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L’IA dans tous ses états

By Publications, Numérique

Vulgarisation de l’intelligence artificielle pour en comprendre son fonctionnement

Par Dr. Cyril-Alexandre Pachon,

*Cyril-Alexandre Pachon est docteur en Informatique, Systèmes et Communication. Pendant ses premiers travaux de recherche, il contribue à la normalisation des tests automatiques de conformité et de robustesse. Il effectue les premières recherches et résultats au sein d’actions spécifiques du CNRS sur la sécurité des systèmes logiciels. Ses présentations exposent des solutions sur les politiques de sécurité et la détection d’erreurs en présence d’aléas. En 2020, il devient directeur des études et directeur du cursus IA à l’école Hexagone. Ce cursus se compose des métiers en Data analyste, Data scientiste, Architecte Machine Learning et Architecte Deep Learning.

 

L’informatique, en constante évolution, se place au centre de notre société moderne. Ses sphères sont la programmation, les bases de données, les réseaux, l’intelligence artificielle, la cybersécurité, la cyberdéfense et bien d’autres. L’axe de travail de l’informatique est de transformer des données en une information numérique exploitable. Son utilisation se retrouve dans les métiers de la santé, la finance, la sécurité, les technologies de l’information, l’éducation, les ressources humaines, le tourisme, l’hôtellerie, le transport, la logistique, le divertissement, les arts, la culture et bien d’autres.

 


Cadre général

Pour offrir un premier cadre général, l’environnement de développement en informatique est une discipline constituée, de données (numériques ou analogiques), dont les informations calculées ou produites sont stockées en masse (Big Data), et d’instructions de traitements (programmes, applications, systèmes, apprentissage automatique, Internet des objets, …). Pour le décrire, il représente un ensemble de techniques et de méthodes pour traiter et simuler notre monde réel. Pour déployer les modèles automatiques, la principale clef est de disposer de données fiables contrôlées et protégées pour en exploiter les informations : 

  • Les données : Il s’agit de valeurs brutes, de chiffres, de textes, d’images, de sons, … pas encore été traités. Les données sont structurées (bases de données, tableaux, …) ou non structurées (textes, images, sons, …).
  • Les informations : Il s’agit de résultats produits après le traitement sur les données. Elles ont du sens et deviennent utiles pour une prise de décision. Par exemple, une simple série de mesures numériques (données) s’analyse par traitement pour déterminer une tendance climatique (information).

Principes généraux de l’IA

L’Intelligence Artificielle (IA) est une des branches de cette informatique. Ses développeurs en Data science s’efforcent de reproduire, d’extraire et de construire avec des modélisations (équation, mécanique, physique, comportement, concept, etc.) des actions « réelles » et/ou « usuelles » à partir de données. Les modèles d’IA deviennent les architectures et les données deviennent ses caractéristiques.  

Aujourd’hui l’IA se retrouve au quotidien dans nos vies (visible ou cachée). Par conséquent, existe-t-il plusieurs IA ? Comment la définir ? Est-elle sécurisée ? Influence-t-elle nos modes de vie, nos pensées ? Qu’attendre du futur en termes d’IA ? 

Un premier modèle d’apprentissage automatique est une architecture d’IA supervisée (Machine Learning) formée à partir d’un ensemble de données (caractéristiques) et de cibles étiquetées connues. Ce modèle mathématique s’attarde à construire les liens fonctionnels entre les entrées et les cibles, pour en prédire les sorties connues (par exemple reconnaître des animaux, des objets, …). Les principaux composant et étapes sont :  

  • Collecte des données et cibles étiquetées, nettoyage des données.
  • Entraînement : Algorithmes et modèles (analyses statistiques, calculs de distances, simulations, …) pour transformer les données en informations utiles pour définir l’IA. 
  • Évaluation : Ensemble de tests pour vérifier la capacité de l’IA à prédire correctement les résultats.
  • Visualisation des informations : Sous forme de graphiques, de tableaux pour faciliter la compréhension et l’utilisation des résultats.

Un deuxième modèle d’apprentissage automatique est une architecture d’IA non supervisée (Deep Learning) utilisant des modèles et des techniques pour apprendre seule à partir de données sans cibles et étiquettes définies. L’architecture cherche seulement à identifier des structures ou des motifs cachés dans les données pour les classer. Les principaux composants et étapes sont :

  • Collecte des données d’entrée : Venant du Web scraping (données du web),  des sondages et questionnaires, des demandes auprès d’utilisateurs, des vidéos, des jeux vidéo, des capteurs et en quelque sorte toutes les données existantes dans l’environnement pour l’IA. 
  • Nettoyage des données : Avec expertise pour éliminer les doublons, gérer les valeurs manquantes et corriger les erreurs.
  • Normalisation/Standardisation : Avec expertise pour ajuster les échelles des variables pour éviter que certaines caractéristiques dominent.
  • Entraînement : Avec expertise pour sélectionner et implémenter un algorithme approprié avec identification et extraction des caractéristiques pertinentes pour construire l’architecture.
  • Évaluation de la performance des résultats : Pour interpréter les résultats pour comprendre leur signification dans le contexte du problème.

Pour aller plus loin, un réseau de neurones est utilisé pour avoir plus de précisions dans les systèmes automatiques. Il s’agit d’une architecture inspirée du cerveau humain capable d’apprendre des représentations complexes, classification d’images, traduction automatique, etc.

Modèles d’IA

Chaque modèle d’IA a ses propres caractéristiques, avantages et inconvénients, et le bon choix dépend de la nature des données et de la tâche à accomplir. Il n’existe pas un seul « meilleur » modèle d’IA pour détecter et contrer les intrusions dans un réseau. Il dépend de plusieurs facteurs, notamment la nature du réseau, le type d’attaques visées, et les ressources disponibles :

  • Détection des intrusions : Les IDS (Systèmes de Détection d’Intrusions) utilisent des modèles d’apprentissage automatique pour identifier les comportements anormaux ou malveillants sur un réseau. Ils analysent des volumes de données en temps réel pour détecter des menaces potentielles.
  • Analyse des malwares : L’IA est utilisée pour analyser et classifier des fichiers suspects. Des modèles de machine Learning sont formés pour reconnaître des signatures de malwares connus et des comportements anormaux indiquant une nouvelle variante de malware.
  • Phishing et fraude : L’IA analyse les e-mails et les sites web pour détecter des tentatives de phishing. Ces systèmes évaluent les caractéristiques textuelles, les liens et d’autres facteurs pour identifier les menaces.
  • Automatisation des réponses aux incidents : L’IA automatise certaines réponses aux incidents de sécurité, comme pour identifier rapidement des menaces et déclencher des actions correctives.
  • Analyse prédictive : L’IA analyse les données historiques pour prédire des attaques futures ou des vulnérabilités potentielles. Les entreprises peuvent ainsi prendre des mesures proactives pour renforcer leur sécurité.
  • Gestion des identités et des accès : L’IA est utilisée pour surveiller les comportements des utilisateurs et détecter des anomalies qui pourraient indiquer un accès non autorisé ou un compte compromis.
  • Sécurité des IoT (Internet des objets) : Avec l’augmentation des dispositifs connectés, l’IA est utilisée pour surveiller et sécuriser les réseaux IoT, en détectant des comportements suspects ou des vulnérabilités.

Problèmes et enjeux posés par l’IA

Enfin, l’IA soulève certains problèmes et enjeux qui peuvent être classés en plusieurs catégories :

Éthique et biais :

  • Biais algorithmique : L’IA reproduit ou amplifie des erreurs présentes dans les données d’entraînement, facilitant des discriminations envers certaines populations.
  • Transparence : La décision prise reste opaque, rendant difficile la compréhension et l’évaluation des processus décisionnels.
  • Responsabilité : Qui est responsable des erreurs ou des préjudices causés par des systèmes d’IA ? La question de la responsabilité légale reste complexe.

Cyberattaques :

  • L’IA peut être utilisée pour mener des cyberattaques, rendant la sécurité informatique encore plus complexe.

Manipulation et désinformation :

  • Deepfakes : La capacité de créer des contenus vidéo et audio falsifiés pour manipuler l’opinion publique et diffuser de fausses informations.
  • Propagation de la désinformation : Les algorithmes peuvent favoriser la diffusion de contenus trompeurs ou biaisés sur les réseaux sociaux.

Développement soutenable :

  • Consommation énergétique : Les modèles d’IA basés sur les modèles d’apprentissage, peuvent nécessiter une grande quantité d’énergie, soulevant des préoccupations environnementales. 
  • Exploitation des ressources : Le développement de l’IA entraîne une exploitation accrue des ressources naturelles.

Inégalités technologiques :

  • Accès inégal à la technologie : Les pays et les communautés sans accès aux technologies d’IA peuvent être en difficultés, accroissant les inégalités existantes.

Ces problèmes nécessitent une attention continue, des discussions éthiques et des réglementations adaptées pour maximiser les avantages de l’IA tout en minimisant ses risques et ses impacts négatifs.

 

Vivre avec l’IA

Pour conclure, l’impact de l’IA se fait sentir dans presque tous les aspects de la vie moderne. À mesure que la technologie continue d’évoluer. L’importance de l’informatique et des informations qu’elles produisent ne feront qu’accroître, posant à la fois des opportunités et des défis à relever.

En reprenant les questions posées, oui, il existe plusieurs IA. Elles se définissent en fonction des demandes. Elles sont sécurisées dans la mesure du possible, mais il faut renforcer les protections. Elles influencent nos modes de vie, nos pensées, nos emplois. Il faut attendre que dans le futur les IA prennent encore plus d’importance et qu’il faudra vivre avec.

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Les câbles sous-marins de télécommunications

By Publications, Numérique

Les câbles sous-marins de télécommunications

Par Bruno Mahieux

 

Un domaine d’excellence française

La France, au travers de l’Agence de Participation de l’Etat (APE), a annoncé fin juin 2024 le rachat de 80 % du capital d’Alcatel Submarine Networks (ASN) à NOKIA. Le coût de l’opération est estimé à 350 millions d’Euros dette comprise, pour un chiffre d’affaires d’environ 1,1 milliards d’Euros. L’opération devrait être bouclée d’ici la fin de l’année 2024. Cette acquisition met fin à une décennie de renoncements et d’hésitations coupables.1 C’est une excellente nouvelle pour la souveraineté numérique de notre pays et pour sa capacité de déploiement des infrastructures numériques du futur.

