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Olivier Debeney

Télécommunications : Un enjeu clé de la cybersécurité

By Numérique

Télécommunications : Un enjeu clé de la cybersécurité

Par Bruno Mahieux


Sécurité et souveraineté

Les technologies du numérique ont accéléré la transformation de nos entreprises, mais également de notre société, au travers de trois phénomènes majeurs :

  • La généralisation des solutions multi Cloud, qui ont pour effet d’opérer un grand nombre de services numériques sur des infrastructures partagées (dites de Cloud Publics, par opposition au solution de Cloud Privatif, dans lesquelles les infrastructures reste la propriété du client, les données étant hébergées dans des centre de données qui lui sont propres). Cela est vrai pour des solutions grand public ( streaming avec Netflix, Apple TV…) mais également pour les entreprises (Microsoft Azure, Amazon, Google, Salesforces).
  • Le développement du télétravail avec un grand nombre de salariés qui travaillent à distance, plusieurs jours par semaine, en se connectant au système de l’entreprise via internet. Celui-ci a joué un rôle majeur pendant la crise du COVID, permettant à la plupart de nos entreprises de continuer à fonctionner en période de confinement, sans impact majeur sur la qualité du service rendue aux clients.
  • L’émergence de l’internet, des objets avec de plus en plus d’applications dans le monde industriel, (l’exemple le plus connu étant celui du compteur Linky d’EDF, mais des solutions semblables existent pour la relève des compteurs d’eau et de gaz, et plus généralement dans le monde industriel grâce au déploiement des réseaux 5G), mais également dans le monde de la santé (le patient connecté) ou encore celui des collectivités locales (les smarts cities).

Ces grandes transformations technologiques mais aussi sociétales ont toutes pour caractéristique commune d’utiliser les infrastructures de télécommunications. Elles sont le catalyseur du progrès économique et social des 30 dernières années et un enjeu de sécurité nationale.

En effet, sans des infrastructures réseaux sécurisées et résilientes, c’est l’activité économique toute entière de la nation qui risquerait de s’arrêter. Il est donc essentiel d’en conserver la maîtrise et d’en garantir la résilience et enfin, d’en assurer la sécurité.

Notre État doit donc répondre à de multiples défis :

  • Maîtriser le développement de nos réseaux de télécommunications, pour faire face à une demande accrue de connectivité de la part des citoyens pour leurs activités quotidiennes, qu’elles soient professionnelles ou personnelles,
  • Renforcer la résilience de nos infrastructures de télécommunications,
  • Sécuriser la chaîne d’approvisionnement des fournisseurs de réseaux,
  • Développer un écosystème de cybersécurité afin de préparer le pays à répondre aux

Maîtriser le développement de nos réseaux de télécommunications

Les opérateurs de télécommunications doivent investir en permanence dans des réseaux de nouvelle génération (fibre, 4G, 5G…), avec des débits en constante augmentation et des prix à l’usager toujours plus bas, pendant que les GAFAMS récoltent les fruits de ces investissements en monétisant leurs services de contenus.

Or, les infrastructures de télécommunications coûtent cher : un opérateur doit faire face à des investissements toujours plus lourds pour suivre les évolutions technologiques, avec des retours sur investissement plus lointains. La fuite en avant consistant à favoriser la concurrence et la multiplication des opérateurs télécom dans une logique de prix bas pour le seul bénéfice du consommateur est un non-sens sur le plan stratégique, car elle affaiblit nos opérateurs sur le plan économique et met en péril à terme leur capacité à déployer les réseaux du futur, et par conséquent, notre souveraineté.

Pour éviter l’obsolescence de nos infrastructures de télécommunications, un assouplissement de la réglementation européenne est nécessaire pour autoriser une consolidation du marché, vecteur d’économies d’échelle pour les opérateurs.

Renforcer la résilience de nos infrastructures réseaux

Un seul chiffre résume la fragilité et la criticité des infrastructures de télécommunications :

99% du trafic internet intercontinental passe par des câbles sous-marins.

La destruction récente du gazoduc Nordstream 2 nous rappelle combien le risque de sabotage est réel, plaçant les infrastructures de télécommunications au cœur des enjeux de cybersécurité et de souveraineté de la nation.

