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Olivier Debeney

Vignette actu CRSI sécurité intérieure

L’OBS : « Terrorisme : La menace est d’une ampleur sans précédent »

By Ils en parlent !

« On est entrés dans une phase de guérilla systématique », juge l’avocat Thibault de Montbrial, président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure.

Mercredi 9 août, une nouvelle attaque a visé les forces de l’ordre. Une voiture-bélier a blessé six militaires à Levallois-Perret (Hauts-de Seine), avant d’être interceptée dans l’après-midi sur une autoroute dans le Pas-de-Calais, et le suspect a été arrêté. Ce dernier, un homme de 36 ans non fiché « S », est inconnu des services de renseignements. Les attaques de ce types sont elles vouées à se multiplier ?

Président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure et membre du conseil scientifique de l’Ecole de guerre, l’avocat Thibault de Montbrial estime que le nombre d’individus capables de passer à l’acte excède les 10.000 à 15.000 personnes déjà identifiées par les autorités. Interview.

Quels enseignements tirez-vous du profil d’Hamou B., interpellé mercredi après l’attaque de six militaires à Levallois ?

Comme l’assaillant de Notre-Dame, Farid I., [qui a agressé trois policiers avec un marteau en juin sur le parvis de Notre-Dame, NDLR], Hamou B. n’est pas inscrit au fichier « S » et n’apparaît pas au Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT)Cela démontre que le nombre d’individus dangereux, capables de passer à l’acte, est supérieur aux 10.000 à 15.000 personnes que les autorités disent avoir identifiées. Cela veut dire que ce genre d’attaque peut arriver à tout moment. Et que la menace terroriste est d’une ampleur sans précédent.

A ce stade de l’enquête, aucun élément ne permet d’établir un lien entre Hamou B. et l’Etat islamique. Est-on face à un acte isolé ou à un terrorisme organisé ?

Ce genre d’acte dépasse le simple cadre de Daech. Il est lié à l’islam radical. Tout, dans le mode opératoire, relève de l’islamisme violent. Hamou B. attendait dans une voie sans issue, à proximité d’un centre de repos de militaires, c’est signé à 100%. On a déjà vu une voiture foncer sur des militaires de l’opération Sentinelle, c’était en 2016 à Valence [quatre militaires visés, dont un blessé, NDLR].

Ce sont des individus qui se réclament d’un islam radical qu’ils ont plus ou moins bien digéré. Mais il n’y a pas besoin de tout connaître pour être endoctriné : tous les soldats nazis n’avaient pas lu « Mein Kampf ». Cette doctrine pousse au passage à l’acte, et cela date de bien avant Daech. Au début des années 2010, le magazine « Inspire » lié à Al-Qaida appelait à des attaques violentes ciblées, attaques théorisées dès la fin des années 1990 par des imams extrémistes. L’investissement matériel, logistique et financier est nul, cela ne coûte strictement rien, et si l’auteur se dégonfle au dernier moment, ce n’est pas grave parce que personne ne le saura. En revanche, en cas de succès, le gain pour les terroristes est maximal. Hier [mercredi 9 août, NDLR] par exemple, six soldats ont été blessés, dont trois grièvement.

Mais on a parfois l’impression d’être confrontés à des déséquilibrés mentaux plutôt qu’à des terroristes…

Cela rassure peut-être certaines personnes de se dire que ces gens-là sont fous. Mais personne n’a jamais dit ou écrit que, pour passer à l’acte, il fallait être un modèle d’équilibre dans le sens occidental du terme. Il faut une sacrée part de déséquilibre pour être prêt à sacrifier sa vie. On aurait, pourtant, tort de n’y voir qu’un phénomène de mode qui atteindrait des déséquilibrés. Au contraire, il s’agit d’une stratégie préméditée et planifiée il y a longtemps déjà et qui consiste, notamment, à manipuler les esprits les plus faibles.

On a du mal à mesurer l’impact de cette stratégie. On n’est plus face à des tueries de masse comme celle du Bataclan.

On est entrés dans une phase de guérilla systématique. Quand vous êtes tout petit face à un adversaire très puissant, vous faites 1.000 petites entailles pour le faire saigner. On n’a peut-être pas l’impression pour l’instant de perdre beaucoup de sang, ni d’être gravement atteint, mais c’est une menace permanente qui s’installe, une tension latente qui finit par user. En outre, chaque acte a un effet d’incitation sur les autres. Si lui l’a fait, pourquoi pas moi ? Serai-je aussi courageux que lui ? L’effet d’entraînement est réel.

