cité, président de l’Institut Minerve et réserviste opérationnel au sein du 24ème Régiment d’Infanterie.
L’énergie constitue un enjeu central pour les armées françaises, à la fois sur le plan opérationnel et environnemental. La capacité à garantir un approvisionnement énergétique stable et sécurisé est indispensable pour mener à bien les missions militaires dans des contextes variés. Parallèlement, les armées s’inscrivent dans une démarche sociétale de transition énergétique. Cet équilibre périlleux entre exigences opérationnelles et responsabilité environnementale reflète les défis complexes auxquels sont confrontées les forces armées dans une Europe en mutation.
Le défi énergétique du ministère des Armées
En France, la consommation énergétique du ministère des Armées représente un enjeu majeur, en raison des caractéristiques particulières de cette institution. Les Armées françaises (2019) consomment 835.000 m³ de produits pétroliers par an, principalement pour l’aéronautique (50 %), la marine (25 %) et l’armée de terre (20 %), représentant près de 0,8 % de la consommation pétrolière nationale.
Dans le détail, deux secteurs ressortent :
- La mobilité
- 0,8% de la consommation pétrolière nationale
- 73% de la consommation du ministère
- Le bâtiment
- 455.000 T d’équivalent CO2 (0,5% des émissions nationales)
- 27% de la consommation d’énergie du ministère
Les efforts d’efficacité énergétique dans les infrastructures ont permis une réduction progressive des émissions de GES, notamment via la suppression des chaudières au fioul et l’intégration aux réseaux de chaleur urbains.
Une stratégie tridimensionnelle
Fruit d’un travail initié en 2007, et culminant avec la « Stratégie énergétique de Défense » (2022), la réflexion française repose sur 3 axes majeurs.
Consommer sûr
Les carburants fossiles, représentant une large majorité du mix énergétique militaire (généralisation du « carburéacteur » pour l’aviation et la mobilité terrestre). L’idée est de mettre l’accent sur l’optimisation des consommations à travers l’innovation technologique (bas carbone, hybridation, etc.) pour se défaire des dépendances internationales, notamment dans un contexte de tensions géopolitiques et de volatilité des marchés pétroliers.
Consommer moins
L’Armée met en place des stratégies d’amélioration basées sur la mesure précise des consommations et l’application de normes telles que l’ISO 50015 pour promouvoir l’efficacité énergétique. Cette démarche tente d’inclure l’adoption de pratiques plus frugales dans les opérations extérieures (exploitation de méthodes traditionnelles et lowtech), ainsi qu’une meilleure gestion des infrastructures et équipements, en prenant en compte l’empreinte environnementale (data centers, bâtiments).
Néanmoins, les exigences opérationnelles pesant sur les Armées françaises imposent de maintenir une consommation en hydrocarbures massive à moyen terme, au risque de perdre notre capacité de projection.
Consommer mieux
Les programmes d’armement intègrent des critères d’écoconception et d’efficacité énergétique. Le développement de nouvelles solutions énergétiques, telles que l’hybridation des motorisations, l’utilisation de biocarburants en aéronautique, et l’optimisation de l’énergie à bord des navires sont des axes clés de cette stratégie. La France a l’avantage immense de pouvoir s’appuyer sur l’énergie nucléaire (notamment pour la propulsion de certains navires de surface et sous-marins, mais aussi pour la consommation d’électricité). La réflexion se porte aujourd’hui sur l’utilisation de centrales nucléaires tactiques projetables. L’autoconsommation d’énergie est explorée, pour les bases militaires, via l’installation de microgrids.
L’utilisation des biocarburants de 1ère génération se heurte cependant à un contexte d’assèchement du pourtour méditerranéen – rendant nécessaire la recherche sur les biocarburants de 2ème et 3ème générations –, l’utilisation de l’hydrogène pose des questions de sécurité et n’est pas encore au point, l’énergie nucléaire est en perte de vitesse à cause d’atermoiements politiques.