Pour éviter toute perte de continuité de service, et même si une certaine redondance mise en œuvre permet d’assurer la résilience des réseaux les plus critiques, la gestion de risque doit nous inciter à renforcer la sécurité de bout en bout et la surveillance de ces infrastructures, à maintenir notre capacité à déployer les câbles sous-marins (Orange Marine est l’un des derniers acteurs européen sur le marché), et à proposer des routes alternatives comme les communications satellites.

Sécuriser la chaîne d’approvisionnement

La résilience de nos infrastructures commence par notre capacité à nous procurer les technologies en toute indépendance. Or, sécuriser la chaîne d’approvisionnement des différents composants de nos réseaux telecom est devenu un défi majeur pour la France et l’Europe. La dépendance vis-à-vis des fournisseurs américains et chinois, est particulièrement notable dans le domaine des équipements télécoms, (il ne reste que deux équipementiers en Europe, Nokia et Ericsson, aucun acteur français depuis la vente d’Alcatel en 2016) et il est indispensable d’assurer l’existence d’acteurs européens.

La sécurisation de la chaîne d’approvisionnement est encore plus critique dans le domaine de la cybersécurité, qui nécessite de nombreux outils, compte tenu de la multiplicité des cybermenaces pesant sur les services numériques, mais également en raison d’une pression réglementaire accrue de la part des institutions européennes. Il en résulte un marché de la cybersécurité très fragmenté, avec une prédominance des acteurs américains (Cisco, McAfee, Fortinet, Symantec, Palo Alto Networks).

La résilience de nos réseaux télécoms passe par le déploiement de ces solutions techniques, mais aussi par la capacité des entreprises à se les approprier. Pour y parvenir, une sensibilisation à grande échelle des chefs d’entreprises et des salariés est indispensable. Si la plupart des grands groupes sont déjà préparés face aux menaces cyber, les TPE et PME le sont beaucoup moins et sont de fait beaucoup plus vulnérables. Or, selon une étude de l’opérateur britannique Vodafone, 50% des attaques cyber concernent les TPE et PME. Des campagnes de formation et de sensibilisation doivent être menées auprès de leurs dirigeants pour prioriser leurs investissements dans le domaine de la cybersécurité.

Développer un écosystème de la cybersécurité français

Les institutions européennes sont devenus le leader mondial en matière de normalisation et réglementations, qui se traduisent pour nos entreprises par un poids toujours plus grand en termes de coûts pour parvenir à respecter les contraintes réglementaires, pendant que les Etats-Unis restent le berceau de l’innovation technologique et de la création d’entreprises dans le domaine du numérique.

La réglementation est nécessaire, en particulier pour harmoniser les choix technologiques, mais elle ne doit pas être un frein au développement économique de nos entreprises. Une politique publique ciblée doit permettre l’émergence d’acteurs français innovants et compétitifs en termes de prix pour éviter toute dépendance vis-à-vis des fournisseurs de solution de cybersécurité. L’État français a un rôle à jouer, en accompagnant le développement des entreprises, en baissant les charges salariales, en appliquant un plan de cybersécurité aux entreprises publiques et collectivités locales et en développant la formation avec un tissu d’écoles spécialisées dans la cybersécurité.

Malgré la prédominance des GAFAM américains, il n’est pas trop tard pour prendre les mesures nécessaires à l’émergence d’acteurs français innovants dans le domaine de la cybersécurité. Le monde du numérique est en mouvement permanent. Qui connaissait l’IA générative il y 4 ans ? Le rapport Villani sur l’IA n’en parlait même pas !

Conférence scientifique internationale sur les islamismes en Europe

By Dernièrement

« Les islamismes en Europe »

Florence Bergeaud-Blacker, Docteur en anthropologie, chercheuse au CNRS et membre du comité stratégique du CRSI, organisait un colloque international le mercredi 15 mai au siège de la Région Île-de-France.

