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Olivier Debeney

AEF : « Il faut créer une catégorie d’agent de sécurité armé »

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« La durée de la menace terroriste, que chacun s’accorde à évaluer en années, impose de repenser notre sécurité et d’intégrer dans notre réflexion un rôle accru de la sécurité privée, notamment une sécurité privée armée. » C’est ce qu’estime Thibault de Montbrial, dans une interview à AEF. « Il faut créer une catégorie distincte d’agent privé armé », plaide l’avocat au barreau de Paris, également président d’une association, le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure (lire sur AEF). « Ces agents pourraient s’acquitter de deux types de missions, d’une part la protection de périmètre et d’autre part la fonction d’accompagnement et de protection des personnes. » Thibault de Montbrial a publié, en juin 2015, « Le sursaut ou le chaos » chez Plon (photo ci-contre) (lire sur AEF).

AEF : Quel est votre regard sur les réflexions en cours en vue de créer un nouveau statut d’agent de sécurité renforcé armé ?

Thibault de Montbrial : Tout d’abord, il faut faire un constat lié au contexte terroriste. Il y a aujourd’hui une unanimité à considérer que les services régaliens ne sont pas en mesure d’assurer de façon satisfaisante, au regard des problèmes d’effectifs ou d’entraînement, une sécurité optimale sur tous les endroits sensibles sur le territoire. La durée de la menace, que chacun s’accorde à évaluer en années, impose de repenser notre sécurité et intégrer dans notre réflexion un rôle accru de la sécurité privée, notamment une sécurité privée armée.

Un premier pas a été franchi avec Charlie hebdo, protégé par une société privée armée, LPN Group (lire sur AEF). Mais il y a également les sites industriels Seveso : aujourd’hui, les agents qui sécurisent ces périmètres ne sont pas armés, ce qui rend ces sites hautement vulnérables à une attaque en force avec des conséquences désastreuses. Un procureur m’a ainsi confié qu’un attentat sur un site sensible de son ressort pourrait aboutir, à peu de coûts, à la mort de 50 000 personnes en fonction de la direction du vent. L’État ne peut pas être partout tout le temps. Il faut permettre aux acteurs économiques privés de se protéger, à leurs frais, soit en embauchant des agents dévolus à ces tâches de sécurité, soit en ayant recours à des sociétés spécialisées. Chacun doit prendre sa part de charge pour sa sécurité.

AEF : Les sociétés privées de sécurité sont-elles prêtes à armer leurs agents ?

Thibault de Montbrial : C’est une interrogation cruciale : il n’est évidemment pas questiond’envisager, sans aucun critère, d’autoriser toutes les sociétés de sécurité privée à armer leurs agents. Il faut ainsi créer une catégorie distincte d’agent privé armé. Ces agents pourraient s’acquitter de deux types de missions, d’une part la protection de périmètre, ce qui existe déjà avecCharlie hebdo, et d’autre part la fonction d’accompagnement et de protection des personnes. Dans une circulaire récente, le directeur général de la police nationale Jean-Marc Falcone souligne l’augmentation significative de personnes directement ou indirectement menacées (lire sur AEF). Là encore, il n’est pas incongru d’imaginer que certaines personnes puissent organiser elles-mêmes leur sécurité, avec l’accord de l’État, à leurs frais, par l’emploi d’agents armés. Je pense par exemple aux grands patrons d’industrie, aux chefs d’entreprises sensibles.

Mais il faut que tout cela puisse être contrôlé par l’État, avec des critères. Dans le même temps, il faut un pragmatisme dans l’élaboration de ces critères. J’ai suivi le dossier de LPN Group pourCharlie hebdo, et nous avons vu concrètement une impréparation totale de l’administration à cette nouvelle donne. Ce n’est pas un reproche : ce n’était jamais arrivé ! Il a été compliqué de déterminer à qui les armes devaient être attribuées, de savoir si c’était une mission définie par un périmètre avec une interdiction de dépasser une limite spatiale… Il a fallu défricher et le défrichage n’est pas fini. Il faut pérenniser tout cela, avec peut-être des textes réglementaires.