Une approche mobilisant plusieurs types d’acteurs
Cette modification de l’approche de la consommation dans le secteur des Armées est propre aux pays occidentaux, pour des raisons de difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures (dépendance structurelle de tous les Etats de l’UE) ou pour répondre aux enjeux sociétaux de transition écologique. Dans ce contexte, les partenariats avec les pays européens (Fonds européen de défense) et au sein de l’OTAN (Centre d’excellence pour la sécurité énergétique de Vilnius) sont renforcés pour garantir l’interopérabilité et partager les savoir-faire. Pour accompagner cette démarche, la BITD se doit de faire preuve d’innovation dans sa collaboration avec le ministère afin de répondre à la triple exigence opérationnelle, d’interopérabilité, et d’optimisation. Par ailleurs, même si le secteur des armées est exempté d’une partie des obligations européennes et nationales en matière d’environnement, l’existence de ces réglementations contraignantes pour le secteur civil menace de restreindre le nombre d’entreprises aptes à travailler avec le ministère des armées, ces dernières orientant leurs R&D sur des produits respectant les normes contraignantes en la matière. Enfin, l’Etat doit accompagner les acteurs du secteur de l’énergie, qu’il s’agisse de ceux qui opèrent dans les hydrocarbures, en premier lieu Total, pour assurer le plus longtemps possible l’indépendance nationale en matière de stockage, de transport, de distribution et de transformation pétrolière, de ceux qui opèrent dans le nucléaire, pour conserver une compétence de pointe dans ce fleuron national indispensable à toute stratégie de décarbonation, ou enfin de ceux qui opèrent dans les technologies de rupture.
Les armées françaises et la sûreté nucléaire
Le ministère des Armées, deuxième exploitant du nucléaire français (propulsion des sous-marins et du porte-avion, armes des forces nucléaires stratégiques), est tenu d’assurer la sécurité des professionnels civils et militaires en appliquant des normes strictes. La sûreté repose le tandem formation – veille des défaillances techniques et humaines, en collaboration avec l’Autorité de Sûreté Nucléaire de Défense (ASND). La radioprotection nécessite des classifications d’exposition (alignée sur les normes civiles) et des suivis spécifiques pour protéger les travailleurs contre les risques ionisants. Le ministère organise également des exercices de sécurité nucléaire réguliers, pour anticiper et gérer tout incident ou accident nucléaire potentiel.
Pour aller plus loin
Stratégie énergétique de Défense 2020 – rapport
Stratégie énergétique de Défense 2020
Résilience énergétique des forces armées 2024
Cour des Comptes Le ministère des Armées face aux défis du changement climatique 2024
Note Fondation pour la recherche stratégique 2020
Les enjeux stratégiques du nucléaire
Par Vincent Delignon
*L’ancien officier de marine a consacré l’essentiel de sa carrière à l’action et à la réflexion stratégique. Ingénieur atomicien, il a navigué sur des sous-marins nucléaires et des bâtiments de surface. Breveté de l’école de guerre et auditeur du CHEM et de l’IHEDN, il a également servi dans le domaine de la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive. En 2020, il rejoint le commissariat à l’énergie atomique (CEA) comme chef de projet du Réacteur d’Essais dont il pilote la transformation.
L’héritage nucléaire de la France est un trésor national, légué par un Etat qui fut stratège. Un Etat qui avait compris que la maîtrise de l’atome, dans toutes ses dimensions, militaire comme civile, était un gage de liberté d’action stratégique et de souveraineté énergétique.
S’interroger sur les enjeux stratégiques pour le nucléaire en 2024 requiert donc de dresser l’inventaire de cet héritage, sans indulgence, d’évaluer le présent avec lucidité pour se projeter dans un avenir souhaitable avec comme seule boussole les intérêts de la France.
Dresser l’inventaire et évaluer la situation actuelle
Dresser l’inventaire de cet héritage apparaît d’emblée comme l’un des axes du récent rapport parlementaire « visant à établir les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France ». Avec un peu de recul, le simple libellé de ce rapport est édifiant ; il témoigne de l’incapacité de l’Etat à inscrire une stratégie dans le temps long, à préserver, voire développer ce trésor national. Il ne s’agit pas ici de reprendre une à une les conclusions et recommandations de ce rapport. On se contentera d’en recommander une lecture attentive et plus encore l’écoute de certaines auditions tout aussi édifiantes. Elles révèlent l’incapacité des responsables politiques à maintenir une stratégie fondée sur des choix scientifiques, industriels et économiques rationnels. A l’inverse, l’insoutenable légèreté des accords partisans et des calculs de coin de table ont peu à peu dilapidé le trésor laissé en héritage. Cette légèreté a également conduit à interrompre des initiatives qui auraient permis à la France de conserver une avance déterminante dans le domaine des réacteurs électronucléaires en particulier.
Pour autant, tout n’est pas perdu tant le socle nucléaire français reste robuste, notamment grâce à l’exploitation de 56 réacteurs électronucléaires par EDF et le tissu industriel que cette exploitation requiert, ainsi que la dimension militaire qui maintient un très haut niveau de compétences spécifiques, tant pour les armes que pour la propulsion.