Des scientifiques de différents pays européens intervenaient dans le cadre de cette journée pendant laquelle quatre sessions se sont tenues :

  • Particularités des islamismes européens
  • Les islamismes dans les différents pays européens
  • Les islamismes et leurs alliances
  • Islamismes, prévention et réponses

Liste des intervenants :

Dr Sergio Altuna Galan, Dr Sameh Egyptson, Dr Eliane Ettmüller, Dr Andreas Jacobs, Sir John Jenkins, Dr Magnus Norell, Dr Damon Lee Perry, Dr Susanne Schröter, Dr Heini i Skorini, Dr Lorenzo Vidino, Dr Tommaso Virgili.

 

Explosion des violences en Nouvelle-Calédonie

By Sécurité/Justice

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

Explosion des violences en Nouvelle-Calédonie

D’importantes violences urbaines se déroulent depuis lundi en Nouvelle-Calédonie, suite à la mobilisation des indépendantistes alors qu’un projet de loi constitutionnelle pour la modification du corps électoral est à l’étude depuis quelques jours.


Point de situation 

Avant lundi 13 mai 

Le projet de loi constitutionnelle pour l’ouverture du corps électoral de Nouvelle-Calédonie a entraîné la mobilisation des mouvements indépendantistes de cette collectivité d’outre-mer depuis plusieurs semaines. Des interpellations ont eu lieu la semaine dernière et les tensions se sont intensifiées jusqu’à l’examen du texte ce lundi à l’Assemblée. Les personnes interpellées ont été placées en garde à vue pour « participation armée à un attroupement, entrave à la circulation, complicité d’entrave à la circulation et dégradation » a précisé le parquet de Nouméa. Les personnes mises en cause « revendiquent avoir commis les faits à l’appel de la CCAT » (Cellule de coordination des actions de terrain), toujours selon le parquet de Nouméa.

La CCAT est la structure mise en place par l’Union calédonienne (UC), elle rassemble plusieurs partis et mouvements indépendantistes et organise la mobilisation toujours en cours.

Depuis lundi 13 mai

Depuis l’entrée en examen du texte de loi à l’Assemblée nationale hier, les tensions ont éclaté, donnant lieu à des affrontements et à violences importantes qui se sont poursuivies dans la nuit provoquant un bilan déjà lourd :

  • 54 policiers et gendarmes blessés
    en 48 heures;
  • Des tirs tendus avec des armes de gros calibre, des carabines de grande chasse, sur les gendarmes;
  • 82 personnes interpellées;
  • Près de 1500 appels
    aux sapeurs-pompiers;
  • Des centaines de voitures brûlées;
  • Plus d’une cinquantaine de commerces et entreprises incendiés;
  • Des particuliers ont été contraints de quitter leur domicile avant qu’il ne soit incendié;
  • Le père de Sonia Backès (79 ans), présidente de la province Sud de l’archipel et principale figure du camp non indépendantiste, a été évacué de sa maison en flammes par le GIGN.

Le ministère de l’Intérieur a envoyé des renforts de métropole qui sont en route : des éléments du GIGN et du RAID, quatre escadrons de gendarmes mobiles et deux sections de la CRS 8 (une unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines). Un couvre-feu a été institué, l’aéroport international, les lycées et les collèges ont été fermés.

« Toute cause mérite d’être défendue politiquement, mais elle ne mérite pas de l’être en engageant des actions mortelles contre les gendarmes, contre les habitants, sur l’agglomération de Nouméa », a ajouté le haut-commissaire. « Sur la ville de Nouméa, l’action est menée essentiellement sur les quartiers Nord avec des destructions de commerces, de pharmacies et de domiciles », a poursuivi M. Le Franc. « Car on a malheureusement pu constater des exfiltrations d’habitants » avant que leurs « domiciles ne soient brûlés ».

Déclaration du haut-commissaire de la République

Contexte historique

Les années 1980 furent marquées par une escalade de tensions entre les partisans de l’indépendance et ceux en faveur du maintien du territoire dans la République française. Ces divisions profondes ont conduit à des affrontements d’une grande violence.

La prise d’otages d’Ouvéa qui s’est déroulée du 22 avril au 5 mai 1988 fut sans conteste l’événement le plus dramatique de cette période. Cette prise d’otages, menée par des indépendantistes kanak contre des gendarmes mobiles français, s’est soldée par un bilan humain extrêmement lourd. Au total, 26 personnes ont péri  : 4 gendarmes, 2 militaires, 19 Kanaks et 1 civil. Cette tragédie poussa les parties vers la table des négociations.