Avec le rachat d’ASN, la France se dote d’une capacité industrielle de conception et de fabrication de câbles sous-marins et renforce sa capacité de pose et de maintenance de câbles avec 7 navires supplémentaires, complétant ainsi la flotte d’Orange, qui dispose de 6 navires câbliers pour déployer et maintenir les câbles sous-marins des infrastructures réseaux qu’il opère et un navire de reconnaissance supplémentaire pour l’étude des fonds.2

Avec ASN et Orange Marine, la France se positionne ainsi parmi les leaders mondiaux du câble sous- marins, aux côtés du Royaume-Uni, des États-Unis et du Japon, en disposant d’une capacité de bout en bout permettant de concevoir, de produire et de déployer les câbles, puis de les maintenir et les réparer avec l’aide d’une flotte de 14 navires, la première flotte au monde en la matière.3

 

Un marché en forte croissance

Les câbles de télécommunications sont présents dans les fonds marins depuis l’installation du premier câble télégraphique transatlantique au milieu du 19e siècle. Jusqu’au milieu des années 2000, la pose et le contrôle des câbles sous-marins était principalement assurés par les opérateurs téléphoniques, regroupés sous forme de consortiums. Initialement constitués de paires de cuivre pour véhiculer les appels téléphoniques, les câbles sont de nos jours constitués de paires de fibre optique, les technologies les plus récentes permettant de véhiculer jusqu’à 400 Térabits de données par seconde dans un câble pas plus épais qu’un tuyau d’arrosage.

Aujourd’hui on estime que plus de 90 % du trafic mondial d’internet passe encore par les câbles sous- marins, le reste des communications mondiales passant par la voie satellite.

Ces câbles sont posés au fond des mers et océan à l’aide de navires câbliers. Dans les zones à faible profondeurs, les câbles sont enfouis pour éviter leur dégradation par des chaluts ou par des ancres marines. Dans les zones de grands fonds, les câbles, protégés par une armure simple ou double, sont simplement posés sur le fond.

Les infrastructures de télécommunications sous-marines sont conséquentes : Il y aurait environ 450 câbles déployés sur la planète, selon les statistiques disponibles, tous les câbles n’étant pas répertoriés pour des raisons de sécurité défense. Les câbles sous-marins représentent une longueur cumulée d’environ 1,3 millions de kilomètres, soit 32 fois le tour de la Terre. L’Europe est de loin la région du monde la plus active en matière de projets de déploiements de câbles, avec près de 77 nouveaux câbles déployés entre 2010 et 2023. Ce chiffre est à comparer avec les 45 câbles déployés sur l’Amérique du Nord, 44 au moyen Orient et Afrique du Nord , 30 câbles déployés vers l’Afrique sub saharienne et 28 câbles vers l’Amérique Latine, 7 en Europe de l’Est.4

Sous l’effet de l’évolution de nos usages numériques, et en particulier de l‘émergence du télétravail, la digitalisation des entreprise et l’explosion du streaming video, le rythme de déploiement s’est accéléré : près de la moitié des câbles sous-marins ont été déployés au cours de la dernière décennie et ces chiffres augmentent régulièrement depuis 2020.

Les GAFAM se sont imposés sur ce marché en forte croissance en investissant dans leurs propres câbles pour interconnecter leurs centres de données partout dans le monde, ils détiennent ainsi un meilleur contrôle de leurs services et s’affranchissent progressivement des opérateurs de télécommunications. Aujourd’hui environ 70 % des projets sont financés par Google ou Facebook. Plus de 40 câbles sous- marins seront détenus partiellement ou totalement par les Hyperscalers d’ici la fin 2026.

 

Des infrastructures d’importance vitale

Ces infrastructures sous-marines, par définition invisibles, sont méconnues du grand public mais également de beaucoup de nos dirigeants. Pourtant, le rôle primordial des câbles sous-marins dans le déroulement des opérations commerciales, financières, militaires, administratives ou même individuelles fait de ce réseau, une véritable infrastructure « d’importance vitale » 5 pour notre économie et notre société.

Dans le contexte géopolitique actuel et compte tenu de la dépendance croissante de notre société au numérique, les câbles sous-marins constituent un point de vulnérabilité de notre économie et de notre société. L’attaque contre les gazoducs Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique, en septembre 2022 a démontré que les conflits futurs peuvent se jouer aussi via les infrastructures sous-marines.

Le renforcement de la sécurité des infrastructures sous-marines commence avec la multiplication des routes pour des questions de redondance et donc de résilience des réseaux, en cas de détérioration ou de destruction des câbles sous-marins.

La seconde priorité est le renforcement des capacités de réparation et de maintenance des câbles sous- marins, avec une flotte de navires câbliers capable d’intervenir 365 jours par an, partout sur les mers du globe, et dans des délais courts.

Aujourd’hui 95 % des incidents sont causés par des chaluts ou par des ancres marines, ou par des tremblements de terre. La plupart des coupures se produisent près des côtes, là où le trafic maritime est plus important et où l’eau est moins profonde.

Mais le point le plus vulnérable des réseaux de câbles sous-marins sont les parties terrestres de l’infrastructure. En effet, lorsque les câbles atteignent la surface après leur long parcours sous-marin, ils rejoignent une « station d’atterrissement » sur la côte.

Pour un acteur malveillant, l’intérêt d’une attaque physique sur les stations d’atterrissement est très grand : ces sites concentrent un nombre important de câbles en leur sein, créant une possibilité de frappe aux conséquence multiples en une seule attaque.

Les risques sont multiples : Attaque par explosifs ou assauts armés sur le bâtiment, sabotages des équipements ou du générateur d’énergie, offensives indirectes par interruption du courant.

Autre sujet de préoccupation, les câblo-opérateurs utilisent de plus en plus des systèmes de gestion à distance pour leurs réseaux câblés. Les propriétaires de câbles les plébiscitent car ils leur permettent de faire des économies sur les coûts de surveillance et de maintenance. Cependant, ces systèmes ont une sécurité médiocre, ce qui expose les câbles à des risques de cybersécurité.

 

Un enjeu de sécurité et de souveraineté

Loin d’être des infrastructures neutres, les câbles sous-marins doivent être mise sous haute surveillance. Il est nécessaire d’en repenser la sécurité et d’assurer ainsi sa résilience. En effet, une défaillance des infrastructures de télécommunications aurait automatiquement un impact sur de nombreuses infrastructures critiques (électricité, pétrole, gaz, eau…) en raison de l’inter-dépendance entre les réseaux.

Dans un contexte d’accroissement des tensions internationales, la Commission Européenne s’est emparée du sujet et a publié un ensemble de recommandations pour assurer la sécurité et la résilience des câbles sous-marins.6 Ce document s’est inspiré des programmes américain et japonais, en visant à l’augmentation des opérations de dissuasion des attaques de ces infrastructures et au développement d’une capacité de construction et de réparation à la hauteur des enjeux, facilité par une meilleure coopération entre états et un financement privé des projets jugés les plus stratégiques.

La France peut jouer un rôle majeur dans ce domaine et plusieurs mesures sont envisageables à très court terme pour renforcer le leadership français :

  • Avec deux acteurs majeurs que sont Orange Marine et ASN, la France dispose d’une opportunité unique de dominer le marché des câbles sous-marins. La fusion des activités d’Orange Marine et d’ASN permettrait de maîtriser la chaîne de valeur complète et de créer une flotte de câblier incomparable, représentant plus de 30 % de la flotte mondiale. Au-delà de la capacité à optimiser les plans de charges de la flotte de navire, une telle flotte représenterait la meilleure assurance face aux risques de sabotage potentiel.
  • Un autre signe du leadership de la France dans le domaine des câbles sous-marins est l’importance du territoire français pour l’arrivée de câbles La France est le point d’entrée de la plupart des câbles reliant l’Europe au reste du monde : Marseille, par exemple, a su s’imposer comme le principal point d’entrée de la Méditerranée pour les câbles sous-marins, loin devant les autres villes méditerranéennes. C’est en facilitant la construction de Data Center à proximité des points d’atterrissage des câbles transatlantiques et en allégeant les démarches administratives nécessaires que la France conservera son attractivité et restera un point d’atterrissement majeur des câbles sous-marin.

 


Sources

1 En 2016, la France avait abandonné l’activité de câble d’Alcatel Submarine Networks dans le cadre de la vente d’Alcatel Lucent à Nokia, avec la bénédiction d’Emmanuel Macron, alors Ministre de l’économie. L’état avait ensuite envisagé, en 2019, de faire racheter ASN au travers d’Orange Marine, sans succès.

2 Orange est le seul opérateur européen de télécommunications à avoir gardé sa filiale de navires câbliers. British Telecom et Telefonica les ont vendues et Orange a acquis la filiale que Telecom Italia avait créée.

3 On dénombre actuellement environ 45 navires câbliers, dont 8 au Royaume-Uni et 7 aux États-Unis. Source ICPC.

4 Analysis Mason , Mai 2024 ; un câble connectant plusieurs continents est donc compté plusieurs fois.

5 La notion d’importante vitale s’applique à un « établissement, ouvrage ou installation dont le dommage ou l’indisponibilité ou la destruction par suite d’un acte de malveillance, de sabotage ou de terrorisme risquerait, directement ou indirectement : d’obérer gravement le potentiel de guerre ou économique, la sécurité ou la capacité de survie de la nation ; ou de mettre gravement en cause la santé ou la vie de la population » [Article R1332 1 du code de La Défense)

6 Recommendation on the security and resilience of submarine cable infrastructures – 26.2.2024 C(2024) 1181 final

Les entreprises et professions libérales face à la cybercriminalité

By Numérique

Les entreprises et professions libérales face à la cybercriminalité

Le risque cyber constitue désormais un territoire de délinquance de masse. Il impose aux entreprises d’opérer un changement de paradigme sur le sujet pour se protéger face à cette insécurité de type numérique.