Définir une stratégie nécessite toujours d’évaluer la situation en analysant les facteurs qui influent aujourd’hui sur les enjeux de ce secteur stratégique.
Un monde instable où l’énergie est une arme
Dans un monde instable où le recours à la force est redevenu un mode assumé de règlement des différends, où les règles du droit international s’effacent devant l’intimidation stratégique, le statut d’Etat doté de l’arme nucléaire n’est pas un luxe. Il place notre pays à l’abri d’un certain nombre de chantages. Sur le plan économique et stratégique, notre dépendance aux énergies fossiles nous rend vulnérables et nous prive de certains leviers d’action. L’incapacité de l’Europe à se passer du gaz russe constitue un exemple manifeste, rendant caduque toute volonté de priver celui qui les détient du fruit de ses ressources énergétiques. Jadis, le recours à l’électronucléaire a été choisi pour desserrer l’étau de la dépendance à l’or noir au gré des crises pétrolières, puis a été vécu comme un avantage substantiel lorsque la perspective de la raréfaction de la ressource fit s’envoler les cours. Désormais, les impératifs écologiques de réduction des émissions de CO2 et les tensions mondiales s’imposent encore davantage aux choix énergétiques.
L’Europe peine à définir un cap
Dans ce contexte, l’Europe apparaît d’autant plus divisée que les choix échappent à des critères rationnels mais se fondent sur une idéologie anti-nucléaire particulièrement clivante. Certains Etats comme la Suède ou l’Italie, qui avaient renoncé à l’atome y reviennent ou manifestent un intérêt nouveau. L’Allemagne, dont les dirigeants persistent à préférer le charbon à l’atome, persévère dans une stratégie désastreuse tant pour son économie que pour la santé de ses citoyens exposés à des particules fines dont la toxicité n’est plus à démontrer. Qui peut croire enfin que son industrie résistera longtemps aux injonctions consistant à adapter la demande d’électricité, donc la production, à une météo favorable à l’éolien et au solaire.
En France, l’action suivra-t-elle les grandes déclarations ?
En France, enfin, même fragilisé par des décisions politiques erratiques, le secteur nucléaire fait preuve d’une certaine résilience. Les compétences scientifiques et techniques existent, les donneurs d’ordre sont organisés, une Délégation Interministérielle au Nouveau Nucléaire est à l’œuvre. En revanche, le tissu industriel qui doit irriguer la renaissance des grands projets apparaît fragilisé, victime de la désindustrialisation du pays et du manque de vision, donc de commandes, qui a prévalu dans le secteur. Par ailleurs, la capacité du système éducatif et au-delà de la formation professionnelle, à générer l’ensemble des compétences en qualité et en quantité ne semble pas acquise.
Enjeux stratégiques
Dans une telle situation et face à l’impérieuse nécessité de reprendre le destin nucléaire de la France en main, les enjeux stratégiques majeurs qui se dégagent relèvent d’une volonté politique affirmée et stable, à même d’inscrire cette stratégie dans le temps long. Quelques axes stratégiques méritent d’être définis et confiés à un pilotage clairement identifié et responsabilisé au résultat.
Au niveau politique, l’expression de cette volonté impose de renoncer à la dilution de l’énergie et de l’industrie dans un ensemble trop vaste dominé par l’écologie. Un ministère de l’énergie et de l’industrie pourrait avantageusement incarner ce nouveau cap. De façon plus générale, il convient également de revaloriser la parole scientifique dans les décisions politiques. Il est frappant de constater à l’écoute de certaines auditions du rapport parlementaire le fossé qui a pu se creuser entre les experts scientifiques de haut niveau et les politiques qu’ils conseillaient, ou leur entourage.
On ne s’étendra pas ici sur le nucléaire militaire ; pérenniser notre dissuasion en modernisant ses deux composantes est une mission pilotée depuis sa création par le plus haut niveau de l’Etat. Il en va de notre assurance vie.
Dans les domaines scientifiques, techniques et industriels
Le défi est de taille pour l’industrie mais dans ce domaine le retour d’expérience existe et ne demande qu’à être mis en œuvre. Retrouver notre capacité à mener des grands projets dans le respect des coûts et des délais apparaît avant tout comme une affaire d’organisation et de volonté. Un pilotage clair, unique, challengé périodiquement par des regards extérieurs bienveillants avant d’être censeurs, s’impose comme une évidence. Néanmoins, les principes les plus élémentaires s’effacent parfois devant la dilution des responsabilités et les querelles de périmètres.