Le 26 juin 1988, les accords de Matignon-Oudinot sont signés par l’État français, les indépendantistes du FLNKS et les loyalistes du RPCR et mettent fin au conflit. Ils instituent un statut transitoire pour la Nouvelle-Calédonie sur une période de dix ans. Cette période est consacrée à un développement économique, social, culturel et institutionnel visant à préparer le territoire à un référendum d’autodétermination en 1998.

L’accord de Nouméa est signé le 5 mai 1998. Il réunit à nouveau l’État, les indépendantistes et les loyalistes et renforce l’autonomie de la Nouvelle-Calédonie. Il prévoit un transfert progressif de compétences de l’État à la Nouvelle-Calédonie, dans l’attente d’un référendum d’autodétermination (reporté à 2018).

Conformément aux accords de Nouméa, trois référendums d’autodétermination ont été organisés en Nouvelle-Calédonie entre 2018 et 2021, tous ont été gagnés par les anti indépendantistes :

  • 2018 : Le premier référendum, organisé le 4 novembre 2018, voit la victoire du “non” à l’indépendance avec 56,7% des suffrages exprimés. 
  • 2020 : Le second référendum, organisé le 4 octobre 2020, confirme la victoire du “non” avec 53,26% des suffrages exprimés. 
  • 2021 : Le troisième et dernier référendum, organisé le 12 décembre 2021 voit le “non” l’emporter avec 96,50% des voix, mais sur fond d’une abstention record de 56,13% (les indépendantistes ayant appelé au boycott).

La réforme en question

Situation actuelle

Le statut d’électeur pour les élections provinciales est lié à une condition : être inscrit sur les listes électorales spéciales de 1998, ou être descendant de ceux qui y étaient. L’accord de Nouméa permettait aux  indépendantistes kanaks, inquiets de devenir minoritaire, d’être assurés de peser davantage sur le plan électoral.

Projet de loi actuel

Pour des raisons démocratiques, le gouvernement souhaite élargir le corps électoral à tous les natifs de l’île et aux personnes domiciliées sur le territoire depuis plus de dix ans.

Spécificités de la Nouvelle-Calédonie

Avant 1999, la Nouvelle-Calédonie était un territoire français d’outre-mer. Depuis, elle est devenue une collectivité territoriale à statut particulier. Cette collectivité est composée de trois provinces et de 33 communes.

L’archipel français est situé dans le Pacifique Sud et est doté d’un statut particulier lui conférant une certaine autonomie.

Capitale : Nouméa

Langue officielle : Français 

Religion : Essentiellement chrétienne. L’Islam et le Bouddhisme sont également présents.

Peuples et ethnies : Kanaks (40%), Européens (29%), Wallisiens et Futuniens (9%), Asiatiques (4%), Tahitiens (2%)

Superficie : 18 575 km²

Monnaie locale : le Franc pacifique
1€ = 119,33 CFP
1000 CFP = 8,38€

Des institutions propres : un congrès, un gouvernement, un Sénat coutumier, un Conseil économique, social et environnemental, des conseils coutumiers

Trois provinces : Nord, Sud et îles Loyautés (chacune possède une assemblée délibérante et des représentants au Congrès).

Un représentant de l’État : un haut-commissaire de la République.

Le coût de la vie quotidienne est élevé alors que le pouvoir d’achat est plus faible qu’en métropole. La Nouvelle-Calédonie importe une grande partie de ses produits de consommation. 

51 000 Calédoniens vivent sous le seuil de pauvreté (​​19,1 % de la population), c’est-à-dire avec moins de 87 950 francs par mois (737€).

La Nouvelle-Calédonie bénéficie d’un statut particulier au sein de la République française, défini par le titre XIII de la Constitution et la loi organique du 19 mars 1999. Ce statut la qualifie de collectivité « sui generis », c’est-à-dire qu’elle possède des caractéristiques uniques qui la distinguent des autres collectivités.