Si vous élargissez votre prisme à l’Europe, vous vous rendez compte que, depuis deux ans, il y a environ une attaque par semaine, si l’on compte celles que les médias ne relaient pas ou peu parce qu’il n’y aucun blessé. A cela s’ajoutent les attentats déjoués. Il ne faut pas se tromper. Ce genre d’attaques est devenu l’obsession des forces de sécurité intérieure. Cela atteint le moral des troupes. C’est une usure psychologique terrible dont on a encore du mal à mesurer l’ampleur. Par ailleurs, l’actualité fait qu’on focalise sur les actes individuels. Mais il ne faut pas oublier que ni la France ni l’Europe ne sont à l’abri d’une nouvelle opération terroriste complexe, de type commando du 13-Novembre.

Propos recueillis par Caroline Michel

Source
Thibault de Montbrial - Sécurité Intérieure

Le Figaro : « Tuer des policiers n’est plus un tabou pour les petits délinquants »

By Ils en parlent !

Thibault de Montbrial revient sur les violences qui ont émaillé la nuit du 14 juillet, notamment les barricades dressées contre la police dans certains quartiers de Paris. Pour lui, beaucoup « estiment inéluctable que de tels guets-apens aboutissent à la mort de policiers dans les mois qui viennent ».

FIGAROVOX – La nuit du 14 juillet a été, cette année encore, gâchée par des dégradations matérielles et des violences envers les forces de l’ordre dans certains quartiers. Pour la première fois, on a vu des barricades enflammées bloquer certaines rues dans les XVIIIe, XIXe et XXe arrondissements de Paris. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Thibault de MONTBRIAL – Il s’agit là d’une évolution qui apparaît tout aussi logique qu’implacable. De tels modes opératoires n’avaient jamais jusque-là été observés dans Paris intra-muros, en dehors de cas ponctuels en marge de manifestations.

Au-delà de la gravité des événements eux-mêmes (des barricades en plein Paris!), il est édifiant de constater leur considérable sous-médiatisation, comme si la presse était partagée entre la volonté d’en minorer l’impact et la signification, et une sorte de fatalisme né de la banalisation puisque de tels faits sont désormais constatés avec régularité dans les banlieues de nombreuses métropoles françaises.

Les policiers racontent aussi que ces délinquants n’hésitent plus à tendre des embuscades à la police pour l’affronter de face, ce qu’ils ne faisaient pas auparavant. Avec ces barricades et ces affrontements, a-t-on franchi un cap dans la violence envers les forces de l’ordre ?

Le cap qui a été franchi, c’est celui du tabou de la violence organisée dans la capitale elle-même, jusqu’ici circonscrit aux dérapages en marge d’événements ponctuels (fête du titre du PSG en mai 2013) ou de manifestations. Pour ce qui concerne le mode opératoire, leur répétition depuis plusieurs années dans de nombreuses banlieues ne leur confère pas hélas, de signification particulière.

Pour tout vous dire, c’est plutôt à l’occasion de l’affaire de Sevran qu’un cap me paraît avoir été franchi. Un équipage d’une Compagnie de Sécurisation et d’Intervention (CSI) est tombé dans un véritable guet-apens, organisé de façon assez sophistiquée. Un des policiers, isolé de ses camarades, a été pris à revers, puis violemment frappé par plusieurs dizaines de personnes qui avaient manifestement l’intention de le lyncher à mort. Il a dû utiliser à 8 reprises son arme de service pour se dégager. Sa survie tient du miracle.

Plus globalement, ce que l’on peut retenir de cette séquence du 14 juillet 2017, c’est que la volonté de combattre la police avec une détermination homicide assumée (cocktails Molotov, mortiers à tir tendu, lynchages) est désormais solidement entrée dans les mœurs des bandes ethnico-délinquantes qui s’y livrent régulièrement, tout comme d’ailleurs l’extrême-gauche comme on a pu le voir à plusieurs reprises l’an dernier au cours des manifestations contre la loi travail à Paris, Nantes ou Rennes notamment.

Il est hélas à craindre que le prochain franchissement de cap soit constitué par l’utilisation par ces bandes d’armes à feu autres que des fusils de chasse, c’est-à-dire pistolets ou fusils d’assaut, ce qui n’a pas encore été observé dans de telles circonstances. Les principaux responsables du maintien de l’ordre en France estiment inéluctable que de tels guets-apens aboutissent à la mort de policiers dans les mois qui viennent.