Par Benoît Fayet, membre du comité stratégique du CRSI


Les petites entreprises et les professions libérales, au même titre que les grandes entreprises ou organismes publics détenteurs de données personnelles, sont particulièrement exposées aux risques numériques et doivent en conséquence s’adapter et trouver des solutions pour se protéger de la cybercriminalité. Il s’agit de systématiser la prise en compte de cette menace. Penser son activité professionnelle sans intégrer le risque cyber est désormais l’assurance de conséquences potentiellement dramatiques sur le long terme.

Plus de 6 000 PME françaises victimes de cybercriminalité en 2023

Les entreprises françaises, ETI, PME ou grands groupes, au même titre que des structures publiques (hôpitaux, écoles, …) sont aujourd’hui massivement victimes d’incidents de sécurité informatique.

Plus de 6 000 PME françaises ont été attaquées sur les 12 derniers mois.

Des données sans doute minorées, pour 1 cyberattaque déclarée auprès des services de police, il y aurait plus de 50 cyberattaques en réalité, tentées ou réussies.

Les conséquences sont désastreuses puisque 60% des entreprises victimes de cybercriminalité déposent le bilan dans les 6 mois. Il est donc nécessaire que les entreprises prennent conscience du risque cyber, sans attendre de se faire attaquer pour réagir.

La cybercriminalité, un “marché” structuré et organisé

Le “marché” de la cybercriminalité s’est en effet considérablement transformé et structuré depuis quelques années. 70% des infractions “cyber” sont liées à des escroqueries, 25% sont liées à l’image et à la vie privée (cyber harcèlement, pédopornographie, etc.) et 5% sont véritablement du hacking, émanant de professionnels généralement liées à des attaques organisées par des groupes, voire des États dans un marché ou le caractère international des attaques est de plus en plus prégnant.

Désormais en effet, des groupes de cybercriminels sont constitués en véritables entreprises avec des stratégies et des objectifs pour réaliser un chiffre d’affaires et faire fructifier leurs activités. Aussi, ces cybercriminels visent ils en priorité les entreprises de taille moyenne du fait de leurs vulnérabilités avec de la donnée sensible qu’il est possible de faire “fuiter” et essentielle au bon déroulement des activités de ces entreprises sans laquelle elles pourraient être paralysées et qui sont donc des leviers pour les faire “chanter”. Les données médicales sont par exemple les données les plus lucratives pour les cybercriminels avec le coût d’un dossier médical pouvant atteindre 350 dollars sur le darkweb.

De plus, le risque cyber a été particulièrement renforcé avec la crise sanitaire. Le confinement a contraint les entreprises à laisser leurs salariés accéder aux réseaux internes depuis des appareils personnels, sans que ces réseaux n’aient été durcis en conséquence. Plus généralement, les entreprises payent aujourd’hui le prix d’une accélération de la digitalisation de la société alors même que leurs environnements informatiques se sécurisent peu à peu.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que ces environnements sont de plus en plus interconnectés, générant des quantités de données qui sont autant de cibles. Les cybercriminels surfent aussi sur les nouvelles technologies qui leur offrent des opportunités comme le cloud qui a vu le nombre d’attaques contre ces serveurs doubler en 2023. L’intelligence artificielle est aussi un facteur de risque avec des technologies facilitant la tromperie des entreprises sur des périmètres de plus en plus large (clonage vocal, pretexting, …).

Des réponses possibles face à la cybercriminalité

1. Un enjeu clé de souveraineté qui engage une réponse étatique

En France, la cybercriminalité est prise en compte depuis la loi informatique et libertés (1978) et encadrée par un dispositif juridique prévoyant des peines allant jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.

La France dispose de plusieurs structures dédiées à la répression de la cybercriminalité au sein d’un dispositif de défense de qualité mais morcelé et complexe. Il y a l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC) au sein de la Police judiciaire, le Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) au sein de la Gendarmerie nationale ou encore la Brigade d’enquête sur les fraudes liées aux technologies de l’information (BEFTI) au sein de la préfecture de police de Paris auquel s’ajoute l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) qui pilote la stratégie de défense et de sécurité des systèmes d’information de la France. Un dispositif national d’assistance aux victimes de cybercriminels existe également (cybermalveillance.gouv.fr) permettant de les aider dans leurs démarches et proposant des programmes de formation (SensCyber).

2. Un enjeu clé pour les entreprises qui disposent de solutions pour se protéger

Les entreprises et professions libérales hébergent des données particulièrement recherchées par des cybercriminels qu’ils pourront revendre. Il s’agit de données dites sensibles, au sens du RGPD. Dans le cas d’un cabinet d’avocats, ces données peuvent être celles d’entreprises clientes couvertes par le secret des affaires (savoir-faire industriel, technique ou technologique, brevet ou marque, fichiers clients, activités commerciales, …). Il peut s’agir aussi de données personnelles confiées en vue d’une action en justice (données médicales, données d’identité, données financières, données liées à des activités professionnelles, …) qui sont des informations recherchées pour servir ensuite à des infractions liées à des usurpations d’identité.

Les actions de prévention ou de limitation des impacts

La plupart des infractions cyber peuvent être évitées, en mettant en place des systèmes de prévention. La cybersécurité d’une entreprise doit reposer sur les axes suivants :

  • Mettre en place des dispositifs amont de sécurité informatique.
  • Réaliser un audit de sécurité et une analyse des risques par un prestataire de service spécialisé.
  • Identifier si  sa  structure  dispose d’informations sensibles, s’interroger sur l’endroit où sont stockées les données, …
  • Identifier les données sur lesquelles la structure a des obligations de protection et de gestion aux termes du RGPD
  • Evaluer la sécurité informatique des données utilisées et des équipements informatiques (stockage, propriété des informations, outils type messageries, etc.).
  • S’appuyer sur l’audit pour mettre en place un dispositif de protection.
  • Mettre en place des outils numériques sécurisés garantissant la sécurité des données et des échanges au sein de sa structure et vers l’extérieur.
  • Mettre en  place  des  dispositifs  de protection qui permettent en cas d’attaque de revenir rapidement à une situation acceptable (sauvegarde et back-up de ses données essentielles, plan de continuité de l’activité informatique,…).
  • Mettre en place au sein de son organisation des actions de sensibilisation et de formation des collaborateurs sur des règles d’hygiène numérique (parcours proposés par l’ANSSI, la CNIL, …).
  • Intégrer le risque cyber dans les budgets pour l’achat de logiciels de protection, de matériel, mais aussi pour les moyens humains ou de formations pour mener les actions évoquées de formations ou les plans de prévention.

Les actions en réaction à une attaque

En réponse à une attaque, plusieurs points clés sont à retenir, autour des actions suivantes :

  • Signaler rapidement les faits auprès des services de police et systématiquement porter plainte.
  • Communiquer en transparence et rapidement aux enquêteurs toute trace ou preuve numérique que le cybercriminel aurait pu laisser comme sur une scène “physique” de crime.
  • Solliciter le dispositif cybermalveillance.gouv.fr et se faire aider par des prestataires spécialisés pour mettre en place les actions de relance de l’activité.
  • S’appuyer sur les liens existants à un niveau interprofessionnel (CGPME ou MEDEF, CNB,…) avec les structures type ANSSI afin de remonter les incidents.

En conclusion, les cyberattaques spectaculaires et médiatisées contre les infrastructures sont les prémices de difficultés voire de catastrophes qui peuvent désormais frapper tous les acteurs économiques privés. Compte tenu des enjeux attachés à leur secteur d’activité, les entreprises et professions libérales sont autant exposées que les autres. Il incombe donc à chacun de s’organiser en conséquence et de s’y préparer, avec l’aide de spécialistes, via des plans de prévention de hauts niveaux et surtout en éduquant chacun des collaborateurs des entreprises concernées. La première faille est humaine, et chacun doit être responsabilisé.

Intelligence artificielle et cyber-conflictualité

By Numérique

Intelligence artificielle et cyber-conflictualité

Depuis novembre 2022 et la sortie de ChatGPT 3, l’IA suscite un intérêt passionné – mais aussi teinté d’inquiétude – dans les médias, le grand public et le monde économique. Jamais une innovation ne s’était diffusée aussi vite : le million d’utilisateurs était atteint en cinq jours, les cent millions en moins de deux mois. Un débat mondial s’engageait à son égard.

Par Colomban Lebas, agrégé d’histoire et géographie, docteur en science politique.


Quelques mois après le lancement public de ChatGPT 3,5, apparaissait une version augmentée, ChatGPT 4, ce qui semblait impliquer une dynamique de progression très ascendante – à rapprocher de la loi de Moore, ininterrompue depuis les années 50, et prévoyant le doublement des capacités de calcul des circuits intégrés à base de transistors tous les 18 mois environ. Bientôt des entrepreneurs et des chercheurs de haut niveau s’inquiétaient d’une possible perte de contrôle du destin de l’humanité, au cas où les IA atteindraient trop vite et sans précaution un niveau d’intelligence apparente dépassant celui d’un humain convenablement éduqué (La fameuse AGI)…

Une telle rupture technologique n’aurait-elle pas inévitablement un impact significatif sur les équilibres régnant au sein du cyberespace en particulier matière de rapport offensive-défensive ?

Après un bref commentaire des performances actuelles des grands modèles de langage de type GPT, Gemini ou Claude, nous tenterons de mettre en évidence la manière dont ces IA pourraient transformer les pratiques ayant cours dans le champ de la cyberconflictualité.

Si à moyen/long terme, l’apparition d’IA à aux performances décuplées, capables de dépasser l’humanité   dans   nombre   de   tâches quotidiennes, constitue sans nul doute une rupture anthropologique profonde – car facteur  d’accélération  du  progrès techno-scientifique et porteuse de mutations qui affecteront l’ensemble des domaines d’activité – il convient néanmoins de resituer à sa place exacte la percée technologique en cours.