Deux articles de la Constitution lui sont consacrés, les 76 et 77. Ils permettent notamment un partage de la souveraineté et une autonomie partielle lui octroyant le droit de voter les “lois du pays”

L’État reste compétent dans les domaines suivants :

  • Le contrôle de l’immigration ;
  • La monnaie ;
  • Le Trésor ;
  • La défense nationale ;
  • La fonction publique de l’État ;
  • Le maintien de l’ordre ;
  • L’enseignement supérieur et la recherche.

Le message “alerte extrêmement grave” diffusé par SMS le 13 mai à Paris

By Sécurité/Justice

– Par Olivier DEBENEY, chef de cabinet

Le message “alerte extrêmement grave” diffusé par SMS le 13 mai à Paris

Lundi 13 mai à 20h00, un message intitulé « Alerte extrêmement grave » a été diffusé sur les téléphones portables des Parisiens se trouvant dans le périmètre de sécurité des Jeux olympiques. 


 

Cette alerte, accompagnée d’une sonnerie stridente, diffusée y compris sur les téléphones mis en mode silencieux,  a provoqué la surprise et parfois la panique de nombreux habitants.

En effet, le dispositif FR-Alert est habituellement réservé aux situations d’urgence majeures telles que : 

  • les catastrophes naturelles, 
  • les risques industriels, 
  • les attentats, 
  • les alertes nucléaires. 

 

Les réactions ont été d’autant plus vives que le niveau d’alerte choisi pour ce message est le plus élevé :

Or, il ne s’agissait cette fois-ci que d’une information pour prévenir de la mise en place du « Pass Jeux », le fameux QR code indispensable pour circuler dans la zone olympique pendant les Jeux cet été.

La préfecture de Police a présenté cette alerte comme  un “test”.

Le ministère de l’Intérieur l’a commenté en ces termes : « À événement exceptionnel dispositif exceptionnel ».

Le trafic des œuvres d’art pillées par l’Organisation État islamique (OEI)

By Economie

Le trafic des œuvres d’art pillées par l’Organisation État islamique (OEI)

De juin 2014 (proclamation du “Califat” par le dirigeant Abu Bakr al-Baghdadi à Mossoul, en Irak) à décembre 2017 (perte de la dernière ville, Deir ezz Zor, en Syrie, tenue par l’organisation terroriste), l’Organisation Etat islamique (OEI) a contrôlé un vaste territoire à cheval sur la Syrie et l’Irak. L’organisation djihado-terroriste musulmane sunnite, d’obédience salafiste, a donc eu accès à de nombreuses ressources pour financer le fonctionnement et la projection militaire de son État. Parmi elles, le trafic d’œuvres d’arts issues des pillages commis par l’OEI.

Par Emmanuel de Gestas


D’après les chiffres de la CIA, citée par BFMTV, le trafic des “antiquités de sang”  aurait constitué pour l’OEI sa deuxième source de financement.

À hauteur de 6 à 8 milliards de dollars par an (chiffres de 2015), juste derrière le trafic de pétrole. 

D’après un rapport de l’Assemblée nationale, cité par Challenges en 2016, l’organisation terroriste n’aurait récolté “que” 20 à 100 millions de dollars via cette seule source de financement. 

Une véritable mine d’or, au sens propre comme au figuré.

Mais qu’est-ce qu’au juste qu’une “antiquité de sang” ?

Il s’agit de pièces de musée, d’archéologies, de bijoux, d’œuvres d’arts diverses et variées pillées par l’OEI durant sa domination territoriale sur le “Califat” irako-syrien. La grande majorité de ces antiquités proviennent, par exemple, du pillage des musées antiques de Mossoul (Irak) à l’été 2014, soit juste après la prise de la ville par l’organisation terroriste. 

Ils proviennent aussi de la cité antique romaine de Palmyre (Syrie), un site archéologique classé par l’Unesco, pris puis pillé par l’OEI courant mai 2015. Les djihadistes de l’organisation détruiront en grande partie la cité antique, vestige préislamique d’un passé vu par ces salafistes comme païen et donc à annihiler physiquement et mémoriellement, mais ils pilleront aussi ce qu’ils pourront, afin d’en tirer profit. Cela coûtera d’ailleurs la vie à Khaled Assaad, l’ancien directeur du site archéologique de la ville, atrocement décapité par les terroristes le 18 août 2015, pour avoir refusé de livrer à l’OEI les trésors qu’il avait pu dissimuler.