Il semble que les zones de non-droit soient en train de s’étendre jusqu’à la capitale, pour l’instant seulement dans ses arrondissements les moins centraux. Jusqu’où cela peut-il aller ? Comment endiguer un phénomène que l’on observe depuis de nombreuses années ?

De semaine en semaine, ces événements se banalisent et se répandent. Personne ne peut exclure qu’un incident sera prétexte à l’organisation d’une razzia sur un centre-ville. L’un des hauts responsables de la police me rappelait récemment la crainte de voir de petits groupes partis séparément depuis différentes gares de RER, se retrouver en quelques dizaines de minutes au cœur de la capitale.

Ce qui est certain, c’est que la tendance est à la multiplication de ces guets-apens. Il faut une fois de plus souligner qu’au-delà des forces de l’ordre, les services d’urgences sont également visés, en particulier les pompiers. Même si les causes sont multiples, il s’agit d’une des conséquences des fractures économiques et ethniques au sein de notre société.

Et la politique du renoncement, qui consiste par exemple à ne pas tenter d’appréhender les auteurs de certaines incivilités telles que les rodéos en deux-roues pour éviter les accidents et donc les émeutes dont il est craint par chacun qu’elles suivraient inéluctablement, n’est pas perçue comme un signal raisonnable mais au contraire comme une preuve de faiblesse des autorités qui encourage encore les débordements. Quasiment tous les élus locaux ou les responsables des forces de l’ordre que je croise ont intégré la forte probabilité d’une explosion à court ou moyen terme, suite à un nouvel épisode de violence dont les circonstances propres conduiront à un engrenage que personne ne pourra maîtriser.

En toute hypothèse, c’est un secret de polichinelle que les forces de l’ordre traditionnelles (police et gendarmerie) ne pourront, à terme, continuer seules à faire face à une violence dont le rythme et l’intensité sont en constante progression.

Source
Radicalisation - Sécurité Intérieure

Valeurs actuelles : « 15 000 fichés S pour radicalisation »

By Ils en parlent !

Carte de France localisant les 11 820 personnes signalisées pour radicalisation.
Source © Ministère de l’Intérieur.

Alors que Gérard Collomb présente un projet de loi phare de lutte contre le terrorisme, la réalité dont le ministre de l’Intérieur a conscience le montre : l’extrémisme islamiste n’est pas près de disparaître du paysage.

L’entourage du ministre de l’Intérieur révèle les derniers chiffres à Valeurs actuelles « 15 000 fichés S environ sont liés à un motif de radicalisation. » La carte de France des personnes radicalisées le montre : les islamistes sont présents sur tout le territoire. Personne n’est épargné. Le fléau est tel que le ministère de l’Intérieur, s’il est parvenu à mieux suivre et connaître ces individus, fait face à une menace grandissante de l’islamisme radical. En témoigne l’échec de plusieurs associations de lutte contre la radicalisation, comme celle de la médiatisée Dounia Bouzar. En dépit des perquisitions, saisies, assignations à résidence, écoutes administratives et fermetures de mosquées, la menace est toujours là. Et installée pour longtemps. Le risque n’a pas diminué.

À chaque tentative d’attentat ou attaque terroriste, la même accusation contre les services de renseignements revient : « Le terroriste était fiché S ! » En boucle, les chaînes d’information et les Français constatent, effarés : l’individu « était connu des services », selon la formule consacrée. Et pourtant, du côté des forces de police, une autre voix se fait entendre, plus silencieuse… presque inaudible : « Si la personne était fichée S, c’est la preuve que la police a bien fait son travail ! » Incompréhension totale entre deux mondes.

Une grande majorité des terroristes ont une fiche S

Car effectivement, il n’est pas acceptable aux yeux des Français que presque tous les terroristes qui s’en sont pris à notre modèle de société soient fichés S, donc suivis par nos policiers et nos gendarmes. Mohammed Merah, Sid Ahmed Ghlam, Omar Ismaïl Mostefaï, Chérif et Saïd Kouachi, Amedy Coulibaly sont autant de terroristes islamistes qui étaient connus de nos services de renseignements pour leur radicalisation. Problème : pour chacun d’entre eux, le passage à l’acte s’est avéré presque indétectable.