Il y a enfin une dimension de formation technique. C’est un nouveau marché qui s’adresse avant tout de façon assez naturelle aux anciens des services de l’État – police, armée, gendarmerie — et qui va créer des emplois. Ce marché peut également être ouvert à des personnes qui n’ont jamais servi sous un uniforme, mais avec une formation qui soit validée. Je ne pense pas qu’il s’agisse de formations très complexes : il y a aujourd’hui des associations, dont l’Enit (École nationale d’instruction de tir), qui peuvent former des agents à l’utilisation d’une arme. Il existe donc des solutions de formation qui peuvent être externalisées, mais il faut aussi une formation juridique.

J’ai ainsi créé, à la fin 2015, la première formation juridique à la légitime défense opérationnelle, « survivre et rester libre ». Cette formation a vocation à parler de la légitime défense de façon extrêmement concrète, avec des mises en situation simulées et traduites en jurisprudence. Dans la formation des sociétés privées à venir, il faut d’évidence une dimension juridique, mais celle-ci doit être adaptée et opérationnelle. Vous ne pouvez pas faire un cours de droit magistral pur. J’ai ainsi formé les équipes de LPN Group, et quelques sociétés sont également intéressées par la question de la légitime défense, hors arme à feu, la problématique restant la même. Aujourd’hui, il y a une augmentation de la violence, notamment par arme à feu, et chacun en est conscient.

AEF : Le transport de fonds, Charlie hebdo : l’armement privé est déjà possible. Faut-il alors vraiment de nouveaux textes réglementaires ?

Thibault de Montbrial : Les transporteurs de fonds ont des textes spécifiques, tandis que Charlie hebdo a bénéficié d’une décision administrative, mais nous sommes plus dans le pragmatisme que dans le droit. Il faut organiser tout cela mais sans s’enfermer dans un métier. Cela peut être à la fois de la protection de sites ou la protection de personnes. Je ne pense pas qu’il faille plusieurs textes : il faut un texte global qui, contrairement à celui des transporteurs de fonds, soit applicable à toutes sortes de missions, avec des critères de formation et de compétences pragmatiques, et des contrôles.

Nous sommes sur une évolution : le besoin est déjà analysé. Compte tenu de l’ampleur de la menace, de sa durée prévisible, des capacités et des limites propres de l’État, il est inéluctable de trouver des solutions complémentaires. Il faut changer l’état d’esprit. C’est une extension du régalien, pas un abandon, et c’est la recherche de partenaires de haut niveau. Cela permettra enfin de libérer des unités actuellement dévolues à ces tâches et qui ont d’autres missions à réaliser.

BFM TV : « Thibault de Montbrial face à Frédéric Péchenard : L’attaque de Magnanville est-elle surprenante ? »

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Le Figaro : « Terrorisme : un rapport préconise d’aménager le plan Sentinelle »

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Selon BFMTV, un rapport confidentiel du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale propose de supprimer les militaires statiques de l’opération Sentinelle au profit de patrouilles mobiles.

10.000 militaires déployés en permanence sur le territoire pour assurer la sécurité des sites sensibles. Un budget d’un million d’euros par jour, selon le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian. L’opération «Sentinelle», coeur du plan Vigipirate lancé juste après la tuerie de Charlie Hebdo, fait aujourd’hui débat. BFM TV révèle le contenu d’un rapport confidentiel du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), service dépendant de Matignon, qui préconise plusieurs pistes pour faire évoluer le système.

Supprimer les gardes statiques

Le rapport que s’est procuré BFM et qui avait été remis à Manuel Valls en début d’année recommande notamment l’abandon des gardes statiques, qui feraient des militaires des cibles de choix pour d’éventuels terroristes. Il s’agit de généraliser plutôt les patrouilles mobiles pour «renforcer le caractère aléatoire de la surveillance, créer l’incertitude chez les terroristes.»