Mais à quoi servent exactement ces “antiquités de sang » ?

Ces pillages d’œuvres d’art ont plusieurs objectifs : 

  • “Purger” le “dawla islamyya (l’État islamique en arabe, acronymisé en Daesh) de toute “souillure préislamique” (cf. paragraphe précédent). 
  • Se financer par le trafic de ces œuvres d’arts, et même opérer du blanchiment d’argent “sale” en argent “propre”. 

“Le scénario de risque BC-FT (Blanchiment de capitaux – Financement du terrorisme) auquel font face les secteurs de l’art et du luxe diffère en fonction de l’utilisation des produits. En matière de financement du terrorisme, des œuvres d’art et antiquités issues du pillage peuvent procurer des bénéfices aux organisations terroristes, soit par revente via un intermédiaire (principalement lors de ventes privées), soit par le biais de “taxes” imposées lors des fouilles ou lors du transport de ces œuvres. Les métaux précieux peuvent être transportés dans des zones de conflit et servir au financement du terrorisme. Le scénario de risque en matière de blanchiment peut être similaire (blanchiment de produit de trafic illicite d’œuvres d’art) ou bien recouvrir le cas d’un achat d’œuvres, d’antiquités ou de produits de luxe à des fins de dissimulation de produits illicites et de blanchiment. Les menaces de financement du terrorisme sont liées, d’une part, aux possibilités de pillage d’œuvres d’art et d’antiquités offertes par le conflit en zone irako-syrienne. D’autre part, s’agissant des métaux précieux, les facilités d’accès et de transport rendent attractif ce mode de financement du terrorisme.” 

Extrait de l’Analyse nationale des risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme en France, rapport du Conseil d’orientation de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (Colb) en date de septembre 2019, page 82

Concrètement, comment se déroulent ces trafics ?

Peu de temps après sa “proclamation”, le “Califat” de l’OEI se dote d’un “Ministère des Antiquités”, le “Diwan al-Rikaz”. Ce “ministère”, soit entreprend des fouilles archéologiques (en fait des pillages) avec ses propres “fonctionnaires”, soit accorde les permis de fouilles, moyennant une taxe, à des “sous-traitants”. 

D’après le chercheur australien Patrick Blannin, le “Diwan al-Rikaz” contrôlait courant 2015 “plus de 4 500 sites archéologiques, rien qu’en Irak”.

Islamic State’s Financing: Sources, Methods and Utilisation, in “Counter Terrorist Trends and Analyses”, pages 16 & 17

En 2017, le nombre de sites archéologiques et musées sous le contrôle du “ministère” de l’OEI était identique, toujours selon la même source.

Ces œuvres d’art ont pu être acheminées clandestinement dans des pays voisins du “Califat”, le plus souvent, le Liban et la Turquie, via des réseaux de trafiquants. 

D’après le journaliste Jean-Baptiste d’Albaret, auteur d’un article pour le magazine Valeurs actuelles, les revendeurs, surnommés dans le jargon de la LFT-BC, les “Janus”, sont essentiels pour assurer la transaction entre les intermédiaires, l’OEI, et, en bout de chaîne, le client, qui ne sait pas toujours par quel(s) sombre(s) réseau(x) a transité le bien dont il fait l’acquisition (soit en ligne via le deep/dark web, soit sur un marché de Beyrouth au Liban ou d’Istanbul en Turquie, parfois par une salle de vente européenne réputée). 

Une fois la “marchandise” acheminée, il faut la stocker. C’est là que la notion de “ports francs” entre en jeu (source idem à supra) : ce sont des zones de stockage, des entrepôts libres de tout contrôle douanier. Bien des marchandises peuvent y être stockées, les œuvres d’art y trouvent en particulier leur place. 

De là, les œuvres d’arts peuvent être revendues pour blanchir l’argent sale du terrorisme sans nécessairement changer de place, car certaines, trop connues, pourraient aisément “faire tache” dans un salon privé ou dans une salle des ventes, face à des experts en arts pouvant identifier lesdites œuvres et leur provenance. 