Les IA comme ChatGPT fonctionnent sur la base de grands modèles de langage (LLM), capables de sélectionner à partir d’une amorce textuelle les contenus les plus plausibles, sur la base d’un entraînement préalable supervisé portant sur un gigantesque corpus de données issues de la sphère numérique et tirant parti d’algorithmes probabilistes sophistiqués. La performance du système repose sur la capacité à effectuer massivement des calculs dans des délais de plus en plus brefs. Ce qui, incidemment, posera à terme d’importants problèmes énergétiques. Notons qu’en aucun cas les LLM (Large Language Models) ne comprennent ce qu’ils font. Il s’agit de simples programmes informatiques, agissant de manière purement mécanique.

A noter également que ces dispositifs ne constituent que l’une des manières de progresser en matière de simulation des intelligences humaines. Des voies alternatives sont possibles, et il est tout à fait plausible qu’à moyen/long terme, le progrès en IA emprunte d’autres chemins que celui des LLM. Toujours est-il que ce sont ces IA à base de LLM qui sont aujourd’hui à la disposition du grand public. D’utilisation assez simple, elles sont intrinsèquement reliées – par leurs modalités d’entraînement et de fonctionnement – au cyberespace, milieu en proie à une intense conflictualité dont l’origine et les modalités sont très diverses : rançonnage, intrusions, prises de contrôle hostile, acquisition de renseignement, opérations d’influence, déstabilisation du système de défense de l’adversaire…

Examinons désormais en quoi les IA contemporaines, fondées sur l’apprentissage supervisé et /ou automatique, type ChatGPT et concurrents, sont-elles susceptibles, aujourd’hui et dans l’avenir proche, de modifier les termes de la conflictualité dans le cyberespace ?

La sphère numérique se caractérise par sa très forte évolutivité. Le cycle de vie des outils qui y permettent l’action est en effet extrêmement court. Dans ce monde opaque et changeant, l’agilité des postures est le maître-mot. D’où l’avantage donné à l’offensive sur la défensive. D’où également la supériorité de principe des défenses mobiles sur les défenses statiques ou périmétriques. Dans ce cadre, l’usage d’outils d’attaque ou de défense fondés sur l’IA y apparaît a priori fort utile. Cette sphère est par ailleurs transversale à tous les autres milieux physiques d’action : terre, air, mer, espace,… d’où un important potentiel, hors-cyber (actions parfois qualifiées de “cinétiques”).

Le coût d’accès à la sphère cyber est par ailleurs très faible, tandis que se développent des outils d’IA généralistes quasi-gratuits. Alors qu’à l’inverse, les effets d’une attaque cybernétique peuvent procurer des gains considérables, comme par exemple la création d’une nouvelle configuration  du  champ  de  bataille, structurellement favorable, sans même avoir physiquement combattu,… ce qui, dans la perspective de penseurs comme Sun Tzu, établirait une situation stratégique “idéale”.

Cette sphère numérique est enfin le milieu où il est aujourd’hui le plus aisé aux IA de type LLM d’opérer,… en attendant la généralisation de leur appariement avec des agents physiques artificiels qui permettront de disposer de robots pleinement insérés dans la sphère matérielle, et pourtant dotés de la même quantité d’intelligence que ChatGPT 4 , 5 ou ses successeurs…

Il faut donc s’attendre dans les années qui viennent à un recours massif aux techniques d’IA dans la cyberconflictualité, qu’il s’agisse d’actions sur la couche sémantique, sur la couche logicielle, ou bien même sur la couche physique.

Il en sera ainsi, par exemple, des opérations de cyber-influence, qui seront de plus en plus friandes en outils à base d’IA.

  • Dans le cadre d’une opération d’influence, intervenant sur la couche sémantique, L’IA permettra de créer très vite des agents conversationnels de propagande diffusant des contenus biaisés, ou bien comportant des informations volontairement erronées. L’automatisation par l’IA permet de créer massivement de tels agents, entraînant un effet de masse et saturation du “marché idéologique” susceptible de susciter massivement de fausses perceptions : théories complotistes, ou bien, au cours d’un conflit, impression que l’on perd alors que dans la réalité on progresse, etc.
  • Le recours à des IA à des fins de persuasion peut s’avérer très productif car les LLM les plus performants s’avèrent dès aujourd’hui plus convaincants qu’un  humain réel. Les IA récentes sont par ailleurs plus empathiques que ces derniers.
  • De plus en plus, L’IA permettra de diffuser massivement et de manière toujours plus crédibles, des fausses images, de faux fichiers vocaux, de fausses vidéos, de fausses interviews, même si certaines IA pourraient inversement s’avérer performantes dans le repérage des “fakes”.
  • L’IA permettra d’aller toujours plus loin dans l’hyper-personnalisation des contenus, affinant d’autant les techniques de manipulation de masse.
  • Le recours à des agents conversationnels à base d’IA performantes peut être utile pour effectuer des tâches de renseignement comme le repérage et la priorisation de cibles en vue d’opérations ultérieures, y compris dans la sphère Dans tous les cas, l’IA pourra être mobilisée pour repérer le plus rapidement et le plus exhaustivement possible l’ensemble optimal des cibles à soumettre à une attaque cyber donnée, par exemple dans le cadre d’une opération d’intrusion et de vol de données ou bien d’influence. Des techniques comme l’eye tracking, la reconnaissance des émotions, le neurohacking ou bien la détermination de patterns de comportement à travers l’exploitation d’objets connectés à diffusion aujourd’hui exponentielle, peuvent être mobilisées pour affiner la connaissance de la cible. Elles faciliteront sa manipulation ultérieure : captation d’attention, exploitation rationnelle des circuits de la récompense… les leviers à disposition sont nombreux et variés !

Hors de la couche sémantique ensuite, l’IA va également être déterminante : au plan logiciel, elle change la donne. Elle met en effet – et elle mettra  toujours  plus – de capacités de programmation automatisées à la disposition de ses utilisateurs.

Autrement dit, il deviendra de plus en plus facile à des pirates, même peu avancés en programmation, de réaliser des outils relativement sophistiqués, et en un temps très bref puisque l’IA code extrêmement rapidement. Le consensus des experts s’attend d’ailleurs à une poursuite de la progression exponentielle des performances des LLM dans les tâches de programmation.

Enfin, au plan des actions offensives matérielles à des fins de perturbation de la couche physique, il est clair que le développement de drones ou de robots d’attaque, dont la part d’autonomie ira croissant en particulier grâce à l’IA, ouvre d’importantes perspectives : des drones, toujours plus denses en outils fondés sur l’IA, pourraient apprendre à perturber le fonctionnement d’infrastructures-clés des réseaux. Par exemple des drones ou robots sous-marins, dopés à l’IA – particulièrement utile ici pour pallier l’opacité du milieu sous-marin vis-à-vis des ondes électromagnétiques, qui rend quasi-impossible leur téléopération sans fil. Ces drones pourraient perturber efficacement et en toute discrétion le fonctionnement de câbles sous-marins.

Inversement, n’oublions pas que l’IA ouvre également d’importantes perspectives en matière de défense cyber : mise au point plus rapide de parades logicielles (antivirus par exemple, patchs correctifs de failles logicielles) en utilisant les capacités de codage rapide de l’IA. L’analyse de la stratégie des attaquants pourra également être facilitée par le recours à l’IA en matière d’observation du comportement de l’adversaire, de détection des intrusions et des manipulations, d’identification des dégradations commises et compréhension générale de la manœuvre et du dispositif d’attaque auxquels on fait face. En cas d’attaque portant sur le capital réputationnel d’un acteur, l’IA rendra la détection des signaux faibles plus aisée et permettra d’engager au plus vite des actions correctives.

En conclusion, les technologies relevant de l’IA modifient considérablement les outils à disposition pour agir dans le cyberespace autant au plan offensif que défensif, et ce, pour les couches tant sémantiques que logicielles ou physiques. La plus ou moins grande maîtrise de ces techniques sera l’un des paramètres décisifs du rapport de force et de la relation offensive/défensive lors des conflits à venir. L’irruption de l’IA grand public accentuera encore la porosité entre sphère civile et sphère militaire dans le cyberespace, fragilisera de nombreux États et démocratisera toujours plus l’usage de techniques d’attaques qui autrefois étaient l’apanage d’acteurs chevronnés. Sans une réelle volonté politique régulatrice, dotée de moyens convenablement dimensionnés, il pourrait en résulter une explosion des récits divergents, une prolifération des théories complotistes et une dangereuse relativisation du concept même de Vérité. La maîtrise des technologies fondamentales de l’IA ainsi que la capacité à les appliquer à la sphère militaire et sécuritaire apparaissent donc incontournables pour une puissance comme la France, membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU : il en va de sa crédibilité future et de sa liberté de manœuvre dans le monde complexe et instable du XXIe siècle, qui, sous nos yeux, s’esquisse.

Cybercriminalité, la fin de l’insouciance numérique

By Numérique

Cybercriminalité, le fin de l’insouciance numérique

Après une décennie d’intensification de la cybercriminalité, la sophistication des attaques couplée à la généralisation des usages numériques fait craindre une accélération brutale du phénomène. Or l’imminence des JO, événement planétaire unique, cristallise l’attention de nombreux acteurs. Dans ce contexte, les auteurs proposent un état des lieux des menaces et des parades, illustrées par des exemples frappants. L’article décrypte les profils des attaquants et leurs motivations. Les auteurs plaident pour une formation des décideurs et pour une stratégie de sécurité globale fondée sur des stratégies défensives à la fois centralisées et décentralisées, afin de préserver le numérique comme vecteur de croissance, de souveraineté et de liberté.

Par Antoine Duboscq et Thimothée Demoures, dirigeants de Wimi (suite collaborative française)


Introduction

Dans le panorama contemporain de la sécurité, la cybercriminalité émerge comme une force prédominante caractérisée par son caractère insidieux et son potentiel de destruction massif. Sous l’égide de l’ANSSI (Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information), la surveillance révèle une augmentation régulière des incidents rapportés, témoignant d’une réalité alarmante.