Consacrer plus de temps à l’instruction

Autre problème que soulève l’opération Sentinelle: la perte du temps normalement consacré à l’instruction des militaires. En 2015, l’armée a consacré 40 à 50 % de son temps à la projection intérieure, alors qu’elle n’y consacrait que 5 % avant l’activation de l’opération. Autant d’heures perdues pour l’entraînement et la formation des soldats. Alors qu’elle doit consacrer 90 jours par an à la préparation opérationnelle, l’armée de terre n’en aura consacré que 64 en 2015, rappelle BFM TV. Avec «Sentinelle», les militaires «redoutent ce qu’ils perçoivent à terme comme une inévitable perte de certaines de leurs compétences techniques, nécessaires à leur engagement opérationnel», relevait déjà un rapport récent du Haut Comité d’évaluation de la condition militaire (HCECM). Pointant ce caractère chronophage de l’opération, le rapport plaide pour un rééquilibrage en faveur de l’instruction.

Donner aux militaires un pistolet automatique

Aujourd’hui, les militaires qui patrouillent dans les rues, sont armés de fusils d’assaut de type Famas, ce qui est certes dissuasif mais d’usage risqué. Le rapport propose donc d’adapter l’armement des militaires à des rondes au milieu des civils, en les dotant en plus de pistolets automatiques, armes qui seraient moins sujettes aux dommages collatéraux.

Le rapport prône également une meilleure coordination entre militaires et policiers, que ce soit à travers une mutualisation de la surveillance des sites sensibles ou bien davantage de coopération entre eux lors des attentats.

Au sein du SGDSN, on indique que «toutes les propositions évoquées par le rapport ont été prises en compte depuis». De nombreux experts et responsables militaires plaident par ailleurs pour un réaménagement de l’opération Sentinelle. Comme l’avocat et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure Thibault de Montbrial, dans Le Figaro, il y a quelques jours: «Question sécurité, l’opération «Sentinelle» ne paraît plus adaptée à la nature de la menace ni à sa durée, puisque les capacités de l’armée de terre à remplir ses missions naturelles sont largement affectées par cette mobilisation», disait l’avocat spécialiste de sécurité intérieure. Il plaidait pour «renforcer la sécurité armée dans les lieux publics et les zones sensibles, notamment les zones industrielles de type Seveso». Il y a deux semaines, Le Figaro annonçait par ailleurs que l’opération pourrait être abandonnée en 2017, d’après des sources du ministère de la Défense.

Lire l’article sur lefigaro.fr

Le Figaro : « l’Occident est attaqué par des gens mus par une idéologie de conquête »

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FIGAROVOX/ANALYSE -Pour Thibault de Montbrial, il n’y a pas de doute, l’attaque du club gay d’Orlando est bien un acte de terrorisme islamiste. Il rappelle notamment que le 26 mai 2016, l’État islamique avait appelé ses sympathisants à se mobiliser.

Un massacre à Orlando a fait 50 morts dans un club gay en Floride. L’assaillant venait de prêter allégeance à Daech qui a revendiqué l’attaque. Certains évoquent cependant la menace d’un loup solitaire et Barack Obama a dénoncé «un acte de terreur et de haine» sans prononcer le terme d’ «islam radical». Doit-on parler de terrorisme islamiste?

Thibault Montbrial: Les éléments rendus publics par le FBI permettent d’identifier un mode opératoire qui correspond à la lettre aux incitations de passages à l’acte des multiples messages vidéo de l’État Islamique adressés aux populations musulmanes occidentales.