Dans un pays qui privilégie parfois les barreurs aux rameurs, il importe de poser des organisations simples et lisibles, fondées sur la responsabilité et la subsidiarité.
L’autre défi de taille de ce secteur industriel concerne la robustesse du réseau d’ETI et de PME qui fournissent les composants élémentaires, mécaniques, électriques, électroniques. Dans ce domaine, de gros efforts de standardisation restent à mener pour limiter les coûts de développement, de qualification et de production et simplifier le travail de la supply chain. De la performance logistique dépendront à la fois la disponibilité et les coûts d’exploitation des futures centrales.
Gagner la bataille des compétences
Les chiffres annoncés des besoins de recrutement du secteur impressionnent. Ils concernent un large spectre de métiers, spécifiques ou non au domaine nucléaire. Des initiatives émergent, notamment dans les territoires, pour favoriser l’éclosion de filières de formation, fruits d’un partenariat étroit entre le besoin de formation et leur mise en œuvre concrète. En amont, comme la parole scientifique, les cursus scolaires à dominante scientifique doivent être valorisés, ce qui nécessite également une action vigoureuse pour enrayer la baisse de niveau constatée années après années.
La valorisation de cursus de formations professionnelles dans des domaines techniques peut également contribuer de façon essentielle à l’atteinte des objectifs de recrutement du secteur, dans des métiers essentiels qui nécessitent du temps pour acquérir les qualifications requises. L’exemple des soudeurs est souvent cité et a déjà fait l’objet d’initiatives intéressantes en termes de créations d’écoles dédiées.
Sans oublier la sûreté et les déchets
Garantir un haut niveau de sûreté comme c’est le cas en France est le gage fondamental de l’acceptation de l’énergie nucléaire. Aucun des accidents majeurs, Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima, ne s’est produit sur le sol français. Pour autant, ils ont conduit à des inflexions importantes dans la conception et la prise en compte des risques. Non seulement nos réacteurs sont conçus pour que de tels événements ait une probabilité d’occurrence infinitésimale mais on postule qu’ils pourraient toutefois survenir et on met en place des moyens pour en diminuer les conséquences de façon significative pour le public et l’environnement. Maintenir au bon niveau d’exigence la prise en compte de la sûreté dès la conception puis en exploitation constitue un autre enjeu de la filière nucléaire.
S’agissant des déchets, souvent cités comme héritage honteux que le nucléaire laisserait aux générations futures, les efforts de recherche et de développement n’ont pas d’équivalent dans l’industrie. Dans ce domaine également, rien ne peut être entrepris sans que les solutions de traitement des déchets ultimes d’une activité n’aient été démontrées.
Perspectives
Pour peu que les actes concrétisent rapidement les annonces relatives aux chantiers EPR2 indispensables à la pérennité du parc nucléaire français, les perspectives pour le secteur nucléaire s’annoncent prometteuses. A court terme, la mise en chantier des 6 puis 8 tranches doit être considérée comme un socle minimal et prioritaire.
Pour compléter cette stratégie sur un moyen terme, il convient de relancer sans tarder une véritable dynamique sur les filières dites « à neutrons rapides » (quatrième génération) qui ont souffert de l’arrêt de Superphénix puis du projet Astrid. La France doit maîtriser cette technologie qui permettra de changer véritablement d’échelle dans l’exploitation des ressources en combustibles nucléaires et la réduction des déchets.
Autre phénomène aussi inédit que stimulant, le développement de « start-ups » du nucléaire.
Encouragées par le plan France 2030, des initiatives ont foisonné pour imaginer des solutions de petits, voire très petits réacteurs destinés à offrir des solutions de décarbonation de l’énergie. Fondés sur des filières qui ne furent pas développées à grande échelle, ces solutions prometteuses sur le papier profitent de l’agilité que confèrent des petites structures exploitant les possibilités offertes par des ressources technologiques nouvelles. La simulation numérique, l’impression 3D, de nouveaux matériaux permettent de concevoir des solutions adaptées à une production de chaleur ou d’électricité à petite échelle.
Quelques défis majeurs en jalonnent néanmoins le développement puis la réalisation, comme les problématiques de capacité industrielle, cycle du combustible, d’autorisations réglementaires et naturellement d’acceptation par le public, dès lors que les hypothèses de viabilité économique auront également été affermies.
Le nucléaire français apparaît donc à l’aube d’une renaissance tant attendue et qui ne peut plus souffrir de changements de cap incessants. Sans cap clair, point de souveraineté énergétique à l’horizon.