En 2023, on note +22% sur les piratages de comptes ou encore +30% sur les attaques par rançongiciels [1].

Cette tendance lourde soulève des questions pressantes quant à la préparation et à la résilience de nos infrastructures numériques et de nos organisations face à une menace en expansion et en actuellement en forte mutation.

Or, à l’exception des professionnels des systèmes d’informations et des experts en intelligence économique, l’attitude la plus répandue au sujet de la sécurité numérique est jusqu’à présent, une forme d’insouciance numérique. Bien compréhensible en raison de l’expérience quotidienne du numérique, cette posture passive de nombreux décideurs ne disparaît que lorsqu’une menace se matérialise dans leur quotidien, comme cela se produit de plus en plus souvent.

“Jusqu’ici, l’ANSSI se concentrait sur 500 à 700 acteurs régulés: Etat, acteurs liés à la sûreté nationale, opérateurs d’importance vitale+ et de services essentiels. C’est généralement contre eux que se concentraient les attaques. Mais, désormais, les attaquants pêchent au chalut. Il n’y a plus de particuliers, de PME, de collectivités, d’établissements de santé qui puissent se considérer comme à l’abri. (…) On ne peut plus faire l’impasse sur quoi que ce soit. (…) Nous devons complètement changer d’échelle et de manière de fonctionner pour traiter cette menace de masse.” Vincent Strubel, Directeur Général de l’ANSSI [2]

Au-delà des chiffres se profilent des récits poignants d’incursions cybernétiques d’envergure, dont les effets résonnent bien au-delà des sphères virtuelles…

Chacun se remémore l’épisode emblématique du piratage réussi des centrifugeuses nucléaires iraniennes, opéré dans le cadre de l’opération Stuxnet. Ce cyber-assaut, révélé en 2010 et ayant eu lieu en 2001, non seulement entrava les capacités d’enrichissement d’uranium de l’Iran, mais surtout, incarna une démonstration éloquente de la capacité de l’arme cyber à transgresser les frontières du virtuel pour impacter puissamment le monde tangible [3].

Aux Etats-Unis, le pipeline Colonial, pilier vital de l’infrastructure énergétique, fut en 2021 la cible d’une attaque : des cybercriminels exploitèrent une faille dans la sécurité informatique de Colonial Pipeline Company, au moyen d’un logiciel malveillant de type ransomware consistant à bloquer l’accès aux systèmes de l’entreprise. Face à cette menace, fut prise la décision difficile de fermer temporairement l’ensemble de son réseau de pipelines afin de prévenir une propagation ultérieure du malware et d’évaluer l’étendue des dégâts. Cette décision entraîna des répercussions    immédiates sur l’approvisionnement en carburant de la côte Est des États-Unis. Les consommateurs furent confrontés à des pénuries locales de carburant, des files d’attente interminables dans les stations-service et une flambée des prix de l’essence. Les gouvernements locaux furent contraints de prendre des mesures d’urgence, y compris le rationnement du carburant [4].

Ainsi, au sein d’une ère numérique en constante évolution, il devient impératif d’appréhender la nature protéiforme des menaces cybernétiques et d’élaborer des stratégies d’atténuation à la hauteur des défis. Pour y contribuer, nous proposons ici une photographie des diverses manifestations de la cybercriminalité, de leurs répercussions dévastatrices et des mécanismes de défense disponibles. Se former est essentiel pour esquisser les contours d’une réponse collective et éclairée, visant à protéger les personnes et les biens, préserver la continuité de l’action de l’Etat et des acteurs économiques, en un mot garantir la pérennité de sociétés toujours plus interconnectées.

Dans cette optique, les deux tableaux ci-dessous se proposent d’examiner les diverses formes de cybercriminalité. Y sont listées menaces, typologie des attaquants et exemples historiques évocateurs.

1/ Les attaques

Pour les décideurs la première étape consiste à se familiariser avec les différents types d’attaques. C’est la raison pour laquelle nous avons conçu ce tableau de synthèse à partir de diverses sources. Le tableau offre une vue panoramique des 10 principales menaces de cybersécurité, regroupées en 4 catégories.

Pour chaque menace, nous indiquons la définition communément admise, les mobiles principaux des attaquants ainsi qu’un exemple, qui peut être approfondi à travers les liens vers les articles sources.

2/ Les attaquants

Les attaquants sont divers par leurs profils, leurs mobiles et leurs moyens. Nous offrons ici une typologie qui synthétise le point de vue des experts sur ce sujet. A noter, les frontières entre profils sont parfois floues, avec des acteurs ‘entre-deux’. Par ailleurs, certains acteurs agissent sous faux-drapeau, par exemple pour masquer des mobiles étatiques.

La professionnalisation des attaquants

La professionnalisation croissante des cyberattaquants se manifeste par l’adoption de structures organisationnelles similaires à celles des entreprises conventionnelles. Leurs structures se dotent ainsi de départements dédiés à la recherche et développement, aux ressources humaines et au juridique. Cette évolution témoigne de la hausse des profits, illustrée par l’augmentation du nombre et surtout du montant moyen des rançons que les organisations cibles sont prêtes à verser pour récupérer leurs données.

En 2023, selon le rapport de Sophos effectué sur 14 pays [5] , la proportion des rançons supérieures m 1 million de dollars atteint 40%, comparée m 11% l’année précédente.

S’agissant des secteurs et les pays les plus touchés, selon “l’Office of the Director of US National Intelligence”, la recherche de profit guide la stratégie des attaquants, qui privilégient des secteurs comme la défense, les administrations et la communication, ainsi que les régions Amérique du Nord (72% des attaques) et Europe (66%) [6].

Un stratagème puissant : les attaques « dormantes »

Une augmentation significative des cyberattaques d’origine étatique, notamment celles qualifiées de « dormantes », est observée au cours des cinq dernières années selon les données de l’Atlas 2022 de Thalès [7]. Avec ce procédé d’attaque, les cybercriminels implantent discrètement un logiciel malveillant dans le système d’information de l’entité ciblée, pour accéder aux données depuis l’extérieur sans être détectés. Ce stratagème est en particulier prisé pour la mise en place d’opérations d’espionnage à long terme, en visant des dommages élevés. Les attaques dormantes peuvent se dérouler sur des périodes prolongées allant de deux ans à plus d’une décennie. Elles sont favorisées par un contexte d’intégration croissante entre les États et certaines entreprises privées.

Les attaquants s’adaptent…

Parallèlement à leur professionnalisation, les attaquants évoluent constamment pour s’adapter aux parades et identifier de nouvelles opportunités. Parmi les facteurs clés de leur évolution : l’extension des commanditaires, les nouvelles possibilités technologiques, l’identification de nouveaux segments de victimes, les évolutions des politiques de sécurité et des comportements.

L’article de McKinsey & Company [8]  et le résumé entre autres de Simplilearn fournissent une synthèse intéressante des facteurs d’évolution du côté des attaquants :

Avancées technologiques : L’introduction de nouvelles technologies, matérielles ou logicielles, crée de nouvelles vulnérabilités, qui facilitent le contournement des défenses existantes, le temps que celles-ci mûrissent et s’adaptent. Par exemple, l’essor de l’internet des objets (IoT) a ouvert de nouvelles portes pour les attaques ciblant des appareils connectés mal sécurisés.

Adaptation aux mesures de sécurité : Face à des mesures de sécurité plus sophistiquées, les cyberattaquants innovent pour les contourner, notamment par l’exploitation de failles zero-day (encore non corrigées) et l’utilisation de techniques avancées de persistance et d’évasion.

Diversification des motivations : Si historiquement, beaucoup d’attaques étaient motivées par le gain financier direct, aujourd’hui les motivations incluent l’espionnage industriel, la guerre informatique entre États, le militantisme (hacktivisme) ou simplement la recherche de notoriété, comme l’illustre notre tableau plus haut.

Évolution de la législation et des politiques publiques : Les changements dans les réglementations poussent les cyberattaquants à modifier leurs approches. Par exemple, le renforcement des lois sur la protection des données personnelles (RGPD en Europe) entraîne la mise au point de méthodes plus sophistiquées de vol d’informations.

Armes cyber clés en mains : Le ‘dark web’ offre des outils et services de cyberattaque « clés en main », permettant à des individus sans compétences techniques avancées de lancer leurs attaques. Ce phénomène élargit le profil et le nombre des attaquants.

Conflits internationaux : De tactiques, les cyberattaques sont devenues également des outils de nature stratégique. Dans les rapports de force géopolitiques, les cybermenaces influencent, déstabilisent, recueillent des renseignements visant d’autres nations ou groupes politiques essentiels. Dans une guerre hybride, le champ cyber offre de nouvelles potentialités d’attaque, pour frapper les lignes arrières, décrédibiliser un adversaire, créer des dommages sans avoir à déclarer des hostilités ouvertes.

3/ Intelligence Artifficielle, quels impacts ?

L’intégration de l’intelligence artificielle dans le domaine de la cybersécurité implique autant les méthodes de défense que d’attaque. Pour les défenseurs, des outils émergent (détection améliorée des menaces, réponses automatiques, anticipation…) mais dans l’immédiat ce sont avant tout de nouveaux risques à prendre en compte (malware plus intelligents, automatisation des attaques, exploitation des biais de l’IA, baisse de l’amateurisme dans la syntaxe verbale…) [9] [10] [11]. Parmi les cas d’emploi malveillants de l’IA, sont évoqués par Cybermalveillance.gouv.fr, incubé par l’ANSSI, « des hypertrucages (deepfakes) audio, vidéo ou photo visant à détourner l’image de célébrités à des fins d’escroquerie, des personnalités politiques à des fins de manipulation de l’opinion, ou encore de cyberharcèlement à caractère pornographique… ».

4/ Les parades

Le spectre des parades est extrêmement large : composants, architectures physiques, couches bases logicielles, logiciels de surveillance, chiffrement… Impossible de les lister ici. L’Europe à elle seule compte environ 60 000 entreprises et 660 centres d’expertise en cybersécurité.