Théorisée par le porte parole de l’État Islamique Mohamed Al-Adnani dans son appel du 22 septembre 2014, il s’agit d’une incitation générale à tous les musulmans, où qu’ils soient, à tuer des occidentaux, par tous les moyens. Il faut donc dissocier ces actes d’initiative auxquels Daech incite les musulmans qui vivent en occident, des attaques commanditées et organisées par un réseau, comme l’opération du 13 novembre à Paris.

Depuis 2014, l’État Islamique a multiplié les incitations de cette sorte. En dernier lieu, une vidéo de ce même Al-Adnani a été diffusée le 26 mai 2016, appelant les sympathisants de l’État Islamique à se mobiliser pendant le mois du ramadan et à frapper les occidentaux partout où cela était possible et en particulier chez eux.

Le passage à l’acte de Omar Mateen à Orlando s’inscrit donc parfaitement dans une logique de réponse individuelle à cette incitation, matérialisée par l’allégeance à Daech qu’il a concrétisé par le coup de téléphone passé juste avant de perpétrer son massacre.

Quant au Président Barack Obama, j’ignore les informations exactes dont il disposait lorsqu’il a pris la parole hier en début d’après-midi heure américaine, mais son absence de référence à l’islamisme est pour le moins étrange au regard de l’ensemble des éléments divulgués concomitamment par les services de renseignements américains.

Cet attentat est-il comparable à celui du Bataclan?

Il existe des similitudes mais également des différences. La principale différence c’est qu’au regard des éléments connus ce matin, il semble s’agir d’une attaque d’initiative, comme précisé ci-dessus, et non une opération commanditée et planifiée comme le fut celle du 13 novembre.

Quant au mode opératoire lui-même, si beaucoup en France ont paru le découvrir le soir du 13 novembre, il ne faut pas oublier qu’il s’agit hélas d’un classique du terrorisme islamiste, puisque de nombreux massacres commis à l’arme de guerre ont été commis ces dernières années au Kenya par exemple, mais aussi dans de moindres proportions à Bruxelles (attaque du musée juif le 24 mai 2014) ou à Copenhague (14 février 2015). Une autre similitude avec la tragédie du 13 novembre 2015 concerne le type de cible, puisqu’il s’agit manifestement d’une atteinte au mode de vie occidental (boîte de nuit) en particulier portée contre la communauté homosexuelle, dont il faut rappeler qu’elle a subi des persécutions abominables dans les territoires tenus par l’État Islamique, où les gays étaient précipités du toit des immeubles comme en ont témoigné de nombreuses vidéos.

Le terroriste est un citoyen américain né aux États-Unis. Après le massacre de San Bernardino, déjà commis par un couple d’américains, l’Amérique est-elle visée par des «ennemis intérieurs»?

L’Amérique a déjà subi plusieurs attaques menées par des Islamistes américains sur son propre sol. Le 5 novembre 2009 à Fort Hood (Texas), un médecin psychiatre, commandant de l’armée américaine, a ouvert le feu sur une base militaire, tuant 13 de ses camarades et en blessant 30 autres. Ce ressortissant américain était né en Palestine. Le 15 avril 2013, les frères Tsarnaiëv faisaient exploser deux bombes sur la ligne d’arrivée du Marathon de Boston (3 morts, 264 blessés). Nés en Tchétchénie, ils avaient émigré aux États-Unis en 2001.

Mais depuis un an, les attaques se multiplient. Le 3 mai 2015 à Garland (Texas), la première attaque revendiquée par l’État Islamique fut un échec, puisque la police tua les deux assaillants venus s’en prendre à un concours de caricatures de Mahomet. Le 2 décembre 2015 à San Bernardino (Californie) un couple (lui né au Pakistan et devenu américain, elle toujours de nationalité pakistanaise) a ouvert le feu dans un centre d’aide sociale puis dans la rue (14 mort, 26 blessés) ; sans revendiquer formellement cette action, Daech qualifia le couple de «partisans» de l’État Islamique.