De fait, au lendemain des attentats du 13-Novembre (Bataclan, Stade de France, et plusieurs terrasses de cafés parisiens), le président de la République François Hollande dénonçait le 17 novembre 2015, ces ports francs, à l’occasion de la remise d’un plan d’action par le président du musée du Louvre pour préserver le patrimoine culturel du terrorisme :

“La première de ces priorités, c’est la lutte contre les trafics des biens culturels. Il faut savoir qu’en ce moment même, l’organisation terroriste Daesh délivre des permis de fouilles, prélève des taxes sur des œuvres qui vont ensuite alimenter le marché noir mondial, transitant par des ports francs qui sont des havres pour le recel et le blanchiment, y compris en Europe. La France a donc décidé d’introduire un contrôle douanier à l’importation de biens culturels et intègrera dans son droit les résolutions du Conseil de sécurité interdisant le transport, le transit, le commerce du patrimoine culturel mobilier ayant quitté illégalement certains pays.”

Discours de François Hollande devant l’Unesco, 17 novembre 2015

Comment lutter contre ces trafics ?

Toujours dans ce même discours, François Hollande livre une première piste pour lutter contre ces trafics : “Nous parlons beaucoup des paradis fiscaux et nous avons raison de vouloir là encore faire en sorte qu’ils puissent disparaître, mais nous devons également éliminer les paradis du recel dans le monde.”

Aussi, la commission parlementaire européenne spéciale Tax3, créée en février 2018 à la suite du scandale dit des “Paradise Papers”, va s’attacher à lutter contre, outre l’évasion et la fraude fiscale, le sujet du blanchiment, et donc du FT-BC. 

A noter que le Colb, dans son “Analyse nationale des risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme en France” de septembre 2019, indique que “les vulnérabilités intrinsèques du secteur de l’art […] peuvent être considérées comme élevées”.

Le rapport du Colb préconise ensuite :

L’assujettissement de la plupart des opérateurs atténue dans une certaine mesure les vulnérabilités de ce secteur. Les sociétés de ventes aux enchères publiques sont soumises au contrôle du Conseil des ventes volontaires (CVV), les études de commissaires-priseurs judiciaires à celui de la Chambre nationale des commissaires de justice (CNCJ), tandis que les personnes se livrant au commerce d’antiquités et d’œuvres d’art sont contrôlées par la DGDDI et sanctionnées par la CNS. Les professionnels du secteur du luxe sont soumis au contrôle de la DGCCRF et au pouvoir de sanction de la commission nationale des sanctions (CNS).

Le Colb rappelle en outre que :

les personnes se livrant habituellement au commerce d’antiquités et d’œuvres d’art, si elles étaient assujetties aux obligations de LCB-FT, ne disposaient pas d’une autorité de contrôle. L’ordonnance n° 2016-1635 du 1er décembre 2016 et le décret du n° 2018-284 du 18 avril 2018 ont remédié à cette faiblesse en désignant la DGDDI comme autorité de contrôle de ces professionnels. A l’issue d’un travail d’échange avec les professionnels ayant conduit à la publication en mai 2019 de lignes directrices conjointes avec Tracfin, et de la réalisation concomitante de son analyse sectorielle des risques, la DGDDI a débuté les premiers contrôles du secteur en juillet 2019.” Le Colb explique aussi que “l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) contrôle régulièrement la tenue du registre des objets mobiliers (ROM) par les professionnels du marché de l’art mettant en vente des biens mobiliers usagés ou d’occasion.”

Le Colb propose la :

limitation de la circulation d’espèces” pour “atténuer les vulnérabilités identifiées” : “Ainsi, un plafond de paiement en espèces de 15 000 euros a été mis en place pour les acheteurs étrangers, qui sont particulièrement nombreux eu égard à la place particulière qu’occupe la France et notamment Paris sur les marchés de l’art et du luxe. Il est encore plus contraignant (1 000 euros) pour les résidents français.”