Cependant pour les décideurs généralistes, non experts en SI, nous proposons ici une vue générale de 4 grands types de mesures défensives employées au sein des grandes organisations, publiques ou privées.

Diagnostic de l’état de santé numérique

Le point clé consiste ici dans l’identification des vulnérabilités. Les audits réguliers, les ‘pain tests’, ‘hackathons’ et les simulations ‘war-game’ font partie de la panoplie des outils.

Sensibilisation des collaborateurs

Les mesures consistent en formations, diffusions de bonnes pratiques [12], dispositifs pour recueillir les signes d’alertes et la prise en compte en amont de la cybersécurité dans les phases de conception des projets de l’organisation. Les moyens abondent pour stimuler une ‘hygiène de vie cyber’ : jeux, tests en conditions réelles, voire sanctions amicales pour les négligents – par exemple les fameux écrans “retournés”, ou les “je paye les croissants demain à tout le monde”, tapés sur l’ordinateur resté malencontreusement ouvert…

Veille cyber

La veille porte sur les flux numériques internes, et se nourrit par des sources spécialisées telles que les organismes gouvernementaux, certains fournisseurs et des experts spécialisées en cybersécurité, mais aussi sur la surveillance des réseaux sociaux et blogs pour repérer des menaces émergentes pour l’acteur concerné. Les RSSI (Responsables de la sécurité des systèmes d’information) jouent un rôle croissant dans les organisations ; des RSSI mutualisés apparaissent pour les PME / TPE.

Élaboration d’un PRA / PCA

Le PRA (Plan de reprise d’activité) et le PCA (Plan de continuité d’activité) permettent d’assurer une gestion efficace des cyberattaques en période de crise effective. Ces plans doivent inclure des mesures claires sur la manière d’agir en cas d’incident, telles que la désignation des responsables, la sensibilisation de l’équipe aux cybermenaces et la définition d’un protocole de communication pour informer les parties prenantes en cas de violation de données. Il est également crucial de tester régulièrement les systèmes et de souscrire à une cyber-assurance pour couvrir les éventuelles pertes financières causées par une attaque.

A ces mesures, viennent s’ajouter à l’étage supérieur des réponses de politique publique. Parmi les outils réglementaires mis en avant par les régulateurs, il n’est pas inutile de connaître l’existence des cinq suivants :

Qualification SecNumCloud

Établie par l’ANSSI (France), cette norme est destinée à assurer la sécurité des services de cloud computing (SaaS, IaaS, PaaS). Cette norme garantit que les fournisseurs de services cloud respectent des exigences strictes en matière de protection des données, de processus de recrutement, de résilience et de disponibilité des services, afin de protéger les infrastructures critiques et les données sensibles hébergées [13].

Loi SREN

La loi Française SREN (Sécurisation et Régulation de l’Espace Numérique), votée en première lecture (Assemblée Nationale et Sénat) en octobre 2023, vise à encadrer plus strictement l’espace numérique en France, notamment pour la protection des mineurs en ligne et la lutte contre les contenus illicites sur les  réseaux  sociaux.  Elle introduit des obligations de modération pour les plateformes, des sanctions pour la diffusion de deepfakes sans consentement, et renforce le contrôle sur l’accès aux sites pornographiques par la vérification obligatoire de l’âge des utilisateurs. La loi prévoit des peines de bannissement des réseaux sociaux pour les cyberharceleurs et augmente les amendes pour les infractions numériques graves [14].

Certification EUCS (European Union Cloud Services)

L’EUCS est un projet de certification de l’Union européenne visant à harmoniser les normes de sécurité pour les services cloud à travers les États membres. Cette initiative vise à renforcer la confiance dans les services cloud en établissant des critères clairs de sécurité et de protection des données, facilitant ainsi leur adoption sécurisée par les entreprises et les organismes publics européens [15].

Règlement DORA (Digital Operational Resilience Act)

DORA est un règlement proposé par l’Union européenne pour renforcer la résilience opérationnelle numérique des entités du secteur financier. Ce cadre réglementaire oblige les entreprises à établir des mesures robustes pour prévenir, atténuer et gérer les risques liés aux TIC (Technologies de l’information et de la communication), incluant des exigences strictes sur la gestion des incidents cybernétiques et la surveillance continue des menaces. À partir de janvier 2025, cette réglementation s’appliquera aux 27 États membres de l’Union européenne [16].

Directive NIS 2 (Network and Information Security, version 2)

Succédant à la directive NIS, NIS 2 est une mise à jour significative qui élargit les exigences de sécurité et de notification des incidents pour les opérateurs essentiels (anciennement OIV et OSE en France) et les fournisseurs de services numériques. Elle vise à améliorer la coopération entre les États membres sur la cybersécurité, renforcer la sécurité des réseaux et des systèmes d’information. NIS 2 devrait entrer en application dans le droit national à partir d’octobre 2024 [17].

Par ailleurs, impulsé par les politiques publiques, l’écosystème de la cybersécurité en France connaît un développement notable, exacerbé par la pandémie de COVID-19 et l’augmentation notoire de données sensibles stockées sur le cloud. Ainsi, l’ANSSI a rapporté une escalade de 255% des incidents de sécurité en 2020 [18] , et cette tendance n’a pas fléchi les années suivantes. Ce focus permet de mettre en lumière les différentes strates d’évolution au sein de ce secteur crucial en France :

Plan d’investissement stratégique : l’État français a mis sur la table en 2021 1 milliard d’euros [19] pour soutenir l’innovation technologique, sécuriser les infrastructures critiques et stimuler l’économie numérique sécurisée.

Éducation : Création de programmes spécialisés dans des institutions de formation (ex : nouveaux programmes à l’École Polytechnique [20] ou création du Master cyberdéfense à l’École Hexagone [21]). Ces initiatives  répondent  à  une  pénurie  de compétences, avec un secteur qui manque déjà au niveau mondial 4 millions de professionnels qualifiés selon l’étude “Cybersecurity Workforce Study”, réalisée par l’ISC2 fin 2023 [22].

Financements privés : L’évaluation menée par Wavestone en 2023 révèle un fort dynamisme du secteur [23], avec une augmentation des levées de fonds de +35% en France(55), dans un contexte de financement pourtant difficile pour l’innovation. La multiplication des salons de cybersécurité comme InCyber (FIC), les assises de la cybersécurité, la European Cyber Week, le Paris Cyber Show… n’en sont que le reflet.

Pôles d’excellence : Le Campus Cyber, inauguré en 2021 à la Défense, est devenu un pôle collaboratif réunissant plus de 160 entités [24], combinant les efforts de l’industrie, de l’académie et du secteur public. Aussi, pour maximiser leurs synergies, les industriels se structurent en groupements et associations professionnelles (ex : Hexatrust , l’Open Internet Project ou le GINUM).

Coopération internationale : La France a intensifié ses efforts et participe à des initiatives européennes et mondiales pour renforcer les capacités de réponse [25], permettant d’élaborer des normes et pratiques communes.

5/ Centralisation vs décentralisation des réponses :

Le choix entre centralisation et décentralisation des réponses aux menaces cybernétiques, tant au niveau des organisations que des politiques publiques, ne se limite pas à une opposition binaire, mais plutôt à une décision stratégique qui dépend de plusieurs facteurs : la taille et la structure de l’organisation, la nature des informations manipulées, la réglementation en vigueur et le budget alloué à la cybersécurité. Par exemple, une grande entreprise multinationale pourrait bénéficier d’une approche hybride, avec un SOC central (Centre Opérationnel de Sécurité), des politiques de sécurité [26] adaptées localement dans ses différentes filiales et l’intervention de hackers éthiques [27], tout en se conformant aux réglementations en vigueur et aux conseils d’une structure centralisée telle que l’ANSSI.

6/ Enjeux de guerre économique

D’après Charlotte Pillard Pouget, de l’Ecole de Guerre économique (EGE), la rivalité entre les États-Unis et la Chine dans le domaine de la technologie, notamment en ce qui concerne le déploiement de la 5G, a évolué en une forme de guerre technologique et économique. Par exemple, en 2018-2019 par crainte d’espionnage et de cyberattaques potentielles de la part de la Chine, l’administration Trump a interdit le marché de la 5G au géant chinois de l’électronique, Huawei, étendant ainsi le conflit au-delà du domaine commercial pour protéger les données sensibles américaines [28].

Cette rivalité met en lumière la question cruciale de la dépendance technologique dans un monde marqué par des tensions géopolitiques croissantes. Le numérique, autrefois perçu comme une innovation stimulant le consumérisme et ouvrant de nouvelles perspectives de marché, est désormais considéré comme un élément vital pour assurer le développement d’un pays de manière autonome, sans dépendre de processus de soumission à des acteurs étrangers. Ainsi, concept datant pourtant du début des années 2000, la “souveraineté numérique” refait surface.

En effet, la législation américaine avec le trio Patriot Act, FISA section 702, Cloud Act, présente des implications significatives pour la protection des données [29] pour les entreprises européennes ayant des activités, des données aux États-Unis ou utilisant des services américains. Cela concerne donc “presque” toutes les organisations publiques et privées européennes.

Patriot Act (2001)

Permet au FBI d’accéder sans mandat judiciaire aux données détenues par ces entreprises ou leurs prestataires, même si leur siège social est situé en Europe.

FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act) section 702 (2008)

Autorise la collecte de renseignements sur les communications électroniques de personnes étrangères situées à l’extérieur des États-Unis, dans le but de recueillir des renseignements en matière de sécurité nationale. Cette disposition a été promulguée et prolongée en avril 2024 pour permettre aux agences de renseignement, (NSA, CIA, FBI entre autres), de collecter des données sans avoir besoin d’un mandat spécifique pour chaque cible.

Cloud Act (2018)

Modernise les lois sur la surveillance et le stockage des données à l’ère du cloud computing. Il autorise les agences gouvernementales américaines à accéder aux données stockées sur des serveurs cloud partout dans le monde.