Ainsi, si les ressortissants américains sont nettement moins nombreux que les européens à partir combattre pour le Djihad au Moyen-Orient, le nombre de ceux qui opèrent des attaques sur leur propre territoire est manifestement en train de croître.

Il faut d’ailleurs souligner les difficultés auxquelles se heurte le FBI à cet égard, puisque avant leur passage à l’acte, plusieurs des terroristes impliqués à Boston, Garland ou Orlando avaient déjà été auditionnés.

Peut-on craindre une augmentation de ces attaques?

Tous ceux qui travaillent sur ces questions rivalisent effectivement de pessimisme.

Au-delà de la considération liée aux difficultés actuelles de l’État Islamique sur le terrain, à la fois sur le front Syrio-Irakien et sur le sol Libyen, différends faits précis ont été mis en avant par les responsables du renseignement civil et militaire ces derniers mois pour craindre une recrudescence des attaques sur nos territoires.

Différentes personnalités aussi qualifiées que le Général Breedlove, Commandant suprême des forces alliées en Europe s’exprimant devant la Commission de Défense du Sénat Américain le 2 mars 2016, ou encore Patrick Calvar, Directeur Général de la Sécurité Intérieure s’exprimant devant la Commission de la défense Nationale et des Forces Armées de l’Assemblée Nationale le 10 mai 2016, ont évoqué l’existence de cellules islamistes infiltrées en Europe, déjà mentionnées dans une note d’Europol du mois de janvier 2016. L’estimation du nombre d’individus concernés atteint plusieurs dizaines.

C’est dans ce contexte très dégradé que le message d’incitation à frapper les occidentaux pendant le ramadan a été émis par Al-Adnani le 26 mai dernier.

Il faut également ajouter que, de son côté, l’organisation Al-Qaïda a émis des messages similaires ; il n’est donc pas interdit de craindre des attaques «concurrentes» de ces deux organisations terroristes sur les terres occidentales dans les semaines qui viennent.

Pour ce qui concerne plus spécifiquement la France, il va de soit que la concentration de l’attention mondiale autour de l’Euro de football avec 24 équipes européennes, c’est-à-dire 24 délégations sportives et les milliers de supporters qui les accompagnent, constitue une cible de tout premier choix, tout comme le Tour de France qui va suivre.

C’est pourquoi, au-delà des mots d’ordre de tel ou de tel groupe terroriste, il est indispensable de comprendre que l’Occident est avant tout attaqué par des gens qui, quelles que soient leur organisation, sont mus par une idéologie de conquête: celle de l’Islam radical sunnite. Et les actes de terreurs menés depuis plusieurs mois, en Europe ou aux États-Unis pour promouvoir cette idéologie sont le plus souvent opérés par des personnes qui possèdent la nationalité du pays qu’elles attaquent. C’est dire le défi auquel l’Europe et les États-Unis sont confrontés s’inscrit donc dans la durée.

Valeurs Actuelles : « Il faut aller plus loin dans le permis de port d’armes en France »

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VA. Vous parlez régulièrement du port d’arme pour les citoyens. En quoi une telle évolution permettrait-elle de lutter contre l’insécurité ?

Thibault de Montbrial. L’analyse de nombreuses attaques à l’arme de guerre dans des lieux publics conduit au théorème suivant : plus rapide est la riposte par le feu, moins il y a de victimes. C’est pourquoi les autorités ont changé les règles d’intervention des forces de l’ordre, les primos-intervenants étant désormais invités à entrer directement en action et non plus à former un périmètre de sécurité en attendant les groupes d’interventions.

VA. Mais avant l’arrivée des primos-intervenants, que faire sinon subir, si personne ne porte une arme à l’intérieur du lieu attaqué ?

Thibault de Montbrial. D’abord, inciter les policiers à porter leur arme en dehors du service. Cette mesure cruciale permet d’avoir des personnes armées en civil dans les transports en commun, les galeries commerciales, les cinémas ou les salles de spectacle (sauf celles qui ont la bêtise de les interdire).Il faut donc inciter les administrations qui demeurent réticentes, comme la gendarmerie ou les douanes, à encourager leur personnel sur cette voie.