D’où l’idée portée par Nicolas Sarkozy lors de la primaire de la droite et relayée par Georges Fenech, qui fut le président de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de Paris, de créer un « Guantánamo à la française », soit un camp d’internement pour les fichés S. Sur le modèle de la prison mise en place par George W. Bush pour interner tous les islamistes considérés par les autorités américaines comme dangereux, en réponse aux attentats du 11 septembre 2001.

Populaire à droite, le projet d’interner les personnes fichées S pour “atteinte à la sûreté de l’État” n’est pas allé plus loin après la disqualification de François Fillon à l’issue du premier tour de la présidentielle. Car, de son côté, Emmanuel Macron a toujours écarté l’idée. Le 2 février 2017, dans des échanges entre les membres de son équipe de campagne, une préconisation suscite l’unanimité : il n’y aura « pas d’internement extra-judiciaire des fichés S, un contresens en matière de renseignements et contraire à l’existence de l’État de droit ».

Autrement dit : pour l’équipe du candidat Emmanuel Macron, si les individus fichés S doivent être internés, c’est uniquement parce qu’ils ont violé la loi. En aucun cas s’il n’y a pas eu de passage à l’acte ou l’imminence d’une action. “Un contresens en matière de renseignements” ? Explication : si les personnes recensées dans le fichier sont internées, elles sauront qu’elles ont une fiche S. Ce qui serait un échec pour les services de renseignements qui ne pourraient plus continuer à les suivre discrètement et donc efficacement.

La fiche S est avant tout un outil de travail interne à la police et à la gendarmerie, qui concerne les personnes qui peuvent, selon la DGSI, « porter atteinte à la sûreté de l’État et à la sécurité publique ». Elle est une des 21 catégories du fichier des personnes recherchées (FPR), qui contient 400 000 individus parmi lesquels des mineurs fugueurs (M), des évadés (V), des débiteurs envers le Trésor (T), ceux frappés d’opposition à la résidence en France (R) ou encore d’interdiction du territoire (IT). Pour chaque catégorie, la fiche indique aux fonctionnaires de police, de gendarmerie ou encore des douanes, les motifs de recherche et la conduite à tenir en cas de contrôle.

En juin 2017, 24 000 fiches S

Les fiches S vont de S1 à S16, ce qui ne correspond pas au niveau de dangerosité d’une personne mais « au comportement à adopter lors d’une interpellation », précise le ministère de l’Intérieur pour éviter toute polémique sur une supposée gradation. Enfin, la fiche S, comme le rappelle l’ancien patron du renseignement intérieur Bernard Squarcini, permet d’« observer un individu qui n’a rien fait de répréhensible, sous les écrans radar, pendant plusieurs mois et d’identifier s’il présente une dangerosité par son mode de vie, ses fréquentations et ses voyages, et s’il doit faire l’objet de moyens opérationnels lourds de surveillance. La fiche peut s’enrichir mais aussi s’appauvrir pour finalement disparaître ».

On retrouve ainsi parmi les fichés S, des hooligans, des activistes d’extrême gauche, des “zadistes”, des Black Blocs et des militants proches du PKK… Mais aussi des combattants djihadistes revenant d’Irak ou de Syrie (S14). Mohammed Merah, lui, était fiché S5.

Si on estimait en 2015 à plus de 20 000 le nombre total de fichés S en France, de 10 500 à 12 000 d’entre eux l’étaient pour radicalisation islamiste ou liaison avec la mouvance islamiste. Il existe en juin 2017, un total de « 24 000 fiches S », nous apprend le ministère de l’Intérieur, qui commente :

« Ce nombre témoigne du travail important de suivi réalisé par les services. »

Parmi elles, 15 000 liées à un motif de radicalisation.

Qu’en est-il de la qualité des informations recueillies ? « Après avoir distribué des fiches S comme des bonbons après les attentats, il a fallu faire le tri, rappelle un commissaire de police, avant d’ajouter : c’est difficile à expliquer, mais on a effectivement dû lever les fiches S qui n’avaient plus lieu d’être pour se concentrer sur les personnes les plus dangereuses. »

Problème : même en faisant un tri, comment les 4 300 policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), auxquels il convient d’ajouter les 2 500 fonctionnaires du Service central du renseignement territorial (SCRT) et les gendarmes de la sous-direction de l’anticipation opérationnelle (SDAO), peuvent-ils surveiller et suivre l’ensemble des fichés S, plus nombreux qu’eux ? Un officier de la DGSI nous fait remarquer : « Pour suivre sérieusement une seule personne, il faut au moins une équipe pour le jour et une pour la nuit. Mais aussi des véhicules pour faire des filatures, des moyens techniques pour faire des écoutes administratives. On arrive vite à quinze ou vingt policiers pour suivre une personne. » Autant dire des moyens gigantesques.