Cette confrontation entre ces dispositions légales américaines et les réglementations européenne et nationales, (ex : RGPD), soulève des défis pour les entreprises opérant en Europe. Elles doivent non seulement naviguer entre le risque d’utilisation effective et non visible de ces textes, mais aussi être en conformité vis-à-vis des normes européennes en matière de protection des données. Cela nécessite souvent des adaptations et une nouvelle forme de complexité : évaluation des zones de conflits entre les législations, choix entre logiciels souverains et non-souverains (en fonction de la criticité des données), échanges de conformité versus enjeux de productivité entre DSI (Directeur des Systèmes d’Information), RSSI (Responsable de la Sécurité des Systèmes d’Information), DPO (Data Protection Officer), départements juridiques, directions générales, et directions métiers.

La souveraineté numérique émerge comme une réponse stratégique face aux menaces posées par ces législations. Les États européens cherchent à garantir un contrôle accru sur leurs données sensibles et à réduire leur dépendance vis-à-vis des fournisseurs de services numériques basés aux États-Unis. Les français sont d’ailleurs à 86% pour des mesures d’achat de souveraineté numérique, d’après l’étude WIMI-IPSOS (2021) [30]. Cela implique de promouvoir le développement de solutions technologiques et de services numériques français et européens avec une coloration forte en cybersécurité (ex : SecNumCloud, EUCS..). Cela permettrait aux organisations européennes de mieux se protéger des fuites de données, tout en préservant leur autonomie et leur compétitivité sur la scène mondiale. De plus, en favorisant la coopération entre les acteurs publics et privés au niveau national et européen, les démarches de souveraineté numérique permettent de partager les informations en circuit court, et ainsi avoir une meilleure efficacité dans les réponses aux menaces cyber.

Conclusion

Avec près de 450 millions de tentatives de cyberattaques tentés sur l’infrastructure des Jeux Olympiques (JO) 2020 à Tokyo, les JO sont devenus une cible privilégiée par les cybercriminels (x 2.5 par rapport à l’édition de 2012 à Londres).

Dans le contexte géopolitique et technologique actuel (guerre en Ukraine, arrivée de l’IA, informatisation croissante des systèmes…) les JO 2024 à Paris constituent donc un événement d’envergure susceptible d’attirer encore plus d’attaques ; environ “huit à dix fois plus” d’après le directeur de la technologie de Paris 2024, Bruno Marie-Rose. De surcroît, l’inquiétude est d’autant plus forte que les autorités craignent un passage cyberattaque “avec des dégâts matériels à une cyberattaque qui entraînerait des morts ou des blessés” selon Johanna Brousse, cheffe  de  la  section spécialisée dans la lutte contre la cybercriminalité au parquet de Paris.

Les autorités françaises, l’ANSSI au premier rang, sont sur le qui-vive pour protéger les systèmes informatiques essentiels qui gèrent les transports, l’énergie, la sécurité, et les communications, cruciaux pour le déroulement de l’événement [31]. 350 entités sont pilotés par l’ANSSI, dont 80 critiques [32]. La sécurisation des données personnelles des milliers de visiteurs est également capitale pour prévenir les risques de fraude et d’usurpation d’identité dans le cas de tentatives d’attaques terroristes. Par ailleurs, les plateformes de diffusion des jeux sont des cibles potentielles pour des attaques par dénis de service (DdoS, voir définition plus haut), qui pourraient perturber la transmission des compétitions (ex : le chrono qui s’arrête en finale du 100m, une piscine olympique plongée dans le noir, des accès aux enceintes perturbés…) et donc la réputation de la France à l’international.

“On s’attend à ce que ce soit considérable”, déclarait à l’AFP le général Christophe HUSSON, à la tête du ComCyber-MI (Gendarmerie, poussant par exemple l’ANSSI à lancer un kit d’exercice prêt à l’emploi pour les entreprises, pour se préparer à une crise cyber [33].

Nous espérons que cet article, qui a eu comme objectif de synthétiser les menaces, les parades et les enjeux de cybersécurité actuels, aura éclairé et contribuera à passer le cap pour préparer le changement d’échelle du champ de bataille qui s’ouvre devant nous.

 


Sources

[1] ANSSI : « Panorama de la cyber menace 2023-2024 », février 2024

 

[2] “Cyberattaques: L’Anssi doit traiter les menaces de masse, selon son patron V. Strubel, avril 2023

 

[3] Incyber, janvier 2024

 

[4] Figaro, mais 2021

 

[5] SCMAFAZINE, août 2023

 

[6] Office of the director of us national intelligence, octobre 2023

 

[7] Thales, 2022

 

[8] Mckinsey & Company, mars 2022

 

[9] Pluralsight, novembre 2023

 

[10] Cloud security alliance, mars 2024

 

[11] World economic forum, juin 2023

 

[12] Kit de sensibilisation aux risques numériques, 2019

 

[13] ANSSI, septembre 2023

 

[14] L’Express, octobre 2023

 

[15] It for business, avril 2024

 

[16] Incyber, août 2023

 

[17] ANSSI, juin 2023

 

[18] CERT-FR, octobre 2021

 

[19] Economie.gouv, février 2022

 

[20] Ecole Polytechnique, janvier 2024

 

[21] Le Monde Informatique, janvier 2022

 

[22] Le monde informatique, novembre 2023

 

[23] Le Monde Informatique, juin 2023

 

[24] Maddyness, février 2022

 

[25] France Diplomatie, janvier 2022

 

[26] Insight, novembre 2022

 

[27] France Info, janvier 2022

 

[28] Ecole de la guerre Économique, mars 2023

 

[29] Cyber Management School, avril 2024

 

[30] WIMI, décembre 2021

 

[31] Le Figaro, mars 2024

 

[32] Strategies, janvier 2024

 

[33] Le Monde Informatique, décembre 20

Une brève histoire de la cybersécurité

By Numérique

Une brève histoire de la cybersécurité

L’histoire de la cybersécurité est en constante évolution, intimement liée à l’essor des technologies de l’information et de la communication. Des premiers virus informatiques des années 1970 aux cyberattaques sophistiquées d’aujourd’hui, la cybersécurité s’est imposée comme un enjeu majeur pour les individus, les entreprises et les gouvernements.


1/ Les origines (1960-1970)

Dès les années 1960, des réflexions sur la sécurité des systèmes informatiques ont commencé à émerger.

En 1969, le projet ARPANET, précurseur d’internet, a vu le jour. Il a permis aux chercheurs et aux scientifiques de différentes universités et institutions de communiquer et de partager des informations. Cependant, il a également ouvert la voie à de nouvelles menaces.

En 1971, Bob Thomas a développé Creeper, un programme inoffensif conçu pour se propager d’un ordinateur à l’autre sur ARPANET. Ce programme a démontré la possibilité pour un code de se propager sur un réseau, jetant les bases des virus informatiques ultérieurs.

En 1974, le premier virus malveillant, « Elk Cloner », a été créé par un étudiant pour infecter les systèmes Apple II.

2/ L’essor de la menace (1980-1990)

Les années 1980 et 1990 ont connu une explosion de la cybercriminalité.

En 1983, en réponse à l’épidémie du virus Elk Cloner, John McAfee développe VirusScan, le premier antivirus commercial.

En 1988, un événement majeur attire l’attention du monde entier sur la gravité de la cybercriminalité : le virus Morris, créé par inadvertance par un étudiant de Cornell University.

Ce virus infecte plus de 6 000 ordinateurs connectés à internet.

Les années 1990 voient l’émergence de groupes de hackers célèbres, comme le Chaos Computer Club et Legion of Doom.

Cet essor de la cybercriminalité dans les années 1980 et 1990 a eu plusieurs conséquences importantes :

  • Prise de conscience accrue par les entreprises et les gouvernements.
  • Investissement dans la sécurité pour contrer les menaces croissantes.
  • Une collaboration internationale pour lutter contre la cybercriminalité devient évidente.

3/ Mise en place d’une réglementation (années 2000)

Les années 2000 ont vu l’émergence de la cybercriminalité organisée. Des groupes structurés, comme le Russian Business Network,  ont  exploité  des  vulnérabilités logicielles pour voler des données sensibles et extorquer des fonds aux entreprises.

Des attaques ciblées ont commencé à viser des infrastructures critiques, telles que les centrales électriques et les réseaux de transport.

En réponse aux menaces croissantes, la décennie 2000 a connu un effort accru de normalisation et de réglementation en matière de cybersécurité.

La loi Gramm-Leach-Bliley (GLBA) aux États-Unis en 1999 ont imposé des obligations aux entreprises de protéger les données financières des clients.

Cette période a également été marquée par l’essor de la cybersécurité en tant que profession à part entière. La demande croissante en experts qualifiés a conduit à la création de formations spécialisées et de certifications professionnelles en cybersécurité.

4/ Défis contemporains (années 2010 à nos jours)

Le paysage de la cybersécurité n’a cessé d’évoluer au cours des années 2010 et continue de se complexifier aujourd’hui. L’essor de nouvelles technologies et tendances a créé de nouveaux défis et exigences en matière de sécurité.

92% des Français accèdent à Internet tous les jours

5/ Quelques exemples marquants de cyberattaques

Attaque de TV5Monde en 2015

Le 8 avril 2015, TV5Monde a été la cible d’une cyberattaque de grande envergure qui a perturbé la diffusion des programmes pendant plusieurs heures et a également touché ses sites web et ses réseaux sociaux.

Nombre de personnes touchées : 1 milliard. [1] 

Les auteurs de l’attaque se sont identifiés comme étant le « Cybercalifat », un groupe de pirates informatiques affiliés à l’organisation terroriste État islamique.

Attaque de Yahoo

En décembre 2016, Yahoo a révélé qu’une cyberattaque avait eu lieu en 2013.

Elle a affecté l’ensemble des 3 milliards de comptes d’utilisateurs, sans que l’entreprise ne s’en aperçoive.

Les pirates informatiques, soupçonnés d’être liés à un groupe russe, ont réussi à mettre la main sur une quantité effarante de données personnelles. Noms, adresses email, numéros de téléphone,

L’entreprise a été condamnée à payer 35 millions de dollars et a été contrainte d’engager des sommes colossales pour renforcer ses systèmes de sécurité.