Mais il faut aller plus loin. Je préconise à cet égard de permettre à deux catégories de citoyens de porter une arme sous leur vêtement civil : d’abord les anciens membres des forces de l’ordre, et ensuite, certains citoyens volontaires qui seraient formés à cette fin. Pour ces deux catégories de « civils armés », on peut imaginer une formation initiale suivie par un entraînement régulier et un contrôle périodique aussi bien sur le plan technique que médical et psychologique.

Il n’est pas question d’armer tout le monde. Mais, appliquée à 1 ou 2% de notre population, cette mesure permettrait d’avoir en permanence une couverture significative des lieux publics.

Son coût serait modéré au regard de l’efficacité considérable qui en résulterait à la fois en efficacité de riposte et même de dissuasion, puisque les assaillants s’exposeraient à un risque de riposte immédiate qu’ils ne pourraient mesurer à l’avance.

VA. Souhaitez-vous, si certains citoyens peuvent s’armer, que la France bascule dans ce qu’on appelle une « société à l’israélienne »?

Thibault de Montbrial. Que nous le voulions ou non, ce basculement a commencé avec la multiplication des attaques dont notre territoire est l’objet (16 depuis celle du commissariat de Joué-Les Tours le 20 décembre 2014). En Israël, la plupart des actions qui ont mis fin aux attaques de ces dernières années sont le fait de civils armés dont l’intervention dans la minute du début de l’attaque a souvent permis de neutraliser le ou les assaillants. L’autre aspect positif d’une évolution à l’israélienne consiste à travailler la résilience de la population : se préparer au risque, réagir au mieux, rebondir après. Il faut dépasser les fleurs et les bougies et mettre en place une politique lucide de sécurité civile.

VA. Les détracteurs du port d’arme utilisent l’exemple du nombre de morts dans les pays qui l’autorisent, notamment aux États-Unis. Que leur répondez-vous?

Thibault de Montbrial. Le port d’arme véhicule de nombreux fantasmes, mélange d’idéologies et d’ignorance, à commencer par la confusion classique entre le port et la détention. Les États américains qui autorisent le port d’une arme ont tous vu la criminalité baisser. Les massacres de civils sont l’œuvre de personnes qui utilisent des armes détenues (et non portées) et, dans l’immense majorité des cas, dans des États où le port d’arme est interdit ; et la plupart des homicides sont commis avec des armes illégalement détenues. En toute hypothèse, ma proposition est adaptée à la situation de la France. Elle ne consiste pas à autoriser n’importe qui à sortir avec une arme dans la rue, mais à augmenter significativement la protection de nos lieux publics, dans un cadre structuré (formation, contrôle) et limité à 1 ou 2 % de la population choisie selon les critères précités. Alors que tous les spécialistes savent que les attaques terroristes plus ou moins spectaculaires vont continuer à frapper notre pays pendant de nombreuses années, il est impossible de faire l’économie de solutions opérationnelles simples et peu coûteuses susceptibles de renforcer la sécurité de nos concitoyens.

Voir l’article sur Valeurs Actuelles

Conférence “Sécurité et Liberté: faut-il choisir ?” organisée par les étudiants du Master 271 de l’Université Paris-Dauphine dans le cadre du Salon des Affaires Publiques

By Dernièrement

En présence de :

  • Maître Henri Leclerc, avocat et Président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme;
  • Maître Thibault de Montbrial, avocat et Président du Centre de Réflexion sur la Sécurité Intérieure;
  • Madame le Professeur Roseline Letteron de l’Université Paris-Sorbonne et de l’IHEDN;
  • Monsieur Lemine Ould Salem, journaliste et réalisateur du documentaire “Salafistes”.