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D’où l’idée proposée à droite par certains et soutenue par Philippe Payri du syndicat FPIP, proche du FN, d’accroître encore les moyens des services de renseignements et de permettre « les interpellations préventives pour éviter un passage à l’acte de personnes dont on connaît la dangerosité avérée ». De son côté, le secrétaire général du syndicat Alliance Police nationale, Jean-Claude Delage, le reconnaît : « La principale des libertés, c’est la sécurité. Le plus important, c’est que les outils créés soient utiles et efficaces pour protéger nos concitoyens. Pour assurer la sécurité, il faut admettre certaines privations de liberté. Avec des contrôles, bien entendu ! » Il plaide en outre pour que tous les policiers puissent faire plus facilement des vérifications d’identité.

La fiche S de Yassin Salhi avait été levée

De son côté, Luc Larcher, secrétaire général adjoint du syndicat Unsa officiers, demande que la loi soit tout bonnement appliquée : « L’arsenal administratif et pénal existe. Il s’agit simplement mais fermement d’avoir la volonté politique de le mettre en oeuvre. Ce sera notre seul salut. » Le commandant de police appelle à « dépoussiérer tout l’arsenal des fichés S […]. Et faire preuve de pédagogie avec les politiques et les médias […]. Que fait-on avec les vrais radicaux ? », interroge-t-il.

Après l’attentat de Saint-Quentin-Fallavier, le 26 juin 2015, pendant lequel Hervé Cornara est décapité par un de ses employés, Yassin Salhi, le ministre de l’Intérieur de l’époque Bernard Cazeneuve est face au mur en apprenant que le terroriste était connu par les services de renseignements et avait été fiché S entre 2006 et 2008. Il explose lorsqu’il apprend que la fiche S a été « levée » en 2008, « en l’absence de doutes ». C’est à ce moment qu’il évoque le fléau des « signaux faibles de la radicalisation » et décide de créer un nouveau fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT).

Le FSPRT recense de manière très large toutes les personnes signalées pour radicalisation passée et présente, mais aussi des personnes « qui disent par exemple ne pas cautionner les actes terroristes mais approuvent intellectuellement une attaque kamikaze », commente un préfet de la Place Beauvau. Ce qui représentait en mars dernier une population de plus de 11 820 personnes en plus des 4 000 cibles que les services ont identifiées d’eux-mêmes et qu’ils souhaitent surveiller de près. Soit un total de près de 16 000 personnes suivies alors par les limiers de l’antiterrorisme. Un rapport du Sénat rendu public le 12 avril dernier évoque un chiffre encore plus élevé de 17 393 individus. Le cabinet de Gérard Collomb indique qu’aujourd’hui 18 000 personnes sont inscrites dans ce fichier. Une masse d’individus qui ne cesse de croître.

Car rien n’est moins rassurant, comme le pointe l’avocat et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure (CRSI), Thibault de Montbrial : « Pour illustrer l’ampleur de la menace, il est édifiant que ni l’auteur de la tentative d’attentat des Champs-Élysées ni celui de Notre-Dame de Paris ne figuraient dans ce fameux fichier [FSPRT]. » Et Montbrial de conclure en renvoyant à l’audition parlementaire de Patrick Calvar, l’ancien patron de la DGSI, en mai 2016 devant la commission d’enquête parlementaire sur les attentats : « Le FSPRT est le moyen pour nous de discuter en permanence avec nos collègues des autres services pour évaluer les cas dont nous n’aurions pas décelé la dangerosité », estimés à 4 000. « Un travail de fiabilisation des données inscrites au fichier a été mené de manière permanente », nous indique-t-on.

L’ampleur de la menace serait toutefois sous-estimée : si les auteurs des deux derniers attentats en France n’étaient pas dans ce fichier de personnes dangereuses, cela signifie que le nombre des terroristes prêts à passer à l’acte à tout moment est bien supérieur à 4 000. Ce qui conduit à poser la question préoccupante : de combien est sous-estimée la masse des terroristes non suivis par les services de renseignements ?

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