Attaque de WannaCry en 2017

L’attaque de WannaCry a été une cyberattaque mondiale de grande envergure repérée pour la première fois en mai 2017.

Le ransomware WannaCry a infecté plus de 230 000 ordinateurs dans 150 pays.

De nombreuses entreprises ont été contraintes de suspendre leurs activités pendant plusieurs jours, ce qui a entraîné des pertes financières importantes. Des hôpitaux ont également été touchés, ce qui a mis en danger la vie de patients.

Cette attaque aurait fait perdre plus de 4 milliards de dollars à travers le monde.

Attaque de l’hôpital de Dax en 2022

Le 8 février 2022, l’hôpital de Dax a été victime d’une cyberattaque. Il est probable que les pirates informatiques aient utilisé un ransomware pour infecter les systèmes de l’hôpital, qui crypte les fichiers des utilisateurs et exige une rançon pour les déchiffrer. L’hôpital a été contraint d’annuler des opérations chirurgicales et des consultations.

Attaque du Centre Hospitalier Sud Francilien en 2022

Le groupe Lockbit 3.0 a piraté les systèmes informatiques de l’hôpital, chiffrant ses données et exigeant une rançon de plusieurs millions de dollars.

Face au refus de payer, ils ont publié en septembre 2022 sur internet 11 Go de données sensibles dérobées : des numéros de sécurité sociale et des informations médicales de patients.

L’activité de l’hôpital a été fortement perturbée pendant plusieurs semaines. Les systèmes informatiques étant hors d’usage, l’ensemble du personnel a dû se rabattre sur l’utilisation du papier et des crayons pour enregistrer les informations des patients. Une situation qui a considérablement ralenti les opérations hospitalières.

À la suite de cette attaque, le CHSF a renforcé sa sécurité informatique pour éviter de nouveaux incidents. Cet événement met en lumière la vulnérabilité des établissements de santé face aux cybercriminels et la nécessité pour eux d’avoir des plans de réponse solides en cas d’attaque.

Attaque de France Travail en 2024

France Travail (anciennement Pôle Emploi) a été victime d’une cyberattaque massive entre le 6 février et le 5 mars 2024.

Cette attaque a entraîné le vol des données personnelles 43 millions de comptes.

Les données compromises incluent des noms, adresses, numéros de sécurité sociale, dates de naissance, et des informations sur les situations professionnelles.

Cette cyberattaque est l’une des plus importantes jamais subie par une administration française.

 


Sources

[1] Estimation de TV5 Monde

Télécommunications : Un enjeu clé de la cybersécurité

By Numérique

Télécommunications : Un enjeu clé de la cybersécurité

Par Bruno Mahieux


Sécurité et souveraineté

Les technologies du numérique ont accéléré la transformation de nos entreprises, mais également de notre société, au travers de trois phénomènes majeurs :

  • La généralisation des solutions multi Cloud, qui ont pour effet d’opérer un grand nombre de services numériques sur des infrastructures partagées (dites de Cloud Publics, par opposition au solution de Cloud Privatif, dans lesquelles les infrastructures reste la propriété du client, les données étant hébergées dans des centre de données qui lui sont propres). Cela est vrai pour des solutions grand public ( streaming avec Netflix, Apple TV…) mais également pour les entreprises (Microsoft Azure, Amazon, Google, Salesforces).
  • Le développement du télétravail avec un grand nombre de salariés qui travaillent à distance, plusieurs jours par semaine, en se connectant au système de l’entreprise via internet. Celui-ci a joué un rôle majeur pendant la crise du COVID, permettant à la plupart de nos entreprises de continuer à fonctionner en période de confinement, sans impact majeur sur la qualité du service rendue aux clients.
  • L’émergence de l’internet, des objets avec de plus en plus d’applications dans le monde industriel, (l’exemple le plus connu étant celui du compteur Linky d’EDF, mais des solutions semblables existent pour la relève des compteurs d’eau et de gaz, et plus généralement dans le monde industriel grâce au déploiement des réseaux 5G), mais également dans le monde de la santé (le patient connecté) ou encore celui des collectivités locales (les smarts cities).

Ces grandes transformations technologiques mais aussi sociétales ont toutes pour caractéristique commune d’utiliser les infrastructures de télécommunications. Elles sont le catalyseur du progrès économique et social des 30 dernières années et un enjeu de sécurité nationale.

En effet, sans des infrastructures réseaux sécurisées et résilientes, c’est l’activité économique toute entière de la nation qui risquerait de s’arrêter. Il est donc essentiel d’en conserver la maîtrise et d’en garantir la résilience et enfin, d’en assurer la sécurité.

Notre État doit donc répondre à de multiples défis :

  • Maîtriser le développement de nos réseaux de télécommunications, pour faire face à une demande accrue de connectivité de la part des citoyens pour leurs activités quotidiennes, qu’elles soient professionnelles ou personnelles,
  • Renforcer la résilience de nos infrastructures de télécommunications,
  • Sécuriser la chaîne d’approvisionnement des fournisseurs de réseaux,
  • Développer un écosystème de cybersécurité afin de préparer le pays à répondre aux

Maîtriser le développement de nos réseaux de télécommunications

Les opérateurs de télécommunications doivent investir en permanence dans des réseaux de nouvelle génération (fibre, 4G, 5G…), avec des débits en constante augmentation et des prix à l’usager toujours plus bas, pendant que les GAFAMS récoltent les fruits de ces investissements en monétisant leurs services de contenus.

Or, les infrastructures de télécommunications coûtent cher : un opérateur doit faire face à des investissements toujours plus lourds pour suivre les évolutions technologiques, avec des retours sur investissement plus lointains. La fuite en avant consistant à favoriser la concurrence et la multiplication des opérateurs télécom dans une logique de prix bas pour le seul bénéfice du consommateur est un non-sens sur le plan stratégique, car elle affaiblit nos opérateurs sur le plan économique et met en péril à terme leur capacité à déployer les réseaux du futur, et par conséquent, notre souveraineté.

Pour éviter l’obsolescence de nos infrastructures de télécommunications, un assouplissement de la réglementation européenne est nécessaire pour autoriser une consolidation du marché, vecteur d’économies d’échelle pour les opérateurs.

Renforcer la résilience de nos infrastructures réseaux

Un seul chiffre résume la fragilité et la criticité des infrastructures de télécommunications :

99% du trafic internet intercontinental passe par des câbles sous-marins.

La destruction récente du gazoduc Nordstream 2 nous rappelle combien le risque de sabotage est réel, plaçant les infrastructures de télécommunications au cœur des enjeux de cybersécurité et de souveraineté de la nation.

Pour éviter toute perte de continuité de service, et même si une certaine redondance mise en œuvre permet d’assurer la résilience des réseaux les plus critiques, la gestion de risque doit nous inciter à renforcer la sécurité de bout en bout et la surveillance de ces infrastructures, à maintenir notre capacité à déployer les câbles sous-marins (Orange Marine est l’un des derniers acteurs européen sur le marché), et à proposer des routes alternatives comme les communications satellites.

Sécuriser la chaîne d’approvisionnement

La résilience de nos infrastructures commence par notre capacité à nous procurer les technologies en toute indépendance. Or, sécuriser la chaîne d’approvisionnement des différents composants de nos réseaux telecom est devenu un défi majeur pour la France et l’Europe. La dépendance vis-à-vis des fournisseurs américains et chinois, est particulièrement notable dans le domaine des équipements télécoms, (il ne reste que deux équipementiers en Europe, Nokia et Ericsson, aucun acteur français depuis la vente d’Alcatel en 2016) et il est indispensable d’assurer l’existence d’acteurs européens.

La sécurisation de la chaîne d’approvisionnement est encore plus critique dans le domaine de la cybersécurité, qui nécessite de nombreux outils, compte tenu de la multiplicité des cybermenaces pesant sur les services numériques, mais également en raison d’une pression réglementaire accrue de la part des institutions européennes. Il en résulte un marché de la cybersécurité très fragmenté, avec une prédominance des acteurs américains (Cisco, McAfee, Fortinet, Symantec, Palo Alto Networks).

La résilience de nos réseaux télécoms passe par le déploiement de ces solutions techniques, mais aussi par la capacité des entreprises à se les approprier. Pour y parvenir, une sensibilisation à grande échelle des chefs d’entreprises et des salariés est indispensable. Si la plupart des grands groupes sont déjà préparés face aux menaces cyber, les TPE et PME le sont beaucoup moins et sont de fait beaucoup plus vulnérables. Or, selon une étude de l’opérateur britannique Vodafone, 50% des attaques cyber concernent les TPE et PME. Des campagnes de formation et de sensibilisation doivent être menées auprès de leurs dirigeants pour prioriser leurs investissements dans le domaine de la cybersécurité.

Développer un écosystème de la cybersécurité français

Les institutions européennes sont devenus le leader mondial en matière de normalisation et réglementations, qui se traduisent pour nos entreprises par un poids toujours plus grand en termes de coûts pour parvenir à respecter les contraintes réglementaires, pendant que les Etats-Unis restent le berceau de l’innovation technologique et de la création d’entreprises dans le domaine du numérique.

La réglementation est nécessaire, en particulier pour harmoniser les choix technologiques, mais elle ne doit pas être un frein au développement économique de nos entreprises. Une politique publique ciblée doit permettre l’émergence d’acteurs français innovants et compétitifs en termes de prix pour éviter toute dépendance vis-à-vis des fournisseurs de solution de cybersécurité. L’État français a un rôle à jouer, en accompagnant le développement des entreprises, en baissant les charges salariales, en appliquant un plan de cybersécurité aux entreprises publiques et collectivités locales et en développant la formation avec un tissu d’écoles spécialisées dans la cybersécurité.

Malgré la prédominance des GAFAM américains, il n’est pas trop tard pour prendre les mesures nécessaires à l’émergence d’acteurs français innovants dans le domaine de la cybersécurité. Le monde du numérique est en mouvement permanent. Qui connaissait l’IA générative il y 4 ans ? Le rapport Villani sur l’IA n’en parlait même pas !