De plus, le même Colb rappelle que :

les réglementations européenne et nationale en matière d’importation et d’exportation de biens culturels, dont les manquements sont contrôlés par la DGDDI, permettent par ailleurs d’atténuer la vulnérabilité liée au caractère transfrontalier des secteurs de l’art et du luxe. Dans le secteur de l’art, […] le règlement (UE) 2019/880 du Parlement européen et du Conseil du 17 avril 2019 prévoit la mise en place de licences d’importation pour certaines catégories de biens culturels ayant plus de 250 ans d’âge (règlement applicable à l’horizon 2025). En outre, trois textes juridiques encadrent et permettent de mieux protéger les professionnels et le marché national légal de la vente pièces qui seraient issues de pillages ou de fouilles illégales : obligation que les pièces soient sorties d’Irak avant le 6 août 1990, sorties de Syrie avant le 9 mai 2011, et pour les objets issus de théâtres d’opérations de groupement terroristes, nécessité de justifier la licéité de l’origine du bien sous peine de poursuites pénales.”

Enfin, les mesures les plus récentes (2016) explicitées par le Colb sont aussi les plus “dures” :

Dès 2016, des mesures pénales ont été également prises pour lutter contre le trafic des biens culturels et le financement du terrorisme. L’article 322-3-2 du code pénal réprime les transactions des biens provenant des territoires assujettis à des groupements terroristes en imposant une justification de la licéité de l’origine de ce bien. Les articles L. 111-8 et L. 111-9 du code du patrimoine interdisent et sanctionnent également l’importation de biens culturels notamment en provenance d’Irak et de Syrie.”

Conclusion

Le trafic d’œuvres d’art, ou “antiquités de sang”, par l’OEI entre 2014 et 2017 a donc représenté la deuxième source de financement pour le groupe terroriste et son proto-État. A l’aide de réseaux souvent purement criminels et sans davantage d’allégeance idéologique que celle de l’appât du gain, l’OEI a pu “inonder” l’Europe en particulier, du fait de sa proximité géographique avec les territoires contrôlés par le “Califat”, d’œuvres d’art pillées. Ce trafic avait autant pour objectif de financer directement l’OEI que de blanchir son “argent sale”.

Les institutions européennes, les pays européens, et en particulier la France, ont relativement rapidement pris la mesure du problème.

Les services français dédiés à la LFT-BC ont émis un certain nombre de recommandations et de mises en garde pour s’attacher à lutter contre ce phénomène. Le code pénal français a notamment été modifié pour y intégrer la répression de l’importation de biens en provenance de territoire contrôlés par des groupes terroristes similaires à l’OEI.

Lettre de la Sécurité Intérieure n°9 – Mai 2024

By Dossiers LSI

Actualité du CRSI, Enjeux de sécurité et de souveraineté, Dossier sur la cybersécurité


Chers amis,

Alors que nous terminons ce nouveau numéro de notre LSI, le jeune Matisse, 15 ans, était assassiné à Châteauroux de 5 coups de couteau par un jeune afghan connu de la justice pour des précédents violents.

Ce nouveau drame illustre la hausse continue des violences graves commises dans notre pays, en particulier par les étrangers et par les mineurs. Il s’agit d’une tendance de fond qu’il est urgent d’enrayer par la mise en œuvre d’un véritable choc d’autorité coordonné par l’Intérieur et la Justice.

S’il était encore besoin de s’en convaincre, nous publions la compilation édifiante des principaux faits commis en France entre le 1er janvier et le 30 avril.

Pour nourrir la réflexion, vous trouverez dans cette lettre une tribune passionnante du constitutionnaliste Jean-Éric Schoettl “Un sursaut d’autorité pour combattre l’ensauvagement ?”.

Le dossier de ce numéro est consacré à la cybersécurité, sujet majeur s’il en est, tant le domaine cyber constitue à la fois l’artère qui irrigue le fonctionnement de notre société, et son tendon d’achille.

Vous retrouverez également les actualités du CRSI pour ces deux derniers mois ainsi que nos réflexions habituelles avec en particulier une analyse du bilan sénatorial des émeutes de l’été 2023.

Le CRSI continue à se développer, et je remercie vivement ceux qui y contribuent.

Thibaut de Montbrial

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